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Paroles d'Actu
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6 mars 2017

Olivier Da Lage: « Hier chantre du non-alignement, l'Inde se préfère aujourd'hui multi-alignée »

Olivier Da Lage, journaliste à Radio France internationale (RFI) depuis de nombreuses années, vient de publier chez Armand Colin L’Inde, désir de puissance, le troisième des ouvrages qu’il a consacrés à ce pays encore bien mystérieux, géant démographique et possible acteur de premier plan sur la scène mondiale demain, ou plus probablement après-demain, si et seulement si... Derrière ces "si", de multiples conditions, et des chantiers immenses. Dans ce livre, agréable à parcourir et bourré d’informations méconnues, Olivier Da Lage regarde ce qu’a été la politique étrangère de New Delhi depuis l’Indépendance de 1947, les leçons qui en ont été tirées et ses traits plus récents, sur tous les terrains du globe. Il fixe ce que sont, aujourd’hui et pour la suite, les grandes forces et les défis considérables auxquels l’Inde doit ou devra faire face. Un ouvrage à lire, vraiment.

Je remercie Olivier Da Lage d’avoir accepté de répondre à ma sollicitation pour une interview ; il s’était déjà prêté à deux reprises à un exercice similaire pour Paroles d’Actu : un échange principalement consacré à l’Arabie Saoudite et au Qatar en janvier 2016, puis une tribune au titre explicite, « La France et l’EI: vers une guerre perpétuelle ? », en juillet 2016, une semaine tout juste après l’attentat de Nice. Ainsi va le monde... si on veut essayer de le changer, d’abord, attachons-nous à au moins tenter de le comprendre. Pour l’heure, donc... bienvenue en Inde. Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche...

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Olivier Da Lage: « Hier chantre du non-alignement,

l’Inde se préfère aujourd’hui multi-alignée »

Interview réalisée le 5 mars 2017.

Inde

L’Inde, désir de puissance (Armand Colin, 2017)

 

Olivier Da Lage, bonjour, et merci de m’accorder cette nouvelle interview pour Paroles d’ActuL’Inde, désir de puissance (Armand Colin, 2017) est le troisième livre que vous consacrez à ce mastodonte qui compte 1,27 milliards d’habitants. Première question : pourquoi l’Inde ?

pourquoi l’Inde ?

On trouve une infinité de livres sur le Moyen-Orient, sur l’Afrique, sur les États-Unis, et à présent sur la Chine, mais curieusement, je trouve, il y en a relativement peu d’ouvrages en français sur l’Inde et sa politique étrangère et ceux qui existent datent pour la plupart déjà un peu.

Quelle est votre histoire avec ce pays ? Quand et comment l’avez-vous "rencontré" ? Qu’est-ce qui vous a marqué, de visu, la première fois, et s’agissant des évolutions perçues lors des séjours suivants ?

l’Inde et vous ?

J’ai mis les pieds en Inde pour la première fois au début des années 80 et j’y suis retourné plusieurs fois dans les années suivantes. Au risque d’aligner les clichés, j’ai été frappé par la vitalité et la diversité de l’Inde et de ses habitants, ses couleurs, ses odeurs, et aussi, sa bureaucratie !

On est frappé de voir à quel point, au vu du gigantisme et des potentiels énormes de l’Inde, la question de la rivalité avec le Pakistan a été sans discontinuer fondamentale pour la politique étrangère et de défense du pays depuis l’Indépendance. Pourquoi la question du Cachemire est-elle à ce point importante pour New Delhi et pour Islamabad ? L’équilibre nucléaire entre les deux puissances condamne-t-il à un statu quo, une paix froide pendant des années, des décennies, ou bien entrevoyez-vous, à titre personnel, des pistes de solution définitive acceptable par les uns et les autres ?

le Pakistan, le Cachemire

Le Cachemire était connu sous le nom de « Suisse de l’Himalaya ». Ses alpages, sa verdure, ses fleuves et ses lacs. C’était le joyau des Indes britanniques, situé géographiquement à la frontière indo-pakistanaise. Dirigé par un maharadjah hindou, le Cachemire avait une population majoritairement musulmane. Il n’est pas difficile de voir pourquoi les deux pays issus de l’empire ont voulu l’avoir. L’Inde a fini par l’obtenir en faisant pression sur le maharadjah qui croyait pouvoir obtenir l’indépendance pour le Cachemire, mais qui, bien davantage que d’être incorporé à l’Union indienne, redoutait les ambitions pakistanaises et l’influence du Pakistan sur sa population musulmane. C’est ce qui a donné la première guerre indo-pakistanaise qui dure de 1947 à 1949 et se traduit par la partition du Cachemire. En 1965, le Pakistan tente à nouveau de forcer le destin pour s’emparer de la totalité du Cachemire mais échoue dans son entreprise. Depuis lors, le Cachemire reste à la fois un enjeu et un symptôme de la rivalité indo-pakistanaise. Le Pakistan soutient et entraîne des groupes terroristes qui s’infiltrent dans l’État du Jammu et Cachemire (indien) à partir de ce qu’Islamabad appelle le « Cachemire libre » (Azad Kashmir) et les Indiens le « Cachemire occupé par le Pakistan ».

Cachemire

Source du document : http://ceriscope.sciences-po.fr

En ce qui concerne les tensions indo-pakistanaises, il est difficile d’envisager une sortie de crise dans un avenir prévisible. D’une part en raison de l’enjeu émotionnel et patriotique que représente le Cachemire pour les deux parties. Mais aussi parce que bien que les deux pays soient des puissances nucléaires ouvertes depuis les années 90, cela n’a pas empêché un conflit armé (la guerre de Kargil, sur les hauteurs de l’Himalaya) en 1999. Les gouvernements des deux pays ont bien tenté à plusieurs reprises de se rapprocher, mais à chaque fois, l’armée et les services pakistanais ont tenté de torpiller le processus en suscitant des attentats et en Inde, les médias et les réseaux sociaux sont prompts à dénoncer toute approche diplomatique comme de la faiblesse envers l’État terroriste qu’est à leurs yeux le Pakistan.

Ce qui ressort de l’examen détaillé que vous faites des politiques étrangères indiennes, c’est, avec son voisinage direct, des politiques un peu gauches, maladroites, et plus globalement, les premières années, une approche idéaliste, un peu naïve, celles des pères fondateurs Gandhi et Nehru. Sur ce point, le réveil brutal a eu lieu en 1962, lors d’une guerre catastrophique provoquée par la Chine. La Chine... puissance qui n’a cessé depuis de s’affirmer. Comment son intrusion (notamment économique) de plus en plus franche dans la sphère de voisinage de l’Inde est-elle perçue par les leaders politiques et économiques du pays, et par sa population ?

la Chine

La Chine fait peur aux Indiens (l’inverse n’est évidemment pas vrai). À la fois du fait de sa puissance militaire, mais aussi de sa force de frappe économique et de ses projets terrestres et maritimes de « nouvelles routes de la soie » qui sont perçues comme une stratégie d’encerclement de l’Inde en s’appuyant sur les voisins de cette dernière (Népal, Bhoutan, Sri Lanka, et bien sûr Pakistan). Certains admirent la hardiesse chinoise et la rapidité de son processus de décision et vont parfois même jusqu’à regretter que la démocratie indienne soit un frein à l’efficacité ! Mais la Chine n’est pas seulement une rivale, c’est aussi une partenaire désireuse, comme l’Inde, de remettre en cause la domination occidentale née de l’après-guerre. Inde et Chine coopèrent d’ailleurs dans toute une série de dossiers, par exemple celui de l’environnement. C’est aussi un partenaire économique très important (et de plus en plus), ce qui rend improbable une confrontation majeure car les deux pays auraient trop à y perdre.

D’abord non-alignée par principe, l’Inde s’est progressivement rapprochée de l’URSS, tandis que, dans la région, Washington choisissait de parrainer le Pakistan. Aujourd’hui, dans un monde post-guerre froide, les choses se sont équilibrées. Quid du Japon, le grand rival régional de la Chine : est-ce que la proximité des profils de leurs dirigeants actuels (deux nationalistes), les orientations stratégiques et le prévisible des circonstances peuvent augurer pour les années à venir un rapprochement plus net entre Tokyo et New Delhi ?

le Japon

L’Inde délaisse en effet progressivement le non-alignement qui, de son point de vue, n’a plus beaucoup de pertinence dans le monde actuel, même si le dire ouvertement relèverait du sacrilège car c’est encore un dogme officiel de la politique étrangère indienne. Elle s’est considérablement rapprochée des États-Unis depuis près de vingt ans, mais pas au détriment de sa relation privilégiée avec Moscou. Car les Indiens demeurent rétifs à tout système d’alliance et insistent pour conserver à tout prix leur « autonomie stratégique ». Ils préfèrent aujourd’hui se définir comme multi-alignés. La relation avec Tokyo est certes facilitée par la proximité idéologique des deux dirigeants actuels Shinzo Abe et Narendra Modi, tous deux nationalistes et religieux. Mais elle a des fondements plus profonds, à commencer par une méfiance partagée à l’égard de la puissance chinoise.

Narendra Modi

Narendra Modi, issu d’un grand parti nationaliste hindou, est l’actuel Premier ministre de l’Inde.

Source de l’illustration : http://indianexpress.com

J’ai, a priori, cette impression qu’on a, en Occident et en tout cas en France, une espèce de désintérêt assez net pour l’Inde, qu’on voit surtout comme un débouché pour nos industries de l’armement, tandis que chacun essaie de "conquérir" la Chine. Comme si l’Inde, bien que plus proche de nous, nous apparaissait plus lointaine, plus mystérieuse aussi que son grand voisin du nord-est. Est-ce que vous avez ce sentiment ?

la France

En partie oui. Pourtant, les Français sont nombreux à se rendre en Inde comme touristes, que ce soit au Rajasthan ou au Kerala. Mais on est un peu toujours dans l’exotisme. Les relations économiques se développent mais difficilement, car il faut bien dire que les Indiens sont des partenaires particulièrement coriaces, que la législation indienne, même si elle s’est beaucoup assouplie, recèle plein de pièges pour les investisseurs étrangers et qu’enfin, l’Inde n’est pas un pays où l’on fait un tour juste pour voir. Si on veut y faire des affaires, il faut avoir en tête le long terme et ne pas se décourager. Politiquement, malgré la volonté affichée des deux côtés, on peine à discerner que l’Inde soit en tête des priorités pour la diplomatie française et les Indiens aiment bien la France, mais ce n’est à leurs yeux qu’une puissance moyenne où l’on ne parle même pas anglais (je caricature un peu, évidemment).

Existe-t-il encore quelque chose, un lien particulier entre le Royaume-Uni, ancienne puissance coloniale, et l’Inde, toujours membre du Commonwealth ?

le Royaume-Uni et le Commonwealth

Un lien culturel, sans aucun doute. Un lien humain aussi, en raison de l’importante communauté indienne ou d’origine indienne présente sur le territoire britannique. Mais si à Londres on veut encore croire à une relation spéciale, cette impression n’est guère partagée vue de l’Inde, où l’on s’interroge principalement sur l’intérêt que représentera (ou non) le Royaume-Uni après le Brexit.

L’Inde, vous nous l’apprenez, entend parler avec tout le monde, sans dogme ni idéologie ; elle le faisait notamment avec la République islamique d’Iran quand c’était loin d’être bien perçu par tous. A-t-elle une influence quelconque, du jeu sur les régimes actuellement à la tête de la Syrie ? De la Corée du nord ?

l’Inde, État médiateur ?

Non, justement, et c’est un trait bien spécifique de la diplomatie indienne. À vouloir être amie avec presque tout le monde, l’Inde cherche à éviter tout ce qui pourrait fâcher ses nombreux amis. Elle évite soigneusement de s’entremettre entre des tiers en conflit et est par conséquent très largement absente du marché de la médiation. Cela lui permet de conserver voire de gagner des positions dans différents pays, mais elle renonce par là-même à influencer le cours des choses. Par ailleurs, la diplomatie indienne a horreur du changement et a vécu les « printemps arabes » comme une menace pour ses ressortissants (il est vrai qu’il y a des exemples, avec la crise du Koweït ou la guerre du Yémen) ou même un complot islamiste pour déstabiliser des régimes laïques, comme en Syrie.

Un des objectifs de politique étrangère et d’influence majeurs de l’Inde, c’est l’obtention d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Un tel élargissement paraît-il réaliste à moyen terme, et avec quelles réactions prévisibles de la part des cinq "grands" actuels ?

membre permanent du Conseil de sécurité ?

Cela devient un rituel lors de chaque rencontre diplomatique : le partenaire soutient officiellement le principe de l’appartenance de l’Inde au Conseil de sécurité en tant que membre permanent. Au point qu’à part la Chine ou le Pakistan, il y a peu de pays qui n’y sont pas officiellement favorables. En privé, c’est autre chose et j’ai entendu des diplomates de haut rang expliquer avec délectation que la négociation pour y parvenir ouvrirait une boîte de Pandore à tel point que cela n’est pas près d’arriver. Les Indiens n’en sont pas dupes et c’est pourquoi l’élection de Donald Trump a été très bien reçue par les cercles dirigeants indiens. Pas tant pour sa politique, que pour sa volonté de faire éclater le système international tel qu’on le connaît depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’Inde y discerne une opportunité pour participer à une réorganisation de ce système qui lui soit plus profitable et qui reconnaisse son statut de grande puissance du XXIe siècle.

Beaucoup de points passionnants sont abordés dans votre livre, je ne pourrais les évoquer tous : l’importance croissante de l’Inde sur les secteurs de l’agro-industrie, de la santé et du médicament par exemple, part importante de sa diplomatie d’influence notamment en direction de l’Afrique. La visibilité toujours plus grande du yoga et de la culture "Bollywood" participent également de cette diplomatie d’influence, qui a aussi pour but de sécuriser les amitiés éclectiques de l’Inde. Est-ce que les besoins énormes de l’Inde en énergie pour les années à venir sont "sécurisés", et de quelles ressources actuelles ou à développer dispose-t-elle en propre ?

développement et énergie

Non, pas suffisamment. C’est pourquoi l’Inde attache beaucoup de prix à la modernisation de sa marine afin de sécuriser les approvisionnements maritimes  des hydrocarbures. Qu’elle a noué de longue date avec l’Iran et la Birmanie, malgré les pressions internationales, car ces deux pays sont aussi producteurs d’énergie. L’Inde est aussi engagée dans la modernisation de son parc nucléaire avec la Russie et la France, notamment. Et enfin, elle s’est engagée dans l’alliance solaire internationale après la conférence de Paris. Mais tous ces projets suffisent à peine à suivre le rythme de sa progression démographique. Car si l’Inde a des ressources propres (charbon ou pétrole), c’est en quantités notoirement insuffisante.

Vous rappelez l’un des gros points noirs dans l’Inde d’aujourd’hui : la pauvreté, voire l’extrême pauvreté, qui y est encore massive. Les chantiers demeurent immenses sur les domaines notamment de l’éducation et de la santé. Est-ce qu’aux niveaux de l’État fédéral et des États fédérés, les budgets sont à la hauteur de ces priorités ? Plus globalement, comment ces deux types d’entité se portent-ils en s’agissant du poids de la fiscalité et de la dépense publique, et du niveau d’endettement ? Ont-ils des marges de manœuvre importantes pour favoriser des investissements, développer des politiques structurantes ?

budgets et investissements

Tout dépend de l’analyse que l’on fait. En arrivant au pouvoir, le BJP a opéré des coupes claires dans les subventions aux paysans et aux produits de première nécessité, convaincu que la bonne réponse consistait à favoriser les entreprises pour sortir de la pauvreté. Mais dès l’année suivante, le gouvernement Modi a renoué avec la politique qui était celle du parti du Congrès, car les résultats économiques se traduisent trop lentement en réduction de la pauvreté et les autorités ne peuvent faire face à une aggravation de la pauvreté de masse. Deux problèmes majeurs, identifiés par tous les analystes, sont les insuffisances dans le financement de la santé et de l’éducation.  Cela reste toujours vrai. Quant à la fiscalité directe, l’impôt sur le revenu est concentré sur une petite partie de la population (la classe moyenne supérieure salariée). Les pauvres ne payent pas d’impôts directs et les très riches arrivent à en payer beaucoup moins que ce qu’ils devraient. Les marges de manœuvres sont limitées et les gouvernements qui se succèdent tentent de les utiliser de la façon la plus lisible vis-à-vis de l’opinion publique et des marchés. Mais en dehors de quelques opérations spectaculaires, comme la démonétisation de 86 % des billets de banques en novembre 2016 afin de combattre la corruption et l’économie souterraine, les réformes menées ne peuvent produire leurs effets que dans le long terme.

La partie que vous consacrez à la démocratie indienne, "la plus grande du monde", est intéressante en ce qu’elle nous montre à quel point celle-ci paraît dynamique. Il y a bien sûr les problèmes de corruption, présents notamment dans l’administration. Mais cette démocratie que vous nous décrivez a l’air d’être sur de bons rails : des institutions dont les bornes sont respectées (l’armée subordonnée au politique, la justice indépendante par rapport à l’exécutif), une société civile vigoureuse. Est-ce qu’il y a des points de cette démocratie indienne dont on pourrait s’inspirer ? Et quels regards porte-t-on en Inde, pour ce que vous en savez, sur notre campagne pour la présidentielle si particulière de cette année ?

la plus grande démocratie du monde

C’est une démocratie très imparfaite, mais une démocratie quand même. Il me semble que sur certains points, la France pourrait s’inspirer de ce qui se fait en Inde, notamment de la loi sur l’accès aux documents administratifs (« le droit à l’information »). De même, en Inde, lorsque l’on critique un policier, on n’est pas systématiquement accusé d’outrage ou de rébellion. Pour le reste, les sociétés et l’histoire des deux pays sont vraiment trop différentes pour transposer purement et simplement les expériences de l’un à l’autre. Comme bien d’autres observateurs, les Indiens sont surpris des rebondissements que connaît la campagne électorale française, mais il serait très exagéré de dire que la vie politique française est au centre des préoccupations indiennes.

Comment voyez-vous l’Inde en 2050 ?

l’Inde en 2050 ?

Possiblement comme une puissance majeure, influente et en interaction avec la plupart des pays du monde. Mais il est possible aussi qu’elle retombe dans ses ornières si elle n’investisse pas massivement dans l’éducation et la santé, si  elle ne prévoit pas l’arrive massive à la retraite des jeunes actifs d’aujourd’hui et si elle ne parvient pas à gérer son conflit avec le Pakistan.

Quels conseils d’excursions donneriez-vous à quelqu’un qui souhaiterait découvrir l’Inde, la "vraie" et pas simplement celle des tours opérateurs ?

conseils à un touriste ?

Toutes les Indes sont vraies. Les couleurs du Rajasthan comme celles du Kerala, mais aussi la vie trépidante de Bombay ou Calcutta, ou au contraire très paisible du Sikkim. Il faut essentiellement être prêt, mentalement, à voir des choses et rencontrer des gens très différents.

Sikkim

Quelques images du minuscule État du Sikkim, histoire de rêver un peu...

Quels sont vos projets, vos envies pour la suite ?

Je travaille actuellement à la rédaction d’un guide de Bombay.

Un dernier mot ?

En Inde, on n’a jamais le dernier mot !

 

Olivier Da Lage

Olivier Da Lage

 

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7 février 2017

« En Orient, Bonaparte voulait-il devenir le nouvel Alexandre ? », par Pascal Cyr, PhD Histoire

Pascal Cyrhistorien spécialiste de l’histoire du Consulat et de l’Empire, détient un doctorat de l’Université de Montréal. Parmi ses travaux : Waterloo : origines et enjeux (Paris, L’Harmattan, coll. Historiques, 2011). Il y a deux ans, il avait accepté d’écrire un texte inédit pour ce blog, un focus passionnant sur la ferme de la Haye-Sainte lors de la bataille de Waterloo (18 juin 1815). Voici une nouvelle contribution inédite, très intéressante sur un aspect moins connu du parcours du général Bonaparte : le Levant... la Syrie... 1798, 1799... « En Orient, Bonaparte voulait-il devenir le nouvel Alexandre ? » Merci, Pascal Cyr, pour ces textes et pour votre fidélité... Une exclusivité Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

« En Orient, Bonaparte voulait-il

devenir le nouvel Alexandre ? »

Saint-Jean D'Acre

Napoléon Bonaparte au siège de Saint-Jean-d'Acre. Source : Wikipedia.

Dès les premières semaines de sa captivité à Sainte-Hélène, Napoléon revient sur les circonstances de la campagne d’Égypte et de Syrie. Devant Las Cases, l'auteur du Mémorial, il dit : « Si Saint-Jean D’Acre eût cédé à l’armée française, une grande révolution s’accomplissait dans l’Orient, le général en chef y fondait un empire. » Ainsi, pour l'histoire et la légende, Napoléon inscrit ses pas dans ceux d’Alexandre le Grand. Mais qu’en est-il vraiment ? La campagne de Syrie a-t-elle été entreprise afin de jeter les bases d’un nouvel empire oriental ou bien s’agit-il d’une opération militaire limitée dans l’espace et le temps ?

1. Situation de l’armée française en Égypte

Depuis la destruction de la flotte française en rade d’Aboukir le 1er août 1798, la situation du corps expéditionnaire s’en est retrouvée radicalement changée. Le 9 septembre, le Sultan Selim III* bascule dans le camp des coalisés. L’Empire ottoman entre en guerre contre la France. Une série de firmans est immédiatement envoyée dans les différentes parties de l’empire afin de recruter des hommes et lever des armées. Toutefois, le gouvernement de Constantinople craint la réaction de Djezzar Pacha**, alors seigneur de Saint-Jean d’Acre et gouverneur de Syrie. Va-t-il se rallier aux Français ou au Sultan ? Ce dernier prend contact avec les Anglais et, de fait, il choisit de se battre à leurs côtés. Ainsi, un second front s’ouvre sur la frontière de l’est.

Né le 24 décembre 1761, il règne sous le nom de Selim III de 1789 à 1807. Il est renversé cette même année et exécuté, sur l’ordre de son cousin Selim IV le 28 juillet 1808.

** Djezzar Pacha, dit «  le boucher  » en raison des massacres qu’il ordonne sur les minorités chrétiennes et juives en Palestine. Il est né vers 1735. Bosniaque chrétien, esclave de naissance, il sert d’abord les Mamelouks en Égypte et fait allégeance à la Sublime Porte. Pacha de Saint-Jean d’Acre, il règne sans partage sur la Syrie. Il meurt en 1804.

Pour Bonaparte, cette nouvelle arrive au plus mauvais moment. N’ayant pas été en mesure de détruire complètement les Mamelouks lors de la bataille des Pyramides, il a été obligé d’envoyer le général Desaix à leur poursuite. Réfugiés en Haute-Égypte, les Mamelouks, sous le commandement de Mourad-Bey***, sont bien décidés à mener la résistance jusqu’au bout. Même si le général Desaix remporte une victoire à Sédiman (7 octobre 1798), les pertes sont élevées et la campagne s’annonce longue. Sur un effectif initial de 2700 hommes, plus de 900, atteint par les fièvres, la dysenterie, les maux vénériens et l’ophtalmie sont déjà hors de combat. Sans autre choix, Bonaparte porte les effectifs de Desaix à 6500 hommes.

*** Ancien esclave originaire du Caucase, il est né vers 1750. Au fil des ans, il grimpe dans la hiérarchie et devient l’un des principaux chefs mamelouks en Égypte. Il partage le pouvoir avec Ibrahim Bey. Vaincu par Bonaparte à la bataille des Pyramides, il mène une guerre impitoyable en Haute-Égypte. En 1801, il se rallie à Kléber qui le nomme prince du Saïd et gouverneur de Haute-Égypte. Il meurt de la peste la même année.

En Basse-Égypte, la situation n’est guère plus reluisante. Encouragés par les agitateurs à la solde des Anglais et des Turcs, les Égyptiens se mobilisent. Le 2 août, depuis son quartier général d’Alexandrie, le général Kléber écrit à Bonaparte que les attaques se multiplient contre les courriers. Bonaparte estime qu’il s’agit d’actions isolées. Mais de Damiette jusqu’au Caire, les Français doivent conduire des expéditions punitives afin de maintenir l’ordre. La répression est brutale. Chaque village ayant participé à l’assassinat d’officiers français ou à l’exécution de simples soldats est incendié sur-le-champ. Quant aux responsables, ils sont fusillés sans autre forme de procès. Malgré cela, Bonaparte ne croit pas que sa politique de conciliation des élites musulmanes est un échec. Mais s’il refuse d’abord d’y croire, la révolte du Caire des 21 et 22 octobre 1798 le ramène à la triste réalité, car les principaux meneurs sont des membres influents du Diwan, des hommes qu’il a honorés publiquement. Son armée écartelée entre la Haute et la Basse-Égypte, c’est à contrecœur que Bonaparte envisage maintenant la perspective de s’engager en Syrie.

