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Paroles d'Actu
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parlement
1 novembre 2013

Virginie Duby-Muller : "Nous aurions dû instaurer l'union civile"

On ne les voit pas souvent, sur les plateaux télé, hors LCP. Ils ne comptent pas, chez les jeunes pousses de l'Assemblée, parmi les plus médiatisés, les plus media-friendlyIls n'ont jamais fait le News Show mais ils sont mus, eux aussi, par des valeurs, par des convictions profondes. Eux aussi ont reçu l'onction du suffrage universel. Leurs idées, ils les avancent avec, peut-être, un focus un peu plus localisé, un brin d'ego en moins. Quelques mois après le socialiste Pierre-Yves Le Borgn', voici Virginie Duby-Muller (UMP). Élue depuis l'année dernière de la quatrième circonscription de la Haute-Savoie (Annemasse, Saint-Julien-en-Genevois, Seyssel, Frangy), elle est, à 34 ans, l'une des benjamines de la chambre basse. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

VIRGINIE DUBY-MULLER

Députée UMP de la quatrième circonscription de la Haute-Savoie

 

« Nous aurions dû instaurer

l'union civile »

 

Virginie Duby-Muller

(Source de la photo : Virginie Duby-Muller)

 

Q : 31/08/13

R : 31/10/13

  

Paroles d'Actu : Bonjour Virginie Duby-Muller. En juin 2012, les électeurs de la Quatrième circonscription de la Haute-Savoie vous ont désignée pour siéger en leur nom à l'Assemblée Nationale, hémicycle dont vous êtes l'une des benjamines. Vous n'avez pas trente-quatre ans, à ce moment-là... Qu'avez-vous ressenti, lorsque vous avez eu connaissance de ce résultat ? À quoi, à qui avez-vous pensé ?

 

Virginie Duby-Muller : J’ai pensé à Claude Birraux, mon mentor, qui m’a passé le relais (elle fut sa collaboratrice entre 2007 et 2012, ndlr). Il a fait un choix qui a pu paraître audacieux en choisissant une femme, jeune, devenue mère de famille quelques mois auparavant et, qui plus est, blonde. L’opération a été réussie, au nom d’un renouvellement nécessaire du personnel politique et d’une représentation accrue de la jeunesse et des femmes !

 

J’ai pensé à ma famille, également, et tout spécialement à ma grand-mère, qui était de caractère, engagée, conseillère municipale et sage-femme. J’ai enfin pensé aux électeurs et aux électrices qui m’ont fait confiance, et à la responsabilité qu’ils m’avaient confiée.

 

PdA : Votre engagement à droite est ancien, vous avez adhéré au RPR l'année de vos dix-huit ans et citez parmi les valeurs qui vous sont chères « le travail, la méritocratie, la liberté et la responsabilité des individus ». Ces valeurs-là sont-elles, de votre point de vue, réellement mises à mal par les orientations suivies depuis un an par la majorité, par le gouvernement et par le président de la République ?

 

V.D.-M. : La France va mal. Les Français souffrent. Je reprendrai volontiers les propos de mon collègue UMP Hervé Mariton : « En 1981, la volonté était de changer la France, en 2013, l’objectif est de défaire la France ».

 

François Hollande avait promis un « changement » fondé sur soixante engagements. Souvenez-vous du « Moi, Président... » ! On assiste plutôt à la succession de soixante ratés, couacs et reniements. À force de renoncements, d’inélégances, d’ambiguïtés, de mauvaises décisions, le président de la République a perdu toute crédibilité et a aggravé la crise de notre pays, qui décline, tant d’un point de vue économique que sur le plan des valeurs.

 

Regardez les réformes imposées sans concertation, sur les rythmes scolaires, la remise en cause des auto-entrepreneurs, de la politique familiale, le matraquage fiscal... Pigeons, poussins, tondus, les Français sont étouffés !

 

PdA : Parmi vos combats récents, il y a ceux qui touchent à la famille. Vous vous êtes opposée à l'ouverture du droit au mariage pour les couples homosexuels et combattez toute banalisation de ce que l'on appelle communément la « théorie du genre ». Quel message adresseriez-vous à un(e) jeune homosexuel(le) ayant du mal à s'assumer, souffrant du regard des autres, et qui vivrait de bonne foi ces prises de positions comme une attaque portée contre ce qu'il (elle) est ?

 

V.D.-M. : Je me suis opposée au projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe car il s’agissait d’une question sociétale dont l’ampleur est telle qu’elle méritait un référendum, et non une loi. Pour moi, le mariage doit rester celui d’un homme et d’une femme : c’est lié à la notion de famille. Mais ce qui m’inquiète plus, c’est l’instauration d’un droit à l’enfant, avec la PMA et la GPA. Avec cette loi, le gouvernement socialiste a obéi à un lobby, il a voulu réaliser une promesse de campagne qui a profondément clivé la société française.

 

Et, pour en revenir à votre question, je dirais à ce jeune homosexuel de s’en prendre au gouvernement socialiste qui a stigmatisé les homosexuels avec l’adoption d’une loi maladroite, alors que ce n’était pas le cas auparavant !

 

PdA : Sans transition... Je reprends l'une de vos déclarations récentes. « Beaucoup de gens ne connaissent pas le travail de député. Parfois, j'ai envie de leur dire, suivez-moi, une journée, une semaine. Le soir, on est sur les rotules... » À quoi ressemblent-t-ils, justement, votre quotidien, votre semaine de parlementaire ?

 

V.D.-M. : Je me suis imposée comme rythme de siéger à Paris les mardis et mercredis de façon incompressible. Le reste de la semaine, je rencontre les gens qui le souhaitent à mon bureau parlementaire, à Paris, ou à ma permanence, à Annemasse. Je travaille sur les dossiers en cours, je participe à des réunions, aux différentes manifestations ou visites de terrain. D’après la Constitution, notre rôle consiste à siéger à l’Assemblée nationale, mais il est essentiel de garder de la proximité avec son territoire.

 

PdA : Trouvez-vous quelques vertus au fait de siéger dans l'opposition à l'Assemblée ?

 

V.D.-M. : Le fait d’être dans l’opposition permet de ne pas être noyé dans la masse, surtout lorsque vous êtes primo-député, d’avoir plus de temps de parole, d’être mieux identifié. Même si j’aurais préféré que notre programme politique l’emporte, pour l’avenir de notre pays.

 

PdA : La pertinence ou non d'un « inventaire » sur la présidence Sarkozy fait débat actuellement au sein de l'UMP. Quel est votre avis sur la question ? Nourrissez-vous, en tant que militante, quelques regrets quant au quinquennat précédent ?

 

V.D.-M. : Jeudi 17 octobre 2013 s’est tenue, au siège de l’UMP, une convention sur l’évaluation de son action entre 2007 et 2012. Il ne s’agissait pas d’être dans l’inventaire, mais plutôt de définir les priorités à défendre pour l’alternance. Il s’agit de reprendre le fil des réformes engagées en 2007, plutôt que de le rompre. Car, on le voit bien, la politique conduite par les socialistes mène le pays au chaos ! Concernant le « mariage pour tous », par exemple, qui a clivé la société, il est peut-être dommage que nous n’ayons pas mis en place une « union civile » ?

 

PdA : Je laisse de côté la question des personnes, finalement assez secondaire et peu intéressante pour l'instant. Quelle doit être la ligne politique de l'UMP pour les années à venir ? Autour de quels grands axes, de quelles idées novatrices souhaiterez-vous articuler le projet d'alternance que vous proposerez aux Français ?

 

V.D.-M. : Nous devons faire preuve de courage en matière économique, d’autorité en matières de sécurité, de justice, d'immigration et de laïcité, et, enfin, de générosité sociale, sans assistanat.

 

La gestion du pays par les socialistes est calamiteuse. Cela fait plus d’un an et demi que la gauche est au pouvoir, et tous les indicateurs sont au rouge vif. Jamais la dette, les dépenses publiques et le matraquage fiscal n’ont été aussi élevés, et le pouvoir d’achat baisse. Face à cela, nous devons reprendre la main pour un sursaut français ! Les prochaines élections en seront la première occasion.

 

PdA : Retour à 2013... À l'Assemblée, à votre circonscription. Parlez-nous de la 4ème de Haute-Savoie ? Quelles sont ses spécificités ? Les priorités, les inquiétudes particulières de ses habitants ?

 

V.D.-M. : La 4e circonscription de la Haute-Savoie, qui a été remodelée en 2012, est un territoire varié, composé de 53 communes, à la fois rurales et urbaines. Sa spécificité est d’être une circonscription transfrontalière proche de Genève et de la Suisse. D’ailleurs, je me bats actuellement pour le maintien du droit d’option pour l’assurance maladie des travailleurs frontaliers, remis en cause par le gouvernement sans se soucier des conséquences économiques, sociales et humaines que cela va entraîner.

 

PdA : Quels sont les sujets sur lesquels vous aurez à cœur de faire entendre votre voix au sein de l'hémicycle ?

 

V.D.-M. : Les problématiques frontalières, la défense des classes moyennes, de la famille et de l’égalité hommes-femmes me tiennent à cœur. Mais les questions éducatives, l’audiovisuel, le numérique m’intéressent également. On ne peut pas intervenir sur tout, mais j’essaie de rester dans une démarche d’opposition constructive.

 

PdA : Quelles leçons avez-vous tirées de votre - déjà long ! - parcours politique jusqu'ici ?

 

V.D.-M. : La politique révèle les personnalités. Si je ne suis pas quelqu’un de rancunier, en revanche, je ne suis pas amnésique… Il faut que, seuls, vos convictions et votre sens de l’intérêt général guident vos décisions.

 

PdA : Qu'est-ce qui, finalement, fonde votre engagement dans la vie publique ?

 

V.D.-M. : Je suis optimiste. Il ne faut jamais se résigner, et rester fidèle à ses convictions !

 

PdA : Quels sont vos projets, vos envies, Virginie Duby-Muller ?

 

V.D.-M. : Je souhaite que l’on aide davantage les femmes à concilier vie professionnelle et familiale.

 

Je souhaite que les politiques publiques conduisent à une amélioration du niveau de vie lié au bonheur des gens, tel qu’il est intégré dans certains pays, comme le Bhoutan. Aujourd’hui, je trouve que le gouvernement manque de vision et qu’il nivelle notre pays par le bas.

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Vous avez carte blanche. Merci infiniment...

 

V.D.-M. : Aux jeunes : engagez-vous en politique ! Nous avons besoin d’oxygène !

 

 

Merci à vous, Virginie Duby-Muller, pour vos réponses, pour avoir respecté votre engagement. Merci également à Catherine Hurstel, sa collaboratrice parlementaire. Et vous, que vous inspirent les propos de Virginie Duby-Muller ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Virginie Duby-Muller...

