Le 25 mai, comme l'ensemble des citoyens de l'Union européenne, nous élirons celles et ceux qui nous représenteront pendant cinq ans au sein du Parlement européen. Dans les faits, cela ne fait guère de doute, la participation sera faible en France. Elle l'est toujours - et de plus en plus - pour ces scrutins communautaires. À qui la faute ? À ceux parmi les eurodéputés qui ne s'engagent pas autant qu'exigé par le mandat qui leur a été confié ? En partie, oui. Mais ceux qui sont à blâmer sont probablement, en premier lieu, nos responsables politiques nationaux, les gouvernants qui, de droite comme de gauche, se sont succédés aux affaires depuis des années.

      Parce qu'ils ont parfois essayé de peindre l'Europe comme un corps étranger, intrusif, un bouc émissaire bien commode alors même qu'ils en étaient, de fait, partie, globalement bienveillante, de surcroît. Parce qu'ils ont souvent donné l'impression de ne pas traiter cette question avec le sérieux qu'elle requiert (voir : la nomination du dernier secrétaire d'État aux Affaires européennes en date), voire, dans certains cas, le sentiment de mépriser la parole du peuple (voir : l'adoption par le Parlement français du traité de Lisbonne, trois ans à peine après le "non" de 2005). Parce qu'ils n'ont jamais réellement cherché à faire preuve de pédagogie sur l'Europe, sur ses institutions.

      Conséquence : le discours de celles et ceux qui la défendent est aujourd'hui difficilement audible, et ses détracteurs ont - à tort ou à raison - le vent en poupe auprès de l'opinion. La question communautaire est majeure, l'Union tient une place fondamentale dans le fonctionnement de l'État, dans notre vie de tous les jours. Elle mérite bien d'être traitée avec un peu de sérieux, au moins une fois tous les cinq ans. L'enjeu, ce n'est pas la sanction du gouvernement. L'enjeu, c'est, quel que soit le chemin choisi, l'avenir. Demain...

 

      Au tout début du mois d'avril, j'ai pris l'initiative d'envoyer à la quasi-totalité des eurodéputés français sortants le questionnaire que je venais de rédiger. J'ai fait de même - texte légèrement modifié - pour les têtes de liste des partis établis. Deux critiques pourront m'être faites sur ce choix, deux biais que j'assume. Les plus petits partis ne sont pas représentés : je ne les connais pas assez et n'ai pas souhaité m'éparpiller trop largement, l'intiative étant déjà assez lourde. Les personnes contactés sont presque exclusivement françaises : même explication, en partie, que celle avancée à l'instant, la tâche aurait été impossible.

      Depuis les premiers mails - envoyés il y a tout juste un mois, le 2 avril - plusieurs réponses me sont parvenues. D'autres ne manqueront pas, je l'espère, de compléter ce document - six intervenants, à la date du 2 mai. Je ne sais dans quelle mesure celui-ci sera représentatif de ce que sont et seront les tendances politiques portées par les Français du Parlement européen. Le panel initial - le public ayant reçu les questionnaires - en était en tout cas une illustration plutôt fidèle.

      L'idée : donner la parole, largement et sans préjugé, à celles et ceux qui "font" ou souhaitent "faire" l'Europe. Ils sont sans doute au moins aussi légitimes que les commentateurs extérieurs pour nous en parler... Je les remercie toutes et tous pour le temps qu'ils ont bien voulu m'accorder... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

UNE EXCLUSIVITÉ PAROLES D'ACTU

EUROPÉENNES 2014

Europe : Et si on en parlait ?

 

Parlement européen Strasbourg

(Illustration : Parlement européen, Strasbourg. Via Wikipedia.)

 

 

 

Robert Rochefort 2

Robert Rochefort

Député européen depuis 2009. Circ. : Sud-Ouest. Groupe : ADLE.

« L'Union européenne doit privilégier

des domaines d'action stratégique »

 

Paroles d'Actu : Bonjour, M. Rochefort. Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours, de vous ?

 

Robert Rochefort : Bonjour. J'ai 59 ans, et je suis député au Parlement européen depuis 2009, année de mon entrée en politique. Avant cela, j'ai été pendant longtemps directeur général du CREDOC (le Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie). Le CREDOC est un organisme d’études et de recherche au service des acteurs de la vie économique et sociale. Il analyse et anticipe le comportement des individus dans leurs multiples dimensions : consommateurs, agents de l’entreprise, acteurs de la vie sociale. Mon intérêt pour les questions liées à la consommation m’a conduit à devenir membre de la commission du Marché intérieur et de la protection des consommateurs au Parlement européen. Aujourd'hui je suis tête de liste MoDem-UDI pour la circonscription Sud-Ouest pour les élections du 25 mai prochain.

 

PdA : Quel bilan établissez-vous de la 7e législature communautaire (2009-2014) ?

 

R.R. : Ces cinq dernières années ont été marquées par la crise économique et sociale qui a fortement touché l'Europe. Le bilan de cette législature est à mon sens un peu décevant : l'Europe aurait dû être plus forte, plus ambitieuse, et lutter de façon davantage coordonnée et orchestrée contre les effets de la crise, qui ont montré combien nous avons besoin d'approfondir encore l'Union européenne.

 

Au-delà de cela, des avancées importantes ont été faites au cours de ces cinq dernières années, qu'il convient de souligner : amélioration de la protection des données personnelles, réforme des marchés publics permettant une utilisation stratégique de la dépense publique (soutien à l'innovation, prise en compte de la dimension écologique, priorité donnée à la qualité, etc.), amélioration des droits des passagers aériens, ferroviaires et routiers, amélioration de la transparence dans les frais bancaires, plus de droits pour les consommateurs qui achètent en ligne en Europe, meilleure lutte contre la contrefaçon et la contrebande, etc...

 

PdA : À propos de quelles questions, de quelles problématiques avez-vous eu particulièrement à cœur, durant cette période, de faire entendre votre voix, de chercher à faire bouger les lignes ?

 

R.R. : Comme je vous le disais, je m'intéresse particulièrement à la question de la protection des consommateurs. Nous avons fait beaucoup dans ce domaine, en particulier en matière d'amélioration des droits des consommateurs lors de leurs achats en ligne. Je me suis personnellement battu pour qu'un système européen de recours collectifs soit mis en place au niveau européen. Permettre aux consommateurs d'obtenir réparation, y compris lorsque le dommage subi est d'un faible montant, est essentiel pour accroître leur confiance dans les achats transfrontaliers. Un tel mécanisme n'existe pas encore, mais des avancées ont été faites en ce sens. J'espère que nous y arriverons pendant la prochaine mandature (2014-2020).

 

Un autre sujet sur lequel je me suis beaucoup investi est le maintien et le développement du tissu industriel européen. L'activité des petites et moyennes entreprises européennes doit être soutenue et encouragée. Cela passe par une simplification administrative, un meilleur accès aux financements, mais aussi par une politique industrielle européenne plus ambitieuse, un marquage d'origine des produits obligatoire, plus de réciprocité dans l'ouverture des marchés publics, etc... Tout cela est crucial pour la croissance et l'emploi en Europe.

 

PdA : À quels défis majeurs l'Union européenne devra-t-elle répondre dans les années à venir ?

 

R.R. : D'abord, au défi de la crise de défiance que nous traversons. Les citoyens ne croient plus en l'Europe, ne voient plus en quoi l'Europe leur est utile, et s'en désintéressent. C'est très inquiétant.

 

Ensuite, au défi des égoïsmes nationaux et de l'intergouvernementalisme. Pour peser diplomatiquement, pour exister économiquement face à la Chine ou au Brésil, pour répondre au défi énergétique, pour donner les moyens à nos entreprises de se développer... l'approfondissement de l'intégration européenne est nécessaire.

 

Pour moi, parvenir à remédier à la crise de confiance actuelle tout en approfondissant l'Europe ne se fera qu'en concentrant l'action de l'Union européenne sur les grands sujets. L'Europe n'a pas vocation à s'occuper de tout, et doit privilégier des domaines d'action stratégique.

 

PdA : Comment la voyez-vous, cette Europe, à l'horizon d'une génération ?

 

R.R. : L'Europe sera forte, unie, ambitieuse, efficace.

 

Elle aura choisi un nouveau mode de développement pour stimuler la croissance et l'emploi : une politique industrielle européenne qui favorise l'offre et stimulant les activités créatrices d'emplois, le lancement de grands programmes sectoriels européens (technologies bas carbone, programme spatiaux, ville durable, réseaux intelligents, etc.), et aura su faire émerger de grands champions européens. L'Europe sera devenue le leader de la troisième révolution industrielle en promouvant les technologies génériques (nanotechnologies, biotechnologies, photonique, etc.). Elle aura axé son développement sur la "croissance verte" : meilleur recyclage, économie circulaire, mise en place d'une contribution économique sur les produits importés dans l'UE, mise en place d'une "Europe de l'énergie" avec une diversification du bouquet énergétique européen, etc...

 

L'Europe sera gagnante dans la mondialisation. Elle aura appliqué le principe de réciprocité dans les échanges avec les pays tiers et aura construit des partenariats équilibrés. Un label "Fabriqué en Europe" existera depuis longtemps et sera connu de tous les consommateurs. L'Europe se sera dotée d'un régime de propriété intellectuelle assorti d'outils juridiques efficaces pour lutter contre les tricheurs (secret d'affaires, brevet, lutte contre la contrefaçon...). L'UE aura également mis en place une structure commune en matière commerciale et d'investissement directs à l'étranger.

 

En matière sociale et fiscale, un contrat de travail européen aura été créé pour promouvoir la mobilité (avec des standards élevés en matière de droit du travail), et sera accompagné d'un contrat européen d'apprentissage. L'assiette de l'impôt sur les sociétés aura été harmonisée, la lutte contre l'évasion et la fraude fiscale sera efficace, et les inégalités seront réduites.

 

L'Europe sera dotée d'une politique migratoire cohérente et contrôlée : politique européenne de l'immigration économique choisie, renforcement de la police européenne des frontières, mise en place d'un mécanisme de solidarité en cas d'arrivée massive de migrants / demandeurs d'asile aux frontières d'un État-membre.

 

Une véritable Europe de la justice, des libertés et de la connaissance aura vu le jour. Un véritable parquet européen aura été créé, une agence européenne de la cyberdéfense aura été mise en place, les universités européennes en ligne et le e-learning seront en plein essor, les diversités culturelles et linguistique seront réellement favorisées (aides publiques au cinéma préservées, place accrue des langues étrangères dans les parcours scolaires, retransmission en VO des émissions à la télévision, etc.).

 

Nous aurons procédé à une refondation démocratique : le président de l'UE sera élu directement par les citoyens européens, le Parlement européen aura un droit d'initiative législative, 10% des membres du Parlement seront élus à la proportionnelle dans des circonscriptions transnationales, l'initiative citoyenne sera valorisée pour qu'émerge une véritable e-démocratie participative européenne.

 

Enfin, l'Europe aura un rang plus digne sur la scène internationale. L'intégration militaire aura été accélérée et la capacité d'équipement militaire de l'UE renforcée, l'UE disposera d'une véritable diplomatie intégrée, ce qui lui confèrera un grand rayonnement et un pouvoir de négociation considérable en matière de commerce et de réchauffement climatique. En outre, des services de renseignement intégrés auront été mis en place pour lutter efficacement contre la criminalité internationale.

 

Voici l'Europe que j'espère pour nos enfants et nos petits-enfants. C'est l'Europe pour laquelle je me battrai si je suis réélu au Parlement européen en mai prochain.

 

PdA : Les scrutins européens comptent parmi celles qui mobilisent le moins les électeurs, c'est notamment vrai s'agissant des Français. Français auprès desquels la construction communautaire n'a pas nécessairement bonne presse... Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos compatriotes ?

