Les Jeux olympiques d’été 2016, qui se tiendront à Rio (Brésil), s’ouvriront dans un peu plus d’un mois. Une bonne occasion de se replonger dans la petite et grande histoire de l’Olympisme: ça tombe bien, c’est précisément ce que propose l’ouvrage 100 Histoires de légende des Jeux olympiques, paru chez Gründ il y a quelques semaines. Un beau livre écrit à quatre mains, par un père - le célèbre journaliste sportif Gérard Holtz, qui commentera à partir de demain son dernier Tour de France sur France Télévisions - et son fils - Julien Holtz, jusqu’ici largement méconnu. J’écris « jusqu’ici » parce que j’ai le sentiment qu’après publication de cette interview, ça risque de bouger un peu.

Un long et agréable échange dont je vous remercie, Julien. Le présent article, que je me suis efforcé de ponctuer d’une multitude de liens et visuels pour compléter l’expérience, est une plongée passionnante dans l’univers des JO et du sport de haut niveau en général. Expression d’une passion incontestable, d’une culture solide et de sentiments perso souvent touchants, parfois dérangeants, inspirants dans bien des cas... l’émergence d’un futur journaliste sportif populaire ? La suite le dira... Bonne lecture ! Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

PS : un grand merci, également, à Caroline Destais, sans qui rien cet article naurait pu être réalisé, ainsi qu’à Gérard Holtz, pour ses contributions précieuses (en P.II)

 

Exclusif - Paroles d’Actu

« Il faut se fixer des challenges réalistes,

c’est ainsi qu’on progresse... »

Interview de Julien Holtz

27-29/06/16

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100 Histoires de légende des Jeux olympiques (Gründ, 2016)

 

Partie I : l’interview de Julien Holtz

 

Paroles dActu : Julien Holtz bonjour, merci de m’accorder cet entretien pour Paroles d’Actu à l’occasion de la sortie de l’ouvrage 100 Histoires de légende des Jeux olympiques, que vous avez coécrit avec votre père. On ne présente plus Gérard Holtz, votre père, mais vous, parlez-nous de vous ? de votre parcours ?

 

Julien Holtz : Bonjour ! Gérard n’a plus beaucoup de secret car tout ce qu’il fait est destiné au partage. La télévision, le théâtre, la réalisation, l’écriture. Et c’est vrai que les «  fils de » ont à se faire une place, dans l’ombre de leurs parents. J’avais choisi de faire mon propre chemin : prépa HEC, école de commerce (l’ESC Lille) puis une carrière qui de fil en aiguille m’a mené vers le web et le conseil en expérience utilisateur. Je ne voulais pas devoir mes réalisations et mon épanouissement d’adulte à mes parents. Je ne voulais pas qu’au jour de leur décès, je n’aie rien fait de constructif, et que je sois comme un oiseau tombé du nid avant d’avoir appris à voler… Alors je l’ai fait, j’ai déployé mes ailes. Puis au bout de dix ans de carrière, j’avais des doutes, envie de changer d’air. Gérard m’a écouté, il a eu une opportunité, une occasion en or qu’il a voulu partager avec moi et je l’ai saisie !

 

PdA : Ce florilège de grands moments et noms des JO, publié chez Gründ à quelques semaines de l’ouverture de ceux de Rio, vient à la suite d’une série de livres que vous avez ensemble consacrés, toujours chez le même éditeur, au Tour de France (2013), au sport français (2014) et au rugby (2015). Je ne vais pas vous demander comment vous est venue l’idée de ce dernier opus... mais plutôt comment est née celle de ces ouvrages réalisés avec votre père, et quelques éléments des coulisses de leur élaboration : qui fait quoi/quand/comment ? Est-ce que celui-ci avait une saveur, des traits particuliers par rapport aux autres ?