2. Bonaparte ne voulait pas s’engager en Syrie

Depuis quelques semaines, Bonaparte porte une attention particulière à la Syrie et aux mouvements de troupes turques qui s’y déroulent. Le 20 décembre 1798, ses agents l’informent qu’une armée de 12 000 hommes, commandée par le général Abdallah, campe déjà sous les murs de Gaza et le 2 janvier, sans rencontrer de résistance, celui-ci fait ses premiers pas en territoire égyptien. D’entrée de jeu, Abdallah dépêche 4000 hommes afin d’occuper le poste d’El-Arych. Lorsqu’il apprend la nouvelle, Bonaparte sait qu’il s’agit là des préliminaires d’une prochaine invasion. L’Égypte n’étant pas sous son contrôle, sachant également qu’une armée turque se rassemble sur l’île de Rhodes afin de débarquer sur la côte égyptienne, probablement en juin ou en juillet 1799, il tente de négocier avec Djezzar Pacha. Pour ce faire, il lui envoie l’un de ses officiers, Joseph-Calmet Beauvoisin. Mais dès son arrivée à Saint-Jean d’Acre, le diplomate est maintenu à bord de son navire et jamais il ne réussira à obtenir une audience avec Djezzar. En désespoir de cause, il doit se rembarquer et revenir avec son navire à Damiette. Bonaparte récidive et dépêche auprès de Djezzar Eugène Mailly de Chateaurenaud, l’un de ses officiers d’État-major. Celui-ci a pour mission de lui délivrer une lettre à l’intérieur de laquelle Bonaparte réitère à nouveau ses intentions pacifiques à son égard. Toutefois, il lui fait savoir que, s’il continue de donner refuge à Ibrahim-Bey qui se maintient toujours aux frontières de l’Égypte, il sera forcé de considérer qu’il s’agit là d’un acte de guerre et qu’il conduira son armée à Saint-Jean d’Acre. Sans plus de cérémonie, Djezzar fait jeter Mailly de Chateaurenaud au cachot. Il le fera exécuter le 30 mars 1799.

Devant ce refus, et cela en dépit de son état-major qui juge cette entreprise beaucoup trop risquée, Bonaparte décide de porter la guerre en territoire syrien. Or, cette campagne n’en est pas une de conquête, car en raison de la menace qui plane sur l’Égypte depuis l’île de Rhodes, elle se veut limitée dans l’espace et le temps. Dans ses mémoires, le général Berthier décrit ainsi les objectifs de Bonaparte : « Marcher en Syrie, châtier Djezzar, détruire les préparatifs de l’expédition contre l’Égypte, dans le cas où la Porte se serait unie aux ennemis de la France; lui rendre, au contraire, la nomination du pacha de Syrie et son autorité primitive dans cette province, si elle restait l’amie de la République; revenir en Égypte aussitôt après pour battre l’expédition par mer; expédition qui, vu les obstacles qu’opposait la saison, ne pouvait avoir lieu avant le mois de messidor. (19 juin au 18 juillet) » Dans sa dernière missive envoyée au Directoire, Bonaparte rédige trois directives qui confirment de façon claire et précise le témoignage de Berthier :

Objectifs de la campagne de Syrie

1) Assurer la conquête de l’Égypte en construisant une place forte au-delà du désert, et, dès lors, éloigner tellement les armées, de quelques nations que ce soit, de l’Égypte, qu’elles ne puissent rien combiner avec une armée européenne qui viendrait débarquer sur les côtes.

2) Obliger la Porte (gouvernement de l’Empire ottoman à Constantinople) à s’expliquer, et, par là, appuyer les négociations que vous avez sans doute entamées, et l’envoi que je fais à Constantinople, sur la caravelle turque, du consul Beauchamp.

3) Enfin, ôter à la croisière anglaise les subsistances qu’elle tire de Syrie, en employant les deux mois d’hiver qui me restent à me rendre, par la guerre et par des négociations, toute cette côte amie.

Ainsi, dans le cas où il réussirait à expulser Djezzar Pacha de sa capitale de Saint-Jean d’Acre, Bonaparte désire négocier une alliance avec les tribus qui vivent dans les montagnes de Syrie. Afin d’imposer la paix au Sultan, il croit dans la possibilité de se rallier les Druzes****, les maronites***** et les Arabes. Grâce à eux, il envisage de créer une espèce de zone tampon entre l’Égypte et la Turquie. De plus, comme on peut le constater dans le point trois de son plan, par le truchement de ces mêmes tribus, il souhaite également s’emparer du littoral syrien afin d’éloigner la flotte anglaise de ses bases d’approvisionnements. Dans l’esprit de Bonaparte, cette stratégie aurait comme résultat immédiat d’alléger la rigueur du blocus britannique sur les côtes égyptiennes. Ce plan est évidemment conditionnel à la prise de Saint-Jean d’Acre combinée à l’élimination de Djezzar Pacha. Mais vingt ans plus tard, alors qu’il se trouve à Sainte-Hélène, Napoléon écrit qu’il avait prévu de marcher sur Constantinople et se rallier les Kurdes, les Arméniens, les Perses et les Turcomans. Lorsqu’on lit attentivement sa correspondance ainsi que les témoignages de ses contemporains, on se rend compte que cette dernière affirmation est destinée aux seules fins de la légende.

**** Minorité religieuse musulmane hétérodoxe actuellement établie en Syrie, au Liban et en Israël.

***** Les maronites sont membres de l’Église catholique de rite syrien au Liban.

3. Le mythe d’Alexandre au service de la légende de Bonaparte

Dans leurs mémoires, inspirés par le Mémorial, Bourrienne et Marmont se font l’écho de la légende, de cette « filiation » entre Alexandre et leur ancien maître. Même Stendhal est au diapason du Mémorial. Dans La chartreuse de Parme, il écrit : « Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. » Dans la geste napoléonienne, à l’instar de la victoire, la défaite doit être sublimée. À Louis-Philippe de Ségur, conseiller d’État, Bonaparte dit : « Oui, si je m’étais emparé d’Acre, je prenais le Turban, je faisais mettre de grandes culottes à mon armée, je ne l’exposais plus qu’à la dernière extrémité, j’en faisais mon bataillon sacré, mes immortels ! C’est par des Arabes, des Grecs, des Arméniens que j’eusse achevé la guerre contre les Turcs ! Au lieu d’une bataille en Moravie, je gagnais une bataille d’Issus, je me faisais empereur d’Orient, et je revenais à Paris par Constantinople. » Mais alors que son armée est rongée par la peste bubonique devant Saint-Jean d’Acre, il est contredit par la correspondance de Berthier. Avant le neuvième et dernier assaut prévu pour le 8 mai 1798, l’assaut de la dernière chance, il écrit au général Dugua : « Le retour du général en chef (en Égypte) est très proche. » Pour Bonaparte, la prise de Saint-Jean d’Acre est vitale, car elle lui permettrait de prétendre qu’il a atteint la totalité de ses objectifs de campagne et du même coup, crier victoire. Mais le sort en décide autrement. C’est la retraite vers l’Égypte.

À l’image de Charlemagne, Bonaparte attache une épopée à son histoire dont Alexandre est le principal élément de référence. Dans le Mémorial, il sous-entend même qu’il lui est supérieur. Il rappelle qu’au moment où Alexandre débarqua en Asie pour faire la guerre à Darius, il était fils de roi et roi lui-même. À titre comparatif, il ajoute : « Mais qu’un simple particulier, dont le nom trois ans auparavant était inconnu à tous, qui n’avait eu en cet instant  d’autre auxiliaire que quelques victoires, son nom et la conscience de son génie, ait osé concevoir de saisir à lui seul les destinées de trente millions d’hommes, de les sauver des défaites du dehors et des dimensions du dedans (…) c’est ce que l’on peut appeler une des plus gigantesques et des plus sublimes entreprises dont on ait jamais entendu parler. »

Mais sa destinée et ses objectifs en Syrie ne correspondent en rien à celle du roi macédonien. Lorsqu’Alexandre débarque en Asie, son objectif est double : unir les Grecs dans la guerre et s’emparer de l’empire de Darius, une entité minée par la corruption et les rébellions. Après la bataille d’Issus, en réponse aux propositions de paix formulées par Darius, Alexandre lui adresse une lettre dans laquelle il lui dit : « La faveur des Dieux m’a rendu maître de votre empire… Lorsque vous m’adressez vos lettres, souvenez-vous que vous écrivez au maître de l’Asie, que vous n’êtes plus mon égal. L’Empire est à moi. » Même lorsqu’il s’aventure jusqu’en Inde avec son armée, Alexandre, selon l’historien Pierre Briant, souhaite uniquement consolider les frontières de l’ancien empire de Darius afin d’y contrôler les routes commerciales indiennes. On l’a vu dans ses trois objectifs initiaux, si Bonaparte entreprend une campagne défensive basée sur une éventuelle négociation avec la Porte, il n’y a pas d’équivoque chez Alexandre. Contrairement à Bonaparte qui veut préserver sa position en Égypte et gagner la France par ses victoires en Orient, il n’y a aucune volonté chez Alexandre de trouver un compromis avec ses ennemis. Pour Jean Tulard, Bonaparte était trop réaliste pour se tailler un empire oriental à la façon d’Alexandre. Trop d’obstacles se dressent alors devant lui. En Syrie et en Égypte, il doit composer avec la langue, la religion et les intérêts des grandes puissances qui s’opposent à la France. Ce dernier point est d’importance, car lorsqu’Alexandre entreprend sa conquête de l’Asie, il n’a qu’un seul ennemi devant lui : Darius et son armée. Pour Bonaparte, une victoire décisive à l’image de celle remportée par Alexandre à Issus n’est donc pas possible. Lui-même ne l’envisage absolument pas. Ainsi, même l’expédition en Inde, envisagée par le Directoire après la conquête de l’Égypte afin de déstabiliser l’économie britannique, n’est pas à l’ordre du jour. En somme, si Bonaparte ne souhaite pas devenir un nouvel Alexandre et s’il n’en a pas les moyens militaires, il s’identifie volontiers à lui afin de sublimer sa propre épopée et la transformer en légende.

par Pascal Cyr, PhD Histoire, le 2 février 2017

 

Pascal Cyr 2017

Pascal Cyr est historien spécialiste de l’histoire du Consulat et de l’Empire ;

il détient un doctorat de l’Université de Montréal.

 

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7 février 2017

« Paroles de passionnés : Quentin G., coach bien-être »

Quentin G. a fait ses études dans les domaines de la biologie et de l’environnement ; les questions liées à la nutrition le passionnent. Il est depuis peu coach bien-être à Lyon 7è, après s’être lancé suite à une heureuse rencontre et une bonne expérience. Il a accepté de répondre à mes questions, toutes mes questions. Une interview décontractée (retranscrite ici dans ses termes quasiment exacts) pour un article pratique et feel good, inspirant et un peu perso aussi... Merci à lui ! Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche...

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« Paroles de passionnés:

Quentin G., coach bien-être » 

 

Tu te présentes en quelques mots ? L’histoire de ton rapport au sport ? À la nutrition ?

Je m’appelle Quentin, j’ai 21 ans. J’ai fait des études dans la biologie et l’environnement ; j’ai fait un DUT en génie biologique option génie de l’environnement. J’ai aussi fait une année de licence en biologie des organismes et des populations. Mon dada, avant tout, c’est la botanique, c’est les animaux, l’identification, faire des inventaires de faune et de flore... Et à côté de ça j’ai une deuxième passion, ou en tout cas un domaine dans lequel j’étais plutôt bon : la chimie, plus particulièrement la biochimie. Et puis la biologie, la physiologie végétales ou humaines, et donc la nutrition.

J’ai toujours été quelqu’un de maigre, ou plutôt de très mince. Quand j’étais adolescent, j’ai commencé à me mettre un peu à la musculation. J’ai réussi à me « dessiner » mais mon poids n’a pas vraiment bougé. Je n’ai pas pris un gramme, que ce soit de muscle ou de graisse. J’ai toujours été très mince, peu musclé. Mais durant ces quelques années de musculation, j’ai un peu gagné en force, mais pas franchement en volume, alors que mon objectif était quand même de ne plus ressembler à une simple « crevette ».

Jusqu’ici, je ne m’étais jamais vraiment intéressé à ma nutrition. En soi je ne mangeais pas « mal », pas du tout, mais j’étais vraiment concentré sur la muscu, et c’est en juin, en rencontrant l’opportunité professionnelle avec la marque Herbalife - devenir ambassadeur de la marque, « ambassadeur bien-être » comme on aime dire -, que j’ai pu optimiser ma nutrition, m’y intéresser vraiment à 100% et c’est donc à partir de ce point que j’ai commencé à sentir une différence sur mon corps. (...) Auparavant oui j’étais une crevette : 1,83m pour 63 kgs ; aujourd’hui je tourne autour de 71 kgs, grâce à ma nutrition nouvelle j’ai donc gagné entre 7 et 8 kgs.

Depuis quand es-tu coach sportif et coach nutrition ? Tu nous racontes tes premiers pas ?

Pour être précis, je ne suis ni coach nutrition ni coach sportif. Pour ça, il faut avoir fait une école, avoir le diplôme adéquat, etc. Moi je suis plutôt un autodidacte. Mon cursus me qualifie plutôt pour parler de coach en bien-être, ambassadeur en bien-être, car j’ai adopté un mode de vie sain et actif et j’apprends aux autres à faire la même chose.

Mes premiers pas : je cherchais un travail pour cette année, ayant arrêté mes études pendant un an. C’est sur les réseaux sociaux que j’ai rencontré Charlotte. Charlotte c’est ma coach, ou en tout cas elle l’a été. Aujourd’hui je me débrouille tout seul comme un grand. ;-) Elle est aussi ma sponsor au sein de la marque : c’est elle qui m’a présenté l’opportunité, qui m’a formé au début. Tout ça a commencé au mois de juin donc, époque à laquelle j’ai commencé à remettre de l’ordre dans ma vie, dans ma nutrition, dans ma façon de faire du sport... Une fois que tout ça a été opérationnel, c’est-à-dire que j’étais au point avec moi-même, que j’avais amélioré mon style de vie, alors j’ai pu commencer à m’occuper à mon tour d’autres personnes (amis, famille...) et à partir de là j’ai commencé à lancer mon activité.

Quelles sont les mauvaises habitudes que tu pouvais avoir et qui t’ont sauté aux yeux une fois que tu es entré dans cet univers, que tu as été sensibilisé à ces questions ?

Pour répondre franchement, des mauvaises habitudes dans mon alimentation, il n’y en avait pas tant que ça. J’ai des parents qui consomment beaucoup de produits locaux, qui font le marché, qui achètent souvent des produits bio, qui cuisinent beaucoup à l’huile d’olive par exemple... Donc à la base j’ai déjà une éducation qui fait que je fais attention à ce que je mange depuis longtemps. Il n’y avait pas grand chose qui clochait : je n’étais pas quelqu’un qui grignotait, qui consommait beaucoup de sucre, de gras... J’ai toujours détesté le McDo, les fast-food, etc... j’y ai peut-être mis les pieds deux ou trois fois dans ma vie.

J’ai commencé à faire attention à, par exemple, mon hydratation. Ne pas seulement boire pendant les repas, mais plutôt boire entre les repas, et arriver, à la fin de la journée, à avoir bu 2 litres (sans compter la gourde que je consomme pendant le sport).

Maintenant j’optimise ma nutrition. Je ne mange plus de pâtes ou de riz simples, je privilégie les produits riches en fibres, etc. Et comme je suis en prise de masse musculaire, il me faut une quantité de protéines journalières bien précise. Donc je continue de consommer des produits d’origine animale, à savoir des oeufs, du poisson, de la viande, quelques produits laitiers... Mais il est vrai que, plus ça va, et plus je privilégie les protéines végétales, à savoir toutes celles issues des légumineuses (petits pois, pois cassés, soja, lentilles, etc...). C’est quelque chose que je consomme beaucoup plus qu’avant. Un changement notable dans ma nutrition donc.

Ces protéines valent les protéines animales, à quantités comparables ?

Ça dépend de quels légumes, de quelles plantes on parle. Certaines céréales par exemple contiennent beaucoup de protéines, mais en matière de qualité de protéines on ne retrouvera pas tous les acides aminés essentiels qu’on peut retrouver dans le lait ou les oeufs par exemple.

À côté de ça, il y a d’autres protéines, pas celles des céréales mais celles des légumineuses (qu’on appelle aussi dans le langage botanique Fabaceae et en alimentation « légumes secs » : petits pois, pois chiches, lentilles, cacahuètes, soja, etc...), qui peuvent potentiellement fournir tous les acides aminés essentiels à l’organisme. Le soja par exemple est une protéine simple d’assimilation qui contient tous les acides aminés. Donc, niveau protéines, c’est parfait et à la hauteur des produits d’origine animale.

Après, c’est valable uniquement à quantités comparables. C’est sûr que, pour avoir 20 grammes de protéines dans son assiette, il faudra peut-être manger plus de petits pois, de pois chiches que de viande, la viande étant plus riche en protéines que les plantes.

Et la viande, tu en es où par rapport à elle ?

C’est une question qui m’embête un petit peu, parce qu’en tant qu’écologiste et protecteur de la nature, le fait de consommer de la viande me dérange. Contre ces élevages intensifs d’animaux, etc. Manger trop de viande, trop de protéines animales, ça peut aussi être dangereux pour la santé. Ces protéines-là peuvent favoriser sur le long terme le développement de cancers, entre autres pathologies. Ce sont des protéines qu’on dit aussi « acidifiantes » pour l’organisme. Dans l’organisme, il y a un équilibre qu’on appelle acido-basique et les protéines animales ont tendance à acidifier l’organisme. Clairement donc je suis contre les protéines animales.

À côté de ça, de ces positions et idéaux, il y a mes objectifs, et donc je dois mettre un peu de côté ces pensées. Mon objectif c’est de prendre de la masse musculaire. Je le fais énormément à l’aide de protéines végétales. Mon petit déjeuner ce sont des protéines végétales, mes collations également. Dans certains de mes repas je vais aussi favoriser les protéines végétales. Mais je continue de consommer quand même, tous les jours, des protéines d’origine animale, que ce soit dans mon fromage blanc du soir, dans mes émincés de poulet, dans mon steak haché, dans mon filet de poisson, dans mes maquereaux ou mes sardines, etc... Pour atteindre mes objectifs je ne me vois pas vraiment faire sans. Peut-être qu’un jour j’arrêterai complètement d’en consommer. Pour l’instant j’en consomme plutôt pas mal.

Tu t’en passerais ?

Je ne pense pas que je pourrais vraiment m’en passer, parce que la viande c’est quelque chose que j’apprécie gustativement. Mais clairement si je pouvais j’en consommerais moins. Sachant que la viande que je consomme, c’est surtout de la viande maigre : plutôt de la volaille, ou alors de la viande de boeuf, donc riche en fer par exemple. Mais je ne suis pas quelqu’un qui aime tout ce qui est charcuterie, etc... Tout ce qui est viande de porc, tout ce qui est gras, etc, j’en consomme peu.

Quand tu regardes les gens autour de toi, ceux qui viennent te solliciter, etc... c’est quoi les mauvaises habitudes et pratiques que tu rencontres souvent ?

Je dirais que quasiment 100% d’entre elles ne prennent pas un bon petit déjeuner le matin : soit pas du tout soit elles en prennent un qui n’est pas équilibré. Or, le petit déjeuner c’est le repas le plus important de la journée, pas en termes de quantité mais plutôt de qualité : c’est vraiment le repas qui va déterminer le bien-être de toute la journée.

Autre mauvaise habitude, qu’on retrouve souvent : trop de graisse, trop de sucre ou de sel... Les gens sont trop tentés par des produits transformés par l’industrie agroalimentaire. Ils ne savent plus vraiment consommer de produits bruts. (...) Beaucoup de plats précuisinés. De ces plats sont absents pas mal de phytonutriments, de vitamines... peu de fibres. Et comme la protéine ça coûte cher, quand on achète par exemple des lasagnes surgelées, il y a souvent plus de béchamel que de viande à l’intérieur.

Le petit déjeuner que je propose moi contient douze vitamines, dix minéraux, des fibres, des protéines, juste ce qu’il faut de glucides et de lipides, le tout pour seulement 220 calories... Un repas équilibré avec peu de calories, super bon et rapide à prendre.

Le petit déjeuner, justement... Pourquoi est-il, comme on l’entend souvent, le repas le plus important de la journée ? Tu nous en dis plus (composition, difficulté et temps de préparation, coût...) sur celui que tu proposes ?

Le petit déjeuner, les Anglais appellent ça breakfast. Ça veut dire briser le jeûne qui a duré tout au long de la nuit. Le petit déjeuner c’est le repas le plus important de la journée parce qu’une journée, c’est 24 heures, et sur 24 heures il y a deux phases : une phase jour et une phase nuit. C’est durant la phase jour qu’on a le plus besoin de calories. La nuit, on brûle beaucoup moins de calories. Durant cette phase jour, on va se déplacer, on va travailler, on va faire le ménage, on va faire les courses, on va s’occuper des enfants, etc... Tout cela demande de l’énergie, et l’énergie on ne la trouve pas uniquement dans les calories. Il faut aussi les minéraux, les protéines, les vitamines... tout un assortiment de nutriments dont le corps a besoin dès le matin.

Le corps humain c’est une immense usine qui a besoin pour travailler de matériaux, de main d’oeuvre, d’énergie... Tout ça est à apparenter aux nutriments : la main d’oeuvre ce sera les vitamines, l’énergie, l’électricité sera apportée par les sucres. Et il faut pouvoir travailler de la matière, et cette matière travaillée ce sera les protéines. (...) Si par exemple la journée commence à 6h le matin, il faut que le petit déjeuner soit le repas le plus complet possible qualitativement. Sinon l’usine tourne mal, elle n’est pas assez productive : ce seront des coups de fatigue dans la journée, des problèmes de surpoids, de transit intestinal, de sommeil, une sensibilité plus grande aux blessures, au sport ou dans la vie de tous les jours...

Le petit déjeuner que je propose, il y a deux façons de le faire. Il y a la façon du samedi ou du dimanche, où on prend son temps : on va mixer des fruits avec, se faire un petit smoothie, quelque chose d’un peu plus chargé, recherché. Ça va peut-être monter à 2€ voire 3€ le petit déjeuner. Il faudra peut-être un peu plus de temps pour le préparer (dans les 5 minutes). Et il y a le petit déjeuner de la semaine, c’est le même mais on se casse moins la tête : on se lève, on shake, et c’est parti. On peut le boire au volant, dans le métro, à vélo ou dans le train... Ça prend une minute ou une minute 30, on verse son lait, son jus de fruit, on shake la Formula One (c’est le nom du petit déjeuner en question), et voilà c’est prêt...

En quoi ce petit déjeuner est-il différent du petit déjeuner traditionnel ? Dans le petit déjeuner traditionnel il y aura toujours une carence. Dans le petit déjeuner traditionnel allemand ou anglais par exemple il va y avoir de la charcuterie le matin, du fromage etc... donc ça va plutôt être salé : ils auront un apport de protéines le matin c’est clair et net. Par contre, les vitamines, les minéraux, les fibres, ça va manquer cruellement. Le petit déjeuner français ça va être plus de la viennoiserie avec par exemple un café ou un chocolat chaud. Riche donc en graisse, en sucre. À la rigueur, un fruit avec, donc quelques vitamines et minéraux, mais pas de protéines. Donc, quel que soit le pays dans lequel on se trouve, le petit déjeuner traditionnel ne sera pas complet.

Celui que je propose moi est complet. Il contient à la fois les protéines (extraites du soja ou du pois), de bons glucides (des glucides de fruit donc du fructose), de bons lipides (il existe trois types d’acides gras, là les trois sont présents, on privilégie les Omega 3 par exemple, donc de bons acides gras polyinsaturés), les fameuses vitamines (12 en tout : A, C, D, E, et toutes celles du groupe B), des minéraux et des fibres (extraites des plantes, du soja...). Ce petit déjeuner contient donc tous les nutriments dont le corps a besoin. Il est pratiquement dénué de calories, c’est-à-dire que la Formula One mélangée à du lait par exemple va revenir à 220 calories ce qui est très peu. Mélangé à du jus de fruit ce sera encore moins calorique. Et sa valeur nutritionnelle, encore une fois, est très élevée.

Au niveau du prix, pour comparer avec le petit déjeuner traditionnel français, celui que je connais le mieux, donc viennoiserie, jus de fruit et café, ce dernier revient à 3,50€ contre 2,20€ ou 30 comme je l’ai dit plus haut. Le petit déjeuner traditionnel français c’est 550 calories au lieu des 220 de la Formula One. Pratiquement aucune vitamine, pas de minéraux, surtout si on parle d’un jus de fruit pasteurisé, contre 12 vitamines et 10 minéraux dans la Formula One. Zéro protéine dans le tradi français, ou 5g à la rigueur si la personne boit un peu de lait, alors que dans la Formula One on monte à 15g de protéines. Donc la différence est nette.

Brunch

« Le brunch que j’organise régulièrement... »

Parmi les personnes que j’aide, en fonction de leur objectif, il y a deux types d’autres choses qu’elles prennent en plus du shake :

- la boisson à base d’aloe vera (l’aloe vera a beaucoup de propriétés favorables pour la peau et l’intérieur de l’organisme : des vertus hydratantes, cicatrisantes pour la peau, l’estomac... ; elle aide à digérer, notamment après les repas bien lourds et longs et le soirées bien arosées, et surtout elle favorise l’assimilation de l’eau par les cellules), rafraîchissante avec son shake ;

- la boisson instantanée à base de thé (plusieurs extraits, avec de la théine donc) et d’extraits végétaux. Cette seconde boisson est énergisante tout en étant parfaitement naturelle, et amincissante. Elle est riche je le disais en théine (aussi appelée caféine ou guaranine) ; cette même molécule stimule les cellules du corps (cellules musculaires et neuronales), cela permet d’améliorer la concentration, notamment en période d’examens ou de révision. Pour rester éveillé c’est super, et comme ça stimule les cellules ça les pousse à brûler des calories, donc c’est très amincissant. Les personnes qui veulent perdre du poids et qui me demandent de l’aide en prennent à peu près 1 litre tous les jours. D’un côté donc on a le petit déjeuner qui n’est pas calorique et donc de l’autre cette boisson rafraîchissante et asséchante.

Et les autres repas ?

Les autres repas, tout dépend des objectifs de la personne en question. D’une manière générale, c’est la règle des trois tiers : 1/3 de l’assiette en féculents, 1/3 de légumes/fruits/crudités, 1/3 de protéines (oeufs, viande ou poisson).

