14 juillet 2022

Alain Wodrascka : « Toute la vie de Michel Berger tourne autour de l'abandon de son père »

Le 2 août marquera le 30ème anniversaire de la disparition, à 44 ans seulement, d’un des auteurs-compositeurs les plus influents des années 1970-80 en France : Michel Berger, terrassé par une attaque, ultime reddition de ce cœur qui, au propre comme au figuré, aura connu un peu plus que son lot de tourments. L’homme, discret, aura finalement brillé via les autres, France Gall en particulier bien sûr, plutôt que comme interprète. Mais, 30 ans après, sa trace est perceptible, ses chansons s’écoutent toujours, sans vrai coup de vieux, et ses textes restent à découvrir. À découvrir pour en extirper, l’air de rien, la sensibilité, les colères aussi qui s’y cachent.

Qui était Michel Berger ? Qu’est-ce qui l’animait ? Plusieurs auteurs se sont penchés sur cette question. J’ai choisi d’inviter, pour cette nouvelle interview, le biographe et artiste Alain Wodrascka, auteur de Michel Berger, il manque quelqu’un près de moi (L’Archipel, juin 2022). Titre évocateur, tiré d’une chanson emblématique, Quelques mots d’amour, une de celles dans lesquelles ce pudique s’est livré. Un ouvrage riche en témoignages, à lire pour connaître, "pour comprendre" l’homme, les maux derrière les mots, et pour appréhender aussi l’impact de sa musique. Merci à M. Wodrascka pour cet échange animé, que j’ai choisi de retranscrire comme il s’est fait. Exclu. Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

Alain Wodrascka : « Toute la vie de Michel Berger

tourne autour de l’abandon de son père... »

Michel Berger AWo

Michel Berger, il manque quelqu’un près de moi (L’Archipel, juin 2022).

 

Pourquoi cette nouvelle bio de Michel Berger, sur lequel vous avez déjà pas mal travaillé ?

J’ai travaillé une fois sur lui, il y a dix ans, donc ça fait déjà un certain temps. C’était déjà un livre sur lui, mais un livre illustré, il n’y avait donc pas la possibilité de s’exprimer autant sur le sujet, même s’il était relativement complet.

 

Quels éléments nouveaux avez-vous souhaité apporter, 30 ans après sa disparition ?

Je trouvais que je n’avais pas dit tout ce que j’avais à dire. En outre, il se trouve que j’ai travaillé sur France Gall, puis sur Véronique Sanson par la suite, donc à chaque fois le sujet Michel Berger était évidemment exploité. Et comme c’est quelqu’un qui me passionne, c’était une évidence pour moi que j’avais d’autres choses à dire, d’autant plus qu’on lit beaucoup de choses, tout et n’importe quoi à mon avis, sur le sujet. On fait beaucoup parler les morts... Cela dit, je ne prétends pas avoir toutes les vérités possibles. Mais j’ai enquêté, je me pose des questions quand il s’agit d’assertions soutenues par tout le monde. Il est mort en 1992 : depuis, on a pu inventer une histoire... J’ai voulu explorer tout cela avec bienveillance et une sympathie, au sens étymologique - "souffrir avec". Je l’ai fait vraiment de façon fraternelle, même si je n’ai jamais connu le personnage. J’ai en revanche eu des témoignages de la part de personnes importantes ayant gravité autour de lui.

 

L’abandon depuis la blessure originelle, le départ du père, c’est le marqueur essentiel, comme un fil rouge dans la vie de Michel Berger ?

Évidemment, pour moi c’est fondamental. Je sais bien que je n’ai rien inventé, mais je crois que toute sa vie tourne autour de cette scène primitive qui a lieu quand il a 5 ans et des poussières, et qui va conditionner toute son existence. D’autant plus qu’il était le plus petit de la fratrie, il n’avait donc pas les armes assez affûtées pour pouvoir vivre une chose pareille. Son grand frère et sa soeur étaient plus âgés. Tous assistaient à la dislocation de la famille, au départ du père sans explication. Et dans sa vie, Michel revivra des scènes de cette nature, qu’il aura plus ou moins inconsciemment provoquées.

 

Vous pensez que, plus ou moins consciemment, ce sont des choses qu’il a provoquées ?

S’agissant de Véronique Sanson, l’a-t-il vraiment choisie ? Pour moi c’était un peu une union arrangée : les mêmes milieux sociaux, des familles qui se connaissaient... À l’époque, plus que maintenant, on voyait beaucoup les gens que les parents voulaient que l’on fréquente. Il s’est attaché, et elle lui a fait vivre exactement la même chose que son père. Il n’y a pas de hasard dans les choix qu’on fait à mon avis. Il y a des ruptures dans la vie, mais là on ne parle pas de ruptures, mais bien d’abandons : des gens qui partent sans l’expliquer.

 

Il y a eu aussi ce choc de cet ami très cher qui s’est suicidé...

Oui, là il s’agit plutôt d’accidents de vie. Mais qui évidemment ont eu une résonance par rapport à ses deux histoires d’abandon. Effectivement, son meilleur ami, Antoine, a décidé de s’ôter la vie... Ce sont des choses qui arrivent. Mais ça lui est arrivé, à lui... Michel Berger était quelqu’un de très complexe. Sous des apparences légères, ses chansons étaient souvent très graves, surtout celles qu’il interprétait lui-même. Celles écrites pour les autres, c’est un peu différent. Quoique, prenez Quelque chose de Tennessee, c’est une chanson grave...

 

 

Michel Berger, c’est d’abord dans votre esprit, un compositeur, un auteur ? Ne néglige-t-on pas, peut-être, son côté révélateur de talents en ce qu’il a aidé Véronique Sanson à trouver sa patte musicale, contribué à relancer les carrières de Françoise Hardy et Johnny Hallyday, et bien sûr fait d’une France Gall un peu ringardisée une authentique pop star ?

Pour moi, c’est un grand compositeur, et un auteur très inégal. J’en parle d’ailleurs, en citant Françoise Hardy qui a le même regard que le mien. Il avait une énorme exigence sur plein de détails d’interprétation, d’orchestration, etc... et des textes parfois faits au fil de la plume. Dans les années 70, c’était un peu le truc de Véronique Sanson aussi, d’écrire des textes rapidement sans forcément se relire. Eux deux sont issus de l’école anglo-saxonne où le son prime plutôt que le sens. Mais la chanson française peut difficilement se permettre ça. On ne peut pas faire du Elton John en français. Quoique si, on peut le faire, il l’a fait ! Mais c’est mal perçu parce que la chanson française est issue de la poésie. Il y a eu un glissement de l’un à l’autre, avec Prévert, etc... Alors que la pop, la musique anglo-saxonne n’a pas de lien précis avec la poésie. Ça passe difficilement en français à mon avis, même dans un registre populaire. Lucy in the Sky with Diamonds, "Lucy dans le ciel avec des diamants", on ne peut pas répéter ça pendant cinq minutes en français.

Michel Berger négligeait les textes alors même qu’il était capable d’en écrire de très bons et de très profonds. Mais il a fait des efforts par la suite, parce que ça ne passait pas auprès de la presse culturelle française. Il y a eu l’aventure Starmania, la collaboration avec Luc Plamondon qui a apporté une évolution. Il y avait aussi le regard exigeant de son épouse et interprète, qui avait travaillé avec Gainsbourg et Étienne Roda-Gil, Maurice Vidalin... durant la première partie de sa carrière. Je trouve que globalement, au moins les premiers temps, comme auteur, il n’était pas toujours à la hauteur de son talent de compositeur. Mais, à partir de Cézanne peint, il y a une constance d’écriture qui durera jusqu’à la fin.

Quant au fait qu’il ait révélé autant d’artistes, oui effectivement c’est incroyable...

 

 

Il a su en magnifier certains, donner confiance à d’autres...

Oui. Déjà, à mon avis, ses forces à lui, c’est d’avoir inventé avec Michel Bernholc un nouveau style musical. Bernholc traduisait avec des partitions ce que Berger avait dans la tête. Michel Berger était autodidacte, lui n’écrivait pas la musique. Bernholc lui apportait ce qu’il lui manquait sur le plan de la musique, de l’orchestration, etc... Ce duo-là a été très important. Il y a un avant et un après Michel Berger, on reconnaît tout de suite sa patte.

Par rapport au rôle qu’il a joué auprès des autres, il faut rappeler qu’il a été directeur artistique au départ, chez Pathé-Marconi, des années 60 au début des années 70. Comme vous dites, il a été très doué pour propulser des talents et remettre en selle et en scène des talents qui étaient dans une impasse, comme Françoise Hardy qui n’avait pas eu de succès depuis Comment te dire adieu en 1968. Elle faisait des "ronds dans l’eau" depuis quelques années. Il va lui écrire Message personnel. Pour Johnny, même chose : avant Quelque chose de Tennessee, il était ringard. Je l’ai vécu : au lycée, peu avant cette chanson, une jeune fille avait un t-shirt à l’effigie de Johnny Hallyday, tout le monde se moquait d’elle. Il représentait quelque chose de passé, un vieux show business. Berger l’a vraiment relancé, et ça a duré jusqu’à la fin...

 

 

Quant à France Gall, effectivement, c’est encore plus fort, et pas ponctuel. C’est une chanteuse qui n’arrivait plus du tout à avoir de crédit depuis 1967, et à partir de 1974 les succès vont s’enchaîner. Plus que ça, elle va devenir la seconde voix de Berger et aura plus de succès que lui chantant ses propres chansons. C’est un phénomène assez rare, comparable à Souchon-Voulzy.

 

Après avoir lu votre bio ça m’a donné envie de réécouter des créations de Michel Berger, mais plutôt chantées par France Gall justement. N’est-ce pas là un de ses "drames", un grand talent pour mettre les autres en avant, mais un relatif manque de charisme pour soi ?