 

J.H. : Je vous parlais d’une opportunité. C’est tout simplement notre éditeur, Gründ, qui a contacté Gérard fin 2012 alors que la 100ème édition du Tour de France approchait. Gérard m’avait alors parlé d’un livre de photos du Tour à légender. Sans même y réfléchir, même si je n’avais jamais encore confronté ma plume au marché, j’ai dit « oui » ! Nous avons rencontré notre éditeur et découvert qu’il s’agissait en fait d’histoires à choisir et à raconter avec nos mots. D’un album de portraits, d’exploits et de scandales à butiner et picorer.

 

Sur ce premier livre, nous avons un peu tâtonné d’un point de vue méthodologique. Mais il s’avère que la méthode était la bonne et nous avons reproduit la recette sur les trois livres suivants ! Nous sommes « associés » à 50/50 tant sur la recherche d’idées, la liste des histoires, le choix des thèmes, la répartition des textes, le choix des photos, la promo. Un duo équilibré et complémentaire ! Gérard plutôt sur l’histoire et les petits secrets. Moi plutôt sur les scandales, les tragédies, les grands exploits et les images fortes. Gérard source son écriture dans les livres et moi je farfouille sur internet. YouTube est mon ami  !

 

PdA : Dans cet ouvrage riche et agréablement illustré, on retrouve, comme promis, tous les marqueurs qui ont fait l’histoire des Jeux olympiques au 20ème siècle : exploits incroyables et injustices terribles, portraits d’hommes et de femmes d’exception et incursions, souvent, de la grande Histoire dans celle de l’Olympisme. Quelles sont, parmi toutes ces histoires, que vous les ayez « vécues en direct » ou apprises après coup, celles qui, à titre personnel, vous ont le plus marqué et pourquoi ?

 

J.H. : Il y a l’image de Derek Redmond à Barcelone en 1992, foudroyé par un claquage en pleine course du 400m, qui veut passer la ligne quoiqu’il lui en coûte. Son père passe les cordons de bénévoles et saute sur la piste pour le soutenir !

Derek Redmond

Src. de la photo : www.athslife.com. Vidéo : cliquez sur la photo.

Il y a Elizabeth Robinson, championne olympique du 100m en 1928, promise au doublé à Los Angeles en 1932 et qui entre-temps frôle la mort dans un accident d’avion avec son cousin… Prise pour morte, elle avait même été envoyée au croque-mort  ! Figurez-vous qu’en 1936 elle glanera une nouvelle médaille, malgré une jambe raidie, avec le relais 4x100m !

Il a les japonais Nishida et Oe qui en 1936 refusent de se départager sur le podium du saut la perche. De retour au pays, ils couperont leurs médailles d’argent et de bronze pour en ressouder deux, mi-argent mi-bronze !

Il y a Károly Takács, le Hongrois qui mettait dans le mille au tir. Il devra franchir bien des obstacles pour parvenir au titre olympique. Jeune soldat, il n’avait d’abord pas le grade suffisant pour participer aux Jeux. Plus tard, une fois la condition remplie, il s’était blessé à la guerre et avait du apprendre à tirer de l’autre main ! Cela ne l’a pas empêché d’être double champion olympique !

Il y a les immenses exploits, comme Carl Lewis qui égale Jesse Owens aux Jeux de Los Angeles avec quatre titres lors d’une même olympiade. Les stakhanovistes comme Emil Zátopek ou plus récemment Steven Redgrave en aviron.

Dans le sport comme dans la vie, on n’a rien sans travail. Le plaisir est fade, la fierté est inexistante s’il n’y a pas eu de la souffrance pour y parvenir !

 

PdA : Combien d’athlètes présents sur ces pages ou lors de ces manifestations avez-vous pu rencontrer jusqu’à présent ? Que retenez-vous de ces rencontres et comment percevez-vous ces personnalités ? Les classeriez-vous « un peu à part » du commun des mortels ?

