En juin 2012, les Français établis au Canada et aux États-Unis choisissaient la socialiste Corinne Narassiguin pour occuper leur siège nouvellement créé à l'Assemblée nationale. La circonscription est plutôt marquée à droite, mais les électeurs ne furent guère emballés par la candidature de l'ex-député UMP des Hauts-de-Seine Frédéric Lefebvre. Sa concurrente du second tour put elle faire valoir l'ancienneté de son implantation, elle récolta les fruits d'une campagne de longue haleine sur le terrain. Et bénéficia sans doute d'un contexte national favorable au "changement", quelques semaines après l'élection de François Hollande. Aujourd'hui, le siège est vacant. Les comptes de la campagne Narassiguin ont été rejetés par le Conseil constitutionnel - deux comptes ayant été ouverts, l'un dans la circonscription, l'autre en France, au lieu d'un seul en France -, ce qui a du même coup entraîné l'invalidation du scrutin, et l'inégibilité, pour un an, de la candidate. Une nouvelle élection aura lieu, bientôt. Dans les starting blocks, douze noms. Parmi eux, l'UDI Louis Giscard d'Estaing, battu dans le Puy-de-Dôme l'année dernière. Et, toujours, Frédéric Lefebvre, qui compte bien prendre sa revanche, espérant profiter du retournement sensible de l'opinion à l'égard de l'exécutif national. Le défi sera de taille pour l'ancien trader et comptable franco-canadien Franck Scemama, investi par les militants socialistes. Il a accepté de répondre à mes questions, je l'en remercie. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

FRANCK SCEMAMA

Candidat PS à l'élection législative d'Amérique du Nord

 

"Pas besoin de racines artificielles,

 

l'Amérique du Nord, je la connais"

 

Franck Scemama

(Photo de Mickaël Camus, fournie par l'équipe de Franck Scemama)

 

 

Q : 24/04/13

R : 16/05/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Franck Scemama. Soutenu par le Parti socialiste, vous briguerez au mois de mai le siège de député de la première circonscription des Français de l'étranger, l'élection précédente ayant été invalidée. Le territoire en question, c'est l'Amérique du Nord : États-Unis, Canada. Dans votre profession de foi, vous tenez à tordre le cou aux clichés, celui du riche expatrié notamment. Alors, qui sont ces Français dont vous solliciterez bientôt les suffrages ?

 

Franck Scemama : Ces Français ne sont pas un groupe homogène. Les raisons de leur expatriation sont multiples dans un monde de plus en plus interdépendant. Le désir de mobilité s'est propagé dans toutes les strates de la société, favorisé par de nombreuses initiatives promouvant les bienfaits d'une expérience internationale. Les mouvements de migration actuels ne correspondent plus du tout à ceux d'avant. Les résultats de l'élection dans cette circonscription l'ont parfaitement montré l'année dernière. Il existe une véritable diversité de parcours et d'expériences de vie dans ce territoire. Mais que ce soit des étudiants, des travailleurs, des familles installées depuis longtemps en Amérique du Nord, ce qui les lie, c'est un attachement toujours aussi fort avec la France. Malgré un éloignement certain et des réalités spécifiques à leurs lieux de vie, ils souhaitent que leur parole sur l'avenir de notre pays soit entendue.

 

 

PdA : Quelles sont les préoccupations principales, celles plus spécifiques de nos compatriotes vivant aux États-Unis, au Canada ? 

 

F.S. : Il est indéniable que certains sujets les touchent plus directement comme les questions de nationalité et d'état civil, l'efficacité des services consulaires, la protection sociale à travers les passerelles entre différents régimes et systèmes que peut connaître un Français à l'étranger, la fiscalité, notamment ceux qui possèdent toujours un patrimoine en France, l'éducation avec la fin du dispositif de gratuité de l'enseignement français sans limite de ressources imposé sous Sarkozy pour des raisons électoralistes, etc... Il faut pouvoir répondre à ces différentes préoccupations qui peuvent en plus énormément varier selon les endroits. Les réalités ne sont pas les mêmes, d'où la nécessité dans cette campagne d'aller à la rencontre de nos compatriotes, de discuter, d'échanger et de multiplier les fora d'échange et de partage afin d'être le mieux armé pour témoigner de leur vécu et de résoudre leurs difficultés. 

 

 

PdA : Inutile de vous dire que depuis les élections de l'année dernière, le contexte national a changé. L'exécutif ne cesse de battre des records d'impopularité. L'étiquette PS risque bien, pour le coup, de plomber en partie votre candidature. Assumez-vous totalement l'action du Président, celle de son gouvernement ?  

