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Paroles d'Actu
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republique
8 décembre 2011

Nicolas Dupont-Aignan : "L'Europe va dans le mur"

Printemps 2005. Après celui des Pays-Bas, le peuple de France, autre membre fondateur de l'Europe communautaire, vient d'asséner un "NON" retentissant au Traité établissant une Constitution pour l'Europe. Alors qu'une grande partie de la classe politique y était favorable, et que le Parlement l'aurait sans doute largement voté. De multiples raisons ont poussé les électeurs à répondre par la négative à ce référendum voulu par le Président Chirac. Les observateurs se sont accordés à dire qu'il y avait non pas un mais plusieurs "NON", venus de familles politiques parfois très éloignées. Juste après le vote, j'ai cherché à avoir des réactions de la part de membres de ces familles politiques. J'ai en stock plusieurs archives concernant ce vote, j'en livrerai d'autres. Parmi ces retours, Nicolas Dupont-Aignan, qui a accepté de me répondre au début du mois de juillet 2005.

 

Cet article, une fois n'est pas coutume, est en deux temps. D'abord, donc, cette archive, à prendre comme telle : elle ne préjuge en rien de la position de Monsieur Dupont-Aignan aujourd'hui, sur telle ou telle question. Il l'a dit, il est candidat à l'élection présidentielle de l'année prochaine. Je lui ai fait parvenir, comme à d'autres candidats, un questionnaire. Il a accepté de me répondre. Ses réponses de 2011 suivent donc celles de 2005. Une précision : Paroles d'Actu n'existait pas en 2005, mais puisque ce blog succède à celui, aujourd'hui défunt, auquel je participais, je le présente comme l'interlocuteur de M. Dupont-Aignan. Je tiens à le remercier très chaleureusement de m'avoir répondu à deux reprises. Phil Defer. EXCLU

 

 

2005, 2011

 

 

ENTRETIENS EXCLUSIFS - PAROLES D'ACTU

NICOLAS

 

DUPONT-AIGNAN

Candidat à l'élection présidentielle - Debout la République
Député-maire de Yerres (Essonne)

 

"L'Europe va dans le mur"

 

 
(Photo : Francois Guillot, afp.com)

 

 

Q : 31/05/05

R : 05/07/05

 

 

 

Paroles d'Actu : Quel est, selon vous, le sens du 29 mai ?

 

Nicolas Dupont-Aignan : D’une manière générale, il y a incontestablement la volonté, l’impatience même, de se faire entendre. Les Français ont dit qu’ils refusaient désormais que l’Europe se construise sans eux et plus encore contre eux. Après les 13 ans pour le moins mitigés de l’Europe de Maastricht, il n’y a là rien que de très naturel. De ce point de vue, les Français ont montré qu’ils avaient compris combien la Constitution ne corrigeait pas les défauts de l’Europe actuelle, mais les consolidait, les aggravait et leur apportait une légitimité artificielle.

 

Plus profondément, le non traduit un attachement viscéral à un modèle social français qui n’est rien d’autre qu’un pan essentiel de l’identité nationale. Ainsi, si le non l’a surtout emporté à gauche, il n’est en rien un non de gauche pour une Europe à la fois plus sociale et plus fédérale, comme le prétendent ses ténors. L’Europe plus sociale et en même temps plus fédérale est une contradiction absolue. Les électeurs ont en réalité bien senti (notamment avec la directive Bolkestein) que l’Europe supranationale de Maastricht et de la Constitution européenne est fondamentalement incompatible avec leur modèle républicain, pour la simple raison que la France est pour l’instant minoritaire face à ses partenaires dans la défense de celui-ci. D’où l’importance du maintien de notre droit de veto sur les sujets essentiels.

