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musique
8 janvier 2013

Desireless : "Mon souhait ? Continuer sur le chemin..."

À l'occasion de cette première publication de l'année, mon invitée et moi vous convions... au voyage. Pas n'importe lequel. Un voyage « plus loin que la nuit et le jour », dans « l'espace inouï de l'amour ». Vous l'aurez compris, c'est l'inoubliable interprète du tube planétaire Voyage, voyage, Claudie Fritsch alias Desireless, qui nous accompagnera durant cet entretien. Si je donne assez rapidement l'impression de vouloir me "débarrasser" de l'évocation de ce titre pour lequel tout le monde la connaît, c'est précisément parce que tout le monde la connaît pour cette chanson. Très belle chanson, que j'ai réécoutée plusieurs fois, avec plaisir, avant de préparer les termes de notre interview. L'idée était justement de lui donner une occasion supplémentaire de faire découvrir, de vous faire découvrir ses autres chansons, ses nouveautés. Son univers, extrêmement riche, original, cette artiste, bourré de talent et d'humanité.

 

J'ai pris le temps de parsemer le texte final de liens très nombreux vers sa page Facebook, ses vidéos, surtout. Regardez, écoutez, découvrez, vous allez aimer, forcément... Voici le voyage que nous vous proposons. Rencontre avec une star des années 80 qui vit résolument avec son temps, qu'il s'agisse de son art, ou de sa vie tout court. Quelqu'un de bien... J'ai résisté durant l'interview à la tentation du tutoiement, auquel elle m'invitait. Aujourd'hui, je le dis avec joie : merci Clo pour ta gentillesse. Tous mes voeux de bonheur à toutes et à tous, belle et heureuse année 2013. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

CLAUDIE FRITSCH alias

DESIRELESS

Une belle expérience musicale... et humaine !

 

« Mon souhait ?

Continuer sur le chemin... »

 

Desireless 1

(Photos fournies par Clo alias Desireless)

 

Q : 07/01/13

R : 07/01/13

 

Paroles d'Actu : Bonjour Claudie, comment allez-vous ?

 

Desireless : Bonjour Nicolas. Tout va bene...

 

PdA : Comment préférez-vous que l'on vous appelle, d'ailleurs ? Desireless ? Claudie ? Clo... ? (bon, pas sûr que j'ose, pour le dernier ^^)

 

D. : Si si... ose ! Clo ! :) Et si tu me dis "tu", c'est encore mieux ! 

 

PdA : Desireless, pour le grand public, c'est d'abord Voyage, voyage, votre tube emblématique des années 80. Rassurez-vous, une seule question sur cette chanson... ;) Avez-vous à l'esprit quelques anecdotes illustrant cette popularité et que vous souhaiteriez partager avec nous ?

 

D. : Cette chanson est ma meilleure amie, et aussi une petite clef magique qui ouvre les coeurs... Grâce à elle, je continue à voyager... C'est aussi mon épée laser... Comme je viens de le dire, elle est magique... ;) Si si, je t'assure !

 

PdA : En 2012, L'Oeuf du Dragon, EP aux sonorités résolument électro, est né de votre collaboration avec Antoine Aureche (Operation of the Sun). De beaux titres - j'aime beaucoup Sertão personnellement - et des remixes très bien réalisés. Parlez-nous de cette aventure ?

 

D. : J'ai rencontré Antoine il y a plus d'un an. Il m'a contactée par mail pour me demander de participer à une des chansons de son album Operation of the Sun : Uchronia. On a passé une après-midi ensemble à la maison, et on s'est tout de suite bien entendu. C'est quelqu'un comme j'aime... musicien... mystérieux... fou ... et très efficace. Et très vite, on a décidé de continuer l'aventure... J'aime travailler avec des gens plus jeunes que moi, qui n'ont pas encore trop d'habitudes.

 

PdA : Cet EP est distribué gratuitement sur internet. On sait les maisons de disques particulièrement frileuses en ce moment, et pas franchement enclines à prendre des risques sur du neuf, forcément plus aléatoire... Avec vos modes de diffusion actuels, est-ce que vous trouvez - vous me pardonnerez pour l'utilisation de ce mot bien peu élégant - votre "compte" ?

 

D. : Ca fait longtemps que j'ai pris mon parti de m'éloigner des maisons de disques et de tout ce milieu du showbiz parisien. J'ai la chance de pouvoir bien gagner ma vie en étant sur scène. Et je coupe de plus en plus les liens avec tous ces intermédiaires qui se fichent, il faut le dire, des artistes et du public. C'est beaucoup de boulot de faire tout toute seule, ou presque... Mais depuis que j'ai décidé de prendre en main ma vie professionnelle, ça roule super bien ! Tout est beaucoup plus simple.

