Frédéric Salat-Baroux occupa, deux années durant, le poste hautement stratégique de secrétaire général de la présidence de la République (à lire : le livre et linterview de César Armand et Romain Bongibault) auprès de Jacques Chirac, à la toute fin du second mandat de l’ancien président (2005-2007). Fort de ses expériences à la fois dans le public et dans le privé, qui ont chacune nourri ses réflexions, il publie cette année chez Plon La France EST la solution, ouvrage érudit qui entend dresser un diagnostic clair de l’état de la France de 2016 et, surtout, proposer des pistes d’actions concrètes, d’horizons vers lesquels tendre afin d’enrayer le déclin de notre pays. On n’est pas sans penser au Mal français qu’écrivit Peyrefitte il y a quarante ans ; sur le fond, Salat-Baroux demeure optimiste quant à la capacité de la France à rebondir... si elle agit vite et ferme. Le texte mériterait réellement d’être lu par celles et ceux qui s’intéressent aux grandes questions qu’aura à aborder le pays à l’occasion des échéances électorales de l’an prochain. Qui sait si M. Salat-Baroux ne comptera pas parmi les acteurs qui, demain, auront à gérer la France - n’est-il pas à l’évidence de ceux qui en ont l’étoffe ? Je le remercie en tout cas d’avoir accepté de se prêter au jeu de l’interview, ainsi que Julien Miro, pour sa précieuse intermédiation. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

« Ne soyons pas la première génération

qui laissera la France petite... »

Interview de Frédéric Salat-Baroux

Q. : 07/06/16 ; R. : 15/07/16

La France EST la solution

La France EST la solution (Plon, 2016)

 

Paroles dActu : Frédéric Salat-Baroux bonjour, merci de m’accorder cette interview, que j’ai choisi d’axer en particulier sur des questions touchant aux institutions de la république et à des considérations historiques...

Dans votre ouvrage, La France EST la solution (Plon, avril 2016), vous appelez à des clarifications institutionnelles, à une présidentialisation accrue du régime qui verrait le chef de l’État propulsé seul responsable de la branche exécutive (exit donc le Premier ministre et son gouvernement). Est-ce que, comme les historiens Thierry Lentz et Jean-Christian Petitfils dans les colonnes de Paroles d’Actu, vous considérez que la réforme dite du « quinquennat » qui dans les faits conduit à une concordance des mandats présidentiel et parlementaires, a été une mauvaise réforme au regard de l’équilibre des institutions et de la bonne santé démocratique du pays ?

Le quinquennat...

Frédéric Salat-Baroux : Le principal intérêt du quinquennat est de conduire à la concordance, de fait, entre le mandat présidentiel et le mandat parlementaire. Pour l’avoir vécue, la cohabitation est une situation préjudiciable dans laquelle tout à la fois le Président et le Premier ministre chef de la majorité travaillent ensemble dans l’intérêt du pays mais, dans le même temps, rivalisent sur le terrain politique et, souvent, se préparent à s’affronter à la prochaine élection présidentielle. Ce n’était acceptable ni sur le plan de l’efficacité de l’action publique ni sur le plan démocratique. L’inconvénient du quinquennat est, en revanche, qu’il réduit le temps d’action du Président. On le voit un mandat dure, en fait, quatre ans, puisqu’un an avant commence la double campagne : primaires-élection présidentielle.

 

Ma proposition de suppression de la fonction de Premier ministre répond à la fois à l’objectif de clarté et d’efficacité des institutions : sur un exercice de quatre ans le Président doit devenir le moteur et le chef de la majorité, il ne peut plus être l’arbitre. Mais la seconde raison, la plus importante à mes yeux, est qu’il faut simplifier l’organisation institutionnelle pour ouvrir un espace à la démocratie participative, c’est-à-dire, comme le font les entreprises avec les logiques d’Open Source, s’appuyer sur les forces de propositions et d’innovation des citoyens pour améliorer l’action publique. Je prends en exemple le budget participatif d’investissement de la ville de Paris et je propose d’étendre cette démarche jusqu’au droit d’amendement citoyens, à partir du moment où il recueillerait plus de 50.000 signatures et devrait alors être examiné en Commission parlementaire. Ce chantier est le plus prioritaire en terme de réforme de l’État avec le passage à deux échelons seulement d’administration territoriale, comme je le propose également dans le chapitre sur les institutions.