 

En définitive, le non traduit bel et bien un attachement à la nation française, à sa spécificité, à ses valeurs et à son droit à disposer d’elle-même. Elément souvent ignoré : en votant non, le peuple français n’a pas seulement affirmé sa liberté de choix, il a refusé de s’identifier au peuple européen en formation, ce qui l’aurait conduit à s’incliner devant sa volonté supposée majoritaire à ratifier la Constitution. C’était le sens de l’ingérence et du discours des dirigeants européens qui se sont invités dans notre campagne référendaire, sans que les médias ni le gouvernement s’y opposent le moins du monde, tout au contraire ! Le vote du 29 mai est un vote historique, à l’occasion duquel les Français ont refondé, sans toujours s’en rendre compte, leur identité de nation souveraine et démocratique. Cet événement s’inscrit dans la lignée de 1789.

 

 

PdA : Que va-t-il se passer maintenant en Europe ?

 

N.D.-A. : La logique aurait voulu, après les non massifs en France et en Hollande, que les Chefs d’Etat et de Gouvernement proclament l’acte de décès de la Constitution. Hélas, il n’en est rien. Ils ont choisi à l’inverse de mettre la Constitution au congélateur dans l’espoir, manifestement, de la ressortir à un moment plus propice.

 

Ceci est très grave : c’est non seulement une violation caractérisée du droit international puisque la non ratification d’un traité par un seul de ses signataires conduit juridiquement à sa caducité. Mais c’est surtout une sorte de forfaiture en France, c’est à dire une sorte de coup d’Etat. Juridiquement et politiquement, le verdict d’un référendum a une valeur constitutionnelle suprême. En cherchant à le contourner, on viole le suffrage universel et donc la démocratie elle-même.

 

Le meilleur test de la volonté des dirigeants européens de respecter, ou non, le résultat des urnes, sera l’échéance du 3 octobre, date à laquelle les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE sont censées s’ouvrir. Chacun sait que cette question a beaucoup pesé dans le choix des électeurs français et hollandais. Si l’UE passe outre, on sera alors fixé.

 

 

PdA : Et en France ?

 

N.D.-A. : La nomination de Dominique de Villepin à Matignon annonçait la promesse d’un sursaut national. Hélas, les premiers pas du Gouvernement sur la scène européenne ont plutôt tendance à inquiéter. Au plan intérieur, il est encore trop tôt pour juger la politique du Premier ministre. Dominique de Villepin est un gaulliste mais saura-t-il dégager la marge de manœuvre nécessaire à l’action qu’attendent de lui les Français ?

 

Encore une fois, en votant non, les Français ont refusé le fatalisme qu’implique la construction supranationale de l’Europe et qui procède, à l’origine, d’une attitude délibérée de démission nationale dans chacun des pays membre de l’UE. Cela est particulièrement mal ressenti en France, qui est un pays à très forte tradition politique. Au cœur de la crise, les Français sont orphelins d’un projet national que l’on a rendu impossible au nom et au moyen d’une construction européenne aussi inefficace qu’irréaliste.

 

En refusant de tirer les conséquences du non à l’échelle de l’Europe, il y a de grandes chances que l’on en fasse autant au niveau intérieur. Les Français veulent que les frontières de l’Europe soient stabilisées (Turquie), que l’Europe soit un plus pour la croissance, l’emploi et les projets d’avenir et pas un frein, comme c’est le cas actuellement. Cela implique d’agir autrement à Bruxelles mais cela oblige surtout à prendre des mesures fortes en France sans trop se soucier du qu’en dira-t-on européen. Les problèmes sont connus : relance de la croissance et de la natalité, maîtrise de l’immigration, lutte contre les délocalisations, construction de logements, etc...

 

 

PdA : Sur tous ces sujets, Nicolas Sarkozy semble vouloir apporter des réponses très concrètes. Ses déclarations, par exemple sur la Cité des 4000 ou la responsabilité des juges, dénotent une volonté de reprise en main en matière de sécurité. Qu’en pensez-vous ?

 

N.D.-A. : Même si je ne partage pas toujours ses convictions (par exemple sur la discrimination positive, qui me paraît très dangereuse), Nicolas Sarkozy a le courage de mettre les pieds dans le plat sur les sujets qui fâchent. C’est ce qu’attendent les Français de leurs hommes politiques. Sur le fond, je suis d’accord avec lui sur la nécessité de rétablir l’ordre républicain. La fermeté est effectivement de mise là où un certain laxisme a pu se développer. Comment admettre, par exemple, que les peines prononcées contre ceux qui pourrissent la vie des quartiers soient appliquées avec plusieurs mois, sinon plusieurs années de retard (comme c’est le cas en Essonne, où je suis élu député) ? Mais ce n’est pas seulement une question de fermeté. C’est autant un problème de crise économique et sociale (ne laissons pas aux délinquants le prétexte du chômage) et de moyens pour la justice (les conditions de travail des juges comme les conditions de détention en France sont alarmantes).

