06 mars 2022

Frédéric Quinonero : « Julien Doré, je le rapprocherais volontiers de Christophe... »

L’actu du moment est bien assez lourde, alors, l’espace d’un instant, en guise d’évasion parlons musique et livres ! Frédéric Quinonero, biographe d’artistes, compte parmi les interviewés fréquents de Paroles d’Actu, et c’est avec plaisir que j’ai décidé d’échanger à nouveau avec lui alors que vient de sortir son dernier ouvrage, Julien Doré : À fleur de pop (L’Archipel, 2022). Il y a sept ans (déjà), il avait consacré à Julien Doré, Gardois comme lui, une première bio qui avait donné lieu à une interview sur notre site. Mon parti pris assumé pour le présent article, c’est bien sûr d’évoquer, à travers son livre, le parcours du talentueux Doré (et tout fan du chanteur serait bien inspiré de lire le portrait qu’en fait Quinonero), mais j’ai surtout souhaité recueillir les confidences d’un auteur qui a derrière lui quinze ans de métier et une grosse vingtaine de titres. Merci à lui pour la confiance qu’il m’a, une fois de plus, accordée. Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

Frédéric Quinonero : « Julien Doré,

je le rapprocherais volontiers de Christophe... »

Julien Doré 2022

Julien Doré : À fleur de pop (L’Archipel, 2022).

 

Pourquoi cette nouvelle bio sur Julien Doré, 7 ans après Løve-Trotter (Carpentier, 2015) ?

Løve-Trotter est un coup pour rien. C’était trop tôt, d’abord. Ensuite, le livre est sorti dans de très mauvaises conditions, dans une maison d’éditions en perdition qui a déposé le bilan peu après. Sept ans ont passé, c’est beaucoup dans la carrière d’un artiste. Aujourd’hui, Doré va fêter ses 40 ans et 15 années de carrière. Ça commence à compter.

 

Quel regard portes-tu sur le parcours de l’artiste depuis 2015 ?

Il a construit sa carrière intelligemment, en suivant une pente ascendante. Faisant fi de toute considération classificatoire, il a su rallier à lui un public très large et devenir une vraie star populaire. C’est ce qui me plaît chez lui, son ouverture d’esprit.

 

À quelle tradition musicale et de chanson rattacherais-tu Doré ?

Je le rapprocherais volontiers de Christophe, qu’il aimait beaucoup et qui fut son ami. À la fois chanteur populaire et «  beau bizarre  », capable d’apporter à la chanson pop une élégance subtile. Se défiant des genres, des codes. À Étienne Daho, aussi, la discrétion en moins – car Doré est omniprésent dès lors qu’il a une promotion à assurer.

 

Julien Doré est-il de l’étoffe de ces artistes qui dans 15 ans, resteront ?

Je le crois assez doué pour ça. Parce qu’il sait prendre son temps, se faire désirer entre deux projets, proposer des albums toujours ficelés, conceptualisés, avec des tubes comme on n’en fait plus beaucoup, de ceux qui se fredonnent, entrent dans la tête pour y rester et rythment les instants d’une vie.

 

Les belles rencontres liées à ce livre, malgré le blocus de l’artiste  ?

Les lecteurs et lectrices, j’espère  !... Et celles et ceux qui ont accepté de témoigner, en particulier deux personnes avec qui j’ai de beaux échanges  : Joris Brantuas, plasticien qui vit du côté de Nîmes et a connu Doré à l’école des Beaux-Arts, et Marianne James, dont les compliments après lecture m’ont beaucoup touché (c’est si rare  !)

 

 

Le message que tu adresserais à ce Julien Doré qui se refuse à toi ?

Je m’en moque un peu, en fait. Je prends les choses beaucoup plus sereinement qu’il y a sept ans. J’en suis arrivé à penser qu’il avait tout à fait le droit de m’ignorer, de la même façon que moi j’ai celui de m’intéresser à lui (rires). Voilà en fait ce qui a changé depuis Løve-Trotter.

 

C’est compliqué, de continuer d’aimer des artistes qui t’ont déçu dans ton travail de biographe ?

