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Paroles d'Actu
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14 mars 2026

Jean-Claude Dreyfus, P3 : « Nicolas, ce sera mon dernier, c'est sûr »

Troisième et dernière partie de mon entretien du 31 janvier - mais pas de nos échanges - avec Jean-Claude Dreyfus : on y aborde quelques points ayant trait à la marche du monde et à la politique, ses amours en particulier avec Nicolas, qui l’accompagne depuis de nombreuses années. Il se confie aussi sur le métier tel qu’il le voit aujourd’hui, sur ses projets et ses envies : cet homme-là n’a pas attendu que sonnent les 80 coups de balai - enfin plutôt de cloche, sinon ça ne veut rien dire - pour savoir ce qu’il voulait. Il sait aujourd’hui ce dont il n’a plus envie, et ce qui l’anime encore : le plaisir. Merci encore à lui pour ce moment, et pour toutes ces confidences ! Il n’a pas fini de nous faire rire, de nous émouvoir, de nous surprendre... J’émets ici le souhait qu’on le redécouvre davantage : il en vaut la peine ! Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

Mes 80 coups de balai ! par Stéphanie Laciak Souyris (Il est midi, octobre 2025)

 

Acte 3

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU (31/01/2026)

Jean-Claude Dreyfus : « Nicolas, ce sera

 

mon dernier, c’est sûr... »

Photo personnelle de Jean-Claude Dreyfus. Avec Nicolas, Anita et Oliver.

 

On parlait des personnalités plus ou moins sympathiques... On dit qu’on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus ses conscrits. Toi tu as un conscrit qui fout un peu le bordel dans le monde entier en ce moment, qui s’appelle Donald. Il est de ton année, il fait aussi les 80 coups de balai en 2026. Qu’est-ce que tu aurais envie de dire à cet énergumène ?

 

Rien. Il faudrait l’enfermer. On enferme des gens pour beaucoup moins, dans les hôpitaux psychiatriques. J’ai travaillé dans des hôpitaux psychiatriques. Tu y trouves des gens beaucoup plus lucides et moins dérangés mentalement que lui ou Poutine. Mais qu’est-ce qu’ils ont ? Ils ont le pouvoir. Ils veulent le pouvoir, ils l’ont. Et avec quand même des traînées de gens qui les suivent, malheureusement. Les gens qui sont derrière Donald Trump, c’est l’Amérique la pire. Quand tu penses que ce pays a eu certains présidents... Obama, ce n’était peut-être pas le bon Dieu, il n’a peut-être pas fait grand-chose. Mais quand Obama a été élu, je sais pas, on pleurait de joie, tu vois. Et quand il a été réélu une deuxième fois, tu te dis, merveilleux. Il n’a pas pu faire grand-chose peut-être de grandiose, mais c’était bien différent... Et maintenant, l’Amérique se retrouve avec un mec comme ça. Là, il y a un film qui vient de sortir, sur sa femme Melania. Apparemment ça ne marche pas du tout. Même les Républicains sont en train d’apercevoir qu’ils se sont peut-être trompés... Il paraît que c’est nullissime comme documentaire. Elle a fait ça pour essayer de remonter la cote de son bonhomme. Tout ça, c’est des magouilles. Le monde est pourri avec tout ça, on ne sait pas où on va...

 

Et justement, dans ce monde tel qu’il est et qui se casse un peu la gueule, qu’est-ce qui t’attendrit encore ?

 

Il y a plein de choses qui m’attendrissent encore, franchement. Heureusement. Sinon, tu te suicides. Tu vois, si tu n’as pas un peu de joie intérieure... Si tu n’es pas entouré par des gens que tu aimes et avec qui tu peux un peu discuter, ou même t’engueuler... mais tout ça c’est pas grave, ça fait partie de la vie. On est bien dans notre village. On a quelques amis. Franchement, je ne regrette pas de n’être plus à Paris. J’ai plus envie de sortir dans le monde, dans les choses officielles. J’ai plus envie de paraître, je m’en fous. Rien ne me manque. Je ne suis pas le genre d’acteur, comme j’entends à la télé, qui va te dire qu’il continue à travailler « pour son public ». Le public, j’aime bien quand il est là. Je le respecte. Mais je veux dire, ce n’est pas le public qui me motive à jouer une pièce. Après, tu es content quand tu as du succès. Parce que ça marche. S’il y a un truc qui ne marche pas, ça s’arrête.

 

Franchement, rien ne me manque. Pas même le théâtre. Je ne pense pas que je referai du théâtre, à part des petites choses, peut-être la lecture de mon livre, chantonner à droite à gauche. Mais du théâtre avec une équipe, je doute que je recommence à en faire. On a proposé des pièces ces derniers mois, mais ça m’étonnerait qu’on me propose une pièce qui me plaise à en craquer, qui ait des gens autour formidables, avec qui je veuille bien m’entendre, et qui soit bien payée. Ça fait beaucoup d’ingrédients qui ne vont pas se trouver à notre époque. Donc je ne pense pas que je referai du théâtre.

 

Après, je veux bien tourner un petit peu, parce que ça m’amuse d’aller tourner. Là, j’ai tourné un très joli court-métrage qui va sûrement faire du chemin, qui s’appelle Le Libraire. Je suis monté à Paris trois jours. Et là, je vais peut-être en faire un autre au mois de mars, qui me plaît aussi. J’ai aussi un ou deux projets de longs-métrages qui traînent. Ils se feront ou ils ne se feront pas, je ne sais rien. Je ne fais pas tellement de bile et d’illusions, ça a toujours été comme ça. Delicatessen, je ne sais pas si tu connais l’histoire, mais quand ils sont venus me voir, ce n’était pas pour me proposer le rôle que j’ai finalement eu. Comme j’ai un physique particulier, ils m’ont proposé d’être un personnage dans le sous-sol. Mon rôlé était au départ attribué à Jean Bouise, qui est mort pendant le travail préparatoire pour monter Delicatessen, qui a duré trois ans. Quand ils sont arrivés chez moi, tout d’un coup, ils ont eu un déclic - j’ai su ça un an après - et je suis devenu le boucher. On devait tourner 15 jours, trois semaines après. On a tourné, je ne sais pas combien de temps après, six mois, un an. Pendant ce temps-là, je continuais à jouer au théâtre. On parlait de chance tout à l’heure. Le film s’est fait à l’église de Pantin. Je jouais en même temps à Gambetta avec Jorge Lavelli dans La Nona. Il y avait trois kilomètres entre mes deux lieux de travail, où je jouais deux monstres très différents. C’est une chance folle. J’ai pu faire ce film qui a été important, évidemment. C’est du pot...

 

>>> Delicatessen <<<

 

Dans ton livre, tu parles aussi beaucoup de tes rencontres amoureuses, parfois avec tendresse, parfois sans concession. Est-ce que tu dirais qu’aujourd’hui, avec Nicolas, ce que vous avez construit, votre petit cocon, votre petit paradis, tu es plus heureux à tes 80 coups de balai qu’à tes 70, à tes 60 ?

 

Oui, de toute façon, je suis toujours heureux avec le dernier. C’est comme Piaf. Dans ma vie, comme je suis fidèle, ça a toujours été le dernier à chaque fois. Et puis c’est arrivé que ça ne soit plus le dernier. Mais là, avec Nicolas, c’est le dernier. C’est sûr. 17 ans déjà. Il y en a qui sont morts. Et il y en a que je ne veux plus voir du tout. Et puis il y en a que je peux revoir : on a une amitié qui reste, comme ça. Mais à chaque fois que je vois untel ou untel, je me dis que j’ai bien fait de le quitter. On a bien fait de se quitter, en tout cas. J’aime mieux dire ça comme ça.

 

Quand j’ai connu Nicolas, j’avais 63 ans. Lui aussi, il était beaucoup plus jeune. C’est le hasard de la vie, la chance aussi de trouver quelqu’un à 60 et quelques années avec qui tu vas vraiment t’entendre. Tant mieux. Ça aurait pu ne pas se faire. Quand j’ai rencontré Nicolas, j’étais libre. J’étais sur trois coups en même temps. Il y en a un que j’ai éliminé tout de suite. Il y en a un autre qui a rendu jaloux Nicolas pendant des années. Je vais te raconter un truc, c’est drôle. À chaque fois qu’il avait le hoquet, je lui parlais de ce garçon et ça coupait son hoquet. Bon, c’est passé. Il y a quand même 17 ans que je ne l’ai pas vu... On ne va pas non plus créer de la jalousie inutile. J’étais à l’essai. J’étais libre. Quand j’étais sur trois coups différents, il a fallu que je choisisse, un moment ou un autre. Ça s’est bien présenté. J’ai choisi. J’aurais pu me tromper. Quand tu rencontres des gens, que ce soit de n’importe quelle façon, tu ne sais pas comment ça va se passer... Après, donc, il y a eu le mariage. Je me suis dit que ça allait devenir pépère. On est mariés maintenant. Ça fait peur. Mais c’est bien. On est contents. Il y a une plus grande confiance qui se crée.

 

Un apaisement, une paix intérieure...On en parlait un peu tout à l’heure : quel conseil donnerais-tu à un jeune qui serait passionné de théâtre ou de cinéma et qui aurait envie d’en vivre ?

 

Tu veux savoir ce que je leur dirais ? En un mot : vous vous démerdez. C’est ce que j’ai dit en amplifiant un peu, en racontant d’autres choses. J’ai fait quelques masterclass. D’ailleurs, ici, je suis en train de construire un endroit dans un de mes jardins, une petite scène où je ferai peut-être une soirée, à cheval sur le jour et la nuit, au printemps et en automne, avec des petits spectacles, un peu de concerts. Et puis, des projections de courts-métrages en même temps. Je ferais ça une ou deux fois dans l’année. Pour les gens qui viendront, je ne veux pas que ça soit officiel. Je veux que ça soit à bâtons rompus. Ça sera gratuit, les gens viendront. Ils auront de quoi s’asseoir, ils auront de quoi boire. Et peut-être de quoi manger, si je fais venir des pizzas du restaurant d’à côté. C’est un truc à organiser. Et peut-être, sur cet endroit qui est en train de se construire là, quand il va s’arrêter de pleuvoir, je vais peut-être faire deux, trois, quatre jours de masterclass avec une dizaine de jeunes, garçons et filles. Je leur demanderai de faire une petite pièce qu’on présentera ce jour-là...

 

Et donc c’est le conseil que tu leur donnerais, de se démerder...

 

Oui, mais d’une façon générale, si tu fais une masterclass, c’est que les gens attendent que tu leur donnes des conseils, mais quels conseils je peux donner à des jeunes ? Dé-mer-dez-vous ! Ayez de l’invention, de l’imagination, de la curiosité. Après, les seuls conseils que je peux leur donner, c’est ce que je te raconte. Sortez, allez voir du monde. Poussez la chance. Il ne s’agit pas de se prendre pour un grand acteur ou un grand musicien, mais il faut quand même avoir confiance en soi. Aller au-devant , ne pas rester derrière, ne pas être timide. Même si tu es timide : vaincre ta timidité sans que ça soit de l’abus.

 

Je me souviens très bien, quand j’ai joué Ornifle de Jean Anouilh, avec Patrice Leconte qui en avait fait la mise en scène, on a joué à Paris, ça a été un succès pendant quelques mois, et après on est partis en tournée. Il fallait remplacer deux rôles, parce que Michèle Laroque ne voulait pas partir en tournée. Celui qui faisait mon fils ne pouvait pas non plus, parce que lui allait faire l’école de Strasbourg, donc ça l’empêchait de partir en tournée. Donc il a fallu remplacer deux rôles, un rôle de femme, qui était important, et un rôle de garçon, qui était aussi important. Patrice Leconte m’a demandé si je voulais faire les auditions, si je voulais être là. Après tout ces gens allaient jouer avec moi, donc j’aimais autant pour la tournée que ce soit des gens plutôt agréables. Le premier jour qu’on a fait, on a vu au moins une trentaine de mecs. Il y en a un qui se détachait de tout ça... Moi j’étais sur scène, je n’avais pas joué pendant six mois la pièce, donc j’avais le texte à la main. Il y en a quand même un qui a eu culot de me dire, «  Vous ne savez pas le texte, M. Dreyfus ? » Il y en a plusieurs qui, en partant, ont dit « Il faudrait me donner vite des nouvelles, parce que j’ai plein de projets ». C’était tout cuit, là. La façon dont c’était dit. On n’avait pas besoin de se parler avec Patrice : on n’en a pas trouvé un.

 

On a fait une deuxième session, où il y en avait une dizaine, ou une quinzaine, beaucoup moins. On en a trouvé un autre. On en avait deux, sur 40 personnes, avec des petits cons. Deux qui sortaient du lot. Alors, on en a choisi un des deux. Et les filles, pour remplacer Michèle Laroque, on en a vu une dizaine. Elles étaient toutes bien. Elles apportaient toutes quelque chose. Elles avaient travaillé le truc, elles étaient charmantes. Elles n’étaient pas prétentieuses et tout. Ça a été dur, mais il a fallu en choisir une. Il ne pouvait pas faire autrement, il n’y avait qu’un rôle. Elles étaient toutes bien.

 

Des fois, les jeunes comédiens, ils se prennent pour je ne sais pas quoi. Alors, ce que je peux leur donner comme conseil, c’est, soyez vous-mêmes mais naturels. Ne jouez pas la comédie du parvenu, de celui qui est déjà arrivé quelque part. Et soyez au moins un peu humbles. Tout en existant. En étant là, en ayant de la personnalité. Et en travaillant.

 

Et à cet égard, tu as l’impression que globalement, les jeunes comédiennes sont peut-être plus adaptées que les jeunes comédiens...

 

Il n’y a aucun problème. Les filles sont beaucoup mieux. Je me suis fait gruger une fois au cours Florent. On m’avait demandé de participer à un jury de fin d’année. Donc, j’avais dit oui. J’avais été flatté. Connement flatté. Quatre jours d’horreur. D’horreur ! Et tous les mecs, je devais leur mettre des notes, pas des notes chiffrées, des notations comme ça, tu vois. Je veux dire, tous. Je ne sais pas si c’était une année où tous ces pauvres garçons, on ne comprenait rien à ce qu’ils disaient... Ils étaient courbés en deux. Alors, je sais bien, Laurent Terzieff jouait la moitié du temps courbé en deux. Parce qu’il avait des problèmes, tu vois. Mais c’était Laurent Terzieff. On comprenait ce qu’il disait. Ils jouaient tous introvertis, courbés en deux, etc. Et toutes les filles étaient aussi formidables. Même si tu n’aimais pas le jeu de toutes, elles apportaient toutes quelque chose. Elles étaient intéressantes...

 

Et alors, tu en as un peu parlé, mais tes projets, tes envies, surtout ? Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter ?

 

Déjà que je garde la santé. C’est la première chose. Parce que malgré tout, là, tu vois, j’ai l’air d’aller bien. Je bavarde, je parle et tout. Et là, ça va aujourd’hui. Il y a des jours où je ne dors pas assez. Il y a des jours où j’ai mal partout. Je ne te souhaite pas de vieillir. Malgré tout, on vieillit, on s’abîme petit à petit. Et ça, j’essaie de faire attention, sur les apéros, des choses comme ça. Me souhaiter déjà, que je tienne le coup, que je ne crève pas tout de suite. Et puis, moi, ce qui m’amuse, c’est que je vais peut-être faire une petite masterclass, comme je t’ai dit. Je vais leur faire jouer un petit truc comme ça pour le jour où on le fera. Tourner un peu à droite, à gauche si ce n’est pas trop loin, parce que je ne veux plus me faire de voyages. J’ai trop peur de faire des voyages, d’aller au bout du monde maintenant et de crever au bout du monde. J’ai pas envie de ça... Je voudrais que ce soit en France, pas trop compliqué niveau voyage.