 

 

PdA : Vous donnez parfois l’impression d’être à la marge de l’UMP. Ne seriez-vous pas plus à votre aise avec Philippe de Villiers ou Jean-Pierre Chevènement ?

 

N.D.-A. : Sur certaines questions, comme l’Europe, mes convictions s’accordent en effet davantage avec celles des personnalités que vous citez. Mais ce qui me différencie d’elles, c’est mon souci de maintenir une aile populaire et nationale à l’intérieur du parti de la droite modérée. Ce n’est pas seulement un problème d’efficacité pour notre combat d’idées. C’est aussi la préoccupation aiguë de ne pas abandonner tout un spectre de l’électorat aux partis protestataires. C’est l’alchimie complexe qu’avait su réaliser le gaullisme, en s’installant au cœur du paysage politique à droite. Il existe traditionnellement en France un courant de pensée favorable au rôle de l’Etat et à l’économie de marché, qui n’est incarné ni par Chevènement ni par de Villiers. Si l’UMP se contente d’une ligne centriste et libérale, elle se rétrécira et laissera durablement la place au PS d’un côté, à l’extrême droite de l’autre. Ce serait très négatif pour le pays.

 

 

PdA : Un sondage récent montre que Nicolas Sarkozy a toutes les chances de l’emporter en 2007. Quel est votre pronostic ?

 

N.D.-A. : Nicolas Sarkozy séduit par l’audace de ses convictions et son énergie. C’est un réel atout dans la course présidentielle. Néanmoins, je pense que rien n’est joué : en particulier, le spectre du 29 mai 2005 risque de hanter l’échéance de 2007, au risque de jouer des tours à ceux qui seraient tentés de s’affranchir du suffrage universel en niant la portée historique de ce scrutin et en refusant d’en tirer les conséquences qui s’imposent.

 

 

PdA : Et si, pure hypothèse, vous deveniez président de la République vous-même ! Quelle serait votre première mesure ?

 

N.D.-A. : La TVA sociale, que le Danemark a expérimentée avec grand succès ! Cette mesure qui redistribuerait les cartes en France, permettrait de basculer progressivement les charges sociales et patronales sur la consommation, ce qui aurait un effet puissant sur notre économie : diminuer fortement le coût du travail et relancer l’emploi, garantir le financement de notre système de protection sociale tout en mettant à juste contribution les produits importés (souvent à bas coûts de main d’œuvre), relancer nos exportations,… Bref, il serait alors possible de concilier l’adaptation à l’économie ouverte et la préservation de notre pacte social. N’est-ce pas ce que souhaitent les Français ?

 

 

 

Cinq ans et demi plus tard, Nicolas Dupont-Aignan est candidat. Quel regard porte-t-il aujourd'hui sur Nicolas Sarkozy, sur l'UMP et sa capacité à exister au sein de la majorité, sur l'Europe... Qui est-il ?

 

 

 

Q : 24/11/11

R : 28/11/11

 

 

 

PdA : Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases pour qui ne vous connaîtrait pas ?

 

N.D.-A. : Maire d’une ville de 30.000 habitants de la région parisienne, depuis 1995, j’ai été élu Député en 1997 et réélu depuis lors au 1er tour de scrutin, à chaque renouvellement de mandat ; j’en tire la conclusion que mes concitoyens considèrent que j’assume correctement mon mandat. Issu des rangs du RPR, j’ai fondé mon propre parti, Debout la République en 1997.

 

 

PdA : Qu'est-ce qui a fait naître en vous cet engagement politique ?

 

N.D.-A. : Pour des raisons que j’ignore, et qui ne tiennent en aucun cas à mon milieu familial, je suis passionné depuis l’adolescence par la vie politique.

