Le libertarianisme, ça vous dit quelque chose ? Peut-être pas, il faut dire que cette philosophie reçoit assez peu d'échos dans les médias traditionnels en France. Session de rattrapage avec une interview de M. Xavier COLLET, qui a très gentiment accepté de répondre à mes questions. Comme toujours, un document inédit F21-PdA. Par Phil Defer. CURIOSITE

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

XAVIER COLLET

Président du CEDIF
Secrétaire général de l'Association des libertariens

 

"Sortir des carcans de l'irresponsabilisation

 

et du contrôle permanent"

 

(Photo : Fournie par M. Collet)

 

 

Q : 02/07/11

R : 12/07/11

 

 

 

Paroles d'Actu : En quelques mots, Xavier Collet Prégentil, que doit-on savoir de vous ?

 

Xavier Collet : Ce que je fais est certainement plus important que ce que je suis. Certains pensent cependant que les idées et les combats dépendent largement des expériences et du positionnement social, supposant que l’idéalisme pur n’existe pas. Je suis donc un père de famille de 43 ans, enseignant en économie et je milite depuis de très nombreuses années pour défendre les prérogatives individuelles contre les ingérences de l’État. À ce titre j’anime un cercle de réflexion (ADEL http://libertariens.chez.com), je défends l’institution familiale contre des atteintes perpétrées par une certaine magistrature et des travailleurs sociaux (CEDIF http://comitecedif.wordpress.com), je collabore avec Contribuables Associés sur des actions locales et développe un site consacrée à l’économie pour les lycéens et les étudiants (http://libertariens.chez.com/indexa.htm).

 

 

PdA : Le libertarianisme... Ca ne parle pas à tout le monde. Comment définiriez-vous cette philosophie ?

 

X.C. : Le terme est largement inconnu en France et est une transposition du « libertarian » anglo-saxon qui sert à qualifier les libéraux. Si nous reprenons cette appellation, c’est pour nous distinguer des libéraux qui ne se positionnent que sur le terrain de l’économie tout en étant conservateurs sur tous les autres plans et donc en appellent à l’État au nom d’un certain ordre moral ou par nationalisme. Le terme libertarien correspond donc à un libéralisme total qui ne doit pas pour autant être considéré comme la promotion du « tout se vaut » et « rien n’est interdit », ainsi pour les libertariens modérés dits minarchistes les règles doivent demeurer de la compétence de l’État limité à ses fonctions régaliennes. Pour les plus radicaux dits anarcho-capitalistes, dont je suis, l’intervention de l’État dans la société ne peut se limiter car les hommes de l’État assument un pouvoir de plus en plus absolu et conditionnent la population à l’extension des prérogatives de l’Etat et à l’abdication des prérogatives individuelles comme l’avaient anticipé Tocqueville et Bastiat.

 

 

PdA : La crise... Quelle lecture en faites-vous, et quelles sont pour vous les remèdes à lui prodiguer ? Je pense notamment à la situation explosive en Europe et aux Etats-Unis des dettes souveraines...

 

X.C. : La crise est née de l’affaire des subprimes que j’explique ici (http://libertariens.chez.com/subprimes.htm).

 

Contrairement aux conneries véhiculées par les media mainstream cette crise n’est pas une crise du capitalisme mais de l’interventionnisme. Pour faire face à la bêtise des subprimes, les autorités monétaires vont en commettre d’autres. Ainsi les taux d’intérêt deviennent très faibles et l’émission monétaire bat des records afin d’éviter une crise de liquidité, cela au prix d’un endettement toujours plus fort. A court terme, les investissements reprennent, mais ils ne sont pas durables car la crise financière devient crise économique et la rentabilité des investissements n’est pas à la hauteur des attentes. L’Etat amplifie alors les déficits par des politiques de soutien à la demande.

 

En Europe le pacte de stabilité et de croissance a complètement éclaté sans que la confiance des entreprises ne soit au rendez-vous, chacun s’attend plutôt à payer le prix de l’austérité à venir. La plupart des crises se déroulent d’ailleurs selon le même schéma avec des politiques économiques qui aggravent le mal et le font durer. Que faire maintenant ? Revenir assez rapidement au pacte de stabilité et de croissance en Europe, quitte à revoir la zone euro. Le remboursement des dettes publiques peut se faire en partie par des opérations massives de privatisation et par l’engagement de ne plus voter de budget en déséquilibre. Cela risque d’être insuffisant si les économies européennes ne se remettent pas structurellement en cause et là je pense particulièrement à l’économie française qui ne peut relever la tête qu’en se débarrassant de l’ensemble de ses rigidités institutionnelles.

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur la France d'aujourd'hui, sur la manière dont elle est gérée ?