 

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16 octobre 2013

Laurence Abeille : "Les lobbies étouffent le politique"

C'est la lecture d'un article paru dans le magazine Time qui m'a donné envie de réaliser l'entretien suivant. Il y était question de la surmortalité observée depuis plusieurs années chez les abeilles d'Amérique et d'ailleurs, de ce que cela impliquait pour l'environnement, pour l'être humain. Je me suis alors souvenu d'avoir lu, quelques mois plus tôt, un papier dans lequel une élue évoquait ce phénomène inquiétant, son combat pour la cause des petites pollinisatrices. Son nom vous fera sourire, forcément. Allons un peu plus loin... Laurence Abeille est depuis juin 2012 la députée Europe Écologie Les Verts de la sixième circonscription du Val-de-Marne (Fontenay-sous-Bois, Vincennes, Saint-Mandé). Outre le sort des abeilles, sur lequel elle revient pour Paroles d'Actu, plusieurs sujets ont été abordés dans le cadre de notre interview : la participation des écologistes à la majorité et au gouvernement, le poids des lobbies au Parlement, et quelques uns des chevaux de bataille de cette infatigable militante pour les années à venir... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

LAURENCE ABEILLE

Députée EELV de la sixième circonscription du Val-de-Marne

 

"Les lobbies étouffent le politique"

 

Laurence Abeille 2

(Crédit photo : François Lafite)

 

 

Q : 28/08/13

R : 11/10/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Laurence Abeille. J'aimerais évoquer avec vous la problématique de la surmortalité des abeilles, un phénomène qui vous inquiète. D'abord un rappel, peut-être, pour commencer ? Pourquoi les abeilles sont-elles importantes pour la planète et, peut-être un peu plus égoïstement, dans notre vie de tous les jours ?

 

Laurence Abeille : Les abeilles sont des « sentinelles de la biodiversité ». Leur présence – ou leur absence – indique l’état écologique du milieu. Mais il ne faut pas nous limiter aux abeilles, ce sont l’ensemble des insectes pollinisateurs qui informent sur l’état de santé d’un écosystème.

 

Et pour répondre à votre question, les pollinisateurs, par définition, sont essentiels à la pollinisation ! 35% de la production mondiale de nourriture est liée à l’action des pollinisateurs ! Cultures fruitières, cucurbitacées, tomates, poivrons, kiwi, colza, tournesol, oignon, persil, poireaux, luzerne, framboises, cassis, et des dizaines d’autres aliments dépendent en partie ou totalement de l’action des pollinisateurs ! Et ces données sur le rôle des abeilles dans la pollinisation ne proviennent pas de quelques associations environnementalistes qui feraient du catastrophisme, ce sont les données officielles publiées par les agences gouvernementales et internationales, comme l’ANSES ou la FAO.

 

 

PdA : Quels sont les chiffres, les données dont vous disposez qui vous permettent d'étayer vos craintes ?

 

L.A. : Comme je l’ai dit, les doutes sur l’effondrement des colonies ne sont plus permis. Les données existent, elles sont officielles. De plus en plus de colonies d’abeilles ne passent pas l’hiver, avec des pertes massives autour de 30% tous les ans.

 

 

PdA : Quelles sont les causes principales de cette situation ?

 

L.A. : Elles sont également connues. La cause principale : les pesticides, notamment ceux de la gamme des néonicotinoïdes. Plusieurs études ont montré les liens entre utilisation de ces pesticides et mortalité des abeilles. Le phénomène a été clairement étudié : les abeilles peuvent ne pas mourir directement sous l’effet des pesticides, mais ces substances agissent sur leur système de géolocalisation. Elles sont désorientées, ne retrouvent plus leur ruche et meurent d’épuisement par non-retour à la ruche. C’est pourquoi, lorsque ces pesticides sont testés, il convient également de prendre en compte les doses non létales qui ont également un impact sur la mortalité !

 

D’autres causes sont également à prendre en compte, et notamment le frelon asiatique, espèce exotique invasive, qui fait des carnages dans les colonies d’abeille, ou le varroa, acarien qui parasite les abeilles.

 

 

PdA : La Commission Européenne a décidé il y a quelques mois d'une interdiction partielle de trois pesticides dits "néonicotinoïdes", très néfastes pour les abeilles. Quelles sont, aujourd'hui, les recommandations que vous adresseriez aux acteurs concernés ? Je pense aux pouvoirs publics, bien sûr, je pense évidemment aux agriculteurs et aux industriels, je pense aussi à nos lecteurs...

 

L.A. : Ce moratoire a été salué, et c’est en effet un premier pas important. L’impact des néonicotinoïdes sur les pollinisateurs est ainsi clairement affirmé, et il sera difficile de revenir en arrière sans subir la fronde des apiculteurs, des écologistes et d’une très grande partie des citoyens.

 

Pourtant, ce moratoire est à prendre avec prudence. Il ne concerne qu’une partie des pesticides systémiques, alors que d’autres substances sont également néfastes aux pollinisateurs. Il ne s’applique que pour deux ans, alors que les substances interdites persistent dans l’environnement pendant plusieurs années et peuvent donc continuer à tuer les abeilles. Surtout, le moratoire ne concerne pas toutes les cultures, ces trois pesticides n’étant interdits que sur certaines cultures !

 

Bref, ces trois substances et d’autres tout aussi néfastes vont continuer de tuer les abeilles, et si dans deux ans nous ne constatons pas une baisse de la mortalité, les lobbies industriel pourront en conclure que leurs substances n’avaient rien à voir avec la hausse de la mortalité des abeilles !

 

Il faut donc faire très attention et la vigilance est indispensable pour que dans deux ans, ce moratoire continue et surtout se renforce !

 

 

PdA : Quittons les champs, pour parler un peu plus directement de politique... Delphine Batho a perdu son portefeuille de Ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie début juillet : elle avait publiquement déploré des arbitrages budgétaires défavorables à son ministère et à ses missions. Il y a quelques jours, le gouvernement a timidement remis sur la table les termes de "transition énergétique", de "contribution climat-énergie" (taxe carbone)... Franchement, tout bien pesé, vous sentez-vous toujours à votre place, à votre aise au sein de la majorité ?

 

L.A. : L’écologie n’a jamais été une voie facile… Mais les idées écologistes progressent, inexorablement. Nous l’oublions souvent, préférant voir ce qui ne va pas. Mais entendre un président de la République, nourri à la croissance productiviste depuis toujours, dire que la France doit diminuer drastiquement sa consommation d’énergie, et donc entrer dans un schéma de décroissance énergétique, c’est une victoire ! Espérons que d’ici quelques années, nos leaders politiques tiennent le même discours sur le PIB et remettent en cause ce dogme de la croissance comme solution à tous nos problèmes. La croissance, on l’attend depuis 40 ans… Et, comme le disait Kenneth E. Boulding, pour croire à une croissance infinie dans un monde aux ressources finies, il faut être soit fou soit économiste…

 

Mais il est vrai que les écologistes attendent toujours plus, et plus vite, sur la reconquête de la biodiversité, sur les problèmes de santé environnementale comme le diesel, les ondes électromagnétiques, les pesticides, les perturbateurs endocriniens, sur la sortie du nucléaire, sur la réduction du temps de travail, sur les réformes sociétales, sur le développement de l’agriculture biologique. Nous œuvrons surtout pour voir émerger une autre modèle économique, un autre modèle de société qui ne soit pas fondé sur la croissance matérielle, le productivisme, la compétition et la publicité qui créent de fausses envies et de fausses valeurs.

 

Les écologistes sont à la fois idéalistes et pragmatiques, c’est pour ça qu’ils sont souvent déçus, mais nous savons que nos solutions sont les bonnes, qu’elles sont novatrices et dessinent un avenir meilleur, et c’est pour ça que nous continuerons à nous battre, même si la société et l’économie ont un rythme de changement qui nous paraît trop lent.

 

 

PdA : Quels éléments de bilan votre groupe Europe Écologie Les Verts observera-t-il au printemps 2017 pour se considérer satisfait (ou non) de l'action du gouvernement ? Quels résultats fermes, quels chantiers engagés... ?

 

L.A. : Faire le bilan de fin de législature alors que nous entamons seulement la deuxième année de mandat me paraît un peu précipité…

 

 

PdA : Vous siégez à l'Assemblée Nationale depuis juin 2012, en tant qu'élue de la Sixième circonscription du Val-de-Marne. Qu'avez-vous appris de votre expérience de Députée jusqu'ici ?

 

L.A. : Les forces de blocage, d’inaction, de stagnation sont très puissantes au Parlement et dans le monde politique. Ceux qui veulent que rien ne change, que notre modèle de société n’évolue pas, qui défendent leurs intérêts particuliers, sclérosent la politique et empêchent l’émergence d’idées nouvelles. Ces lobbies, puisque c’est eux dont il s’agit, étouffent le politique et détournent de la prise en compte de l’intérêt général. Et ces lobbies industriels et financiers sont nombreux et ont énormément de moyens pour défendre leur vision du monde, leurs intérêts sectoriels et particuliers.

 

Depuis que je suis députée, les invitations pleuvent à mon bureau ! Matin, midi, soir, il y a toujours le moyen de se faire inviter par des lobbyistes dans des grands restaurants. Ils savent se faire entendre, et en face de ces puissants lobbies, les associations et les défenseurs de l’intérêt général peinent à trouver leur place. Les pratiques de ces lobbies sont choquantes, il est plus que temps d’y mettre fin ! En tant que parlementaire, je refuse toute invitation, tout cadeau et tout déplacement qui serait payé par des industriels.

 

 

PdA : Sur quels sujets, sur quelles causes vous tenant particulièrement à cœur souhaiterez-vous faire entendre votre voix ?

 

L.A. : Des questions dont on ne parle jamais ou très peu au Parlement : protection des animaux, notamment des animaux de ferme, qui sont élevés dans des conditions horribles et qui sont réduits à de la simple marchandise, en contradiction totale avec nos valeurs humanistes et progressistes ; végétarisme et promotion des protéines végétales, puisque que nous savons qu’il sera impossible de nourrir la planète en prenant comme référence le niveau de consommation de viandes des pays occidentaux ; réforme des institutions avec la mise en place d’une dose de proportionnelle et l’instauration d’un système démocratique plus direct ; une meilleure prise en compte des problématiques de santé-environnementale, beaucoup d’autres sujets, mais je ne vais pas ici me lancer dans un programme politique qui pourrait faire des centaines de pages !

 

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment !

 

L.A. : Merci de m’avoir donnée la parole, et merci de relayer les idées écologistes pour que l’avenir soit meilleur !

 

 

 

Merci à vous, Madame, pour vos réponses. Je remercie également Christophe Castano et Yohan Wayolle, pour leur concours. Et vous, que vous inspirent les propos, les engagements de Laurence Abeille ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

Vous pouvez retrouver Laurence Abeille...

 

Sur le site de l'Assemblée Nationale ;

 

Sur son site, sur Facebook.

