En cette fin d'année, le coeur n'est sans doute pas exactement à la fête pour le président de la République et son gouvernement. Plusieurs engagements ont d'ores et déjà été tenus, d'autres sont en passe de l'être, mais la situation dont ils ont héritée est sérieuse, très sérieuse. Le nombre de chômeurs ne cesse d'augmenter, conséquence de la morosité d'une économie qui peine décidément à se reprendre. La gestion de l'ultrasymbolique dossier Florange n'a pas convaincu grand monde, éloignant un peu plus encore la gauche de la gauche du socialisme version Hollande. Un sondage LH2 - Le Nouvel Observateur publié ce jour confirme l'actuelle érosion de la confiance placée dans les vainqueurs de mai-juin 2012. Au parlement, les alliés d'hier ne font pas les godillots d'aujourd'hui. Le Front de gauche, rejetant l'orientation "sociale-libérale" de l'équipe en place, semble parfois s'en tenir à la non-agression. Avec ses deux ministres (dont Cécile Duflot), Europe Écologie Les Verts se revendique lui clairement de la majorité présidentielle, mais le collectif écologiste entend bien défendre les idées qui lui sont chères (la sortie à terme du nucléaire, la transition énergétique...), conserver sa liberté de pensée (sur l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, notamment...). Les socialistes ont la majorité absolue à l'Assemblée, ce n'est pas le cas au Sénat. La chambre basse a certes le dernier mot dans le cadre de la "navette parlementaire", mais cela n'enlève rien à la nécessité pour le gouvernement de s'appuyer sur une majorité dans les deux chambres pour conduire le fameux "changement". Pas toujours facile... Rencontre avec Madame Barbara Pompili, jeune députée de la 2ème circonscription de la Somme (Amiens) et co-présidente (une première !) du groupe écologiste à l'Assemblée nationale. Je tiens à la remercier pour le temps qu'elle a accepté de me consacrer. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

BARBARA POMPILI

Députée de la Deuxième circonscription de la Somme

Co-présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale

 

"La politique de l’autruche

 

ne sera jamais une solution"

 

Barbara Pompili

(Photo fournie par Barbara Pompili)

 

 

Q : 20/11/12

R : 17/12/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Barbara Pompili. Vous comptez depuis le mois de juin dernier parmi les Députés de la République. Qu'est-ce qui vous a poussée à vous engager en politique au départ ? Quels ont été vos premiers combats ?

 

Barbara Pompili : J’ai passé une grande partie de ma jeunesse dans le bassin minier du nord de la France où j’ai vu les ravages économiques et sociaux liés à l’absence d’anticipation des pouvoirs publics. Comme les politiques ont voulu se voiler les yeux, des milliers de personnes se sont retrouvées sans emploi et sans alternative dans leur région alors que tout aurait pu être différent si les fermetures de mines avaient été anticipées.

 

Face à la raréfaction des ressources ou aux effets des énergies fossiles sur notre planète – comme le réchauffement climatique – il faut être responsable. La politique de l’autruche ne sera jamais une solution, au contraire !

 

J’ai souhaité m’engager en politique justement parce que d’autres solutions existent et qu’il faut avoir le courage politique de les porter.

 

Mes premiers combats ont concerné des enjeux de santé environnementale, comme le mercure dentaire, mais aussi les questions énergétiques avec la nécessité de prendre en compte la raréfaction des ressources fossiles et la mise ne place d’une nouvelle politique énergétique basée sur la sobriété, l’efficacité énergétique et les renouvelables. Et aussi l’éducation avec la lutte contre les fermetures de classes à Amiens par exemple et la volonté de mettre en place une véritable réforme pour remettre l’enfant au cœur du projet éducatif.

 

 

PdA : Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez appris votre élection dans la deuxième circonscription de la Somme ?

 

B.P. : Une joie profonde et sincère mais aussi la responsabilité face au grand défi d’être à la hauteur des espoirs de mes électeurs !

 

 

PdA : Comment définiriez-vous, en tant que femme de gauche, vos espoirs pour ce quinquennat ? Quel devra être l'état de la France dans cinq ans pour parler d'un succès de la présidence Hollande ?

 

B.P. : Après 10 ans de droite, le bilan est sombre. Les inégalités sociales ont progressé, 600 milliards de dette supplémentaires ont été accumulées sous le précédent quinquennat, le chômage n’a eu de cesse d’augmenter, les cadeaux fiscaux aux plus riches se sont multipliés...

 

Comme la majorité des Françaises et des Français, j’aspire à plus de justice sociale et fiscale et je souhaite que la transition écologique de notre économie soit enfin lancée. Bien sûr, l’emploi est aussi une préoccupation majeure.

 

Le succès de la présidence actuelle pourra être évalué à l’aune de ces enjeux et de la réalisation du programme sur lequel le candidat s’est engagé.

 

 

PdA : Les députés Europe Écologie Les Verts soutiennent l'action du gouvernement, aux côtés des socialistes. Récemment, des questions se sont posées quant à votre influence au sein de la majorité. Sur la base de quels résultats, de quels chantiers engagés vous estimerez-vous satisfaits, à l'horizon 2017 ?

