Julien Miro est président du think tank 5 ans pour des idées et responsable des questions jeunesse auprès d’Alain Juppé. Fidèle de Paroles d’Actu, il avait coécrit il y a quelques mois un texte publié dans nos colonnes et son intermédiation fut décisive pour la réalisation en juillet dernier de mon interview de Frédéric Salat-Baroux.

Début novembre il a accepté, à ma demande, de nous livrer un texte inédit touchant à la jeunesse. Une thématique générale : « Et si l’on sortait des clichés sur la jeunesse ? ». Avec un premier focus, qui appelle d’autres textes : « La soif d’engagement de la jeunesse ». Tout un programme... Merci, Julien. Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU PAROLES D’ACTU - TRIBUNE

Et si l’on sortait des clichés sur la jeunesse ?

Épisode 1: la soif d’engagement de la jeunesse

Les clichés sont souvent tenaces. Particulièrement ceux qui touchent les jeunes. Il faut bien reconnaître qu’ils sont simples, frappants. Ils impriment bien comme on se plaît à le dire.

Ils sont l’outil rêvé du tribun populiste : un message simpliste et facilement mémorisable.

En vérité, les clichés sur les jeunes sont bien utiles : ils évitent toute réflexion.

Le désengagement est certainement celui qui revient le plus souvent. Et celui dont découlent les autres.

Les jeunes seraient donc moins engagés que leurs aînés (d’après les aînés eux-mêmes). Ils seraient, en quelque sorte, une large bande homogène de soixante-huitards, gâtée, sûre d’elle et avec pour seul intérêt, le sien.

Pourtant, lorsqu’on regarde de plus près, on constate que la jeunesse est bel et bien engagée. Peut-être plus qu’aucune autre jeunesse ne l’a jamais été.

Certes elle n’utilise pas les schémas classiques.

Les pavés ? Elle les lance à l’aide de billets sur des blogs.

Les refrains scandés ? Elle les met en ligne plusieurs fois par jour sur les réseaux sociaux.

Le travail acharné ? Elle prend le parti de créer son entreprise et de mener plusieurs emplois de front.

En réalité, l’État est le seul îlot qui refuse son engagement.

Elle lutte pour se faire entendre et trouver sa place face à un État qui confisque et monopolise la prise de décision.

Plus question d’adopter une logique pyramidale des organisations, le participatif est désormais un droit. Il doit se concrétiser.

La clause d’impact jeunesse, qui consiste à évaluer l’impact d’une loi sur la jeunesse, va dans le bon sens. Mais elle est insuffisante.

Le budget participatif constitue un outil clé de la démocratie horizontale qui mérite d’être expérimenté au niveau national.

Porto Allègre, Grigny, Paris, les budgets participatifs ont fait leurs preuves au niveau local, pourquoi ne pas les étendre au niveau national ? Un pourcentage du budget de l’État pourrait être alloué à des budgets participatifs dédiés aux jeunes, qui voteraient pour flécher ces moyens vers des projets auxquels ils croient.

Un État qui favorise l’engagement des jeunes, c’est aussi un État qui leur permet de contribuer au dynamisme économique et à la croissance.

Entreprendre, que cela soit via le système de l’auto-entreprenariat ou à travers la création à plusieurs d’une start up, les jeunes plus que les autres en ont envie : selon un sondage Opinionway d’octobre 2016, 37% des jeunes de moins de 35 ans sont attirés par le statut d’autoentrepreneur, contre 26% pour l’ensemble des Français. Ils sont 62% des 18-24 ans à être intéressés par la création d’entreprise en général, contre 30% pour le reste des Français. Doit-on laisser cette énergie de côté  alors qu’elle pourrait être bénéfique, notamment pour l’économie française ? Au contraire, il faut donner les moyens à la jeunesse d’exprimer son potentiel entrepreneurial.

La création d’entreprise par les jeunes doit être facilitée. Et les pistes sont nombreuses : les structures de promotion de l’entrepreneuriat (junior entreprises, incubateurs etc.) au sein des établissements d’enseignement supérieur doivent se multiplier, sans rester le monopole des Grandes écoles.

Les institutions œuvrant pour l’emploi des jeunes, comme Pôle emploi ou les missions locales, doivent accroître leur communication sur la création d’entreprise, qui peut être une voie de retour à l’activité.

Les avantages du statut de « jeune entreprise » doivent perdurer dans le temps.

Finalement, au-delà du cliché, lorsqu’on s’oblige à la réflexion, une vérité fait surface : c’est à l’État de s’engager désormais.

le 7 novembre 2016

 

Julien Miro 2016

Par Julien Miro, président du think tank 5 ans pour des idées

et responsable des questions jeunesse auprès d’Alain Juppé.

 

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