 

Tu sais, j’ai été faire une lecture d’une pièce il y a six mois à Lyon. Trois heures et demie en TGV, si tout va bien. On l’a répétée deux jours. Une pièce de Michel Noir, qui a été maire de Lyon – et qui a eu des problèmes. Il s’est mis à l’écriture et a écrit une pièce qui, je dois dire, n’est pas mal. On dirait du Beckett. Ce n’est pas très gai. Ça ne me déplaisait pas pour aller faire une lecture une fois. Je l’ai fait. Mais eux, le metteur en scène et mes deux camarades, qui étaient très bien, avec qui je me suis hyper bien entendu, ils avaient envisagé que je dise oui pour faire une tournée. Mais je savais que je ne ferais pas de tournée. Je voulais faire l’expérience de la lecture quand même. C’était très bien. Les gens étaient contents. Mais j’ai redit que je ne ferais pas la tournée. Et le voyage, qui a duré beaucoup plus que prévu, a été crevant. J’ai mis trois jours à m’en remettre.

 

Les voyages, c’est compliqué. J’ai mal aux jambes. J’ai mal partout. Les 80 ans, ils existent... Même si je n’ai pas l’air : je ne suis pas ridé, je ne suis pas tapé, j’ai de l’énergie de temps en temps. Je me repose. Là je suis assis, tout va bien. On se parle, pas de problème. J’ai été tourner pendant 3 jours à Paris, ça s’est très bien passé. Pas trop longtemps. Je n’ai plus envie de trucs trop longs. Je ne pourrais plus partir 6 mois et demi comme j’ai fait au Cambodge avec Jean-Jacques Annaud (pour Deux Frères, ndlr). C’était génial. J’ai adoré. On a vu tout ce qu’il fallait. L’équipe était sympa. Jean-Jacques a été super. J’avais des camarades qui jouaient avec moi qui étaient adorables. Mais ça, je ne pourrais plus...

 

Pour conclure, si tu avais un dernier mot, pas le dernier mot ultime, mais comme mot pour conclure notre échange ?

 

Un dernier mot par rapport à ton interview : vive la vie quand même. Continuons jusqu’à plus soif. Il faut continuer à vivre comme on a toujours vécu, quoi qu’il arrive, quoique... Je sais pas ce qui va nous arriver aux municipales, même pour mon village, tu vois. Nous, on sait pour qui on veut voter. Notre maire, il est super. Mais est-ce qu’il va pas se faire passer devant ? Dans ces petits villages, tu peux pas savoir. Les gens votent Front national. Tu ne comprends pas pourquoi. Alors est-ce qu’on aura le même maire, j’espère. Et qu’est-ce qu’on aura comme gouvernement dans un an et demi ?

 

Ça, c’est une bonne question...

 

Mais je suis pas le genre à dire je vais quitter la France. Malgré tout, je vais rester. Et puis on verra. Tu as vu le film Vive la crise ?

 

Oui, je l’ai vu.

 

C’est un film que j’ai fait avec un monsieur qu’on aimait beaucoup, Jean-François Davy. Ce film, on l’a fait juste avant la première élection de Macron. Donc c’est pas tout jeune, déjà. Maintenant, ça passe vite, le temps. Alors je dis pas que c’est un film extraordinaire, mais c’est un joli film quand même, qui a beaucoup de poésie, parce que c’était un mec génial. Il a eu une vie un peu suicidaire, il en est mort... Un mec qui était absolument génial. C’est quelqu’un qui a gagné beaucoup d’argent à une époque avec des films érotiques, à l’époque des cassettes. Il était classé quand même un peu à l’écart... Tu vois, les Français ne sont pas généreux. C’est un mec qui avait beaucoup plus de poésie et de talent que ce qu’il avait fait au début. Il a produit son film lui-même. Et comme le film n’a pas marché, il a revendu des immeubles qu’il avait. Il s’est acheté un hôtel en Afrique. À une heure de Dakar. Un magnifique hôtel luxueux où nous avons été avec Nicolas pendant 10 jours, invités par lui. Bref, il est mort depuis... Et dans le film, il y a une scène où je fais un genre de clochard...

 

>>> Vive la crise <<<

 

Dans un supermarché, je crois...

 

Oui, il y a une scène dans un supermarché, mais là, c’est dans un bistrot. Au début du film, c’est dans un bistrot avec Bigard. On est tous les deux à table et puis dans le café, il y a plein d’alcoolos, de gens qui parlent, des bistrots quoi, de Paris. Et il y a une télé. C’est dommage, le film, ils l’ont sorti trop tard. Il fallait le sortir avant, au moment des élections. Il y a dans cette télé qu’on regarde dans un café, Marine Le Pen qui est devenue présidente de la République. Il y a un interview, ils ont truqué la chose, où elle démissionne pour incompétence. Donc il y a une chose un peu drôle comme ça, intéressante d’un certain point de vue... Alors si jamais on passe à l’extrême droite, là, on va se battre pour qu’elle ne reste pas. On dit ça à chaque fois, qu’ils ne vont pas passer. Il faudra trouver quelqu’un d’autre, je ne sais pas qui....

 

(…) Pendant deux ans, j’ai été directeur artistique, à Fréjus, il y a déjà quelques années. Et c’est tombé au moment des municipales. Et à l’époque, c’était à droite, Fréjus, mais ce n’était pas encore extrême droite. Et j’étais là, dans ce festival, je choisissais 5-6 pièces pour le festival, j’ai été voir beaucoup de spectacles, etc, pour faire un choix. Certains, qui étaient à la Culture, me disaient : « Prends ce spectacle-là, parce que j’aimerais bien me taper une petite qui joue dedans ». J’ai été voir le spectacle, c’était une espèce de merde. Et évidemment, je ne l’ai pas pris. Et j’ai fait une très jolie distribution de spectacles, il y en avait pour tout le monde, il y avait des choses drôles, des choses un peu plus pointues. Franchement, j’avais fait une très bonne sélection. Et la deuxième année, j’étais très bien payé. J’étais revenu parce qu’ils voulaient que je revienne. Et là, il y a récidive sur le même spectacle, etc. Et finalement, je n’ai pas eu accès à l’enveloppe comme la première année. Ils ont voulu absolument tel spectacle. Et s’ils ne l’achetaient pas, les filles prenaient toute la caisse. Un spectacle nul. Les filles étaient nulles. Elles sont parties avec la caisse, sans dire au revoir à personne. Le lendemain, je suis monté sur la scène en présentant le spectacle qui était le dernier spectacle. Et j’ai démissionné en disant que je ne reprendrais pas. À cette époque-là, ils ont construit entre Fréjus et Saint-Raphaël un théâtre, ce qu’ils appellent un théâtre d’agglomération. Et comme j’étais sur le coup, il était question peut-être que je puisse le diriger. Heureusement, je ne suis pas rentré là-dedans parce que c’est complètement politique. Fréjus et Saint-Raphaël, c’est la guerre entre les deux villes. Et l’année d’après, ils sont devenus Front national – je dis toujours « Front national ». Et ils sont depuis Front national, avec Rachline. Et il n’y a plus de festival, il n’y a plus rien.

 

Bon... On va quand même rester sur "Vive la vie" ?

 

Et sur l’espoir. L’espoir qu’on puisse tous, les uns et les autres, continuer à au moins être heureux d’une façon ou d’une autre...

 

En tous les cas, je suis bien content de cet échange. Merci beaucoup à toi. Je vais tout retranscrire par écrit. Je ne te cache pas que ça va être très long...

 

Avant de conclure, je te raconte une histoire. Ça peut te mettre la pression, mais c’est pour te faire rire. J’ai rencontré une journaliste il y a quelques années. Pour une pièce, mais L’Anglaise et le duc était encore à l’affiche. Le film a fait presque un million d’entrées. J’ai rencontré cette journaliste, dans le café où je recevais. Déjà, son magnétophone ne marchait pas. Elle écrivait à l’envers. Je me suis dit qu’elle n’allait rien comprendre à ce qu’elle écrivait. On arrive à mettre les piles dans son truc et on commence l’interview. Elle commence à me parler de ma pub (le fameux Monsieur Marie, ndlr). J’ai dit, en gros : « Je n’ai aucun problème à vous parler de ma pub, qui a été réalisée par Patrice Leconte, mais on ne va pas faire 3 colonnes avec ça. C’était très amusant à faire, mais ça n’existe plus depuis des années, donc je ne tiens pas à en parler trop parce que ça ne me rapporte rien. Et c’est de la publicité, ce n’est rien d’autre que de la publicité. Vous pouvez quand même essayer d’en parler si vous voulez. Ça ne me pose pas de problème. Et puis, en même temps, vous pourriez parler aussi du film L’Anglaise et le duc, d’Éric Rohmer, qui est encore à l’affiche. J’espère pour encore une ou deux semaines. »

 

Un chouette film.

 

C’est un superbe film. Je l’ai revu il n’y a pas longtemps. On a essayé de faire une projection à Narbonne. Ils ont restauré l’image avec les moyens d’aujourd’hui. Je l’ai trouvé magnifique. On se quitte avec la journaliste. Et puis, le truc sort. C’était dans France Soir. Je ne sais même pas si ça existe encore, France Soir. Et je lis le truc. Et elle parle évidemment de ma pub. Et on arrive à « Jean-Claude Dreyfus, merveilleux dans le film d’Éric Rohmer... », Rohmer étant écrit n’importe comment. Tu vérifies sur ton ordinateur, « … L’Oncle Zelduc ».

 

>>> L’Anglaise et le duc <<<

 

(Rires)

 

Oui, comme tu dis, tu restes assis. C’est pas pour te mettre la pression. Là c’était trop tard, on ne pouvait plus le corriger.

 

A priori, je pense pouvoir faire affaire mieux déjà. Donc, ça va au niveau de la pression.

 

C’était imprimé. Elle ne m’a pas envoyé avant. J’articule quand même, même si je parle un peu du nez. Quand je dis L’Anglaise et le duc, je ne dis pas L’Oncle Zelduc. Non, mais tu rêves...

 

Ça peut être un titre de film sympa remarque, L’Oncle Zelduc.

 

L’Oncle Zelduc d’Éric Robber !

 

Quelque part, vu que toi, je sais que tu aimes bien les jeux de mots et jouer avec les mots, peut-être que ce petit hommage involontaire aura pu te faire sourire aussi. Mais bon, c’était pas forcément...

 

Ça peut faire le début d’un beau spectacle, c’est vrai. C’est pas mal. Je commence par raconter ça. Un spectacle qui s’appelle L’Oncle Zelduc. C’est absurde. De commencer sans connaître l’histoire. L’Oncle Zelduc. Oui, c’est rigolo. C’était pour finir sur une note marrante.

 

En tout cas, je tâcherai d’être un peu plus à la hauteur que cette journaliste.

 

Tu n’auras pas de mal. Je sais que tu feras quelque chose de bien.

 

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14 mars 2026

Jean-Claude Dreyfus, P2 : « Si tu ne t'amuses pas, tu ne peux pas donner de plaisir aux autres »

Dans cette deuxième partie de mon entretien-fleuve avec le comédien Jean-Claude Dreyfus (la première est à retrouver ici), toujours en date du 31 janvier, il est question de rôles marquants, sur les planches comme sur grand écran, de chance et de volonté, d’humour et de rap, des productions d’aujourd’hui... De rencontres aussi : avec Jeannine Worms, avec Daniel Schmid, avec Amélie Nothomb, avec Yves Boisset, avec Alain Delon, avec Anny Duperey, que je salue amicalement au passage... Acte 2... enjoy ! ;-) Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

Mes 80 coups de balai ! par Stéphanie Laciak Souyris (Il est midi, octobre 2025)

 

Acte 2

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU (31/01/2026)

Jean-Claude Dreyfus : « Si tu ne t’amuses pas,

 

tu ne peux pas donner de plaisir aux autres... »

Photo personnelle de Jean-Claude Dreyfus. Avec Oliver (à gauche) et Anita (à droite).

 

Le Mardi à Monoprix, c’est vraiment un de tes grands moments de théâtre ?

 

Ce n’est pas le seul. Il y a un moment qui a été très difficile, très lourd, c’était L’Hygiène de l’assassin, le livre d’Amélie Nothomb que j’ai joué. Je me suis pris au jeu, ça a dépassé le cadre du théâtre. D’un coup, je me suis retrouvé à 170 kg, en étant plus monstrueux que le personnage...

 

Tu en parles bien dans le livre d’ailleurs...

 

Sur scène, pendant les premiers mois, j’avais une prothèse pour mon ventre, et au bout de trois mois, j’ai enlevé la prothèse parce que j’avais pris 40 kg - et ça va plus vite de prendre 40 kg que de les perdre ! Amélie Nothomb venait au début, elle me disait, « Ça va, vous supportez le rôle ? » Je lui disais, « Ben oui, je suis monstrueux pendant deux heures, tout va bien. » Au bout de quelques mois, ça s’est inversé. Sur la scène, je n’étais plus monstrueux, j’étais encore plus monstrueux parce que j’étais absolument dans un autre mode : on aimait ce gros bébé immonde, odieux. Et dans la vie, en revanche, j’étais devenu insupportable, odieux, je ne supportais plus mon corps, ma vie, j’emmerdais, j’engueulais tout le monde/ Et pendant deux heures, là, j’étais dans la chose monstrueuse, mais le délice de la monstruosité. Donc oui, je me suis blessé un peu pendant le jeu du rôle, mais c’était bien aussi. Un grand moment. Les gens avaient très peur de ce qui se passait avec moi. C’était hyper réaliste...

 

>>> L’Hygiène de l’assassin <<<

 

Et là encore, l’improvisation a joué...

 

La vie est une grande improvisation. N’importe quelle aventure que tu fasses, même avec le plus grand texte du monde, à l’intérieur, tu improvises des choses imaginées. Chaque jour, avec les mêmes mots, les mêmes gestes, les mêmes pieds sur la scène, dans ta tête, tu improvises quelque chose de différent... C’est même intime, tu vois ? À la limite, ça ne te regarde pas. Je parle de toi ou du public. Je dis parfois : mangez ce qu’on vous donne. Mais la cuisine ne vous regarde pas.

 

Et la chance ? Quelle a été la part de la chance dans ton parcours artistique ?

 

Je ne sais pas. Parfois, il faut la provoquer, la chance. Je raconte souvent que j’ai travaillé parce que je suis beaucoup sorti. J’étais là et au moment où il fallait être... Par exemple, il y a un endroit qui s’appelle La Maison de la Poésie à Paris - le patron n’est plus le même malheureusement, il a créé cet endroit qui était magnifique. À la Maison de la Poésie, tu montres des poètes. Et j’avais décidé de faire un spectacle sur La Fontaine. Finalement, Luchini a, avant moi, fait un très joli spectacle sur La Fontaine. Je n’allais pas en refaire un... Un jour, je vais au théâtre, dans une générale où il y a du beau et du gratin. J’y vois mon directeur de la Maison de la Poésie, qui me demande si j’ai prévu de monter quelque chose chez lui prochainement. Je lui dis : rien, peut-être un spectacle que j’ai fait il y a 20 ans. Un montage de textes de Cocteau. Ses ayants droit avaient refusé que je le fasse, parce qu’ils avaient peur que je fasse un spectacle de « follasse », en ne montrant que l’homosexualité de Cocteau. Ce qui n’était absolument pas le cas. Ça s’appelait La Commode sans tiroir. Il n’y avait que le titre qui était de moi, le reste, c’était tout de Cocteau. Au départ il ne croyait pas que Cocteau était un poète. On rêve !

 

Il y a un auteur que j’ai joué et que j’ai même mis en scène - la pauvre chérie, elle n’est plus là. Elle s’appelle Jeannine Worms. J’allais souvent déjeuner chez elle. Elle avait eu des entretiens avec Jean Cocteau, pour Le Figaro, L’Aurore, Le Monde, etc. Elle avait une boîte à chaussures, un jour elle me l’a mise sur les genoux. J’ai regardé là-dedans. Et j’ai trouvé une lettre magnifique de Cocteau, qui était une réponse à Jeannine Worms sur le théâtre et l’art en général. Je me suis servi de cette lettre pour commencer mon spectacle. À la fin de ce texte, tout était permis. Le rideau de scène tombait par terre. Et il y avait des techniciens qui tiraient derrière, pour faire un tapis de sol. Et le seul décor que j’avais, c’était un meuble que j’ai chez moi, un meuble de tri de la Poste, qui était vide, c’est-à-dire la « commode sans tiroir ». Le spectacle que j’avais fait, le montage, avec des textes de Cocteau était magnifique. Et ça a eu un succès fou. Voilà, j’ai toujours travaillé un peu comme ça.

