Didier Alcante : « C'est un honneur d'avoir mon nom aux côtés de celui de Ken Follett »
En ce 1er janvier 2026, qu’il me soit permis, l’espace d’un instant, de laisser de côté l’actualité rarement rose - et avec le drame survenu en Suisse elle est particulièrement tragique ce jour - pour vous souhaiter, lecteurs fidèles de Paroles d’Actu, pour vous et vos proches, une année aussi chaleureuse et exaltante que possible. Avec la santé, sans laquelle on ne peut rien. Des moments de joie : même petits, ils sont toujours bons à prendre. Et c’est précisément quelque chose comme ça que je suis heureux de pouvoir vous proposer, pour ce premier article de l’année.
Mon invité est un grand scénariste de BD, que je suis fier de compter parmi les habitués de notre site : Didier Alcante. Il a accepté, un peu avant Noël, d’évoquer longuement avec moi le troisième tome de son adaptation des Piliers de la Terre (de Ken Follett), Le Chantier de l'espoir (Glénat, novembre 2025). Il nous ouvre, parfois dans un détail qu’on n’aurait même pas voulu solliciter (allez lire l’histoire du marché de la laine et on en reparle ^^), les coulisses de sa création, évoque son complice Steven Dupré, le romancier Ken Follett qu’il a rencontré cette année, l’IA et ses projets, nombreux, à venir... Avec en prime, un dessin collector (et fort rare) offert à vous autres, lecteurs de Paroles d’Actu, petites veinards ! Merci, Didier, pour ton implication, et que cet article donne à tous l’envie de découvrir cette série BD des Piliers de la Terre, elle en vaut vraiment la peine ! Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.
EXCLU - PAROLES D’ACTU
Didier Alcante : « C’est un honneur
d’avoir mon nom aux côtés de celui
de Ken Follett »
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Les Piliers de la Terre : Le Chantier de l'espoir (Glénat, novembre 2025)
!!! SPOILER !!!
IL Y A DES MATHS DANS CET INTERVIEW
ALLERGIQUES, NE PAS S’ABSTENIR
Didier Alcante bonjour. Mettre la dernière touche au troisième tome d’une série graphique amenée à en compter d’autres encore, ça commence à être un peu une routine, ou bien est-ce toujours aussi excitant ?
La routine, non, mais c’est vrai qu’il y a certaines choses qui sont déjà bien installées et qui ne doivent donc plus être réglées, comme le « casting » des personnages, les décors (et notamment les plans du prieuré), la manière de collaborer avec Steven (mais ça c’est déjà le cas depuis longtemps) etc...
Mais on a accueilli deux nouveaux coloristes pour ce tome 3, puisque Jean-Paul Fernandez a pris sa retraite après le tome 2. Je le remercie au passage pour son excellent travail. Sébastien Gérard (un des meilleurs coloristes de la BD franco-belge) a donc pris la relève et on s’en réjouit. Et suite à des imprévus indépendants de notre volonté, Raphaël Baudouin (un jeune coloriste très prometteur) est également intervenu sur plusieurs planches, en se « calquant » sur Sébastien pour compléter l’album.
Pour en revenir à ta question, c’est toujours excitant de travailler sur cette série, et l’histoire est suffisamment variée pour ne jamais s’ennuyer. Après deux tomes plutôt centrés sur Tom le bâtisseur, ici on met plus de focus sur Aliena, la noble déchue, en tous cas dans la première partie de l’album. Et cette première partie va aussi parler du marché de la laine, ce qui change du chantier de la cathédrale (qu’on retrouve dans la seconde partie). Le titre « le chantier de l’espoir » (qui est de moi) parle donc non seulement du chantier de la cathédrale mais aussi du chantier de « reconstruction » d’Aliena après ce qui lui est arrivé à la fin du tome 2. On est donc globalement dans un tome plus intime que les précédents, on peut davantage creuser les personnages.
Dans ce tome 3 on apprend effectivement à connaître davantage les personnages, tandis que l'intrigue - comme la cathédrale - avance à grand pas. On assiste à des revers de fortune, à des reprises d'espoir, à des cours d’éco et d'architecture médiévales, à des manipulations de la part d’hommes d'église. Vraiment ce Moyen Âge, est-ce qu’il arrive à trouver grâce à tes yeux de citoyen épris de justice et d’opportunités sociales ?
