Le 26 septembre, je publiai la tribune que M. Pierre-Yves Le Borgn', député socialiste, avait accepté d'écrire pour Paroles d'Actu à propos de l'état de l'opinion, clairement défavorable à François Hollande, à sa majorité et à son gouvernement. Au tout début du mois de novembre, j'ai voulu contacter quelques jeunes militants socialistes. Leur demander de se prêter, à leur tour, à un exercice similaire. Sur la base de la proposition qui suit.

   « Ce mois de novembre marque la mi-mandat de François Hollande. Deux ans et demi après l'élection de celui qui évoquait le 'réenchantement du rêve français' et entendait réconcilier ses concitoyens avec la politique, les faits sont là, les chiffres cruels : l'économie, grande affaire du quinquennat, demeure désespérément plate ; le pays n'est en rien apaisé et la confiance des Français dans leurs dirigeants atteint des planchers historiques. Le FN n'a jamais été aussi haut et si des élections avaient lieu aujourd'hui, nul ne doute qu'elles seraient catastrophiques, pour le président , pour le PS et ses élus, et probablement pour l'ensemble de la gauche. Vous comptez parmi les jeunes militants socialistes - ce qui ne doit pas être simple, ces temps-ci. J'aimerais vous demander de me dire dans quel état d'esprit vous vous trouvez en ce moment ; comment vous envisagez l'avenir et, s'il y en avait un, ce que serait votre message pour François Hollande. »

   À l'heure où j'opère la mise en ligne de cet article, le 30 novembre, peu avant 17 heures, six réponses me sont parvenues. D'autres suivront peut-être. Une constante, frappante : ces jeunes socialistes sont tous, plus que jamais, fermes dans leur engagement. Qui, dans leur esprit, paraît de plus en plus éloigné de ce qu'a fait la gauche au pouvoir depuis 2012. Et des orientations qui semblent désormais prévaloir au sein de l'exécutif - et probablement, au-delà, chez les parlementaires de la majorité. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

UNE EXCLUSIVITÉ PAROLES D'ACTU

Jeunes Socialistes Jugements

de mi-mandat

 

François Hollande

(Illustration : Reuters)

 

 

Mathurin Levis

Mathurin Levis« La victoire du 6 mai s'est rétrécie ». (11/11/14)

   À mi-mandat, force est de constater que le gouvernement est dans une impasse. Les choix politiques qui ont été faits ces derniers mois sont en décalage profond avec les engagements qui étaient ceux du Président de la République alors candidat à l’élection présidentielle. Cette forme de hold-up démocratique, permise par les institutions à bout de souffle de la Ve République, a nourri la désillusion des électeurs qui nous font habituellement confiance. Ceux-ci se sont massivement détournés des urnes lors des élections municipales et européennes. Cette résignation constitue un terreau fertile pour une extrême-droite en embuscade.

   Le choix d’une politique d’austérité, n’a pas permis de redresser notre économie. Pire, à l’égard des effets produits partout en Europe, elle a engendré de la souffrance sociale. Depuis deux ans et demi et alors que la gauche est au pouvoir, la paupérisation a progressé dans notre pays, notamment chez les jeunes.

   Le choix d’une politique de « l’offre », toute tournée vers d’immenses cadeaux fiscaux au patronat, n’aura en aucun cas permis de réduire le chômage. Faute de contreparties, les milliards d’euros d’aides publiques auront rempli les poches, déjà bien pleines des actionnaires qui ne semblent plus craindre grand-chose de l’action de la gauche au pouvoir. Quelques mois après que les entreprises ont touché les premiers euros du CICE, on apprenait que les dividendes versés par celles-ci avaient bondi de plus de 30%, faisant de la France la championne du monde, alors que l’investissement, au premier trimestre 2014… reculait de près de 1%.

   Ce n’est pas dans les plis de la modernité ou du pragmatisme que s’est drapé Manuel Valls, mais dans ceux d’un libéralisme éculé et destructeur qui plonge la gauche en état de mort cérébrale. À travers un discours largement inspiré du « There is not alternative » de Margaret Thatcher, à travers un lexique emprunté à la rhétorique libérale (« coût du travail », « compétitivité », « ras-le -bol fiscal »…), à travers ses choix politiques et en réduisant toute perspective de progrès social à des croyances « passéistes » et « marxistes », le Premier ministre a confisqué et rendu caduc la belle idée qui nous anime : changer la vie pour vivre mieux.

   Depuis près de deux ans et demi, la victoire du 6 mai s’est rétrécie. Nos amis communistes n’ont jamais intégré la majorité gouvernementale. Les écologistes l’ont quittée. Certains socialistes en ont été écartés. Et les radicaux de gauche s’en sont distingués. Une majorité rétrécie pour une politique de gauche qui n’en est plus vraiment une, tant elle tord le cou à nos aspirations de justice et d’égalité.

   Il n’y a pourtant aucune fatalité à ce que la gauche, lorsqu’elle parvient au pouvoir, tourne le dos à son ambition de transformation sociale et oublie pourquoi des millions de citoyens lui ont fait confiance en la portant aux responsabilités.

   Ces choix doivent être remis en question. Le débat doit avoir lieu. Une autre politique est possible, souhaitable, indispensable pour réanimer le camp progressiste. Il n’est pas trop tard, mais il est juste temps.