 

Quand tu sors, les gens te voient, ils me voyaient dans le temps. « Mais oui, pourquoi on n’a pas pensé à lui ? Mais bien sûr. » Des histoires comme ça, je peux t’en raconter plein. Tu vois qui sont, Daniel Schmid et Fassbinder ? Des Suisses allemands. Daniel Schmid était un de nos clients à La Grande Eugène. Et puis on est devenus copains. Et un jour, je le vois, après mon spectacle, on allait dans un restaurant-boîte de nuit, qui s’appelait Le Sept, qui était rue Sainte-Anne, un endroit qui était notre deuxième maison. Mon Daniel Schmid était un poète lui-même, il est mort aussi, le pauvre chéri... Ils sont tous morts, de toute façon... Je suis encore vivant, je ne sais par quel mystère. Et donc, mon Daniel, il me raconte sa vie. Il me dit, « Je suis en train de préparer un film, en ce moment, ça va être formidable, ça s’appelle L’Ombre des anges, on va le tourner à Vienne, en Autriche. » Moi, je ne demande rien. Il voulait proposer un rôle à Piéral, qui était un nain fameux. Il a fait beaucoup de grands films, Les Visiteurs du soir, et plein d’autres choses. Il me dit, « Je vois Piéral demain ». Je lui dis, « Si jamais Piéral te dit non, tu n’as qu’à me prendre ! » Pour rigoler. Il rencontre Piéral, et puis une semaine après, il m’appelle un matin, un matin où j’étais encore endormi, parce qu’on se couchait très tard à cette époque, et il me dit : « Jean-Claude, est-ce que tu veux faire le rôle de Piéral ? » Je lui dis, mais bien sûr, mais bien sûr... Il me répond que c’est sérieux. Je lui dis : d’accord, mais tu continues à appeler le rôle « Le Nain ». Ambigu et drôle. Je fais 1m88... Il me dit : mais oui, bien sûr, je ne veux pas changer le nom du rôle. Je lui demande s’il plaisante...

 

Finalement j’ai passé deux mois à Vienne à tourner dans ce film, L’Ombre des anges, qui est un magnifique film qu’on ne peut voir que dans certaines cinémathèques. L’Ombre des anges, c’était une pièce de Fassbinder qui a été interdite en Allemagne, Sa narration se faisait sur le même mode que Le Juif Süss, qui était un texte de propagande nazi. Il avait cette même trame du Juif Süss, mais c’était anti-nazi, c’était pour raconter l’inverse. Et le film, c’est une poésie pure qu’a fait Daniel Schmid avec ce texte. Il y avait Ingrid Caven, il y avait tout ce monde-là. C’était absolument pas un film de propagande nazi, bien évidemment. Et ça a fait une grosse polémique. Dreyfus déjà, mon nom, qui faisait un rôle comme ça, « Le Nain », ça a été très compliqué... On a reçu pas mal de projectiles à Cannes, et on avait fait un débat un jour à la Fnac, c’était assez compliqué. Mais voilà, j’ai joué des choses, j’ai fait ce film, mais il y a beaucoup de choses comme ça que j’ai faites dans ma vie, parce que je me suis bougé un peu, je suis sorti, et les gens, tout d’un coup, dans les premières ou les générales, me voyaient, je suis assez grand. Les gens commencent à penser à toi... Et puis il y a des gens qui ont pensé à moi parce que j’étais censé être un bon acteur et qu’il y avait des rôles pour moi, mais c’est vraiment le destin, la chance, il faut les forcer un peu... Si tu restes chez toi, c’est sûr que personne ne va t’appeler. Ça n’existe pas : il faut bouger, il faut rencontrer du monde...

 

Autre chose que je peux raconter en deux mots : avec Yves Boisset, j’ai fait cinq films. Yves Boisset qui vient de nous quitter il n’y a pas longtemps, le pauvre... Je le connaissais avant d’avoir tourné avec lui, je le rencontrais dans des soirées agréables, des soirées où les gens se retrouvent. Je le connaissais, on se parlait, on rigolait, je savais qui il était évidemment. Yves Boisset, j’avais vu des films à lui, et un jour - c’est le seul avec qui j’ai fait ça -, je me suis permis de me mettre devant lui et de lui dire, « Tu sais Yves, je ne suis plus danseuse de cancan, artiste travesti à La Grande Eugène, je suis devenu comédien. » Il m’a fait tourner, très peu de temps après, un très beau film qui s’appelle Allons z’enfants, où je faisais le capitaine Maryla, un très beau rôle, et après j’ai fait 5 films avec lui. Si je ne l’avais pas dit, il n’aurait peut-être jamais pensé à me faire tourner. Je me dis que j’aurais dû le faire plus souvent. Je sais qu’il y a des acteurs qui écrivent et qui passent leur temps à aller faire chier les metteurs en scène. Moi, ce n’est pas trop mon truc, parce que je trouve qu’un réalisateur ou un metteur en scène du théâtre, c’est lui qui doit découvrir et demander, qui doit dire : « je vous aime », « je vous veux », ce n’est pas à moi d’aller les chercher. C’est un peu de l’orgueil mal placé, j’en ai conscience.

 

>>> Allons z’enfants <<<

 

Mais en tout cas, je comprends bien l’idée de la chance qui doit être provoquée et qui ne viendra pas comme ça...

 

J’ai les dents du haut un peu écartées. Il paraît que c’est des gens qui sont chanceux ! J’aurais pu faire plus de choses. Il y a beaucoup de choses que j’ai ratées. Et souvent, par ma faute...

 

Justement, est-ce qu’il y a un rôle ou un projet que tu aurais aimé ou que tu aimerais écrire toi-même ?

 

Écrire, non. Il y a des choses que j’aurais aimé qu’on me propose. On avait fait une projection de Delicatessen il y a 2-3 ans où il y avait Jean-Pierre Jeunet, Dominique Pinon et moi. On était là pour le débat. Et la personne qui nous interrogeait nous demandait à chacun ce qu’on aimerait encore faire qu’on n’aurait pas encore fait. J’aurais bien aimé faire trois biopics. Un, déjà, sur Pierre Carré. Tu ne sais pas qui c’est, mais je vais te le dire : Pierre Carré, c’était une vedette inconnue au bataillon, mais une vedette de Pigalle. Il y avait un café qui s’appelait Le Noctambule, où la terre entière venait se retrouver, des gens hyper connus venaient y faire des bœufs. Il y avait une petite scène qui devait faire 1m sur 1m50. Et lui, Pierre Carré, pendant des décennies, avec son costume rouge, sa choucroute de rockeur et tout, il chantait des chansons françaises. C’était une figure de la nuit. On avait commencé même à travailler dessus...

 

Sinon, le mari de Mary Meerson, Henri Langlois, qui a créé la Cinémathèque de Paris. Ou encore, un biopic du mari de Frida Kahlo, Diego Rivera. Tu vois, il y avait trois biopics possibles avec moi, et j’aurais adoré qu’on fasse ça. Des stars inconnues, ça aurait été bien de les mettre en lumière. Chacun a apporté quelque chose d’important dans une forme d’art, ou comme créateur, de la Cinématique à Paris par exemple. Le mari de Frida Kahlo était un peintre important et on parle toujours d’elle, très peu de Diego... C’est des choses que j’aurais aimé faire, mais il est encore temps, je ne suis pas encore complètement mort...

 

Et ça ferait sans doute de beaux films. Et d’ailleurs tu exclus complètement toi l’idée d’être dans la mise en scène, la réalisation ? Si maintenant on te disait, on vous donne un gros budget et vous faites ce que vous voulez, le projet artistique que vous voulez avec cet argent...

 

C’est compliqué ça. Personne ne viendra me dire ça... Je te raconte une histoire : j’étais ami avec Jean-Pierre Coffe. Un jour, il me donne un livre, Le Lièvre de Vatanen. Je ne sais pas pourquoi il me donne ce bouquin, et je le lis. C’est un truc magnifique, un peu mystérieux etc. Et je pense qu’il m’a donné ce bouquin en voulant dire : ça serait bien que tu arrives à monter cette affaire pour en faire ou du théâtre ou un film. Je l’ai lu, je l’ai adoré, et je n’en ai rien fait. Christophe Lambert a plus tard fait Le Lièvre de Vatanen, qui est une horreur totale - ils n’ont rien compris au bouquin. J’avais ça dans les mains, je pense qu’il me l’a donné dans l’espoir que je fasse, et je n’ai rien fait...

 

Une fois, on m’a proposé de réaliser un (mauvais) film, je devais être la 40e ou le 50e personne à qui on le proposait. Je l’ai lu, ça ne m’intéressait pas, et comme les autres j’ai dit non. C’est très compliqué, quand tu vois la difficulté des réalisateurs pour trouver de l’argent. Même Genet et Caro. Ils ont fait Delicatessen, qui aurait dû être leur deuxième film. C’est devenu le premier, parce que La Cité des enfants perdus, ça coûtait beaucoup trop cher, Ça a fait un succès, Delicatessen, c’est indéniable, et malgré ça ils ont mis 4 ans à ce que la production arrive à monter La Cité des enfants perdus après celui-ci. Tu te rends compte, 4 ans ! Il y a des gens qui ont aimé beaucoup ce film, La Cité, mais il a été à Cannes, Madame Moreau en était la présidente et elle a dit, (Il prend la voix de Jeanne Moreau, ndlr) « Moi je n’ai rien compris à ce film, ça ne m’a pas du tout intéressée », et le film, qui a fait l’ouverture de Cannes en compétition, est reparti au bout d’une semaine parce que Jeanne Moreau et les autres ne lui ont rien donné. C’était l’année où ils ont donné la Palme d’or à La Haine. Il y avait aussi le film de Xavier Beauvois sur le sida, et un film de Kusturica sur la Bosnie. Elle aurait quand même pu comprendre que La Cité des enfants perdus était une production française qui a coûté très cher et fait travailler 5 ou 600 personnes... Au minimum, lui donner le prix de la mise en scène, quelque chose, mais ne pas l’enterrer tout de suite... Après, mon amie Claudie Ossard, qui avait produit ce film, après avoir été la productrice de Delicatessen, une productrice magnifique, a été obligée de déposer les bilans de ses deux sociétés. Petit à petit avec le temps, elle s’est remontée, elle a fait Amélie Poulain, des tas de choses, mais c’est une honte. Après ils se sont séparés les deux (Jeunet et Caro, ndlr), et il y en a un (Jeunet) qui a continué à faire du cinéma et l’autre (Caro) qui n’a pas le sens du commerce et qui est un génie, qui fait de temps en temps une publicité mais qui ne tourne pas. Bref, la vie est très compliquée...

 

>>> La Cité des enfants perdus <<<

 

Et d’ailleurs en aparté, il n’a jamais été question que tu tournes dans Amélie Poulain ?

 

Non, il n’y avait pas de rôle pour moi. Il n’allait pas me donner l’épicier, ou je ne sais quoi. Il voulait que je passe comme un client dans le café, et je lui ai dit non.

 

Tu l’as regretté ça ?


Non pas du tout, pourquoi ? Je ne regrette rien, comme dit la chanson. La seule chose que je peux regretter un tout petit peu, c’est lié à ma rencontre avec Hoshima. Mais j’étais en train de répéter puis de jouer cette pièce, Le Dragon, avec Benno Besson à Genève, et avec le rôle qu’il me proposait, il n’allait pas changer tout son plan de travail. Quand j’ai rencontré Hoshima, j’ai vu un monsieur exquis, un Asiatique mais à l’anglaise, tu vois, tiré à quatre épingles, beau, avec une délicatesse, une gentillesse... Si, j’ai regretté de ne pas pouvoir le faire ce film, parce que j’aurais bien aimé travailler avec ce monsieur qui avait fait L’Empire des sens et d’autres films. C’est comme ça, c’est la vie... Je n’ai pas de vrai regret quand même.

 

Tu ne dirais pas, « si j’avais la possibilité, j’aimerais revenir à tel moment de ma vie, de mon parcours » ?

 

Oh non, je ne dis pas ce genre de truc, parce qu’on est malheureux si on dit ça.

 

De manière générale, tu n’es pas non plus quelqu’un qui a tendance à dire, plus que d’autres, « c’était mieux avant », ce n’est pas trop ton truc ?

 

Ah, je le dis quand même, ça fait un peu vieux con mais il y a quand même parfois dans notre société des choses qui ont été mieux avant. Je corrige après en me disant que quand j’étais jeune, il y avait sûrement des gens, des vieux, qui disaient aussi que c’était mieux avant. C’est un truc perpétuel de générations. Je ne veux pas te faire de peine, ni à Nicolas, mais vous êtes quand même conscients que c’était sûrement mieux avant. Ce n’est pas par hasard que les gens sont en amour fou pour les années 80. La société n’est pas de mieux en mieux en ce moment... Je me suis trouvé un jour à discuter avec Marina Vlady - elle est décédée il n’y a pas très longtemps, elle était adorable, plus âgée que moi. On s’est toujours parlé de l’insouciance que l’on avait quand on avait 20, 25 ans. À l’époque, dans les années avant 68, après 68, on avait une telle insouciance... On n’avait pas de problème. On n’avait aucun problème. On n’avait pas d’argent, on se débrouillait toujours. Ce n’était pas un problème de ne pas avoir d’argent. Aujourd’hui, la société, pour les jeunes, s’ils n’ont pas d’argent, c’est une horreur. C’est pour ça qu’il y a des drames tout le temps. Nous, on avait de l’argent, on le dépensait. On n’avait pas d’argent, c’est pas grave, on arrivait à bouffer, on arrivait à se loger. La vie était simple. Donc, automatiquement, quelque part, c’était mieux avant. Aujourd’hui, t’as tellement besoin de tout. Il y a une espèce de...

 

De surenchère, du paraître aussi, ce genre de chose...

 

Ça aussi. Je suis arrivé dans des festivals de courts métrages, à discuter avec des jeunes qui veulent faire du cinéma. Tu leur parles de Serrault, de Jouvet, de qui que ce soit, ils ne connaissent rien. Et ça ne les intéresse pas. Ce qu’ils veulent, c’est gagner de l’argent et être connus. C’est quand même limité. Nous, on s’est amusés. Et je continue à m’amuser. Je n’ai pas envie de ne plus m’amuser. Si je fais des choses, ça va être pour mon plaisir. Mais si tu ne fais pas des choses pour ton plaisir, tu ne donnes pas de plaisir aux autres.

 

Qu’est-ce que tu aurais envie qu’on dise de toi, après toi, notamment sur la partie artistique ? T’en fous ou pas complètement ?

 

Oui, je m’en fous un peu quand même. Je ne sais pas ce que les gens diront, mais je n’ai pas d’idée. Il y a toujours des détracteurs qui ne t’aiment pas, comme sur les réseaux sociaux. Quand tu es mort, tu es mort. Et puis franchement, je ne serai plus là pour les écouter. Donc franchement, je ne pense pas à ça. Je n’ai pas envie de mourir. Je n’ai pas envie de souffrir. Mais une fois que je serai parti, ça sera trop tard. Les gens qui ne m’aiment pas, c’est trop tard pour raconter les mêmes conneries. Ceux qui m’aiment, c’est trop tard pour me le dire. Il faut profiter du temps où je suis là. C’est pour ça que je me suis marié avec Nicolas. Comme ça, on peut se dire qu’on s’aime, tu vois. C’est pour ça que je réponds à tes questions sincèrement, parce que j’aime bien le contact. Dans notre histoire, tu vois, on se connaît, on a une confiance.

 

Tout à fait. Et à propos de contact établi, j’ai eu la chance, il y a quelques temps aussi, d’interviewer plusieurs fois Anny Duperey. Je sais qu’elle t’aime beaucoup et qu’elle fait partie aussi de ton univers, celui des cabarets et celui des transformistes.

