Pascal Louvrier : « Malraux, vivant aujourd’hui, serait sur le front ukrainien »
Le 23 novembre, ceux qui aiment les livres, l’aventure (l’évasion ?) et la liberté - ceux-là ne sont-ils pas au fond les mêmes ? - se souviendront peut-être que, 49 ans plus tôt (en 1976 donc) disparaissait un de leurs grands champions, car vainqueur sur les trois tableaux : André Malraux. Pour le grand public, comme pour votre serviteur avant lecture de Malraux maintenant (Le Passeur, octobre 2025), il était d’abord l’homme d’une séquence, d’un discours : celui évidemment du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, en 1964. C’était beaucoup. Mais s’y arrêter serait peu, au regard de ce que furent son œuvre, ses engagements, et sa vie.
Dans cette bio qu’il vient de lui consacrer, Pascal Louvrier nous rappelle, avec sa plume toujours sensible et chaleureuse, combien Malraux a incarné un imaginaire particulier, un idéal même, depuis pas loin d’un siècle. Il n’élude rien, pas même ses rapports fort compliqués avec sa famille, ses femmes, ses enfants, son enfance que lui-même a voulu passer un peu sous silence. Un homme dans toute sa complexité, et si l’homme fut grand, sa complexité l’était au moins autant que lui. Que penserait, que ferait Malraux, aujourd’hui ? Je me suis dit, en lisant le livre, qu’il aurait rejoint les nouvelles brigades internationales en Ukraine, comme jadis en Espagne. En Ukraine, et ailleurs, tant de possibilités... Sur cette question comme d’autres, Pascal Louvrier nous donne des clés de compréhension, parfois des hypothèses. Un grand merci à lui, pour notre interview, ses intéressantes réponses (10 novembre), et pour sa fidélité. Vive Malraux, son esprit en tout cas ! Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.
EXCLU - PAROLES D’ACTU
Pascal Louvrier : « Malraux, vivant
aujourd’hui, serait sur le front ukrainien »
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Malraux maintenant (Le Passeur, octobre 2025).
Pascal Louvrier bonjour. Écrire cette bio d’André Malraux un jour, c’était pour vous une évidence ? Que représente-t-il à vos yeux ? Comme un repère, un phare ?
pourquoi Malraux ?
Ça ne l’était pas, mais ça a fini par s’imposer avec le temps. Son engagement politique – métapolitique – a fini par l’emporter, surtout par rapport à la situation actuelle de la France. Il faut une voix pour retrouver la grandeur, l’indépendance, la sécurité du territoire. Il faut résister face au nihilisme qui nous plombe, au dénigrement systématique de notre passé, de ce que nous sommes, à l’effacement même de notre récit national. Et cette voix, c’est celle de Malraux, impossible à canceliser.
Son enfance, comme toutes les enfances, semble avoir eu un impact majeur sur le reste de sa vie, mais de manière peut-être plus prononcée que d’autres. Notamment, au regard de sa relation compliquée avec sa mère, un rapport particulier aux femmes qui croiseront son chemin...
Malraux et les femmes
Ses parents se sont séparés très tôt, il a été élevé par sa mère, sa grand-mère, sa tante, dans une épicerie à Bondy. C’est ce que je nomme le triangle noir. Il ne fut pas heureux, étant le mal-aimé, l’enfant laid – c’est sa mère qui le lui dit – surtout après la mort de son frère cadet. Il assiste à son enterrement, voyant la fosse où, inconsciemment, il est confronté à la finitude de la vie, la fameuse condition humaine. Il imagine cette fosse grouillante, d’où sortent des araignées. Son frère cadet, Raymond, avait à peine trois mois. Malraux avait 1 an et quatre mois. C’est un véritable trauma, un « souvenir plus fort que la mémoire », comme il l’écrit dans Les Conquérants, son premier roman. Sa mère n’hésite pas à le gifler quand il rentre trop tard à la maison. Il lui avait récité une tirade, apprise comme ça, car il est hypermnésique, en voyant une pièce de théâtre avec son unique camarade. Il croyait se faire pardonner ainsi. Il a pris une gifle pour toute réponse. La frustration, l’humiliation, la tristesse. L’envie de se tirer. « Il y a des enfants sans état civil, il n’y a pas d’enfant sans mère », écrira-t-il plus tard. D’où ses relations complexes avec les femmes. Il préfère la fraternité de combat, les copains qui tiennent le front. « La guerre m’a rendu chaste », écrira-t-il encore. Cela ne veut pas dire qu’il ne respecte pas les femmes. Il ne savait pas les aimer, c’est différent. Il leur rendra hommage dans un discours célèbre prononcé à Chartres, le 10 mai 1975, s’adressant avant tout aux combattantes déportées à Ravensbrück.