Ça met les choses et les gens à leur place. On peut apprécier le talent d’un artiste, tout en le décanillant du piédestal où on a tendance à les installer. Ce qui est compliqué, et surtout frustrant, c’est la réception d’une biographie, le manque de considération à l’égard de l’auteur que je suis. Parce que derrière le biographe il y a un auteur qui galère et c’est celui-là qu’on ignore ou qu’on méprise. Mais Doré, comme d’autres, ne pense pas aussi loin.

 

Émotionnellement, c’est lourd parfois, le boulot de biographe ?

Oui, donc. On met beaucoup de soi dans un livre, que ce soit un roman ou une biographie. C’est forcément quelque chose d’émotionnel, on écrit avec ferveur, avec passion. Mais à la différence du roman ou du récit personnel, on se tient à distance raisonnable de son sujet. On met son ego dans la poche pour flatter celui de l’artiste sur lequel on a décidé d’écrire. Dans quel but  ? Parfois on se le demande (rires). Sans doute parce que c’est le seul moyen qu’on vous offre d’assouvir votre passion d’écrire.

 

Depuis cet été, tu es doublement homme de lettres : biographe et facteur. En quoi ça t’a changé, rassuré, d’avoir ce second job plus stable ?

L’année 2020 a été catastrophique d’un point de vue matériel  : librairies fermées, projets repoussés… Être facteur me donne une sécurité, un salaire régulier, une mutuelle, une vie sociale, tout ce que je n’avais plus depuis que j’avais arrêté les petits jobs d’appoint. Et la possibilité aussi d’envisager autrement l’écriture. Ne pas être tenu à sortir forcément un livre par an. Avoir plus de recul sur le «  métier  » de biographe. Pouvoir choisir. Pouvoir dire merde, aussi. M’intéresser davantage à moi. Être facteur me donne beaucoup plus de liberté, finalement.

 

Tu écris des bio depuis 15 ans : l’heure d’un bilan ? Quels + et quels - ?

Ça reste l’une des plus belles expériences de ma vie. L’aboutissement de quelque chose. Lorsqu’on parle de réussite aujourd’hui, on évoque le plus souvent l’argent  : la Rolex pour l’un, le costard pour l’autre (rires). La réussite ce peut être aussi la réalisation d’un rêve, d’une passion. Et les belles rencontres qu’on peut faire. En ce qui me concerne, elles sont plutôt prestigieuses  : Johnny, Jean-Jacques Goldman, Françoise Hardy, Thomas Dutronc… et bien d’autres parmi les témoins que j’ai pu interviewés… L’aspect négatif de l’expérience, j’en ai parlé plus haut. Il faut s’en accommoder, ou trouver le moyen de s’imposer en tant qu’auteur à part entière, avec des œuvres plus personnelles. C’est ce que je convoite.

 

Les années 60

 

Les bio ou docu en projet ? Penses-tu réécrire sur des époques, comme les années 60 ?

Je travaille actuellement sur un abécédaire consacré à Patrick Bruel, un beau livre illustré de nombreuses photos. J’avais envie d’un exercice plus ludique que la biographie. J’ai par ailleurs terminé l’écriture d’un roman, et j’ai bien sûr l’espoir de le faire éditer. La biographie des années 60 («  Rêves et révolution  ») reste un merveilleux souvenir, car tout en abordant la chanson qui en était le fil conducteur, je faisais revivre toute une époque et une page fascinante de l’Histoire. Je suis fier du résultat, et j’en profite pour remercier encore Christine Kovacs qui avait fait la mise en page de ce beau livre très illustré. Hélas, vu que les sujets généralistes s’avèrent peu vendeurs, on ne m’a pas permis de poursuivre avec les décennies suivantes, comme j’en avais l’intention.

 

À quelles personnalités, artistes mis à part, de ton coin ou non, pourrais-tu vouloir consacrer des bio, considérations commerciales mises de côté ?

J’ai surtout envie d’une aventure humaine. D’un projet à deux.

 

À quand des écrits plus perso, plus intimes et dépendant moins des caprices de divas ?
 
C’est compliqué de sortir du cadre de la biographie lorsqu’on est étiqueté «  biographe  ». Il faudrait qu’un éditeur croie suffisamment en mon talent d’auteur pour me faire confiance sur autre chose. Je te tiendrai au courant de l’évolution de mes démarches avec le roman que je viens de terminer  !