Je ne me pose pas vraiment la question en ces termes, ou je ne suis pas certain de bien la comprendre. Le Moyen Âge est certes une période qui a été marquée par des guerres, la famine, le froid, la peste etc… mais c’est aussi durant cette période que des hommes et des femmes ont bâti d’immenses cathédrales qui défient les siècles, donc je trouve que c’est une période très passionnante et inspirante pour un scénariste !
Des difficultés particulières, par rapport aux deux précédents, pour scénariser et mettre sur pied ce tome 3 ?
Ce qui nous a posé le plus de soucis, c’est tout ce qui a trait au marché de la laine. Déjà, le système monétaire anglais au Moyen Âge, c’est l’enfer par rapport à ce qu’on connaît chez nous de nos jours ! La base, c’est le penny. Et dès qu’on passe au pluriel, ça se complique déjà car le pluriel est différent selon qu’on parle des pièces de monnaie physiques ou de la valeur qu’elles représentent. Si on parle des pièces, le pluriel d’un penny, ce sont des pennies. Mais si on parle de la valeur, le pluriel d’un penny, ce sont des pence. Autrement dit si on veut acheter 3 pommes (disons) qui coûtent chacune un penny, le prix total sera de 3 pence qu’on pourra payer avec 3 pennies ! Ensuite, il y a le farthing qui représente un quart de penny, le shilling qui vaut 12 pence, et la livre (pound) qui vaut 20 shillings, donc 240 pence. Ça n’a l’air de rien, mais pour certaines scènes ça m’a donné mal à la tête. Quand on donne un prix à l’unité exprimé en pence mais qu’on en prend plusieurs et qu’on paye avec des livres et qu’on nous rend la monnaie en shilling et en farthing, bon amusement 😊 (on dirait presque un examen de math ^^).
Un autre point qui nous a posé des difficultés, ce sont les « sacs » de laine. Quand Aliena et son frère commencent à faire le commerce de la laine, ils travaillent régulièrement avec ce qui est décrit dans le roman comme des "sacs" contenant 240 toisons (une "toison" étant ici le résultat de la tonte d'un mouton). Ce chiffre m'avait l'air énorme, mais on retrouve plusieurs fois ça dans le roman, par exemple dans cet extrait : "Quatre semaines après Pâques, Aliena et Richard entraient à Winchester aux côtés d’un vieux cheval tirant une charrette improvisée. Dedans, un énorme sac contenait deux cent quarante toisons, le chiffre exact que représentait un sac de laine normal." (Plus tard, Philip et d'autres moines amènent un chargement de 10 sacs pareils). En comptant 2 kg de laine par mouton, ça faisait 2x240 = 480 kg, et à la grosse louche, ça représenterait environ 2,5 mètres cube de volume. J'imaginais mal un sac d'un tel volume, surtout au Moyen Âge ! Ce serait énorme... mais c'est justement ce qui est écrit dans le roman: "un énorme sac". En tous cas, dans la série et dans le jeu vidéo, nulle trace de si grands sacs. C'était un peu embêtant car toutes les négociations sur le marché tournent autour du prix par sac, donc pour 240 toisons, ce qui est représenté plus ou moins comme l’unité standard...
Je me suis donc tourné comme d’habitude vers notre consultant historique, Nicolas Ruffini-Ronzani, qui comme d’habitude également, nous a été très utile. Il a fait quelques recherches pour essayer de trouver une réponse à cette question, ce qui n’était pas facile. Si les sources et l’iconographie médiévales illustrent plutôt bien le processus de tonte et de tissage, elles ne disent rien du transport des marchandises. Par une série de recoupements, il a quand même réussi à trouver que ces sacs contenant des toisons étaient dénommés « curons ». C’est un terme qui est encore employé aujourd’hui. On en trouve une série d’occurrences en faisant des recherches du type « curon + toison » ou « curon + mouton » sur Google. Visiblement, ces gros sacs actuels ne font jamais plus de quelques dizaines de kilos. Un sac d’une demi-tonne, cela lui paraissait vraiment trop gros… Il imaginait plutôt quelques gros sacs rassemblés sur une charrette. Sur cette base, nous avons finalement décidé qu’un « sac » contiendrait 60 toisons, et ferait un peu moins d’un mètre cube et environ 60 kg, ce qui est déjà énorme mais nous semblait plus réaliste, et plus conforme à ce qu’on voit dans la série et dans le jeu vidéo. Mais du coup, on a dû aussi adapter les prix par rapport à ce qui était mentionné dans le roman, puisqu’on passait de 240 toisons à 60, donc revoilà les farthings et les pence, livres et autres shillings et les calculs liés…
Toujours par rapport au commerce de la laine, il y avait des termes techniques comme le « foulage » par exemple, qu’il nous a bien fallu comprendre (en l’occurrence, le foulage est une opération « mécanique » qui a pour but de dégraisser et de feutrer la laine en resserrant les fils), et comprendre comment ça se pratiquait concrètement au Moyen Âge, avec quels outils, etc. Bien sûr, tout ça est décrit dans le roman, mais ce n’est pas facile de se le visualiser concrètement, et donc de le représenter en dessin. À nouveau, c’est là où Nicolas Ruffini-Ronzani est très utile, il parvient toujours à nous dégoter rapidement des illustrations adéquates. Je dois vraiment lui rendre hommage pour ça.
