Son visage, vous le connaissez. Vous l'avez forcément vu au moins une fois, sur un écran, petit ou grand. Il n'avait pas neuf ans aux premières heures de son parcours de comédien, débuté un peu par hasard, en réponse à une petite annonce. Ses premiers gros succès publics, ceux que l'on associe naturellement à son nom, ont un peu plus de dix ans : Monsieur Batignole et Moi César, 10 ans ½, 1m39. Deux rôles mémorables, des rôles d'enfants. Jules Sitruk a vingt-trois ans, aujourd'hui. Quelques jolis films sont intervenus, entre temps. Méconnus, souvent. À découvrir, certainement. Il a accepté d'en citer quelques uns, d'évoquer deux ou trois souvenirs, pour Paroles d'Actu. Surtout, il nous parle de ses projets, de ses rêves. Rencontre avec un artiste de talent, un garçon très accessible. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JULES SITRUK

 

« Je rêve de travailler

avec Lars von Trier... »

 

Jules Sitruk

(Photo proposée à ma demande par Jules Sitruk)

 

Q : 17/09/13

R : 21/10/13

  

Paroles d'Actu : Bonjour Jules. À l'origine de ton parcours de comédien, il y a cette petite annonce, une annonce de casting placée chez ton coiffeur. Tu as huit ans, à l'époque... Ton état d'esprit, à ce moment-là, c'est plutôt « Pourquoi pas ? » ? « Enfin ! » ?

 

Jules Sitruk : Disons que ça se rapprochait plus du « Pourquoi pas ». L’annonce cherchait un « garçon de huit-dix ans, pâle et au cheveux noirs ». Et puis le titre du film, Le petit prince cannibale, me plaisait bien.

 

PdA : Ton premier grand rôle marquant, c'est sans aucun doute celui du petit Simon dans Monsieur Batignole (2002), de et avec Gérard Jugnot. Tu y interprètes un enfant juif hébergé et finalement sauvé par le personnage éponyme, un boucher-charcutier sans histoire, durant les heures noires de l'Occupation. Un film qui tient une place particulière dans ton cœur, j'imagine...

 

J.S. : Bien sûr. Me projeter à cette sombre époque est particulièrement intense, notamment de par mes origines. De plus, c’est un film que je trouve particulièrement bien écrit. Très fin, très subtil. C’est un de mes plus beaux souvenirs de tournage.

 

PdA : Le long métrage que l'on associe peut-être plus volontiers, plus naturellement à ton nom, c'est probablement Moi César, 10 ans ½, 1m39 (2003), réalisé par Richard Berry. Trois gamins, dont toi, César, qui se posent énormément de questions, comme tous les gamins. Et qui vont finalement décider de partir à l'aventure, une aventure riche de rencontres, de découvertes... Quels souvenirs gardes-tu de ce tournage ?

 

J.S. : De super souvenirs aussi. Je me souviens avoir été particulièrement stressé la veille du premier jour de tournage. Je me mettais pas mal de pression. Je voulais être le meilleur possible, le plus professionnel aussi. Montrer que j’étais un acteur avant d’être un enfant. Et puis je me suis finalement détendu très vite ! Nous rigolions beaucoup sur le plateau, ce qui, je trouve, se ressent à l’écran.

 

PdA : J'en citerai un troisième, plus récent : Le Fils de l'autre (2012), un très beau film signé Lorraine Lévy. Un jeune Israélien, un jeune Palestinien : deux destins qui vont se croiser, et quelques certitudes qui vont, au passage, voler en éclat, lors d'une révélation, celle d'un échange - bien involontaire - à la naissance. Que retiendras-tu de cette expérience ?

 

J.S. : Énormément de choses, sur les plans professionnel et personnel. Lorraine, la réalisatrice, avait à cœur de faire un film fort, poétique, mais avant tout vrai. Il s’agit d’une aventure dans laquelle chacun a donné énormément de lui même. Il fut question de partage, et d’écoute. L’équipe était composée de Français, d’Israéliens et de Palestiniens. Chaque membre de l’équipe avait au préalable lu et accepté le scénario avant d’accepter le film, techniciens et acteurs. C’est une histoire très forte, qui commence comme un drame, et se révèle être une "ouverture". Et j’ai eu la chance de travailler avec de fantastiques acteurs, Emmanuelle Devos, Mehdi Dehbi, Pascal Elbé, Khalifa Natour…

 

PdA : Le tour d'horizon que nous venons de réaliser est partial, forcément partiel. Quelles sont, parmi tes autres collaborations (y compris les courts-métrages et les éléments de ta voxo), celles que tu aimerais inviter nos lecteurs à (re)découvrir ?

