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Paroles d'Actu

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10 février 2013

Patrick Adler : "L'essentiel est de faire rire dans l'élégance"

Être prof d'allemand mène à tout, semble-t-il. Il en est qui deviennent Premier ministre. D'autres, de talentueux humoristes. Bon, pour être franc, je n'ai qu'un exemple en tête pour chacune de ces catégories. Pas de généralisation ni d'amalgame... pas de polémique ! En 1989, Patrick Adler quitte le monde de l'éducation nationale pour celui, a priori plus exaltant, plus fou, plus fun... du Music-Hall. Depuis, il a tracé sa voie. Libre ! Il est un imitateur, un humoriste de grande qualité. Un auteur authentique... qui n'a pas l'intention de se laisser enfermer dans telle ou telle case ! On l'a beaucoup vu dans les médias dans les années 90. Moins depuis... Mais qu'on se le dise : Patrick Adler est toujours là, il continue son bonhomme de chemin, accompagné d'un public fidèle. Il a, plus que jamais, des projets plein la tête. Son univers du moment, à l'heure de nos contacts, c'est un cabaret. Demain, une nouvelle aventure... Un grand merci cher Patrick Adler pour vos réponses généreuses, parfois mordantes, souvent empreintes de tendresse. Le texte est agrémenté de vidéos que j'ai souhaité inclure pour vous permettre, chers lecteurs, de joindre le son et l'image à cette lecture qui, je l'espère, vous intéressera. Bonne (re)découverte ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

PATRICK ADLER

Auteur, imitateur, comédien...

 

"L'essentiel est de faire rire dans l'élégance"

 

Patrick Adler

(Photo fournies par Patrick Adler)

 

 

Q : 07/02/13

R : 10/02/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Patrick Adler. (...) On apprend sur votre bio en ligne que vous avez fait votre propre révolution en 1989, deux siècles après la grande. Envoyant valser études et enseignement pour le monde déjanté du Music-Hall. Quel regard le Patrick de 2013 porte-t-il sur ce jeune fou qu'il était il y a (presque !) un quart de siècle ? ;-)

 

Patrick Adler : Je porte un regard amusé et très distancié sur mes débuts. Passer de la petite estrade à la grande scène n'a pas été si simple, je n'y étais pas préparé. J'étais, comme tout bon prof qui se respecte (j'enseignais l'allemand en lycée à des futurs bacheliers) formaté : préparation des cours, correction de copies, cours, conseils de classe et... direction de colonies pendant les vacances scolaires. Il n'y avait pas trop de place pour la fantaisie, à part le week-end, où j'animais déjà des soirées en discothèque.

 

En arrivant dans le monde du Music'Hall, en dépit de la rigueur qu'il faut avoir pour tenir sur scène - il faut, à l'instar des sportifs, une certaine hygiène de vie - il y avait de grandes plages libres, ce qui a pu un temps me déstabiliser mais rapidement, j'ai trouvé à m'occuper (écriture, cours de chant lyrique, sport).

 

 

PdA : On vous connaît surtout pour vos imitations. Comment est-ce que tout cela a commencé ?

 

P.A. : Il aura suffi d'une missive - paraît-il amusante et bien tournée - à Michel Drucker, accompagnée d'une cassette (c'était au siècle dernier, en 1989) pour que, d'emblée, l'intérêt soit suscité. Apparemment, personne alors ne s'était engouffré dans cette brèche : j'étais et reste encore un des rares imitateurs à tenir les voix féminines.

 

 

PdA : Vous maîtrisez de nombreux personnages. Quelles sont, parmi vos interprétations, celles pour lesquelles vous avez une tendresse particulière ? Pourquoi ?

 

P.A. : J'ai évidemment une tendresse particulière pour mes "femmes" : Zézette, qui est une sorte de Candide, au bon sens populaire, Barbara, à qui je voue une admiration sans bornes, Véronique Sanson, qui m'émeut souvent. Je ne délaisse pas pour autant mes "hommes" : Benoît Poelvoorde pour ses excès qui traduisent une certaine fragilité, voire une fêlure, Dominique Besnéhard dont l'indolence et le chuintement m'amusent, d'Ormesson pour son éternelle jeunesse et bien d'autres... 

 

 

PdA : Comment vous y prenez-vous, typiquement, pour acquérir la voix d'une célébrité ?

 

P.A. : Il n'y a pas de recettes pour imiter, ça se saurait ! Les voix que je choisis de "travailler" sont, d'une, fonction de l'actu - je fais rarement les morts -, secundo, fonction de ma tessiture. Étant dans le registre "ténor", j'aurais beaucoup de mal à imiter des voix très graves. Je suis en revanche spécialisé dans les voix dites "cassées" ou simplement "voilées" (Adamo, Lenorman, Eicher, Pacôme, Jeanne Moreau, Régis Laspalès,... pour ne citer qu'eux).

 

 

PdA : Il y a, j'imagine, des gens plus faciles à imiter que d'autres...

 

P.A. : Il y a des voix qui, en fonction de ma tessiture, sont facilement imitables. Ce fut le cas de Claude Piéplu qui, une fois parti de ce monde, a laissé place à Maria Pacôme par le biais d'une différente intonation. Zézette fut aussi une évidence, comme Tina Turner, Bonnie Tyler, Lana del Rey qui sont, apparemment spectaculaires pour le public et d'une désarmante simplicité pour moi. J'ai eu, curieusement, plus de difficultés à trouver un angle pour l'ex-première Dame de France que pour Zucchero. Allez comprendre lol !

 

 

PdA : Comment les "croqués" réagissent-ils, en général ? Vous avez des retours ?

 

P.A. : Je n'ai pas toujours des "retours" à proprement parler. Imiter une célébrité, c'est déjà la consacrer. Quand Chantal Ladesou - que j'imitais déjà quand nous étions en tournée sur la pièce de Jean-François Champion "Ainsi soit-il", mise en scène par Jean-Luc Moreau - devient aujourd'hui une de mes cibles, c'est parce qu'elle est devenue une incontournable dans la comédie. Elle adore cela car elle a beaucoup d'humour. Je ne suis d'ailleurs pas le seul à l'imiter. Liane Foly s'y emploie aussi. Et même les travestis de chez Michou l'ont inscrite dans leur nouveau tour. Dominique Besnéhard est fan, Marie-Anne Chazel - la première à avoir interprété Zézette - aussi. Maria Pacôme, Anémone sont plus dubitatives. Véronique Sanson, Vanessa Paradis un peu gênées. Je reconnais qu'il n'est pas simple de voir son "double". Les autres ne se sont pas encore prononcés.

 

 

PdA : Avez-vous eu à regretter telle ou telle imitation qui aurait pu, en son temps, blesser la personne concernée ?

 

P.A. : Je n'ai pas l'impression d'avoir blessé qui que ce soit dans mes spectacles, donc... La seule limite que je m'impose est l'attaque sur la vie privée.

 

Pour le reste, je m'autorise beaucoup de libertés (ton, gestuelle). L'essentiel est que cela fasse rire. Dans l'élégance.

 

 

Zézette

 

 

PdA : La France vous a découvert chez Drucker, vous avez été élève de la Classe, chroniqueur avec Ruquier... Outre vos one-man shows, il y a eu des pièces de théâtre et quelques passages sur les écrans. Quels ont été, pour vous, les grands moments, les rencontres décisives de votre carrière jusqu'ici ?

 

P.A. : Ma rencontre décisive a été le 14 février 1989, celle de Michel Drucker, ce fut mon premier "Champs-Elysées". Il y eut ensuite Laure Chaubaroux, programmatrice de feu "La Classe", puis Patrice Laffont  dans "les Bons Génies", sans oublier mes amies "les Vamps" qui m'ont accordé de faire l'Olympia en 1ère partie de leurs "adieux"en 1991/92 et un an de tournée dans les plus grandes salles de France, Belgique et Suisse. Un grand merci aussi à Hélène Ségara qui a réitéré ce cadeau en 2002/2003, avec le Palais des Sports de Paris en sus. J'éprouve avec le temps un certain regret d'avoir quitté Gérard Louvin, de ne pas l'avoir écouté assez à l'époque. Je refusais de "faire de la politique" alors qu'aujourd'hui j'écris des papiers dans un blog politique (Tak.fr) et je parle politique dans mes spectacles. On n'évolue pas tous à la même vitesse !

 

  

PdA : On vous voit beaucoup moins dans les médias traditionnels en ce moment. Si vous voulez mon avis - même si vous ne le voulez pas, je vous le donne - je trouve ça regrettable. Je ne vais pas vous demander de dire du mal de vos petits camarades, les Canteloup & cie, mais plutôt de me dire si la télé vous manque à l'heure d'internet ?

 

P.A. : La télé ne me manque pas, la radio, en revanche, oui. Il y a une liberté de ton que j'aimerais retrouver mais l'heure est un peu au "jeunisme".

 

Chaque antenne est à la recherche de "nouveaux talents". C'est tout à fait légitime. personnellement, je m'inscrirais plus, si j'étais Directeur des Programmes ou simple Programmateur dans la "mixité des talents", la rencontre inter-générationnelle. Nous avons tous à apprendre les uns des autres.

 

Ce combat des "Anciens et des Modernes", clivant, est un combat d'arrière-garde mais il n'est pas impossible que le rire soit générationnel, comme disait feu Michel Serrault car je ne me reconnais pas beaucoup dans l'humour ado de certains confrères (Kev Adams, Max Boublil...). En revanche, je salue l'arrivée de nouveaux talents comme le Comte de Bouderbala, Gaspard Proust, Rudy Milstein, Nicole Ferroni, les Lascars Gays.

 

Je n'ai pas d'avis sur mes collègues imitateurs : j'aime profondément Laurent Gerra, qui est un ami. Je trouve Canteloup talentueux en radio , moins sur scène (trop indolent, pour moi). J'apprécie le surdoué Michael Grégorio, mais il s'inscrit plus dans la performance d'un André-Philippe Gagnon, moins dans l'humour. Gustin suit gentiment son chemin avec des textes très lisses, à son image. Je préfère de loin la corrosion d'un Gerra. Moi-même, je suis monté en gamme et fais davantage grincer les dents depuis quelques années.

 

 

PdA : Patrick Adler, ce sont des voix... mais aussi des textes ! Je pense à ceux de vos spectacles évidemment, mais aussi à ceux, remarquables, de vos billets (et j'aime autant le dire à nos lecteurs pour leur donner envie de les découvrir, vous ne mâchez pas vos mots). Où puisez-vous votre inspiration ? Qu'est-ce qui, dans la vie, dans le monde, vous donne envie de réagir, de prendre la plume ? (Bon, d'accord, le clavier...)

 

P.A. : Je suis un fou de l'actu. Donc, je puise dans les journaux toute mon inspiration. Et il y a de quoi faire !

 

 

PdA : "L'accouchement, c'est maintenant !", ou plutôt à partir de septembre, à Paris. Parlez-nous de ce bébé ?

 

P.A. : Je voulais donner une fin élégante à mon personnage fétiche : Zézette. En voyant les affiches de la campagne de François Hollande, m'est venu le titre de mon prochain Opus : "L'Accouchement, c'est maintenant !". En gros, ce sera un peu, pour paraphraser Woody Allen, "Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'accouchement sans jamais oser le demander". Une mise bas en 60 à 80 voix parlées et chantées. Ce sera sans doute mon dernier one-man show car j'aspire de plus en plus à travailler en équipe, à refaire de la radio, mais aussi à continuer de mener la revue en cabaret, à tourner pour le cinéma et la télévision.

 

La retraite, ça n'est pas pour demain car j'ai un projet par heure ! lol

 

 

PdA : En attendant, il y a toujours "Même pas changé ?!", votre show adapté en permanence à l'actualité. Une formule gagnante, et de beaux moments avec le public, j'imagine...

 

P.A. : En attendant que le spectacle voie le jour, je peaufine en fonction de l'actu "Même pas changé ?!" et m'amuse encore beaucoup.

 

 

PdA : Où pourra-t-on vous applaudir prochainement ?

 

P.A. : On ira m'applaudir à Paris en septembre 2013... mais rien n'est signé, donc vous en saurez plus en consultant mon site www.patrick-adler.com.

 

 

PdA : Sans transition, une question totalement décalée mais que j'aime bien poser à mes invités du monde culturel. J'espère qu'elle vous amusera, vous avez déjà joué en costume, après tout. Imaginons donc que la DeLorean d'un type un peu fou surnommé "Doc" permette réellement de voyager dans le temps et dans l'espace. Chaque personne a droit à un voyage, un seul. Aller-retour, ou aller simple. Où elle veut, à l'époque de son choix. Quel est le vôtre ?

 

P.A. : Je m'inscris bien dans mon temps, donc je n'ai aucune nostalgie et me retourne rarement sur le passé, alors que -contradiction oblige - j'adore l'Histoire, mais notre époque me convient bien. Pas de voyage interstellaire me concernant. Peut-être un Aller-retour Paris-New York car j'aime éperdument cette ville, comme Mahdia, mon lieu de villégiature préféré en Tunisie. J'y écris avec bonheur.

 

 

PdA : Allez, on revient sur la terre ferme... Quoique... ? Quels sont vos projets, vos rêves pour la suite ?

 

P.A. : J'espère surtout refaire de la radio et continuer à travailler comme je le fais depuis 23 ans.

 

 

PdA : Aimeriez-vous adresser un message à nos lecteurs, à ce public qui vous suit et vous aime depuis des anneés ? Que peut-on vous souhaiter, cher Patrick Adler ?

 

P.A. : Je n'ai aucun message à distiller, je ne suis pas "leader d'opinion". Je souhaite juste conserver et élargir ce public, si enthousiaste et participatif, à mes spectacles !

 

 

PdA : Un dernier mot, pour conclure ? Merci infiniment !

 

P.A. : Merci à vous de m'avoir laissé cet espace de liberté. A très bientôt. Je vous embrasse.

 

 

 

Patrick Adler 2

 

 

 

C'est moi qui vous remercie, cher Patrick Adler. Merci pour votre générosité, bravo pour votre talent, pour votre travail. Quant aux souhaits que vous formulez, j'espère de tout coeur qu'ils se concrétiseront. Si un responsable de radio lit ces quelques lignes... Merci à vous ! Phil Defer

 

 

 

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Vous pouvez retrouver Patrick Adler...

 

Sur son site officiel (dont : spectacles à venir) ;

 

Sur le site Tak.fr ;

 

Sur ses chaînes de vidéos : YouTube et Dailymotion.

 

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5 février 2013

Mathieu Rosaz : "Un plaisir physique, instinctif... un exutoire, aussi"

À l'automne dernier, j'avais souhaité converser avec Monsieur Didier Millot, biographe de Barbara et membre fondateur de l'association Barbara Perlimpinpin à l'occasion du quinzième anniversaire de la disparition de la grande « dame brune ». Avec générosité et une passion communicative, il s'était prêté au jeu, pour Paroles d'Actu. Nous y évoquâmes longuement la vie, la carrière de l'artiste. Et celles et ceux avec lesquels, d'après la jolie expression de Didier Millot, « les chansons de Barbara traversent le temps ».

Plusieurs noms illustres sont cités : Marie-Paule Belle, Jean-Louis Aubert, Calogero, Raphaël... Daphné... Et un nom qui, alors, ne me parle pas. Mathieu Rosaz. Depuis, je me suis renseigné sur lui. J'ai lu, un peu. Écouté, surtout. Si vous aimez Barbara et plus généralement la belle chanson française, vous allez l'aimer, c'est sûr... Mathieu Rosaz, notez bien son nom. Vivants poèmes - Mathieu Rosaz chante Barbara, son tout nouvel album. Il a accepté de répondre à mes questions, de se livrer sincèrement, je l'en remercie mille fois. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

MATHIEU ROSAZ

Auteur-compositeur-interprète

 

« Un plaisir physique, instinctif...

un exutoire, aussi »

 

Mathieu Rosaz

(Photo de Philippe Matsas, fournie par Mathieu Rosaz)

 

Q : 30/01/13

R : 05/02/13

 

Paroles d'Actu : Bonjour Mathieu Rosaz. Né en 1975, vous vous êtes fait un nom avec vos hommages et vos apports à la belle chanson française. Comment cette histoire d'amour est-elle née ?

 

Mathieu Rosaz : Bonjour Nicolas. Je ne viens pas d'un milieu de musiciens et je crois que la chanson est l'art que l'on peut le plus facilement recevoir et apprécier, sans avoir une instruction musicale particulière. C'est un art avant tout populaire, ce qui lui vaut peut-être à tort cet injuste surnom de "parent pauvre" des arts…

 

J'ai d'abord aimé la chanson dite commerciale, celle qu'on entendait à la radio ou à la télévision, la plus accessible, a priori. Ma curiosité m'a ensuite tout naturellement poussé à creuser et m'a donné envie de connaître l'histoire des chansons et de la chanson en général. Et puis, il y a eu, très tôt le plaisir du chant. Un plaisir physique, instinctif et un exutoire aussi.

 

PdA : Barbara a rejoint le paradis des poètes, c'était il y a un peu plus de quinze ans... Sa place est centrale dans votre univers artistique. Vous lui avez consacré deux albums et plusieurs spectacles, dont l'actuel. Que représente-t-elle pour vous ? Qu'a-t-elle apporté à la chanson française ?

 

M.R. : Barbara n'aimait pas qu'on la dise poète, même si elle reconnaissait la couleur poétique de certains de ses textes. Je ne suis pas certain qu'elle serait ravie d'être au paradis des poètes. Je préfère l'imaginer au paradis tout court si toutefois il existe…

 

J'ai découvert les chansons de Barbara à l'adolescence, vers 15 ou 16 ans. Barbara était peu diffusée à la radio et ne passait plus à la télévision par choix. Il fallait donc qu'il y ait une sorte de rencontre puisqu'on ne nous l'imposait pas. La première image que j'ai vue d'elle est celle du clip de la chanson Gauguin (lettre à Jacques Brel) en 1990, son unique clip. Ce clip était diffusé sur la chaîne M6, de temps en temps. J'ai d'abord été intrigué. À l'époque je devais être encore fan de Jeanne Mas, dont la carrière s'effondrait… Puis, je suis tombé, dans un livre, sur un extrait du texte de L'Aigle noir. J'avais l'impression d'en connaître la musique. J'avais dû l'entendre tout petit et elle avait dû marquer mon inconscient. Je me suis ensuite tout simplement procuré une compilation de Barbara et là, cela a été le coup de foudre intégral. L'impression de rencontrer une âme soeur, quelqu'un qui me comprenait, que je comprenais et qui pansait mes plaies. Elle parlait à l'humain, pas au "consommateur". C'est ainsi qu'elle a déjoué toutes les stratégies commerciales et toutes les lois de ce métier.

 

Barbara est un formidable contrexemple de la société de consommation des années 1960 à 1990. C'est une exception culturelle à elle toute seule ! Elle représente pour moi l'exigence et la liberté. Dans la chanson française, Barbara a participé plus activement que l'on pense au mouvement de libération des femmes des années 60 et 70, par le simple fait de son existence, sans pour autant insister sur un quelconque engagement. En partant de son histoire personnelle, elle a touché à l'universel.

 

Son oeuvre est aussi avant tout un acte de résilience, le moyen de sublimer l'irréparable pour survivre et vivre. Avec les années, ses chansons d'amour adressées à l'autre sont devenues des chants adressés aux autres en général : Perlimpinpin, Mille chevaux d'écume, Le jour se lève encore, Vivant poème… C'est une oeuvre résolument moderne, intemporelle et transgénérationnelle.

 

PdA : Quel est, s'agissant de Barbara, le sens de votre démarche artistique ? L'interpréter avec le respect et la conviction qui sont les vôtres, c'est une façon de perpétuer son oeuvre, de continuer à la faire vivre ?

 

M.R. : C'est tout cela à la fois, et j'essaie de le faire du mieux que je peux, comme je peux. Je me sers bien sûr de ma propre histoire, je choisis les chansons en fonction de mon vécu. Je ne chante rien par hasard. C'est pour cela qu'il m'a parfois fallu des années avant de pouvoir chanter tel ou tel titre. Il me fallait attendre de l'avoir vécu pour mieux le comprendre. J'ai en face de moi une oeuvre écrite par une femme depuis ses 30 ans environ, jusqu'à ses 66 ans. Et je suis un homme de 37 ans. Je dois tenir compte d'un souci de crédibilité d'ordre physique, une crédibilité liée à mon apparence, et une autre beaucoup plus intime, liée à mon évolution personnelle, à ma vie intérieure. Il faut que tout cela coïncide, pour que ça sonne et que le message passe. Cela peut paraître compliqué, mais c'est finalement très simple, très instinctif comme travail. Plus simple à exécuter qu'à expliquer.

 

J'y ai ajouté une autre exigence : celle de tenter de faire découvrir, au milieu des succès, des titres méconnus. C'est le cas actuellement de chansons comme Je t'aime, Pleure pas, Le minotaure, entre autres, que je chante sur scène et que je viens d'enregistrer. Je ne cherche pas à révolutionner le son de Barbara mais juste à prolonger, à ma manière, la vie de chansons que j'aime, à travers le prisme de la scène, avant tout. Les enregistrements de Barbara sont là et si un public les découvre ou les redécouvre grâce à moi, c'est mon plus grand bonheur. J'essaie d'être un passeur.

 

PdA : J'ai lu que, peu avant sa disparition, elle avait soutenu très symboliquement dans la poursuite de vos rêves - on pourrait presque parler de passage de flambeau - le tout jeune homme que vous étiez alors. Voulez-vous nous en parler ?

 

M.R. : Non, non, Barbara ne m'a passé aucun flambeau, on ne peut pas dire ça. Elle m'a envoyé un télégramme en septembre 1997 dans le cabaret où je chantais, ce qui m'a infiniment touché. Je lui avais fait parvenir une vidéo de mon spectacle, dans lequel je chantais une ou deux de ses chansons, et elle m'a fait ce petit signe. Elle était très à l'écoute de ce qui se faisait, que cela ait un rapport ou non avec elle. Elle vivait recluse mais était restée en contact, à sa manière, avec le monde extérieur, ce qui est finalement assez rare chez les artistes de cette dimension. Elle avait gardé la curiosité et le goût des autres.

 

PdA : Nous célébrions il y a quelques jours le cinquantième anniversaire du Traité de l'Élysée, qui marqua une nouvelle étape dans la réconciliation franco-allemande. Vous avez chanté Göttingen à Göttingen, un moment très fort, j'imagine ?