 

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13 juin 2013

Pierre-Yves Le Borgn' : "Aidons nos PME, revalorisons l'apprentissage"

Le week end dernier, deux législatives partielles avaient lieu en dehors du territoire national. Les Français établis en Amérique du Nord ont préféré l'ex-député altoséquanais Frédéric Levebre au Montréalais Franck Scemama pour les représenter. Dans la huitième circonscription, comprenant notamment Israël, l'Italie, la Grèce et la Turquie, c'est l'UDI Meyer Habib qui l'a emporté face à la candidate UMP Valérie Hoffenberg. Il y a un an, chacun de ces sièges était occupé par une socialiste, avant l'annulation des deux élections par le Conseil Constitutionnel - et la diminution d'autant des effectifs de la majorité présidentielle -. Il y a cinq ans, ces circonscriptions extraterritoriales n'existaient pas. Elles sont nées de la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008, voulue par Nicolas Sarkozy. Un an après son élection et l'installation de François Hollande à l'Élysée, le député socialiste de la septième circonscription (l'Europe centrale et orientale) Pierre-Yves Le Borgn' a accepté d'évoquer pour Paroles d'Actu ces Français dont il entend porter les voix, ses idées, ses engagements, ses espoirs pour le quinquennat. Je l'en remercie. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

PIERRE-YVES LE BORGN'

Député de la 7ème circonscription des Français établis hors de France

 

"Aidons nos PME, revalorisons l'apprentissage"

 

Pierre-Yves Le Borgn'

(Photos proposées à ma demande par Pierre-Yves Le Borgn')

 

 

Q : 23/04/13

R : 09/06/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Pierre-Yves le Borgn'. Vous êtes depuis juin 2012 le Député des Français de l'étranger établis dans la septième circonscription extraterritoriale. (Albanie, Allemagne, Autriche, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Hongrie, ancienne République yougoslave de Macédoine, Pologne, Roumanie, Serbie, Monténégro, Kosovo, Slovénie, République tchèque, Slovaquie) Un territoire vaste, très vaste... À quoi votre quotidien d'élu ressemble-t-il ?

 

Pierre-Yves Le Borgn' : En effet, le territoire est grand. Seize pays, un territoire de 1,6 million de km2. C’est certain que ce chiffre n’a pas grand-chose à voir avec la taille des circonscriptions de mes collègues de France métropolitaine et ultramarine, qui mesurent quelques dizaines voire centaines de km2.

 

Après quasiment un an à l’Assemblée nationale, j’arrive à gérer mon emploi du temps. Il m’a cependant fallu près d’un semestre de rodage. Le lundi, je suis chez moi où je peux travailler au calme. Les mardis, mercredis et jeudis, je suis au Palais Bourbon où j’enchaîne les rendez-vous et les réunions. J’assiste naturellement aux questions posées au gouvernement et aux différentes séances dans l’hémicycle et ce de jour comme de nuit. C’est un rythme d’enfer, passionnant et parfois éprouvant.

 

Enfin, le vendredi, je suis à Cologne, où se trouve ma permanence parlementaire, pour y rencontrer les compatriotes qui le souhaitent ou bien je me rends dans le reste de la circonscription. Lorsque je suis en dehors de l’Allemagne, ce qui est en général le cas une à deux fois par mois au moins, j’organise des déplacements de deux à trois jours afin de tenir compte des difficultés de transport, notamment vers les Balkans.

 

 

PdA : Il est difficile et toujours un peu périlleux de chercher à synthétiser sur la base de situations individuelles complexes et souvent très différentes. Pouvez-vous malgré cela nous parler de ces Français qui vous ont élu l'année dernière, nous faire part de ce qui les préoccupe, peut-être d'une manière un peu décalée par rapport au reste de la communauté nationale ?

 

P.-Y.L.B. : Il y a des  sujets communs à tous les Français de la 7ème circonscription comme les bourses scolaires, les frais de scolarité élevés dans les écoles françaises, la protection consulaire, l’action sociale et plus particulièrement la question de la liquidation des retraites ou celle de la couverture santé. Une question plus légère mais non moins importante qui revient souvent lors de mes réunions publiques concerne le visionnage de programmes télévisuels par Internet depuis l’étranger. Enfin, un sujet très délicat est celui des conflits d’autorité parentale. Beaucoup de parents divorcés, en Allemagne notamment, me contactent parce qu’ils rencontrent des difficultés à obtenir un droit de garde et de visite de leur enfant. Ces difficultés sont induites par le défaut de la coordination de droit de la famille au niveau européen et je m’emploie beaucoup depuis de nombreux mois à prévenir ces difficultés. Je n’ai pas trop communiqué sur cette action-là car le sujet est très sensible et je préfère le faire au bon moment, lorsque j’aurai au demeurant des résultats à afficher.

 

 

PdA : Juriste international de formation, vous avez notamment travaillé à Mayence, à Francfort, en tant que cadre-dirigeant au sein d'une société de fabrication de panneaux solaires. L'Allemagne, sa culture du dialogue, sa politique de l'offre... sont souvent présentés comme des modèles dont il faudrait s'inspirer pour assainir et redynamiser notre économie. Vous connaissez bien nos deux pays. Voyez-vous des domaines dans lesquels nous devrions, à votre avis, nous inspirer de nos partenaires allemands ?

 

P.-Y.L.B. : Pourquoi se limiter à l’Allemagne ? Il me semble qu’il faudrait s’inspirer des méthodes ayant fait leurs preuves dans chaque pays de la circonscription et pas seulement en Allemagne. J’admire le dynamisme de l’économie allemande et notamment la force de son tissu d’entreprises de taille intermédiaire, championnes de l’exportation. C’est le fameux « Mittelstand », qui n’a pas d’équivalent en France, malheureusement. Il faut aider nos petites et moyennes entreprises à se développer car elles sont un atout pour notre économie et de ce fait pour l’emploi.

 

Un autre point positif que nous pouvons trouver de ce côté du Rhin concerne l’apprentissage. En effet, cette méthode d’enseignement est trop peu valorisée en France. Il faut encourager les collégiens à rejoindre un Centre de Formation pour Apprentis et faire disparaître cette idée reçue consistant à faire passer les apprentis pour des personnes inintelligentes. Lors de son déplacement à Blois, le Président François Hollande a annoncé des mesures importantes pour l’apprentissage. Cette formation professionnelle est un atout pour les adolescents et pour notre pays.

 

 

PYLB 1

 

 

PdA : Plus globalement, vous revendiquez pleinement votre ouverture sur l'international, votre culture profondément européenne. Vous avez ainsi étudié au Collège d'Europe à Bruges, travaillé en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg et aux États-Unis. Qu'avez-vous appris au contact de ce monde-là, ces leçons que vous souhaiteriez, peut-être, partager avec ceux de nos compatriotes - et ils sont nombreux - qui ne voient pas forcément la mondialisation d'un très bon œil ?

 

P.-Y.L.B. : Nous célébrons cette année le cinquantième anniversaire du Traité de l’Elysée, dont l’une des heureuses conséquences a été de donner naissance à l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ), qui a permis à des milliers de jeunes de découvrir une autre culture en traversant le Rhin. Quitter son pays pour s’établir ailleurs n’est pas une décision facile à prendre. J’ai fait ce choix. Cela n’a pas toujours été facile. J’en ai parfois bavé, mais j’ai travaillé d’arrache-pied, apprenant de toutes les cultures dans lesquelles je m’immergeais, et j’ai réussi professionnellement. Vivre dans différents pays m’a permis de découvrir d’autres méthodes de travail. Mon expérience professionnelle est un melting pot de ces cultures d’entreprises dans les quatre pays que j’ai connus.

 

Ma conclusion est donc qu’il ne faut pas craindre l’ouverture au monde et aux autres mais bien au contraire utiliser ce qu’elle peut apporter de positif pour une carrière et un parcours de vie.

 

 

PdA : Sans transition, une question d'"actualité immédiate", ce sera la seule de cet entretien. À l'heure où je vous la propose, l'Assemblée nationale vient d'adopter le Mariage pour tous. Vous l'avez fait, avec vos collègues députés. Dans quel état d'esprit vous trouvez-vous suite à ce vote ?

 

P.-Y.L.B. : Je suis heureux et fier. Cela est un véritable honneur pour moi d’avoir participé à ce changement sociétal important. Avec cette loi, le mariage est devenu ouvert à tous. Il n’était pas normal que dans notre pays, nous ne reconnaissions pas l’égalité des couples devant la loi.

 

 

PdA : Quelles sont les thématiques, les causes sur lesquelles vous souhaiterez vous engager tout particulièrement à titre personnel durant ce quinquennat ?

 

P.-Y.L.B. : J’ai déjà évoqué les problèmes de garde d’enfants, qui sont l’une de mes priorités. Je souhaiterais œuvrer pour rapprocher nos politiques et législations nationales en droit de la famille. Si nous sommes arrivés à élaborer un droit matériel commun du mariage entre la France et l’Allemagne, nous pourrons le faire sur le divorce et les successions. C’est une nécessité. L’accès à l’enseignement français à l’étranger est également une thématique importante car beaucoup de familles souffrent de frais de scolarité trop élevés. Pour les familles demeurant trop loin d’un établissement français, une solution serait de développer les filières bilingues.

 

L’accès à la langue et à la culture française par nos compatriotes est aussi une priorité car c’est souvent ce qui permet à nos concitoyens de garder un lien avec notre pays. J’ai d’ailleurs utilisé une grande partie de ma réserve parlementaire pour permettre à différentes bibliothèques de ma circonscription d’acquérir de nouveaux livres, de faire des travaux pour rendre l’accueil des usagers agréable ou permettre un meilleur accès aux livres.

 

 

PYLB 2

 

 

PdA : Près d'un an a passé depuis les élections présidentielle et législatives... L'enthousiasme populaire n'est plus tout à fait de mise... Quant la confiance, celle accordée à l'exécutif, elle est en berne. La crise, d'accord, mais elle n'est jamais qu'un élément de ce désamour, plus profond et qui touche à la politique menée, aux priorités affichées, aux personnalités elles-mêmes. L'inquiétude, voire la défiance sont exprimées par nombre de nos compatriotes, dont pas mal d'électeurs du président. Où en êtes-vous par rapport à tout cela ? Confiant, vous l'êtes toujours ?

 

P.-Y.L.B. : Bien sûr que je suis toujours confiant. Un célèbre adage dit : Paris ne s’est pas fait en un jour. Il me semble donc qu’il faut laisser du temps au temps. Je comprends bien évidemment les Français vivant dans une situation délicate qui souhaiteraient que leur vie s’améliore rapidement. La majorité a besoin de temps pour améliorer la situation de la France. Nous avons hérité d’une situation économique et sociale très dégradée par la crise certes, mais aussi par les choix de la droite au pouvoir durant 10 années. François Hollande l’a très bien dit lui-même : « Je demande à être jugé au terme des cinq ans ».

 

 

PdA : Cette question de la confiance me pousse à en aborder une autre, fondamentale pour le bon fonctionnement de notre société. Votre parcours, celui de votre famille est exemplaire. Celui de la méritocratie républicaine, de "l'émancipation et l'élévation sociale grâce à l'école laïque et aux bourses scolaires". Aujourd'hui, l'ascension de l'échelle sociale, la génération suivante vivant forcément mieux que la précédente, beaucoup de gens n'y croient tout simplement plus. La morosité des perspectives économiques, la remise en cause d'acquis sociaux - y compris par la gauche - et le poids écrasant de la dette ne sont évidemment pas étrangers à ce ressenti ô combien préoccupant... Qu'avez-vous envie de répondre à ces personnes ?