Est-ce un "drame" ? Une frustration je pense, chez lui. Cela dit, il était heureux quand il avait du succès comme interprète, mais je pense que ce n’était pas vraiment sa vie. Quand il parle des chanteurs dans ses propres chansons, il ne parle pas de lui. Les princes des villes, ces rock stars, ça n’est pas lui. Il ne se met pas dans la mêlée. Il aimait chanter en public mais il n’avait pas plaisir, par exemple, à improviser une chanson devant une manifestation quelconque... Il aimait enregistrer en studio, monter sur une scène, mais il n’était pas un adepte de la défonce scénique, pas un Jacques Higelin pour parler de la même génération.

Il y a bien une question de charisme. Une question aussi d’image à casser : lui voulait toujours avoir le contrôle de soi. C’était d’ailleurs quelque chose de très familial : son père a dirigé sa propre opération sans anesthésie pour en avoir le plein contrôle. Michel Berger voulait avoir le contrôle de lui : un verre d’alcool maximum, jamais d’excès... La rock’n’Roll attitude, ça n’était pas pour lui qui se couchait à 10h du soir. Sa femme, elle, l’avait.

 

Les collaborations de Berger avec Daniel Balavoine et Johnny Hallyday ont été couronnées de succès sur le plan artistique, et des amitiés sont nées. L’un comme l’autre n’ont-ils pas été, dans des styles différents, des fantasmes pour ce garçon bien élevé qui n’osait pas crier lui-même ses rages et ses révoltes ? Plus simplement n’a-t-il pas préféré l’ombre à la lumière ?

Oui, alors, Balavoine, il n’a pas directement écrit pour lui, à part les chansons de Starmania. Quant à Johnny effectivement, il exprimait via cet interprète une certaine violence qu’il avait du mal à exprimer lui-même. Peut-être aurait-il voulu, mais on ne se refait pas... Il avait plus le look d’un chercheur du CNRS que d’une rock star.

 

 

Il était trop bien élevé pour chanter Quand on arrive en ville ?

À chacun son registre. Cette chanson ne correspondait pas à sa sensibilité. Pas davantage, les chansons de Diane Dufresne dans Starmania. D’ailleurs il n’a pas du tout chanté dans Starmania. Une chanson qui s’appelait Paranoïa lui convenait mais à part ça... Les uns contre les autres, peut-être ?

 

Vous indiquez bien en tout cas dans votre livre que sous ses airs très BCBG il y avait de vraies révoltes...

Oui, de vraies révoltes. Un grand désir de justice sociale, un engagement politique aussi. Mais il ne se sentait pas d’exprimer tout cela directement, ça n’était pas lui. La chanson Voyou est très symbolique de cela : quand elle est sortie, les gens riaient quand ils l’entendaient. Elle a eu un petit succès, mais elle n’était pas vraiment crédible. Il y prend la défense des délinquants, pourquoi pas, mais avec une interprétation très féminine qui ne passait pas vraiment. Si France Gall l’avait chantée, elle serait passée.

 

 

Qu’est-ce qui définit la "patte" Berger, paroles et musique ?

Sa musique est assez simple, avec des suites d’accords qui sont les siennes, qui ne ressemblent qu’à lui. Un sens de la mélodie hors pair, ce qui est rare. Un côté rythmique aussi, évident. Pour les paroles, l’art de dire avec légèreté des choses graves avec l’air de ne pas y toucher. Prenez Résiste, il y a une phrase qui dit "Tant de liberté pour si peu de bonheur, est-ce que ça vaut la peine ?" C’est glissé dans une chanson, comme ça, alors que c’est un vrai message politico-philosophique. Il a préféré toucher un plus grand public avec une manière populaire en adressant un message politique d’humanisme et de tolérance plutôt que d’aller dans la chanson engagée qui est écoutée par un public plus restreint. Il a fait rentrer la chanson humaniste, "de gauche", dans tous les foyers français.

 

Vous convoquez une comparaison intéressante avec James Dean, dont l’histoire est évoquée dans La Légende de Jimmy. Vivre vite avec un sentiment d’urgence, ne pas perdre de temps, quitte à se mettre en danger, c’est quelque chose qui colle bien à ce Berger perfectionniste qui voulait créer rapidement et laisser une trace ?

Oui, c’est quelqu’un qui effectivement était dans l’urgence, voulait toujours aller très vite. Et en même temps je suis prudent avec ce sujet : quand la personne n’est plus là, on dit qu’elle était forcément dans l’urgence. Peut-être à la fin de sa vie, parce que, s’il était dans un certain déni, il avait eu des alertes par rapport à sa pathologie. Quoi qu’il en soit, en 44 années, il a fait un nombre incroyable d’expériences. En cela je crois qu’il est comparable à Jacques Brel, mort à 49 ans. Chacun d’eux, rapporté à ce qu’il a créé, a vécu 90 ans. Et la trace est bien là, elle n’est pas venue tout de suite, mais avec le temps.

 

Vous laissez entendre que Michel Berger, malade du coeur, aurait négligé de se soigner en partie à cause d’une méfiance qu’il aurait intégrée vis-à-vis du corps médical, son père étant lui-même médecin...

Oui, il avait je crois une très mauvaise image de la médecine, qu’il rattachait à l’univers de son père. L’abandon par son père de sa famille a certainement provoqué ce sentiment de répulsion. Il savait qu’il était malade, d’ailleurs son père lui avait adressé une lettre lui conseillant d’aller consulter un cardiologue, il avait eu des alertes... Avec son épouse France Gall, il avait eu quelques mois avant sa disparition des problèmes d’essoufflement dans une station de ski. Un de ceux qui furent ses partenaires au tennis m’a raconté qu’un jour ou deux avant son décès, lors d’une conversation qui tournait autour des régimes, Michel Berger avait dit ne pas suivre le traitement qui lui avait été prescrit. J’ai voulu aller à la source pour ce genre d’info, parce que beaucoup de choses ont été dites.

Il y avait sans doute aussi, une forme de fatigue. Et il y avait la maladie de Pauline, très présente dans son esprit, ses collaborateurs dont Michel Bernholc en ont témoigné. Quelque part, ça lui aurait été impossible de survivre à sa fille. Mais je le dis avec prudence, on ne sait pas ce que les gens ont dans leur tête...

Il faut noter aussi la décision de France Gall, en 1988, de ne plus chanter. Pour moi, la troisième grosse scène d’abandon. Je crois qu’il ne s’en est jamais remis.

 

Que reste-t-il, 30 ans après sa mort, de Michel Berger ? Qu’est-ce qui restera dans 30 ans parmi l’oeuvre de Berger ?

Dans 30 ans, je ne peux pas vous dire ! (Rires) Quoi qu’il en soit, les années passent plus vite qu’on ne le sent. Il y a 30 ans, quand j’ai appris comme tout le monde, par le JT, la mort de Michel Berger, je ne pensais pas que 30 ans après on en parlerait autant. Ce qu’il reste ? Une oeuvre assez moderne pour qu’on puisse l’entendre assez régulièrement dans les radios : on entend La groupie du pianiste, on entend Paradis blanc, on entend Évidemment... Il jouait du piano debout, vous l’entendez sur pas mal de radios... Et à chaque fois, ça n’est pas présenté comme un antiquité, ça fait partie de l’air du temps. Des titres en avance, et intemporels. D’autres ont plus mal vieilli, comme certains de la deuxième partie des années 80, assez agaçantes avec les caisses claires synthétiques. Les orchestrations de Débranche, etc... sont très marquées par une époque. Mais, pour en revenir à celles qu’on écoute toujours et qui pourraient avoir été faites hier, on peut dire, c’est mon avis en tout cas, qu’il était un "génie de l’art mineur".

 

 

A-t-il vraiment été visionnaire, sur Starmania et d’autres choses ?

Oui. Après, il a eu l’idée mais il a fait appel à un auteur, sur Starmania. Un nord-américain, Luc Plamondon donc, sur le conseil de sa femme, parce qu’elle pensait qu’il n’aurait pas la violence nécessaire pour écrire ce qu’il voulait écrire, et je crois qu’elle a eu raison. Mais visionnaire oui, à un point assez incroyable. Starmania a été écrit dans les années 1975-77. Le premier album avec les chansons sort en 78. Il était inenvisageable, à l’époque, d’imaginer que les réseaux sociaux allaient exister. Et je ne parle même pas d’internet. Starmania, c’est ce que nous vivons depuis quelques années, mais ça n’était pas du tout envisageable à cette époque-là. Starmania c’est une histoire où tout le monde veut devenir star, et c’est un peu ce qu’on vit avec les réseaux sociaux. Avec toutes les histoires de cyber-harcèlement, etc... Michel Berger était quelqu’un d’une intelligence supérieure mais il voulait exprimer les choses avec une certaine simplicité.

 

Michel Berger en 3 qualificatifs ?

(Il hésite longuement) Inventif, c’est clair. Pygmalion. Protestant. Oui, c’est ça.

 

Même question pour France Gall ?

Pas protestante du tout. (Rires) Interprète. Opiniâtre. Solaire. Ce côté solaire, c’est un peu ce qui lui manquait à lui qui était plutôt quelqu’un de l’ombre. Elle a éclairé son oeuvre. Dans un vrai couple, il y a ce genre de complémentarité. La gémellité fonctionne difficilement pour un couple.

 

 

Si vous aviez pu l’interroger de son vivant, quelles questions lui auriez-vous posées ?

Bonne question... Pourquoi ne pas avoir fait de psychanalyse ? Je pense que cette question s’appliquerait bien dans son cas : il était intelligent, dans la réflexion. Il savait qu’il y avait une souffrance. Peut-être aurait-il répondu qu’il avait peur que ça tarisse son inspiration, qui était peut-être une forme de compensation à sa souffrance. Mais je ne sais pas s’il aurait répondu... Il y a de la psychologie dans ses chansons. La groupie du pianiste raconte le fanatisme avec des mots très simples et d’une façon très fine.

 

 

Quelles sont les trois ou quatre chansons de Berger qu’il faut écouter à votre avis, "pour le comprendre" ?

Pour me comprendre, ça c’est sûr. C’est une des rares où il parle vraiment de lui. Et il parle de son frère, qui était malade. Je citerais Chanter pour ceux qui sont loin de chez eux, parce qu’ici il parle autant de la souffrance du monde que de lui. "Quand je pense à eux, ça fait mal, ça fait mal..." À la fin de la chanson, il y a des coups de batterie, ça percute très fort, on dirait que ça percute dans sa tête. Et, Plus haut, où il fait son autoportrait, d’ailleurs très suffisant... (rires)

 

 

Les chansons de lui, pas forcément chantées par lui, que vous préférez et qui vous touchent particulièrement ?