 

J.H. : À vrai dire, j’en ai rencontré assez peu. Les grands événements sportifs n’étaient pas mon quotidien, c’étaient mes récréations exceptionnelles. Il me faut reconnaître que j’ai eu une enfance particulièrement privilégiée de ce point de vue-là !

J’ai croisé récemment Marie-Jo Pérec dans un Monoprix du 17ème arrondissement de Paris. Une femme douce, gentille. Une timidité qui cachait certainement une rage de vaincre à toute épreuve. Marie-Jo c’était notre gazelle face aux félines sprinteuses.

À l’intronisation de Renaud Lavillenie à Grévin, j’ai pu échanger quelques mots avec lui et rencontrer aussi la fille de Colette Besson. Renaud est assez fidèle au portait que nous avons fait de lui : on sent sous ce masque de cire une impétuosité et un caractère de feu ! Un vrai voltigeur.

Renaud Lavillenie

Renaud Lavillenie aux J.O. de Londres en 2012. Src. de la photo : http://www.lejdd.fr.

Lors d’un spectacle de Michael Gregorio au Bataclan, j’étais assis derrière Teddy Riner, inutile de vous dire que je n’ai pas vu grand-chose du spectacle tellement le colosse est immense !

Enfin je connais intimement Thierry Rey et il est dans la vie comme il l’était sur les tatamis : un bosseur, un fonceur. Un gars authentique, fidèle et loyal.

 

« Tous ces champions ont eu en eux ce feu sacré

qui les poussait à ne jamais renoncer »

 

J’ai la conviction qu’on ne peut être un champion sans avoir une envie au-dessus de la moyenne. Vouloir réussir, c’est accepter l’idée de sacrifice. Que ce soit en sport comme en business ou dans n’importe quel art. Tous ces champions dont nous racontons l’histoire ont eu en eux ce feu sacré qui les poussait à ne jamais renoncer, ou en tout cas à renoncer plus tard que les autres !

 

PdA : Quels sont les sentiments qui vous habitent lorsque vous vous trouvez, devant votre poste de télé ou dans un stade, face à un exploit authentique ? De l’admiration certainement mais est-ce qu’il n’y a pas aussi, quelque part, une espèce, sinon de jalousie, en tout cas d’envie de se retrouver, à ce moment-là, dans la peau de l’athlète, à sa place ? Avez-vous jamais caressé cette envie, ne serait-ce qu’un temps, d’embrasser vous-même un parcours sérieux de sportif de haut niveau ?

 

J.H. : Je conseille à tout le monde d’avoir des rêves et des projets. De tracer un chemin pour s’approcher au plus près de ce qui vous guide. Je n’ai jamais éprouvé de la jalousie. C’est un sentiment négatif. A contrario l’envie est un élément moteur. Quand je suis dans mon canapé comme téléspectateur, je vis par procuration des émotions intenses. J’adore les retournements de situation, quand le petit dépasse le grand, quand le fort faiblit et que sa carapace se fendille.

 

Être un champion, un sportif de haut niveau ne m’a jamais fait envie. L’écart est bien trop grand pour qu’il fasse envie. C’est comme si je vous demandais, rêveriez-vous d’habiter l’Élysée ou le château de Versailles ? C’est tout simplement irréaliste. En revanche, monter un col mythique du Tour de France, gravir le Mont Blanc, courir un marathon, participer à une course de karting ou de vélo de 24h, ce sont des choses réalistes qui permettent de réaliser des exploits à sa portée. J’ai fait tout ça et à chaque fois, j’ai été fier de moi de le faire, d’y arriver et de progresser.

 

PdA : La question du dopage est omniprésente quand on parle de sport de haut niveau depuis des années et même... bien plus que ça. Est-ce qu’il n’y a pas aussi, là-dessus, une hypocrisie de la part du (télé)spectateur qui demande toujours plus de performances à l’athlète, quel que soit le sport concerné (et je pense évidemment en premier lieu au cyclisme) ? Le doping dans le sport n’est-il pas devenu inévitable au vu des masses financières impliquées ?