 

X.C. : J’ai bien souvent honte de la France ou plutôt de ce qu’en font ceux qui la gouvernent. S’avouer français à l’étranger c’est supporter le stigmate du velléitaire, du donneur de leçon, de celui qui pense être issu du plus grand pays du monde, de la patrie des droits de l’homme (quelle blague !) et qui ne sera donc pas franchement pris au sérieux. La France est cogérée par des technocrates issus des grands corps de l’État et des organisations syndicales et autres lobbies qui sont les gardiens de l’immobilisme. Que la gestion soit aux mains de la gauche ou de la droite ne change donc pas grand-chose, au final ce sont toujours les mêmes qui décident et donc qui gèrent l’immobilisme des droits acquis. J’étouffe dans ce pays, je suis de plus en plus fliqué, contrôlé à tous les niveaux, je ne vois pas comment y créer, y entreprendre, certains y arrivent heureusement mais se plaignent tout de même d’être tondus par des parasites.

 

 

PdA : Comment expliquez-vous l'absence presque complète des libertariens des sphères de pouvoir, notamment politique, en France ? Quid des élections, notamment présidentielles ?

 

X.C. : Nous avions un peu fait entendre parler de nous lors des manifestations en 2002 et 2003 sur la sécurité sociale en compagnie de Liberté Chérie. Mais c’est vrai que nous n’avons pas mis l’appellation libertarienne en avant. Aujourd’hui le Parti Libéral Démocrate compte quelques minarchistes en ses rangs, de même qu’Alternative Libérale. Ceux qui sont Libertariens à certains niveaux ne font pas non plus leur « coming out », ce n’est pas plus mal d’ailleurs.

 

Maintenant en ce qui concerne le jeu démocratique, je ne vois pas trop l’intérêt de se ruiner dans des campagnes électorales à l’intérieur d’un système complètement verrouillé. Évidemment nous pourrions orienter le pouvoir vers certaines réformes en avalant beaucoup de couleuvres, pour qu’ensuite tout reparte en arrière. En France on n’avance rarement par des réformes, davantage par les révolutions. Si l’extrême-gauche espère et alimente dans ses réseaux cette évolution en nos temps troublés, qu’ils sachent que sur ce terrain ils sauront nous trouver en face car ce dont les Français ont besoin aujourd’hui ce ne sont pas les délires du vieil Hessel, c’est au contraire de sortir des carcans de l’irresponsabilisation et du contrôle permanent. Donc je passe ce message aux cogérants technocrates et syndiqués du système, la situation actuelle ne saurait perdurer, nous arracherons les œillères que vous nous avons mis inquiétez-vous alors de ce qui vous restera de légitimité.

 

 

PdA : Vous l'avez vu, j'ai pu avoir des contacts pour F21 et PdA avec Wayne Allyn Root, futur candidat à la vice-présidence du Parti libertarien aux Etats-Unis. Quelle vision avez-vous de vos camarades américains, Ron Paul en particulier ?

 

X.C. : À titre personnel je n’ai pas toujours été d’accord avec les orientations du Parti Libertarien Américain, tout simplement parce qu’ennemi de l’État il a voulu faire de l’État américain le grand Satan, alors que les américains ont eu le mérite d’avoir de grands présidents comme Ronald Reagan par exemple. Au nom de la lutte contre le fléau communiste je n’ai donc pas été choqué d’interventions américaines nécessaires que le Parti Libertarien US refuse sur des bases doctrinales que je comprends également. Ron Paul, puisque vous m’interrogez à son sujet, représente la frange libertarienne du Parti Républicain, il est aussi un des animateurs du mouvement Tea Party. Un mouvement qui se réfère aux révolutionnaires de l’indépendance américaine contre la férule britannique. J’ai beaucoup d’admiration pour ce mouvement qui part de la base et qui a décidé de ne plus subir les puissants du pouvoir au nom des droits constitutionnels de chaque Américain. Lorsque l’on se bat avec le CEDIF pour sortir des familles de la ruine morale que des fonctionnaires des sévices sociaux ou de la magistrature leur imposent, lorsque l’on se bat pour des enfants arrachés à des mains aimantes, on ne cherche pas à connaître le pedigree de ces familles, ni à mettre en avant une étiquette, non, on fait ce que font là bas des militants des Tea Parties qui veulent remettre au cœur de toute société le principe de subsidiarité sans lequel nos démocraties ne sont que des dictatures de technocrates interchangeables.

 

 

PdA : Politique fiction. Un libertarien accède à l'Elysée, avec une majorité au parlement. À quoi devraient ressembler leurs cent premiers jours, d'après vous ?

 

X.C. : Les cent premiers jours sont décisifs surtout pour des Libertariens qui n’arriveraient au pouvoir qu’à l’occasion d’une crise majeure. Dans la situation d’urgence qui prévaudrait des mesures nécessaires qui n’ont jamais été prises le seraient à un rythme accéléré.   Les premières initiatives viseraient à lever les blocages de notre société donc suppression du statut de la fonction publique, rétablissement de l’incrimination de forfaiture. La levée des blocages suppose aussi la liberté du travail, donc la déréglementation totale du salariat et la fin du monopole de la sécurité sociale permettant notamment pour les salariés de percevoir un salaire complet (les charges sociales salariales et patronales leur sont dues), de plus l’impôt sur le revenu sera supprimé. Parallèlement, encouragement à évoluer au-delà du salariat par la levée des entraves administratives à l’entrepreneuriat, le statut de l’auto-entrepreneur, le développement du travail indépendant en général sont de nouvelles pistes d’emploi à développer. La magistrature serait aussi largement réformée, les juges du sièges auraient à répondre de forfaiture, dénis de justice et d’erreurs de jugements autrement que par de simples blâmes, ils ne seraient plus jugés par leurs pairs mais par des commissions issues de la société civile. De façon générale le recours à la judiciarisation des conflits ne doit pas être systématique, des procédures d’arbitrage et de médiation (notamment en matière de divorces) seront encouragées.

