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7 avril 2026

Frédéric Quinonero : « Johnny a su tuer l'Elvis qui était en lui pour devenir Hallyday »

Frédéric Quinonero, biographe d’artistes et romancier, n’est plus à présenter aux lecteurs fidèles de Paroles d’Actu : depuis 12 ans, il répond présent à mes sollicitations pour évoquer tel ou telle personnalité (de Michel Sardou à Françoise Hardy en passant par Florent Pagny) et, à travers celle-ci, nous faire sentir le parfum d’une époque, la traversée de décennies, les temps qui changent. Il a entrepris de réaliser, en auto-édition, une version corrigée et augmentée de son premier ouvrage daté de 2006, son éphéméride consacrée à son idole de toujours, Johnny Hallyday. En quatre tomes, dont le premier vient de paraître (Johnny Hallyday, au jour le jour: Vol. 1 : 1943-1966), et qu’il a accepté d’évoquer lors de cette nouvelle interviewUn beau document, précis et richement illustré : indispensable pour les fans et, au-delà, pour celles et ceux qui voudraient revivre un temps qu’ils ont connu, ou mieux qu’ils n’ont pas connu... Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU (06/04/2026)

Frédéric Quinonero : « Johnny a su tuer

 

l’Elvis qui était en lui pour devenir "Hallyday" »

 

Johnny Hallyday, au jour le jour: Vol. 1 : 1943-1966 (La Libre Édition, mars 2026)

 

20 ans après, pourquoi rééditer ton premier ouvrage, cette éphéméride Johnny Hallyday, et pourquoi le faire en plusieurs parties ? En quoi l’as-tu complété, modifié, corrigé peut-être ?

 

Pour fêter cet anniversaire. On n’a pas tous les jours 20 ans (rires)… Et comme pendant tout ce temps, j’ai continué à l’enrichir d’infos, le corriger, le modifier… je propose aujourd’hui une version beaucoup plus étoffée qui mérite bien quatre volumes.

 

Quelle a été l’histoire de ce travail édité en 2006 ? Quand as-tu su que cette éphéméride que tu composais comme un fan, ça deviendrait un livre ? Et comment ça s’est concrétisé à l’époque ?

 

C’est une longue histoire commencée sur des cahiers d’écolier lorsque j’étais enfant et poursuivie tout au long de ma vie. Je n’ai jamais pensé en faire un livre un jour. Mais, en 2006, lorsque mon premier éditeur m’a demandé de venir avec un projet original autour de Johnny, je n’ai pas cherché longtemps. Je lui confiais donc ce qui représentait le travail de toute une vie.

 

Te replonger ainsi, alors qu’il n’est plus là, dans les archives des activités de Johnny, que tu as tant aimé et que tu aimes toujours, ça fait naître quoi comme émotions, entre joie, nostalgie, un peu de mélancolie peut-être ?

 

Je continue à écrire sur lui sans penser qu’il n’est plus là. Je réalise qu’il est mort par moments, lorsque je m’arrête. Mais replonger dans ce parcours tourbillonnant qui fut le sien me le rend forcément vivant. C’est joyeux et nostalgique à la fois. Jamais triste, ni mélancolique.

 

Ce premier tome s’achève en 1966 : pourquoi cette date ? Quel est le statut de Johnny à ce moment-là ? Peut-on dire qu’il est alors une des vedettes majeures et apparemment durables de la jeunesse de l’époque ? Comment les plus âgés, dans le public et parmi les artistes, le regardent-ils alors ?

 

1966 marque un tournant dans la carrière de Johnny. Une renaissance, après une période de creux survenue au retour de son service militaire. Entre 1964 et 1965, Johnny coche toutes les cases de la respectabilité bourgeoise : il fait son service militaire, il épouse Sylvie Vartan et devient père. À ce moment-là, la presse pense qu’il est rangé, intégré au système. Au retour de l’armée, le public a changé. C’est l’époque d’Antoine, de Polnareff et de Dutronc. Johnny semble dépassé, presque ringardisé. Sa durabilité est remise en question. Il est le leader de la jeunesse, mais une jeunesse qui commence à lui préférer des artistes plus créatifs ou plus fous. 1966 c’est l’année de sa tentative de suicide et de la sortie de Noir c’est noir. Un point de rupture. C’est l’année où il retrouve sa rage rebelle et tourne définitivement la page du «  yéyé  » pour renaître en tant qu’icône rock.