 

P.-Y.L.B. : Je répondrais qu’il ne faut jamais baisser les bras. Grâce à l’École de la République, l’ascension sociale est possible. J’en suis le parfait exemple. Je suis le petit-fils d’un cheminot, d’une garde-barrière, d’un boulanger et d’une coiffeuse. Grâce aux bourses, mon père et mère ont pu suivre des études et devenir instituteurs. Ils ont su, confiants en l’école et nous inculquant le goût du travail, nous aider, ma sœur et moi, à faire des études longues.

 

Nous vivons une époque difficile et je comprends les doutes de nos compatriotes, mais ne plus essayer de se battre contre l’injustice sociale serait le pire exemple à donner à nos enfants. C’est dans la solidarité nationale, avec le sens des devoirs et des droits qui fondent la République, que l’on construit l’avenir.

 

 

PdA : Revenons à des horizons plus immédiats, même si l'avenir se jouera en grande partie au cours de ce quinquennat... Sur la base de quels résultats tangibles, de quels chantiers sérieusement entrepris pourrez-vous sincèrement déclarer, au printemps 2017, "Oui, Hollande, a été utile à la France et aux Français" ?

 

P.-Y.L.B. : Comme vous l’écrivez, tout va se jouer au cours du quinquennat. Je vous donne donc rendez-vous en 2017 pour répondre à cette question. Et je vous redis ma confiance en l’action menée par le Président de la République.

 

 

PYLB 3

 

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ?

 

P.-Y.L.B. : N’hésitez par à aller sur mon site, j‘y poste très régulièrement des articles.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, Pierre-Yves Le Borgn' ?

 

P.-Y.L.B. : Que j’arrive à réaliser tout ce que j’ai entrepris pour nos compatriotes. C’est là qu’est ma motivation, ma volonté de servir.

 

 

 

Merci encore, Pierre-Yves Le Borgn', pour vos réponses, pour votre enthousiasme. Merci également à Cyril Mallet, collaborateur du Député, pour sa patience, pour nos échanges. Si vous êtes vous aussi un(e) Français(e) établi(e) à l'étranger, n'hésitez pas à nous faire part de votre expérience, en commentaire. Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Vous pouvez retrouver Pierre-Yves Le Borgn'...

 

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Sur son propre site ;

 

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17 décembre 2012

Barbara Pompili : "La politique de l’autruche ne sera jamais une solution"

En cette fin d'année, le coeur n'est sans doute pas exactement à la fête pour le président de la République et son gouvernement. Plusieurs engagements ont d'ores et déjà été tenus, d'autres sont en passe de l'être, mais la situation dont ils ont héritée est sérieuse, très sérieuse. Le nombre de chômeurs ne cesse d'augmenter, conséquence de la morosité d'une économie qui peine décidément à se reprendre. La gestion de l'ultrasymbolique dossier Florange n'a pas convaincu grand monde, éloignant un peu plus encore la gauche de la gauche du socialisme version Hollande. Un sondage LH2 - Le Nouvel Observateur publié ce jour confirme l'actuelle érosion de la confiance placée dans les vainqueurs de mai-juin 2012. Au parlement, les alliés d'hier ne font pas les godillots d'aujourd'hui. Le Front de gauche, rejetant l'orientation "sociale-libérale" de l'équipe en place, semble parfois s'en tenir à la non-agression. Avec ses deux ministres (dont Cécile Duflot), Europe Écologie Les Verts se revendique lui clairement de la majorité présidentielle, mais le collectif écologiste entend bien défendre les idées qui lui sont chères (la sortie à terme du nucléaire, la transition énergétique...), conserver sa liberté de pensée (sur l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, notamment...). Les socialistes ont la majorité absolue à l'Assemblée, ce n'est pas le cas au Sénat. La chambre basse a certes le dernier mot dans le cadre de la "navette parlementaire", mais cela n'enlève rien à la nécessité pour le gouvernement de s'appuyer sur une majorité dans les deux chambres pour conduire le fameux "changement". Pas toujours facile... Rencontre avec Madame Barbara Pompili, jeune députée de la 2ème circonscription de la Somme (Amiens) et co-présidente (une première !) du groupe écologiste à l'Assemblée nationale. Je tiens à la remercier pour le temps qu'elle a accepté de me consacrer. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

BARBARA POMPILI

Députée de la Deuxième circonscription de la Somme

Co-présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale

 

"La politique de l’autruche

 

ne sera jamais une solution"

 

Barbara Pompili

(Photo fournie par Barbara Pompili)

 

 

Q : 20/11/12

R : 17/12/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Barbara Pompili. Vous comptez depuis le mois de juin dernier parmi les Députés de la République. Qu'est-ce qui vous a poussée à vous engager en politique au départ ? Quels ont été vos premiers combats ?

 

Barbara Pompili : J’ai passé une grande partie de ma jeunesse dans le bassin minier du nord de la France où j’ai vu les ravages économiques et sociaux liés à l’absence d’anticipation des pouvoirs publics. Comme les politiques ont voulu se voiler les yeux, des milliers de personnes se sont retrouvées sans emploi et sans alternative dans leur région alors que tout aurait pu être différent si les fermetures de mines avaient été anticipées.

 

Face à la raréfaction des ressources ou aux effets des énergies fossiles sur notre planète – comme le réchauffement climatique – il faut être responsable. La politique de l’autruche ne sera jamais une solution, au contraire !

 

J’ai souhaité m’engager en politique justement parce que d’autres solutions existent et qu’il faut avoir le courage politique de les porter.

 

Mes premiers combats ont concerné des enjeux de santé environnementale, comme le mercure dentaire, mais aussi les questions énergétiques avec la nécessité de prendre en compte la raréfaction des ressources fossiles et la mise ne place d’une nouvelle politique énergétique basée sur la sobriété, l’efficacité énergétique et les renouvelables. Et aussi l’éducation avec la lutte contre les fermetures de classes à Amiens par exemple et la volonté de mettre en place une véritable réforme pour remettre l’enfant au cœur du projet éducatif.

 

 

PdA : Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez appris votre élection dans la deuxième circonscription de la Somme ?

 

B.P. : Une joie profonde et sincère mais aussi la responsabilité face au grand défi d’être à la hauteur des espoirs de mes électeurs !

 

 

PdA : Comment définiriez-vous, en tant que femme de gauche, vos espoirs pour ce quinquennat ? Quel devra être l'état de la France dans cinq ans pour parler d'un succès de la présidence Hollande ?

 

B.P. : Après 10 ans de droite, le bilan est sombre. Les inégalités sociales ont progressé, 600 milliards de dette supplémentaires ont été accumulées sous le précédent quinquennat, le chômage n’a eu de cesse d’augmenter, les cadeaux fiscaux aux plus riches se sont multipliés...

 

Comme la majorité des Françaises et des Français, j’aspire à plus de justice sociale et fiscale et je souhaite que la transition écologique de notre économie soit enfin lancée. Bien sûr, l’emploi est aussi une préoccupation majeure.

 

Le succès de la présidence actuelle pourra être évalué à l’aune de ces enjeux et de la réalisation du programme sur lequel le candidat s’est engagé.

 

 

PdA : Les députés Europe Écologie Les Verts soutiennent l'action du gouvernement, aux côtés des socialistes. Récemment, des questions se sont posées quant à votre influence au sein de la majorité. Sur la base de quels résultats, de quels chantiers engagés vous estimerez-vous satisfaits, à l'horizon 2017 ?

 

B.P. : Nous avons passé avec le Parti socialiste un accord de gouvernement prévoyant un certain nombre d’avancées essentielles pour les écologistes. Nous faisons partie de la majorité sur cette base.

 

Le bilan qui sera à faire de ce quinquennat devra comprendre la réalisation de cet accord. Je pense notamment à la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, à la priorité à donner aux économies d’énergies et au développement des énergies renouvelables, à la construction de logements et à leur isolation thermique, aux nombreux emplois à créer dans l’économie verte, à la priorité à donner à l’éducation et à la formation, à plus de solidarité dans notre politique internationale et européenne – avec bien sûr une relance de la dynamique européenne - ou encore à l’amélioration de l’accès de la santé.

 

Être dans la majorité, c’est assumer des responsabilités et c’est agir concrètement pour changer le quotidien de nos concitoyens. D’ores et déjà, je suis fière des politiques menées par les deux ministres écologistes et, à l’Assemblée nationale comme au Sénat, nos groupes parlementaires contribuent pas à pas à mettre plus d’écologie dans les lois en discussion.

 

C’est en participant à la majorité que nous parvenons à faire avancer l’écologie dans la société.

 

 

PdA : Quels sont, à titre personnel, les sujets sur lesquels vous souhaiterez tout particulièrement faire entendre votre voix ?

 

B.P. : À l’Assemblée, je suis membre de la commission éducation et affaires culturelles, de la délégation aux droits des femmes et je co-préside un groupe d’étude sur le handicap. Alors, l’éducation, l’égalité femmes-hommes et l’intégration des personnes handicapées sont et seront au centre de mes interventions.

 

Mais je souhaite aussi faire entendre ma voix sur la transition énergétique ou encore l’économie verte pour ne citer que quelques domaines prioritaires.

 

Et, à titre personnel, je me suis engagée sur 40 points très précis dans ma circonscription.

 

 

PdA : Vous avez été à plusieurs reprises victime de commentaires déplacés, à connotation franchement sexiste. A-t-il été difficile pour vous de vous faire accepter en tant que candidate, puis en tant que députée ? Les regards pas totalement respectueux, à l'Assemblée comme dans votre circonscription, c'est quelque chose que vous vivez au quotidien ?

 

B.P. : L’égalité femmes-hommes est loin d’être une réalité en France et le monde politique n’y échappe pas. Les commentaires sexistes auxquels vous faîtes référence en témoignent. Mais, cela ne fait que renforcer ma volonté d’engagement pour le changement ! D’ailleurs, je suis la première femme en France à coprésider un groupe parlementaire, signe que quand on veut vraiment faire bouger les choses, on le peut !

 

 

PdA : L'Assemblée nationale est-elle aujourd'hui représentative de la société française dans son ensemble ? Dans quelle mesure seriez-vous favorable à l'instauration de la proportionnelle en son sein ?

 

B.P. : De grands progrès restent à faire pour que l’Assemblée ressemble plus à notre société. Je pense notamment à la représentation des femmes, mais aussi à celle des personnes issues de l’immigration et aux personnes porteuses de handicap.

 

Concernant la proportionnelle, la France est, avec la Grande Bretagne, le seul pays des 27 membres de l’Union européenne qui ne dispose pas de scrutin proportionnel pour élire sa chambre basse. Les écologistes demandent de longue date l’introduction de la proportionnelle. La commission Jospin propose aujourd’hui que 10% des députés soient élus à la proportionnelle, soit 58 sièges. C’est un premier pas encourageant, mais insuffisant. Il faut aller encore plus loin pour que l’institution reflète vraiment les préférences politiques et aspirations de nos concitoyens.

 

 

PdA : Qu'aimeriez-vous que les électeurs de votre circonscription et, au-delà, la nation toute entière, retiennent de vous à la fin de votre mandat ?

 

B.P. : Mon intégrité et la fidélité à mes engagements.

 

 

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

B.P. : Dans la période de crise que nous connaissons aujourd’hui, je sais combien les difficultés sont importantes pour nombre d’entre nous. Alors je souhaite m’adresser aux plus démunis, à celles et ceux pour qui se loger, ne pas avoir froid ou manger convenablement peut relever du défi. Je veux leur dire mon engagement à améliorer leur quotidien et à combattre les inégalités sociales et l’injustice.

