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Paroles d'Actu
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barbara
5 février 2013

Mathieu Rosaz : "Un plaisir physique, instinctif... un exutoire, aussi"

À l'automne dernier, j'avais souhaité converser avec Monsieur Didier Millot, biographe de Barbara et membre fondateur de l'association Barbara Perlimpinpin à l'occasion du quinzième anniversaire de la disparition de la grande « dame brune ». Avec générosité et une passion communicative, il s'était prêté au jeu, pour Paroles d'Actu. Nous y évoquâmes longuement la vie, la carrière de l'artiste. Et celles et ceux avec lesquels, d'après la jolie expression de Didier Millot, « les chansons de Barbara traversent le temps ».

Plusieurs noms illustres sont cités : Marie-Paule Belle, Jean-Louis Aubert, Calogero, Raphaël... Daphné... Et un nom qui, alors, ne me parle pas. Mathieu Rosaz. Depuis, je me suis renseigné sur lui. J'ai lu, un peu. Écouté, surtout. Si vous aimez Barbara et plus généralement la belle chanson française, vous allez l'aimer, c'est sûr... Mathieu Rosaz, notez bien son nom. Vivants poèmes - Mathieu Rosaz chante Barbara, son tout nouvel album. Il a accepté de répondre à mes questions, de se livrer sincèrement, je l'en remercie mille fois. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

MATHIEU ROSAZ

Auteur-compositeur-interprète

 

« Un plaisir physique, instinctif...

un exutoire, aussi »

 

Mathieu Rosaz

(Photo de Philippe Matsas, fournie par Mathieu Rosaz)

 

Q : 30/01/13

R : 05/02/13

 

Paroles d'Actu : Bonjour Mathieu Rosaz. Né en 1975, vous vous êtes fait un nom avec vos hommages et vos apports à la belle chanson française. Comment cette histoire d'amour est-elle née ?

 

Mathieu Rosaz : Bonjour Nicolas. Je ne viens pas d'un milieu de musiciens et je crois que la chanson est l'art que l'on peut le plus facilement recevoir et apprécier, sans avoir une instruction musicale particulière. C'est un art avant tout populaire, ce qui lui vaut peut-être à tort cet injuste surnom de "parent pauvre" des arts…

 

J'ai d'abord aimé la chanson dite commerciale, celle qu'on entendait à la radio ou à la télévision, la plus accessible, a priori. Ma curiosité m'a ensuite tout naturellement poussé à creuser et m'a donné envie de connaître l'histoire des chansons et de la chanson en général. Et puis, il y a eu, très tôt le plaisir du chant. Un plaisir physique, instinctif et un exutoire aussi.

 

PdA : Barbara a rejoint le paradis des poètes, c'était il y a un peu plus de quinze ans... Sa place est centrale dans votre univers artistique. Vous lui avez consacré deux albums et plusieurs spectacles, dont l'actuel. Que représente-t-elle pour vous ? Qu'a-t-elle apporté à la chanson française ?

 

M.R. : Barbara n'aimait pas qu'on la dise poète, même si elle reconnaissait la couleur poétique de certains de ses textes. Je ne suis pas certain qu'elle serait ravie d'être au paradis des poètes. Je préfère l'imaginer au paradis tout court si toutefois il existe…

 

J'ai découvert les chansons de Barbara à l'adolescence, vers 15 ou 16 ans. Barbara était peu diffusée à la radio et ne passait plus à la télévision par choix. Il fallait donc qu'il y ait une sorte de rencontre puisqu'on ne nous l'imposait pas. La première image que j'ai vue d'elle est celle du clip de la chanson Gauguin (lettre à Jacques Brel) en 1990, son unique clip. Ce clip était diffusé sur la chaîne M6, de temps en temps. J'ai d'abord été intrigué. À l'époque je devais être encore fan de Jeanne Mas, dont la carrière s'effondrait… Puis, je suis tombé, dans un livre, sur un extrait du texte de L'Aigle noir. J'avais l'impression d'en connaître la musique. J'avais dû l'entendre tout petit et elle avait dû marquer mon inconscient. Je me suis ensuite tout simplement procuré une compilation de Barbara et là, cela a été le coup de foudre intégral. L'impression de rencontrer une âme soeur, quelqu'un qui me comprenait, que je comprenais et qui pansait mes plaies. Elle parlait à l'humain, pas au "consommateur". C'est ainsi qu'elle a déjoué toutes les stratégies commerciales et toutes les lois de ce métier.

 

Barbara est un formidable contrexemple de la société de consommation des années 1960 à 1990. C'est une exception culturelle à elle toute seule ! Elle représente pour moi l'exigence et la liberté. Dans la chanson française, Barbara a participé plus activement que l'on pense au mouvement de libération des femmes des années 60 et 70, par le simple fait de son existence, sans pour autant insister sur un quelconque engagement. En partant de son histoire personnelle, elle a touché à l'universel.

 

Son oeuvre est aussi avant tout un acte de résilience, le moyen de sublimer l'irréparable pour survivre et vivre. Avec les années, ses chansons d'amour adressées à l'autre sont devenues des chants adressés aux autres en général : Perlimpinpin, Mille chevaux d'écume, Le jour se lève encore, Vivant poème… C'est une oeuvre résolument moderne, intemporelle et transgénérationnelle.

 

PdA : Quel est, s'agissant de Barbara, le sens de votre démarche artistique ? L'interpréter avec le respect et la conviction qui sont les vôtres, c'est une façon de perpétuer son oeuvre, de continuer à la faire vivre ?

