Le 21 juin dernier, soir de Fête de la Musique, j’ai assisté avec un ami à un grand concert Les Années 80 : La Tournée organisé par la ville de Saint-Chamond, dans la Loire. Plus de 2h de show, un public large et conquis par des musiques et des chansons aimées depuis longtemps ou découvertes plus récemment. Et une vraie énergie, communicative, de la part des artistes. Parmi eux : Julie Piétri, Lio, Sloane, Patrick Juvet. Et Jean-Pierre Morgand. Si si, vous savez, Nuit sauvage. Après échange avec lui, via Facebook, j’ai appris qu’il venait de sortir un nouvel album, "L’homme qui passe après le canard". Un opus rock, pop, et nostalgique (mais pas que !). J’ai eu envie de l’interroger et suis heureux qu’il ait accepté mon invitation. Rencontre avec un artiste authentique, qui a le sens des mots et du bon son. Interview exclusive, Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Q. : 15/08/18 ; R. : 23/08/18.

Jean-Pierre Morgand: « Le métier est simple :

plus vous jouez, plus on vous demande ! »

L'homme qui passe après le canard

L'Homme qui passe après le canard, nouvel album de Jean-Pierre Morgand.

 

Jean-Pierre Morgand bonjour. Si vous deviez présenter en quelques phrases ce que vous êtes, que diriez-vous ?

Je ne suis pas très fort à cet exercice et, en général, je laisse ceci à ceux qui m’accompagnent. Je viens d’un milieu assez modeste, mais ouvert...

 

Comment votre chemin a-t-il croisé ceux de la musique ? Quelles sont vos grandes influences, et qui sont vos maîtres ?

Ma mère, qui était enseignante et écoutait beaucoup de musique, surtout classique, et j’en ai écouté très jeune. J’ai choisi un chemin plus facile, et plus gai, avec la pop. Très jeune, j’écoutais les Beatles car j’avais demandé à voir au cinéma Yellow Submarine, croyant que c’était un dessin animé, comme Tom et Jerry. Beatles, donc. Rolling Stones. Bowie. The Doors. Pink Floyd. Sinatra. The Clash. The Stranglers. XTC. Prince. Ferré. Brel. Gainsbourg. Delpech.

 

Votre grand succès, ça a été, évidemment, Nuit sauvage (1986), avec votre groupe Les Avions. Ça a représenté quoi, concrètement, ce moment-là ? Comment avez-vous vécu cette époque ?

Pas si bien que ça car on passait tellement de temps en promo pour remercier toutes les radios (ce qui est bien normal) qu’on ne faisait plus de musique... mais nous avons repris après.

 

Vous participez régulièrement à des concerts Années 80, comme celui, très sympathique, auquel j’ai eu la chance d’assister à Saint-Chamond (Loire) le 21 juin dernier. Est-ce qu’il y a entre vous, artistes de cette décennie-là, une espèce d’esprit de troupe, de sentiment d’appartenir à une vraie aventure musicale ?

Avec certains oui, depuis quelques années. C’est d’ailleurs pourquoi "Les Années 80 : La Tournée" est pour moi la meilleure, car on a longuement discuté de ce que l’on voulait jouer, et comment le faire.

 

Nombreux sont les nostalgiques de la musique des années 80, et de ces années-là en général. On a aimé ces chansons, qui étaient entraînantes, et souvent intelligentes, et insouciantes. On a peut-être aussi une vision un peu idéalisée de ces années 80. Comment est-ce que vous, vous regardez les années 80 par rapport à aujourd’hui ?

Une époque assez dure en fait, et qui commençait à être ce qu’est la société d’aujourd’hui. En fait, je crois que j’aurais préféré les années 70... mais j’étais un peu jeune quand même. Néanmoins, je dois avouer que dans les années 80, il y eu un sacré cocktail musical, et ça allait très vite !

 

Quel est votre sentiment : est-il plus ou moins facile de faire de la musique de manière indépendante, et de se faire connaître, aujourd’hui que dans les années 80 ? Certes, internet et les réseaux sociaux ouvrent tous les champs des possibles... mais l’esprit de zapping n’a jamais été aussi présent ?

L’un dans l’autre, je crois que ça revient au même car il y aujourd’hui tellement de talents et de gens qui peuvent grâce à la technologie faire de la très bonne musique et garder un job... Ce qui n’était pas possible à mon époque. Mais je pense qu’il est plus facile de se produire sur scène aujourd’hui, vu la diversité des scènes. Même si les gouvernements successifs ont plutôt tendance à fermer les petits lieux starters, où tout se passe, dans tous les genres de musique...