 

B.P. : Nous avons passé avec le Parti socialiste un accord de gouvernement prévoyant un certain nombre d’avancées essentielles pour les écologistes. Nous faisons partie de la majorité sur cette base.

 

Le bilan qui sera à faire de ce quinquennat devra comprendre la réalisation de cet accord. Je pense notamment à la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, à la priorité à donner aux économies d’énergies et au développement des énergies renouvelables, à la construction de logements et à leur isolation thermique, aux nombreux emplois à créer dans l’économie verte, à la priorité à donner à l’éducation et à la formation, à plus de solidarité dans notre politique internationale et européenne – avec bien sûr une relance de la dynamique européenne - ou encore à l’amélioration de l’accès de la santé.

 

Être dans la majorité, c’est assumer des responsabilités et c’est agir concrètement pour changer le quotidien de nos concitoyens. D’ores et déjà, je suis fière des politiques menées par les deux ministres écologistes et, à l’Assemblée nationale comme au Sénat, nos groupes parlementaires contribuent pas à pas à mettre plus d’écologie dans les lois en discussion.

 

C’est en participant à la majorité que nous parvenons à faire avancer l’écologie dans la société.

 

 

PdA : Quels sont, à titre personnel, les sujets sur lesquels vous souhaiterez tout particulièrement faire entendre votre voix ?

 

B.P. : À l’Assemblée, je suis membre de la commission éducation et affaires culturelles, de la délégation aux droits des femmes et je co-préside un groupe d’étude sur le handicap. Alors, l’éducation, l’égalité femmes-hommes et l’intégration des personnes handicapées sont et seront au centre de mes interventions.

 

Mais je souhaite aussi faire entendre ma voix sur la transition énergétique ou encore l’économie verte pour ne citer que quelques domaines prioritaires.

 

Et, à titre personnel, je me suis engagée sur 40 points très précis dans ma circonscription.

 

 

PdA : Vous avez été à plusieurs reprises victime de commentaires déplacés, à connotation franchement sexiste. A-t-il été difficile pour vous de vous faire accepter en tant que candidate, puis en tant que députée ? Les regards pas totalement respectueux, à l'Assemblée comme dans votre circonscription, c'est quelque chose que vous vivez au quotidien ?

 

B.P. : L’égalité femmes-hommes est loin d’être une réalité en France et le monde politique n’y échappe pas. Les commentaires sexistes auxquels vous faîtes référence en témoignent. Mais, cela ne fait que renforcer ma volonté d’engagement pour le changement ! D’ailleurs, je suis la première femme en France à coprésider un groupe parlementaire, signe que quand on veut vraiment faire bouger les choses, on le peut !

 

 

PdA : L'Assemblée nationale est-elle aujourd'hui représentative de la société française dans son ensemble ? Dans quelle mesure seriez-vous favorable à l'instauration de la proportionnelle en son sein ?

 

B.P. : De grands progrès restent à faire pour que l’Assemblée ressemble plus à notre société. Je pense notamment à la représentation des femmes, mais aussi à celle des personnes issues de l’immigration et aux personnes porteuses de handicap.

 

Concernant la proportionnelle, la France est, avec la Grande Bretagne, le seul pays des 27 membres de l’Union européenne qui ne dispose pas de scrutin proportionnel pour élire sa chambre basse. Les écologistes demandent de longue date l’introduction de la proportionnelle. La commission Jospin propose aujourd’hui que 10% des députés soient élus à la proportionnelle, soit 58 sièges. C’est un premier pas encourageant, mais insuffisant. Il faut aller encore plus loin pour que l’institution reflète vraiment les préférences politiques et aspirations de nos concitoyens.

 

 

PdA : Qu'aimeriez-vous que les électeurs de votre circonscription et, au-delà, la nation toute entière, retiennent de vous à la fin de votre mandat ?

 

B.P. : Mon intégrité et la fidélité à mes engagements.

 

 

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

B.P. : Dans la période de crise que nous connaissons aujourd’hui, je sais combien les difficultés sont importantes pour nombre d’entre nous. Alors je souhaite m’adresser aux plus démunis, à celles et ceux pour qui se loger, ne pas avoir froid ou manger convenablement peut relever du défi. Je veux leur dire mon engagement à améliorer leur quotidien et à combattre les inégalités sociales et l’injustice.

 

Et je souhaite aussi porter un message plus général à l’attention de tous vos lecteurs. Car si aujourd’hui les temps sont difficiles et que, à différents niveaux, chacun d’entre nous est appelé à faire des efforts, n’oublions pas pourquoi nous le faisons : pour plus de solidarité et de justice et dans le but de construire une société apaisée et sereine.

 

C’est à cela que nous travaillons à l’Assemblée nationale et c’est le sens de mon engagement politique.

 

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment !

 

B.P. : Je vous remercie de m’avoir donné la parole. N’hésitez pas à retrouver mes activités de parlementaire sur mon blog.

 

 

 

Merci encore, Madame Pompili, pour vos réponses ! À toutes et à tous, je souhaite de belles et heureuses fêtes de fin d'année. Phil Defer

 

 

 

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