Le repas du soir idem, mais on aura tendance à réduire les féculents surtout quand il s’agit de perdre du poids, car la nuit on perd très peu de calories et on stocke plus... Le soir on évite particulièrement les lipides et les glucides...

Quelle répartition au sein de et entre les repas ? Quels équilibres ?

Au niveau des quantités, on dit souvent qu’il faut manger comme un roi le matin, comme un prince à midi et comme un pauvre le soir, c’est vrai : il faut éviter de manger trop lourd le soir, sinon on passe une mauvaise nuit. Moins de sucres, moins de graisse, moins de viande le soir, peut-être un peu plus de légumes...

Un exemple pour illustrer mes propos : les protéines. Moi j’ai besoin tous les jours de 140 g. de protéines. Mais notre organisme ne peut en assimiler plus de 30 g. toutes les 3 heures. Donc pour avoir mes 140 g. il faut que toutes les 3 heures j’aie un apport de protéines. On ne peut les prendre en une seule fois, par exemple au petit déjeuner, car sur les 140 g. de protéines ingurgités dans ce repas seuls 30 seront absorbés effectivement par l’organisme. Voilà pourquoi tous les repas doivent être équilibrés.

C’est valable pour les autres nutriments ?

Non ce n’est pas valable pour les autres nutriments. L’absorption des lipides et des glucides est limitée par les fibres solubles entre autres. C’est pour cette raison que les féculents complets ont un index glycémique moins élevé. Pour cette raison aussi que l’avoine complet par exemple permet de limiter les problèmes de cholestérol.

Mais l’histoire des 30 g. toutes les 3 heures concerne uniquement les protéines, le surplus pouvant entraîner des diarrhées...
Autre exemple : la vitamine C en excès est éliminée par les urines. Les déchets de protéines aussi, et c’est pour cette raison qu’il faut beaucoup boire quand on augmente son apport en protéines, afin de ne pas souffrir d’insuffisance rénale.

Les barres énergétiques, etc, on peut prendre ou on bannit ?

Les barres « énergétiques » ne sont pas à bannir. Je préfère parler de barres protéinées d’ailleurs. Tout dépendra de la marque, comme toujours il faut regarder les quantités de graisse et de sucres, qui doivent être faibles. Privilégier les barres de marque spécialement conçues pour les sportifs. Moi-même je vais consommer parfois une petite barre protéinée, quand je vais manquer de temps pour me faire une vraie collation. C’est un vrai coupe-faim avec ses 9g de protéines végétales par exemple.

Sur l’aspect forme maintenant, c’est quoi les exercices qui sont à la fois porteurs de résultats et accessibles notamment à celles et ceux qui ne sont pas très sportifs ?

Quelqu’un qui n’a jamais fait de sport et qui ne fréquente pas de salle de musculation peut solliciter ses muscles avec des exercices dit au poids de corps tels que les pompes, squat, fentes, abdo, dips et tractions. Les résultats dépendront de l’intensité et de la fréquence de l’entraînement bien sûr, de la nutrition évidemment mais aussi de la récupération post workout... et évidemment du métabolisme de chacun.

Raconte-nous un peu une journée type, lorsque tu exerces ton job ?

En fait quand on exerce ce job les journées sont rarement les mêmes. C’est difficile d’avoir une journée type. Maintenant, si je devais en décrire une, je dirais lever vers 8h, je prends mon petit déjeuner équilibré évidemment (il faut savoir que je suis mon premier client : j’ai appris à prendre soin de moi, à atteindre mon bien-être pour pouvoir le transmettre aux autres). Toute la mâtinée je vais par exemple traiter les demandes qu’on m’a adressées sur les réseaux sociaux, parce que je travaille beaucoup sur ces médias. En début d’après midi je vais aller à la salle de sport, j’y resterai peut-être 1h30 environ. L’après midi et la soirée qui va suivre, la plupart du temps ce sont des déplacements : soit des clients à domicile (j’en ai peu), soit directement au club. On y reçoit nos clients dans une bonne ambiance, dans un lieu dédié uniquement au sport et à la nutrition.

Quand j’arrive au club, c’est soit parce que j’ai des rendez-vous avec des clients (on leur fait faire des suivis pour voir l’amélioration de leurs résultats, etc...), soit pour rencontrer des gens qui ne sont pas encore clients mais qui veulent se renseigner, essayer, parce qu’on leur a recommandé le club, etc... Ils vont vouloir un bilan bien-être, un bilan corporel etc... Il y a une première partie sous forme de questions, où là j’apprends vraiment à connaître la personne, à cerner son hygiène de vie et ses habitudes, voir ce qui va, ce qui ne va pas... La personne va ensuite monter sur un impédancemètre, une espèce de balance qui envoie des influx électriques dans le corps et qui permet, par impédancemétrie justement, de connaître la composition du corps (poids, masse musculaire, masse graisseuse, masse osseuse, la graisse vicérale qui est une très mauvaise graisse, le taux d’hydratation...).

Une fois le bilan bien-être terminé, je discute avec la personne pour voir si elle est motivée ou pas. Si elle n’est pas motivée, on ne met en place aucun programme, ce n’est pas la peine. Si par contre elle est motivée et si elle en a besoin, en fonction de ses résultats et de ses objectifs (objectifs de prise de masse comme pour moi par exemple, objectifs de perte de poids, objectifs de remise en forme c’est-à-dire qu’on ne revoit pas le poids à la hausse ou à la baisse mais on cherche à gagner en énergie. En fonction donc de ces résultats et de ces objectifs, on peut mettre en place un programme à la fois nutritionnel et sportif.

Enfin, une journée type, on organise des sessions de sport. On appelle ça des fit challenges. On se retrouve tous au club, c’est-à-dire les coachs mais aussi les clients, les membres... tout le monde est invité. Et on part pour 1h de sport, qui comprend à la fois du cardio et du renforcement musculaire. On essaie vraiment de consolider les liens. On fait du sport ensemble et dans une bonne ambiance ! On se retrouve autour d’une activité commune, et moi à l’issue de cette session de sport je discute avec mes challengers, je vois un peu ce qui va et ce qui ne va pas, on fait un suivi et on avance petit à petit vers le bien-être, vers des résultats optimaux, jusqu’au Level 10 (le niveau maximum).

C’est accessible, ces cours et ces conseils ?

Déjà, au niveau des prix, on en a déjà parlé, c’est entre 1,95€ et 2,30€ le petit déjeuner, chaque jour. L’aspect accueil, justement, quand les gens arrivent, tout de suite on leur propose une boisson pour qu’ils se sentent bien etc... Ils s’installent, on discute, etc... il y a une ambiance énergique, sportive. Les gens sont bien dans leur tête, ils sont zen. Tous ces gens sont mis à l’aise, par les coachs mais aussi les autres clients. Les clients satisfaits par un programme vont pouvoir eux-mêmes accueillir d’autres personnes à leur tour. On essaie vraiment de faire disparaître cette distinction entre client et coach. Tout le monde a été client et tout le monde peut devenir coach. Le but c’est d’apprendre, d’améliorer son train de vie et ensuite d’aider les autres à en faire autant.

(...) Le prix dépend du programme. le programme c’est un peu comme une formule. On aura une formule BasicMediumMaster par exemple. Ce qui détermine le prix du programme ce sont les objectifs assignés et donc les moyens employés (quels produits ? quelles boissons ? quel petit déjeuner ?). On peut aussi inclure dans ce prix-là tout le suivi, tout le travail fait avec la personne...

Est-ce que tu es heureux du point auquel tu es parvenu, là ?

Heureux oui, mais peut-être pas satisfait complètement. Je n’ai ni patron ni compte à rendre, je fais les horaires que je veux et bosse comme je veux, donc en ce sens c’est idyllique. Je concilie job et bien-être : je prends soin de moi et quelque part je gagne de l’argent en prenant soin de moi et des autres. Je bosse avec des gens qui ont mon âge, qui partagent le même goût du sport et du bien-être... Mais il y a un hic, c’est que ça constitue un super complément de revenu, mais pas un revenu suffisant pour ne faire que ça.

Mon projet, c’est de continuer à développer ce concept. Et en attendant que ça prenne suffisamment d’ampleur, j’ai pour projet de trouver un deuxième emploi à côté, pour ensuite reprendre peut-être mes études l’année prochaine, tout en continuant en parallèle à développer le concept de coach en bien-être. Sachant que cette activité ne me prend pas en soi énormément de temps.

Justement, c’est quoi tes projets pour les mois à venir ?

Je souhaite continuer ma prise de masse, aller toujours plus loin en prise de muscle. Je veux aider plus de personnes à se remettre en forme, donc développer mon activité. Et donc trouver un petit job à temps partiel, dans la restauration, en boutique ou autre, au moins jusqu’à la rentrée prochaine...

Tes ambitions à plus long terme ?

Ouvrir des clubs un peu partout en France et développer une équipe de passionnés comme moi.

Comment t’imagines-tu dans 5 ans ?

Très bonne question... je me la pose tous les matins en me levant. J’ai des idéaux, des rêves... mais pas évident. Dans 5 ans j’en aurai 26. Donc à 26 ans j’espère être vraiment casé, avoir une relation sérieuse et durable avec quelqu’un. Être propriétaire d’une maison. Avoir un chien. Être marié, avoir une maison, un chien... à 26 ans ce serait déjà bien.

Pour ce qui est du plan professionnel, j’espère avoir mon propre club avec mes associés, un très grand club. Avoir acquis une certaine notoriété au sein de la marque et du concept que je vends. J’espère qu’à 26 ans je pourrai avoir le temps de m’occuper aussi d’autres passions comme la botanique, le jardinage... et donner aussi de mon temps en tant que bénévole à des associations de protection de la nature.

On est encore en janvier, mois des vœux, je te souhaite que tout ça se fasse... et toi, tes souhaits pour nos lecteurs ?

Je souhaite à tous les lecteurs d’avoir la santé et l’énergie dont ils ont et auront besoin pour accomplir tous leurs projets. La santé et l’énergie, voilà les deux choses essentielles à mon avis. Donc je leur souhaite la santé de fer et l’énergie du lion !

Un message pour quelqu’un en particulier ?

Je remercie Alexandra, mon amie, elle m’a fait découvrir le concept que j’ai aujourd’hui adopté. Ce concept fait corps et âme avec mon train de vie, avec ma vie tout court. Merci de m’avoir fait découvrir ce merveilleux concept.

J’aimerais aussi remercier Charlotte, ma sponsor, elle m’a montré le chemin, elle m’a aidé à bien démarrer mon activité, qu’elle me laisse aujourd’hui gérer comme je l'entend.

Quelque chose à ajouter ? Un dernier mot ?

STAY FOCUSED ON YOUR GOALS !

 

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30 janvier 2017

Expériences de vie : Lucas Fernandez en Angleterre

Cette publication est particulière, parce que son objet est particulier, parce que le moment est particulier, parce qu’elle porte beaucoup de choses en elle. Elle est le troisième volet d’une espèce de trilogie qui n’était pas prévue au départ mais que je suis heureux d’avoir pu réaliser, ici, parce qu’on y trouve de l’humain dans ce qu’il a de touchant, de réjouissant et parfois de douloureux ; heureux de les avoir faits sachant que ces articles, ces moments ont compté pour quelques personnes. Après « Paroles de passionnés : Lucas Fernandez et le club Full Contact Gym Boxe de Vienne » (août 2016), après « Le FCGB : club de sport et de cœur » (septembre 2016), voici « Expériences de vie : Lucas Fernandez, cours d’anglais et immersion à Brighton, Angleterre ».

L’échange s’est fait le 3 janvier dans un cadre familial harmonieux (petits coucous à Estelle et à Enzo, dont les interventions imprévues augmentent encore le côté attachant de cet article), à quelques jours du vingtième anniversaire de notre protagoniste, de retour en France pour les Fêtes. Un document à écouter et à regarder plutôt qu’à lire, parsemé je le disais de petits moments fun inattendus. Un document précieux, comme les précédents, parce qu’eux au moins resteront au fil des ans. Comme des images toujours vivantes d’un moment passé. Merci à toi, Lucas, de t’être prêté à ça. It’s all about you, it’s all for you, mon poulain... ;-) Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« Expériences de vie: Lucas Fernandez,

cours d’anglais et immersion à Brighton, Angleterre »

 

Lucas Fernandez

 

Tes premiers pas en Angleterre ?

Bien passé, mais il y a eu de bonnes actions, au départ. Mon école s’est trompée de famille, donc ça a un peu animé la chose... En plus, je savais pas parler anglais. Heureusement, le taxi était bien sympathique et il m’a pas mal aidé. Arrivé chez la bonne famille, j’étais fatigué. Premier jour un peu compliqué donc.

Le contact avec la famille, ça se passe bien.

 

Ton anglais, avant l’EF School ?

On va dire... que j’étais nul. ;-) J’ai eu 4 au Bac, et le niveau était bas. Quand j’étais petit, j’ai pas eu l’accroche directement avec l’anglais, par rapport à mes origines ça a plus été l’espagnol. Je trouve qu’en France les cours sont mal faits. C’est bien pour quelqu’un qui sait parler anglais, ça lui fait une culture qu’il peut développer. Beaucoup de gens comme moi se retrouvent au lycée, en terminale avec un niveau faible. Comme les coefficients ne sont pas gros, on se base pas sur l’anglais. Mais comme moi j’étais en cursus alternance commerce européen, les langues étrangères comptaient quand même. Heureusement j’ai eu 17 en espagnol. Ça a équilibré un peu mon 4 en anglais...

 

L’EF School ?

Déjà, c’est très bien situé, en bord de mer. Le cadre est beau. On a des tablettes dernier cri, des ordinateurs high tech... Les locaux sont modernes, très propres. Ça ne fait pas vraiment école, plutôt campus. Il y a le coin cafétéria, le coin canapé... C’est plus adulte. On est libres tout en étant à l’école.

L’accueil a été bon. (...) Il y a pas mal de mélanges. Beaucoup de francophones. Dès le départ, on a tendance ce qui est normal à se regrouper en fonction de notre langue d’origine. C’est une facilité, mais c’est aussi un moyen de s’intégrer plus vite. (...) Sinon, globalement très bien. Ça ne fait que trois mois, on verra la suite.

J’ai l’impression de bien progresser par rapport à mon niveau. Beaucoup grâce à l’immersion dans la famille - moi je suis en famille, pas en résidence. J’ai un très bon contact avec eux, ils sont très ouverts. On parle de sujets d’adultes, on rigole, etc... Ils sont très bien et je pense qu’ils m’ont un peu adopté comme un des leurs.

(...) La mère de famille adore la France, elle connaît quelques mots.

  

L’extrascolaire ?

Là-bas, je me suis remis au sport, après avoir arrêté pendant presque trois ans : boxe, musculation. J’ai pris du poids et j’ai retrouvé l’envie d’aller à la salle, ça ne m’était pas arrivé depuis un moment. Je suis très régulier à l’entraînement. Ça m’a permis aussi de faire des connaissances. À la salle de boxe, je parle avec des jeunes, j’apprends le langage des jeunes, ils parlent vite, ils coupent des mots, etc... comme ça se passe dans chaque pays.

(...) L’Angleterre me donne l’impression d’être un pays plus ouvert sur pas mal de choses. On ne regarde pas si tu es noir ou autre, on sent plus de mélanges. Il y a des femmes qui travaillent avec le voile. (...) On ne sent pas de pression de la police dans les rues. Peu de policiers mais beaucoup de caméras. Une autre approche.

(...) On ne se sent pas agressé. Mais dans tout ce qui est clubs, etc... ça s’est toujours bien passé.

En ville, les bâtiments, etc... ne sont pas les mêmes. Au niveau de mon club de boxe, celui de Brighton, je n’ai pas été trop dépaysé parce que c’est un peu la même que celle de mon ancien club. Que tu sois noir, blanc, etc... ils s’en foutent. Dans ce club, il y a des professionnels. C’est un autre rythme d’entraînement. Moi, je devais commencer avec les débutants, mais je me suis trompé de salle le premier jour, du coup ils m’ont mis directement avec les grands. Ils ont vu que j’avais du niveau : j’ai fait trois sparring, j’ai gagné les trois. Ils m’ont même proposé de boxer pour eux mais j’ai pas voulu, à cause des cours. En tout cas très bonne mentalité.

Les premiers jours, j’avais pas trop de discussions, après ça s’est décoincé c’est normal. Beaucoup à partir de la deuxième semaine, dès que j’ai boxé. Dès qu’ils m’ont vu boxer, ils ont vu que je me démerdais. Ils m’ont demandé si j’avais déjà boxé, où j’avais boxé... Donc j’ai raconté un peu tout ça. Les entraîneurs ne s’y attendaient pas au départ, le premier mec qu’ils m’ont mis c’était un débutant, dans sa première année de compétition. Ils ont vu direct que j’étais à l’aise et du coup ils m’ont fait rencontrer un plus grand. (...) Ils font aussi des cours de CrossFit (de la musculation cardiaque) en intensif, c’est bien pour le cardio de la boxe.

Je me suis aussi inscrit à une salle de musculation, toujours à Brighton. Les personnes sont très gentilles.

(...) Brighton c’est aussi une ville où il y a beaucoup de gays. Il y a la Gay Pride, etc. Une vraie ouverture d’esprit. À la muscu j’ai été touché par une scène. Un monsieur qui avait certainement eu un accident était paralysé ; il était blanc, c’est un noir qui l’aidait et je crois bien qu’ils étaient gays.

(...) Les gens aiment bien boire aussi. En Angleterre l’alcool est plus taxé que chez nous, et on n’a pas le droit d’en boire dehors. Pas le droit de fumer dans la rue non plus.

(...) Au niveau des achats, je me rends compte qu’en France on se fait bien taxer. Les marques américaines (Nike, Levi’s, Calvin Klein...) ça n’a rien à voir, bien moins cher là-bas.

 

Brighton ? London ?

Londres, très bien. La première fois que j’y suis allé c’était pour Halloween. À une fête. Du coup j’ai pas trop profité de la ville, on est directement allés dans le club. Mais ça m’a permis de voir un peu le monde de la nuit de Londres.

(...) Brighton, y’a de tout niveau sorties. C’est une jolie ville. Moi je suis du côté de la mer. Il y a un endroit qui s’appelle le Brighton Pier, une sorte de fête foraine. Ça fait un grand ponton, et tous les couples y vont le soir, c’est éclairé, c’est joli, ils mangent des crêpes, etc... C’est bien romantique. Il y a la grande roue, etc... c’est joli.

Je suis allé à Oxford aussi. Une jolie ville, mais ça se voit qu’elle est axée sur les études. Beaucoup d’écoles, c’est une ville sérieuse. Bien pour travailler ou, je pense, quand on a besoin de se remettre en question, d’être un peu isolé de toutes les tentations de la ville. Il y a un centre-ville mais il est petit...

 

Battle : the most beautiful girls ?

Sauvé par le petit frère. On reprend. ;-) #lover #WTF #bétisier

Personnellement je préfère les brunes, même s’il y a de très jolies blondes.

C’est un autre style de filles. Déjà en boîte de nuit elles s’habillent très court. En France, on dirait que c’est vulgaire. Là encore une question d’ouverture. (...) On voit aussi des filles bien en chair. En partie je crois parce que les personnes rondes s’assument plus, elles se cachent moins. Parce que, je pense qu’il y a moins de critiques.

 

Un ambassadeur de la France ?

Je pense que j’ai donné, expliqué une autre image de la France à ma famille. Pour un étranger souvent la France c’est magnifique, c’est Paris, il y a de l’argent, tout est beau tout est rose... Je leur ai expliqué que la France, c’est plus ça. Déjà, moi, j’ai jamais vu la France comme ça. Quand tu vis dans un pays, tu regardes les choses autrement que quand tu y vas pour les vacances. En vacances tout est toujours bien, tu y restes peu de temps. C’est comme moi, l’Angleterre j’y suis que depuis trois mois, j’en aurai une autre image à la fin de l’année.

Comme je disais à ma famille, maintenant il y a beaucoup de problèmes en France. Des choses qui ont mal été réglées, pas au bon moment. Un peu trop de liberté dans certains cas. Moi là où je m’entraîne, c’est un peu dans les quartiers, donc ma famille me dit souvent de faire attention, mais en fait les gens sont gentils, si tu les déranges pas ils te dérangent pas. En France, il y a plus de confrontations. Plus de mauvais regards, plus de critiques, de femmes qui se font agresser, etc. De plus en plus de rackets, des vols, etc. Je crois qu’en Angleterre les forces de l’ordre sont aussi plus respectées. Et les gens s’accordent moins de libertés.

 

Qu’est-ce qui te manque ?

Faux départ... #fashionista #hairstyle #bétisier

Ma famille et mes potes, déjà. Beaucoup. Avant, je partais beaucoup à l’étranger, mais là c’est la première fois que je pars aussi longtemps. Jusque là j’avais pas eu de petit coup de mou, envie de rentrer, etc... Là, le deuxième mois (novembre) ça m’est arrivé. Pendant deux week-ends j’ai pas eu trop envie de sortir. En plus, il ne faisait pas beau, et les journées sont courtes. L’hiver, il fait nuit dès 16h30. Donc ça joue sur le moral...

Là, comme je suis rentré pour les fêtes, j’ai passé du temps avec ma famille et avec mes amis, je suis resté un peu plus chez moi... (...) Je pense que la distance et cette expérience m’ont un peu ouvert pour dire les choses, parce qu’avant je m’exprimais un peu moins... Ça m’a aidé un peu à me remettre en question.

Par rapport à la France, les problèmes, les histoires pour rien du tout, ça me manque pas du tout. La mentalité des gens, etc... c’est différent.

 

Ça t’a changé ?

Oui. (...) J’ai toujours été ouvert au monde. Là je découvre encore plus la réalité du terrain. (...) Je suis quelqu’un de sociable, j’ai des amis là-bas et ça m’a aidé. Certaines personnes qui sont dans mon école et ont mon âge sont un peu moins ouvertes et ont donc eu un peu plus de mal. Certains d’entre eux sont rentrés plusieurs fois chez eux. Parfois ils sont en couple, donc il y a un manque. Aussi par rapport à la famille, etc.

Moi j’ai toujours été débrouillard. J’ai jamais eu besoin d’appeler ma mère. Et l’expérience m’a beaucoup aidé aussi à être autonome avec mon argent, à me débrouiller. Ça m’a fait grandir et prendre une maturité sur beaucoup de choses. Même sur tout ce qui est sorties, etc... Avant je sortais beaucoup. Je faisais beaucoup n’importe quoi. On se l’est dit avec mes amis d’ailleurs, qu’on a grandi... Avant on était plus des petits cons... Après, je regrette rien de ce que j’ai fait, mais voilà on s’est calmés. Autant avec les filles qu’avec les conneries.

(...) Dans dix jours j’ai vingt ans, ça me met une pression en plus. C’est là que tu commences à penser un peu à ta carrière. Il va falloir prendre un peu la réalité en face. Il y en a beaucoup qui n’ont pas cette réflexion...

 

Des messages ?

Un message global, pour mes amis qui me verront, et qui vont sûrement me charrier. Pour ma famille. Pour mes nouveaux amis, que je me suis fait à l’étranger. For my friends : thank you for these moments in England. Pour mes amis en France : merci d’être là, d’être présents. Ma famille pareil. Mon grand-père qui est en Thaïlande aussi. Voilà, message global donc, pour ma famille partout dans le monde.

 

20 ans ?

Ça me fait rien et en même temps ça me fait chier. Quand j’étais petit, avec mes potes, on disait, vivement qu’on ait 18 ans. Et là, ces deux ans, je les ai pas vu passer. 18-20, ça a été trop vite. Là, tout se passe trop vite.

 

Les deux dernières, video only...

Messages à toi-même ?

 

Un dernier mot ?

 

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15 janvier 2017

« Usage de la force et son contrôle: comparaison France-Allemagne du rôle des parlements », par Delphine Deschaux-Dutard

Delphine Deschaux-Dutard, maître de conférences en science politique à l’université Grenoble-Alpes et membre du Centre d’études sur la sécurité internationale et les coopérations européennes (CESICE), avait à ma demande composé en décembre 2015 pour Paroles d’Actu, peu de jours après les attentats meurtriers du 13 novembre, un très intéressant article intitulé : « ONU, OTAN, UE : implications et perspectives de la sécurité et de la défense collectives après les attentats de Paris ». Treize mois après, voici une nouvelle contribution qu’elle nous livre après commun accord : un texte à haute valeur informative qui compare la manière dont les parlements nationaux de France et d’Allemagne abordent, sur le papier - constitutionnel - et dans la pratique, les questions touchant à l’usage de la force militaire et au contrôle de celle-ci. Deux démocraties libérales, voisines et partenaires, mais des fonctionnements très éloignés sur ces points ; on touche là aux institutions telles qu’elles ont été façonnées, héritage dans un cas comme dans l’autre de l’histoire récente, particulière, de chacun des deux pays. Merci, Delphine Deschaux-Dutard, pour ce document. Une exclusivité Paroles d’Actu, par Nicolas Roche

 

Bundestag

Photo : le Bundestag, la chambre basse du parlement de la République fédérale d’Allemagne.