 

J.H. : Le téléspectateur n’a rien à voir dans le problème du dopage. C’est dans la nature humaine de chercher le petit truc qui va lui simplifier la tâche et lui donner les 5% ou 10% de performance en plus pour aller chercher la victoire. Astérix, un personnage de BD, en est le meilleur exemple ! Qui n’a pas fait une cure de vitamines avant de passer le bac ? Quel chanteur ne s’est pas saoulé avant un concert (pour ne pas dire pire) ?

Le problème en réalité c’est la suspicion entre les sportifs : Tiens, il marche à quoi lui ? Ben, je veux la même chose ou je veux mieux ! L’engrenage est rapide, au début on prend des petites médications pour récupérer, puis on arrive in fine aux transfusions sanguines, à l’Aicar, etc…

En cyclisme par exemple, il y a une énorme pression sur les coureurs. Leur carrière est tellement précaire et les sponsors veulent un retour sur investissement (qu’on cite le maillot). La tentation est grande de « passer du côté obscur de la force ». C’est presque culturel. Et plus on s’enfonce moins on a de scrupules. L’histoire de Lance Armstrong est le summum.

Le rugby a pris la même direction. Dans les années 80, c’étaient encore des gabarits comme vous et moi. Puis avec le professionnalisme, la multiplication des matches, les nouveaux gabarits de l’hémisphère sud aussi et ce nouveau style de jeu où on n’évite plus le défenseur et l’on cherche  l’impact… Il fallait se muscler, lever de la fonte. Tout cela nous donne des éléments pour comprendre la plongée vers le dopage.

 

PdA : Muhammad Ali, figure de légende par excellence, sur le ring comme à la ville, nous a quittés au début du mois de juin. Que vous inspire le personnage ? Qu’est-ce que vous auriez envie d’écrire sur lui si on vous ouvrait un espace pour le faire ?

 

J.H. : Il y a eu un magnifique film sur lui avec comme acteur principal Will Smith. Son caractère et son aura sont très inspirants. Maintenant écrire sur lui, il y a matière c’est sûr mais la question est « y-a-t-il un public pour ce sujet en France ? »

 

PdA : Lionel Messi, un des meilleurs footballeurs du monde, vient tout juste d’annoncer sa retraite internationale. Est-ce que vous l’intégreriez dans la catégorie des « légendes » du sport ? Question liée : comment définir ce concept de « légende » ?

 

J.H. : Messi est une légende, ne serait-ce que par son palmarès collectif et inviduel. Son histoire comporte tous les ingrédients pour en faire une de nos histoires de légende. Son enfance, sa petite taille, le Barça qui le recueille et l’aide à grandir tant physiquement qu’humainement. Son jeu, sa vista, ses records… Typiquement le genre de logique qui colle au concept des 100 Histoires de Légende !

 

Lionel Messi

Lionel Messi aux couleurs du F.C. Barcelone. Src. de la photo : CNN.com.

 

PdA : Justement... On vit aujourd’hui à l’époque de l’instantané, du trop-plein médiatique ; peut-être vit-on les événements avec moins de recul, peut-être néglige-t-on les vertus de la rareté et du silence. Les coulisses sont de plus en plus accessibles, on connaît davantage la vie des athlètes, eux-mêmes s’expriment sur Twitter, etc. Est-ce que, dans ce contexte, l’émergence de « légendes » est encore possible ? Les grands exploits sportifs font-ils rêver autant qu’avant ? Avez-vous à l’esprit des noms de sportifs ayant émergé dans les toutes dernières années et qui à votre avis porteraient bien (ou seraient susceptibles de bien porter) le qualificatif de « légende » ? Usain Bolt peut-être ?