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(Pour la petite histoire, Steven nous a représentés, Nicolas et moi, dans l’album, page 54 case 2) sous les traits d’ouvriers en train de creuser péniblement les fondations de la nouvelle cathédrale, tout un symbole 😊 !)
Une scène en particulier dont tu aimerais nous raconter la transposition du roman au script, puis du script à la BD ?
Je pense que le flash-back sur la jeunesse de Philip est un exemple intéressant.
Ce flash-back intervient assez tôt dans le roman, quand le bébé abandonné par Tom est retrouvé par des moines et emmené dans le petit prieuré dans la forêt. Les moines se demandent ce qu’ils vont en faire, Philip propose que les moines s’en occupent eux-mêmes, en arguant que c’est un don de dieu et qu’ils l’instruiront de sorte qu’il devienne lui-même moine. Un autre moine lui rétorque que c’est impossible, qu’un enfant ne peut pas être élevé par des moines. Philip répond qu’il est certain que c’est possible, et qu’il le sait d’expérience. Dans le roman, le flash-back survient alors à ce moment-là, comme une espèce de sous-chapitre assez long, dans lequel on présente quasiment toute sa vie jusque-là. On apprend donc que les parents de Philip ont été massacrés par des soldats durant une guerre civile et que Philip et son frère ont eux-mêmes été sauvés in extremis par un moine qui s’est interposé et a brandi la croix devant le soldat, avant de recueillir les enfants.
Ça passe très bien dans le roman, mais pour l’adaptation en BD, le reprendre tel quel aurait été trop tôt, trop long, aurait été un peu artificiel et aurait ralenti le rythme. Or pour le premier tome, je voulais un rythme assez élevé et j’avais déjà suffisamment de choses à caser. J’ai donc « sauté » ce flash-back dans le tome 1, en y faisant simplement une petite allusion. On voit (dans le tome 1, page 42, case 6) Philip qui dit « Impossible ? Au contraire, je suis tout à fait certain que cela peut se faire. C’est une longue histoire, peut-être te la raconterais-je un jour, mais j’ai moi-même été élevé par des moines ». De la sorte, le lecteur a l’information principale délivrée par le flash-back (Philip a été élevé par des moines), sans en connaître les détails. Ça rend en principe le lecteur curieux d’en savoir plus, et au lieu de lui donner la réponse directement, il doit juste attendre que je la lui donne au moment qui me semble le plus opportun. Ça le rend curieux plus longtemps 😊.
Et pour moi, ce moment, c’était justement dans le tome 3, juste après que les hommes de Bartholomew ont pris la carrière de Philip, et empêchent Tom d’y travailler, par la force et la menace des armes. Je me suis dit que ce serait pas mal d’insérer le flash-back à ce moment là sous forme de rêve. On peut y voir comme un signe de Dieu, j’ai pensé que Philip se donnait suffisamment de mal pour sa cathédrale, il avait droit à un peu d’aide de Dieu quand même ! Et ce rêve, du coup, ne nous apporte pas seulement un éclairage sur le passé de Philip, mais surtout il projette aussi l’histoire vers l’avant en donnant l’idée à Philip de comment résoudre cette nouvelle crise : par la puissance de la Foi, et pas par la violence ! Et c’est ce qui va se produire juste après. De la sorte, le flash-back n’est pas seulement explicatif et tourné vers le passé, il fait avancer l’histoire en donnant une idée pour le futur.