 

Que peut-on te souhaiter ?
 
La santé, vu mon âge. Les vieux disent toujours  : «  La santé, avant tout  !  » (Rires). Et la concrétisation de tout ce dont on vient de parler.

 

Un dernier mot ?

Paix  !

 

 

Frédéric Quinonero 2022

F. Quinonero au Salon de la Biographie de Nîmes, en janvier 2022.

 

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Posté par Nicolas Roche à 19:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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23 août 2013

Nawel Ben Kraiem : "J'ai toujours soif de rencontres"

"Sur une île entre deux rives, des vocalises liant l'arabe à l'anglais, celles d'une jeune femme blonde comme les blés brouillent les pistes. Elle joue avec la voix, avec les langues, les émotions, drôles et profondes, puissantes et sensibles, enrobées par une musique tribale et actuelle. Une rythmique groovy, un guitariste aux riffs tribals ou progressifs, un contrebassiste aux influences jazz et world et des touches éléctroniques portent la voix rauque et suave de Nawel. Ces protagonistes nous racontent le sud et le nord, l'ancien et l'actuel, la vie d'hier et celle d'aujourd'hui." Je n'aurais pu ouvrir le présent article avec davantage de justesse. Cet extrait de la bio de l'artiste plante le décor, il esquisse un univers, son univers. Nawel Ben Kraiem est française et tunisienne, deux cultures dont elle se nourrit et s'inspire, sans exclusives. Sa musique, ses mots sont universels. Ses aspirations, ses combats, ceux d'une jeune femme résolument ancrée dans son époque, pétrie de contradictions et génératrice de doutes, de révoltes et d'espoirs... Nawel Ben Kraiem, une auteure-compositrice-interprète à découvrir et à suivre, je suis persuadé qu'après l'avoir entendue, vous serez d'accord avec moi... Pour m'en assurer, j'ai agrémenté le texte qui suit de quelques vidéos, dont celle-ci, le clip du superbe "Figurine". Écoutez-la, elle va vous envoûter... Merci, Nawel, de m'avoir accordé cette interview... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

NAWEL BEN KRAIEM

Auteure-compositrice-interprète

 

"J'ai toujours soif de rencontres"

 

Nawel Ben Kraiem 1

(Photos fournies par Nawel Ben Kraiem)

 

 

Q : 23/07/13

R : 21/08/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Nawel. Franco-Tunisienne, vous vous êtes installée à Paris à l'âge de 16 ans. C'est là que vous avez suivi une formation de comédienne, cherchant en parallèle à approfondir votre passion pour la musique. D'où vous vient-il, cet amour pour la musique ?

 

Nawel Ben Kraiem : Je suis depuis toute petite fascinée par la musique, et je l'ai d'abord été par les concerts, par la musique sur scène. À trois ans déjà, mes parents m'avaient emmenée voir Marcel Khalifa en concert, et je suis montée sur scène, comme aimantée par le pouvoir de cet endroit... La scène et la musique énergisent, rassemblent, émeuvent, font danser... Bref, mon amour de la musique remonte à loin et est assez instinctif !

 

 

PdA : Racontez-nous le début de votre aventure ?

 

N.B.K. : À quinze ans, en Tunisie, je chantais avec ma guitare, dans ma chambre ou pour des amis, plutôt des reprises anglo-saxonnes. À dix-huit ans, je me suis mise à avoir envie de mettre en "sons" et en mélodies mes mots à moi... C'est alors que j'ai commencé à chercher des musiciens, en collant et en relevant des annonces dans Paris, et à me mettre dans une dynamique de groupe et de travail, qui n'a depuis jamais cessé.

 

 

PdA : Quels ont été jusqu'ici, à vos yeux, les moments forts de votre parcours ?

 

N.B.K. : Ils sont nombreux ! Mon premier concert dans un bar parisien, tremblante de timidité, rue Mouffetard, à dix-huit ans. Lorsque le réalisateur Tony Gatlif, que j'admire beaucoup, m'a proposé de collaborer sur son film ("Indignados", ndlr). La rencontre avec le chanteur Christophe, et le duo que nous avons fait sur France Inter... Et bien d'autres rencontres, plus ou moins ponctuelles, et plus ou moins professionnelles, d'amis et partenaires de route, ont été des moments forts... Ma rencontre de la musique de Lhasa a aussi été un moment fort !!! Bref, la route de la musique est une route chargée... !