 

R.R. : Je souhaite leur dire que 70% des législations françaises sont issues de textes européens, et le Parlement co-décide avec le Conseil sur la plupart de ces textes. Voter aux élections européennes est donc un acte démocratique fort, qu'il ne faut surtout pas négliger.

 

PdA : Quelque chose à ajouter ?

 

R.R. : Penser que l'on peut s'en sortir seuls est un leurre. L'Europe est notre avenir.

 

Propos recueillis le 11/04/14

Retrouvez Robert Rochefort sur le site du P.E., sur son site...

 

 

Philippe Juvin

Philippe Juvin

Député européen depuis 2009. Circ. : Île-de-France. Groupe : PPE.

« Les Européens doivent parler d'une seule voix » 

  

Paroles d'Actu : Bonjour, M. Juvin. Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours, de vous ? 

  

Philippe Juvin : Je suis entré en politique très tôt puisque j’ai été élu pour la première fois au conseil municipal de La Garenne-Colombes à l’âge de 19 ans. J’ai également été président de l’Union des Jeunes pour le Progrès (UJP), une organisation politique gaulliste, pendant mes études. J’ai eu la volonté de m’engager au service de valeurs auxquelles je crois et de servir mes concitoyens. J’ai toujours eu ce que de Gaulle appelait une certaine idée de la France.

 

Je me suis présenté comme tête de liste aux élections municipales à La Garenne-Colombes en 2001, et j’ai alors été élu maire (il a été réélu en 2014, ndlr). J’ai ensuite été élu vice-président du Conseil général des Hauts-de-Seine en 2004. J’ai été réélu maire de La Garenne-Colombes en 2008 et suis devenu député européen en 2009, abandonnant du même coup mon mandat de conseiller général. Ces différents mandats m’ont permis d’approfondir mon engagement politique. 

 

PdA : Quel bilan établissez-vous de la 7e législature communautaire (2009-2014) ? 

 

P.J. : Lors de la dernière mandature, les eurodéputés se sont montrés courageux et responsables en prenant les mesures nécessaires pour préserver l’euro et éviter l’éclatement de l’Union. La crise que nous traversons actuellement est protéiforme, elle est économique, sociale, financière mais aussi morale. Elle est le résultat d’un manque de réforme. Par conséquent, le prochain Parlement européen devra renforcer les politiques européennes dans les domaines où l’intégration est pertinente, et laisser aux Etats-membres la liberté nécessaire sur les sujets qui ne relèvent pas de sa compétence. Les parlementaires européens élus en mai devront aussi être pragmatiques, en prenant des mesures concrètes qui améliorent le bien-être des citoyens européens. 

  

PdA : À propos de quelles questions, de quelles problématiques avez-vous eu particulièrement à cœur, durant cette période, de faire entendre votre voix, de chercher à faire bouger les lignes ? 

 

P.J. : À mon échelle, j’ai d’abord contribué à réformer les marchés publics, en tant que rapporteur de la directive sur les contrats de concessions. L’objectif de ce texte est de simplifier les procédures, en offrant plus de liberté aux autorités locales dans les négociations avec les concessionnaires. Cette nouvelle législation participera au développement des entreprises et permettra de créer des emplois.

 

D’autre part, j’ai été amené à suivre de très près l’élaboration de la directive sur les essais cliniques. J’ai œuvré avec mes collègues du Parlement européen pour trouver un équilibre raisonnable entre la transparence, la sécurité des patients et les intérêts des entreprises pharmaceutiques.

 

J’ai également rédigé un rapport dédié à la publicité comportementale sur Internet dans le but de mieux protéger les données personnelles des consommateurs européens. Ce sujet est d’ailleurs très actuel, puisque le scandale PRISM et les écoutes massives de la NSA démontrent une nouvelle fois l’importance d’instaurer des garde-fous pour protéger la vie privée de nos concitoyens.

 

Enfin, récemment, je me suis rendu à Kiev, au plus fort de la crise politique qui secoue l’Ukraine. J’ai été mandaté par le président du Parlement européen pour aller constater les besoins humanitaires et rencontrer les manifestants. Ce voyage a achevé de me convaincre que l’UE doit développer une politique extérieure bien plus ambitieuse et cohérente, pour enfin parler d’une voix face aux autres grandes puissances telles que la Russie. 

 

PdA : À quels défis majeurs l'Union européenne devra-t-elle répondre dans les années à venir ? 

 

P.J. : Les défis auxquels l’UE est confrontée sont nombreux. Certaines politiques (industrielles, énergétiques, agricoles, de défense) n’ont de sens aujourd’hui que si elles sont européennes. La croissance économique, les questions sociales et l’immigration figurent aussi parmi les préoccupations des Européens.

 

Malheureusement, dans de nombreux domaines, je constate que la France subit un décrochage par rapport à ses partenaires. La France est devenue, avec la Grèce, le seul pays de la zone euro à avoir une balance commerciale déficitaire. Elle est aussi le seul État-membre, avec la Slovénie, qui risque de ne pas pouvoir respecter l’objectif budgétaire fixé pour cette année. Dans l’Hexagone, la dette atteint 2 000 milliards d’euros, soit quasiment 100% du PIB, tandis que le chômage des jeunes s’établit à 22% contre 6% en Allemagne ! Pour toutes ces raisons, je suis inquiet du sort de la France qui, par son poids économique (20% du PIB de la zone euro), menace la croissance fragile de l’Europe. Le principal défi à mes yeux est donc le redressement des comptes publics de la France, afin qu’elle puisse restaurer sa compétitivité et renouer avec la croissance.

 

PdA : Comment la voyez-vous, cette Europe, à l'horizon d'une génération ? 

 

P.J. : L’enjeu principal pour les Européens dans les années à venir sera d’arriver à parler d’une voix dans les négociations internationales. Pour ce faire, il faudra nécessairement développer des politiques plus intégrées. Au rythme actuel, il est probable que d’ici 2040 aucun État européen ne sera considéré individuellement comme une puissance mondiale. Pour éviter ce déclassement, nous n’avons pas d’autre choix que d’unir nos forces et travailler ensemble.

 

Pour continuer à peser sur la scène mondiale, nous devons favoriser la recherche et le développement, innover, faire émerger des champions industriels capables de rivaliser avec leurs concurrents américains, indiens, chinois. Nous devons devenir pionniers dans les industries de demain : l’énergie, les nouvelles technologies ou encore les transports. 

  

PdA : Les scrutins européens comptent parmi celles qui mobilisent le moins les électeurs, c'est notamment vrai s'agissant des Français. Français auprès desquels la construction communautaire n'a pas nécessairement bonne presse... Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos compatriotes ?

 

P.J. : Les élections européennes sont une échéance cruciale pour la France et pour l’Europe. Je pense que les Français prennent conscience qu’ils ont besoin davantage d’Europe et que la montée des extrêmes prédite par certains sondages n’est pas une fatalité. Parce qu’elles permettront de désigner le futur président de la Commission européenne, ces élections sont une occasion unique de se rapprocher des aspirations citoyennes et débattre de l’orientation que chacun des partis veut donner à l’Union européenne.

 

Le problème de l’abstentionnisme n’est pas nouveau, mais il est inquiétant de constater que, parallèlement à l'accroissement des pouvoirs du Parlement européen, le taux de participation aux élections européennes n’a cessé de baisser. Le Parlement européen est aujourd'hui perçu comme une machine technocratique produisant des lois difficiles à comprendre. Il s'agit d'une structure très complexe qu'il faut apprivoiser. La pérennité d’un parlementaire européen dans ses fonctions est donc fondamentale pour accroître l'influence de son pays d’origine. En réalité, le Parlement européen est un des véhicules de puissance de la France en Europe, et les citoyens doivent en prendre conscience.

 

PdA : Un dernier mot ?

 

P.J. : J’encourage tous les citoyens à aller voter le 25 mai pour se saisir de ces enjeux cruciaux pour la France et pour l’Europe !

  

Propos recueillis le 11/04/14 

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Alain Lamassoure

Alain Lamassoure

Député européen dès 1989, puis depuis 1999. Circ. : Sud-Ouest. Groupe : PPE.

« L'Europe vieillit, c'est notre défi numéro un »

 

Paroles d'Actu : Bonjour, M. Lamassoure. Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours, de vous ?

 

Alain Lamassoure : J'ai eu un parcours assez classique : après mes études à Sciences-Po, puis à l'ENA, j'ai intégré la Cour des Comptes avant de rejoindre divers cabinets ministériels, puis celui du président Giscard d'Estaing. J'ai ensuite commencé ma carrière politique en étant élu député des Pyrénées-Atlantiques en 1986, ainsi que député européen, à partir de 1989. De 1993 à 1995, j'ai été ministre délégué en charge des Affaires européennes puis, de 1995 à 1997, ministre délégué en charge du Budget et porte-parole du gouvernement. De nouveau élu au Parlement européen depuis 1999, je suis actuellement président de la commission des Budgets et membre suppléant de la commission des Affaires constitutionnelles, mais aussi candidat à ma réélection en tant que tête de liste de l'UMP en Île-de-France.

 

PdA : Quel bilan établissez-vous de la 7e législature communautaire (2009-2014) ?

 

A.L. : J'en établis un bilan positif et riche. D'un point de vue institutionnel en premier lieu, car le Parlement européen a vu son rôle renforcé, et il a pu peser plus qu'auparavant dans de nombreux dossiers. D'un point de vue législatif, nous avons beaucoup travaillé et avancé en ce qui concerne la gouvernance économique et le soutien à la croissance et à l'emploi, en réponse à la crise économique et financière. Nous avons aussi trouvé un accord sur le budget de l'Union européenne pour la période 2014-2020, sur la réforme de la politique agricole commune ou encore sur la politique de cohésion pour 2014-2020. Toutes ces décisions importantes constitueront le cadre du fonctionnement de l'UE et de ses actions pour les prochaines années. Elles devraient lui permettre d'être plus efficace et de mieux répondre aux préoccupations des citoyens.

 

PdA : À propos de quelles questions, de quelles problématiques avez-vous eu particulièrement à cœur, durant cette période, de faire entendre votre voix, de chercher à faire bouger les lignes ?

 

A.L. : Je suis très heureux car des actions que j'avais engagées depuis plusieurs années ont enfin abouti. Tout d'abord, en ce qui concerne le budget européen, j'ai obtenu qu'une véritable réflexion soit lancée sur son financement par de nouvelles ressources propres. Un groupe à haut niveau, présidé par Mario Monti, et dont je suis membre, vient d'ailleurs de débuter ses travaux afin de formuler des propositions concrètes début 2016. Cela devrait permettre de réduire les contributions que versent les États membres au budget européen.

 

Par ailleurs, l'initiative citoyenne européenne, que j'avais fait introduire dans le projet de constitution européenne et qui a été reprise dans le traité de Lisbonne, est devenue elle aussi une réalité. En tant que co-rapporteur du Parlement européen sur le règlement permettant sa mise en œuvre pratique, j'ai été très impliqué dans ce dossier et me réjouis que nous ayons pu mettre en place un tel mécanisme de démocratie participative au niveau européen.

 

PdA : À quels défis majeurs l'Union européenne devra-t-elle répondre dans les années à venir ?

 

A.L. : À la perte de dynamisme et d'optimisme, donc de croissance, causées par le vieillissement de sa population. Or, sans croissance, aucun des problèmes européens n'est soluble : ni le chômage, ni la pauvreté, ni l'endettement, ni la compétitivité, ni le maintien de l'Europe parmi les puissances qui modèlent le XXIe siècle. Ce mal ne date pas de la crise financière, mais des quinze dernières années. 

 

PdA : Comment la voyez-vous, cette Europe, à l'horizon d'une génération ?