 

M.R. : Un moment intense. C'était le 9 juin 2007, jour de l'anniversaire de Barbara, qui aurait eu 77 ans. C'était au Junges Theater, rebaptisé le cinéma Lumière, là où Barbara est venue chanter en 1964 et là où elle a créé la fameuse chanson, après l'avoir écrite en une demi-heure dans le petit jardin qui jouxte le théâtre. J'ai l'impression que le théâtre n'a pas changé depuis les années 60. C'est fou le chemin de cette chanson. Le public la savait par cœur et j'ai dû la chanter deux fois dans le spectacle. Elle est vraiment devenue l'hymne de cette réconciliation franco-allemande. Le lendemain, j'ai visité l'ancien camp de concentration de Dora, pas loin de Göttingen. Une "Rose Barbara" est discrètement et symboliquement plantée près de l'entrée du réseau de tunnels dans lesquels les détenus travaillaient et mouraient…

 

PdA : Vous venez de vous produire au Vingtième Théâtre, à Paris, pour Mathieu Rosaz chante Barbara. Quel bilan en tirez-vous ? Quel est votre rapport à la scène, au public ?

 

M.R. : D'abord, je constate que, même sans tapage médiatique, le public est là, avec les fidèles qui viennent et reviennent et les nouveaux, entraînés par le bouche à oreille. Je retiens l'intensité de l'échange avec certains après le spectacle, la sincérité évidente de leurs témoignages. C'est ce qui me donne envie aussi de continuer. Je constate que, pour l'instant, le temps joue en ma faveur. J'ai gagné en sobriété, en puissance et en intériorité. Je me sens de plus en plus dans l'épure et dans le détachement par rapport au "modèle", de plus en plus connecté à moi-même, à la fois plus perméable mais aussi plus fort, plus solide. Je force moins la main, je laisse les gens venir à moi. Je ne cherche pas à les regarder par exemple, ni particulièrement à leur plaire. Je ne suis plus trop dans la tentative de séduction. En quelque sorte, je laisse au public un plus grand droit de regard. Je n'impose rien, je propose. Ils prennent ou pas, ils se servent, nous partageons les chansons. Et nous respirons mieux qu'avant, je pense.

 

PdA : Parmi ces références que vous reprenez, je note qu'il y a également quelqu'un que j'aime beaucoup, Véronique Sanson...

 

M.R. : Véronique Sanson est, avec Barbara, l'artiste qui m'a le plus touché. C'est aussi quelqu'un qui est allé très loin dans l'intime. Presque trop loin, parfois, car elle se protège moins que Barbara, ou, du moins, différemment. Elle s'expose beaucoup plus aussi, notamment sur le plan médiatique, à une époque où ce qu'on appelle le "buzz" règne… C'est avant tout une grande musicienne de la période post-Beatles, au carrefour de beaucoup d'influences, que ce soit dans la pop, la musique brésilienne, le jazz, le blues, la musique classique où la chanson française traditionnelle. Une personne d'un grand magnétisme. Bref, je l'aime.

 

PdA : Quels sont, dans le patrimoine comme sur la nouvelle scène, les artistes que vous aimez, que vous suivez ?

 

M.R. : Comme je le dis plus haut, la chanson française (et internationale) me passionne. Avec une nette préférence pour les musiciennes. Donc, je peux m'intéresser autant à l'apport d'une Yvette Guilbert  il y a plus de cent ans, qu'à celui d'une Camille aujourd'hui. Sans pour autant connaître absolument toutes leurs chansons. Mais ce sont deux artistes qui ont, entre autres, fait avancer les choses et qui, tout en restant fidèles à une tradition, renouvellent ou ont renouvelé le genre scéniquement.

 

J'ai, avec un ami, créé une page Facebook qui s'appelle "Les chanteuses échevelées" et qui nous permet d'évoquer toutes ces figures connues ou méconnues. Nous avons choisi une marraine virtuelle : Marie Laforêt. Marie Laforêt est un véritable cas, pas toujours connue pour les bonnes raisons. Elle a dit un jour : « Je suis la fille légitime de Sheila et Barbara » ! Du pain béni pour nous! Laforêt fut, on le sait peu, une pionnière de la world music en France. L'une des premières notamment à importer en France et à faire voyager dans le monde des chants d'Amérique du Sud, des musiques Yiddish, à chanter dans 5 ou 6 langues, bref, à prendre des risques, quitte à brouiller bien des pistes ! C'est ce qui nous intéresse. Sur cette page Facebook, vous entendrez parler aussi bien de Brigitte Fontaine que d'Isabelle Mayereau, Maria Bethania, Blossom Dearie, Dusty Springfield, Marie-Paule Belle, Marie-José Vilar, Anne Sylvestre, Juliette Gréco, Claire Diterzi, Ute Lemper, Anna Prucnal, Amalia Rodriguez, Mercedes Sosa, Barbara Carlotti, Ingrid Caven, Elisa Point, Cora Vaucaire, Michèle Bernard, Pascale Borel, Françoise Hardy... et beaucoup d'autres ! 

 

PdA : Nous avons beaucoup parlé de vos hommages à d'autres artistes jusque là. Il serait injuste de ne pas évoquer vos créations originales, qui gagnent réellement à être connues. Comment définiriez-vous votre univers, Mathieu Rosaz ?

 

M.R. : Mon univers découle d'une multitude d'influences musicales, bien sûr, mais aussi cinématographiques, car je suis devenu assez cinéphile, au fil du temps. J'ai ainsi écrit, il y a quelques années, une chanson en hommage à Éric Rohmer, Comme dans un film de Rohmer, qui est une de mes chansons préférées de mon répertoire, mais pas forcément la plus représentative.

 

Et puis, j'essaie, tout simplement, de mettre des mots et des notes sur ce que je vis, rêve ou vois, quand ça vient… Je suis en quête de mélodies et j'aime les textes clairs, concis, précis. Je crois au mot juste, et je le cherche. Je ne le trouve pas toujours. J'aime les formes classiques pour pouvoir aussi mieux m'en éloigner, parfois. J'aime les univers feutrés, je refuse le clinquant, le "bling-bling musical". J'écris peu, par paresse, doute, et démotivation aussi. Je me sens encore écrasé par certaines influences. Si j'ai une idée, je me dis souvent qu'untel l'a déjà très bien traitée, et je trouve cela vain de recommencer, en moins bien. Mais je me soigne ! Il faut qu'une chanson s'impose à moi, que je ne puisse plus lui résister. Je crois que j'ai peur d'écrire. Je m'interdis encore beaucoup trop de choses !

 

PdA : Quelles sont, dans votre répertoire, les chansons pour lesquelles vous avez une tendresse particulière ? Ces cinq ou dix titres que vous aimeriez inviter nos lecteurs à écouter pour mieux vous découvrir ?

 

M.R. : Mon album La tête haute quitte à me la faire couper !, paru en 2009, est mon disque le plus abouti. Particulièrement des titres comme Banale, Pour ne plus retomber, À tes côtés, Fils de famille, Comme dans un film de Rohmer, Promeneur solitaire. Ce disque doit beaucoup aux arrangements musicaux d'Elvire Aucher. Dans mon album de 2005, Je préfère les chansons tristes…, je suis assez fier d'un texte qui a mis certains mal à l'aise car il évoque un sujet délicat, traité à la première personne du singulier (même si ce n'est pas mon histoire personnelle) : Banquette arrière. J'aime les chansons-portraits comme Madame vit à Paris ou les chansons carte-postale comme Je respire à Buenos-Aires ou Triste à Saint-Tropez. Il y a aussi Fragile équilibre, dans une veine romantique que je ne peux renier, ou encore la Chanson de l'acrobate, qui tente de parler de la scène…

  

PdA : La crise de l'industrie musicale, on en entend régulièrement parler. C'est quelque chose qui vous inquiète, qui vous touche ? À quoi votre "modèle économique" (l'expression est laide lorsque l'on parle d'art, mais elle est parlante) ressemble-t-il ?

 

M.R. : J'ai l'impression d'avoir toujours été en crise donc, en fait, la situation actuelle ne change pas grand chose pour moi. Le nouveau disque et le spectacle actuel ont été produits par les Concerts parisiens (agents et producteurs) qui sont, à la base, spécialisés dans la musique classique. Ils ont un réseau de diffusion qu'ils ont développé au fur et à mesure de ces vingt dernières années, mais rien n'est simple. Il y a des artistes pour qui l'agent organise et gère les propositions. En ce qui me concerne, c'est l'inverse, ou presque. Il faut aller au charbon, co-réaliser le spectacle à Paris, louer les espaces publicitaires, trouver et engager une attachée de presse assez courageuse pour défendre un cas pas évident. C'est un réel investissement sur le plan financier, et un vrai risque. Ensuite, il faut vendre le spectacle en démarchant les salles, en les relançant. C'est aussi un gros investissement en terme de temps, d'énergie, de ténacité.

 

En ce qui concerne ce que j'ai chanté en dehors de Barbara, j'en ai toujours été aussi le producteur (3 albums, un single, plusieurs spectacles). Aujourd'hui, il est vrai que je n'ai personnellement absolument plus les moyens financiers de produire un disque, sachant qu'il se vendra peu et de moins en moins physiquement, et que le numérique est très loin de combler pour le moment le manque à gagner de la dématérialisation. Si j'écris de nouvelles chansons, je crois qu'elles prendront vie sur scène, quitte à ne publier ensuite que des versions enregistrées en public, on verra…

 

À mon sens, l'unique moyen de nous sortir de cette crise de l'industrie musicale est de prélever enfin une taxe sur les abonnements aux divers fournisseurs d'accès à internet et sur les disques durs. Taxe reversée proportionnellement aux différents ayant-droits de ce métier. C'est le principe de la licence globale. J'ignore pourquoi nous n'en sommes pas encore là. De toute évidence, en raison d'histoires de très gros sous dans de très hautes sphères. Mais je ne vois aucune autre solution.

 

PdA : Où pourra-t-on vous applaudir prochainement ?

 

M.R. : À Mâcon les 22, 23 et 24 mars, et puis dans diverses salles (programmation en cours), pendant la saison 2013-2014. Et sans doute au Festival d'Avignon, en 2014 !

 

PdA : Quels sont vos projets, vos rêves pour la suite ?

 

M.R. : De la scène avant tout et, un jour peut-être, avoir mon propre théâtre, ou du moins un lieu où l'on chante et où l'on puisse aussi parler, se rencontrer. On a beau tout dématérialiser, on aura toujours besoin des autres en chair et en os !

  

PdA : Un dernier mot, pour conclure ? Merci infiniment !

 

M.R. : Merci à vous !

 

 

Merci encore, cher Mathieu Rosaz, pour cet échange. Bravo pour votre talent, pour votre travail que j'ai eu grand plaisir à découvrir - et que je vais désormais suivre. J'ai pris le temps d'agrémenter le texte de notre entretien de nombreux liens pour vous permettre, amis lecteurs, de rencontrer vous aussi cet artiste qui, définitivement, gagne à être connu. Parcourez sa chaîne YouTube, suivez son actu, achetez son dernier album, si vous êtes séduit(e) ! Merci à vous ! Phil Defer... Un commentaire ?

 

 

Vous pouvez retrouver Mathieu Rosaz...

 

27 janvier 2013

Véronique de Villèle : "Davina, c'est ma soeur"

Il y a quatre mois, Madame Véronique de Villèle, dont chacun garde en mémoire le duo "tonic" qu'elle forma avec Davina, avait accepté de répondre à mes questions pour Paroles d'Actu. Je l'avais notamment interrogée sur son combat, au sein de la Fondation pour la Recherche sur Alzheimer, contre cette effroyable maladie neurodégénérative qui frappe tant de familles...

En ce mois de janvier, j'ai souhaité que nous réitérions l'exercice, emballé par la chaleur de notre premier échange. Elle m'a suivi tout de suite, avec la générosité et l'enthousiasme qui la caractérisent. L'interview a été réalisée en live sur la base d'un questionnaire que j'ai rédigé le 25 janvier. Merci pour tout, chère Véronique. Une dernière fois, je souhaite à toutes et à tous de vivre une belle et heureuse année 2013, qu'elle vous soit douce, pour vous, pour vos proches. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

VÉRONIQUE DE VILLÈLE 

Membre d'honneur de la Fondation pour la Recherche sur Alzheimer

Membre du Comité d'organisation de la Fondation

 

« Davina, c'est ma soeur »

 

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(Photos fournies à ma demande par Madame Véronique de Villèle)

 

Entretien : 27/01/13

  

Paroles d'Actu : Bonjour Véronique de Villèle, comment allez-vous ?

 

Véronique de Villèle : Magnifique, et vous ?

 

PdA : Bien, je vous remercie. Heureux de vous retrouver pour une nouvelle interview Paroles d'Actu.

 

V.d.V. : Je suis ravie.

 

PdA : Lors de notre premier entretien, réalisé au mois de septembre, nous avions longuement évoqué votre engagement contre ce fléau qu'est la maladie d'Alzheimer. En 2013, j'imagine que vous répondrez également présente ?

 

V.d.V. : Bien sûr que oui. Nous avons notre première réunion avec le Comité d'organisation demain (le 28 janvier, ndlr) !

 

PdA : Le 29 septembre, Véro trouve tout n'était pas encore sorti. Cette actualité, nous l'avions à peine effleurée. Près de quatre mois après sa parution, quel bilan tirez-vous de cette aventure ?

 

V.d.V. : Je crois que ma maison d'édition, Hachette - Le Chêne, est très contente !

 

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PdA : Que vous ont dit les gens qui ont apprécié ce livre ? Les retours les plus enthousiasmants, les plus touchants ?

 

V.d.V. : Il y en a beaucoup. On m'en parle dans mes cours, dans les magasins, dans la rue, mais ce qui est amusant, ce sont les gens qui ont essayé une adresse et qui me disent « merci ».

 

PdA : Qu'aimeriez-vous dire à celles et ceux qui ne l'ont pas encore acheté, lu, je pense notamment aux non-Parisiens, pour leur donner envie de le faire ?

 

V.d.V. : Que ce livre est un petit guide pour rendre service, et qu'il plaira aussi aux gens qui n'habitent pas Paris.

 

Il y a aussi plein de petits trucs et combines pour les Parisiens. La moto-taxi, géniale. La petite couturière rapide et pas chère. Une manucure en 20 minutes pour 8 €. Un salon de coiffure anti-déprime, tant l'ambiance de ce salon est top, chez Patrick Rolland, avec Rena, la meilleure coloriste de Paris. Acheter un scooter moins cher qu'ailleurs, "Rue du Scooter"... Se faire livrer un plateau de fruits de mer sublime et pas cher, etc, etc, etc...

 

PdA : Vous me faisiez part, la dernière fois, de votre espoir de décliner le concept à d'autres villes que vous connaissez bien. Une suite est-elle en bonne voie pour 2013 ?

 

V.d.V. : Nous attendons de voir ce que dira l'éditeur, mais il en est question.

 

PdA : Quelles seraient les villes retenues ?

 

V.d.V. : J'aimerais Véro trouve tout à New York... Ou à Marseille, pourquoi pas ?

 

PdA : Bonne idée ! Revenons maintenant, si vous le voulez bien sur quelques étapes clés de votre vie.

 

Tout d'abord, la collaboration qui vous a valu ce fameux surnom, "Véro trouve tout". Avant Darc-Delon, il y a eu Mireille Darc. Vous vous souvenez de votre rencontre... ?

 

V.d.V. : Oui, parfaitement bien. J'avais 17 ans. J'étais hôtesse d'accueil dans un grand salon de coiffure très en vogue, à Paris Carita... J'y ai rencontré beaucoup de têtes couronnées et d'actrices célèbres, dont Mireille. Un jour, elle m'a dit, « Je cherche une assistante débrouillarde avec ton énergie. C'est urgent, je pars tourner au Liban dans une semaine ». J'ai répondu, « J'en connais une, c'est moi ! ».

 

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PdA : Belle histoire. Et vous l'avez suivie au Liban ?

 

V.d.V. : Après avoir eu un grand rendez-vous avec mes parents. L'examen de passage réussi, j'ai ensuite convaincu les soeurs Carita qu'il fallait que je parte... Et je suis partie à Beyrouth, sur le tournage de La Grande sauterelle, avec Hardy Krüger, Francis Blanche, etc...

 

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PdA : Et c'était parti... Une question un peu taquine, maintenant. Alain Delon n'a pas pour réputation d'avoir le plus facile des caractères. Alors, mythe ou réalité ? ;-)

 

V.d.V. : C'est quelqu'un avec une forte personnalité, avec beaucoup de cœur. Il a le culte de l'amitié comme personne. Je l'adore depuis plus de 40 ans !

 

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PdA : À quoi votre vie avec ces deux grandes vedettes ressemblait-elle ? Avez-vous à l'esprit quelques anecdotes que vous souhaiteriez partager avec nous ?

 

V.d.V. : J'en ai 1 000, mais mon quotidien avec eux était magique. Sur les tournages, avec Jean Gabin ou Lino Ventura... Avec Michel Audiard, chez qui j'allais en week end... ou a la campagne, tout simplement. J'ai participé à l'entraînement de (Carlos, ndlr) Monzon pour le championnat du monde de boxe organisé par Alain Delon. Je courais et nageais avec les boxeurs partenaires !

 

PdA : Que de belles images en tête, j'imagine... Et vous me fournissez une excellente transition pour ma question suivante. Vous vous êtes essayée à votre tour au cinéma, à plusieurs reprises. C'est un exercice qui vous plaît ?

 

V.d.V. : J'adore. Mon premier "petit" rôle était dans La Grande sauterelle...

 

PdA : Quel était votre rôle ? Vous avez de bons souvenirs de ce premier tournage ?

 

V.d.V. : Très bon souvenir. C'était sur une plage. Hardy Krüger cherchait partout Mireille, jusque sur cette plage où une fille (moi) était avec un jeune homme. Il arrive en fureur et decouvre que ça n'est pas elle ! Puis d'autres scènes, où je danse...

 

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PdA : D'autres expériences ont suivi. Quels types de personnages rêveriez-vous d'incarner aujourd'hui ? Avec qui ? Delon, Darc, Max, votre talentueux filleul ?

 

V.d.V. : Non, je n'ai pas de préférences. Mais j'aimerais tourner avec Lelouch, car il laisse aux acteurs une part d'improvisation. Et j'aime improviser !

 

PdA : J'espère qu'il lira cet entretien, que l'idée le séduira ! D'ailleurs, quels genres de films recueillent vos faveurs ? Vos incontournables ?

 

V.d.V. : Les films d'aventures, les jolies histoires à la Claude Sautet, les histoires de sagas familiales, les histoires sur l'amitié...

 

PdA : Je profite de cette escapade dans le monde du 7ème art pour évoquer un autre de ses monstres sacrés, également cher à votre cœur, - il apparaît d'ailleurs dans votre ouvrage - je pense évidemment à Gérard Depardieu. Pas mal de gens lui sont tombés dessus ces derniers temps... Ces attaques vous ont fait mal ?

 

V.d.V. : Non, car Gérard est grand, très intelligent. Il a des ressources pour se défendre. En revanche, je deteste que l'on tombe sur quelqu'un de faible.

 

PdA : Diriez-vous que l'on paie trop d'impôts en France ? Pourriez-vous avoir, vous aussi, la tentation de partir ?

 

V.d.V. : Non. Je reste, car j'adore la France. Et je suis loin, tres loin des gros salaires dont on parle !

 

PdA : Sans transition... un autre moment fort de votre vie. Votre duo avec Davina. Comment vous êtes-vous rencontrées ? C'est une amie très chère, quasiment une soeur pour vous ?

 

V.d.V. : C'est ma soeur. Nous nous sommes rencontrées dans un cours de danse classique à Paris. Notre amitié est sans faille depuis 35 ans !

 

PdA : Comment êtes-vous passées de ce cours de danse classique à Gym Tonic ?

 

V.d.V. : Après avoir obtenu un prix dans un concours de chorégraphie et dansé sur plusieurs scènes, dont l'opéra de Toulouse, nous avons donné des cours dans un sous-sol à Paris, emmenagé en salle de danse. Tout le quartier parlait de nous... un monde de folie. Puis, la visite d'une journaliste du magazine Vital... Presque un numéro special sur nous, avec un joli titre, « Véronique et Davina, elles inventent l'énergie beauté ». Ce magazine est tombé sur le bureau d'une productrice, Pascale Breugnot. Elle vient nous voir, et nous engage sur le champ à Antenne 2 (la future France 2) !

 

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PdA : Très belle histoire ! Une authentique success story ! Vous reconnaît-on souvent dans la rue ? Ça fait quel effet, de rester aussi populaire après tant d'années ?

 

V.d.V. : Oui, on nous reconnaît assez souvent, mais ce qui est le plus drôle, c'est lorsque je suis dans un magasin ou une station d'essence et que j'entends, « Regarde, regarde, c'est Véronique et Davina ! ». Alors que je suis seule !

 

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PdA : Vous avez récemment participé à Danse avec les stars en tant que coach d'Amel Bent. Cette même chaîne, TF1, vous a posé un lapin il y a quelques jours, pour une émission...

 

V.d.V. : Oui, ils sont spécialistes ! Je ne le regrette absolument pas... Je devais être trop sportive, ou pas assez blonde ! C'est peut-être un mal pour un bien. Je ferai autre chose de mieux, sûrement ?

 

PdA : Qu'est-ce que vous aimez dans la télé d'aujourd'hui ?

 

V.d.V. : Les émissions de grands reportages comme Thalassa, Des Racines et des ailes, les émissions politiques, les sujets de Mireille Dumas... Les classiques, comme les émissions de Drucker... il est respectueux de ses invités, les lumières sont belles...

  

PdA : Ce que vous aimez moins ?

 

V.d.V. : La télé-réalité. Tout ce qui est navrant pour les gens... Tout ce qui ridiculise, qui manque de finesse et d'intelligence...

 

PdA : Si demain, un producteur vous voulait à la tête d'une émission, pour le concept de votre choix, quel serait-il ?

 

V.d.V. : J'ai plusieurs idées, je ne vais pas vous les donner ! Mais je me verrais bien dans une émission interactive qui rendrait service aux gens, je suis sûre que ça marcherait à fond... J'ai 2 000 idées !

 

PdA : C'est tout le mal que je vous souhaite, qu'un producteur prenne cette initiative de vous contacter !

 

V.d.V. : Alors, qu'il lise Paroles d'Actu !

 

PdA : Une question inspirée par mon ami Cédric Anderegg et qui nous renvoie à Gym Tonic. Quel regard portez-vous sur l'évolution des cours de fitness depuis l'émission ?