 

Aller dans le sens de la justice, de l’équité c’est favoriser les libertés individuelles, ce qui est aussi une source d’économies budgétaires. Dans ce cadre le choix des parents en matière scolaire sera complet grâce au chèque scolaire, ainsi le coût de l’éducation pour chaque famille se matérialisera par ce chèque qui leur permettra de choisir l’école de leurs enfants, les différents établissements seront donc privés et autonomes budgétairement, mais également pédagogiquement.

 

 

PdA : La Liberté... Elle semble jouir à vos yeux de toutes les vertus. Malgré tout, quels vices lui reconnaissez-vous, et quelles limites lui sont parfois utiles sinon nécessaires ?

 

X.C. : La liberté n’est pas la licence, celle de faire ce que nos passions nous inspirent, notre liberté n’a pas à être payée par d’autres. Malheureusement dans le cadre de l’État-providence, c’est ce qui se passe, par exemple la liberté de choisir le temps libre plutôt que le travail est rémunéré par les aides sociales, la liberté de polluer est payée par la collectivité, d’autres libertés dites par exemple syndicales sont appelées des « droits de » qui doivent être garantis par la souffrance et le portefeuille des autres, je pense par exemple aux grèves de la SNCF. Le terme liberté a été falsifié par une novlangue, il n’existe de libertés qu’individuelles et ces libertés individuelles supposent l’exercice de la responsabilité.

 

Dans une société de liberté, chacun peut réaliser ses choix puisqu’il doit les assumer seul. Certes la cigale a le droit de chanter tout l’été, mais j’ai aussi le droit de ne rien lui donner lorsqu’elle criera famine. La solidarité ce n’est pas accepter de payer le choix des autres contrairement à ce que l’on nous inculque, je suis solidaire si je veux et avec qui je veux, par exemple avec celui qui est handicapé, qui n’a pas eu de chance. Je suis solidaire non parce que je dois payer un impôt (où est  la solidarité là dedans ?) mais parce que je suis sensible à certaines détresses ce qui fait de moi quelqu’un de vertueux. Difficile de faire acte de vertu dans un monde où vos actions ne vous appartiennent pas.

 

 

PdA : Tribune libre. Si vous souhaitez ajouter quelque chose...

 

X.C. : Oui j’ai quelque chose à ajouter justement. J’ai envie de vous parler de ces parents qui n’ont pas renoncé à être parents mais dont les enfants ont été placés, j’ai fait référence à eux en filigrane dans notre entretien. Ce que subissent ces familles est à mon sens une des pires détresses que nous vivons dans notre société et qui découle d’un Etat Providence qui remet en cause la première de nos institutions : la famille. Je ne vous parle pas là des parents maltraitants ou défaillants, je ne défends pas cela, quoi qu’à leur niveau ils sont aussi victimes d’une logique publique qui transforme les enfants en source d’allocations et qui persuade les familles que l’éducation est du ressort des assistantes sociales et des enseignants. Non, je vous parle de ceux qui, dans la difficulté, ont un jour frappé à la porte de l’aide sociale et qui ont ainsi appris trop tard ce qu’était le plus  froid des monstres froids (dixit Nietzsche), ils se sont retrouvés aux prises avec l’aide sociale à l’enfance qui leur a placé ces fils et filles qui sont leur première source de bonheur. Je pourrais vous en donner des exemples particulièrement déchirants. Quand on travaille comme je le fais désormais sur de telles détresses avec des parents au bord du suicide alors on comprend bien que tous les principes dont nous avons parlé ne sont pas que de simples théories, la croyance en l’État telle qu’elle nous est inculquée depuis notre naissance est une croyance qui tue. Et croyez bien que je pèse mes mots. Pas besoin de parler de libertarianisme pour cela, mais besoin d’agir avec des familles dont les travailleurs sociaux tenant du « meilleur des mondes » ont placé les enfants sans autre justification que de s’assurer des débouchés et des budgets. Il suffit donc de comprendre que pour les hommes de l’État la gestion de nos vies, de nos libertés est  leur raison d’être et de se développer comme le théorisent aussi les analystes du Public Choice.

 

 

 

>>> N'hésitez pas à réagir, à commenter cette interview. Je pense qu'un débat est envisageable. Merci encore à M. Collet pour sa disponibilité et ces réponses. Phil Defer

 

 

 

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Modification de la présentation de l'article le 22 juillet 2012

 

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