 

Est-ce que l’avènement d’un Johnny, et de ses camarades des années 60, dit réellement quelque chose de la France de cette époque ? Johnny n’est-il pas au fond, alors et ensuite, qu’un rebelle «  sur la forme  », bien plus volontiers gaulliste que révolutionnaire ?

 

Johnny a été le symbole d’une révolution sociétale, l’avènement d’une jeunesse qui a imposé ses codes, sa musique, sa façon de s’habiller, sa volonté de bouger, de consommer, de bouleverser une société immobile. Une jeunesse qui veut vivre, plus instinctive que celle de Mai 68, mais l’une va emmener l’autre. Même s’il semble rentrer dans le rang en faisant l’armée et en se mariant, Johnny ne cessera pas moins de brûler sa vie par les deux bouts. En rentrant dans le rang, il devient intouchable et peut alors se permettre toutes les démesures.

 

À la mort de Johnny en 2017, plusieurs journaux anglophones ont évoqué la disparition du «  French Elvis  ». Au-delà des comparaisons faciles, y avait-il du vrai là-dedans ?

 

Si l’on résume Johnny à cette comparaison à l’un de ses modèles, on passe à côté de l’essentiel. Bien sûr, à ses débuts il a voulu incarner un Elvis avec le physique de James Dean. Cette identification est touchante. Comme Elvis, Johnny a été le détonateur d’une jeunesse. Mais la comparaison s’arrête là. On peut dire d’Elvis qu’il est resté figé dans les années 50/60. Johnny a su s’adapter à l’air du temps, en devenant une institution nationale. Il a su «  tuer  » l’Elvis en lui pour devenir Hallyday. En ne voyant en lui qu’un «  Elvis français  », la presse anglophone passe à côté de la singularité culturelle du personnage. Johnny n’est pas une copie conforme, il est une adaptation française d’un mythe américain, ce qui change tout. Johnny c’est un destin français.

 

Tu évoques à un moment, les retrouvailles compliquées avec son géniteur. Peut-on comprendre Jean-Philippe Smet sans avoir à l’esprit ses rapports avec son père ?

 

Non, toute l’œuvre de Johnny est une réponse à l’abandon. Jean-Philippe Smet a inventé Johnny Hallyday pour exister, il a construit ce personnage devenu monument national pour se sauver du vide laissé par son père.

 

À cet égard, il y a quelque chose d’un peu similaire avec l’histoire de Michel Berger, ou pas du tout ? Sait-on s’ils ont évoqué ensemble ce trait biographique commun ?

 

Ce n’est pas tout à fait comparable. L’un - le père de Berger - était devenu amnésique après une opération. Celui de Johnny avait toute sa tête. J’ignore s’ils ont abordé ce sujet. En tout cas, cela n’a inspiré aucune chanson de Berger pour Johnny sur ce thème. Ce qui a surtout affecté Berger est la mort de son frère, puis la maladie de sa fille. Il vivait dans l’angoisse de sa mort annoncée, qu’il n’a pas connue...

 

Johnny c’est une histoire réellement romanesque, ou bien a-t-on rendu la réalité un peu plus «  sexy  » qu’elle n’était ?  Ça manque aux artistes des années 2020, ce côté romanesque dans le parcours qui en ferait l’épaisseur ?

 

Contrairement aux artistes d’aujourd’hui qui gèrent leur image sur Instagram ou TikTok avec des filtres et des spécialistes en marketing, Johnny vivait ses drames en place publique. Le romanesque chez lui vient de sa capacité à chuter et à se relever. Aujourd’hui, tout est «  lissé  ». Johnny, c’est l’aventure permanente, le goût du risque, l’imprévu. Jusque dans ses dérives. On ne fabrique pas une légende avec du marketing. Ce qui manque aux artistes des années 2020, c’est peut-être cette acceptation du danger.

