« J’ai pas toujours trouvé les motsPour bercer tes rêves d’enfantsEnsemble, on est devenu grand...De bons points en double zéroParalysés par tant d’amourOn s’apprivoise au jour le jour... »

« Je n’ai jamais su trouver les gestesQui pouvaient soigner tes blessuresGuider tes pas vers le futurÀ tous les signaux de détresseDis, comment j’aurais pu faire facePris entre le feu et la glace... »

« Au-delà de nos différencesDes coups de gueule, des coups de sangÀ force d’échanger nos silencesMaintenant qu’on est face à faceOn se ressemble sang pour sang... »

Qui ne s’est pas trouvé ému, ou au moins touché en écoutant cette chanson, Sang pour sang, issue de l’album éponyme (1999), le 42è studio de Johnny Hallyday ? C’est la confrontation d’un père et d’un fils, qui mettent à plat les non-dits accumulés sur des décennies, et se rendent compte qu’ils sont faits du même bois. Quand on n’a plus son père... ce titre prend tout son sens, et devient plus douloureux parce que cette redécouverte mutuelle ne viendra plus. Et, s’agissant de Johnny, de sa vie, de ses rapports avec son père, et aussi avec ses enfants, quand on les connaît, on sait à quel point la chanson est importante et forte de signification, dans son répertoire. À la compo, comme pour tout l’album, son fils David... Et à l’écriture, un nom, trop peu connu : Éric Chemouny.

Après la triste et marquante disparition de Johnny il y a huit jours, j’ai souhaité contacter cet auteur, l’inviter à témoigner, à évoquer l’artiste. J’ai à cette occasion découvert qu’il était très impliqué dans une belle initiative éditoriale, le webmagazine « Je suis musique », qui a consacré dans l’urgent numéro à celui qu’on appelait jadis « l’idole des jeunes ». Dont un article signé par M. Chemouny et qui revient sur lhistoire de Sang pour sang, à découvrir, en complément du présent. J’ai posé des thèmes, illustrés par des titres de chansons du « Taulier », M. Chemouny a rempli les blancs et ouvert son cœur. Merci à vous Éric, et que personne n’en doute : les grands artistes ne meurent pas. Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Q. : 12/12/17 ; R. : 13/12/17.

Éric Chemouny: « Johnny est parti, mais il

n’aurait pas aimé que nous soyons tristes »

Sang pour sang

L’album Sang pour sang (Universal, 1999). DR.

 

« Noir c’est noir » : Johnny est parti...

Johnny est parti, mais il n’aurait pas aimé que nous soyons tristes. Il n’a jamais été aussi présent ; les jeunes générations redécouvrent la carrière extraordinaire de notre rocker, entré dans la légende. Et ce n’est pas fini, il y aura sans doute d’autres émissions hommages, des biopics, des comédies musicales autour de son destin...

 

« De l’amour » : Une semaine d’hommages populaires

Au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer ! C’était très réconfortant de voir les Français se mobiliser, dans la communion autour d’un artiste que tout le monde aimait. Il a tellement donné de lui toute sa vie, et d’amour à son public, que c’était un juste retour des choses.

 

« Souvenirs, souvenirs » : Mon histoire avec Johnny

J’aimais beaucoup Johnny, comme mes parents, qui avaient pas mal de 45 tours : enfant, je me rappelle en particulier des pochettes si belles de San Francisco, et de J’ai un problème... Mais je n’imaginais pas le rencontrer un jour : il me paraissait si inaccessible... La vie a eu plus d’imagination que moi, et j’ai découvert un homme extrêmement timide, généreux, plein d’humour, et curieux des autres. Dans l’intimité, en studio notamment, il était au même niveau que les musiciens, juste soucieux de donner le meilleur de lui-même. Un immense artiste.

 

« J’ai un problème » : Sylvie, David, histoires d’amitié?

David et Sylvie sont avant tout des amis, avant d’être mes interprètes. La musique n’a fait que resserrer nos liens. On a les mêmes valeurs, si bien qu’on se comprend souvent sans se parler. Ce ne les empêche pas d’être exigeants avec moi en tant qu’auteur.

 

« Sang pour sang » : Genèse, coulisses et retombées d’un titre très intime devenu tube

J’ai raconté la genèse de Sang pour sang, dans Je suis musique, mais je suis très ému de constater aujourd’hui que cette chanson est restée comme une des préférées du public, pour le symbole universel qu’elle représente et la place particulière qu’elle a eu dans la discographie de Johnny. 18 ans après, je recois encore des messages de sympathie à ce sujet, de gens anonymes comme d’artistes reconnus. Jean-Michel Jarre et La Grande Sophie notamment, l’ont citée à sa disparition, comme leur titre préféré de Johnny. C’est très touchant.

 

Je suis musique

« Je suis musique », le numéro spécial Johnny.

 

« Je veux te graver dans ma vie » : Ce que j’ai appris et que je retiendrai de l’homme derrière le mythe Johnny

Me concernant, j’ai appris qu’il faut croire en ses rêves et que rien n’est impossible, si on travaille pour cela et qu’on se donne les moyens de les réaliser. Je crois que c’est aussi valable pour Johnny qui ne s’est jamais reposé sur ses lauriers, a toujours cherché de nouveaux talents, pour progresser et se renouveler ; le travail, toujours le travail... et cet instinct animal, cette intelligence qui le caractérisaient sont aussi à l’origine de son succès incroyable.

 

« Toute la musique que j’aime » : Johnny, mes chansons préférées...

J’aime beaucoup de chansons de Johnny bien sûr, mais j’ai une préférence pour le Johnny lyrique et mélancolique, ses grandes ballades : J’la croise tous les matins, Elle m’oublie, Le coeur en deux, Requiem pour un fou, Mirador, J’ai oublié de vivre, Derrière l’amour... La liste est trop longue... Et je suis le premier fan de son interprétation de Ceux qui parlent aux étoiles, que j’ai écrite pour lui, sur une musique de David, mais passée un peu inaperçue sur l’album « À la vie, à la mort », suite à l’écrasant triomphe (mérité) de Marie.

 

« Ça n’finira jamais » : Et maintenant, Johnny?

Je pense que l’hommage de la Madeleine n’est que le début de la mesure de son immense popularité : je suis certain que beaucoup de rues et d’écoles dans les villes de France vont porter son nom...

 

« L’envie », « Vivre pour le meilleur » : Projets, désirs et vœux

Vivre pour le meilleur, et au jour le jour est une belle philosophie... Profiter de chaque instant, en essayant de progresser dans son domaine, sans oublier de rendre aux autres un peu de ce bonheur que la vie nous apporte... C’est un peu le rôle de la musique.

 

Eric Chemouny

Éric Chemouny est parolier et journaliste.

À découvrir, son webmagazine, « Je suis musique ».

 

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