 

PdA : Quel regard portez-vous sur les dix dernières années de pratique de la charge présidentielle, dans les deux cas les plus récents plus directement engagée dans l’arène publique, donc moins « rare », plus « clivante » même si les choses ont le mérite d’être clarifiées ? Est-ce que d’une certaine manière vous considérez, comme Emmanuel Macron l’a formulé l’an dernier, qu’il manque, au moins symboliquement bien sûr, un « roi » en France - non un monarque absolu mais une figure qui se tienne réellement au-dessus des débats partisans pour se concentrer sur les enjeux de long terme, « incarner » pleinement la Nation tout entière ?

La figure du Roi...

F.S.-B. : L’exécution du Roi est une blessure toujours béante dans notre inconscient collectif. Il faut relire les premières pages de l’Histoire de la Révolution française de Michelet pour comprendre l’immense attachement du peuple au monarque et la terrible déception qui a conduit à la Révolution. D’où l’aspiration permanente à un monarque républicain, que de Gaulle avait parfaitement comprise et traduite dans l’élection du Président de la République au suffrage universel. D’où également la tentation tout aussi permanente de lui « trancher la tête », dès son accession au pouvoir. Cela rend la charge présidentielle doublement difficile : exigence d’incarnation de la Nation et contestation permanente de son action à défaut de sa légitimité, qui n’est jamais mis en cause. Même le général de Gaulle, qui est l’exemple par excellence de la capacité à exercer la double mission d’incarnation et de projection du pays dans le futur, a fini par subir ce syndrome avec Mai 1968 et le fameux « dix ans ça suffit ! ».

 

PdA : Vous énoncez une idée fort intéressante dans votre livre : la tenue dans la foulée des élections présidentielles et législatives, après passage par les assemblées, d’un référendum visant à faire approuver et valider directement par le peuple l’essentiel du programme du président nouvellement élu. La prise de décision politique s’en trouverait grandement accélérée et nombre de frustrations post-électorales seraient ainsi évitées. Mais n’est-il pas à craindre tout de même, dans cette hypothèse, et partant d’un système où la domination du présidentiel est déjà très forte (beaucoup plus par exemple qu’aux États-Unis) que cela contribue davantage encore à affaiblir la branche législative par rapport à l’exécutif ? Plus généralement, quel est votre idéal d’articulation entre les concepts de « démocratie représentative » et de « démocratie directe » ?

Un grand référendum en début de mandat...

F.S.-B. : Le cœur de mon analyse est que nous avons à relever un double défi : rattraper les retards accumulés (pression fiscale, code du travail, 35 heures, réforme des retraites) et nous adapter à la révolution numérique, qui bouleverse tout. Il faut donc aller vite sur le premier volet pour consacrer le quinquennat à la reconstruction de notre modèle (instauration de l’État participatif, basculement dans un système scolaire décentralisé et centré sur les outils pédagogiques numériques, encouragement à l’émergence d’un nouveau secteur économique fondé sur l’économie du partage en réponse aux risques d’ubérisation, nouveau droit du travail pour protéger les travailleurs dits indépendants mais travaillant pour des donneurs d’ordres uniques comme souvent dans la nouvelle économie, reconstruction d’une ligne de partage entre le temps de travail et le temps pour soi, en allant au-delà du seul droit à la déconnexion… et, bien sûr reconstruction du projet européen pour le recentrer sur les logiques d’efficacité économique et de grands projets).

 

D’où ma proposition de referendum pour faire adopter les mesures de rattrapages. Par rapport au recours aux ordonnances, qui a le même objectif de rapidité d’exécution, le referendum donne aux textes adoptées une légitimité démocratique incomparable. On contestera des ordonnances signées dans le secret du bureau du Président de la République, beaucoup plus difficilement des lois adoptées directement par une majorité de Français. Bien sûr, il y a le risque de perdre le referendum, comme en 2005 ou plus récemment sur le Brexit. Il est réel même si les Français sont un grand peuple politique et devraient donner au Président à la fois une majorité et la validation des mesures qu’il aura clairement annoncées durant sa campagne. L’urgence et la gravité de la situation actuelle exigent que l’on prenne ce risque, car sans redressement rapide et projection dans la nouvelle économie, le danger est considérable que nous en arrivions à un point de non-retour. Sans dramatiser ni employer de grands mots : que nous soyons la première génération qui laissera la France petite, qui la laissera s’enfoncer dans la pauvreté et la confrontation intérieure. Julien Benda le disait justement : n’oublions jamais que la France est le pays des tragédies.

