30 août 2015

Jean-Philippe Cénat : « Louis XIV a échoué à transformer les institutions de l’Ancien Régime en profondeur »

Dans deux jours, le premier septembre, sera commémorée, à l’occasion de son tricentenaire, la mort du plus fameux des rois de France : Louis XIV, le « Roi-Soleil » pour la postérité. J’ai souhaité soumettre quelques questions touchant à des aspects sensibles de politique intérieure et étrangère de son règne - je passe volontairement mon tour s’agissant des belles dames de la Cour et de la galerie des Glaces - à l’historien Jean-Philippe Cénat, auteur notamment de Louvois : Le double de Louis XIV (Tallandier) et de Le roi stratège (P.U. de Rennes). Son accord fut immédiat et ses réponses, reçues vingt-quatre heures à peine (le 30 août) après l’envoi de mes questions, s’avèrent très complètes et hautement instructives pour aimerait mieux connaître cette époque - l’évocation court ici de la Fronde jusqu’à la Révolution. Je remercie chaleureusement M. Cénat pour ce document qu’il me permet aujourd’hui de mettre en ligne. Et souhaite que cette lecture vous donnera l’envie d’aller plus avant dans la découverte de son travail. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Jean-Philippe Cénat: « Louis XIV a échoué à transformer

les institutions de l’Ancien Régime en profondeur »

 

Louvois Louis XIV

J.-P. Cénat est auteur de Louvois : Le double de Louis XIV (Tallandier) et de Le roi stratège (P.U. de Rennes).

 

Paroles d'Actu : Bonjour Jean-Philippe Cénat, je vous remercie d’avoir accepté le principe de cette interview axée sur le roi Louis XIV, dont on célèbre, ces jours, le tricentenaire de la disparition. L’histoire de ce monarque, baptisé Louis-Dieudonné, débute dans des conditions particulièrement difficiles: c’est le temps de la Fronde, cette dynamique violente, puissante et plurielle qui entend revenir sur le renforcement continu, depuis plusieurs règnes, de l’autorité de l’État - et donc de l’autorité royale. Sait-on estimer aujourd’hui l’impact réel qu’a eu la Fronde sur le jeune roi ? Sur sa personne et, forcément, en ces années de formation, sur la manière dont il s’est forgé en tous points ?

 

Jean-Philippe Cénat : La Fronde a eu évidemment un impact considérable sur le jeune Louis XIV, qui a vécu des événements très difficiles alors qu’il n’avait qu’une petite dizaine d’années. Il a connu une forte contestation de son pouvoir, dû quitter par deux fois sa capitale et être séparé de son parrain Mazarin. Il en a gardé une grande méfiance à l’égard du peuple et de la ville de Paris, ce qui explique en partie le choix de Versailles pour y construire son nouveau palais, quelques années plus tard. Ces événements tragiques l’ont aussi rapproché de Mazarin, qui fut son mentor en politique et en qui il eut toujours une grande confiance. Louis XIV n’osa jamais lui retirer la direction du gouvernement avant sa mort en 1661.

 

Le Roi-Soleil tira aussi la leçon de la Fronde qu’il fallait écarter du pouvoir central, particulièrement du Conseil d’en-haut, la famille royale (son oncle Gaston d’Orléans n’avait cessé de se révolter contre l’autorité de Louis XIII) et les Grands, c’est-à-dire la haute noblesse. C’est pourquoi à partir de 1661, tous les ministres et secrétaires d’État appartinrent désormais à la noblesse de robe ou à des familles qui devaient tout à la faveur royale. Inversement, il écarta du gouvernement les princes du sang comme les Condé, et même sa mère, Anne d’Autriche, qui avait pourtant su préserver son pouvoir pendant la Fronde.

 

Il se méfia toujours beaucoup de son frère, Monsieur, et dans une moindre mesure de son neveu, le futur Régent. Monsieur fut relégué dans des fonctions subalternes et de parade à la Cour et Louis XIV ne lui offrit plus jamais l’occasion de commander une armée après avoir remporté la bataille de Cassel en 1677. Cette victoire fut mal vécue par un roi jaloux du succès de son frère, d’autant plus que lui-même n’eut jamais l’occasion de remporter une bataille en personne, les généraux craignant pour sa sécurité.

 

PdA : La monarchie « absolue », concept que Louis XIV installe et incarne au premier chef pour l’Histoire, renvoie à ce que le roi assume directement l’essentiel des décisions d’autorité: les structures féodales anciennes continuent de tomber en désuétude ; la puissance publique passe elle résolument à l’État, et la maîtrise de celui-ci aux mains du roi. Voilà pour le pouvoir politique. Qu’en est-il de sa mise en application: Louis XIV dispose-t-il, au temps de son règne, de relais territoriaux, d’une administration à la hauteur de ses ambitions ?

 

J.-P.C. : Pour se faire obéir, notamment en province, Louis XIV chercha à s’appuyer de plus en plus sur des commissaires, c’est-à-dire des agents qui dépendaient entièrement du pouvoir royal, et qu’il pouvait révoquer à volonté, contrairement aux détenteurs d’offices, ces dernières restant largement vénales. Les plus importants de ces commissaires étaient les intendants, qui avaient des pouvoirs de justice, de police et de finance et devinrent plus nombreux et plus présents dans tout le royaume. Malgré leurs pouvoirs croissants, ils durent cependant composer avec les élites et les pouvoirs locaux (parlements, gouverneurs, États provinciaux).

 

« En dépit des clichés, Louis XIV fut souvent

homme de compromis vis-à-vis des élites »

 

L’historiographie actuelle a tendance à relativiser la toute puissance de l’État central sur les provinces et à insister sur le fait que Louis XIV a plus cherché un compromis avec les élites, notamment la haute noblesse, qu’à la domestiquer par la force. C’est ce qui explique d’ailleurs que le pouvoir royal fut mieux obéi qu’au début du siècle et que les révoltes des Grands se firent plus rares. En fait, ces derniers tiraient un meilleur profit du nouveau système et ils n’avaient donc plus guère de raison de s’y opposer. En gouvernant sans premier ministre, Louis XIV évita aussi le problème de la jalousie des élites à leur égard, chacun estimant pouvoir désormais accéder aux bienfaits du roi directement. Cela contribua à apaiser certaines tensions, contrairement à l’époque de Richelieu et de Mazarin.

 

Sinon, d’une manière générale, l’encadrement administratif de la France resta relativement faible, surtout si l’on compare avec la situation actuelle (46 000 détenteurs d’offices en 1665, face aux 5,6 millions de fonctionnaires d’aujourd’hui !). Le système reposait avant tout sur les liens de fidélité et les clientèles, plus que sur une pyramide institutionnelle bien organisée. Louis XIV réussit ainsi à rallier à lui les grandes clientèles ministérielles (les Le Tellier, les Colbert…) et les réseaux périphériques de la haute aristocratie, celle-ci étant désormais en partie court-circuitée.

 

PdA : Pensez-vous, en considérant le point de vue du roi, que la révocation de l’Édit de Nantes (1685) était justifiée par les circonstances de l’époque ? L’exil massif de protestants industrieux que cette décision a provoqué a-t-il réellement eu l’impact décisif que l’on lit souvent sur le développement économique de la France ?

 

J.-P.C. : La révocation de l’Édit de Nantes est généralement considérée, à juste titre, comme une des erreurs principales du règne de Louis XIV. Elle s’inscrit dans le cadre plus large de la politique antiprotestante au Grand Siècle, qui cherchait à rétablir l’unité religieuse du royaume, l’édit de tolérance étant vu comme une sorte d’anomalie dans l’Europe du temps où les sujets suivaient la religion de leur prince. Cette politique, d’abord modérée et utilisant des moyens pacifiques pour convertir les huguenots, se durcit après la fin de la guerre de Hollande, avec notamment les dragonnades (logement de soldats chez les protestants, ce qui provoquait d’importantes nuisances).