 

M.R. : C'est tout cela à la fois, et j'essaie de le faire du mieux que je peux, comme je peux. Je me sers bien sûr de ma propre histoire, je choisis les chansons en fonction de mon vécu. Je ne chante rien par hasard. C'est pour cela qu'il m'a parfois fallu des années avant de pouvoir chanter tel ou tel titre. Il me fallait attendre de l'avoir vécu pour mieux le comprendre. J'ai en face de moi une oeuvre écrite par une femme depuis ses 30 ans environ, jusqu'à ses 66 ans. Et je suis un homme de 37 ans. Je dois tenir compte d'un souci de crédibilité d'ordre physique, une crédibilité liée à mon apparence, et une autre beaucoup plus intime, liée à mon évolution personnelle, à ma vie intérieure. Il faut que tout cela coïncide, pour que ça sonne et que le message passe. Cela peut paraître compliqué, mais c'est finalement très simple, très instinctif comme travail. Plus simple à exécuter qu'à expliquer.

 

J'y ai ajouté une autre exigence : celle de tenter de faire découvrir, au milieu des succès, des titres méconnus. C'est le cas actuellement de chansons comme Je t'aime, Pleure pas, Le minotaure, entre autres, que je chante sur scène et que je viens d'enregistrer. Je ne cherche pas à révolutionner le son de Barbara mais juste à prolonger, à ma manière, la vie de chansons que j'aime, à travers le prisme de la scène, avant tout. Les enregistrements de Barbara sont là et si un public les découvre ou les redécouvre grâce à moi, c'est mon plus grand bonheur. J'essaie d'être un passeur.

 

PdA : J'ai lu que, peu avant sa disparition, elle avait soutenu très symboliquement dans la poursuite de vos rêves - on pourrait presque parler de passage de flambeau - le tout jeune homme que vous étiez alors. Voulez-vous nous en parler ?

 

M.R. : Non, non, Barbara ne m'a passé aucun flambeau, on ne peut pas dire ça. Elle m'a envoyé un télégramme en septembre 1997 dans le cabaret où je chantais, ce qui m'a infiniment touché. Je lui avais fait parvenir une vidéo de mon spectacle, dans lequel je chantais une ou deux de ses chansons, et elle m'a fait ce petit signe. Elle était très à l'écoute de ce qui se faisait, que cela ait un rapport ou non avec elle. Elle vivait recluse mais était restée en contact, à sa manière, avec le monde extérieur, ce qui est finalement assez rare chez les artistes de cette dimension. Elle avait gardé la curiosité et le goût des autres.

 

PdA : Nous célébrions il y a quelques jours le cinquantième anniversaire du Traité de l'Élysée, qui marqua une nouvelle étape dans la réconciliation franco-allemande. Vous avez chanté Göttingen à Göttingen, un moment très fort, j'imagine ?

 

M.R. : Un moment intense. C'était le 9 juin 2007, jour de l'anniversaire de Barbara, qui aurait eu 77 ans. C'était au Junges Theater, rebaptisé le cinéma Lumière, là où Barbara est venue chanter en 1964 et là où elle a créé la fameuse chanson, après l'avoir écrite en une demi-heure dans le petit jardin qui jouxte le théâtre. J'ai l'impression que le théâtre n'a pas changé depuis les années 60. C'est fou le chemin de cette chanson. Le public la savait par cœur et j'ai dû la chanter deux fois dans le spectacle. Elle est vraiment devenue l'hymne de cette réconciliation franco-allemande. Le lendemain, j'ai visité l'ancien camp de concentration de Dora, pas loin de Göttingen. Une "Rose Barbara" est discrètement et symboliquement plantée près de l'entrée du réseau de tunnels dans lesquels les détenus travaillaient et mouraient…

 

PdA : Vous venez de vous produire au Vingtième Théâtre, à Paris, pour Mathieu Rosaz chante Barbara. Quel bilan en tirez-vous ? Quel est votre rapport à la scène, au public ?

 

M.R. : D'abord, je constate que, même sans tapage médiatique, le public est là, avec les fidèles qui viennent et reviennent et les nouveaux, entraînés par le bouche à oreille. Je retiens l'intensité de l'échange avec certains après le spectacle, la sincérité évidente de leurs témoignages. C'est ce qui me donne envie aussi de continuer. Je constate que, pour l'instant, le temps joue en ma faveur. J'ai gagné en sobriété, en puissance et en intériorité. Je me sens de plus en plus dans l'épure et dans le détachement par rapport au "modèle", de plus en plus connecté à moi-même, à la fois plus perméable mais aussi plus fort, plus solide. Je force moins la main, je laisse les gens venir à moi. Je ne cherche pas à les regarder par exemple, ni particulièrement à leur plaire. Je ne suis plus trop dans la tentative de séduction. En quelque sorte, je laisse au public un plus grand droit de regard. Je n'impose rien, je propose. Ils prennent ou pas, ils se servent, nous partageons les chansons. Et nous respirons mieux qu'avant, je pense.

 

PdA : Parmi ces références que vous reprenez, je note qu'il y a également quelqu'un que j'aime beaucoup, Véronique Sanson...