 

J.S. : Un film que j’adore, mais qui est malheureusement très peu connu en France : Son of Rambow (Le Fils de Rambow en français, ndlr), de Garth Jennings. Il s’agit d’une comédie anglaise dans laquelle j’ai joué il y a cinq ans. L’histoire, dans les années 80, de trois jeunes voulant réaliser une suite au film Rambo, tout juste sorti dans les salles de cinéma. Ce film est très drôle et poétique, un univers un peu à la Gondry.

 

Sinon, Vipère au poing, de Philippe de Broca. Je ne dirai jamais assez combien je suis honoré et heureux d’avoir pu jouer avec Jacques Villeret avant qu’il ne nous quitte.

 

PdA : Tes plus belles rencontres, jusqu'ici ?

 

J.S. : Je vais en revenir à Villeret, et de Broca. Si je commence, je peux citer 4 872 personnes, mais ces deux-là, parce que je garde d’eux d’incroyables souvenirs : Villeret me parlant du tournage du Dîner de cons, ou de Broca, le réalisateur le plus vieux mais le plus rapide avec qui j’aie tourné !

 

PdA : Être acteur, pour toi... ?

 

J.S. : Pour moi, un acteur n’est pas un artiste, mais un artisan. Le réalisateur est un artiste.

 

PdA : Quelle importance cette activité d'acteur revêt-elle dans ton quotidien ? Dans ta vie ?

 

J.S. : Je passe mon temps à écrire et à regarder des films, quand je ne suis pas en tournage. Le cinéma est ma première et plus grande passion. Je vis cinéma.

 

PdA : Quels personnages, quels genres de rôles aimes-tu et aimerais-tu incarner ?

 

J.S. : Disons que j’aimerais bien explorer des types de rôles que je n’ai encore jamais approchés, des rôles plus matures. Je pense que pour m’épanouir, j’ai besoin de me divertir, agrandir ma palette de jeu. Sinon, j’aurais bien voulu être Harry Potter !

 

PdA : Avec qui rêverais-tu de travailler ?

 

J.S. : Lars von Trier, Michael Shannon, Ricky Gervais, Jim Carrey, Jacques Audiard, Agnès Jaoui, Olivier Gourmet, Jacques Gamblin, Karin Viard, Bryan Cranston, Pierre Schoeller, Darren Aranofski, Steve Buscemi, Thomas Vinterberg, Mads Mickelsen, Quvenzhané Wallis…

 

PdA : Passer derrière la caméra, c'est quelque chose dont tu as envie ?

 

J.S. : Énormément. Ce sera d’ailleurs bientôt le cas : je réalise mon premier court-métrage début 2014.

 

PdA : Petit décrochage... Ton père, musicien, tient aujourd'hui un rôle essentiel auprès du groupe BB Brunes. Un peu grâce à toi, je crois... ? La musique, c'est un monde qui t'attire ?

 

J.S. : Effectivement. Adrien (le chanteur) est un ami de lycée. Un jour, je lui ai proposé de filer un CD de ce qu’il faisait à mon père, musicien, et jeune producteur. Mon père a tout de suite accroché. Depuis, c’est une affaire qui roule… Personnellement, je ne suis pas attiré par la musique, bien que j’adore ça. D’ailleurs, j’ai déjà joué de l’accordéon, du piano, du violon, et de la guitare… Mais pour des films !

 

PdA : Quels sont, ton art mis à part, tes passions, tes fenêtres d'évasion ?

 

J.S. : Encore une fois, le cinéma est ma principale source d’intérêt. Je travaille sur différents projets en écriture, qui me prennent le plus gros de mon temps. Sinon je fais de l’escalade, trois fois par semaine, et je joue régulièrement au foot avec mes potes. Je lis aussi beaucoup.

 

PdA : Quels sont tes projets ?

 

J.S. : Tout d’abord, la réalisation de mon court-métrage, Windows, pour début 2014. Puis je tournerai Marianne, tiré du roman de George Sand, qui sera réalisé par Bruno François-Boucher. Enfin, comme je l’ai dit, je bosse sur d’autres scénarios, notamment un que j’adore, pour le cinéma.

 

PdA : Tes rêves ?

 

J.S. : Jouer des rôles tous plus surprenants et intéressants les uns que les autres. Avoir la chance de réaliser mes films.

 

PdA : Que peut-on te souhaiter pour la suite, cher Jules ?

 

J.S. : Bonne route !

 

PdA : Si tu devais adresser un message à quelqu'un... ?

 

J.S. : Une bande démo à Lars von Trier.

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment !

 

J.S. : Merci !

 

 

Merci encore Jules, merci pour tout ! Bonne route... ;-) Et vous, qu'est-ce qui vous a marqué(e) dans la filmographie de Jules Sitruk ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Jules Sitruk...

 

  • En visionnant ou revisionnant ses films, bien sûr. Via le site de la FNAC, par exemple.
     
     
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