 

Ce durcissement n’avait rien d’inévitable et il ne fut pas orchestré par le roi ou même ses ministres. Il s’agit plutôt du résultat d’initiatives d’intendants de province, comme Marillac dans le Poitou, qui cherchaient à se faire bien voir en annonçant de spectaculaires conversions grâce à des méthodes brutales, souvent passées sous silence. Sans être dupes de ces manières et de l’exagération du nombre d’abjurations et bien que ne les approuvant pas spécialement, les ministres de Louis XIV, en particulier Louvois et son père Michel Le Tellier, ne firent rien pour enrayer le mouvement, ce qui revint à le cautionner tacitement. Il en alla en quelque sorte de même du roi, qui ne fut pas très bien informé de la réalité de la situation et préféra surtout voir uniquement le côté positif, à savoir que le protestantisme étant en voie rapide d’extinction. Dans ces conditions, il apparaissait alors logique de révoquer l’édit de Nantes, ce qui fut décidé en octobre 1685.

 

« L’impact de la révocation de l’Édit de Nantes 

sur l’économie française a sans doute été exagéré »

 

Les conséquences de cette décision ne furent pas aussi catastrophiques que ce que la légende dorée protestante et anti-louisquartorzienne a voulu montrer depuis le XVIIIè siècle. Tout d’abord, la révocation provoqua l’exil de 150 à 200 000 personnes, ce qui ne représente qu’environ 10 % des huguenots et moins de 1 % de la population française. On est donc loin de la catastrophique démographique parfois annoncée ! De même, il faut relativiser le fait que leur départ aurait provoqué la ruine de l’économie française et un important développement des pays d’accueil. Certes, le royaume a vu un déclin de certaines manufactures textiles, un affaiblissement de son commerce avec les pays du nord et des activités maritimes, secteurs où les protestants étaient particulièrement actifs. Il y eut aussi une certaine fuite des capitaux au profit notamment de la banque d’Amsterdam et quelques transferts technologiques vers les pays voisins dans le textile, l’horlogerie, le raffinage du sucre ou encore la fabrication du papier.

 

Mais le déclin économique français est plus lié à d’autres facteurs, comme la pression fiscale, les guerres ou le contexte économique général. D’autre part, les huguenots n’ont pas non plus connu tous la fortune à l’étranger, et il existe de nombreux échecs ou de grosses difficultés lors de leur implantation dans les États allemands ou dans les Provinces-Unies. Enfin, il faut rappeler que la France bénéficia à la même époque de l’immigration des jacobites, les partisans du roi catholique d’Angleterre Jacques II, chassé de son trône par Guillaume d’Orange. Ce flux de réfugiés compensa en partie le départ des huguenots.

 

PdA : La suprématie navale de la Grande-Bretagne sur les mers et les océans, donnée majeure de la géopolitique européenne des XVIIIè et XIXè siècles, est-elle une réalité déjà affirmée - pour ne pas dire « arrêtée » - sous le règne de Louis XIV ?

 

J.-P.C. : Au début du règne de Louis XIV, l’Angleterre est encore loin de dominer les mers en Europe. Elle a alors pour rivale la Hollande, et la renaissance de la Royale, impulsée par les Colbert, fit de la France une puissance navale de premier ordre. L’Angleterre fut même, au début de la guerre de Hollande, l’alliée de Louis XIV entre 1672 et 1674, et le resta largement tant que Charles II et Jacques II gardèrent leur trône, jusqu’en 1688. En fait, la montée en puissance de la Navy date plus de la fin du XVIIè et du début du XVIIIè siècle. Au début de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, la France, fait unique dans son histoire, possède alors à la fois la première armée et la première flotte du continent. La Royale est en effet capable de rivaliser pendant quelques années avec les forces combinées de l’Angleterre et des Provinces-Unies. Tourville remporte même une victoire importante à Béveziers en 1690.

 

Mais Louis XIV, qui doit faire face à presque toute l’Europe coalisée, ne peut maintenir un tel effort maritime jusqu’au bout et la logique géostratégique fait que le royaume donne la priorité à la terre sur la mer. Ainsi, la France délaisse la guerre d’escadre au profit de la guerre de course. Cette priorité à la terre se retrouve également lors de la guerre de succession d’Espagne et c’est à ce moment que la Navy surclasse de manière définitive la flotte française. Les choses n’étaient pas forcément jouées d’avance, car Louis XV et Louis XVI auraient pu faire le choix de l’expansion maritime et coloniale et non se concentrer sur les affaires européennes. Mais encore une fois la géographie et l’histoire française en font avant tout une puissance continentale. Elle pouvait difficilement investir autant que l’Angleterre dans une marine, qui fut pour elle une priorité depuis le XVIè siècle.

 

PdA : Considérez-vous, en tant qu’historien spécialiste de cette époque, que s’agissant des initiatives diplomatiques et militaires sur lesquelles il avait réellement du jeu, Louis XIV a commis des erreurs, des fautes manifestes ?

 

J.-P.C. : Louis XIV n’est pas le souverain parfait et a évidemment commis des erreurs en politique étrangère. Pour moi, la principale ne fut pas d’avoir participé à trop de guerres (il ne fut pas tellement plus belliqueux que ses contemporains), mais plutôt l’orientation de sa diplomatie dans les années 1680. Insatisfait des résultats de la paix de Nimègue de 1678, le roi se lance dans la politique des « Réunions » qui consistent à annexer en pleine paix des territoires frontaliers qui dépendaient théoriquement de ceux cédés lors des traités précédents. Si cela permit de renforcer les frontières nord-est du royaume avec Strasbourg et Luxembourg par exemple, ces gains restèrent modestes, car l’optique était avant tout défensive. Or cette politique de force choqua avec raison beaucoup les voisins du royaume, la France devenant alors la puissance perturbatrice et dangereuse sur le continent. Elle perdit alors tous ses alliés et dut ensuite affronter toute l’Europe coalisée lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg à partir de 1688. Louis XIV aurait alors mieux fait, soit de déclencher une nouvelle grande guerre en 1683, profitant de sa prépondérance militaire et de l’attaque turque contre Vienne pour conquérir les Pays-Bas espagnols, ou mieux de mener une politique d’apaisement qui aurait rassuré ses voisins et mis la France dans de meilleures conditions pour capter l’héritage espagnol.

 

« La guerre de Succession d’Espagne fut,

du point de vue français, un conflit juste et nécessaire »

 

La guerre de Succession d’Espagne est parfois critiquée par les historiens. Mais Louis XIV a probablement choisi la meilleure option en 1700 en acceptant le testament espagnol, car le conflit était alors quasiment inévitable. Il aurait pu éviter quelques maladresses qui ont déclenché les hostilités en 1701-1702 et il aurait dû révoquer certaines généraux incapables (notamment Villeroy ou La Feuillade), mais cette guerre fut une des plus justes et nécessaires de son règne.

 

PdA : Le règne de Louis XIV prend fin, vous l’évoquiez à l’instant, peu après le règlement de la guerre de Succession espagnole qui, sur le papier, fait entrer l’Espagne - qui cesse d’être une grande puissance - dans la sphère d’influence française tout en contentant, par des clauses de compromis, les grands d’Europe. L’Autriche des Habsbourg, notamment, voit son territoire élargi ; plus fragile sur ses fondations, elle tend à devenir, de fait, plus conservatrice, moins encline à des aventures extérieures inconsidérées. Le terrain paraît alors propice à des rapprochements entre les deux grands rivaux des siècles passés. L’idée d’une alliance du continent « contre la mer », maintes fois reprise depuis, fait-elle son chemin à ce moment-là ? Si oui, les successeurs du roi l’ont-ils gâchée ?