   Les voix sont de plus en plus nombreuses à refuser le cap austéritaire du Premier ministre. Il faut désormais être capables de dépasser nos chapelles politiques respectives pour que toutes les forces fidèles à la transformation sociale mettent en commun leurs énergies et jalonnent les contours d’une prochaine gauche. Une gauche populaire, décomplexée et anti-libérale qui offrira à ce peuple orphelin un nouvel horizon progressiste.

   Manuel Valls a d’ores et déjà divorcé avec la gauche. Sa volonté de changer le nom et l’identité du Parti socialiste et sa proposition de gouverner avec le centre sont autant de témoins d’une relation désormais consommée. Il ne peut continuer son action en notre nom. Nous n’accepterons pas que l’on supprime les seuils sociaux, que l’on revienne sur le repos dominical ou bien que l’on déverrouille les 35h. Tout cela ne pourra être fait en notre nom.

   Ce dont nous avons besoin c’est de réanimer le camp du progrès autour de ce qui fait sa raison d’être, au croisement de l’idéal socialiste, de l’impératif écologique et de l’ambition démocratique.

   Restaurons la souveraineté populaire par l’instauration d’une VIe République qui redonne les clés du pouvoir au peuple. Orientons la dépense publique vers les besoins populaires, la recherche publique et la transition écologique pour protéger et préparer l’avenir. Interdisons les licenciements boursiers et instaurons un droit de veto salarié dans les entreprises pour lutter contre le chômage et défendre notre appareil industriel. Engageons-nous en faveur d’un réel pôle public bancaire pour libérer notre économie des griffes du monde de la finance. Finançons une véritable allocation d’autonomie pour permettre à chaque jeune de prendre toute la place qui est la sienne dans la société. Augmentons les bas salaires et les minimas sociaux pour partager les richesses et abolir la précarité. Enfin engageons une réforme fiscale en taxant les dividendes des actionnaires, les revenus spéculatifs et mobilisons les moyens nécessaires à la lutte contre la fraude fiscale pour restaurer les finances de l’État. Nationalisons la distribution de l’eau pour soustraire ce bien commun de la loi du marché.

   Ces quelques pistes doivent permettre de jalonner une alternative pour renouer avec les aspirations des Français et les intérêts du plus grand nombre. Car c’est bien là que réside le cœur battant de la gauche : bousculer l’ordre établi et les privilèges de quelques-uns pour rendre meilleurs les lendemains du plus grand nombre.

   La gauche a trop de choses à faire dans notre pays pour disparaître.

 

Florian Humez

Florian Humez: « Ayons l'exigence de nos ambitions ». (17/11/14)

   Nous sommes à la mi-mandat de François Hollande, et le candidat Hollande le disait lui-même, « Si nous sommes élus, c’est parce que les Français savent que la tâche qui nous attend est immense, et que nous seuls sommes capables d’y faire face ». Pourtant, aujourd’hui, comme vous le rappelez, les attentes n’ont pas encore trouvé toutes leurs réponses.

   La gauche municipale a connu une déroute sans précédent dans son histoire. Alors que les camarades partout en France se sont mobilisés pour faire gagner notre camp, nous n’avons pu que constater, sur le terrain, le climat de plus en plus délétère et le mélange, bien dommageable, entre l’action, les projets des candidats socialistes ou, plus généralement, de gauche, et le manque de résultats de l’action du gouvernement.

   Ce n’est pas faute de mettre en place certaines mesures, comme les contrats aidés, qui ont permis de retourner la situation en ce qui concerne le chômage des jeunes, les contrats de générations qui, malheureusement, ne trouvent pas suffisamment d’écho.

   Beaucoup de mesures sociales vont également dans le bon sens : la mise en place d’un compte pénibilité, pour les travailleurs les plus exposés physiquement dans leur activité, même si je pense que les modalités devraient être éclaircies pour les PME afin de rendre cette avancée lisible pour le plus grand nombre. Le projet de loi portant sur l’économie sociale et solidaire va également être une avancée significative. Enfin, la mise en place d’un système de conditonnalité quant à l’obtention des allocations familiales va permettre, enfin, de remettre du sens et de l’équité dans notre action, que doit être celle de tout socialiste, à savoir transformer la société.

   Au niveau économique, le développement de la Banque publique d’investissement, qui a pour vocation de devenir le fer de lance du développement économique de nos territoires, est un point trop peu souligné par nos représentants. Alors que les banques, de plus en plus frileuses, ferment les vannes du crédit, la BPI se révèle être un complément idéal, notamment en ce qui concerne les investissements en recherche et développement ou le financement de la trésorerie.

   L’éducation a également connu de nombreuses avancées. La réforme des rythmes scolaires, souhaitée par la majeure partie des spécialistes, va dans l’intérêt de l’enfant. L’accès au numérique dès le plus jeune âge, à l’école, doit aussi permettre à nos enfants d’être en phase avec le monde qui les entoure, mais également de donner à tous l’accès à cet outil, et dans ce sens, vaincre certains déterminismes sociaux.

