Gilles Verlant est mort. Un accident à la con. Non, ça n'était pas une blague. Malheureusement... Putain d'escalier... J'ai appris la nouvelle via un post sur un célèbre réseau social. "Je suis très très triste j'aimais tant Gilles Verlant ♥ RIP Gilles". Un petit mot signé Chantal Lauby, le 20 septembre, à 13h48. Quelques heures... "après". Internet est capable du pire comme du meilleur, chacun le sait. Dans ces cas-là, ces cas dont on se passerait bien, c'est souvent le meilleur qui ressort. Les messages exprimant la tristesse, parfois même la détresse de celles et ceux qui appréciaient, qui aimaient le défunt. Il y en a eu, de ces messages, ce jour-là, et ceux qui ont suivi... Des messages de personnalités de la musique, de la radio, de la télé. Des messages d'anonymes, surtout. Sur Facebook, sur Twitter, sur les forums... Certains ont été repris dans les articles d'actu. J'en ai lu pas mal, de ces messages. Tous venaient du coeur, tous étaient touchants. Ceux de CharlElie Couture, de Éric Laforge, d'Antoine de Caunes, pour n'en citer que trois. J'ai contacté tel ou tel commentateur pour lui dire que j'avais été touché par son hommage. Quelques uns m'ont remercié en retour, explicitant leurs sentiments du moment. Jean Passanger m'a dit qu'il ne réalisait "pas encore", qu'il le connaissait "depuis des années" et qu'ils avaient toujours "échangé et partagé la musique". Dominique Douay qu'il trouvait "réconfortant de se dire qu'il peut exister des personnages comme Gilles dans les médias". Renaud Bernal gardera l'image d'un "grand pro accessible", avec "les bons mots pour vous encourager"Frédéric DuBus estime que c'est "une partie de [son] adolescence qui est tombée dans les escaliers". Jean-Pierre Morales lui avait demandé s'il était envisageable qu'il vienne à Bruxelles pour donner une conférence sur Gainsbourg : Gilles Verlant le lui avait promis, à condition que son interlocuteur s'occupe de trouver une salle... Amaury De Laporte, quant à lui, émet ce joli souhait : "Comme l'on dit, la mort n'est que la suite de la vie. Espérons que cette suite soit belle pour lui...". Espérons...

 

Gilles Verlant, je ne le connaissais pas personnellement. Je ne l'ai jamais rencontré physiquement. Nos échanges furent écrits. Il avait rapidement accepté, sur le principe, ma proposition d'interview. C'était à l'automne 2012. "Les 500 émissions mythiques de la télévision française", l'ouvrage qu'il avait réalisé avec Michel Drucker, venait de paraître. Il en était fier, très fier, de ce livre dont l'évocation constitua l'ossature de notre entretien. J'ai été frappé par la bonté qui émanait de cet homme. Par sa modestie, et ce besoin de reconnaissance qu'il exprima clairement, lui qui avait déjà, pourtant, tant accompli. "J'aimerais que quelqu'un se réveille un jour et se dise, 'oh putain, ce Verlant, finalement, il a fait des choses valab' !" La dernière phrase de l'interview. Une phrase qui m'avait touché, déjà à l'époque... Gilles Verlant connaissait bien la télé, il a contribué à en écrire quelques belles pages : "Rapido", "Nulle part ailleurs", "Taratata", "Nous nous sommes tant aimés"... Il avait beaucoup côtoyé Gainsbourg, à la fin de la vie de l'"homme à tête de chou". Sa bio demeure à ce jour une référence. Il avait la passion du rock et de la bonne musique. Une passion communicative, qu'il aimait à partager, avec enthousiasme, bienveillance, avec ses lecteurs, ses auditeurs (Ouï FM, France Bleu...). Il aimait la vie. Les gens aussi, ça se voyait, ça se sentait...