 

 

PdA : Quels sont vos morceaux préférés, ceux que vous aimeriez inciter nos lecteurs à écouter avec une attention particulière ?

 

N.B.K. : Je ne réécoute pas mes chansons, mais je crois avoir une affection particulière pour "Mama Please", qui figure sur le disque "Cirrus", pour "Figurine", pour "Den Den City"... pour parler de celles qui sont disponibles sur Internet...

 

 

PdA : Votre travail est salué, régulièrement, par les professionnels du métier. Est-ce suffisant pour se faire connaître ? Quelle est votre "stratégie" pour toucher le plus grand nombre ?

 

N.B.K. : Mon travail commence à rencontrer des médias, des professionnels, et j'ai depuis un an des partenaires solides sur qui je peux m appuyer. Mais mon CD reste autoproduit et distribué artisanalement, et je n ai pas de label.

 

Je n'ai aucune stratégie, si ce n'est celle de travailler à affiner les contours de mon univers artistique. Travail et sincérité ! Avoir une maison de disque ou un distributeur qui puissent m'offrir de meilleurs conditions de travail et m'aider à la diffuser tout en me laissant libre et indépendante dans ma démarche artistique pourrait m'aider à passer un stade et à toucher plus de monde, mais je pense que les vraies rencontres des partenaires de route se font naturellement et au bon moment, et j aurai beaucoup appris dans cette étape d'auto-production.

 

 

PdA : Quels sont les artistes, les groupes d'hier ou d'aujourd'hui qui, connus ou moins connus, vous inspirent ? Ceux que vous aimez et que vous voudriez nous faire découvrir à l'occasion de cette interview ?

 

N.B.K. : J'ai été marquée par des artistes femmes profondes et sensibles comme Lhasa et PJ Harvey et par des groupes comme Gnawa Diffusion et Soap Kills, specialistes du mélange des genres ! Plus récemment, je trouve l'album d'Azealia Banks très original.

 

 

PdA : En plus d'être une artiste, vous êtes une citoyenne, résolument engagée pour les causes qui vous tiennent à coeur : le progressisme, la démocratie. Quel regard portez-vous sur la Tunisie d'aujourd'hui, trois ans après le déclenchement de la "Révolution de Jasmin" ?

 

N.B.K. : La construction d'une vie politique démocratique va prendre du temps, et la situation n'est pas de tout repos... mais j'ai confiance en mon pays, la société civile est active et vigilante.

 

 

PdA : Quels sont vos projets, Nawel ?

 

N.B.K. : Je serai au théâtre à la rentrée, dans une pièce de Milka Assaf (à partir d'octobre, au Vingtième Théâtre). Je vais également retravailler mon live, qui devrait tourner davantage en France au printemps prochain. J'ai aussi des idées de clips qui devraient se concrétiser dans les mois à venir...

 

 

PdA : Vos envies ?

 

N.B.K. : J'aimerais prendre le temps cet hiver de finaliser mon album et de trier, finaliser et rassembler la vingtaine de titres que j'ai en cours... !

 

 

PdA : Vos rêves ?

 

N.B.K. : Continuer à collaborer, à me faire embarquer dans des univers musicaux et humains qui ouvrent de nouvelles portes à mon imagination et à ma sensibilité... J'ai toujours soif de rencontres, et il y a beaucoup de musiciens et chanteurs avec qui j'aimerais travailler.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

 

N.B.K. : Des voyages géographiques, humains et musicaux... Du partage... De la scène, de la scène et de la scène !!!

 

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment !

 

N.B.K. : Merci à vous, et faites passer le mot : www.nawelmusic.com !!!

 

 

 

Nawel 2

(Photo de Cyrille Choupas)

 

 

 

Merci encore, Nawel, pour tes réponses. Pour ta générosité, pour ta sincérité, pour ton enthousiasme ! Mes voeux de succès et de bonheur t'accompagnent pour la suite... Et vous, que pensez-vous de Nawel Ben Kraiem ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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