   L’objectif d’une égalité véritable homme-femme doit permettre de retrouver de l’équité dans notre société. Il n’est pas normal, dans la France du 21e siècle, que pour un travail égal le salaire ne le soit pas.

   Enfin, il faut évoquer ces ambitions que porte le gouvernement, que ce soit au niveau de la transition énergétique, avec le projet de loi de Mme Royal, ou de la lutte contre les rentes, avec le projet de loi de M. Macron - qui vise à casser les monopoles de certaines professions connaissant une forte reproduction sociale et ambitionne de remettre en cause les contrats des sociétés d’autoroutes et leurs résultats, bâtis sur une cession contestable.

   Toutefois, le malaise des Français est grand vis-à-vis de l’action gouvernementale, nous ne pouvons le cacher. Nous connaissons les sondages et la confiance, ou plutôt le manque de confiance de nos concitoyens eu à égard à notre action et, surtout, à leur avenir.

   Si les avancées sont nombreuses dans de nombreux domaines, on ne peut que critiquer la communication du gouvernement et de son action, parasitée par les querelles internes mais également par les petites phrases clivantes qui ne font pas avancer les débats.

   Outre ce manque de communication, on ne peut que regretter, par moment, un manque de clarté, une difficile lisibilité du sens politique que nous souhaitons donner à notre action. C’est le cas, par exemple, de la fiscalité. Alors que le candidat à la primaire, François Hollande, promettait une refonte totale de notre système d’imposition au lendemain de son élection, nous ne pouvons que regretter, aujourd’hui, l’empilement des décrets qui rendent encore moins lisible ce système et ne permettent pas de lui redonner du sens, pourtant bien mis à mal par nos prédécesseurs dans son essence, l’équité.

   Au niveau économique, le CICE était certes nécessaire pour le soutien de notre industrie - nous en voyons quelques prémices de résultats, le coût horaire d’un salarié français etant passé en dessous de son collègue allemand -, il n’apparaissait pas prioritaire d’en faire profiter des géants de l’industrie qui, comme Total, paient pas d’impôts en France, ou encore les géants de la grande distribution qui, en plus de profiter de la précarité des salariés, leur imposent des emplois au temps de travail saccadé. De plus, à ce niveau, nous avons donné à l’opinion le sentiment de nous être enfermés dans le carcan d’une politique de l’offre devant permettre de solutionner nos maux. Or, si un renforcement de notre offre était primordial, un accompagnement de la demande, toujours fortement déprimée, demeure impératif.

   Il est donc frustrant de voir notre gouvernement proposer de nombreuses avancées, mais des avancées qui se retrouvent brouillées par un manque de clarté, alors que, bien plus qu’une incapacité d’action, notre pays fait face aujourd’hui à une crise de ses institutions. La Ve République a été construite pour un homme, dans un temps médiatique et un contexte international qui n’ont plus rien à voir avec ce que nous connaissons aujourd’hui.

   On constate une hyper-médiatisation de nos institutions, de nos politiques. Alors, bien sûr, les différents responsables nationaux ont leur part de responsabilité dans cette spirale, mais c’est également, plus en profondeur, un changement de civilisation dont il est question, et, en cette ère du numérique, il nous faut nous remettre en question, changer notre fonctionnement. Est-il pensable, qu’un président de la République puisse, alors qu’il est censé ne penser qu’à l’intérêt général, à celui de ses concitoyens, se représenter pour un deuxième mandat ? N’est il pas envisageable, afin d’être en capacité d’observer les conséquences de ses réformes, qu’un mandat - qui serait unique - soit d’une durée supérieure à cinq ans ? Je pense que nous devons nous poser toutes ces questions, en dépassant les clivages partisans, afin de revenir à l’essentiel et de donner du sens à notre action, et notamment vis à vis de la population. En somme, faire à nouveau de la politique.

   L’enchaînement des crises depuis 2008, et l’incapacité des pouvoirs publiques à nous en extraire, la globalisation de l’économie et la peur du déclassement qui en découle sont autant de questions et craintes auxquels les gouvernements successifs n’ont su répondre. En ce sens, je pense que nous devons sortir de notre vision gaulliste de l’économie, qui repose sur l’idée que seule la grandeur de la France nous permettrait d’exporter et de voir notre économie croître. Nous devons apprivoiser la mondialisation, car ce n’est pas en restant enfermés sur nous mêmes, comme le proposent certains politiciens, que nous pourrons développer des partenariats d’échanges.

   Alors que certains nous promettent des lendemains qui chantent, en remettant du barbelé à nos frontières, nous ne pensons pas qu’il soit concevable d’imposer des barrières. Nous le voyons au quotidien, si nous en sommes capables, les autres le sont également, et alors notre économie, et donc nos emplois en pâtissent. C’est dans ce domaine que notre action, et notamment celle des Jeunes Socialistes, doit s’amplifier. Nous devons mener la bataille idéologique contre les conservateurs, ceux qui ont fait entrer dans l’imaginaire collectif l’idée que la frontière était la solution à tous nos problèmes, alors même que nous n’avons jamais autant échangé, et notamment grâce à internet, à travers le monde.