 

PdA : Est-ce qu'il y a, sur la scène actuelle, - quels que soient le style ou le pays d'ailleurs, votre musique se joue magnifiquement des frontières - des artistes qui vous inspirent et dont vous aimeriez, au détour d'une rencontre artistique, marier l'univers au vôtre ? Si oui, évidemment, la réponse appelle... des noms ! ;)

 

D. : Il y aurait beaucoup de gens avec qui j'aimerais collaborer. Mais ce que j'aime, ce sont les surprises, et surtout les rencontres... le hasard ou le destin ! ;) Je n'aime pas savoir de quoi demain sera fait...

 

PdA : Depuis François en 1989, vous avez sorti une grosse demi-douzaine d'albums. Pour quelqu'un qui aurait envie de vous découvrir au-delà du titre-que-je-ne-suis-plus-censé-citer, quel est votre top 5 des chansons pré-Oeuf ? Celles que vous aimeriez lui conseiller d'écouter, parce qu'elles vous tiennent particulièrement à coeur, ou simplement parce qu'elles ont votre préférence...

 

D. : 

- Il y a des jours sur l'album Un brin de paille, avec Michel Gentils.

- Les escaliers du bal sur l'album I love you, avec Charles France. Il va bientôt être réédité, d'ailleurs.

- More love and good vibrations et Nul ne sait sur More love and good vibrations, avec Fabien Scarlakens.

- Le petit bisou sur Le petit bisou, avec Mic-Eco.

- L'expérience humaine sur L'expérience humaine, avec Alec Mansion.

 

PdA : Votre précédent EP, L'Expérience humaine, produit grâce au soutien de près de 600 internautes, a vu le jour en 2011. Dans la chanson éponyme (que je trouve vraiment belle), vous incarnez un extraterrestre, vous exprimez à travers lui votre amour de l'être humain, amour perceptible via mille autre indices, d'ailleurs, jour après jour, et depuis longtemps. Malgré cela, vous y évoquez certaines choses chez nos congénères que vous « pas comprener »..., un « monde à changer »...

 

D. : Oulala ! Oui, y'a du boulot ! À commencer par nous-mêmes... Nous sommes là pour évoluer... J'y travaille, comme beaucoup... Je suis révoltée par beaucoup de choses... Je crois qu'il y a un réel éveil des consciences. "Le dormeur doit se réveiller".

 

PdA : Une question qui sera en partie liée à la précédente. Votre parcours d'artiste trouve sa source dans les années 80, années apparemment vues avec nostalgie par beaucoup de gens. Je pense au succès des tournées RFM 80 et du film Stars 80, auxquels vous avez participé. Partagez-vous ce sentiment, au vu de ce à quoi ressemble la marche du monde dans les années 2010 ?

 

D. : Je comprends cet engouement du public pour cette nostalgie 80. Des artistes, des chansons qui leur rappellent leur jeunesse... Mais c'est une réaction face au manque cruel de nouveautés, les médias et les maisons de disques ne faisant pas leur travail de relais culturel et trouvant plus facile de faire des compiles de reprises... enfin... tu vois ce que je veux dire... Beaucoup de sous à gagner en ne faisant rien... tellement facile... quel dommage !

 

PdA : J'ai lu quelque part qu'après la chute du mur de Berlin en 1989, vous vous êtes plus que mêlée à la fête, donnant des concerts à grand succès dans un enthousiasmant climat de libération populaire...

 

D. : Cette info est fausse... ! (rires) Mais elle me plaît bien ;)

 

PdA : Depuis quelques années, nous assistons un peu partout - point positif ! - à des mouvements de citoyens qui, révoltés par les asservissements en tous genres et organisés grâce aux nouveaux moyens de communication, décident de se lever, de dire non à l'ordre établi. Sertão (L'Oeuf du Dragon) semble leur être dédiée. Votre art est-il un art "engagé" ?

 

D. : Je ne sais pas si mon art est engagé... Mais c'est sûr que je préfère regarder des vidéos Anonymous que TF1... (rires)

  

PdA : Un autre thème s'invite souvent dans vos textes, dont Le sel sur tes mains (L'Oeuf du Dragon). Celui de la spiritualité. C'est quelque chose qui compte, dans votre vie ?

 

D. : La recherche de soi-même... l'expérience de la vie, tout simplement... Oups... C'est compliqué... ou c'est très simple ! ... (rires) On est sur le chemin... "Le bonheur, c'est le chemin".