 

 

PdA : Quel cheminement personnel vous a conduit à briguer aujourd'hui la présidence de la République ?

 

N.D.-A. : J’ai quitté l’UMP en 2007 lorsque j’ai considéré que ce parti s’éloignait des idées gaullistes qui avaient été à l’origine de la création du RPR. Par ailleurs, je n’ai jamais pardonné à l’UMP d’avoir méprisé la voix du peuple en ne tenant pas compte du non au référendum du 29 mai 2005 sur le projet de constitution européenne.

 

Depuis lors, je suis convaincu que l’Europe va dans le mur, qu’elle entraine la France dans sa chute, et l’UMP et le PS étant à cet égard sur la même longueur d’onde, je pense être le seul candidat crédible pour défendre la souveraineté de la France et restaurer au peuple le pouvoir pour enfin résoudre les problèmes des Français.

 

 

PdA : En quoi consiste votre programme, et quelles sont vos idées principales ?

 

N.D.-A. : Concernant mon programme, je vous invite à consulter le site de Debout la République et mon blog.

 

 

PdA : Quels sont vos arguments pour obtenir vos parrainages ? Qu'est-ce qui convainc les élus ?

 

N.D.-A. : Je suis le seul candidat Maire et j’ai la prétention, à ce titre, d’être plus proche des réalités locales que tous ces grands candidats qui font montre de parisianisme et d’arrogance.

 

 

PdA : Un peu de politique fiction. Nous sommes au lendemain de votre victoire au second tour de la présidentielle. Ce fut serré, mais c'est acquis ! Quelles sont vos premières mesures ?

 

&

 

PdA : Que vous inspire la situation socio-économique actuelle de notre pays ? Que proposez-vous pour améliorer les choses ?

 

N.D.-A. : Je vous invite à lire mon ouvrage l’Arnaque du Siècle. Ma première mesure sera de sortir la France de l’euro.

 

 

PdA : Quid de l'état du monde ? (crises financières et économiques, Europe, révolutions, tensions...)

 

N.D.-A. : Les institutions financières ont pris le pas sur l’action politique et instrumentalisent les gouvernements des pays. Dans ce jeu de dupes, c’est bien évidemment le peuple qui est le dindon de la farce. Mais le mouvement des indignés nous montre que la résistance des peuples à des limites et que l’on peut craindre de violentes explosions çà et là.

 

 

PdA : Politique-fiction (encore)... Vous êtes à l'Elysée. L'Iran, qui vient de se doter de l'arme atomique, menace de lancer un missile sur Tel Aviv si les Israéliens n'évacuent pas les territoires sous 48 heures. En tant que Chef de l'État, que faites-vous ?

 

N.D.-A. : Les Israéliens ne cèderont jamais au chantage de l’Iran et n’évacueront jamais les territoires palestiniens en 48 heures, même sous menace nucléaire. Je crains plutôt qu’Israël ne prenne les devants et attaque le premier. Le rôle de notre diplomatie est de l’en dissuader.

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur Nicolas Sarkozy en tant que président ? Sur quels points vous inspireriez-vous ou vous démarqueriez-vous de lui ?

 

N.D.-A. : Il faut à la France un capitaine à sang froid, qui ait une vision à long terme de la France et non des réactions spontanées au coup par coup.

 

 

PdA : Qu'avez-vous ressenti au soir du 21 avril 2002 ? Croyez-vous que cela puisse se reproduire ?

 

N.D.-A. : Hélas, peut-être...

 

 

PdA : Quels seront, pour vous, les grands défis de ce 21è siècle ? Comment y faire face ?

 

N.D.-A. : Les grands défis du 21ème siècle sont l’explosion de la démographie mondiale et la raréfaction des ressources naturelles.

 

 

PdA : On a tous été marqués par des évènements d'actualité, pour telle ou telle raison. Quels ont été les vôtres ?

 

N.D.-A. : J’ai été très frappé par les faits divers tragiques à la suite des crimes commis par des récidivistes, ce qui prouve qu’il faut refonder notre justice pénale.