   Dans cette situation économique et sociale sans précédent, nous ne devons pas nous disperser à distribuer les bons points ou les avertissements à notre gouvernement - même si des questions sur la ligne politique appliquée peuvent légitimement être posées - mais bien pousser le gouvernement à aller dans le sens du programme qui nous a permis d’être élu, à lui rappeler, même si je ne pense pas que cela soit foncièrement nécessaire, que ce qui nous anime, ce qui nous a fait militer lors des présidentielles et législatives en 2012, c’est l’ambition de transformer la société, c’est l’ambition de changer la vie, afin que chacun vive mieux en 2017 qu’en 2012, tout en garantissant aux générations futures un héritage sain. Il nous reste encore deux ans et demi pour porter des réformes ambitieuses dans ce sens. Ayons l’exigence de nos ambitions.

 

Benjamin Lucas

Benjamin Lucas: « Réassocier 'gauche au pouvoir' et 'progrès' ». (21/11/14)

   Il y a quelques jours à peine, lors d'un repas de famille, où tout le monde autour de la table est de gauche, un cousin m'a dit, « Ça ne doit vraiment pas être facile en ce moment ce que tu fais, militer, débattre, avec l'étiquette socialiste marquée sur le front ».

   Cette remarque on me la fait souvent, à moi et à toutes celles et tous ceux qui partagent cet engagement dans la famille socialiste.

   Il est vrai que ce n'est pas aussi simple que nous l'espérions. Sans doute que mon cousin, qui cherche du travail depuis plus d'un an, ne m'aurait pas fait cette remarque si nous avions créé 150 000 emplois d'avenir supplémentaires dans la transition énergétique et qu'il avait bénéficié de l'un d'entre-eux, si l'encadrement des loyers qui lui aurait permis de ne pas consacrer 550 euros de loyers mensuels pour un studio de 9 mètres carrés avait été maintenu, et si son meilleur ami ne s'était pas fait contrôler son identité quatre fois dans la même journée du seul fait de sa couleur de peau, parce que nous aurions mis en oeuvre une Attestation de contrôle d'identité.

   Il y a pire que de décevoir parce que l'on a échoué dans la mise en oeuvre de sa politique, c'est de renoncer à mener celle pour laquelle nous avons été élus.

   Je me souviens de la campagne de 2012, de ces amis convaincus, au fil des soirées, que la gauche changerait leur vie, du moins essaierait, qu'une autre politique était possible et que pour cela nous taperions du poing sur la table en Europe. Après dix années avec Sarkozy sur nos écrans, c'était le changement. "Les jeunes vivront mieux en 2017 qu'en 2012", c'était cette promesse qui avait donné de l'espoir, dans nos quartiers, dans nos villages et sur les bancs de nos facs.

   Deux ans et demi plus tard, c'est la désillusion, ma génération construit massivement son rapport au vote dans l'abstention et laisse ainsi le FN s'installer confortablement dans nos assemblées. C'est le sentiment que le bulletin de vote n'est qu'un bout de papier vide de sens et de pouvoir et que la gauche ne peut rien face aux lois de l'économie, face à la Commission européenne et à ses dogmes.

   Mais rien, j'en suis convaincu, n'est jamais figé. Malgré cette ambiance politique qui invite à rentrer chez soi "cultiver son jardin", nous restons déterminés.

   Partout où je vais, je vois que les Jeunes Socialistes sont dans le même état d'esprit, combatifs, refusant de baisser la tête. De Nice à Caen, de Bordeaux à Strasbourg en passant par Palaiseau, je n'ai vu que des militants qui savent d'où vient leur famille politique, quelle est l'histoire de la gauche, son apport décisif et quasi-exclusif dans les progrès sociaux des décennies passées. Ils savent aussi où ils veulent aller, et pour quel modèle de société, de partage des richesses, des savoirs et des pouvoirs, de sobriété énergétique et de justice, ils se battent.

   Militer aujourd'hui avec les Jeunes Socialistes, c'est refuser la résignation qui laisserait le champ libre à l'extrême-droite. Nous n'avons ni complexes ni tabous, nous assumons notre volonté d'incarner une gauche de transformation sociale, qui est écologiste parce qu'elle est socialiste, qui veut s'attaquer aux inégalités pour combattre la reproduction sociale, qui veut en finir avec les discriminations.

   Nous avons fait récemment un texte de cinquante pages sur la Priorité jeunesse, partant des constats et formulant des propositions précises pour transformer la vie des jeunes. Nous voulons être utiles, dans notre militantisme quotidien et dans nos réflexions, à l'action de la gauche au pouvoir aujourd'hui, mais aussi à la société que nous ferons pour demain.

   Mon message pour François Hollande ? Écoutez-nous. Nous avions promis le redressement dans la justice, nous n'avons aujourd'hui ni redressement, car les politiques de réduction aveugle des dépenses publiques et de compression budgétaire ne fonctionnent pas, ni la justice. Il est encore temps de donner du sens à ce quinquennat, de remettre dans la même phrase gauche au pouvoir et progrès, nous pouvons encore réussir.