 

PdA : Revenons au support de notre échange, et de notre contact de départ, j'ai nommé internet, et plus particulièrement Facebook. Vous y êtes très présente, et êtes suivie par une communauté d'admirateurs-contributeurs très active. Comment ressentez-vous ce lien très fort qui existe entre vous ?

 

D. : Une très belle expérience humaine qui commence avec des mots comme "Accepter", "Partager", "J'aime"... et qui continue par de réelles rencontres, tellement variées... Sur Facebook, j'apprends beaucoup de choses... sur les autres et sur moi-même...

 

PdA : Installée depuis quelques années à Buis-les-Baronnies, dans la Drôme, vous avez été célébrée à la fin de l'année par vos amis du village, à l'occasion de votre anniversaire. Avec Buis, vous l'avez trouvé, votre petit coin de paradis ? Diriez-vous que vous êtes heureuse, aujourd'hui ?

 

D. : Oui... Aujourd'hui, je suis heureuse. À Buis... sur les routes... sur scène. Enfin... à l'intérieur et à l'extérieur... Demain ? À suivre...

 

PdA : Votre page de couverture Facebook propose de commander, à un prix très intéressant, votre pack promo NUL NE SAIT Spécial RemiXes + XP2. Que contient-il ?

 

D. : Il y a un album de remixes de la chanson Nul ne sait, que nous avons décidé de faire à l'occasion des 10 ans de cette chanson, Fabien Scarlakens, Édouard Germinet et moi-même... Une chanson qui a été enregistrée par hasard, lors d'une séance en studio. Et le deuxième volet de L'expérience humaine, XP2, un EP de 5 titres.

 

PdA : Une tribune pour donner à nos lecteurs l'envie de découvrir votre oeuvre d'aujourd'hui, pas celle qu'ils connaissent déjà, celle qui gagne définitivement à être connue... ;-)

 

D. : C'est une question ? Je ne sais pas ce que tu entends par tribune... J'aime chanter, alors... je chante ! :)

 

PdA : Quels sont vos projets ?

 

D. : Tout plein.

- Le clip de la nouvelle version de John, avec Antoine.

- La sortie de la réédition de I love you, avec des bonus.

- La sortie du CD physique L'Oeuf du dragon.

- De la musique...

- De la musique...

- De la musique...

- Et chanter... écrire... composer...

 

PdA : En ce début de mois de janvier 2013, nous sommes en plein dans la traditionnelle période de voeux. Je vous présente à nouveau les miens, avec plaisir, voeux de bonheur pour vous et les vôtres, de bonne santé surtout, et de succès, nombreux. À part ça, que peut-on vous souhaiter ?

 

D. : Merci Nicolas... Je te souhaite aussi plein de belles aventures... Love 2013, et bisou à tous. Ce qu'on peut me souhaiter ? De continuer sur le chemin...

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ?

 

D. : Soyez vous-même ! C'est plus simple.

 

PdA : Finalement, quelle image, quelle impression aimeriez-vous que le petit Neptunien de L'Expérience humaine (oui, j'ai envie qu'il soit Neptunien, pourquoi toujours les Martiens...) garde de cette Claudie que plein de gens, sans qu'il ne sache vraiment pourquoi, appellent Desireless ?

 

D. : Une image mystérieuse... (rires)

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment...

 

D. : Merci Nicolas. Rendez-vous à tous sur Facebook. À bientôt ! Bisou, Clo...

 

 

Desireless 2

 

 

Merci encore pour tout chère Claudie ! Tous mes voeux ! Chers lecteurs, je vous invite encore une fois à l'écouter et à lui faire part de vos commentaires, ici ou sur son Facebook ! Merci à vous ! Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Desireless...

 

- Toute son actu ;

- Ses lieux et dates de concerts, mis en ligne au fur et à mesure ;

- Ses nouveaux CD, en commande sur sa page (messages privés) ;

- Des surprises !
 

 

Présentation remaniée : 04/11/13.

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28 août 2012

Aurélien Merle (Le Saule) : "L'industrie musicale est morte, vive la musique !"

