Romain Renard, président du 27 Investment Club, une association créée l’année dernière et affiliée à SciencesPo Paris, a accepté de répondre à mes questions, je l’en remercie. Focus sur le secteur privé, la finance et l’entreprise, l’investissement et la compétitivité... des thèmes de débats qui se devraient d’avoir lieu en cette période de campagne présidentielle. Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche...

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Romain Renard: « Il faut faire évoluer les mentalités

sur l’entreprise et l’argent en France »

Q. : 26/02/17 ; R. : 02/03/17

Romain Renard

R. Renard est président du 27 Investment Club.

 

Romain Renard bonjour, merci de m’accorder cet entretien pour Paroles d’Actu. Parle-nous un peu de toi, de ton parcours, avant d’aller plus loin. Et de ce processus qui a fait que tu as été sensibilisé et t’es intéressé, progressivement, aux questions de finance et d’économie ?

Bonjour Nicolas et merci de ton invitation. Mon parcours est assez classique : j’ai passé un bac S et ai été reçu à SciencesPo en 1ère année. Je dis cela car il est également possible d’intégrer SciencesPo au niveau master. Pour ma part, j’y suis depuis 4 ans maintenant. J’étais sur le campus de Paris durant mon premier cycle, plus précisément deux ans, avant de partir à Boston College en « 3A » (c’est la fameuse troisième année obligatoirement à l’étranger) et de revenir pour commencer le master Finance et stratégie qui forme entre autres à la finance d’entreprise.

Mon appétence pour l’Entreprise au sens large s’est en réalité construite depuis longtemps puisque je savais dès mon arrivée à SciencesPo que j’irais dans le master Finance et stratégie. Au début avec l’idée de faire de l’entrepreneuriat. Après cela, j’ai notamment effectué un stage en banque privée, c’était une excellente expérience mais la finance de marché ne m’a pas convaincu, et c’est une deuxième expérience en Fintech à Londres qui m’a conforté dans le choix de la finance d’entreprise.

Tu nous racontes l’histoire du 27 Investment Club, que tu présides depuis sa création l’année dernière ? Est-ce qu’il y a derrière cette initiative l’idée que les "élites" ou "futures élites" (avec tous les guillemets possibles) de notre pays ne seraient pas assez sensibilisées justement à ces questions de finance et d’économie ? Et est-ce que, là-dessus, la situation française est différente de ce qu’on peut observer ailleurs ?

27 Investment Club c’est ce que l’on appelle un club d’investissement étudiant. En tout cas aux États-Unis, où le concept est très répandu. Le principe est très simple : un fonds d’investissement, financé par des sponsors, et géré par des étudiants qui souhaitent s’initier au travail d’analyse financière. Ces derniers élaborent des analyses avec une certaine fréquence, suivent une stratégie (risquée, peu risquée, etc) et se réunissent pour débattre de leur recommandations et passer les ordres de bourse via le compte-titre de l’association. J’ai personnellement découvert ce concept à Boston College et j’ai trouvé ça génial : c’est à la fois responsabilisant (tu es en charge d’une certaine somme d’argent) et surtout très professionnalisant. La suite est simple : je suis rentré en Europe et j’ai profité des trois mois de vacances qui s’offraient à moi pour créer l’intégralité du club : penser le modèle, constituer une équipe fondatrice, procéder aux démarches juridiques et administratives, et présenter le projet à SciencesPo.

Concernant ta deuxième question, c’est en effet un constat qui nous a motivé davantage dans la création de ce club puisqu’il n’existe que très peu d’associations promouvant les métiers du secteur privé à SciencesPo, et les principes qui en découlent. Sans citer de noms, il existe peut être quelques associations orientées sur l’entrepreneuriat ou le libéralisme, mais aucune ne proposant une expérience résolument pratique, en l’occurrence la gestion d’un fonds d’investissement.

Je rajouterais à cela les dernières données issues du rapport d’insertion professionnel que publie SciencesPo chaque année : plus de 75% des étudiants de l’Institut s’orientent désormais vers le secteur privé. À l’aune de cette orientation, et à la vue du paysage associatif de SciencesPo, nous avons décidé de combler ce trou en créant 27 Investment Club.

Quel est pour ce que tu en sais le profil des fondateurs et membres de l’association ? De manière plus générale est-ce qu’il y a une vraie pluralité d’opinions en son sein (je ne sais pas moi, des altermondialistes ?) ou bien y’a-t-il tout de même un socle commun assez orienté libéral ? Ok vous avez reçu Pierre Gattaz pour votre conférence de rentrée, est-ce que vous recevriez de la même manière, pour l’amour du débat, quelqu’un qui serait fort éloigné de lui sur le libéralisme économique ?

On recevrait clairement des avis dissidents et nous sommes d’ailleurs en train de discuter avec une personnalité pour la conférence de rentrée de septembre. Il ne faut cependant pas oublier que nous sommes une association étudiante dont l’objet est par définition inclusif : c’est la raison pour laquelle nous organisons des événements divers (rencontres, conférences) et promouvons à notre manière ce que nous aimons. Alors certes, on pourrait nous qualifier de « libéraux » mais comme l’a justement dit Pierre Gattaz, « Libéral ce n’est pas un gros mot ». En objectivant cet adjectif, nous ne faisons ni ne parlons jamais de politique dans l’association, en interne comme durant les événements. Ce n’est pas le but, ce n’est pas notre travail, et SciencesPo regorge d’associations étudiantes à caractère politique.

Et pour conclure et être exhaustif, il existe une diversité d’opinions et de profils au sein de l’association : des étudiants engagés à droite comme à gauche, des élèves niveaux master et premier cycle (et j’insiste là-dessus !), des étudiants en droit, en affaires publiques, en finance.