Au niveau graphique, Steven a choisi de changer de technique pour illustrer ce rêve / flash-back, à savoir qu’il n’a pas encré le dessin, mais simplement scanné directement le crayonné. Et Sébastien Gérard, le coloriste, a ensuite apposé des couleurs dans des tons très différents du reste de la BD, qui accentuent le côté dramatique et onirique de la scène.
Est-ce que parfois tu peux avoir justement la tentation non pas simplement de raccourcir ou de modifier pour des raisons d’adaptation en album, mais carrément de transformer en profondeur des éléments d’intrigue ? Si oui te faudrait-il l’accord de Ken Follett ?
Si je désirais apporter une modification majeure au roman, oui, j’imagine que j’aurais besoin de l’aval de Ken Follett. Mais la question ne s’est jamais posée car personnellement je ne suis pas fan des adaptations qui changent trop de choses à l’histoire de base, encore moins quand celle-ci est extrêmement bien écrite et construite, comme c’est le cas des Piliers de la Terre. Donc j’ai toujours eu l’intention de rester très fidèle au roman. J’y apporte des modifications mineures, telle que celle que j’ai décrite ci-dessus avec le flash-back sur la jeunesse de Philip, que j’ai simplement déplacée et raccourcie.
Autre exemple : j’adore la façon dont Steven représente le personnage de Cuthbert (le cellérier de Kingsbridge), il a un petit côté malicieux qui me fait penser à Maître Yoda ^^. Par conséquent, comme je l’aime bien, je le fais intervenir un peu plus souvent que dans le roman, je lui donne un peu plus d’importance.
Dans le roman, Philip persuade les fidèles de venir travailler bénévolement sur le chantier de la cathédrale en leur disant que ça remplacera leurs prières et leurs offrandes. J’ai trouvé que c’était un peu trop facile, et j’ai eu l’idée que ça ne donne que de piètres résultats dans un premier temps, et qu’il faille l’intervention de Cuthbert qui, lui, menacerait plutôt les villageois de brûler en enfer s’ils ne venaient pas aider, et c’est surtout ça qui fonctionne pour amener les gens sur le chantier. Je trouvais que c’était à la fois crédible, dans l’esprit du roman, et ça me permettait de revoir ce personnage que j’aime bien. C’est donc une scène qui ne figure pas dans le roman, je l’ai inventée. Mais pour ce genre de petites modifications, nous ne demandons pas l’autorisation de Ken Follett et de son équipe, il n’y a pas besoin.
À propos de Follett je remarque sur la couverture que son nom apparaît au moins deux fois plus gros que le tien et que celui du dessinateur Dupré. Pour vous, c’était une évidence ?
On n’en a jamais parlé entre nous, mais je n’en prends vraiment pas ombrage. C’est un honneur d’avoir mon nom aux côtés de celui de Ken Follett sur la couverture. Pour la petite histoire, il y a 25 ans quand j’ai commencé à faire des démarches pour percer comme scénariste, je m’étais inscrit sur le site bdamateur.com qui permettait à des scénaristes amateurs de travailler avec des dessinateurs amateurs, de tous les niveaux. J’avais rédigé une mini biographie pour me présenter, et je citais notamment Ken Follett et Jean Van Hamme dans mes idoles. Aujourd’hui, j’ai la fierté de pouvoir dire que je suis devenu le seul co-scénariste de Van Hamme, et le seul scénariste ayant adapté un roman de Ken Follett. Donc je ne vais certainement pas « tiquer » parce que le nom de Ken Follett est écrit en plus grosses lettres ! Il a vendu environ cent fois plus de livres que moi, c’est clairement plus son nom que le mien qui fait vendre, donc aucun souci à cet égard !
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Ken Follett vous a exprimé à plusieurs reprises son respect pour votre travail. As-tu eu d’autres retours de sa part, peut-être pour projet de travailler directement avec lui ? D’ailleurs aurais-tu envie, après Les Piliers, d’adapter un autre de ses romans ?
