Il y a trois mois, Fatiha Boudjahlat, enseignante et militante active au sein du Mouvement républicain et citoyen (MRC), acceptait mon offre de tribune libre autour de la thématique suivante : « L’identité nationale, c’est la République ? ». Son texte, intitulé « L'identité républicaine, la plus universelle des singularités », riche et sans concession aucune, mérite certainement d’être lu ou relu en cette période trouble - et pas simplement parce qu’on est à dix jours du début de l’élection présidentielle. C’est de ce scrutin, précisément, qu’il est question pour cette nouvelle contribution inédite qu’elle nous livre - sa dernière tribune en tant que secrétaire nationale du MRC : « Le retour de la IIIe République ». Tout un programme... Merci à vous, Fatiha, pour cette nouvelle marque de confiance. Une exclu Paroles dActu. Par Nicolas Roche

 

« Le retour de la IIIème République »

par Fatiha Boudjahlat, le 12 avril 2017

Les experts insistent tous, l’expérience de leurs séries d’échecs y incitant, sur la volatilité des électeurs repartis en 4 quarts, ainsi que sur le nombre d’électeurs indécis. C’est une campagne inédite.

D’abord parce que le vainqueur l’aura remporté sans parti, en dépit, voire contre son parti. La grande majorité des cadres LR avait tourné le dos à Fillon, qui a alors rebondi en s’appuyant sur des groupuscules comme Sens Commun. Mais lui avait la main sur la caisse et sur le parti. Prudence élémentaire que n’a pas eue Hamon, que les cadres du PS ont voulu à plusieurs reprises débrancher. Mélenchon gagne en dehors du PCF et du PG, son parti pourtant, il a bâti sa structure La France insoumise, tout comme Emmanuel Macron avec En Marche. Deux candidats, LR et PS, menant campagne contre leurs partis, deux candidats ne jouant pas la carte du parti. Une dernière ayant elle aussi créé une structure ah doc, le Rassemblement Bleu Marine, avec un logo bien différent de celui du Front national qui reste à la manoeuvre mais qui n’est pas sur le devant de la scène.

Ensuite par le rôle des primaires dans l’essorage des deux candidats naturels de la gauche et de la droite. Remporter les primaires nécessite de mobiliser un électorat qui s’avère le plus extrémiste. L’enjeu consiste après à rassembler, ce qui passe alors pour une trahison de ces premiers électeurs. Ni Fillon, ni Hamon n’ont voulu faire ce choix. Mais tant qu’ils semblaient être en passe de l’emporter, les autres électeurs et leurs concurrents malheureux faisaient contre mauvaise fortune bon cœur. Le cœur de midinettes, volatile, oui, animé par des fidélités successives.

Enfin, c’est un président sans majorité absolue qui sera désigné. Quand on considère que le PS est en passe de réaliser un score à un chiffre !

On se souvient que c’est Lionel Jospin, sûr de sa victoire, qui avait procédé au changement de calendrier induit par le quinquennat, faisant se tenir l’élection présidentielle avant celle des députés. Or, quand la gauche perd, elle perd toujours plus lourdement que la droite. Quand elle gagne, c’est toujours par un pourcentage plus faible que lorsque c’est la droite qui l’emporte. On est toujours plus déçus par la gauche que par la droite, qui dispose d’une assise dans les territoires plus solide.

« Quel que soit le candidat qui l’emportera,

on entrera dans un système de

cohabitation/coalition »

Quel que soit le candidat qui l’emporte, et surtout si c’est Macron, du fait même de la nature de sa chimère, au sens mythologique du terme, nous entrerons dans un système de cohabitation et de coalition. Macron a déclaré : « On n’a jamais vu, depuis 1958, le peuple français dire le contraire aux législatives de ce qu’il a dit quelques semaines plus tôt à la présidentielle. » Mais jamais le peuple français n’avait été autant éclaté, quatre candidats, et jamais il n’a dû se prononcer sur des hommes sans parti. Cohabitation parce que les grands partis LR, PS, RBM-FN remporteront un nombre important de circonscriptions. Et plutôt que d’assurer la gouvernabilité de la France, par une chambre des députés en accord avec la présidence, je pense que les Français, esseulés, retrouveront les reflexes de vote. Les Français gardent aussi un très bon souvenir de la cohabitation gauche-plurielle/Chirac. À ceci s’ajoute la loi sur le non-cumul des mandats, ainsi que la volonté de renouvellement, non des couleurs politiques, mais des têtes. Si Le Pen gagne, le choc sera tel que les Français plébisciteront les autres partis aux législatives, le réflexe républicain prévaut. Ce qui sera une situation idéale pour elle. L’absence de majorité la dispensera d’appliquer ses mesures folles, et elle en restera à la posture de chef, exerçant les missions régaliennes à haute valeur et crédibilité ajoutées.