« Usage de la force et contrôle démocratique: le rôle des arènes

parlementaires. Une comparaison France-Allemagne. »

par Delphine Deschaux-Dutard, le 10 janvier 2017

Dans un contexte de menace terroriste accrue ces dernières années, la question du contrôle démocratique des armées et de l’usage de la force militaire est devenue fondamentale dans nos États de droit contemporains, et se repose aujourd’hui avec force dans le contexte de la lutte contre le terrorisme et l’implication des forces armées dans cette lutte, sur le territoire national et à l’extérieur des frontières. Ce retour de l’usage de la force ne peut donc faire l’économie d’une analyse du contrôle démocratique sur cette force, et au moment où le vocabulaire employé par les élites gouvernementales tend de plus en plus à employer le terme de « guerre » pour justifier l’usage de la force armée contre la menace terroriste protéiforme*. En parallèle, il importe d’interroger la place de l’arène parlementaire dans son rôle de contrôleur démocratique de l’institution militaire, incarnant le principe fondamental en démocratie de soumission de l’armée aux autorités politiques, dans un contexte global de technicisation des politiques publiques et d’accroissement de la coopération internationale rendant l’exercice parlementaire d’autant plus complexe qu’il tend à leur échapper partiellement.

* Selon un récent sondage Ifop, la lutte contre le terrorisme constitue le premier sujet de préoccupation des Français dans 67% des cas, mais la confiance des citoyens semble aller d’abord aux forces de police et de gendarmerie (69%) plutôt qu’aux forces armées à travers l’opération Sentinelle (39%). Sondage IFOP pour l’Observatoire des politiques publiques, « Les Français et leur sécurité », octobre 2016 (http://www.ifop.com/media/pressdocument/941-1-document_file.pdf, consulté le 8/12/2016).

Ce contrôle démocratique peut varier en fonction de son étendue, des acteurs qui le mettent en œuvre, ou encore de sa qualité ex ante ou ex post quand il s’agit de contrôler les déploiements de forces armées en opérations. L’arène parlementaire représente en effet le lieu de la démocratie le plus emblématique dans l’exercice du contrôle politique sur les forces armées à travers les compétences parlementaires sur les questions de défense, ou « war powers ».

La comparaison de deux cas, la France et l’Allemagne, permet ici d’éclairer combien deux démocraties rompues à la pratique de la coopération militaire bilatérale autant que multinationale continuent de différer en matière de contrôle démocratique de l’usage de la force. Il s’agit en l’occurrence de montrer combien le contrôle parlementaire de l’usage de la force tend à diverger dans ces deux pays, qui peuvent être présentés comme constituant les deux extrémités d’un axe allant du contrôle parlementaire souple et peu formalisé (cas français) à un contrôle parlementaire strict et formalisé (cas allemand).

L’intérêt de comparer ces deux États en particulier provient non seulement de la pratique de longue date d’une coopération militaire institutionnalisée entre eux suite au Traité de l’Elysée de 1963, mais du fait qu’en 2015-2016, ces deux Etats ont été confrontés sur leur propre sol à des menaces terroristes formalisées (attentats de Charlie Hebdo, Paris et Nice en France, faits terroristes à Munich et Ansbach en Allemagne en juillet 2016 et attentat de Berlin en décembre 2016) et ont mis en place une réflexion sur l’usage interne de la force militaire face à cette menace terroriste.

 

Des dispositifs du contrôle parlementaire en matière d’emploi de la force fortement divergents

La relation armée-autorités politiques, naturelle en France, est une relation plus pragmatique en Allemagne, où la technique de gouvernement de l’armée repose sur un asservissement idéologique de celle-ci à l’autorité démocratique par excellence : le Bundestag.

Un contrôle parlementaire ex ante sur l’usage de la force en Allemagne

Le régime politique allemand a placé au cœur de son fonctionnement en matière de défense le principe de subordination de l’armée aux autorités politiques à travers le concept d’« armée parlementaire » (Parlamentsarmee). Ce concept affirmé par la cour constitutionnelle de Karlsruhe lors de son jugement historique de 1994 levant les contradictions contenues dans la Loi fondamentale allemande concernant la question de l’usage de la force militaire et de son contrôle parlementaire a été depuis réaffirmée à maintes reprises par les gouvernements successifs. Il va de pair avec la notion de « réserve parlementaire » (Parlamentsvorbehalt) qui implique la nécessité d’approbation de l’usage des troupes allemandes par l’arène parlementaire. En effet, suite au traumatisme du IIIème Reich, l’Allemagne s’est dotée de dispositions constitutionnelles contradictoires dans la Loi fondamentale de 1949 qui ont eu pour effet de verrouiller les possibilités d’emploi de la Bundeswehr en dehors du territoire couvert par l’OTAN. La contradiction entre les articles 87a et 24 a finalement été tranchée par un jugement historique de la cour de Karlsruhe, en 1994.

« En Allemagne, il n’y a aucun "chèque en blanc"

du parlement en matière d’interventions

militaires extérieures »

Néanmoins, selon les dispositions de la Loi fondamentale, le Bundestag doit approuver à la majorité simple tout engagement de l’armée allemande dans une opération extérieure, qu’elle soit militaire ou humanitaire (article 87a). De même, toute intervention de la Bundeswehr doit immédiatement cesser si le Bundestag ou le Bundesrat le décident (article 87a). C’est ainsi bien un contrôle ex ante qui est défini en Allemagne. Le Bundestag vote d’ailleurs en détail le mandat donné au ministre de la Défense pour envoyer la Bundeswehr en opérations extérieures, y compris les lieux précis et les coûts engendrés par l’opération en question (article 3). Il n’y a donc aucun « chèque en blanc » mais au contraire un examen parlementaire scrupuleux des circonstances et des conditions du déploiement militaire extérieur.

La loi de 2005 définit également les rares exceptions permettant une procédure de contrôle accélérée et une approbation parlementaire ex post : c’est le cas des déploiements de très faible intensité, de même que les déploiements militaires rendus nécessaires par un péril imminent ou par l’existence d’une catastrophe naturelle par exemple (article 4). Ainsi si l’initiative de l’usage de la force armée revient bien au gouvernement allemand, la responsabilité repose néanmoins conjointement sur le gouvernement et sur le parlement à travers la nécessité d’approbation parlementaire préalable : certains auteurs évoquent un système de « double clef ».

Le Bundestag a ainsi approuvé entre 80 et 100 déploiements extérieurs de la Bundeswehr depuis 1994**. Le dernier vote du 10 novembre 2016 a consisté à prolonger le mandat de la Bundeswehr en Irak***. Bien entendu, les war powers du Bundestag s’étendent également aux autres domaines classiques qui composent le contrôle parlementaire des politiques de défense, telles que l’approbation du budget de la défense par exemple.

** Ce chiffre inclut les prolongations de mandat, comme dans le cadre de la participation de la Bundeswehr à la FIAS en Afghanistan ou à l’opération Atalante de lutte contre la piraterie maritime.

*** 150 soldats allemands sont actuellement déployés à Erbil, depuis l’été 2014, dans le cadre d’une opération de formation des soldats Peshmerga : environ 2000 Peshmerga sur les 11 000 concernés par l’opération ont ainsi été formés par la Bundeswher en deux ans.

« En Allemagne, les forces armées disposent de leur

propre représentant auprès du parlement »

Outre le dispositif constitutionnel et juridique, deux autres éléments renforcent la capacité de contrôle du Bundestag sur l’usage de la force armée :

  • La commission parlementaire allemande sur la Défense, dotée d’un statut constitutionnel, exerce un contrôle effectif sur le gouvernement en matière de défense (à travers son droit d’information et ses compétences d’enquête), de conseil auprès de l’assemblée plénière du Bundestag sur les questions militaires et de lien avec le représentant de l’armée allemande au Bundestag, le Wehrbeauftragte.

  • Le commissaire parlementaire aux forces armées (Wehrbeauftragte), constituant un accès direct au parlement sans équivalent en France. Celui-ci incarne un relai direct entre l’institution militaire et l’arène parlementaire, permettant à la fois un échange d’informations mais également une prise en compte des opinions véhiculées par les forces armées à travers leur représentant parlementaire.

Concernant le cas de l’usage des forces armées en interne sur le territoire allemand, la question divise la classe politique allemande depuis plusieurs décennies. La Loi fondamentale définit, outre l’emploi de la Bundeswehr pour la défense territoriale traditionnelle du pays (article 87a §2.2), des possibilités très strictement circonscrites d’emploi des forces armées allemandes en interne en cas de situations d’une extrême gravité (Notstandgesetz) pour la défense d’objectifs civils et pour des accidents extraordinaires (article 87a §3.3). Leur emploi en interne doit être approuvé à une majorité des deux tiers par le Bundestag, et la déclaration de l’état de défense (Verteidigungsfall) requiert l’approbation du Bundesrat (représentant des Länder)****. C’est donc encore ici un contrôle parlementaire ex ante qui s’applique. La Bundeswehr avait par exemple été déployée en interne lors de la crue extraordinaire de l’Elbe, de la Mulde et du Danube en août 2002. 45 000 soldats avaient été engagés dans cette mission aux côtés des forces de sécurité civile.

**** L’état de défense n’a jamais encore été invoqué en Allemagne. Un député du Bundestag nous indiquait qu’il s’agissait d’un cas extrême en donnant l’exemple d’un bombardement du Bundestag comme élément déclenchant, autrement dit un événement plus qu’improbable. Entretien à Berlin, 30/11/2016.

Plus récemment en 2015, les soldats de la Bundeswehr ont participé à l’accueil des migrants sur le territoire allemand. Ainsi, le dernier Livre blanc allemand de la Défense de 2016 rouvre la discussion sur les possibilités d’emploi de la Bundeswehr en interne, en évoquant également le cas de la lutte contre le terrorisme. Suite aux attentats de Paris et Nice, et aux attaques terroristes isolées à Munich et Ansbach à l’été 2016, la ministre de la Défense a invité à la réflexion sur un élargissement du spectre d’engagement de la Bundeswehr en interne afin de prendre en compte la responsabilité collective de l’État fédéral et des Länder dans la sécurité intérieure. Pour autant, la séparation de principe entre police et armée n’est pas remise en question dans le texte en projet.

Prééminence présidentielle et contrôle parlementaire ex post en France

« En France, sur l’usage de la force armée,

c’est l’exécutif, et non le parlement,

qui est souverain »

L’armée française constitue une institution au positionnement particulier au sein de l’État, liée à l’autorité politique suprême : le président de la République est constitutionnellement le chef des armées (article 15 de la Constitution), témoignant d’un héritage monarchique fort. Dans le cas du recours à l’usage de la force armée, le contrôle parlementaire en France ne ressemble en rien à la situation allemande. L’exécutif est en position de force et le législatif en position de faiblesse quand il est question de l’usage de la force armée. En effet, l’approbation parlementaire de l’emploi des forces militaires ex ante n’existe pas dans le système politique français. Jusqu’à la révision constitutionnelle de 2008, le parlement n’avait tout simplement aucune voix au chapitre sur la question des opérations extérieures, sauf cas particulier de la déclaration de guerre (article 35 de la Constitution). Néanmoins, le nouvel article 35 de la Constitution dispose en effet que :

« Le Gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention. Il précise les objectifs poursuivis. Cette information peut donner lieu à un débat qui n’est suivi d’aucun vote. Lorsque la durée de l’intervention excède quatre mois, le Gouvernement soumet sa prolongation à l’autorisation du Parlement. Il peut demander à l’Assemblée nationale de décider en dernier ressort. »

La prudence des termes est frappante lorsqu’ils sont comparés avec les dispositions constitutionnelles allemandes. Le premier vote historique a eu lieu le 21 septembre 2008 à l’occasion de la décision de prolongement du mandat de l’armée française en Afghanistan. Depuis lors, le parlement français a pu voter sur la prolongation des interventions militaires au Mali ou en Libye notamment, sans vive polémique. La question de l’opération en Afghanistan a néanmoins révélé à partir de 2008 une fissure dans le consensus politique national autour des questions militaires. Cela n’a pour autant pas entraîné d’activisme majeur des parlementaire sur les questions militaires.

En outre, les députés français peuvent certes constituer une commission d’enquête, ou convoquer des auditions d’acteurs clefs de la défense, ce qui est fréquent dans le cadre de l’opération intérieure Sentinelle depuis 2015, mais ils ne peuvent pas convoquer directement le chef d’état-major des armées pour l’auditionner si le ministère de la Défense ne donne pas son aval au préalable. Cette faiblesse parlementaire en matière de défense est traditionnellement favorisée par le gouvernement.

Cependant, il existe plusieurs instruments qui peuvent lui permettre d’exercer non pas un réel contrôle mais plutôt un suivi des questions de défense et plus précisément de l’usage de la force :

  • Les questions orales et écrites ;

  • les parlementaires peuvent organiser un débat sur un sujet déterminé (article 50§1 de la Constitution modifiée en 2008) ;

  • ils peuvent par un vote à la majorité simple, établir une commission d’enquête sur des questions de défense (article 140 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale) et disposent, comme en Allemagne, d’une commission spécialisée. Plus précisément, la commission Défense de l’Assemblée nationale joue ici un rôle non négligeable en conduisant des auditions de hauts responsables de la défense(article 45 du règlement de l’Assemblée nationale), en étant apte à lancer une mission d’information ou d’enquête, et en produisant surtout de nombreux rapports sur les questions de défense.

  • ils effectuent des visites régulières auprès des troupes sur le terrain.

Enfin, dans le cas de l’usage de la force armée à l’intérieur du territoire national, le cas spécifique de l’opération Sentinelle mérite examen. Cette opération prend tout d’abord naissance dans un contexte juridique particulier : celui de l’état d’urgence. Proclamé par le président de la république le 14 novembre 2015 suite aux attentats de Paris, l’état d’urgence est un cadre juridique d’exception. L’opération Sentinelle est une action décidée par le chef de l’État en réaction aux attentats terroristes de janvier 2015. Cette opération est inédite et vient en complément des forces de sécurité intérieure pour renforcer la sécurité sur le territoire national. Mais elle est également une action de renforcement du plan initial, Vigipirate. Et contrairement au cas de l’état de siège défini à l’article 36 de la Constitution, aucun pouvoir exceptionnel n’est attribué aux autorités militaires dans le cadre de l’état d’urgence.

« Le parlement a son mot à dire sur la prorogation

de l’état d’urgence ; il n’exerce pas

de contrôle direct sur l’opération Sentinelle »

Le parlement doit d’ailleurs - et il l’a fait à cinq reprises depuis novembre 2015 - se prononcer par un vote sur la prorogation de cette situation juridique d’exception au-delà de douze jours. C’est donc bien le cadre juridique et non l’opération Sentinelle elle-même qui a fait l’objet d’un contrôle parlementaire. L’article 35 de la Constitution révisée en 2008 insiste sur la nature extraterritoriale des interventions militaires dont le Parlement peut être en mesure d’approuver la prorogation. De plus l’engagement des armées sur le territoire national, y compris dans le cadre du contrat opérationnel de protection, s’inscrit dans le droit commun en matière de sécurité et de défense. Le code de la défense (article L.1321-1) prescrit « qu’aucune force armée ne peut agir sur le territoire de la République pour les besoins de la défense et de la sécurité civile sans une réquisition légale. » Cet article rappelle ainsi le principe de séparation des pouvoirs et engendre l’absence de toute intervention du législateur.

→ Depuis le 14 janvier 2015, plus de 10 000 soldats de l’armée de Terre sont ainsi déployés sur le territoire français, à des fins de protection de la population sur le territoire français, cela sans que l’arène parlementaire n’ait eu à se prononcer sur cet usage de la force armée, ce qui serait une situation impensable outre-Rhin.

 

Des pratiques de contrôle parlementaire de l’usage de la force enracinées dans la construction historique des régimes

Les divergences de mise en œuvre des dispositifs existants, si elles révèlent quelques rares convergences, démontrent bien plus le rôle de l’historicité de la relation armée-autorités civiles dans les deux États ici considérés.

En Allemagne, l’importance accordée au parlement dans l’emploi de la Bundeswehr offre une plateforme à l’opposition politique, notamment à travers l’usage des questions au gouvernement. Les questions parlementaires peuvent d’ailleurs être adressées à un ministre en particulier, et en l’occurrence au ministre de la Défense, qui est en Allemagne le chef des forces armées. De même, chaque député peut demander l’accès à des documents ministériels concernant la sécurité et la défense (article 16).

Enfin, les députés, tant de la majorité que de l’opposition, n’hésitent pas à faire usage de l’instrument de l’enquête parlementaire en matière de défense : un quart des députés allemands peuvent demander une enquête sur n’importe quel sujet d’intérêt public (article 44 de la Loi fondamentale). Un exemple récent permet de saisir la force de l’instrument d’enquête parlementaire aux mains du Bundestag : il s’agit de l’enquête parlementaire sur le raid mené par l’OTAN à Kunduz, sur les ordres d’un commandant en Afghanistan en 2009 ; cette action avait mis en grande difficulté politique le ministre de la Défense de l’époque, Karl-Theodor zu Guttenberg. Les députés allemands, mais c’est également vrai pour les députés de la commission Défense français, font également régulièrement usage de leur droit de visite des troupes sur le terrain.

Un autre instrument offre dans la pratique une arme puissante au Bundestag : les recours devant la cour constitutionnelle : un tiers des députés du Bundestag peut déposer une requête devant la cour constitutionnelle de Karlsruhe à l’encontre d’une décision d’engager les forces armées allemandes dans une opération (article 93§1.2 de la Loi fondamentale).


Un recours récent permet d’illustrer cet argument : il s’agit du recours adressé à la cour en 2007 par la fraction des Verts du Bundestag contre l’utilisation de Tornados de la Luftwaffe dans le cadre de la surveillance aérienne du sommet du G8 à Heiligendamm. L’argumentaire des Verts consistant à dire que cet usage allait à l’encontre des conditions fixées dans la Loi fondamentale a été validé par la cour constitutionnelle allemande, démontrant combien l’utilisation de la force armée en interne divise profondément la classe politique allemande. Un élargissement du spectre d’emploi interne de la Bundeswehr nécessiterait cependant une révision constitutionnelle car les conditions de l’article 87a§3.3 sont très restrictives. Or, les sociaux-démocrates et les Verts s’opposent pour l’instant à cette éventualité. Ce point de l’emploi interne de la Bundeswehr, malgré la thèse du risque terroriste en interne, est d’autant plus litigieux que la cour constitutionnelle a rendu un arrêt en 2005 sur la loi de sécurité aérienne (Luftsicherheitsgesetz) dans lequel elle interdit un emploi de la Bundeswehr contre des avions de ligne détournés par des terroristes en avançant que cela n’est pas conciliable avec le principe de dignité humaine. Et même si la ministre de l’Intérieur de Bavière avait évoqué la possibilité d’un emploi de la Bundeswehr comme soutien aux forces de police suite à l’attaque terroriste de Munich le 22 juillet 2016, cette question clive très fortement la coalition avec des conservateurs (CDU) enclins à assouplir les conditions d’emploi de la Bundeswehr en interne face à la menace terroriste, et des sociaux-démocrates, des libéraux et des Verts fermement opposés à cet argument qui franchirait une ligne rouge allemande héritée de la structuration historique du lien-armée nation dans la République Fédérale, soit la stricte répartition des tâches entre la police (responsable de la sécurité intérieure) et l’armée (responsable de la défense et de la sécurité extérieure).


Il ne faut pas occulter la dimension polémique que revêtent les questions de défense, et surtout de l’usage de la force en Allemagne. Si 77% des citoyens allemands interrogés pensent que la Bundeswehr est importante pour l’Allemagne, 71% d’entre eux perçoivent positivement la participation de la Bundeswehr à des opérations extérieures, mais 25% s’y déclarent opposés (d’après un sondage daté de 2013).

« Dans la pratique, l’exécutif fédéral allemand

ne soumettrait au vote aucun projet d’usage

de la force susceptible d’être rejeté par le

parlement ; c’est pourquoi il n’y a pas eu

d’intervention de l’Allemagne en Libye »

Fait étonnant : malgré l’incontournable approbation parlementaire ex ante, dans la réalité aucun vote négatif concernant un déploiement de la Bundeswehr en opérations extérieures n’a été enregistré depuis 1994. Cela provient de ce que le gouvernement et les députés négocient en amont : en pratique, le gouvernement allemand ne se risquerait pas à soumettre au vote un projet d’usage de la force qui n’aurait aucune chance d’être adopté. C’est d’ailleurs ce qui permet de comprendre pourquoi la chancelière a finalement refusé d’engager l’Allemagne militairement en Libye en 2011 (abstention allemande au Conseil de sécurité de l’ONU sur la résolution du 17 mars 2011).

En France, la tendance à la présidentialisation du régime sous la Vème République conduit à une exacerbation du « domaine réservé » du Président sur les questions de défense. En outre, le poids de cet exécutif par rapport à l’arène parlementaire est renforcé par l’existence d’un état-major particulier composé de trois officiers supérieurs au service du Président, ainsi que d’un cabinet militaire du Premier ministre, leur permettant d’acquérir très rapidement une palette d’options militaires à mettre en œuvre. Ainsi, dans la pratique, seuls, le Président - avec le Premier ministre, en vertu de l’article 19 de la Constitution française de 1958 - décident de l’envoi des troupes à l’étranger ou, dans le cas de Sentinelle, d’un déploiement sur le territoire français.

Une fois passé le délai de quatre mois sur le terrain pour la force déployée, ou dans le cas du vote d’une prolongation de mission, il paraît difficilement envisageable que l’Assemblée nationale puisse imaginer retirer sa confiance aux soldats engagés en opération pour tenter de punir le gouvernement. En outre, l’examen de l’ensemble des questions parlementaires démontre un usage a minima de l’instrument des questions parlementaires en matière de défense.

« Il existe en France un consensus transpartisan

solide quant aux grands fondamentaux

de la politique de défense »

Cette pratique minimaliste du contrôle parlementaire s’explique également en France par l’existence pendant de nombreuses décennies d’une forme de consensus transpartisan sur les grands fondamentaux de la politique de défense. Ce consensus a néanmoins été remis en cause par la durée de l’engagement français en Afghanistan depuis 2008 et la réintégration de la France au sein de la structure militaire intégrée de l’OTAN, mais sans que cela n’ait de conséquence majeure sur le contrôle parlementaire de l’usage de la force en France. Dans un contexte post-attentats en 2015-2016, le phénomène de ralliement au drapeau de l’opinion publique française ne favorise guère l’émergence de réelles remises en cause.

Pour autant, dans la pratique, le parlement n’est pas complètement effacé : la commission Défense reste le maillon le plus symbolique du suivi parlementaire - à défaut de réel contrôle ex ante - des questions militaires, et notamment d’usage de la force. Cette commission se caractérise par la détention d’une expertise et d’un volontarisme.

En ce qui concerne l’opération Sentinelle en revanche, le parlement n’exerce guère d’autre prérogative que l’approbation des rallonges budgétaires demandées par le gouvernement en 2015-2016. Aucun débat de même type que les débats sur les opérations extérieures n’a encore eu lieu en séance plénière à l’Assemblée nationale (il n’y a d’ailleurs pas eu de vote sur ce point lors du Congrès de Versailles 16 novembre 2015). Sa dimension faiblement polémique jusqu’ici, même parmi les rangs de l’opposition, favorise cette situation inédite d’un déploiement sur le territoire français et dans la durée, sans vote majeur au Parlement.

Néanmoins, les groupes parlementaires conduisent régulièrement des débats internes sur ce déploiement militaire spécifique, et une quarantaine de députés assurent un suivi, notamment par le biais de rapports parlementaires réguliers et d’auditions du ministre de la Défense. Quelques voix discordantes tendent d’ailleurs à s’élever parmi les parlementaires, comme dans le cas de la sénatrice Leila Aichi déplorant l’absence de réel débat parlementaire d’ampleur. Cet absence de contrôle parlementaire sur le cas du déploiement Sentinelle se double d’un argumentaire politique soulignant le renforcement du lien armée-nation, en obérant ainsi toute capacité d’examen parlementaire critique à court terme, dans un contexte d’état d’urgence prolongé jusqu’aux élections présidentielles de mai 2017 au moins.

« Les différences marquées sur le contrôle

parlementaire de l’usage de la force

dans les deux pays tiennent pour beaucoup

à l’histoire particulière de l’un et de l’autre »

Ces divergences dans la mise en œuvre du contrôle parlementaire, outre la différence criante des dispositifs constitutionnels en France et en Allemagne, s’expliquent à travers la structuration historique du lien armée-autorité politique dans les deux États. Les relations entre les hauts responsables militaires et politiques en France et en Allemagne demeurent marquées par le poids de la structuration historique des liens entre institution militaire et autorités civiles. En France, l’institution militaire a assimilé les grands courants de tradition nationale, révolutionnaire et jacobine et les a intégrés avec ceux de la tradition royale et impériale. En revanche, dans le Reich bismarckien marqué par une hiérarchie sociale fermée, le statut des militaires surplombait largement celui de la bourgeoisie. Ce statut privilégié du personnel militaire sous l’empire allemand a d’ailleurs été repris et exacerbé par Hitler dans le fonctionnement du IIIème Reich. De ces deux historicités, sont nés deux types de relation entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire en France et en Allemagne : une méfiance de la sphère politique allemande envers l’armée et la construction d’une armée citoyenne et nourrie à l’instruction civique ; une prééminence de l’exécutif présidentiel sur les affaires de défense, héritées à la fois de l’appartenance du général De Gaulle à l’institution militaire et de la méfiance suscitée par le rôle joués par une partie de la hiérarchie militaire française lors de la Guerre d’Algérie, et en particulier pendant le putsch d’Alger de 1961. Ces historicités différenciées du lien armée-politique se retranscrivent aujourd’hui dans les différences marquées du contrôle parlementaire de l’usage de la force sur les deux rives du Rhin.

 

Delphine Deschaux-Dutard

Delphine Deschaux-Dutard est maître de conférences en science politique

à l’université Grenoble-Alpes et membre du Centre d’études

sur la sécurité internationale et les coopérations européennes.