Travailler en direct avec lui, je ne pense pas que ce soit possible, mais lorsque j’ai pu lui parler quelques minutes cette année en mars, je me suis permis de lui suggérer d’écrire un roman qui se passerait durant les guerres de l’opium (comme notre série Lao Wai), j’adorerais voir ce qu’il en ferait. On verra s’il suit ma suggestion… Pour le reste, nous savons qu’il apprécie beaucoup notre travail, il a eu des mots très flatteurs et il a fait plusieurs posts sur les réseaux sociaux en ce sens. Et la meilleure preuve que son équipe et lui nous font confiance, c’est qu’il va nous confier l’adaptation d’un autre de ses romans ! 😉
Mr Follett vient d’ailleurs d'obtenir la nationalité française (cocorico). Et toi c’est pour quand ? ;-)
Alors j’aime beaucoup la France et j’ai beaucoup d’amis français, mais je suis très content d’être belge et de le rester. Et puis après la demi-finale du Mondial 2018, devenir français est juste inconcevable. ^^
Mauvais perdant ! Te verrais-tu écrire un roman ?
Pour faire court, non, ça me tente plus. Ça m’a tenté quand j’étais (beaucoup) plus jeune, mais la BD et la TV ou le cinéma m’attirent dorénavant bien davantage. Je n’aime pas écrire de longues descriptions, et en roman il en faut beaucoup plus que dans l’écriture de scénarios BD ou TV / cinéma. Je lis énormément de BD, et regarde énormément de séries télé ou de films, mais finalement très peu de romans (maximum 4 par an je pense).
Il a beaucoup été question cette année de la montée en puissance de l’IA, des craintes qu'elle fait naître y compris auprès de métiers intellectuels et artistiques. L’utilises-tu à titre perso ou pro, et la redoutes-tu en tant que scénariste ?
En tous cas, ce qui est certain, c’est que c’est un sujet à la mode. On m’a interrogé sur ce sujet lors de mes trois dernières interviews ! Personnellement j’utilise l’IA principalement pour me documenter, ça me fait gagner quand même beaucoup de temps. Par exemple, pour savoir quel modèle précis de voiture utiliserait un personnage vivant dans tel pays à telle époque et étant de telle classe sociale. Je demande aussi parfois à l’IA de me résumer de longs textes pour gagner du temps. Je travaille aussi sur une BD de vulgarisation scientifique et l’IA m’est très utile pour moi-même pouvoir comprendre certains concepts très complexes. En gros, c’est une espèce d’assistant très performant et disponible tout le temps quand j’en ai besoin.
Je ne crains pas encore vraiment l’IA au niveau de la créativité littéraire car pour l’instant l’IA peut générer énormément de textes ou d’idées mais ne me donne pas l’impression d’être capable de juger si ce qu’elle écrit est de qualité ou pas du tout… Et on « sent » encore quand un texte est écrit par l’IA, qui a tendance à répéter les mêmes structures de texte etc. Mais les progrès de l’IA sont aussi très rapides, et je pense qu’il n’est pas du tout exclu que dans un futur proche des BD ou des romans soient entièrement réalisés par des IA. Globalement je pense que ça va être un tsunami pour tout le monde. Les interprètes – traducteurs, les illustrateurs, les médecins, etc… tout le monde va être impacté et il n’y a pas de raisons que les scénaristes ne le soient pas. Je crois que c’est inéluctable et qu’il va falloir apprendre à se débrouiller d’une manière ou d’une autre avec ça. On peut le regretter, c’est sûr, mais je n’imagine pas qu’un retour en arrière soit possible. L’IA fait déjà partie de nos vies, et ce sera encore bien davantage le cas dans le futur.
En tant qu’auteurs, à nous de continuer à travailler notre sensibilité propre, nos constructions dramatiques, notre originalité etc.
Tu m’as confié dans ces colonnes, il y a un an quasiment jour pour jour, que 2024 avait probablement été ta plus belle année professionnellement parlant. Quel bilan tires-tu à cet égard de 2025 qui s’achève ?
2025 a été une année plus calme, voire très calme, en termes de parutions (juste deux albums, Les Damnés de l’or brun, T3 et Les Piliers de la terre, T3). Des soucis personnels m’ont pris malheureusement beaucoup de temps et d’énergie, mais j’ai tout de même mis en route plusieurs projets bien excitants (voir ci-dessous). Donc on va dire que c’est (c’était) une année de transition.