 

J.H. : Usain Bolt est un champion hors normes. Laissons de côté les soupçons de dopage en Jamaïque, si un jour il devait tomber, il deviendrait un paria comme Lance Armstrong

Quelques journalistes triés sur le volet ont ces dernières années pu suivre le sprinteur à l’entraînement. C’est un sportif très bien entouré et qui sait se faire mal. Il a fait de sa taille (un handicap potentiel) un atout car il a travaillé sa puissance et sa fréquence de foulée.

 

« C’est souvent a posteriori qu’on dit d’untel

qu’il a été une légende »

 

Il faut être vigilant avec le qualificatif de « légende » car il y a une notion d’absolu. Or, un sportif en activité n’est jamais dans l’absolu, il se compare tous les jours aux autres. C’est souvent a posteriori qu’on dit d’untel qu’il a été une légende.

On peut dire de Bubka qu’il a été une légende du saut à la perche. Inversement, on ne peut pas encore le dire de Lavillenie car sa domination n’est pas absolue. Il lui arrive de faire « chou blanc » lors de quelques grands rendez-vous. On peut dire de Federer qu’il a été une légende du tennis tout comme Djokovic. Leur domination a été ou est absolue. Ils collectionnent les Grand Chelem.

En sports auto : Schumacher a été une légende, Loeb aussi. Alain Prost et Senna, des pilotes de légende mais pas des palmarès ahurissants. À mon sens la nuance est fine, c’est cette histoire de domination absolue.

 

PdA : « Votre » top 3 ou 5 des sportifs, passé/présent, toutes catégories et toutes disciplines confondues, que vous placeriez au-dessus de tous les autres, au top de votre palmarès personnel ?

 

J.H. : Mon Top 5  :

Michael Jordan
Carl Lewis
Michael Phelps
Lance Armstrong
Hicham El Guerrouj

 

PdA : Armstrong, malgré tout ?

 

Lance Armstrong

Src. de la photo : www.sportsinside.fr.

« J’ai malgré tout de l’admiration pour Armstrong »

J.H. : Ça peut vous étonner mais j’ai une certaine « admiration » pour Lance Armstrong. Malgré tout ce qu’il a fait. Malgré le tort qu’il a causé aux coureurs propres, à ceux qu’il a muselés. 7 Tours de France, 7 ans d’une domination absolue et mensonge de 14 ans. Comme toujours, les tricheurs ont un coup d’avance sur la police. Et à travers les livres L.A. Confidential de David Walsh et Pierre Ballester ou encore La Course secrète de Tyler Hamilton, on découvre le « Système Armstrong », cette mafia organisée autour de la victoire. La victoire à tout prix. Les menaces à ceux qui se plaignent ou veulent parler (Bassons, Simeoni, Betsy Andreu, etc...), le déni systématique de l’intéressé face aux médias (« pas positif donc pas dopé ») mais en réalité des moyens colossaux et des complicités à tous les étages. L’Américain aurait souscrit à toutes les méthodes, à tous les produits : corticoides, EPO... les microdoses pour ne pas être positif au contrôle... pire, les transfusions sanguines ! En 1999 lorsqu’il est positif aux corticoides, Armstrong répond à mon père que c’était une « skin cream » (une pommade pour son irritation sous les fesses). Face à ce crime de lèse-majesté que Gérard a commis, Armstrong répond par un boycott de son émission pendant quatre ans. Avec le nouveau thème du dopage mécanique, il serait même question qu’il ait déjà triché dès 1999, ce qui expliquerait sa cadence de pédalage folle en montagne... Telle est la face sombre du champion... Et dans la liste, Il y a Carl Lewis, qui n’est pas non plus le champion irréprochable qu’il affirmait être durant les années 80. On l’évoque dans notre livre, Les 100 Histoires de Légende des Jeux olympiques. Carl Lewis s’est dopé, lui aussi exerçait une certaine influence sur son sport. Le pouvoir et son exercice donnent des moyens et certaines libertés que l’on protège par tous les moyens.