 

J.-P.C. : Les traités qui mettent fin à la guerre de Succession d’Espagne sécurisent enfin la France, qui ne craint plus un encerclement par les Habsbourg, puisqu’un Bourbon est désormais sur le trône de Madrid. L’Autriche se tourne également désormais davantage vers l’Europe centrale. Les conditions géopolitiques semblent alors réunies pour cesser l’opposition entre les deux dynasties. Torcy, le secrétaire d’État des Affaires étrangères de Louis XIV, comprit ce changement et fit d’ailleurs des ouvertures en vue d’une alliance avec les Habsbourg pour stabiliser la nouvelle carte de l’Europe. Mais cela n’alla pas loin, puisque sous la Régence, la France préféra s’allier avec l’Angleterre. Il restait également entre les deux puissances la paume de discorde des Pays-Bas, attribuées à l’Autriche, et que la France convoitait depuis longtemps.

 

D’ailleurs, les deux pays se sont à nouveau retrouvés face à face lors de la guerre de Succession d’Autriche, entre 1744 et 1748. Il fallut attendre la politique plus pacifique de Louis XV, son renoncement à annexer les Pays-Bas et surtout la menace de plus en plus inquiétante de la Prusse pour que s’opère réellement un renversement d’alliances en 1756. Or, cette alliance autrichienne, comme plus tard le mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette, ne furent jamais bien acceptés par l’opinion publique française, qui considéra encore pendant longtemps les Habsbourg comme des rivaux. Cela montre bien que ce rapprochement était loin d’être évident et qu’il était très probablement encore plus prématuré à la fin du règne de Louis XIV qu’en 1756.

 

PdA : Après la mort du « Roi-Soleil », en 1715, la monarchie telle qu’il l’avait refondée perdurera encore trois quarts de siècle. Puis ce fut la Révolution. Louis XIV en porte-t-il, de votre point de vue, une part de responsabilité ?

 

J.-P.C. : Louis XIV a indéniablement renforcé son pouvoir et celui de la monarchie administrative, en réussissant notamment à incarner à la perfection la majesté du roi absolu. En fait, il a surtout réussi à tirer le maximum des vieilles institutions de l’Ancien Régime, mais sans pouvoir les transformer en profondeur pour en faire des instruments plus modernes, notamment sur le plan fiscal, ce qui va provoquer la chute de la monarchie en 1789. D’autre part, la personnalisation extrême du pouvoir sous Louis XIV a eu pour inconvénient de désacraliser largement la légitimité des lois et de son pouvoir, en considérant que ce qui était légal et juste ne venait que de sa propre volonté. De même sa maîtrise parfaite de la mécanique de la Cour fut un lourd héritage à gérer pour ses successeurs qui ne voulaient ou ne pouvaient jouer le même rôle à Versailles, suscitant alors la déception des hommes du XVIIIè siècle.

 

Louis XIV a en quelque sorte figé le système de la monarchie absolue autour d’un modèle jugé indépassable, ce qui l’empêcha largement de se réformer au cours du XVIIIè siècle. Dès sa mort, la haute aristocratie chercha à profiter de la Régence pour récupérer une partie de ses anciennes attributions rognées par le Roi-Soleil, ce qui montre à nouveau que le système dépendait beaucoup de la personnalité du souverain. Tout cela fait que l’on peut considérer que Louis XIV porte une part de responsabilité inconsciente et involontaire dans le déclenchement de la Révolution. Mais les choix de Louis XV et de Louis XVI me semblent plus déterminants dans cette évolution.

 

PdA : Voulez-vous nous entretenir de vos projets, Jean-Philippe Cénat ?

 

J.-P.C. : Pas de grands projets de livre dans l’immédiat, car il me faut un peu de temps avant d’avoir envie de me relancer dans une longue aventure comme l’écriture de mon Louvois. Mais je garde en tête l’envie un jour d’écrire, seul ou en collaboration, une histoire de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, conflit qui me semble très important et qui n’a pas encore trouvé son historien.

 

Jean-Philippe Cénat

 

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Et vous, que vous inspire la figure de Louis XIV ?

 

Vous pouvez retrouver Jean-Philippe Cénat...

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23 août 2015

« Une année dans les coulisses de la diplomatie internationale », par Claude-Henry Dinand

Claude-Henry Dinand, jeune étudiant de Sciences Po, vient de passer une année aux États-Unis dans le cadre de son cursus. Il a eu l’opportunité, de Washington à New-York, d’approcher certains cercles de pouvoir majeurs. Et d’avoir, vu de l’ONU, une appréciation de la place véritable de la France dans le concert des nations. Loin de chez lui et de ses proches, loin du pays, il a vécu, en janvier dernier, les attentats de Paris avec un océan d’écart. Je lui ai demandé d’écrire un texte dans lequel il raconterait cette expérience personnelle : ce qui l’a marqué, ce qu’il a appris au cours de ce séjour. En plus de son texte, il m’a transmis, à ma demande, quelques unes des photos qu’il a prises sur place. Je le remercie de cette collaboration. Une exclusivité Paroles d'Actu, par Nicolas Roche.

 

Photo 4 Moi Presidence francaise UN 

« Présidence de la France au Conseil de Sécurité des Nations unies, mars 2015 »

 

« Agissez comme s’il était impossible d’échouer » Après un an passé dans les arcanes de la diplomatie internationale, cette conception du grand Winston Churchill fait désormais partie intégrante de mon credo. La vie d’un homme est faite d’expériences qui le façonnent, le forgent, lui procurent les moyens nécessaires pour découvrir sa voie et la suivre malgré les épreuves. L’année 2014 – 2015 aura partie de celles-ci pour l’étudiant de Sciences Po que je suis. En rejoignant cette filière qui tend à s’instaurer comme norme et voie d’excellence dans l’esprit de beaucoup de jeunes, j’étais, pour ma part, animé à l’origine par un idéal, un objectif qui pourrait paraître désuet pour beaucoup de citoyens d’aujourd’hui : celui de servir mon pays. J’ai eu ainsi la chance d’avoir cet honneur pendant presque un an en effectuant ma mobilité professionnelle aux États-Unis, aux côtés des acteurs de la communauté internationale.

Septembre 2014, la France « de Voltaire et de Saint Louis »1 que j’incarnais allait avoir l’occasion de vivre des moments uniques dans la vie d’un homme. Ayant dépassé la vingtaine depuis peu, j’allais avoir le privilège de travailler dans la plus grande représentation diplomatique de notre république : l’ambassade de France aux États-Unis, située à Washington D.C. À peine étais-je sorti de l’aéroport que la rêve était devenu réalité : les drapeaux américains flottant sur leur hampe, les autoroutes avec leurs flux continus de voitures de marques americaine ou asiatique, les camions avec leurs imposantes remorques, les trottoirs avec leurs agrégats de boîtes aux lettres, pancartes ou autres feux de signalisation. À la manière de Claude Nougaro en 1989, je peux dire que « dès l’aérogare j’ai senti le choc » ; dès cet instant, j’ai compris qu’aux États-Unis tout allait être plus grand.

 

Photo 1 UN Headquarters 

« Le siège des Nations unies, vu depuis la Seconde Avenue »

 

Véritable pôle de refléxion et de décision en matières de politique nationale et de questions internationales, la capitale américaine allait me livrer, au fil des mois, quelques uns de ses nombreux secrets sur les coulisses de notre monde. Cette immersion en plein dans l’univers de House of Cards et de Scandal, par le biais du prisme de l’analyse en politique spatiale - pour le compte du CNES, l’agence spatiale française -, m’a donné l’opportunité de vivre autant d’expériences que les auditions au Congrès américain sur les questions de politique spatiale, les cocktails et réceptions dans les ambassades ou les conférences dans les think tanks. Chacune de mes rencontres avec des acteurs d’influence - de Charles Bolden, administrateur de la NASA à Christine Lagarde, directrice du FMI - m’auront convaincu de l’importance de la France et de son rayonnement sur la scène internationale.