 

Au départ, j'ai voulu lui rendre "hommage". Et puis je me suis dit que le terme n'était pas forcément approprié. Un peu trop guindé, pas assez rock pour une personnalité aussi solaire que Gilles Verlant. Voici donc un "clin d'oeil", au pluriel. Stéphane Deschamps est le directeur de l'atelier de création qui réalisait ses productions, dont "La scandaleuse histoire du rock". Ils avaient travaillé ensemble à l'écriture de la bio définitive de Gainsbourg et étaient des amis de longue date. Serge Poezevara, directeur de l'antenne nationale de France Bleu, celle des dernières amours de Gilles, chérissait son amitié, qui était "un bonheur". Ensemble, ils ont animé l'émission spéciale que France Bleu lui a consacré, le soir de sa mort. Ils ont tous deux accepté de répondre à mes questions. Je les en remercie. Merci, Gilles... Pour nos quelques échanges. Pour votre humanité. Ma culture musicale reste à parfaire, pour ne pas dire à faire : j'aurai plaisir à vous écouter, à vous lire, encore et encore. Comme d'autres, beaucoup d'autres personnes, aujourd'hui, demain, et même après-demain. Votre oeuvre, votre esprit ne s'éteindront pas de sitôt... ;-) Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  CLINS D'YEUX

 

 

ENTRETIENS EXCLUSIFS - PAROLES D'ACTU

CLINS D'YEUX À GILLES VERLANT

 

STÉPHANE DESCHAMPS

Producteur-réalisateur radio, amoureux de la musique, ami de Gilles Verlant...

 

"Gilles était scandaleusement humain"

 

Stéphane Deschamps GV 1

(De g. à d. : Stéphane Deschamps, Gilles Verlant et Arnaud Bourg,

l'équipe de "La scandaleuse histoire du rock")

 

Q : 23/09/13

R : 25/09/13

 

Paroles d'Actu : Bonjour Stéphane Deschamps. Les messages de sympathie, les témoignages ne cessent d'affluer depuis que la nouvelle, la triste nouvelle, est tombée : Gilles Verlant est mort... Pas mal de personnalités évoluant dans les mondes de la musique, des médias. Énormément d'anonymes, surtout... Que retiendrez-vous de tous ces messages, de l'émission spéciale que vous avez co-dirigée le soir de sa disparition ?

 

Stéphane Deschamps : Gilles accordait beaucoup d'importance aux relations humaines, aux autres. Il prenait du temps avec les gens. Il était disponible et généreux. Qu'il recoive une telle tempête d'amitiés ne me surprend absolument pas. Les témoignages de Thomas Dutronc, Charlélie Couture, Philippe Manoeuvre, Dave à l'occasion de cette émission furent particulièrement touchants.

 

PdA : Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Gilles Verlant ?

 

S.D. : C'était il y a 20 ans, dans son bureau à Canal+.  À cette époque, j'écrivais une série d'émissions pour la radio sur Gainsbourg. Mon livre de chevet était la première biographie de Gilles consacrée à Serge.  Je devais donc rencontrer le biographe officiel pour qu'il me raconte l'histoire de l'homme à tête de chou ! Quelques mois après cette belle rencontre, Gilles me rappelait pour me proposer d'écrire à ses côtés la biographie définitive. J'étais comme un gosse qui vivait un rêve éveillé. Nous avons travaillé près de cinq années sur cet ouvrage.

 

PdA : Comment vous y étiez-vous pris pour ce travail devenu ouvrage de référence ?

 

S.D. : Comme je l'ai dit à l'instant, nous avons travaillé près de cinq ans sur cette biographie. Gilles s'est entretenu avec Serge à de nombreuses reprises. Nous avons accumulé énormément de témoignages, retrouvé des documents inédits, exceptionnels, comme par exemple le journal intime de Serge lorsqu'il avait 16 ans et qu'il était caché au sein d'un lycée dans le Limousin pour échapper aux rafles des nazis. Nous nous sommes donc retrouvés avec un "matériel" énorme et c'est Gilles qui a tout mis en musique et rédigé cet ouvrage.

 

PdA : Abordons maintenant un autre chapitre de votre collaboration féconde, je pense évidemment à la radio. Les auditeurs retrouvaient avec bonheur les chroniques passionnées qu'il livrait sur les antennes du réseau France Bleu : "La scandaleuse histoire du rock", bien sûr, aventure dont vous étiez, et, depuis la rentrée, "Pop Machine". Deux émissions très appréciées par les amateurs de musiques, celles d'hier et d'aujourd'hui... 

 

S.D. : La culture musicale de Gilles est pharaonique. Il avait cette facilité et ce don de la partager très simplement, sans se prendre au sérieux. Une approche d'auteur de bande dessinée. Gilles était d'ailleurs un personnage de bande dessinée. Ces émissions sonnaient comme une récréation pour nous comme pour nos auditeurs. On racontait l'histoire du rock et de nos héros de la manière la plus ludique et souriante. Et sous la plume de Gilles, c'était juste du caviar.