 

Est-ce que tu crois, en toute honnêteté, qu’en-dessous des quadra ou même des trentenaires d’aujourd’hui, Johnny parlera encore aux jeunes dans les années à venir  ? Un Sardou, une Françoise Hardy ne sont-ils pas mieux placés pour gagner la bataille de la postérité, peut-être parce que plus naturellement héritiers populaires d’une tradition toujours ancrée de chanson française ?

 

Johnny a dépassé le statut d’un simple chanteur. On peut dire qu’il a incarné l’âme d’une époque. Pour mesurer sa postérité, il suffit de regarder ses obsèques en décembre 2017. Cette foule immense, ce million de personnes dans les rues de Paris, cette France de toutes les générations et de toutes les classes sociales réunie... On n’avait pas vu une telle ferveur populaire depuis les funérailles de Victor Hugo. C’est une réalité historique. Alors, il ne s’agit plus de savoir si sa musique est intemporelle ou non, mais de reconnaître que l’Histoire retiendra son nom comme monument du patrimoine national.

 

Sens-tu quelque part, qu’avec cette nouvelle édition de ton éphéméride Johnny, 20 ans après, tu boucles une boucle ? Que peut-être se profile pour toi, comme biographe, comme auteur aussi, la fin d’une époque ?

 

Oui, je le ressens fortement, mais ne le souhaite pas. J’aimerais croire que la chanson française intéresse encore les gens…

 

 

Le documentaire sur Véronique Sanson réalisé par Tom Volf a été diffusé sur France 3 il y a quelques jours. Es-tu de ceux qui aiment Sanson, et qui considèrent, comme l’avait exprimé Françoise Hardy elle-même, qu’avec son album de 1972, Amoureuse, elle a ringardisé d’un coup ceux qu’on appelait les yéyés ?

 

Oui, à partir du moment où Véronique Sanson entre sur la scène musicale, elle déplace le curseur des chanteuses en place… En 1972, en pleine période néo-yéyé, elle débarque avec à la fois une signature musicale et une forte identité vocale. Elle n’est pas seulement une chanteuse, mais une musicienne. Et une femme inspirée, très rock dans l’âme, qui exprime de façon directe ses passions, ses fêlures, et sait faire sonner la langue française comme personne. Elle a en commun avec Johnny cette façon de se livrer corps et âme à la musique et au public.

 

Loana est morte il y a peu, après une vie de lumières aussi fortes peut-être que ses failles furent béantes. On s’y attendait un peu, en espérant que... et voilà. Qu’est-ce que ça t’inspire ?

 

De la tristesse. Et de la colère. Plus que ça : du dégoût, à l’égard de ceux qui se sont enrichis en exploitant sa fraîcheur et son mal être…

 

Si tu pouvais, en mettant de côté les impératifs commerciaux et d’édition, écrire sur quelqu’un que tu aimes bien ou à qui tu voudrais consacrer une bio, à deux ou quatre mains, ce serait qui ?

 

Je n’ai pas d’envie particulière en ce moment. Un(e) anonyme, peut-être, dont l’œuvre et l’ambition ne seraient pas trop égocentrées.

 

Je te sais citoyen attentif, engagé. Le monde d’aujourd’hui te désespère-t-il, ou bien vois-tu, ici ou là, des motifs de rester optimiste ?

 

J’essaie de rester optimiste, mais j’avoue que c’est de plus en plus difficile. Je trouve la régression que nous vivons inquiétante. Cette propension qu’ont certains à réécrire l’histoire. Et la mémoire faillible, chez d’autres… J’aimerais qu’on me réconcilie avec la nature humaine. C’est mal barré...

 

Tes projets et surtout, tes envies pour la suite ?

 

J’écris actuellement un ouvrage consacré à Julien Clerc. En même temps, j’ai pour projets les trois volumes suivants de mon éphéméride Hallyday. Pour la suite, d’autres ouvrages sur la chanson, si possible, et des envies de romans.

 

Un dernier mot ?

 

Debout  !

 

 

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