 

Et je souhaite aussi porter un message plus général à l’attention de tous vos lecteurs. Car si aujourd’hui les temps sont difficiles et que, à différents niveaux, chacun d’entre nous est appelé à faire des efforts, n’oublions pas pourquoi nous le faisons : pour plus de solidarité et de justice et dans le but de construire une société apaisée et sereine.

 

C’est à cela que nous travaillons à l’Assemblée nationale et c’est le sens de mon engagement politique.

 

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment !

 

B.P. : Je vous remercie de m’avoir donné la parole. N’hésitez pas à retrouver mes activités de parlementaire sur mon blog.

 

 

 

Merci encore, Madame Pompili, pour vos réponses ! À toutes et à tous, je souhaite de belles et heureuses fêtes de fin d'année. Phil Defer

 

 

 

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@ lire : l'interview de Philippe Meirieu (EELV) pour PdA

 

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12 octobre 2012

Jean-Louis Touraine : "Contribuer à restaurer de l'optimisme"

La gauche au pouvoir depuis cinq mois n'a pas fini de le déplorer : la crise économique et financière est toujours d'actualité. L'an dernier, j'interrogeais Madame Najat Vallaud-Belkacem, future Ministre des Droits des Femmes et porte-parole du gouvernement. L'adjointe au Maire de Lyon m'affirmait que non, malgré les difficultés, la gauche n'abandonnerait pas le socio-économique au profit du sociétal. Depuis la victoire, plusieurs lois ont été votées. Pourtant, si l'on en croit les études d'opinion, la confiance est loin d'être rétablie... Entretien avec l'un de ses ex-collègues, Monsieur Jean-Louis Touraine, député socialiste du Rhône et premier adjoint auprès de Gérard Collomb, Maire de Lyon. Ce professeur illustre, spécialiste de l'immunologie, des techniques de greffe et du SIDA souhaite "contribuer à restaurer de l'optimisme et de la joie de vivre". Il évoque pour nous son engagement au service de la médecine, les priorités sanitaires du quinquennat, les ambitions de la présidence Hollande... et la capitale des Gaules, ville qu'il aime tant. Je lui adresse mes remerciements chaleureux et respectueux. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JEAN-LOUIS TOURAINE

Député de la 3è circonscription du Rhône (depuis 2007)

Premier adjoint au Maire de Lyon (depuis 2001)

Professeur de Médecine

 

"Contribuer à restaurer de l'optimisme"

 

Jean-Louis Touraine itw

(Source de la photo : http://www.jeanlouistouraine.net)

 

 

Q : 28/08/12

R : 11/10/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Avant d'être un homme politique, vous vous êtes illustré dans le domaine de la santé. Professeur de médecine, vous vous êtes spécialisé, au cours de votre carrière, dans l'immunologie, les techniques de greffe, et la lutte contre le SIDA, notamment...

 

Qu'est-ce qui vous a poussé à embrasser une carrière dans la médecine ? Qu'est-ce qui est le plus gratifiant lorsque l'on choisit cette voie ? De quoi êtes-vous le plus fier, s'agissant de ce parcours ?

 

Jean-Louis Touraine : Mon choix a probablement été guidé par le désir d'être utile, de me prouver que je pouvais apporter concrètement du bien aux autres. Je n’ai jamais regretté ce choix. Être médecin et chercher m’a beaucoup apporté. Il est très gratifiant de développer de nouveaux traitements qui guérissent les maladies antérieurement incurables, notamment chez l’enfant. Il est émouvant de les revoir 30 ans plus tard en pleine santé et parents à leur tour. L’une de mes fiertés a été le mettre au point et de réaliser les premières greffes de cellules souches fœtales au monde, puis les premières greffes in utero sur des fœtus demain.

 

 

PdA : Vous avez été réélu député pour un deuxième mandat en juin dernier. À ce titre, et de par votre expertise, vous jouerez un rôle éminent dans la détermination de la politique sanitaire de notre pays. Quelles devront être les priorités en la matière ?

 

J.-L.T. : Redonner à l'hôpital public les moyens matériels et humains pour remplir sa mission de soins de qualité pour tous, de recherche et d'innovation, d’enseignement. Simultanément redynamiser, sous plusieurs formules, la médecine de premier recours, partout sur le territoire français. Organiser le parcours de soins. Promouvoir le progrès, la prévention. Pour effectuer tout cela, on exerce un contrôle médicalisé de l’évolution des coûts de la santé.

 

 

PdA : La gauche a gagné les élections du printemps dernier, mais elle hérite d'une situation budgétaire particulièrement dégradée, couplée à une croissance quasi-inexistante. Le chômage ne cesse de progresser... Dans ces circonstances, quelles devront être les ambitions de cette majorité dont vous êtes désormais ? Qu'est-ce qui, en 2017, devra avoir été accompli ou au moins entrepris, quels résultats seront attendus pour que l'on puisse parler d'un succès de la présidence Hollande ?

 

J.-L.T. : Être député de la majorité offre beaucoup plus d'opportunités, de potentialités, de capacités de réalisation mais aussi de responsabilités qu’être député d'opposition. Dans la difficile conjoncture présente, la clé du succès réside d'abord dans le retour de l’emploi. Celui-ci nécessitera plusieurs années. Il conditionne en partie la redynamisation économique, la réindustrialisation, la consommation, l’équilibre des comptes sociaux, le pouvoir d’achat et le moral des Français.

 

 

PdA : Élu à Lyon depuis 1989, vous êtes depuis 2001 le premier adjoint au maire de la capitale des Gaules, en charge des déplacements, de la tranquillité publique et de la décentralisation. C'est sur ce dernier point que je souhaiterais vous interroger. Diriez-vous, en tant qu'élu local, que la philosophie qui anime le gouvernement concernant les collectivités territoriales va dans le bon sens ? Qu'est-ce qui, de votre point de vue, devrait être fait dans l'idéal pour une optimisation de la décentralisation à la française ? (Je pense aux compétences, aux ressources, à la représentation nationale...)

 

J.-L.T. : Oui, j'adhère à la philosophie de décentralisation, de simplification et clarification de la répartition des compétences telles qu’elles ont été exprimées par le gouvernement.

 

 

PdA : Quel bilan tirez-vous jusqu'ici de votre gestion, aux côtés de Gérard Collomb, de Lyon et du Grand Lyon ?

 

J.-L.T. : Il est difficile d'être juge et partie. C'est pourquoi je demande plutôt aux Lyonnais d'exprimer leur opinion sur l'évolution de Lyon et de son agglomération. Le plus souvent j'entends des points de vue très positifs sur l'évolution de notre métropole. Quant aux visiteurs, ils signalent régulièrement la beauté de notre ville et la qualité de la vie à Lyon. Beaucoup se disent impressionnés des progrès et changements notés depuis quelques années.

 

 

PdA : Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les inciter à venir découvrir notre belle ville de Lyon (la deuxième ville de France... s'il est marseillais, il dira sans doute troisième...) ? Qu'est-ce que vous aimez à Lyon ? Quels sont les coins dans lesquels vous aimez déambuler, les bons plans que vous voudriez partager avec nous (restaurants, etc...) ?

 

J.-L.T. : Venir à Lyon pour travailler ou pour des loisirs, c'est saisir une opportunité de vivre dans une ville à taille humaine, ou la nature a repris toute sa place, où la sécurité est bonne et les déplacements aisés. Surtout, c'est profiter d'un art de vivre exemplaire où ont toute leur place la gastronomie, la culture, le sport, la santé. Et, de plus, les Lyonnais sont très amicaux et plus du tout « frileux », depuis longtemps maintenant.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, Monsieur Touraine ?

 

J.-L.T. : Aboutir à faire passer les lois qui me paraissent nécessaires à l'amélioration des soins et de la santé des Français. Contribuer à restaurer de l'optimisme et de la joie de vivre. Puis me dire que je suis un « honnête homme » effectuant un « honnête travail » pour mes concitoyens.

 

 

PdA : La dernière question. En fait, une carte blanche, pour vous permettre de conclure l'interview. Vous pouvez approfondir un sujet déjà abordé, en évoquer un autre, lancer un appel... Vous êtes libre ! Merci infiniment !

 

J.-L.T. : Dans l'épreuve que traversent la France et les Français, puissions-nous être tous solidaires ! En 1944-45, alors que nos parents tentaient de surmonter les difficultés d'une période encore plus délicate, le Conseil National de la Résistance a inventé le merveilleux système de solidarité nationale qu’est la Sécurité sociale. Le même esprit humaniste doit nous inspirer aujourd’hui.

 

 

 

Merci encore, Monsieur le député Touraine, pour vos réponses. Pour votre engagement... Phil Defer

 

 

 

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Le site de Jean-Louis Touraine

 

Jean-Louis Touraine sur le site de l'Assemblée Nationale

 

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25 septembre 2012

Jean Besson : "La Chine est consciente de son nouveau statut"

« Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera. » Cette prédiction de Napoléon est vieille de deux siècles, mais elle semble bien coller, dans l'esprit, à la réalité d'aujourd'hui. Le monde ne « tremble » certes pas. Mais les inquiétudes sont palpables dans nombre des pays que l'on qualifiait jadis de « développés ». L'économie chinoise n'a cessé de croître, à vive allure, depuis les réformes libérales voulues par Deng Xiaoping, il y a un tiers de siècle. Soyons précis : pris individuellement, le Chinois moyen est plutôt "pauvre", quel que soit le calcul retenu, il se situe à peu près à la centième place du classement "PIB/habitant". Mais prise collectivement, la Chine, 1,3 milliard d'âmes, 1/6 de l'humanité, est un géant qui a récemment privé le Japon de sa médaille d'argent : elle est devenue la deuxième économie mondiale.

 

Atelier de la planète, elle inquiète les entreprises qui craignent de ne pas être assez compétitives et les salariés qui, eux, redoutent les délocalisations. Bénéficiaire de balances de paiements largement excédentaires, créancier majeur de l'Occident, Pékin jouit désormais, et sans doute pour longtemps, d'une certaine position de force. Elle inquiète aussi parce que son régime est ce qu'il est, parce que son "agenda" diffère souvent, du moins en apparence, de celui de Bruxelles ou de Washington... L'Empire du Milieu est-il réellement solide ? Quelles responsabilités s'apprête-t-il à assumer sur la scène internationale ?

 

Voici en tout cas l'un des (nombreux) sujets que Monsieur Jean Besson, président du groupe interparlementaire France-Chine depuis 1998, a accepté d'aborder, en exclusivité pour Paroles d'Actu. Sénateur de la Drôme depuis 1989, il siège à la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées. Il a également été vice-président du Conseil régional de Rhône-Alpes, en charge des affaires européennes et des relations internationales (2004-10). Administrateur de l'agence de développement économique Entreprise Rhône-Alpes International, il est aussi, depuis 2011 le président de Rhône-Alpes Tourisme.