 

 

Déjà je suis loin. Personne ne la connaît, mais j’adore cette chanson-là. Il y décrit qui il est, son abandon (d’ailleurs le texte commence par "Perdu...") et l’injustice du monde ("Assez de luxe et de misère...") en mélangeant le tout. Une superbe mélodie, de belles harmonies... Du Berger pur jus, ça aurait dû faire un tube.

J’aime beaucoup La prière des petits humains, que là encore personne ne connaît. Elle est chantée par France Gall dans l’album Tout pour la musique. Je ne sais pas ce qu’il y a eu avec celle-ci. Personne ne la diffuse, elle n’a jamais été chantée sur scène, elle avait pourtant tout pour devenir un tube : très bien chantée, mélodie et texte géniaux, elle traite de ce besoin qu’ont les peuples depuis toujours d’un dieu, qu’ils créent eux-mêmes. Tous ces gens font des prières, chacun à son dieu, sans réponse.

 

 

Je veux aussi citer Quelques mots d’amour, dont j’ai extrait un vers pour le titre de mon livre. On a dit, de façon posthume, qu’elle était la chanson pour Véronique Sanson. C’est un peu frustrant, c’est vraiment limiter son imaginaire : "Il manque quelqu’un près de moi, je me retourne tout le monde est là", c’est bien encore le sentiment d’abandon que quelqu’un qui a été abandonné très tôt aura toute sa vie. On ne limite pas ça à une personne. C’est comme Seras-tu là, au-delà de Véronique Sanson, il pose la question de savoir si le couple peut durer. C’est une version bien plus moderne de la Chanson des vieux amants de Brel. Cette chanson de Brel, on ne dit pas qu’elle est pour telle ou telle personne. Pourquoi, avec Michel Berger... Un des problèmes avec lui à mon sens, c’est qu’il a été peoplisé à sa mort. Une presse très people a parlé d’anecdotes, de ses amours, plutôt que de regarder son oeuvre en profondeur. Il n’aurait pas aimé cette "gloire" posthume-là.

 

Vos écrits sont principalement consacrés à des chanteurs d’un âge, Orelsan excepté. Qui trouve grâce à vos yeux parmi les artistes plus récents ?

Je vais vous en expliquer la raison, il y en a deux. Déjà, quand on me propose une biographie d’artiste qui est là depuis cinq ans ou moins, en général je refuse : pour moi, il faut qu’il y ait vingt ans pour savoir si la personne s’inscrira dans la durée. Les gens sur lesquels j’ai écrit sont ceux que j’ai écoutés quand j’étais gosse, qui m’ont façonné aussi. Comme je chante moi aussi, je m’intéresse moins à la nouvelle génération. Je dis ça modestement : je n’ai pas besoin de nouvelle nourriture parce que je me la crée. Mais je me tiens au courant bien sûr, il y a des tas de choses que j’apprécie, d’Orelsan à Feu! Chatterton. Mais il n’y a pas un besoin. J’ai une collection de vinyles d’époque, de chanteurs et groupes qui ont été une nourriture d’enfance.

 

Les artistes d’hier qui pour vous sont au-dessus du lot, que vous aimeriez contribuer à faire découvrir ou redécouvrir ? Marie Laforêt, par exemple ?

Si je vous dis les Beatles ou Barbara, il n’y a pas de besoin de les faire redécouvrir, parce qu’ils ne sont pas oubliés. Marie Laforêt est un bon exemple. C’est une très grande artiste, mais tout le monde ne le sait pas, à part Télérama et la presse culturelle. Elle n’a pas la reconnaissance qu’elle mérite. En partie à cause de sa carrière, qui va un peu dans tous les sens. Elle ne l’a pas vraiment ordonnée, elle faisait un peu les choses comme elle voulait, voilà. C’était quelqu’un qui chantait très bien dans plusieurs registres, dans les aigus et les graves, des choses très différentes, du folklore au chanson à texte, et même de la variété ce qui à mon avis lui a fait du mal à long terme. Elle fut aussi une grande actrice. C’est rare d’être à la fois Barbara et Catherine Deneuve, je ne vois pas d’autre exemple.

 

 

Justement, est-ce qu’il ne lui a pas manqué de rencontrer "un Michel Berger" ?

Je ne pense pas. Ce n’était pas un problème de chansons. Elle les écrivait, et elle le faisait très bien. Mais elle n’avait pas d’ambition du tout (rires). Elle a fait ce métier par hasard. D’abord le cinéma, peut-être aussi pour perdre de sa timidité. Ensuite la chanson est venue, mais elle n’a pas eu le désir de laisser une trace. Simplement, dans les derniers moments de sa vie, elle a contribué à l’élaboration de son intégrale chez Universal, sans doute parce qu’elle voulait quand même laisser une trace, avec une pointe de regret. C’était ça, Marie Laforêt. Jusque dans les années 70, ça a été sa période très variétés, ça marchait très bien. Dans les années 80 elle a pris de la distance, ouvert une gallerie d’art à Genève. Elle faisait du cinéma et de la chanson de manière plutôt alimentaire. Quand elle faisait une télé, elle disait des choses du genre "Je viens de faire un film hautement psychologique", elle se moquait de ses films, etc... Dans une émission dont je me souviens, il était question de soupe, soupe alimentaire, et elle a rebondi : "En matière de soupe, je suis experte, d’ailleurs je vais vous chanter quelque chose..." Elle a fabriqué tout cela dans les années 80, ce qui a discrédité son personnage parce que quand on entend ça, on la croit. Le mal a été fait. Patrick Dewaere avait été un peu comme ça aussi.

 

Vos projets et envies pour la suite Alain Wodrascka ?

Je prépare un album de chansons qui va sortir en février prochain, avec une scène. Et je prépare deux autres livres.

 

Un dernier mot ?

Je suis un biographe qui fait ce travail avec passion, mais je suis avant tout un artiste. Je me distingue des autres biographes qui sont avant tout des journalistes. Souvent j’interroge des gens, mais comme un artiste qui parle à d’autres artistes. En toute modestie, je me mets sur un pied d’égalité avec ceux sur lesquels j’écris. Je ne suis un fan de personne. Je m’intéresse beaucoup à l’art mais je le fais avec distance. Ils ne sont pas des dieux mais des artistes comme les autres, ils sont excellents dans ce qu’ils font mais sont des gens comme les autres. Artiste, je le suis, je ne me compare en rien avec eux au niveau du talent ou autre, je projette un regard d’artiste sur d’autres artistes.

Entretien réalisé le 9 juillet 2022.

 

Alain Wodrascka

 

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21 juin 2017

« Autour de Françoise Hardy », Emma Solal et Frédéric Quinonero

Il y a deux mois sortait, chez l’Archipel, la nouvelle biographie signée Frédéric Quinonero, fidèle des interviews Paroles d’Actu. Ce dernier opus en date, sous-titré Un long chant d’amour, est consacré comme une évidence au vu du parcours de l’auteur, à Françoise Hardy, artiste élégante, délicate et touchante dont les problèmes de santé ont inquiété les nombreux amateurs, ces dernières années. Lorsqu’il a été convenu d’un nouvel échange autour de ce livre, Frédéric Quinonero a eu à coeur de m’orienter également vers une artiste que je ne connaissais pas, Emma Solal, interprète de reprises solaires et délicates, réappropriées par elle, de chansons plus ou moins connues qu’avait chantées Françoise Hardy. Le tout s’appelle « Messages personnels ». À découvrir, parallèlement bien sûr à la lecture du livre de Frédéric Quinonero, somme d’infos connues de toute une vie mais aussi fruit d’enquêtes inédites, le tout dans un style agréable, un must pour tout amateur de l’artiste... Merci à eux deux pour cet article, pour les réponses apportées à mes questions datées du 18 juin (Frédéric Quinonero le 18, Emma Solal le 19). J’espère que Françoise Hardy lira cet article, et surtout qu’elle aura loisir de découvrir leur travail. Puisse cette publication vous donner envie, aux uns et aux autres, de vous y plonger, en tout cas... Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche...

 

ENTRETIENS EXCLUSIFS - PAROLES D’ACTU

« Autour de Françoise Hardy »

Françoise Hardy 

Crédits photo : Virgin Emi.

Emma Solal et Frédéric Quinonero

 

Paroles d’Actu : Parlez-nous de votre parcours, et de vous, Emma Solal ?

Parcours et premiers pas.

Emma Solal : Je suis une chanteuse (auteur et interprète) parisienne d’origine italienne. Je pianote au clavier sur scène et j’ai un très joli ukulélé chez moi que j’aimerais pouvoir utiliser bientôt sur scène également. J’ai des influences musicales variées dont le Jazz, la chanson française, la musique brésilienne, italienne, l’opéra, les musiques plus électroniques également, tout une palette d’inspirations donc ! Après avoir sorti un premier album de chansons jazzy, « Robes du soir » et deux EP digitaux, j’ai travaillé sur ce projet « Messages personnels », de reprises de chansons de Françoise Hardy.

 

PdA : Qu’avez-vous mis de vous, de votre univers, "votre" patte personnelle dans « Messages personnels », cet album de reprises de chansons de Françoise Hardy ?

« Patte personnelle ».

E.S. : Il s’agit d’un album que nous avons arrangé et enregistré avec Paul Abirached (guitares), Philippe Istria (percussions) et Pierre Faa (mixages et collaborations variées). C’est un album qui a été enregistré dans le prolongement du spectacle « Messages personnels », joué au théâtre Les Déchargeurs à Paris avec Paul et Philippe et mis en scène par Stéphane Ly-Cuong en janvier-février 2015 puis en novembre-décembre 2016. L’idée originale en revient à mes amis Éric Chemouny, qui est auteur et journaliste, et Pierre Faa, auteur-compositeur-interprète avec qui j’ai fait mes premiers albums.