 

PdA : Sa culture, son enthousiasme sont salués par tous... Il donnait aussi une impression de bienveillance en toute circonstance, l'impression d'une authentique bonté. Il était comme cela, lors de vos collaborations ? Dans la vie ?

 

S.D. : Affirmatif. Gilles est issu de cette génération de critiques rock qui prenait le temps de rencontrer les artistes pour mieux comprendre leur vie, leur univers... Dans les années 70 et 80, c'était plus facile car la communication était moins immédiate, moins speed qu'aujourd'hui. Et Gilles n'a pas changé sa démarche vis-à-vis des autres. Toujours disponible. Je ne l'ai jamais vu refuser une interview.

 

PdA : Avez-vous à l'esprit quelques anecdotes, quelques "moments" le concernant et dont vous souhaiteriez nous faire part ?

 

S.D. : Je me souviens de son émotion suite à la publication de sa biographie définitive sur Gainsbourg à New York et Los Angeles. C'était l'année dernière, en juillet 2012. Biographie traduite en anglais par le traducteur des oeuvres de Boris Vian (Paul Knobloch, ndlr). Gilles était fier de son bébé franco-américain !

 

PdA : Le parcours de ce touche-à-tout aura véritablement été exceptionnel. Quelles sont les séquences qui vous viennent en tête, lorsque vous considérez ce joli petit bout de chemin, malheureusement bien trop vite interrompu ? 

 

S.D. : Gilles aura contribué à populariser la cuture rock au sens large du terme et à la rendre accessible aux oreilles du grand public. Il a été un guide, un modèle pour bon nombre d'auteurs qui ont écrit sur la musique.

 

PdA : Quelle image garderez-vous de Gilles Verlant ?

 

S.D. : Un garnement érudit, drôle, punk, et scandaleusement humain... 

 

PdA : Souhaiteriez-vous ajouter quelque chose ?

 

S.D. : Un de ses aphorismes gainsbouriens préférés : "Etre ou ne pas être... Question, réponse" (le message du répondeur téléphonique de Serge Gainsbourg)

 

PdA : Merci infiniment...

 

 

Stéphane Deschamps GV 2

(Avec Yves Lecoq pour l'enregistrement de la série "Gainsbourg dans les nuages")

 

 

 

SERGE POEZEVARA

Directeur de l'antenne nationale de France Bleu,

animateur de l'émission "On repeint la Musique".

 
"Un grand pro qui avait su garder

l'appétit d'un débutant"

 

Q : 22/09/13

R : 22/09/13

 

Extraits...

 

PdA : Comment le réseau France Bleu compte-t-il continuer à rendre hommage à Gilles Verlant, dans les prochains jours, les prochains mois ?

 

S.P. : Le plus bel hommage qu'on puisse rendre à un homme de radio est de permettre aux auditeurs de l'écouter encore. Les chroniques de Gilles sont nombreuses et ne manqueront pas d'être rediffusées au gré de l'actualité musicale. Nous avons choisi de continuer à diffuser la série "Pop Machine" tout au long de cette semaine (celle suivant sa disparition, ndlr), puisque Gilles en avait enregistré les épisodes. "La scandaleuse histoire du rock" dont il avait enregistré 660 épisodes est le plus gros succès de podcast de France Bleu. Elle est toujours disponible.

 

PdA : Quelle image garderez-vous de Gilles Verlant ?

 

S.P. : Je garde l'image d'un vrai passionné. Toujours prêt à parler de la musique qu'il aimait, avec le désir de convaincre son auditoire, à partager son savoir encyclopédique et le rendre accessible. Avec cet amour de la langue française qui le poussait à choisir le terme le plus juste, la formule la plus imagée, pour susciter l'intérêt et le sourire. Celle d'un boulimique du travail, un grand pro qui avait su garder l'appétit d'un débutant.

 

 

 

Merci encore. Pour tout... Et vous, quelle image garderez-vous de Gilles Verlant ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Vous pouvez retrouver l'oeuvre, l'esprit de Gilles Verlant...

 

Sur son site ;

 

Sur Facebook : sa page , celles de "La scandaleuse histoire du rock" et de "Pop Machine" ;

 

Sur Paroles d'Actu : notre entretien publié le 14 novembre 2012 ;

 

Dans toutes les bonnes librairies ;

 

Sur le réseau France Bleu, pour ne citer que lui...

 

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