L'industrie musicale est en crise. C'est en tout cas ce que nous disent, depuis des années, les majors du disque. Incontestablement, il y a du vrai. Les chiffres des ventes ne sont pas au beau fixe, en partie parce que la culture de la gratuité sur internet a modifié les comportements des consommateurs. Le piratage est présenté comme le fléau à l'origine de tous les maux, la cible à abattre. Mais n'est-ce pas une réponse un peu facile, exonérant les maisons de disques de leur propre responsabilité ? Ont-elles réellement joué leur rôle, ces dernières années ? Comment les "petits" de la profession se débrouillent-ils ? J'ai souhaité donner la parole au représentant d'un label indépendant. Le co-fondateur du Saule, l'auteur-compositeur-interprète Aurélien Merle, a bien voulu répondre à mes questions, non sans humour. L'occasion d'entendre un son de cloche un peu différent... et surtout de découvrir d'autres artistes, d'autres talents... Merci à lui ! Une exclusivité Paroles d'Actu, par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

AURÉLIEN MERLE

Co-fondateur du label indépendant Le Saule

Auteur-compositeur-interprète

 

"L'industrie musicale est morte,

 

vive la musique !"

 

Aurélien Merle

(Photos fournies par Aurélien Merle - celui de gauche, enfin je crois...)

 

 

Q : 30/07/12

R : 28/08/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ? 

 

Aurélien Merle : 33 ans, dont 20 de pratiques diverses de la musique. Hyperactif à tendances paresseuses et réciproquement.

 

 

PdA : Quel rôle la musique tient-elle dans votre vie ? Quelles sont vos influences personnelles en la matière ?

 

A.M. : Pratiquer la musique est une des rares activités de ma vie vers laquelle je reviens toujours. En écouter, en revanche, est de moins en moins systématique, en vieillissant. La musique que j'écoute influe sur ma vie, mais pas nécessairement sur la musique que je joue. Tout de même, aujourd'hui, je peux vous citer Nick Drake, Dick Annegarn et Areski comme des parents proches en chanson.

 

 

PdA : Quelle est l'histoire du label Le Saule ? Pourquoi vous être engagé dans cette aventure ? Quel y est votre rôle ?

 

A.M. : L'idée du label a germé il y a presque 5 ans, après la rencontre avec JD Botta, Léonore Boulanger, Philippe Crab et Antoine Loyer. Cette série de rencontres s'est faite en très peu de temps. D'abord nous aimions la musique des uns et des autres (et pourtant nous n'aimons pas grand chose en chanson !) et ensuite, ce fut une belle rencontre humaine. Moi, arrivant de province, je n'attendais rien des maisons de disques et d'un système dont je m'étais toujours senti éloigné. J'avais appris à me passer d'elles. Mais je voyais mes camarades qui espéraient toujours un signe, attendaient qu'on s'intéresse enfin à eux. Je leur ai proposé qu'on regroupe nos efforts, qu'on communique ensemble, qu'on joue ensemble, qu'on enregistre, qu'on tourne, etc. Et on a choisi de s'appeler "Le Saule" car c'est la première chanson qu'on a chantée tous ensemble sur scène, sur une proposition d'Antoine Loyer qui venait de travailler cette chanson de Dick Annegarn avec JP Nataf. C'est une chanson parfaite, qui nous mettait tous d'accord.

 

Depuis, mon rôle à moi est grosso modo de coordonner nos initiatives, et puis j'ai plus de compétences administratives et informatiques que mes camarades. Malheureusement.

 

 

PdA : Depuis plusieurs années, les grosses maisons de disques se lamentent d'en vendre moins, pointant du doigt internet et sa culture de la gratuité, le piratage notamment... Qu'en pensez-vous ? N'est-ce pas une explication un peu "facile", tendant à passer sous silence un manque d'esprit de risque, d'innovation ? Je vous pose cette question après avoir observé tous ces best of, ces albums de reprises. J'ai un peu le sentiment que ces maisons de disques misent de plus en plus sur leurs valeurs sûres, sans réellement donner leur chance à de jeunes artistes. Et que l'innovation se fait, au moins dans un premier temps, sur internet, et chez les indépendants. Qu'est-ce que tout cela vous inspire ?

 

A.M. : Je pense que la bonne musique se pirate aussi bien que la mauvaise et que la crise de l'industrie musicale aurait sans doute été aussi forte, quand bien même les choix éditoriaux auraient été différents. Les ventes de disques ont commencé à baisser avant le développement d'Internet : on a d'abord copié les K7 puis les CD des copains, puis on a échangé des fichiers avec le monde entier. C'est le piratage de masse que l'industrie musicale n'a pas su maîtriser. Je ne sais pas si c'est une bonne ou une mauvaise chose dans le fond. L'industrie musicale s'est massivement développée à partir du moment où elle a transformé la musique en objets, soit écrite, soit enregistrée sur des supports de plus en plus sophistiqués. Il y avait tellement d'argent que des dizaines de métiers se sont créées autour des musiciens : managers, attachés de presse, tourneurs, distributeurs, directeurs artistiques, producteurs, etc. Certains disparaissent aujourd'hui. Pas les musiciens. L'inertie de l'industrie musicale vient à mon avis de son conservatisme : chacun essaye de sauver son boulot, donc rien ne change vraiment. Alors elle coule lentement.