 

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9 janvier 2017

« L'identité républicaine, la plus universelle des singularités », par Fatiha Boudjahlat

Fatiha Boudjahlat, enseignante, et secrétaire nationale du Mouvement républicain et citoyen (MRC), en charge de l'éducation, est avec Célina Pina la cofondatrice du mouvement Viv(r)e la République. Parmi ses chevaux de bataille : l’« égalité en droits et en dignité » des femmes, et la laïcité. Fin septembre, je l’avais invitée à coucher pour Paroles d’Actu sa réflexion, à composer un texte autour de la question suivante : « L’identité nationale, c’est la République ? ». Son texte, qui vient de me parvenir, est un manifeste passionné pour la reconstruction active d’une communauté politique des citoyens, seule capable de prévenir le fractionnement - pour ne pas dire la fracturation - de la nation à la faveur de réflexes communautaristes, sur fond de tensions volontiers attisées par des militants de tous bords (identitaires, indigénistes, et autres libéraux par dogme). Je la remercie pour cette composition, éminemment d’actualité, deux ans après le choc Charlie, et à quelques mois d’une élection présidentielle qui s’annonce certainement plus décisive que les précédentes. Permettez-moi enfin, pour cette première publication d’une année qui s’annonce décidément incertaine, de vous adresser à toutes et tous, collectivement mais personnellement, mes meilleurs vœux pour une année 2017 favorable. Nicolas Roche

 

Marianne

La Marianne républicaine, buste. Src. : Sipa/Marianne.

« L’identité républicaine,

la plus universelle des singularités »

par Fatiha Boudjahlat, le 4 janvier 2017

Un des enjeux importants de la campagne présidentielle de mai prochain résidera dans l’articulation entre identité, nation et souveraineté. La première est en général associée à l’individu, à la différence des autres, les trois sont pourtant liées. La souveraineté s’entend comme l’autorité politique exercée par la Nation. Cette autorité fonde l’identité collective du peuple en tant que Nation composée d’égaux en droits et en devoirs. En république, l’exercice partagé de l’autorité politique place l’identité du côté de la citoyenneté. Or, des forces centrifuges se combinent pour masquer le vrai enjeu de l’autorité politique partagée sous les guenilles du débat identitaire, parce que la tribu n’est pas la Nation et ne prétend pas aux prérogatives de la Nation. On retrouve aussi une question clef liée à la définition de l’identité : dans son article Identité nationale, communauté, appartenance. L’identité nationale à l’épreuve des étrangers, Pierre Lauret préfère substituer à la notion d’identité celles d’appartenance et d’identification. Mais peut-il y avoir appartenance sans sentiment d’appartenance ? Comment évoquer une identification sans modèle, éléments préexistants auxquels s’identifier ? À quel modèle ou référent s’identifier ? Enfin, la cohérence politique ne conduit-elle pas à réintroduire ce terme désuet d’allégeance ?

Les forces centrifuges

- La construction socio-culturelle de l’archipel mondial mégapolitain qui conduit à faire croire qu’il n’y a plus de différences entre les nations mais une joyeuse et festive citoyenneté mondiale ; qui exclut ceux qui n’ont pas les moyens d’intégrer ce mode de vie à haute valeur ajoutée. Comme l’écrivait le géographe Laurent Faret, nous sommes passés d’« une culture de la mobilité à un capital social du mouvement ». Et ce capital social présente les mêmes travers que le capital économique et culturel. Il est mal distribué, il distingue et favorise la reproduction sociale puisqu’il va là où il est déjà. L’altérité est niée au profit d’une nouvelle classe sociale mondialisée. Je repense à cet appel commun entre Anne Hidalgo et Saddiq Khan, se donnant comme objectif en tant que maires de leurs villes-monde de constituer des « contrepoids puissants face à la léthargie des États-nations et à l'influence des lobbys » (voir : article Le Parisien). Associer l’État-nation, dont la mention ici n’a rien d’anecdotique, cadre politique de l’intérêt général de son peuple, aux lobbys, qui défendent contre rémunération des intérêts particuliers, est surtout très significatif de cette conception politique qui fait de l’attachement à son pays et à cette forme juridique qu’est l’État-nation, un crime, un archaïsme, un passéisme. Le rêve de ces maires des villes-monde ? Obtenir une autorité politique aux dépens de l’État-nation.

« Au-dessus des identités "secondes"

parce qu’individuelles et intimes,

il y a l’identité politique du citoyen »

- L’Union européenne et sa volonté d’en finir avec l’État-nation. L’Union européenne, pour reprendre la formule de l’économiste Jérôme Maucourant, c’est « une démocratie sans souveraineté ». Étienne Picard, professeur de droit public, a tenu des propos qui vont dans le même sens : « [La citoyenneté européenne] ne peut être une vraie citoyenneté dans la mesure où elle ne permet pas de participer à l'exercice de quelque souveraineté que ce soit. » Il ajoute que cette pseudo citoyenneté européenne « sert surtout les intérêts de l'UE elle-même. » Le vote devient un simple rituel sans consistance. Vite critiqué et mis à mal quand le vote n’est pas satisfaisant. Un exemple est fourni avec la politique des langues, régionales ou extracommunautaires (voir : article Le Figaro). La crispation identitaire à laquelle nous assistons se nourrit de cette perte de souveraineté, comme ces référendums dont on ne tient pas compte ou ces peuples rabroués de n’avoir pas voté comme les élites souhaitent qu’ils votent. Pierre Leuret écrit dans le même article : « Le "nous" national a pour socle véritable le partage de la souveraineté (nous qui sommes liés comme sujets de la décision, de l’attribution, de l’allocation, de la répartition). » Ce défaut d’identité par l’exercice d’une autorité politique au travers de la citoyenneté politique est surcompensé par des substituts à haute valeur ajoutée symbolique. C’est l’enjeu des passions culturelles. Ainsi, la crèche de Noël dans les lieux d’exercice du pouvoir comme les mairies, devient un marqueur culturel et civilisationnel (voir : article Marianne). Un enjeu pour des personnes que l’on ne voit pourtant guère à la messe. Ils y placent un sens, une signification qui dépassent largement l’hommage à la naissance de Jésus. Cette réaction est épidermique. Il n’est pas anodin que ce soit dans un livre intitulé Penser l’Europe qu’Edgar Morin écrive : « Nous vivons dans l’illusion que l’identité est une et indivisible alors que c’est toujours un unitas multiplex. Nous sommes tous des polyidentitaires, dans le sens où nous unissons en nous une identité familiale, une identité transnationale éventuellement, une identité confessionnelle ou doctrinaire. » Aucune référence à la citoyenneté, c’est-à-dire au moyen de sortir par le haut du débat sur l’identité, de sortir des contingences vers l’acte politique de la décision. Morin vante des identités reçues. Quand la Constitution précise que la France est une République indivisible, cela ne signifie pas qu’elle est un monolithe. Elle veut dire, et c’est le sens du terme « indivisible », qu’aucune partie de sa population ne peut s’approprier et exercer seule l’autorité politique. L’identité doit être indivisible, si elle est politique et non ethnique, puisqu’aucune de nos identités reçues ne doit prétendre décider de nos choix politiques, guidés par l’intérêt général. Au-dessus de ces identités secondes parce qu’individuelles et intimes, il y a l’identité politique du citoyen. À condition que son exercice soit reconnu, ce que l’UE tend de moins en moins à faire.

« L’époque est à la valorisation de loyautés

anciennes et héritées; rien n’est moins républicain

que le multiculturalisme »

- La tentation multiculturaliste. La Nation ne reconnaît que des citoyens qui peuvent s’associer. L’époque est à la valorisation de loyautés anciennes et héritées : le bled, la tribu, le régionalisme. Rien n’est moins républicain que le multiculturalisme. La République, c’est un Droit et des principes qui s’appliquent sur un territoire. Pour la France, ce territoire comprend la métropole et les outremers. Le multiculturalisme est la traduction juridique de la différentiation culturelle et ethnique des droits : c’est la juxtaposition sur un même territoire de droits différents obtenus à par l’appartenance et donc l’allégeance à une communauté. C’est la personnalité des lois qui existait à l’époque de Clovis. Selon le philosophe Alain Renaut, le multiculturalisme revient à « introduire un autre sujet de droit que le sujet individuel et à mettre la reconnaissance de ce dernier en concurrence avec celle d’un autre porteur de droits (la communauté de culture et de traditions) vis-à-vis duquel il devient possible de relativiser la valorisation absolue des libertés individuelles »*. La reconnaissance de l’individu comme porteur et donc comme sujet de droit passe alors par l’appartenance à une communauté et non par l’appartenance à la Nation. Nous sommes dans la situation paradoxale de l’hyperinflation de demandes de reconnaissance communautaire, d’exercices de libertés, ce qu’est un droit, tout en contestant la territorialité du Droit et donc sa vocation universelle.

* Conférence donnée en 2002 dans le cadre de l’Université de tous les savoirs.

Identification et appartenance

« En république, j’embrasse l’héritage,

glorieux ou infâme »

En république, je peux affirmer que mes ancêtres sont gaulois. Ou plus exactement, celtes. Il ne s’agit pas de l’identité comme substance, mais d’identité comme filiation historique, c’est-à-dire un lien assumé qui lie dans le présent une communauté politique. Tout comme je peux défendre la laïcité et ne rien trouver à redire aux jours fériés chrétiens. C’est tout le sens de l’héritage, notion qui semble contaminer l’identité, en la plaçant du côté du passé, de la rapine, de la prédation, du privilège, de la fermeture. En république, j’embrasse cet héritage, glorieux ou infâme. Il y a une histoire, un patrimoine culturel historique dont il faut tenir compte. La Loi de 1905, tout comme les droits civils, n’abolissent pas le passé, pas plus qu’ils n’abolissent la mémoire et la notion d’héritage. Les derniers arrivés sont nouveaux. C’est le sens du « Après-vous » du philosophe Lévinas, un « Après-vous » d’ordre éthique. Je ne suis pas la première, et donc je ne suis pas la seule, et je n’ai pas à contraindre les autres avec mes exigences individuelles. La société n’a pas à prendre en compte toutes les revendications communautaires au nom de cet égalitarisme qui s’avilit en relativisme et équivalence anhistoriques. On ne peut mettre sur le même plan historique et légal l’Aïd, Roch Hachana et Noël. Sauf à basculer dans un relativisme culturel que les extrémistes religieux appellent de leurs vœux : tout se vaut, toutes les fêtes se valent. Dans ce rêve des communautaristes, mais aussi des libéraux à l’anglo-saxonne (concept de Big Society par exemple), ce n’est plus l’État qui garantit ces droits ou une protection sociale à chaque individu. Il s’en sera déchargé sur la communauté d’appartenance. C’est moins coûteux et assure à la communauté un prestige garant de son pouvoir sur l’individu. Protection, droits, distinction, l’identité se décentralise et se dépolitise, aussi bien que les compétences.

« Le patriotisme, sentiment qui n’a rien de vulgaire,

n’exclut que ceux qui le méprisent et s’y opposent »

Ce qui concourt à une course à l’échalote identitaire est la surcompensation du relativisme qui fait croire que notre pays n’est qu’un bac à sable sur laquelle se succèdent des peuples, de manière cyclique. Parce que le grand-remplacement, c’est dans la tête. Quand on dénie aux Français le droit de se sentir français, c’est-à-dire de se prétendre différents des autres nations, quand on leur dénie le droit de vouloir s’inscrire dans une filiation, on abandonne aux identitaires ce sentiment légitime qui lie un peuple à son territoire et à son histoire, ce qu’est le patriotisme. Cet attachement n’a rien de vulgaire, de dangereux. Il n’exclut que ceux qui le méprisent et s’y opposent. Cette filiation n’est pas que verticale, nous reliant au passé, elle est aussi horizontale et nous lie aux autres, ce que j’ai appelé le compatriotisme. Reconnaître en l’autre, ce compatriote politique, égal en droits et en devoirs, dont la Nation nous rend responsable, l’empathie ne repose pas alors sur la ressemblance physique, épidermique, patronymique : c’est l’identification à des valeurs, à un patrimoine politique commun. Elle est politique et s’oppose aux métastases de l’identité, à savoir l’obsession ethnique et biologique, que l’on retrouve aussi bien dans la doctrine indigéniste portée par le PIR (le parti des Indigènes de la République, ndlr), que dans celle portée par les identitaires d’extrême-droite.

On fustige le passéisme, l’héritage, mais on aime le muséifier, on s’offusque de l’œuvre de destruction menée par l’État terroriste Daesh. En détruisant les vestiges de pratiques religieuses autres que musulmanes, Daesh ne cherche pas seulement à frapper de stupeur nous autres européens si prompts à muséifier ce passé. Il cherche à abolir l’histoire, l’historicité des peuples, le passé, la mémoire d’une religiosité antérieure à leur vision de l’islam. Il y a une antériorité chrétienne en France. La prise en compte de cette antériorité ne fait pas de moi une chrétienne, je ne recherche pas la transplantation d’un nouvel ADN viking. Par la laïcité et les vertus républicaines d’une nation politique, j’embrasse cet héritage pour ce qu’il est. Le signe que le monde existait avant moi et que l’histoire ne commence pas avec mes revendications.

Identité, nationalité, allégeance

Etre français, et cela désespère les identitaires, c’est d’abord être de nationalité française. La nationalité est selon Patrick Weil, ce qui définit « le lien qui relie par le droit un État à sa population ». La nationalité est donc d’abord du droit, elle consiste en un ensemble de procédures juridiques et administratives qui ont évolué au cours du temps et au gré des intérêts bien compris des gouvernements, jusqu’à associer au droit du sang au droit du sol*. Les identitaires fustigent les « Français de papier », qui ne seraient pas assez français selon leurs critères biologiques. Mais il faut se poser une question : ces procédures purement administratives et juridiques suffisent-elles dans ce contexte d’inflation des revendications communautaires  ?

* Intégrant très vite, nous dit P.Weil, celui du mariage et même de la naturalisation, dont le principe est attesté depuis le XIVe et devenu à partir de François 1er un privilège exclusif du Roi, au travers de « lettres de naturalité ».

La nationalité sans sentiment d’appartenance ne peut que conduire à un consumérisme légal : ne faut-il pas un lien affectif, qui nous fera vivre dans notre pays en coresponsabilité, et non en usufruit, ce bail qui permet de se servir d’un bien, la France, ou d’en percevoir les revenus ou les prestations ? On ne peut considérer son pays comme un guichet de services et de prestations. Et les indigénistes qui méprisent l’attachement à la France valorisent l’attachement au pays d’origine, dans un paradoxe hypocrite : mépriser et refuser tout lien affectif avec le pays de naissance et de vie, valoriser le lien avec le pays des vacances. On retrouve d’ailleurs la notion d’appartenance, positive aussi longtemps qu’elle ne concerne pas la France. Ainsi, Houria Bouteldja, ex-porte-parole du Parti des Indigènes de la République écrit (Les Blancs, les Juifs et nous, vers une politique de l’amour révolutionnaire, Éditions La Fabrique, 2016) : « J’appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’islam. (…) Ô mes frères mes sœurs, des Français je suis dégouté. J’accepte de ne porter qu’un tricot mais je ne veux pas qu’on m’appelle "bicot". (...) Ô mon Dieu, ma foi est meilleure que la leur. Celui qui critique le pays, que la rivière l’emporte. » Le sentiment d’appartenance n’existe pas sans l’allégeance.

« Ne laissons pas la communauté des "semblables"

l’emporter sur la communauté des "égaux" »

Si cette allégeance ne va pas à la République, parce que nous vivons en France, et que le régime républicain fait de nous des citoyens égaux en droits et en droits, à qui va-t-elle ? Quelle communauté en deviendra-t-elle la récipiendaire ? Ce sera celle des semblables si on renonce à celle des égaux. Et cette bien cette disposition qui fait de la République le régime honni par les identitaires et les indigénistes. Vous n’êtes pas plus et pas mieux français en étant blanc, vous n’êtes pas moins français en étant noir ou musulman. C’est toujours l’identité politique qui intègre le mieux puisqu’elle repose sur des actes, et des décisions, pas sur des contingences de naissances. Houria Bouteldja écrit dans le même livre : « Le projet égalitariste n’est qu’un projet intégrationniste qui ambitionne de faire de nous des Français comme les autres dans le cadre de la nation impérialiste. » Ce processus d’identification ne relève pas de l’impérialisme à l’intérieur de nos frontières. C’est la condition sine qua non de l’existence d’une communauté nationale.

« Dans notre république, nous espérons

le compatriotisme mais nous ne l’exigeons

et ne l’enseignons plus »

Mme Bouteldja poursuit : « Nous participons à l’élaboration de la norme identitaire et par là de la remise en cause du pacte républicain qui est aussi un pacte national-racial. » Mais qui parle le plus de race, si ce n’est les indigénistes et les identitaires ? Comment parler de pacte national-racial quand le pacte républicain repose d’abord sur des valeurs que l’on juge et que l’on veut universelles ? C’est-à-dire s’adressant à toutes les femmes et à tous les hommes sur notre territoire ? Dans notre république, nous décorrélons ces valeurs de la couleur, du sexe, de la sexualité, de la communauté, des croyances et des incroyances, des pratiques religieuses, des convictions philosophiques. Et c’est ce modèle que nous proposons aux étrangers, à nos conditions, parce qu’il est légitime que le pays accueillant en pose. Mais nous avons négligé de les enseigner à ceux nés en France. Nous ne traitons pas les Français comme des étrangers, ce qui est normal mais insuffisant face à l’offensive des indigénistes et des islamistes qui proposent une autre allégeance, et face au cynisme libéral à l’origine, selon le philosophe Michael Walzer cité dans l’article de Pierre Lauret, d’une « fiction de l’individu libéral désaffilié, qui se pense sur le mode d’une marchandise  sur le  marché mondial. » Il ne saurait y avoir de citoyens détachés comme il y a les travailleurs détachés. En évoquant l’impérialisme de la France parce que l’État prétend ne pas s’abîmer dans le communautarisme et le multiculturalisme, Mme Bouteldja fait des natifs de France des immigrés à perpétuité, des étrangers dont Michael Walzer, nous dit que l’accueil « réactive donc toutes nos identités et les met en débat. L’épreuve de l’étranger révèle que notre identité distinctive présente et à venir est à la fois une question et un enjeu. » Dans notre république, nous espérons le compatriotisme mais nous ne l’exigeons pas, pas plus que nous ne l’enseignons. L’identité est une question et un enjeu et jouera un rôle clef lors des prochaines échéances électorales.

Avec les attentats, les procès en impérialisme et en islamophobie, notre république a subi un stress-test d’une ampleur inédite, qu’elle a réussi. Ce qui prouve bien l’actualité, l’utilité et la réalité de notre pacte républicain. Mais sans souveraineté recouvrée et sans compatriotisme assumé et enseigné, l’identité n’est plus politique et s’abîme alors dans l’ethnique et le culturel tribal.

 

Fatiha Boudjahlat

Fatiha Boudjahlat, enseignante et secrétaire nationale du

Mouvement républicain et citoyen (MRC), en charge de l'éducation,

est avec Célina Pina la cofondatrice du mouvement Viv(r)e la République.

 

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2 novembre 2016

Thierry Lentz : « Paris n'est pas qu'une fête, c'est aussi une cible... l'a-t-on déjà oublié ? »

Thierry Lentz, grand historien spécialiste des périodes Consulat et Empire et directeur de la Fondation Napoléon, compte parmi les contributeurs fidèles de Paroles d’Actu ; j’en suis fier et lui en suis reconnaissant. Quelques jours avant le premier anniversaire de la soirée terrible du 13 novembre 2015, je lui ai soumis quelques questions davantage ancrées dans une actualité immédiate que d’ordinaire : la parole en somme à un citoyen imprégné d’histoire - et il m’est d’avis qu’on devrait s’intéresser un peu plus à ce qu’ils ont à dire de l’actu, ces citoyens qui connaissent vraiment l’Histoire !

Joseph Bonaparte La fin des empires

Je signale au passage la parution, cette année, de deux ouvrages que je vous engage vivement à découvrir : la bio évènement, hyper-fouillée signée Thierry Lentz de Joseph, frère aîné à la « vie extraordinaire » de Bonaparte (Perrin, août 2016), et un ouvrage collectif passionnant, j’ai envie de dire « essentiel », que M. Lentz a co-dirigé aux côtés de Patrice Gueniffey (Perrin-Le Figaro Histoire, janvier 2016) et qui porte sur la fin des empires - lui-même a rédigé le texte sur la chute de l’empire napoléonien. C’était en aparté. Place à l’actu. Une actu dont on ne sait encore comment elle sera exploitée par ceux qui, demain, écriront l’Histoire. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« Paris n’est pas qu’une fête, c’est aussi

une cible... l’a-t-on déjà oublié ? »

Interview de Thierry Lentz

Q. : 30.10 ; R. : 02.11

Bataclan

Après l’attaque du Bataclan... Photo : REUTERS.

 

Dans quelques jours, nous commémorerons, à l’occasion de leur premier anniversaire, les « Attentats de Paris », leurs 130 morts et leurs 413 blessés. Pour cette première question, déjà, j’aimerais vous demander comment vous les avez reçus et vécus à titre personnel, ces événements, à chaud puis, peut-être, avec le recul de l’historien ?

« Après la folle nuit du 13 novembre,

le 14 au matin, un silence terrible

dans le métro et les rues de Paris »

J’ai vécu ces attentats comme tous les Parisiens, dans l’angoisse d’abord, la colère ensuite. Il se trouve qu’habitant sur le chemin de l’hôpital de la Pitié, j’ai eu toute la nuit pour y penser : des dizaines d’ambulances, des sirènes… puis le lendemain matin, plus rien. Un terrible silence dans les rues et le métro. Je crois que je n’oublierai jamais ce moment-là. Heureusement, devant participer à un festival d’histoire près de Metz, je suis immédiatement allé « ailleurs », au milieu de personnes qui étaient certes abattues mais pas « témoins directs ». Le temps du recul est venu bien après, comme vous l’imaginez, d’autant qu’il y a eu Nice, ville où habitent beaucoup de mes amis et une partie de la famille. Une cousine de mon ex-épouse a été tuée ce soir-là, de même que deux amies d’une amie. Pour ce qui est du travail « d’historien », je crois qu’il est un peu tôt pour qu’il puisse commencer. Nous sommes encore en pleine crise et si je suis parfois frappé par certaines insouciances…

Est-ce qu’il y a, à votre sens, un « avant » et un « après » 13-Novembre, une rupture marquée dans l’esprit de la population française qui peut-être se serait sentie jusqu’à ce point relativement préservée en tant que telle des convulsions du monde, des soubresauts de l’Histoire ? Est-ce que vous pressentez, à la suite de ces attentats, une sorte de réveil, de sensibilisation nouvelle - durable ? - aux problématiques de sécurité, de renseignement, de défense ; une signification régénérée de la notion de « citoyenneté » ?

Je ne suis pas sûr qu’il y ait déjà un « après ». Il suffit de voir à quel point les pouvoirs publics masquent autant les causes profondes que les causes directes de ce qui nous arrive. Concernant le 13 novembre, j’ai suivi de près les travaux et conclusions de la commission d’enquête parlementaire, j’ai, je crois, lu à peu près tout ce qui a été publié de sérieux et ma conclusion est assez déprimante. Pour fuir certaines responsabilités, on a menti, par omission souvent, sciemment parfois. En ce premier anniversaire, je n’allumerai aucune bougie mais continuerait à poser des questions factuelles qui me taraudent. En voici quelques-unes auxquelles le ministre de l’Intérieur n’a toujours pas répondu. Pourquoi a-t-il attendu le 30 octobre 2015, neuf mois après les premiers attentats, pour annoncer son plan de modernisation des équipements de la police, plan qui n’est toujours pas mis en œuvre, ce que nous savons à travers les mouvements policiers actuels ? Pourquoi le Bataclan, qui était ciblé depuis 2009, n’a-t-il pas fait l’objet de mesures de protection particulières ? Pourquoi les dirigeants de la salle de spectacle n’ont-ils jamais reçu « l’avis à victime » prévu par la législation ? Qui a refusé l’intervention de la patrouille Sentinelle qui était devant le Bataclan pendant la fusillade (le ministère prétend qu’il n’a pas pu retrouver le responsable, ce qui est encore pire : il ne sait même pas qui donnait les ordres ce soir-là) ? Pourquoi les unités d’élite ne sont-elles intervenues que plus de deux heures après le début des faits ? etc, etc, etc.

Sur Nice, nous le savons tous, les questions sont encore plus graves. Il semble bien que les autorités de l’État aient, au départ, essayé de masquer des éléments essentiels. On avait baissé la garde… toujours l’insouciance. L’état d’urgence n’a été utilisé qu’avec parcimonie pour aller au fond des choses. Les territoires perdus sont bien loin d’avoir été reconquis. On ne nous parle que des « valeurs de la République », qui empêcheraient ceci ou cela. Parmi ces valeurs, n’y a-t-il pas le respect, y compris par la contrainte, du pacte social qui implique la protection des citoyens ?