 

PdA : Où entendez-vous placer le curseur entre les principes d’efficacité de la décision politique/puissance publique (qui suppose des majorités nettes dans les assemblées) et de juste représentation des opinions diverses des citoyens ? En quelques mots comme en cent : estimeriez-vous souhaitable l’introduction d’une part de proportionnelle pour l’allocation des sièges de l’Assemblée nationale ?

Une dose de proportionnelle ?

F.S.-B. : Revenir aux logiques de IVème République en l’appelant VIème serait une folie. Comment peut-on imaginer conduire la projection du pays dans un futur si incertain et si violent en revenant à la dilution du pouvoir et à son instabilité, ce que ne manquera pas de provoquer la proportionnelle ? L’enjeu principal est d’installer, à tous les niveaux d’administration, les instruments participatifs non dans une logique d’apparence ou démagogique mais avec la conscience qu’il peut s’agir d’un puissant moteur d’amélioration de l’action publique.

 

PdA : Le gros de votre ouvrage, qui pose un diagnostic juste, bien argumenté et empreint d’une culture historique et économique fort agréable et profitable, s’attache à démontrer où ont été les décrochages de notre pays dans un cadre de globalisation accrue, et à proposer des solutions pour, sinon les effacer, du moins les corriger. En résumé : restaurer la « valeur travail » / alléger les contraintes administratives et fiscales qui pèsent sur l’entrepreneuriat, sur l’investissement / prendre à bras le corps en s’adaptant à ses traits ce qui fonde l’économie nouvelle (l’économie du partage notamment) / point lié : prioriser l’éducation non sans la moderniser / faire le choix du pragmatisme pour atteindre une meilleure efficience quant aux affaires liées aux administrations, à la gestion de la protection sociale collective, etc...

 

Quelle place doit être dévolue dans votre esprit, partant de ce constat de prescriptions philosophiquement libérales, à l’État en tant que « stratège » ? Dans votre chapitre sur les institutions et la décentralisation, vous accordez la compétence économique aux Régions mais l’État en tant que tel, fort de sa vision d’ensemble, a-t-il encore, hors la non-oppression fiscale/réglementaire des acteurs de l’économie, un rôle d’impulsion, d’initiative, d’investisseur à jouer en matière d’économie ?

Quelle place pour l’État stratège dans le cadre européen ?

F.S.-B. : Plus que jamais l’action politique et son bras armé, l’État, devront jouer un rôle déterminant. Il y a d’abord la nécessité de montrer la voie : poser un diagnostic de la situation et proposer des options précises et, à bien des égards radicales. Le redressement de 1958 tient ainsi à deux décisions majeures, et pas trois, prises par le général de Gaulle : sortir de l’économie coloniale pour faire le choix de la construction européenne fondée sur les logiques de marché et de concurrence ; mettre fin au régime parlementaire et à son instabilité par l’élection du Président de la République au suffrage universel. Il y a ensuite la transformation de l’État pour le rendre plus efficace notamment par la simplification de l’organisation territoriale et l’ouverture aux logiques participatives. Il y a également le chantier rattrapage/projection dans la nouvelle économie qui est considérable à conduire dans une période où chaque jour compte. Il y a enfin la nécessité de faire du Brexit un levier pour construire une autre Europe. C’est le sens des propositions visant à tourner la page du rêve d’une Europe politique pour en faire un instrument d’efficacité économique. Cela passe par la nécessité de revoir de fond en comble notre droit européen de la concurrence et des aides d’État. Il faut aussi ouvrir un droit d’exception pour réformes structurelles, c’est-à-dire pouvoir faire temporairement exception aux critères de déficits afin, par exemple pour la France, de pouvoir conduire en même temps une forte baisse des impôts et des réformes structurelles (35 heures, code du travail, réformes des retraites…). Surtout l’Europe doit retrouver sa légitimité en étant porteuse de projets puissants et susceptibles de changer le quotidien. J’en propose deux : lancer la transformation des 180 millions de bâtiments en Europe en petites centrales de production d’électricité verte. C’est une réponse au réchauffement climatique et un moteur de croissance pour des décennies. Mais cela suppose une politique globale et notamment des instruments de financements qui ne peuvent être mis en place qu’au plan européen. Autre projet possible : lancer un Google européen. C’est le portail et le point d’entrée de la nouvelle économie. Est-ce acceptable que Google en ai le monopole alors qu’il y a pas de fatalité à cela comme le montre le moteur de recherche russe Yandex, qui est au moins aussi performant. Seule l’Europe peut relever ces défis. Mais une autre Europe, post Brexit. Une Europe fer de lance de la performance économique que la France doit pousser dans un dialogue qui doit être désormais clair avec l’Allemagne.