 

Elle adorait tout ça. Elle était chez nous, à La Grande Eugène. J’ai fait le retour du Gala de l’Union des artistes, qui s’était arrêté pendant pas mal d’années. J’ai fait un très beau numéro, avec une otarie qui s’appelait Chico. Tu le trouves dans YouTube. Il y a un numéro avec Michel Leeb, tu n’es pas obligé de le regarder, et il y en a un de moi. Donc moi je suis avec l’otarie. Et la présidente, ou la marraine, de ce truc-là cette année-là, c’était Anny. On a répété pendant 12 jours. C’est au profit des artistes, on le fait gracieusement. À la fin, Anny avait proposé à une quinzaine de personnes, dont j’étais, de nous retrouver quelques jours après chez Michou. Elle adorait aller là-bas. Donc on a fait une très belle table chez Michou, avec une quinzaine de personnes, tous des gens qui se connaissaient, adorables et tout, c’était super.

 

Et puis, j’ai un souvenir incroyable d’elle. Elle a une maison dans la Creuse. Et quand j’ai joué Le Mardi à Monoprix à Guéret, elle est venue me voir. J’ai vu mon Anny Duperey dans ma loge, après. Elle est arrivée en pleurant. Pendant un quart d’heure, tu vois. J’ai été obligé de la consoler. Je lui disais, « Mais Anny, c’est du théâtre », tout ça. Mais elle avait craqué, adoré absolument. Et je n’arrivais pas à la consoler tellement elle était émue de ce qu’elle avait ressenti, tu vois. Je l’aime beaucoup moi aussi, Anny.

 

Lors de notre première interview qu’on avait faite il y a 13 ans, le temps passe, tu avais cité parmi tes films préférés, Freaks de Tod Browning. Est-ce que tu dirais quelque part que tu as un côté freak ? Et si oui en tirerais-tu une certaine fierté ?

 

Non, je ne pense pas avoir un côté monstrueux.

 

Pas dans ce sens-là, mais plutôt au sens anticonformiste, et un peu contre les codes...

 

Je trouve que je suis tout à fait normal. Je prône plutôt la fierté d’être quelqu’un de tout à fait normal, ordinaire et pas forcément extraordinaire parce que je suis comme tout le monde. Je fais des erreurs, j’ai des défauts, mais je ne suis pas fier d’être différent. Je n’ai pas de différence. Je suis comme tout le monde en fait. Des gens parfois, par ton physique ou autre, vont te classer dans des trucs, comme un acteur particulier, je ne sais pas pourquoi... Mais je n’ai aucune particularité. Sinon, je ne suis pas fier. Fier peut-être d’être pas trop malheureux, quand même. Malgré tout ce qui peut se passer autour de nous, d’arriver à trouver un peu d’aisance, je ne parle pas d’aisance financière, d’aisance dans ma tête, de plaisir, tu vois. Avec Nico, on a fait un mariage très simple. On n’avait que deux témoins. Après, on a invité une trentaine de personnes. Je n’aurais pas voulu qu’on fasse un gros mariage. J’ai accepté qu’on fasse des photos, ça faisait plaisir au maire. Il faut qu’on parle de notre village. Malheureusement, ça a été repris par des tas de journaux people. Qu’est-ce qui les intéressait dans tout ça ? C’est la différence d’âge qu’on avait. C’est minable. Je n’ai rien à cacher. On a fait un mariage pour concrétiser. Monique était partie, je pouvais me marier. Concrétiser nos 17 ans de vie ensemble. Si demain, je devais mourir, qu’il ne soit pas mis à la porte de chez nous. Qu’il puisse continuer à vivre ici, à faire de la musique. Si la logique veut que je meure avant lui, ce serait normal. Je ne suis pas pressé pour autant !

 

Parmi les anecdotes que tu avais racontées il y a peu, il y avait un moment assez sympathique que tu as vécu avec Alain Delon...

 

Tu la connais, l’histoire ?

 

La fiction télé Cinéma, je crois ?

 

D’abord, Delon, je l’ai rencontré quand j’ai tourné dans Notre Histoire, le film de Bertrand Blier, où il avait le rôle principal évidemment, avec Nathalie Baye, et qu’en plus il produisait. Tu l’as vu Notre Histoire ? C’est magnifique. Le premier jour de tournage, j’arrive sur le plateau avec tout le monde.  Je fais partie des hommes en robe de chambre. C’est comme une espèce de truc fantasmagorique. Le premier jour, sur le plateau, dès qu’il arrivait, Delon, il y avait une chape de plomb. Tout le monde était en train de parler. Dès qu’il était là, il y avait un truc lourd qui se passait. Tu ne sais pas pourquoi, c’est comme ça. Delon vient me voir et me dit : « Je suis très content de retravailler avec vous ». Alors, ça travaille dans ma tête... Je lui dis quand même, « Désolé, mais je ne pense que je m’en serais souvenu quand même, si j’avais travaillé avec Alain Delon. » Mais j’ai compris pourquoi il me disait ça.

 

>>> Notre histoire <<<

 

Delon était un de nos clients, avec Georges Beaume (son oncle et impresario comme on disait alors, ndlr).  Il venait souvent nous voir à La Grande Eugène. Moi, j’en étais parti pendant six mois. J’ai trouvé quelqu’un pour me remplacer. Quelqu’un qui était bien mais qui n’était pas suffisamment intéressant pour que quand je revienne, il ait pris ma place. La guêpe n’est pas complètement idiote et folle ! En revanche, pendant ces six mois, il a fait Le Samouraï avec Delon. Il y avait une partie qui se passait dans un cabaret. Et c’est toute l’équipe de La Grande Eugène qui a tourné dans cette partie cabaret, dont le garçon qui prenait mon rôle, Erna von Strach, qui a tourné dedans. Il ne me ressemble pas, mais il a essayé de me ressembler au plus. J’étais à deux doigts de lui dire, « Mais vous vous mélangez, parce que dans Le Samouraï... » Il dit : « Non, non, je sais. Je sais. Attendez, attendez, attendez. Je vous ai trouvé merveilleux dans le rôle du capitaine Marilla, dans le film d’Yves Boisset, Allons z’enfants », celui dont on a parlé tout à l’heure. Je lui ai dit merci, que ça me faisait plaisir. Dès le lendemain, j’appelle Yves Boisset. Il m’a dit « Ah oui, oui. Il a adoré le film. Il a demandé une projection que je lui ai fait faire. Il se souvenait même de mon nom dans le film. Il m’a dit « Marilla ». Capitaine Marilla, je m’appelais. J’étais quand même très touché. Mais on n’avait pas travaillé ensemble. C’est vrai qu’on ne s’est pas beaucoup reparlé plus, parce que je n’allais pas aller au-devant. Quand tu as une chape de plomb qui arrive, quand le chef arrive... Il était gentil avec tout le monde. Il voulait répéter. Mais c’est vrai qu’une fois qu’on avait répété et tourné, il remontait dans ses bureaux tout de suite et tu sentais un souffle. Les gens respiraient. Mais ça s’est très bien passé.

 

Et après, on s’est retrouvés sur Cinéma, comme tu l’as dit. J’avais un petit rôle. Il y avait deux scènes, je dansais le slow avec lui.

 

Pas mal ça sur un CV !

 

Je me suis dit que ça allait faire chier tout le monde. En fait, dans la séquence, il dansait le slow avec moi pour se foutre de ma gueule puisqu’il était en train de baiser ma femme. Et donc, j’ai dansé le slow avec Delon ! C’est la première fois qu’il faisait un truc pour la télévision. Et après, j’étais dans un jury au festival de Cognac, qui était le festival du film policier. Et lui était le parrain du festival, cette année-là. Donc on s’est revus dans les soirées quand il était parrain. Moi, j’étais juré d’une partie des choses à défendre. Et il a dit une ou deux fois devant des gens qu’il était heureux d’avoir dansé le slow avec Jean-Claude Dreyfus. C’était rigolo, il se souvenait. Mais je n’ai pas eu plus tellement de rapports avec lui. C’est un homme qui était très seul. Vraiment très seul...

 

Je dois dire aussi que, quand j’ai tourné dans le film de Blier, et que Delon produisait, Il proposait pour le rôle que j’avais, qui était quand même un petit rôle, une somme qui quand même était une très belle somme. C’était à prendre ou à laisser. C’était pas n’importe quoi. Pas comme ce qu’on m’a proposé il y a quelques mois, par le biais de mon agent, sur Netflix : un rôle de merde pour une somme à prendre ou à laisser. Minable ! Lui était respectueux.

 

Extrait de Cinéma. Capture d’écran, L’extravagante petite vie de Jean-Claude Dreyfus.

 

Et tu parlais tout à l’heure des acteurs de maintenant, des jeunes qui souvent ne connaissent pas vraiment l’historique des acteurs...

 

Les jeunes jeunes, je ne les connais plus. Même dans le théâtre, je suis complètement à côté de la plaque. À part quelques metteurs en scène que je connais, tout ce qui est nouveau, je suis un peu et même carrément débranché.

 

Il n’y en a pas vraiment qui trouvent grâce à tes yeux, ou même des films dans les dix dernières années qui t’ont vraiment marqué...

 

Oui mais c’est pas des récents. Tous ceux qui sont dans ma tête encore, ce sont des gens qui ont 45 ans, 55 ans. Les jeunes jeunes qui arrivent sur le marché, aussi bien au théâtre qu’au cinéma, j’ai complètement décroché. Je pense qu’ils ne me connaissent même pas.

 

Pierre Niney par exemple, c’est pas trop ta tasse de thé ?

 

Pierre Niney, oui, pourquoi pas. C’est un bon acteur, c’est sûr. Je préférais quand même Gaspard Ulliel. Qui était magnifique. Je l’ai connu un petit peu. Il est mort dans un accident de ski malheureusement... Je préférais ô combien Gaspard Ulliel...

 

Tu avais joué avec lui ?

 

Non, mais on s’est rencontrés plusieurs fois. On a fait des photos une fois ensemble. Je ne les ai plus malheureusement. Lui et moi avons fait Un Long Dimanche de fiançailles, mais sans jamais jouer ensemble.

 

Et est-ce que tu dirais que, de manière générale, le cinéma notamment, manque d’ambition ?

 

On a parlé encore hier avec Nico. Le cinéma, les séries, ce qui se fait maintenant, tout se ressemble. Tu regardes un truc, à la télé, tu as l’impression de l’avoir vu la veille. Moi, je m’étais inscrit sur Netflix parce que Jean-Pierre Jeunet avait fait un film qui n’était que sur Netflix. Et je me suis fait piéger par deux ou trois séries, je ne dormais plus. Tu finis le truc, tu es obligé d’aller au suivant... Donc, je me suis désinscrit de l’abonnement parce que là, déjà, je ne dors pas toujours bien...

 

Est-ce que tu dirais que, dans le monde dans lequel on vit, l’humour est une espèce de force vitale ? Est-ce que c’est une forme de résistance aussi à la gravité ?

 

Non, comme dirait notre ami Pierre Aucaigne, l’humour n’est pas forcément toujours à la rigolade. Il y a des humoristes qui sont bien, il y en a quelques-uns, mais ils sont rares. Ils sont tous sur le même mode, sur les mêmes trucs. Ils te parlent de leurs histoires de cul, de leurs enfants...

 

Sans jamais trop prendre de risques, d’ailleurs.

 

Franchement, moi, j’ai pas envie de me déplacer. Il y en a quelques-uns, comme il y a eu... Il y a Muriel Robin, comme il y a eu Devos. Il y avait l’écriture, le boulot derrière. Mais là, les stand-up, c’est insupportable. Je ne suis pas copain avec eux, en tant que spectateur, tu vois. Ils vont me parler à l’oreille de problèmes sociaux, d’intégration, de la difficulté de baiser, je ne sais pas quoi. Après, peut-être que je suis un vieux con qui ne supporte plus l’humour gras et graveleux comme ça, c’est possible. Je vois bien que ça fait rire, que ça marche bien. Non, mais c’est comme tous ces rappeurs à lunettes noires, là, c’est insupportable. J’en ai connu des rappeurs.

 

>>> Avec Vîrus <<<

 

Il y a un rappeur, Vîrus, avec qui j’ai fait un spectacle. Alors celui-là, malheureusement, il est tellement bien qu’il est inconnu au bataillon. On a fait une quinzaine de dates ensemble. Il m’avait contacté parce que j’avais fait un spectacle sur Rictus, un poète du début du siècle qui avait un langage très particulier, proche d’un langage populaire parisien. J’avais fait un très beau spectacle là-dessus, à la Maison de la Poésie, d’ailleurs, et au XXème Théâtre, après. Et il m’avait rencontré parce qu’il avait vu mon DVD, et il m’avait demandé de participer à l’album qu’il faisait, où il faisait des textes à lui qui étaient magnifiques, différents, mais qui allaient dans le sens de Rictus. Et puis il y avait des textes de Rictus. Donc je l’ai fait, comme je fais moi, pas en rappeur ni en slammer, j’ai fait comme Jean-Claude Dreyfus fait ce genre de textes. Et puis après, on s’est bien entendus, il était content. On a tourné à droite, à gauche, en France, en Suisse... Il y avait un disc jockey à cours, moi j’étais à jardin, et lui, il était au milieu, c’était son spectacle. Et moi, je disais les textes à ma façon, lui, il les faisait en rap. Et le mec qui tournait les disques, il faisait les musiques. C’était des musiques créées. C’était super, les gens adoraient ce truc-là. Je n’ai pas continué, parce que ce n’était pas mon spectacle. Je l’ai fait, j’étais très content. Un mec super gentil, mais pas connu. Il est connu dans son coin. Ce n’est pas le gros rappeur qui va faire les Pièces jaunes...

 

L’Acte 3, ici...

 

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14 mars 2026

Jean-Claude Dreyfus, P1 : « Avec Monique, on a vécu 60 ans d’amitié... »

Paroles d’Actu aura 15 ans à la mi-juin. Au départ, je faisais beaucoup dans l’interview politique : peut-être qu’à l’époque, tout ça m’intéressait davantage qu’aujourd’hui... Peu à peu j’ai voulu m’aérer, dans tous les sens du terme, et donner un peu moins la parole à des gens qui s’engagent dans des partis - même si l’engagement désintéressé et non sectaire est toujours noble -, un peu plus à des artistes, à des créateurs qui favorisent l’évasion. Parmi mes premiers interviewés, il y eut le grand comédien de théâtre et de cinéma Jean-Claude Dreyfus, qui systématiquement m’a témoigné sa bienveillance envers ma démarche, et je dois dire sa sympathie. Notre entretien de février 2013 se fit par écrit, ce qui lui donna une occasion de s’amuser à jouer avec les mots, exercice qui lui est cher. Quelques années après, nous nous sommes rencontrés "pour de vrai", moment d’échange fort agréable, dans le cadre d’un festival de théâtre qui se tenait pas loin de chez moi, à Seyssuel (la sonorité ambiguë du bourg l’avait bien amusé le bougre, d’ailleurs).

 

Le contact avec Jean-Claude Dreyfus s’est toujours maintenu. Et lorsque j’ai su, il y a quelques mois, qu’il allait sortir un livre de souvenirs et d’évocation de ses 80 ans (il les a eus le 18 février), il était évident pour moi qu’une nouvelle interview s’imposait. Après lecture de ce réjouissant ouvrage, à son image mais signé Stéphanie Laciak Souyris, j’ai préparé des questions qui ont constitué la colonne vertébrale d’un long entretien téléphonique (plus de 2h) que l’on a partagé le 31 janvier dernier. Le temps de la retranscription et celui de l’édition furent longs, parfois laborieux je ne vais pas te le cacher ami lecteur, mais j’ai aujourd’hui le plaisir de vous en présenter le résultat : un grand portrait de et avec un comédien totalement polyvalent, qui est surtout un bonhomme attachant. Il se décomposera (le portrait pas le bonhomme) en trois articles, histoire de rendre la chose plus lisible.