 

Léa Charbonnier

Léa Charbonnier: « Une responsabilité dans la poussée du FN ». (25/11/14)

   Il y a trois ans, le candidat François Hollande faisait son premier discours en tant que candidat investi par le Parti socialiste. Ce discours a eu lieu devant nous, les Jeunes Socialistes, réunis alors en congrès. Il parlait de la jeunesse comme d'une priorité. On sortais des primaires qui avaient lancé les élections, des primaires qui avaient rassemblées trois millions de participants quand, aujourd'hui, seulement 2,6 millions de citoyens ont voté aux Européennes pour le PS - et plus de 4,7 millions pour le Front National. Alors, forcément, on s'interroge. On s'interroge sur la raison du détournement de nos électeurs. Mais en réalité, c'est pas tant sur le détournement de nos électeurs qu'il faut s'interroger mais sur le détournement du gouvernement envers les électeurs et surtout du détournement du gouvernement des aspirations légitimes qu'il avait pourtant réussi à porter en 2012.

   Pourquoi les Français ne votent-ils plus pour nous ? Simplement parce que le gouvernement n'applique pas ce pourquoi les électeurs ont voté, et non pour un manque de pédagogie ou de communication du gouvernement. Mais, pire encore, il applique un programme qui idéologiquement n'est pas celui d'un gouvernement socialiste. La gauche dans l'histoire et dans la mémoire commune fait des augmentations de salaires en arrivant au pouvoir, elle réduit le temps de travail, elle est unie avec toutes ses composantes (socialistes, écologistes, communistes) pour mettre en place de grandes avancées sociales, longtemps réclamées par les citoyens (création des congés payés, mise en place de la CMU). Au lieu de cela, le gouvernement stigmatise les chômeurs (parfois désignés comme des "assistés" ou des "fraudeurs") et mène une politique économique qu'un gouvernement libéral aurait pu mener (exonération de cotisations sociales patronales pour une baisse du prix du travail, sans aucune contrepartie).

   Le quotidien des Français ne s'améliore pas, les jeunes sont loin de mieux vivre qu'en 2012 malgré les quelques bonnes réformes concernant la jeunesse (augmentation des bourses, Garantie universelle des loyers). 8,6 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, le revenu disponible brut moyen est de 1 500 euros et, de l'autre côté, on estime entre 60 à 80 milliards le montant de l'évasion fiscale, et  la France est le pays versant le plus de dividendes en Europe. Le gouvernement s'entête à mener des politiques austéritaires dont le FMI même indique l'inefficacité, alors que des solutions alternatives existent à commencer par la relance - possible ! - de la consommation, grâce à une vraie réforme fiscale.

   Alors, en tant que jeune socialiste, je ne peux qu'être inquiète. Inquiète que les Français perdent toute confiance dans nos responsables politiques, parce qu'ils ne sont pas tous respectables (Thevenoud, Cahuzac, etc). Inquiète que les Français ne croient plus à la capacité de la politique à changer leur vie, et surtout inquiète de la montée du Front National comme réponse. La gauche porte une responsabilité forte dans la montée du Front National, car quand le gouvernement mène une politique austéritaire, il confirme la théorie "UMPS" du FN. Alors, en tant que jeune socialiste, je suis évidemment inquiète, mais aussi en colère que le gouvernement dont j'ai participé à l'élection ne respecte ni ses militants, ni ses électeurs.

   En revanche, je ne suis pas résignée. Pour moi, des solutions existent ; une autre politique est possible, elle est surtout nécessaire. Cette politique qui redonnera confiance dans le politique et sa capacité à transformer la société ne viendra que de notre camp social, le camp du progrès. Maintenant, il faut que le Président et le gouvernement reviennent à leurs engagements de 2012 et décident d'améliorer radicalement la vie des gens et par conséquent d'encadrer la finance, de redonner du pouvoir au citoyen, de mener le combat pour le progrès et ne pas céder au Medef ou à la Commission européenne. Si ce n'est pas le cas, cette solution devra venir du reste de la gauche, ce par tous les moyens. L'union doit se construire par les communistes, écologistes et socialistes résistants de la ligne de 2012.

   Reste au Président à choisir où il veut être. Personnellement, je l'invite à écouter ces paroles : « Il n’y a jamais, je dis bien jamais, une seule politique possible, quelle que soit la gravité de la situation. L’Histoire n’est pas l’addition de fatalités successives, elle nous enseigne qu’il y a toujours plusieurs chemins. La voie que je vous propose, c’est le redressement dans la justice, c’est l’espérance dans la promesse républicaine. » Elles furent prononcées par un certain François Hollande, candidat à l'élection présidentielle en 2012.

 

Sarah Martins

Sarah Martins: « Le congrès tranchera... ». (28/11/14)

   Je reconnais être dans un sentiment plutôt contradictoire. D'un côté, c'est une grande déception vis-à-vis de ce gouvernement. Bien sûr, on peut noter quelques progrès ; je pense notamment au mariage pour tous ou bien à la généralisation du tiers payant.

   Néanmoins, ces avancées sont à la marge, et on ne peut que constater l'absence totale de grande réforme servant le changement tant attendu par les Français. François Hollande avait soulevé un espoir, celui de changer la vie des gens. Force est de constater qu'il y a échec en la matière.

   Mais, bien plus grave, durant ce quinquennat, c'est le renoncement aux engagements pris pendant la campagne pour, en fait, développer un programme en contradiction avec les idées défendues au sein des socialistes : pacte budgétaire européen, réforme des retraites, Accord sur la compétitivité et la sécurisation de l'emploi, CICE, etc. Toutes ces mesures ont été perçues comme une réelle trahison pour de nombreux sympathisants de gauche.

