J’ai la joie, pour ce premier document de l’année 2019, de vous proposer un témoignage inspirant et lumineux, là où l’actualité, et le ciel, ne le sont pas toujours. J’ai rencontré Christine Taieb, qui nous raconte aujourd’hui son parcours sportif et sa conception du sport, dans la foulée de mon article de l’an dernier, autour de Véronique de Villèle. Élève assidue de la coach et ancienne co-animatrice, avec son amie Davina, de l’émission culte Gym Tonic, Mme Taieb avait accepté d’évoquer ces cours par un petit clin d’oeil. Nous sommes restés en contact, et elle a accepté donc, de répondre à ma proposition d’écrire le présent texte, qui m’est parvenu dans les tout derniers jours de 2018. Puisse-t-il vous inspirer, et vous donner envie de vous remettre au sport, de vous fixer à nouveau des objectifs à atteindre. Je vous souhaite, à toutes et à tous, ainsi qu’à celles et ceux qui vous sont chers, une heureuse année 2019. Avec pour maîtres mots la santé bien sûr. Et le sport ? Exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« Sport… encore et encore ! », par Christine Taieb.

 

Marathon Berlin Sept 2017 C TAIEB

Au marathon de Berlin, en septembre 2017.

 

C’est l’histoire sans doute banale, d’une petite dame normale de bientôt 68 ans qui souhaite partager son expérience, pour aider d’autres femmes tout aussi banales, à accéder à un bon équilibre de vie, par le sport sans records.

C’est mon histoire courte illustrée : une vie parcourue d’aléas et d’obstacles comme nombreuses, apaisée et devenue forte grâce à une activité physique régulière. J’entends par «  normale  »  : ne pas disposer d’aptitudes particulières, et mener une vie très complète par ailleurs  : famille, boulot puis retraite avec engagement associatif très actif, enfants et petits-enfants.

J’ai débuté le sport dès 4 ans sur des parquets flottants, puis délaissé mes chaussons de danse à 44 ans. La petite fille que j’étais ne réfléchissait pas sur le bien-fondé de ses années de conservatoire  : un tutu rose, une pianiste pour rythmer mes entrechats et le travail de souplesse guidaient mes premiers pas … vers le sport.

 

« Parlons franc : il s’agit bien d’"efforts" avec son lot

de sueur, de courbatures et de régularité contraignante

dans l’entraînement : on n’a rien sans rien ! »

 

Quarante années d’une activité qui forge le goût de l’effort, de la rigueur et l’esthétique, le sens de l’équipe et construit une solide détermination, tout en acceptant ses limites. Comment n’ai-je jamais perdu le courage de poursuivre les entrainements malgré un travail exigeant ainsi qu’une vie familiale et associative toujours riche  ? Sans doute dans le plaisir renouvelé d’un corps en harmonie avec l’esprit … et réciproquement  ! Comme une nécessité, un capital en ADN, sans mesurer qu’au fil-de-l’eau tous mes efforts m’ont portée vers bien d’autres satisfactions. Parlons franc  : il s’agit bien d’ «  efforts  » avec son lot de sueur, de courbatures et de régularité contraignante dans l’entraînement  : on n’a rien sans rien  !

J’ai aussi fait partie des adeptes des années aérobic, leur folie et parfois leurs excès. Mon mérite est de n’avoir jamais décroché de la salle de gym, malgré les grossesses, les dossiers à rendre et toutes les bobologies. Les pratiques fitness sans cesse renouvelées ont su nourrir mon besoin de curiosité: monotonie ne rime pas avec envie  !

À l’âge où le grand écart se fait plus ingrat, et le hasard d’un coaching inspirant, m’ont offert la découverte des épreuves pédestres  : une salade composée de course, trek, marche ou trail, sur un principe simple  : «  tu mets un pied devant l’autre …  et tu recommences». Après des premiers pas prudents et progressifs  - 10, 20, 42,195 km, … jusqu’aux 100 km récemment -, voici près de 30 ans que j’accumule les kilomètres sur piste, route, avec ou sans dénivelé, dans les campagnes françaises, le désert, ou l’autre bout du monde, sans jamais délaisser le travail équilibrant de «  barre au sol  », la danse sans les déplacements.

 

Barre au sol - Nov 2018 - CTAIEB

Ingrat, ingrat... tout de même ! ;-)

 

Pour pimenter le menu, quelques détours sur des courses à obstacles comme Mudday, Frappadingue ou Muddy Angel, viennent agrémenter la saveur du challenge sportif et ludique en équipe.

À l’approche des 70 ans, dame santé reste ma fidèle amie à qui je concède une vie et une nourriture saines et des choix de vie éclairés. Ma recette-équilibre est faite d’un sage 50/50 : écoute bienveillante de mes sensations et exigence mesurée. Le prix d’un entraînement régulier ne doit jamais me priver d’une vie sociale aussi riche que nécessaire.

Rester connectée avec mon organisme, apprécier le sport outdoor qu’il pleuve, neige ou vente  : les baskets ne sont jamais bien loin  ! Apprendre à comprendre mon corps, respecter ses limites et ses talents, c’est aussi apprendre à comprendre les autres en restant en éveil, solidaire des différences et s’offrir d’être en paix avec ses rêves.