 

Sans plus attendre, je vous en propose l’"Acte 1", qui comporte notamment des éléments de coulisses de l’écriture et du théâtre, et un bel hommage à celle qui fut son épouse aimée, sa grande complice Monique. Merci à lui pour sa confiance, pour son humour, et pour ses confidences. Le bouquin fera plaisir à tous ceux qui l’aiment, quelle qu’en soit la raison (ça peut même aller jusqu’à M. Marie, il n’en prendra pas ombrage) ! Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

Mes 80 coups de balai ! par Stéphanie Laciak Souyris (Il est midi, octobre 2025)

 

Acte 1

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU (31/01/2026)

Jean-Claude Dreyfus : « Avec Monique,

 

on a vécu 60 ans d’amitié... »

 

Jean-Claude Dreyfus bonjour. Je suis ravi de te retrouver pour cette nouvelle interview ensemble. Il y a 13 ans sortait le « J’Acte 1 » de ton autobiographie qui s’appelait Ma bio dégradable. Pourquoi est-ce que tu as choisi d’écrire ces 80 coups de balai ? Est-ce que tu l’as fait dans un esprit différent, plus libéré peut-être que pour le premier ?

 

Alors, ce n’est pas moi qui l’ai écrit, le deuxième. Et pour le premier, au départ, je n’ai jamais eu envie vraiment d’écrire quoi que ce soit. Parce que l’écriture, c’est pas trop mon truc, je n’ai pas beaucoup de patience. Pour la première, Ma bio dégradable, un monsieur est venu me voir un jour, quand je jouais Le mardi à Monoprix : il voulait absolument écrire ma biographie. Je lui ai dit non plein de fois, mais il insistait. Il est arrivé avec des morceaux déjà écrits, et je me suis un peu laissé prendre à son jeu, parce qu’il était très entreprenant. J’ai commencé à lui parler, à lui raconter des trucs. On a fait quelques séances. Mais ce qu’il écrivait ne me plaisait pas, il ne comprenait pas du tout ce que je lui racontais. Et c’était vulgaire, ça ne me convenait pas du tout. Il était pénible... Donc à un moment j’ai tout arrêté. Mais comme je m’étais pris au jeu, j’ai tout repris moi-même et j’ai réécrit tout ce que j’avais raconté, pour en faire une espèce de petite bio que j’ai donc voulu appeler Ma bio dégradable.

 

Le premier donc, c’est moi qui l’ai écrit. « J’Acte 1 », ça sous-entendait que déjà, j’avais l’idée de peut-être continuer à raconter des choses en « Acte 2 ». J’ai commencé, j’ai traîné, puis j’ai fait la rencontre de Stéphanie Laciak Souyris. Avec son mari, ils habitaient dans mon village - ils ont déménagé depuis mais sont toujours dans le coin. Lui est musicien et travaille maintenant, de temps en temps, avec Nicolas. Stéphanie m’a, un jour, proposé de lire un bouquin qu’elle avait écrit. Elle se racontait : cette nana, elle était flic, elle appelait ça « gardienne de la paix », parce que c’était quand même plus joli, et dans son bouquin, elle expliquait pourquoi elle était rentrée dans la police, pourquoi elle y était restée 12 ans et surtout pourquoi, ce qui était le plus intéressant, elle en était repartie. C’était très joliment écrit, et puis ça s’est fait tout seul. Elle m’a demandé si je voulais, j’ai dit : d’accord, mais c’est toi qui l’écris, et moi je raconte.

 

Il y a quand même une écriture qui n’est pas la mienne, on retrouve mon humour bien sûr, mais par exemple, en en discutant, j’ai quand même tout remis en place, des choses qu’elle n’avait pas bien comprises parce qu’elle enregistrait, elle notait en même temps, et moi je relisais après. C’est une chose à quatre mains, mais c’est elle qui l’a écrite. J’ai donné l’idée de faire des chansons, et on les a enregistrées. Je n’ai pas, moi, assez de patience pour écrire, pour me mettre à table, j’en ferai pas d’autre. C’est vraiment elle qui écrit. Alors, c’est un peu compliqué pour les signatures : les gens viennent me voir, ils ne viennent pas la voir elle, parce qu’ils ne la connaissent pas. J’appuie vraiment pour dire que c’est elle qui a écrit ce bouquin. Elle n’est pas uniquement une prête-plume, elle est l’auteure de mon bouquin.

 

Voilà, je me suis mal exprimé, ce n’est pas toi qui as écrit, mais c’est toi qui parles, et clairement, ça se sent.

 

Oui, bien sûr, c’est moi qui raconte ma vie, et je pourrais lui raconter encore des choses. On a arrêté un jour, parce qu’il faut bien s’arrêter. On pourrait en faire un deuxième, un troisième ensemble. Mais déjà, il faudrait que celui-là arrive à se vendre. J’ai des tas de retours, parce qu’il est à Cultura, sur Amazon, etc., mais pas dans les librairies traditionnelles.

 

Ce n’est pas un best-seller encore. Je ne fais pas de télévisions, on n’a pas d’attaché de presse, etc. Je fais un peu d’interviews dans les journaux du coin. Comme j’avais fait deux autres bouquins sur les cochons au Cherche-midi, c’est cet éditeur qui avait publié Ma bio dégradable. Mais il n’a pas voulu de ce texte-ci. Au départ, Stéphanie avait écrit une longue première partie sur notre rencontre, etc. C’était intéressant, mais les maisons d’édition comme Le Cherche-midi veulent que tu débines un peu sur des gens, qu’il y ait un peu de scandale. Alors on a refait la première partie, je lui ai demandé d’écrire un truc autour du fait que « c’est un scandale de ne pas avoir de scandale ». Je n’ai pas de scandale, mais dans notre époque moderne, ce n’est pas bien du tout apparemment. Je trouve ça assez rigolo, tu vois...

 

Assez rigolo, oui, et quelque part assez désespérant aussi de se dire qu’effectivement les scandales feraient beaucoup plus vendre.

 

Ils te le demandent carrément, au Cherche-midi : « Mais tu débines personne ? » Je ne suis pas marié avec un mannequin connu, etc. Ils veulent du buzz, du people, etc. Comme je le dis : je ne me drogue pas, je ne bois pas, je ne fume pas, je ne baise pas, je ne mange pas, je ne bois pas... Mais je mens, quand même ! Mais dans mon mensonge, je ne veux pas raconter forcément n’importe quoi. Il y a bien sûr des tas de choses que je n’aime pas, mais pourquoi est-ce que je voudrais en parler ? Ça n’a pas d’intérêt.

 

On a eu un peu de mal à trouver une maison d’édition et finalement, il y en a eu deux qui voulaient bien s’occuper de ce bouquin. Une d’entre elles, je la connaissais mieux, parce que j’avais fait des lectures pour eux, ils font des livres audio. Mais on aurait eu un tout petit pourcentage, donc je n’ai pas été là et on a pris cette autre petite maison d’édition, de Castelnaudary, dans mon coin. Moi, ça m’a amusé parce que j’étais auparavant édité au Cherche-midi et là, celle-ci s’appelle Il est midi. Donc j’ai trouvé mon midi ! Ils n’ont pas beaucoup d’argent non plus, mais enfin si on en vend, on a un meilleur pourcentage. Parfois, il vaut mieux prendre une petite maison d’édition qui fait un effort, et qui veut grandir.

 

Et eux, s’en foutent qu’il n’y ait pas de scandale...

 

C’est pas leur problème. Ce qu’ils veulent, c’est l’écriture. C’est idéaliste. Puriste.

 

C’est bien parce que quelque part, cette première réponse, c’est un hommage déjà à la vraie auteure de ce livre et ensuite à un éditeur qui veut grandir.

 

Oui, mais c’est aussi de déplorer la société pourrie dans laquelle on vit. Il faut avoir des likes, des followers et tout. Si tu n’as pas 2 millions de followers, t’es de la merde aujourd’hui. C’est une époque bizarre...

 

Et du coup alors, ce grand coup de balai... Est-ce qu’au cours de ce grand ménage à travers tes âges, tu as redécouvert un peu de la poussière de ton passé en revisitant tes souvenirs ?

 

Oh, oui. Tu as des choses qui te reviennent comme ça, en en parlant, ça remonte à la surface. Est-ce que tu as eu l’occasion de voir le documentaire qui a été fait sur moi ?

 

L’extravagante petite vie de Jean-Claude Dreyfus ? Oui, je l’ai vu.

 

Par exemple, là aussi, ils ont fait un travail formidable. Il y a des tas de choses que je ne me souvenais même pas d’avoir faites. Et ils ont de la matière pour faire un deuxième documentaire. On peut le voir sur YouTube ou sur mon site maintenant, mais il a eu des prix dans un ou deux festivals. C’est trois jeunes réalisateurs, ils sont venus me voir et ils ont fait un travail incroyable. Le truc est vraiment bien foutu.

 

>>> L’extravagante petite vie de Jean-Claude Dreyfus <<<

 

Il y aurait donc, de manière même un peu diffuse, un projet d’en faire un second ?

 

Je ne sais pas, c’est comme ils veulent. C’est eux qui ont le matériel.

 

Toi, tu serais partant ?

 

Je ne suis pas contre. J’aime bien raconter, je suis bavard, mais je prends rarement ce genre d’initiative.

 

Dans ce livre, il y a beaucoup de décennies d’aventures artistiques qui sont racontées. Quelles sont les scènes ou les périodes que tu as eu le plus de plaisir à raconter et pourquoi ?

 

Je n’en sais rien. J’aime bien tout raconter. Le début de ma vie est quand même un peu baroque. Je suis parti de l’école très tôt, en claquant la porte. Après, on m’a mis dans l’école du spectacle, parce que c’était l’école des « ignares ». On était censés faire du théâtre ou de la danse, ou du chant. Et on travaillait. Je n’ai pas été beaucoup à l’école, mais je suis quand même très curieux. Je m’intéresse à tout, à beaucoup de choses. Je n’ai pas de spécialité, si tu veux. Je n’ai aucun diplôme, mais franchement, ça ne m’a jamais gêné. Je ne sais pas si les diplômes, ça sert à quelque chose. À mon époque, on passait le certificat d’études. Maintenant, on passe des brevets, je ne sais quoi. Le certificat d’études, j’avais tellement l’angoisse du concours, de ne pas l’avoir... Deux jours avant je suis allé repérer l’endroit. Le jour même, je n’y suis pas allé. Ma politique, c’était que j’étais sûr de ne pas l’avoir, puisque je n’y étais pas.

 

Et en tout cas, ça ne t’a jamais complexé...

 

Pas vraiment, non. J’ai la parole, je peux raconter. Je suis très curieux des gens. Pas de ceux qui ont une culture envahissante. Des gens qui t’intéressent, des gens qui ont une espèce de philosophie, qui vont raconter des choses qui s’imprimeront en toi, tout au long de la vie. Moi, je suis parti de chez mes parents, j’avais 15 ans. Et puis j’ai vécu ma vie, j’ai toujours travaillé... À 17 ans j’ai rencontré Monique, qui vient de mourir en juillet malheureusement. Elle avait 93 ans. On s’est toujours suivis, jusqu’à sa mort, après avoir vécu ensemble les premières années Je me suis occupé d’elle, etc.

 

J’ai toujours été avec des gens qui m’ont propulsé, de LÀ à LÀ à LÀ à LÀ : les choses de la vie. J’ai pas mal lu, même si maintenant je lis moins. J’ai beaucoup été au théâtre, au cinéma, on a vécu ce que tout le monde vit, en étant un peu curieux. Rien ne m’a manqué sur le plan culturel. J’ai même une espèce de fierté aujourd’hui de n’avoir aucun diplôme. C’est ridicule, mais en même temps, je suis une preuve qu’on peut vivre et avancer dans la vie sans diplôme. Les seuls diplômes que j’ai, c’est mon permis de conduire et mon permis bateau.

 

Permis bateau ?

 

Oui, j’ai un bateau depuis 35 ans. Si tu veux l’acheter, tu peux, parce que je l’ai mis en vente.

 

Moi j’ai pas le permis bateau !

 

Peu importe : tu achètes mon bateau, tu passes ton permis après. Quand j’ai acheté mon bateau, j’avais pas le permis non plus. Je l’ai passé pour pouvoir naviguer. Mais là, je suis trop fatigué, et Nicolas n’est pas un navigateur non plus, donc ce bateau commence à m’encombrer...

 

Du coup, tu as évoqué tout à l’heure un sujet que je voulais aborder beaucoup plus tard dans l’entretien, c’est Monique. J’aimerais bien que tu en parles un peu.

 

J’avais 17 ans, je participais à une petite troupe de théâtre, qui se produisait dans les petits villages, en Corse et dans le Midi. On faisait la parade, on sortait les bancs du curé et on jouait, devant l’église ou sur la place. On jouait Les Femmes savantes de Molière, ou une pièce de Labiche qui s’appelait Les Suites d’un premier lit. En fait le directeur de cette troupe, qui était le metteur en scène, avait à Paris, dans une espèce de cave, une collection de costumes de théâtre qu’il avait récupérés, donc on jouait les pièces avec ces costumes, il fallait rentrer rentrer dedans, il n’y avait pas l’argent pour en faire d’autres... Dans Les Femmes savantes, je jouais Bélise, et dans la pièce de Labiche, je jouais Blanche, une vieille fille qui avait une énorme crinoline, c’était superbe. Ce n’était pas mes premières choses travesties. J’avais déjà fait dans des petits cabarets à Paris, des textes que je balançais comme ça, habillé avec des robes en moitié homme / moitié femme, comme ça, un peu androgyne.

 

Donc, je répétais ces deux pièces au Théâtre de Poche à Montparnasse. Une comédienne de la compagnie, Gabrielle, était très copine avec cette femme qui venait la chercher pour passer la soirée : Monique. Et quand j’ai vu Monique, j’ai eu comme un éclair... Elle était belle comme tout, elle avait un super corps, un beau petit cul, une tronche qui me plaisait. Elle était magnifique, et ça a commencé comme ça. Monique vivait avec un homme en Angleterre, avec un peintre qui est mort il n’y a pas très longtemps, d’ailleurs. Elle y passait six mois, et six mois à Paris, pendant la première année et demie. Et puis elle l’a quitté définitivement, et on est restés ensemble, vraiment ensemble, pendant cinq ans. Cet homme avec qui elle était s’est lui remarié avec une comédienne qui est toujours là, qui s’appelle Gabrielle aussi, d’ailleurs, et qui était la sœur de Nick Drake, un chanteur mort à 27 ans qui a été très connu en Angleterre, mais un peu partout aussi, dans les années 60-70. Ce sont des gens qui ont toujours été proches de Monique, on les voyait aussi bien à Paris qu’à Londres.

 

Monique était modèle. Elle était la muse de beaucoup de peintres du Montparnasse de l’époque. Elle travaillait aussi aux arts décoratifs et aux beaux-arts. Et puis dans quelques écoles privées, avec des peintres qui avaient des ateliers de peinture. Moi, quand je l’ai connue, j’avais fait un peu de théâtre, mais pour gagner de l’argent, elle m’a branché sur des écoles où certains peintres avaient besoin d’un modèle. Et pendant deux ans, j’ai fait ça de 8h du matin à minuit dans différents endroits. Ça m’intéressait, ça m’a fait rigoler, et je gagnais de l’argent - un peu d’argent. Mais en continuant, je n’avais pas l’occasion d’aller rencontrer les gens de théâtre. Du jour au lendemain, j’ai arrêté : c’était comédien que je voulais faire.

 

Monique a été toujours là, même quand on n’a plus été ensemble... Évidemment, ma vie était plutôt avec les garçons qu’avec Monique. Les femmes, j’en ai connu quelques-unes, mais ça a été éphémère. Monique, ça a duré 60 ans. 60 ans d’amitié. On a toujours été ensemble, on s’est toujours suivis.

 

Une des photos de Monique qu’a bien voulu me confier J.-C. Dreyfus, je l’en remercie.

 

Une vraie complicité. En tout cas, c’est un bel hommage que tu lui rends par cette évocation.

