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Paroles d'Actu
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10 juillet 2026

Barthélémy Courmont : « La revanche est au cœur de la grande stratégie de Pékin »

À l’heure où l’Amérique de Trump, qui a célébré ses 250 ans d’existence dans un contexte de désunion critique, se trouve empêtrée dans une guerre iranienne aussi mal pensée que préparée, que fait la République populaire de Chine, le grand rival de Washington, l’autre superpuissance incontournable de demain ? Surtout, d’où vient-elle, d’où parle-t-elle, et que veut-elle ? Éléments de réponses avec Barthélémy Courmont, géopolitologue très fin connaisseur de la Chine et de sa région - M. Courmont a jusque là participé à trois articles de Paroles d’Actu : un sur Hiroshima et Nagasaki en 2013, un sur la bombe nord-coréenne en 2016, un sur la stratégie de Pyongyang en 2017. J’ai pu lire, avec beaucoup d’intérêt et de curiosité, son ouvrage paru chez Eyrolles en août dernier, La Chine face au monde - Entre ambitions et défis. Je ne peux que le recommander à toute personne qui voudrait comprendre la psychologie de ce peuple, de cet État, et appréhender au mieux, sans naïveté, le monde qui s’annonce. Je remercie M. Courmont d’avoir bien voulu, début juillet, répondre à toutes mes questions. Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU (05-07/26)

Barthélémy Courmont : « La re-

vanche est au cœur de la grande

stratégie de Pékin... »

 

La Chine face au monde - Entre ambitions et défis (Eyrolles, août 2025)

 

Barthélémy Courmont bonjour. Vous étudiez la Chine depuis une vingtaine d’années. Quel regard portez-vous sur son évolution depuis, disons, son accession à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) fin 2001 ? Êtes-vous surpris à certains égards par le statut que le pays a atteint aujourd’hui, et si oui est-ce dû autant à sa progression propre qu’aux erreurs des États-Unis ?

regard sur la Chine depuis 2001

Tout observateur de la Chine depuis deux décennies ne peut qu’être surpris par l’évolution de ce pays. Au début des années 2000, la Chine était en train de devenir l’usine du monde, accueillant sur son territoire des entreprises du monde entier, attirées par une main d’œuvre à très faible coût. À l’époque, la Chine exportait tout ce qu’elle produisait, et les marques chinoises étaient quasi inexistantes, à l’export surtout. L’entrée à l’OMC fin 2001, peu médiatisée à l’époque, eut un exceptionnel effet accélérateur sur la croissance de ce pays, qui très vite se pencha sur la nécessité d’un développement interne, et mit en place de très ambitieux projets d’infrastructures permettant de développer les zones les plus inaccessibles. C’est ainsi que le transport ferroviaire, pour ne citer qu’un exemple, s’est développé très rapidement, notamment autour des lignes à grande vitesse. Et les progrès sont plus que spectaculaires. En vingt ans, la Chine est passé d’un réseau inexistant dans ce domaine à plus de la moitié du réseau mondial. Une prouesse inouïe.

 

Dans quelle mesure le revanchisme, face aux pays occidentaux et face au Japon qui l’ont jadis asservie et humiliée, est-il un moteur des ambitions chinoises ? Pékin veut-il en découdre, ou aspire-t-il simplement à recouvrer grandeur et dignité ?

le revanchisme, moteur essentiel de Pékin ?

La revanche est au cœur de la grande stratégie de Pékin. Elle l’était déjà du temps de Mao Zedong, mais avec les moyens dont dispose désormais ce pays, cette stratégie a plus de portée. Il s’agit d’une revanche sur l’histoire, puisque la Chine estime que les traités inégaux du XIXème siècle l’ont asservie à l’Occident. En ce sens, il est question ici d’un rapport de force avec l’Occident, qui alimente une volonté de remise à niveau et de restauration de la dignité de la Chine, durement mise à mal pendant un siècle. Cependant, la revanche ne doit pas être interprétée comme une volonté d’en découdre, mais plutôt de rattraper, retrouver le statut qui était celui de la dynastie Qing avant le déclin. La volonté d’en découdre viendra, ou pas, après.