Ce constat, bien loin de s’imposer comme une évidence lorsque l’on se limite à l’approche stato-centrée du territoire national, n’en fut que renforcé lorsque mes pérégrinations m’ont mené de Washington à New York. Nouvelle expérience, mon séjour de quelques mois au cœur de la « Grosse Pomme » m’aura en effet permis de me rendre compte de la place centrale qu’occupe la France au sein de l’Organisation des Nations unies. Travaillant pour la Mission permanente de la France à l’ONU, j’ai ainsi eu l’occasion d’observer son rôle prépondérant autant que sa force d’influence dans les instances diplomatiques que sont l’Assemblée générale et le Conseil de Sécurité. Membre fondateur, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de la plus grande des organisations internationales, la France jouit d’un statut privilégié au sein de la communauté d’États membres - ils sont cent quatre-vingt-treize à ce jour. Les séances passées au Conseil de Sécurité, les rencontres et échanges avec les diplomates au cours des workshops et tables rondes organisées par les think tanks m’ont ainsi démontré que notre pays demeure plus que jamais une puissance à part entière dans le système international.

 

Photo 2 Vue depuis la Mission 

« Vue sur Manhattan, depuis la Mission permanente de la France auprès des Nations unies »

 

À l’heure du bilan et des premières conclusions de cette année, le souhait de m’engager pour la France, pour l’aider à conserver et renforcer cette image et cette notoriété auprès de la communauté internationale, ne s’en trouve que renforcé. À l’heure du bilan, certains souvenirs aussi reviennent, plus intenses que d’autres, plus douloureux également. 7 janvier 2015... Je n’oublierai jamais cette journée. En ouvrant l’œil le matin, une notification RTL sur mon iPhone : attentat à Charlie Hebdo. La France venait de vivre son 11 septembre, ce même 9/11 dont j’avais vécu le treizième anniversaire quelques jours à peine après mon arrivée à Washington D.C. Vivre une telle épreuve alors qu’un océan me séparait de la mère patrie a constitué la période la plus difficile de mon expatriation. L’incompréhension, la colère, l’angoisse pour mes proches restés en France, mes parents ayant repris leur avion pour Paris ce même jour, l’impuissance de l’éloignement... : un mélange de sensations indéfinissables s’entrechoquait en moi. Chanter La Marseillaise aux côtés de mes collègues, le 8 janvier, et marcher au premier rang du cortège aux côtés de l’Ambassadeur et de la directrice du FMI, avec la communauté française des expatriés, pour porter le deuil national, auront alors à cette période été autant source d’apaisement que de renforcement de ce que le député Marc Fraysse qualifie, dans son ouvrage éponyme, de cette « fierté d’être français ».

À l’heure du bilan, c’est avant tout sur une note d’espoir que je souhaite conclure. Au cours de cette année, j’ai eu l’occasion de voir la puissance de la France à l’international, mais aussi la force de l’unité, du rassemblement, de la cohésion nationale face aux attentats de Charlie Hebdo. Certains, peut-être à juste titre, l’auront considérée comme éphémère. Or, pour ma part, j’ai pu constater notre grandeur, celle de la France, notre France, qui a plus que jamais sa carte à jouer dans le jeu des relations internationales. De même, au cours de cette année, j’ai eu l’occasion de réaliser la force et le rôle que l’on représente, nous la jeunesse, pour notre pays, pour construire son avenir en portant les valeurs de la République française. Être le témoin des avancées de nombreux projets ambitieux, comme le Parlement des Étudiants ou l’Avenir Jeune, m’aura fermement convaincu du devoir qu’est celui de tout jeune : s’engager pour son pays.

Aujourd’hui, après une telle année, je fais partie de ceux qui considèrent, comme Théodore Roosevelt, qu’« il n’y a pas de vent contraire pour celui qui sait où il va ». En provincial sorti tout droit de l’Angoulême décrite dans les Illusions perdues de Balzac, rien ne me destinait à une telle immersion au cœur de la diplomatie internationale. Cette réalité fait désormais partie de mon vécu, de mon passé et, je l’espère, de mon avenir. Chacun a ses rêves, chacun a les moyens de les réaliser. L’avenir de notre pays se construit aujourd’hui. Oser. Perséverer. Proposer. Se projeter. C’est ce que j’ai fait pendant un an, sans me décourager, car comme le disait si justement Oscar Wilde : « le seul véritable échec, c’est lorsqu’on abandonne ».

 

Photo 3 Maison Blanche 

« La façade Nord de la Maison Blanche, vue depuis Pennsylvania Avenue »

 

Citation extraite du discours en date du 8 janvier 2015 de l'ambassadeur de France aux États-Unis, Gérard Araud, en hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo.

« Une année dans les coulisses de la diplomatie internationale »,

par Claude-Henry Dinand, le 7 août 2015

 

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16 août 2015

Charles Aznavour : « Je n'ai qu'une envie : vivre »

Cet article, que je suis heureux de vous présenter, a une histoire un peu particulière. Bien avant la tenue de mon interview de Daniel Pantchenko, son biographe, à l’été 2014, j’ai essayé à plusieurs reprises - dès la fin 2013, si ma mémoire ne me fait pas défaut - d’entrer en contact avec un collaborateur direct de Charles Aznavour. Un challenge énorme pour le blog et pour moi, tant je nourris pour cet homme, lun des rares vrais « monuments » de la chanson, une admiration qui est tout sauf feinte.

Mi-juillet 2014 : je reçois un mail de Mischa Aznavour, son fils, me confirmant que mon message a bien été réceptionné et m’invitant à écrire quelques questions qu’il transmettra à son père. Je m’exécute aussitôt et les lui envoie le 20 du même mois. Le temps passe. Je n’y crois plus vraiment. Je relance Mischa Aznavour de temps en temps, pour la forme. Sait-on jamais. Bah, on verra bien...

On est au mois de juillet 2015. Deux mois auparavant, Charles Aznavour, sur le point de fêter ses quatre-vingt-onze printemps, a sorti un nouvel album, Encores, successeur direct de Toujours , une nouvelle preuve s’il en fallait que l’artiste n’entend pas quitter de sitôt l’arène dans laquelle il a si souvent été couronné, par acclamation populaire principalement. Juillet 2015, donc. Le 18 pour être précis. Je reçois, à la suite, plusieurs mails de Mischa Aznavour. Il vient d’enregistrer son père répondant à mes questions. Les fichiers audio sont là, à portée de clic. Quelque chose d’émouvant, je ne dirai pas le contraire. Je les ai inclus à l’article, pour vous faire partager de mon émotion. Et ai parsemé le document de liens vidéo, pour vous inviter à découvrir ou redécouvrir l’ensemble des chansons citées ; quelques traces d’une œuvre qui, au mépris des ans et des fluctuations de la mode, se transmet entre les générations. De tout cœur, je les remercie, tous les deux : Mischa Aznavour, pour son infinie bienveillance envers moi ; Charles Aznavour, pour m’avoir accordé un peu de son temps, qui est précieux. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Charles Aznavour : « Je n’ai qu’une envie : vivre »

 

Encores 

La photo d’illustration est celle de l’album Encores. Tous droits réservés.

 

Édition du 14 octobre 2015 : Mischa Aznavour m’a fait parvenir le 11 octobre la liste des chansons qu’il préfère dans le répertoire de son père, une pièce que je lui avais demandée et qui vient encore enrichir cet article. Je retranscris cette liste à la suite de cette note, juste avant l’interview de Charles Aznavour.

Mischa Aznavour : Mes chansons préférées ?