 

Elle a supporté mes aventures jusqu’à la dernière, qui est Nicolas. Son vœu était que je me marie avec lui. Parce que je l’avais épousée, Monique, il y a 20-25 ans. Pour qu’elle ait la Sécurité sociale et pour qu’elle soit protégée, parce qu’elle était malade. Elle avait eu un cancer et n’avait pas de Sécurité sociale. Elle a toujours travaillé comme ça, comme on faisait à l’époque. Et moi aussi, jusqu’à ce que j’aie 29-30 ans, où je suis rentré au Théâtre de la Ville, c’est-à-dire un théâtre qui existe sur la place de Paris. J’ai toujours travaillé, dans le temps, sans savoir ce qu’étaient la Sécurité sociale, les impôts, la retraite, tout ça. On me donnait une enveloppe en fin de semaine, on gagnait de l’argent comme ça. On n’avait aucune idée du futur.

 

On était dans une insouciance totale, et ça, c’est une chose qui manque un peu aux jeunes d’aujourd’hui. Soit ils sont trop insouciants et font n’importe quoi, ou alors ils sont trop dans le carcan, déjà. Travailler pour la retraite, pour avoir des points, etc. Moi je ne supporte pas, Nicolas non plus, que des gens se disent non pas musiciens ou acteurs ou comédiens, mais intermittents. Pour moi, c’est insupportable, ça. Intermittent, ça veut dire qu’on t’aide pendant l’intermittence de ton boulot. Ce n’est pas une profession ! Moi, j’ai toujours été acteur, chanteur, artiste. Saltimbanque, en gros.

 

Oui, c’est vrai qu’intermittent, ça sonne très administratif.

 

Je ne suis pas intermittent. Et à partir du moment où je suis rentré au Théâtre de la Ville, où je suis rentré dans le carcan, j’ai commencé à payer des impôts, à être dans le circuit, à avoir de l’argent. J’avais compris qu’il fallait que je pointe pour avoir la Sécurité sociale. Une sécurité pour la santé. Mais je me suis toujours refusé d’aller pointer pour les Assédic (l’ancien nom de Pôle Emploi, ndlr). Je suis con, parce qu’il y a des tas de moments où je n’ai pas travaillé. J’aurais pu toucher pas mal de sous. Je ne l’ai jamais fait et m’y suis toujours refusé. Aujourd’hui, beaucoup de gens travaillent pour avoir des aides sociales. Pour moi, c’est un peu incompréhensible...

 

Du coup, il y a pas mal dans ce récit, à la fois d’humour et d’émotion. Comment ça s’est fait au niveau de l’échange avec l’auteure ?

 

On s’est rencontrés souvent chez elle ou chez moi. Parfois dans mon poulailler, j’étais avec mes poules. J’ai une table et deux chaises. Elle enregistrait et notait en même temps.

 

Ça s’est fait au fil de l’eau comme ça ? Ou alors, il y avait vraiment des thématiques ? Tel jour, vous alliez parler de telle chose ?

 

Ah non, moi, je suis en vrac. D’ailleurs, ce qu’ils m’avaient demandé quand j’ai fait Ma Bio dégradable, c’était de me mettre dans l’ordre chronologique. Et j’ai dit non : moi, je parle comme ça. Je ne veux pas d’ordre chronologique. Même si forcément, tu en fais toujours un petit peu. Tu ne commences pas par parler de ta mort future. J’étais dans le vrac, et elle s’est débrouillée pour que ça ressemble à des phrases en français. Il y a des choses qui te reviennent comme ça. J’aime bien ce côté brouillon, quand tu racontes. Tu vas commencer par un truc qui t’est arrivé à 15 ans, puis après à 30 ans, et puis tout ça se mélange. Parce que la vie se mélange pour moi.

 

On a fait pas mal de rencontres, moi je racontais. On laissait un peu passer le temps, elle remettait tout en forme. Et après, on se retrouvait dans les mêmes conditions, je lisais moi-même ce qu’elle m’avait envoyé en faisant toutes les corrections de choses qui ne me plaisaient pas. Dans l’ensemble, ce qu’elle écrivait me plaisait, mais il y avait parfois des erreurs, des choses qu’il fallait que je rectifie, un humour qu’elle n’avait pas saisi... Elle était, par exemple, très pointue sur l’orthographe, ce qui est honorable. Moi, moins. Et parfois, je fais des licences poétiques auxquelles je tiens. Donc on s’est battus un peu parfois, gentiment, sur l’orthographe de certaines choses. Elle ne comprenait pas toujours le jeu de mots que je voulais faire, etc. Mais enfin, ça s’est toujours arrangé. On a toujours réussi à se retrouver...

 

C’était une aventure humaine en tout cas...

 

Ça, oui. Parce qu’elle est sensible. Et elle a quand même, c’est vrai, beaucoup travaillé sur tout ce que je lui ai raconté pour tout remettre à plat, l’écrire, avoir un style quand même qui n’est pas le mien... On retrouve ce que je raconte, mais c’est beaucoup plus raffiné comme elle l’a écrit. Et je trouve ça très bien. On s’est rencontrés encore une ou deux fois pour des lectures, des relectures, des re-rencontres. Je continuais à raconter. Et puis pendant les lectures, je m’arrêtais pour raconter. Des fois, je mélangeais tout. Elle enregistrait tout. Et puis voilà, on est arrivés à un moment où on a dit, on s’arrête, on va boucler la chose. Il y a 7 chansons qui correspondent à 7 paragraphes. Avec son mari, Mathieu, on a enregistré les chansons. Nicolas a fait de la guitare sur ses musiques. Et puis voilà, après, il a fallu trouver l’éditeur... Parfois on dîne ensemble, avec eux, et il me revient naturellement des trucs que je ne leur ai pas racontés.

 

Ce serait sans fin...

 

La vie c’est sans fin, de toute façon. Il faut s’arrêter de temps en temps et puis boucler une chose. Après, on en parlera dans un autre livre, si on en a envie. Celui-là il fonctionne un peu. Pour mon premier bouquin au Cherche-midi, comme je n’avais pas de scandale, de choses très percutantes, rien pour exciter les gens, je n’ai pas été très bien accompagné par l’attaché de presse. J’ai fait quelques petits trucs évidemment, des télés, un peu de radio, des journaux, mais je n’ai pas fait un best-seller parce qu’ils ne m’ont pas « poussé ». Je n’ai pas été violé quand j’étais enfant, ni par mon père, ni par ma mère, ni par personne. Une fois j’ai pris le métro, il y a un mec qui m’a mis la main sous le cul. Je me suis assis sur une main, je me suis relevé, il a relevé sa main et c’est tout. Qu’est-ce que tu veux que je raconte ça ?

 

Il y avait une personne s’occupant d’une émission de télé – une émission de merde – qui un jour m’avait contacté... Pour faire un peu le fil rouge. « Ah mais M. Dreyfus, vous êtes tellement drôle, vous racontez plein de choses. ». « Je suis désolé, je n’ai pas grand chose à vous raconter. Ni sur ma vie sexuelle, ni sur je ne sais quoi. Je n’ai pas de coming out à faire. Je ne cache rien. Je n’ai aucun problème à cacher. » « Oui, mais M. Dreyfus, quand même, vous êtes un bon client, vous êtes drôle. » « Écoutez, je lui dis à la dame, je ne vais quand même pas vous raconter que ma chatte siamoise, quand elle est en chaleur, je la titille avec un crayon en papier avec une gomme. » « Ah mais si, c’est formidable. Mais oui, c’est ça qu’il nous faut. » Je lui dis, « Attendez, je plaisante. Je vous raconte ça pour vous dire que je ne veux pas raconter ça. » J’ai pas fait l’émission. Je ne veux pas venir pour raconter des conneries. Elle m’a insulté, et a raccroché.

 

Ou alors assumer, comme d’autres, le côté, je raconte des énormités qui sont complètement inventées en m’amusant...

 

Oui, mais ça ne m’intéresse pas.

 

Et justement, tu en parlais aussi, il y a ces chansons qui sont incluses dans le livre. C’est une forme d’expression artistique qui te plaît de plus en plus, ça, la chanson ?

 

Tu sais, j’ai fait plein de tours de chant. J’ai fait beaucoup de choses au cours de ma vie. J’ai toujours aimé chanter. Faire des lectures avec de la musique. Avoir de la musique autour de moi, évidemment. Les chansons qui sont dans ce bouquin, avec la musique de Mathieu, c’est une liberté. On voudrait faire des lectures dans le coin, sur un raccourci du livre, pour une heure et quart, avec Nicolas et Mathieu qui joueraient, comme on l’a fait avec Nicolas sur L’Inondation. Si on le fait, je chanterais cinq chansons, pas plus.

 

Photo : Matthieu Camille Colin.

 

Et quelle est la place que l’improvisation a eue dans ton parcours ? Notamment sur la partie artistique...

 

J’ai un grand respect pour les auteurs, pour ce qu’ils ont écrit. J’en ai joué des classiques, des modernes... J’aime bien avoir joué des auteurs contemporains, parce qu’on ne peut pas jouer Molière toute sa vie non plus – même si, quand tu le joues, tu es sûr d’avoir du monde. J’aime bien les aventures où tu découvres ceux d’aujourd’hui. L’improvisation, elle est à l’intérieur de moi, de ce que je fais. Il y a des ligues d’improvisation, je faisais ça un petit peu quand j’étais au cours d’art dramatique, je n’ai rien contre. Mais l’improvisation, pour moi, elle est à l’intérieur du carcan. Tu joues une pièce, tu as le carcan du texte : tu as une mise en scène, un costume, un spectacle... Mais à l’intérieur de ce carcan complet, mon improvisation, elle est ma liberté. Ma liberté à l’intérieur d’un carcan.

 

C’est un peu comme dans la vie : tu as des règles. Il ne s’agit pas de les contourner mais, à l’intérieur des règles, de vivre ta vie et d’improviser ta vie qui n’est pas la même que celle du voisin. Et sur scène, c’est pareil. Je ne m’ennuie jamais quand je suis sur scène. Parce que j’arrive toujours à trouver quelque chose, tout en étant à la même place, en disant toujours le même texte, avec toujours le même costume. Je fais ce qu’on m’a demandé de faire. Je dirais plutôt, ce qu’on a décidé ensemble de faire, pour que mes camarades ne soient pas surpris. À l’intérieur de moi, il y a une improvisation constante, un renouveau constant. Et c’est ce qui donne la richesse du jeu pour les spectateurs, et une renaissance perpétuelle du jeu que tu joues.

 

Et du coup, ça suppose aussi que, quand tu dis que c’est une mise en scène que « nous avons décidée », parfois, quand tu as fait du théâtre, il y avait le metteur en scène qui voulait ceci ou cela. Et est-ce que toi, assez souvent, tu as pu dire, « Si je peux me permettre, je pense que... »

 

J’ai souvent dit non. Il y a même des metteurs en scène qui ont reçu des projectiles aussi, parce qu’ils m’énervaient. Quand je dis que j’ai le respect du metteur en scène, celui-ci parfois se prend trop pour un metteur en scène. S’il veut te faire faire des choses trop contre-nature, je ne peux pas. Contre-nature, ça veut dire contre le texte, contre l’histoire. Quand j’ai fait Chantecler avec Jérôme Savary, il y avait à peu près 2000 vers à apprendre. Après avoir regardé un filage, il a trouvé que c’était trop long et décidé qu’il fallait couper trois quarts d’heure. Et puis il est parti faire une autre mise en scène. C’est moi qui me suis tapé le fardeau de couper chez tout le monde, dans le texte de tous les comédiens, et bien sûr de moi-même. Voulant couper trois quarts d’heure, il a déchiré 15 pages. Je lui ai dit qu’on n’allait plus rien comprendre à l’histoire... On est arrivés à s’entendre. Mais c’est différent pour chaque expérience...

 

>>> Le Mardi à Monoprix <<<

 

Par exemple, pour Le Mardi à Monoprix, quand on a joué à Paris, quand on a répété, Michel Didym (le metteur en scène, ndlr), me dit « Mon chéri, j’ai fait venir une dame qui va t’habiller ». J’avais acheté, pour jouer cette pièce, une robe à 35 euros dans mon village. C’était magnifique, j’avais l’air d’une dame, j’avais pas l’air d’un travelo. Il m’a dit, « Mais à Paris, tu comprends, il faudrait qu’elle soit belle. » « Tu la vois comment ? », j’ai dit. « J’aimerais un tailleur bien fait. » « Tu veux que j’aie l’air d’un travelo, c’est ça ? C’est un transsexuel, elle veut avoir l’air d’une femme ordinaire. Ordinaire, tu entends ? Elle n’a pas l’air d’un travelo. Elle est en femme depuis toujours, elle a mon âge. » J’ai réussi.

 

Je ne sais pas si tu te souviens de la fin, quand on était à Paris aussi, lors d’une première répétition, il me dit, « On va couper la fin ». Je lui dis, « Tu veux couper la fin de sa pièce ? Alors qu’on s’aperçoit qu’elle est morte, et que tout ça est simplement une idée qu’on se fait ? C’est impossible. Pourquoi tu veux couper la fin ? » Et il me répond : quand on a joué ça sur la péniche, quand on était en Alsace, un peu partout, sur les fleuves, il y a une ou deux fois eu des hommes qui sont venus lui dire qu’ils avaient été très gênés par mon doigt en spirale qui montrait quelqu’un dans la salle, c’était celui qui m’avait tué. Mon doigt ne montrait personne, ça montrait tout le monde. Et chacun pouvait se prendre au jeu d’être celui-là, qui m’avait tué sur le bord de la Meuse, pendant le tapin. Et je lui dis, « Mais mon pauvre, c’est du théâtre ce qu’on fait. Si ces gens viennent te dire ça, c’est qu’ils ont des problèmes et qu’ils vont voir des travelos sur les bords de rivières et qu’ils ont honte. Ce n’est pas mon problème : si tu coupes la fin, j’arrête tout de suite. » Et bien sûr, on a fait la fin, et c’était un moment très fort. D’un coup, j’étais morte, debout, à montrer ma poitrine qui saignait et tout, mais c’était un moment très fort. Il la fallait chic, il ne fallait pas montrer ça, etc... Je gênais les gens. Le théâtre, c’est fait pour gêner les gens !

 

L’Acte 2, ici...

 

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12 mars 2026

« Foot, tennis, F1 : regard sur l'année sportive 2026 », par Enzo Marquer

Chers amis lecteurs, on ne va pas se mentir : l’actu est rarement gaie on le sait, mais en ce moment, elle est carrément sinistre. On n’en finit pas de suivre, sur nos petits ou grands écrans, les derniers développements de la guerre au Moyen-Orient et toutes ses retombées, là-bas comme chez nous. Alors, dans ce contexte qui pourrait finir par déprimer y compris le plus incorrigible des optimistes, j’ai envie de vous proposer un article un peu différent, et c’est assumé.

 

Enzo Marquer a 23 ans. Amoureux du sport depuis l’enfance, il fait partager avec d’autres sa passion - pour le tennis notamment - sur Radio Phénix, une station locale caennaise. Il a aussi été, il y a peu, un candidat solide, plusieurs fois champion du jeu Slam, diffusé sur France 3. Je l’ai contacté à cette occasion, et l’échange, sympathique, sa culture sportive et son goût des médias m’ont donné envie de lui proposer une tribune pour évoquer librement, d’après sa sensibilité et ses préférences, les grands moments à venir de l’année sportive 2026. Je lui ai également proposé des questions, pour mieux le connaître. Son texte, captivant, a peut-être commencé à me réconcilier avec la F1.

 

Merci à toi Enzo, et bon vent pour la suite, ou devrais-je dire, "bonnes ondes" ! ;-) Je salue les équipes de Radio Phénix (les radios locales ça se défend), ainsi que Xavier, grand champion des Douze Coups de midi qui se prêta lui aussi au jeu de l’interview il y a 4 ans et demi. Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

Illustration générée via ChatGPT. Enzo n'est pas (encore ?) un champion de F1.