Malraux était-il pour vous un idéaliste authentique - je pense à ses participations à la guerre civile en Espagne, à la résistance et aux combats durant la Seconde Guerre, à ses engagements francs contre le fascisme et envers la décolonisation, etc. - ou bien plus prosaïquement a-t-il surtout tout fait pour fuir un quotidien, la normalité d’une vie de famille ? L’évasion, avant tout ?
l’aventure pour des idées ou pour s’enfuir ?
Il a tout fait pour tenter de gommer l’absurdité de la vie. Il s’est « évadé », il le dit dès la première page des Antimémoires. Son idéal, c’est la liberté. Liberté des peuples. Quand il découvre en Indochine les méfaits du colonialisme, il devient un anticolonialiste acharné. En Espagne, il monte une escadrille pour combattre les franquistes. Deux obus dans les murs de la cathédrale Saint-sauveur de Saragosse, qui n’ont pas explosé, obus lancés par l’un de ses avions, peut-être le sien, l’attestent. Il est là où il faut être quand la liberté l’exige face aux dictatures.
Sur quoi sa relation si particulière avec De Gaulle a-t-elle reposé fondamentalement ? Un vrai respect mutuel intellectuellement parlant ? Camus, récipiendaire en 1957 du Nobel de littérature, a déclaré que Malraux aurait dû l’avoir. Sa proximité avec le futur chef d’État lui a-t-elle coûté, alors et ensuite ?
avec de Gaulle, les ressorts d’un couple d’Histoire
De Gaulle, c’est l’homme qui sauve l’honneur de la France. Il incarne la grandeur, le sens des responsabilités, le courage. C’est un père de substitution. Il remplace avantageusement le sien, Fernand, qui a quitté sa famille et a fini par se suicider. De Gaulle incarne l’élan irrationnel comme par exemple en juin 1940, quand il rejoint Londres et continue le combat. C’était un coup de poker. De Gaulle a joué, il a gagné. Malraux aussi, c’est un aventurier qui réussit des coups. C’est un corps en mouvement. Il n’a pas un corps, il est un corps. L’énergie qu’il dégage contamine son entourage. Ou ses lecteurs. C’est violent, électrique, il y a un volontarisme frénétique qui habite ses personnages. Rien de nombriliste comme aujourd’hui où l’on se perd dans des histoires familiales qui n’intéressent que les auteurs eux-mêmes. Il y avait, bien sûr, un respect mutuel. Les deux hommes ont formé un couple romantique. Malraux, ministre de la Culture du Général, ça lui a sûrement coûté le Nobel. La gauche ne le lui a pas pardonné. Quant aux communistes, ils avaient une patrie : Moscou. Malraux a fini par les combattre.
Vous suggérez qu’il y a aujourd’hui encore des zones d’ombre à propos de la mort des deux fils de Malraux, survenue dans un contexte très particulier (guerre d’Algérie et guerre froide). Avez-vous une intime conviction en la matière ?
la mort des deux fils Malraux, un mystère ?