 

Je tiens à le remercier, très chaleureusement, pour l'honneur qu'il a bien voulu me faire en répondant à mes questions. Un grand entretien au cours duquel sont abordées plusieurs thématiques : l'élection de François Hollande et les objectifs de la majorité nouvelle, la décentralisation, le Sénat, la France et ses entreprises dans la mondialisation, la diplomatie et la défense nationales, la Syrie et le Proche Orient, l'Empire du Milieu bien sûr... et un autre très joli coin de la planète, le beau département de la Drôme. Merci infiniment, Monsieur le Sénateur Besson ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JEAN BESSON

Sénateur de la Drôme ; membre de la Commission des Affaires étrangères,

de la Défense et des Forces armées, président du groupe interparlementaire France-Chine.

Ancien vice-président de la région Rhône-Alpes, aux Affaires européennes et aux relations internationales.

 

« La Chine est consciente

de son nouveau statut »

 

Jean Besson

(Photo fournie par M. Jean Besson)

 

Q : 06/08/12

R : 25/09/12

 

Paroles d'Actu : Vous êtes membre du Parti socialiste depuis plus de quarante ans. Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez su que François Hollande allait effectivement devenir notre nouveau président de la République ? Que ressentez-vous aujourd'hui, à l'idée d'être, avec vos collègues sénateurs et députés, en première ligne pour la concrétisation du « changement » ?

 

Jean Besson : J’ai ressenti une joie mêlée de soulagement. La blessure du 21 avril était effacée. Je n’ai pu, aussi, m’empêcher de penser au 10 mai 1981. J’étais déjà militant socialiste. Cette victoire avait alors marqué un tournant historique dans la vie politique, un tournant dont j’avais pleinement conscience.

 

La victoire de 2012 a eu lieu dans un autre contexte. Nous avons derrière nous une expérience du pouvoir ; nous avons gagné au cours des années 80 et 90 nos galons de parti de gouvernement. François Hollande s’inscrit dans cette évolution du Parti socialiste que je qualifierai de « réaliste ». Il faut dire que la conjoncture se prête moins à l’utopie qu’à la nécessité de surmonter une crise sévère et de réinsuffler de la justice sociale. En tant que parlementaire, j’ai un devoir de responsabilité que je partage avec l’ensemble de mes collègues de la majorité. Des engagements ont été pris par le nouveau président de la République, et le parlement sera un acteur actif du changement nécessaire.

 

PdA : Le « changement », justement. Beau slogan. Mais qu'y a-t-il derrière ?

 

J.B. : Le changement, ce n’est pas la « rupture » ni la révolution, cela passe par des mesures concrètes, graduelles, qui modifient la vie des gens au quotidien.

 

PdA : Sur la base de quels résultats considérerez-vous, au printemps 2017, que la présidence Hollande aura été un succès ?

 

J.B. : L’emploi, et en premier lieu l’emploi des jeunes, qui atteint près de 25% des moins de 25 ans, se situe au cœur du programme de François Hollande. Ce sera sans nul doute un des marqueurs de son quinquennat et le critère d’évaluation de sa réussite en 2017. En tout état de cause, un pays qui se coupe de sa jeunesse est un pays sans avenir. Redonner espoir aux jeunes générations qui sont, depuis trop longtemps, sacrifiées sur l’autel de la crise économique est un investissement à long terme, le seul qui puisse redresser durablement un pays en perte de confiance et de repères. Mais il faut un minimum de temps pour obtenir des résultats, en particulier dans ce domaine.

 

PdA : Comment définiriez-vous "votre" socialisme ?

 

J.B. : Je me qualifierai volontiers de social-démocrate et, contrairement à l’air du temps, je crois que cette famille politique a un bel avenir devant elle, à condition qu’elle fasse son « aggiornamiento ». Aujourd’hui, la foi dans « l’efficacité absolue des marchés » et dans leurs « capacités autorégulatrices » a vécu. La crise remet au goût du jour des idées fortes de la gauche telle que je la conçois, comme la régulation et la décentralisation.

 

La social démocratie, historiquement, est une démarche et un projet visant à garantir un compromis plus équilibré entre le travail et le capital, ce par le jeu de la concertation. Le rapport de force entre les deux s'est rompu d’une manière spectaculaire depuis dix ans, à lavantage dun capital mondialisé, qui s’est affranchi du pouvoir politique. C'est réellement à ce défi que le courant réformiste est confronté. Mais celui-ci ne pourra être relevé que dans une Europe plus intégrée, plus régulatrice mais aussi plus démocratique.

 

Le courant réformiste dans lequel je m’inscris a par ailleurs intégré un principe de réalité économique que je résumerais ainsi : il n’y a pas de croissance, donc de redistribution, sans création de richesses, et pas de création de richesses sans compétitivité.

 

PdA : Vice-président de la Région Rhône-Alpes entre 2004 et 2010, vous avez eu la charge des affaires européennes et des relations internationales. Quel bilan tirez-vous de cette expérience ? De quoi êtes-vous le plus fier s'agissant de cette charge ?

 

J.B. : J’ai été très heureux d’exercer ce mandat. La coopération décentralisée a un bel avenir devant elle, même si nos régions ne disposent pas encore de moyens suffisants comparativement, par exemple, à ses voisines allemandes.

 

Je suis fier, néanmoins, d’avoir fortifié, avec l’appui du président Jean-Jack Queyranne, les « Quatres moteurs pour l’Europe », regroupant le Bade-Wurtemberg, la Catalogne, la Lombardie et Rhône-Alpes, dans le but de créer une véritable force économique et d’innovation.

 

Cette réussite a inspiré d’autres territoires, avec la création en 2009 des «Quatre moteurs pour le Mercosul », réunissant l’État du Parana au Brésil, le département du Haut Parana au Paraguay, la province de Cordoba en Argentine et le département de Rivera en Uruguay.

 

PdA : Quel regard portez-vous sur l'action de l'agence Entreprise Rhône-Alpes International, dont vous êtes administrateur ?

 

J.B. : L’ouverture d’antennes ERAI (Entreprise Rhône-Alpes International, le bras armé économique de la région), notamment à Shanghai, dans l’État du Parana au Brésil, à Bruxelles, a conforté la dimension internationale de Rhône-Alpes.

 

Les États-Unis sont les premiers investisseurs étrangers en Rhône-Alpes, générant près de 40 000 emplois sur notre territoire. Fort de ce constat, ERAI s’est aussi implanté à Philadelphie, pour faciliter l'installation sur place des entreprises rhônalpines et, en 2010, la Pennsylvanie a ouvert un bureau de représentation permanent à Lyon.

 

PdA : Dans la plupart des autres grands pays européens, le niveau régional décentralisé est doté de pouvoirs, de compétences, d'une reconnaissance bien supérieurs à ceux dont bénéficient les régions françaises. Certes, notre pays, historiquement très unitariste, demeure à mille lieues du fédéralisme... Pour autant, un renforcement de nos régions vous semble-t-il souhaitable ? Quelles évolutions appelez-vous de vos vœux concernant cette collectivité que vous connaissez si bien ?

 

J.B. : Notre système jacobin est à bout de souffle, chacun peut en faire le constat. Les collectivités territoriales sont ainsi appelées à prendre de nouvelles responsabilités. Les États généraux de la démocratie territoriale, qui se sont déroulés au Sénat, le 4 octobre dernier, s’inscrivent dans ce processus nécessaire d’approfondissement de la décentralisation.

 

Le « fait régional », c'est-à-dire, la montée en puissance des régions, est une évolution inéluctable. Ce mouvement de fond exige, par exemple, que celles-ci puissent gérer elles-mêmes les fonds structurels européens. Je suis par ailleurs favorable à une meilleure articulation entre les domaines d’intervention des régions et des départements. Les régions doivent s’affirmer comme chefs de file du développement économique et de l’aménagement du territoire. Elles ont aussi vocation à prendre en main l'appui au développement international des PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI). La ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, a reçu il y a quelques jours les présidents de régions pour évoquer les premières pistes d'une nouvelle stratégie à l'exportation permettant à quelque 10 000 PME et ETI de contribuer à la résorption en cinq ans des 26 milliards d'euros de déficit du commerce extérieur, ce en lien avec les pôles de compétitivité, les CCI, Ubifrance et la future Banque publique d'investissement. Dans la région Rhône-Alpes, nous disposons d’un outil supplémentaire qui a déjà fait ses preuves. ERAI, je l’ai déjà évoqué, propose des services sur-mesure pour accompagner les entreprises rhônalpines dans leur développement international grâce à ses 27 implantations dans le monde. Notre région a, de ce point de vue, pris une certaine avance qu’il convient de renforcer... 

 

PdA : Une question liée à la précédente... C'est au sénateur que je m'adresse plus particulièrement, cette fois. En général, les chambres hautes des parlements nationaux représentent les territoires, très souvent les collectivités régionales, qui sont d'ailleurs le niveau de référence pour l'Europe communautaire (fonds structurels...). En France, 95% des grands électeurs proviennent des communes. Seriez-vous favorable, à un rééquilibrage de la composition du Sénat au profit des régions ?

 

J.B. : On peut toujours discuter du mode d’élection des sénateurs et de la sur-représentation - bien réelle - des communes rurales que celui-ci induit. Je ne suis pas, a priori, contre le fait d’apporter de vrais correctifs à la représentativité territoriale et sociologique des sénateurs. C’est un chantier, un vieux serpent de mer, à dire vrai, qui reviendra immanquablement dans l’agenda politique. Ceci dit, le Sénat doit rester la maison des collectivités et plus particulièrement de la ruralité. C’est son ADN, sa raison d’être…

 

PdA : Vous êtes membre depuis 2008 de la prestigieuse Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées. Pourriez-vous nous présenter en quelques mots votre travail au sein de cette commission ? Qu'avez-vous appris en son sein ?

 

J.B. : La Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées est l’une des sept commissions permanentes du Sénat. À la différence de l’Assemblée Nationale, où il existe deux commissions distinctes, le Sénat a fait le choix d’une Commission unique afin d’avoir une vision globale des enjeux de politique étrangère et de défense.

 

Pour ma part, je suis chargé plus précisément de la diplomatie culturelle et d’influence. J’interviens, dans le cadre de la loi de finances, sur cette thématique qui m’est chère. À ce titre, j’ai mené une mission d’information à Belgrade portant sur l’expérimentation en cours du rattachement du réseau culturel de la France à l’étranger au nouvel opérateur de l’action culturelle extérieure, l’Institut Français.

 

Par ailleurs, j’ai participé, avec l’ensemble de mes collègues, aux travaux sur le Livre blanc de la Défense. En substance, la Commission estime nécessaire de préserver un effort somme toute modeste de 1,5 % du PIB pendant la période de crise et de faire un effort supplémentaire, une fois la crise passée. La sécurité, l’indépendance et la place de la France dans le concert des nations sont à ce prix. En deçà de ce seuil, ce sont les ambitions de notre pays dans le monde qu’il conviendrait de réexaminer.

 

PdA : Que vous inspire cette tragédie qui meurtrit la Syrie actuellement ? Quelles sont les actions de la Commission en la matière ? Que doit faire la France ?

 

J.B. : La Commission soutient et accompagne la politique de la France en Syrie telle que mise en application par Laurent Fabius.  La position de la France est claire : nous considérons que Bachar al-Assad est le bourreau de son peuple, qu’il doit partir, et que le plus tôt sera le mieux. La France est très présente au niveau international pour inciter les Syriens à trouver une transition politique.

