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Paroles d'Actu
6 novembre 2023

Frédéric Quinonero : « Florent, tiens bon, on t'aime ! »

Je ne ferai pas l’offense de présenter Frédéric Quinonero aux lecteurs fidèles de Paroles d’Actu : ce doué biographe d’artistes, qui est aussi romancier, a répondu présent pour nombre de mes sollicitations pour des entretiens, depuis des années. Notre interview du jour, dont les termes ont été posés fin octobre, et qui s’est concrétisée en ce tout début de novembre, porte sur Florent Pagny, auquel il vient de consacrer un chouette ouvrage, un abécédaire agréable à lire, fort bien documenté et joliment illustré : Florent Pagny - Chanter encore et toujours (L’Archipel, octobre 2023).

Lors de notre interview, ni Frédéric ni moi n’avons cité la chanson mythique de Pagny, ce succès presque inespéré de la fin des années 90, celle à laquelle sans doute la plupart des gens penseront en pensant à lui. C’est bien, cela permet d’en évoquer d’autres, moins connues, y compris à votre serviteur, qui finalement le connaissait très peu avant cette lecture. Mais hop, juste pour le plaisir :

 

 

L’actu de Florent Pagny a été artistique dernièrement, il a assuré avec brio et toujours la même exigence, plusieurs concerts. On songe aussi à lui pour des motifs moins gais, plus personnels : chacun sait qu’il mène un combat, forcément difficile mais déterminé, contre cet ennemi intime qu’est le cancer. À cet égard, le livre de Frédéric Quinonero, et son message lors de notre interview, c’est aussi un message d’amour et de soutien envers Pagny. Je m’y associe évidemment, et en profite pour souhaiter à l’artiste, en ce 6 novembre, un joyeux anniversaire. Je veux aussi faire à l’occasion de cet article un clin d’œil chaleureux à une amie qui aime Pagny et qui vient tout juste d’apprendre qu’elle aussi allait devoir en découdre avec le crabe traître. De la force... Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

Frédéric Quinonero : « Florent,

tiens bon, on t’aime ! »

Florent Pagny

Florent Pagny, chanter encore et toujours (L’Archipel, octobre 2023)

 

Frédéric bonjour. Avant d’entrer dans le vif du sujet, une question : comment as-tu retravaillé ta bio de Jane Birkin, revue et augmentée donc, et sortie en octobre (L’Archipel) sous un nouveau titre, À fleur de peau ?

J’avais écrit la biographie de Jane en 2016. Je l’ai donc actualisée, car il s’est passé beaucoup de choses en 7 ans : le Birkin-Gainsbourg Symphonique, l’album Oh! pardon tu dormais, le film de Charlotte, la Victoire d’honneur remise par Lou Doillon... Une cinquantaine de pages en plus, donc. Y compris un prologue qui témoigne de l’immense affection que lui portaient les Français et qui s’est exprimée au moment de sa mort.

 

Jane Birkin 2023

Jane Birkin - À fleur de peau (L’Archipel, octobre 2023)

 

Comment est née l’idée de ce livre, très documenté et richement illustré, Florent Pagny, chanter encore et toujours (L’Archipel, octobre 2023), sur le modèle de celui que tu avais consacré, l’an dernier, à Bruel  ? Pourquoi Pagny ? Le début d’une collection  ?

C’est une collection à L’Archipel, qui a commencé avec Hallyday et Renaud, par d’autres auteurs. Pour moi, l’idée d’un livre sur Florent Pagny est née en 2016. J’avais commencé à prendre des notes à son sujet pour une biographie, une centaine de pages. Jai dailleurs retrouvé la lettre que javais envoyée alors à Florent pour len informer. Puis, mon éditeur a changé d’avis. J’ai laissé tomber mes notes sur Pagny et j’ai travaillé sur Birkin. D’autres auteurs ont publié ensuite leur biographie de Florent Pagny, avant que Florent lui-même n’écrive ses mémoires. Avec cet abécédaire, très illustré mais aussi très écrit, je l’aborde d’une façon différente, plus libre à l’écriture et plus ludique à la lecture. C’est aussi une façon de lui témoigner mon admiration et mon affection.

 

 

C’est quoi ton histoire avec Florent Pagny ? Tu te souviens de l’époque où tu l’as découvert en tant qu’auditeur ou spectateur ?