- Adieu, sur l’album Entre deux rêves, pour la simple et bonne raison qu’elle résume l’âme aznavourienne. Elle semble triste, parle d’adieux et on s’y remémore tous les moments de bonheur. Pourtant, elle finit sur une note d’espoir, puisqu’il est dit à la fin, « Je ne partirai que demain ».

- L’amour c’est comme un jour, très connue. Là, pour le coup, il n’y a aucun espoir. Une bonne chanson pour pleurer dans les bras de celle qui vous quitte...

- De ville en ville, sur l’album De t’avoir aimée. La plus belle chanson d’amour pour Paris ! Avec les merveilleux arrangements de Claude Denjean...

- Parmi les chansons récentes, j’adore Buvons. Tirée de la comédie musicale Toulouse-Lautrec. Mon père excelle dans les chansons où il parle d’ivresse.

- L’amour à fleur de cœur bien sûr, car je me retrouve dans le texte.

- Un par un.

- Et, pour citer un album en particulier, celui de 1969, Désormais.

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour, Charles Aznavour. (...) Cette interview, j’aimerais la placer sous les signes de la découverte et de la transmission, deux notions qui vous sont chères. Vous faites régulièrement référence à nos « anciens » (Trenet et d’autres), à l’idée qu’une génération d’artistes doit forcément quelque chose à celle qui l’a précédée, comme une ligne ininterrompue et perpétuellement dynamique - celle, en l’occurrence, de la tradition de la belle chanson française.

Quelles sont les chansons que vous avez aimées, admirées dans votre jeunesse et que vous aimeriez inviter nos lecteurs, nos générations à découvrir ?

 

Charles Aznavour : Les anciennes chansons, même les ptites chansons un peu drôlottes (sic), étaient toujours parfaitement écrites, dans un français parfait. On a eu des chansons fantaisistes merveilleuses. Aujourd’hui, ou ce sont de bonnes chansons, ou ce sont des resucées de ce qui a déjà été fait. (écouter: NRoche1)

 

PdA : Je suis, pour l’heure, loin, bien loin de connaître la totalité de votre répertoire. Si je devais établir une liste des titres que je préfère, on y retrouverait, forcément, quelques succès immenses, que tout le monde a à l’esprit : Je m’voyais déjà (1960), La mamma (1963), La Bohème (1965), Emmenez-moi (1967), Non, je n’ai rien oublié (1971) ou Comme ils disent (1972). Vous les avez déjà largement commentées dans la presse et les médias, je ne reviendrai pas dessus.

Je souhaiterais plutôt en évoquer d’autres, des perles, elles aussi. Elles sont moins connues, mais elles complètent ma liste : Sa jeunesse (1956), Les deux guitares (1960), Bon anniversaire (1963), À ma fille (1964), Et moi dans mon coin (1966), Je t’aime A.I.M.E. (1994). Et des mentions spéciales pour Tu t’laisses aller (1960), Être (1979), puis, arrivées plus tard, Je voyage et Un mort vivant (2003). La lecture de cette liste, de ces titres vous inspire-t-elle des anecdotes, des pensées ?

 

C.A. : Des anecdotes... vous savez, je pourrais écrire un bouquin, avec des anecdotes. Là, comme ça, je ne vois pas... Sur d’autres titres en particulier, peut-être. (écouter: NRoche2 et NRoche3)

 

PdA : (...) Cette question-là sera directement liée à la précédente. La ligne, toujours. Sur la vidéo de votre live au Palais des Congrès, enregistré en 2000, on vous entend, à un point du spectacle, raconter qu’en substance, les nouvelles chansons d’un artiste sont comme les jouets que l’enfant vient de recevoir pour Noël : l’un comme l’autre a envie de les montrer, de les présenter. Mais il arrive, de temps en temps, que le public n'accroche pas comme lui le souhaiterait à celles de ses créations qui, pour une raison ou pour une autre, ont une importance particulière, voire la préférence de l'auteur-compositeur-interprète.

Est-ce qu’il y a, dans votre répertoire, des chansons à propos desquelles vous vous dites, parfois, « Celle-là aussi aurait mérité d’être un peu plus connue, de compter parmi mes grands succès et de traverser le temps » ? En d’autres termes : quelles sont, parmi vos chansons moins connues, celles que vous préférez, celles que vous voudriez nous faire écouter, lire ?

 

C.A. : Nous n’avons pas d’enfant, Les amours médicales, et Vous et tu. (écouter: NRoche4)

 

PdA : Qu’aimeriez-vous, en substance, que l’on dise, que l’on retienne de vous au lendemain de votre départ - pas avant une bonne trentaine d'années ! - quand, par « trois colonnes à la une, dix pages à l’intérieur », « (...) la presse entière retouchera (votre) vie » (in De la scène à la Seine) ?

 

C.A. : « Plus qu’un parolier de chansons, il était un auteur... » (écouter: NRoche5)

 

PdA : En 2014, les canaux de diffusion de la création musicale sont innombrables. Internet peut permettre à un artiste talentueux de se faire connaître largement, pour presque rien. Mais l’esprit « zapping » n’a jamais été aussi fort... et la médiatisation est souvent fonction de critères assez peu reluisants pour qui les fixe.

Est-ce que, tout bien pesé, vous diriez qu’il est plutôt plus ou moins aisé de démarrer dans le métier en 2014 qu’au moment de vos propres débuts, dans les années 40-50 ? Quels conseils pourriez-vous donner à un(e) jeune qui vivrait pour la musique et qui rêverait d’en vivre ?

 

C.A. : En fait, je ne sais pas vraiment, parce que je n’ai pas débuté à cette époque. Je peux parler de mon époque à moi. Je pense que les écueils sont les mêmes pour tout le monde. Ce n’est jamais facile. Il y a ceux qui ont une chance immédiate, et ceux qui vont chercher le succès avec beaucoup de difficulté. (écouter: NRoche6)

 

PdA : Lors d’une interview que vous accordiez à Culturebox l’an dernier, vous déclariez ceci: « Il faut garder son regard d'enfant, sinon on a tout perdu »...

 

C.A. : Oui, il faut à tout prix garder le regard, mais aussi le vocabulaire de l’enfance. (écouter: NRoche7)

 

PdA : Qu'est-ce qui vous fait rêver, aujourd'hui ? De quoi avez-vous envie ?

 

C.A. : J’ai envie de vivre... (Il sourit, ndlr ; écouter: NRoche8)

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, Charles Aznavour ?

 

C.A. : Non... Je ne souhaite rien d’autre que ce que je possède... et que j’ai. (écouter: NRoche9)

 

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Et vous, quelles sont, parmi le répertoire de Charles Aznavour, vos chansons préférées ?

 

Vous pouvez retrouver Charles Aznavour...

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13 août 2015

’James Dean et moi’, par Julien Alluguette

En juin 2013, le comédien Julien Alluguette acceptait une première fois de répondre à mes questions, sur son parcours notamment, pour Paroles d'Actu. Il a depuis continué son petit bonhomme de chemin, sur les planches et les écrans, mais pas uniquement. Il a participé il y a quelques mois à une série de shootings voulue et réalisée par le photographe David Alouane, pour lequel il a bien voulu « incarner » l’un des acteurs les plus emblématiques - et les moins oubliés - des années 50 : James Dean.

Partant, j’ai proposé à Julien Alluguette de nous « raconter » son rapport à et son « histoire » avec James Dean. Son texte, retranscrit ici, m’est parvenu le 13 août. Il est suivi dans cet article, que j’ai choisi d’intituler ’James Dean et moi’, par Julien Alluguette, des photos dont il est question, reproduites avec l’autorisation de David Alouane. Je les remercie tous les deux. Une exclusivité Paroles d'Actu, par Nicolas Roche.