 

Mais si la tentation d’intervenir militairement est forte et se justifierait au regard de l’horreur de ce régime, je reste pour ma part sur mes gardes quant à des solutions trop « va t-en guerre ». La situation est autrement plus complexe que celle, à priori comparable, de la Libye. Il se constitue en effet dans la région un arc chiite Irak-Iran-Syrie particulièrement puissant et dangereux et défendu, notamment, par la Russie et la Chine. Une intervention armée aurait des conséquences dont il est difficile d’estimer l’impact.

 

Permettez moi, d’ailleurs, d’évoquer la situation des Chrétiens, dont l’avenir apparaît sombre au sein du Proche-Orient. Les Chrétiens de Syrie représentent 10 % de la population, et la communauté internationale devra veiller à ce qu’ils ne soient pas les grands oubliés au moment de la constitution d’un nouveau régime, que j’appelle de mes vœux. 

 

PdA : Parmi les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, il y a la Chine. Vous êtes depuis 1998 le président du groupe interparlementaire France-Chine. Qu'implique une telle fonction ? Serait-il possible que vous nous racontiez quelques souvenirs marquants liés à celle-ci ?

 

J.B. : Je rappelle toujours, avec satisfaction, que je suis président du premier groupe interparlementaire en nombre d’adhérents. Son « succès », si vous me permettez l’expression, ne se dément pas. Ainsi, depuis 1998, j’agis aux côtés de plus de 100 députés et sénateurs afin de développer un partenariat à la fois politique, économique, culturel, scientifique, essentiel au rayonnement de notre pays dans un monde en plein bouleversement.

 

PdA : Avant d'être à la tête de ce groupe interparlementaire, quel regard portiez-vous sur la Chine ? Comment celui-ci a-t-il évolué ?

 

J.B. : J’ai toujours été passionné par ce pays-continent. J’avais très tôt pressenti, pour reprendre une expression célèbre, son « réveil ». La civilisation chinoise est fascinante à plus d’un titre, et notamment parce qu’elle est la plus vieille du monde : elle remonte à plus de 10 000 ans ! Il est incontestable que le développement exponentiel de la Chine depuis dix ans remet en cause certaines traditions et crée des tensions sociales de grande ampleur, particulièrement dans les régions de l'intérieur. Un vrai choc des cultures a lieu au sein même du pays, entre une Chine rurale et une autre, située sur la façade maritime, en plein boom économique et culturel. Pour autant, ce pays a réussi, jusqu’à maintenant, à intégrer les éléments de la modernité occidentale à une vitesse impressionnante, sans se couper de ses racines. Le renouveau du confucianisme en est l’illustration. D’autre part, la montée en puissance d’une classe moyenne et l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants seront deux indicateurs très intéressants de l’évolution prochaine de la Chine.

 

PdA : La Chine, superpuissance en devenir, semble avoir beaucoup d'ambition, tant aux plans économique que géopolitique. Parce que le régime qui la dirige est ce qu'il est, parce que nous méconnaissons ce peuple et ce pays, également... la Chine inquiète. En France. En Europe. Aux États-Unis. Ces peurs sont-elles justifiées ?

 

J.B. : En 2010, la Chine est devenue la deuxième puissance mondiale. Ce pays-continent produit à présent près de cent fois plus de biens et de services qu’en 1978. Ce qui représente une croissance moyenne d’un peu plus de 10 % par an. Des chiffres qui peuvent faire peur.

 

La boutade « God made heaven and earth, and everything else is made in China » (« Dieu a fait le ciel et la terre, et le reste est fabriqué en Chine ») n’est pas complètement dépourvue de crainte. Mais la peur naît souvent de l’ignorance. La Chine est consciente de son nouveau statut sur la scène internationale et c’est pour elle un objet de fierté nationale. Mais elle mesure, dans le même temps, les nouvelles responsabilités qui lui incombent, notamment en matière environnementale. La Chine est le premier producteur de CO2, en partie parce qu’elle est à présent le plus grand marché automobile du monde. Depuis l’année dernière, on y vend chaque mois plus de voitures qu’aux États-Unis ! Dans ce contexte, les problématiques écologiques sont devenues une priorité des dirigeants chinois. Je peux le mesurer à l’occasion des Rencontres du groupe interparlementaire France-Chine que j’organise au Sénat. Depuis plusieurs années, les thématiques choisies portent sur des questions de développement durable comme, par exemple, « Les éco-villes et la maîtrise de l’urbanisation ». Cette année, nos sixièmes rencontres porteront sur le thème « L’énergie durable pour tous : enjeux et solutions ».

 

Ainsi, la Chine, toute nouvelle superpuissance qu’elle est, se trouve confrontée à des défis qui demandent des solutions globales et requièrent des démarches coopératives. La France et l’Europe ont vocation, dans ce cadre, à rester des partenaires incontournables, à condition qu’elles s’en donnent les moyens, à la fois politiques et économiques. Sans verser dans l’angélisme, la Chine n’a pas de visée coloniale ni d’intentions belliqueuses, mais elle reste très sensible aux problèmes de frontières. La nouvelle vague de manifestations anti-japonaises qui s’est manifestée dernièrement contre la nationalisation par Tokyo des îles Diaoyu, situées en mer de Chine, rappelle que les enjeux de souveraineté territoriale restent toujours d’actualité, en particulier dans cette partie du monde.

 

PdA : Diriez-vous qu'en matière de politique monétaire, de relations commerciales et d'investissements internationaux, les Chinois jouent un jeu franc avec les Européens ?

 

J.B. : Le sommet annuel entre l'Union européenne et la Chine a eu lieu récemment à Bruxelles sur fond de tensions commerciales, mais aussi d'espoirs européens quant au soutien chinois à leurs dettes. La Chine est le premier créancier de l’UE, il convient de ne pas l’oublier. Il faut dire que les Chinois disposent de colossales réserves de change, évaluées à plus de 3 200 milliards de dollars. Le mois dernier, les autorités chinoises ont assuré que, malgré de graves inquiétudes sur l'Europe, Pékin allait continuer à acheter des obligations d'État des pays européens.

 

L'Union européenne est la première destination des exportations chinoises et le deuxième fournisseur de la Chine, derrière le Japon. La Chine est aussi le deuxième partenaire commercial de l'Union, juste derrière les États-Unis. Nos intérêts sont donc étroitement mêlés. Mais il est vrai que nos relations commerciales souffrent de graves déséquilibres. C’est pourquoi, je suis favorable à l’instauration d’un « juste échange » dont les principes sont la réciprocité – si la Chine a le droit d’accéder à nos marchés publics, nous devons avoir le droit d’accéder aux siens ; l’équilibre – si la Chine exporte pour 280 milliards d’euros en Europe, l’Union européenne doit pouvoir exporter pour à peu près autant vers la Chine, et non 130 milliards, comme c’est aujourd’hui le cas ; l’équité – nos marchés doivent être ouverts aux produits des pays les moins développés sans droits de douane ; et, enfin, le respect des normes européennes et internationales établies par les grandes gonventions – normes sanitaires de protection des consommateurs, édictées par l’Union européenne, mais aussi normes environnementales, sociales, humanitaires.

 

Quant à la question de la monnaie, il est évident que la sous-évaluation du yuan a permis à la Chine de devenir le premier pays exportateur et l’usine du monde. Mais les choses évoluent. Pékin a décidé de procéder il y a quelques mois au doublement du plafond de fluctuation du yuan.

 

L'appréciation devrait continuer, sans doute pas spectaculairement, du moins tant que les inquiétudes concernant le marché européen resteront aussi fortes. L'Europe est le premier importateur de la Chine, une importante évaluation à la hausse du yuan doit donc aujourd'hui être écartée.

 

PdA : Nous quittons l'Empire du Milieu... pour retourner à notre bonne vieille France. À votre département de cœur et d'élection, pour être plus précis. J'ai nommé, la Drôme. La promotion du tourisme est depuis longtemps l'un de vos chevaux de bataille. Vous présidez depuis 2011 le Comité régional du tourisme Rhône-Alpes...

 

J.B. : J’ai la chance d’être président de Rhône-Alpes Tourisme, et ce mandat s’inscrit dans la continuité de mes fonctions précédentes. J’ai été, avec mon ami Jean Mouton, ancien président du Conseil général, le créateur de la Drôme provençale, dans les années 90. Ce concept est devenu, au fil des ans, une marque à part entière, connue et reconnue dans l’Europe entière.

 

PdA : Quels arguments mettriez-vous en avant pour inciter nos lecteurs à venir découvrir votre beau département ?

 

J.B. : La Drôme est un département magnifique. Je ne peux qu’encourager vos lecteurs à s’y rendre et à (re)découvir ses merveilles. Je pense d’abord à ses paysages aussi diversifiés que ceux de la Drôme provençale, du Vercors, de la Vallée de Drôme ou bien encore de la Drôme des Collines.

 

La Château de Grignan, de Suze-la-Rousse, le Palais du facteur cheval, la ferme aux crocodiles sont quelques pépites citées en vrac qui balisent un territoire d’une richesse naturelle et patrimoniale exceptionnelle. Mais je ne voudrais pas faire de favoritisme et c’est la région Rhône-Alpes dans son ensemble que je souhaite mettre en valeur. Fière d’abriter huit parcs naturels et des sites exceptionnels, comme le Mont Blanc et les gorges de l’Ardèche, Rhône-Alpes offre toute une palette de paysages : montagnes, vignobles ou douces vallées, champs de lavande ou oliveraies, dont je suis fier d’être le représentant à l’international.

 

 

Merci encore de tout cœur, Monsieur Besson, pour votre générosité et pour le grand intérêt de vos réponses ! Merci également à votre collaborateur. Phil Defer Un commentaire ?

 

 

Quelques liens...

 

 

Times New Roman > Georgia : 30/09/12. Présentation remaniée : 21/11/13.

28 février 2012

André Santini : "Mon soutien au Président de la République est clair"

À l'été 2004, Monsieur André Santini, député-maire d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) avait accepté de répondre à un questionnaire que je lui avais adressé par mail. Il y évoquait pour moi des sujets dont certains restent largement d'actualité aujourd'hui. La situation de l'économie française ("Ne pas réagir, c'est abdiquer devant le déclin annoncé de notre pays", et la Chine ("Un marché formidable et un empire fascinant") pour ne citer qu'eux. La situation politique de l'époque est également abordée... Il est alors un membre éminent de l'UDF, formation de centre-droit alliée à l'UMP. Jacques Chirac est président, et son parti domine largement la vie politique depuis 2002. L'UDF est présidée par François Bayrou qui va, petit à petit, prendre ses distances avec les gouvernements successifs du quinquennat.

