Le 10 juillet, suite à l’annonce par deux jeunes conseillers nationaux Les Républicains, Charles Aslangul, chef de l’opposition municipale à Bry-sur-Marne, et Pierre Gentillet, président des Jeunes de la Droite populaire, de la fondation du « cercle de réflexion souverainiste » qu’ils ont nommé « Les Républicains patriotes », j’ai souhaité proposer à l’un d’eux, Charles Aslangul, fidèle de Paroles d’Actu, d’écrire un texte sur la thématique suivante: « Actualité et perspectives du message gaulliste ». Tout un programme... Son texte, dont je le remercie, m’est parvenu le 16 septembre, jour de la mise en ligne du présent article. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche.

 

 

« Actualité et perspectives du message gaulliste », par Charles Aslangul

 

Jamais la France n’a compté autant de gaullistes… Vous me direz, l’Histoire a jugé et l’Histoire a, naturellement, érigé Charles de Gaulle en géant national. Géant dont la figure tutélaire fait encore, un peu, rayonner la France et écrase, beaucoup, la classe politique incapable de s’extraire de sa bassesse. De la gauche à la droite en passant par le centre ou l’extrême droite, tout le monde se réclame du grand Charles avec plus ou moins de légitimité, plus ou moins de sincérité et, pire, plus ou moins de cohérence.

Il est profondément lassant de voir ce gaullisme dévoyé servir de caution à des politiciens indignes de son héritage. Je n’aborderais pas toutes les « affaires » qui pourrissent l’action politique mais elles illustrent, à elles seules, le fossé abyssal qui sépare la classe politique actuelle du général de Gaulle qui, lui, posait un compteur EDF dans ses appartements privés de l’Élysée pour payer personnellement sa facture et refusait de percevoir sa retraite d’ex-chef d’État après 1969.

En réalité, le plus frustrant pour tous les gaullistes sincères est de voir trop de politiques qui se réclament de Charles de Gaulle mais qui trahissent son immense legs.

Les exemples sont trop nombreux pour tous les exposer, et je sais nos lecteurs assez lucides pour percevoir cette supercherie contemporaine dans laquelle se vautrent nos pseudo-gaullistes qui tentent d’endosser la gabardine, beaucoup trop grande pour leurs petites épaules. Alors, je ne prendrais qu’un exemple qui répondra à votre thème, tant il est d’actualité : le souverainisme.

Le gaullisme, c’est aussi et surtout la grandeur de la France (« La France ne peut être la France sans la grandeur »). Et la grandeur de la France passe inéluctablement par la capacité de ses dirigeants à la défendre, la développer et la faire prospérer. Cela s’appelle l’indépendance ou, terme plus actuel, le souverainisme.

Le Général a toujours incarné cette farouche volonté d’indépendance nationale pour compter parmi les nations d’une part et rester maître chez soi d’autre part. Se réclamer de Charles de Gaulle c’est bien, l’avoir compris c’est mieux. Encore faut-il l’avoir lu :

« L’essentiel, pour jouer un rôle international c’est d’exister par soi-même, en soi-même, chez soi. Il n’y a pas de réalité internationale qui ne soit d’abord une réalité nationale ». Ou, dans ses Mémoires d’espoir : « À quelle profondeur d’illusion ou de parti pris faudrait-il plonger, en effet, pour croire que les nations européennes, forgées au long des siècles par des efforts et des douleurs sans nombre, ayant chacun sa géographie, son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d’être elles-mêmes et n’en plus former qu’une seule ? »

Le gaullisme c’est donc, disions-nous, l’idée de souveraineté nationale qui refuse toutes formes de subordination de la nation aux puissances étrangères. On pense à la sortie de l’OTAN par exemple, ou à la politique de la chaise vide en 1965, quand deux visions européennes s’affrontaient : l’Europe des nations du Général contre le fédéralisme européen des « pères de l’Europe », dont l’agent américain Jean Monnet.

 

Charles de Gaulle

Charles de Gaulle. Source : Britannica.com

 

Ainsi, être gaulliste en 2015, c’est rester attacher à la souveraineté de la France pour tenter de restaurer la grandeur qui fut la sienne. Concrètement, c’est refuser l’Union européenne de Bruxelles. C’est refuser de voir des technocrates étrangers nous imposer leur politique. Aucune grande nation digne de ce nom ne peut accepter ce transfert de compétence qui nie l’avis de son peuple. Rappelons-le, en France, le souverain est le peuple. En laissant Bruxelles décider pour la France, on bafoue la souveraineté nationale et on piétine le droit du peuple de France à disposer de lui-même.