 

 

PdA : Quelle est votre "vision de la France" ?

 

N.D.-A. : Concernant ma vision de la France, je vous renvoie à mes écrits.

 

 

PdA : Quels sont les personnages historiques, ou plus simplement les personnalités, connues ou inconnues, qui vous inspirent, vous portent ?

 

N.D.-A. : Je voue une admiration sans borne au Général de Gaulle et plus près de nous à Philippe SEGUIN.

 

 

PdA : En privé, qu'aimez-vous faire, que ce soit en terme de culture (lectures, cinéma, musique, télévision...), de loisirs, etc ?

 

N.D.-A. : J’aime la lecture, le cinéma et les balades en forêt.

 

 

PdA : Avez-vous une devise dans la vie, et si oui quelle est-elle ?

 

N.D.-A. : Ma devise est le poème de René Char : « Impose ta chance, serre ton bonheur, va vers ton risque, à te voir ils s’habitueront ».

 

 

PdA : Quel usage faites-vous des nouvelles technologies et notamment d'Internet ? Chats, forums, sites communautaires, actualités, achats en ligne...?

 

N.D.-A. : Internet est incontournable pour communiquer, en revanche, je ne suis pas favorable aux achats en ligne.

 

 

PdA : Un petit "scoop" vous concernant, quelque chose dont vous n'auriez encore jamais parlé en public mais que vous aimeriez aborder ici ? (une passion, que sais-je...)

 

N.D.-A. : Je n’ai pas de scoop à vous communiquer.

 

 

PdA : Finalement, pourquoi VOUS plus qu'un(e) autre à la présidence ? Donnez-nous un argument infaillible !

 

N.D.-A. : En reliant cette question à la réponse N° 5 : Parce que je suis le seul homme politique qui a fait ses preuves en faisant ce qu’il dit et en disant ce qu’il fait.

 

 

 

Merci encore à Nicolas Dupont-Aignan pour ses réponses. L'évolution est évidente, après son départ de l'UMP, il a pris ses distances avec Nicolas Sarkozy, et a perdu une bonne partie de ses illusions concernant le président, notamment sur l'Europe. Pour rappel : sous l'impulsion du chef de l'État, c'est le Parlement réuni en Congrès et non le peuple par voie référendaire qui a ratifié en 2008 le Traité de Lisbonne, très proche du texte rejeté en 2005. Quelle sera la prochaine étape pour le candidat de Debout la République, aura-t-il ses 500 parrainages ? Je lui souhaite bon courage pour les obtenir, et ainsi pouvoir être présent lors du premier tour de la présidentielle, le 22 avril 2012 ! Phil Defer

 

 

 

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Le site de Debout la République

 

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Modification de la présentation de l'article le 8 juillet 2012

 

Times New Roman > Georgia : 02/10/12

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15 juin 2011

Georges Sarre : "Abolir la peine de mort ? C'était notre devoir. Simplement notre devoir."

La France, ou du moins une bonne partie de ce que l'on appelle le "peuple de gauche" a commémoré, le mois dernier, le trentième anniversaire de l'élection à la présidence de la République de François Mitterrand. C'était le 10 mai 1981. Il y a cinq ans, à l'occasion cette fois du dixième anniversaire de son décès, j'avais pris l'initiative d'interroger, par mail, un certain nombre de personnalités au sujet de cet homme. Le seul président de gauche de la Cinquième république. M. Georges Sarre, plusieurs fois ministre, député durant de nombreuses années, avait eu la gentillesse de répondre à mon questionnaire. À ce moment là, il est maire du 11e arrondissement de Paris, et Premier secrétaire du Mouvement républicain et citoyen (MRC) de Jean-Pierre Chevènement. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. DOCUMENT

 

 

ARCHIVE EXCLUSIVE DE 2006 - PAROLES D'ACTU

GEORGES SARRE

Ancien Ministre sous la présidence de François Mitterrand

Ancien Maire du 11e arrondissement de Paris

 

« Abolir la peine de mort ?

C'était notre devoir.

Simplement notre devoir. »

Georges Sarre raconte François Mitterrand

 

Georges Sarre     François Mitterrand

(Photo de G. Sarre : http://www.georges-sarre.net.