Ah oui, très bien. Je l’avais remarqué au cinéma dans La Balance et dans Fort Saganne, mais c’est surtout le chanteur qui m’avait séduit. J’avais eu un vrai coup de cœur pour sa chanson N’importe quoi. Au point que j’avais demandé à un ami, je ne sais plus pour quelle raison qui m’empêchait de le faire moi-même, de m’acheter le maxi 45 tours et de l’apporter le soir dans une discothèque où je travaillais comme barman. Cet ami avait trouvé le disque au Drugstore Champs-Élysées et le soir, j’avais insisté auprès du DJ de la boîte pour qu’il passe la chanson (rires). À l’époque, je l’écoutais en boucle. J’avais décroché ensuite, même si j’appréciais le personnage, je trouvais ses textes puérils, voire ridicules pour certains. Je me suis intéressé de nouveau à lui à son retour de galère, lorsqu’il a compris qu’il lui fallait simplement se contenter de chanter.

 

Comment l’image que tu t’es faite de Pagny a-t-elle évolué au fil du temps ?

J’ai toujours aimé son authenticité, mais son côté fort en gueule ne passait pas toujours. Sa traversée du désert lui a été profitable, en ce sens où il a pris conscience de la futilité du star system et s’en est joué. Il a eu l’intelligence de prendre de la distance, de construire une vie personnelle ailleurs, très loin du parisianisme, et d’y revenir uniquement pour assurer sa promotion. C’est quelqu’un qui n’est dupe de rien, il connaît les gens de ce métier pour les avoir pratiqués. Et comme c’est un vrai gentil, il sait repérer ceux – ils sont légion – qui ne le sont pas.

 

Florent par Pagny

 

Son autobio, Pagny par Florent (Fayard) est sortie au printemps, tu la cites pas mal dans l’ouvrage. Que t’a-t-elle inspiré ? Tu y as appris des choses ?

J’ai forcément appris des choses, car il aborde beaucoup sa vie personnelle. Mais ce livre m’a surtout conforté dans l’idée que je me faisais de lui  : un homme sincère, droit, honnête. Qui ne cherche pas à édulcorer les choses, à se montrer toujours à son avantage. Quelqu’un qui n’est pas dans la revanche, le règlement de comptes, qui n’a pas besoin de ça pour avancer. Qui a une belle philosophie de vie. Un homme droit dans ses pompes.

 

La voix de Florent Pagny, atout majeur ? On découvre que c’est une affaire de famille, et aussi qu’il a un peu repris le flambeau du rêve de sa mère...

Bien sûr, Pagny c’est la voix  ! Une voix dont il découvre la puissance à l’âge de 13 ans, en l’exerçant sur une chanson de Gérard Lenorman. Lorsqu’il voit le regard admiratif de sa mère, il comprend qu’il possède un don particulier, un trésor qui ne demande qu’à être exploité. Il est convaincu à ce moment-là qu’il sera chanteur. Et sa mère, en effet, qui adorait le bel canto et rêvait d’une carrière dans l’opérette, ne pouvait que l’encourager dans cette voie.

 

 

Comme Bruel, il a, à ses débuts, été acteur et chanteur. Mais contrairement à Bruel, il a rapidement délaissé le cinéma et la télé. Ils sont vraiment différents ces deux-là non ?

Florent voulait surtout chanter. Il a tourné des films, quand l’opportunité s’est présentée à lui, en pensant que ça le ferait connaître et lui ouvrirait les portes de la chanson. Bruel avait le désir de réussite chevillé au corps, son ambition démesurée lui a permis de réussir dans plusieurs domaines. Il est un acteur né, contrairement à Florent qui est "resté vrai" et qui considère le jeu d’acteur comme un jeu de faussaire. Il a laissé tomber le cinéma et la télé lorsqu’il s’est rendu compte qu’il n’évoluait pas en tant qu’acteur. Il est très lucide, il va où le guide son instinct.

 

Plusieurs des entrées de l’abécédaire mettent en avant l’éclectisme rare de Pagny, et la grande diversité de son répertoire musical. C’est quoi finalement le fil rouge de tout ça ?

La chanson et le plaisir de chanter. En décidant de n’être qu’un interprète, Pagny a agrandi son champ des possibles. Considérant la chanson comme un moyen d’évasion, il s’est offert des voyages dans différents univers, alternant des albums français originaux avec des parenthèses hispaniques, des reprises de grands standards de la chanson, un album-hommage à Brel. Il ne s’interdit aucune audace, pas même de se frotter (avec talent et succès) à l’opéra. Chanter, quand on a la voix, cela ouvre plein d’horizons.

 

S’agissant de ses collaborations majeures, les Obispo, Calogero, Daran, peut-on parler d’une bande de potes, d’un clan, ou plutôt de collaborations ponctuelles ?

L’amitié est au cœur de tout ça. Ces trois-là ont réalisé des albums importants et écrit des chansons sur-mesure. Ils connaissent très bien Florent, et savent traduire ce qui lui ressemble, ce qui le touche. Et le chanteur entretient un lien régulier avec ses auteurs, une belle fidélité, même si parfois il s’aventure dans d’autres univers, tout en restant lui-même.