 

Cette revanche est aussi liée au retard technologique que la Chine a pris avec la révolution industrielle, qui a précipité sa chute et son asservissement aux puissances occidentales. En ce sens, les observations de la Chine font écho à celles de l’historien Kenneth Pomeranz, qui a rappelé qu’au début du XIXème siècle, avant que la révolution industrielle ne se mette en marche, la Chine était la première puissance économique mondiale. On retrouve aujourd’hui en Chine cette obsession pour la technologie – qui n’est pas sans rappeler celle du Japon après 1945 – afin de ne plus être à la traîne, mais au contraire de s’imposer durablement comme un leader. La Chine veut donc retrouver sa grandeur et sa dignité, mais elle veut surtout ne plus être dépendante d’autres puissances.

 

Vous évoquez longuement dans votre ouvrage les fragilités chinoises, s’agissant notamment de sa démographie déclinante et de ses troubles internes, potentiellement explosifs, pour peu que la croissance économique se grippe. Avez-vous le sentiment que la situation serait plus incertaine que ce que le régime veut bien donner à voir ?

des défis gros comme est la Chine

Tous les travaux sur les trajectoires des grandes puissances mettent l’accent sur ce qui vient après l’ascension, et en concluent que le déclin, même relatif, suit toujours une période de grands succès. On peut mentionner Rome, les puissances européennes ou, plus près de nous, les États-Unis. La question est de savoir, dans le cas de la Chine contemporaine, si l’ascension va se poursuivre et s’installer durablement, si une forme de stagnation est possible – mais la stagnation n’est-elle pas un problème ? – ou si des signes d’un ralentissement, voire d’un déclin, apparaissent déjà. Aussi il est essentiel, en parallèle aux études sur les succès de Pékin, de mettre en relief les fragilités, nombreuses, de cet immense pays.

 

Jusqu’à présent, les autorités chinoises sont parvenues à imposer un contrat social qui permet de légitimer le régime avec une croissance soutenue et une élévation très forte du niveau de revenus de la population. Mais combien de temps ce contrat social pourra-t-il se maintenir ? La question du vieillissement de la population est l’autre immense défi. Il est d’ailleurs considéré comme prioritaire par les autorités, qui misent sur des moyens permettant d’en limiter les effets, notamment en accentuant la robotisation. En écho à la question précédente, on retrouve ici l’obsession technologique, utilisée à la fois pour rattraper, mais aussi pour faire face aux défis.

 

Les dirigeants et cadres de la République populaire ont su allier autoritarisme politique et gestion économique intelligente. Ont-ils utilisé comme un contre-exemple les déboires de l’ancien empire soviétique ?

l’URSS comme contre-modèle ?

C’est un des points que j’aborde dans ce livre et que j’avais déjà développé dans des ouvrages précédents, portant plus précisément sur la relation Washington-Pékin. Dès les réformes engagées dans la deuxième moitié des années 1980 en Union soviétique, la Chine se méfie de changements qui pourraient affecter le régime. L’année 1989 est à cet égard éclairante, car tandis que Moscou lâchait du lest sur ses États satellites européens, Pékin accentuait la répression après les évènements de la place Tian Anmen. C’est un véritable tournant, car on comprend dès lors que la Chine n’associe pas ses réformes économiques à un changement progressif de régime, douchant les espoirs de ceux qui pensaient alors que la Chine allait inexorablement se démocratiser. On connait la suite : Pékin a accéléré sa croissance mais sans jamais remettre en question l’autorité de l’État-parti, qui s’est même renforcée après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping. Pékin a suivi de près l’exemple de Moscou, et a choisi de ne pas s’embarquer dans la même direction pour ne pas connaître le même sort que l’Union soviétique.