J’ai tout de même eu deux belles satisfactions en 2025 par rapport à mon activité de scénariste. La première, c’est d’avoir pu rencontrer Ken Follett en mars et d’avoir pu lui parler personnellement à Londres. Ça n’a duré que quelques minutes, mais c’est évidemment un souvenir très fort.
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Et la deuxième, c’est que notre album Whisky San (co-écrit avec Fabien Rodhain, illustré par Alicia Grande et mis en couleurs par Tanja Wenisch) a obtenu une très belle médaille de bronze au « International Manga Award » (organisé par le ministère des Affaires étrangères du Japon), ce qui m’a valu d’être reçu en mai par l’ambassadeur du Japon en Belgique avec Tanja Wenisch (qui est belge), Fabien et Alicia étant quant à eux conviés par les ambassades du Japon en France et en Allemagne.
Bravo ! Et est-ce que ça avance un peu sur le front de l'adaptation potentielle d’une ou plusieurs de tes œuvres en audiovisuel ?
Eh bien, il y a en tous cas l’adaptation audio de La Bombe qui est déjà disponible sur Audible, avec des voix de fantastiques acteurs (-trices) et des effets sonores immersifs, pour une durée de 5H au total. Et il y a aussi une option qui a été prolongée par des producteurs TV pour en tirer un documentaire. Il y a aussi un scénariste américain qui est très fan de ma série Jason Brice et qui rêverait d’en faire une série Netflix, les chances semblent faibles mais sait-on jamais…
>>> La Bombe en audio, pour en savoir plus... <<<
Tes projets et surtout tes envies pour 2026 ? Un petit scoop ?
Dans le désordre, je travaillerai sur la suite des Piliers de la Terre et donc l’adaptation d’un autre roman de Ken Follett (mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant). Le tome 2 de notre série Golgotha (co-écrite avec L.-F. Bollée, illustrée par Enrique Breccia et mise en couleurs par Sébastien Gérard) paraîtra début 2026. Ensuite, je serai encore bien occupé sur l’écriture d’une BD de vulgarisation scientifique chez Futuropolis, co-écrite avec le physicien Thomas Hertog qui fut le collaborateur de Stephen Hawking pendant 20 ans, et qui sera illustrée par Christian Durieux.
Avec L.-F. Bollée et Denis Rodier, nous sommes en train de travailler sur une suite à La Bombe, qui couvrira 80 années de prolifération nucléaire, de l’immédiat après-guerre jusqu’à nos jours. À ce jour, la moitié est écrite, et le quart dessiné. Enfin je vais en principe être amené à travailler sur une série phare de la BD franco-belge… mais là aussi je ne peux pas encore en dire plus.
J’aimerais à présent te lancer un petit challenge. Pour une fois tu vas prendre la place de ton complice Steven Dupré, te saisir d’un stylo ou d’un crayon, et dessiner pour nous, au choix, ton perso préféré des Piliers, ou bien Alcante en autoportrait ?
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Voilà. Il était inutile que je dessine de mémoire (ça aurait été proche d’un bonhomme têtard) mais en recopiant un dessin, je peux encore faire un peu illusion. Ici ça m’a pris une demi-heure environ. Je suis un peu parti en vrille sur l’œil à droite, qui est un peu excentré et le visage est sans doute un peu trop allongé. Dessiner de manière réaliste une bouche, des oreilles, et les yeux, c’est ultra-compliqué. En recopiant le dessin de Steven (dernière case de la p42 du tome 1), j’ai pris conscience du nombre incroyable de petits traits, quel boulot, pff, ça me rend encore plus admiratif de son travail ! Au total, on va dire que je me donne 6,5/10. Merci de m’avoir proposé ça, ça faisait longtemps que je n’avais plus dessiné et ça m’a rappelé de bons souvenirs d’enfance. Je pense que quand j’étais jeune je dessinais plutôt mieux que la moyenne, voire pas mal, mais c’est sans la moindre contestation possible très nettement en-dessous d’un dessin professionnel ! On va dire qu’il vaut mieux pour tout le monde que je reste scénariste. ^^
Mieux que pas mal, bravo ! Un dernier mot ?
Eh bien, merci à toi de suivre ainsi mon travail et de contribuer à le faire connaître ! Bonne année à toi et à tous les lecteurs et toutes les lectrices de cette interview. 😊
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