 

M.R. : Véronique Sanson est, avec Barbara, l'artiste qui m'a le plus touché. C'est aussi quelqu'un qui est allé très loin dans l'intime. Presque trop loin, parfois, car elle se protège moins que Barbara, ou, du moins, différemment. Elle s'expose beaucoup plus aussi, notamment sur le plan médiatique, à une époque où ce qu'on appelle le "buzz" règne… C'est avant tout une grande musicienne de la période post-Beatles, au carrefour de beaucoup d'influences, que ce soit dans la pop, la musique brésilienne, le jazz, le blues, la musique classique où la chanson française traditionnelle. Une personne d'un grand magnétisme. Bref, je l'aime.

 

PdA : Quels sont, dans le patrimoine comme sur la nouvelle scène, les artistes que vous aimez, que vous suivez ?

 

M.R. : Comme je le dis plus haut, la chanson française (et internationale) me passionne. Avec une nette préférence pour les musiciennes. Donc, je peux m'intéresser autant à l'apport d'une Yvette Guilbert  il y a plus de cent ans, qu'à celui d'une Camille aujourd'hui. Sans pour autant connaître absolument toutes leurs chansons. Mais ce sont deux artistes qui ont, entre autres, fait avancer les choses et qui, tout en restant fidèles à une tradition, renouvellent ou ont renouvelé le genre scéniquement.

 

J'ai, avec un ami, créé une page Facebook qui s'appelle "Les chanteuses échevelées" et qui nous permet d'évoquer toutes ces figures connues ou méconnues. Nous avons choisi une marraine virtuelle : Marie Laforêt. Marie Laforêt est un véritable cas, pas toujours connue pour les bonnes raisons. Elle a dit un jour : « Je suis la fille légitime de Sheila et Barbara » ! Du pain béni pour nous! Laforêt fut, on le sait peu, une pionnière de la world music en France. L'une des premières notamment à importer en France et à faire voyager dans le monde des chants d'Amérique du Sud, des musiques Yiddish, à chanter dans 5 ou 6 langues, bref, à prendre des risques, quitte à brouiller bien des pistes ! C'est ce qui nous intéresse. Sur cette page Facebook, vous entendrez parler aussi bien de Brigitte Fontaine que d'Isabelle Mayereau, Maria Bethania, Blossom Dearie, Dusty Springfield, Marie-Paule Belle, Marie-José Vilar, Anne Sylvestre, Juliette Gréco, Claire Diterzi, Ute Lemper, Anna Prucnal, Amalia Rodriguez, Mercedes Sosa, Barbara Carlotti, Ingrid Caven, Elisa Point, Cora Vaucaire, Michèle Bernard, Pascale Borel, Françoise Hardy... et beaucoup d'autres ! 

 

PdA : Nous avons beaucoup parlé de vos hommages à d'autres artistes jusque là. Il serait injuste de ne pas évoquer vos créations originales, qui gagnent réellement à être connues. Comment définiriez-vous votre univers, Mathieu Rosaz ?

 

M.R. : Mon univers découle d'une multitude d'influences musicales, bien sûr, mais aussi cinématographiques, car je suis devenu assez cinéphile, au fil du temps. J'ai ainsi écrit, il y a quelques années, une chanson en hommage à Éric Rohmer, Comme dans un film de Rohmer, qui est une de mes chansons préférées de mon répertoire, mais pas forcément la plus représentative.

 

Et puis, j'essaie, tout simplement, de mettre des mots et des notes sur ce que je vis, rêve ou vois, quand ça vient… Je suis en quête de mélodies et j'aime les textes clairs, concis, précis. Je crois au mot juste, et je le cherche. Je ne le trouve pas toujours. J'aime les formes classiques pour pouvoir aussi mieux m'en éloigner, parfois. J'aime les univers feutrés, je refuse le clinquant, le "bling-bling musical". J'écris peu, par paresse, doute, et démotivation aussi. Je me sens encore écrasé par certaines influences. Si j'ai une idée, je me dis souvent qu'untel l'a déjà très bien traitée, et je trouve cela vain de recommencer, en moins bien. Mais je me soigne ! Il faut qu'une chanson s'impose à moi, que je ne puisse plus lui résister. Je crois que j'ai peur d'écrire. Je m'interdis encore beaucoup trop de choses !

 

PdA : Quelles sont, dans votre répertoire, les chansons pour lesquelles vous avez une tendresse particulière ? Ces cinq ou dix titres que vous aimeriez inviter nos lecteurs à écouter pour mieux vous découvrir ?

 

M.R. : Mon album La tête haute quitte à me la faire couper !, paru en 2009, est mon disque le plus abouti. Particulièrement des titres comme Banale, Pour ne plus retomber, À tes côtés, Fils de famille, Comme dans un film de Rohmer, Promeneur solitaire. Ce disque doit beaucoup aux arrangements musicaux d'Elvire Aucher. Dans mon album de 2005, Je préfère les chansons tristes…, je suis assez fier d'un texte qui a mis certains mal à l'aise car il évoque un sujet délicat, traité à la première personne du singulier (même si ce n'est pas mon histoire personnelle) : Banquette arrière. J'aime les chansons-portraits comme Madame vit à Paris ou les chansons carte-postale comme Je respire à Buenos-Aires ou Triste à Saint-Tropez. Il y a aussi Fragile équilibre, dans une veine romantique que je ne peux renier, ou encore la Chanson de l'acrobate, qui tente de parler de la scène…

  

PdA : La crise de l'industrie musicale, on en entend régulièrement parler. C'est quelque chose qui vous inquiète, qui vous touche ? À quoi votre "modèle économique" (l'expression est laide lorsque l'on parle d'art, mais elle est parlante) ressemble-t-il ?

