Marie-Christine Arnautu, conseillère municipale de Nice et eurodéputée, est depuis 2011 vice-présidente du Front national de Marine Le Pen. Elle compte aussi, depuis longtemps, parmi les proches de Jean-Marie Le Pen. Les conditions de l’exclusion par l’organe exécutif du parti - dont elle est membre - de son vieux leader historique, le 20 août dernier, n’avaient d’ailleurs pas manqué, à l’époque, de la faire réagir.

Par-delà les troubles internes au parti, déjà largement commentés (sur ce site notamment, voir : les interviews de jeunes militants FN et celle de Lorrain de Saint Affrique), j’ai eu envie d’interroger Mme Arnautu sur son engagement, ses convictions profondes et quelques points d’actualité, tant il est vrai que, toute vice-présidente du FN qu’elle est, on ne l’invite finalement qu’assez rarement dans les matinales. Ses réponses - dont je la remercie - me sont parvenues le 13 octobre sur la base de questions préparées dès la fin août. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Marie-Christine Arnautu: « L’idée de quitter

le FN ne m’a jamais effleurée »

 

Marie-Christine Arnautu

 

Paroles d’Actu : Bonjour Marie-Christine Arnautu. J’ai lu que vous vous êtes attelée il y a un peu plus de deux ans au toilettage et à la retranscription informatique d’écrits de Jean-Marie Le Pen, en vue d’un projet d’autobiographie. Qu’avez-vous « appris » que vous ne sachiez déjà à son propos lors de cet exercice ? Le projet dont on parle est-il toujours, à votre connaissance, d’actualité ?

 

Marie-Christine Arnautu : Avec Jean-Marie Le Pen, on n’en finit pas d’apprendre... J’avoue qu’en transcrivant la première partie de ses Mémoires, je me suis souvent surprise à chercher dans le dictionnaire la signification de tel ou tel mot, tant son vocabulaire est riche et précis.

 

« Les Mémoires de Jean-Marie Le Pen ?

C’est toujours d'actualité. »

 

Ce projet est plus que jamais d’actualité, même s’il reste un immense travail à faire. Je déplore le manque de temps pour m’y consacrer davantage et je vais tout faire pour y remédier. Les Mémoires de Jean-Marie Le Pen seront sans aucun doute un témoignage politique nécessaire sur toute une période de notre Histoire mais elles permettront aussi aux lecteurs d’avoir une vision de l’homme extrêmement différente de celle dépeinte dans les médias ou dans les multiples ouvrages écrits à son sujet.

 

PdA : Comment vous qualifieriez les liens qui vous unissent à cet homme, compagnon de route et de combats de longue date qui est aussi - ce n’est pas rien - le parrain de votre fille ?

 

M.-C.A. : Il m’est difficile de les résumer. Je l’ai rencontré à la veille de mes 21 ans, il fut donc pour moi un chemin de vie, une valeur d’exemple, tout comme le fut mon père, autre personnalité très forte. Ces deux personnes ont profondément contribué à mon combat viscéral pour la défense de la liberté, ils m’ont aussi inculqué, je crois, le sens de l’honneur, valeurs que j’ai essayé de transmettre à mon tour à mes enfants.

 

PdA : Plusieurs élus et militants du Front national ont fait part ces derniers temps de leur décision ou intention de rendre leur carte du parti en protestation de la sanction infligée à celui qui en est toujours, à cette heure, président d’honneur. Cette idée vous a-t-elle, ne serait-ce qu’un temps, traversé l’esprit pour ce qui vous concerne ?

Jean-Marie Le Pen a, pour sa part, clairement appelé ses partisans au sein du FN à y rester pour y peser et restaurer de son influence à votre « ligne » commune au sein du parti. Marion Maréchal-Le Pen est-elle, aujourd’hui et pour la suite, de facto, le chef de file de la ligne, disons, « traditionnelle » du Front national, celle à laquelle vous appartenez ?