« J’ai eu envie de redonner, à ma manière,

des couleurs aux chansons de Françoise Hardy »

L’univers de Françoise Hardy m’a toujours beaucoup touchée, notamment au travers de l’exploration du lien amoureux et de la complexité des sentiments, qu’elle décline depuis quelques années maintenant ! Je suis admirative de ses textes ciselés, de son parcours, de la richesse de ses collaborations musicales… J’ai eu envie de proposer ma vision de son univers, en premier lieu bien sûr car il me fait vibrer, mais également car ses chansons ont très peu vécu sur scène, Françoise Hardy ayant cessé de faire des concerts à partir de 1968. J’ai eu envie de leur redonner des couleurs, à ma manière ! Et nous avons tâché avec Paul, Pierre et Philippe, d’orner les treize chansons de l’album de couleurs musicales variées et différentes des titres originaux. Une relecture personnelle et un hommage, en somme.

 

Messages personnels

 

PdA : Pourquoi avoir choisi, Frédéric, de consacrer cette nouvelle bio à Françoise Hardy ? Est-ce qu’elle tient, dans ton esprit, une place particulière dans cette période chère à tes yeux et sur laquelle tu as beaucoup travaillé, les années 60 ?

Pourquoi ce livre sur F. Hardy ?

Frédéric Quinonero : Françoise Hardy a été avec Sylvie Vartan et Sheila l’incarnation d’un prototype de jeune fille moderne dans les années 60. Toutes les trois ont marqué les esprits, ce n’est pas un hasard. J’avais écrit sur Sylvie et Sheila, je rêvais depuis longtemps d’une biographie de Françoise Hardy, mais je voulais quelque chose d’abouti, de complet, pas du déjà vu.

 

PdA : Comment t’y es-tu pris pour composer cet ouvrage ? As-tu pu t’appuyer notamment sur des témoignages inédits, sur des recherches que tu aurais entreprises ? Et dirais-tu que tu as encore gagné en aisance dans l’exercice, alors que tu signes ton 16 ou 17è livre ?

Le livre, coulisses.

F.Q. : Je ne me suis pas contenté des archives que l’on trouve facilement sur les sites de fans. J’ai interrogé une dizaine de témoins, surtout des personnes qui n’ont jamais ou très peu été sollicitées. J’avais besoin d’informations exclusives et pertinentes pour illustrer mon propos. J’aurais pu, par exemple, contacter Jean-Marie Périer qui est quelqu’un d’absolument adorable et que j’avais interviewé pour ma biographie de Johnny. Mais il a déjà tout dit sur Françoise… En revanche, trouver des musiciens qui l’ont côtoyée dans les années 1960, à l’époque où elle chantait autour du monde, me semblait plus intéressant… On gagne en aisance à chaque livre, il me semble. Même si parfois on se demande si on va arriver au bout. C’est à chaque fois comme un petit miracle. Quant au style d’écriture, je pense que le temps le bonifie. Le temps, l’expérience, les lectures diverses.

 

Un long chant d'amour

Françoise Hardy, un long chant d’amour (l’Archipel, 2017)

 

PdA : Si vous deviez ne choisir pour les emporter que 5 chansons de Françoise Hardy, lesquelles, et pourquoi ?

5 chansons, pas une de plus...

 

E.S. : Françoise Hardy n’a pas forcément écrit et/ou composé les cinq chansons que je choisirais mais elles me touchent tout particulièrement :

« Message personnel » pour sa mélancolie et les superbes texte et musique de Michel Berger.

 

« Même sous la pluie » : elle met si bien en scène l’attente de l’être aimé, la douleur et parfois une certaine complaisance  à se retrouver dans cette posture.

 

« Soleil » : j’aime ses évocations de plage, de sable, qui parlent à l’italienne que je suis, tout en restant dans une couleur très mélancolique qui me parle aussi…

 

« Étonnez-moi Benoît » : son côté léger, enlevé, moqueur… Et j’adore Patrick Modiano, j’ai lu beaucoup de ses romans.

 

« Je suis moi » : là encore une collaboration avec Michel Berger et une chanson de libération de la femme, teintée de joie et d’une certaine sérénité, ce qui est un peu rare dans le répertoire de Françoise Hardy !

 

F.Q. : Sans réfléchir :

« Tant de belles choses », un chef-d’œuvre d’émotion pure : je ne peux l’entendre sans pleurer.

 

« Message personnel », parce que c’est un tube intemporel, mais surtout pour le passage parlé qui est de sa plume et qui fait selon moi la magie de la chanson.

 

« Ma jeunesse fout le camp » : elle est avec « Il n’y a pas d’amour heureux » de ces grandes chansons que Françoise a sublimées, car elle porte en elle la mélancolie qu’elles véhiculent.

 

« Soleil », car elle est la première chanson d’elle que j’ai entendue quand j’étais petit garçon. Je la trouvais d’une beauté et d’une douceur remarquables.

 

« L’amitié »  : une des plus belles chansons jamais écrites sur ce thème, je ne me lasse pas de l’entendre.

Et il y a beaucoup d’autres pépites dans son répertoire…

 

PdA : Michel Berger est très présent dans votre liste de cinq chansons, Emma. Nous commémorerons bientôt les 25 ans de sa disparition, bien trop prématurée. J’aimerais vous inviter à nous parler un peu de lui. Est-ce qu’il compte parmi les gens, les artistes qui vous inspirent vraiment ? Qui d’autre, à part lui, et Françoise Hardy ?

 

E.S. : En effet, Michel Berger compte parmi les artistes qui m’inspirent et que j’ai beaucoup écouté. J’apprécie beaucoup sa sensibilité, ses mélodies, sa délicatesse, son élégance aérienne et profonde à la fois…

 

Michel Berger

Illustration : RFI Musique.

  

J’ai aussi beaucoup écouté, dans le désordre, Brel, la Callas, Barbara, Ella Fitzgerald, Vinicius de Moraes, Tom Jobim, Mozart, beaucoup d’influences variées donc pour ne citer qu’eux parmi ceux qui ne sont plus tout jeunes ou plus de ce monde !

 

PdA : Une époque, une image à retenir de Françoise Hardy ?

« Une » Françoise Hardy ?

 

E.S. : Les années 1960, Courrèges, son allure sublime et élégante, une icône !

« Dans les années 60, elle triomphait

dans toute l’Europe et elle était une des rares

vedettes françaises à être aimée des Anglais...  »

F.Q. : Cette époque magique où elle était à la fois une pop star dans le monde entier et l’incarnation de la femme française, habillée par Courrèges. Contrairement aux idées reçues, elle a beaucoup chanté sur scène à cette période, elle était reçue comme un chef d’État en Afrique du Sud, au Brésil… Elle triomphait en Italie, en Espagne, dans toute l’Europe. Et elle était une des rares vedettes françaises à être aimée des Anglais – elle a chanté à quatre reprises au Savoy, ce qui est exceptionnel pour une artiste française.

 

PdA : Comment qualifierais-tu, Frédéric, sa relation devenue légendaire avec Jacques Dutronc ? Que t’inspire-t-elle ?

Hardy, Dutronc...

F.Q. : Elle a formé avec Dutronc un couple mythique, comme Johnny et Sylvie, et tellement atypique ! Je comprends qu’on puisse être séduit par un personnage comme Jacques Dutronc. Je trouve leur fin de parcours exceptionnelle, et Françoise admirable de s’être sacrifiée pour son bonheur à lui. C’est un bel acte d’amour que peu de gens sont capables d’accomplir.

 

Françoise Hardy et Jacques Dutronc

Crédits photo : Mano.

 

PdA : La question "regards croisés" : un mot, l’un(e) sur l’autre, sur son parcours et son travail ?

"Regards croisés"

 

E.S. : J’avoue ne pas avoir encore lu le livre de Frédéric mais il est déjà dans ma valise pour mes vacances en Sardaigne cet été ! Mais je connais d’autres biographies écrites par Frédéric, que j’avais lues avec plaisir ! Je souhaite à Frédéric un très beau succès avec sa biographie de Françoise Hardy.

 

F.Q. : Je connais peu le parcours d’Emma, que j’ai découverte avec son album de reprises de Françoise. Je vais pouvoir désormais m’y intéresser de plus près. J’ai beaucoup aimé son album « Messages personnels », justement parce qu’elle s’est approprié les chansons. Elle a choisi des titres souvent peu repris, comme « Rêver le nez en l’air », qui est une réussite. Il y a une belle pureté chez cette artiste. Elle a su aborder le répertoire de Françoise avec simplicité et élégance. Je lui souhaite une longue route.

 

PdA : « Tant de belles choses », tu la citais Frédéric, c’est une chanson très récente de Françoise Hardy, émouvante et adressée à son fils. "Tant de belles choses", l’expression est jolie et parlante. Qu’est-ce qu’elle vous inspire à tous les deux, quand vous pensez à la chanson, à ce qu’il y a derrière, à Françoise Hardy et à la vie... ?

« Tant de belles choses »

 

E.S. : « Tant de belles choses », en effet, c’est une chanson superbe et si émouvante, sur la transmission, l’amour entre les parents et les enfants. C’est également la teneur de ce que je souhaiterais dire à mon fils, sur le fait de profiter et d’être à la hauteur de cette vie qui nous est offerte…

« Son texte le plus beau, le plus spirituel... »

F.Q. : Elle fait partie de mes chansons préférées. Sur un thème délicat, celui d’une mort prochaine, elle livre son texte le plus beau, le plus spirituel. Elle exprime sa croyance en l’éternité de l’esprit et de l’âme, ce en quoi je crois également. C’est une chanson consolatrice pour exprimer la force des sentiments, qui nous survivent. Françoise l’a écrite après avoir appris qu’elle souffrait d’un lymphome. C’est un message d’amour à son fils.

 

PdA : Quel serait si vous en aviez un le "message personnel" que vous aimeriez adresser à Françoise Hardy, qui lira peut-être cet article, cette double interview ?

Message personnel à F. Hardy ?

 

F.Q. : Je le lui dirai en privé si elle fait la démarche de me contacter ‑ elle a mes coordonnées. Nous partageons nombre de points communs, si l’on exclut la politique (rires), nous pourrions bien nous entendre.