Photo de F. Mitterrand : http://www.britannica.com.)

 

Q : 05/01/06

R : 23/05/06

 

Paroles d'Actu : Qu'est-ce qui vous vient à l'esprit, tout de suite, à l'évocation de François Mitterrand ?

 

Georges Sarre : C'est évidemment le 10 mai 1981, ce jour où, comme le dira le Président Mitterrand quelques jours plus tard dans son discours d'entrée à l'Elysée, « la majorité sociale du pays s'est identifiée à sa majorité politique ». C'est-à-dire le jour où le peuple français, plein d'espoir, a décidé de reprendre la parole. C'est ce 10 mai dont je me souviens, la liesse et le sentiment d'un devoir immense à accomplir, lorsque nous avons connu le résultat...

 

J'ai aussi une autre image qui me vient en tête : celle de la cérémonie au Panthéon, à laquelle j'assistais. Du premier rang où je me situais, je voyais François Mitterrand remonter la foule, une foule de roses et de sourires, pour aller rendre hommage aux grandes figures de notre histoire, et notamment de la gauche - je pense évidemment à Jean Jaurès.

 

PdA : Quel regard portez-vous sur l'homme, sur sa vie romanesque ? Sa discrétion sur son passé, sa maladie et sa double vie ?

 

G.S. : Je n'ai que le regard d'un militant et d'un responsable politique sur un camarade, un leader, et un homme d'État. Je n'ai jamais été un courtisan, je n'ai jamais cherché à l'être. La vie privée de François Mitterrand, pour moi, ne concernait que lui, et concerne aujourd'hui sa famille. J'ai partagé avec François Mitterrand des aventures politiques extraordinaires. Je pense à la fondation du PS à Epinay, où, avec les postiers socialistes qui me faisaient confiance et le CERES, que j'animais avec Chevènement, Gomez, Motchane et d'autres, nous avons permis l'élection de Mitterrand comme Premier secrétaire. Je pense aussi à la campagne de 1981, qui fut exceptionnelle d'efficacité et de romantisme. Voilà, ce sont des souvenirs politiques, et je garde un regard politique. J'ai eu aussi des désaccords importants avec François Mitterrand. Je les ai exprimés alors qu'il était encore au pouvoir. J'ai même quitté le Parti socialiste avec Jean-Pierre Chevènement et beaucoup d'autres en 1993. C'est sur ce plan-là, de l'accord, de l'action, des désaccords, toujours politiques, que se sont situées nos relations.

 

Evidemment, ses qualités personnelles ont eu un rôle dans son dessein politique, et c'est sur celles-ci que j'ai un regard : Mitterrand était un homme d'une grande intelligence, d'une grande culture, et d'une sérénité profonde, que d'aucuns considèrent comme du cynisme. Il avait incontestablement l'épaisseur d'un homme d'État.

 

J'ai aussi une estime profonde pour Danielle Mitterrand qui, encore aujourd'hui, mène un beau combat pour un monde plus juste, pour la souveraineté et la coopération des peuples... En plus de partager avec elle beaucoup d'analyses, sur la mondialisation et sur l'Europe notamment, j'admire son courage hors du commun.

 

PdA : Quid de votre regard sur, cette fois, le chef d'État ?

 

G.S. : Comme je vous le disais, nous avons divergé très vite, après le "tournant de la rigueur" de 1983, et plus encore après la première Guerre du Golfe puis le traité de Maastricht. Je crains qu'il n'ait posé là les jalons de ce qui, après lui, allait devenir l'abandon par la France de sa souveraineté, et donc de sa capacité d'agir pour une société française et pour un monde plus justes. Mais si François Mitterrand a sans doute posé les bases de cette abdication de la volonté politique, il ne s'en est pas rendu coupable lui-même, en tous cas beaucoup moins que ses successeurs. Lui n'a rien privatisé. Lui n'a jamais remis en cause l'unité de la République. Lui a continué, partiellement, à faire entendre la voix de la France dans les relations internationales... Peut-être même n'aurait-il pas en 1983 pris le virage de la "rigueur", qui allait conduire au fil des années à substituer le mythe européïste à l'idéal socialiste, s'il s'était senti plus sûr de lui, plus fort... Mais on ne réécrit pas l'Histoire.