Pourtant ces deux types font partie de mon Top 5 car ce sont des personnages hors normes, ils ont fait l’histoire de leur sport, l’histoire du sport en général. Êtres de conquêtes, assoiffés de victoires. Des exigeants, des champions du moindre détail qui ne laissaient rien au hasard. Ils programmaient leur victoire. Cela retirait le charme de l’imprévu mais cela dopait le spectacle de la performance. « Mais comment fait-il ? », « Comment est-ce possible ? ». Aujourd’hui on se pose la même question à propos d’Usain Bolt. Ce concours 1991 du saut en longueur pour Lewis face à Powell. Ce contre-la-montre de 2005 entre Fromentine et Noirmoutier-en-l’Île où Armstrong, parti une minute après Ullrich, revient comme un boulet de canon sur l’Allemand et le dépose en moins de 19km ! Grande image de télévision, sacré souvenir de passionné. Tout comme l’Alpe d’Huez 2001 dans une étape où il avait d’abord bluffé sur une possible méforme, ce qui tactiquement était intelligent (cela incitait l’équipe d’Ullrich et les autres concurrents à rouler à la place des US Postal), avant au pied de l’Alpe d’Huez de toiser l’Allemand du regard, de le jauger puis de la déposer. Intelligence tactique qui frisait l’humiliation. Mais Ullrich, l’éternel second de l’Américain, n’avait et n’aurait jamais les moyens de se défendre.

Ce que je retiens de ce type, c’est sa soif insatiable de victoire. Cette hargne qui vous mène aux grandes réussites et nourrit les palmarès. Un sportif de haut niveau ne peut prétendre devenir un grand champion et marquer son temps sans avoir cette envie qui vous aide à supporter et apprivoiser la souffrance. Entre art et business, il faut ajouter à cela une maîtrise absolue et certaine intelligence tactique. Chose qu’Armstrong avait et qu’Ullrich et Virenque n’avaient pas. L’Américain décidait de tout, dirigeait, organisait comme un entrepreneur. Alors que ses principaux concurrents n’étaient que des pions, parmi les meilleurs de l’échiquier, mais jamais ils n’auraient pu prétendre à être rois !

 

PdA : Quels seront les athlètes français, connus et moins connus, à suivre de près durant cette Olympiade 2016 ?

 

J.H. : Si Diniz est dans la forme de sa vie, il peut nous ramener la breloque comme on dit ! Je trouverais cela extraordinaire. Même si la marche athlétique n’a rien de spectaculaire, Yohann est garçon plein d’envie et ultra méritant !

 

Yohann Diniz

Yohann Diniz. Src. de la photo : www.sport.fr.

 

PdA : Peut-on raisonnablement espérer une récolte de médailles meilleure peut-être que les années précédentes (qui n’étaient déjà pas si mauvaises...) ?

 

J.H. : La France peut espérer une trentaine de médailles. Ce serait bien qu’en cyclisme sur piste, en escrime, en judo et en natation les Français respectent la tradition et fassent le plein ! Yannick Agnel n’était pas à son meilleur niveau aux championnats de France, espérons qu’il ait rattrapé son retard ! Sur piste, Greg Baugé et Pervis : des valeurs sûres.

 

« Ça va être compliqué cette année

pour l’athlétisme aux JO... »

 

En athlétisme, ça va être très compliqué. Le niveau mondial est très élevé. Jimmy Vicaut peut prétendre à une finale sur le 100m mais le podium, j’en doute. Et il est bien possible que l’âge d’or de Lemaitre soit passé aussi…

 

PdA : Gérard Holtz va quitter France Télévisions après avoir animé, cet été, son dernier Tour de France... qu’est-ce que ça vous fait à titre perso ?

 

J.H. : J’ai grandi en regardant « Papa » à la télé. Il fallait se faire une raison, l’âge fait son œuvre et il faut laisser la place. Depuis quelques années, avec cette aventure des livres, j’ai le plaisir de partager un peu de son aventure avec le public français. Des lecteurs passionnés, connaisseurs et parfois novices aussi.

