À l'été 2004, Monsieur André Santini, député-maire d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) avait accepté de répondre à un questionnaire que je lui avais adressé par mail. Il y évoquait pour moi des sujets dont certains restent largement d'actualité aujourd'hui. La situation de l'économie française ("Ne pas réagir, c'est abdiquer devant le déclin annoncé de notre pays", et la Chine ("Un marché formidable et un empire fascinant") pour ne citer qu'eux. La situation politique de l'époque est également abordée... Il est alors un membre éminent de l'UDF, formation de centre-droit alliée à l'UMP. Jacques Chirac est président, et son parti domine largement la vie politique depuis 2002. L'UDF est présidée par François Bayrou qui va, petit à petit, prendre ses distances avec les gouvernements successifs du quinquennat.

 

En 2006, le parti, par un vote massif de ses militants, se définit comme "libre". Bayrou se rêve un autre destin que celui d'allié naturel, presque automatique, de la droite. Une troisième voie pour la France. Beaucoup de gens vont y croire, et il n'est pas loin de gagner son pari. Lors de la présidentielle de 2007, il réalise un score exceptionnel pour un candidat "tiers", près de 19% des suffrages exprimés. Mais il n'est que troisième. C'est le début de la "refondation". Le Mouvement Démocrate (MoDem) est créé pour porter cet espoir d'une troisième voie à l'occasion des législatives. Il n'en sera rien. Le mode de scrutin de ces élections, en cohérence avec l'esprit de la Cinquième République, encourage cette bipolarisation de la vie politique que rejette Bayrou. Dans 86% des cas, les députés seront UMP et soutiendront le nouveau président Sarkozy, ou PS et constitueront la force principale d'opposition. Des implantations locales particulières ou bien des accords électoraux permettent à d'autres forces de rejoindre le nouvel hémicycle. Le groupe UDF n'existe plus.

 

Le MoDem ayant rompu avec l'UMP, les accords électoraux ne sont plus de mise. Les rangs des fidèles à François Bayrou sont décimés. Dans le Rhône, Anne-Marie Comparini (qui m'a accordé plusieurs entretiens dont je publierai prochainement un recueil sur le blog) est battue, son siège revient à l'UMP Michel Havard. Le troisième homme de mai n'a plus que trois députés en juin... Malgré l'aura dont il disposait après la présidentielle, il vient de perdre une grande partie de sa capacité à peser sur la vie politique des cinq années à venir. Cette situation, d'autres au sein de l'UDF l'avaient anticipée. Pour eux, la stratégie de François Bayrou conduira l'UDF à l'isolement, à l'impuissance. La meilleure façon de peser, de faire avancer ses idées, dans cette Cinquième république qui écrase les petits, c'est encore l'alliance.

 

Le Nouveau Centre est créé et rejoint la majorité présidentielle. Hervé Morin, lieutenant de Bayrou durant la campagne présidentielle, en est l'un des membres fondateurs. André Santini aussi. Tous deux entrent au gouvernement. Morin est ministre de la Défense, Santini a la charge de la Fonction publique. Les années passent. La majorité présidentielle est solide. L'UMP domine largement le partenariat mais le Nouveau Centre est respecté et a le sentiment de faire entendre sa voix. Arrive la présidentielle de 2012... Contre une bonne partie des cadres du Nouveau Centre, son président Hervé Morin annonce sa candidature. Les sondages sont calamiteux. André Santini et d'autres personnalités majeures du parti publient une tribune dans le Figaro dans laquelle ils annoncent clairement que leur candidat, c'est Nicolas Sarkozy.