 

Est-ce que vous diriez que la présidence Trump, volontiers brutale et impérialiste et peu regardante quant au droit international, est un accélérateur inespéré pour Pékin, qui passe à peu de frais, et sans doute de manière pas totalement méritée, pour le leader alternatif raisonnable et respectueux des autres ? Dans les faits a-t-on des exemples concrets d’États en passe de tomber d’une sphère d’influence à l’autre ?

face aux errements américains

Les États-Unis sont, depuis plus de deux décennies, obsédés par la montée en puissance chinoise, et cette obsession est partagée par tous les présidents américains, en dépit de leurs divergences profondes sur une multitude de sujets. Côté chinois, l’obsession américaine est liée au rattrapage, comme cela a été mentionné, mais également aux opportunités qu’offre la vacance du leadership américain. La Chine a toutes les raisons de se réjouir d’une politique étrangère américaine grossière et contre-productive, puisqu’elle lui permet de renforcer sa crédibilité auprès de nombreux acteurs, en particulier dans le Sud global. En Asie, le retrait américain d’Afghanistan a permis à la Chine de se positionner auprès de pays soucieux des conséquences sécuritaires dans la région. En Afrique, les difficultés de Washington à concurrencer l’offre chinoise des nouvelles routes de la soie permettent à ces dernières de s’imposer comme la meilleure option offerte à des sociétés en développement. En Amérique latine, l’interventionnisme américain, illustré par l’opération menée au Venezuela, offre également des opportunités à Pékin. Reste le Moyen-Orient, où l’image des États-Unis s’est considérablement dégradée, et la crédibilité de Washington est durablement affectée. En prenant de la hauteur sur le conflit contre l’Iran, la Chine apparait comme une puissance d’équilibre, et est donc à son avantage. De nombreuses études d’opinions, menées notamment par le Pew Research Center, indiquent que dans de nombreux pays du Sud global, l’image de la Chine est aujourd’hui meilleure que celle des États-Unis. C’est un basculement qui aura des conséquences durables, car la Chine est clairement en train d’imposer un modèle de développement dans une grande partie du monde désormais.

 

La présidence de Trump, son interventionnisme assumé notamment en Iran et son goût pour les grands deals, rendent-ils à votre avis plus probable qu’auparavant la perspective d’une réunion de Taïwan par la force ?

Taïwan et la garantie U.S.

Je dirais que le risque vient plutôt d’un deal avec la Chine, dans ce que certains politologues américains qualifient de grand bargain, ou grande braderie. La récente visite de Donald Trump en Chine a montré que pour défendre les intérêts américains, ou la lecture qu’il en fait, le président des États-Unis était prêt à sacrifier la relation avec certains alliés et partenaires. Ses propos lors de son trajet de retour vers Washington sur Taiwan furent l’objet d’un vif émoi à Taiwan, car pour la première fois le président des États-Unis laisse entendre que le soutien de son pays à Taiwan face à la Chine n’est pas automatique. Ce que cherche la Chine est de s’assurer que les États-Unis ne s’engageront pas dans une confrontation avec elle sur la question taiwanaise, ce qui pourrait avoir pour effet, en fragilisant Taipei, de renforcer le projet d’unification. Avec Donald Trump, Xi Jinping pourrait avoir, sur ce point, trouvé un allié objectif. On a cependant vu que le Congrès américain a rapidement pris ses distances avec les propos du locataire de la Maison-Blanche, et rappelé l’engagement de Washington aux côtés de Taipei. Affaire à suivre donc, mais l’agenda chinois reste le même : prendre le contrôle de Taiwan, de préférence sans avoir recours à la force, et donc en négociant avec les États-Unis de nouvelles sphères d’influence.

 

La Russie, objectivement affaiblie par son invasion ratée de l’Ukraine, catastrophique sur le plan démographique et ruineuse sur le plan financier, est-elle devenue pour longtemps, moins un partenaire indispensable qu’un obligé de la Chine ?

la Russie, alliée ou obligée de la Chine ?

La Russie est certes un obligé de la Chine dont elle est de plus en plus dépendante, mais il ne faut pas non plus sous-estimer le pouvoir de Moscou, que Pékin continue de respecter compte-tenu de certains attributs de puissance comme l’arme nucléaire ou son siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. La guerre en Ukraine et les tensions avec l’Occident ont contraint la Russie à se rapprocher de la Chine, dans un mouvement de balancier est-ouest qui est assez représentatif de la politique étrangère russe depuis la disparition de l’Union soviétique. La Chine s’en réjouit d’autant plus que Moscou partage ses vues sur la nécessité d’une désoccidentalisation du monde, telle qu’exprimée notamment dans un communiqué des deux chefs d’Etat quelques jours avant l’agression contre l’Ukraine. La Russie reste donc, malgré ses faiblesses, un partenaire indispensable pour Pékin.

