« Vous êtes, Martial Passi, de ces élus locaux dont les mandats trouvent leur source, à l'origine, dans des engagements pour des luttes sociales, teintées d'idéaux progressistes. Membre du Parti communiste, vous êtes depuis plus de vingt ans à la tête d'une ville populaire, Givors (Rhône). La gauche de la gauche est très critique vis-à-vis des orientations de l'exécutif national. J'imagine que vous avez pourtant voté pour François Hollande lors du second tour de la présidentielle de 2012 et, donc, contribué à sa victoire. J'aimerais vous demander, M. Passi, de me dire, le plus franchement possible ce que serait, en tant qu'élu local, en tant qu'homme de gauche, le message que vous souhaiteriez adresser au chef de l'État ? ».

   Le document qui suit est la reproduction du texte que M. Martial Passi, maire de Givors depuis 1993, vice-président du Grand Lyon, conseiller général du Rhône et vice-président de l'AMF a bien voulu rédiger, en exclusivité pour Paroles d'Actu. Un message fort et sans concession; son message à l'attention du président de la République. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

PAROLES D'ACTU - LA PAROLE À...

Martial PASSI: « Réagissez, Monsieur le Président,

la maison France prend feu... »

 

Martial Passi

 

   Monsieur le Président de la République,

   Comme une majorité de nos compatriotes, j'ai voté et appelé à voter en 2012 pour battre Nicolas Sarkozy, sa politique et promouvoir une politique de gauche qui réponde aux besoins de la France, de nos territoires et de leurs habitants.

   À la moitié de votre mandat, la situation est malheureusement catastrophique :

- La marée du chômage massif ne cesse de s'aggraver, frappant notamment les territoires et les populations les plus fragiles, et de plus en plus d'acteurs économiques, notamment les plus petits, qui constituent le cœur du dynamisme économique local et multiplient les cris d'alarme devant la baisse de leurs carnets de commandes.

- Les populations font face à une accumulation de difficultés dans tous les domaines, d'abord en termes de pouvoir d'achat et d'emploi, avec une vie minée par la précarité et l'incertitude, mais aussi devant des services publics asphyxiés par l'austérité.

- Les collectivités territoriales et les élus locaux vivent une réforme territoriale décidée sans aucune concertation qui engage l'avenir de notre pays et sont exposés à une baisse sans précédent des finances locales qui génère des situations budgétaires de plus en plus inextricables, impliquant tout à la fois de réduire l'investissement utile et le service rendu, et d'augmenter l'endettement et les impôts locaux.

- La société est minée par une crise politique et morale qui nourrit un rejet profond de la gauche et de l'action politique, menace nos valeurs républicaines, le lien social et le vivre ensemble, et fait le lit d'extrémismes dangereux.

   Ça ne peut plus durer.

   Soldats de la République directement exposés aux conséquences de politiques d'austérité qu'ils n'ont pas décidées et qui les dépouillent des moyens d'y faire face, les élus locaux sont dans leur très grande majorité profondément inquiets et en colère. Exclus des choix, placés en première ligne comme des boucs émissaires, de plus en plus dénigrés et représentants de collectivités menacées dans leur existence même, les élus locaux n'en peuvent plus.

   L'autorité de l’État est en question, la démocratie locale est directement menacée, le pacte républicain vacille sous les coups de boutoir d'une crise qui n'en finit plus et d'une politique d'austérité, érigée en dogme suicidaire, qui aggrave le mal au lieu de le soigner. La conscience collective et nationale est profondément déstabilisée et les forces et les énergies de notre pays sont abîmées, gâchées et dangereusement divisées.

   Ça ne peut plus durer, Monsieur le Président de la République. « Le changement commence maintenant », disiez vous au printemps 2012. À l'automne 2014, le feu est dans la maison France. Il est plus qu'urgent de changer de cap, sinon nous allons au devant d'une terrible catastrophe.

 

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