 

A.L. : Devenue vraiment démocratique, le président élu de la Commission européenne ayant acquis une légitimité comparable à celle des chefs d'États et de gouvernements, et ayant trouvé un meilleur équilibre entre les politiques communautaires proprement dites et la coordination des politiques qui restent de compétence nationale, notamment la politique budgétaire, la politique étrangère et la défense. Tous les pays de l'Union auront adopté l'euro, et les frontières de l'Union seront durablement fixées aux limites du continent proprement dit.

 

Propos recueillis le 14/04/14

Retrouvez Alain Lamassoure sur le site du P.E., sur son site...

 

 

Nicole Kiil-Nielsen

Nicole Kiil-Nielsen

Députée européenne depuis 2009. Circ. : Ouest. Groupe : Verts-ALE.

« Le Parlement est un rempart contre les conservatismes »

 

Paroles d'Actu : Bonjour, Mme Kiil-Nielsen. Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours, de vous ?

 

Nicole Kiil-Nielsen : Bonjour ! Je suis entrée en politique à la fin des années 60. Le combat des femmes pour le droit à disposer de leur corps a été l’élément déclencheur. Étudiante en Lettres, je me suis impliquée dans le mouvement des femmes, et en particulier dans le Mouvement pour la Libération de l’avortement et de la contraception (MLAC).

 

Ma sensibilité écologiste, plus particulièrement anti-nucléaire, m’a vite amenée à militer au sein des Verts, qui sont aussi les premiers à avoir inscrit la parité dans leurs statuts et à présenter des listes paritaires aux élections. Conseillère Principale d'éducation au collège Emile Zola de Rennes, j'ai exercé au sein des Verts tour à tour des responsabilités locales, régionales et nationales jusqu'au jour où, en 2001, j'ai été élue conseillère municipale à Rennes. De 2001 à 2008, j'ai ainsi été adjointe au maire de Rennes, chargée de la coopération décentralisée et de la solidarité internationale.

 

Enfin, en 2009, j'ai été élue au Parlement européen pour un mandat de cinq ans sur la liste Europe Écologie Les Verts dans la circonscription Ouest.

 

PdA : Quel bilan établissez-vous de la 7e législature communautaire (2009-2014) ?

 

N.K.-N. : Au quotidien, à Bruxelles et Strasbourg, nous œuvrons pour défendre l’idée d’une Union européenne plus démocratique, plus solidaire et plus écologique. Il faut noter que la 7e législature est la première législature depuis l'adoption du traité de Lisbonne, et donc du renforcement des pouvoirs du Parlement européen dans le triangle institutionnel. C'est à l'aune de cela qu'il faut, je pense, tirer le bilan de notre action, en analysant les avancées qui ont été rendues possibles mais aussi revenir sur nos échecs pour renforcer notre action lors de la prochaine législature, et faire usage, dans leur intégralité et avec plus d'acuité encore, des nouveaux pouvoirs qui nous ont été conférés.

 

Je voudrais citer quelques grands dossiers emblématiques pour les écologistes, sur lesquels ils se sont beaucoup investis lors de cette législature :

 

Dans le domaine de l’énergie et de la protection du climat, plusieurs "législations importantes" ont été mises en place ces dernières années. Tout d’abord en termes d’efficacité énergétique, le Parlement a voté en 2010 l'introduction d'exigences minimales en matière de performance énergétique aux bâtiments neufs et aux nouvelles unités de bâtiment, établissant, par exemple, qu'au 31 décembre 2020, tous les bâtiments neufs devront avoir une consommation d'énergie proche de zéro.

 

La politique agricole commune (PAC) a été révisée lors de ce mandat. Pour les écologistes, c’est une réforme manquée : les grandes exploitations céréalières vont continuer à toucher des centaines de milliers d’euros chaque année au détriment des éleveurs ou des petites exploitations. Il y a d'autres dossiers sur lesquels on continue à se battre : le projet de règlement polémique sur les semences (rejeté en commission de l’Agriculture après notamment une campagne des Verts) mais aussi le dossier des OGM, dont la Commission entend prochainement autoriser la culture d’un maïs génétiquement modifié.

 

Ensuite, la politique commune de la pêche, qui était jugée "désastreuse", a été reformée. Le Parlement européen s’est très clairement prononcé contre la surpêche, en approuvant en plénière en janvier 2013 l'interdiction des rejets en mer dès 2014 et une reconstitution des stocks dès 2015 dans le cadre de la réforme de la politique commune de la pêche.

 

Au niveau social, la législature qui s’achève a été particulièrement marquée par la crise financière, économique et sociale, mais un élément positif est à mettre en avant malgré tout, l’introduction de la garantie jeunesse. Parti d’un rapport d’initiative du Parlement, le projet a été endossé par la Commission européenne et introduit dans la législation européenne. En termes de régulation bancaire aussi, les Verts au Parlement européen ont joué un rôle important. Sous l’impulsion des députés verts, des textes contraignants font désormais peser la responsabilité des risques davantage sur les banques elles-mêmes, via les actionnaires et les créanciers, que sur les contribuables. On continue à se battre pour améliorer la législation européenne sur la fiscalité pour renforcer la lutte contre l'évasion fiscale.

 

Nous avons enregistré quelques victoires en matière de libertés publiques et numériques : c'est le cas au sujet de la protection des données, de l’accord commercial anti-contrefaçon (ACTA) et du rapport sur le marché unique des communications électroniques. Ce dernier texte vise à garantir la neutralité du Net.

 

La participation citoyenne a été renforcée grâce à l’initiative citoyenne intégrée dans le traité de Lisbonne. Le groupe écologiste a d'ailleurs activement soutenu l’initiative Right2Water. Grâce à la pression citoyenne, le secteur de l'eau a été exclu du champ de la directive sur les marchés publics. Le Parlement européen a aussi adopté la quatrième réforme du paquet ferroviaire, et une refonte du « paquet » asile a eu lieu à la suite de longues négociations.

 

Enfin, car ce dossier me tient à cœur en tant que membre de la commission des Droits des femmes et de l'égalité des genres, et que nous y avons consacré beaucoup d'énergie : le congé maternité. Malgré une mobilisation des parlementaires, nous n'avons pas réussi à avancer sur la révision de cette directive. C'est un dossier dont nous avons hérité du mandat précédent et qui reste toujours bloqué au Conseil, au niveau des États-membres. Le Parlement s'est prononcé en faveur de 20 semaines pleinement rémunérées (actuellement c'est 14 semaines), le Conseil refuse toutes négociations depuis fin 2010 et sans position du Conseil définie, aucune négociation ne peut débuter.

 

PdA : À propos de quelles questions, de quelles problématiques avez-vous eu particulièrement à cœur, durant cette période, de faire entendre votre voix, de chercher à faire bouger les lignes ?

 

N.K.-N. : Pour les cinq années de mon mandat, mon action s'est fortement orientée vers l’international et vers la défense des plus fragiles, des minorités. En tant que membre de la délégation entre l’Union européenne et le Conseil législatif palestinien, je me suis beaucoup investie sur la question palestinienne au Parlement : défense des prisonniers palestiniens, siège de Gaza, colonisation de la Cisjordanie, produits des colonies, problématique de l'eau de la vallée du fleuve Jourdan... voilà quelques sujets sur lesquels j'ai été active pour sensibiliser mes collègues et les diplomates de l'UE.

 

En tant que vice-présidente de la Délégation pour l'Asie centrale et rapporteure de cette législature sur la stratégie de l'UE envers l'Asie centrale, j'ai réussi, avec d'autres collègues, à geler l'accord UE-Ouzbékistan sur le commerce du textile au nom de droits des enfants. Il s'agit des enfants ouzbèkes qui sont massivement exploités, forcés à travailler dans les champs du coton. Enfin, je suis membre de l’intergroupe Sahara occidental et, là aussi, je me suis beaucoup investie pour défendre les droits fondamentaux des Sahraouis, si souvent bafoués.

 

En tant que membre de la commission Droits des femmes et égalité des genres, j'ai voulu allier mon engagement féministe et écologiste pour mettre en avant une autre approche sur la lutte contre le changement climatique qui prenne en compte la dimension de genre. Le changement climatique est le défi majeur de notre génération. Si nous ne comptons que sur la moitié de la population pour le résoudre, nous faisons fausse route. Les femmes, en raison des discriminations qu’elles subissent dans le monde, sont à la fois les premières victimes du changement climatique, mais elles constituent également un potentiel d’actions et d’idées inexploitées. Dans ce rapport, j'ai proposé d'inclure davantage les femmes dans la diplomatie climatique européenne, grâce à l'introduction d'un quota minimal de 40 % de femmes dans les délégations. Cette proposition a été reprise par la COP18 à Doha qui fixe pour objectif un équilibre entre hommes et femmes  dans les organes de négociations climatiques.

 

La conciliation entre la vie familiale et la vie professionnelle a été également un cheval de bataille pour les député-e-s verts en portant, en particulier, l'idée de la mise en place d'un congé paternité au niveau européen.

 

Ces derniers mois, nous nous sommes fortement mobilisés face à la montée des mouvements conservateurs et extrémistes qui cherchent à empêcher toutes nouvelles avancées dans ce domaine et tentent même de faire régresser des droits chèrement acquis par les femmes.

 

PdA : À quels défis majeurs l'Union européenne devra-t-elle répondre dans les années à venir ? 

 

N.K.-N. : L’Union européenne négocie en ce moment son prochain cadre législatif sur le climat et l’énergie, à travers son paquet Énergie-Climat 2030. Les négociations telles qu’elles sont menées au niveau européen sont inquiétantes pour nous écologistes. Il en va de même pour le traité de libre-échange entre l'UE et les États-Unis. Donc, nous devons rester très vigilants.

 

La réforme de la zone euro est également un des chantiers qui devrait fortement mobiliser les eurodéputé-es lors de la prochaine législature.

 

Ainsi, dans les mois et années à venir, l'Europe devra immanquablement affronter la question de la transition énergétique mais aussi d'autres défis : sécurité et stabilité dans le voisinage de l'Union ; il faudra renforcer les droits fondamentaux, les droits des femmes et la démocratie au sein même de l'Europe pour pouvoir assurer un rôle de défense des valeurs universelles - vocation et raison d'être de l'Europe actuelle - à l'échelle mondiale.

 

PdA : Comment la voyez-vous, cette Europe, à l'horizon d'une génération ?

 

N.K.-N. : J'espère sincèrement qu'à l'horizon d'une génération, l'Europe sera plus démocratique, plus sociale, plus écolo et plus solidaire. Nous devons continuer le travail essentiel de sensibilisation auprès des jeunes pour mieux leur faire connaitre l'Europe, car c'est eux demain qui la façonneront.

 

PdA : Les scrutins européens comptent parmi celles qui mobilisent le moins les électeurs, c'est notamment vrai s'agissant des Français. Français auprès desquels la construction communautaire n'a pas nécessairement bonne presse... Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos compatriotes ?

 

N.K.-N. : Face à la montée de l’euroscepticisme, face aux politiques de rigueur et d’austérité plébiscitées par les États membres, nous les écologistes, nous  pensons qu’une autre Europe est possible. Nous devons "donner vie à cette Europe", la construire, la perfectionner, comme par exemple avec l'initiative citoyenne européenne. Mais, surtout, via les élections européennes. Vous pouvez avec votre vote influencer la composition de l'institution européenne la plus démocratique  et élue au suffrage universel à travers 28 pays : le Parlement européen. Il a plus de pouvoir qu'avant, et peut ainsi constituer le rempart contre le nationalisme des États et l'extrémisme en Europe.

 

Propos recueillis le 24/04/14 

Retrouvez Nicole Kiil-Nielsen sur le site du P.E., sur son site...

 

 

Tokia Saïfi

Tokia Saïfi

Députée européenne depuis 2004. Circ. : Nord-Ouest. Groupe : PPE.