« Je serais ravie de pouvoir inviter Françoise Hardy

à chanter un duo ensemble ! »

E.S. : Je serais ravie de pouvoir inviter Françoise Hardy à chanter un duo ensemble !

 

PdA : Trois mots, adjectifs ou pas d’ailleurs, pour la qualifier ?

Françoise Hardy en 3 mots ?

 

F.Q. : L’élégance, la franchise, la mélancolie.

 

E.S. : Elégance, pop, intemporelle.

 

PdA : Lors d’une interview précédente Frédéric, tu me faisais part d’une certaine lassitude, par rapport au métier d’auteur, à la difficulté d’en vivre... et tu évoquais l’idée de chercher un autre job plus stable en parallèle. Où en es-tu par rapport à cela ? Es-tu plus "secure", plus optimiste par rapport à ce métier ?

Du métier d’auteur.

 

F.Q. : J’en suis au même point. À une différence près, qui n’est pas négligeable : j’ai le sentiment qu’on reconnaît davantage mes qualités d’auteur. Pas seulement dans le fond, mais aussi dans la forme. Et j’en suis content.

  

PdA : Tu as consacré plusieurs ouvrages à Johnny Hallyday, que tu avais qualifié lors de notre interview citée à l’instant de « frère » que tu n’avais pas eu. Il se bat aujourd’hui courageusement (comme, certes, bien des malades) contre cette saleté qu’on appelle cancer, et remonte même sur scène en ce moment. Comment l’observes-tu dans cette séquence de sa vie, toi qui la (et le !) connais si bien ?

Johnny face à la maladie...

« J’ai du mal à imaginer la vie sans Johnny... »

F.Q. : Je suis très inquiet, bien sûr. Je ne peux m’empêcher de penser à Piaf et aux derniers temps de sa vie, l’époque des tournées suicide. En même temps, la scène ne peut lui être que bénéfique. Alors, courage à lui ! J’ai du mal à imaginer la vie sans Johnny. Toute ma vie a été marquée par ses chansons. Je ne voudrais pas avoir à lui dire adieu.

 

Johnny, la vie en rock

Johnny, la vie en rock (l’Archipel, 2014)

 

PdA : Quels sont tes projets, tes envies pour la suite ? Frédéric, une nouvelle bio en perspective ou des désirs de bio ? Quid, peut-être, d’écrits de fiction ? Et vous Emma ? Que peut-on vous souhaiter ?

Des projets, des envies ?

 

F.Q. : Je suis ouvert à tous projets, à condition d’avoir la possibilité de les mener à bien. Aujourd’hui, concernant la biographie, je pense avoir franchi un cap (voir réponse à une question précédente) et j’aspire à un travail en complicité avec un artiste. J’ai envie d’aventures humaines. Nous y réfléchissons, mon éditeur et moi. En attendant, je travaille sur un nouveau livre (une biographie) destiné à un nouvel éditeur. J’espère que le résultat sera à la hauteur de mes attentes.

 

E.S. : Je travaille sur un nouvel album de compositions originales, qui aura une couleur plus pop justement.

Pour la suite, je serais heureuse de réussir à trouver un plus large écho auprès du public, aussi bien pour l’album « Messages personnels » que pour mes prochains albums… et je serais très heureuse d’échanger avec vous à l’occasion d’un prochain album depuis les coulisses de l’Olympia !

 

Un dernier mot ?

 

Frédéric Quinonero

À suivre…

 

Frédéric Quinonero p

 

Emma Solal

Merci beaucoup à vous Nicolas pour cette interview!

 

Emma Solal (2017)

 

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20 janvier 2015

Yann Morvan : "Ce livre, c'est une déclaration d'amour"

   Souvent, j'ai un peu de mal, avec mes intro. Je peine à trouver l'inspiration qui me permette d'éviter les lourdeurs ou les redites excessives par rapport au corpus de l'interview présentée. Bref... Je commencerai celle-là, tiens, par l'évocation d'une année, la nôtre : 2015. C'est un bon sujet, 2015... Si jeune avec, déjà, tant de vécu ; du très, très sombre... et quelques jolis rayons. Janvier y est propice : permettez-moi de m'associer aux bons vœux qu'à ce jour tout le monde vous a déjà prodigués ; de vous dire aussi que je partage ces pensées que vous avez tous dans un coin de la tête. Et que nous garderons. Ça, c'est fait.

   On reste sur 2015. Sur ce qu'elle aura, à coup sûr, de solaire. Elle sera, pour la scène musicale française, l'année du retour d'une de ses authentiques « grandes », j'ai nommé : Véronique Sanson. Bon, quand je la classe parmi les « grandes », déjà, ça me gêne. Parce que ça réduit d'à peu près 50% le groupe de référence. Le français est ainsi fait. Je sais qu'elle n'aime pas trop ça, les mots anglais qui s'immiscent dans la langue de Molière, mais tant pis. La classer parmi les « grands », ça ferait bizarre. Je remplace, donc, par un « one of the greats » plus shakespearien mais plus neutre, plus englobant bien qu'un brin plus pompeux. Je fais cela, je persiste et signe. Et précise, à ce stade, que je ne fais pas de la lèche. Et que je me suis toujours bien gardé d'être « fan » de qui que ce soit. Mais j'aime cette artiste. J'admire tout autant ses talents évidents d'auteure, de compositrice, d'interprète (chant et musique !). Ces émotions qu'elle sait transmettre comme personne (et dont on sait qu'elles ne sont pas feintes, de sa part) et que je reçois comme avec fort peu d'artistes. Au départ, j'aimais bien le peu que je connaissais d'elle. Des bribes, comme ça. De loin. Puis je me suis offert sa compil', « Petits moments choisis » (dont je recommande l'achat à tout le monde). Et là, le charme a opéré. Pour de bon...

   Plusieurs choses, donc, dans son actualité, en ce début d'année. Dès la fin janvier, elle remontera sur les scènes de province et de Paris (l'Olympia) pour se remémorer, avec ses admirateurs et -trices, ses « années américaines », qui comptent parmi les plus florissantes de sa riche carrière. Gravitent autour de ces spectacles à venir, en attendant la sortie de son nouvel album original, l'édition d'une compilation regroupant le meilleur de ces « années américaines » (Warner, le 2 février) et, surtout, la publication d'un beau livre de référence sur cette époque qui couvre une bonne partie de la décennie 70 (Grasset, le 21 janvier). Ses auteurs ne sont autres que Laurent Calut et Yann Morvan, deux très proches de Véronique Sanson.

   Le présent article, mis en ligne à la veille de l'apparition chez tous les bons libraires de cet ouvrage, se veut un hommage assumé et appuyé à une artiste d'exception, un peu comme le fut mon interview de son ancien manager, Bernard Saint-Paul (juillet 2014). Je remercie Yann Morvan d'avoir accepté, avec beaucoup de gentillesse, de répondre à mes questions ; de m'avoir offert de quoi illustrer ce document. Laurent Calut, pour l'infinie patience dont il a fait preuve à mon égard (c'est promis, Laurent, je ne vous relancerai plus jamais sur cette histoire d'interview). Véronique, enfin (si elle me permet, à ce stade, de l'appeler par son simple prénom). Pour tout ce qu'elle donne. Pour ce qu'elle est... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

Yann Morvan

« Ce livre, c'est une

déclaration d'amour »

 

Véronique Sanson 1976

V. Sanson, somewhere in California, été 1976. Par Ken Otter.

 

Véronique Sanson, les années américaines

 

Q. : 24/12/14 ; R. : 19/01/15

 

Paroles d'Actu : Bonjour, Yann Morvan. J'aimerais, avant d'aller plus loin, vous demander de vous présenter ; de nous dire tout ce que vous souhaiteriez que nos lecteurs sachent à votre sujet ?

 

Yann Morvan : Bonjour à vous et à tous. Pour aller vite, à côté d’une carrière classique de fonctionnaire, j’ai toujours eu un pied dans la musique. J’en joue modestement en amateur, mais surtout j’ai plaisir à écrire sur la musique, sur la chanson en particulier, et à ce titre, j’ai eu la chance de collaborer à divers festivals, les Francofolies, d’abord, puis les Nuits de Champagne à Troyes, les Muzik’elles à Meaux. J’écrivais de courts textes de présentation des artistes en découverte, jusqu’à des petites conférences sur la carrière des artistes majeurs. Mais hormis quelques piges et fanzines, les seuls travaux que j’ai publiés concernaient Véronique Sanson.

 

PdA : Racontez-nous l'histoire de, précisément, "votre" histoire avec Véronique Sanson, artiste dont il sera évidemment largement question au cours de cette interview ?

 

Y.M. : C’est un peu le conte de fée de l’adolescent fan qui devient petit à petit le confident de celle qu’il admire depuis toujours. J’ai croisé Véronique quand j’étais dans l’équipe des Francofolies à La Rochelle, j’ai eu l’occasion de lui exprimer maintes fois mon admiration, et le courant est vite passé entre nous (enfin, de son côté ! du mien, il était déjà branché depuis longtemps !). Et j’ai eu la chance de pouvoir lui consacrer un petit livre-portrait qui a été publié en 1995, que j’ai écrit sans chercher à l’interroger, avec ce que je savais d’elle, (et tout ce que je ne savais pas à l’époque !). Je lui ai simplement soumis le texte avant publication, elle m’a fait la joie de l’aimer sans réserve, elle qui se reconnaît généralement si peu dans ce qu’on écrit sur elle, et ça a été le début d’une amitié plus solide. Et d’une vraie collaboration, sous diverses formes, qui dure depuis vingt ans.

 

PdA : Vous avez donc coécrit et, ai-je envie de dire, co-composé, avec Laurent Calut, l'ouvrage Les Années américaines, qui paraîtra dès le 21 janvier chez Grasset. Qui a eu l'idée de ce livre, au départ ? Comment vous êtes-vous organisés, et qu'avez-vous entrepris, pour son élaboration ?