« La fuite des responsabilités est quasi-générale... »

La fuite des responsabiltés est quasi-générale. Tiens : pourquoi, ne serait-ce que pour la forme, le ministre ou le préfet de police n’ont-ils pas présenté leur démission dans les jours qui ont suivi le 13 novembre ? Ça aurait eu « de la gueule », quitte pour le président de la République à leur demander de rester en fonction. C’est ce qui s’est passé en Belgique après les attentats de Bruxelles. Mais voilà, nos responsables ne le sont plus. On a décrété que M. Cazeneuve était l’homme de la situation, je ne le crois pas. Il passe son temps à finasser, à sauter d’une jambe sur l’autre, et ça n’est pas son air sérieux qui changera ma perception. Il n’a pas toujours dit la vérité et il en est une autre : il a été incapable de nous défendre. Quant au préfet de police de Paris, son incapacité, ses incohérences sont manifestes : 13 novembre, incapacité à faire respecter l’état d’urgence, interdiction d’une manifestation le matin et autorisation à midi, camps de migrants partout dans Paris (et pas qu’à Stalingrad), approbation béate des projets les plus absurdes de la mairie de Paris, dont la fermeture des voies sur berge, etc. Autrefois, le préfet de police de Paris était là pour maintenir l’ordre. Il était craint. On le regarde aujourd’hui avec un sourire triste. Je vous donne quelques exemples récents que j’ai constaté de visu de l’insouciance revenue. Récemment, le marais était rendu piéton pour un dimanche. Il y avait des milliers de personnes sur les voies. Au bout des rues, deux policiers municipaux et de frêles barrières Vauban. Ces policiers laissaient passer les taxis et beaucoup d’autres véhicules. Idem quelques heures plus tard à un vide-greniers de la Butte aux Cailles. Là, rues étroites et encore des milliers de personnes dans les rues. Aucun, je dis bien aucun, policier pour empêcher, par exemple, un camion fou de faire un carnage. Comme on nous le serine depuis des mois : Paris est une fête, il ne faut pas la perturber… Mais Paris n’est pas qu’une fête, c’est aussi une cible.

Quel regard et quel jugement portez-vous, globalement et dans le détail, sur les grandes orientations de politique étrangère de la France au cours des deux derniers quinquennats ? Est-ce que de vraies bonnes choses sont à noter ? Des imprudences de portée potentiellement historique ?

(...) Êtes-vous de ceux qui considèrent que la France serait encore trop « dans la roue » des Américains en politique étrangère, ce qui nous empêcherait de mieux dialoguer, comme il en irait peut-être de nos intérêts, avec par exemple des pays comme la Russie ? La question de l’appartenance de notre pays à l’Alliance atlantique devrait-elle être posée, d’après vous ? La France a-t-elle encore une voix originale, singulière à porter sur la scène des nations ?

Là, nous changeons de sujet… Il est frappant de voir que certains pensent que, parce qu’ils changent de politique un beau matin, l’état du monde et les forces profondes de la géopolitique changent en même temps. C’est à la fois présomptueux et dangereux. La politique gaullienne est morte avec Nicolas Sarkozy et l’intégration complète à l’Otan. Dès lors, la France n’a plus qu’une politique suiviste et sans originalité. Nous nous en rendrons compte bientôt.

« On n’arrivera jamais à rien avec la Russie

si on ne s’attache pas d’abord à la comprendre »

Vous parlez de la Russie, essayons de regarder ce dossier plus précisément. Prenons un exemple qui commence avec Napoléon, au hasard. On a coutume de dire qu’à Tilsit, Napoléon et Alexandre se sont « partagé le monde ». On en rajoute même avec l’histoire - jolie - du radeau sur le Niémen et des embrassades entre les deux empereurs. Même si l’on oublie qu’ils décidèrent très vite de poursuivre leurs discussions à terre tant le radeau était inconfortable, la légende du partage et de la séduction mutuelle ne tient pas. Elle tient d’autant moins que le traité de Tilsit était un accord uniquement justifié par les rapports de force entre un vainqueur (Napoléon) et un vaincu (Alexandre). J’ajoute qu’il ne pouvait pas durer pour une simple raison : il était par trop contraire aux réalités du monde et à la tradition séculaire de la diplomatie russe. Que recherchaient les tsars depuis Pierre le Grand ? Essentiellement deux choses : être pris au sérieux et considérés comme des Européens (d’où leurs appétits polonais et finlandais, leurs mariages allemands, etc.) et avoir accès aux mers chaudes (conquête de la Crimée par Catherine II, revendications sur Malte et Corfou de Paul 1er, nombreuses guerres avec l’Empire ottoman pour atteindre la Méditerranée, etc.) Quelle fut la réponse de Napoléon : la création du duché de Varsovie, la mainmise sur l’Allemagne avec la Confédération du Rhin, l’obligation pour Saint-Pétersbourg de rendre la Valachie et la Moldavie à l’Empire ottoman, soit tout le contraire des tropismes internationaux de la Russie. Qui plus est, l’obligation de déclarer la guerre à l’Angleterre (effective mais si peu active à partir de novembre 1807) ruina en un temps record le commerce extérieur du « nouvel allié » de l’Empire français. Qu’on ne s’étonne pas ensuite si Alexandre ne songea qu’à prendre sa revanche, non pour lui, mais parce que c’étaient la politique et l’intérêt de son pays, ce qu’il annonça de Tilsit-même à sa sœur Catherine. On connaît la suite et le résultat : au congrès de Vienne, on donna un gros morceau de Pologne à la Russie, on lui garantit de pouvoir commercer par les Détroits, Naples lui ouvrit ses ports et on accepta l’empire des tsars en tant que nation européenne en l’intégrant au « concert des puissances » qui allait gouverner le monde pendant un siècle. Suivez ces lignes de la politique extérieure russe pour la suite des décennies et, peut-être, vos réflexions sur un présent brûlant gagneront en profondeur. Pour dire les choses trivialement sur le présent : s’« ils » n’ont pas forcément raison (ils ont même probablement tort quelquefois), « ils » sont comme ça. Être européen, avoir accès aux mers chaudes - pourquoi pas avec un port au Moyen-Orient ? -, développer l’économie, montrer qu’on compte dans le concert des nations… Cela nous rappelle évidemment quelque chose d’immédiat.

En histoire, comparaison n’est pas raison, on ne le dira jamais assez. Mais en politique internationale, oublier l’histoire, c’est marcher sur une jambe en se privant de comprendre celui avec qui on discute (ou on ne discute pas).

Comme le dit un excellent spécialiste de politique étrangère de LCI, « ainsi va le monde » et il ne change pas si vite qu’on veut. Mon but n’est évidemment pas de « soutenir » Poutine, cela n’aurait à la fois aucun sens et aucune importance concrète. Je veux simplement souligner qu’avec Poutine ou sans lui, la politique extérieure de la Russie ne change pas comme on le croit sur un claquement de doigts. Notre seule possibilité de manœuvre est de contenir ce qu’il y a d’agressif dans la politique russe en ce moment. Sûrement pas de les forcer à abandonner ce qui fait le sens profond de leur position dans le monde.

Si on laisse de côté, ne serait-ce qu’un instant, le niveau déplorable du gros des discussions autour de l’élection présidentielle américaine à venir pour ne considérer que les orientations de politique étrangère affichées des deux candidats principaux, on remarque qu’il y a bien plus que d’habitude une véritable différence d’appréciation entre Hillary Clinton et Donald Trump : la première s’inscrit sur une ligne qui se veut volontiers interventionniste, le second paraît proche des isolationnistes. Est-ce qu’à votre avis, considérant l’état du monde et les intérêts de la France, l’une ou l’autre de ces alternatives est préférable ?

« Le monde paiera peut-être un jour, en mer

de Chine, le prix de la politique de retrait d’Obama »

Ce qui est frappant avec les grands politiciens américains, c’est qu’ils commencent toujours avec des avis péremptoires sur un monde qu’ils ne connaissent pas ou mal, avant de revenir au réalisme une fois élus. Encore que ça ne marche pas à tous les coups : voyez George W. Bush qui a vraiment tenté de faire ce qu’il avait promis, et avec le résultat que l’on connaît. Ce que l’histoire nous enseigne est ici de toute façon que la puissance prépondérante ne peut se désintéresser des affaires du monde, sauf à se faire prendre sa place ou, pire, à déclencher un cataclysme : voyez l’Angleterre à partir du début du XXe siècle ; elle laisse pourrir la crise des Balkans sous prétexte que ses « intérêts directs » ne sont pas menacés ; au bout du compte, l’Allemagne veut prendre sa place et l’explosion a lieu. Plus près de nous, c’est sans doute la plus grave erreur d’Obama qui a mis un mandat à se rendre compte que le retrait des États-Unis laissait toute grande la place à la Chine. L’Amérique (et le monde) en paieront peut-être le prix un jour en mer de Chine où il se passe des choses dont on ne parle pas en Europe, mais qui sont graves.

Ce n’est pas vous sans doute qui me direz le contraire : dans cette pré-campagne pour la présidentielle française de 2017, il est très peu question de retour d’expériences, de regards en arrière... en un mot d’Histoire. Est-ce que nos élites, nos hommes politiques ont perdu le « sens de l’Histoire » - et si oui est-ce que c’est manifestement néfaste au pays ? Question liée : on a pléthore de personnalités politiques qui vont prétendre à la charge suprême... mais a-t-on encore des hommes d’État, dans le lot ?

« Cessons de chercher à faire "parler les morts"

et écoutons plutôt ce qu’ils ont à nous dire »

Nos hommes politiques connaissent mal l’histoire. Il se contentent de faire « parler les morts » en en appelant à Jaurès, de Gaulle et quelques autres encore. Au lieu de cela, comme le dit si bien Michel de Jaeghere, ils feraient mieux d’écouter ce que les morts ont à leur dire. L’historien a sans doute sur ce point quelques conseils et éclairages à donner. À eux ensuite de bâtir un avenir sur ce passé qui parle. Mais c’est encore un autre sujet…

 

Thierry Lentz

 

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14 octobre 2016

Lauric Henneton : « Une victoire de Clinton pourrait déboucher sur une impasse institutionnelle »

Lauric Henneton, maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, est spécialiste de l’histoire et de la vie politique des États-Unis. Le 13 octobre, soit, trois semaines et demie avant l’élection présidentielle américaine, il a accepté de répondre à mes questions pour Paroles d’Actu. Je l’en remercie, ses réponses sont précises et éclairantes.

À lire ou relire également pour une bonne vision d’ensemble, toujours sur la présidentielle américaine, toujours sur Paroles d’Actu, mes interviews de Nicole Bacharan (janvier) et Thomas Snegaroff (août), et les textes qu’ont accepté de produire pour le blog André Rakoto et Nicole Vilboux (septembre). Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« Une victoire de Clinton

pourrait déboucher

sur une impasse institutionnelle »

Interview de Lauric Henneton

Débat Trump Clinton

Photo : REUTERS/Shannon Stapleton.

 

De par ses attitudes et son comportement, Donald Trump s’est mis à dos une large part des soutiens traditionnels, des politiques, de l’appareil même du Parti républicain - pour ne rien dire des médias. De nombreuses personnalités ayant eu des responsabilités gouvernementales de premier plan, et tous les anciens présidents encore en vie se sont prononcés plus ou moins ouvertement contre lui. Est-ce que ça n’est pas finalement une espèce de « voie idéale » pour lui, qui veut jouer à fond la carte de l’anti-« système », de l’anti-« business as usual » à Washington - discours qui rencontre un écho certain auprès de larges pans de la population ?

En fait il y a deux niveaux de réponse, donc oui et non à la fois. Oui, c’est le cas notamment pour son électorat des primaires, ceux qui ont choisi Trump contre les autres candidats républicains, notamment ceux du « système ». Donc de ce point de vue là, que les voix du « système » s’expriment contre Trump, cela ne fait que confirmer qu’il est bien le bon candidat, celui dont ils souhaitent qu’il fasse le ménage dans une vie politique qui ne les satisfait pas, ou plus, parce que ses praticiens ne s’occupent à leurs yeux que de leurs intérêts. C’est le vote du coup de pied dans la fourmilière, du grand ménage. Dans cette optique-là, Trump, par son profil de non professionnel, est le seul vraiment qualifié, puisqu’il n’est pas compromis à Washington. C’est un peu ce que Ted Cruz essayait d’incarner : certes il est sénateur, mais il est tellement en marge du « système » qu’on peut dire qu’il prend soin d’avoir un pied dedans un pied dehors. Un peu comme les députés souverainistes au Parlement européen : y être ne veut pas dire en être. Cet électorat, qui récuse la classe politique dans son ensemble, aurait vu d’un mauvais oeil un recentrage de leur candidat afin de séduire les électeurs plus centristes, ou la droite plus classique.

« Trump semble avoir perdu les suffrages

des indépendants. Pour de bon ? »

Mais dans l’optique de l’élection de novembre c’est bien cet électorat-là dont Trump va avoir besoin, en plus des indépendants et des indécis. Un sondage récent (PRRI/The Atlantic) a mis en évidence un important glissement chez les indépendants : encore récemment favorables à Trump, ils penchent désormais pour Clinton. La grande question est de savoir si ce revirement sera pérenne.

Du côté de l’électorat de la droite classique, Trump est insupportable : c’est en fait la masse des électeurs qui a voté pour les autres candidats aux primaires. Eux attendaient un recentrage, un Trump plus policé, plus sage, plus consensuel sur les thématiques chères aux républicains, afin d’unifier son camp avant d’aller disputer les indépendants à Clinton. Trump aurait pu bénéficier d’une base plus large que la base républicaine de ces dernières années, mais au prix d’un grand écart assez difficilement tenable sur la durée.

Question complémentaire, liée à la précédente : on sait que, grosso modo, lors des élections, un Américain sur deux ne se déplace pas pour voter. Que sait-on des profils de ces abstentionnistes, et peut-on anticiper, peut-être, un frémissement inhabituel sur ce front, en faveur de ou peut-être contre Donald Trump ?

Le taux de participation est plutôt de l’ordre de 60% à la présidentielle, mais il est strictement corrélé à l’âge, au niveau d’éducation et au niveau socioprofessionnelle, mais aussi à l’assiduité de la pratique religieuse. En d’autres termes, ceux qui votent le plus sont les plus de 50 ans en règle générale, les classes moyennes et supérieures, diplômées et aux revenus confortables, et ceux qui vont à l’église au moins une fois par semaine, donc une partie des évangéliques blancs et des catholiques pratiquants, blancs aussi. Ceux qui votent le moins sont les jeunes, les minorités ethniques (notamment les Hispaniques, les Noirs sont de meilleurs citoyens), ceux qui sont détachés des Eglises (y compris les Blancs), et globalement ceux qui sont peu éduqués (niveau bac ou moins) et les faibles revenus (y compris les Blancs encore). Quand on combine ces facteurs (jeune hispanique sorti de la religion, ou blanc pauvre) on atteint des taux d’abstention très élevés.

« Il y a, parmi la population abstentionniste,

des réserves de voix à "gauche" comme à "droite"...

mais elles seront bien difficiles à mobiliser »

La candidature de Trump a trouvé un écho rare chez la deuxième catégorie, les Blancs pauvres, les fragilisés, ceux qui ont été victimes de plans sociaux, ou qui craignent pour leur emploi industriel, ceux pour qui la mondialisation est une source d’inquiétude et pas une chance comme c’est le cas pour les classes supérieures. On retrouve en filigrane des échos de la France périphérique analysée par Christophe Guilluy mais transposée outre Atlantique. Chez ces gens-là, il peut y avoir un réflexe xénophobe que Trump a su exploiter mais c’est aussi une xénophobie liée au « système » : « l’État s’occupe des illégaux mexicains et pas de nous ». Ce sont aussi des gens qui, quand ils sont peu qualifiés, sont en concurrence directe avec la main d’oeuvre peu qualifiée immigrée, qu’ils accusent de tirer les salaires vers le bas (c’était déjà ce qui nourrissait le rejet virulent des Irlandais au XIXe siècle). Donc l’immigré comme « autre », la peur du grand remplacement (à mesure que la part des Blancs et des chrétiens décroît aux États-Unis, ce que les médias relaient copieusement) et la peur de la concurrence pour le travail. Ces gens, généralement, ne croient plus à la politique, et votent peu. Ils ont été séduits par Trump, mais aussi parfois par Sanders. Sanders, lui, a su s’attirer le vote des jeunes, qui votent peu. D’ailleurs l’autre groupe (jeunes, Hispaniques, sans religion) est clairement démocrate - quand il prend la peine de voter. Il y a donc des réservoirs de voix à gauche comme à droite mais qu’il faut aller chercher, ce qui est loin d’être évident. Et beaucoup de candidats ne savent pas comment s’y prendre.

Côté partis, cette fois : Trump candidat, et candidat comme il l’est, c’est un peu un cauchemar devenu réalité pour le Parti républicain. Les deux grands partis vont-ils vraisemblablement tirer des leçons de cette saison électorale 2016, et peut-être modifier les règles de leurs primaires ?

Justement, pour les républicains, l’enjeu est de garder l’électorat Trump sans le candidat Trump. Il faut garder à l’esprit que ce n’est pas Trump qui a façonné cet électorat, il l’a mobilisé, il l’a capté. Mais il est clair aussi que Trump n’est pas le mal mais le symptôme d’un mal qui ne disparaîtra pas si Trump n’est pas élu. Tout l’enjeu pour les républicains est d’arriver, à défaut de réussir à capter le vote hispanique ou le vote jeune, à capter ce vote de l’Amérique périphérique, si l’on veut. Avec un candidat traditionnel, ce sera impossible : l’establishment, ils n’en veulent pas. Cependant, un candidat classique (je pense notamment à John Kasich) peut rassembler largement son camp (moins les « Trumpistes ») et grignoter des voix au centre.

« Le Parti républicain, mis face à la pluralité de ses

composantes, est à la croisée de chemins »

C’est tout le dilemme du Parti républicain pour les scrutins à venir : assumer un virage « populiste »/protectionniste (contre le libre échange, contre l’immigration...) ou revenir à un sillon plus classique. Entre les deux, une droite socialement conservatrice, religieuse et fiscalement très libérale a également un public captif. C’est donc la pluralité des droites américaines qui est un casse tête pour le Parti républicain. Changer les règles de la primaire peut-être une solution, mais tout dépend comment : sur quels critères objectifs pouvait-on exclure la candidature de Trump ? Et n’est ce pas alors le risque d’en faire un candidat indépendant avec les risques de divisions que cela engendre ? 

Quelle est votre intime conviction : Donald Trump a-t-il encore des chances de l’emporter ?

Je n’ai pas d’intime conviction, ce n’est pas mon rôle. Je ne peux qu’envisager des scénarios. Le premier est celui de la rationalité, dont on sait qu’elle a été plutôt contrariée ces derniers mois. Là, Clinton l’emporte notamment dans les États-clés, elle arrive à mobiliser les minorités (Hispaniques, musulmans) et les jeunes, et elle capte les indépendants, horrifiés par les dernières révélations sur Trump et les femmes.

Autre scénario : les défections ne sont que temporaires (on a vu ça entre août et septembre : l’écart s’est creusé puis resserré alors qu’on pensait que cette fois c’était « plié ») et l’écart se resserre. Les jeunes ne sont pas convaincus par Clinton, les minorités n’aiment pas Trump mais finissent par ne pas aller voter (comme c’est souvent le cas), et elle perd quelques États-clés pour quelques milliers de voix. À ce moment-là, même si elle l’emporte, ce sera grâce à un ou deux États, probablement de l’Ouest, mais peut-être de la Rust Belt (Pennsylvanie, Ohio) ou du nord du Sud (Caroline du Nord, Virginie). Dans ce cas, dans le scénario d’un résultat favorable à Clinton mais assez serré, je suis persuadé que Trump contestera les résultats et demandera un recount. On le sait procédurier et assez complotiste, donc ça ne serait pas du tout surprenant. Dans ce cas, les résultats définitifs pourraient être retardés de plusieurs jours voire plusieurs semaines.

« Si Clinton l’emporte sans éclat, je prédis

une "revanche" conservatrice forte lors des midterms

de 2018... ce qui pourrait aboutir à

une impasse institutionnelle complète »

On pourrait aussi avoir des gens qui estiment qu’on leur a volé l’élection. Ce qui nous amène à un troisième scénario : en réalité, ce qui se joue c’est la période 2016-2018 : si Clinton l’emporte, quel Congrès aura-t-elle ? Quelles seront ses marges de manoeuvre ? Que pourra-t-elle faire jusqu’aux élections de mi-mandat de 2018 où je prédis une « revanche » conservatrice très forte, comme c’était déjà le cas en 1994 (deux ans après la victoire de son mari) et en 2010 (deux ans après la victoire symboliquement si importante d’Obama). Pour moi, le véritable enjeu en 2016, c’est le Sénat, et ensuite c’est le rapport de forces en 2018. Une victoire de Clinton serait un soulagement pour beaucoup d’observateurs, mais cela pourrait également être une impasse institutionnelle complète.

 

Lauric Henneton

Photo : Philippe Matsas © Flammarion.

 

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7 octobre 2016

François Delpla : « Remettons Hitler à sa place : celle du chef »

François Delpla, historien spécialisé depuis plus d’un quart de siècle dans l’étude de la Seconde Guerre mondiale et du nazisme - il a répondu une première fois à mes questions en mai dernier -, a entrepris il y a deux ans un chantier massif : offrir une traduction entièrement nouvelle à une masse de propos « intimes et politiques » qu’a tenus Adolf Hitler au sein de son quartier général, entre 1941 et 1944, et commenter ceux-ci par de riches éléments de contextualisation. L’ouvrage en deux tomes a été édité chez Nouveau Monde ; il est d’un intérêt considérable pour qui s’intéresse à et souhaiterait étudier plus avant la période, le personnage du Führer en particulier - sans doute cette lecture vaut-elle bien celle de Mein Kampf, ne serait-ce que parce qu’on a ici confrontation de la théorie à l’épreuve de la Guerre et de l’exercice du pouvoir.

Après avoir lu - et été passionné par - les deux tomes de ces Propos intimes et politiques, j’ai souhaité soumettre à M. Delpla une liste rédigée de vingt-trois thématiques que j’ai extraites et sélectionnées de ces lectures et lui ai demandé d’opérer, pour chacune, un exercice de synthétisation et de mise en perspective autour d’une question : « Hitler : ce qu’il pensait ». Cinq questions touchant plus directement à sa démarche d’historien étaient appelées à compléter l’article. Ce qu’il vient de me rendre, et qui est reproduit ici, constitue je crois une lecture passionnante et formidablement riche dont j’espère de tout coeur qu’elle vous incitera, amis lecteurs, à vous emparer de ses Propos... parce qu’il(s) le mérite(nt) bien. Merci encore, M. Delpla, pour ce travail considérable que vous avez accepté de fournir pour Paroles d’Actu... et pour votre touchante fidélité. Par Nicolas Roche.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« Remettons Hitler à sa place :

celle du chef »

Interview de François Delpla

Q. : 19/09 ; R. : 07/10.

Propos Propos 2

Propos intimes et politiques, tomes 1 et 2 (Nouveau Monde éditions, 2016)

 

P. I - Hitler: ce qu’il pensait de...

 

La République de Weimar, sa gestion de l’après-guerre

« Elle a trahi à Versailles... mais a eu quelque utilité. »

C’est peut-être le point sur lequel son discours a le plus évolué, par rapport à la « période de lutte », sous cette république précisément. C’était alors un régime criminel, coupable d’avoir accepté la défaite et de gérer les suites de cette capitulation. Cette analyse subsiste, par exemple lorsque Hitler, le 5 avril 1942, accuse de manière injuste et contradictoire les gouvernements de n’avoir pas plus triché dans l’application des clauses de désarmement du traité de Versailles : il faudrait savoir si l’ennemi était implacable, ou facile à rouler !

Mais à ces accusations classiques vient s’ajouter une strate de tonalité bien différente. Les deux partis principaux de l’époque étaient le Zentrum catholique et la social-démocratie. Le blâme a tendance à se concentrer sur le premier et les dirigeants socialistes sont de plus en plus ménagés, à l’exception de Kautsky, de Hilferding et de quelques autres qui, comme eux, étaient d’origine juive. Le principal mérite de ces dirigeants est d’avoir liquidé les vieilles élites aristocratiques.

Chez les communistes même, une distinction se fait jour. Sont épargnés non seulement les militants, qui avaient bien raison de se révolter contre l’exploitation, mais Ernst Torgler, pourtant le présumé commanditaire de l’incendie du Reichstag, qui, il est vrai, a eu l’occasion de racheter ses fautes pendant la guerre en intoxiquant les soldats français (ou en cherchant à le faire) par les éditoriaux anticapitalistes d’une fausse Radio-Humanité (entrée du 2 août 1941). D’ailleurs, au moment même de cette interview, une idée me vient, qui n’est pas dans les commentaires du livre. L’absolution de Torgler pourrait avoir pour fonction, non seulement de vanter l’action de Hitler qui, par sa politique sociale et son exaltation de la patrie, a remis dans le droit chemin national nombre d’adeptes de la lutte des classes, mais de laver la grande œuvre du régime, la victoire sur la France, de toute compromission malsaine.

 

Le « Vieux Monsieur » (Hindenburg)

« Un peu dur à la détente, mais bien intentionné. »

Hitler ménage son prédécesseur. Il le présente comme un peu dur à la détente mais bien intentionné, et soucieux, dans les rapports avec l’étranger, de couvrir toujours son chancelier. Voilà qui permet d’inscrire le Troisième Reich dans les « meilleures » traditions de l’histoire allemande. Par cette personnalité qui avait choisi Hitler pour la chancellerie, le Troisième Reich est relié au Second et même davantage puisque Hindenburg avait combattu à Sadowa en 1866 puis en France en 1870, avant la proclamation de l’Empire dans la Galerie des glaces, le 18 janvier 1871… en présence du futur maréchal, distingué dans les combats comme jeune officier.