 

 

Sans que je m’en aperçoive, James Dean est entré dans ma vie. J’ai dix ans. Ma mère m’emmène dans une petite boutique acheter une « boîte à bonbons » (dont je suis, à l’époque, un grand consommateur). Dans le rayon, il y en a des tas, de toutes les formes, de toutes les couleurs, et de toutes les matières. J’en repère une, tout en bas, poussiéreuse, d’un bleu métallique, avec, dessus, la silhouette d’un jeune homme en noir et blanc... C’est James Dean. Mais ça, je l’ignore encore.

Dix ans... C’est à cet âge que je suis saisi de l’envie de devenir comédien. Je prends mes premiers cours de théâtre, passe mes premiers castings... Et puis, on déménage de Paris avec mes parents, alors je m’éloigne aussi un peu de la comédie… Mais je découvre la danse, le chant et la musique. La scène me rattrape. J’apprends. Je travaille...

J’ai vingt ans. Je suis de retour à Paris. À nouveau, le théâtre me manque... Je reprends des cours et m’offre, en librairie, la fameuse Méthode Stanislavski… Un bouquin à la couverture noire et blanche, sur laquelle il y a… James Dean. Encore. Et je ne le remarque toujours pas !

À vingt-deux ans, j’achète dans une boutique des Halles un DVD qui me fait de l’œil : À l’Est d’Eden. Avec James Dean… C’est – je le crois à cette époque – la première fois que je découvre ce comédien. Je suis fasciné par le film, par ce qu’il raconte, par le jeu de Dean : il ne joue pas, il est. Comme Brando. Comme ces acteurs mythiques qui font l’âge d’or du cinéma américain.

Je regarde, dans la foulée, La Fureur de vivre, Géant, ainsi que des documentaires le concernant. Je lis des biographies ; je me découvre tellement de points communs : sa façon d’appréhender ce métier, son rapport à l’autre, Le Petit Prince en livre de chevet... Je me sens proche de lui.

Il y a quelques mois. Je déménage. Je range ma vie dans des cartons, et je remets la main sur la boîte à bonbons, et sur cette Méthode de l’Actor’s Studio. J’observe le couvercle de la boîte et la couverture du bouquin. Il était là, depuis le début. Et il m’a suivi.

Au même moment, David Alouane, un photographe dont j’aime énormément le travail, me parle de son envie de rendre hommage aux acteurs des années 50, qu’il admire. On évoque James Dean, évidemment. David me demande si je serais prêt à accepter de l’incarner à l’occasion du soixantième anniversaire de sa mort. Je suis flatté, mais stressé… En tout cas, je ne peux dire que oui.

J’ai découvert le résultat il y a quelques semaines : des photos en noir et blanc en reprenant certaines, fameuses, dont celles présentes sur ma boîte à bonbons et la couverture de mon livre. La boucle semble bouclée, et je suis honoré d’avoir pu, le temps d’un shooting, lui ressembler un peu.

Il fait désormais partie de ces personnes qui m’aident à aller toujours de l’avant et à repousser mes limites…

Julien Alluguette, le 13 août 2015

 

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Crédits photos : David Alouane 

 

Son actu...

Julien Alluguette sera bientôt à l’affiche de la pièce Les vœux du cœur, écrite par Bill C. Davis et mise en scène par Anne Bourgeois. Ils arpenteront, avec ses camarades de jeu Bruno Madinier, Davy Sardou et Julie Debazac, les planches du théâtre La Bruyère (9e ar. de Paris) à partir du 26 août : du mardi au samedi à 21h, également en matinée le samedi, à 15h30.

 

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Quelques liens...

  • Les vœux du cœur, pièce mise en scène par A. Bourgeois, à partir du 26 août au théâtre La Bruyère.

  • Le travail de David Alouane est à retrouver notamment sur son site personnel.
     
  • L’actualité de Julien Alluguette est mise à jour régulièrement sur son propre site.
     
  • L’interview Paroles d’Actu de Julien Alluguette datée de juin 2013.
     
  • Suivez Paroles d’Actu via Facebook et Twitter... MERCI !

12 août 2015

Jean-Vincent Brisset : ’Lutter contre le terrorisme suppose la mise à plat de tous les circuits financiers’

J’ai le privilège de recevoir aujourd’hui dans les colonnes de Paroles d’Actu un grand connaisseur des affaires de défense et de relations internationales. Général de brigade aérienne en retraite, Jean-Vincent Brisset est depuis 2001 directeur de recherches à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS). Il a accepté rapidement de donner suite à ma sollicitation, ce dont j’entends ici le remercier.

Il est question, dans cet entretien, de quelques uns des points chauds de l’actualité du moment : les rapports entre la France et la Russie ; les tensions entre la Chine et le Japon ; le casse-tête Daesh et la problématique de la nébuleuse terroriste, de plus en plus globalisée. Ses réponses me sont parvenues le 12 août, quatre jours après l’envoi de mes questions. Une lecture très enrichissante pour qui aurait le désir d’appréhender un petit peu mieux les réalités de notre monde. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Jean-Vincent Brisset : « Une lutte efficace contre le terrorisme

suppose la mise à plat de tous les circuits financiers »

 

Jean-Vincent Brisset

 

Paroles d'Actu : Bonjour Jean-Vincent Brisset. Vous avez exprimé à plusieurs reprises, ces derniers jours, disons, votre désapprobation quant à la manière dont l’affaire des Mistral initialement destinés à la Russie a été conduite par Paris. Est-ce que, de votre point de vue, s’agissant notamment des intérêts géopolitiques et économiques de notre pays, la diplomatie française est, pour parler trivialement, « à côté de la plaque » sur la question de la Russie ? Quelles relations avons-nous vocation à entretenir avec Moscou ; avec Kiev ?

 

Jean-Vincent Brisset : La diplomatie française a choisi de ne pas livrer les Mistral en se basant sur des sanctions contre la Russie justifiées par des violations du droit international. Il aurait pourtant été possible de procéder à cette livraison, en affirmant l’indépendance de la France sur ce dossier et en profitant du créneau ouvert par la conclusion des accords de Minsk II. En ne le faisant pas, Paris s’est délibérément placé en position de dépendance vis-à-vis des États-Unis et a, une fois de plus, affadi l’image du pays sur la scène internationale.

 

Plus globalement, le soutien sans restriction au régime ukrainien, dont il est nécessaire de rappeler qu’il est issu d’un coup d’État, méconnaît la présence au sein des instances dirigeantes de personnages qui, en d’autres circonstances, seraient infréquentables. On se souvient de la vertueuse indignation de l’Europe après l’élection de Jörg Haider en Autriche. Les unités combattantes non régulières qui secondent, et parfois précèdent, les forces de Kiev sont souvent aussi peu recommandables. Le fait de considérer que les seules vraies frontières de l’Ukraine sont celles de 1954 et qu’elles ne sont pas discutables relève davantage du dogmatisme que d’une analyse simple de l’histoire d’une nation dont la géométrie a beaucoup varié au cours des siècles. De son côté, la Russie, en pleine phase de reconstruction nationale et de tentative de retour à la puissance passée, a utilisé des méthodes qui ont attiré la stigmatisation.

 

Pour aller plus loin, deux questions se posent. La première est celle de l’intérêt de la France (et de l’Europe) à intégrer l’Ukraine dans l’Union et, allant plus loin, dans un dispositif militaire. Quel serait le bénéfice, sachant que ce pays ne remplit pratiquement aucun des critères permettant une telle adhésion ? La seconde est celle de la relation avec la Russie. L’Europe de l’Atlantique à l’Oural est tout aussi irréaliste que celle de l’Ukraine membre de l’UE. Mais, sans aller jusqu’à une union, la mise en place de bonnes relations avec Moscou, basées sur la confiance, la vision à long terme et la complémentarité ne pourrait qu’être bénéficiaire pour l’Europe et lui permettraient de bénéficier d’un contrepoids vis à vis des États-Unis. On constate d’ailleurs, jour après jour, que les sanctions décidées contre la Russie pénalisent surtout les Européens, à un tel point qu’on en vient à se demander si les seuls bénéficiaires ne sont pas les États-Unis.

