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Paroles d'Actu
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18 juillet 2025

« Le flamboyant oxymore », une évocation de Thierry Ardisson, par Pascal Louvrier

Thierry Ardisson passait pour un control freak, et il l’était probablement. On dit qu’il a organisé quelques détails de ses obsèques, un peu comme Mitterrand, en son temps. Avait-il imaginé, ce royaliste de raison et certainement de cœur, qu’il disparaîtrait un 14 juillet, date de commémoration à la fois de la prise de la Bastille (1789), symbole de cette révolution qui aspirait à envoyer valdinguer l’ordre ancien, et de la Fête de la Fédération (1790), ultime moment de concorde entre le roi et ses sujets ? L’idée lui aurait plu sans doute. Comme le fait de parasiter un peu, par sa disparition, la fête nationale : ce jour-là, on ne parla quasiment que de lui, et ça non plus il n’aurait pas détesté...

 

Révolutionnaire, Ardisson ? Votre serviteur ne saurait utiliser des termes aussi forts sans être sûr, et je ne connais pas assez finement l’histoire des médias pour ça. Ce que je sais, c’est qu’ado et jeune adulte j’ai vécu avec lui, avec Baffie, et avec leurs invités d’un soir - dont j’avais un peu l’impression d’être -, quelques uns de mes grands moments de télé, à l’époque de Tout le monde en parle. On se croyait comme dans une soirée, mais avec uniquement des gens intéressants. Ce mec-là a eu ses moments de grandeur, d’autres moins glorieux. L’homme n’était pas nécessairement sympathique. Mais de la sympathie, une sympathie et une forme de tendresse j’en avais et j’en ai pour lui, et comme beaucoup, son décès inattendu m’a touché. Il est, je n’en suis pas sûr non plus mais je crois bien que c’est le cas, celui qui m’a le plus donné envie de rencontrer des gens et de leur poser des questions. Et ce mec-là j’aurais adoré l’approcher, l’interviewer. Trop tard : l’histoire, cruelle toujours, ne repasse jamais les plats.

 

Le jour-même de sa disparition, une fois le choc absorbé, j’ai réfléchi. Je ne pouvais pas ne pas l’évoquer dans Paroles d’Actu. Qui solliciter ? Je n’ai pensé, parmi mes contributeurs fidèles, qu’à une personne, et son nom m’est venu tout de suite : Pascal Louvrier, ce romancier et biographe qui, au travers de ses portraits de Bardot, de Fanny Ardant, de Depardieu ou de Sollers, ne cesse de déplorer qu’on perde en liberté de ton, voire, en liberté tout court. Il me dit qu’il va réfléchir, qu’Ardisson il ne l’a croisé qu’une fois, avec Sollers justement. Que ce « vilain garçon » d’Ardisson avait mis à leur dispo, pour patienter dans les coulisses d’une émission, deux bouteilles de whisky. Et qu’au moment d’entrer dans l’arène, Sollers était, disons, un peu plus à son aise. Ce que le maître du jeu avait évidemment anticipé. Un sale gosse Ardisson ? Oui, mais un sale gosse de génie. Merci à Pascal Louvrier (dont l’actu est à retrouver en bas de page) pour son hommage inspiré à celui qui sut rendre ma télé excitante. Exclu, Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

L’Homme en Noir, le dernier livre de Thierry Ardisson (Plon, mai 2025).

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

« Le flamboyant oxymore »

Pascal Louvrier, le 17 juillet 2025

 