 

Mussolini et le modèle italien

« Il a ouvert et montré la voie. Ensuite... »

Mussolini est plus un précurseur qu’un modèle. Hitler en parle toujours en bonne part, mais vante surtout son action d’avant la prise du pouvoir. C’est quelqu’un qui a ouvert et montré la voie. Son manque de sensibilité à la « question juive » doit le faire bouillir intérieurement mais il n’en laisse rien paraître ici. En un leitmotiv obsessionnel, Hitler répète qu’il est entravé dans son action par les libertés qu’il a laissées à la Cour et à l’Église. Ce discours a de nombreuses vertus : permettre de critiquer l’Italie en épargnant le précurseur du nazisme, montrer comme Hitler a eu raison, lui, de tenir la bride courte aux aristocrates, aux évêques et à toutes les vieilles élites, excuser la confiance qu’il a faite à un pays militairement et politiquement peu sûr, justifier l’acharnement avec lequel les Allemands, devenus les maîtres en Italie, vont mettre les bouchées doubles dans la traque des Juifs et traiter durement les Italiens travaillant en Allemagne, même volontaires…

On peut même trouver ici un indice pour progresser dans la solution d’une énigme, celle des « Marais pontins » et de la guerre biologique que les Allemands sont suspects d’y avoir menée pour retarder les Alliés, en 1944. Une réalisation phare du régime fasciste pourrait avoir été sabotée et piégée par les nazis en représailles de l’infidélité du peuple à un dictateur qu’il ne méritait pas. [Article à lire]

 

La France

« De bon sang, mais à manier prudemment »

Elle fait l’objet d’une grande méfiance : ainsi la duplicité de l’amiral Darlan est dénoncée le 5 avril 1942, ce qui ouvre la voie à son remplacement par Laval, deux semaines plus tard. Mais cette méfiance est tempérée par une certaine estime raciale. Hitler s’affirme résolument européen, étant entendu que le continent sera dominé de la tête et des épaules par le Reich allemand. Il se réjouit par exemple, le 26 octobre 1941, à l’idée que la population européenne compte 400 millions d’habitants, soit beaucoup plus que les États-Unis, un chiffre qui inclut nécessairement la France. Une autre fois, le 8 août 1942, il vante la France d’avoir « une base saine » grâce à la forte composante rurale de sa population. Cependant, le 5 avril 1942, il reprend Himmler qui proposait de dépouiller la France de ses élites en triant ses enfants pour enlever les meilleurs et les donner à des familles allemandes - un traitement analogue à celui qui est en cours d’application dans les territoires de l’Est ; tout au plus, corrige Hitler, procédera-t-on ainsi pour les élites françaises.

Quant au territoire du grand voisin, si l’Alsace-Lorraine lui est arrachée et devra être énergiquement germanisée c’est pour solde de tout compte, mis à part des points d’appui mal précisés sur la côte atlantique. Après avoir manifesté de l’appétit pour la Bourgogne (le 25 avril 1942), Hitler, sans doute assagi par l’enlisement de ses offensives en URSS, déclare le 29 août qu’il « ne veut même aucun Français », pas même ceux qui sont près de la frontière : certes ils sont de bon sang mais ils résisteraient « pendant deux siècles », et l’Allemagne a mieux à faire.

 

Le maréchal Pétain, militaire et chef d’État

« Un vieux chanteur qui autrefois

avait de l’or dans la gorge »

Hitler parle surtout de lui le 13 mai 1942. Il lui manifeste un grand respect, le loue par deux fois (outre le 13 mai, le 6 février 1942) d’avoir été opposé en septembre 1939 à la déclaration de guerre et se souvient d’un geste qui avait fait couler beaucoup d’encre : sa poignée de main à l’ambassadeur allemand à Burgos, le 27 septembre ; d’ailleurs il la généralise, en prétendant qu’il « a toujours salué notre ambassadeur ostensiblement ». Sur son passé militaire, il se contente de le comparer à un vieux chanteur qui « autrefois avait de l’or dans la gorge ». Comme chef d’État, il déplore que l’âge le rende trop circonspect pour prendre la décision qui s’imposerait, celle d’un engagement de la France dans la guerre aux côtés de l’Axe. Une façon de s’excuser lui-même de ne pas pousser dans ce sens car il sait bien qu’à ce stade de la guerre aucun dirigeant vichyste ne pourrait obtenir, pour un tel virage, un soutien populaire suffisant.

 

L’Angleterre et son empire

« Un professeur de domination "aryenne" »

Il est fort souvent question de ce pays et de son empire colonial. L’Anglais reste envers et contre tout un professeur de domination « aryenne », sur des peuples présumés inférieurs à cette noble race. La façon dont 400 millions d’Indiens sont dominés par 250 000 Britanniques est souvent citée en modèle. Les Anglais appesantissent sans honte et sans scrupule un joug qui sait se faire doux ou brutal selon les circonstances, et leur arrogance, dont Hitler leur fait un mérite, s’enracine dans la classe aristocratique, impitoyable envers les manants des campagnes britanniques. En même temps, ce peuple est trop calculateur pour s’adonner à la musique, à la poésie ou à la philosophie, domaines où la race aryenne n’excelle que par sa composante allemande !

Le jusqu’auboutisme antinazi de Londres est attribué au seul Churchill, en raison de son alcoolisme et de sa vénalité : il s’est vendu depuis longtemps aux Américains et aux Juifs. Ses soutiens anglais ont toujours été clairsemés et sont en voie de disparition : ainsi il est, le 2 février 1942, promis à un effondrement aussi soudain que celui de Robespierre. Cet espoir repose sur la récente entrée en guerre du Japon, qui sape méthodiquement les bases anglaises d’Extrême-Orient. Hitler est bien un peu gêné d’utiliser un peuple de couleur comme bélier contre son adversaire honni, et s’en justifie laborieusement : le Japon est l’un des rares pays où le Juif n’ait pas pénétré, sa religion qui honore les héros morts au combat est des plus sympathiques, et après tout, quand le sort de la nation est en jeu, on a le droit de s’allier avec le diable (17 mai 1942) !

Il n’empêche que l’Angleterre, une fois guérie de ses errements par les dures leçons de la vie, et désireuse de sauver du naufrage, au moins, sa domination sur l’Inde, peut revenir au bercail tel un enfant prodigue. Le prophète de l’aryanisme ne lui fera aucun reproche et ne lui demandera par exemple aucune réparation de guerre (11 août 1942). Voilà qui suffit à démontrer que l’alliance japonaise est un pis-aller et que Hitler ne démord pas de son rêve d’un couple germano-britannique dictant sa loi au monde. Cela rétablirait une saine hiérarchie des races, pour mille ans au moins, en faisant des deux millénaires d’égalitarisme juif et chrétien une parenthèse à jamais refermée.

 

Napoléon, ou la lutte pour le continent, contre la mer...

« N’aurait pas dû céder à la tentation dynastique »

L’image de l’empereur français est très positive, en raison à la fois de son génie militaire, de sa politique hostile aux vieilles hiérarchies et sans doute aussi, comme vous le suggérez, de son ambition d’unir l’Europe contre tout danger venu de la mer. Une assez longue tirade, le 31 mars 1942, lui administre deux reproches. Par un attachement stupide à sa famille, il s’est compliqué infiniment la tâche en installant des parents incapables sur les trônes d’Europe ; surtout, il a manqué de logique et de sens politique en troquant le titre de Premier consul pour celui d’empereur, qui le ravalait au rang des vieilles monarchies qu’il avait mises au pas.

 

Frédéric II, Bismarck et autres référents historiques

« Le plus surprenant :

une réhabilitation de Metternich »

Hitler montre une grande admiration pour Frédéric II de Prusse, dont il avoue d’ailleurs lire pour la première fois certains textes - ce qui trahit probablement un souci d’imitation motivé par la crainte de se retrouver dans une situation aussi périlleuse que celle du Vieux Fritz en 1759, après la défaite de Kunersdorf qui ouvrait aux Russes la route de Berlin. Hitler trouve en lui un modèle de ténacité, en même temps qu’il l’admire pour sa politique intérieure, dure aux Juifs et aux arrivistes tout en tenant les Églises en respect. Il le critique tout de même lorsqu’il déclare qu’il est mort à temps, car les réformes anti-aristocratiques des décennies suivantes, que Hitler approuve, l’auraient mis en rage (26 février 1942).

Bismarck est encensé pour sa politique d’unification, dont Hitler se veut le continuateur dans un cadre beaucoup plus large, pour ses réformes sociales qui renforçaient la cohésion nationale en coupant l’herbe sous le pied des socialistes, et pour l’habileté de sa diplomatie. Il accable Guillaume II pour ne l’avoir pas utilisé comme conseiller jusqu’à son dernier souffle, et pour avoir failli dans tous ces domaines. En outre, alors qu’il reconnaît à certains monarques ou à certains aristocrates une fierté et un savoir-vivre de bon aloi, il n’a que mépris pour les rustres manières du dernier empereur.

Le plus surprenant est une réhabilitation de Metternich, le chancelier inamovible de l’empire d’Autriche depuis l’époque napoléonienne jusqu’à la révolution de 1848. Elle survient le 14 juin 1943, en une période où les propos ne sont plus notés que très irrégulièrement. Hitler dit que Metternich a été vaincu mais qu’il a fait de son mieux, dans des temps qui n’étaient pas mûrs car la voie empruntée par Bismarck vers l’unité allemande n’était pas ouverte ; du reste, ajoute-t-il, Bismarck aussi aurait pu être vaincu, et sa mémoire maudite. Je fais l’hypothèse qu’il y a là un plaidoyer pro domo, de la part d’un dirigeant qui s’apprête à jouer son va-tout dans la bataille de Koursk.

 

Têtes couronnées, aristocrates et bourgeois

« Mépris pour les rois,

méfiance envers la bourgeoisie »

Une kyrielle de rois défilent dans les Propos et peu trouvent grâce aux yeux de Hitler. C’est encore la dynastie bulgare qui s’en tire le mieux, Ferdinand, le roi de la guerre précédente, étant considéré comme parfait (il vit alors en Allemagne, et rencontre Hitler à Bayreuth) et son fils Boris étant regardé avec bienveillance même s’il ne satisfait pas tous les désirs du Reich (et peut-être en partie à cause de cela). C’est dans l’ensemble une impression de paresse, de parasitisme et de dégénérescence qui se dégage de cette galerie de portraits, le plus piquant étant que Michel de Roumanie, qui d’après Hitler n’a jamais appris correctement son métier de chef d’État - il vit toujours en 2016 -, est revenu à Bucarest et vient d’écarter son petit-fils de la succession au trône, toujours revendiqué, sans donner de motif mais on dit que c’est à cause de son dilettantisme.

Les aristocrates en général sont critiqués, mais point jetés pour autant. Il ne faut pas qu’ils dirigent, mais s’ils se laissent diriger on serait sot de se priver de leurs services. Ainsi Hitler n’a pas un mot contre les Junkers prussiens qui peuplent la haute hiérarchie de la Wehrmacht et, quand il la critique, c’est toujours en bloc, nobles et roturiers confondus. À peine peut-on soupçonner une critique indirecte quand il exalte deux généraux d’origine relativement modeste, Rommel et Dietl.

Sur la bourgeoisie, il est plutôt discret, n’exaltant guère les patrons qui participent de bon cœur à ses entreprises. C’est tout juste si on relève un mot aimable pour Ferdinand Porsche, le 22 février 1942. On trouve bien le nom de Krupp le 20 mai suivant, mais pour désigner les usines et vanter leurs ouvriers. Essentiel est le propos du 26 juillet 1942, où Hitler donne consigne à Bormann de trancher tous les liens qui pourraient exister entre les cadres nazis, notamment les Gauleiters, et les sociétés par actions ; il conte ensuite l’histoire d’un charlatan qui se prétendait inventeur et ridiculise le grand patron métallurgiste Mannesmann, qui s’était laissé prendre. L’épisode est à rapprocher des consignes relatives aux mesures draconiennes à prendre en cas de crise intérieure. Plus les difficultés militaires s’accumulent, plus Hitler se méfie de la bourgeoisie et prend soin de lui enlever tout levier politique.

 

L’Autriche et la Prusse, les Habsbourg et les Hohenzollern

« Les Allemands d’Autriche, de vrais Anglais »

Aux considérations précédentes il convient d’ajouter, en date du 29 août 1942, un éloge de la monarchie autrichienne propre à surprendre les lecteurs de Mein Kampf. Hitler ne revient certes pas sur sa condamnation de la politique des Habsbourg avant 1914, il la réaffirme même, en disant que le suffrage universel a tout gâché ; mais c’est pour affirmer qu’auparavant les Allemands d’Autriche s’étaient conduits comme de véritables Anglais, en se montrant capables d’imposer la dictature d’une minorité de race supérieure à des Slaves et à des Magyars. Il ne prône cependant pas un succédané d’Autriche-Hongrie pour faire revenir sous une autorité allemande les Croates ou les Ruthènes, mais entend donner ce précédent en modèle à la jeunesse allemande, qu’il s’agit à présent de faire camper aux extrémités de l’empire.

 

Vienne et Linz, villes-repères devenues villes du Reich

« Linz doit devenir la nouvelle perle du Danube »

Vienne fait l’objet de sentiments mêlés. Hitler veut, en Autriche, favoriser essentiellement Linz, sa ville d’enfance, qui doit devenir la perle du Danube en éclipsant, notamment, Budapest. Il revient à plusieurs reprises sur les monuments et les équipements qu’il y fera construire. Vienne devra être seulement nettoyée, elle est censée avoir, comme monuments, ce qu’il lui faut. Elle restera cependant un centre culturel important. Berlin non plus ne sera pas favorisée, sinon en tant que capitale politique, rebaptisée Germania. Le propos du 8 juin 1942 voit apparaître pour la première fois, jusqu’à plus ample informé, le projet de ce changement de nom.

 

Les peuples et espaces russe et slaves

« Des "sous-hommes"

à forte croissance démographique »

Les Slaves, russes ou non, sont catalogués avec insistance comme des sous-hommes auxquels, dans toutes les régions sous influence allemande, il ne faudra surtout pas donner une éducation autre que primaire. Pour dissiper le cauchemar de leur croissance démographique plus forte que celle des Aryens, il faudra les priver de médicaments et d’éducation sanitaire, sinon en matière de contraception, et on leur volera les enfants d’apparence aryenne, présumés descendre d’une souche germanique, pour les élever dans le Reich. On pourra aussi jouer un peu sur les délimitations ethniques. On apprend ainsi le 12 mai que les Tchèques, que Hitler a l’intention d’intégrer dans le Reich tout en les surveillant de près, ne seraient pas slaves mais « mongoloïdes » et que les Croates, en raison d’une « empreinte dinarique totale », sont germanisables même si pour des raisons politiques on n’en fait pas des Allemands. Il existe aussi, aux confins de la Prusse et de la Saxe, une vieille région allemande, la Lusace, dont la population est proche des Tchèques par la langue ; d’après Hitler, qui en parle le 6 août 1942, ces « Serbo-wendes » n’ont rien à voir non plus avec les Slaves.

 

Géostratégie et autosuffisance économique

« Le Reich n’importera plus rien... sauf le café »

Le projet nazi qui prend forme ici consiste à faire de l’Europe une entité autosuffisante, qui n’aura rien à importer sauf le café, puisque l’hévéa lui-même est censé pouvoir s’acclimater en Crimée, pour couvrir les besoins continentaux de caoutchouc naturel. Le pétrole viendra du Caucase et les richesses multiples de l’Ukraine afflueront vers le Reich par le train, l’autoroute et la voie d’eau. Cette entité ne craindra personne sur le plan militaire, puisque la Grande-Bretagne, enfin assagie, fera bonne garde sur les mers et l’armée allemande sur la frontière asiatique, où l’on pourra compter aussi sur des paysans-soldats. Une ceinture de pays-sentinelles complètera le dispositif, déchargeant l’Allemagne d’une partie des soucis de défense : outre la Grande-Bretagne, elle comprendra la Finlande, la Turquie, la Croatie et l’Italie.

 

Limites et organisation du « Grand Reich »

« Un maître-mot : décentralisation »

L’annexion à l’Allemagne des pays scandinaves, hormis la Finlande, se précise de plus en plus. Celles des Flandres et du pays tchèque également. Le sort de la Wallonie et de la Suisse est moins clair. Vers l’est, la frontière envisagée varie au gré des fluctuations militaires, et du même coup la survie et les limites d’un État russe, ainsi que son éventuelle division, restent dans le vague. Les espoirs de paix jouent aussi leur rôle : ils sont à leur zénith dans l’automne 1941, après la conquête de l’Ukraine occidentale, et on voit brièvement apparaître l’idée qu’on pourrait laisser survivre le régime stalinien lui-même, en Sibérie et sur un portion restreinte de son territoire européen antérieur. Ces considérations disparaissent en 1942 car jusqu’à la brusque interruption des notes le 7 septembre il n’est question que de vaincre et non de traiter, tandis que l’espoir d’en finir avant l’hiver s’amenuise.

Quant à l’organisation de ce Reich élargi, le maître-mot en est : « décentralisation ». Les Gauleiters et leur connaissance du terrain sont exaltés, les bureaucraties berlinoises raillées, mais il ne faudrait pas s’y méprendre : si une certaine diversité culturelle est tolérée voire souhaitée, c’est pour mieux assurer l’uniformité politique, garantie par tout ce qui est centralisé en matière d’idéologie, de presse et de formation des cadres. La justice, également, sera guidée nationalement et on suit à la trace le processus qui conduit à la réorganisation du ministère sous la direction d’Otto Thierack. Après avoir égrené des avis sur différents verdicts pendant des mois, Hitler ramasse le tout en un long sermon en présence du nouveau ministre et de son adjoint, dont il vient de signer les nominations, le 20 août.

 

La « Question juive » : points de bascule

« Hitler met l’accent

sur le malheur passé d’Allemands

pour justifier la vengeance en cours »

On peut suivre pas à pas la décision du judéocide au cours de l’automne 1941, par des tirades de plus en plus haineuses et cruelles qui culminent fin octobre - la décision de tuer tous les Juifs qu’on peut atteindre étant probablement signifiée à Himmler par Hitler le 9 novembre. La conférence de Wannsee, le 20 janvier, où la planification se met en place, est saluée par de nouvelles bordées d’insultes antisémites appelant à des mesures radicales, les jours suivants. Ces deux pics ne se renouvelleront pas, ni en mars lorsque commencent les gazages massifs, ni en juin lorsque, après le meurtre de Heydrich à Prague, Himmler donne l’ordre d’accélérer le processus. L’antisémitisme se fait plus diffus et il faut un œil exercé pour entrevoir la conséquence assassine des raisonnements, ainsi le 29 mars lorsque la Hanse est censée avoir représenté un âge d’or des fabrications et du commerce allemands que les Juifs seraient venus gâcher : il faudra remédier à ce désastre… mais la tirade s’achève sur l’affirmation que « la destruction de la Juiverie » est un préalable indispensable. Hitler revient aussi à plusieurs reprises sur le malheur des Allemands contraints, au cours des siècles passés, à l’émigration ; il exagère grandement leur mortalité, notamment pendant le transport, ce qui sonne, aux oreilles initiées, comme une justification de la vengeance en cours.

 

Du rôle de l’État dans le façonnement de la culture

« Pour une décentralisation coordonnée »

La décentralisation culturelle est vantée par le Führer, et les villes grandes ou moyennes encouragées à développer orchestres, théâtres et musées, mais là encore le centre n’abdique pas tous ses pouvoirs, comme en témoignent à Munich la Maison de l’art allemand, ou le projet hitlérien de réduire à deux ou trois le nombre des académies de peinture.

 

Franco, l’Espagne et l’Église catholique

« Il est craint - à tort - un basculement

de l’Espagne dans le camp allié »

Il est très peu question de l’Espagne et de Franco avant juin 1942 et beaucoup, en revanche, à partir de cette date. Cela reflète les inquiétudes de Hitler quant au devenir d’un pays dont la neutralité officielle penchait ouvertement en faveur de l’Axe, mais dont l’évolution de la guerre et la perspective d’une arrivée en force des États-Unis sur le théâtre euro-africain rendent la fidélité incertaine. La bête noire de Hitler est Ramon Serrano Súñer, le ministre des Affaires étrangères, suspecté d’être l’homme de l’Église catholique dans le gouvernement et de préparer un retournement pro-occidental. D’où des propos sévères à l’égard de Franco, qui serait incapable de tenir son monde et son cap. Hitler fait preuve sur ce dossier d’une ignorance étonnante, notamment en ne comprenant pas que l’influence de Serrano est en baisse ; il est d’ailleurs remplacé le 3 septembre 1942 et quitte à jamais la vie politique.

 

Les Églises, le religieux et la spiritualité

« D’après Hitler, son mouvement est « spirituel » ;

il réprouve l’athéisme »

Hitler prétend que son mouvement est « spirituel » et il réprouve l’athéisme. Il emploie souvent des termes qui évoquent un dieu personnel, comme Providence ou Créateur. Il existe donc un au-delà qui intervient dans les affaires humaines, notamment les siennes, en soutenant ses entreprises ou en le laissant commettre des erreurs qui se révèlent salutaires. Mais cet au-delà est inconnaissable, et la bonne attitude, en matière de religion, consiste à rester fidèle aux lois de la nature - celles, surtout, qui établissent l’inégalité des individus et des races.

 

La place des femmes dans le grand dessein national

« Hitler n’est pas pour les enfermer

entre les murs du foyer »

Hitler parle souvent de la mère allemande et exalte son rôle. Celui-ci ne se déroule pas nécessairement dans un cadre familial  : il y a forcément un grand nombre de naissances hors mariage lorsque, pour sa plus grande satisfaction, une unité SS « rafraîchit le sang » dans une région, une situation qu’il évoque le 23 avril et le 12 mai. Cependant les femmes jouent aussi, sans qu’il ait l’air de le regretter, un rôle croissant dans l’économie et il conçoit qu’alors elles fréquentent les cafés toutes seules (entrée du 23 juin 1942). Et s’il déteste les voir se lancer dans des discussions politiques, il tient à ce qu’elles ne soient pas dépolitisées. Il regarde même les membres du Service du travail féminin comme d’utiles vecteurs de la modernité lorsqu’elles vont l’été aider aux travaux des champs et semer le désordre dans les constructions matrimoniales des paysans (21 août 1942) ! Il ne dédaigne pas non plus les coutumes rurales du mariage à l’essai. Si, en raison de leur vocation maternelle, les femmes lui semblent plus faites que les hommes pour les tâches répétitives comme la dactylographie ou l’enseignement primaire, et s’il trouve normal qu’elles se laissent, à 18 ou 20 ans, façonner par un mari « comme de la cire » (entrée du 25 janvier 1942), il ne prône donc pas leur enfermement entre les murs du foyer et exalte même, à titre exceptionnel il est vrai, certaines créatrices comme Leni Riefenstahl ou la peintre Angelica Kaufmann.

 

De certains partenariats... ou le racialisme à géométrie variable

« Un objectif majeur : faire céder l’Angleterre »

Cette question renvoie à ce qu’on disait plus haut sur l’Angleterre, provisoirement traîtresse à la race aryenne. L’Allemagne est obligée de compenser cette défection par un rapprochement croissant avec le Japon d’une part, et le monde musulman de l’autre. D’un côté, un peuple de gens plutôt petits et noirs de poil, aux antipodes de la grandeur et de la blondeur, sans même parler de la couleur de peau qui évoque encore moins les Vikings, de l’autre, carrément, des Sémites, dont les traits se distinguent souvent malaisément de ceux de certains Juifs.

Outre la soif d’alliances, ces rapprochements satisfont le besoin de menacer l’Angleterre, en espérant la faire céder. Par exemple, lorsque retombent les espoirs de paix du côté soviétique avec l’arrêt de l’offensive devant Moscou et le début de la contre-attaque de Joukov, la Providence semble faire un signe de sens contraire avec l’attaque japonaise de Pearl Harbor. Les États-Unis sont encore loin, en effet, de pouvoir menacer l’Europe allemande, tandis que le Japon peut faire très vite très mal à une Grande-Bretagne qui avait dégarni ses défenses du Pacifique pour se concentrer sur l’Allemagne, et au Premier ministre qui avait promu cette aventureuse politique.

Le mois de janvier voit Hitler exprimer de nouveaux espoirs de paix avec Londres et lorsqu’à la fin du mois Churchill revient des États-Unis en ayant consolidé son alliance avec eux, les insultes contre lui ne connaissent plus de frein. Hitler reporte alors ses espoirs sur la chute de Singapour, après laquelle il espère que la menace qui pèse désormais sur l’Inde entraînera enfin, dans la couche dirigeante britannique, le revirement attendu.

Quant aux Arabes, il se hâte lentement de soutenir leurs revendications anti-anglaises, en compromettant les chances de Rommel de prendre l’Egypte par son refus d’attaquer Malte, pivot essentiel des attaques anglaises contre les navires ravitaillant l’Afrika Korps.

 

Le sens donné à son action à la tête de l’Allemagne : considérations messianiques, eschatologiques...

« Hitler se présente comme un Christ...

ou un Antéchrist »

Il n’y a pas, dans la religion nazie, d’eschatologie mais bien plutôt une conception cyclique de l’Histoire : le Reich lui-même est censé durer mille ans et ensuite, advienne que pourra ; même si cela ne figure pas dans les Propos (sans doute parce que l’heure est à se battre dos au mur, en soutenant le moral des troupes, et non à imaginer la fin), on peut ici rappeler le témoignage d’Albert Speer : “Le dessein d’Hitler était de créer des effets temporels et des témoins durables. Il avait coutume de dire que si, dans quelques siècles, son empire s’écroulait, les ruines de nos constructions témoigneraient encore de la force et de la grandeur de notre foi.