 

M.R. : J'ai l'impression d'avoir toujours été en crise donc, en fait, la situation actuelle ne change pas grand chose pour moi. Le nouveau disque et le spectacle actuel ont été produits par les Concerts parisiens (agents et producteurs) qui sont, à la base, spécialisés dans la musique classique. Ils ont un réseau de diffusion qu'ils ont développé au fur et à mesure de ces vingt dernières années, mais rien n'est simple. Il y a des artistes pour qui l'agent organise et gère les propositions. En ce qui me concerne, c'est l'inverse, ou presque. Il faut aller au charbon, co-réaliser le spectacle à Paris, louer les espaces publicitaires, trouver et engager une attachée de presse assez courageuse pour défendre un cas pas évident. C'est un réel investissement sur le plan financier, et un vrai risque. Ensuite, il faut vendre le spectacle en démarchant les salles, en les relançant. C'est aussi un gros investissement en terme de temps, d'énergie, de ténacité.

 

En ce qui concerne ce que j'ai chanté en dehors de Barbara, j'en ai toujours été aussi le producteur (3 albums, un single, plusieurs spectacles). Aujourd'hui, il est vrai que je n'ai personnellement absolument plus les moyens financiers de produire un disque, sachant qu'il se vendra peu et de moins en moins physiquement, et que le numérique est très loin de combler pour le moment le manque à gagner de la dématérialisation. Si j'écris de nouvelles chansons, je crois qu'elles prendront vie sur scène, quitte à ne publier ensuite que des versions enregistrées en public, on verra…

 

À mon sens, l'unique moyen de nous sortir de cette crise de l'industrie musicale est de prélever enfin une taxe sur les abonnements aux divers fournisseurs d'accès à internet et sur les disques durs. Taxe reversée proportionnellement aux différents ayant-droits de ce métier. C'est le principe de la licence globale. J'ignore pourquoi nous n'en sommes pas encore là. De toute évidence, en raison d'histoires de très gros sous dans de très hautes sphères. Mais je ne vois aucune autre solution.

 

PdA : Où pourra-t-on vous applaudir prochainement ?

 

M.R. : À Mâcon les 22, 23 et 24 mars, et puis dans diverses salles (programmation en cours), pendant la saison 2013-2014. Et sans doute au Festival d'Avignon, en 2014 !

 

PdA : Quels sont vos projets, vos rêves pour la suite ?

 

M.R. : De la scène avant tout et, un jour peut-être, avoir mon propre théâtre, ou du moins un lieu où l'on chante et où l'on puisse aussi parler, se rencontrer. On a beau tout dématérialiser, on aura toujours besoin des autres en chair et en os !

  

PdA : Un dernier mot, pour conclure ? Merci infiniment !

 

M.R. : Merci à vous !

 

 

Merci encore, cher Mathieu Rosaz, pour cet échange. Bravo pour votre talent, pour votre travail que j'ai eu grand plaisir à découvrir - et que je vais désormais suivre. J'ai pris le temps d'agrémenter le texte de notre entretien de nombreux liens pour vous permettre, amis lecteurs, de rencontrer vous aussi cet artiste qui, définitivement, gagne à être connu. Parcourez sa chaîne YouTube, suivez son actu, achetez son dernier album, si vous êtes séduit(e) ! Merci à vous ! Phil Defer... Un commentaire ?

 

 

Vous pouvez retrouver Mathieu Rosaz...

 

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12 novembre 2012

Didier Millot : "Barbara et le public, c'était une relation fusionnelle"

"Quinze ans à peine"... Dans l'une des chansons les plus célèbres de son répertoire, Barbara évoquait, avec un parfum de paradis perdu, le temps des "premières peines", le temps du "premier rendez-vous". Quinze ans... Barbara est partie il y a quinze ans. Loin des yeux depuis ce jour de novembre 1997, la "longue dame brune" n'a jamais quitté le coeur de ses admirateurs. Au-delà de ces fidèles, c'est la chanson française dans son ensemble qu'elle a marquée de son empreinte. On ne compte plus les reprises, y compris par la jeune génération, de ses classiques intemporels. Göttingen. L'Aigle noir... Trois ans après la disparition de l'artiste, l'association "Barbara Perlimpinpin" a vu le jour. Son objet ? Perpétuer la mémoire de celle qui était née Monique Serf. Continuer à faire vivre son oeuvre... Didier Millot fut durant une décennie le président de l'association. Il a accepté de répondre à mes questions, je tiens ici à l'en remercier très chaleureusement. Il retrace pour Paroles d'Actu les temps forts de la carrière de Barbara, non sans aborder, avec émotion, le lien qui l'unit à elle. Et celui qui unissait cette dernière à son public. Ma plus belle histoire... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

DIDIER MILLOT

Membre fondateur et ancien président de l'association "Barbara Perlimpinpin"

Auteur de plusieurs ouvrages, notamment consacrés à Barbara

 

"Barbara et le public, c'était

 

une relation fusionnelle"

 

Didier Millot

(Photos transmises à ma demande par Didier Millot)

 

 

Q : 13/10/12

R : 11/11/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Didier Millot, comment allez-vous ? Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent de vous avant d'aller plus loin ?

 

Didier Millot : Bonjour Nicolas Roche et merci de m'inviter sur votre blog Paroles d'actu. En réponse à votre question, je dirai que je suis quelqu'un de passionné. Par l'écriture, par Barbara... et il se trouve que ces deux passions se rejoignent puisque je publie des ouvrages où Barbara est très présente. Cela me rend particulièrement heureux, surtout en ce moment avec la parution d'un nouveau livre "Je me souviens...Barbara" et du coffret "Barbara, une femme qui chante".