 

F.S. : Être socialiste, ce n'est pas une étiquette, un tampon d'un organisme quelconque. Mon engagement politique ne date pas d'hier. J'ai rejoint le parti au printemps 2002, par conviction personnelle. J'ai participé, comme tout militant, aux débats, discussions qui ont nourri le programme présidentiel. J'ai espéré, lutté, comme de nombreux camarades, pour le retour d'un président socialiste, 17 ans après le départ de François Mitterrand. En un an, tout n'est pas parfait mais je ne me suis jamais attendu à ce que François Hollande soit un magicien et que sa seule élection change tout. Le changement, il faut le construire pas à pas. La France sort exsangue de plus de 10 ans de politiques qui ont divisé nos compatriotes. Un mandat ne sera pas de trop pour redresser notre beau pays. Et déjà, en un an, Francois Hollande a réalisé 25% de ses engagements. Ce n'est pas rien ! Dès lors, je soutiens pleinement le Président et le gouvernement. Les chantiers qu'ils ont menés seront à terme bénéfiques pour la France. À nous, socialistes, et au gouvernement, de mieux faire connaître ces avancées !

 

 

PdA : Qu'est-ce qui vous permettra de parler, à l'horizon 2017, d'un succès, en tout cas d'une utilité du quinquennat Hollande pour la France et les Français ? 

 

F.S. : En premier lieu, la France et l'Europe doivent sortir de cette crise pernicieuse. Nous devons retrouver une croissance source de développement et de plein-emploi. Ça ne sera pas facile, mais je suis convaincu que les mesures inscrites dans le programme présidentiel nous amènent vers cette direction. Un État aux dépenses maîtrisées, une jeunesse mieux formée et préparée à l'entrée sur le marché du travail, un système politique renouvelé, paritaire et divers socialement, dans les parcours de vie, etc... Tout cela, c'est le changement. 5 ans, c'est peu. Tout ne sera pas possible, mais c'est la voie tracée qui déterminera le succès de ce quinquennat. 

 

 

PdA : Quels sont les éléments principaux de votre projet pour les Français d'Amérique du Nord ?

 

F.S. : Mon projet est articulé autour de l'idée que les expériences internationales des individus sont un atout pour la France. Cette mobilité doit pouvoir enrichir les débats, les discussions, les réformes qui conduiront notre pays au changement. Chacun, chacune, nous sommes porteurs de valeurs communes qui se nourrissent des rencontres, de la diversité des réalités de nos lieux de vie. Témoigner de ce fait relève aussi d'une autre vision de notre société. Dans cette perspective, je souhaite bâtir une société du savoir où la recherche, l'envie d'entreprendre, l'innovation se nourrissent les unes les autres pour dynamiser notre économie.

 

 

PdA : Finalement, pourquoi croyez-vous être le meilleur choix pour devenir leur député, élu parmi les représentants de la Nation ?

 

F.S. : Mon expérience personnelle dans cette circonscription est aussi celle vécue par nos compatriotes. Je suis venu m'installer au Québec, à Montréal. Il m'a fallu vivre l'expérience de tout expatrié : trouver un logement, un travail, me poser des questions sur la protection sociale, la fiscalité des Français à l'étranger, etc... Je me suis impliqué localement, au sein d'organisations québécoises et françaises, jusqu'à devenir conseiller à l'Assemblée des Français de l'Étranger. J'ai également connu les difficultés d'un retour en France. Ces aventures témoignent d'une véritable connaissance des préoccupations de mes compatriotes d'Amérique du Nord. Ce n'est pas le cas de tous les candidats. Il ne m'est pas nécessaire de chercher des racines artificielles sur ce territoire. J'y ai vécu réellement et je porte ma binationalité avec fierté.

 

Malgré la brièveté de cette campagne, j'ai choisi d'aller à la rencontre des électeurs. En 3 mois, je suis allé dans 33 villes, à chaque fois j'ai rencontré ceux qui animent la communauté, et aussi des citoyens curieux pour ma candidature, qui ont partagé avec moi la diversité de leurs parcours. Ce contact humain est pour moi l'essence de la politique. Il m'a aussi permis d'affiner mon programme, de présenter mes engagements aux électeurs et de mener de véritables consultations aux quatre coins de l'Amérique du Nord. 

 

 

 

Je remercie à nouveau Franck Scemama pour ses réponses, pour le temps qu'il a bien voulu m'accorder. Merci également à Émilie Cabouat-Peyrache, pour nos échanges.

 

Les douze candidats (Première circonscription des Français de l'étranger) sont : Louis Giscard D’Estaing, Damien Regnard, Nicolas Druet, Franck Scemama, Nicolas Rousseaux, Cyrille Giraud, Frédéric Lefebvre, Thierry-Franck Fautre, Véronique Vermorel, Céline Clément, Pauline Czartoryska, Karel Vereycken. Le vote pour le premier tour sera ouvert du 15 au 21 mai sur le web, le 25 dans les urnes. Pour le second tour, du 29 mai au 4 juin sur le web, le 8 juin en physique. Bon courage... et que le meilleur gagne ! Et vous, que vous inspire ce scrutin ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Pour voter par internet, la page du Ministère des Affaires étrangères.

 

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