 

M.-C.A. : Cette idée ne m’a jamais effleurée. Je milite pour le Front national aux côtés de Jean-Marie Le Pen depuis plus de quarante-deux ans. Le Front national est une partie importante de ma vie et j’ai toujours été d’une loyauté sans faille. Je ne m’imagine pas une seconde le quitter et je compte bien rester sur cette ligne de loyauté et de fidélité envers le Front national, envers sa présidente Marine Le Pen, envers son fondateur Jean-Marie Le Pen et, bien sûr, envers les idées nationales que le Front promeut depuis sa création et qui sont le moteur de mon engagement.

 

PdA : Je vous propose maintenant d’aborder quelques questions touchant, ici à l’actualité, là à votre parcours et au sens de vos engagements. La première de ces questions s’ancre pleinement dans une actualité décidément bien sombre. Vous vous insurgez, comme beaucoup de personnalités politiques et de nos concitoyens, contre les exactions abominables que commettent au quotidien les criminels de l’État islamique (contre les femmes, les Chiites et les Chrétiens d’Orient notamment). Comment faudrait-il s’y prendre pour les arrêter, selon vous ?

 

M.-C.A. : Il faut tout d’abord cesser les imprécations et les leçons de morale. Depuis quatre ans, la diplomatie française n’a qu’un seul mot à la bouche : le départ du président syrien Bachar el-Assad. Outre le fait que cela est d’abord le problème des Syriens, puisque la Syrie est un pays souverain, et ne concerne absolument pas la France, cela ne fait pas une politique. Nous nous en rendons bien compte aujourd’hui puisque François Hollande se retrouve absolument seul à continuer à réclamer son départ.

 

« Il faut soutenir ceux qui combattent

réellement l’État islamique »

 

Comme le réclame le Front national depuis le début du conflit, le meilleur moyen pour lutter contre l’organisation État islamique, c’est de soutenir les forces qui, sur le terrain, le combattent jour après jour, c’est à dire les armées régulières syrienne et irakienne, ainsi que les milices kurdes de ces deux pays. Plutôt que d’envoyer des armes et de l’argent à des groupes armés terroristes bien peu recommandables et toujours plus islamistes, nous ferions mieux d’envoyer cette aide à l’Armée arabe syrienne ! Et, puisque la Turquie est membre de l’OTAN, il serait temps de taper du poing sur la table pour exiger qu’elle ferme enfin sa frontière avec la Syrie afin que cesse l’afflux incessant d’armes, de combattants et d’argent aux organisations terroristes qui combattent en Syrie.

 

PdA : Il y a eu, récemment, au sein de l’Église catholique notamment, un débat quant à l’opportunité de l’organisation par des autorités ecclésiastiques d’un dialogue avec, entre autres personnalités politiques de tous bords, des membres éminents du Front national (Marion Maréchal-Le Pen, pour ne pas la citer). La question touche un peu à l’intime, j’en conviens : vos convictions politiques s’accordent-elles totalement avec votre foi telle que vous la vivez, telle que vous la ressentez ?

Je pense en particulier à la problématique de la peine capitale, à laquelle le Vatican, traditionnellement attaché par principe à la sauvegarde de la vie, paraît de plus en plus hostile ; le Front national, lui, envisage toujours de revenir sur son abolition en France ou, en tout cas d’en proposer le rétablissement par référendum...

 

M.-C.A. : Mon engagement politique est directement lié à mes convictions. À ce jour, le Front national est le seul parti qui défend véritablement la famille. Dans notre programme, nous prévoyons l’abolition de la loi Taubira ouvrant le mariage aux personnes de même sexe, contre laquelle j’ai manifesté à de nombreuses reprises. Sur la question de la protection de la vie, le Front national est le seul parti à plaider pour la mise en place d’une véritable politique familiale, avec un accompagnement et une aide pour les femmes qui souhaitent ne pas avorter. La politique actuelle est clairement un échec puisque le nombre d’avortements en France n’a jamais été aussi élevé : 225.000 l’an dernier !