« L'Europe apporte une dimension supplémentaire

au sentiment national »

 

Paroles d'Actu : Bonjour, Mme Saïfi. Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours, de vous ?

 

Tokia Saïfi : Je suis née en 1959 à Hautmont, une ville ouvrière du nord de la France. Très tôt sensibilisée aux questions sociales et environnementales, je me suis impliquée dans le milieu associatif. Puis, voulant donner une dimension supplémentaire à mes engagements, je me suis impliquée en politique. Elue députée au Parlement européen en 1999, j’ai ensuite été nommée par Jacques Chirac au poste de secrétaire d’État au Développement durable dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.

 

Estimant que les grands enjeux qui me tenaient à cœur se règlaient davantage au niveau européen, j’ai conduit la liste UMP aux élections européennes de 2004. Au cours du mandat 2009-2014, j’ai siégé au sein des commissions des Affaires étrangères et du Commerce international.

 

J’ai également été élue présidente de la commission politique, de sécurité et des Droits de l’Homme de l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne.

 

PdA : Quel bilan établissez-vous de la 7e législature communautaire (2009-2014) ?

 

T.S. : Cette législature a été fortement marquée par la crise financière mondiale qui a trouvé une résonance particulière dans la zone euro. Le problème venait en particulier de ce que de nombreux États ont considéré l’euro comme une fin en soi, qui leur permettait de relâcher leurs efforts de bonne gestion.

 

Ce mandat a donc été consacré prioritairement à éviter la faillite de certains États, qui aurait provoqué des situations sociales encore plus dramatiques que celles vécues actuellement, et probablement entraîné la disparition de la zone euro. Il a donc fallu construire ce par quoi nous aurions dû commencer, c’est-à-dire une plus grande convergence des économies nationales et un pilotage politique renforcé.

 

PdA : À propos de quelles questions, de quelles problématiques avez-vous eu particulièrement à cœur, durant cette période, de faire entendre votre voix, de chercher à faire bouger les lignes ?

 

T.S. : L’Europe est une grande puissance économique (un PIB de plus de 12 000 milliards - devant les États-Unis -, deuxième exportateur de produits agricoles, premier exportateur tous produits confondus, etc...), mais elle ne sait pas toujours se faire respecter et défendre ses intérêts.

 

Au sein de la commission du Commerce international, je me suis donc particulièrement impliquée pour que l'UE soit plus offensive sur les questions de dumping et d’ouverture réciproque des marchés. J’ai par exemple rédigé un rapport pour que nos accords commerciaux contiennent des clauses sanitaires, sociales et environnementales et éviter ainsi le dumping non tarifaire de certains de nos partenaires, tout en améliorant la situation des salariés et des populations locales.

 

PdA : À quels défis majeurs l'Union européenne devra-t-elle répondre dans les années à venir ? Comment la voyez-vous, cette Europe, à l'horizon d'une génération ?

 

T.S. : Cette question est transversale : au-delà des différentes thématiques, la vraie question est « Quel type d’Europe voulons-nous ? ». S’agit-il d’une vaste zone de libre-échange et de relative prospérité économique, ou voulons-nous une Europe politique ?

 

Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas de retomber dans le vieux débat Europe fédérale ou non : c’est un débat purement théorique qui n’intéresse pas nos concitoyens. Pour moi, une Europe politique, c’est une Europe qui se concentre sur les domaines pour lesquels elle est plus efficace que les États, là où elle apporte une vraie plus-value. Le reste doit continuer à être réglé au niveau des États.

 

Certains proposent une Europe qui remplacerait les États : à mon avis, cette voie est une impasse qui irait contre les objectifs recherchés. En tournant le dos à son histoire qui repose sur les États-nations et en se dispersant à vouloir tout réglementer, l’Europe se diluerait et s’affaiblirait.

 

PdA : Les scrutins européens comptent parmi celles qui mobilisent le moins les électeurs, c'est notamment vrai s'agissant des Français. Français auprès desquels la construction communautaire n'a pas nécessairement bonne presse... Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos compatriotes ?

 

T.S. : L’objectif majeur est que les citoyens se réapproprient la construction européenne : les élections européennes sont en effet un moment privilégié pour faire de la pédagogie sur l’Europe. Les citoyens ont forcément du mal à en saisir tous les enjeux par manque de connaissances sur son fonctionnement, ses compétences, et son esprit général. Cela dit, il ne faut pas tomber dans une sorte d’ « eurobéatitude » que les citoyens ne comprendraient pas. Il faut donc présenter les aspects positifs de l’UE sans en dissimuler les manques et les aspects à améliorer.

 

C’est particulièrement vrai en France, où le discours ambiant est assez peu favorable à l’Europe, où elle est présentée par certaines personnalités politiques comme la responsable des difficultés que rencontrent les Français, en ces temps de crise économique et sociale. Il est donc important de répondre à toutes les questions que se posent les Français. Il ne doit y avoir aucun tabou, aucun thème ne doit être laissé de côté. C’est précisément parce que je crois en l’Europe que je veux qu’elle s’améliore sans cesse.

 

À l’occasion de ces élections européennes, j’aimerais que les Français ne se laissent pas influencer par ceux qui vont leur demander de choisir entre aimer la France et aimer l’Europe. L’Europe apporte une dimension supplémentaire à notre sentiment national. C’est parce que j’aime mon pays que je souhaite que l’Europe se renforce.

 

Propos recueillis le 24/04/14 

Retrouvez Tokia Saïfi sur le site du P.E., sur son site...

 

 

Nathalie Griesbeck

Nathalie Griesbeck

Députée européenne depuis 2004. Circ. : Grand Est. Groupe : ADLE.

« Il nous faut parachever le projet européen »

  

Paroles d'Actu : Bonjour, Mme Griesbeck. Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours, de vous ? 

  

Nathalie Griesbeck : Je suis née à Metz en 1956. J'ai étudié le droit puis ai passé les concours de l'enseignement supérieur pour exercer la profession de maître de conférence en Droit public à l'Université de Metz.

 

Élue, en 1983, plus jeune conseillère municipale de Metz, j'ai acquis au fur et à mesure des années de nouvelles responsabilités à l'échelle de la ville – adjointe au maire de 1987 à 1995, première adjointe de 1995 à 2004, présidente de l'OPAC... – et me suis toujours positionnée pour une ville plus sociale, plus innovante et plus ouverte sur le monde. Je me suis également engagée à l'échelle du département et, après avoir été élue à quatre reprises conseillère générale de la Moselle, je suis devenue, en 2011, vice-présidente du Conseil général de la Moselle.

 

C'est en tant que candidate centriste – d'abord à l'Union pour la Démocratie française (UDF), puis au sein du Mouvement démocrate (MoDem) – que j'ai remporté les élections européennes dans le Grand Est, en 2004 puis en 2009. Je participe, depuis ma première élection, activement aux travaux des deux commissions dont je suis membre : la commission des Libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures et la commission des Transports et du tourisme. Je travaille de très près les questions de justice, d'asile et de migration, ainsi que celles relatives à la sécurité routière. J'ai également été rapporteur du Parlement européen sur la question des mineurs non accompagnés, ces enfants étrangers migrants qui arrivent seuls sur le territoire européen. J'attache énormément d'importance à mon travail au niveau européen et défends sans relâche une Europe plus politique, plus unie et plus sociale. 

  

PdA : Quel bilan établissez-vous de la 7e législature communautaire (2009-2014) ? 

 

N.G. : Le Parlement européen est devenu avec le traité de Lisbonne – entré en vigueur en 2009 – un véritable co-législateur. Il a ainsi acquis un pouvoir bien plus important, qu'il a appris à utiliser lors de cette mandature. En cinq ans, de très nombreux dossiers sont passés entre les mains des parlementaires, et le Parlement européen, en tant que représentant des citoyens européens et de l'intérêt communautaire, peut se vanter de belles réussites.

 

En effet, le Parlement européen a su s'imposer sur un certain nombre de sujets et faire accepter à des États parfois sceptiques des mesures que nous considérons comme essentielles. Je pense tout d'abord au maintien de l'aide aux plus démunis, qui a été l'un des grands combats du Parlement lors de cette mandature. Les députés ont ainsi œuvré à la création d'un Fonds européen d'aide aux plus démunis (FEAD) apportant une aide alimentaire, mais aussi matérielle, aux Européens les plus démunis.

 

Autre combat d'envergure : les droits de plantation. En 2008, une réforme européenne de l'organisation commune du marché du secteur viticole a proposé la fin des droits de plantations, et donc la libéralisation de ces droits d'ici 2015. Mes collègues du MoDem et moi-même nous étions fermement opposés à cela et avons finalement remporté la bataille lors du vote sur la réforme de la politique agricole commune. Je suis fière de cette victoire qui, dans ma circonscription du Grand Est, particulièrement viticole, est porteuse de sens.

 

Autre exemple symbolique du poids que peut avoir le Parlement européen : le rejet de l'accord SWIFT. Le Parlement avait alors pleinement joué son rôle de défenseur des droits fondamentaux et de la protection des données personnelles, en refusant un accord international sur le transfert de données complétement déséquilibré au profit des États-Unis.

 

Voici, sans être exhaustive, les premiers dossiers qui me viennent à l'esprit ; toutefois il y en a beaucoup d'autres : la refonte du programme Erasmus, la fin du "roaming", la mise en place d'une politique européenne commune en matière d'asile, les directives sur les droits des passagers dans les différents modes de transports, etc... ; autant de dossiers, autant d'avancées dans la construction, pas à pas, d'une Europe du quotidien.

 

Malgré ces beaux succès, mon groupe parlementaire et mes collègues du Mouvement démocrate avons un certain nombre de regrets, symptomatiques du manque de volonté politique des États membres. Nous déplorons pas exemple l'absence, malgré nos appels répétés, de ressources propres dans le budget européen, ressources qui rendraient l'Union européenne plus indépendante vis-à-vis des États membres, ainsi que l'absence d'une véritable politique extérieure commune.

 

Nous regrettons, de façon plus générale, l’opacité et l'illisibilité de l’Union européenne aux yeux des citoyens européens. Il s'agit là, sans aucun doute, de la principale faiblesse de la construction européenne. Ces échecs s'expliquent par un manque de volonté politique, un retour à l’inter-gouvernementalisme au détriment de la méthode communautaire, mais également par l’absence d’un leadership fort au niveau européen. Il est néanmoins possible de mettre un terme à cela, et les citoyens sont, dans cette optique, essentiels. 

  

PdA : À propos de quelles questions, de quelles problématiques avez-vous eu particulièrement à cœur, durant cette période, de faire entendre votre voix, de chercher à faire bouger les lignes ? 

 

N.G. : Membre titulaire de la commission des Libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE), j'ai été particulièrement active sur les questions de libertés fondamentales, de justice, d'asile et de migration. J'ai défendu, par mon action, la poursuite d'une Europe sociale et solidaire qui reste fidèle à sa réputation de défenseur des Droits de l'Homme et qui traite avec dignité les hommes et femmes migrants sur son territoire.

 

Particulièrement concernée par le sort des plus vulnérables, j'ai été rapporteur sur la question des mineurs non accompagnés, c'est à dire des enfants migrants qui arrivent sans famille ou tuteur légal sur le territoire européen. Je me suis battue pour que ces individus particulièrement fragiles soient traités comme des enfants, avant d'être vus comme des migrants, et, surtout, pour qu'ils ne soient jamais emprisonnés.

 

En parallèle des sujets LIBE, j'ai fait entendre ma voix sur de nombreux autres sujets d'importance particulière, notamment le maintien de l'aide de l'Union au plus démunis, le maintien des droits de plantations, les droits des passagers dans les différents modes de transports, l'interdiction des méga-camions, le renforcement du budget dédié au programme d'échange Erasmus, etc... 