Tout commence par une enfance chaotique. Un père qui travaille dans les travaux publics, une mère femme au foyer comme on disait à l’époque, celle des Trente Glorieuses. Dès que le père est affecté à un nouveau chantier, c’est le déménagement. Le mot d’ordre, c’est «  on s’en va  ». Pas de racines, pas de copains. Un grand-père, Marius, qui est chef de gare où jamais un train ne s’arrête. À 4 ans, on trouve déjà que la vie est absurde. Sa mère, il l’aime bien, mais elle, elle s’occupe de Patrick, son petit frère. Quand il le voit, pour la première fois, il ne le trouve pas beau et il le dit. Il est dur, à l’image de la vie. Une vie de déclassé, il trouve, avec une Dauphine, alors qu’il rêve de se retrouver à l’arrière d’une DS19. Il aimerait vivre dans une grande maison avec une allée de platanes pour y arriver. Il possédera un haras en Normandie avec une longue allée. Ce sera l’une de ses revanches sur l’enfance calamiteuse, la clé pour comprendre «  l’Homme en Noir  » qui vient de mourir à 76 ans. Il manque de tuer accidentellement son frère, alors il se retrouve en pension, au collège Saint-Michel à Annecy. Il en bave  : douche froide, messe en latin, faux chocolat et pain rassis. Il apprend la discipline, il serre les poings. Quand il voudra sortir de la drogue, il se souviendra des nuits d’internat glaciales, et refusera soutien psy et médicaments. Il ne voit presque plus ses parents. Il souffre de l’abandon, de la solitude, du manque d’amour. Ça blinde. Son armure sera un costume noir, comme son mal être. Bac en poche, il faut viser Paris. C’est là que tout se joue pour un provincial. Rastignac  ? Oui, bien sûr, mais avec la fêlure de Rubempré. Les étapes ne seront pas simples, elles sont racontées partout depuis la mort de celui qui révolutionna la télévision. Son ascension passe par la pub. Il excelle dans la création de slogans. Le meilleur, selon moi, trouvé dans son bain en fumant un pétard  : «  Lapeyre, y en a pas deux  ». Mais faire du fric comme publicitaire après Mai 68, c’est mal vu. C’est comme rouler en Dauphine avec des parents «  classe moyenne  ». Alors quand il va devenir le roi de l’interview, il est cassant, voire méchant. Il prend son pied en bousculant les célébrités. Les filles et fils de bourgeois, il les calcule vite. Ses questions déstabilisent. Il attaque frontalement sur l’argent et le sexe. Il sait que le bourgeois est pusillanime. Il veut s’amuser mais il faut le respecter. «  L’Homme en Noir  » peut même être sadique. Et comme il est impertinent et bien renseigné – c’est un gros bosseur –, il gagne à tous les coups, ou presque. Le sadisme, au fond, c’est quoi  ? Réponse de Malraux – lui aussi, il en a bavé durant son enfance –  : «  Tout sadisme semble la volonté délirante d’une impossible possession.  » «  Hardisson  » ira au bout de l’expérience existentielle. Il cherchera toujours à innover, à tenir en respect la mort. Parce qu’il savait que pour gagner le combat contre elle, il faut laisser une trace durable. Les artistes ont ce pouvoir, notamment les écrivains. Ah, écrivain, «  Hardisson  » a été tenté par l’écriture, le roman, l’autobiographie, la bio historique, ça a plus ou moins marché, même si les lecteurs étaient au rendez-vous. Mais il faut du temps pour écrire, de la patience, de l’abnégation. En devenant écrivain, seulement écrivain, et pas «  l’Homme en Noir  », pas sûr qu’il soit parvenu à en vivre. C’était trop risqué. La revanche sur l’enfance humiliée, pas certaine d’aboutir.

 

« Rastignac ? Oui, mais avec

la fêlure de Rubempré. »

 

Il est génial, son parcours l’atteste. Il n’est pas resté à sa place. Il a tout dynamité. On a dit que sa personnalité était complexe. Je dirais oxymorique. Fêtard et louant les valeurs de la famille  ; libertin défoncé et respectueux de la Croix  ; décomplexé et pudique  ; cynique et pleurant en secret  ; provocateur suicidaire et demandant pardon quand ça sent le roussi – lutte contre la mort obsédante oblige  ; brillant sous les ors de la République et monarchiste convaincu, etc. Par exemple, il a été séduit par Macron, au début, et puis il a vite compris que c’était «  un stagiaire  », que dans la cour carrée du Louvre, il n’incarnait pas le corps du Roi, il brassait de l’air, et était en train de perdre son face à face avec l’histoire, c’est-à-dire avec la mort. «  Hardisson  », lui, gardait le cap. J’ai appris récemment qu’il avait fait deux tentatives de suicide. Motif  : la femme qu’il aimait s’était barrée. Il a retourné la pulsion sadique contre lui. À deux reprises la femme en question est revenue, par hasard. La bonne étoile veillait.