 

Quant à ce qui est vendu... il faut quand même se dire que, plus largement, l'industrie de la culture s'est transformée en industrie du divertissement. Mais tant qu'il y avait de l'argent, il existait toujours des directeurs artistiques dans des maisons de disques qui signaient des gens audacieux. C'était encore vrai dans les années 70 en chanson avec des gens comme Dick Annegarn, Colette Magny, Albert Marcoeur, Areski & Fontaine... et puis terminé. D'ailleurs tous ceux que je viens de citer sont sortis du système d'une manière ou d'une autre dans les années 80 (avant éventuellement d'y revenir...). Maintenant, on peut faire de la chanson plus audacieuse, mais on est tout de suite étiqueté "intello" ou "art & essai", autrement dit ce n'est pas supposé être de la chanson populaire. En France, le cinéma avec son mode de financement, et la littérature grâce à la politique sur le prix du livre qui a sauvé les libraires indépendants, s'en sortent un peu mieux, mais à peine. La chanson, elle, est dans un sale état.

 

 

PdA : Hadopi, etc... vous en pensez quoi ? 

 

A.M. : Hadopi, dix ans plus tôt, pourquoi pas. Mais là, les habitudes sont prises et on ne peut pas mettre à l'amende toute la nouvelle génération qui ne comprend plus pourquoi on achèterait la musique. Aujourd'hui, je n'imagine qu'une mort progressive mais rapide de tous les plus faibles du système et pas d'autre choix que de revenir à une forme d'artisanat qui pourra être tout à fait bénéfique à la chanson.

 

 

PdA : Parlez-nous du label Le Saule, que représente-t-il aujourd'hui ? Comment fonctionne-t-il, et quel est votre modèle économique ? 

 

Le Saule représente aujourd'hui 7 parcours, ou "carrières" si vous préférez : ceux que j'ai déjà cités et moi-même, ainsi que Camille Couteau et June et Jim qui nous ont rejoint l'an dernier.

 

Juridiquement, c'est une association loi 1901 qui fonctionne sans salarié ni subvention. Donc peu de moyens financiers, mais pas de souci de rentabilité pour l'association et totale indépendance.

 

 

PdA : Comment la rencontre se fait-elle entre Le Saule et ses futurs artistes ? Ces derniers peuvent vous contacter d'eux-mêmes et vous présenter leur travail ? 

 

A.M. : On reçoit beaucoup de choses, alors qu'on ne cherche rien et qu'on a très peu de moyens. Mais il y a écrit "label" alors des gens envoient des disques, c'est normal. On aimerait bien tomber sur quelque chose qui nous épate et qui nous mette tous d'accord. Mais non, rien. Je me dis souvent qu'il faudrait chercher ailleurs, hors de France, mais on est attachés à l'idée de "faire de la chanson française" malgré tout ce que cette expression charrie de péjoratif et de désuet.

 

 

PdA : Quelques mots pour nous faire découvrir quelques uns de vos artistes ? Avec si possible des liens vers quatre ou cinq chansons emblématiques de votre label ?

 

A.M. : Tout simplement, baladez-vous sur www.lesaule.fr. Tout y est.

 

 

PdA : Quelle est la clé du succès dans votre métier ? Comment être rentable à l'ère du tout-internet tout en privilégiant l'innovation ? 

 

A.M. : Je crois que cette question est destinée à Pascal Nègre, pas à moi !

 

 

PdA : Dernière question, qui n'en est pas une. Pour vous permettre de conclure l'interview comme il vous plaira. Vous pouvez approfondir un sujet, ou bien en aborder un autre. 

 

A.M. : Eh bien, pour finir, poussons tous ce cri de soulagement : l'industrie musicale est morte, vive la musique !

 

 

 

"Le Saule" en images

 

Sélectionnées et commentées à ma demande par Aurélien Merle

 

Botta et Loyer

 

"Jean-Daniel Botta et Antoine Loyer, s'interrogeant sur la pertinence de la loi Hadopi"

 

 

Crab

 

"Philippe Crab, sur le point de trouver la clé du succès"

 

 

June Jim et Boulanger

 

"June et Jim et Léonore Boulanger, grisés par l'ère du tout-numérique"

 

 

 

Un grand merci, une nouvelle fois, à Aurélien Merle, ainsi qu'à toute l'équipe du Saule ! Tous mes voeux... Phil Defer

 

 

 

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Le Saule

 

Le site d'Aurélien Merle

 

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