Il y a plus de six ans (déjà !), j’avais eu la joie, après l’avoir découverte par hasard sur internet, dinterviewer Fabienne Périer alias Faby, une artiste de grand talent, et une femme touchante. Elle m’avait raconté son parcours, ses émotions artistiques, les débuts difficiles dans la vie et dans "le métier", avec une envie comme une petite flamme à l’intensité fluctuante mais jamais éteinte. Et l’irruption, comme une bombe atomique, dans sa vie comme dans celle de tant d’autres, de cet immense salopard, cet ennemi intime qu’on appelle cancer. Elle en a tiré sa chanson signature, Ce matin-là, très bel hymne à la vie, évocation de lheure où celle-là même se trouvait violemment attaquée. Le départ d’un nouveau combat, mené par une battante. Depuis lors, son ennemi, odieux multirécidiviste, ne lui a laissé que peu de répit. Elle s’est battue, toujours, comme peu de gens l’ont fait, et comme bien trop de gens ont à le faire au quotidien. Il y a neuf mois sortait La Renverse, son nouvel EP. Des textes, et une voix qui touchent, forcément. Et moi dans mon coin, la suivant toujours, je lui ai proposé d’écrire quelque chose pour se raconter un peu, elle qui le fait tellement bien, régulièrement, sur son Facebook. Elle n’était pas tellement partante pour l’exercice, ayant déjà couché sa vie sur papier dans un manuscrit cherchant encore un éditeur. J’ai insisté, gentiment, mais en persévérant (moi aussi). Et ce 3 juin, son texte m’est parvenu. Autant dire qu’il est à la hauteur de ce que j’en espérais. À sa hauteur. Puisse-t-il vous inspirer, vous toucher. Et vous donner envie de découvrir, et de soutenir Faby. Que je salue ici et à qui je ne souhaite que le meilleur ! Exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

Faby

Faby. Crédit photo : Izabela Sawicka.

 

Le talent c’est la persévérance…

par Faby, le 3 juin 2019

Depuis plusieurs semaines, plusieurs mois même, Nicolas m’envoie des mails. Il voudrait que je me raconte, que je raconte mon parcours d’artiste, de femme, de combattante.

Depuis plusieurs semaines, je lui réponds négativement. Depuis plusieurs semaines, je réfléchis. Que raconter  ? Est-ce que ça ne vas pas faire un redit  ? Me raconter, je viens de le faire durant une année sur un manuscrit qui pour l’instant ne trouve pas son éditeur… Le monde de l’édition c’est comme le monde de la musique, c’est un milieu fermé  ! En tout cas, j’ai dû paumer les clefs, parce que j’ai beau cogner à la porte, personne ne me laisse entrer. Depuis des années, J’ai la sensation d’être celle qui écrit, celle qui pond des albums mais je ne fais qu’écrire … Je ne suis pas Van Gogh et ne le serait jamais. Pourtant je pense à lui. Il savait dessiner, il savait mettre de la couleur là où il faisait si noir  ! Je croise depuis si longtemps, des découpeurs d’oreilles et comme lui, j’essaye encore de mettre de la couleur même lorsqu’il fait si noir  !

 

« Comme Van Gogh, j’essaye encore de mettre

de la couleur, même lorsqu’il fait si noir... »

 

Alors que raconter  ? Raconter que peut être mon talent c’est la persévérance  ! Raconter que mon parcours d’artiste est une galère. Je ne suis pas différente, je fais comme des centaines d’autres. Je me suis constitué un petit public de fans qui m’aident et qui m’interpellent, tous les jours, chaque semaine. Avec eux, la vie est belle mais la galère, elle… elle me gouverne quand même  ! J’ai la feuille blanche qui se remplit de textes, de rêves mais mon assiette reste bien maigre. Malgré tout, avec ce public fidèle de fans, il m’arrive d’être quelqu’un, quelqu’un qui s’émerveille. Je sors de ma flemme. Ce public m’interpelle, ce public me réveille. Alors chaque semaine, je veux qu’il me trouve belle  ! Je sors de ma flemme, j’écris un «  beau  » texte… Pour lui plaire, je me fais belle … l’instant de quelques mots, de quelques lettres. Avec eux, j’aime croire que j’ai du talent. Parfois, il me le dit ce public qui m’aime  ! Mon talent c’est peut être juste de la persévérance …

Quand j’étais gosse, ma mère ne savait pas dire je t’aime… Elle ne saura jamais… Elle savait juste lever le bras en l’air et ce bras-là, il n’avait jamais la flemme. Il venait toujours briser mes ailes. Petite fille, pour me protéger d’elle, je me suis mise au piano, puis au violoncelle. Je les sentais vibrer ces instruments. Je les aimais bien plus que moi. Eux m’aimaient bien plus qu’elle. Alors je me suis mise à aimer  ! J’aimais pour de vrai. Je me suis mise à rêver  ! Je l’aimais ce rêve  ! J’y croyais  ! Un jour, je serais belle  ! Et puis… mon rêve s’est brisé. Le bras en l’air n’en finissait pas de venir s’écraser. J’ai fini par m’écraser… Je ne voulais plus me faire belle. J’ai capitulé  ! J’ai rendu les armes et puis les larmes n’ont jamais coulé. Ma persévérance s’est cachée… Mes ailes se sont fermées.

 

« Petite fille, pour me protéger de ma mère,

je me suis mise au piano, puis au violoncelle.