 

Mais les dieux n’apprécient pas les fortes têtes. Le destin, c’est leur affaire. Ils restent maître du jeu. «  Hardisson  », il l’avait dans le collimateur. Une vanne de trop, et son combat contre la mort, il le perdait. C’était sans compter sur la nouvelle et dernière épouse de Thierry, Audrey. Elle semble l’avoir apaisé, réconcilié avec lui-même. Il s’est débarrassé des miasmes du sadisme qu’il trainait. Mais la maladie s’est emballée, pas au point qu’il soit pris au dépourvu. Il a préparé sa sortie. Paul Morand, qu’il ne détestait pas, a écrit  : «  Il est plus difficile de finir que de commencer.  » Il a inventé la confession filmée, les antimémoires télévisuelles. Il a pleuré, on a compris la faille originelle, la main dans la main de celle qu’il aime, la Croix jamais très loin, le regard face à la caméra. On a compris qu’il était bon, qu’on allait le regretter dans une France aseptisée, qu’on l’aimerait longtemps parce que notre jeunesse lui devait beaucoup, qu’il fallait surtout ne pas se prendre au sérieux car la vie n’a aucun sens.

 

Dans son cercueil noir, il a gagné son combat contre la mort. Ardisson est un artiste.

 

Pascal Louvrier, son actu...

Portuaire, roman noir à paraître le 6 octobre 2025 chez Kubik Éditions.

Malraux maintenant, essai littéraire préfacé par Daniel Rondeau de l’Académie française,

Le Passeur Éditeur, à paraître le 16 octobre 2025.

 

 

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13 juillet 2025

Alain Wodrascka : « Nicola Sirkis est un phénix, grâce à sa foi en lui et à sa capacité de travail »

Qui est vraiment Nicola Sirkis, leader et incarnation sans partage du groupe Indochine ? Alors que se prépare une nouvelle tournée géante du numéro 1 des bands à la française, tournée qui débutera par cinq dates en octobre au LDLC Arena de Décines-Charpieu (une salle près de Lyon qui leur porte chance), j’ai voulu en savoir plus sur l’artiste et l’homme qui se cache derrière. Rencontre, pour ce faire, avec le biographe Alain Wodrascka, auteur jusque là de dizaines d’ouvrages consacrés à de multiples artistes, dont Mylène Farmer, évoquée dans ces lignes et qui avait fait l’objet d’une interview avec lui sur Paroles d’Actu en mai 2023. Son dernier livre, Indochine, la biographie (City, janvier 2025), apprendra sans doute beaucoup à ceux qui connaissent Indochine "de loin", comme moi. Les fans hardcore, eux, ne savent-ils pas déjà tout ? Merci à lui pour cet échange, préparé début mai et finalisé en ce mois de juillet. Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

Alain Wodrascka : « Nicoka Sirkis

 

est un phénix, grâce à sa foi en lui

 

et à son immense capacité de travail »

Indochine, la biographie (City, janvier 2025).

 

Indochine, la biographie, avec en gros plan Nicola Sirkis et lui seul : est-ce à dire qu’il est, avec nul autre, non seulement la voix et le visage mais aussi le cœur et l’âme du groupe ? Le seul dénominateur commun entre toutes les personnes qui ont un jour ou l’autre porté les couleurs d’Indochine ?

 

Je tiens tout d’abord à préciser que ce n’est pas moi, mais l’éditeur qui a nommé ainsi cette biographie car je n’aurais jamais osé présenter mon livre comme la référence indochinoise suprême… Nicola Sirkis est tout simplement l’unique membre du groupe, et leader de surcroît, qui soit présent depuis la création d’Indochine en 1981. Il en a donné les couleurs, le ton et l’aspect gothique.

 

>>> L’Aventurier <<<

 

Tu as écrit sur Nicola Sirkis, ainsi que sur Mylène Farmer. Il semble y avoir entre ces deux-là de vrais points communs parmi lesquels, dès les années d’initiation, une éducation stricte empreinte de religion dont ils ont cherché à s’extraire au plus vite. Un anticonformisme précoce, essentiel pour comprendre l’une et l’autre ?

