Le 30 novembre (lundi prochain) s’ouvrira à Paris la grande conférence sur les changements climatiques, désormais communément appelée « COP21 ». Il s’agira pour les délégations venues du monde entier de s’entendre sur une stratégie et des plans d’action visant la limitation du réchauffement climatique - que les parties voient comme un fait acquis -, de l’ordre de 2°C au maximum à l’horizon 2100.

Dès la mi-juillet, j’invitai Clarisse Heusquin, jeune militante écologiste et proeuropéenne (elle a notamment mené les listes Europe-Écologie-Les Verts de la région Centre lors des élections européennes de 2014 et est une contributrice régulière de Paroles d’Actu) à exprimer son point de vue, ses sentiments sur les enjeux dont il est question. Son texte, imprégné d’autres éléments sombres d’actualité, m’est parvenu le 25 novembre. Un plaidoyer passionné, des constats - et des prédictions - qui interpellent. Merci Clarisse. Une exclusivité Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

Cop21

Photo d’illustration : diplomatie.gouv.fr

 

« La lutte contre le changement climatique : un combat

plus que jamais nécessaire »

par Clarisse Heusquin, le 25 novembre 2015

 

On pourrait croire que les attentats ont permis de dégager les priorités claires des prochains mois : garantir un « pacte de sécurité », selon l’expression de François Hollande. Le dérèglement climatique semble désormais un problème bien moins pressant que les bombes et les cartouches. Mais si le Président veut bâtir une sécurité internationale de long terme, la lutte contre le changement climatique doit aussi passer au premier plan. La COP21 est une des clés pour garantir sécurité internationale et justice sociale.

 

Sortir des énergies fossiles pour ne plus acheter le pétrole de Daesh

500 millions de dollars par an, c’est ce que le pétrole rapporte à l’État islamique. À la manière d’une multinationale, celui-ci bichonne sa plus grande pépite économique en embauchant le personnel qualifié nécessaire au développement de cette activité extrêmement lucrative. Sur les 34 à 40 000 barils de pétrole brut produits par jour, certains alimentent directement les pompes à essence européennes, comme l’a dénoncé l’ambassadrice d’Irak auprès de l’Union européenne il y a quelques mois.

Que se passerait-il alors si nos sociétés ne finançaient plus les industries fossiles ? Que se passerait-il alors si la transition énergétique permettait de réduire notre dépendance au pétrole ?

À la première question, le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz), lancé notamment par l’ONG 350.org, a commencé à répondre en enregistrant ses premiers succès : des universités reconnues telles que Stanford, Yale, Harvard, Oxford, ainsi que, par exemple, le fonds souverain norvégien (le plus gros du monde), ont annoncé leur désinvestissement du charbon et des sables bitumeux.

Pour répondre à la seconde question, prenons le temps d’imaginer un monde où le pétrole ne serait plus considéré comme un enjeu stratégique. Imaginons un monde ou l’énergie serait majoritairement locale et renouvelable avec des bâtiments à énergie positive, des moyens de transport plus propres, des routes récoltant l’énergie solaire et une agriculture bio. Si l’énergie n’était plus un enjeu géopolitique, de nombreux conflits présents et futurs n’auraient plus lieu d’être, que ce soit en Arctique ou au Proche-Orient. La sécurité internationale s’en trouverait renforcée. La transition énergétique du monde, parce qu’elle signifie la relocalisation de la production énergétique et alimentaire, permettrait de pacifier les relations entre les humains et de garantir leur bien-être.

 

Si rien n’est fait, le changement climatique pourrait causer 100 millions de morts d’ici à 2030

Il y a eu vingt-deux millions de réfugiés climatiques en 2013. Trois fois plus que les réfugiés de guerre. Et ce chiffre prend seulement en compte les déplacés de catastrophes, et non pas les réfugiés climatiques ayant subi une dégradation lente de leur environnement. En plus des migrants, DARA, l’organisation humanitaire espagnole, a estimé qu’il y a cinq millions de morts dus au changement climatique chaque année. Si rien n’est fait, les catastrophes naturelles, la pollution, la famine et les maladies qui y sont liés pourraient provoquer six millions de morts par an, soit cent millions d’ici à 2030.

 

La lutte contre le changement climatique : un enjeu de justice sociale

Le changement climatique est inégal. Inégal dans ses effets, selon où l’on vit, dans quel hémisphère, sur quel continent, dans quel pays, en ville ou à la campagne. L’Asie connaît ainsi le plus grand nombre de réfugiés climatiques.

Inégal parce qu’il touche différemment selon que l’on soit riche ou pauvre. Si les Pays-Bas, dont les deux tiers de leur territoire se trouvent sous le niveau de la mer, peuvent consacrer vingt milliards d’euros contre la montée des eaux, les pays en voie de développement devraient concentrer l’immense majorité des décès liés au changement climatique, faute de moyens pour lutter contre ses effets. À une échelle plus locale, le changement climatique est inégal selon que l’on puisse se payer une maison bioclimatique ou que l’on crèche dans un HLM. Cent millions de personnes supplémentaires pourraient ainsi tomber sous le seuil de pauvreté d’ici 2030 si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le changement climatique est d’autant plus inégal qu’il n’est pas de la responsabilité de tous les hommes et de toutes les nations. Ce sont les pays industrialisés qui totalisent la plus grande responsabilité. Ce sont nos modes de vie qui sont responsables du pillage des ressources de la Terre et de la pollution.

Les Inuits, les tribus amérindiennes et les habitants des îles pacifiques ne sont pas responsable du changement climatique. Pourtant, ce sont eux qui souffrent les premiers et le plus radicalement.

 

La plus grande injustice de notre siècle

Le changement climatique est donc injuste. Cette injustice est l’une des plus importantes de notre époque. Elle n’oppose pas seulement le Sud au Nord. Elle oppose les classes dirigeantes économiques et politiques au reste de la population. Elle oppose ceux qui sont riches et qui sont les principaux acteurs des négociations de la COP21 - ceux qui organisent les pollutions, la déforestation, les émissions, et décident des politiques censées les contrer (!) - à ceux qui survivent au Sud, à ceux qui se battent au Nord tout en vivant relativement bien, à ceux qui n’ont pas conscience des enjeux sociaux du climat.

En interdisant la marche pour le climat du 29 novembre pour des raisons de sécurité, la France empêche la réunion symbolique de toutes les composantes hétérogènes de la lutte contre le changement climatique. Elle retarde peut-être la formation d’une nouvelle lutte de classes. Mais tant qu’une forme de justice climatique ne sera pas assurée, elle n’empêchera pas la formation, progressive, d’un nouveau mouvement social planétaire.

 

Clarisse Heusquin COP21

@C_Heusquin

 

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