 

V.d.V. : Je trouve que c'est formidable, car ça incite les gens a se remuer... Mais attention ! Regardez, testez, choisissez le bon coach avant de vous inscrire dans un club.

 

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PdA : Gym Tonic, c'était aussi une époque, les années 80. On sent qu'il y a chez certaines personnes une nostalgie pour ces années-là. C'est votre cas ?

 

V.d.V. : Pas du tout, mais j'adore l'idée d'aimer à nouveau quelque chose que l'on a aimé...

 

PdA : Revenons à Davina... Elle vit aujourd'hui dans un monastère, en harmonie avec les principes bouddhistes qu'elle a embrassés. Est-elle une source d'inspiration pour vous ?

 

V.d.V. : Non. En revanche, j'ai une immense admiration pour ce qu'elle fait, pour ce qu'elle est devenue. Alors, quelquefois, je me dis, « Que ferait Davina ? », « Que dirait Davina ? » dans telle ou telle situation... et je m'en inspire.

 

PdA : La spiritualité, la foi sont-elles importantes dans votre vie ?

 

V.d.V. : Je suis catholique, croyante. J'ai la foi, voilà. Mais sans débordements.

 

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Le petit bracelet des medailles miraculeuses de "Sur la terre comme au ciel", une des adresses de mon livre...

  

PdA : Votre foi vous aide-t-elle à mieux accepter le départ de votre maman en mai dernier ?

 

V.d.V. : Oui... mais je sais qu'elle ne doit pas être très loin de moi. En tout cas, je le souhaite et l'espère de tout mon cœur...

 

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PdA : J'en suis persuadé... Quelques évocations, avant de conclure... Je pense à Henri Salvador. Le copain au grand cœur, le camarade de pétanque...

 

V.d.V. : Henri était élegant. Élegant physiquement, certes, mais élegant dans son cœur. Courtois avec les femmes, généreux... C'était un ami que j'aimais beaucoup. Je garde 1 000 souvenirs merveilleux avec lui et Catherine, sa femme.

 

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PdA : Et puis Johnny, l'éternel phénix, qui renaît toujours de ses cendres...

 

V.d.V. : Un être à part. Il est magique. C'est aussi quelqu'un de généreux et de simple dans la vie. J'ai passé des moments extraordinaires avec lui, Laeticia et leur famille. Je les aime.

 

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PdA : Allez... une question d'actu que je n'avais pas prévue mais que je ne peux pas ne pas poser en ce jour. Il y a tout juste trente ans, l'immense Louis de Funès rejoignait le paradis des acteurs. C'est quelqu'un que vous aimez ? Peut-être l'avez-vous rencontré ?

 

V.d.V. : Génial, fabuleux... Quel acteur... Oui, je l'ai croisé un jour, aux studios de Boulogne. Il m'a dit, « Mademoiselle, vous avez de jolis yeux bleus ». Tout le monde m'a dit, ensuite, « Tu as de la chance, il est timide, ses paroles sont rares ! ».

 

PdA : Vous me disiez avoir une affection particulière pour le musée Rodin, à Paris. Quelles sont vos autres passions, celles que l'on ne vous connaît pas forcément ?

 

V.d.V. : J'aime les marchés à Paris et en province. J'aime les églises où l'on peut mettre un cierge. Je peux rester deux heures dans un magasin de papeterie ou dans une quincaillerie ! J'aime le Musée d'Art Moderne de Paris et le MoMa (Museum of Modern Art, ndlr) de New York. J'aime les bons bistrots avec des amis. J'aime la mer, le soleil et l'eau...

 

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PdA : Au fond, comment voudriez-vous que le public vous voie, au-delà de l'éternelle Véro de Véronique et Davina ?

 

V.d.V. : Comme une femme banale, qui est naturelle et sur qui on peut compter !

 

PdA : Quels sont vos projets, vos rêves ?

 

V.d.V. : Un peu moins de guerres, un peu moins d'histoires, un peu moins d'impôts... Une vie calme et sereine pour tout le monde, ça, c'est pour les rêves... Et avoir une émission de radio ou de télé. Je ne crois pas, je suis sûre que ça marcherait !

 

PdA : En cette période de voeux, que peut-on vous souhaiter pour 2013, chère Véronique ?

 

V.d.V. : D'avoir une bonne santé et la même énergie, pour que je puisse continuer de la communiquer à ceux qui en ont besoin. Et que les gens pensent à et aident la Fondation pour la Recherche sur la maladie d'Alzheimer, auprès de laquelle je suis engagée depuis plus de 10 ans !

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ?

 

V.d.V. : Qu'ils mettent un peu de soleil dans leurs cœurs, car la vie est belle malgré tout...

 

PdA : En voilà un beau message... En avez-vous un autre pour quelqu'un en particulier ?

 

V.d.V. : Non, je ne vois pas...

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment !

 

V.d.V. : Merci Nicolas pour ce moment avec vous.

 

 

Merci Véronique, merci pour tout ! Phil Defer. Un commentaire ?

 

 

Quelques liens...

 

 

Présentation remaniée : 07/11/13.

21 janvier 2013

Jean-Marc Sylvestre : "J'ai parfois blessé des gens, je le regrette"

Jean-Marc Sylvestre a longtemps fait figure d'épouvantail, de "punching ball" commode pour les détracteurs d'un libéralisme économique dont les dérives ont pu, légitimement, choquer des hommes, des femmes de bonne foi. On a accolé à ce dernier, de plus en plus souvent, le préfixe "ultra", quitte à confondre, par facilité, des principes et leur caricature. Jean-Marc Sylvestre "était" le libéralisme en France, il l'incarnait au quotidien sur TF1. Ce professeur d'économie se voulait pédagogue avant tout, mais l'étiquette des excès de sa science a parasité le message. Elle lui colle toujours à la peau. Rencontre avec un homme bien plus complexe que son image publique. Un homme que la vie n'a pas épargné, pas sectaire ni avare en autocritiques. Je le remercie pour ses réponses, pour nos échanges. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JEAN-MARC SYLVESTRE

Spécialiste de l'économie pour TF1, LCI puis i>Télé

Rédacteur en chef de Jean-Marc Sylvestre, le blog

 

"J'ai parfois blessé des gens, je le regrette"

 

Jean-Marc Sylvestre

(Photo fournie par M. Jean-Marc Sylvestre)

 

 

Q : 30/11/12

R : 21/01/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Jean-Marc Sylvestre. En 2003, le public, habitué à vous voir sur les plateaux de télévision, découvrait Une petite douleur à l'épaule gauche (Ramsay). Vous y narriez les gros pépins de santé vécus un an auparavant, votre redécouverte, en tant que patient cette fois, du système de santé français. De ses bienfaits, de ses failles, également... Une expérience qui vous avait fait beaucoup réfléchir... Comment allez-vous aujourd'hui ? Avec le recul d'une décennie, en quoi diriez-vous de cet épisode de votre vie qu'il vous a changé ?

 

Jean-Marc Sylvestre : Je me serais bien passé de cette "expérience", comme vous dites, mais je m'en suis tiré... Avec beaucoup de difficultés, certes, mais aussi avec un regard un peu différent sur la vie et le système hospitalier. J'ai d'ailleurs écrit tout cela dans Une petite douleur à l'épaule gauche, et comme le livre a marché, je crois qu'il a touché pas mal de monde...

 

Il ne se passe pas une journée de ma vie sans que je ne pense à cette histoire... Donc, je fais attention à un certain nombre de choses. J'essaie de ne pas perdre de temps. Je me sens plus proche de tous ceux qui sont malades... J'essaie d'être utile... plus juste... Enfin, ça a dû me faire grandir.

 

 

PdA : J'évoquais à l'instant votre notoriété auprès du public. Vous avez été durant une quinzaine d'années (1994-2010) le "Monsieur économie" de la Maison TF1 (LCI-TF1). Quel regard portez-vous sur cette collaboration ? Quels souvenirs forts en gardez-vous ? Êtes-vous restés en bons termes ? 

 

J.-M.S. : Je ne regrette pas du tout la notoriété, c'est très agréable... Vous savez, je connais des animateurs de télé ou des vedettes du show-biz qui se plaignent... Ils ont mis vingt ans à se faire connaître et, quand ils sont connus, ils se cachent et mettent des lunettes noires. C'est ridicule. Ça fait partie du métier, mais ça n'est pas le coeur du métier... Le coeur du métier, c'est de parcourir l'histoire qui se déroule sous vos yeux et d'en rapporter les faits et les chiffres en essayant de distinguer ce qui est accessoire de ce qui est important...

 

Mon histoire avec TF1 a duré près de vingt ans. Ses dirigeants m'ont donné les moyens d'exercer mon métier, c'est une grande chance. J'ai essayé d'être à la hauteur de cette confiance, c'est-à-dire de faire de la pédagogie de l'économie pour le plus grand nombre.

 

Les souvenirs, ce sont les amis que je m'y suis fait et les occasions de rencontrer les acteurs de l'actualité. C'est un lieu de pouvoir, et donc d'influence exceptionnel. TF1 m'a donné la chance de couvrir depuis vingt ans tous les grands événements économiques : le passage à l'euro, les crises, etc, etc... Je suis resté en excellent terme avec TF1, c'est une très belle entreprise moderne.

 

 

PdA : Durant cette période de forte médiatisation, vous avez été attaqué parfois en tant que "Monsieur libéral" de la télévision, endossant à titre personnel les griefs faits par ses détracteurs à l'économie de marché. Avez-vous ressenti les choses de cette façon ? D'ailleurs, qu'en est-il réellement ? Comment définiriez-vous en quelques mots l'idée que vous vous faites d'une économie qui fonctionne ?

 

J.-M.S. : J'ai été critiqué, mais c'est normal. Il y avait un peu de jalousie mais aussi de concurrence, sans parler de mes erreurs... Je n'ai parfois pas été assez clair, assez pédagogique, trop "presse". C'est normal d'être critiqué.

 

La lecture libérale de l'économie, je l'assume, totalement. Je suis professeur d'économie, mon métier, c'est d'expliquer le fonctionnement du système. Je crois profondément, parce que j'ai lu Marx, qu'il n'y a pas deux façons de créer de la richesse : il faut du travail, encore du travail, de l'intelligence et de l'épargne... Le système économique a pour objectif de créer de la richesse, des emplois, des investissements, du progrès, etc, etc... Il n'a pas à faire de la morale. La morale, c'est personnel. L'entreprise ne fabrique pas de la morale, elle fabrique de l'argent. Les acteurs de l'entreprise doivent en revanche avoir un comportement moral, éthique, exemplaire...

 

À titre personnel, je m'en suis tenu à cette définition. Alors, j'ai parfois blessé des gens, et je le regrette. J'ai parfois été arrogant, sans doute, et je le regrette... Mais je suis intimement convaincu que le système a besoin de liberté individuelle et de responsabilité personnelle. L'État ne peut pas tout faire. Son rôle n'est pas de créer de la richesse, son rôle est de mettre en place un code de la route et de le faire respecter. Le rôle de l'État est de créer les conditions les plus favorables pour que les hommes et les femmes puissent exercer leur liberté et leurs initiatives.

 

 

PdA : Cette image qui vous a collé à la peau était aussi liée à celle du média. On dit souvent de TF1 qu'elle est une chaîne de droite... C'est le cas ?

 

J.-M.S. : TF1 n'était ni de droite, ni de gauche... TF1 est une entreprise qui se doit d'avoir le maximum de téléspectateurs. TF1 ne peut pas être partisan.

 

 

PdA : Vous avez enseigné l'économie, vous l'avez commentée depuis le début des années 70. Quelles évolutions majeures de l'économie mondiale, quelles tendances lourdes notez-vous par rapport à vos débuts ?

 

J.-M.S. : Depuis les années 1970, l'économie s'est mondialisée. Les pays sous-développés sont devenus des émergents. L'économie s'est mise en concurrence, ce qui est un facteur de progrès. L'économie a été tractée par le progrès technique...

 

Le problème en France, c'est que les opinions publiques ont peur de la mondialisation. Elles ont peur de la concurrence. Elles ont peur du progrès technique... On ne leur a pas assez expliqué les bienfaits de cette évolution. Les hommes politiques n'ont pas fait leur métier de pédagogues et d'explicateurs des évolutions nécessaires.

 

 

PdA : Louis Gallois vient de remettre au Premier ministre Jean-Marc Ayrault son rapport sur la compétitivité des entreprises françaises. Imaginons maintenant qu'un gouvernement quelconque, sur la base de votre expérience et de votre expertise économique, décide de vous confier à votre tour une mission. Un rapport visant à redynamiser la croissance française et notamment à booster nos entreprises à l'international. Quelles seraient vos préconisations ?

 

J.-M.S. : J'ai accepté une fois une mission auprès du ministre de l'Agriculture pour préparer la loi d'orientation agricole. Ça a été une expérience passionnante, très difficile. Le métier politique est très difficile. Nous sommes en démocratie, un homme politique doit être élu pour gouverner. La logique du marché politique n'est pas forcément la même que celle du marché économique. L'homme politique doit faire des promesses pour être élu. Il a parfois du mal à les respecter et les réaliser.

 

Mes préconisations sont celles de tous les experts. Il faut réformer ce pays pour le mettre à niveau de la concurrence internationale. Tout le monde sait cela, mais l'homme politique doit l'appliquer, et c'est très difficile à faire passer. Louis Gallois a été formidablement habile, mais Louis Gallois n'est pas un élu...

 

 

PdA : Très franchement, que vous inspirent les débuts du quinquennat de François Hollande ?

 

J.-M.S. : Les débuts du quinquennat sont à la mesure de la campagne présidentielle... Beaucoup de promesses et d'ambitions mais des contraintes difficiles à surmonter. D'où les difficultés, les couacs et les déceptions. Mais c'est normal, tout cela...

 

 

PdA : Vous reconnaissez-vous dans l'offre politique française actuelle ? D'ailleurs... n'avez-vous jamais eu la tentation de vous lancer vous-même dans une aventure politique ?

 

J.-M.S. : L'offre politique est une chose, elle répond à la logique du marché politique. La réalité m'intéresse davantage, et tout le talent d'un homme politique, c'est de tenir compte de cette réalité sans pour autant décevoir son électorat. C'est un métier très difficile.

 

 

PdA : Êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste quant à l'avenir de l'union économique et monétaire européenne ? Quelle Europe appelez-vous de vos vœux pour relever les défis de demain ?

 

J.-M.S. : Je suis assez pessimiste, mais je sais qu'on ne peut pas faire machine arrière. Je sais aussi que, quand nous sommes au bord du ravin, au bord de la crise, on se redresse... Depuis 2007, on est passé à côté de la catastrophe mondiale, on l'a évitée à chaque fois... Ça a coûté cher, mais le système tient debout.

 

 

PdA : Le site Ebuzzing vient de classer votre blog à la tête des blogs éco, et à une dix-huitième place remarquable au classement général. Quelle est votre réaction ? Quid de votre rapport à internet ?

 

J.-M.S. : L'accueil est plutôt bon, ça veut dire qu'en disant la vérité, on doit gagner. Les lecteurs ne veulent plus qu'on leur raconte des histoires. On essaie d'être vrais.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, Jean-Marc Sylvestre ?

 

J.-M.S. : De continuer le plus longtemps possible...

 

 

PdA : Quel message aimeriez-vous adresser à nos lecteurs ?

 

J.-M.S. : De ne pas céder à la résignation. Leur dire que quand on veut, on peut... Le bonheur n'est pas toujours dans le pré... mais on doit pouvoir s'en approcher.

 

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment...

 

J.-M.S. : Les faits sont têtus... ce n'est pas de moi, c'est de Lénine, un grand auteur libéral comme vous savez !

 

 

 

Merci encore, Jean-Marc Sylvestre, pour le temps que vous avez bien voulu me consacrer. Tous mes voeux pour une belle et heureuse année 2013 ! Phil Defer

 

 

 

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14 janvier 2013

Pierre-Henri Bovis : "Les Jeunes populaires doivent montrer l'exemple"

   En 2012, j'ai eu à coeur de donner la parole à de nombreux jeunes engagés en politique, ou en tout cas intéressés par notre avenir collectif. Le leur. Pour cette première interview politique de l'année, voici Pierre-Henri Bovis, membre des Jeunes populaires qui a bien voulu évoquer pour Paroles d'Actu son parcours, ses idées, ses espoirs. Des questions d'actu, comme le mariage gay et la manifestation de la veille. Militant à l'UMP dès l'âge de 19 ans, il a appris sur le tas à s'imposer au sein d'organisations préexistantes. Une expérience qui parlera sans doute à pas mal de "juniors", quelle que soit leur bannière.

   Pierre-Henri Bovis l'affirme, la reconquête qu'entend opérer la droite se fera avec les jeunes... ou ne se fera pas. Ils fourniront à leur parti ses cadres de demain et ont dès aujourd'hui un message à délivrer à leurs aînés, à la société, à la jeunesse. Un enthousiasme à communiquer. Lui aussi, vous allez vite le découvrir... Merci. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

PIERRE-HENRI BOVIS

Ancien coordinateur de campagne de Benjamin Lancar

Membre des Jeunes avec Fillon, aux côtés de Mickaël Camilleri

 

« Les Jeunes populaires doivent

 montrer l'exemple »

 

PHB

(Photo fournie par Pierre-Henri Bovis)

 

Q. : 30/12/12 ; R. : 14/01/13

 

Paroles d'Actu : Bonjour Pierre-Henri Bovis. Vous avez 20 ans et déjà derrière vous un joli début de parcours de militant. Parlez-nous de vous. Qu'est-ce qui vous a poussé à adhérer à l'UMP ?

 

Pierre-Henri Bovis : Je suis originaire de Toulon, dans le Var. C’est près de la Côte d’Azur que j’ai grandi et passé mes quinze premières années. En quelques sorte, je peux dire que j’ai presque toujours baigné dans la politique, grâce à ma mère, qui s’est dévouée et engagée sans relâche dans les années 2000, peu de temps avant la création de l’UMP. Malgré mon jeune âge et mon incompréhension face à des réunions qui se terminaient sur les coups de minuit, 1h du matin, j’ai appris d’elle la sociabilité, le fait d’aller de l’avant, de ne pas avoir peur de se présenter et de parler sans cesse.

 

C’est justement cette origine familiale qui m’a convaincu de m’engager en politique aux côtés de la droite républicaine. En parcourant les différents cantons provinciaux avec elle, j’ai pu observer de mes propres yeux un système, dirigé la plupart du temps par des socialistes, qui ne fonctionne pas. Soit il achète à coups d’allocations le silence de personnes qui n’ont plus la force de descendre dans la rue, soit il matraque fiscalement des classes moyennes qui ne parviennent plus à se relever. Dans les deux cas, ce sont des milliers de personnes qui perdent foi en eux et qui, à chaque période électorale, croient voir en un nouveau candidat le messie qui peut les aider.

 

Plus grave encore, j’ai pu remarquer de moi-même que ce système présente une perversité telle qu’il est difficile de s’en échapper. Dans cette politique de la « main tendue » d’un côté et du « matraquage fiscal » de l’autre, la haine de celui qui habite en face de chez vous ne fait que progresser de jour en jour. Lorsque vous avez dans un même immeuble deux personnes, une qui se lève tous les matins pour gagner un SMIC qui sera avalé par une trop lourde fiscalité et une autre qui reste chez elle toute la journée sans rechercher forcément un travail, avec, pour « l’aider », le RSA, la CMU, l’allocation logement, la gratuité des transports... comment voulez-vous éviter un vote extrême de la part du « smicard » ? Il ne faut pas leur jeter la pierre, ni à l'un ni à l'autre, mais au contraire combattre ce système qui les dévore de l’intérieur.

 

C’est pour ce combat que je me suis engagé réellement en 2011, contre cette politique de gauche qui aliène plus qu’elle n’aide. Je suivais déjà depuis longtemps les affaires politiciennes. Lassé d'entendre toutes ces critiques contre un homme qui a tant fait pour ce pays, je ne pouvais que m’engager. Je venais d’avoir 19 ans et, comme beaucoup, j’ai pris ma carte à l’UMP pour Nicolas Sarkozy, un homme qui a redoré le blason de la méritocratie et du travail.

 

PdA : 2012, année électorale intense. Vous avez notamment été coordinateur de la campagne législative de Benjamin Lancar dans la cinquième circonscription de Paris. Quels moments forts, quelles leçons retiendrez-vous de toutes ces expériences sur le terrain ?

 

P.-H.B. : Benjamin Lancar est une personne extraordinaire, qui a un immense talent. C’était d’ailleurs au début très dur de le suivre. Je rentrais à peine dans la machine, en novembre 2011, et j’ai dû m’adapter à un rythme extrêmement soutenu, dès le mois de mars 2012.

 

Je ne le remercierai sans doute jamais assez pour la confiance qu’il m’a accordée, alors que nous nous connaissions à peine personnellement. De tout ce que nous avons fait, je pense que j’ai appris la réelle signification du mot « envie ». Nous avions un emploi du temps très chargé, de 8h du matin à parfois 23h le soir, avec peu de pauses - et, souvent, courtes - dans la journée. Nous ne comptions pas les heures de travail, de tractages, de réunions, d’appels…

 

Cette expérience nous a tous beaucoup rapprochés, car nous étions dans une équipe qui s’entendait très bien. Nous étions, stagiaires ou non, très investis dans cette campagne. Je pense notamment à Déborah Pawlik (sa suppléante), Sébastien Julienne, William Pesson, Charles-Henri Alloncle, Lucie Roche, Constance Nebbula, Aloïs Bazin de Jessey, et tous les autres ! Nous avons vraiment vécu de très bons moments !

 

Grâce à Benjamin, j’ai pu apprendre en trois mois ce que j’aurais appris en une année : gérer un planning de campagne, une équipe, des relations presse, des rendez-vous avec des anciens ministres… C’est une expérience inoubliable que j'ai pu vivre avec toute cette grande équipe !

 

PdA : Après les défaites du printemps, l'automne de la discorde, on parle de possibles difficultés financières pour l'UMP. Annus horribilis ? Pas la meilleure, en tout cas... Quel regard portez-vous sur l'année qui s'achève ? Dans quel état d'esprit aborderez-vous 2013 ?