 

PdA : Les bonnes choses et les "moins bonnes" accomplies durant ses présidences ?

 

G.S. : Les nationalisations de 1981 furent les meilleures avancées des présidences Mitterrand, car elles auraient pu permettre à la puissance publique et donc au peuple de maîtriser le cours de l'économie, au lieu de subir les choix de l'oligarchie financière, qui se font toujours à son propre profit. On cite souvent aussi l'abolition de la peine de mort, mais je considère que cet acquis était tellement évident, tellement indispensable, tellement consubstantiel à l'humanisme élémentaire, que nous avons fait là non pas une grande avancée, mais simplement notre devoir.

 

PdA : Quel bilan tirez-vous, globalement, de ses années de pouvoir ?

 

G.S. : Comme je vous le disais, le bilan de François Mitterrand est paradoxal : il fut à la fois porteur d'un immense espoir, instigateur de grandes avancées comme les nationalisations, et, en même temps, il prit des décisions (tournant libéral, Acte unique, Traité de Maastricht, première Guerre du Golfe) qui devaient enfermer la France, pour les années suivantes, dans un carcan privant ses dirigeants et son peuple de toute indépendance et toute marge de manoeuvre, et remettant les clés de l'avenir du pays dans les mains d'une oligarchie européenne. Lui-même ne se serait-il pas sorti de ce carcan ? Personne ne le sait... mais les dirigeants français qui se sont succédés à l'Elysée ou à Matignon après 1995 ont laissé la France partir à vau-l'eau.

 

PdA : Qui serait le "nouveau Mitterrand" aujourd'hui ?

 

G.S. : Personne. Les hommes ne se ressemblent pas. Les grands hommes encore moins. Et, qui plus est, François Mitterrand avait une personnalité trop riche et trop complexe pour être copié !

 

En revanche, quelqu'un peut et doit à nouveau réconcilier la majorité sociale des Français avec leur majorité politique, et mettre à nouveau le peuple de France aux commandes de son destin. Jean-Pierre Chevènement, qui avait écrit le programme « Changer la vie », a cette capacité intellectuelle d'offrir aux Français un grand projet qui les rassemble. La gauche est riche de personnalités de valeur, qui ont pris des positions courageuses, par exemple à l'occasion de la campagne référendaire. Je pense en particulier à Laurent Fabius, qui, comme Chevènement et Mitterrand, est incontestablement un homme particulièrement intelligent.

 

PdA : Un sondage a récemment présenté François Mitterrand comme étant le président de la Ve République préféré des Français. Partagez-vous ce choix, et comment l'expliquez-vous ?

 

G.S. : Le président qui a le plus fait pour la France sous la Ve République est sans aucun doute, pour moi, le général de Gaulle, même si j'étais en désaccord avec lui sur nombre de sujets. Mais François Mitterrand a incarné un espoir politique puissant, à une date somme toute assez récente. Cette popularité est celle de l'homme du 10 mai 1981. Elle est méritée.

 

PdA : Quelles traces François Mitterrand laissera-t-il dans l'Histoire, d'après vous ?

 

G.S. : Je pense que la victoire de 1981, dans la foulée du Front Populaire et de la Libération, restera comme un grand moment d'incursion du peuple dans l'écriture de sa propre Histoire. C'est en soi un événement majeur qui marquera l'Histoire pour longtemps. Il y a aussi la création du PS, mais le PS saura-t-il s'inscrire dans la durée ? Il a déjà provoqué une scission, celle des mes amis du MDC, devenu MRC aujourd'hui, du fait de ses reniements. Il n'est pas sûr que la décomposition s'arrête là. J'espère qu'à moyen terme, nous reparviendrons à créer un grand parti unitaire de la gauche sur des bases républicaines et socialistes.

 

Physiquement, François Mitterrand laisse aussi des traces de ses présidences : la pyramide du Louvre, l'Arche de la Défense, et tous les grands travaux.