 

Y.M. : Laurent est un ami de plus de trente ans, qui connaît Véronique depuis encore plus longtemps que moi, et avec qui j’ai une vraie complicité et un grand plaisir à travailler. Nous sommes un peu les Véronicophiles officiels (et songeons à ouvrir une chaire de Sansonologie à la Sorbonne !).

 

Véronique m’avait demandé en 2007 de superviser le projet de son intégrale, et elle nous a chargés, il y a cinq-six ans, de gérer son site officiel, et plus généralement son image sur internet. Tout naturellement, nous avons commencé alors à classer, organiser, numériser tous les documents, les articles, les photos qu’on pouvait recenser, et surtout toutes ses archives personnelles, qui s’entassaient dans un joyeux désordre. En 2012, nous avons fortement suggéré à Warner de marquer les quarante ans de son premier album (Amoureuse, ndlr) par un réédition anniversaire, puisque nous avions de belles archives sonores rares ou inédites, et pour la période suivante, de 1973 à 1978, la découverte de belles photos inconnues et de ses cahiers manuscrits nous a plutôt dirigés vers l’édition. Là, c’est sa sœur, Violaine, qui est la business-woman de la famille, qui a remué tout Paris pour nous dégoter un contrat, et quand elle nous a annoncé que nous signions chez Grasset, nous nous sommes pincés pour vérifier que nous ne rêvions pas !

 

Ensuite, nous avons avancé parallèlement sur toute l’iconographie : les photos, les manuscrits, et sur le texte. Nous avons obtenu de Grasset une carte blanche totale sur la présentation et la mise en page, qui sont superbes. Je peux le dire sans prétention, puisque c’est Laurent, dont c’est le métier, qui a fait le gros du boulot. Pour le récit, plutôt que de partir de zéro avec Véronique, nous lui avons soumis un premier projet, qui lui a réveillé un flot de souvenirs, et que nous avons donc complété avec elle.

 

Couverture Les années américaines 

 

PdA : Les années américaines de Véronique Sanson s'ouvrent sur une rupture qui s'avérera aussi douloureuse qu'elle fut fracassante : elle quitte Michel Berger pour Stephen Stills (Crosby, Stills, Nash & Young), l'épouse en 1973 et s'envolera bientôt, avec lui, pour les États-Unis.

Sanson a souvent évoqué, après coup, cet épisode et ses choix d'alors; ce double sentiment qui, à côté de la griserie inspirée par ce pays où tout est plus grand, lui est venu très rapidement : sentiment de culpabilité envers Berger - certaines de ses grandes chansons à venir, je pense au Maudit (1973), à Mortelles pensées (1988), porteront la marque de ces remords, de ces regrets difficilement expiables -, sentiment d'avoir  « fait une connerie » avec Stills. Comment vit-elle, au plan personnel, les premiers mois de cette nouvelle vie ?

 

Y.M. : Comme souvent chez Véronique, les sentiments sont extrêmes, violents, et contradictoires. Il y a d’abord une histoire d’amour intense, doublée d’une immense admiration pour Stills, qui est un musicien absolument exceptionnel ; la plongée dans un univers véritablement rock’n roll, avec tous les excès que ça suppose, beaucoup plus proche du caractère profond de Véronique que le milieu parisien bourgeois douillet dans lequel elle évolue jusqu’alors. Elle se retrouve dans un univers artistique formidablement plus excitant que pouvait l’être le milieu de la musique à Paris en 1972, et côtoie des musiciens de génie.

 

Mais le revers de la médaille, avec un personnage comme Stephen, aussi excessif qu’elle, est que l’histoire sentimentale n’est pas pavée de fleurs tous les jours. Berger, dont la folie était toute intérieure, était dans la vie un homme bien plus sage et raisonnable, qui tempérait un peu le caractère bouillant de sa fiancée, et d’une certaine façon la protégeait d’elle-même. Avec Stills, il n’y a plus de garde-fou, il y a même un plus fou qu’elle. Malgré la passion qu’ils ont l’un pour l’autre, et qui les dévore tous les deux, elle éprouve vite un profond sentiment de solitude. Et comme elle n’est pas fière de la lâcheté avec laquelle elle a abandonné Michel, sans oser lui parler, elle nourrit vite ce sentiment de culpabilité qui s’exprime dans ses chansons d’alors.

 

PdA : 1974 : leur fils, Christopher, voit le jour. On le retrouvera, pas beaucoup plus tard, au centre d'une bagarre épique. Le divorce était devenu inévitable ; salutaire, même, au sens premier du terme, pour ce couple qui jamais n'aura cessé de « danser sur des volcans ». Sex, drugs & rock'n'roll, version trash, parfois et, par périodes, à un cheveu des limites du polar : ce fut cela aussi, ses années américaines. Dans quelle mesure diriez-vous de ces expériences, qui couvrent deux bons tiers d'une décennie, qu'elles l'ont transformée ?

 

Y.M. : Encore une fois, elle a vécu le meilleur comme le pire, parfois en même temps, et toujours dans l’excès. Stills n’était pas protecteur comme l’aurait été Berger. Livrée à elle-même, elle n’a plus de limites. Moins couvée, moins soutenue, elle a aussi dû prendre sa carrière en main, et a énormément appris sur le plan professionnel. Le fait de devoir produire seule Le Maudit, son premier album enregistré là-bas, lui a apporté une expérience irremplaçable, un métier, une indépendance, qui serviront la créatrice géniale qu’elle était déjà.

 

PdA : Les lecteurs l'auront bien compris : vous comptez, avec Laurent Calut, parmi les meilleurs "spécialistes" de la vie, de l'oeuvre de Véronique Sanson. Avez-vous fait d'authentiques découvertes à l'occasion de l'élaboration de ce beau livre, Les Années américaines ?

 

Y.M. : Je ne dirais pas que nous avons fait de découverte fondamentale sur un sujet que, vous l’avez gentiment dit, nous commençons à maîtriser depuis un bout de temps ! Mais mille petites choses, oui. Avec Véro, il y a toujours quelque chose à découvrir. C’est plus du côté de l’anecdote, de la petite histoire. Elle a eu une vie tellement intense, elle a traversé tant de choses à une époque de créativité exceptionnelle, et aussi, elle a une mémoire tellement capricieuse, que parfois, lui revenait un détail que simplement, elle-même avait oublié, ou n’avait pas pensé à nous raconter avant. Plus nous avancions dans le récit, plus lui revenaient de souvenirs que nous ne connaissions pas. Mais il y a aussi beaucoup de choses de l’ordre de l’intime qui n’avaient pas leur place dans une publication !

 

PdA : « Ses » années américaines, ce fut surtout, évidemment, de la musique, de la très bonne musique. Elle côtoie, intègre et reprend à son compte des sonorités nouvelles qui, jusque là, ne s'écrivaient pas, ou quasiment pas, en français. Elle mariera bientôt l'ensemble ; les fruits de toutes ces rencontres et découvertes à son goût de la belle chanson française, à ses talents de compositrice.

Je ne citerai que quelques uns des titres de cette période, milieu-fin des années 70. Le Maudit, bien sûr ; Véronique, Bouddha, On m'attend là-bas (Le Maudit, 1974). Vancouver, Redoutable, Étrange comédie (Vancouver, 1976), Bernard's song,  Y'a pas de doute il faut que je m'en aille, Harmonies et, autre pépite méconnue, Les Délires d'Hollywood (Hollywood, 1977). Les sublimes Ma Révérence et Toute une vie sans te voir ; Lerida, Mi-maître, mi-esclave, Pour celle que j'aime (7ème, 1979)...

Quel regard portez-vous sur ces pages de sa carrière, bientôt à l'affiche dans le cadre de son prochain tour de chant ? Qu'est-ce qui, de votre point de vue, les caractérise, musicalement parlant ?

 

Y.M. : Vous me lancez sur un sujet où je suis intarissable, vous avez quatre heures ? ;-) Une grande partie du livre essaie d’analyser son travail, et encore nous sommes-nous surtout focalisés sur les trois premiers albums américains.

 

Disons, pour faire court que cet environnement américain lui a permis d’exprimer pleinement des qualités de compositeure (comme écrivent les Quebécois) qui étaient déjà présentes dans les deux albums précédents. Elle est un cas à peu près unique de synthèse d’influences classique, pop-rock, et latino-américaine. Seul peut-être Jonasz fusionne autant ces trois inspirations. Et quand je parle de synthèse, de fusion, je veux dire qu’on retrouve ces influences au sein d’une même pièce musicale, et non qu’elle peut un jour écrire un blues, le lendemain une bossa, etc. C’est, je crois, ce qui fait la richesse et l’originalité fondamentale de sa musique.

 

Et les Américains lui ont permis d’apprendre et de développer toutes les techniques de l’arrangement, l’écriture des cordes, avec un orchestrateur majeur comme Jimmie Haskell, celle des cuivres avec le fantastique Steve Madaio, qu’elle a d’ailleurs réinvité sur scène pour cette tournée.

 

Vancouver

 

PdA : Comment expliquez-vous, au vu de son talent dans les trois branches du métier d'artiste de musique, au vu de son aptitude à parler, à chanter et à écrire l'anglais, qu'elle n'ait jamais réellement percé à l'étranger, hors-francophonie ? L'a-t-elle simplement voulu ?

 

Y.M. : Vous avez mis le doigt dessus ! Ce qui semblait une évidence pour son entourage et tous les commentateurs, à partir du moment où elle a commencé à écrire en anglais, ne l’a jamais été pour elle. Véronique n’a jamais eu d’autre ambition que de pouvoir s’exprimer à travers la musique, mais l’idée d’une carrière de prestige (et donc de la conquête d’un public international) lui est étrangère. Elle a chanté une fois à Amsterdam, fait un petite tournée en Allemagne, où elle n’a pas eu que des spectateurs francophones, et où la presse germanophone a été assez intéressée. Mais elle n’a jamais vraiment creusé ce sillon.