Ses deux fils sont morts dans un accident automobile, le lundi 23 mai 1961. Nous sommes en effet en pleine guerre d’Algérie, d’une part. De Gaulle est la cible de l’OAS, en partie financé par la CIA – ne pas oublier que de Gaulle veut sortir de l’OTAN. Il est possible qu’en s’attaquant aux fils de Malraux, on ait cherché à atteindre de Gaulle, à le déstabiliser. D’autre part, Vincent, le fils cadet du ministre, fréquentait Clara Saint, une jeune et riche héritière d’origine argentine, attachée de presse de la maison de couture Saint-Laurent. Amie du célèbre danseur russe Rudolf Noureev, qui se produisait à Paris, dans la troupe du Kirov de Leningrad, elle l’aida à échapper à la vigilance du KGB et lui permit de passer à l’Ouest. Elle fut soupçonnée d’agir pour le compte de la CIA. Gauthier et Vincent fréquentaient des personnalités douteuses, voire dangereuses. Alors CIA ? OAS ? KGB ? L’hypothèse que l’accident de voiture n’en soit pas un est plausible. Elle est sur la table. La période était féroce. Tous les coups étaient permis pour atteindre de Gaulle.
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Humainement parlant Malraux semble être assez insondable... Un mélange on l’a vu d’idéalisme sur les grands principes et de froideur envers ses plus proches. Comment décrivez-vous cet homme tel que vous pensez l’avoir compris ?
qui était André Malraux au fond ?
Cet homme reste assez énigmatique, en effet. Mais il y a chez lui une soif d’absolu. Il convient de « se résoudre dans l’action. » La vie est absurde, d’accord, alors autant la vivre avec grandeur, la tête haute. Il faut aussi, pour l’artiste, postuler posthume, c’est-à-dire transformer sa vie en anti-destin. L’art est un anti-destin, il échappe en cela à la mort. Il métamorphose le périssable en éternel. Quand l’homme a-t-il pensé qu’il pouvait être immortel ? Dès les peintures rupestres de Lascaux, répond Malraux. C’est sa grande affaire. Il tourne autour du trou noir, possédé. Le reste n’est qu’un « misérable petit tas de secrets. » Le plus surprenant, c’est qu’il n’a pas sombré après la mort tragique de sa compagne, Josette Clotis, ni de celles de ses deux fils. Perdre la mère et ses deux fils, c’est terrifiant. Malraux a surmonté l’ordalie. L’alcool et les antidépresseurs n’ont pas eu raison de son corps. Il a failli mourir, il s’en est sorti, et il a écrit, selon moi, son plus beau livre, Lazare. Il fait dire à l’un de ses personnages, dans L’Espoir : « Si je me regarde, je me tue. »
Quel regard portez-vous sur son œuvre, son impact, et sur son héritage littéraire ? Qu’est-ce qui, entre tout, livres ou citations (vous avez déjà donné quelques pistes...), vous transporte chez Malraux ?
que retenir de son œuvre ?
Héritage immense. Malraux fait entrer le bruit des mitrailleuses dans La Condition humaine. Il annonce un siècle cruel, où le terrorisme va être une arme redoutable. Ses personnages luttent contre la mort en jouant leur vie. Certains se sacrifient pour une cause dont ils savent qu’elle n’éloignera pas forcément les hommes de la barbarie. Cette barbarie qui accouche des camps d’extermination nazis. C’est le grand tournant de l’humanité. Mais Malraux c’est aussi le – faux – mémorialiste des Antimémoires. Ce livre, par son style, son lyrisme, ses événements métamorphosés par la vision malrucienne, est sûrement l’un de ses plus brillants livres. Il faut y ajouter, j’insiste, Lazare et sa prose poétique. Sans oublier ses ouvrages sur l’art qui révolutionne l’analyse classique. Il faut relire Les Voix du silence, dans la nuit d’hiver. C’est bouleversant d’intelligence. Pour un autodidacte, chapeau.