   Mais d'un autre côté, mon engagement auprès du Mouvement des Jeunes Socialistes n'a jamais eu plus de sens que durant cette période. En effet, plusieurs batailles vont être déterminantes pour l'avenir de la gauche.

   Tout d'abord, au sein de la famille socialiste car, avec l'annonce d'un congrès du PS courant juin, une réelle bataille idéologique va être menée : ce sera l'occasion pour chaque sensibilité de défendre haut et fort ses idées.

   Ensuite, un travail plus large au sein de la gauche est à envisager afin de reconstruire un paysage politique actuellement dévasté. La gauche ne semble plus audible face à la progression des néo-libéraux et de l'extrême droite. C'est pourquoi socialistes, écologistes et communistes, nous devons nous ressembler autours de projets communs. Cela a déjà débuté avec des initiatives comme le Collectif 3A : j'espère qu'elles se développeront à l'avenir en rassemblant toujours plus à gauche. Ainsi, elles pourraient voir émerger une candidature en 2017 permettant l'union de la gauche, seule chance de peser face à Marine Le Pen.

   S'agissant d'un message à adresser à François Hollande... Je souhaiterais qu'il écoute davantage le mouvement social. Lorsque les jeunes se mobilisent autours de questions comme la Palestine, les sans-papiers, l'écologie, ce qu'ils attendent d'un gouvernement de gauche, ce n'est pas l'interdiction des manifestations et la répression policière. Ces rassemblements auraient dû être, au contraire, le moment d'écouter sa jeunesse et de traduire ces aspirations concrètement.

   Aussi, il doit revenir à ses engagements : mener une réelle politique de l'emploi pour inverser la courbe du chômage, effectuer une grande réforme fiscale, faire enfin avancer la priorité jeunesse, etc. Cela ne pourra pas se faire sans effectuer une réelle rupture avec la politique d'austérité menée actuellement.

 

Lucas Trotouin

Lucas Trotouin: « Il faut un sursaut démocratique ». (29/11/14)

   Des militants, une majorité me semble déboussolée, et certains sont en colère. Je trouve que la colère a quelque chose de bon. Contrairement à la résignation, elle mène à la confrontation des idées.

   Pour ma part, je tente d’analyser les raisons de cette situation d’un œil objectif, puis de me concentrer sur les idées. Alors que les difficultés économiques et sociales persistent, que les données macro-économiques alarmistes inondent les médias (elles sont souvent peu pertinentes pour comprendre la réalité de notre situation économique d’ailleurs), que la crise de confiance envers le personnel politique se pose comme l’ultime composante d’une crise systémique qui touche l’ensemble du continent depuis 2007, les idées doivent se renouveler, se confronter et apporter de l’espoir. Je crois vraiment en la force des idées.

   Il est très probable que le désespoir soit le terreau fertile de l’extrême droite. Et nous nous tromperions si nous pensions que nous devons combattre le retour d’une idéologie raciste ou fascisante en France. Le racisme régresse en tant qu’idéologie, ce sont les mécanismes du repli sur soi qui menacent aujourd’hui notre République et notre avenir. C’est sur eux que repose l’émancipation des préjugés racistes et du vote FN.

   Ce qui semble clair, c’est qu’il existe un lien fort entre le chômage de masse, l’augmentation des inégalités sociales, le déclassement, le délitement du lien social, notamment à travers le mode de vie péri-urbain, et le repli sur soi. Ma génération est, plus que les autres générations, en proie à ces difficultés. Le chômage est pour elle deux fois plus élevé que pour le reste de la population, les inégalités en son sein ont mené à ce qu’une partie d’entre elle (les classes les plus pauvres) se trouve dans l’impossibilité de prendre l’ascenseur social et le déclassement est un phénomène qui touche presque toutes les classes sociales. Elle est la première à s’abstenir et, ne nous y trompons pas, sa tentation pour le Front National reste un épiphénomène particulièrement présent dans les territoires défavorisés.

   De l’espoir donc. Mais comment ? Commençons par des réponses efficaces pour améliorer ses conditions de vie, d’accès à l’emploi, au droit commun, et faire progresser l’égalité. Le socialisme est un projet qui œuvre en ce sens. Si on devait le définir en quelques mots, je dirais que c’est l’idée de garantir la liberté de chacun par l’égalité des droits et des conditions de vie. La gauche au pouvoir agit en ce sens avec la priorité jeunesse, l’investissement dans l’éducation, la garantie jeunes, les emplois aidés, l’encadrement des stages, la fusion RSA-PPE ou encore le mariage pour tous. Les données macro-économiques sont mêmes plutôt positives pour elle.

   Pourtant, tout cela manque d’ambition. L’investissement public décroit. Une montée en puissance des bourses pour tous les jeunes, d’un montant suffisant pour réussir ses études et accéder à l’autonomie ? Le développement de filières d’avenir dans la transition énergétique pour améliorer la compétitivité hors coût dans des secteurs très fortement créateurs d’emplois ?... Non.