 

P.-H.B. : Une défaite électorale se traduit toujours par une perte d’argent considérable, c’est une évidence. Mais il faut arrêter de porter un regard toujours négatif sur la situation. Cela fait vingt ans que la droite se prend des coups par l’opposition, à nous maintenant de les rendre. Je remarque une chose à ce sujet : la gauche était au pouvoir la dernière fois avec Mitterrand. Depuis, elle n’a eu cesse de lancer des pierres successivement à la présidence de Chirac et de Sarkozy. Les médias nous annonçaient une victoire de la gauche, à la limite d’un plébiscite, avec un 70/30, dès les mois de janvier, février. Au final, la présidentielle ne s'est jouée qu’à 500.000 voix.

 

Aujourd’hui, c’est la première fois sous la Vème République que la gauche détient tous les pouvoirs et cela veut dire une chose simple : nous avons plus à gagner qu’à perdre. Perdre... François Hollande est plutôt bien placé pour en parler. Sa cote de popularité est en forte baisse depuis sa prise de fonction, et pas moins de 63% des sondés désapprouvent son action, avec 59% de mauvaises opinions, selon BVA, à la fin du mois de décembre. Mais le plus grave est de remarquer que François Hollande a fait des promesses purement électoralistes. La tranche d’imposition à 75% est anticonstitutionnelle et il le savait. Pourtant, il a fait cette promesse alors même que son conseiller économique, Jérôme Cahuzac, ignorait ce projet de réforme au moment de l’annonce.

 

Amateurisme ? Sûrement. Car ce début de quinquennat est marqué par une profonde incompétence qui « change » réellement avec l’image présidentielle que Nicolas Sarkozy avait laissée. Au moins, il ne nous a pas menti : le « changement » est bien maintenant. Mais la réelle question est de savoir si c’est bien celui que les gens attendaient. On se la pose lorsqu’on voit la presse qui, telle Marianne, titre « Hollande, secoue-toi, il y a le feu »… Cette même presse qui l’a mis au pouvoir quelques mois plus tôt.

 

Du prix de l’essence au traité européen, ces derniers mois n’ont été que des retournements de veste. Sans parler des couacs permanents du gouvernement, comme récemment avec Najat Vallaud-Belkacem, qui a fait la propagande du « mariage pour tous » à des élèves de 4ème le lendemain même du jour où Vincent Peillon envoie une lettre aux recteurs d’académie pour demander le respect d’une totale neutralité…

 

En résumé, la présidence de François Hollande, se résume pour le moment à un reniement en tous genres ! C’est pourquoi, nous avons lancé une initiative nationale appelée « Les Reniements, c’est maintenant », compilant chaque trahison, chaque promesse non-tenue de François Hollande. Et nous avons de quoi faire. Ce groupe est accessible sur son site web, sur Facebook et Twitter. Aujourd’hui, nous avons dépassé les trente reniements au compteur et, au regard du succès que nous avons eu dès la création du groupe, nous savons que nous aurons beaucoup de travail en cette année 2013.

 

PdA : J'évoquais tout à l'heure l'élection du président de votre parti. Les suites du scrutin de novembre ont eu le parfum de chaos que l'on sait, mais les tensions semblent s'être apaisées, un nouveau vote se tiendra bientôt. J'aimerais vous interroger sur une autre échéance dont on parle peu : la présidence des Jeunes populaires. Vous êtes proche de l'un des favoris à la succession de Benjamin Lancar, Mickaël Camilleri.

Quel bilan tirez-vous de l'action accomplie depuis 2008 ? Que pouvez-vous nous dire, à ce stade, des enjeux de cette consultation qui devrait également avoir lieu en 2013 ?

 

P.-H.B. : L’UMP reste aujourd'hui une force politique de plus de 300.000 adhérents, ce qui en fait le premier parti de France. C'est incontestable. Et je regrette énormément les dires du Parti socialiste et du Front national, qui n'ont cessé d'attaquer notre famille politique. Si le spectacle donné a été désastreux, il ne doit pas être moqué par des partis qui élisent leur dirigeant soit à huis clos, soit sur présentation d'un livret de famille.

 

Entre la dictature imposée par les ténors du PS et la monarchie instaurée par la dynastie Le Pen, je préfère ma famille politique, qui s'est lancée dans une campagne au sein même de son parti. Cette campagne a abouti à des déceptions, c'est vrai. Les premiers déçus restent les militants, que nous avons souvent tendance à oublier.

 

Aujourd’hui, un accord a été conclu entre « Copéistes » et « Fillonistes », et nous aurons un nouveau vote dès septembre 2013. En attendant, nous avons une direction plus ou moins collégiale et nous nous en contenterons. Les tensions étaient aussi très fortes chez les jeunes, mais elles semblent également s’être apaisées.

 

L’élection du président des Jeunes populaires est encore incertaine à ce jour et la solution la plus plausible reste une direction collégiale avec des « jeunes copéistes » et des « jeunes fillonistes ». C'est-à-dire une direction similaire à celle des aînés.

 

Vous parliez de « favori », mais aujourd’hui, il n’y en a pas vraiment. En revanche, il y a ceux qui peuvent se féliciter d’un passé militant, avec de l’expérience de terrain, des déplacements dans les différentes fédérations de France, et d’autres qui n’ont que leur parole pour se défendre. Je pense très sincèrement que, chez les aînés, comme chez les jeunes, on privilégiera ceux qui ont agi contre ceux qui n’ont fait que parler.

 

PdA : Quel devra être, de votre point de vue, le message adressé à vos aînés de l'UMP et, au-delà, à l'ensemble de la société par les Jeunes populaires ? Quelle ligne politique, quelle voix originale souhaiteriez-vous porter ?

 

P.-H.B. : Les militants, qui ont été oubliés dans cette campagne interne, veulent aujourd’hui montrer, à l’instar des Jeunes socialistes, des Jeunes frontistes, des Jeunes du Front de Gauche, qu’ils sont capables de porter un message de démocratie militante. Et ce sera le rôle du président des Jeunes - ou de cette direction collégiale - de montrer, y compris à nos aînés, qu’une démocratie interne est possible. Nous voulons montrer l’exemple.

 

Cette campagne interne nous a permis de visiter plusieurs fédérations et de parler avec les militants. Le message était clair : « Nous voulons le respect des voix des militants et que la victoire électorale soit méritée ; qu’elle soit le fruit d’un travail collectif de plusieurs mois. Nous ne voulons pas qu’elle soit volée, nous voulons le meilleur président pour une reconquête assurée des territoires. »

 

Le message à porter est donc simple : quoi de mieux pour assurer une reconquête territoriale que d’avoir des jeunes formés ? Il faut prendre le problème à la base, et préparer les jeunes désireux de réussir et de changer les choses aux prochaines échéances électorales. Le bureau des Jeunes avait créé une École de Formation pour, justement, préparer ces jeunes talents à prendre la relève de leurs aînés.

 

Si nous voulons remporter les municipales, nous devons avoir un maximum de jeunes sur les listes, un maximum de jeunes sur le terrain. Cette formation, qui s’étend sur un week-end, enseignait le fond (développer des idées fortes, des arguments pertinents...) et la forme (comment agencer les idées, comment aborder les personnes...), avec un cours de media-training (savoir parler devant une caméra, prendre la parole au micro...). Les aînés nous parlent de reconquête. Si, effectivement, nous en voulons une, ce ne sera pas sans les jeunes, sans cette force de frappe incroyable que l’UMP a à sa disposition.

 

Quant au parti en lui-même, il doit continuer de tenir un discours ferme sur les questions d’immigration, de sécurité, de lutte contre l’assistanat, principal cheval de bataille de Laurent Wauquiez. L’UMP ne doit pas se laisser piéger par des discours de pseudo-intellectuels bien-pensants jactant que les ténors du parti ne tiennent pas un discours politiquement correct. Il faut récupérer les électeurs du Front national que nous avons perdus, tout en affirmant le côté social du parti.

 

La gauche n'a pas le monopole de l’écologie, elle n'a pas celui du pouvoir d’achat. L’immigration et la sécurité ne sont pas des sujets frontistes. Ils sont des sujets essentiels au maintien de notre société et l’UMP ne doit pas avoir peur de dire la vérité aux Français, de tenir un discours juste et réel. C’est aussi le rôle des Jeunes populaires aujourd’hui de tenir ce discours de fermeté et de rigueur. Qu’en est-il pour la jeunesse ? Que nous réserve la politique de François Hollande, quand celui-ci déclare, Porte de Versailles, que son ennemi est la finance, ou quand celui-ci insulte les investisseurs et les créateurs d’emplois ?

 

PdA : Je le suggérais tout à l'heure, vous n'aviez pas 20 ans au moment de vos premiers combats militants. Je crois savoir qu'il n'a pas toujours été facile de vous faire accepter, respecter en tant que militant à part entière. Voulez-vous vous exprimer sur ce sujet ?

 

P.-H.B. : Il est vrai que lorsque vous avez 25, 26 ans, que vous travaillez, vous n’avez pas forcément envie d’entendre les conseils d’un jeune de 19, 20 ans, encore en études. C’était parfois agaçant mais ça a un avantage : j’ai beaucoup appris de mes « aînés », et ce partage de compétences qui peut s’opérer force à l’humilité. Même si cela a été effectivement difficile au début, les choses se sont arrangées depuis, et si quelque chose ne me convient pas, je ne me gêne pas pour le faire remarquer.

 

Je ne veux pas rester spectateur, ou simple exécutant. Pire, rester grincer des dents devant ma télé, sans pour autant avoir le courage de dire ce que je pense. Nous avons une chance extraordinaire, qui est de pouvoir s’exprimer. Je ne vois pas pourquoi, au nom d’un certain conformisme qui viserait à faire taire les plus jeunes face aux aînés, j’exécuterais ma tâche de militant sans donner mon avis.

 

PdA : Quels sont vos projets, vos ambitions pour la suite ?

 

P.-H.B. : Je suis actuellement en Licence 3 en Droit à Paris Descartes. J’attends donc de valider mon année pour envisager la suite, pour le Master. À l’issue de mon cursus, je passerai certainement des concours administratifs, ou bien l’école du Barreau.

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ? Pour quelqu'un en particulier ?

 

P.-H.B. : Oui, j’aimerais m’adresser à Frédéric Gal, pour lui transmettre toute ma sympathie. J’ai beaucoup apprécié cette interview et le combat qu’il mène avec son association « Le Refuge ». L’homophobie mène aujourd’hui à de terribles drames, et il est nécessaire de la combattre.

 

Toutefois, il est dangereux de faire l’amalgame entre l’homophobie et les opposants au mariage gay.  Ce dimanche 13 janvier, plusieurs centaines de milliers de personnes ont défilé pour sauvegarder la notion même de mariage. La France reste attachée aux « valeurs ». Il ne s’agit pas là de refuser les mêmes droits aux couples homosexuels, car cela serait intolérable dans une démocratie comme la nôtre. Il s’agit de préserver une institution républicaine basée au départ sur la relation entre un homme et une femme, binôme indispensable pour assurer la procréation naturelle. Cela assure la stabilité de la famille et, par voie de conséquence, celle de la société.

 

Le mariage gay est mis sur la table de manière trop hâtive, c’est une réforme à la va-vite. Comment nier le fait que le mariage n’ouvrira pas nécessairement à l’adoption, à la filiation ? À l'heure d'aujourd'hui, les conventions européennes et internationales ne permettent pas d'adopter ou, du moins, difficilement, pour des couples homosexuels. Pour l'adoption, en France, les couples hétérosexuels attendent dix ans, en moyenne. L'alternative à l'adoption reste la marchandisation du corps de la femme, restée interdite en France et d'ailleurs dans la plupart des pays européens.

 

Regardons si, moralement, l'individu a réellement un « droit à l'enfant », considéré alors comme un objet de vente, acheté à une femme qui « louerait » son ventre comme si elle « louait » ses bras (Pierre Bergé, ami de F. Hollande). Sur un plan moral et éthique, cette alternative reste discutable. Eu égard à ces deux raisons, le mariage civil en tant que tel pour les homosexuels est trop rapide et reste incertain. Il faudrait aller, selon moi, étape par étape, et ouvrir tout d’abord une « union civile », pour ensuite commencer à revoir les conventions européennes d'adoption et, peut-être, mieux réguler l'adoption nationale.

 

Il ne faut pas oublier que l’enfant n’est pas « un droit », mais une chance de la nature. L’argument de l’amour n’est pas valable dans un débat portant sur le mariage. Il ne faut pas oublier non plus que celui-ci reste une institution placée sous le coup dune législation. Depuis quand fait-on rentrer les sentiments dans le domaine de la loi ?

 

Si la question doit être réglée rapidement, je pense alors que la solution du référendum est la bonne. Pour une question qui touche autant la société, le peuple devrait pouvoir s’exprimer directement.

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, Pierre-Henri Bovis ?

 

P.-H.B. : J’aimerais plutôt qu’on souhaite quelque chose à tous les Français, et plus particulièrement à tous les jeunes de France. Quand je vois, aujourd’hui, d’un côté, des jeunes à la recherche d’emplois, des jeunes au chômage ; quand je vois, a contrario, ce gouvernement qui crée la polémique sur le « mariage pour tous », je me dis qu’il n’y a aucune preuve de responsabilité de la part du pouvoir en place.

 

François Hollande agit avec amateurisme et clientélisme. Au lieu de vouloir faire plaisir à tel ou tel corporatisme, il serait préférable qu’il renverse la courbe du chômage et qu’il en fasse une priorité. Cette réforme sur le mariage gay a été très mal amenée et tombe, à cette heure, un peu comme un cheveu sur la soupe. Elle reste cependant trop médiatique au regard des problèmes touchant au pouvoir d’achat, à l’emploi et, donc, au chômage.

 

Je veux pour mon pays qu’il soit responsable et créateur d’emplois pour nos jeunes. Ce n’est pas en déresponsabilisant un pays, en créant, par exemple, des salles de shoot, que nous redressons un État. Ce n’est pas en reniant nos racines judéo-chrétiennes pour satisfaire des corporatismes religieux que nous serons une France forte.

 

PdA : Un dernier mot ? Merci !

 

P.-H.B. : Merci. Merci de m’avoir donné la parole…

 

 

Merci Pierre-Henri pour vos réponses. Bravo pour votre engagement, votre enthousiasme très prometteurs... Un commentaire ?

 

Quelques liens...

 

 

Présentation remaniée : 12/10/14.

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8 janvier 2013

Desireless : "Mon souhait ? Continuer sur le chemin..."

À l'occasion de cette première publication de l'année, mon invitée et moi vous convions... au voyage. Pas n'importe lequel. Un voyage « plus loin que la nuit et le jour », dans « l'espace inouï de l'amour ». Vous l'aurez compris, c'est l'inoubliable interprète du tube planétaire Voyage, voyage, Claudie Fritsch alias Desireless, qui nous accompagnera durant cet entretien. Si je donne assez rapidement l'impression de vouloir me "débarrasser" de l'évocation de ce titre pour lequel tout le monde la connaît, c'est précisément parce que tout le monde la connaît pour cette chanson. Très belle chanson, que j'ai réécoutée plusieurs fois, avec plaisir, avant de préparer les termes de notre interview. L'idée était justement de lui donner une occasion supplémentaire de faire découvrir, de vous faire découvrir ses autres chansons, ses nouveautés. Son univers, extrêmement riche, original, cette artiste, bourré de talent et d'humanité.

 

J'ai pris le temps de parsemer le texte final de liens très nombreux vers sa page Facebook, ses vidéos, surtout. Regardez, écoutez, découvrez, vous allez aimer, forcément... Voici le voyage que nous vous proposons. Rencontre avec une star des années 80 qui vit résolument avec son temps, qu'il s'agisse de son art, ou de sa vie tout court. Quelqu'un de bien... J'ai résisté durant l'interview à la tentation du tutoiement, auquel elle m'invitait. Aujourd'hui, je le dis avec joie : merci Clo pour ta gentillesse. Tous mes voeux de bonheur à toutes et à tous, belle et heureuse année 2013. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

CLAUDIE FRITSCH alias

DESIRELESS

Une belle expérience musicale... et humaine !

 

« Mon souhait ?

Continuer sur le chemin... »

 

Desireless 1

(Photos fournies par Clo alias Desireless)

 

Q : 07/01/13

R : 07/01/13

 

Paroles d'Actu : Bonjour Claudie, comment allez-vous ?

 

Desireless : Bonjour Nicolas. Tout va bene...

 

PdA : Comment préférez-vous que l'on vous appelle, d'ailleurs ? Desireless ? Claudie ? Clo... ? (bon, pas sûr que j'ose, pour le dernier ^^)

 

D. : Si si... ose ! Clo ! :) Et si tu me dis "tu", c'est encore mieux ! 

 

PdA : Desireless, pour le grand public, c'est d'abord Voyage, voyage, votre tube emblématique des années 80. Rassurez-vous, une seule question sur cette chanson... ;) Avez-vous à l'esprit quelques anecdotes illustrant cette popularité et que vous souhaiteriez partager avec nous ?

 

D. : Cette chanson est ma meilleure amie, et aussi une petite clef magique qui ouvre les coeurs... Grâce à elle, je continue à voyager... C'est aussi mon épée laser... Comme je viens de le dire, elle est magique... ;) Si si, je t'assure !

 

PdA : En 2012, L'Oeuf du Dragon, EP aux sonorités résolument électro, est né de votre collaboration avec Antoine Aureche (Operation of the Sun). De beaux titres - j'aime beaucoup Sertão personnellement - et des remixes très bien réalisés. Parlez-nous de cette aventure ?

 

D. : J'ai rencontré Antoine il y a plus d'un an. Il m'a contactée par mail pour me demander de participer à une des chansons de son album Operation of the Sun : Uchronia. On a passé une après-midi ensemble à la maison, et on s'est tout de suite bien entendu. C'est quelqu'un comme j'aime... musicien... mystérieux... fou ... et très efficace. Et très vite, on a décidé de continuer l'aventure... J'aime travailler avec des gens plus jeunes que moi, qui n'ont pas encore trop d'habitudes.

 

PdA : Cet EP est distribué gratuitement sur internet. On sait les maisons de disques particulièrement frileuses en ce moment, et pas franchement enclines à prendre des risques sur du neuf, forcément plus aléatoire... Avec vos modes de diffusion actuels, est-ce que vous trouvez - vous me pardonnerez pour l'utilisation de ce mot bien peu élégant - votre "compte" ?

 

D. : Ca fait longtemps que j'ai pris mon parti de m'éloigner des maisons de disques et de tout ce milieu du showbiz parisien. J'ai la chance de pouvoir bien gagner ma vie en étant sur scène. Et je coupe de plus en plus les liens avec tous ces intermédiaires qui se fichent, il faut le dire, des artistes et du public. C'est beaucoup de boulot de faire tout toute seule, ou presque... Mais depuis que j'ai décidé de prendre en main ma vie professionnelle, ça roule super bien ! Tout est beaucoup plus simple.

 

PdA : Est-ce qu'il y a, sur la scène actuelle, - quels que soient le style ou le pays d'ailleurs, votre musique se joue magnifiquement des frontières - des artistes qui vous inspirent et dont vous aimeriez, au détour d'une rencontre artistique, marier l'univers au vôtre ? Si oui, évidemment, la réponse appelle... des noms ! ;)

 

D. : Il y aurait beaucoup de gens avec qui j'aimerais collaborer. Mais ce que j'aime, ce sont les surprises, et surtout les rencontres... le hasard ou le destin ! ;) Je n'aime pas savoir de quoi demain sera fait...

 

PdA : Depuis François en 1989, vous avez sorti une grosse demi-douzaine d'albums. Pour quelqu'un qui aurait envie de vous découvrir au-delà du titre-que-je-ne-suis-plus-censé-citer, quel est votre top 5 des chansons pré-Oeuf ? Celles que vous aimeriez lui conseiller d'écouter, parce qu'elles vous tiennent particulièrement à coeur, ou simplement parce qu'elles ont votre préférence...

 

D. : 

- Il y a des jours sur l'album Un brin de paille, avec Michel Gentils.

- Les escaliers du bal sur l'album I love you, avec Charles France. Il va bientôt être réédité, d'ailleurs.

- More love and good vibrations et Nul ne sait sur More love and good vibrations, avec Fabien Scarlakens.

- Le petit bisou sur Le petit bisou, avec Mic-Eco.

- L'expérience humaine sur L'expérience humaine, avec Alec Mansion.

 

PdA : Votre précédent EP, L'Expérience humaine, produit grâce au soutien de près de 600 internautes, a vu le jour en 2011. Dans la chanson éponyme (que je trouve vraiment belle), vous incarnez un extraterrestre, vous exprimez à travers lui votre amour de l'être humain, amour perceptible via mille autre indices, d'ailleurs, jour après jour, et depuis longtemps. Malgré cela, vous y évoquez certaines choses chez nos congénères que vous « pas comprener »..., un « monde à changer »...

 

D. : Oulala ! Oui, y'a du boulot ! À commencer par nous-mêmes... Nous sommes là pour évoluer... J'y travaille, comme beaucoup... Je suis révoltée par beaucoup de choses... Je crois qu'il y a un réel éveil des consciences. "Le dormeur doit se réveiller".

 

PdA : Une question qui sera en partie liée à la précédente. Votre parcours d'artiste trouve sa source dans les années 80, années apparemment vues avec nostalgie par beaucoup de gens. Je pense au succès des tournées RFM 80 et du film Stars 80, auxquels vous avez participé. Partagez-vous ce sentiment, au vu de ce à quoi ressemble la marche du monde dans les années 2010 ?

 

D. : Je comprends cet engouement du public pour cette nostalgie 80. Des artistes, des chansons qui leur rappellent leur jeunesse... Mais c'est une réaction face au manque cruel de nouveautés, les médias et les maisons de disques ne faisant pas leur travail de relais culturel et trouvant plus facile de faire des compiles de reprises... enfin... tu vois ce que je veux dire... Beaucoup de sous à gagner en ne faisant rien... tellement facile... quel dommage !

 

PdA : J'ai lu quelque part qu'après la chute du mur de Berlin en 1989, vous vous êtes plus que mêlée à la fête, donnant des concerts à grand succès dans un enthousiasmant climat de libération populaire...

 

D. : Cette info est fausse... ! (rires) Mais elle me plaît bien ;)

 

PdA : Depuis quelques années, nous assistons un peu partout - point positif ! - à des mouvements de citoyens qui, révoltés par les asservissements en tous genres et organisés grâce aux nouveaux moyens de communication, décident de se lever, de dire non à l'ordre établi. Sertão (L'Oeuf du Dragon) semble leur être dédiée. Votre art est-il un art "engagé" ?