 

Je ne pense pas du tout que l'"oeuvre européenne", comme disent les européistes, laissera des traces, car j'ai la conviction que la fuite en avant dans une Europe libérale et oligarchique a connu un coup d'arrêt le 29 mai 2005, et qu'elle en connaîtra d'autres, jusqu'à ce que les peuples viennent à bout du carcan bruxellois. Alors, dans dix ou vingt ans, l'Europe de Bruxelles sera devenue une "parenthèse", et non un leg. En tous cas je le souhaite.

 

PdA : François Mitterrand manque-t-il à la France d'aujourd'hui ? Vous manque-t-il... ?

 

G.S. : Il manque à la France un vrai leader politique capable de dessiner un horizon conforme aux aspirations du peuple, et d'entraîner ainsi un vaste mouvement de reconquête démocratique, civique, sociale.

 

Deux questions complémentaires : le MRC, les perspectives de MM. Sarre et Chevènement pour 2007...

 

PdA : Quelles sont les grandes idées originales du MRC ?

 

G.S. : Notre mouvement est né d'une scission du Parti socialiste, avec lequel nous nous sommes trouvés en désaccord sur trois enjeux majeurs.

 

En 1983, nous avons dénoncé le "tournant de la rigueur", c'est-à-dire le renoncement du PS à mener une politique interventionniste et keynésienne, au profit d'une politique néo-libérale et monétariste. Nous restons partisans d'une réorientation profonde des politiques monétaires, budgétaires, commerciales, industrielles, aux niveaux européen et national.

 

Pour ce faire, il faudrait remettre en cause un certain nombre de traités européens ; dès 1992, contrairement à la majorité du PS, nous étions contre le Traité de Maastricht. Nous considérons que l'Europe doit prolonger des nations souveraines et se construire en fonction de projets partagés. Nous récusons l'intégration forcée de l'Europe, qui passe sous la toise les différentes nations, pour nous ramener tous au plus petit dénominateur commun : le marché !

 

Notre troisième désaccord a porté sur la conduite des relations internationales de la France : en 1991, nous avons refusé la première guerre du Golfe, parce qu'elle était la manifestation de l'impérialisme états-unien et qu'elle ouvrait la voie à un choc des civilisations que tout le monde redoute désormais.

 

En somme, nous sommes socialistes, patriotes, internationalistes, quand une partie de la gauche est devenue libérale, européiste et atlantiste. Voilà le clivage ! Un mot aussi de la laïcité, que nous défendons bec et ongles, comme l'unité de la République... quand d'autres veulent morceler la République en communautés et autres territoires autonomes.

 

PdA : Quelles sont vos perspectives, celles de Monsieur Chevènement pour 2007 ?

 

G.S. : Nous souhaitons participer en 2007 à une candidature présidentielle qui donne une suite positive au "non" massif du 29 mai 2005 contre le traité "constitutionnel" européen. Nous souhaitons dans cette perspective une candidature à vocation majoritaire pour gagner l'élection. Laurent Fabius a des arguments. Nous verrons qui est choisi par le PS. Si le candidat du PS devait tourner le dos au vote des Français le 29 mai 2005 et si personne ne devait porter un véritable projet de gauche républicaine en 2007, alors je pense que Jean-Pierre Chevènement serait candidat. Le MRC et moi-même, nous nous y préparons dès aujourd'hui. Nous sommes en ordre de marche et nous serons bientôt en ordre de bataille pour ce grand rendez-vous avec les Françaises et les Français.

 

 

>>> Le Traité de Lisbonne, copie presque conforme du texte rejeté en 2005 par les Français, a finalement été ratifié par le Parlement national, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Nous sommes en 2011, et l'hypothèse d'une nouvelle candidature de Jean-Pierre Chevènement n'est pas exclue...

 

 

Je remercie de nouveau, très sincèrement, M. Georges Sarre, ainsi que son assistant de l'époque, pour ces réponses, pour la générosité avec laquelle ma requête avait été considérée... Un commentaire ?

 

 

Quelques liens...

 

 

Times New Roman > Georgia : 02/10/12. Présentation remaniée : 12/11/13.

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