« Macron serait un président de la Vème République

fonctionnant avec un parlement de la IIIème... »

Idem dans le cas de François Fillon, exposé par les procédures judiciaires, concernant sa femme et ses enfants, qui se poursuivront, qui ne bénéficient pas de l’immunité présidentielle. Avec Macron, outre la cohabitation, ce sera un système de coalition. Macron sera un président de la Vème République fonctionnant avec un parlement de la IIIème. Il devra convaincre et coaliser pour chaque décision, au cas par cas. Et même s’il présente le clivage gauche-droite comme désuet, les reflexes seront là pour ses députés qui ne disposent pas d’une colonne vertébrale doctrinaire commune. C’est peut-être la raison pour laquelle il a d’ores et déjà annoncé que tout moderne qu’il soit, il réformerait le code du travail à coup d’ordonnances, en vertu de l’article 38 de la Constitution. Il serait utile de lui rappeler que les ordonnances entrent dans les prérogatives du chef du gouvernement, pas du chef de l’État, il doit donc s’assurer une chambre à ses ordres et à ses couleurs. Or, son mode même de recrutement, le système McDo, venez comme vous êtes, incitera à la fronde permanente. Jean-Luc Mélenchon ne disposera pas non plus de majorité s’il est élu. Les députés ne sont pas élus à la proportionnelle mais à la majorité qualifiée dans chaque circonscription. Dans quelle mesure joue l’étiquette plutôt que l’expérience et le bilan du député ? C’est aussi ce que les prochaines élections permettront d’éclaircir. De bons députés seront sanctionnés, de mauvais candidats seront élus.

« Exercer le pouvoir suppose de la "puissance",

elle-même fonction de la capacité à projeter

de l’autorité... pas gagné pour tous ! »

Est-ce l’élection de trop d’un système, la Vème à bout de souffle ? On n’avait pas mesuré les conséquences du quinquennat et des primaires dans un régime présidentiel fort qu’est celui de la Vème. On dit souvent que notre régime est celui d’une monarchie républicaine. Comme pour les écrouelles, il y a une part de symbolique essentielle, ce que Macron reconnaissait en parlant de transcendance et de verticalité du pouvoir. Ce qui rend les propos et l’attitude de Mélenchon anxiogènes, on ajouterait de l’autorité à de l’autoritaire, et ce pourquoi il annonce qu’il ne restera au pouvoir que le temps de faire adopter une nouvelle constitution. Mais il ne s’agit pas de pouvoir mais de puissance, au sens que lui donna Joseph Nye : la capacité à faire adopter à autrui le comportement voulu par soi. Et cette puissance ne repose pas que sur des institutions, elle dépend en premier lieu de l’autorité. Et cette autorité est d’abord un consentement des personnes soumises à cette autorité. Elles consentent à prêter de la puissance à celui qui incarne cette autorité. Or, si Le Pen est élue, chacun se croira Jean Moulin en refusant d’appliquer la plus insignifiante de ses directives. Idem, pour des raisons différentes, avec Jean-Luc Mélenchon. Quant à Fillon, il ne pourra exiger du peuple des sacrifices parce que les affaires ont dilapidé sa crédibilité et sa capacité à obtenir ce consentement. Enfin, Macron qui joue les politiques modernes et le jeu participatif, est en mesure d’obtenir ce consentement, jusqu’à ses premières erreurs qui ne manqueront pas d’advenir, lui qui n’a eu de cesse de promettre tout et son contraire durant cette campagne folle.

 

Fatiha Boudjahlat

Enseignante et militante au sein du Mouvement républicain et citoyen (MRC),

Fatiha Boudjahlat est avec Célina Pina la cofondatrice du mouvement Viv(r)e la République.

 

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