 

Il était déjà bien compliqué de vivre et de composer aux États-Unis, et de venir tous les ans promouvoir et tourner en France (« On m’attend là-bas ! »), une carrière américaine lui aurait mangé le peu de temps qu’il lui restait pour vivre. Et elle savait avec beaucoup de lucidité qu’elle avait peu de chance de percer dans un pays où il y a déjà tellement de candidats, et si peu d’écoute pour ce qui viendrait de l’étranger. Quand on lui a suggéré quelques idées de marketing dans la composition, un adaptateur plus formaté pour ses textes, elle a définitivement compris que si en plus, elle devait abandonner une part de sa liberté de création, il n’y avait rien à espérer d’une tentative de carrière anglophone.

 

PdA : Cette question sera liée à la précédente. J'ai 29 ans et n'ai donc pas connu les périodes les plus fastes de son parcours musical et médiatique. Mais une chose, tout de même, me frappe : il me semble que les radios, les télés, le grand public lui-même tendent à la négliger un peu ; à ne pas la considérer tout à fait comme elle mériterait, à mon avis, de l'être. Pas volontairement, sans doute, mais en grande partie par méconnaissance de son oeuvre : l'erreur récente - et courante - d'Anne-Sophie Lapix à propos de M. Berger qui aurait écrit et composé des chansons pour V. Sanson est révélateur de cette méconnaissance qui, parfois, frise le malentendu. Est-elle, aujourd'hui encore, reconnue à sa juste valeur, d'après vous ?

 

Y.M. : L’erreur courante (Michel Berger composant pour Véronique) tient plus à l’image de Pygmalion de Berger, à ses chansons pour France Gall ou Françoise Hardy, qu’à une méconnaissance de Véronique. Et, bien sûr, la gémellité de leur inspiration musicale rend l’erreur très pardonnable.

 

Quant à l’importance de la place de Véronique dans le paysage musical français, j’ai la sensation que c’est vraiment en train de changer depuis quelques années. Elle a été au top pendant trois décennies, avec une vraie nouvelle génération dans les années 90, après Rien que de l’eau, puis sa carrière a continué sur ce socle d’admirateurs sans réel renouveau dans les années 2000. Mais il y a aujourd’hui une vraie redécouverte par les plus jeunes (pensez à Jay-Z ou à Tout ce qui brille), et surtout, toute une jeune génération de musiciennes qui témoigne de l’influence primordiale qu’elle a eue, et du modèle qu’elle représente pour toutes les filles qui font aujourd’hui de la musique. Il y a bien sûr eu le très beau travail de Jeanne Cherhal sur Amoureuse, mais des voix aussi variées que celles de Zaz, Nolwenn Leroy, Élisa Tovati ou Christine and the Queens font d’elle une figure tutélaire. Et l’énergie que Véronique a aujourd’hui, où elle apparaît dans une forme éblouissante après quelques années plus difficiles, et des événements comme cette tournée « Années américaines » devraient encore consolider ce travail de reconnaissance. Et notre livre, qui revient sur sa période « pop-star », espère bien modestement y contribuer !

 

PdA : Quelles sont, parmi toutes ses chansons, celles que vous préférez ; celles dont vous estimez qu'elles mériteraient d'être (re)découvertes - et que vous aimeriez voir dans un prochain setlist ?

 

Y.M. : C’est typiquement la question que vous pourriez me poser dix fois avec dix réponses différentes. Tellement dur de choisir. J’irais vers des chansons de cette période qui n’ont pas été chantées depuis trente ans, même si celles qui sont restées plus longtemps dans les set-lists sont toutes aussi bonnes. Mais je me réjouis à l’idée que (sans doute, elle est encore en pleine préparation), les plus jeunes pourraient avoir la chance d’entendre en scène Bouddha, pour laquelle j’ai toujours eu un gros faible, Étrange comédie ou Ma musique s’en va.

 

Véronique et Yann 

V. Sanson et Y. Morvan, 1995.

 

PdA : Citations, première :  « Qui prétendrait la connaître perdrait sa dernière chemise à parier sur ce qu'elle lui réserve dans l'heure qui suit. » Elle est de vous. Sur elle, of course. Pour l'avoir approchée, étudiée, qu'avez-vous appris d'elle et sur elle ? Quelle image de Véronique Sanson vous êtes-vous forgée ?

 

Y.M. : Je vais encore vous répondre : « Comment vous dire en quelques mots ce que j’ai déjà mis trois livres à essayer d’exprimer ! ». J’aime cette phrase que Julien Clerc a énoncée à l’occasion d’un récent duo à la télé : « Elle n’est que Musique ». C’est fondamentalement une artiste, pas une vedette. Elle paraît avoir une vie tout à fait ordinaire, elle est très abordable dans la vie, et en même temps, elle a une telle liberté, un tel refus des contraintes, que rien de ce qu’elle fait n’est tout à fait « normal ».

 

PdA : Citations, seconde et dernière (parce qu'il va falloir penser à conclure !) : « Rencontrer Véronique, c'est forcément l'aimer d'amour. Intensément. » Ces mots en disent long sur l'affection que vous lui portez. Elle s'apprête à remonter sur scène, à sortir un nouvel opus. 2015 sera l'année de son retour. Y a-t-il un message que vous aimeriez lui adresser ?

 

Y.M. : Je crois que ce livre, comme tous les travaux, petits et grands, que j’ai pu lui consacrer, est d’abord une déclaration d’amour. Et je suis sûr que c’est la même chose pour Laurent Calut. Une déclaration d’amour publique, il n’y a rien à ajouter à ça.

 

PdA : Quels sont vos projets, Yann Morvan ?

 

Y.M. : Je vis désormais le plus clair de mon temps sur une plage mexicaine, que j’ai quittée quelques jours pour accompagner la sortie du livre, et surtout, aller applaudir Véro à l’Olympia. Je continue à faire de la musique en amateur, et à gérer le site officiel de Véronique. Je n’ai pas d’autres projets pour l’instant, mais rien ne dit qu’une autre aventure ne surgira pas bientôt. Avec elle, bien sûr. On est monomaniaque obsessionnel ou on ne l’est pas.

 

PdA : Un dernier mot ?

 

Y.M. : J’espère sincèrement que les lecteurs de ce livre, s’ils ne sont pas déjà mordus, tomberont comme nous sous le charme de cette artiste unique, et surtout, qu’ils se presseront nombreux dans les salles.

 

Il faut voir Véronique Sanson en concert, elle n’est jamais plus vraie et plus belle que sur scène. On en sort toujours un peu transformé.

 

PdA : Merci infiniment...

 

Y.M. : Merci beaucoup à vous, Nicolas.

 

Photo de groupe

Y. Morvan, V. Sanson, L. Calut, juin 2014. Par Julien Tricard.

 

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Pour aller plus loin...

 

11 mars 2013

Faby : "L'envie, la rage de vivre"

En avril 2008, Fabienne Perier apprenait qu'elle était atteinte d'un cancer du sein. Difficile de garder le sourire, lorsqu'une telle nouvelle vous est annoncée. Mais Fabienne est une battante, elle l'est depuis toujours. Elle sait qu'il n'est rien de tel que le découragement pour permettre à cet insidieux ennemi de progresser, d'accomplir son funeste dessein. Elle ne baissera pas les bras. Jamais. Un an plus tard, elle apprend qu'elle est en rémission. L'espoir ne l'a jamais quittée, désormais, cette artiste va le partager, le transmettre... "Ce matin-là", c'est l'histoire d'un choc. C'est surtout l'histoire d'une renaissance. Un regard différent, plus intense sur la vie, sur sa valeur, ses merveilles. "Ce matin-là" est devenue un hymne, hymne à l'envie, hymne à "la rage de vivre". Une formidable aventure humaine... Merci infiniment, chère Faby, d'avoir accepté de répondre à mes questions. Votre parcours, votre combat, votre enthousiasme forcent le respect et l'admiration. Sur bien des points, notre interview me rappelle celle que nous avions eue avec une femme que vous admirez, Madame Stéphanie Fugain. Votre combat est le même : "celui de la vie"... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

FABY

Auteure-interprète "engagée"

 

"L'envie, la rage de vivre"

 

Faby

(Photos fournies par Faby)

 

 

Q : 10/03/13

R : 11/03/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Faby. Que diriez-vous, avant d'aller plus loin, de nous parler un peu de votre vie, de votre parcours... ?

 

Faby : Je suis auteur-interprète depuis une quinzaine d’années, et chanteuse depuis un peu plus longtemps. J’ai un parcours dans l’enfance particulier, puisque ma mère m’a abandonnée à quelques mois. Vers l’âge de 4 ans, j’ai été adoptée par une famille mélomane, et l’amour de la musique ne m’a plus jamais quittée. Depuis toujours, j’aime la scène et le public, celui que j’ai rencontré dans les pianos-bars ou sur des scènes de France. J’aime et j’espère chacun de nos rendez-vous.

 

 

PdA : Le clip de votre chanson "Ce matin-là" a rencontré - et ce n'est pas fini ! - un succès considérable sur le web. Plus de 600 000 vues pour le simple cumul Dailymotion + YouTube... L'histoire de ce titre et de son clip est très particulière... Vous nous la racontez ?

 

F. : Ce succès, c’est l’histoire, encore une fois, d’une rencontre avec le public et les internautes. Il y a 4 ans, il y a eu la découverte d’une épreuve :  j’ai appris que je souffrais d’un cancer du sein. Quelques mois après, mon médecin m’a annoncé, un petit matin d’octobre, que j’étais en rémission. Je suis rentrée chez moi, et j’ai écrit cette chanson, « Ce matin-là », que j’ai partagée très vite via les réseaux sociaux. Et la magie du net a fait le reste. Les internautes l’ont partagée, de plus en plus…

 

Je recevais des témoignages touchants de personnes qui me disaient « Cette chanson, c’est mon histoire ». Alors, j’ai décidé de leur donner la parole. Je me suis inscrite sur un site participatif qui permet aux artistes de réaliser un projet. Mon projet, c’était un clip participatif, produit et réalisé par et avec les internautes. En quelques semaines, la somme fut réunie et nous avons pu réaliser un clip dans lequel, des hommes, des femmes et des enfants sont venus de France et d’ailleurs pour chanter « Ce matin-là, je me souviens... » Un cri du cœur, un chant en chœur pour dire « Nous sommes tous ensemble mobilisés pour la lutte contre le cancer et lever le tabou de la maladie ».