 

J'ai rédigé l'interview qui suit le 26 janvier, deux jours après la publication de cette tribune. Monsieur Santini m'a envoyé sa réponse le 27 février. Entre temps, Nicolas Sarkozy a déclaré sa candidature, Hervé Morin a retiré la sienne et annoncé son soutien au président sortant. Lequel a repris dans l'un de ses premiers discours un thème cher aux centristes : l'introductions d'une dose de proportionnelle pour les élections législatives. Un grand merci à Monsieur Santini pour les réponses qu'il a bien voulu me faire parvenir, je lui en suis très reconnaissant, et j'ai été sensible à ce geste. Une exclusivité Paroles d'Actu. Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

ANDRE SANTINI

Député-Maire d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine)
Vice-président du Nouveau Centre

 

"Mon soutien au Président de

 

la République est clair"

 

(Photo fournie par Monsieur André Santini)

 

 

Q : 26/01/12

R : 27/02/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Vous avez cosigné, avec plusieurs députés du Nouveau Centre, une tribune dans laquelle vous dites clairement faire "le choix de l'unité et du rassemblement" derrière Nicolas Sarkozy. Notamment pour éviter, comme en 2002, "de voir (...) les Français privés de leur choix".

 

Quel bilan faites-vous de la présidence de Nicolas Sarkozy ? Pourquoi doit-il remporter l'élection présidentielle au mois de mai prochain, d'après vous ?

 

André Santini : Le Président de la République a prouvé ces 5 dernières années qu'il a les capacités et la stature d'un chef d'Etat. D'une part, il a su conduire avec fermeté des réformes difficiles mais indispensables. Je pense notamment aux réformes des retraites, des universités, ou de la carte militaire... Autant de réformes qui étaient toujours remises au lendemain par les gouvernements précédents, et dont personne aujourd'hui ne remet en cause le bien-fondé.

  

D'autre part, Nicolas Sarkozy a maintenu la puissance française et l'équilibre européen, en traversant toutes les crises économiques et politiques. La crise en Géorgie, en Libye ou les « subprimes »... Il était essentiel que nous ayons un Président déterminé dans ces situations difficiles, où notre pays a pleinement consolidé son rang d'acteur international majeur.

 

La seconde crise financière n'est pas encore finie et des réformes doivent encore être conduites. Il me paraît donc imprudent de vouloir remplacer le chef de l'Etat, de ne pas assurer la continuité du travail entrepris pour que notre pays renoue rapidement avec la croissance et l'emploi. Les Français le savent, et je crois qu'ils ne prendront pas le risque d'une aggravation de la situation.

 

 

PdA : La candidature de M. Hervé Morin peine à décoller. Doit-il la retirer ? Regrettez-vous la non-candidature de Jean-Louis Borloo ? Comment comptez-vous, au Nouveau Centre, faire entendre votre voix et votre différence en renonçant à la présidentielle, élection ô combien centrale dans le paysage politique français ?

 

André Santini : Hervé Morin a enfin retrouvé la lucidité et a retiré sa candidature, c'est une bonne chose, la majorité des élus et militants du Nouveau Centre le réclamaient depuis longtemps, je regrette que nous n'ayons pas été entendus plus tôt.

  

Cette candidature solitaire et égoïste, décidée sans l'accord du Nouveau Centre, a menacé l'existence de notre parti, mis en difficulté nos élus et, au final, porté préjudice à nos idées en affaiblissant le poids politique et la crédibilité qui nous permettent de les défendre et les valoriser au sein de la majorité présidentielle.

 

 

PdA : Vous le dites dans votre tribune, le pouvoir actuel semble avoir repris pour son compte des questions chères aux centristes depuis longtemps, comme la maîtrise des déficits ou le renforcement de l'intégration européenne. Sur ces questions, et sur d'autres, quelles avancées, quels engagements exigerez-vous pour maintenir votre soutien à M. Sarkozy ? (Je pense notamment à votre souhait d'introduire "la proportionnelle" : cela ne fait pas à ma connaissance partie ni de la philosophie, ni du projet de l'UMP, comment comptez-vous "pousser" cette question en particulier ?)

 

André Santini : Évidemment que nos idées sont reprises, puisqu'elles sont justes et pragmatiques ! Depuis 30 ans, les Centristes ont souvent eu raison, en particulier sur la dette, mais on nous a toujours écouté trop tard. Nicolas Sarkozy est le premier a avoir compris que nous n'étions pas des Cassandre illuminées ! Les Centristes sont des gens réalistes qui refusent la facilité de l'idéologie et de la démagogie.

