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10 avril 2024

Jean-Dominique Brierre : « Alain ​​​​​​​Souchon s'est longtemps vu comme étant 'absent au monde' »

Après Françoise Hardy mi-janvier, c’est un autre artiste emblématique, Alain Souchon, qu’on célébrera dans un mois et demi, à l’occasion de ses 80 ans. Demain 11 avril sort justement une bio fort intéressante qui lui a été consacrée par Jean-Dominique BrierreAlain Souchon, « La vie, cest du théâtre et des souvenirs » (L’Archipel). L’auteur, qui a déjà brossé le portrait de Johnny, de Ferrat, de Bob Dylan ou encore de Leonard Cohen, s’appuie ici sur un matériel précieux, unique : de longs entretiens qui lui ont été accordés sur la durée par Souchon himself. L’occasion de rendre hommage à un de nos auteurs et chanteurs les plus attachants, de ceux qui, l’air de rien, nous racontent le monde avec une implacable lucidité. Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

>>> Foule sentimentale <<<

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU (ITW : 10/04).

Jean-Dominique Brierre : « Alain

 

Souchon s’est longtemps vu comme

 

étant "absent au monde"... »

 

Alain Souchon, « La vie, cest du théâtre et des souvenirs »

(L’Archipel, avril 2024)

 

Jean-Dominique Brierre bonjour. (...) Dans votre livre sur Alain Souchon, vous racontez que c’est lui qui vous a contacté au départ : il avait lu votre bio de Fabrice Luchini, elle lui avait plu, il avait eu envie de vous le dire, et peut-être de faire quelque chose avec vous. Le début d’une relation particulière, qui va un peu au-delà de la « simple » interview ?

 

Ce n’est pas une simple interview puisque, pendant une année entière, nous nous sommes vus presque chaque semaine, à chaque fois deux heures. Au fil des semaines, une vraie relation s’est forgée. Je dirais une complicité.

 

Cette relation de confiance qui s’est établie, vous êtes-vous pris à espérer qu’elle devienne de l’amitié ? Ça vous est déjà arrivé avec d’autres « sujets d’étude » ?

 

Se pose le problème de la célébrité. La célébrité a tendance à fausser les relations. C’est pourquoi il serait imprudent de parler d’amitié.

 

>>> J’étais pas là <<<

 

Dans quelle mesure diriez-vous que son enfance, un peu instable parce que ballottée entre deux pères, deux familles pour deux cultures différentes, a contribué à forger en lui son sentiment d’être désaxé - ou mieux, « misfit » - par rapport aux autres et à la société ?

 

C’est ce qu’il explique à longueur de pages dans mon livre. Il dit même que s’il n’avait pas eu cette enfance tourmentée il n’aurait peut-être pas été chanteur. Il n’a jamais eu le sentiment d’être « un désaxé », plutôt d’être absent au monde.

 

Alain Souchon s’est cherché assez longtemps, avant même de déceler en lui une fibre artistique empreinte de sa sensibilité, et surtout d’oser la présenter à d’autres. Il aurait fort bien pu n’être jamais artiste, mais travailler de ses mains, dans la nature et avec plaisir ?

 

Oui, avant d’être chanteur, pour gagner sa vie, il a exercé différents métiers manuel : peintre en bâtiment, menuisier. Ce côté matériel lui servira par la suite à trouver des métaphores dans certaines chansons : L’amour à la machine, Caterpillar, Les filles électriques.

 

>>> L’amour à la machine <<<

 

La rencontre avec Laurent Voulzy, autre être timide, constitue le point de départ de ce qui restera probablement comme la plus belle et fertile « bromance » artistique de la chanson française. On présente souvent un peu rapidement Souchon comme l’auteur et Voulzy comme le compositeur, mais vous expliquez bien que c’est plus subtil que ça. Qu’est-ce l’un apporte à l’autre dans le fond ?

 

Quand ils font une chanson ensemble, il y a un échange constant entre Souchon et Voulzy. Par exemple pour des raisons de rythme de la phrase, Laurent peut demander à Alain de changer un mot. Celui-ci s’exécute.

 

Vous illustrez ce point à plusieurs reprises : souvent il a tendance à laisser le bénéfice du doute aux gens, à voir eux ce qu’il y a de bon, et ça lui a parfois été reproché. Misanthrope, on ne peut pas dire qu’il le soit ?

 

C’est Voulzy qui a tendance « à voir le bon chez les gens ». Souchon n’est pas vraiment misanthrope, je dirais plutôt lucide, pour ne pas dire désespéré.

 

>>> Allô, maman, bobo <<<

 

Point également bien documenté dans votre ouvrage, son agacement parfois face à une vision un peu biaisée qu’on peut avoir de lui. Par exemple, qu’on le voie trop uniformément comme un petit être fragile, sur la base d’une vision caricaturale de Allô, maman, bobo, alors que lui n’hésite pas à parler de sa virilité, de son goût pour les activités physiques. Est-ce qu’il a du mal avec l’image qu’il peut, comme toute vedette, renvoyer ?

 

Il a longtemps été agacé par l’image « d’homme fragile ». Il trouvait cela réducteur. Avec le temps il a compris qu’il était difficile de contrôler l’image qu’on renvoie. Ce n’est plus un problème pour lui.

 

Sa vision du monde, telle qu’il l’exprime dans ses chansons, est-elle à votre avis pessimiste, ou carrément désespérée ?

 

Plutôt sans illusions.

 

Françoise son épouse, ça aura été un pilier essentiel pour lui, y compris dans sa quête d’une confiance en soi ?

 

Elle l’a toujours encouragé, conseillé. Elle est sa première « auditrice » quand il fait une nouvelle chanson.

 

J’ai eu le privilège, fin mars, d’interviewer Serge Lama. Parmi les artistes qu’il admire, il a cité spontanément Cabrel et Souchon, qu’il admire, reconnaissant à ce dernier d’avoir su et pu créer un univers bien à lui. Vous diriez cela, que Souchon a créé un univers qui ne ressemble à celui d’aucun autre ?

 

Chaque chanteur a un univers spécifique. Celui de Souchon mêle mélancolie et élégance.

 

Il a été acteur un temps avant de revenir à la chanson. L’exercice lui a moins plu ?

 

Pour lui le cinéma cela a été surtout des rencontres importantes, avec des actrices notamment : Isabelle Adjani, Catherine Deneuve, Jane Birkin. Mais il ne s’est jamais vraiment senti comédien. Il avait l’impression de tricher, c’est pour cela qu’il a arrêté.

 

C’est un poète Souchon ? Qu’est-ce qui au fond caractérise son art, sa place dans la chanson française ?

 

Lui même ne se considère pas comme un poète. C’est plutôt un « écrivain de chansons », un « songwriter », comme disent les anglo-saxons.

 

>>> Dix-huit ans que je t’ai à l’œil <<<

 

Quelles sont à votre avis les chansons dans lesquelles il se dévoile le plus, lui qui est si pudique ?

 

Dix-huit ans que je t’ai à l’œil, qui fait référence son père mort quand il avait quatorze ans. Ou encore J’étais pas là, sur cette absence au monde dont je parlais.

 

Qu’est-ce qui anime cet homme-là à votre avis ?

 

Exister grâce à ses chansons.

 

Alain Souchon aura 80 ans le 27 mai prochain. Ce serait quoi, le cadeau idéal pour lui ?

 

Pouvoir retourner quarante ans en arrière.

 

Trois qualificatifs pour brosser au mieux le portrait d’Alain Souchon, tel que vous pensez l’avoir compris ?

 

Nostalgique, élégant, taquin.

 

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