Aucune grande nation digne de ce nom ne peut tolérer de voir une superstructure oligarchique imposer à son peuple une politique qui, en plus de ne pas avoir été voulue par lui, accroît, en son sein, les difficultés. Je pense, par exemple, aux travailleurs détachés européens qui créent une concurrence déloyale pour le travailleur français, à l’espace Schengen qui prive la France d’un véritable contrôle de son territoire en pleine crise migratoire ou encore aux normes qui tuent l’agriculture française.

Et quand la France assume le peu de souveraineté qui lui reste en votant des lois, l’UE la lui nie et lui impose sa vision par la toute puissance de ses juges et de la Cour européenne des Droits de l’Homme (sur la gestation pour autrui par exemple).

Bref, être gaulliste en 2015, c’est défendre une France libre et souveraine. Je souligne que cela n’empêche pas la coopération entre nations européennes dans une politique intelligente d’équilibre entre intérêt communautaire et respect des particularismes et intérêts nationaux : l’Europe des nations. Là encore, voir des « euro-gaga » demander toujours plus d’UE et s’autoproclamer gaullistes, ça ne manque pas de sel…

Bien sûr, en dissertant sur le gaullisme et notre époque, nous aurions beaucoup à dire sur d’autres sujets tels que l’ordre républicain bafoué, l’identité nationale reniée, la politique étrangère atlantiste, l’Éducation nationale dévaluée, la justice sociale, la culture décadente, etc. Mais pour ne pas être trop long et ennuyeux pour nos lecteurs et pour résumer ce qu’il est urgent de faire pour enfin s’inscrire dans une gouvernance nationale fidèle au gaullisme, alors je plaide sans hésitation pour un retour à une politique souverainiste. D’abord en reprendre le contrôle pour, ensuite, conduire la France vers les sommets qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Voilà à mon sens, la doctrine et les perspectives qui doivent animer les gaullistes authentiques en 2015.

Dans cette idée, nous avons crée avec Pierre Gentillet (président des Jeunes de la Droite populaire) le cercle de réflexion souverainiste « Les Républicains Patriotes ». Un cercle totalement libre et indépendant des partis politiques qui lancera dans les semaines à venir son activité consistant à faire intervenir des intellectuels, de droite comme de gauche, pour penser la France de demain à l’aune de l’idéal souverainiste, de l’idéal gaullien. Tous les patriotes, d’où qu’ils viennent, y sont les bienvenus.

 

Chevènement ? Villepin ? Guaino ? Dupont-Aignan ? Philippot ? Quelles sont, parmi les personnalités politiques d'importance aujourd'hui, celles que vous considérez dignes de lhéritage, de la pensée gaulliste ?

 

Premièrement, le gaullisme n’est pas la propriété d’un camp. Cela étant dit, le parti directement héritier des formations gaulliennes est l’ex-UMP, Les Républicains. C’est un fait historique. Cela ne veut pas dire que notre parti est toujours le plus fidèle à cet héritage et il serait malhonnête de nier que Debout La France est une formation gaullienne ou que le FN tente de faire oublier son passé pétainiste, OAS et anti-gaulliste au profit d’une nouvelle ligne « Philippot » se réclamant du gaullisme.

Pour Les Républicains, je citerai Henri Guaino, dont je recommande d’ailleurs l’ouvrage De Gaulle au présent. Henri Guaino est un pur gaulliste, il l’a d’ailleurs démontré lors des élections européennes en refusant de voter pour le candidat européiste de l’UMP. Il y a aussi Thierry Mariani, avec l’ensemble de son courant « Droite populaire », qui s’inscrit pleinement dans l’héritage gaullien. Et plus modestement, il y a de très nombreux jeunes, dont je suis, pour qui le gaullisme est encore une boussole idéologique à l’origine de leur engagement politique. Voilà je crois une belle source d’espérance pour les années à venir.

 

Charles Aslangul

 

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Et vous, que vous inspire le message du général de Gaulle aujourd’hui ?

 

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