 

 

La plupart des chansons de Florent Pagny n’ont pas été écrites par lui on vient de le dire, mais quelles sont celles qui le racontent le plus ?

L’Instinct le définit assez bien. Florent Pagny n’intellectualise pas les choses, mais les ressent. Il a un côté très animal… On peut dire aussi que Rester vrai lui va comme un gant. Et un jour une femme raconte son histoire avec Azucena et c’est une magnifique déclaration d’amour, tout comme Vieillir avec toiAilleurs land raconte la terre où il a choisi de vivre. Son éclectisme s’exprime dans Tout et son contraire. Il s’auto-flagelle dans l’audacieux Si tu n’aimes pas Florent Pagny. Les Murs porteurs parle de sa famille, des gens qui l’aiment et le soutiennent. Il avait déjà rendu hommage à ses parents dans son premier album, Merci. Chanter, même si Obispo l’avait d’abord proposée à France Gall, semble écrite pour Florent. Beaucoup de ses chansons lui ressemblent, finalement.

 

 
 
Celles pour lesquelles toi tu as une préférence ?

Celles qui le racontent et que je viens de citer. Mais aussi Châtelet-les-Halles, qui est une de mes favorites, Noir et blanc, Immense, Les Passerelles. J’aime beaucoup aussi Est-ce que tu me suis ? que lui avait écrite Goldman.

 

 
Avec la presse, ça n’a pas toujours été l’histoire d’amour... Avec le métier non plus d’ailleurs. Il en a gardé une distance prudente ?

Oui, une distance marquée aussi par un isolement géographique ! On apprend de ses erreurs et de ses galères. Après Presse qui roule, chanson écrite d’impulsion, parce qu’on empiétait sur sa vie privée, il a subi la curée médiatique. Sa traversée du désert a commencé là, et il a pu compter ses amis sur les doigts d’une main. Ensuite, il y a eu ses démêlés avec les impôts qui ont fait beaucoup jaser…

 

 

Sa femme Azucena, ses enfants, les "murs porteurs" de Pagny ? On sent bien à la lecture du livre qu’il y a bien un avant et un après Azucena…

Oui, elle l’a sauvé du désespoir et du déclin. En lui redonnant la confiance en lui et la force de combattre, Azucena l’a poussé en avant et il lui doit sa renaissance. Tout ce qui est arrivé après sa traversée du désert, il le lui doit. Avec elle il a construit une famille, une identité, une vérité.

 

 
Une belle entrée aussi sur la Patagonie, berceau d’Azucena et paradis terrestre du clan Pagny. Il y a redécouvert le goût du vrai, du naturel ?

Oui, même plus que ça. En choisissant de vivre dans le pays d’origine de sa femme, il a trouvé une harmonie, un équilibre. Sa vie en Patagonie l’a empêché de s’égarer, de perdre les valeurs terrestres, de se prendre au sérieux, en l’obligeant à quitter de temps en temps les habits et le monde du chanteur, de la star. Là-bas, il a vraiment trouvé l’apaisement.

 

 

Sa maladie fait autant l’actualité que ses nouvelles artistiques en ce moment. Il y a quelque chose d’inspirant dans ce combat qu’il mène avec courage, comme tant d’autres...

Pour cela aussi, il a été sincère et direct avec les gens, comme il l’a toujours été. Et son annonce a suscité non seulement beaucoup d’inquiétude et de tristesse chez ceux qui l’aiment, mais aussi une déferlante d’amour. Un amour qui le porte et l’aide à combattre. On a mesuré aussi à ce moment-là sa place, son importance sur la scène musicale française

 

Tu évoques à plusieurs reprises les petites attentions qu’il a envers son public lors des concerts. Pagny et son public, c’est un lien particulier, qu’on voit peu chez d’autres artistes ?

C’est un lien fondé sur le plaisir du partage. Générosité et simplicité. Lors de ses premiers concerts, il traversait le public pour le saluer avant de monter sur scène. Une façon pour lui de se déstresser mais aussi de mettre des visages sur cette entité abstraite qu’est le public. Il aime aller au contact des gens. Florent Pagny est un homme en quête d’humanité.

 

Florent Pagny en trois qualificatifs ? "Libre" avant tous les autres ?

Libre, gentil et vrai.

 

Si tu pouvais lui poser une question ou, davantage peut-être, lui dire quelque chose là, ce serait quoi ?

Tiens bon, on t’aime !

 

Pas mal de parutions de ta plume dernièrement, dont deux romans, ce Pagny donc, et des rééditions de tes bios de Piaf et de Jane Birkin. De quoi as-tu envie maintenant ?

De vacances ! (rires)

 

 

Un dernier mot ?

Chanter… (encore et toujours) !

 

F

Photo : Emmanuelle Grimaud.

 

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