 

 

PdA : Vous avez été pendant dix ans le président de l'Association Barbara Perlimpinpin, association dédiée à la mémoire et à l'œuvre d'une "longue dame brune"... Comment cette aventure est-elle née ?

 

D.M. : C'est Marie Chaix (écrivain, secrétaire de Barbara de 1966 à 1970, et actuelle présidente de l'association) qui m'a sollicité. Et j'ai plongé dans cette aventure sans hésitation. Une aventure collective qui m'a permis de participer à la réalisation de très beaux projets autour de Barbara. L'association rassemble des personnes qui ressentent le besoin de prendre part à une action collective de mémoire.

 

 

PdA : Voulez-vous nous parler de l'Association, de son objet, de ses activités ?

 

D.M. : L'association Barbara Perlimpinpin s'est donné pour but de perpétuer la mémoire et de faire connaître et vivre l'œuvre de Barbara. Elle dispose d’un fonds patrimonial, ayant en partie appartenu à Barbara, (costumes et matériel de scène, partitions et documents manuscrits, affiches, photos, disques…) qui lui permet d'organiser des manifestations (expositions, concerts, rencontres) et de participer à des publications qui illustrent son chemin de chansons. L'association administre également le site Internet officiel dédié à la chanteuse.

 

Parmi les réalisations de l'association ces dernières années, on peut noter le baptême à Göttingen en novembre 2003 d'une "Barbara Straβe" (Rue Barbara), la parution d’un "Agenda Barbara 2003" réalisé avec les éditions Mille et une nuits. En 2004, on lui doit la création d’une rose "Hommage à Barbara". En 2007, pour les dix ans de la disparition de Barbara, un spectacle "Une cantate pour Barbara" a été organisé au Théâtre des Variétés. Cette année encore, qui marque les 15 ans de la disparition de Barbara, l'association est impliquée dans de nombreux projets dont un spectacle le 23 novembre au Studio Raspail.

 

 

PdA : À quelle occasion avez-vous découvert Barbara ? Qu'est-ce qui vous a séduit chez cette femme, chez cette artiste, au point de continuer à œuvrer, quinze ans après sa disparition, pour la préservation de son art ?

 

D.M. : J'ai l'impression d'avoir toujours connu Barbara. Je revois des images d'elle à la télévision dans les années soixante. En 1970, L'Aigle noir s'est retrouvé en bonne place dans ma discothèque. Mais comme je l'explique dans l'avant propos de mon dernier livre, c’est en 1979, que s'est produit le véritable déclic. Je suis tombé, tout à fait par hasard, un soir où je regardais la télévision, sur le film réalisé par François Reichenbach, à l’Olympia en 1978 et pendant la tournée qui a suivi. Ce fut un choc immense. Je me reconnaissais dans ce que Barbara chantait, dans ce qu’elle disait. Elle mettait des mots sur des émotions et des sentiments que, jusqu’alors, je ne savais pas exprimer. Je me suis senti comme irradié par sa personnalité. Dès lors, sa présence ne m'a plus jamais quitté.

 

 

PdA : L'avez-vous souvent rencontrée ? Comment était-elle dans la vie ? Nous raconteriez-vous quelques anecdotes à ce sujet... ?

 

D.M. : J’ai été pendant près de vingt ans le spectateur assidu de ses spectacles. La première fois où je lui ai parlé c'était à Pantin, en 1981, à l'occasion d'une dédicace. Comme pour beaucoup d’autres admirateurs fidèles, de lettres en fax, un échange épistolaire m’a permis de garder le contact avec elle en dehors de la scène. Barbara était quelqu'un qui avait un magnétisme extraordinaire. Sa présence était réellement envoutante. C'était une artiste, une femme d'une très grande générosité. Elle savait reconnaître "ses fidèles". J'ai un souvenir particulièrement émouvant avec elle un soir de 1990 à Mogador. Beaucoup de gens s’étaient rassemblés dans la petite cour située à la sortie des artistes. Sous le long porche un peu sombre, ma femme et moi, nous nous étions mis à l’écart. J’aimais rester en retrait de la foule et, simplement, profiter de l’instant de son départ. Ce soir-là, Barbara a fait arrêter sa voiture à notre hauteur, ouvert la vitre et avec une grâce infinie nous a tendu les mains. Ce fut un bref échange mais à la symbolique si forte que j’y repense souvent. J'ai encore très présente la sensation de ses mains sur les miennes.

 

 

PdA : Monique Serf, dite Barbara, est aujourd'hui largement reconnue et saluée par ses pairs. Mais ce succès est-il venu rapidement ?

 

D.M. : Dans les années cinquante, une carrière se bâtissait dans la durée. Avant de conquérir les grandes scènes parisiennes, Bobino puis l'Olympia, la période des cabarets a été longue pour Barbara ; d'abord en Belgique, puis à Paris, à l'Écluse principalement dont elle est devenue la figure de proue de 1958 à 1964. Barbara est donc l’illustration d’un parcours qui s’est construit grâce à un mélange de travail et de persévérance, bien sûr également grâce à son immense talent. D'abord interprète, Barbara est devenue auteur compositeur de ses chansons. Elle a composé ses premières musiques en Belgique sous le pseudonyme d'André Olga puis chanté à l'Écluse, sans dire qu'elle en était l'auteur, ses premiers grands succès comme Chapeau bas ou Dis, quand reviendras-tu ?.