 

J’ai assez peu écrit sur lui. Il est vrai qu’il possède des points communs évidents avec Mylène, il a d’ailleurs été question qu’ils poursuivent une collaboration qui n’a pas eu lieu. Au départ, ils ont débuté tous deux avec des titres doucement transgressifs, l’un avec L’Aventurier, l’autre avec Maman a tort, sans que l’on ne se doute une seconde qu’ils s’imposeraient sur la longueur comme des icônes de la pop française. Il a fallu pour cela qu’ils travaillent avec ardeur pour créer un univers tout à fait personnel, d’essence gothique, en collaborant avec les plus grandes pointures de leur temps, tant au niveau musical qu’esthétique, et faire preuve d’un professionnalisme hors pair. Ils ont voulu chacun, également, se faire le porte-parole des laissés pour compte de la société, en jouant sur l’ambiguïté des genres, en traitant de thèmes sulfureux, tels le libertinage, l’inceste ou le harcèlement scolaire et en exploitant la transgression religieuse, en l’occurrence chrétienne. Ainsi ont-ils attiré un nombre considérable de «  marginaux  », d’exclus qui ont découvert avec soulagement qu’ils n’étaient pas tout seuls. Néanmoins, quels que soient les thèmes qu’elle aborde, Mylène possède une subtilité, un sens de l’élégance discrète qui n’appartiennent qu’à elle. Quant à leur histoire personnelle et à leur éducation, elles me semblent tout à fait distinctes.

 

>>> 3e sexe <<<

 

Nous évoquions tout à l’heure de Nicola Sirkis en tant que premier artisan et fil rouge de l’aventure Indochine. Son identité c’est d’abord un style musical, une sensibilité à certaines thématiques, une esthétique particulière ? Tout ça à la fois ?

 

Sa spécificité première est d’abord d’avoir été doté d’un naturel androgyne qui lui a permis d’être crédible en chantant 3e sexe, l’une des premières chansons qui traite de l’homosexualité et de la confusion des genres avec une implication personnelle. Contrairement à Aznavour (Comme ils disent), ou à Zazie (Adam et Yves), qui ont d’une certaine façon incarné un personnage sans lien étroit avec leur identité propre, il se mettait personnellement en «  je  » pour exprimer sa tentation homosexuelle. Elle reste toutefois dans son cas à l’état de fantasme.

 

>>> Isabelle a les yeux bleus <<<

 

On sent que la caricature des Inconnus, Isabelle a les yeux bleus, a eu bien du mal à passer, même des années après. Que Sirkis a longtemps voulu convaincre non seulement les autres mais aussi lui-même que ce n’était pas Indochine, mais Partenaire Particulier, qui était visé. Sens-tu chez lui, pour ce que tu crois en avoir compris, une fragilité particulière par rapport à la critique, au regard de l’autre ?

 

La critique, aussi acerbe que celle que tu évoques, n’est jamais facile à appréhender. Car au cours de cette période, Indochine fut la risée des édiles de la pop, puis du grand public. Mais il est vrai qu’il est une personne qui ne dissocie pas réellement sa personnalité propre et l’image qu’il projette  ; d’où sa susceptibilité.

 

>>> J’ai demandé à la lune <<<

 

Peut-on dire qu’il y a véritablement, dans la carrière du groupe, un avant et un après Paradize (2002) ? Après la traversée du désert des années 90, et après la mort de son frère jumeau, c’est le succès qui revient, public mais aussi critique...

 

Porté par J’ai demandé à la lune, une chanson de Mickey 3D, plus subtile, mélodique et poétique, que ce qu’Indochine a avait pu enregistrer auparavant, l’album Paradize a en effet apporté un réel crédit artistique au groupe  ; d’autant que le grand public ne savait pas obligatoirement qui avait signé ce tube de la résurrection. Quant aux autres titres qui complètent l’opus, ils sont le fruit d’une véritable remise en question du groupe qui a creusé en profondeur ses possibilités musicales et textuelles. Grâce à sa foi en lui et à son immense capacité de travail, Nicola Sirkis est sans contexte un phénix  !

 

>>> College Boy <<<

 

Après Paradize, on voit aussi que Sirkis s’engage plus nettement encore, et assez clairement, sur les sujets qui lui tiennent à cœur. Il y a là une différence avec Mylène Farmer, qui avance beaucoup plus cachée, mystérieuse, sur ce qui l’anime. Écouter Indochine, c’est un peu un acte politique ?