  

PdA : À quels défis majeurs l'Union européenne devra-t-elle répondre dans les années à venir ? 

 

N.G. : Plusieurs dossiers s'annoncent d'ores et déjà clés pour la prochaine mandature et requerrons toute la vigilance des futurs députés. Parmi ces dossiers, je pense en particulier à la réforme de toute la législation européenne relative à la protection des données personnelles, qui prend un relief singulier à la lumière des révélations d'Edward Snowden et du scandale de la NSA de l'automne dernier. Le Parlement européen et la commission LIBE ont adopté une position ambitieuse sur le sujet, qu'il appartiendra aux futurs députés de respecter.

 

Je pense également aux négociations, très commentées, du futur partenariat transatlantique de commerce et d'investissement entre l'Union européenne et les États-Unis, accord qui a pour but de faciliter les échanges commerciaux et les investissements entre ces deux régions du monde. En mai 2013, le Parlement européen s’est majoritairement prononcé en faveur de l'ouverture des négociations, tout en fixant un certain nombre de conditions et de lignes rouges : réciprocité de l'accord, équilibre dans les échanges agricoles, interdiction des OGM, exclusion des services culturels et audiovisuels, protection solide des droits de propriété intellectuelle, protection élevée des données personnelles. Ce sera au Parlement européen d'approuver ou non le résultat des négociations.

 

Plus généralement, l'emploi et la jeunesse, la lutte contre le chômage et la compétitivité de l'Union européenne, via une vraie politique industrielle européenne, via nos PME, etc... sont, pour moi, la priorité, et seront les vrais enjeux des années à venir.

 

Au niveau "institutionnel", nous devrons nous battre pour améliorer le fonctionnement de cette Union européenne, démocratiser davantage le fonctionnement de ses institutions et, surtout, agir et lutter contre l'opacité caractéristique de l'Union. Avoir un vrai budget propre pour l'Union européenne, ainsi qu'une véritable politique étrangère commune, cela fera également partie de nos priorités. 

  

PdA : Comment la voyez-vous, cette Europe, à l'horizon d'une génération ?

 

N.G. : L'Europe est un beau projet, certainement le plus grand projet politique contemporain, mais c'est aussi une réalisation récente, qui connait des faiblesses et demande à être perfectionnée. Alors qu'en pleine crise, certains montrent du doigt l'Union européenne, nous, les Européens Alternative UDI-MoDem pensons, au contraire, que c'est le manque d'Europe, le manque d'harmonisation, l'absence de politique ambitieuse, ainsi que l'élargissement sans fin, qui sont à l'origine de nos difficultés. Il nous faut maintenant faire l'Europe et ainsi parachever un projet entamé il y a plus de soixante-cinq ans !

 

Nous sommes pour plus d'Europe, mais surtout pour mieux d'Europe. Nous sommes pour une Europe plus politique, plus sociale et plus solidaire. Une Europe avec une véritable politique industrielle ambitieuse qui encouragerait nos PME, une Europe leader de la révolution écologique, une Europe protectrice des libertés fondamentales, une Europe qui parlerait d'une voix sur la scène internationale, et, surtout, une Europe démocratique à l'écoute de ses citoyens.

 

Tout cela est possible mais pas sans l'adhésion des citoyens européens, et pas sans la volonté politique qui en découlera. Ce que sera l'Europe dans vingt ans dépend de ce que voteront les Français, les Belges, les Allemands, les Polonais et tous les autres Européens dans quelques semaines.

 

PdA : Les scrutins européens comptent parmi celles qui mobilisent le moins les électeurs, c'est notamment vrai s'agissant des Français. Français auprès desquels la construction communautaire n'a pas nécessairement bonne presse... Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos compatriotes ?

 

N.G. : Il est vrai que les citoyens européens, de manière générale, et les Français, en particulier, se désintéressent des enjeux européens et des élections européennes. La plupart d'entre eux ne se sentent pas concernés par une Europe appréhendée comme lointaine et opaque. C'est à mon avis là que se trouve la principale faiblesse de l'Union européenne : son déficit démocratique. Le fait est que si, au fil des années, les compétences de l'Union se sont renforcées, son fonctionnement s'est aussi complexifié.

 

Il existe de nombreuses pistes pour faire de l'Europe le modèle de démocratie qu'elle ambitionne d'être. Voici quelques-unes des propositions que je défends :

 

· L'élection au suffrage universel direct d'un président de l'Union européenne. Celle-ci permettrait aux citoyens d'identifier un véritable leader légitime de l'Europe. Il est essentiel que celui ou celle qui s'acquittera de cette fonction soit un personnage politique et charismatique d'envergure.

· Le renforcement des prérogatives du Parlement européen. Bien qu'étant devenu, depuis l'adoption du traité de Lisbonne, un véritable colégislateur, le Parlement mériterait, en tant que seule institution européenne démocratiquement élue, d'acquérir un véritable pouvoir d'initiative législative, pouvoir pour le moment réservé à la Commission.

· Davantage d'efforts en termes de communication. Il est fondamental, qu'au niveau européen comme au niveau national, les responsables politiques et les médias communiquent davantage sur les enjeux européens et le fonctionnement des institutions. Les hommes et femmes politiques doivent également cesser de se servir de l'Europe comme bouc émissaire. 

 

Propos recueillis le 30/04/14 

Retrouvez Nathalie Griesbeck sur le site du P.E., sur son site...

 

 

Catherine Trautmann

Catherine Trautmann 

Députée européenne dès 1989, puis depuis 2004. Circ. : Grand Est. Groupe : S&D.

« Toute critique positive est utile à l'Europe »

  

Paroles d'Actu : Bonjour, Mme Trautmann. Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours, de vous ?

 

Catherine Trautmann : Je suis une femme politique engagée de longue date, d'abord dans les combats féministes, puis par leur prolongement social et, donc, socialiste. J'ai été élue à de nombreux postes et connu plusieurs fonctions : jeune députée (brièvement), secrétaire d'État, ministre de la Culture et de la communication et porte-parole du gouvernement, députée européenne.  En 89, je suis la première femme élue maire d'une ville de plus de 100 000 habitants (Strasbourg, ndlr). J'ajouterais femme et de gauche, dans une ville que l'on disait définitivement acquise à un certain conservatisme. Mais en politique les choses ne sont jamais définitivement acquises ou figées, c'est un combat. C'est ce qui permet d'ailleurs de toujours regarder devant, vers de nouvelles conquêtes, économiques, sociales ou sociétales, pour un meilleur vivre-ensemble.

 

PdA : Quel bilan établissez-vous de la 7e législature communautaire (2009-2014) ?

 

C.T. : Un bilan forcément nuancé : nous avons réussi à faire avancer une série de dossiers et de thématiques, ou à bloquer certaines initiatives qui nous semblaient nocives. Mais, sur d'autres aspects, on ne peut pas s'en satisfaire : en particulier en ce qui concerne la situation économique et sociale, qui est très difficile dans de nombreux pays.

 

C'est aussi une législature où, sur le plan institutionnel, le Parlement a gagné des prérogatives avec le traité de Lisbonne, mais sans avoir trouvé le moyen de pleinement les exercer. Par exemple, le "droit de véto" sur les accords de commerce est un instrument extrêmement puissant, mais aussi particulièrement frustrant, dans la mesure où le Parlement européen n'est pas encore pleinement associé aux négociations préalables, se voyant donc au bout du compte amené à répondre par oui ou par non à un texte sur lequel il n'a pas eu de prise.

  

PdA : À propos de quelles questions, de quelles problématiques avez-vous eu particulièrement à cœur, durant cette période, de faire entendre votre voix, de chercher à faire bouger les lignes ?

 

C.T. : J'ai d'abord agi dans les commissions parlementaires dans lesquelles je siège : sur la réindustrialisation (en particulier dans le secteur de la sidérurgie, mais pas seulement), sur la transition énergétique, le numérique, le budget.

 

Mais des questions transversales nous ont également beaucoup préoccupés : l'emploi, la sauvegarde du PEAD (devenu FEAD ; le Fonds européen d'aide aux plus démunis), l'avancée vers la taxe sur les transactions financières...

  

PdA : À quels défis majeurs l'Union européenne devra-t-elle répondre dans les années à venir ?

 

C.T. : Très clairement, l'UE souffre d'avoir trop misé sur le développement de son "marché intérieur", lequel n'a pas forcément tenu toutes ses promesses, et de s'être en parallèle désintéressée non pas du "social" au sens large (sa compétence de droit étant limitée en la matière) mais au moins des conséquences sociales de ses actions et décisions.

 

C'est la raison pour laquelle elle doit à présent saisir à bras-le-corps cette problématique, et démontrer que nous pourrons mieux arriver à bout du chômage de masse si nous le faisons ensemble plutôt que chacun de notre côté. L'UE doit aussi faire plus pour la justice sociale et fiscale. Mais ces défis-là ne trouveront pas de réponse en apesanteur : les réponses viendront aussi des politiques sectorielles que nous mènerons, sur l'énergie, le numérique, l'agriculture, les transports, etc...

  

PdA : Comment la voyez-vous, cette Europe, à l'horizon d'une génération ?

 

C.T. : Je l'espère plus sereine, plus sûre de ses propres atouts, en capacité d'assumer sa politique de voisinage - en particulier euro-méditerranéen -, et donc à même de se frotter aux autres grands acteurs mondiaux. Bref, un acteur global, crédible et respecté. Cela passe par une réponse politique apportée dès aujourd'hui aux fossoyeurs de l'Europe qui font leur lit des difficultés que nous traversons actuellement et n'ont pour seule réponse qu'un repli sur soi qui serait délétère, pour la France comme pour nos voisins.

 

PdA : Les scrutins européens comptent parmi celles qui mobilisent le moins les électeurs, c'est notamment vrai s'agissant des Français. Français auprès desquels la construction communautaire n'a pas nécessairement bonne presse... Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos compatriotes ?

 

C.T. : La construction européenne n'est jamais achevée. Mais il faut sortir de l'Europe perçue comme hostile, passer à l'Europe utile. Car elle n'est pas simplement un "acquis" qu'il faudrait préserver, elle reste aussi à de nombreux égards un combat ; mais un combat démocratique. L'Europe est ce qu'on en fait. C'est pour cela que nous avons besoin de l'orientation des citoyens européens, et je dirais, de leur engagement, même si celui-ci peut aussi être critique. La critique est positive tant qu'elle ne s'attaque pas aux valeurs mêmes de l'Europe ou à ses bases, et qu'elle ne se fonde pas sur des arguments populistes ou démagogiques. Cette critique positive, c'est le carburant d'une démocratie, et l'Union Européenne a besoin de ce carburant-là !

 

PdA : Quelque chose à ajouter ?

 

C.T. : Pour choisir notre Europe : un seul tour, un seul jour, c'est le 25 mai !

 

Propos recueillis le 05/05/14 

Retrouvez Catherine Trautmann sur le site du P.E., sur son site...

 

 

Chantal Jouanno

Chantal Jouanno

Candidate au Parlement européen. Circ. : Île-de-France. Parti : Alternative.

« La priorité : l'approfondissement, pas l'élargissement »

 

Paroles d'Actu : Bonjour, Mme Jouanno. Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours, de vous ? Qu'est-ce qui fonde votre candidature au Parlement européen ?

 

Chantal Jouanno : Bonjour, je tiens tout d’abord à remercier Paroles d’Actu et à vous féliciter pour votre blog qui évoque les élections européennes, dont la campagne est trop évincée médiatiquement ou uniquement traitée de façon subjective, avec un biais eurosceptique.

 

En 1997, j’ai eu la chance de participer au sommet d’Amsterdam comme Antici alors que je travaillais à la représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne. J’ai découvert et adoré les Européens, les vrais, ceux qui ont à cœur le progrès de l’Europe contre les freins des États. Je suis sénatrice de Paris depuis 2011, après avoir été ministre des Sports et secrétaire d’État à l’Écologie.