 

PdA : Les pulsions nationalistes qui, de temps à autre, paraissent s’exprimer dans la Russie de Poutine sont sans doute, pour partie, la marque du sursaut d’orgueil d’un grand peuple qui, après avoir été une superpuissance mondiale incontestée, a connu le démembrement de son empire, vécu le chaos intérieur et subi, au-dehors, des humiliations souvent favorisées par l’inconséquence de certaines prises de position occidentales. Ceci dit, ne nourrissez-vous pas quelques préoccupations quant aux mouvements qui sous-tendent la rhétorique du Kremlin ? La Russie ne risque-t-elle pas de tendre à redevenir, à l’instar de Washington, une puissance potentiellement déstabilisatrice des équilibres régionaux ?

 

J.-V.B. : La Russie, c’est certain, aspire à redevenir une très grande puissance dans tous les domaines. En dehors de toute considération de déstabilisation, c’est déjà cette volonté qui inquiète. Ceux qui, aux États-Unis, font tout pour que ces aspirations n’aboutissent pas imaginent un vaste ensemble où une Russie forte pourrait s’appuyer à la fois sur une Europe forte et indépendante et sur ses partenaires des BRICS (le club des grandes puissances émergentes qui comprend, outre la Russie, le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, ndlr). Ce qui se traduirait bien sûr par un affaiblissement relatif de la position des États-Unis.

 

« L’OTAN verse au moins autant

dans la provocation que Moscou »

 

Pour en revenir à la déstabilisation, il est évident que l’exemple donné en Ukraine, dans le cadre du soutien aux rebelles du Donbass, plaide contre Moscou. Certains pays ayant autrefois appartenu au Pacte de Varsovie agitent régulièrement l’épouvantail, soutenus en cela par les plus bellicistes de l’OTAN. À ce jour, pourtant, les mouvements de troupes se font plutôt de l’Ouest vers l’Est que dans l’autre sens. Là aussi, Moscou balance entre le laisser-faire et la tentation de réagir. Les missions aériennes qui, régulièrement, s’enfoncent au cœur de pays de l’OTAN en écornant leurs espaces aériens sont avant tout des démonstrations assez impressionnantes d’une vraie capacité opérationnelle dont on disait, il y a encore peu, qu’elle avait disparu à la dissolution de l’armée soviétique. Cependant, en faire une provocation relève bien plus de la communication, laquelle oublie de signaler que les avions de l’OTAN effectuent tout aussi régulièrement des missions symétriques.

 

PdA : Interrogé en septembre 2014 par un journaliste d’Atlantico au sujet du groupuscule terroriste qu’on appelle désormais communément « Daesh », vous avez préféré à la notion d’« État islamique » celle, alors plus proche de la réalité de terrain, de « légion islamique ». Où en est-on, onze mois après ? L’organisation « État islamique » est-elle, de facto, en passe d’en devenir un (si tel n’est déjà le cas) ?

 

J.-V.B. : Comme je l’avais dit en 2014, le refus de considérer l’« État islamique » (ou d’utiliser la prononciation arabe de son acronyme) comme un État - au sens dÉtat-nation - vient de ce que cette dernière appellation répond à des critères assez universellement admis. L’organisation qui se baptise « État islamique » ne répond pas à ces critères. Pas de gouvernement identifiable, pas de base législative, pas de territoire… En quelques mois, l’E.I. n’a pas réussi à atteindre le but qu’il s’était fixé : mettre en place des institutions répondant à ces critères.

 

Les derniers développements des opérations semblent conduire vers une évolution assez caractéristique. Les territoires contrôlés il y a encore quelques mois sont de moins en moins contigus et les opérations militaires classiques et frontales sont de plus en plus remplacées par des attentats suicide. La volonté de s’exporter ou, plutôt, d’exporter d’abord le terrorisme et accessoirement un certain fondamentalisme, vers l’Afghanistan et encore plus loin en Asie et en Afrique, plaide en faveur de l’appellation de « mouvement » plus que de celle d’« État ».

 

PdA : L’accord qui a été conclu à la mi-juillet à propos du nucléaire iranien rendra à Téhéran de son poids et de sa capacité d’influence dans la région. N’est-il pas à craindre que, dans un contexte de tensions communautaires exacerbées, une part croissante des Sunnites de Syrie et d’Irak assistant au renforcement du « croissant chiite » soit tentée de se soumettre au règne et à la règle de Daesh ?

 

J.-V.B. : Cet accord comporte un volet sur le nucléaire, mais il a surtout pour conséquence de permettre à l’Iran de sortir de l’enfermement auquel une partie de la communauté internationale, sous la pression d’un intense lobbying, l’avait soumis. Entre la volonté prosélyte qui, il ne faut pas en douter, ne s’est pas éteinte et l’espoir de redevenir un pays fréquentable, respectable et ouvert au monde, les divisions perdurent certainement au sein même du pouvoir iranien. Pour le moment, les tenants d’une certaine ouverture sont aux commandes, mais ils doivent déjà faire des concessions. Ils seront soutenus par la classe dirigeante tant que celle-ci considérera que les concessions faites sont payantes et que les autres parties prenantes aux accords ne trahissent pas la confiance qu’elle leur a faite.

 

De leur côté, les adversaires de cet accord feront tout pour que la population iranienne soit persuadée qu’elle a été trompée. Pour cela, ils multiplieront les « révélations » et les provocations pour provoquer un retour, sinon de sanctions effectives, du moins de menaces. Si cela conduit à un retour de la radicalisation de Téhéran et à la reprise des vieux discours sans que la remontée en puissance de l’Iran ne soit remise en cause, les Sunnites de Syrie et d’Irak pourraient se sentir à nouveau menacés et se retourner vers un « bouclier » sunnite qui pourrait être l’État islamique, mais aussi bien certains mouvements à peine moins extrémistes.

 

PdA : Quelle évolution entrevoyez-vous à l’horizon de cinq années s’agissant d’une question que vous connaissez particulièrement bien, celle des relations entre les deux grandes puissances est-asiatiques rivales que sont la Chine et le Japon ?

 

J.-V.B. : Les rapports actuels entre la Chine et le Japon sont en grande partie gouvernés par deux faits. Le premier est, au niveau des opinions publiques et des inconscients, l’animosité entre Japonais et Chinois. Fruit de siècles de conflits et de rancœurs, elle perdure. Le gouvernement chinois ne fait rien pour l’apaiser et l’attise même parfois quand il est en difficulté, le « Japan bashing » étant l’une des choses qui marche le mieux pour ressouder l’opinion publique chinoise derrière ses dirigeants. De leur côté, les dirigeants japonais doivent composer avec une population qui regrette de plus en plus ouvertement que la défaite de 1945 ait condamné le pays à tenir une place de second rang sur la scène internationale. Le Premier Ministre actuel a été élu sur un programme de « renforcement » et peut donc se permettre à la fois des actions en profondeur sur le plan de la remise à niveau de l’outil militaire et des démonstrations symboliques, comme les traditionnels hommages rendus à d’anciens combattants dont certains ont été des criminels contre l’humanité. Mais, à côté de ces motifs de discorde, la Chine et le Japon sont condamnés à s’entendre parce que leurs économies sont fortement interdépendantes, de l’ordre de 300 milliards de dollars par an.