Je les sentais vibrer ces instruments. Je les aimais

bien plus que moi. Eux m’aimaient bien plus

qu’elle. Alors je me suis mise à aimer ! »

 

Le talent c’est la persévérance.

Au détour d’un piano bar, dans les yeux d’un inconnu, je me suis sentie redevenir belle. Je ne faisais rien, je chantais juste les mots des autres. La chanson était si belle  ! La toute première ce fut L’Aigle noir  ! Barbara. Elle était tellement belle  ! J’aurais tellement voulu la croiser, lui ressembler  ! Je me suis accrochée à elle, à mon rêve. J’ai appris à chanter. J’ai appris mon métier dans les pianos bars. J’ai appris à exister au milieu des habitués, des bruits de fourchettes et des gars bourrés. J’ai appris à aimer ce métier même lorsque le public lui ne t’entend pas où qu’il commence à t’aimer quand le dessert est mangé. Alors j’ai continué de chanter. Le talent c’est la persévérance. J’ai continué d’avoir ce talent  !

 

 

Il y a douze ans, l’intrus a débarqué  ! Le cancer, ce malotru, il a tout basculé, tout bouleversé  ! J’ai flippé comme jamais  ! Le malotru, une première fois a dégagé  ! J’ai enfin osé. J’ai commencé à écrire mon envie d’être à demain. J’ai commencé à chanter mes écrits et puis ma persévérance a fait le reste. Le talent  ? Non, ma persévérance  ! Je n’ai rien lâché, je me suis battue contre le cancer et je me suis battue pour écrire des chansons. La toute première fut Ce matin-là. Parce que depuis ce matin-là, chaque jour est un hymne à la vie. Chaque jour est un pas vers demain, une victoire, un combat  ! Depuis Ce matin-là, il y a eu un buzz avec cette chanson et depuis les fans sont de plus en plus nombreux à me suivre, à me trouver belle  ! Depuis ce matin-là, il y a eu cinq albums autoproduits, il y a eu trois récidives du cancer. Depuis, je continue de me battre pour rester belle dans les yeux de mon petit public fidèle  ! Il continue de me trouver belle malgré mon crâne rasé, ma tête de chimio, ma tête des mauvais jours, et puis mes sourires de façade  ! Mon public fidèle, il fait celui qui ne voit pas que je ne suis pas toujours belle. Lui, vous, ce public même s’il est tout petit ou pas aussi grand que dans mes rêves… il m’aide à avancer  ! Je m’accroche à mon rêve  ! Mon talent c’est la persévérance  ! Je donnerai tellement d’autres chansons pour qu’enfin Van Gogh arrête de me rappeler que les coupeurs d’oreilles ont leur couteaux aiguisés  ! Je voudrais les réveiller tous ces sourds d’oreilles  ! Je voudrais les ranimer  ! La vie est une merveille et putain ce que j’aime la chanter, ce que j’aime vous l’écrire  !

 

« Mon public, il continue de me trouver belle malgré

mon crâne rasé, ma tête de chimio, ma tête des mauvais

jours, et puis mes sourires de façade ! Mon public fidèle,

il fait celui qui ne voit pas que je ne suis pas toujours belle.

Lui, vous, ce public, même s’il est tout petit ou pas

aussi grand que dans mes rêves… il m’aide à avancer ! »

 

Mon talent, c’est la persévérance  ! Il y a un an, presque jour pour jour, je retourne en chimio et je retourne en studio  ! J’y crois à nouveau  ! Je fais un bel EP avec des musiciens talentueux, je suis fière de mon bébé. J’arrive même entre deux chimios, entre deux canapés à me faire quelques interviews et une ou deux télés. J’ai fait un concert, avec le souffle coupé, la scène me vient à manquer  ! J’attends, j’espère que le cancer va reculer encore  ! J’espère, je me bats pour remonter sur scène.

Mon talent, c’est la persévérance  ! J’envoie des bouteilles à la mer  ! Souvent, chaque semaine, j’envoie des messages. La semaine dernière, à un artiste que j’aime pour qu’il prenne le temps de lire mon manuscrit  ! J’envoie des bouteilles à le mer  ! J’envoie mon album à une productrice qui s’occupe d’artistes talentueux. J’aimerais qu’elle m’aide, qu’elle prenne le temps de m’écouter, de me guider. Mon talent c’est la persévérance  ! Mon talent, c’est de ne jamais arrêter d’essayer  ! Je n’ai jamais de réponse  ! Alors j’attends, j’espère, je me bats, je fais tout pour résister à ce cancer  ! Je résiste à l’absence, à l’attente, aux réponses qui ne viendront jamais  ! J’écris des textes, des chansons pour l’après  ! Mon talent c’est la persévérance  !

J’écris des textes pour quand les coupeurs d’oreilles auront rangé leur couteaux. J’écris la vie pour quand je pourrai à nouveau la chanter  ! Je chante, je chauffe ma voix, je l’entraîne pour quand mon talent cessera d’être juste de la persévérance  ! J’attends, j’espère, je me bats, je fais tout pour qu’on m’entende pour que je redevienne belle  ! Mon talent c’est la persévérance.

 

« J’écris des textes pour quand les coupeurs d’oreilles

auront rangé leur couteaux. J’écris la vie pour quand

je pourrai à nouveau la chanter ! »

 

Ce matin-là, chanson bouteille-à-la-mer (et inspirante !) de Faby. Son EP ici.

 

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