 

D. : Je ne sais pas si mon art est engagé... Mais c'est sûr que je préfère regarder des vidéos Anonymous que TF1... (rires)

  

PdA : Un autre thème s'invite souvent dans vos textes, dont Le sel sur tes mains (L'Oeuf du Dragon). Celui de la spiritualité. C'est quelque chose qui compte, dans votre vie ?

 

D. : La recherche de soi-même... l'expérience de la vie, tout simplement... Oups... C'est compliqué... ou c'est très simple ! ... (rires) On est sur le chemin... "Le bonheur, c'est le chemin".

 

PdA : Revenons au support de notre échange, et de notre contact de départ, j'ai nommé internet, et plus particulièrement Facebook. Vous y êtes très présente, et êtes suivie par une communauté d'admirateurs-contributeurs très active. Comment ressentez-vous ce lien très fort qui existe entre vous ?

 

D. : Une très belle expérience humaine qui commence avec des mots comme "Accepter", "Partager", "J'aime"... et qui continue par de réelles rencontres, tellement variées... Sur Facebook, j'apprends beaucoup de choses... sur les autres et sur moi-même...

 

PdA : Installée depuis quelques années à Buis-les-Baronnies, dans la Drôme, vous avez été célébrée à la fin de l'année par vos amis du village, à l'occasion de votre anniversaire. Avec Buis, vous l'avez trouvé, votre petit coin de paradis ? Diriez-vous que vous êtes heureuse, aujourd'hui ?

 

D. : Oui... Aujourd'hui, je suis heureuse. À Buis... sur les routes... sur scène. Enfin... à l'intérieur et à l'extérieur... Demain ? À suivre...

 

PdA : Votre page de couverture Facebook propose de commander, à un prix très intéressant, votre pack promo NUL NE SAIT Spécial RemiXes + XP2. Que contient-il ?

 

D. : Il y a un album de remixes de la chanson Nul ne sait, que nous avons décidé de faire à l'occasion des 10 ans de cette chanson, Fabien Scarlakens, Édouard Germinet et moi-même... Une chanson qui a été enregistrée par hasard, lors d'une séance en studio. Et le deuxième volet de L'expérience humaine, XP2, un EP de 5 titres.

 

PdA : Une tribune pour donner à nos lecteurs l'envie de découvrir votre oeuvre d'aujourd'hui, pas celle qu'ils connaissent déjà, celle qui gagne définitivement à être connue... ;-)

 

D. : C'est une question ? Je ne sais pas ce que tu entends par tribune... J'aime chanter, alors... je chante ! :)

 

PdA : Quels sont vos projets ?

 

D. : Tout plein.

- Le clip de la nouvelle version de John, avec Antoine.

- La sortie de la réédition de I love you, avec des bonus.

- La sortie du CD physique L'Oeuf du dragon.

- De la musique...

- De la musique...

- De la musique...

- Et chanter... écrire... composer...

 

PdA : En ce début de mois de janvier 2013, nous sommes en plein dans la traditionnelle période de voeux. Je vous présente à nouveau les miens, avec plaisir, voeux de bonheur pour vous et les vôtres, de bonne santé surtout, et de succès, nombreux. À part ça, que peut-on vous souhaiter ?

 

D. : Merci Nicolas... Je te souhaite aussi plein de belles aventures... Love 2013, et bisou à tous. Ce qu'on peut me souhaiter ? De continuer sur le chemin...

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ?

 

D. : Soyez vous-même ! C'est plus simple.

 

PdA : Finalement, quelle image, quelle impression aimeriez-vous que le petit Neptunien de L'Expérience humaine (oui, j'ai envie qu'il soit Neptunien, pourquoi toujours les Martiens...) garde de cette Claudie que plein de gens, sans qu'il ne sache vraiment pourquoi, appellent Desireless ?

 

D. : Une image mystérieuse... (rires)

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment...

 

D. : Merci Nicolas. Rendez-vous à tous sur Facebook. À bientôt ! Bisou, Clo...

 

 

Desireless 2

 

 

Merci encore pour tout chère Claudie ! Tous mes voeux ! Chers lecteurs, je vous invite encore une fois à l'écouter et à lui faire part de vos commentaires, ici ou sur son Facebook ! Merci à vous ! Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Desireless...

 

- Toute son actu ;

- Ses lieux et dates de concerts, mis en ligne au fur et à mesure ;

- Ses nouveaux CD, en commande sur sa page (messages privés) ;

- Des surprises !
 

 

Présentation remaniée : 04/11/13.

17 décembre 2012

Barbara Pompili : "La politique de l’autruche ne sera jamais une solution"

En cette fin d'année, le coeur n'est sans doute pas exactement à la fête pour le président de la République et son gouvernement. Plusieurs engagements ont d'ores et déjà été tenus, d'autres sont en passe de l'être, mais la situation dont ils ont héritée est sérieuse, très sérieuse. Le nombre de chômeurs ne cesse d'augmenter, conséquence de la morosité d'une économie qui peine décidément à se reprendre. La gestion de l'ultrasymbolique dossier Florange n'a pas convaincu grand monde, éloignant un peu plus encore la gauche de la gauche du socialisme version Hollande. Un sondage LH2 - Le Nouvel Observateur publié ce jour confirme l'actuelle érosion de la confiance placée dans les vainqueurs de mai-juin 2012. Au parlement, les alliés d'hier ne font pas les godillots d'aujourd'hui. Le Front de gauche, rejetant l'orientation "sociale-libérale" de l'équipe en place, semble parfois s'en tenir à la non-agression. Avec ses deux ministres (dont Cécile Duflot), Europe Écologie Les Verts se revendique lui clairement de la majorité présidentielle, mais le collectif écologiste entend bien défendre les idées qui lui sont chères (la sortie à terme du nucléaire, la transition énergétique...), conserver sa liberté de pensée (sur l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, notamment...). Les socialistes ont la majorité absolue à l'Assemblée, ce n'est pas le cas au Sénat. La chambre basse a certes le dernier mot dans le cadre de la "navette parlementaire", mais cela n'enlève rien à la nécessité pour le gouvernement de s'appuyer sur une majorité dans les deux chambres pour conduire le fameux "changement". Pas toujours facile... Rencontre avec Madame Barbara Pompili, jeune députée de la 2ème circonscription de la Somme (Amiens) et co-présidente (une première !) du groupe écologiste à l'Assemblée nationale. Je tiens à la remercier pour le temps qu'elle a accepté de me consacrer. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

BARBARA POMPILI

Députée de la Deuxième circonscription de la Somme

Co-présidente du groupe écologiste à l'Assemblée nationale

 

"La politique de l’autruche

 

ne sera jamais une solution"

 

Barbara Pompili

(Photo fournie par Barbara Pompili)

 

 

Q : 20/11/12

R : 17/12/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Barbara Pompili. Vous comptez depuis le mois de juin dernier parmi les Députés de la République. Qu'est-ce qui vous a poussée à vous engager en politique au départ ? Quels ont été vos premiers combats ?

 

Barbara Pompili : J’ai passé une grande partie de ma jeunesse dans le bassin minier du nord de la France où j’ai vu les ravages économiques et sociaux liés à l’absence d’anticipation des pouvoirs publics. Comme les politiques ont voulu se voiler les yeux, des milliers de personnes se sont retrouvées sans emploi et sans alternative dans leur région alors que tout aurait pu être différent si les fermetures de mines avaient été anticipées.

 

Face à la raréfaction des ressources ou aux effets des énergies fossiles sur notre planète – comme le réchauffement climatique – il faut être responsable. La politique de l’autruche ne sera jamais une solution, au contraire !

 

J’ai souhaité m’engager en politique justement parce que d’autres solutions existent et qu’il faut avoir le courage politique de les porter.

 

Mes premiers combats ont concerné des enjeux de santé environnementale, comme le mercure dentaire, mais aussi les questions énergétiques avec la nécessité de prendre en compte la raréfaction des ressources fossiles et la mise ne place d’une nouvelle politique énergétique basée sur la sobriété, l’efficacité énergétique et les renouvelables. Et aussi l’éducation avec la lutte contre les fermetures de classes à Amiens par exemple et la volonté de mettre en place une véritable réforme pour remettre l’enfant au cœur du projet éducatif.

 

 

PdA : Qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez appris votre élection dans la deuxième circonscription de la Somme ?

 

B.P. : Une joie profonde et sincère mais aussi la responsabilité face au grand défi d’être à la hauteur des espoirs de mes électeurs !

 

 

PdA : Comment définiriez-vous, en tant que femme de gauche, vos espoirs pour ce quinquennat ? Quel devra être l'état de la France dans cinq ans pour parler d'un succès de la présidence Hollande ?

 

B.P. : Après 10 ans de droite, le bilan est sombre. Les inégalités sociales ont progressé, 600 milliards de dette supplémentaires ont été accumulées sous le précédent quinquennat, le chômage n’a eu de cesse d’augmenter, les cadeaux fiscaux aux plus riches se sont multipliés...

 

Comme la majorité des Françaises et des Français, j’aspire à plus de justice sociale et fiscale et je souhaite que la transition écologique de notre économie soit enfin lancée. Bien sûr, l’emploi est aussi une préoccupation majeure.

 

Le succès de la présidence actuelle pourra être évalué à l’aune de ces enjeux et de la réalisation du programme sur lequel le candidat s’est engagé.

 

 

PdA : Les députés Europe Écologie Les Verts soutiennent l'action du gouvernement, aux côtés des socialistes. Récemment, des questions se sont posées quant à votre influence au sein de la majorité. Sur la base de quels résultats, de quels chantiers engagés vous estimerez-vous satisfaits, à l'horizon 2017 ?

 

B.P. : Nous avons passé avec le Parti socialiste un accord de gouvernement prévoyant un certain nombre d’avancées essentielles pour les écologistes. Nous faisons partie de la majorité sur cette base.

 

Le bilan qui sera à faire de ce quinquennat devra comprendre la réalisation de cet accord. Je pense notamment à la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, à la priorité à donner aux économies d’énergies et au développement des énergies renouvelables, à la construction de logements et à leur isolation thermique, aux nombreux emplois à créer dans l’économie verte, à la priorité à donner à l’éducation et à la formation, à plus de solidarité dans notre politique internationale et européenne – avec bien sûr une relance de la dynamique européenne - ou encore à l’amélioration de l’accès de la santé.

 

Être dans la majorité, c’est assumer des responsabilités et c’est agir concrètement pour changer le quotidien de nos concitoyens. D’ores et déjà, je suis fière des politiques menées par les deux ministres écologistes et, à l’Assemblée nationale comme au Sénat, nos groupes parlementaires contribuent pas à pas à mettre plus d’écologie dans les lois en discussion.

 

C’est en participant à la majorité que nous parvenons à faire avancer l’écologie dans la société.

 

 

PdA : Quels sont, à titre personnel, les sujets sur lesquels vous souhaiterez tout particulièrement faire entendre votre voix ?

 

B.P. : À l’Assemblée, je suis membre de la commission éducation et affaires culturelles, de la délégation aux droits des femmes et je co-préside un groupe d’étude sur le handicap. Alors, l’éducation, l’égalité femmes-hommes et l’intégration des personnes handicapées sont et seront au centre de mes interventions.

 

Mais je souhaite aussi faire entendre ma voix sur la transition énergétique ou encore l’économie verte pour ne citer que quelques domaines prioritaires.

 

Et, à titre personnel, je me suis engagée sur 40 points très précis dans ma circonscription.

 

 

PdA : Vous avez été à plusieurs reprises victime de commentaires déplacés, à connotation franchement sexiste. A-t-il été difficile pour vous de vous faire accepter en tant que candidate, puis en tant que députée ? Les regards pas totalement respectueux, à l'Assemblée comme dans votre circonscription, c'est quelque chose que vous vivez au quotidien ?

 

B.P. : L’égalité femmes-hommes est loin d’être une réalité en France et le monde politique n’y échappe pas. Les commentaires sexistes auxquels vous faîtes référence en témoignent. Mais, cela ne fait que renforcer ma volonté d’engagement pour le changement ! D’ailleurs, je suis la première femme en France à coprésider un groupe parlementaire, signe que quand on veut vraiment faire bouger les choses, on le peut !

 

 

PdA : L'Assemblée nationale est-elle aujourd'hui représentative de la société française dans son ensemble ? Dans quelle mesure seriez-vous favorable à l'instauration de la proportionnelle en son sein ?

 

B.P. : De grands progrès restent à faire pour que l’Assemblée ressemble plus à notre société. Je pense notamment à la représentation des femmes, mais aussi à celle des personnes issues de l’immigration et aux personnes porteuses de handicap.

 

Concernant la proportionnelle, la France est, avec la Grande Bretagne, le seul pays des 27 membres de l’Union européenne qui ne dispose pas de scrutin proportionnel pour élire sa chambre basse. Les écologistes demandent de longue date l’introduction de la proportionnelle. La commission Jospin propose aujourd’hui que 10% des députés soient élus à la proportionnelle, soit 58 sièges. C’est un premier pas encourageant, mais insuffisant. Il faut aller encore plus loin pour que l’institution reflète vraiment les préférences politiques et aspirations de nos concitoyens.

 

 

PdA : Qu'aimeriez-vous que les électeurs de votre circonscription et, au-delà, la nation toute entière, retiennent de vous à la fin de votre mandat ?

 

B.P. : Mon intégrité et la fidélité à mes engagements.

 

 

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

B.P. : Dans la période de crise que nous connaissons aujourd’hui, je sais combien les difficultés sont importantes pour nombre d’entre nous. Alors je souhaite m’adresser aux plus démunis, à celles et ceux pour qui se loger, ne pas avoir froid ou manger convenablement peut relever du défi. Je veux leur dire mon engagement à améliorer leur quotidien et à combattre les inégalités sociales et l’injustice.

 

Et je souhaite aussi porter un message plus général à l’attention de tous vos lecteurs. Car si aujourd’hui les temps sont difficiles et que, à différents niveaux, chacun d’entre nous est appelé à faire des efforts, n’oublions pas pourquoi nous le faisons : pour plus de solidarité et de justice et dans le but de construire une société apaisée et sereine.

 

C’est à cela que nous travaillons à l’Assemblée nationale et c’est le sens de mon engagement politique.

 

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment !

 

B.P. : Je vous remercie de m’avoir donné la parole. N’hésitez pas à retrouver mes activités de parlementaire sur mon blog.

 

 

 

Merci encore, Madame Pompili, pour vos réponses ! À toutes et à tous, je souhaite de belles et heureuses fêtes de fin d'année. Phil Defer

 

 

 

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29 novembre 2012

Frédéric Gal : "Certains jeunes viennent de très, très loin..."

   Un sondage BVA publié au début du mois de novembre semble indiquer qu'une large majorité de Français (58%) est favorable au mariage dit "pour tous". Si cette question, comme celle de l'adoption par des couples du même sexe, fait toujours l'objet de nombreux débats, peut-on dire, en revanche, que les homosexuels sont aujourd'hui acceptés, respectés pour ce qu'ils sont, des garçons, des filles comme les autres, ayant les mêmes aspirations que les autres ? D'incontestables progrès ont été réalisés en matière de perception publique. Il n'est guère plus que quelques excités, pourtant bien trop nombreux encore, pour s'adonner à quelque intolérance visant, blessant des individus pour une orientation sexuelle qu'ils n'ont pas choisie.

   Comme pour le racisme, de la bêtise pure, devant être traitée comme il se doit : avec mépris, indifférence si possible, si la personne en a la force. Mais il est un cadre au sein duquel rien de tout cela n'est évident. Celui de la famille, de l'amour inconditionnel. Celui des espoirs en l'avenir, en ces enfants qui offriront des petits-enfants à leurs parents aimants. Un jeune garçon, une jeune fille découvrant que les « ravages de la passion » s'orientent, en ce qui le (la) concerne, vers un amour différent de la norme, devra faire preuve d'un courage inouï. Pour s'accepter tel qu'il (elle) est. Pour l'annoncer aux siens, tel un aveu pour une faute terrible qu'il (elle) n'a jamais commise. Coupable d'aimer...

   Les réactions sont parfois brutales, non l'expression d'une bête homophobie de troupeau, mais celle d'un amour blessé, de projets, de rêves qui s'effondrent. Celle d'une inquiétude pour la vie, plus difficile, qui attendra désormais l'enfant. Dans certains cas, la situation devient ingérable, le cocon se brise, c'est la rupture... Rencontre avec Monsieur Frédéric Gal, directeur général de l'association Le Refuge. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

FRÉDÉRIC GAL

« Certains jeunes viennent de très, très loin... »

 

Frédéric Gal

(Photo fournie par Frédéric Gal)

 

Q. : 19/08/12 ; R. : 25/11/12

 

Paroles d'Actu : Pouvez-vous, Frédéric Gal, vous présenter en quelques mots ?

 

Frédéric Gal : J'ai 28 ans, et je suis le directeur général de l’association Le Refuge.

 

Côté scolaire, j'ai un diplôme en Histoire, et un diplôme en Administration publique, avec une petite incursion par la criminologie.

 

Je m'occupe du Refuge depuis maintenant cinq ans. Je suis à la fois délégué régional de Montpellier / Languedoc-Roussillon et je m'occupe de la coordination générale des cinq délégations existantes : Montpellier, Paris, Marseille, Lyon et Toulouse.

 

Paroles d'Actu : Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager pour la cause que défend le Refuge ?

 

Frédéric Gal : Je suis arrivé au Refuge il y a cinq ans, car j'ai tout d'abord connu son président, Nicolas Noguier. Ce qui m'a le plus touché dans cette structure est le côté familial. À la fois havre de paix où chacun peut vivre, et doit vivre, dans le respect de l'autre. De même, les fonctions d'encadrant, et donc éducatives, m'ont aussi intéressé. C'est une aventure humaine passionnante et l'on en apprend autant sur soi que sur la nature humaine, tant sur ses bons que ses mauvais côtés.

 

Paroles d'Actu : Que représente le Refuge aujourd'hui ? Où est-il présent, et quelles sont les actions qu'il mène au quotidien ?

 

Frédéric Gal : Le Refuge représente un havre de paix pour tous les jeunes victimes d'homophobie. Il est présent à Montpellier, Paris, Lyon, Toulouse, Marseille, avec des antennes à Narbonne, Nîmes, Lille et Saint-Denis de la Réunion.

 

Au quotidien, nous fournissons un hébergement, un soutien social et psychologique, un accompagnement à l'entrée dans la vie active, une sensibilisation aux risques de santé tels que le VIH et les autres IST (infections sexuellement transmissibles, ndlr).

 

À l'extérieur nous menons des campagnes de prévention du suicide des jeunes et des discriminations à caractère homophobe auprès des lycéens, des étudiants et des professionnels du secteur socio-éducatif. Nous souhaitons en outre développer un réseau d'actions ayant pour objet la réflexion sur la question du suicide des jeunes gays avec les familles, ainsi que toute personne étant en contact avec des jeunes.

 

Paroles d'Actu : Accepteriez-vous de nous faire part de moments marquants ayant émaillé la vie du Refuge jusqu'ici ? Quelles sont les personnes qui vous ont le plus touché ?

 

Frédéric Gal : Parmi les moments les plus marquants, nous en avons des positifs, comme un jeune retournant dans sa famille après un travail important fait avec ses parents. Nous avons aussi les invitations des jeunes qui « pendent leur crémaillère », signe de l'aboutissement de leur autonomie. Les interventions en milieu scolaire sont aussi un temps fort de la structure, qui sensibilise chaque année plus de 1 000 élèves.

 

Parmi les événements plus négatifs, nous avons les abandons de l'accompagnement, moment toujours compliqué, même si quelquefois non dénué de sens et porteur pour le jeune ; ou encore, les moments d'accompagnement après des tentatives de suicide. Avoir une écoute empreinte d'absence de jugement et d'empathie est primordial pour tenter de comprendre et d'aider.

 

Enfin, la reconnaissance d'utilité publique a été le moment exceptionnel en 2011, consacrant ainsi tant d'années d'action.

 

Les personnes qui m'ont le plus touché sont à la fois les équipes, qui se donnent à fond au service des jeunes, les membres du conseil d'administration, notamment Véronique et Nicolas, qui sont sempiternellement au front. En première place de cette liste non exhaustive, les jeunes eux-mêmes, bien évidemment. Ils font preuve d'une force peu commune pour s'en sortir et dépasser la fatalité de ce destin si injuste. Certains de ces jeunes viennent de très, très loin, avec des histoires et un passé à peine imaginables. Je crois que c'est à eux qu'il faut « tirer le chapeau » !

 

Paroles d'Actu : Jusqu'où le mal-être de ces jeunes homosexuels, rejetés par leur entourage, parfois même par leur propre famille, peut-il aller ? De quoi avez-vous été, directement ou non, témoin ?

 

Frédéric Gal : Le mal-être des jeunes homosexuels n'est que le reflet d'une stigmatisation négative d'un comportement sexuel, hors de la norme hétérosexuelle. Ce rejet n'est bien souvent résumé qu'à cela, sans possibilité d'entrevoir que deux personnes de même sexe puissent s'aimer comme tout un chacun. Le fait religieux est aussi extrêmement présent, avec une référence régulière à l'homosexualité comme un véritable péché impardonnable.

 

De tels comportements, qui ont lieu depuis l'enfance, ont des conséquences dramatiques sur le caractère de l'enfant et sur sa capacité de résilience. Les jeunes qui arrivent au Refuge sont souvent déstructurés et n'ont bien souvent pas de repères, qu'ils soient éducatifs ou sociétaux. Il faut réapprendre un tout autre schéma, ce qui demande pour les jeunes accueillis, une grande capacité à défaire tout ce qu'ils ont construit pour pouvoir non seulement rentrer dans la société, mais pour pouvoir s'y réaliser.

 

Les conséquences du rejet sont diverses : conduites addictives (alcoolisme, toxicomanie...) mais aussi prises de risques diverses, scarification, prostitution, et enfin, les tentatives de suicide... Depuis cinq ans passés au Refuge, nous avons assisté à tous ces écueils, qui représentent, paradoxalement, pour ceux qui les pratiquent, un repère leur rappelant qu'ils sont vivants, sans oublier les appels à l'aide suscités par ces prises de risque, qui sont aussi là pour combler un manque affectif, une carence qui demeure, comme le rejet, le dénominateur commun à ces jeunes.

 

Paroles d'Actu : À combien estimez-vous le nombre de jeunes homosexuels se retrouvant à la rue chaque année suite à un rejet ou à un clash familial ? Combien en accueillez-vous ?