 

 

PdA : Quels ont été les grands moments fondateurs de sa carrière ?

 

D.M. : L'Écluse, d'abord, où elle a fait ses premiers pas. En 1963, son passage au Théâtre des Capucines où elle créé Nantes lui ouvre les portes de Bobino où, en 1964, elle assure la première partie de Brassens pendant trois semaines. Elle revient à Bobino en vedette en septembre 1965. Sa chanson écrite pour le public, Ma plus belle histoire d'amour, est née de ce succès. La consécration à l'Olympia en 1968 est un aboutissement. Barbara devient alors une chanteuse populaire, ce que viendra confirmer deux ans plus tard l'immense succès de L'Aigle noir.

 

Son arrivée chez Philips en 1964, avec Claude Dejacques comme directeur artistique, lui permet aussi de sortir un premier 30 tours "Barbara chante Barbara" resté comme une référence dans son œuvre. Il contient, hormis Chapeau bas et Nantes, des incontournables comme À mourir pour mourir, Pierre, Au bois de Saint-Amand, Gare de Lyon.

 

 

Barbara par Didier Millot 1

Collection personnelle de Didier Millot - Barbara à Mogador (1990)

 

 

PdA : Le 5 novembre dernier est sortie "Une femme qui chante", l'intégrale de l'artiste. 19 CD, un écrin de luxe et un ouvrage biographique auquel vous avez largement participé. Qu'aimeriez-vous dire à nos lecteurs pour leur donner envie de se procurer ce bel objet ?

 

D.M. : Ce coffret permet de retrouver en intégralité, pour la première fois, l'ensemble de son œuvre discographique enregistrée en studio et tous les titres créés sur scène mais jamais repris en studio, et pour certains jamais sortis en disque. Il contient des chansons inédites que Barbara avait enregistrées dans les années soixante pour un projet de disque qui n'avait pas abouti. On retrouve également de nombreuses raretés, des versions inédites avec des variantes d'interprétation ou de texte. Il y a ainsi une version de L'Aigle noir comprenant deux phrases inédites. Une des premières versions de Nantes, dont le texte est très différent du texte enregistré en 1964 ; une autre version parlée de Nantes chantée à Mogador en 1990 ; des duos aussi, inédits avec Julien Clerc et Jean-Louis Aubert. Plus de 50 titres, sur les 370 du coffret, couvrant la période 1956-1997, qui donnent une autre vision de Barbara.

 

 

PdA : 19 CD, nous le disions à l'instant. Plus de 350 titres. Certains très connus - Nantes, Göttingen, Ma plus belle histoire... L'Aigle noir. Sans doute la plus célèbre, celle que l'on associe immédiatement à Barbara. Plusieurs interprétations ont été faites à propos de cette très belle chanson, l'une pour le moins glaçante... Que savez-vous de la genèse de L'Aigle noir ? Comment la recevez-vous personnellement ?

 

D.M. : Cette chanson est née d’un rêve, mêlé d’images lointaines de l’enfance et de la découverte étonnante d’un aigle naturalisé dans une vieille grange à la campagne. Si le succès a été immédiat, L’Aigle noir figure parmi les chansons de Barbara qui ont nécessité du temps pour trouver leur maturité. En septembre 1970, elle dira avoir mis six ans pour l’écrire. "J’avais fait une musique et les paroles, et je n’arrivais pas à le faire… Il ne s’envolait pas. Je n’y arrivais pas du tout et c’est seulement il y a quelques mois, juste avant mon disque, que j’ai repris cette chanson, tout à coup, et tout m’est arrivé. J’ai fini L’Aigle noir." La chanson a effectivement donné lieu a de nombreuses interprétations, surtout depuis la parution des mémoires de Barbara, liant la figure du père à la présence mystérieuse qu’incarne l’oiseau qui surgit de nulle part comme autrefois le père disparu depuis dix ans, revenu un soir de décembre 1959 dans la vie de Barbara, au moment où il décède à Nantes.

 

Je suis personnellement attaché à cette chanson onirique que j'ai énormément écouté adolescent et qui terminait le spectacle la première fois où j'ai vu Barbara sur scène. C'était aussi, à partir de Pantin, un moment très fort des récitals de Barbara.

 

Si l'on cherche une explication, le mieux est sans doute de relire ce qu'en disait Barbara : "J’ai fait un rêve. Beaucoup plus beau que dans la chanson. Un oiseau tournait autour d’un canyon, descendant, descendant… J’ai vraiment rêvé de ça, en couleur, et après, j’ai rêvé de deux panthères. Elles allaient se jeter sur moi. Après ce rêve d’aigle, des choses extrêmement bénéfiques sont arrivées."

 

 

PdA : Göttingen, c'est un hymne à la paix, à ces "enfants qui sont les mêmes" des deux côtés du Rhin. Cette peur de l'"alarme" qui pourrait de nouveau sonner un jour, était-ce quelque chose de réellement présent chez cette fille de Juifs ayant grandi pendant la guerre ?

 

D.M. : Cette période a sans aucun doute marqué Barbara. Même si dans Mon enfance, elle écrit "La guerre nous avait jetés là, d'autres furent moins heureux, je crois, au temps joli de leur enfance. La guerre nous avait jetés là, nous vivions comme hors la loi, et j'aimais cela quand j'y pense.", le fait que dans son dernier album, en 1996, elle ait repris Il me revient, une chanson commencée dans les années soixante-dix, montre combien cette période restait très présente dans sa mémoire. Cette chanson raconte l'arrestation d'un résistant à Saint-Marcellin où sa famille s'était réfugiée de 1943 à 1945.