   Le choix d’une politique budgétaire très restrictive ferme la porte à toutes ces possibilités. « La relance doit venir de Bruxelles », affirmait Emmanuel Macron, il y a quelques jours. Dans l’idéal je suis d’accord, et j’irais même jusqu’à dire que l’union budgétaire et fiscale européenne, pour palier les asymétries régionales, est la solution la plus fiable dans les années à venir pour pérenniser notre système de redistribution ! Mais la très faible croissance actuelle et la situation sociale nous permettent-elles d’attendre une évolution de l’Union européenne ? L’urgence est bien là. Pour éviter que le coût social de la rigueur soit trop élevé et devienne irréversible pour notre génération, nous devons donner la priorité à l’emploi par l’investissement et à l’égalité par la redistribution. La restructuration de la dette est nécessaire mais ne peut être prioritaire aujourd’hui. Elle doit s’étaler dans le temps.

   Même à contresens vis à vis des orientations économiques du gouvernement, notre engagement reste utile. C’est bien le message que je souhaite porter aux militants. N’attendons pas de François Hollande qu’il invente le socialisme du XXIe siècle. C’est notre rôle, et c’est le moment de s’y mettre. Car, aux crises citées précédemment, il y en a une bien plus longue et structurelle, c’est la crise écologique. Le capitalisme évolue constamment depuis la première révolution industrielle. Certains tentent aujourd’hui de le verdir. Pourtant, c’est l’appropriation des moyens de production par une minorité, fondement même du système capitaliste, qui explique que les progrès techniques et sociaux de nos sociétés développées aient été permis par l’exploitation à la fois des hommes (des femmes aussi) et de la nature dans un même élan. Nous devons le dépasser, lui opposer par la réforme un nouveau modèle micro-économique et macro-économique plus juste et soutenable. De nombreuses initiatives existent, des entreprises gérées par leurs salariés à de nouvelles pistes de calculs pour la croissance.

   Pourtant, force est de constater que le Parti socialiste n’a plus, aux yeux des citoyens, l’utilité d’antan. Qu’y a-t’il d’étonnant, finalement ? Les militants des partis de gouvernement sont dix fois moins nombreux qu’au milieu du siècle dernier, au moment de l’apogée des partis de masse. Un nombre décroissant d’entre eux sont syndiqués, de moins en moins sont impliqués dans le monde associatif. 15% des adhérents du PS sont des collaborateurs d’élus. Le Parti se repli sur lui même. Comment pourrait-on dès lors le considérer comme un lien entre la société civile et les sphères de décisions politiques ? Le rebond des partis doit être démocratique. Du renouvellement des méthodes de militantisme au renouvellement des candidats, les partis doivent privilégier le pouvoir d’agir des militants. Les partis doivent s’ouvrir. C’est la démarche actuelle prise par les Jeunes Socialistes qui, je l’espère, bousculera le parti dans ce sens. Une chose est sûre, je me sens toujours utile et fier d’être un Jeune Socialiste.

 

Quentin Henaff

Quentin Henaff: « Reprenons le temps de transformer la société ». (07/12/14)

   « Il n'y a presque aucune arène de la vie sociale qui ne soit pas affectée ou transformée aujourd'hui par les diktats de la vitesse. » Rosa HARTMUT, Aliénation et accélération, 2010.

   Notre époque politique et sociale est marquée par une quête toujours plus grande de rapidité. On zappe aujourd'hui d'une information à l'autre sous la pression de l'innovation technique, de l'accélération médiatique et de la soif naturelle de l'homme pour l'autonomie. Toutefois, loin de nous libérer, cette quête de vitesse dégrade nos institutions (l'école, la politique, la justice, etc) et nos relations aux autres. Au final, notre autonomie recule chaque fois que nous faisons le choix d'une quête déraisonnable de rapidité.

   Si j'ai souhaité commencer par cette citation et ce court passage, c'est que je crois pertinemment que la priorité pour la gauche est de reprendre le temps d'analyser le présent et de politiser le débat démocratique, afin de faire émerger un désir d'avenir commun dans un monde plus égalitaire.

   La gauche arrive toujours au pouvoir quand la situation des Français saggrave, quand les inégalités explosent, quand l’avenir est assombri par la crainte que « demain sera pire qu’aujourd’hui ». Ce fut le cas en 1981, ce le fut de nouveau en 2012, lorsque François Hollande a été élu président de la République.

   Comme tout militant, je n'ignore pas le mécontentement d’une partie grandissante de la population. En l’espace de deux ans, le spectacle politique et médiatique, auquel se sont livrés nos dirigeants, sous la pression de l'urgence et de l'immédiateté, a fait reculer l’idée que la gauche pouvait être une alternative crédible à la droite dans ce pays, pire, que la politique, que le « bulletin de vote », ne pouvaient plus changer nos vies. En dépit de mesures de gauche, de la refonte de l'école à la loi sur la transition énergétique en passant par la loi sur l'économie sociale et solidaire, les Français sont déçus et se sentent de plus en plus à l'écart du débat politique.

   Si nous ne faisons rien, la progression du Front national sera inévitable. Derrière les difficultés du gouvernement à incarner l'alternative que représentait son élection, c'est la question de la capacité de la gauche à proposer un chemin pour le pays sur le long terme qui est posée. Dans un monde où le politique démissionne sur la transformation d'une société vers plus de justice et d'autonomie, ce sont toujours les forces réactionnaires et communautaires qui en profitent. Cette réalité est insupportable pour un jeune militant de gauche.