 

C’est sûr que ça fait un vide dans mon quotidien mais maintenant c’est mon épouse que je regarde à la télévision ! Elle présente un magazine sur France 3 le matin !

 

PdA : Partagez-vous complètement la passion de votre père pour le vélo ou bien avez-vous une préférence pour d’autres sports ?

 

J.H. : Oui je la partage mais cela m’est venu « sur le tard ». Je faisais souvent du VTT au Parc de Saint-Cloud dans mon adolescence mais rien de plus. Puis en 2003, lorsque j’ai signé mon premier CDI au marketing chez Kärcher, Gérard a fait un exploit en faisant à vélo le parcours du Tour 1903. J’étais envieux de son aventure… et je me suis mis à la petite reine un an après !

On a souvent roulé ensemble à Longchamp et sur les jolies routes des Yvelines. On a même fait des cyclosportives comme la Ronde Picarde, la Look, et aussi les 24h du Mans en relais. Nous avions même fini 24ème de la première édition ! Nous avons aussi des passions communes pour le ski et le karting.

Et j’ai développé aussi un attrait particulier pour la course à pied, sport plus accessible et qui nécessite moins de temps. Du coup je peux m’entrainer la semaine et j’ai bouclé le Marathon de Paris en 2011 ! Je viens tout juste de courir ma 3ème Transbaie, une course nature à travers la Baie de Somme et je prépare pour octobre l’Ecorun de Vaucresson, un 20km 100% nature.

 

PdA : Un mot tout de même sur l’Euro de foot qui se joue actuellement en France: que vous inspire l’équipe nationale ? est-elle cette année au niveau des meilleures du continent ? votre pronostic pour la finale ? 

 

J.H. : L’Euro est en train de me réconcilier avec le football. On retrouve enfin du spectacle, de la bonne humeur et moins de vulgarité et de violence. Même le 0-0 des Bleus contre la Suisse était un beau match ! Le nombre de tirs sur les poteaux le prouve !

 

« Je ne me retrouve pas dans ce que sont

les Bleus d’aujourd’hui »

 

Je n’ai pas d’amour particulier pour notre équipe de France comme je l’avais dans les années 90. J’aimais nos joueurs, les Papin, Canto, Ginola, Pirès, Deschamps, Sauzée... Il y avait du talent avec Zidane et des valeurs aussi. De l’éducation et des principes. Aujourd’hui je ne me retrouve plus du tout dans le collectif des Bleus, dans l’image qu’ils renvoient, dans leur état d’esprit.

 

PdA : « Votre » anthologie du foot, c’est pour l’an prochain ?

 

J.H. : Nous aurions pu la sortir cette année mais nous avons pensé que le thème des JO se prêtait plus à notre concept et notre écriture romanesque… Il faudra probablement attendre 2018 et la Coupe du Monde ! Nous aimons bien nous adosser au calendrier des grands événements pour que notre travail soit dans l’ère du temps et correspondant aux envies ou besoins de notre public. L’année prochaine ce seront les sports mécaniques. Il y a là aussi matière à raconter plein de choses !

 

PdA : Quels sont vos projets, vos envies pour la suite, Julien Holtz ?

 

J.H. : Coté plume, poursuivre l’aventure avec Gründ et étoffer notre collection. Coté crayon et souris, prendre du volume dans mon métier de consultant en expérience utilisateur !

 

PdA : C’est tout le mal que je vous souhaite... ;-) Un dernier mot ?

 

J.H. : Tout simplement merci de votre curiosité ! Et à vos lecteurs : foncez en librairie, vous le verrez, vous serez surpris par nos histoires !

 

Partie II : Gérard Holtz, quelques mots...

Réponses datées du 3 juillet 2016... Merci !

 

Paroles d’Actu : Votre top 5 des grands sportifs ?

 

Gérard Holtz : J’en sélectionnerai six.