 

Illustration créée avec ChatGPT.

 

Est-ce que les intérêts stratégiques vitaux des États-Unis et de la Chine tels qu’on peut les percevoir rendent plus probable une conflictualité accrue dans les années et décennies à venir, ou bien une entente, tant bien que mal ? Une coexistence dans un même monde, ou bien deux blocs qui se fermeraient l’un à l’autre ?

vers la confrontation entre deux modèles ?

L’hypothèse qui semble, à mon avis, la plus probable est celle du grand bargain évoquée précédemment. La coexistence, basée sur de nouvelles règles et un respect mutuel, est évoqué par la Chine, mais cela pourrait n’être qu’une solution intermédiaire. Le risque de conflictualité à grande échelle, s’il ne saurait être exclu, semble moins pertinent, car personne n’y gagnerait. Quand Xi Jinping critique lors de sa réception à Pékin le piège de Thucydide, il a raison. Par contre, la multiplication de conflits impliquant des proxi ou de crises visant à affecter les intérêts de l’autre est une hypothèse qui pourrait se confirmer, notamment à la faveur d’une volonté de Washington de ralentir la progression de puissance de la Chine.

 

Dans quelle mesure le message et la posture que porte la Chine séduisent-ils les pays qui souhaitent que s’accélère la désoccidentalisation du monde ? Les intérêts de tous ceux-là se verraient-ils réellement mieux servis avec un leadership ou co-leadership chinois ?

le Sud global et l’ascension chinoise

Difficile de savoir s’ils gagneraient au change. Sans doute pas nécessairement. Cependant, tant que les Occidentaux continueront de rabâcher que la Chine pense avant tout à son intérêt propre, ces pays ne les écouteront pas, car c’est précisément ce qu’ils reprochent à l’Occident depuis des décennies. En d’autres termes, un monde dans lequel la Chine jouerait le rôle principal ne serait pas forcément meilleur pour eux, et ils le savent, mais il ne serait pas pire non plus. La croyance selon laquelle le monde porterait aux nues l’Occident pour ses valeurs doit laisser place à une analyse plus lucide des rapports de force, dans lesquels la Chine est désormais capable d’apporter des perspectives de développement que le monde occidental semble avoir abandonnées.

 

L’Europe et la France, qui n’aspirent pas au leadership mondial comme Washington et Pékin, ont-elles à craindre d’un affaiblissement des États-Unis au profit de la Chine, ne serait-ce que pour des questions de valeurs et de systèmes de gouvernement partagés ? La fin de la domination occidentale signerait-elle aussi la fin du modèle démocratique ?

vers la fin du modèle démocratique ?

Dans le volume 5 de La Gouvernance de la Chine, recueil de textes de Xi Jinping qui vient de sortir, le président chinois évoque cette question, en indiquant que les Européens ne devraient pas être subalternes des États-Unis. Il s’agit bien entendu d’une stratégie visant à diviser l’Occident. Cependant, non seulement on constate que l’Occident n’a pas besoin aujourd’hui de quiconque pour se diviser, tant il le fait de lui-même avec brio, mais aussi que cet appel à ne pas être dépendant d’une puissance étrangère fait écho à la position de plusieurs acteurs européens, la France en tête. Il faut donc entendre ce type de message, sans naïveté.