 

Regard sur l’année sportive 2026

par Enzo Marquer, le 6 mars 2026

Revenir sur tous les événements marquants qu’une année sportive peut contenir, ce serait passionnant, mais extrêmement long ! 2026 est une année de coupe du monde masculine de football, naturellement j’y jetterai un œil, en suivant les aventures de l’Équipe de France. Pour la dernière grande compétition de Didier Deschamps à la tête des Bleus, l’enjeu est important : après la victoire en 2018 et le traumatisme de 2022, une troisième finale consécutive sera dans le viseur. Selon les individus, ce Mondial nord-américain constitue des opportunités diverses : pour Didier Deschamps, soigner ses adieux en gommant l’impression de jeu minimaliste laissée après l’Euro 2024. Ses choix collectifs seront aussi scrutés, dans une équipe toujours aussi fournie sur le plan offensif (Mbappé, Dembélé, Olise, Cherki, Doué, Ekitiké…), mais dont les ressources au milieu et en défense peuvent interroger.

 

Certains joueurs auront aussi à cœur de rappeler qui ils sont ; bientôt deux ans au Real Madrid, et le bilan pour Kylian Mbappé est… mitigé. Des statistiques affolantes, oui, mais pas de trophées marquants, et cette saison ne donne pas plus de garanties, au contraire. Cependant, lors des deux derniers Mondiaux, le natif de Bondy avait porté l’attaque tricolore, de quoi garder espoir. Auréolé de son Ballon d’Or 2025, Ousmane Dembélé se présente avec un nouveau statut, à 28 ans. L’attaquant du Paris SG aura l’occasion de rééditer ses exploits sous le maillot bleu ; seule inconnue, son rôle, quand on sait que le poste axial est, semble-t-il, verrouillé à double tour pour Mbappé.

 

Plus bas sur le terrain, Upamecano confirmera-t-il son début de saison XXL avec le Bayern Munich ? Assurément un des meilleurs défenseurs centraux de la planète, sa présence dans le onze est capitale, dans un secteur de jeu en recherche de certitudes. Les latéraux, les choix au milieu, autant d’interrogations qui rendent l’aventure des Bleus outre-Atlantique palpitante !

 

Plus tôt dans l’année, fan de tennis oblige, j’aurai forcément un œil attentif sur Roland-Garros. La terre battue du Grand Chelem parisien nous offre toujours des histoires rocambolesques. L’édition 2025 n’y fut pas étrangère : la finale masculine Alcaraz-Sinner fait déjà partie des plus grands matchs de l’histoire du tennis. 5h29 hors du temps, entre les deux titans actuels du circuit. Remettront-ils le couvert en 2026 ? Qui peut vraiment les en empêcher ? Novak Djokovic, peut-être : à 38 ans, l’éternel Serbe a rappelé qu’il pouvait encore jouer les trouble-fête, en sortant Sinner au terme d’une demi-finale épique en Australie. Attention tout de même à l’enchaînement des matchs sur terre battue, la surface la plus exigeante du calendrier, et qui pourrait causer des soucis à l’ancien numéro 1 mondial. Double tenant du titre, Carlos Alcaraz réalisera-t-il la passe de trois ?

 

Le tableau féminin regorge lui aussi d’histoires à suivre. L’an dernier, Coco Gauff avait terrassé Aryna Sabalenka, le deuxième Grand Chelem dans la carrière de l’Américaine. Depuis, tout n’a pas été simple pour elle, et les 2000 points qu’elle remet en jeu porte d’Auteuil pourraient coûter cher au classement. Quadruple gagnante de la coupe Suzanne-Lenglen, la Polonaise Iga Swiatek interroge elle aussi. D’habitude si dominante sur l’ocre, elle a brutalement chuté de son trône en 2025. Aucun titre sur la surface, mais un Grand Chelem tout de même… sur gazon, à Wimbledon. Retrouvera-t-elle les clés du succès à Paris ?

 

Enfin, après une parenthèse enchantée en 2025, Loïs Boisson ne peut plus se cacher. Demi-finaliste à la suite d’un parcours sensationnel, la Française a ravivé la flamme chez des millions de Français.e.s. Malheureusement, la suite fut beaucoup moins rose : minée par les blessures, elle n’a plus joué un match officiel depuis fin septembre 2025. Le manque de rythme pourrait être préjudiciable pour la Dijonnaise, dont une grande partie du classement repose sur sa performance de 2025.

 

FOCUS : la saison 2026 de Formule 1 !

 

Prenons enfin la direction des circuits, pour la nouvelle saison de Formule 1. Il y a quelques semaines, Lando Norris était sacré pour la première fois, son nom venant s’ajouter à la longue liste des pilotes britanniques champions du monde de la discipline. Le carton de l’écurie McLaren (qui a aussi raflé le titre constructeurs) a mis un terme à l’outrageuse domination du duo Red Bull - Max Verstappen, et ses 4 couronnes d’affilée, de 2021 à 2024. Si l’écurie autrichienne a baissé les armes l’an dernier face à l’armada “papaye”, la lutte s’annonce une fois extrêmement indécise pour ce nouvel exercice. D’autant qu’un changement de taille a bien occupé les différentes écuries depuis plusieurs mois déjà : un nouveau règlement technique !

 

En clair, des changements radicaux dans la façon de construire sa monoplace. Cette nouvelle notice de fabrication des Formule 1 mériterait de s’y attarder longuement, mais n’étant pas ingénieur, je me contenterai de résumer les changements en trois points clés :

- les voitures de 2026 sont plus courtes (-20 cm), plus légères (-30 kgs), pour gagner en maniabilité.

- les voitures de 2026 arborent deux modes aérodynamiques : le premier adapté aux lignes droites, le second aux virages.

- les voitures de 2026 sont propulsées par un bloc moteur repensé, à l’hybridation encore plus importante. A partir de cette année, les moteurs des F1 affichent (sur le papier) un ratio quasi-égal entre thermique et électrique.

 

À chaque fois, les changements de règlement technique rebattent les cartes, pour rééquilibrer les forces en présence sur la grille de départ. Il est bon de rappeler que ce n’est pas toujours une science exacte, c’est même souvent l’inverse. En 2014, suite à l’introduction des moteurs hybrides, Mercedes était sorti triomphant des phases d’essai ; leur avance était telle qu’il leur était demandé de ne pas utiliser leur moteur à son plein potentiel, pour préserver un semblant de suspense… Malgré tout, les Flèches d’Argent ont remporté 16 Grands Prix sur 19 cette année-là, avant d’écraser la concurrence les années suivantes : 7 titres pilotes et 8 titres constructeurs de suite, 111 victoires sur 160 courses jusqu’en 2021. Cette domination historique a pris fin début 2022 après l’introduction… d’un nouveau règlement technique. Cette fois, c’est Red Bull qui a su tirer les marrons du feu, pour se hisser sur le trône, Max Verstappen en tête, jusqu’à la fin de la saison 2025.

 

Vous l’avez compris, un changement de règlement technique est absolument tout sauf anodin en F1. À l’heure où j’écris ces lignes, le premier Grand Prix de la saison se déroulera dans quelques heures sur le circuit de l’Albert Park, à Melbourne. Chaque équipe a pu peaufiner ses réglages suite aux essais de Barcelone puis de Bahreïn, tout en continuant à apprivoiser cette nouvelle réglementation, plus complexe que la précédente. Egalement, les équipes ont testé leurs innovations, comme cet aileron réversible etrenné par la nouvelle Ferrari et qui alimente les fantasmes de milliers de tifosi, sevrés de titre depuis 2007.

 

S’il convient de rester prudent (le bluff est le jeu favori des écuries avant le premier GP), des premières tendances semblent se dessiner et permettent d’envisager une première hiérarchie.

 

Un top 4 qui se détache.

 

Commençons par les élèves qui semblent avoir le mieux adapté leur copie aux nouvelles consignes de la FIA. Pour savoir qui sera le premier poleman de la saison, il faudra sans doute piocher dans le quatuor McLaren - Mercedes - Red Bull - Ferrari, soit le top 4 du dernier classement constructeurs.

 

Pour McLaren, qui reconduit le duo Lando Norris - Oscar Piastri, le virage réglementaire semble avoir été bien digéré, et l’écurie britannique fera encore partie des prétendants, dès le début de la saison. La principale interrogation demeure la gestion des pilotes ; capables d’enchaîner les victoires (7 succès pour chaque pilote en 2025), le directeur d’équipe Andrea Stella devra trancher. Qui sera le pilote numéro 1 ? La stratégie adoptée l’an dernier, laisser les deux pilotes se disputer le titre, avait fini par causer des remous en interne.

 

Chez Mercedes, l’intersaison a été un peu plus agitée ; non pas chez les pilotes, George Russell et le jeune Kimi Antonelli (19 ans) embrayent pour une deuxième saison au sein de l'écurie allemande. Cependant, après avoir raté le coche en 2022, Mercedes a renoué avec les bonnes recettes d’antan : construire un moteur très performant. Trop performant ? La légalité du bloc propulseur allemand est remise en question, un dossier à suivre jusqu’au départ du premier GP, où des réclamations pourraient être déposées par les adversaires de Mercedes, qui ne veulent pas revivre le cavalier seul connu en 2014. Si rien ne se dresse en travers de leur chemin, Mercedes sera peut-être l’équipe à battre du début de saison.

 

De moteur, il en a été aussi question chez Red Bull. L’écurie autrichienne et Honda, son fournisseur moteur, se sont séparés début 2025 après une fructueuse collaboration. En lieu et place, un partenariat avec Ford, pour la conception d’un bloc moteur 100% maison. Malgré ce nouveau départ et après la perte de deux piliers l’an dernier (le directeur sportif Jonathan Wheatley et l’ingénieur star Adrian Newey), Red Bull étonne en ce début 2026 et pourrait se mêler à la lutte pour les premières places. Même si sa voiture ne sera peut-être pas la meilleure de la grille, nous pouvons toujours faire confiance à Max Verstappen pour réaliser des exploits dont il a le secret. Cocorico, son coéquipier cette saison sera Français : après des débuts réussis dans le giron autrichien chez Racing Bulls, Isaac Hadjar est promu dès sa deuxième saison dans l’écurie mère. Dans un baquet où tant de pilotes se sont cassé les dents (Albon, Gasly, Tsunoda, Pérez…), il devra ramener des points pour ne pas trop souffrir de la comparaison avec son coéquipier 5 étoiles.

 

Enfin, ce carré d’as est complété par Ferrari : il y a tant à dire avec la firme au cheval cabré. La saison 2025 était celle de tous les rêves : à son enfant prodige Charles Leclerc, la Scuderia y a ajouté Lewis Hamilton, septuple champion du monde. Un monstre sacré qui rejoint la plus grande écurie de l’histoire, la conclusion ne pouvait être qu’un succès triomphal ou bien un échec retentissant. Malheureusement, c’est la deuxième option qui s’est produite. Aucun Grand Prix remporté, une 4e place aux constructeurs, Leclerc s’est encore démené pour sauver les meubles (7 podiums), mais force est de constater que Ferrari a encore raté sa saison. Sous l’implusion du Français Frédéric Vasseur, le mode opératoire a été (pour une fois) clairement défini, alors même que la saison n’était pas terminée : on oublie 2025, et on se concentre sur 2026, pour être prêt dès le début de la saison. Une nouvelle fois, rien n’est définitif, mais il semblerait que ce choix de Ferrari ait porté ses fruits : les premiers tours de roue de la SF-26 suscitent l’enthousiasme, des pilotes en premier lieu. La mine déconfite d’Hamilton fin 2025 a laissé place à un sourire plus vu depuis ses plus belles années chez Mercedes. Le moteur paraît bien pensé, les ingénieurs de Maranello se sont même permis une petite gourmandise, avec ce concept d’aileron arrière réversible, qui a interloqué la planète F1 à Bahreïn. Suffisant pour jouer les premiers rôles à Melbourne ?

 

Le calvaire d’Aston Martin, des débuts difficiles pour Cadillac…

 

Si certains ont bien intégré ce nouveau règlement technique, pour d’autres, la saison 2026 commence mal. Après les essais, Aston Martin semble loin, très loin du compte. Pourtant, l’AMR 26 était annoncée comme une pointure, et les raisons de cette confiance étaient nombreuses. La puissance financière de son propriétaire (le milliardaire canadien Lawrence Stroll), un directeur technique renommé (Adrian Newey), un moteur attitré (Honda ne fournissant aucune autre écurie) et un pilote avide d’un dernier challenge en carrière (Fernando Alonso, qui entame sa 23e saison en F1, à 44 ans). Malgré ces motifs d’espoir, le retour à la réalité est brutal. Les essais ont viré à la catastrophe industrielle ; le concept d’Adrian Newey, bourré d’idées nouvelles, ne fonctionne tout simplement pas. Quand elle roule, l’Aston Martin est (très) lente, à quatre secondes des meilleurs chronos en moyenne, un écart confirmé par le second pilote, Lance Stroll. Un gouffre, qu’une saison entière pourrait ne pas suffire à combler. Pire encore, la monoplace verte et noire est accablée par son manque de fiabilité, qui l’a conduit à passer de nombreuses heures au garage lors des essais. Le moteur Honda peine à donner satisfaction, et souffre de problèmes de refroidissement. La dernière journée des essais à Bahreïn est une illustration des déboires de l’écurie basée à Silverstone : 6 tours de piste couverts… le reste du temps, l’AMR 26 est restée clouée au garage. Si leur présence à Melbourne était un temps questionnée, Aston Martin a tout de même fait le déplacement. Pour autant, leur présence en piste sera éphémère, quelques dizaines de tours tout au plus, c’est le maximum que peut donner la monoplace à l’heure actuelle. Quand rien ne va…

 

11e écurie à rejoindre la F1 pour cette saison 2026, Cadillac ne prétend pas non plus jouer les premiers rôles, loin de là. Les premiers relais effectués par les expérimentés Valtteri Bottas et Sergio Pérez n’ont pas surpris la galerie, et confirment que la firme américaine luttera, au moins sur le début de saison, pour sortir de la Q1. Contrairement à Aston Martin, la clémence nous pousse à souligner que ce sont les grands débuts de Cadillac dans la discipline reine du sport automobile, et que de meilleures performances auraient été une agréable surprise. Le retard est là, certes, mais la base de travail aussi. Reste désormais à améliorer la monoplace pour progresser au fil de la saison.

 

Dans le peloton, de Williams à Alpine, des enjeux divers…

 

Entre les paillettes des premières places et la morosité du fond de la grille, bienvenue dans le peloton (le midfield dirait-on outre-Manche). A bonne distance des 4 meilleures écuries (une seconde d’écart selon les temps de Bahreïn), mais bien devant Cadillac et Aston Martin, ce sont là 5 équipes qui vont se livrer à une bataille pour savoir qui sera “le meilleur des autres”.

 

À ce petit jeu, les progrès entrevus en 2025 chez Williams laissaient à penser que l’écurie anglaise pourrait viser une bonne place cette saison. Mais, un développement hivernal compliqué (participation annulée aux essais de Barcelone) a freiné la progression de la troupe de James Vowles. Le mieux observé à Bahreïn doit être suivi d’effets, la monoplace étant encore trop lourde pour espérer de meilleurs chronos.

 

Du côté d’Audi, l’ambiance est plutôt sereine. Le constructeur allemand a repris l’ex-écurie Kick Sauber et s’est appuyé une base de travail solide, autour d’un duo mêlant expérience et talent : Nico Hülkenberg (38 ans) aux côtés de Gabriel Bortoletto (21 ans). Là aussi, on peut attendre Audi parmi les équipes régulières du milieu de grille, un exploit n’étant pas à exclure de temps en temps.

 

Pour Racing Bulls, 6e du classement constructeurs l’an dernier, les essais se sont également bien déroulés. Beaucoup de tours couverts, un rythme de course constant pour une monoplace fiable et relativement performante. La philosophie reste la même : développer des jeunes pilotes talentueux, dans une écurie vouée à rester dans l’ombre de Red Bull. Le duo aligné cette saison sera composé de Liam Lawson et Arvid Lindblad, qui découvre la F1 après sa 3e place en F2 en 2025.

 

Deuxième écurie américaine, Haas, prend des accents japonais, fruits de son partenariat avec Toyota. Les pilotes sont les mêmes que l’an dernier, l’association franco-britannique Esteban Ocon - Ollie Bearman étant reconduite, après une première saison mitigée. 8e aux constructeurs, Haas peut nourrir des espoirs pour le début de saison, après des essais qui semblent les placer à la bataille pour la tête de ce peloton.