L’une de ses plus belles citations : « Le grand artiste n’est pas le transcripteur du réel, il en est le rival. »
Vous évoquez son bilan comme ministre, notamment la création saluée des Maisons de la Culture. Rappelez-nous ce qu’elles étaient et ce qu’elles ont changé dans le contexte d’alors, et en quoi Malraux a-t-il été, comme vous l’écrivez, l’exact contraire de Jack Lang ?
son empreinte à la Culture
Les Maisons de la Culture ont été créées en 1961. Ma génération, c’est celle de ces Maisons-là. Nous sommes les enfants spirituels de Malraux. C’était des lieux de rencontre, où nous trouvions les outils pour nous cultiver, nous les petits provinciaux sans bibliothèque dans la maison familiale froide. La culture pour tous et non pour chacun. C’était une sorte de cathédrale. La culture venait à nous, mais c’était nous qui devions faire l’effort intellectuel pour la comprendre, en voir la diversité, la complexité. Internet n’existait pas, il n’y avait pas la télévision dans tous les foyers. Mais la verticalité était préservée. Tandis qu’avec Jack Lang, qui a été un ministre de la Culture charismatique, l’horizontalité a été programmée. C’était la culture qui se mettait au niveau du peuple, quitte à la dévaluer et à faire d’un crachat multicolore sur une toile l’équivalent de Guernica, de Picasso. C’est insupportable. Le peuple n’est pas idiot. Il suffit de lui donner les clés pour comprendre l’art. C’est le principe de la « guerre du goût », si cher à Sollers.
Que serait aujourd’hui à votre avis une politique culturelle digne de l’esprit malrucien ?
faire du Malraux en 2025 ?
Il faut surtout revenir à des projets culturels débarrassés de l’idéologie égalitariste. Tout ne se vaut pas. L’Éducation nationale a failli à sa mission. L’illettrisme progresse, la confusion prospère, la marchandisation a remporté la mise. C’est affligeant. On coule, et on fait la fête, seul, dans sa chambre avec vue sur Netflix.
Vous écrivez qu’il a très tôt pressenti, non pas que le 21e siècle serait religieux ou ne serait pas, mais que l’islam en tant que projet politique gagnerait en puissance dans ses terres traditionnelles. Voulez-vous préciser ce point, et aussi rappeler au lecteur ce qu’était son rapport à la spiritualité, à la transcendance ?
Malraux, l’islam et les mysticismes
Olivier Germain-Thomas m’a dit que c’est le mot mystique qui convient, et non celui de religieux. C’est vrai que l’Occident a perdu ses valeurs suprêmes, tandis que les pays musulmans gardent une foi vibrante qui prospère. Nous, on attend le prochain smartphone. Le consumérisme finit de faire de nous des esclaves. Dans les Antimémoires, Malraux écrit : « Ce qui m’angoisse, c’est de voir Lazare revenir de chez les morts pour discuter avec irritation de la forme des tombeaux. » Remplacez « tombeaux » par « smartphones », et on s’aperçoit que l’angoisse existentielle de Malraux se justifie pleinement.
Quant à l’islam radical, qui ne cesse de se développer, avec les attentats terroristes, annoncés par le personnage de Tchen, dans La Condition humaine, avec cette phrase : « Assassiner n’est pas seulement tuer », la poussée de l’islam radical a été « vue » par Malraux dès 1956. Dans une note, que je cite, il prophétise : « C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamiste. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable au début du communisme au temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. » On peut donc dire que Malraux envisageait un « renouveau mystique » qui pourrait prendre la forme d’une nouvelle confrontation entre l’islam radical – caché parfois sous les oripeaux du gauchisme – et l’Occident chrétien. « Préparez-vous à l’imprévisible », avait ajouté l’auteur du Musée imaginaire.
Si vous pouviez, par une extraordinaire déviation prise dans les couloirs du temps, vous adresser à Malraux, lui dire quelque chose ou lui poser une question, ce serait quoi ?
un bon dans le passé, pour un café (ou un verre)
Faites entendre à nouveau votre voix, de là où vous êtes, car la France est en grand danger.
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(Illustration générée par ChatGPT le 18/11/25, sur demande de votre serviteur)
Malraux maintenant, justement : quel message, quel espoir, ou quel désespoir ? Malraux en 2025 ce serait quoi, aller combattre aux côtés des opprimés, ici ou là ?
Malraux dans les brigades en Ukraine ?