 

Mon premier domaine d’expertise est l’écologie, et c’est la clé d’entrée par laquelle j’analyse les politiques publiques. Comme sénatrice, j’ai eu la possibilité de travailler sur des sujets sociétaux d’importance, tels le phénomène d’hypersexualisation des enfants, ou la prostitution. Les problématiques de santé publique sont également très présentes dans mon action parlementaire.

 

Ma candidature au Parlement européen est fondée, tout comme mon action politique, sur la défense des valeurs humanistes qui sont la base originelle du projet européen, et tout particulièrement l’émergence de la civilisation écologique. 

  

PdA : Quel regard, quels jugements portez-vous sur ce qu'est la construction européenne aujourd'hui ? Quel est, à votre sens, l'« état de l'Union » ? 

  

C.J. : Pour parler d’Europe, nous sommes souvent tentés de débattre de la réforme institutionnelle, des prérogatives de la Commission, du rôle du Parlement, de la co-décision, du financement du budget. En deux mots, nous avons perdu l’essentiel et l’oreille attentive de nos interlocuteurs. Pour le Centre, l’Europe est un idéal autant qu’une nécessité.

 

Il y a aujourd’hui deux visions de la France dans le discours sur l’Europe. Une vision de la France trop faible pour conquérir et s’enrichir de l’esprit européen. Une autre vision de la France ne doute pas de l’intelligence des Françaises et des Français, de leur esprit puissant, de leur capacité à dépasser leurs frontières et donc leur avenir. 

  

PdA : Voulez-vous nous présenter, dans leurs grandes lignes, ce que sont vos propositions majeures, votre projet pour l'Europe ? 

  

C.J. : Dans nos 65 propositions, l’objectif est de faire naître la puissance européenne, première puissance mondiale, seule capable de relever les défis énergétiques, alimentaires, écologiques et de souveraineté.

 

Idéal autant que nécessité, l’Europe doit se fixer comme objectifs l’harmonisation des règles fiscales et sociales ; ce sont les différences inacceptables et difficilement compréhensibles qui fâchent les Français avec l’idée européenne. L’Europe doit se saisir d’enjeux essentiels : l’emploi et la croissance, la lutte contre les paradis fiscaux, le contrôle de la finance, les enjeux énergie-climat, les moyens communs de recherche et de développement de l’économie liée à la mer et aux océans…

 

La volonté politique doit être forte et déterminé pour que l’Europe devienne cohérente : droit du travail européen, encourager la signature par les partenaires sociaux de conventions collectives européennes. L’Europe doit également, dans ses prérogatives, être à même de développer une stratégie pour nos entreprises. Afin de rendre plus efficaces les politiques, en particulier dans le domaine économique, il faudrait créer un véritable gouvernement de la zone euro. Le renforcement de la zone euro assurera sécurité financière et croissance aux États-membres.

 

L’Europe peut, en outre, constituer une réelle force dans le domaine de l’écologie et favoriser ainsi la croissance et l’emploi. Nous défendons l’idée d’un véritable « grenelle de l’environnement » au niveau européen, l’idée d’un objectif européen de réduction des émissions de CO2 à 50% d’ici 2030, instituer une contribution carbone sur tous les produits fabriqués hors de l’Europe qui ne respecteraient pas nos normes environnementales.

 

Notre priorité c’est l’approfondissement de l’Union européenne, pas son élargissement. Afin d’incarner l’Europe politique, je prône une véritable démocratie européenne avec l’élection du président de l’UE au suffrage universel, en même temps qu’un renforcement des pouvoirs du Parlement européen. C’est un nouvel espace politique qui doit voir le jour et qui doit gagner la confiance du citoyen. 

   

PdA : Comment voyez-vous l'Europe à l'horizon d'une génération ? 

  

C.J. : Je souhaite que l’Europe telle que je me la représente aujourd’hui comme un idéal et une nécessité soit pour mes enfants une réalité. J’ai envie que l’avenir de mes enfants soit l’Europe. Je leur souhaite de pouvoir étudier en Allemagne ou en Espagne. Je leur souhaite d’avoir un diplôme européen, de rencontrer un Néerlandais ou une Italienne. Je leur souhaite de travailler en Suède, puis de partir en mission humanitaire avec une ONG danoise. Je souhaite que l’innovation française se marie à la créativité italienne, que la détermination espagnole et la rigueur allemande se marient au génie français. 

  

PdA : La participation sera probablement faible lors du scrutin qui nous intéresse immédiatement. Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les inciter à voter pour vous ou, en tout cas, à ne pas bouder les urnes le 25 mai prochain ? 

  

C.J. : Nous serons plus forts rassemblés dans une Europe cohérente. Je regarde le passé. Les plus grands hommes de notre histoire, les figures de la France, de Henri IV à Victor Hugo à Pierre Mendès-France étaient des Européens convaincus. Ils avaient confiance en la force des Françaises et des Français, dans notre génie, notre intelligence collective. Seul celui qui doute de la France prône son repli et la fin de l’Europe. 

  

Propos recueillis le 14/05/14  

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Sylvie Goulard

Sylvie Goulard

Députée européenne depuis 2009. Circ. : Ouest. Groupe : ADLE.

« L'Union a un besoin urgent de réformes »

 

Paroles d'Actu : Bonjour, Mme Goulard. Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours, de vous ? 

  

Sylvie Goulard : Depuis 2009, je suis députée européenne, membre titulaire de la commission des Affaires économiques et monétaires (ECON) et membre suppléante de la commission en charge de l’Agriculture et du Développement rural (AGRI). Je préside l’intergroupe de lutte contre la pauvreté.

 

Après mes études, mon premier poste a été à la direction des Affaires juridiques du ministère des Affaires étrangères : j’ai eu la chance de faire partie de l’équipe française chargée de négocier l’unification de l’Allemagne. J'ai ensuite passé quatre ans au Conseil d'État, avant de retourner au service de prospective du ministère des Affaires étrangères, où j’étais en charge des questions européennes. De 2001 à 2004, j’ai été membre du groupe des conseillers politiques du président de la Commission européenne, Romano Prodi, pour lequel j’ai suivi les questions institutionnelles (Convention européenne) et multilatérales.

 

J’ai enseigné à Sciences Po et au Collège d’Europe à Bruges de 2005 à 2009 et, pendant plusieurs années, j’ai également été chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales CERI (qui dépend de Sciences Po).

 

De 2006 à 2010, j’ai présidé le Mouvement européen France, la branche française de la plus ancienne association qui milite pour l’Europe unie. 

  

PdA : Quel bilan établissez-vous de la 7e législature communautaire (2009-2014) ?  

  

S.G. : En tant que membre de la commission des Affaires économiques et monétaires, et coordinatrice de cette commission pour mon groupe politique (ADLE, Alliance pour les Libéraux et Démocrates pour l'Europe) j'ai été fortement impliquée dans tous les textes concernant la réforme du secteur financier européen et la gouvernance économique. Nous avons réussi à faire des progrès non négligeables ces cinq dernières années. Le rôle joué par le Parlement a été crucial pour assurer que les contrôles soient augmentés, que les États membres respectent leurs engagements, par exemple concernant le pacte de stabilité et croissance. Le travail a été dur, les négociations difficiles mais je crois que l'Europe est dans une meilleure position. Le travail est néanmoins loin d'être fini, il faut continuer sur ce chemin, vers la mutualisation de la dette, vers une vraie gouvernance économique de la zone euro. Par ailleurs, maintenant que le système a été stabilisé, il faut s’attacher à développer beaucoup plus les politiques touchant plus directement les citoyens. Nous avons commencé avec notamment l’accès garanti pour tous les résidents européens à un compte bancaire de base, mais plus doit être fait. Il faut également travailler sur l’investissement à long terme et à renforcer la zone euro.

 

Cette législature a aussi vu une réforme importante de la politique agricole commune (PAC), où une fois encore, la présence du Parlement européen, en co-décision pour la première fois sur ces sujets (c'est-à-dire sur un pied d'égalité avec le Conseil des ministres), a influencé le débat et assuré que le résultat final répondait mieux aux attentes des citoyens européens.

 

Une grande nouveauté de cette réforme est l'inclusion du principe de "verdissement", qui récompense les agriculteurs pour les « biens publics environnementaux » qu'ils fournissent. Ces actions entreprises par les agriculteurs ne sont pas remboursées lors de la vente de leur production mais sont essentielles pour le maintien des terres et la protection de l'environnement.

 

Un autre élément important de cette réforme est le principe "d'agriculteur actif" : afin de recevoir les fonds, l'activité principale doit être l'agriculture. Une nouvelle liste négative est mise en place et précise les activités professionnelles qu'il convient d'exclure du bénéfice des paiements directs (aéroports, compagnies ferroviaires, compagnies de distribution des eaux, sociétés immobiliers et terrains sportifs et récréatifs permanents). Il faut s'assurer que l'argent disponible pour l'agriculture soit utilisé de la meilleure manière possible.

 

La nouvelle réforme offre également des aides supplémentaires pour les petits et jeunes agriculteurs, ce qui est essentiel pour permettre un renouvellement des générations et pour assurer la viabilité des petites fermes et petites structures agricoles. En complément de ses mesures, un rôle beaucoup plus important a été donné aux organisations des producteurs (OP), les associations d'OP et des organisations interprofessionnelles de manière à augmenter le pouvoir de négociation des agriculteurs. En renforçant ces outils, les producteurs peuvent mieux s'organiser et mieux négocier avec la grande distribution.

 

Un autre élément de mon travail en tant que députée européenne, qui est très important pour moi, est l'intergroupe contre l'extrême pauvreté et l'exclusion sociale. Cet intergroupe, dont je suis actuellement présidente, travaille étroitement avec les plus démunis en Europe pour leur donner une voix vis-à-vis des responsables politiques européens et pour faire reconnaitre que la misère est une atteinte aux droits fondamentaux.

 

En 2010, Guy Verhofstadt, Dany Cohn-Bendit, Isabelle Durant et moi-même avons fondé le groupe Spinelli au sein du Parlement et en lien avec la société civile, qui cherche à promouvoir l’union de l’Europe. Le groupe Spinelli avance des propositions notamment sur les réformes économiques à entreprendre, la diplomatie européenne ou encore le défi énergétique et organise des débats ce qui nous permet de vraiment promouvoir des échanges européens sur des sujets clés pour l'avenir.

 

Le travail au Parlement européen est un travail d'équipe et sans nos collègues dans nos groupes, les avancées seraient beaucoup plus faibles. Pendant que nous avons renforcé l'euro dans la commission des Affaires économiques, d'autres collègues travaillaient dans d'autres commissions sur d'autres sujets importants. Il n'est pas possible de citer ici tous les dossiers importants qui ont été votés pendant des cinq dernières années mais je souhaite en souligner quelques-uns : en 2010, le Parlement a rejeté l'accord SWIFT. Cet accord UE/États-Unis concernant le traitement et le transfert des données de messagerie financière aux fins du programme de surveillance du financement du terrorisme a été rejeté parce que le Parlement trouvait qu'il ne respectait pas les droits fondamentaux des Européens et violait les lois européennes. Un autre exemple, juste avant la fin du mandat : le Parlement a voté pour assurer la "neutralité du net" et la fin des frais d'itinérance en 2015 pour les appels passés ou reçus, l'envoi de messages SMS/MMS et l'utilisation de services de données dans l'UE. 

   

PdA : À propos de quelles questions, de quelles problématiques avez-vous eu particulièrement à cœur, durant cette période, de faire entendre votre voix, de chercher à faire bouger les lignes ?  