 

Sur la question des valeurs démocratiques, il est évident que la montée en puissance de la Chine fragilise le modèle démocratique. Mais quelle réponse y apporter ? Si on continue de faire comme si la Chine n’existait pas, qu’elle sera incapable de relever ses défis et qu’elle n’est pas si avancée qu’on le dit – message souvent relayé par des observateurs qui n’ont visiblement pas été en Chine au cours des deux dernières décennies – les démocraties occidentales ont du souci à se faire, car le réveil sera très douloureux. Si on prend à l’inverse acte de la puissance chinoise, et accepte de l’intégrer dans le système-monde, dont elle fait de toute façon de facto partie, notamment en élargissant des structures telles que le G7 à d’autres acteurs, dont Pékin, les démocraties seront confrontées à une concurrence de modèle, mais ne seront pas menacées directement. On ne peut plus aujourd’hui nier la puissance chinoise, sauf à en payer inexorablement un prix très fort.

 

Si vous pouviez, les yeux dans les yeux, poser une question à Xi Jinping, quelle serait-elle ?

Xi, les yeux dans les yeux

Comment un pays aussi puissant et lucide que la Chine peut-il continuer de poursuivre une politique si obstinée, déplacée et même idiote vis-à-vis de Taiwan ?

 

Est-il l’empereur rouge le plus puissant depuis Mao ?

Xi, leader le plus puissant depuis Mao ?

Arrivé au pouvoir en 2013 avec un vaste programme de lutte contre la corruption, Xi Jinping s’est progressivement imposé au sommet de l’État, en éliminant ses potentiels rivaux, et en s’engageant dans d’ambitieux projets tels que l’initiative de la ceinture et de la route (nouvelles routes de la soie) ou le rêve chinois, supposé rivaliser avec le rêve américain, et visant à rendre aux Chinois un sentiment de fierté nationale. Xi Jinping est surtout parvenu à mettre fin à la limite de deux mandats présidentiels que s’étaient imposée ses prédécesseurs depuis les années 1990. Actuellement engagé dans son troisième mandat de cinq ans qui prendra fin en 2028, aucun signe ne laisse apparaître qu’il s’agira du dernier. Le culte de la personnalité s’est également renforcé sous Xi Jinping, qui est présenté comme l’artisan des succès de la Chine, et est défendu avec une agressivité parfois troublante à l’étranger par les "loups guerriers", surnom donné aux officiels et internautes qui s’activent autour de toute critique de leur dirigeant. En ce sens, Xi Jinping est le dirigeant chinois le plus puissant depuis Mao Zedong, mort il y a cinquante ans. Mais si on ajoute à cette pratique du pouvoir les moyens exceptionnels de puissance dont dispose aujourd’hui le président chinois, Xi est en fait plus puissant que Mao.

 

Comment envisagez-vous la Chine à l’horizon 2049, année qui devrait être, si tout va bien pour eux, celle du centenaire du régime ?

la République populaire à l’horizon 2049

La Chine sera d’ici quelques années la première puissance économique mondiale, en valeur de PIB, et donc officiellement. Car dans les faits, elle est déjà l’acteur le plus important de l’économie internationale. Dans le prochain quart de siècle, l’écart se creusera avec les États-Unis et le reste du monde sur le poids de l’économie, en dépit des défis à surmonter.

 

La Chine sera, peut-être à égalité avec les États-Unis, la première puissance militaire mondiale. Pas nécessairement dans une logique de conquête et de contrôle, mais plutôt de sécurisation de son économie et des grandes routes commerciales, dans une vision mahanienne (référence au stratège et penseur géopolitique Alfred Thayer Mahan, ndlr) directement inspirée de la trajectoire des États-Unis au XXème siècle.

 

Enfin et surtout, la Chine verra inexorablement sa relation avec les autres puissances et avec ses voisins changer à la faveur de cette puissance, à condition toutefois qu’elle n’en fasse pas un usage déplacé. J’imagine difficile pour le Japon de continuer de s’arcbouter contre la Chine dans les prochaines décennies, et Tokyo sera rappelé par une constante de son histoire : toujours s’arrimer à la puissance dominante. Bref, le monde est en train de changer sous nos yeux, et les résistances de l’ancien monde, qui ne sont pas surprenantes, finiront par céder. Cela ne veut pas dire que le modèle politique et économique chinois triomphera et que chacun devra s’y adapter, mais qu’on ne pourra l’ignorer.

 

Photo : B. Courmont. Source : site de l’IRIS.

 

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