 

PdA : On peut penser ce que l’on veut des mouvements sociaux actuels, il y a sans doute matière à parler dans certains cas de prises de position outrancières de part... et d’autre. Ceci étant posé, ne sont-ils pas révélateurs d’un phénomène plus profond et sans doute assez répandu au sein de la société, à savoir : un questionnement quant au sens à donner à la vie collective et à la vie tout court ? Vos propositions, qui souvent sont en matière économique celle de la droite dite « libérale » (augmentation du temps hebdomadaire de travail, allongement de la durée des cotisations...), ne vendent pas précisément du rêve à des salariés pas toujours bien dans leur emploi et qui, de bonne foi, aspirent à autre chose que forcément toujours « travailler plus » sans pour autant « gagner plus », des salariés qui ne se sentent pas nécessairement responsables de la dérive des comptes publics. Qu’auriez-vous envie de dire à, par exemple, une personne proche de la gauche, de celles qui ne se sentent pas proches pour le coup du gouvernement actuel, de celles qui aimeraient encore rêver d’un monde « différent » ?

Quel message pour un électeur de gauche ?

F.S.-B. : Mes propositions ne sont pas marquées par une dimension idéologique. Elles sont le fruit de ma double expérience au service de l’État et, depuis près de dix ans maintenant, dans le secteur concurrentiel. Il y a un effort de rattrapage à conduire qui passe, vous avez raison de le résumer ainsi, par plus de travail. Comment pourrait-il en être autrement dans le monde dans lequel nous vivons. Mais la principale originalité du livre est, à mon sens, d’analyser avec un prisme politique la nouvelle économie. Pour la première fois de l’histoire industrielle, les systèmes coopératifs sont plus efficaces que les structures hiérarchisées et de masse. Le logiciel libre est plus performant que Microsoft. C’est une opportunité fantastique pour construire une société plus juste, plus sobre et tout autant innovante. Pour la gauche, qui s’épuise à vouloir composer avec le capitalisme, c’est une source de renouvellement idéologique considérable. La nouvelle ligne de partage droite-gauche est dans la place faite à l’économie du partage. Je fais en ce sens de nombreuses propositions. Mais il y a urgence, car la nouvelle économie a un double visage. Il y a aussi l’ubérisation. Sans prise de conscience rapide, sans action politique vigoureuse, c’est ce second visage porteur de précarité et de violence économique qui risque de s’imposer.

 

PdA : Question liée : quels arguments opposeriez-vous à ceux de nos compatriotes qui, aimant comme vous notre pays et son histoire, ressentiraient là aussi de bonne foi vivement ce qu’ils verraient comme une espèce de marche forcée et intangible vers une uniformisation généralisée, vers une globalisation porteuse de concurrence toujours plus féroce, de menaces pour les habitudes, les traditions et les identités ? Cette France qui lit Éric Zemmour ou Philippe de Villiers, cette France qui vote Front national... et qui ne le fait pas forcément toujours pour les raisons « contestables » qu’on pointe trop souvent.

Quel message pour un électeur du Front national ?

F.S.-B. : L’esprit patriotique fait cruellement défaut aujourd’hui. Je suis souvent révolté de voir à quel point nous sommes passés maître dans l’art de dénigrer notre pays, qui est pourtant exceptionnel par son histoire, ses qualités, ses atouts et sa générosité.

Là où je diffère totalement des personnes que vous avez mentionnées, c’est que, pour reprendre le mot du général de Gaulle, il n’y a pour moi que deux catégories de Français : ceux qui font leur devoir et ceux qui ne le font pas. Il y a aussi la question de l’esprit de conquête. Nous sommes tiraillés, de manière permanente, entre la tentation du repli et la volonté d’affronter le grand large. J’ai écrit sur ce sujet à travers un de mes livres qui fait le portrait croisé de Pétain et de Gaulle.

C’est en offrant un projet patriotique, libéré du poison des préjugés et conquérant que l’on apportera une réponse à la montée du Front national. Les Français n’ont aucune envie de faire un choix qui les rapetisse.