Le messianisme, en revanche, est présent d’un bout à l’autre dans le discours hitlérien. Il se présente comme un Christ ou si l’on préfère un Antéchrist, envoyé par la Providence pour sauver une humanité qui courait à l’abîme, tout en dirigeant un pays précis au mieux de ses intérêts égoïstes. Sa phrase la plus claire à cet égard est prononcée le 14 octobre 1941 : « Je ne peux pas dire qu’en ces années de guerre l’idée que je ne suis pas indispensable se soit fortifiée en moi. »

 

Atouts... puis insuffisances de la « race allemande » confrontée à la défaite

« Il faut un recours large à la peine de mort

pour anticiper les conséquences des difficultés

rencontrées sur le front »

Hitler exalte souvent des gens du peuple et notamment des ouvriers, parfois en trichant comme lorsque le 10 mai 1942 il dit avoir admiré, lors du lancement d’un navire, les travailleurs allemands par opposition aux travailleurs étrangers forcés (vraisemblablement surexploités, moins bien alimentés et soignés, etc.). Curieusement il est moins emballé par les paysans, censés, chez bien des auteurs nazis, incarner le meilleur de la race. Le 22 mai 1942, cependant, on le voit diviser la population allemande en trois : une élite de héros, une lie de bons à rien et, entre les deux, une masse flottante. Comme de surcroît les héros, à la guerre, cela meurt, la lie risque de prendre le dessus et d’entraîner la masse. Il faut donc, en prévision d’une crise interne provoquée par des difficultés sur le front, recourir largement à la peine de mort, même pour des délits qui en temps de paix seraient considérés comme mineurs.

 

La postérité et le jugement de l’Histoire

« Sur les moyens employés

pour atteindre ses fins, Hitler se moque éperdument

du jugement de la postérité »

Hitler prétend faire son devoir, notamment en matière répressive, dans un souci exclusif d’efficacité et en se moquant éperdument du jugement de la postérité. Celle-ci, en revanche, est censée apprécier le caractère épique de l’aventure hitlérienne, ainsi que les œuvres d’art de toute nature dont cette période aura permis l’éclosion (comme le dit, par exemple, un propos du 30 mai 1942).

 

P. II - 5 questions, François Delpla...

 

Quelle somme de travail votre édition de ces « propos intimes et politiques » de Hitler a-t-elle nécessité, et comment avez-vous opéré pour mener à bien un tel projet ?

Je connaissais, ou plutôt croyais connaître, l’ouvrage, ce qui permet de gagner un peu de temps ; cependant la traduction m’en a pris plus que prévu, tant celle de Genoud était fallacieuse. Le travail d’écriture proprement dit m’a pris un an et demi. Je me suis efforcé d’éclairer chaque allusion, en mettant à contribution la plus grande partie de ma bibliothèque et les  moteurs de recherche, et en bénéficiant de précieuses collaborations, notamment celle de Michel Schiffers. Mais mes commentaires ne sont qu’un premier défrichage et j’invite l’ensemble des historiens et des passionnés d’histoire à se saisir de cette source.

Vous avez à plusieurs reprises déploré qu’on ait négligé jusqu’à présent cette source précieuse d’informations sur le Troisième Reich et son chef, peut-être en mettant trop l’accent a contrario sur Mein Kampf. Qu’est-ce qu’une analyse sérieuse de ces documents - que vos ouvrages rendent accessibles et mettent bien en perspective - peut apporter à l’historiographie de cette époque à votre avis ?

Il y a dans l’historiographie un serpent de mer appelé le fonctionnalisme, qui consiste à parler le moins possible de Hitler quand on étudie les causes de telle ou telle décision sous le Troisième Reich. L’attribuer au dictateur serait trop facile, ce serait faire fi des causalités multiples, des complexités de l’appareil, de celles de la société etc. Comme tout bon serpent de mer, sa disparition est périodiquement annoncée et il refait toujours surface. J’ai bon espoir que la révélation de ce texte, dans toute sa pureté, contribue à ce qu’on le congédie une fois pour toutes, en mettant enfin Hitler à sa place de chef. Il ne s’agit justement pas de gommer les complexités de l’appareil mais de se souvenir que c’est lui qui l’a créé, et qu’il en use en orfèvre.

Quant à Mein Kampf, c’est un manifeste idéologique doublé d’un livre programmatique voire onirique, dont un quatuor de chercheurs munichois, travaillant à sa réédition, nous a fait toucher du doigt, plus que jamais, le caractère très personnel. Ces Propos mettent en scène une phase de travaux pratiques, en même temps que le rêve refait souvent surface dans toute sa pureté, et prend toute sa place pour guider les actes. Les deux œuvres reposent d’ailleurs sur un même socle, la vision raciste du monde déjà bien formée dans les premiers discours de Hitler, tout au long de l’année 1920. On y trouve la même propension à mettre à toutes les sauces la question juive, qu’il s’agisse de chercher des causes ou des remèdes à l’ensemble des maux dont souffre l’humanité. D’où, sans doute, la fréquence des références à la période d’avant le putsch de 1923, plus qu’à toute autre.

« Grande différence entre ces Propos

et Mein Kampf : ici, Hitler ne cherche plus

à dissimuler le statut d’ennemi majeur

qu’il confère au christianisme »

Le principal écart entre les deux livres tient sans doute à la dissimulation dont Hitler devait faire preuve, dans ses expressions publiques, en matière religieuse. La violence même du discours antisémite dans Mein Kampf a de quoi rassurer les chrétiens, qu’ils soient catholiques ou protestants : elle peut faire croire que Hitler ne s’oppose au monothéisme que dans son incarnation juive et promeut, au contraire, sa version chrétienne. À l’approche du pouvoir, du reste, et pendant toute la durée de son gouvernement, Hitler laisse son lieutenant Rosenberg développer des théories païennes, et encaisser les foudres vaticanes ou celles de l’Église confessante, en se tenant en retrait de ces querelles. Or devant son cercle d’intimes, à l’approche d’une victoire espérée, il jette le masque et donne au christianisme un statut d’ennemi principal – une fois les adversaires militaires vaincus ou assagis, et les Juifs anéantis. Il faudra certes doser soigneusement la violence et la souplesse, mais le cap d’une disparition assez rapide du christianisme est clairement indiqué, et son incompatibilité avec le nazisme hautement affirmée.

Qu’avez-vous appris, découvert au cours de la réalisation de ce travail ?

Une bonne partie de ce que je dis plus haut, même si j’ai aussi trouvé des confirmations de découvertes faites auparavant. Par exemple, le vif espoir de paix que Pearl Harbor engendre chez Hitler, en raison du pistolet braqué par le Japon sur le cœur de l’Extrême-Orient britannique, voilà qui ne m’avait jamais effleuré et que seule une fine étude de ses réactions au jour le jour pouvait faire apparaître. Ou encore, l’équilibre subtil entre centralisation et décentralisation dans le mode de gouvernement nazi et l’importance primordiale, dans ce processus, des Gauleiters. J’ai également découvert des personnalités peu connues, dont j’estime que le rôle doit être approfondi de façon urgente, comme Hartmann Lauterbacher, un dirigeant de premier plan de la Jeunesse hitlérienne devenu un pionnier de la Solution finale.

Est-ce que ce travail a contribué à, peut-être, modifier un peu l’image que vous vous êtes forgée de Hitler - et quelle est-elle à ce jour ?

Je pense comprendre un peu mieux comment il arrivait à diriger autant de choses. C’est qu’au fond le nazisme repose sur quelques idées simples, qui se déclinent de mille manières et dont l’application n’a besoin que de quelques impulsions ou inflexions de sa part, tant il dispose de collaborateurs spécialisés dans tel ou tel domaine, qu’il a séduits puis formés et qui lui obéissent aveuglément.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Ce travail a interrompu brusquement la rédaction d’un livre intitulé Hitler et Pétain… en même temps qu’il l’a fait souterrainement mûrir. Il est en effet beaucoup question de Vichy dans ces pages, directement ou indirectement, et la place de la France dans la stratégie hitlérienne s’en trouve vivement éclairée.

D’autre part, j’ai depuis vingt-cinq années foncé dans la recherche et l’écriture, sans accorder suffisamment de temps et d’énergie à la diffusion de mes points de vue (même si j’acceptais toute invitation à les exposer). Pendant la rédaction du Hitler et Pétain, et surtout une fois cet ouvrage terminé, j’envisage d’équilibrer davantage la recherche et la pédagogie, les prospections nouvelles et les débats.

 

François Delpla

Crédit photo : Paolo Verzone

 

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30 septembre 2016

« Quelle politique étrangère pour le prochain président américain ? », par Nicole Vilboux

Dans cinq semaines, le peuple américain élira son - ou sa ! - futur(e) Président(e). Les États-Unis constituant, faut-il le rappeler, la première puissance étatique du globe, et sans conteste la plus puissante que celui-ci ait connu au cours de la longue histoire des Hommes, cette élection aura comme chacune des élections américaines depuis au moins un siècle, des répercussions bien au-delà des frontières du pays. Et il semblerait qu’à l’occasion de ce scrutin-ci, la nation américaine, fatiguée des errements et atermoiements d’une politique étrangère qui, depuis quinze ans au moins, l’a conduite à s’engager massivement et en profondeur sur des terres qu’elle comprend mal (Afghanistan, Irak, etc...) et qui ne rentrent pas nécessairement dans le cadre de ses intérêts vitaux, se trouve à la croisée de chemins. Hillary Clinton, l’ex-secrétaire d’État candidate des démocrates, semble prôner la continuation d’un interventionisme affirmé des États-Unis dans les affaires du monde ; Donald Trump, le candidat issu des primaires républicaines, paraît lui tenir un discours qui le rapproche des courants isolationnistes.

Dans ce contexte, j’ai souhaité proposer à Nicole Vilboux, docteur en sciences politiques (Paris I), analyste spécialisée dans la politique de sécurité des États-Unis et les questions stratégiques, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche stratégique (FRS) et chargée d’enseignement à l’Institut catholique de Paris, d’écrire pour Paroles d’Actu un article autour de la thématique suivante : « Entre interventionnisme et isolationnisme : perspectives de la politique étrangère, de défense et de sécurité américaine à l’approche des élections de 2016 ». La proposition datait du 30 juin ; son texte, très riche et éclairant sur les grands mouvements de la politique étrangère américaine, m’est parvenu le 26 septembre. Je l’en remercie vivement et recommande également aux lecteurs de lire, outre cette composition, mon interview de Nicole Bacharan (janvier) et celle de Thomas Snegaroff (août). Tout cela pour appréhender peut-être un peu mieux quelques données et enjeux clés de cette élection présidentielle américaine pas tout à fait comme les autres. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

Uncle Sam war

Src. de l’illustration : beforeitsnews.com

 

« Entre interventionnisme et isolationnisme :

perspectives de la politique étrangère, de défense

et de sécurité américaines

à l’approche des élections de 2016 »

par Nicole Vilboux, le 26 septembre 2016

Comme lors de chaque élection présidentielle contemporaine aux États-Unis, les observateurs et experts des affaires internationales s’interrogent sur son impact potentiel sur la politique extérieure et de sécurité d’un pays qui demeure la première puissance mondiale. La question se pose d’autant plus lorsque le « sortant » ne se représente pas, ouvrant davantage de perspectives de changement dans les orientations. Les discours de campagne, prises de positions des candidats, comme le choix de leurs conseillers en matière de sécurité, sont donc scrutés avec attention, même s’il est toujours hasardeux d’en déduire la politique qui sera effectivement menée après l’investiture. Les évènements extérieurs et les contraintes intérieures se chargent fréquemment de modifier, plus ou moins significativement, les engagements de campagne. Cette année, l’analyse est en outre compliquée par la difficulté à cerner précisément le positionnement des principaux candidats dans un débat stratégique où les lignes de partage habituelles sont brouillées. Le seul paramètre réellement invariant par rapport aux élections précédentes est l’importance toujours secondaire des questions internationales dans les préoccupations des Américains. Mais c’est probablement leur intérêt de moins en moins grand pour l’implication dans les affaires du monde qui explique qu’une véritable perspective de réorientation de la politique extérieure soit cette fois envisageable.

Les positions des candidats : interventionnisme libéral contre néo-isolationnsime conservateur.

« Hillary Clinton paraît plus encline à appuyer

sa politique sur la force que Barack Obama »

Hillary Clinton se place dans la ligne traditionnelle du Parti démocrate, privilégiant dans son programme de campagne les problèmes intérieurs, économiques et sociaux. Sur les questions extérieures, elle s’inscrit largement dans la vision « internationaliste libérale », majoritaire au sein du parti depuis les années 1990, qui défend une conception de la sécurité fondée sur la promotion de la « démocratie de marché », passant de préférence par la coopération et l’influence mais sans exclure l’intervention directe lorsqu’il s’agit de défendre les valeurs occidentales. À cet égard, le discours de campagne d’Hillary Clinton marque même un retour à l’interventionnisme libéral après une présidence Obama qui s’en est écartée, de par ses réticences à recourir à la force et à se référer aux idéaux américains dans la justification de ses choix stratégiques. Sur ces deux points, la candidate démocrate se démarque du sortant. Tout en restant fidèle au principe d’une action internationale « intelligente » (le « smart power » qu’elle a promu en tant que Secrétaire d’État), combinant la puissance militaire et la diplomatie, elle n’hésite pas à se montrer plus encline à appuyer sa politique sur la force, ce qui lui vaut d’être située parmi les « faucons ». De même, elle insiste sur sa conviction que l’Amérique demeure une nation exceptionnelle, disposant de capacités uniques et inégalées pour être « une force de paix et de progrès » (src. : Time.com) dans le monde. La réaffirmation de ce credo vise autant à contrer le discours de Donald Trump, qu’à prendre ses distances avec un Président accusé par les conservateurs d’avoir nié l’exceptionnalisme américain.

Le positionnement d’Hillary Clinton tend ainsi à la rapprocher des centristes républicains, quitte à dérouter une partie de son électorat (notamment les partisans de Bernie Sanders, à l’aile gauche du parti) aussi bien que certains experts libéraux qui s’emploient à relativiser les tendances interventionnistes (src. : Brookings.edu) que lui prête la majorité des observateurs. Toutefois, cela correspond à une volonté d’affirmer sa posture présidentielle (voir infra) et ce n’est pas une véritable rupture, ni avec la ligne majoritaire, ni avec les campagnes précédentes (comme celle de John Kerry en 2004).

« Donald Trump renvoie dos à dos les visions

internationalistes libérale et néo-conservatrice »

A l’inverse, la posture adoptée par le candidat républicain constitue une remise en cause notable de la ligne traditionnelle du parti en matière de politique extérieure. Lorsqu’il s’efforce de présenter un discours contruit sur ce sujet (src. : NYTimes.com), il emprunte de nombreux arguments au courant généralement qualifié de « néo-isolationniste », préconisant une réduction des engagements coûteux des États-Unis (en particulier des alliances de défense) pour le maintien de la sécurité internationale, afin de se recentrer sur l’entretien de leur prospérité (éventuellement par le recours au protectionnisme). Il peut adopter un style étonnamment réaliste, pour expliquer que sa politique destinée à placer « l’Amérique en premier » (America First policy) visera à « créer de la stabilité dans le monde ». De même lorsqu’il souligne que la prudence et la retenue sont des vertus naturelles d’une superpuissance, la formule pourrait venir d’un discours du « pragmatique » Barack Obama. Donald Trump affirme en outre rejeter les politiques interventionnistes qui prétendent diffuser par la force des valeurs « dont tout le monde ne veut pas ». Il renvoie ainsi dos à dos les visions internationalistes libérale et néo-conservatrice, qui ont abouti selon lui à semer le chaos de l’Irak à la Libye et à permettre le développement de « l’islamisme radical ».

Même si ses positions sont loin de constituer un argumentaire cohérent, l’investiture de Donald Trump a porté au premier plan les idées d’un courant néo-isolationniste qui avait été marginalisé chez les Républicains après la défaite de Taft face à Eisenhower lors des primaires de 1952. Même à l’issue de la Guerre froide, les partisans du repli n’étaient pas parvenus à modifier leur image de « paléo-conservateurs », incapables de comprendre qu’il n’y a pas d’alternative au leadership américain. Ressucitée par le mouvement du Tea Party, en réaction aux excès de la politique de George W. Bush, cette tendance a su profiter de l’éclatement du consensus interne (src. : NationalInterest.org), qui voit la coexistence plus ou moins pacifique de quatre groupes représentant l’ensemble du spectre des  idées : depuis les « hégémonistes » à tendance messianique (les fameux « néo-conservateurs »), jusqu’aux néo-isolationnistes, en passant par les hégémonistes « classiques » (pour qui la suprématie est nécessaire à la préservation des intérêts) et les internationalistes « réalistes » (qui privilégient une utilisation prudente de la puissance). Alors que ces deux courants étaient dominants durant la Guerre froide, leur influence n’a cessé de décliner depuis, laissant s’affronter les deux tendances les plus opposées au sein du parti, représentées lors des primaires par Marco Rubio d’un côté et Donald Trump de l’autre.

« Les positions de Trump sur la politique étrangère,

son comportement lui ont aliéné

de larges fractions de la "communauté

stratégique" conservatrice »

Bien qu’il l’ait emporté, les divisions internes sur la posture internationale comme sur des questions intérieures, l’empêchent de bénéficier du soutien massif des républicains. Sa conception de la politique extérieure lui a certes aliéné une large fraction de la « communauté stratégique » conservatrice, dont une partie n’a pas hésité à se rallier à Hillary Clinton. Mais c’est plus encore son discours simpliste et son comportement erratique qui le discréditent auprès des experts.

Un débat centré sur les compétences du prochain Commandant en chef.

Pour Max Boot (src. : ForeignPolicy.com), Donald Trump n’est qu’un « démagogue », dont la vulgarité, l’ignorance et « l’admiration pour les dictateurs » représentent un véritable risque, car ce genre d’individus « a tendance à agir une fois en fonction comme il l’a annoncé lors de la campagne ». Or, l’essentiel de ses discours en matière politique de sécurité se compose effectivement de prises de position péremptoires, à forte dimension émotionnelle ou morale, et de propositions de solutions simples et radicales à des problèmes compliqués. Donald Trump annonce ainsi que sous son mandat, la « domination militaire » américaine sera « incontestée », qu’il sera « absolument possible » d’apaiser les tensions avec la Russie et de faire de la Chine « un meilleur ami », sans préciser par quels moyens il y parviendra. De même il affirme avoir « un plan » pour vaincre Daech rapidement, dont il refuse toutefois de préciser le contenu, afin de conserver l’avantage de la surprise sur l’adversaire.

S’il n’est pas le premier candidat à manifester une certaine méconnaissance des dossiers internationaux (on peut songer à Ronald Reagan ou George W. Bush chez les républicains contemporains), il est le seul à compter ouvertement sur son « sens des affaires » et son « très bon cerveau » (src. : Politico.com) pour compenser cette faiblesse. Loin de chercher à rassembler une équipe de conseillers susceptible de donner de la substance à son programme de politique extérieure, il adopte une attitude typiquement populiste : il marque sa préférence pour des personnes apportant « des approches et des idées pratiques » plutôt que les spécialistes ayant « de parfaits CV », qui « paraissent bien » dans le New York Times, mais « ne savent franchement pas ce qu’ils font ». Il affirme donc vouloir renouveler les responsables des questions internationales et de sécurité dans une « administration Trump », allant jusqu’à suggérer des changements (en réalité difficilement envisageables) au sein de la hiérarchie militaire, déconsidérée sous la présidence Obama. Toutefois, les quelques experts civils et militaires qui se présentent actuellement comme ses conseillers sont loin de constituer « du sang neuf », ou d’offrir une perspective politique cohérente.

« En s’attaquant au jugement des "experts",

Trump surfe sur le rejet d’un establishment auquel

on associe Clinton ; ce rejet est fortement

perceptible dans l’opinion »

En mettant en cause le jugement des experts, Donald Trump va dans le sens du rejet de l’establishment, fortement perceptible dans l’électorat républicain comme démocrate, et qui joue en défaveur de la candidate démocrate. Il peut reprocher à Hillary Clinton d’être en partie responsable du « désastre complet » qu’est la politique extérieure de l’administration Obama. Mais bien que de nombreux conservateurs partagent ce point de vue (src. : NationalReview.com), elle a réussi à se faire reconnaître par une partie significative d’entre eux comme plus compétente et raisonnable que le candidat républicain. Une majorité d’Américains considère qu’elle est « la personne la mieux préparée à devenir Président », pour reprendre la formule de Madeleine Albright (l’ex-secrétaire d’État durant le second mandat de Bill Clinton, entre 1997 et 2001, ndlr). Ses discours de campagne mettent l’accent sur l’importance du tempérament et des qualifications des candidats qui sont appelé à exercer les responsabilités de « Commandant en chef ». Ce sujet est important dans la mesure où les États-Unis sont toujours en guerre et le resteront certainement pour la durée du prochain mandat. Les républicains bénéficient généralement d’une plus grande confiance de l’électorat lorsqu’il s’agit d’entretenir la puissance militaire et de l’utiliser.

Mais Hillary Clinton s’emploie à changer les perceptions classiques, d’une part en exposant sa maîtrise des dossiers, qu’il s’agisse de la guerre en Syrie ou de la prise en charge des vétérans. Appuyée sur un réseau d’experts (src. : ForeignPolicy.com) qui couvre pratiquement tous les centres de recherche de tendance libérale, elle manifeste également son intention de dépasser le clivage partisan en réunissant des personnalités conservatrices et démocrates pour réfléchir aux enjeux. Elle a ainsi organisé en septembre une journée d’étude consacrée à la stratégie de lutte contre le terrorisme, à laquelle participait une quinzaine d’experts  : diplomates, militaires comme le général Petraeus ; anciens responsables politiques comme Janet Napolitano. Son site de campagne explique qu’elle entend être prête dès le premier jour de son mandat à traiter un problème de sécurité majeur. Elle souligne d’autre part l’expérience acquise en tant que sénatrice (membre de la commission des Forces armées) et surtout secrétaire d’État (de 2009 à 2013), rappelant qu’elle a été dans la « Situation Room » aux côtés du Président Obama lorsqu’il a eu à prendre des décisions cruciales, telles que l’élimination de terroristes.

« L’expérience de Clinton ne semble pas suffire

à lui conférer un avantage décisif

auprès de l’opinion »

Malgré le contraste évident avec l’inexpérience politique, et plus encore internationale, de son adversaire républicain, Hillary Clinton ne réussit pas à s’imposer auprès de l’électorat comme le meilleur « commandant en chef » potentiel. Une enquête (src. : TheHill.com) effectuée en septembre montre qu’elle est jugée légèrement plus compétente que son concurrent par une majorité de la population générale, mais que l’opinion est inverse dans la communauté militaire (incluant les personnels d’active et les vétérans). En fait, ceux-ci préfèrent à 37% le candidat du mouvement libertaire, Gary Johnson, suivi par Donald Trump (30%), puis Hillary Clinton (24%). Les sondages montrent surtout que le débat sur les qualifications en matière de sécurité nationale a conduit les Américains à douter des deux adversaires. Pour des raisons différentes, leur personnalité suscite autant de méfiance chez une grande partie des électeurs et la différence d’expérience politique ne suffit pas à donner l’avantage à Hillary Clinton.

Un contexte favorable à la révision des orientations stratégiques internationalistes.

La place secondaire des enjeux internationaux dans les préoccupations des Américains peut expliquer que le positionnement internationaliste d’Hillary Clinton ne lui serve pas. Même si les attaques terroristes aux États-Unis (San Bernardino en décembre, New-York en septembre) ou en Europe contribuent à placer épisodiquement le terrorisme en tête des enjeux électoraux, l’ordre des priorités redevient vite classique. L’économie reste le problème privilégié pour 35% des Américains (src. : Gallup.com) en août, la sécurité nationale n’étant une préoccupation que pour 7% des personnes sondées par Gallup. Parmi les sujets internationaux, le terrorisme est le plus important, les autres aspects de la politique extérieure étant ignorés.

Ce manque d’intérêt est habituel, mais il est renforcé par l’évolution de la perception du rôle que les Etats-Unis devraient tenir dans le monde, dans la mesure où une majorité d’Américains estime depuis 2013 qu’ils devraient se concentrer sur leurs problèmes (src. : People-Press.org) et laisser les autres pays gérer les leurs. En fait, Stephen Walt relève dans un article de septembre (src. : ForeignPolicy.com), que depuis la fin de la Guerre froide, les Américains ont constamment élu des présidents qui promettaient une politique extérieure modérée, un engagement limité et une restauration des bases intérieures de la puissance. Chaque campagne, de Bill Clinton jusqu’à Barack Obama, s’est faite sur le rejet d’une implication excessive de l’administration précédente dans les affaires du monde. Mais aucun président n’est parvenu à modifier réellement la ligne internationaliste que suit le pays depuis les années 1950.

« Dans un sondage paru au printemps 2016,

70% des personnes interrogées souhaitaient

un recentrage sur les affaires intérieures »

Avec encore 70% des personnes interrogées au printemps 2016 qui souhaitent un recentrage sur les affaires intérieures, il n’est pas étonnant que les deux candidats se fixent comme priorité la restauration des bases de la puissance, même s’ils envisagent des manières différentes d’y parvenir. Pour Hillary Clinton, cela doit néanmoins servir à soutenir le leadership indispensable des États-Unis sur la scène internationale, ce qui revient à poursuivre la ligne internationaliste traditionnelle. Pour son adversaire, la restauration de la puissance, économique et militaire, semble être une fin en soi, dans la mesure où il est difficile de savoir comment il l’utilisera. Les tendances « néo-isolationnistes » de son discours ouvrent la perspective d’un désengagement correspondant aux aspirations d’un nombre croissant d’Américains, comme en témoigne le score honorable du candidat libertarien dans les sondages. Mais la plupart des prises de position de Donald Trump permettent de douter de son aptitude à mener une politique de repli réaliste, de type « jeffersonien ». Il s’agirait plutôt d’une forme de la tradition nationaliste « jacksonienne » (src. : The-American-Interest.com), décrite par Walter Russell Mead, fondée sur le rejet des contraintes et institutions internationales au profit d’une défense sourcilleuse des intérêts souverains, appuyée par l’entretien d’une suprématie militaire « indiscutée ». Cette option ne serait probablement pas celle que souhaite la majorité des électeurs, mais elle constituerait effectivement une rupture d’envergure dans la politique extérieure des États-Unis.

 

Nicole Vilboux

 

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