 

Pour elle, accepter d'aller chanter à Göttingen n'a pas été une décision facile. On est en 1964, l'Europe se construit. Adenauer et De Gaulle ont permis de consolider la réconciliation entre la France et l'Allemagne. Göttingen, qui est, vous avez raison de le souligner, un très bel hymne à la paix, a pu être mal perçu lorsque Barbara enregistre ce titre en 1965. Barbara dira que c'est une chanson de la réconciliation mais pas d'oubli précisant : "Je ne porte pas de message, dans aucune de mes chansons… Göttingen, par exemple, n’est pas une chanson contre la guerre, c’est une chanson d’amour. En quittant Göttingen, j’ai voulu remercier mes amis, je l’ai fait à ma façon, c’est tout."

 

 

PdA : Dans Ma plus belle histoire d'amour, c'est à son public qu'elle déclare sa flamme, sa fidélité. Quel était ce lien si particulier qui les unissait ? Que lui apportait le contact avec le public ?

 

D.M. : C'était une relation fusionnelle. Barbara était avant tout une femme de scène. Elle trouvait là un accomplissement, un aboutissement à ce qu'elle avait toujours voulu être : une femme qui chante. Je cite souvent ce qu'elle nous confia, un soir de 1990 sur la scène de Mogador, à propos de ce lien entre elle et le public : "C’est un secret, un secret entre vous et moi. Je ne pouvais pas traduire cette chose-là, elle est intraduisible pour moi. Elle sera intraduisible jusqu’au dernier instant où je chanterai. Parce que c’est une chose comme ça, exceptionnelle, rare. Ce n’est pas une chose comme on dit, mystique, femme en noir, la messe… Ce n’est pas ça du tout ! C’est une histoire d’amour magnifique. Une passion magnifique."

 

 

PdA : Nous avons évoqué trois des chansons phares de son répertoire. Vous qui le connaissez parfaitement, pourriez-vous nous citer vos chansons préférées de Barbara, notamment celles qui sont moins connues, et que vous voudriez inviter nos lecteurs à découvrir ou redécouvrir ?

 

D.M. : C'est difficile de choisir dans un répertoire original de plus de 150 chansons !

 

Le premier titre qui me vient immédiatement à l'esprit est : Tu ne te souviendras pas, qui date de 1962. C'est pour moi une des plus belles chansons de Barbara. Le texte est d'une beauté absolue avec des images pleines de sensualité. C'est une merveilleuse chanson d’amour où, comme souvent, amour et désespoir sont mêlés. Mais Barbara laisse la porte entr’ouverte. L’autre peut choisir de revenir. C’est la joie de vivre après le mal de vivre. C’est peut-être cela qui, dans son répertoire, marque notre inconscient. L’espoir, tout aussi indicible qu’indispensable, qui nous permet de croire en la vie quand tout semble désespéré.

 

Une autre chanson que j'écoute très souvent est : Mémoire, mémoire, écrite par Barbara pour Lily Passion (le spectacle écrit par Barbara dans les années 80, ndlr) et que Barbara a chanté le soir de la dernière au Châtelet en 1987. C'est un très beau texte sur son parcours d'artiste et son lien avec le public. J'ai d'ailleurs pris quelques phrases de cette chanson comme fil conducteur de l'avant-propos de mon dernier livre.

 

Je pense aussi à Madame (à ne pas confondre avec la pièce Madame) et Parce que je t'aime écrites en 1967, Le minotaure une chanson de 1973. Enfin, John Parker Lee qui se trouve sur son dernier disque enregistré en 1996 et qui dit "Il y a comme ça dans la vie de merveilleux passagers qui croisent nos existences… Qui nous jouent d’étranges musiques... Qui nous tanguent le cœur et l’âme." C'est exactement ce que je ressens à propos de Barbara.

 

 

PdA : Nous avons parlé de l'intégrale, à laquelle vous avez participé. Je rappelle que vous êtes également l'auteur de "Je me souviens... Barbara", ouvrage qui sort ces jours, à l'occasion du quinzième anniversaire de la disparition de l'artiste. Pouvez-vous nous en dire plus ? Qu'a-t-il d'original ? Pourquoi est-il un "must" pour les amateurs de Barbara ? (05/11/12)

 

D.M. : C'est la première fois que j'utilise le "je" pour m'exprimer à propos de Barbara. Un "je" un peu particulier puisque c'est un livre qui s'inspire du procédé littéraire "Je me souviens" popularisé en France par Georges Pérec en 1978. C'est donc avant tout une biographie à la forme originale.

 

Le propos du livre est de restituer les souvenirs épars d’images, d’événements, de faits, d’anecdotes, qui parfois me sont personnels, mais qui ont pu être vécus par d'autres et que j’ai eu envie de partager. Ce qui est important pour moi c'est, à côté des éléments purement biographiques de la vie de Barbara, de faire revivre des moments forts, des instants de beauté, vécus grâce à elle.

 

J’ai pensé que ce livre pourrait, à sa manière, montrer combien Barbara, artiste inoubliable et inoubliée, fait partie de notre vie. J'espère contribuer à faire découvrir son univers à une nouvelle génération, de plus en plus nombreuse à apprécier son œuvre, notamment ceux qui n'ont pas vu Barbara sur scène ; avec mes mots, transmettre des émotions et des sentiments. Être, en quelque sorte, un passeur.