 

Concernant la peine de mort, le paragraphe 2267 du Catéchisme de l'Église catholique dispose que « L’enseignement traditionnel de l’Église n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort, si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains. »

 

« L’Église n’est pas par principe opposée à la peine de mort »

 

Vous le voyez, l’enseignement de l’Église n'est pas, par principe, opposé à la peine de mort. Il est vrai que le Vatican, aujourd’hui, ne l'estime ni nécessaire ni opportune mais cela n'est pas une position de principe. Je ne partage pas cette analyse, en particulier envers les personnes reconnues coupables d’acte terroriste, d’assassinat ou de viol d'enfant, ou de crime particulièrement odieux.

 

PdA : Vous êtes issue, Marie-Christine Arnautu, de racines d’Europe multiples et diverses. Vos parents ont été naturalisés français ; une identité que vous avez choisi d’embrasser pleinement, passionnément même, comme eux et comme des millions d’immigrés et descendants d’immigrés qui ont eu la volonté et la chance de devenir, eux aussi, des Français.

Je ne vous interrogerai pas sur votre définition de l’identité française, définition que vous avez du reste déjà explicitée pour un autre site ; j’aimerais en revanche que vous me disiez, partant notamment de ces origines que l’on vient d’évoquer, s’il existe à votre sens, des traits forts d’identité communs, une communauté de destin qui, de manière spécifique, rassembleraient les peuples européens ?

 

M.-C.A. : Une des grandes richesses de l’Europe est justement sa diversité, sa multitude d’identités, de cultures, de langues. L’uniformisation et le nivellement par le bas voulus par l’Europe de Bruxelles, qui applique l’idéologie cosmopolite de ses maîtres, sont un désastre culturel et identitaire. Bien évidemment, cette diversité n’exclut pas de fortes convergences : l’héritage philosophique de la Grèce et de la Rome antiques, une histoire commune faite de résistance contre les invasions et de conquêtes glorieuses, une créativité, une inventivité et une ingéniosité qu’aucune autre civilisation n’a égalées, et une religion commune, le christianisme, même si elle se décline sous diverses confessions (orthodoxie, catholicisme, protestantisme...)

 

PdA : Le message du Front national est souvent celui d’un constat fort sombre s’agissant de la situation et, a fortiori, de l’avenir de la France. Sincèrement, parvenez-vous encore à être optimiste quant à l’avenir de notre pays ?

 

M.-C.A. : Oui, je suis pleine d'espoir, sinon je ne battrais pas depuis des années pour la France. Je suis pleine d'espoir quand je vois nos militants qui travaillent sans rien exiger en retour et sans compter leur temps. Je suis pleine d'espoir quand je vois ces jeunes familles françaises qui se fondent et élèvent droitement leurs enfants. Je suis pleine d'espoir quand je vois cette jeune génération qui est descendue dans la rue à de multiples reprises pour défendre la famille traditionnelle. Je suis pleine d'espoir quand je vois, si j'en crois les sondages, que les Français prennent enfin conscience des dangers qui les menacent. Et je suis pleine d'espoir quand je vois la progression du Front national, élection après élection. Les Français en sont de plus en plus conscients : il faut porter le Front national au pouvoir afin de mettre un coup d'arrêt à cette entreprise méthodique de destruction de la France, de son peuple, de ses valeurs, de ses traditions.

 

PdA : Sur quelles thématiques entendez-vous vous mobiliser avec une conviction, une force particulières dans le cadre de vos engagements politiques - je pense notamment à votre mandat de parlementaire européen - et citoyens pour les années à venir ?

 

M.-C.A. : Je continuerai à me battre sur les thématiques qui sont les miennes depuis le début de mon engagement politique : la défense de la liberté,  la protection des plus faibles, que ce soit les plus pauvres, les enfants, les handicapés ou les personnes âgées ; la sécurité morale et physique des Français, la défense de la famille, cellule de base de la société ; la préservation de nos identités et de notre peuple car, s’ils venaient à disparaître, la France ne serait plus la France.

 

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