 

Concernant la proportionnelle, je me réjouis de l'annonce du candidat Nicolas Sarkozy lors du discours de Marseille. En effet, l'introduction d'une dose de proportionnelle aux élections législatives permettrait à l'Assemblée nationale d'assurer une meilleure représentation des différents courants de pensée qui existent dans notre pays.

 

 

PdA : Vous avez choisi, avec Hervé Morin et d'autres personnalités, de rester résolument dans la majorité pour affirmer votre différence mais aussi pouvoir peser dans ses choix. Avez-vous eu le sentiment de réellement peser au cours de la présente législature ? Quel regard portez-vous sur le parcours de votre ancien camarade François Bayrou qui, après son score remarquable de 2007, ne sera sans doute pas très éloigné de la qualification pour le second tour ?

 

André Santini : Les Centristes ne sont pas aujourd'hui en capacité d'agir seuls. Même au temps de l'UDF, nous avons toujours refusé une position d'isolement. Grâce aux Nouveau Centre, la voix centriste a été présente dans nos institutions ces 5 dernières années. A l'Assemblée nationale, mais aussi au Sénat ou dans les Conseils régionaux, et nous avons gagné des élus à toutes les élections intermédiaires.

 

Comme en 2007, la démarche de François Bayrou est vaine et stérile. Privé de la force centriste qu'il avait à ses côtés à la précédente élection présidentielle, il ne sera pas cette fois-ci le 3ème homme mais un petit candidat parmi tant d'autres.

 

 

PdA : Justement... question piège ! Hypothèse peu probable, mais intéressante. Imaginons que le second tour (pour une raison que, je vous l'accorde, je peine à visualiser) se joue entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Que faites-vous dans ce cas ?

 

André Santini : La fiction politique est quand même limitée par le principe de réalité ! Voulez-vous aussi me demander qui je soutiendrais dans un second tour Eva Joly / Nicolas Dupont-Aignan ?

 

Mon soutien au Président de la République est clair, nous devons lui donner les moyens de poursuivre le travail entrepris, d'autant qu'il ne pourra pas prétendre à un 3ème mandat en vertu de la réforme constitutionnelle. Il pourra donc agir pleinement sans qu'on l'accuse de penser à sa réélection en 2017.

 

 

PdA : Vous avez dirigé plusieurs partis, plusieurs collectivités territoriales. Vous avez été ministre trois fois et êtes député de la République depuis plus de vingt ans. Vous êtes sympathique, populaire, indépendant d'esprit. Vous maîtrisez à merveille l'art des bons mots. N'avez-vous jamais souhaité briguer vous-même la présidence de la République ? Cette perspective vous séduit-elle, ou pas du tout ?

 

André Santini : Je connais mes propres limites et cela n'a jamais fait partie de mes objectifs. Je suis un homme de terrain, j'aime être auprès des gens au quotidien et je suis un bâtisseur. La gestion d'un État requière d'autres qualités et isole. Je préfère me consacrer entièrement à un petit territoire et avancer avec ses habitants vers le mieux-vivre. C'est peut-être mon âme corse...

 

 

PdA : J'ai un peu débordé sur le nombre de questions... j'en suis désolé... Celle-ci, je vous le promets, est la dernière. De ce questionnaire en tout cas. Et, en fait, elle n'en est pas vraiment une, puisque c'est une carte blanche : pour que vous complétiez cet entretien par ce que vous désirez. Un message, une anecdote, un bon mot ? …

 

André Santini : Vous savez, le bon mot c'est comme les truffes, c'est parce qu'ils sont rares qu'ils ont de la valeur. Le devoir de l'homme politique c'est aussi faire en sorte que les Français gardent le sourire, c'est pour cela que nous travaillons. Je le dis solennellement : je préfère que mes concitoyens meurent de rire plutôt que de faim ou de froid ! Cela résume assez bien mon action, tout faire pour améliorer la vie de mes administrés sans pour autant me prendre trop au sérieux.

 

 

 

Encore une fois, un grand merci à Monsieur Santini pour la générosité dont il a fait preuve en acceptant de répondre à mon questionnaire et en me faisant parvenir une photo pour l'illustrer, comme je le lui avais demandé ! Phil Defer

 

 

 

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Modification de la présentation de l'article le 26 juin 2012

 

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