 

 

PdA : Barbara s'en est allée il y a quinze ans, le 24 novembre 1997. Novembre, un mois que, paraît-il, elle détestait... Comment l'avez-vous appris ? Comment était-elle perçue, dans les derniers mois de sa vie ? Comment les a-t-elle vécus ? Quel était son rapport à la mort ?

 

D.M. : J'ai été réveillé par la radio qui, au matin du 25 novembre, annonçait que Barbara avait été hospitalisée. Puis, vers 13 heures, la nouvelle de son décès a été connue. J'étais effondré. J'avais reçu un fax d'elle, plein d'humour, une dizaine de jours auparavant. Je savais qu'elle avait plein de projets et qu'elle rédigeait un livre. Barbara était quelqu'un qui aimait la vie et qui n'était pas du tout morbide. Elle avait d'ailleurs écrit une chanson La mort pour démystifier ce sujet. Beaucoup de ses proches disent avoir beaucoup ri avec elle. C'est l'image d'une femme lumière, qui a aidé beaucoup de gens à vivre, que je garde en moi.

 

 

PdA : Nombre d'artistes ont repris ses chansons après sa mort, sans doute avec conviction, mais sans jamais les vivre comme elle les a vécues. Y'a-t-il malgré tout sur la scène francophone actuelle, parmi les jeunes comme les moins jeunes d'ailleurs, des artistes qui réussissent à vous toucher un peu comme elle vous touche ?

 

D.M. : Compte tenu de la force de ses chansons, il y aurait quelque chose d'incongru à ce que la génération actuelle de la scène francophone ne reprenne pas son répertoire. Barbara a elle même commencé sa carrière en chantant le répertoire d'autres chanteurs, comme Brel et Brassens pour ne citer qu'eux.

 

Je suis touché par les émotions que ceux qui la reprennent sont capables de faire passer en s'appropriant à leur manière les textes et la mélodie. La première fois que j'ai vu Marie Paule Belle reprendre sur scène le répertoire de Barbara cela a été un moment très fort et de grande beauté. On peut avoir un vécu différent et chanter Dis, quand reviendras-tu ?Mon enfanceUne petite cantate de façon tout à fait bouleversante. Je pense à Jean-Louis Aubert , Calogero, Raphaël.

 

Des artistes comme Mathieu Rosaz, Daphné, par exemple, apportent avec leur voix, leur phrasé, quelque chose de nouveau. C'est ce qui me paraît essentiel. Avec eux, les chansons de Barbara traversent le temps.

 

 

Barbara par Didier Millot 2

Collection personnelle de Didier Millot - Barbara à Mogador (1990)

 

 

PdA : Finalement, qu'est-ce qui vous touche chez elle ? Qu'est-ce qui la rend si importante à vos yeux ?

 

D.M. : Pour moi, Barbara est une femme hors du commun. C'est difficile à exprimer. C'est une présence. Un partage d'âme, quelqu'un qui m'apporte du réconfort et qui m'accompagne dans ma vie de tous les jours. Je peux rester des mois sans l'écouter mais elle est quand même là. Avec ma famille très proche, Barbara fait partie des personnes qui sont essentielles à mon équilibre.

 

 

PdA : Qu'a-t-elle apporté à la chanson française ? Quel est l'héritage de Barbara ?

 

D.M. : Comme Piaf ou Gréco, elle a fait une incursion au théâtre et au cinéma. Barbara est une artiste complète. Auteur, compositeur et interprète, elle a su traverser son époque, sans jamais se répéter ni trahir ses choix, projetant un univers personnel où chacun peut retrouver ses combats, ses épreuves, sa propre vérité. Le mélange de texte et de musique qu’elle confectionne en artisan garde au fil du temps sa couleur d’origine. Il existe dans les chansons de Barbara une alchimie dont le secret n’a pas encore été découvert ! Personne n’a réussi à écrire et composer comme elle. C'est pour cela que Barbara reste aussi moderne et continue d'influencer les artistes : écrivains, chanteurs, peintres. Je crois que cela la ferait rire, mais ce n'est pas exagéré de dire que Barbara fait aujourd'hui partie de notre patrimoine.

 

 

PdA : Si vous pouviez lui adresser un message, lui poser une question... ?

 

D.M. : Je lui dirais ces quelques phrases de sa chanson Tu ne te souviendras pas :

 

"Passent les jours, file le temps,

 

S’égrènent les calendriers,

 

Brûle l’été, soufflent les vents,

 

Moi, je ne peux rien oublier."

 

 

PdA : Un message à nos lecteurs ? À quelqu'un en particulier ?

 

D.M. : Un message d'amour : penser à dire et redire "Je t’aime" à ceux que l'on aime.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, Didier Millot ?

 

D.M. : J'espère que ma passion pour l'écriture et pour Barbara est commutative.

 

 

PdA : Un dernier mot ?

 

D.M. : Merci infiniment !

 

 

 

Oui Didier Millot, votre passion est communicative, soyez-en assuré... Merci infiniment pour ce bel entretien à coeur ouvert... Phil Defer

 

 

 

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Merci

 

 

 

Le site de l'Association Barbara Perlimpinpin

 

L'intégrale Barbara : une femme qui chante

 

"Je me souviens... Barbara" de Didier Millot (dédicacé, jusqu'au 15/11/12)

 

"Je me souviens... Barbara" de Didier Millot (achat en ligne)

 

Le site de Didier Millot

 

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Modifications mineures : 13/11/12

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