 

PdA : Vous connaissez très bien l’histoire de notre pays : est-ce que vous considérez, comparant ce qui est comparable, et au vu du contexte global des puissances et forces en place, que la France est dans une situation de déclin relatif plus difficile à enrayer et à rattraper que par le passé ?

Le déclin de la France est-il inexorable ?

F.S.-B. : Bien sûr, l’Occident a perdu sa prééminence et, à l’intérieur, la France est parmi les pays qui ont accumulé le plus de retard. Mais notre histoire le montre, nous avons toujours raté le démarrage des révolutions industrielles et nous avons toujours su « recoller ». D’où le titre du livre.

 

Là où il faut être très vigilant est que le temps s’accélère et que si nous retardons le rattrapage nécessaire et si nous ne nous imposons pas de prendre le virage de la nouvelle économie, nous porterons la terrible responsabilité d’avoir fait de notre pays une puissance de second rang et, peut-être plus grave encore, un pays banal.

 

PdA : La France a-t-elle encore, dans un monde aussi globalisé qu’est le nôtre, un message réellement original et particulier à porter, et si oui comment le définiriez-vous ?

La France, une voix particulière, toujours ?

F.S.-B. : Plus que jamais et notamment sur les valeurs de respect du droit et de dialogue des cultures la voix de la France est attendue. Souvenons-nous de la guerre en Irak : l’Allemagne, la Russie, la Chine se sont placées derrière Jacques Chirac face à l’aveuglement américain. Mais il ne peut pas y avoir durablement d’influence intellectuelle et politique sans puissance économique. D’où la nécessité de donner aujourd’hui la priorité à l’économie. Nous n’en sacrifierons pas nos idéaux mais nous nous donnerons, au contraire, les moyens de les rendre audibles au monde.

 

PdA : Vous avez déclaré à plusieurs reprises soutenir Alain Juppé dans la perspective de l’élection présidentielle de l’an prochain. Cette question-là, comme la suivante, je la pose sans malice ; votre parcours, la profondeur qui transparaît de votre ouvrage la légitiment largement : auriez-vous l’envie de servir votre pays de manière directe (à la tête d’un ministère par exemple...) si le président élu demain vous le demandait, s’il vous promettait que vous pourriez être utile au pays ?

Demain, au cœur de l’action ?

F.S.-B. : J’ai eu le privilège d’exercer très jeune des hautes fonctions - je crois que j’ai été un des plus jeunes secrétaires généraux de la présidence de la République. Cela permet de prendre de la distance par rapport aux attributs du pouvoir. Reste le service de son pays. Il peut prendre de multiples formes. Il y en a une à laquelle je pense depuis des années. Nous sommes aveugles aux ravages de la souffrance mentale, en terme de santé publique et sur ceux qui en sont victimes et leurs familles. En 2002, auprès du Président Chirac, j’ai beaucoup poussé au lancement du plan cancer. Je pense aujourd’hui qu’il faut le faire sur ce sujet essentiel. Pour ce type de mission, je serai évidemment toujours présent.

 

PdA : Vous êtes, vous le rappeliez à l’instant, de ces rares hommes qui connaissant parfaitement pour l’avoir touchée de très près, le Saint des saints, la présidence de la République : qu’avez-vous retenu de votre expérience en tant que secrétaire général de l’Élysée auprès de Jacques Chirac (2005-2007) ? Quel regard portez-vous sur cette charge, incroyablement lourde, sur ce qu’elle implique à titre personnel ? Est-ce que dans l’absolu vous pourriez vous y voir ?

L’Élysée, au poste numéro 1, vous vous y verriez ?

F.S.-B. : Je suis heureux que vous me donniez l’occasion de parler des responsables politiques que j’ai bien connus et dont je peux aujourd’hui comparer les conditions d’exercice avec les responsables du secteur privé. Les élus assument une tâche très difficile, ingrate, leurs efforts sont rarement payés de retour alors qu’ils y sacrifient, bien souvent, leur famille, leur vie. On ne cesse de parler des privilèges des responsables politiques, c’est franchement injuste. Il y a, comme partout des exceptions, mais nos responsables politiques sont le plus souvent d’un dévouement et d’un engagement qui les honorent comme ils honorent la Nation.

 

PdA : Un dernier mot ?

F.S.-B. : C’est celui du Maréchal Foch, il y a bientôt cent ans et qui est d’une incroyable actualité : mon centre cède, ma droite flanche, situation idéale, j’attaque !

 

Frédéric Salat-Baroux

Source de la photo : Sipa Press.

 

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