 

Vous reconnaît-on encore souvent dans la rue, en 2018 ? Avoir connu une grande célébrité avec un gros tube, c’est une bénédiction pure, ou bien y a-t-il aussi là-dedans, des points négatifs (le fait d’être toujours réduit à ce tube par le public et les médias par exemple) ?

On me reconnaît davantage aujourd’hui, en fait suite à tous ces spectacles, et aux captations télé. Il ne faut pas aller contre le tube et s’en servir en fait, ce que j’ai fini par comprendre. Je fais beaucoup de concerts solo ou en trio avec mes titres perso grâce à ce tube, et d’autres chansons des Avions. On me demande juste de les jouer, et voilà.

 

Ce qui nous intéresse au premier chef pour cette interview, et qui d’ailleurs l’a provoquée, c’est la sortie récente (ce printemps) de votre nouvel album, "L’homme qui passe après le canard". Quelle est l’histoire de ce nouvel opus, s’agissant de sa fabrication artistique mais aussi de sa rencontre avec un public, jouant aussi ici le rôle de producteur ?

L’homme qui passe après le canard, la chanson qui donne son titre à l’album, m’est venue pendant la tournée RFM PARTY 80 et après je me suis mis à écrire une suite de chansonsJe laisse le soin aux lecteurs de découvrir le texte, et comprendre ainsi pourquoi ça s’appelle comme ça. Je n’écrivais plus de chansons depuis quelques années, étant plutôt alors sur des musiques plus expérimentales, voire instrumentales. Comme je ne veux plus taper aux portes des maisons de disques, ou ce qu’il en reste, j’assume le fait de devenir producteur indépendant. Je suis pas mal aidé, comme par l’association musicale "Le Grand Grabuge". Et par mon petit public, mais très actif, comme pour le KissKissBankBank.

 

 

Les chansons de cet album le font sonner comme un bilan d’étape, mêlant souvenirs touchants et passions plus ou moins encore vivaces. Vous avez mis beaucoup de vous dans cet album ?

Ah oui, peut être plus que d’habitude, où j’observais plus les autres... Cet album est plus direct et plus perso. Je le voulais. Mais tout ne l’est pas, perso...

 

Quelles sont, parmi toutes vos chansons (celles de cet album et toutes les autres, en groupe ou en solo), celles qui vous tiennent le plus à cœur et que vous aimeriez inviter nos lecteurs à découvrir ?

Du dernier je saurais dire tout de suite. Les gens me parlent beaucoup de Maman, Par terre, Rose et Pas de ma fauteDe l’ancien temps, il y a Le Bleu du ciel, De Guerre lasse, Snake, et du Groupe Les Avions, Désordre, Tous ces visages, PublicitaireJ’adore aussi ce groupe rock que j’avais créé avec de jeunes musiciens, où on avait partagé l’écriture : Morgenbuz.

 

Vous êtes auteur, compositeur, et interprète. Comment définiriez-vous votre univers musical ? Est-ce qu’il a bougé au fil des ans ?

Pop rock, car j’ai toujours aimé le rock pour le son, l’énergie, et la pop car j’en aime les mélodies et les ambiances. Mon univers a bougé mais au fond on a une voie ou plutôt une voix et quoi qu’on fasse...

 

Quel regard portez-vous sur votre parcours d’artiste et d’homme, quand vous regardez dans le rétro ?

J’aurais aimé jouer plus souvent sur scène car il y eu de longs trous. Même si j’ai toujours joué dans les clubs... Aujourd’hui grâce aux années 80, il y des moyens, du son et de bons musiciens. Et grâce à ces tournées, je joue plus ma musique à moi. Le métier est simple : plus vous jouez, plus on vous demande, y compris revenir jouer nos chansons actuelles.

 

La question que vous aimeriez qu’on vous pose... et sa réponse ?

Aucune idée mais je peux vous dire que j’aime qu’on me pose des questions qui me surprennent.

 

Ici, un espace pour vous permettre, à l’occasion de cette interview, d’adresser un message, n’importe lequel, à quelqu’un, n’importe qui…

J’aimerais qu’une partie des gens arrêtent d’aborder les sujets sérieux de société, en noir ou blanc, ou pour ou contre, et réfléchissent un peu avant de se prononcer. Surtout sur les réseaux sociaux sur lesquels je suis pas mal, avec mon activité musicale.

 

  

Vos projets, vos envies pour la suite ? Que peut-on vous souhaiter ?

Jouer le plus possible en trio cet album. Car c’est la formation que je préfère. Le 1er septembre à Béthunes, par exemple. Retourner surfer... et voyager !

 

Un dernier mot ?

Merci !

 

Jean-Pierre Morgand

Image : Gonzo Music.

 

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