 

Frédéric Gal : Étant donné que l'association n'est pas implantée partout en France, nos chiffres ne sont pas représentatifs, en effet, les grands ouest et est ne bénéficient pas de nos actions et donc, nous partons du principe que nous ne sommes pas connus dans ces territoires-là... Depuis 2003, nous avons eu 1 418 jeunes (chiffres 2011) qui sont rentrés en contact avec nous, 182 hébergés, 86 jeunes accompagnés a distance et réorientés et 80 jeunes accompagnés en accueil de jour hors hébergement.

 

Paroles d'Actu : Dans quels cadres l'homophobie est-elle particulièrement présente ? Comment l'expliquez-vous ?

 

Frédéric Gal : Il n'y a pas de catégories socio-professionnelle qui soient plus impactées que d'autres. L'homophobie est présente dans toutes les sphères de la société, quels que soient la richesse, le niveau d'éducation, la culture, etc. La seule différence est sa manifestation qui diffère : plus feutrée dans les milieux plus aisés, plus directe et violente dans les milieux fortement marqués par le fait religieux ou par un cadre religio-culturel régentant les relations humaines. Ce qui ne signifie pas qu'étant plus « feutrée », elle n'en demeure pas moins terrible. Elle est sournoise et insidieuse, virant (et ce, dans tous les cas de figure) au harcèlement pur et simple.

 

Paroles d'Actu : Quel message souhaiteriez-vous adresser aux parents d'un(e) jeune homosexuel(le) qui, de bonne foi, et avec amour, vivraient très mal la situation et auraient du mal à l'accepter ?

 

Frédéric Gal : Qu'il faut surtout en parler ! Apprendre l'homosexualité de son enfant n'est pas chose aisée, lorsqu'on est inséré dans la société avec ses codes, ses rituels, le tout fortement hétéro-normé ! C'est déjà compliqué pour un jeune de se dire ou de se définir comme « différent » comparé aux autres camarades, mais quand il faut l'annoncer aux parents, imaginez ! Alors que le jeune a eu pas mal d'années pour comprendre sa situation, il peut apparaître relativement compréhensible pour des parents qui n'ont que ce modèle de référence, de s'en retrouver perdus. C'est d'autant plus important de susciter le dialogue avec son enfant pour comprendre des étapes essentielles, que ce n'est pas un choix, que ça se vit très bien et qu'il n'y a surtout pas de responsable de part et d'autre ! De plus, des associations existent pour ces parents en questionnement qui auraient besoin de conseils, ou tout simplement de discuter des expériences de chacun.

 

Paroles d'Actu : Que souhaiteriez-vous dire, cette fois-ci, à un(e) jeune homosexuel(le) qui, ayant découvert cet aspect de son identité, aurait toutes les peines du monde à tolérer ce qu'il est ?

 

Frédéric Gal : La même chose qu'aux parents : discuter ! Mettre des mots sur des situations est quelque chose de rassurant, et permet à chacun de pouvoir nommer ses peurs, ses doutes, ses projets. La discussion doit se faire à bâtons rompus, dans un climat de confiance et dans l'absence de jugement. Il est important aussi de ne pas chercher un « coupable » ou un « responsable » de cette situation, mais bien de laisser s'exprimer le jeune sur son vécu. Ce n'est qu'en nommant ses angoisses que l'on peut déjà entamer un travail pour les surmonter.

 

Paroles d'Actu : Que vous disent les jeunes qui se confient à vous, en général ? Quelles réponses leur apportez-vous ?

 

Frédéric Gal : Les jeunes qui viennent voir le Refuge nous racontent leur parcours, souvent empreint d'une grande violence. Cela va de l'ultimatum de quitter la maison familiale sous deux semaines, à devoir trouver une solution d'hébergement dans l'heure. Il y a aussi ceux qui partent avant d'être mis à la rue. En effet, certaines familles, sous une acceptation « officielle », ne peuvent pas se résoudre à constater l'homosexualité de leur enfant quotidiennement. Il n'est donc pas possible d'en parler, de faire venir son ou sa petit(e) amie(e) à la maison, de le présenter aux proches, etc... Cela revient à nier de manière encore plus hypocrite la vie sentimentale de son enfant. S'épanouir et vivre normalement n'est dès lors plus possible, et la fuite semble être la seule solution.

 

D'autres problèmes surviennent sur tous ceux déjà existants : la religion, par exemple, est très prégnante. Un jeune hébergé de 19 ans nous racontait que lorsque sa famille, de culture haïtienne, avait appris qu'il était gay, ses parents l'avaient emmené chez un prêtre vaudou pour qu'il soit exorcisé en égorgeant un poulet au-dessus de sa tête ! Ces histoires paraissent quelquefois surréalistes au XXIe siècle, et pourtant...

 

Dans les solutions proposées, nous essayons d'abord de proposer un dialogue avec les parents, lorsque celui-ci est possible. Nous proposons qu'un intermédiaire puisse rétablir le lien qui n'est plus. Nous pouvons éventuellement faire appel à des membres de l'association Contact, spécialisée dans le dialogue entre parents d'enfants homosexuels, pour renouer ce lien. L'important à apporter à ces jeunes restant une écoute déculpabilisante et dénuée de jugement...

 

Paroles d'Actu : "Suivez"-vous, après leur départ, les garçons et les filles qui ont franchi les portes du Refuge ? Pourriez-vous nous donner quelques exemples de parcours de vie ?

 

Frédéric Gal : Nous leur laissons la possibilité d'être accompagnés par la travailleuse sociale et/ou la psychologue et/ou des bénévoles à leur sortie. La suite donnée à notre hébergement et notre accompagnement n'est bien sûr pas obligatoire.

 

Pour certains, le Refuge représente une étape noire de leur vie, et l'aide apportée, même si elle fut bénéfique, renvoie malgré tout à des difficultés importantes. Ils préfèrent dès lors laisser cet épisode dans un coin de leur mémoire, sans forcément renouer contact.

 

Pour d'autres, le Refuge est intervenu à une étape dure de leur vie, voire dramatique, et est apparu comme une opportunité salvatrice. « Si vous n'étiez pas là, je ne sais ce que je serais devenu, ni si je serais encore vivant ». Ils s'engagent dès lors à nos côtés pour faire reculer ces situations dramatiques et inadmissibles. L'un d'entre eux était arrivé au Refuge avec son petit ami, et après de nombreux mois à rechercher du travail, puis un logement, est arrivé à obtenir un CDI dans une entreprise de téléphonie dans laquelle il travaille depuis trois ans maintenant. Il a voulu revenir nous voir et s'engager à son tour en tant que bénévole, mais aussi a voulu « faire plus » en s'engageant à nos côtés au conseil d'administration. Il est désormais le vice-président de l'association.

 

C'est important pour nous de ne pas les placer en situation de spectateurs de leur vie mais en véritables acteurs. C'est tout aussi important de susciter chez eux cet altruisme qui leur a permis, durant leur séjour au Refuge, d'être aidés. L'aide, c'est aussi dans l'autre sens.

 

Paroles d'Actu : Quelles seraient, d'après vous, les solutions à mettre en place, quels que soient les niveaux de décision concernés, pour réduire l'homophobie, à défaut de l'éradiquer complètement ?

 

Frédéric Gal : Bien évidemment, éradiquer l'homophobie ne sera jamais possible. Toutefois, des solutions existent pour réduire cette non-acceptation de l'autre. Il s'agirait d'abord de réaliser une sensibilisation généralisée a toute la population lycéenne et collégienne afin de promouvoir un débat et un dialogue déconstruisant les préjugés ancrés dans nos esprits. Réfléchir sur ce que signifie « être un homme », et « être une femme » semble être un bon commencement.

 

Nous préconisons la formation du personnel éducatif, tout comme des travailleurs sociaux qui sont amenés à travailler avec ce public.

 

De même, lors des groupes constitués par le ministère chargé d'élaborer un plan luttant contre les discriminations homophobes, nous nous sommes positionnés dans un débat avec les associations de parents d'élèves, et une intervention plus accrue dans les établissements agricoles.

 

L'objectif final de tout cela étant de susciter une réelle discussion, et d'abolir les clichés ou les fausses représentations que l'on peut avoir des homosexuels, des transsexuels, etc.

 

Paroles d'Actu : Les homosexuels, dans leur immense majorité, cherchent à se "fondre dans la masse" de la normalité. À être pris pour ce qu'ils sont, des gens normaux. De ce point de vue, le côté très caricatural d'une manifestation comme la Gay Pride n'est-il pas contreproductif ? Quel est votre avis sur cette question ?

 

Frédéric Gal : Lors de son arrivée sur la scène médiatique, la Gay Pride a beaucoup apporté. Enfin, les personnes homosexuelles ne se cachaient plus, se dévoilaient au grand jour face à une société puritaine et profondément homophobe. Cette médiatisation a grandement permis de faire évoluer les mœurs et je doute que nous, associations luttant contre l'homophobie, pourrions être là si nos prédécesseurs n'avaient pas eu cet énorme courage d'affronter la vindicte populaire.

 

Toutefois, nous avons évolué, et les actions menées pour la reconnaissance se doivent aussi d'évoluer, sous peine d'être vus à jamais comme une caricature permanente. Les ennemis de l'homosexualité, et ses plus grands détracteurs, invoquent sempiternellement les Gay Pride comme l'exemple même d'une instabilité de l'homosexuel - ce qui reste très risible, vu que de plus en plus d'hétérosexuels participent aux Gay Pride.

 

De même, des familles avec qui nous échangeons, accepteraient éventuellement l'homosexualité de leur enfant, mais la Gay Pride (telle que traitée dans les médias, qui n'en sont pas les serviteurs les plus représentatifs ni les plus flatteurs) apparaît plus comme un frein que comme une occasion de montrer la réalité de la grande majorité d'homosexuels : des gens fondus dans une masse pas plus « folle » et instable que la majorité des hétérosexuels !

 

Paroles d'Actu : Maintenant, deux questions, éminemment d'actualité...

 

Êtes-vous favorable à la possibilité pour les couples homosexuels d'adopter en tant que tels des enfants ? Pourquoi ?

 

Frédéric Gal : Ne pas être favorable à l'adoption reviendrait à nier une réalité qui existe depuis des années. De nombreux couples homosexuels ont des enfants : précédentes unions, divorces et remariages, etc. Cette situation qui semble apparaître en 2012 n’est qu’une continuité de ce qui est pratiqué depuis longtemps. Et ceux qui se placent comme les défenseurs du « bien-être de l’enfant » devraient se poser la question de savoir si l’aptitude d’un couple est tributaire de son sexe, ou si cela dépend de sa capacité à pouvoir apporter un cadre rassurant, éducatif et aimant à un enfant. Le plus triste est que la peur primaire qui fait s’opposer les gens à l’adoption est d’alimenter l’imagination (déjà bien remplie) de certains d’imaginer leurs enfants devenir tous déséquilibrés, homosexuels, dépravés, dans l’incapacité de donner une descendance à la société, etc. Et si ce n’est pas directement formulé ainsi, c’est bien souvent pensé comme tel.

 

L’adoption par des couples homosexuels ne changera en rien le cours des choses ou de l’histoire. Les agréments permettant à une famille (homoparentale ou pas) seront toujours distribués par les conseils généraux. En aucun cas, il ne sera question de généraliser à n’importe quel couple l’adoption, mais bien de vérifier si la famille qui se propose (monoparentale, homoparentale ou pas) sera apte à pouvoir assurer à l’enfant ce bien-être tant recherché. Et encore une fois, ces histoires de sexualité ne sont que secondaires dans le débat.

 

Paroles d'Actu : Êtes-vous favorable à l'ouverture pour ces couples du droit au mariage ? C'est un vrai problème d'égalité au regard des droits civiques, civils, pour vous ? Par exemple, un contrat donnant droit à tous les avantages du mariage suffirait-il, ou bien le terme de "mariage" est-il en soi important à vos yeux ?

 

Frédéric Gal : Bien sur, nous sommes favorables au mariage pour tous puisqu'il ouvrirait (enfin) les droits civiques pour tout un chacun et permettrait enfin de pouvoir donner une reconnaissance d'une réalité : deux hommes ou deux femmes vivant ensemble depuis des années ont le droit de pouvoir être reconnus, d'être protégés, de s'entraider au même titre que deux hétérosexuels.

 

Si toutefois, c'était le terme de « mariage » qui dérangeait les esprits, autant le changer et en prendre un autre. Certains sont dérangés par le mot et d'autres y sont farouchement attachés, comme si c'est ce terme qui permettrait de dire « Je suis comme vous ! », mais ce qui importe avant tout, c'est la présence de droits égaux pour des couples tout aussi égaux, quelle que soit la sémantique utilisée : les mots ne sont que le déguisement de nos idées.

 

Petite anecdote : une amie interrogeait son fils de 8 ans en lui demandant si lui, ça le dérangeait, deux personnes de même sexe qui se mariaient. Le petit garçon a répondu « Ben non, s'ils s'aiment ». Je crois qu'il a tout résumé !

 

Paroles d'Actu : Avez-vous envie d'adresser un message à nos lecteurs ? À quelqu'un en particulier ?

 

Frédéric Gal : J’aimerais m’adresser aux parents et aux enfants. Pour enrayer l’homophobie, il n’y a rien de tel que le dialogue et la compréhension. Des enfants sont mis au monde pour qu’ils soient heureux et qu’ils s’épanouissent, non pas pour correspondre à des critères personnels de réussite. Les parents ne doivent jamais l’oublier : nous aidons, nous accompagnons nos enfants, nous ne pouvons pas faire leur vie à leur place.

 

Paroles d'Actu : Quel souhait aimeriez-vous formuler ?

 

Frédéric Gal : Le souhait que chacun et chacune puisse laisser l’autre libre de ses actes, mais dans le respect de tous. Après tout, la définition de la liberté donnée dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen n’est-elle pas « la liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » ? Le respect est la clé de la vie en commun, et non de la tolérance. Pour citer Goethe : « La tolérance ne devrait être qu'un état transitoire. Elle doit mener au respect. Tolérer c'est offenser. »

 

Paroles d'Actu : La dernière question. En fait, une tribune libre. Vous pouvez compléter un point déjà abordé, parler d'autre chose... Vous êtes libre. Merci infiniment !

 

Frédéric Gal : Merci à vous surtout pour nous avoir laissés nous exprimer !

 

 

Un grand merci à Monsieur Frédéric Gal pour les réponses extrêmement intéressantes, touchantes qu'il a accepté de m'apporter. Et un "bravo" sans retenue pour les actions qu'il mène au quotidien aux côtés des équipes du Refuge. Phil Defer. Un commentaire ?

 

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Présentation remaniée : 09/12/14

28 novembre 2012

Philippe Tarillon : Florange, "ville symbole"

Qu'adviendra-t-il des hauts fourneaux de Florange ? Petit récapitulatif... ArcelorMittal, propriétaire du complexe sidérurgique, souhaite se séparer d'une partie de son activité florangeoise, la filière dite "liquide" (production d'acier). Plus de 600 salariés sont concernés. Le groupe tient en revanche à y conserver les activités "aval" (transformation de l'acier), à forte valeur ajoutée. Face à l'émoi suscité par ses plans, la multinationale s'est engagée à observer un délai censé permettre à d'éventuels repreneurs de se manifester. Jusqu'au premier décembre. Des successeurs potentiels, il y en a, dont l'ambitieux projet de captage de CO2 Ulcos, assuré d'obtenir des financements européens. Arnaud Montebourg a évoqué le 28 novembre un repreneur prêt à mettre "400 millions" sur la table. Problème : la portion du site mise en vente ne serait pas, seule, intéressante pour une reprise fructueuse. Le ministre du Redressement productif, qui s'est fortement investi dans ce dossier, a mis les pieds dans le plat. L'idée d'une nationalisation temporaire de l'ensemble de la structure - qui viserait à faciliter l'émergence d'un nouveau pôle privé - fait son chemin. Les syndicats l'approuvent, des politiques d'horizons très variés la voient d'un oeil favorable. À la tête de l'État, on ne l'exclut pas. ArcelorMittal, en revanche, ne l'entend pas de cette oreille, considérant que les activités qu'elles souhaite maintenir sont pleinement "intégrées au reste des activités du groupe en France et en Europe." Quelle sera l'issue de ce bras de fer ? Le volontarisme politique, porté notamment par le président François Hollande, fera-t-il ses preuves ? En filigrane, la seule question qui vaille... : quel avenir pour l'industrie en France ? Le maire de Florange, Monsieur Philippe Tarillon, a accepté de répondre à mes questions, à l'aube d'une semaine cruciale. Je souhaite lui adresser mes remerciements et mes voeux pour une revitalisation de l'économie de sa commune. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

PHILIPPE TARILLON

Maire de Florange (Moselle)

 

Florange, "ville symbole"

 

Philippe Tarillon

(Photo fournie par Philippe Tarillon)

 

 

Q : 20/11/12

R : 25/11/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Philippe Tarillon. Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent de vous avant d'aller plus loin ?

 

Philippe Tarillon : Que je me suis engagé jeune en politique. Que je suis issu d'un milieu populaire et que je ne l'oublie pas, au delà de mon cursus universitaire (Sciences Po Paris puis l'ENA en 1988). Je suis originaire de ce coin de Moselle et que j'ai souhaité retourner y vivre, plutôt que de "faire carrière".

 

 

Paroles d'Actu : Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager dans la vie de la cité, à adhérer au Parti socialiste ? Quels ont été vos premiers combats ?

 

Philippe Tarillon : Le refus des injustices et aussi la prise de conscience, renforcée durant mon cursus, que notre société est très cloisonnée. Mon premier souvenir politique, c'est la campagne de François Mitterrand en 1974. J'avais moins de 13 ans ! Le plus émouvant : le 10 mai 1981. Mon père pleurait de joie. Pour lui, ça signifiait la retraite à 60 ans.

 

 

Paroles d'Actu : Comment avez-vous réagi à l'annonce de l'élection de François Hollande à la présidence de la République ? Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là ?

 

Philippe Tarillon : Une immense joie ! J'ai pensé à mes amis sidérurgistes d'ArcelorMittal. C'est avec eux que j'ai fêté la victoire.

 

 

Paroles d'Actu : Qu'attendez-vous raisonnablement de ce "quinquennat rose" ? Qu'est-ce qui vous fera dire, au printemps 2017, qu'il a été - ou non - réussi ?

 

Philippe Tarillon : Si les engagements pris ont été tenus, si le chômage recule significativement, si la dette a commencé à diminuer, alors Hollande aura servi notre pays.

 

 

Paroles d'Actu : Vous êtes depuis 2001 le maire de Florange, en Moselle. Une ville qui fait figure, comme sa voisine Gandrange, de symbole de la casse industrielle en France, d'une Lorraine post-sidérurgique sinistrée. Quelle est la situation dans votre commune aujourd'hui ?

 

Philippe Tarillon : Oui, une ville symbole d'un combat pour l'industrie, mais aussi une ville qui diversifie son économie, qui change son image de marque (centre culturel la Passerelle par exemple). Pour autant, le chômage ne cesse de monter (402 demandeurs d'emploi en juin 2008, plus de 1000 aujourd'hui !)

 

 

Paroles d'Actu : Êtes-vous optimiste quant à une revitalisation fiable et durable de l'industrie florangeoise ? Je pense notamment à ULCOS, un projet innovant de captation et de stockage du CO2. Quels sont les derniers éléments de ce dossier ? Quels appels souhaiteriez-vous lancer à l'attention des différents acteurs d'influence dans cette affaire ?

 

Philippe Tarillon : Vous avez vu l'initiative commune des élus de toute sensibilité, sous forme d'une lettre ouverte au Président de la République, pour permettre une solution de reprise. Ulcos est désormais classé 1er, c'est très important.

 

 

Paroles d'Actu : Plus généralement, qu'est-ce qui devrait être fait dans notre pays, à tous les niveaux, pour renforcer notre tissu industriel et favoriser l'installation d'entreprises innovantes ?

 

Philippe Tarillon : Travailler sur la compétitivité produit, pas seulement au niveau prix. Nous avons besoin de favoriser le lien innovation-entreprises, l'investissement plutôt que les placements financiers. Ce qui manque à la France, ce sont ces entreprises moyennes qui exportent et choisissent des créneaux porteurs.

 

 

Paroles d'Actu : Florange, je le suggérais tout à l'heure, reste largement associée dans l'esprit des Français à un évènement négativement connoté. Parlez-nous de la Florange qui gagne à être connue, découverte...

 

Philippe Tarillon : Florange, c'est aussi une formidable politique de solidarité, pour l'insertion, les personnes âgées ou les plus démunies. C'est aussi une riche vie associative. Et une référence culturelle avec la Passerelle !

 

 

Paroles d'Actu : Voulez-vous évoquer pour nous votre quotidien de maire ? Les moments de découragement, les moments de joie... Si vous aviez un avis à émettre là-dessus, qu'aimeriez-vous que vos administrés retiennent de vous, au terme de votre mandat ?

 

Philippe Tarillon : Que je ne ménage pas mon temps pour ma ville. Que je sais privilégier l'intérêt général sur les grands dossiers (ArcelorMittal, le port d'Illange). Que je suis un bâtisseur d'idées et de projets. Il y a des moments de découragement quand vous êtes confrontés de plus en plus à l'égoïsme. Mais aussi de grandes satisfactions quand vous avez le sentiment d'avoir été utile.

 

 

Paroles d'Actu : À l'heure où je rédige ce questionnaire s'ouvre le Congrès des Maires de France. Quel est, en tant qu'élu local, votre message au législateur, au gouvernement ?

 

Philippe Tarillon : Qu'il clarifie les responsabilités. Qu'il nous laisse travailler, en diminuant l'inflation des normes et en évitant d'accroître le transfert des charges. Qu'il fasse enfin confiance à l'intelligence locale de la France.

 

 

Paroles d'Actu : Vous êtes très actif sur le web, sur Facebook notamment. Que représentent ces nouvelles technologies d'information, de communication à vos yeux ?

 

Philippe Tarillon : Un lien direct avec une partie des citoyens et un formidable moyen de communication, pour faire passer ses idées, échanger, réagir.

 

 

Paroles d'Actu : Que peut-on vous souhaiter pour la suite, Philippe Tarillon ?

 

Philippe Tarillon : La réussite pour ma ville, pour les projets que je porte avec mes équipes à la mairie et au Val de Fensch. Et puis, comme pour tout le monde, une part de bonheur personnel ! 

 

 

Paroles d'Actu : Un mot pour nos lecteurs ?

 

Philippe Tarillon : Merci pour leur intérêt. J'ai été très sensible à la vague de solidarité à l'égard de Florange, devenue un symbole. 