Malraux, jusqu’à son dernier souffle, a toujours voulu l’engagement. En 1967, il confie à Shimon Peres, que, plus jeune, il se serait engagé dans Tsahal. En 1971, il s’enflamme pour l’indépendance du Bangladesh, dont le peuple et les intellectuels seront victimes de la répression au Pakistan, auquel ils étaient rattachés depuis la partition du sous-continent indien en 1947. Il va au Bangladesh, son arrivée fait un tabac. Il est reçu comme un chef d’État. Il se rend à l’université de Rajshahi, prononce un discours mémorable devant les étudiants en liesse. Il leur dit, voix tremblante : « Soyez fiers de votre histoire et des combats qui vous ont forgés. » Voilà ce que j’aimerais entendre aujourd’hui de la part des écrivains et intellectuels, pour la France. Malraux, vivant – mais il est plus vivant que certains vivants – serait sur le front ukrainien. Il aurait acheté des drones et les lancerait en direction de Moscou. Du reste, le prix Malraux 2025 a été attribué au livre Volia, paru chez Grasset, qui est un témoignage vibrant et violent d’une infirmière, engagée volontaire dans la résistance ukrainienne, Anastasia Fomitchova. Son livre, par l’esprit, me fait penser à L’Espoir, roman épique sur la guerre d’Espagne.
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Dans les périodes de spleen, de découragement, ça vous fait plutôt du bien, ça vous inspire, de penser à Malraux et peut-être à d’autres auteurs ?
Malraux, lecture feel good ?
Malraux m’insuffle l’énergie pour ne pas jeter l’éponge, dire que tout est foutu. Je relis quelques pages des Antimémoires, et ça agit aussitôt. Son discours prononcé à Athènes, le 28 mai 1959, où il s’adresse à la jeunesse, ne peut laisser indifférent. Il y a le verbe, le souffle, l’inspiration. C’est de l’ordre de la mystique : « Au seuil de l’ère atomique, une fois de plus, l’homme a besoin d’être formé par l’esprit. »
Au moment où certains célèbrent une messe en hommage à Pétain, l’homme de la collaboration d’État avec l’Allemagne nazie, j’ai l’image de Malraux, à la tête de la brigade Alsace-Lorraine, qui délivre Strasbourg et demande au père Bockel, son fidèle ami, de célébrer une messe en la cathédrale pour symboliser la victoire de la liberté sur la barbarie. Le message de Malraux est plus que jamais actuel. (Éd. 19/11)
L’écrivain Malraux était volontiers mythomane. Et vous ? ;-)
un écrivain, ça mythomane énormément ?
Entendons-nous sur le terme de mythomanie. Sans mythe, il n’y a pas d’histoire possible. On est vite happés par le néant. Il faut de la légende. « Seul ce qui est légendaire est vrai », dit Malraux. Après, Malraux est un écrivain, ce n’est pas un journaliste. Il raconte ce qu’il a vécu ; dans les Antimémoires, il rend la scène ductile, il métamorphose la réalité en récit magnifié. C’est ainsi qu’il frappe nos imaginations. Guernica n’a rien à voir avec la réalité de la situation. On ne retient pourtant de ce village ravagé par l’aviation nazie que le tableau de Picasso. Il est l’un des symboles de la barbarie totalitaire. Il faut, de plus, chercher le souvenir fondateur, celui d’avant la mémoire. Il donne la clé de l’œuvre.
Pour ma part, je m’autorise tout dans un roman. Et j’aime à dire que tout y est vrai puisque j’ai tout inventé. Mais je respecte scrupuleusement les faits lorsque j’écris une biographie, même si je n’hésite pas à les passer au tamis de l’analyse psychanalytique.
Vos projets et surtout vos envies pour la suite, Pascal Louvrier ?
vers la suite...
Je viens de publier également un roman noir, Portuaire, chez Kubik Éditions. J’en achève un autre. En ce qui concerne la biographie, après Malraux, j’avoue que les sujets me paraissent assez fades. J’attends un peu.
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Pascal Louvrier a aussi publié, dernièrement, Portuaire (Kubik Éd.)
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