Est-ce que tu dirais qu’on a, en France, une vision trop dogmatique - trop dogmatiquement "mauvaise" - de l’entreprise, de l’argent ? Et si oui, comment l’expliques-tu ?

Je viens de dire qu’on ne parlait pas de politique ! Mais si tu veux connaître mon avis, je pense qu’il y a des progrès à faire dans l’évolution des mentalités en France. L’argent est encore vécu comme quelque chose de mal, en l’assimilant à des images ostentatoires complètement superficielles et décalées. Il ne faut pas oublier que le moteur de tout développement, dans un système capitaliste et dans une économique de marché, c’est l’argent. Sans argent, sans fortunes, tu n’as pas d’investissements, tu n’as pas de « business angels », tu n’as pas d’investisseurs. C’est le constat du secteur de l’entrepreneuriat en France : Xavier Niel a raison de parler de « paradis des entrepreneurs », la France est le pays le plus facile pour créer son entreprise ; en revanche, c’est le pays le plus difficile pour la développer. Et c’est sans surprise que nous observons tant de Français partir au Royaume-Uni entreprendre, aux États-Unis travailler, là où la réussite financière est perçue comme légitime et est encouragée par d’autres facteurs, législatifs et politiques.

« Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. » Je ne te ferai pas l’injure de rappeler de qui et de quand est cette citation. Simplement demander ceci : est-ce que, véritablement, il y a "deux" mondes de la finance à bien distinguer, ou bien est-on sur des nuances moins nettes que ça ?

C’est une manœuvre purement politique que de désigner la finance comme notre ennemi, c’est du clientélisme électoral. Evidemment que non, il n’y a pas deux mondes de la finance. Il y a la finance normale, les marchés, grâce à laquelle nos entreprises diversifient leurs sources de financement et se développent brillamment, et il y a, comme dans toute industrie, peut-être moins que dans certaines d’ailleurs, des « banksters » malfaisants ou des personnages caricaturaux, qui font parfois la une des journaux.

Quelle lecture fais-tu de l’actuelle campagne pour la présidentielle française ? Est-elle de bonne tenue pour ce qui concerne les questions que tu crois d’importance, et y a-t-il dans le lot des propositions véritablement intéressantes ?

De bonne tenue certainement pas ! Les principales préoccupations actuelles sont de forme et pas de fonds. Pendant que l’actualité médiatique s’intéresse aux affaires de Fillon, du FN, et autres, personne ne parle des réformes indispensables à mettre en place pour sauver notre pays. J’ai l’impression qu’on a du mal à concevoir qu’un pays peut faire faillite et que cela pourrait nous arriver. Une dette à hauteur de 97% du PIB dans un environnement sans croissance (1,1% c’est rien), c’est dramatique. Une dépense publique de plus de 57% de notre économique c’est anormal et néfaste pour la santé de notre pays. Un chômage à 10%  c’est un boulet qui nous empêche d’avancer. Il faut mettre fin à cela et urgemment.

J’en profite pour signaler que la commission européenne des affaires économiques a rendu un rapport préconisant les réformes indispensables à mettre en place pour guérir ces maux, en signalant qu’il existe six pays en situation très inquiétante aujourd’hui : la Grèce, la Bulgarie, le Portugal, l’Italie, Chypre, et… la France.

Votre club entend-il s’impliquer directement dans la campagne ? Peut-être soutenir un (ou une) candidat(e) ?

Absolument pas, et on n’aurait pas le temps !

Les incertitudes qui pèsent sur le climat économique général (le ralentissement de la machine chinoise, la crise non résolue des dettes souveraines en Europe, le flou autour des suites du Brexit et de l’élection de Donald Trump) te paraissent-elles de nature à nourrir de véritables inquiétudes pour la suite ?

Des inquiétudes oui, puisque cela crée des précédents qui, il me semble, nourrissent les discours populistes en commençant par celui de Marine Le Pen. Ensuite économiquement, le ralentissement de la croissance à deux chiffres des pays émergents n’est pas une surprise et était attendu. Là où se pose véritablement la question, c’est dans notre capacité à tirer profit des secteurs innovants, moteurs de croissance, comme le numérique pour donner un exemple type.

Quels conseils apporterais-tu à quelqu’un qui voudrait épargner un peu d’argent et chercherait à aller vers du "un peu moins sécurisé" mais potentiellement plus rentable que le bon vieux livret A ? Quels sont les secteurs les plus dynamiques, les plus porteurs ? Quels écueils à éviter ?

Pour un néophyte ? L’investissement en obligations. Vous achetez des obligations d’un secteur plutôt sûr, ça rapporte plus que le livret A et vous ne risquez pas de faire une moins-value.

Quels sont tes projets et envies ? Tu te vois comment, où dans 5 ans ?

J’ai envie de prendre part aux grandes décisions stratégiques d’une entreprise tant en matière opérationnelle que financière. Cela m’intéresserait beaucoup et peut se traduire par du conseil en fusions et acquisitions, en banque donc, mais également en interne en travail dans une entreprise. En attendant, j’ai encore beaucoup à apprendre et je passerai l’année prochaine en fusions-acquisitions pour développer mes compétences.

Les projets et vœux à formuler pour votre association ?

Réunir et convaincre ! On espère que notre travail et celui des prochaines équipes aura démystifié la banque, finance, le conseil, et autres, et qu’il saura convaincre en dehors de SciencesPo également. 

Un dernier mot ?

Venez nous rencontrer à notre afterwork du samedi 11 mars et suivez-nous sur les réseaux sociaux!

 

Un commentaire ? Une réaction ?

Suivez Paroles d’Actu via FacebookTwitter et Linkedin... MERCI !