 

 

Paroles d'Actu : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment...

 

Philippe Tarillon : À bientôt sur les réseaux sociaux !

 

 

 

Une nouvelle fois, je vous remercie, Monsieur Tarillon ! Je m'associe évidemment à ces souhaits que vous formulez. Puisse Florange sortir renforcée des événements à venir... Phil Defer

 

 

 

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27 novembre 2012

UMP : Après la crise... Paroles de militants

Il est loin, le 28 novembre 2004. Ce jour-là, Nicolas Sarkozy accédait à la présidence de l'UMP, élu avec un score de 85%. Les militants du parti au pouvoir venaient de plébisciter cet homme dynamique, ce leader charismatique qui promettait un changement réel. Les espoirs placés en lui étaient grands. Deux ans et demi plus tard, il entrait à l'Élysée.

 

Comment ont-ils pu en arriver là ? En 2012, rien ne va plus à l'UMP. Après le temps des défaites, celui de la reconquête, passant par une remobilisation des troupes, une réorganisation de l'appareil. Deux candidats aux styles très différents pour reprendre le flambeau, à la mi-novembre : Jean-François Copé, le secrétaire général "décomplexé" de l'UMP ; François Fillon, l'ex-Premier ministre plus consensuel, "tiède" diront certains. Les sondages annoncent ce dernier comme le grand vainqueur du scrutin, après tout, n'est-il pas, de loin, le préféré des sympathisants UMP ? Ils ne votent pas, mais bon, ça change quelque chose ? ...

 

98 voix d'écart... 50,03% pour Copé, 49,97 pour Fillon. Vingt-quatre heures après une soirée de grande confusion, la commission électorale du parti, la désormais fameuse Cocoe, proclame la victoire du maire de Meaux. Le camp Fillon refuse de s'avouer vaincu. Le président de la commission n'a-t-il pas lui-même reconnu l'oubli de la prise en compte d'électeurs ultramarins ? De toute façon, aucune des parties n'a confiance en l'autre. De part et d'autre, des soupçons de fraude, de bourrage d'urnes. Irréconciliables. Alain Juppé intervient de façon éphémère, espérant jouer le rôle du chevalier blanc avant de jeter l'éponge. La crise est ouverte. Il y aurait, dit-on, un risque pour l'avenir même du parti. Copé confirmé, un résultat qui ne convient décidément pas à François Fillon, qui menace de se passer des instances de recours internes, réputés biaisées car composés de proches du secrétaire général sortant. De faire appel à la justice... Comment ? On règle les affaires de famille devant les tribunaux, maintenant ? La situation est grave. Neuf jours au moins d'agonie pour les militants qui eux peuvent être fiers de leur élection, pour s'y être déplacés en masse. Ils ont été à la hauteur, quid des instances dirigeantes de leur parti, quid des deux forces en présence ? ... Ces petites mains sont en tout cas les premiers à déplorer ce mauvais remake de la présidentielle américaine en Floride, en 2000.

 

Un président issu du scrutin du 18 novembre aurait-il quelque chance d'apparaître comme totalement légitime, incontesté dans son propre camp pour mener le premier parti d'opposition ? La solution, vu la faiblesse de l'écart, vu le climat de suspicion, la dégradation généralisée, ne serait-elle pas de faire table rase, de reconnaître humblement les dysfonctionnements, de revoter ? Une position notamment défendue par Nicolas Sarkozy. Elle est aussi, depuis le début, celle de votre serviteur, même si son opinion de simple observateur importe peu. Celle des adhérents, en revanche, est essentielle. Un grand parti n'est rien sans ses adhérents, chacun en est-il conscient rue de La Boétie ? Que pensent-ils des troubles qui secouent leur formation ? De ce désordre post-électoral qui érigerait presque (presque... n'exagérons rien) le congrès socialiste de 2008 à Reims en modèle de transparence et d'esprit de camaraderie ? J'ai souhaité donner la parole à ces militants qui, en tant que tels, ont ma sympathie... Loin des conflits d'égos, ils font souvent preuve d'une sagesse supérieure à celle des cadres de l'UMP. Et qu'on se le dise... ils ne veulent plus être les dindons d'une triste farce qui n'a que trop duré... Cet article "collectif" est ouvert, si d'autres veulent y prendre part, ils peuvent le faire en me contactant par mail, par Facebook. Je remercie celles et ceux qui l'ont déjà fait d'avoir accepté cette invitation ! Une exclusivité Paroles d'Actu, par Phil Defer.  DOCUMENT

 

 

 

UMP : Après la crise...

 

Paroles de militants

 

UMP

(Source de l'illustration : Union pour un Mouvement Populaire)

 

 

 

 

LE QUESTIONNAIRE

  

- Bonjour. Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent de vous avant d'aller plus loin ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager au sein de l'UMP ?

- Comment vivez-vous les événements qui, depuis une semaine, ébranlent votre parti ? Quel est votre ressenti de militant ? Celui des militants que vous côtoyez ?

- Quelle solution appelez-vous de vos voeux pour mettre fin à ce chaos ? Quel message souhaiteriez-vous adresser aux camps Copé et Fillon, à celles et ceux qui sont aujourd'hui aux responsabilités à l'UMP ?

- Les blessures issues de ce fiasco seront-elle profondes, à votre avis ? Clairement, craignez-vous un affaiblissement conséquent de l'ancien parti majoritaire ? ("hémorragie" de militants, légitimité contestée et guerre ouverte au sommet...)

- Quel regard portez-vous sur cette annus horribilis pour votre famille politique ? Quelles leçons en tirez-vous pour l'avenir ?

- Quelque chose à ajouter ? Merci beaucoup.

 

 

 

 

LES RÉPONSES

 (PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE DE RÉCEPTION)

 

 

 

26 novembre

 

 

 

Adrien Caty

http://twitter.com/Super_Dridri

 

Bonjour. Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent de vous avant d'aller plus loin ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager au sein de l'UMP ?

 

Tout d’abord merci de votre interview. Je suis Franc-Comtois d’origine, mais je fais mes études à Strasbourg, en 4ème année de Droit Public.

 

Je tiens d’emblée à préciser que les propos que je tiens ici n’engagent que moi et reflètent un avis strictement personnel.

 

Très tôt je me suis reconnu dans les valeurs de droite, qui sont également celles que ma famille partage depuis plusieurs générations.

 

Pour moi, être de droite n’est pas un héritage. C’est se retrouver dans des valeurs. Et mes valeurs sont celles de la solidarité, du courage, de la responsabilité, du travail. Ce sont ces valeurs que j’ai retrouvé avec Nicolas SARKOZY, mais également chez François FILLON, que j’ai toujours soutenu en tant que premier ministre.

 

La clef de voûte de mon engagement est certainement la France. C’est notre pays, et peut être par bon sens patriote, j’ai la ferme volonté de ne pas le voir sombrer dans certains travers. Ce sens de la Patrie ainsi que l’intérêt général ne sont pas de vaines notions. C’est le fil d’Ariane de mon engagement politique ainsi que de mes études universitaires.

 

 

Comment vivez-vous les événements qui, depuis une semaine, ébranlent votre parti ? Quel est votre ressenti de militant ? Celui des militants que vous côtoyez ?

 

Cette semaine est ce qui pouvait nous arriver de pire dans la vie du parti. Si les militants avaient souvent clairement marqué leurs choix pendant la campagne interne, aujourd’hui, c’est un grand rassemblement de tous les militants que j’observe. La plus grande crainte exprimée par tous les militants est de devoir faire face à l’implosion du parti. Il nous mettrait tous devant un choix cornélien : choisir entre ses convictions.

 

Le temps d’attente des résultats est largement excessif. De même que les contestations de ces résultats par les moyens médiatiques actuels. C’est la raison pour laquelle beaucoup de militants saluaient avec enthousiasme l’intervention d’Alain JUPPÉ. J’étais l’un des premiers à le faire.

 

Il devient urgent d’arrêter ces conflits internes qui nous ridiculisent aux yeux de la majorité, et risque de faire voler en éclat le plus grand parti de France.

 

 

Quelle solution appelez-vous de vos vœux pour mettre fin à ce chaos ? Quel message souhaiteriez-vous adresser aux camps Copé et Fillon, à celles et ceux qui sont aujourd'hui aux responsabilités à l'UMP ?

 

Face à une telle situation de chaos, où l’on ne sait plus réellement qui n’a pas perdu et qui n’a pas gagné, il n’y a qu’une seule solution : une direction collégiale.

 

Le message que j’aurais aimé pouvoir donner à MM. Copé et Fillon aurait certainement été un conseil : d’accepter sans conditions l’offre de médiation faite par M. Juppé.

 

Malheureusement, M. Juppé s’est vu retirer cette initiative qui était l’une des rares pouvant encore sauver notre parti.

 

Si j’avais un autre message à adresser aux deux camps, ce serait d’arrêter cette guerre d’usure face à un adversaire inusable. Cela ruine tous les espoirs militants, et nous décrédibilise profondément dans toutes nos actions pour les années qui viennent.

 

 

Les blessures issues de ce fiasco seront-elle profondes, à votre avis ? Clairement, craignez-vous un affaiblissement conséquent de l'ancien parti majoritaire ? ("hémorragie" de militants, légitimité contestée et guerre ouverte au sommet...)

 

Quand plus de 180 000 militants vont aux urnes pour exprimer leur choix personnel, je ne pense pas qu’on puisse parler de fiasco. Il y a certes un échec, mais il se situe au niveau des résultats de cette élection.

 

Je ne sais pas si les blessures seront profondes. Deux niveaux sont à prendre en compte. Au niveau local, les divergences disparaîtront vite chez la plupart des militants, et c’est unis que nous continuerons à exprimer nos valeurs. Le risque est que la fracture demeure chez nos aînés et cadres nationaux. Rappelons-nous le temps qu’il a fallu pour oublier les divergences entre MM Chirac et Balladur. (est-ce totalement fait d’ailleurs ?)

 

Je crains qu’on ne s’engage dans un processus très long de divergences. Mais l’important est que la « base » reste soudée. Maintenir cette cohérence est l’élément essentiel à l’heure actuelle. Ne pas savoir la maintenir ne serait pas de bon présage pour l’avenir de la droite et de notre mouvement.

 

 

Quel regard portez-vous sur cette annus horribilis pour votre famille politique ? Quelles leçons en tirez-vous pour l'avenir ?

 

Certes, 2012 n’aura pas été la meilleure année électorale dans notre parti.

 

La défaite de Nicolas SARKOZY, déjà regretté d’ailleurs, est le cumul d’une multitude de facteurs. Nous ne pouvons pas en tirer d’enseignements précis. D’un point de vue militant, le déploiement de tous dans toutes les fédérations a cependant été un exemple de mobilisation. C’est sans doute cela que je veux retenir de 2012. L’engagement de tous au service de nos valeurs, à la défense de nos convictions.

 

Et puis, n’oublions pas que cette année n’a pas été défaitiste partout. Dans ma circonscription, nous avons eu la chance de fêter le 17 Juin une belle victoire aux législatives. Notre député Alain CHRETIEN a même gagné dans certains cantons pourtant acquis à la gauche depuis longtemps.

 

Pour l’avenir, nous devons nous redéployer encore plus au plus près des citoyens. C’est ce qui se passe dans les permanences locales qui permet de faire vivre nos valeurs, plus que ce qui se passe dans le siège parisien. J’en atteste par ce que je vois régulièrement dans les trois permanences parlementaires de ma circonscription (dont la permanence UMP).

 

 

Quelque chose à ajouter ? Merci beaucoup.

 

Déjà, vous remercier de m’accorder cet entretien. Dans la tourmente actuelle, on semble se soucier bien peu de l’avis des militants.

 

Ah si, je voudrais rajouter une chose. Je ne pense pas qu’on puisse réussir en politique par ambition. On fait de la politique pour défendre des valeurs et des convictions. Ce sont elles qui nous poussent à nous engager. Je ne fais pas d’une carrière politique mon objectif professionnel. Mais j’estime que si à moment donné, j’ai la chance de devoir défendre mes valeurs et mes convictions auprès de mes concitoyens, et par respect pour tous ceux qui ont fait notre pays, je le ferai.

 

 

 

Christophe Versini

 

Je me présente, je m'appelle Christophe Versini, je suis délégué des jeunes populaires de la 15ème circonscription de Paris, conseiller de quartier à la mairie de Paris 20 et étudiant en droit.

 

Ce qui m a poussé à m'engager en politique, c'est l'amour pour mon pays, l'histoire du Général De Gaulle, de Napoléon. Comme ces hommes, je veux apporter quelque chose à mon pays, apporter ma Pierre à l édifice.

 

Les événements de ces dernières semaines sont pathétiques et honteux dans un grand parti politique comme l'UMP. En tant que militant, je suis déçu par les responsables UMP, je suis triste comme de nombreux militants que nous côtoyons de la division de notre parti mais nous voulons connaître la vérité sur les résultats du vote. Certains militants ont déjà quitté le parti.

 

Aujourd'hui, je pense que la meilleure solution est de créer un nouveau parti, la fracture politique à l UMP est évidente, plus rien n'empêchera l'éclatement de l UMP. Il faudra des années pour que la droite française s'en relève. La droite doit reconstruire un parti Gauliste-social. L'année 2012 est à oublier très vite pour la droite française, pourvu que 2013 et 2014 soient meilleures...

 

 

 

Morgan Fix

(Militant UMP, Alsace)

 

Morgan Fix

 

Bonjour. Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent de vous avant d'aller plus loin ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager au sein de l'UMP ?

 

Bonjour, cela fait maintenant plus d'un an que je suis adhérent à l'UMP, même si je partageais leurs idées depuis longtemps. J'avais milité pour Nicolas Sarkozy en 2007. Le déclic s'est fait grâce à un professeur qui critiquait sans cesse la politique menée par Nicolas Sarkozy, j'ai alors pris ma carte et défendu sans complexe mes idées. Pour ces élections internes, j'avais d'abord choisi le camp Fillon, mais nous n'avons pas besoin d'un candidat à la présidentielle, c'est une opposition forte dont nous avons besoin. François Fillon aurait apporté des réponses concrètes face au PS, grâce a son expérience ministérielle, mais pour moi, il n'est pas l'homme de la situation. Quant à Copé... je n'ai pas confiance en lui. Je n'ai donc pas voté.

 

 

Comment vivez-vous les événements qui, depuis une semaine, ébranlent votre parti ? Quel est votre ressenti de militant ? Celui des militants que vous côtoyez ?

 

Depuis une semaine, les ténors du parti donnent un spectacle sans fin devant la France entière. Pour tout vous dire, j'essaie de ne pas suivre toute l'actualité afin de ne pas leur prêter l'attention qu'ils désirent. Pour mon entourage, chacun continue à défendre son camp.

 

 

Quelle solution appelez-vous de vos voeux pour mettre fin à ce chaos ? Quel message souhaiteriez-vous adresser aux camps Copé et Fillon, à celles et ceux qui sont aujourd'hui aux responsabilités à l'UMP ?

 

Beaucoup pensent aujourd'hui au retour de Nicolas Sarkozy pour calmer le jeu, mais je pense qu'il est encore trop tôt pour qu'il revienne. Le parti doit d'abord se reconstruire autour du président du parti. Je pense qu'il faudrait recommencer, mais pas seulement le vote car les deux mêmes candidats s'y opposeront à nouveau. Mais que d'autres candidats rejoignent la course à la présidence du parti, je pense notamment à Xavier Bertrand qui m'inspire confiance, et qui a récolté les parrainages suffisants.

 

 

Les blessures issues de ce fiasco seront-elle profondes, à votre avis ? Clairement, craignez-vous un affaiblissement conséquent de l'ancien parti majoritaire ? ("hémorragie" de militants, légitimité contestée et guerre ouverte au sommet...)

 

En effet le mal est fait, mais il est maintenant temps de se retrouver, surtout ne pas se diviser ! Notre parti vient d'être affaibli, mais il est encore temps de de relever. Nous ne devons pas nous tromper d'ennemis, nous devons combattre le socialisme, qui pendant se temps rigole de nous. Il est grand temps de se retrouver, au nom de la France ! Pour l'intérêt commun des Français.

 

 

Quel regard portez-vous sur cette annus horribilis pour votre famille politique ? Quelles leçons en tirez-vous pour l'avenir ?

 

Ce spectacle donne une image négative et immature de l'opposition que nous sommes. À l'avenir, j'espère que cela nous aura servi de leçon et que nous ne traverserons plus une telle aventure.

 

 

Quelque chose à ajouter ? Merci beaucoup.

 

Merci à vous.

 

 

 

Augustin Deschamps

 https://twitter.com/augdeschamps

 

Bonjour. Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent de vous avant d'aller plus loin ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager au sein de l'UMP ?

 

Je m'appelle Augustin Deschamps, j'ai 20 ans et je suis militant UMP dans la 1ère circonscription de Paris. Je suis des études de droit et je prépare divers concours. Je suis également passionné de musique électronique et d'art contemporain.

 

Mon engagement à l'UMP a débuté avec la campagne présidentielle de 2012 et s'est poursuivi avec les élections législatives pendant lesquelles j'ai contribué à la campagne de Pierre Lellouche. J'ai personnellement pris parti pour François Fillon pour la présidence de l'UMP.

 

Comme beaucoup, mon engagement au sein de l'UMP a été le prolongement naturel d'un intérêt que je porte à la politique depuis de nombreuses années. Rien ne me prédestinait, dans mon entourage, à prendre une telle voie. La campagne présidentielle, au travers de l'espoir suscité par Nicolas Sarkozy, a définitivement été un élément déclencheur.

 

 

Comment vivez-vous les événements qui, depuis une semaine, ébranlent votre parti ? Quel est votre ressenti de militant ? Celui des militants que vous côtoyez ?

 

Comme tous les militants de l'UMP, je regrette profondément la tournure que prennent les événements. La situation n'a cessé de se dégrader depuis le dimanche 18 novembre, et les deux camps en portent la responsabilité. Aujourd'hui, la situation des militants est extrêmement inconfortable. Ils subissent une situation qui leur a été imposée et doivent faire face à la crise la plus grave que notre famille politique ait connue. Beaucoup se sentent égarés dans un tourbillon médiatique alimenté par les affrontements incessants auxquels se livrent certains de nos camarades. C'est pourquoi il me paraît important que chacun prenne du recul sur le contexte actuel.

 

 

Quelle solution appelez-vous de vos voeux pour mettre fin à ce chaos ? Quel message souhaiteriez-vous adresser aux camps Copé et Fillon, à celles et ceux qui sont aujourd'hui aux responsabilités à l'UMP ?

 

À l'heure où je vous parle, Alain Juppé a abandonné ses tentatives de médiation, en réponse au refus de Jean-François Copé d'accepter le moindre compromis. François Fillon s'apprête à déposer un recours devant la Justice, et la Commission Nationale de Recours doit rendre un délibéré que plus personne n'attend vraiment. De nombreuses personnalités se prononcent en faveur d'un nouveau scrutin, et c'est également mon sentiment. Quelle que soit l'issue des délibérations de la CNR, le Président de l'UMP qui sera désigné n'aura ni la légitimité, ni l'autorité nécessaires au rassemblement des troupes.

 

Un nouveau vote, organisé dans la plus grande transparence et dont les résultats seraient incontestables me paraît aujourd'hui la solution la plus souhaitable pour l'UMP. C'est dans cette optique que Nathalie Kosciusko-Morizet a lancé une pétition sur internet, qui rencontre un succès indéniable.

 

Le message que je voudrais adresser aux camps Copé et Fillon, en toute humilité, c'est un appel à la raison. Ce qui m'attriste le plus, c'est le comportement de ceux, ténors ou militants, qui tentent par tout moyen de faire valoir leur point de vue en invectivant l'adversaire, parfois avec une violence proche de la turpitude. Nous ne pouvons plus nous payer le luxe d'une guerre interne. L'avenir de notre parti est plus que jamais menacé et toutes nos forces doivent aujourd'hui être employées pour rétablir un semblant d'unité à l'UMP.

 

 

Les blessures issues de ce fiasco seront-elle profondes, à votre avis ? Clairement, craignez-vous un affaiblissement conséquent de l'ancien parti majoritaire ? ("hémorragie" de militants, légitimité contestée et guerre ouverte au sommet...)

 

Je suis un éternel optimiste, et je ne veux pas croire à une implosion de l'UMP. La principale raison d'exister de ce parti fait qu'une scission irait à l'encontre même de ce pourquoi nous nous battons chaque jour. La France a plus que jamais besoin d'une droite unie, fer de lance de la politique alternative que nous proposons aux Français en réponse à l'action du gouvernement en place. Cependant, je n'exclus pas non plus le pire ; la création d'un nouveau parti emmené par François Fillon et ses soutiens parlementaires me semble très peu probable, mais la formation d'un nouveau groupe à l'Assemblée Nationale est une alternative de plus en plus envisagée.

 

Quoi qu'il advienne, notre famille politique en ressortira nécessairement affaiblie. Je pense qu'il faudra plusieurs mois, et surtout un gigantesque travail de restructuration pour que l'UMP retrouve tout son éclat.

 

Mais je ne crois pas à l' «hémorragie» de militants que le centre et l'extrême droite nous annoncent. Il faudrait bien plus qu'une bisbille interne pour ébranler les valeurs de centaines de milliers de militants et d'adhérents qui ont fait le choix de l'UMP pour la France.

 

 

Quel regard portez-vous sur cette annus horribilis pour votre famille politique ? Quelles leçons en tirez-vous pour l'avenir ?

 

Il est clair que l'année 2012 n'aura pas été la plus riche en succès pour notre mouvement ! Mais j'oserais dire que les revers que nous avons connus constituent une richesse fantastique pour l'avenir. Les erreurs commises hier nous permettent aujourd'hui de tirer tous les enseignements qui nous feront gagner demain. C'est des périodes de crise telles que celle que nous connaissons que naissent les grandes réalisations politiques.

 

 

Quelque chose à ajouter ? Merci beaucoup.

 

J'invite tous les jeunes de mon âge à franchir le seuil d'une permanence de leur quartier, quelle qu'en soit le parti. Ils seront systématiquement accueillis avec bienveillance, et prendront tout au plus le risque de vivre une aventure humaine extraordinaire ! Merci beaucoup.

 

 

 

Rudolph Granier

 

Bonjour. Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent de vous avant d'aller plus loin ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager au sein de l'UMP ?