 

Pour terminer ce tour d’horizon des écuries, un mot d’Alpine, qui voudra forcément relever la barre après son horrible saison 2025. Dernière aux constructeurs avec 48 points de retard sur l’avant-dernier, 5 maigres top 10 sur la saison, une monoplace larguée du premier au dernier Grand Prix. Pour ne rien arranger, la gestion scabreuse de l’écurie a également fait parler. Chez les pilotes, Jack Doohan a commencé la saison, pour être viré après 6 GP au profit de Franco Colapinto, qui ne scora aucun point sur les 18 autres courses… Vous vouliez une nouvelle preuve de l’instabilité chronique de l’équipe ? Flavio Briatore est de retour en tant que directeur technique. Sans oublier le passage (peut-être) le plus houleux de la saison d’Alpine : l’abandon des moteurs fabriqués à Viry-Châtillon, pointés du doigt pour expliquer le manque de performances. Le savoir-faire des équipes basées dans l’Essonne a été mis au ban, même si le travail était déjà largement entamé pour les nouveaux moteurs de 2026. Malgré une protestation légitime des équipes, le choix final a été d’opter pour un bloc moteur Mercedes. Ce changement radical, au profit d’un moteur censé être le plus performant de la grille, ne laisse plus le droit à l’erreur pour l’équipe française, filiale sport du groupe Renault.

 

Plus largement, l’avenir d’Alpine en F1 s’inscrit en pointillés. De française, elle n’a guère davantage que le nom et un pilote (Pierre Gasly). Alors que Renault vient d’annoncer l’arrêt de ses programmes sportifs en rallye-raid et en endurance, un nouvel échec du projet F1 sonnera-t-il le glas des ambitions de la marque au losange dans le sport automobile ?

 

En résumé, s’il fallait établir une hiérarchie des écuries après ces essais, cela donnerait : Mercedes à la bataille avec Ferrari pour les premières places, suivis de McLaren et Red Bull. De la 9e à la 18e place, les écarts sont assez faibles mais je placerais dans l’ordre Haas, Racing Bulls, Alpine, Audi et Williams. Enfin, les deux dernières écuries semblent être Cadillac et Aston Martin. Mais encore une fois, tout cela n’est que très provisoire, les premières vérités émergeront lors de ce Grand Prix inaugural (et matinal) ; décalage horaire oblige, rendez-vous à 5 heures du matin le 8 mars pour le premier Grand Prix de la saison ! (@ découvrir ici, ndlr)

 

L’interview

 

Comment te présenterais-tu en quelques mots, Enzo ?

 

J’ai 23 ans, je réside à Caen, Manchois de naissance, j’ai grandi à Villedieu-les-Poêles, là où sont fabriquées les cloches de nombreux édifices religieux de France et d’ailleurs. Passionné de sport depuis tout petit mais aussi de quiz de manière générale, j’adore découvrir les histoires des personnes qui nous entourent, quelquesoit le domaine où iels exercent.

 

Parle-moi un peu de ton expérience, que j'imagine gratifiante et excitante, au sens de votre radio associative ?

 

Effectivement, j’ai eu la chance de rejoindre cette aventure, il y a maintenant trois ans. D’abord en tant que bénévole, j’intervenais pour une chronique hebdomadaire sur l’actualité sportive, dans l’émission d’actualités de la station. Puis, après une rencontre, nous avons lancé sur l’antenne notre émission dédiée au tennis, Pleine Balle, où nous traitons de l’actualité normande et internationale de la balle jaune. De plus, cette année, j’ai la chance de pouvoir vivre à plein temps l’expérience de la radio, car j’ai pris les rênes de l’émission d’actualités évoquée juste avant. Du choix des sujets au contact des invités et à leurs interviews, disons que mes semaines sont bien remplies !

 

D'où te vient ta passion pour le sport, et comment se concrétise-t-elle au quotidien ?

 

Depuis tout petit, le sport me fait vibrer. Je me souviens que je dévorais les pages sport de Ouest-France quand je rentrais de l’école. Sans doute une partie de l’explication ! Plus généralement, ce sont les valeurs du sport que j’aime, et que j’aime véhiculer également. Le partage, le dépassement de soi, les rencontres… autant de choses que je ne peux détacher de mon quotidien et qui ne sont, à mon sens, pas assez valorisées. Aujourd’hui, je baigne dans le domaine, à travers ma pratique (tennis, padel, course à pied…) et mes activités radiophoniques, qui me permettent de couvrir plusieurs événements de la région. J’ai également pu découvrir le commentaire de matchs de tennis en direct, un rêve de gosse qui a pris forme fin 2025, et qui, je l’espère, se répétera à l’avenir.

 

Être journaliste sportif, c'est un rêve que tu souhaites développer davantage encore ? Quels sont ceux, parmi cette profession, qui t'ont transporté par leur enthousiasme et leurs analyses ?

 

À vrai dire, je ne suis pas encore certain de la forme que je souhaite donner à cette passion. Partager des histoires autour du sport, oui. Ces derniers mois, faire partie de l’équipe de la radio associative, un média donc indépendant, a suscité en moi l’envie d’explorer par moi-même. De tenter, d’essayer. Quitte à échouer, mais l’objectif est au moins de me laisser aller pour partager ce que j’aime vraiment dans le sport. Difficile de citer exhaustivement toutes celles et tous ceux qui m’ont donné la fibre de ce métier (de ce domaine plus généralement), selon les disciplines que je suis, plusieurs noms me viennent à l’esprit. S’il ne fallait en garder qu’un, je dirais Alexandre Boyon, d’une polyvalence exceptionnelle sur les antennes de France Télévisions. Son habileté au micro, notamment à travers ses innombrables jeux de mots, est toujours un délice.

 

Enzo lors d’une émission de Slam. Photo : page Facebook du jeu.

 

Tu as été dernièrement un candidat efficace et impressionnant au jeu de France 3 Slam. Que retiendras-tu de cette expérience ?

 

Que des bons souvenirs ! Facile à dire quand on gagne, mais peu importe le résultat, l’aventure était de toute façon très agréable, notamment avec l’équipe du jeu. Théo Curin est également très sympathique, quelqu’un de très simple et facile d’accès. Pour revenir à ma “performance”, j’en étais le premier surpris ! Pour être honnête, je pensais avoir le niveau pour gagner une émission ou deux tout au plus, car je regardais déjà l’émission depuis quelques années, et j’étais déjà entraîné au niveau du buzzer. Mais, jamais je n’aurais pensé pouvoir aller jusqu’au bout des sept émissions, c’était vraiment incroyable !

 

La mécanique de Slam est très particulière. Comment s'entraîne-t-on pour participer à cette émission ?

 

De mon côté, je n’ai pas vraiment suivi un entraînement à proprement parler. Je regarde l’émission de temps en temps, depuis plusieurs années déjà, j’étais donc familier avec l’articulation des questions. Également, j’aime bien les mots fléchés, de la même manière, cela m’a aidé pour trouver les mots à partir de leurs définitions. Enfin, j’ai déjà participé à Questions pour un Champion, et pour cela, je suis membre d’une association de joueurs à Caen, que je continue de fréquenter, une à deux fois par mois. Ainsi, cela donne de l’expérience au niveau du buzzer, qui est un point essentiel de Slam. Je me suis bien débrouillé de ce côté-là, car la plupart du temps, mes adversaires avaient aussi les réponses, mais cela se jouait à la rapidité au buzzer.

 

Tes envies pour la suite ?

 

Comme je le disais précédemment, me lancer avec mes propres contenus sur le tennis est un objectif que j’aimerais réaliser assez vite. À voir sous quelle forme, sur quel(s) sujet(s), mais cela m’occupera sans doute pour les prochains mois. Et sinon, je n’exclus pas de participer à un nouveau jeu télévisé dans les prochains mois également. Je n’ai pas encore tranché sur lequel je porterai mon choix, mais je vais m’y atteler !

 

 

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1 mars 2026

Olivier Da Lage : « Une dictature militaire pourrait bien succéder au "régime des mollahs" »

Hier 28 février, on a suivi sur les écrans du monde entier les premières images des frappes massives engagées par les aviations américaine et israélienne sur l’Iran (puis celles des ripostes iraniennes). Les cibles étaient bien définies, les objectifs souvent atteints : installations militaires, industrielles, hauts dignitaires... Rapidement, on s’est interrogé sur le sort du chef incontesté de la République islamique depuis 1989, le Guide suprême Ali Khamenei. Sa mort a été confirmée dans la soirée, heure française. En moins de 24h, le régime était décapité. Est-il voué à disparaître pour autant ? Rien n’est moins sûr, si l’on en croit le témoignage du journaliste spécialiste de la région, Olivier Da Lage, qui a une nouvelle fois, avec précision, accepté de répondre à mes questions (le 1er mars), ce dont je le remercie chaleureusement. Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU (01/03/2026)

Olivier Da Lage : « Une dictature militaire

 

pourrait bien succéder au "régime des mollahs" »

Ali Khamenei, Guide suprême (1989-2026). Image créée avec ChatGPT.

 

L’exécution, au cours des frappes américaines et israéliennes du 28 février, du Guide Ali Khamenei, constitue-t-elle un évènement historique ? Un tournant, forcément, quant aux chances de survie de la République islamique ?

 

Oui, bien sûr. Khamenei était le guide de la République islamique depuis 1989, lorsqu’il avait succédé à l’ayatollah Rouhollah Khomeini à ce poste, conçu pour lui. Il était donc l’autorité suprême en Iran depuis 36 ans. Sa mort, surtout dans ces conditions, représente donc à l’évidence un tournant important. Cela dit, il était âgé, souffrait depuis de nombreuses années d’un cancer et était parfaitement informé sur le fait qu’il était une cible pour les Israéliens. La mort de nombreux hauts dirigeants ciblés avec précision par Israël en juin dernier lors de la « Guerre des Douze jours » ne pouvait lui laisser aucun doute à cet égard. Autant dire que le régime s’était préparé à sa succession, quelles que soient les conditions dans lesquelles elle interviendrait. Ce serait une erreur de croire que le régime iranien a entièrement été pris au dépourvu et que la mort de son plus haut dirigeant lui porte, ipso facto, un coup mortel.

 

Quel regard portes-tu sur les ripostes iraniennes au cours des premières heures du conflit ? Téhéran a notamment ciblé des bases américaines dans les monarchies du Golfe : l’Iran n’est-il pas en train de jeter dans une coalition contre lui des pays au départ frileux à cette idée ?

 

Si, clairement. Et c’est l’aspect le plus surprenant des premières vingt-quatre heures de ce conflit. Chacun s’attendait à ce que l’Iran s’en prenne aux bases ou installations militaires américaines dans les monarchies du Golfe où elles sont très présentes. Téhéran avait toujours indiqué que ce serait sa riposte à une attaque israélo-américaine. Mais je n’avais pas imaginé que les drones et missiles iraniens s’en prendraient à des cibles civiles dans ces pays, comme les aéroports de Dubaï ou Koweït. Sans avoir la moindre sympathie pour le régime iranien, les monarchies de la péninsule arabique prêchaient depuis des années pour éviter le recours à la guerre contre l’Iran, redoutant de devoir en payer le prix, étant aux premières loges. C’est effectivement ce qui s’est passé. Pour la suite, tout dépendra de la durée et de l’intensité du conflit. Mais, au minimum, ces États ne mettront plus de restrictions à l’usage de leur espace aérien par l’aviation américaine, et même israélienne.

 

Quelles réactions attendre de la part de Moscou, et surtout de Pékin ? Les deux puissances peuvent-elles se permettre, deux mois après la chute de Maduro, de perdre sans réaction un autre allié majeur comme l’Iran ?

 

S’il devait y avoir des réactions vigoureuses, on les aurait déjà entendues. Ce qui se passe est évidemment une très mauvaise nouvelle pour Pékin comme pour Moscou, qui avaient des liens étroits avec la République islamique, mais la Russie et la Chine sont des acteurs mondiaux qui savent évaluer les rapports de force. Et pour le moment, il est clairement en faveur d’Israël et des États-Unis au Moyen-Orient. Dans un premier temps, du moins, il n’y a rien de spectaculaire à attendre de ces deux capitales au-delà de protestations convenues. À plus long terme, c’est plus difficile à dire car des leçons seront tirées de cette nouvelle configuration (quelle qu’elle soit), par Moscou et Pékin comme par tout le monde.

 

Les États-Unis, avec cette action militaire massive qui se déroule dans le contexte que l’on sait, sont-ils à ton avis en train d’accroître leur prestige, ou bien d’alimenter au contraire (à supposer que ce soit incompatible) l’hostilité que peuvent ressentir envers eux nombre de pays et de peuples qui ne veulent pas de leur modèle ?

 

En dehors d’Israël, je ne vois d’accroissement du prestige américain nulle part dans le monde. Pas même aux États-Unis. Certes, la mort de Khamenei provoque peu d’affliction et la performance des militaires américains sera toujours source de fierté pour les Américains. Mais une bonne partie des Démocrates et certains Républicains étaient réservés devant la perspective de cette opération – avant qu’elle ait lieu – qui n’avait pas fait l’objet d’un débat au Congrès, contrairement, par exemple, à l’intervention en Irak en 2003 qui, de surcroît, s’était faite aux côtés de nombreux alliés de l’OTAN. Rien de tel ici. Il faut avoir en tête que la base MAGA qui a voté pour Trump, notamment sur la promesse de ne pas déclencher de nouvelles guerres et de ne pas chercher à changer les régimes, notamment au Moyen-Orient, est furieuse contre son ancienne idole, et ce, à huit mois des midterms, ces élections de la mi-mandat qui pourraient voir le Congrès échapper aux Républicains. Enfin, presque tout le monde, adversaires comme partisans de l’opération Epic Fury, s’inquiète de ne rien savoir des plans et buts de guerre de l’administration Trump (s’il y en a !) une fois la guerre achevée.

 

Es-tu de l’avis de ces analystes qui estiment qu’un effondrement de la République islamique serait un événement aussi important que la chute du Mur de Berlin, en 1989 (l’année de l’ascension de Khamenei comme Guide, celle aussi du soulèvement de Tian’anmen) ?

 

Sans aucun doute. Mais la République islamique tombera-t-elle ? Il est encore trop tôt pour le dire. Certes, le régime est très affaibli. Par la perte de ses alliés (Bachar el Assad en Syrie, le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza) ; par les très sérieux coups portés à sa direction, à son programme nucléaire et à sa défense antiaérienne lors de la guerre de juin 2025 et au cours du conflit actuel. Mais le régime islamique iranien, malgré l’importance que revêtait l’ayatollah Khamenei, fonctionne selon un mode plus horizontal que vertical. Et l’expression, employée jusqu’à la nausée, de « régime des mollahs », fait l’impasse sur un élément essentiel : depuis plusieurs années, les religieux jouent un rôle de moins en moins important au profit des gardiens de la Révolution, qui ont de fait remplacé dans beaucoup de domaines l’armée iranienne, en force et certainement en influence.

 

Ses commandants fonctionnent selon des modalités très décentralisées, ce qui fait qu’ils peuvent prendre des initiatives importantes sans avoir à en référer en cas de rupture de la chaîne de commandement. Autant qu’à un effondrement du régime né du renversement du Shah en 1979, il faut aussi se préparer à une dictature militaire, les Gardiens de la Révolution étant l’ossature du régime ainsi transformé. Et la très violente répression qui a causé la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes au début du mois de janvier montre que ces forces, puissamment armées, sont prêtes à tout pour conserver le pouvoir. On ne peut bien entendu pas complètement écarter un effondrement, sur le modèle de la RDA après la chute du Mur en novembre 1989. Mais ce serait un pari insensé de compter dessus. C’est pourtant, en apparence du moins, celui qu’a fait le président Trump, qui n’a pas l’intention d’envoyer des soldats sur le terrain, contrairement à ce qu’avait fait George W. Bush en Irak voici deux décennies.

 

Les maîtres du monde (Eyrolles, octobre 2025)

 

@ lire également, notre interview sur l’Iran datée du 12 janvier 2026

 

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