 

En 2006, le parti, par un vote massif de ses militants, se définit comme "libre". Bayrou se rêve un autre destin que celui d'allié naturel, presque automatique, de la droite. Une troisième voie pour la France. Beaucoup de gens vont y croire, et il n'est pas loin de gagner son pari. Lors de la présidentielle de 2007, il réalise un score exceptionnel pour un candidat "tiers", près de 19% des suffrages exprimés. Mais il n'est que troisième. C'est le début de la "refondation". Le Mouvement Démocrate (MoDem) est créé pour porter cet espoir d'une troisième voie à l'occasion des législatives. Il n'en sera rien. Le mode de scrutin de ces élections, en cohérence avec l'esprit de la Cinquième République, encourage cette bipolarisation de la vie politique que rejette Bayrou. Dans 86% des cas, les députés seront UMP et soutiendront le nouveau président Sarkozy, ou PS et constitueront la force principale d'opposition. Des implantations locales particulières ou bien des accords électoraux permettent à d'autres forces de rejoindre le nouvel hémicycle. Le groupe UDF n'existe plus.

 

Le MoDem ayant rompu avec l'UMP, les accords électoraux ne sont plus de mise. Les rangs des fidèles à François Bayrou sont décimés. Dans le Rhône, Anne-Marie Comparini (qui m'a accordé plusieurs entretiens dont je publierai prochainement un recueil sur le blog) est battue, son siège revient à l'UMP Michel Havard. Le troisième homme de mai n'a plus que trois députés en juin... Malgré l'aura dont il disposait après la présidentielle, il vient de perdre une grande partie de sa capacité à peser sur la vie politique des cinq années à venir. Cette situation, d'autres au sein de l'UDF l'avaient anticipée. Pour eux, la stratégie de François Bayrou conduira l'UDF à l'isolement, à l'impuissance. La meilleure façon de peser, de faire avancer ses idées, dans cette Cinquième république qui écrase les petits, c'est encore l'alliance.

 

Le Nouveau Centre est créé et rejoint la majorité présidentielle. Hervé Morin, lieutenant de Bayrou durant la campagne présidentielle, en est l'un des membres fondateurs. André Santini aussi. Tous deux entrent au gouvernement. Morin est ministre de la Défense, Santini a la charge de la Fonction publique. Les années passent. La majorité présidentielle est solide. L'UMP domine largement le partenariat mais le Nouveau Centre est respecté et a le sentiment de faire entendre sa voix. Arrive la présidentielle de 2012... Contre une bonne partie des cadres du Nouveau Centre, son président Hervé Morin annonce sa candidature. Les sondages sont calamiteux. André Santini et d'autres personnalités majeures du parti publient une tribune dans le Figaro dans laquelle ils annoncent clairement que leur candidat, c'est Nicolas Sarkozy.

 

J'ai rédigé l'interview qui suit le 26 janvier, deux jours après la publication de cette tribune. Monsieur Santini m'a envoyé sa réponse le 27 février. Entre temps, Nicolas Sarkozy a déclaré sa candidature, Hervé Morin a retiré la sienne et annoncé son soutien au président sortant. Lequel a repris dans l'un de ses premiers discours un thème cher aux centristes : l'introductions d'une dose de proportionnelle pour les élections législatives. Un grand merci à Monsieur Santini pour les réponses qu'il a bien voulu me faire parvenir, je lui en suis très reconnaissant, et j'ai été sensible à ce geste. Une exclusivité Paroles d'Actu. Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

ANDRE SANTINI

Député-Maire d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine)
Vice-président du Nouveau Centre

 

"Mon soutien au Président de

 

la République est clair"

 

(Photo fournie par Monsieur André Santini)

 

 

Q : 26/01/12

R : 27/02/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Vous avez cosigné, avec plusieurs députés du Nouveau Centre, une tribune dans laquelle vous dites clairement faire "le choix de l'unité et du rassemblement" derrière Nicolas Sarkozy. Notamment pour éviter, comme en 2002, "de voir (...) les Français privés de leur choix".

 

Quel bilan faites-vous de la présidence de Nicolas Sarkozy ? Pourquoi doit-il remporter l'élection présidentielle au mois de mai prochain, d'après vous ?

 

André Santini : Le Président de la République a prouvé ces 5 dernières années qu'il a les capacités et la stature d'un chef d'Etat. D'une part, il a su conduire avec fermeté des réformes difficiles mais indispensables. Je pense notamment aux réformes des retraites, des universités, ou de la carte militaire... Autant de réformes qui étaient toujours remises au lendemain par les gouvernements précédents, et dont personne aujourd'hui ne remet en cause le bien-fondé.

  

D'autre part, Nicolas Sarkozy a maintenu la puissance française et l'équilibre européen, en traversant toutes les crises économiques et politiques. La crise en Géorgie, en Libye ou les « subprimes »... Il était essentiel que nous ayons un Président déterminé dans ces situations difficiles, où notre pays a pleinement consolidé son rang d'acteur international majeur.

 

La seconde crise financière n'est pas encore finie et des réformes doivent encore être conduites. Il me paraît donc imprudent de vouloir remplacer le chef de l'Etat, de ne pas assurer la continuité du travail entrepris pour que notre pays renoue rapidement avec la croissance et l'emploi. Les Français le savent, et je crois qu'ils ne prendront pas le risque d'une aggravation de la situation.

 

 

PdA : La candidature de M. Hervé Morin peine à décoller. Doit-il la retirer ? Regrettez-vous la non-candidature de Jean-Louis Borloo ? Comment comptez-vous, au Nouveau Centre, faire entendre votre voix et votre différence en renonçant à la présidentielle, élection ô combien centrale dans le paysage politique français ?

 

André Santini : Hervé Morin a enfin retrouvé la lucidité et a retiré sa candidature, c'est une bonne chose, la majorité des élus et militants du Nouveau Centre le réclamaient depuis longtemps, je regrette que nous n'ayons pas été entendus plus tôt.

  

Cette candidature solitaire et égoïste, décidée sans l'accord du Nouveau Centre, a menacé l'existence de notre parti, mis en difficulté nos élus et, au final, porté préjudice à nos idées en affaiblissant le poids politique et la crédibilité qui nous permettent de les défendre et les valoriser au sein de la majorité présidentielle.

 

 

PdA : Vous le dites dans votre tribune, le pouvoir actuel semble avoir repris pour son compte des questions chères aux centristes depuis longtemps, comme la maîtrise des déficits ou le renforcement de l'intégration européenne. Sur ces questions, et sur d'autres, quelles avancées, quels engagements exigerez-vous pour maintenir votre soutien à M. Sarkozy ? (Je pense notamment à votre souhait d'introduire "la proportionnelle" : cela ne fait pas à ma connaissance partie ni de la philosophie, ni du projet de l'UMP, comment comptez-vous "pousser" cette question en particulier ?)

 

André Santini : Évidemment que nos idées sont reprises, puisqu'elles sont justes et pragmatiques ! Depuis 30 ans, les Centristes ont souvent eu raison, en particulier sur la dette, mais on nous a toujours écouté trop tard. Nicolas Sarkozy est le premier a avoir compris que nous n'étions pas des Cassandre illuminées ! Les Centristes sont des gens réalistes qui refusent la facilité de l'idéologie et de la démagogie.

 

Concernant la proportionnelle, je me réjouis de l'annonce du candidat Nicolas Sarkozy lors du discours de Marseille. En effet, l'introduction d'une dose de proportionnelle aux élections législatives permettrait à l'Assemblée nationale d'assurer une meilleure représentation des différents courants de pensée qui existent dans notre pays.

 

 

PdA : Vous avez choisi, avec Hervé Morin et d'autres personnalités, de rester résolument dans la majorité pour affirmer votre différence mais aussi pouvoir peser dans ses choix. Avez-vous eu le sentiment de réellement peser au cours de la présente législature ? Quel regard portez-vous sur le parcours de votre ancien camarade François Bayrou qui, après son score remarquable de 2007, ne sera sans doute pas très éloigné de la qualification pour le second tour ?

 

André Santini : Les Centristes ne sont pas aujourd'hui en capacité d'agir seuls. Même au temps de l'UDF, nous avons toujours refusé une position d'isolement. Grâce aux Nouveau Centre, la voix centriste a été présente dans nos institutions ces 5 dernières années. A l'Assemblée nationale, mais aussi au Sénat ou dans les Conseils régionaux, et nous avons gagné des élus à toutes les élections intermédiaires.

 

Comme en 2007, la démarche de François Bayrou est vaine et stérile. Privé de la force centriste qu'il avait à ses côtés à la précédente élection présidentielle, il ne sera pas cette fois-ci le 3ème homme mais un petit candidat parmi tant d'autres.

 

 

PdA : Justement... question piège ! Hypothèse peu probable, mais intéressante. Imaginons que le second tour (pour une raison que, je vous l'accorde, je peine à visualiser) se joue entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Que faites-vous dans ce cas ?

 

André Santini : La fiction politique est quand même limitée par le principe de réalité ! Voulez-vous aussi me demander qui je soutiendrais dans un second tour Eva Joly / Nicolas Dupont-Aignan ?

 

Mon soutien au Président de la République est clair, nous devons lui donner les moyens de poursuivre le travail entrepris, d'autant qu'il ne pourra pas prétendre à un 3ème mandat en vertu de la réforme constitutionnelle. Il pourra donc agir pleinement sans qu'on l'accuse de penser à sa réélection en 2017.

 

 

PdA : Vous avez dirigé plusieurs partis, plusieurs collectivités territoriales. Vous avez été ministre trois fois et êtes député de la République depuis plus de vingt ans. Vous êtes sympathique, populaire, indépendant d'esprit. Vous maîtrisez à merveille l'art des bons mots. N'avez-vous jamais souhaité briguer vous-même la présidence de la République ? Cette perspective vous séduit-elle, ou pas du tout ?

 

André Santini : Je connais mes propres limites et cela n'a jamais fait partie de mes objectifs. Je suis un homme de terrain, j'aime être auprès des gens au quotidien et je suis un bâtisseur. La gestion d'un État requière d'autres qualités et isole. Je préfère me consacrer entièrement à un petit territoire et avancer avec ses habitants vers le mieux-vivre. C'est peut-être mon âme corse...

 

 

PdA : J'ai un peu débordé sur le nombre de questions... j'en suis désolé... Celle-ci, je vous le promets, est la dernière. De ce questionnaire en tout cas. Et, en fait, elle n'en est pas vraiment une, puisque c'est une carte blanche : pour que vous complétiez cet entretien par ce que vous désirez. Un message, une anecdote, un bon mot ? …

 

André Santini : Vous savez, le bon mot c'est comme les truffes, c'est parce qu'ils sont rares qu'ils ont de la valeur. Le devoir de l'homme politique c'est aussi faire en sorte que les Français gardent le sourire, c'est pour cela que nous travaillons. Je le dis solennellement : je préfère que mes concitoyens meurent de rire plutôt que de faim ou de froid ! Cela résume assez bien mon action, tout faire pour améliorer la vie de mes administrés sans pour autant me prendre trop au sérieux.

 

 

 

Encore une fois, un grand merci à Monsieur Santini pour la générosité dont il a fait preuve en acceptant de répondre à mon questionnaire et en me faisant parvenir une photo pour l'illustrer, comme je le lui avais demandé ! Phil Defer

 

 

 

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Le site de campagne de Nicolas Sarkozy

 

La page Facebook de M. André Santini

 

Le site du Nouveau Centre

 

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Modification de la présentation de l'article le 26 juin 2012

 

Times New Roman > Georgia : 01/10/12

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