Le sport témoigne que l’impossible est possible, même sans capacités particulières ni goût de la performance, en gardant motivation et en développant la confiance en soi. Lui adjoindre une dimension solidaire au départ de certaines épreuves, le plus souvent au profit d’une association aidant à lutter contre la maladie, c’est aussi mettre du sens à un projet et traduire cette complicité. Se dépasser, c’est construire des objectifs, être inspirée par des talents et des conseils avisés, donc savoir écouter.

Oser se confronter à un nouveau challenge est une transgression jouissive. J’ai pleuré au départ de mon premier marathon à 60 ans. J’ai été très émue de réaliser mon premier triathlon (format XS) et mon premier 100 km cette année à 68 ans. Je reste émue aux larmes à chaque passage de ligne d’arrivée, comme une enfant qui rêve éveillée. Il est bon de se surprendre, même si bien entendu mon niveau n’impressionne aucun champion.

 

« Mon exploit reste au fond de mon cœur : arriver souriante,

sans blessure tout en gardant l’envie de recommencer. »

 

Mes temps sont très lents et les pros, addicts ou plus jeunes peuvent en témoigner. Mon exploit reste au fond de mon cœur  : arriver souriante, sans blessure tout en gardant l’envie de recommencer. Souvent voisine de la voiture balai, je vis de purs moments de solidarité autour des courageux derniers de la vague, souvent en difficulté. S’échanger un mot d’encouragement ou une barre de céréales devient un geste d’amour et procure d’émouvants souvenirs.

Le sport c’est aussi accepter, autant que s’accepter : l’embonpoint post-ménopause, les épreuves par grand froid, la régularité de l’entrainement programmé, le brushing jamais parfait, mais aussi le respect des règles, des barrières horaires, des temps de récupération, des alertes blessures aux sensations. Bref, être dans la vraie vie, celle qui impose de ne jamais se prendre au sérieux et de garder de la hauteur sur les êtres et les événements qui entourent.

Le sport c’est aussi une grande liberté de choix devant la palette d’épreuves pédestres chaque jour plus nombreuses. M’être confrontée cette année à de nouvelles disciplines comme un relais vélo sur route, le «  Triathlon des Roses  » et le «  100 km de Millau  », ont nourri avec bonheur mon goût de la diversité. Préparations, déplacements, challenges et contextes  : chaque fois différents, chaque fois très enrichissants, dès le partage sur le spot de départ jusqu’à la grande arche de la ligne d’arrivée.

Dans cette troisième tranche de vie, je réalise que le sport aura toujours été un fidèle ami. Il m’a aidée à être plus forte devant les épreuves et plus sensible aux autres, me permet de rester connectée à la nature, m’impose sa règle d’or «  ne jamais se prendre au sérieux  » et penser à tous ceux qui n’ont pas la chance d’une santé solide.

Finalement, le sport reflète un art de vivre, conscient que les efforts sont récompensés, que la nature humaine est complexe et riche et que chaque challenge, même modeste, est un nouveau graal. Je privilégie l’endurance à la vitesse pour savourer chaque sortie, solitaire ou collective, comme un partage d’émotions.

 

« Le sport aide à accepter les déceptions : l’échec devient

une expérience, la colère s’estompe devant la réflexion

et la rancœur s’efface pour de la confiance. »

 

Le sport n’est pas une recette miracle. Triste, serait une vie toute tracée comme une voie parfaitement lisse. Le sport aide à accepter les déceptions : l’échec devient une expérience, la colère s’estompe devant la réflexion et la rancœur s’efface pour de la confiance.

Le père Noël vient de m’adresser le calendrier des courses 2019  : 6.000 épreuves et 2.700 trails en couverture. Résultat  : un agenda sportif déjà bien rempli jusqu’en 2020 et l’envie intacte de me mesurer à des défis, même modestes. Que me réservera l’année 2021, celle de mes 70 ans  ?

Enfin, pour ma future mais inévitable et joyeuse reconversion, le terrain est lui aussi déjà balisé. Bénévole depuis déjà plusieurs années sur certaines épreuves, je sais que mes émotions y sont presque plus fortes qu’en tant que participante. Les échanges sont authentiques et la bienveillance réelle, tant au sein des fidèles équipes de bénévoles qu’avec les sportifs. Le sport n’a donc pas fini de continuer de me faire vibrer.

Puisse mon témoignage, aider des femmes, quand bien même une seule, à oser pratiquer un sport, ne pas lâcher devant la difficulté pour en mesurer tous les bienfaits, prendre du plaisir et intégrer la grande famille du sport-réconfort … sans plus jamais utiliser les escalators  !
Alors, le sport ça va fort  ! … d’accord  ?

Christine Taieb, le 29 décembre 2018.

 

Trianthlon des Roses Sept 2018 C TAIEB

Lors du Triathlon des Roses, en faveur de la recherche sur le cancer du sein, en septembre 2018.

 

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