 

Les rivalités sur les Senkaku (des îles sous contrôle japonais revendiquées par le gouvernement de Pékin, ndlr) avaient dégradé les relations en 2013 et 2014. Les flux commerciaux, le tourisme les investissements avaient nettement baissé. La rencontre Xi-Abe de novembre 2014, longuement préparée des deux côtés, a fait baisser la tension pour quelques temps. Toutefois, le récent projet (juillet 2015) de modification des doctrines de défense du Japon provoque de nouvelles réactions violentes de Pékin. Alors que depuis 1945 la défense japonaise se limitait strictement à de l’autodéfense individuelle du territoire, Abe voudrait la faire passer à une auto défense collective, lui permettant d’intervenir au profit d’alliés ou des intérêts japonais hors du territoire national. Dans le même temps, les forces japonaises se dotent ou vont se doter de nouveaux matériels plus axés vers le combat loin de leurs bases. Les forces chinoises ne sont pas en reste, avec, chaque année depuis quinze ans, le plus fort, dans le monde, des taux d’accroissement annuel des budgets de défense.

 

« Une implosion de la Chine n’est pas à exclure »

 

À l’horizon de cinq années, il est difficile d’imaginer un conflit frontal et délibéré entre les deux puissances. Par contre, comme en Mer de Chine du Sud, un incident n’est jamais à exclure. Un incident qui pourrait dégénérer rapidement s’il provoquait un nombre relativement important de victimes ou si des moyens lourds étaient impliqués, directement ou indirectement. On peut aussi craindre, sans doute à un peu plus long terme, l’implosion d’une Chine dont l’économie trop dépendante du monde extérieur est terriblement fragile et inégalitaire. Outre les retombées économiques et sociologiques sur le reste du monde, une telle implosion pourrait donner aux dirigeants l’envie de ressouder le pays dans une aventure nationaliste (le « coup des Malouines ») qui pourrait prendre la forme d’une attaque du Japon et/ou d’une reconquête de Taïwan.

 

PdA : Vous « pratiquez » et « pensez », Jean-Vincent Brisset, les sujets de défense et de sécurité depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui vous inquiète réellement dans le monde d’aujourd’hui ; dans sa trajectoire telle qu’on peut l’envisager ?

 

J.-V.B. : Sur le plan de la défense et de la sécurité, le premier danger auquel on pense est celui lié au fondamentalisme islamique, mais aussi à tout ce qui lui est périphérique, c’est-à-dire une éventuelle confrontation de grande ampleur entre les tendances antagonistes à l’intérieur de l’Islam. On voit déjà l’État islamique tenter de s’exporter, alors que l’on sait qu’il y a des centaines de millions de musulmans en dehors du croissant qui s’étend du Maroc à l’Iran et que certaines communautés sont sensibles, tant en Afrique subsaharienne qu’en Asie.

 

Mais plus que les conflits directement liés à une certaine vision de l’Islam, je crains les « spin-off » des groupes terroristes « idéologico-religieux » et leurs dérives vers le très grand banditisme. Les frontières entre les mouvements prêchant une « foi » et les exactions telles que piraterie, culture et trafic de drogue, prises d’otages à but lucratif et autres contrebandes de pétrole sont de moins en moins nettes. Les réponses données actuellement sont essentiellement militaires, sans doute parce que, c’est ce qui demande le moins de courage aux politiques et qui gêne le moins les groupes de pression. Même si elles sont encore soutenues par les opinions publiques, ces réponses sont devenues totalement utopiques.

 

On ne contrôle pas trois millions de km² de Sahel avec quelques milliers d’hommes et quelques avions. Ceci est d’autant plus vrai que les combattants des démocraties, c’est leur honneur mais c’est surtout leur faiblesse, ont des possibilités d’action très limitées par rapport à des adversaires qui - eux - ont dans leur boîte à outils toute la panoplie de la terreur. Une bonne partie de la solution consisterait à détruire les circuits financiers qui alimentent et récompensent les adversaires. Contrairement à l’envoi de troupes, cela demande beaucoup de courage politique et provoquerait certainement des cataclysmes internes dans beaucoup de pays. Il faudrait aussi que cette mise à plat des circuits financiers soit imposée à tous les pays. On imagine la difficulté de l’affaire.

 

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Vous pouvez retrouver Jean-Vincent Brisset...

11 août 2015

Véronique de Villèle : ’Les années 80 étaient des années bonheur’

Le 9 mai dernier, TF1 fédérait sur son antenne plus de six millions de téléspectateurs lors de la retransmission en direct du grand concert Stars 80, au Stade de France. Ce vendredi, le 14 août, France 3 diffusera La folie des années 80, un documentaire-rétrospective réalisé par Matthieu Jaubert ; une programmation qui, elle aussi, surfe sur ce sentiment de nostalgie souvent palpable chez ceux qui ont connu, qui ont vécu cette décennie.

Profitant de l’occasion qui m’était offerte par l’émission de cette semaine, j’ai eu envie d’inviter Véronique de Villèle, l’une des grandes vedettes populaires des années 80 qui, avec son amie Davina, fit bouger la France avec Gym Tonic, à évoquer pour Paroles d’Actu « sa » décennie 80. Fidèle parmi les fidèles, et armée toujours de son enthousiasme sans faille, elle m’a donné son accord très rapidement. Son texte et sa sélection de chansons, de films, d’émissions télé, de rencontres et d’évènements marquants me sont parvenus le 10 août. Je l’en remercie chaleureusement et signale que son nouvel ouvrage, Gym Silver Tonic, sera disponible à partir du 17 septembre (la veille de son anniversaire !) chez Michel Lafon. Voici, pour l’heure, une petite replongée dans les années 80 qui, je l’espère, vous sera agréable... Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

 

Pour moi, les années 80 étaient des années « Bonheur ». Les gens étaient beaucoup plus détendus. Tout semblait plus facile. La vie était joyeuse...
 
Le tournage de nos émissions Gym Tonic se passait dans les studios des Buttes-Chaumont. Sur le plateau à côté du nôtre il y avait le tournage des émissions de Gilbert et Maritie Carpentier, avec les plus grands de l’époque : Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Mireille Mathieu, Thierry Le Luron, Johnny Hallyday, etc. À côté encore, il y avait celui du Grand Échiquier, avec Jacques Chancel… les plateaux de la SFP (Société française de Production, ndlr) étaient magiques.
 
Progressivement, le grand succès de nos émissions aidant, nous sommes sorties des studios pour aller tourner à l’île Maurice, à Avoriaz... des tournages qui aujourd’hui seraient sûrement impossibles. C’était une époque fabuleuse...
 
Tout les dimanches matin, à 10h, nous avons touché, de 1980 à 1987, entre dix et douze millions de téléspectateurs à chaque émission !
 

Véronique de Villèle, le 10 août 2015

 

Gym Tonic

Véronique est ici à droite, Davina à gauche.

 

La sélection 80’s de Véronique de Villèle...

 

>>> Chansons

Thriller, de Michael Jackson (1982). Et la Lambada (Kaoma, 1989).

 

>>> Films

Diva, de Jean-Jacques Beneix (1981). Le Père Noël est une ordure, de Jean-Marie Poiré (1982). Flashdance, d’Adrian Lyne (1983). La vie est un long fleuve tranquille, dÉtienne Chatiliez (1988).

 

>>> Émissions télé (hors Gym Tonic ^^)

Les Enfants du rock (Antenne 2), le Top 50 (Canal +), Les Dossiers de l’écran (Antenne 2) et Ciel, mon mardi ! (TF1).

 

>>> Actualité

Lattentat rue Copernic, à Paris. Björn Borg vainqueur à Roland Garros. Et lentrée de Marguerite Yourcenar à lAcadémie française.

 

>>> Rencontres

Jacques Chirac, Bernard Tapie et le général Bigeard.

 

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Et vous, que vous rappellent-elles, ces années 80 ?

 

Vous pouvez retrouver Véronique de Villèle...

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