  

S.G. : Comme indiqué ci-dessus, avec mes collègues de la commission des Affaires économiques et monétaires, nous nous sommes battus pour défendre et renforcer l'euro. J’ai fait partie de l’équipe de négociation du « 6-pack » et du « 2-pack » qui ont réformé la gouvernance économique. Nous avons réformé le pacte de stabilité et de croissance, mais aussi introduit une nouvelle procédure de déséquilibres macro-économiques.

 

C’est un élément nouveau et fondamental : la situation des États membres est analysée à l'aide d'un tableau de bord de 11 indicateurs, qui permet de mesurer l’évolution de leur économie dans le temps et d'identifier d'éventuels déséquilibres. Si les déséquilibres sont fort prononcés, un bilan approfondi est mené et une stratégie est établie pour y remédier. J’ai également fait partie de l’équipe qui a négocié l’union bancaire. J’ai travaillé pour que les banques de la zone euro soient mieux supervisées et que l’argent du contribuable ne soit plus utilisé pour régler le cas d’une banque défaillante. Nous avons œuvré collectivement pour que le nouveau dispositif soit crédible et rapide, notamment pour que les citoyens retrouvent confiance dans le système bancaire, que les banques financent l’économie et que les investisseurs étrangers aient envie d’investir dans la zone euro.

 

Je suis fière du travail de l'intergroupe contre la pauvreté, qui organise des réunions et des événements où les plus démunis de l'Europe peuvent échanger avec les représentants politiques européens : cela permet une vraie contribution de ces personnes à la prise de décision politique. Le 5 mars 2014, L'Université populaire Quart Monde européenne a eu lieu au Parlement européen, organisée avec le soutien de l'intergroupe. Les "universités populaires" consistent - en général dans une ville d'un seul pays - à donner la parole aux plus démunis, dans le but d'éradiquer la misère et l'exclusion.

 

En vue des élections européennes, l'objectif de cette Université populaire Quart Monde européenne a été de rassembler des personnes démunies de plusieurs États membres (par exemple : l'Italie, l'Espagne, la Pologne, la France, la Belgique, l'Allemagne) afin de permettre un dialogue transfrontière entre des personnes en situation de pauvreté, des responsables politiques et d'autres acteurs des institutions et associations. Le Parlement européen est le parlement de tous les européens. 

   

PdA : À quels défis majeurs l'Union européenne devra-t-elle répondre dans les années à venir ?  

  

S.G. : Une question qui m'a beaucoup préoccupée pendant ce mandat, et c’est également une question que j'entends souvent sur le terrain, concerne la démocratie européenne. J'ai écrit un livre sur ce sujet en 2012, avec Mario Monti, De la Démocratie en Europe, voir plus loin, et cette question sera cruciale pendant le prochain mandat. L'Union européenne a besoin de se reformer. Pour mieux répondre aux attentes des citoyens, afin d'être crédible sur la scène mondiale, pour avoir des institutions efficaces, démocratiques et "accountable" (c’est-à-dire qui rendent des comptes), il nous faut des réformes considérables. S'il n'est pas possible de faire des réformes nécessaires à 28 tout de suite, je suis favorable à ce que la zone euro avance seule (en restant ouverte à ceux qui le voudraient – comme c’est le cas pour l’union bancaire) dès maintenant.

 

Vous trouverez des propositions précises vis-à-vis des prochaines étapes pour la gouvernance de la zone euro dans la déclaration du Groupe Eiffel Europe, un groupe de réflexion que j'ai fondé qui propose une communauté politique de l’euro, assumée, ouverte sur les autres pays européens et sur le monde. Non pas que l’euro serait une fin en soi mais, au contraire parce qu’il est l’expression d’un destin commun. Cette question sera une question clé lors du prochain mandat.

 

Comme indiqué plus haut, un autre sujet qui reste central pour les années à venir est l'économie et la finance. Il faut continuer le travail qui a été fait depuis 2009 et consolider la faible croissance en Europe avec une croissance plus forte, des investissements pour le long-terme, une réduction du taux de chômage et une augmentation de la qualité de vie des citoyens européens.

 

Il y a eu des progrès pendant ce mandat en ce qui concerne les enjeux environnementaux avec une PAC plus verte, une politique de pêche plus durable, des règles plus contraignantes sur les émissions industrielles parmi les textes votés, mais le travail doit continuer et accélérer. Nous ne pouvons pas continuer à utiliser nos ressources à la vitesse actuelle. Il faut des politiques exigeantes au niveau européen, qui permettent de protéger l'environnement et de créer des emplois et de la croissance économique. L'Europe agissant toute seule aurait déjà un impact sur l'environnement, mais il faut aussi et surtout progresser sur les accords environnementaux au niveau mondial, nous avons déjà gaspillé beaucoup trop de temps. 

   

PdA : Comment la voyez-vous, cette Europe, à l'horizon d'une génération ? 

  

S.G. : C'est une question très difficile, tout dépend des engagements que nous prenons (ou devrons prendre) maintenant. Je crois sincèrement dans le projet européen, et je crois que sa nécessité se fera sentir dans les années à venir. Bientôt, il n'y aura plus aucun pays de l'Union qui sera membre du G8, l'influence individuelle des pays de notre continent sera très réduite. Pour participer au niveau mondial, il faut que tous les États membres agissent ensemble.

 

Actuellement, l'Union européenne est imparfaite : il faut la réformer de manière urgente. Si ces réformes sont faites, avec une communauté politique autour de la zone euro par exemple, ouverte à ceux qui souhaitent la rejoindre plus tard, il y a de l'espoir pour l'UE. Si le budget est reformé, si l'UE a des vraies ressources propres, il sera possible à la fois de diminuer les contributions nationales au budget de l'Union et de réaliser des investissements intelligents pour l'avenir. Il faut des réformes structurelles dans presque tous les États membres, il faut des budgets équilibrés. Ce n'est pas juste de reporter les dettes de notre génération sur le dos des générations futures. Ces réformes sont difficiles, et plus nous attendons plus elles le seront, mais elles sont essentielles si nous souhaitons offrir un horizon avec de l'espoir pour les prochaines générations. 

  

PdA : Les scrutins européens comptent parmi celles qui mobilisent le moins les électeurs, c'est notamment vrai s'agissant des Français. Français auprès desquels la construction communautaire n'a pas nécessairement bonne presse... Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos compatriotes ? 

  

S.G. : Votez le 25 mai. Et votez pour les partis politiques qui défendent vos intérêts, qui vous parlent honnêtement de la réalité du monde globalisé dans lequel nous vivons. Ne croyez pas ceux qui essaient de vous donner des réponses trop simples aux questions très complexes, par exemple sur l'économie et la monnaie unique. La nostalgie du passé n'est pas la solution pour l'avenir, il vaut mieux voter pour ceux qui s'engagent à travailler et à défendre les intérêts européens dans le monde que de voter pour ceux qui ont l'intention de ne rien faire pendant cinq ans. 

  

Propos recueillis le 14/05/14  

Retrouvez Sylvie Goulard sur le site du P.E., sur son site, celui des groupes Spinelli et Eiffel Europe...

 

 

Jean-Paul Gauzès

Jean-Paul Gauzès

Député européen depuis 2004. Circ. : Nord-Ouest. Groupe : PPE. 

« Il ne faut pas 'plus d'Europe' mais 'mieux d'Europe' »

 

Paroles d'Actu : Bonjour, M. Gauzès. Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours, de vous ?

   

Jean-Paul Gauzès : Bonjour, je suis député européen UMP-PPE au Parlement européen depuis 2004. Je siège à la commission des Affaires économiques et monétaires depuis 2004 et à la commission Agriculture et développement rural depuis 2009. Depuis 2008, je suis le coordinateur des députés du PPE à la commission Affaires économiques, c’est en quelque sorte le porte-parole du groupe sur les questions financières.

 

Au cours de ma carrière, j’ai été avocat au Conseil d’État et à la Cour de Cassation, puis directeur juridique et fiscal d’une banque, avant de me consacrer uniquement à mon mandat de député européen. J’ai été le maire de Sainte-Agathe d’Aliermont en Seine-Maritime pendant 30 ans avant d’en devenir maire honoraire en 2014.

 

Aujourd’hui, je suis candidat aux élections européennes sur la liste UMP menée par Jérôme Lavrilleux dans l’eurocirconscription du Nord-Ouest. 

   

PdA : Quel bilan établissez-vous de la 7e législature communautaire (2009-2014) ?   

  

J.-P.G. : C'est un bilan très positif en matière de services financiers, grâce au commissaire Barnier, qui a mis sur la table des textes nécessaires pour la régulation. Il a travaillé en bonne intelligence avec le Parlement européen.

 

Tout n'est pas parfait bien sûr, et il y a certainement quelques redondances, liées au fait que la régulation est arrivée par vagues successives. Le travail a été fait dans l'urgence et en réponse directe à la crise, il a été néanmoins globalement de bonne qualité.

 

Il est aussi important de souligner que, dans le cadre de la réforme de la politique agricole commune, le Parlement européen a pu exercer, pour la première fois, pleinement son rôle de co-législateur avec le conseil des ministres de l’Agriculture depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne en décembre 2009. 

  

PdA : À propos de quelles questions, de quelles problématiques avez-vous eu particulièrement à cœur, durant cette période, de faire entendre votre voix, de chercher à faire bouger les lignes ?   

   

J.-P.G. : Dans le contexte de la crise économique et financière, mon engagement au Parlement européen au sein de la commission des Affaires économiques et monétaire s’est porté sur les travaux relatifs aux moyens d’y remédier et d’éviter qu’elle ne se reproduise.

 

À cet effet, j’ai activement participé à la rédaction des directives et règlements relatifs à la régulation financière et à la gouvernance économique.

 

Le premier chantier a été celui de la régulation financière, sous l'impulsion du commissaire français Michel Barnier, en charge des services financiers. On est passé d'une période d'autorégulation des marchés à une période de meilleure régulation.

 

Le deuxième grand chantier a été la mise en place d'une gouvernance économique. Pour améliorer le fonctionnement de la zone euro et éviter le renouvellement des crises, nous avons essayé de trouver des instruments pour mieux piloter les politiques économiques des États membres. Ce travail a été fait sous l'impulsion du commissaire Olli Rehn. 

  

PdA : À quels défis majeurs l'Union européenne devra-t-elle répondre dans les années à venir ? 

  

J.-P.G. : L’ardeur régulatrice en matière financière est en train de tomber, car beaucoup a été fait. Lors du prochain mandat, la crise ne sera pas passée mais maîtrisée. La croissance économique et l'emploi seront au centre des préoccupations.

 

PdA : Comment la voyez-vous, cette Europe, à l'horizon d'une génération ?  

   

J.-P.G. : L’Europe n'est pas parfaite, mais elle est perfectible, et elle est utile. Il ne faut en réalité pas faire plus d'Europe mais faire mieux d'Europe.

 

Cette Europe, à l’horizon d’une génération, je la vois en une Europe du bons sens, proche du peuple pour une Europe des résultats.

   

PdA : Les scrutins européens comptent parmi celles qui mobilisent le moins les électeurs, c'est notamment vrai s'agissant des Français. Français auprès desquels la construction communautaire n'a pas nécessairement bonne presse... Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos compatriotes ? 

   

J.-P.G. : Je crois qu’il faut rappeler à nos concitoyens l’importance de ces élections qui n’ont pas toujours, à leurs yeux, un enjeu évident, direct et immédiat.

 

Dans ces conditions, certains pourraient avoir la tentation de manifester leur colère, leur désespoir, leurs craintes, en votant en faveur de candidats anti-européens qui critiquent l’Europe et affirment qu’il faut en sortir et se replier sur nous-même.

 

J’espère que les électeurs feront triompher la raison et comprendront que ça ne changerait rien d’élire au Parlement européen des gens qui ne veulent pas améliorer l’Europe mais, au contraire, la détruire.