   Est-ce donc la fin de l’histoire ? La fin de la bataille ? Je ne le pense pas. Nous pouvons toujours inverser cette résistible ascension vers le post démocratique. Je le constate chaque fois que je milite, sur les bancs de ma fac ou dans les quartiers de Grenoble. Toutes les semaines, je rencontre des militants, en Isère ou ailleurs, mus par le même espoir de transformation sociale. Face au « c'était mieux avant » qui désespère et dépolitise les enjeux, la société civile se dresse comme jamais auparavant. Le politique doit dialoguer avec elle.

   La gauche n’est pas à la hauteur quand elle ne porte plus fièrement ses valeurs. Elle n’est pas non plus à la hauteur quand elle préfère la critique à l'action. Elle n’est enfin pas à la hauteur quand elle agit sans prendre le recul nécessaire pour critiquer ce qui ne va pas. Notre responsabilité est de ne pas reproduire le pire de ce qu’ont fait nos anciens. Pour cela, nous devons faire évoluer notre méthode, nos pratiques militantes, et politiser notre vision du monde.

   Des mobilisations citoyennes à la « ferme des milles vaches », en passant par le rejet européen d'ACTA (traité de lutte contre la contrefaçon, ndlr) en 2012, c'est une révolution moderne qui prend forme sous nos yeux. Grâce aux progrès techniques, à l'extension de l'éducation et aux technologies de la communication moderne, il est désormais possible à chacun de prendre part aux débats et de s'exprimer. La politique ne peut donc plus être l'affaire de quelques uns. Il est grand temps pour nos partis politiques de passer au 2.0 et d'accroître leurs liens avec la société civile, ce monde des indignés et des anonymes désireux de mieux vivre. Il en va de la survie même du politique.

   Outre la méthode, il faut ensuite reprendre la bataille culturelle sur nos valeurs et sur notre identité socialiste. En quelques mots, politiser les débats là où l'économisme et la gestion à courte vue l'ont emporté sur la confrontation d'idées. Non, le travail le dimanche n'est pas qu'une question d'emplois et d'ouverture des magasins. C'est un projet de société, et il n'est pas le mien, car il réduit les droits et la qualité de vie des travailleurs. Non, l'écotaxe n'est pas qu'une question fiscale, c'est avant tout la possibilité de changer de modèle de société, un transition du tout pétrole vers le tout durable. Pour être plus audible sur la réduction des inégalités, sur l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens, il faut donc développer une vision claire et offensive, une histoire positive à raconter sur la France face aux changements climatiques, à la mondialisation et à l'individualisme.

   Le premier combat de la gauche doit être celui de la lutte contre la défiance qui s’est installée dans ce pays. La défiance envers le politique se répercute aujourd’hui sur nos institutions républicaines, sur ce qui fonde notre pacte social et notre capacité à vivre ensemble. Parmi nos institutions, il y en a un qui doit être prioritairement consolidée. C’est notre école.

   Symbole d'espoir, l’école ne parvient pas à remplir sa mission quand sept enfants d’ouvriers sur dix sont condamnés à occuper des métiers d’exécution tandis que sept enfants de cadres sur dix occuperont des fonctions d’encadrement. Les dés sont donc pipés à la naissance, et chacun le sait. Rejetons fortement le fatalisme ! On peut agir là-dessus, on le doit et on le fait. Je suis fier que François Hollande ait fait de la jeunesse la priorité de son mandat en donnant à chacun selon ses besoins. Nous avons créé 60 000 postes d’enseignants, renforcé l’éducation prioritaire, adapté les rythmes scolaires et favorisé la scolarisation dès 2 ans. Je milite pour que l'on aille plus loin avec la fin de la note « sanction », la refonte du parcours commun de réussite du primaire aux lycées, la lutte contre le décrochage scolaire. C'est à ce prix que nous réduirons la reproduction sociale et l’emprise des milieux d’origine sur le destin des enfants.

   Si je crois que l’école est un des leviers essentiels de l’action publique, rien ne sera possible si nous ne défendons pas un cap pour la France à moyen et long terme, un grand projet fédérateur, une idéologie moderne au service de l'humain. Cest ça qui nous fera retrouver l’adhésion des classes populaires et moyennes. Une autre politique est possible, une politique où les objectifs de justice et de transformation sociale et écologique prennent le pas sur la réduction des déficits et de la dette.

   Ainsi, refonte de la méthode de gouvernement et politisation de la société vont de pair. Associés aux décisions, les citoyens seront plus actifs dans une république rénovée. Maintes fois promise, anticipée, esquissée, la VIe République doit devenir une réalité. Elle est le prix d'une démocratie revivifiée et d'une quête pour l'autonomie enfin accessible. Je ne crois pas et n'ai jamais cru dans la perpétuelle « douloureuse expérience du pouvoir par la gauche ». Nous avons deux ans pour faire réussir ce quinquennat en posant ensemble le chemin de sortie de crise économique, sociale et politique. Rien nest perdu.

 

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