 

 

PdA : "Ce matin-là", nous l'évoquions à l'instant, c'est une chanson que vous avez voulu écrire pour coucher sur papier et partager votre ressenti de femme se découvrant atteinte d'un cancer du sein. Quels sont, parmi les retours que vous en avez eus, ceux qui vous ont le plus touchée ?

 

F. : C’est une chanson que j’ai voulu écrire pour témoigner pour tous ceux qui ne le peuvent pas… Pour tous ceux qui cachent la maladie parce que le cancer est encore trop souvent la maladie de la honte. Plus nous en parlerons, plus les tabous seront levés. Je crois que c’est le rôle d’un artiste de mettre à la lumière les épreuves de la vie, et surtout le ressenti de chacun d’entre nous.

 

 

PdA : Une autre question, évidemment essentielle... Comment allez-vous, aujourd'hui ?

 

F. : Je vais bien aujourd’hui. Je vais bientôt fêter les 5 ans de rémission. Mais le chemin est long encore, parce qu’être en rémission ne veut pas dire « guérie ». Alors, ma vie est rythmée par des contrôles médicaux et la peur de la récidive. Vivre avec cette épée de Damoclès est un parcours de vie difficile pour beaucoup d’entre nous, et c’est important d’en parler aussi.

 

 

PdA : "Ce matin-là" décrit très bien l'abattement des premiers jours, lorsque la terre se met "à trembler", l'enfance "à défiler". Mais c'est aussi une merveilleuse chanson d'espoir, à l'image du combat que vous menez contre le cancer. Parmi les images que l'on y retrouve, la "rage de vivre" perçue sur le "visage d'un enfant". Le "regard de cette petite fille", votre "chance", votre "renaissance"... Et cette envie d'être à demain, jamais "oubliée"... La chanson est superbe, le message est lumineux, solaire... Mais j'aimerais vous demander d'aller un peu plus loin aujourd'hui... Il y a peut-être, parmi les lecteurs de nos lignes, une personne - ou quelqu'un qui l'aime - qui est en proie à la peur, au désespoir... du fait d'une mauvaise "sentence", d'un corps venant de la "trahir". Qu'avez-vous envie de lui dire ?

 

F. : En effet, c’est un témoignage sur l’annonce de la maladie, mais aussi une chanson d’espoir. Je crois à la force du témoignage pour mobiliser, parce que raconter, c’est mobiliser, raconter, c’est dire que ça n’arrive pas qu’aux autres. Les autres, c’est nous, ou ceux que nous aimons… alors battons-nous ensemble.

 

Je reçois tous les jours des témoignages, et chacun d’entre eux me touche profondément. Chaque histoire est différente et chaque combat est tellement personnel, qu’il est difficile de dire…

 

Je crois qu’on ne peut qu’être là chaque jour, et chaque fois que l’autre a besoin. Accompagner, c’est important, et c’est aussi un chemin difficile. Mais être là, c’est déjà le début du chemin vers l’autre, et c’est accompagner à la guérison, j’en suis certaine. Il y a un mot que nous les malades, nous detestons, c’est le mot COURAGE ! Il est pourtant dans le langage courant lorsque l’on rencontre des épreuves de la vie. Nous n’avons pas de courage et surtout, nous ne voulons pas qu’on nous en souhaite… Nous avons juste l’envie de vivre et la rage de vivre, et nous nous y accrochons très fort.

 

 

Au fil de nos vies

 

 

PdA : Nous avons beaucoup parlé de "Ce matin-là", car c'est évidemment votre chanson la plus emblématique. Elle est devenue une sorte d'étendard pour les malades, pas uniquement malades du cancer, d'ailleurs. Mais il ne faudrait pas oublier pour autant que vous avez écrit bien d'autres chansons. "Ce matin-là" est l'un des titres de votre troisième album, "Au fil de nos vies". Vos chansons sont souvent engagées. "Au nom de celles" est résolument féministe. "Lisa" aborde le thème de l'homoparentalité, "L'Européen" celui de l'immigration. Qu'est-ce qui, dans notre société, dans notre monde, vous révolte, vous donne l'envie de vous engager, d'agir ?

 

F. : Ce qui me révole dans notre société, ce sont les injustices et les discriminations, quelles qu’elles soient. C’est tellement humain d’être envieux, de juger ou de critiquer les autres… Pourtant, les autres, c’est nous... C’est ce que j’essaie de me dire quand je sens que je me positionne, parfois, dans le jugement.

 

 

PdA : D'où vous vient votre amour de la musique, de l'écriture ? Quelles sont, parmi vos chansons, celles pour lesquelles vous avez une tendresse toute particulière, et que vous aimeriez inciter nos lecteurs à découvrir ?

 

F. : L’amour de la musique, c’est ce qui a accompagné mon enfance et a guidé mes pas vers l’âge adulte. J’ai eu une enfance particulière, et je me réfugiais dans la pratique des instruments (piano, violoncelle, guitare). Je m’imaginais concertiste…

 

Depuis toujours, je rêve de la scène et ce rêve m’a portée et me portera encore longtemps. Les artistes que j’aime sont Véronique Sanson, Michel Berger, Alain Bashung, Gainsbourg, et tellement d’autres... Je n’ai pas de chanson préférée, chaque chanson à son histoire et nous raconte souvent la nôtre. C’est ce que j’aime faire en écrivant des chansons, raconter notre histoire.

 

 

PdA : À qui souhaiteriez-vous dédier la très belle "J'entends" ?

 

F. : La chanson « J’entends », qui figurera sur le prochain album, est dédiée tout particulièrement à une amie, combattante elle aussi, qui a lutté longtemps contre le cancer du sein et qui s’est envolée… trop vite. C’était une combattante et une militante, une femme tout simplement, comme j’en rencontre souvent. À travers elle, il y a le combat qui continue, sa colère aussi contre l’injustice de cette maladie. Et ses mots, qui me guident encore…

 

 

PdA : Est-il difficile pour une artiste partie de rien telle que vous de réellement exister médiatiquement ?

 

F. : C’est extrêmement difficile pour une artiste venue de nulle part d’exister. Dans ce métier, il n’y a que deux façons d’y arriver : avoir de l’argent ou des relations. Je n’ai ni l’un, ni l’autre, mais j’ai la foi, la rage de vaincre, et surtout le public, qui est de plus en plus nombreux à me soutenir.

 

 

PdA : Financièrement, vous réussissez à faire vivre votre art, à en vivre ?

 

F. : Financièrement, je ne vis pas du tout de mon art, et il me coûte même plutôt cher. C’est un pari sur la vie, sur l’avenir, mais je crois fermement que si je suis encore là aujourd’hui, c’est que j’ai quelque chose à y faire… Alors… je crois à mon rêve... et le public aussi, de plus en plus fort.

 

 

PdA : Le 4 avril prochain aura lieu au Théâtre de la Reine blanche (Paris) un grand concert solidaire au profit notamment de la lutte contre le cancer. "Faby et ses amis" est organisé par les associations "2 Mains Rouges" et "Au nom de celles", dont vous êtes la marraine. Voulez-vous nous présenter ce spectacle ? Pourquoi l’évènement sera-t-il à ne manquer sous aucun prétexte ?

 

F. : Ce spectacle est organisé par les associations Au nom de celles et 2 Mains Rouges. Il a pour but de récolter des fonds pour la lutte contre le cancer, et surtout de permettre à des personnes qui ont rencontré l’épreuve du cancer de pouvoir bénéficier des places que nous offrons via nos partenaires (Rose Magazine et Mademoiselle).

 

C’est un spectacle dans lequel des humoristes et des chanteurs seront nombreux pour faire la fête avec nous. Nous allons chanter et rire, et surtout partager avec le public des instants qui, je le crois, seront magiques, parce que tous les artistes sont bénévoles et donc très mobilisés.

 

 

Faby et ses amis

 

 

PdA : Quels sont vos projets ?

 

F. : Mes projets sont l’écriture d’un quatrième album qui, je l’espère, sortira en octobre 2013. Je souhaite être sur scène et à la rencontre du public de plus en plus souvent.

 

 

PdA : Vos rêves ?

 

F. : Mes rêves sont les mêmes depuis toujours. Chanter. Et partager...

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, chère Faby ?

 

F. : J’espère que mon souhait de rencontrer un producteur se réalisera un jour, parce qu’être un artiste indépendant n’est pas viable sur le long terme. J’espère aussi que je pourrai soutenir et me mobiliser encore longtemps dans la lutte contre le cancer, pour que le mot « guérison » existe.

 

 

PdA : Faby par elle-même, en trois mots... ?

 

F. : Authentique. Espérance. Femme...

 

 

PdA : Aimeriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

F. : Je suis très heureuse d’aller à votre rencontre via Paroles d’Actu, et j’espère que ce n’est que le début d’une belle histoire… :)

 

 

PdA : Un autre, pour quelqu'un en particulier ?

 

F. : Merci à tous ceux qui me soutiennent. Je ne vous connais pas tous, mais chacun d’entre vous est important pour moi.

 

 

PdA : Un mot pour conclure ? Une tribune totalement libre... Merci infiniment... et bravo pour ce que vous faites !

 

F. : Merci à la vie de m’offrir toutes ces rencontres, ces pépites de l’existence qui font que la vie vaut de l’or.

 

Merci à vous... et le combat continue !

 

 

 

Faby nouvelle

 

 

 

Merci Faby... Pour votre talent, pour votre enthousiasme, pour votre joie de vivre... Tous mes voeux de succès, de bonne santé, surtout... de bonheur... Et vous, que vous inspirent la musique, le combat de Faby... ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Merci. Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Vous pouvez retrouver Faby...

 

En concert... le 4 avril, sur la scène du Théâtre de la Reine blanche, à Paris. "Faby et ses amis". Avec Grégoire Collard, Grégory Bakian, Rayan Djellal, Karine Lima, Chris V, Claudio Lemmi, David Bacci, Djamboy, Eric Blanc, Gaëlle Buswel...

 

Sur ses comptes Dailymotion et YouTube  ;

 

Sur son site web (dont quelques chansons et l'achat du CD dédicacé) ;

 

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