 

Qu’elles collent à l’actualité (Trump le monde…), qu’elles traitent de la tolérance sexuelle (3e sexe…), ou du harcèlement scolaire (College Boy…), Nicola Sirkis écrit des chansons qui reflètent les interrogations de la jeunesse, tout en apportant un parfum d’exotisme (L’aventurier, Vietnam Glam, Salômbo...) Ainsi permettent-elles aux fans de trouver des réponses à leurs questionnements sensibles ou identitaires, et de rêver, s’évader… De là à dire qu’il s’agit d’un acte politique… Quant à Mylène, elle est beaucoup moins frontale dans sa façon d’exprimer un thème, c’est une chanteuse en clair-obscur qui avance en terre d’ambiguïté, d’où son charme subtil.

 

Si tu devais garder cinq ou six chansons d’Indochine, à faire découvrir ou redécouvrir ?

 

Je citerais 3e sexe, J’ai demandé à la lune, College Boy, La Vie est belle, qui traite avec courage et délicatesse du problème de la maladie, Trump le monde et L’Amour fou

 

>>> La Vie est belle <<<

 

Quelle explication donnes-tu, fondamentalement, à ce succès si imposant aujourd’hui encore, pour Indochine comme pour Mylène Farmer ? Cette capacité à fidéliser mais surtout peut-être, à renouveler un public ?

 

L’adaptabilité fait partie des ingrédients essentiels de l’intelligence. Et je pense que sur le plan de l’écriture, de l’élaboration des clips, de l’usage des outils techniques à la pointe de la modernité et de leur apparition médiatique, ils en sont deux exemples parfaits.

 

Est-ce qu’Indochine a sur la scène musicale actuelle ou émergente, des héritiers évidents ?

 

Honnêtement, je ne leur vois aucun héritier.

 

Si tu pouvais lui poser, les yeux dans les yeux, une question, une seule, quelle serait-elle ?

 

Des îles ou des ailes  ?

 

Indochine, la biographie. Mais derrière, il y a le biographe, qui en a écrit des dizaines, et qui a vu le métier évoluer depuis presque 30 ans. Prends-tu toujours autant de plaisir à raconter la vie des autres ?

 

La biographie est un exercice de style, employé le plus souvent par des journalistes, qu’à force de passion et de travail, j’ai fini par maîtriser. Précisons qu’il y a plusieurs types de biographies, la bio officielle, élaborée en collaboration étroite avec l’artiste concerné, dont on enjolive souvent la carrière, l’existence et la personnalité, et la bio non autorisée, fruit d’une enquête auprès des proches et collaborateur du chanteur. 

Et là où le bât blesse, c’est que le lecteur ne trouve pas vraiment son compte dans les bios autorisées, qui ne lui apprennent pas grand-chose, ni dans les bios libres, les plus instructives et proches de la vérité, qui poussent l’auteur à fouiller dans la vie de l’artiste et de ce fait à démythifier son statut d’idole. Un «  fanatique  » ne peut pas supporter qu’une idole puisse avoir les qualités et les défauts d’un vulgum pecus. 

Donc, la profession de biographe est assez déstabilisante et frustrante. 

D’autant que je suis de nature honnête et bien élevée et que, bien souvent, les éditeurs nous exhortent à faire des révélations pour créer le buzz et donc à trahir la confiance qu’on nous a accordée. Même si la plupart du temps, j’ai tenté d’être le plus «  propre  » possible, je me suis parfois senti mal à l’aise, car j’ai une éthique personnelle, fondée sur le respect, et je ne suis ni un journaliste ni un homme de média.

Il n’empêche que je conserve un excellent souvenir de mes collaborations avec nombre d’artistes, dont Claude Nougaro, mais lui c’était un ami proche qui n’a même pas relu mes écrits tant il était confiant. Et je précise que j’entretiens de très bons rapports avec la plupart des chanteurs vivants que j’ai biographiés.

 

Tes projets et surtout, tes envies pour la suite ?

 

J’ai eu la chance de publier environ 70 biographies chez des éditeurs importants et fort bien diffusés et je suis conscient de cette chance. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir fait le tour de la question et je suis las de raconter la vie des autres. Pour autant, je serais prêt à écrire de nouveaux ouvrages biographiques, mais à condition qu’ils retracent la vie et la carrière de personnalités enrichissantes et qu’ils quittent l’aspect people pour rejoindre la source intellectuelle qui a abreuvé mes écrits les plus sincères.

 

Pour l’heure, je me tourne sérieusement vers le roman et poursuis assidûment mon parcours de chanteur-auteur-compositeur à travers la France. Je suis avant tout un auteur de l’imaginaire, un musicien, un artiste pluridisciplinaire...

 

 

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