 

Ces élections permettront de choisir leurs représentants au Parlement Européen pour les cinq années à venir, aussi, il est important que les électeurs se mobilisent pour ceux qui travaillent à la construction de l’Europe.

 

PdA : Quelque chose à ajouter ?

 

J.-P.G. : Le dimanche 25 mai, je vous invite à voter et à faire voter !

 

En un seul tour et un seul jour, vous choisirez, pour cinq ans, vos 74 élus nationaux au Parlement européen. Il en va de la représentativité de la France et du poids qu’elle pèse dans l’Union européenne. 

 

Propos recueillis le 16/05/14  

Retrouvez Jean-Paul Gauzès sur le site du P.E., sur son site...

 

 

Sylvie Guillaume

Sylvie Guillaume

Députée européenne depuis 2009. Circ. : Sud-Est. Parti : S&D.

« L'avenir de la France passe par une Europe ambitieuse » 

  

Paroles d'Actu : Bonjour, Mme Guillaume. Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler de votre parcours, de vous ?

  

Sylvie Guillaume : Je milite au Parti socialiste depuis la fin des années 80, je l’ai dirigé dans le Rhône pendant dix ans, de 1993 à 2003. Mon parcours d’élue locale a commencé en 1998, lorsque j’ai été élue conseillère régionale en Rhône-Alpes, ce qui m’a permis d’assumer des fonctions électives dans le domaine de la santé et de la solidarité. En 2001, je suis devenue adjointe au maire de Lyon, déléguée à la prévention-santé et aux handicaps, avant de prendre également en charge les affaires sociales municipales, fonction que j’ai occupée jusqu’en mars 2014.

 

J’ai vite compris que la dimension européenne était au cœur de la vie de nos territoires et, afin de trouver d’autres solutions aux difficultés qui nous entourent, je me suis portée candidate aux élections européennes de 2009 dans la circonscription Sud-Est (Rhône-Alpes, Provence Alpes Côte-d’Azur et Corse). Durant cette législature, j’ai intégré les commissions LIBE (Libertés civiles, justice, affaires intérieures) et FEMM (Droits des femmes et égalité des genres).

 

Une fois élue au Parlement européen, je me suis engagée particulièrement dans les commissions Libertés civiles, justice, affaires intérieures et Droits des femmes, égalité des genres. Mon parcours est à l’image de ce que je suis : faire le choix de toujours avancer, se battre pour ses convictions et ses valeurs, parfaire ses connaissances pour mieux répondre aux défis de la société et être au service du bien commun. 

  

PdA : Quel bilan établissez-vous de la 7e législature communautaire (2009-14) ? 

  

S.G. : Cette législature a été particulièrement dense au niveau de la charge de travail car la crise économique et financière a considérablement mobilisé le Parlement européen et l’ensemble des institutions européennes en général.

 

Ce qui est important de relever, c’est que la rigueur budgétaire qui s’est imposée dans les États membres a impacté les politiques sociales, les politiques d’intégration. Trop souvent, les questions relatives à la protection des droits et des personnes ont été reléguées au second plan, car il fallait d’abord répondre à la crise économique et financière. Néanmoins, dans ce contexte très difficile et très contraignant, nous avons réussi à obtenir des avancées dans des domaines sur lesquels je me suis mobilisée.

 

Le vote du budget 2014-2020 s'est également tenu lors de cette législature. Avec mes collègues socialistes, nous avons réussi à défendre le maintien d’un budget qui donne des marges de manœuvre à l’Union pour agir positivement dans la vie de nos concitoyens. En ce sens, le Fonds d’aide aux plus démunis a été rehaussé à 3.5 milliards d’euros, le budget d’Erasmus a été augmenté. Oui, des combats ont été perdus, nous étions minoritaires, mais je crois que nous avons réussi dans l’opposition à défendre et à promouvoir une autre politique. L’enjeu de ces élections est que nous arrivions à constituer une majorité alternative autour de Martin Schulz pour que nous proposions une politique globale qui est absolument nécessaire pour changer la vie des Européens.

   

PdA : À propos de quelles questions, de quelles problématiques avez-vous eu particulièrement à cœur, durant cette période, de faire entendre votre voix, de chercher à faire bouger les lignes ? 

  

S.G. : En tant que députée européenne, j’ai été membre titulaire de la commission LIBE (Libertés civiles, justice et affaires intérieures), dans laquelle je me suis particulièrement intéressée à la réforme du régime d’asile. Dans le cadre de cette réforme, j’ai défendu un rapport qui a été adopté par le Parlement européen en juin 2013 concernant les procédures d’asile. L’adoption de mon rapport a permis des avancées comme, par exemple, sur la protection des mineurs non accompagnés et des personnes vulnérables, un meilleur encadrement du placement en détention ou encore la limitation à un délai général de six mois pour l’examen des demandes. Ces questions relatives au droit d’asile sont très sensibles dans le débat politique, et c’est pourquoi je suis heureuse que le Parlement européen ait pu s’engager dans une plus grande protection des demandeurs d’asile.

 

Dans le prolongement de ce débat, j’ai été amenée, en mars 2014, à faire adopter mon rapport sur le Fonds Asile migration intégration, c’est un nouvel instrument financier qui dispose d’un budget de 3,1 milliards d’euros, soit une augmentation de 50% par rapport à la période précédente. Malgré les coupes budgétaires et l’opposition du Conseil, le Parlement a réussi à renforcer les droits des migrants, en privilégiant notamment le financement des politiques en matière d’asile et d’intégration.

 

En commission LIBE, nous avons également à traiter des questions de lutte contre les discriminations et de protection des droits fondamentaux. Récemment, le Parlement européen a adopté plusieurs textes relatifs à la protection des données personnelles des citoyens européens dans un contexte où les écoutes de la NSA ont particulièrement inquiété – à juste titre d’ailleurs – nos concitoyens.

 

Enfin, en tant que membre suppléante de la commission FEMM (Droits des femmes et égalité des genres), j’ai pu m’investir sur des questions comme le congé parental, l’égalité salariale ou encore la protection des droits sexuelles et génésiques. Face aux régressions prônées par les conservateurs en Europe et notamment en Espagne, il est important que nous restions mobilisés à l’avenir comme nous l’avons été tout au long de cette législature. 

  

PdA : À quels défis majeurs l'Union européenne devra-t-elle répondre dans les années à venir ?

  

S.G. : L’Europe devra répondre à deux grands défis majeurs fortement liés, le retour vers la croissance et l’emploi partout en Europe et la transition énergétique pour favoriser l’émergence d’un nouveau mode de développement.

 

Les libéraux-conservateurs n’ont pas compris les erreurs commises pendant la crise, les effets de l’austérité ne sont pas encore totalement mesurés mais on peut observer les conséquences déjà connues sur le niveau de vie des Européens : la pauvreté a explosé pendant la crise, 125 millions d’Européens sont menacés par la pauvreté. En Grèce par exemple, dans un récent rapport, la Commission européenne a souligné que la pauvreté a plus que doublé pendant la crise et touche désormais près de 24% de la population grecque. Ce constat ne doit pas et ne peut pas devenir une fatalité, et nous devrons répondre à cette crise sociale qui touche de nombreux pays européens.

 

L’Europe doit concentrer ses efforts sur la relance de l’activité économique tout en garantissant à tous les Européens une protection sociale décente et un revenu minimal pour tous. Mon parti politique, le Parti socialiste européen, propose donc l’instauration d’un revenu minimum européen mesuré au sein de chaque pays, à hauteur de 60% du revenu médian du pays. Par ailleurs, afin de contrer le fléau du chômage qui touche plus d’un jeune sur deux dans certains pays comme l’Espagne et la Grèce, il est urgent de mettre en œuvre la garantie jeunesse et de l’amplifier : six milliards d’euros pour les jeunes contre mille milliards d’euros pour sauver le système bancaire, il y a un déséquilibre à corriger au plus vite, nous proposons de tripler le montant de la garantie jeunesse à vingt-et-un milliards d’euros.

 

Pour parvenir à ramener de la croissance et donc à favoriser l’emploi, il faudra évidemment répondre au défi de la transition énergétique, l’Union européenne est à l’avant-garde en la matière par rapport aux autres régions du monde, il faut conserver cette avance et aller plus loin. On ne peut pas relancer l’activité en se basant sur les industries du passé, il nous faut soutenir les industries de pointe pour lesquelles nous avons un potentiel considérable en Europe. L’UE s’est engagée dans la voie de la réduction des gaz à effet de serre et nous, socialistes européens, avons totalement soutenu cette politique-là. L’Europe de l’énergie, on le voit avec la crise en Ukraine, est un défi majeur de la prochaine décennie. Il nous faut adopter une politique cohérente à l’échelle de l’Union, afin de garantir notre indépendance énergétique, cela passe par une politique de transition vers les énergies vertes qui soit forte. 

  

PdA : Comment la voyez-vous, cette Europe, à l'horizon d'une génération ?  

  

S.G. : En donnant les impulsions nécessaires pour retrouver la croissance, en faisant les bons choix pour notre continent, l’Europe pourra renouer avec le dynamisme qui a fait sa prospérité. Il n’y a pas de fatalité à voir émerger de nouvelles puissances dans le monde d’aujourd’hui, au contraire, le développement de nombreux pays dans le monde peut nous être profitable, à condition d’avoir de l’ambition pour l’Europe. Les particularismes nationaux sont voués non pas à être supprimés, mais à être dépassés. L’avenir de la France est en Europe, avec ses partenaires au sein de l’UE. D’ici vingt ans, nous avons les moyens d’être un continent qui aura largement entamé sa transition énergétique et qui aura transformé ses outils de production vers les secteurs porteurs, les très hautes technologiques, le numérique, le développement durable.

 

Mais l’UE n’est pas qu’économique, elle est aussi sociale et culturelle. J’espère que la pauvreté aura reculé dans tous les États membres et, surtout, je souhaite que l’UE ait adopté les politiques ambitieuses pour les jeunes, pour donner des perspectives à une jeunesse qui, je l’ai dit, a été durement frappée par la crise.

 

PdA : Les scrutins européens comptent parmi celles qui mobilisent le moins les électeurs, c'est notamment vrai s'agissant des Français. Français auprès desquels la construction communautaire n'a pas nécessairement bonne presse... Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos compatriotes ?

 

S.G. : Je souhaiterais leur adresser trois messages, qui sont trois défis que nous avons à relever : l’abstention, la dispersion et la mobilisation contre la droite.

  

Tout d’abord, il faudra évidemment lutter contre l’abstention, et pour cela, il est impératif que nous fassions de la pédagogie vers nos concitoyens sur les enjeux de ces élections européennes qui sont, pour la première fois, incarnées par des têtes de liste pour chaque parti européen à la présidence de la Commission européenne.

 

Contre l’abstention, il y a un défi parallèle face au risque de dispersion des voix, qui favoriserait l’émergence d’un groupe d’extrême droite au Parlement européen. C’est un danger qu’il nous faut éviter si nous voulons une Europe plus protectrice des citoyens et de leurs droits.

 

Enfin, face à une droite très libérale sur le plan économique et très frileuse et conservatrice sur le plan social et sociétal, nous devons être capables de mobiliser nos concitoyens sur la base d’un projet alternatif pour une Europe de gauche, où chacune et chacun doit pouvoir se sentir protégé.

 

PdA : Quelque chose à ajouter ?

 

S.G. : Notre devoir à tous en tant que citoyens engagés sur les questions européennes, c’est de relayer et d’informer autour de nous d’abord et le plus largement possible ensuite, sur ce qu’est l’Europe et sur ce que l’Europe peut nous apporter si nous lui donnons une autre orientation politique. 

 

Propos recueillis le 19/05/14  

Retrouvez Sylvie Guillaume sur le site du P.E., sur son site...

 

 

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