 

Killy, car notre triple champion olympique (dont nous parlons dans notre livre Les 100 Histoires de Légende du Sport français), est un champion d’une intelligence supérieure. Il a eu justement cette intelligence de savoir s’arrêter au sommet. Cette notion d’absolu dont on parlait. C’est exactement ça. Pas la compétition de trop. Et suite à sa carrière, il a poursuivi dans l’élite au sein du Comité international olympique, chez Coca-Cola et au comité d’organisation des Jeux d’Albertville notamment.

Bolt, qui a pulvérisé tous les records de vitesse sur piste et que m’a marqué par sa décontraction avant le départ de ses courses alors que d’autres ont besoin de faire le vide, de s’isoler. Barbara par exemple arrivait à midi au théâtre avant ses représentation du soir ! Lui, il ne se prend pas la tête !

Ali, champion olympique de boxe à Rome, dont nous dressons le portrait dans Les 100 Histoires de Légende des Jeux Olympiques, fait partie de mon top en vertu de son immense carrière et de sa personnalité. Au-delà de son palmarès et de son style unique, c’était un personnage public, un type qui avait du caractère et du courage. Le courage de dire haut et fort ce qu’une communauté pensait tout bas. Le courage de s’opposer, notamment, à la guerre du Viet Nam.

Muhammad Ali

Cassius Clay, futur Muhammad Ali, aux J.O. de Rome en 1960. Src. de la photo : rio2016.com.

Pelé est mon footballeur préféré, une véritable idole ! Je garde en mémoire sa Coupe du Monde 56 en Suède qu’il a survolée et son illustre « grand pont » lors d’un match au Mexique.

Coté tennis, Roger Federer, qui est pour moi le plus grand tennisman de tous les temps. Il a tout gagné et c’est un vrai gentleman.

Je ne pouvais oublier un 6ème : Eddy Merckx, le cannibale. Lui aussi dans son domaine, il a tout gagné. Il a dévoré tout le monde, la faim de victoire... Sept Milan-San Rémo, cinq Tours de France par exemple ! Et comme les autres de mon top, un gars gentil et simple.

 

« Mes pronos ? Allemagne-Portugal en finale

de l’Euro (2-1) et Froome pour le Tour » (G. Holtz)

 

PdA : Votre pronostic pour la finale de l’Euro 2016 (affiche et score) ? 

 

G.H. : Ma finale, ce sera Allemagne-Portugal. Et je pensais à l’Allemagne avant qu’elle ne gagne hier contre l’Italie !

Le score : 2-1 pour l’Allemagne.

 

PdA : Votre pronostic pour le nom du futur maillot jaune de cette édition 2016 du Tour ? 

 

G.H. : Je vois la 3ème victoire de Froome. Il est clairement au-dessus en montagne.

 

Partie III : l’album photos commenté

Julien Holtz a accepté, à ma demande, de nous livrer quelques photos... et de les « légender »...

 

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« Le Mont Blanc, en 2006. Je suis à gauche. Antoine, le cadet, est à droite. »

 

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« Entre mecs à la maison, en 2014. Je suis en bas et Antoine en haut. »

 

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« En plein effort durant la Gentleman du Cœur en 2009.

On a emmené les Sannier père et fils pendant deux tours... »

 

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« Août 2009, les 24h du Mans Vélo. J’ai dessiné la tenue ! Et on finit 24è de l'épreuve.

Je suis le troisieme en partant de la gauche. Antoine est derrière, Gérard à droite de la photo.

On court avec la famille Legeay. Roger a deux fils qui sont de gros rouleurs et se sont mis à l'ultra trail. »

 

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« Marathon de Paris, 2011. Coup de chaud à Bastille... cette édition était presque caniculaire. »

 

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« L’arrivée de la Paris-Saint-Germain-en-Laye 2012. »

 

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« 24h de karting du Circuit Carole. »

 

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« Essais en Formule France à Lohéac. »

 

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