 

Bonjour. Je suis Président de l’Union des Jeunes pour le Progrès (UJP), une association née en 1965 à l’initiative de Georges Pompidou et de Robert Grossmann à la demande du Général de Gaulle et ce afin de rassembler les jeunes gaullistes.

 

Au titre de l’UJP, nous sommes mouvement associé de l’UMP depuis maintenant près de deux ans.

 

A titre personnel, je suis adhérent de l’UMP, ce qui concerne une majorité des adhérents de l’UJP mais la double affiliation UJP-UMP n’est pas systématique. La reconnaissance constitutionnelle des partis politique et le souhait de faire grandir les biens communs tels que la république, la nation, la démocratie et encore la laïcité m’ont poussés à m’engager. Ces biens légués par nos ancêtres méritent que nous les défendions avec ténacité et exigence, chaque jour.

 

Nous considérons que nous pouvons nous exprimer au sein de notre famille politique traditionnelle en toute liberté et qu’il nous appartient de faire vivre l’héritage du gaullisme associé au progrès qu’exige le XXIème siècle. Rien de plus absurde et désagréable que d’entendre « Si le Général était là… Le Général aurait fait… ». Laissons l’histoire à sa place et considérons d’abord que la Gaullisme est un pragmatisme et non une tentative d’explorer l’année 2012 à l’aune des années 50.

 

 

Comment vivez-vous les événements qui, depuis une semaine, ébranlent votre parti ? Quel est votre ressenti de militant ? Celui des militants que vous côtoyez ?

  

Les résultats de l’élection tel que proclamés par le Président Gélard ne peuvent satisfaire personne. Les doutes, les suspicions, les contestations naissantes ne pouvaient être que prévisibles considérant l’écart officiel, qui pour mémoire était de 98 voix. Le déchainement médiatique que nous avons connu par la suite a sans doute exacerbé certaines positions loin de la sérénité dont nos responsables politiques doivent faire preuve.

 

Les militants de l’UJP sont circonspects sur ces événements et nous préférons garder la tête froide et poursuivre nos travaux dans l’intérêt du débat politique tel que nous l’avons toujours souhaité : serein, apaisé et digne. A ce titre, nous poursuivons les propositions sur l’Education, entamons un cycle de réflexion sur l’Union européenne. Quel regard porter sur les négociations actuellement menées par François Hollande dans le cadre du budget de l’Union européenne des prochaines années ? Qu’en est-il du Programme ERASMUS ? Quelle proposition a été faite à nos agriculteurs avec un budget de la PAC désossé de part en part et sans ambition ? Voilà les préoccupations des Français. Voilà les réponses que le politique doit apporter.

 

 

Quelle solution appelez-vous de vos vœux pour mettre fin à ce chaos ? Quel message souhaiteriez-vous adresser aux camps Copé et Fillon, à celles et ceux qui sont aujourd'hui aux responsabilités à l'UMP ?

 

Je pense qu’il serait souhaitable de tenir à nouveau le scrutin, par un vote électronique, sous le contrôle d’une autorité indépendante. Nous sommes conscients du coût, mais si c’est le prix d’un vote non contestable, il faut le payer.

 

La médiation proposée par Alain Juppé avait le mérite de l’apaisement mais n’a malheureusement pas obtenu l’accord de toutes les parties. Dont acte. Les recours sont à la main de chacun, sur le terrain judiciaire comme en interne. Mais n’oublions pas que nous avons des territoires à reconquérir et que l’union sera nécessaire. Nous ne pouvons prétendre rassembler une majorité de Français si nous ne sommes pas nous-même rassemblés.

 

Le nécessaire débat au sein de notre famille doit exister, sur le terrain des idées et non des personnes. Il n’est pas nouveau que les propositions de la Droite Forte ne porte pas notre assentiment total au sein de l’UJP, mais il doit exister. Nous déplorons la caricature et les raccourcis et notre travail doit porter sur la pédagogie et le rassemblement du peuple français. Nous nous battrons inlassablement sur ce terrain.

 

Je souhaite enfin attirer l’attention de vos lecteurs sur un point essentiel : l’UJP va rapidement se positionner sur une charte morale liée à la probité de nos responsables politiques. Il est insoutenable de douter de l’intégrité d’un responsable politique et nous proposerons le retrait par la personne elle-même de toute gestion publique pendant au moins le temps où la justice proclamera son innocence.

 

 

Les blessures issues de ce fiasco seront-elle profondes, à votre avis ? Clairement, craignez-vous un affaiblissement conséquent de l'ancien parti majoritaire ? ("hémorragie" de militants, légitimité contestée et guerre ouverte au sommet...)

 

Parler de «l’ancien parti majoritaire » est sans doute prématuré, et nous ne souhaitons pas voir disparaître l’UMP. Si cette crise passagère appelle un renouvellement des idées et que chacun choisisse en âme et conscience, alors allons-y ! L’expression démocratique à laquelle l’UMP est aujourd’hui confrontée doit être respectée.

 

Je n’ai pas souhaité engager officiellement l’UJP derrière un candidat. La liberté dans ce genre de débat est nécessaire et je reste assez éloigné de la caporalisation des militants. Certains étaient pro-Fillon, d’autres pro-Copé. Je ne retiens que les débats enrichissants permettant de se convaincre mutuellement. N’est-ce pas ça la politique ? A l’UJP, c’est notre conception, et nous la faisons vivre.

 

 

Quel regard portez-vous sur cette annus horribilis pour votre famille politique ? Quelles leçons en tirez-vous pour l'avenir ?

 

À l’échelle du temps, il ne faut pas dramatiser. L’opposition à un rôle essentiel dans le fonctionnement de nos institutions. Il nous faut jouer ce rôle avec dignité et de façon constructive. L’état de la France l’exige plus que tout. Certes, nous n’avons plus aucun levier du pouvoir, mais les prochaines municipales, les élections européennes sont autant de chance pour par exemple faire basculer le Sénat en 2014. Apprenons à reconstruire notre crédibilité auprès des Français. Et plus que tout, apprenons de nos erreurs. En revoyant notre socle idéologique. Personne n’est exempt d’un examen de conscience sur les causes de nos différents échecs électoraux et parfois sur nos échecs moraux.

 

 

Quelque chose à ajouter ? Merci beaucoup.

 

Oui ! Au rythme où vont les événements, j’espère que l’actualité de mes propos sera encore de rigueur. Mais rien n’est moins sûr.

 

Félicitations pour votre initiative et bonne route !

 

 

 

Valentin Fontan-Moret

http://valentinfontan-moret.tumblr.com

 

Valentin Fontan-Moret

  

Bonjour. Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent de vous avant d'aller plus loin ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager au sein de l'UMP ?

 

Bonjour, je suis militant UMP au sein de la structure "UMP Lycées" dans le Rhône, dans la ville de Lyon. Je suis co-gestionnaire de la page Facebook UMP Lycées du Rhône ainsi que du compte twitter @UMPlycees69 sur lesquels j'invite chacun à nous rejoindre.

 

J'ai fait le choix d'adhérer à l'UMP le 9 Mai 2012. Le 6 Mai au soir, comme des millions de Français, j'étais triste et inquiet pour l'avenir de notre pays. Je me suis laissé le temps de la réflexion: 2 jours, avant d'adhérer.

 

Les sujets sociaux, économiques ou diplomatiques m'ont toujours interessé en tant que spectateur. Puis je me suis forgé à force de curiosité une véritable conscience politique. À côté de cela, le désir profond de servir la France n'a cessé de grandir en moi depuis plusieurs années. Alors, lorsque j'ai compris que la Droite française devrait entrer en résistance, j'ai souhaité la rejoindre pour apporter ma contribution et ainsi réaliser mon souhait de défendre des idées, des valeurs, des convictions. Celles portées par l'UMP.

 

 

Comment vivez-vous les événements qui, depuis une semaine, ébranlent votre parti ? Quel est votre ressenti de militant ? Celui des militants que vous côtoyez ?

 

Les événements qui se sont enchaînés depuis le 18 novembre ont été très éprouvants, moralement, pour tous les militants je pense. Nous n'avons pas tous eu la même vision des choses parce que nous n'avons tous pas soutenu le même candidat. Mais nous avons tous été attristés de voir l'UMP en péril, alors qu'elle était déjà "blessée" depuis le 6 mai.

 

Mais il est normal qu'après avoir tenu le pouvoir pendant 10 ans, soit depuis sa création, l'UMP ait besoin de penser ses plaies, d'apprendre à être un parti d'opposition même si cela est douloureux.

 

J'ai toujours pensé que cela ne nous tuerait pas, que ça ne pourrait donc que nous rendre plus fort. Je suis certain que la nouvelle équipe dirigeante saura tirer les leçons de cet épisode.

 

Et bien sur, en tant que militant, je n'attends qu'une chose : la résolution de ces problèmes et le retour rapide d'une équipe dirigeante forte et dynamique pour mener une opposition forte, intelligente et constructive. Nous avons voté pour élire un Président, pas pour voir notre famille se déchirer ! Nous ne pouvons pas nous laisser voler notre parti par une querelle intestine que nous n'avons pas voulue.

 

 

Quelle solution appelez-vous de vos voeux pour mettre fin à ce chaos ? Quel message souhaiteriez-vous adresser aux camps Copé et Fillon, à celles et ceux qui sont aujourd'hui aux responsabilités à l'UMP ?

 

J'ai personnellement soutenu Jean-François Copé durant la campagne interne et je crois que son attitude a été exemplaire depuis le début du "fiasco". Il est toujours allé dans le sens de la réconciliation, de l'unité, du rassemblement.

 

Les statuts existant, même s'ils sont sans doute obsolètes comme je l'ai déjà dit, doivent être respectés. Ces statuts sont la garantie de notre unité et de l'exercice de la démocratie interne. Jean-François Copé a toujours veillé à les respecter.

 

Quant au recours à la Justice, je ne crois pas que le signal envoyé ait été le bon. Je n'y ai pas retrouvé la loyauté et l'honneur de François Fillon. Lui qui avait servi la France aux côtés de Nicolas Sarkozy avec tant d'élégance et de talent n'a pas su accepter la défaite avec autant de dignité que le Président de la République. J'ai été attristé par cette décision.

 

Aujourd'hui, je souhaite donc que Jean-François Copé continue ses efforts de rassemblement en tant que Président, je suis sûr qu'il le fera. Et évidemment, j'espère que François Fillon n'a pas quitté la politique. Il a été un homme d'état de grand talent, j'espère qu'il saura saisir les mains tendues, sinon aujourd'hui, dans quelques temps.

 

 

Les blessures issues de ce fiasco seront-elle profondes, à votre avis ? Clairement, craignez-vous un affaiblissement conséquent de l'ancien parti majoritaire ? ("hémorragie" de militants, légitimité contestée et guerre ouverte au sommet...)

 

Je crois que l'UMP est un parti fort, et je pense que dans quelques semaines tout au plus, cet épisode sera derrière nous. Evidemment, l'amertume des uns et la colère de tous les militants face à ces évènements à ponctuellement affaibli notre parti. Mais dès lors que la confiance sera de nouveau au rendez-vous, tous les militants seront unis. Nous ne demandons qu'à retourner au charbon !

 

Je ne crois pas à l' "hémorragie" que les médias décrivent: ce qui nous soude, ce sont nos idées. Nos valeurs, nos convictions, nous unissent plus que n'importe quel visage. Les Hommes passent, les idées restent. C'est pour cela que nous, les 310 000 militants, resterons unis. Nos valeurs, que nous ayons été "copéistes" ou "fillonistes" sont identiques. Ce sont les valeurs de l'UMP.

 

Et ceux qui dénoncent un "virage à droite" mené par Jean-François Copé sont dans l'erreur ! Le 18 novembre, nous avons voté pour des motions. La Droite Sociale, la France Moderne et Humaniste, le Gaullisme voie d'avenir pour la France et la Boîte a Idées ont reçues plus de 60% des suffrages ! C'est bien le signe que le centre-droit est bel et bien à l'UMP, nul part ailleurs. La diversité des courants à l'UMP fait la force de notre Unité et de notre capacité à rassembler tous les Français.

 

 

Quel regard portez-vous sur cette annus horribilis pour votre famille politique ? Quelles leçons en tirez-vous pour l'avenir ?

 

Je pense que l'enchaînement de tous ces évènements aurait pu être contenu par un plus grand respect. Respect des statuts, de la démocratie, des militants. Mais maintenant que Jean-François Copé a été conforté dans sa position de Président de l'UMP par la commission des recours, la confiance va, je l'espère, regagner le terrain rapidement.

 

Finalement, ce processus aura été trop long, douloureux mais naturel pour le plus grand parti de France, qui apprend à entrer dans l'Opposition. Nous devions en passer par là pour en sortir grandis. La division, au sommet comme à la base, n'aura été que temporaire, j'en suis intimement persuadé.

 

 

Quelque chose à ajouter ? Merci beaucoup.

 

Je souhaite rappeler quelque chose.

 

Notre engagement militant est avant tout un engagement pour la France. Et nous, l'UMP, nous devons aux Français et aux millions de sympathisants de constituer une opposition forte. Une opposition qui les protège face à une gauche folle ! 
Résistance, Reconquête et Rassemblement doivent être nos boussoles pour les années à venir.

 

 

 

Nicolas Dufour

 

Nicolas Dufour

 

Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent de vous avant d'aller plus loin ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager au sein de l'UMP ?

 

Dufour Nicolas, je suis étudiant en 1ere année de Droit à l'université de Caen et je suis référant jeune UMP pour la 3ème circonscription du calvados. En 2007, lors des présidentielles, j'ai découvert en le candidat de l'UMP Nicolas Sarkozy, un candidat répondant à mes attentes et à ma vision des choses. Initialement, c'est pour lui que j'ai adhéré à l'UMP. À force de subir les dysfonctionnements de notre société, j'ai voulu agir à mon échelle et arrêter de subir sans rien dire. J'ai donc intégré les Jeunes Populaires du Calvados pour des raisons nombreuses et variées : région à gauche, canton à gauche, plus rien n’avançait.

 

 

Comment vivez-vous les événements qui, depuis une semaine, ébranlent votre parti ? Quel est votre ressenti de militant ? Celui des militants que vous côtoyez ?

 

Comme beaucoup des militants que je peux côtoyer un peu partout, je vis mal la situation actuelle de mon parti, c'est comme une famille et cela fait mal quand des membres se déchirent ! Cependant, mon ressenti de militant est que notre seul ennemi est la gauche et malgré la « crise » depuis une semaine, on continue à aller sur le terrain pour dénoncer les betises du gouvernement : aller/retour sur le mariage, Aéroport ND des Landes, dégradations de la note de la France, politique économique qui conduit à la récession et au chômage.

 

 

Quelle solution appelez-vous de vos voeux pour mettre fin à ce chaos ? Quel message souhaiteriez-vous adresser aux camps Copé et Fillon, à celles et ceux qui sont aujourd'hui aux responsabilités à l'UMP ?

 

Ils doivent arrêter leurs bêtises, la COCOE et la commission des retours a statué, Jean-François Copé est élu président de l'UMP ! On doit donc se réunir ensemble derrière lui, que ca soit le camp Fillon que le camp Copé. Lors de l'élection, j'étais Filloniste, maintenant, je suis UMPiste et je suis derrière notre président ! Il ne doit plus y avoir de camps ! La solution utopique, que beaucoup voudraient, serait le retour de notre Chef: Nicolas Sarkozy.

 

 

Les blessures issues de ce fiasco seront-elle profondes, à votre avis ? Clairement, craignez-vous un affaiblissement conséquent de l'ancien parti majoritaire ? ("hémorragie" de militants, légitimité contestée et guerre ouverte au sommet...)

 

Je ne pense pas, peut être que ca risque de créer des tensions encore un certain temps à Paris, mais en province comme dans le Calvados, on reste unis et rassemblés, on enregistre des adhésions et pas d’hémorragie de militants ! Jean-François Copé a été élu, il est donc légitime, maintenant, je comprends que Fillon puisse avoir des doutes mais il ne doit pas mettre en péril le parti pour cela !

 

 

Quel regard portez-vous sur cette annus horribilis pour votre famille politique ? Quelles leçons en tirez-vous pour l'avenir ?

 

On est en train de vivre une annus horribilis : défaite aux présidentielles, aux législatives et une élection interne dure !

 

Cependant la première défaite est dû à un anti-Sarkozysme, on a aucune leçon à en tirer, on verra dans 5 ans comme cela sera pour Hollande, il est déjà très bas dans les sondages ! La défaite aux législatives, malheureusement, c'était la suite logique ! On n'a jamais vu une élection législative qui ne suivait pas l'élection présidentielle au niveau couleur de l'Assemblée Nationale !

 

Pour ce qui est de la campagne interne, on a des leçons à en tirer, il faut refaire les statuts pour l'élection ! On doit par exemple baisser le nombre de parrainages pour éviter un duel et avoir le choix dans les candidats ce qui aurait pu éviter la situation actuelle ! Et pourquoi ne pas faire le vote électronique, cela coûte peut être plus cher mais cela évite les problèmes !

 

 

Quelque chose à ajouter ? Merci beaucoup.

 

On se prépare pour 2014 et ainsi éviter 5 annus horribilis !

 

Ensemble tout devient possible, il faut que Fillon et Copé ne fassent qu'un !

 

 

 

 

27 novembre

 

 

 

Stéphane Perrin

 

Stéphane Perrin

 

Stéphane PERRIN, militant dans les Vosges, au RPR depuis 1997 et à l'UMP depuis sa fondation. Je suis délégué cantonal, je me suis engagé à l'époque à Epinal pour Philippe Séguin.

 

Le ressenti des militants que je côtoie est différent selon leur sensibilité : les fillonistes sont atterrés et en plein doute, les copéistes se la jouent "embrassons nous folle ville"...

 

Je suis pour une réunion de la Commission des Sages prévue par l'article 36 des statuts du mouvement, avec éventuellement un revote partiel dans les bureaux contestés... et l'établissement d'un bureau exécutif collégial (composé de Copé et 1 copéiste, 2 fillonistes et 1 neutre).

 

Mon message aux 2 camps : ce qui nous unit doit l'emporter sur ce qui nous déchire ! Oui les blessures seront longues à cicatriser et l'UMP est en lambeaux, par contre je pense que nos chefs sauront quand même s'entendre pour contrer la gauche et sa politique inepte, des militants partiront, d'autres viendront... et en 2017, il serait sage que ce soit Nicolas Sarkozy notre candidat. L'UMP doit se reconstruire comme le pôle de droite d'une alliance électorale avec l'UDI et surtout nous devons revoir de A à Z nos statuts, afin d'avoir un fonctionnement plus démocratique...

 

 

 

 

29 novembre

 

 

 

Hélène Bulle 

 

Hélène Bulle

 

Bonjour. Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent de vous avant d'aller plus loin ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager au sein de l'UMP ?

 

Bonjour, je m’appelle Hélène, j’ai 25 ans, et je suis adhérente à l’UMP depuis 2005. J’ai adhéré à 18 ans, au moment de la crise des banlieues, lorsque Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’Intérieur, prend les mesures nécessaires permettant de rétablir l’ordre. Pour moi, c’est le déclic : enfin un homme d’Etat, qui n’a pas peur de braver les barrières du politiquement correct et qui a le courage de prendre les choses en main afin de faire primer la sécurité des Français.

 

Cependant, si je considère que militer à l’UMP est une fierté et une véritable aventure humaine, ma priorité était avant tout de m’établir professionnellement. Ainsi, j’ai soutenu les actions et défendu les valeurs prônée par ma famille politique dès que l’occasion m’en était donnée, en étant plus ou moins souvent sur le terrain en fonction des études et concours passés aux quatre coins de la France. Me voici désormais à la direction d’une structure médico-sociale et établie dans l’est de la France. Ainsi, en parallèle de mon travail au sein duquel je préserve une stricte neutralité, je saisis l’opportunité qui m’est offerte par le Député UMP du Territoire de Belfort, Damien Meslot, de devenir Responsable Départementale Jeunes Adjointe (RDJA) dans le département à la fin de l’été 2012.

 

 

Comment vivez-vous les événements qui, depuis une semaine, ébranlent votre parti ? Quel est votre ressenti de militant ? Celui des militants que vous côtoyez ?

 

Les évènements qui mettent à l’épreuve depuis bientôt deux semaines notre famille politique étaient clairement imprévisibles. En tant que militante, j’assume pleinement le fait d’avoir soutenu François Fillon. J’avoue avoir été surprise le soir du 18 novembre, alors que le Territoire de Belfort venait de comptabiliser 63,34% des suffrages exprimés pour François Fillon, à la découverte à la télévision des (non) résultats.

 

Mais mon principal sentiment le 18 novembre, ainsi que celui d’une majorité de militants côtoyés (« copéistes » ou « fillonistes ») une fois l’effet de surprise passé, fut l’incompréhension.

 

L’incompréhension de voir deux leaders s’empresser de proclamer leur victoire tour à tour avant même que la COCOE ne prononce les résultats officiels. L’incompréhension de voir les jeunes fillonistes parisiens se voir interdire l’entrée du siège rue de la Boétie ce même soir.

 

Lundi 19, après une journée interminable, la proclamation des résultats est claire et tout le monde s’apprête, en bonne intelligence, à se réunir autour de Jean-François Copé nouvellement élu Président de l’UMP. L’aventure aurait dû se terminer là, que l’on soit satisfait ou non. Point.

 

Mais comment ne pas réagir lorsque l’on apprend que la COCOE « oublie », ni plus ni moins, de comptabiliser les votes de 3 départements, et, pis encore, ne considère pas nécessaire de les prendre en compte tandis que seules 98 voix séparaient les deux candidats la veille ?

 

Le sentiment du militant doit être abordé de deux points de vue.

 

Les militants ayant voté pour Jean-François Copé sont soulagés de le voir élu Président du parti, et il est légitime qu’ils souhaitent mettre un terme à ce conflit rapidement afin de réunir les adhérents de l’UMP autour de leur candidat. Ils ont honte de l’image que véhicule notre parti à l’extérieur, car ils savent que nous valons bien mieux.

 

Pour leur part, les militants ayant soutenu François Fillon déplorent également l’image de notre famille politique reflétée par les médias. Cependant, si l’on prend la peine de se mettre un instant à leur place, leur réaction apparaît tout à fait légitime : pourquoi laisseraient-ils passer une telle injustice au niveau de la COCOE, puis de la Commission des Recours qui a jugé pour sa part suffisant d’étudier uniquement les recours de Jean-François Copé et non ceux de François Fillon avant de rendre sa décision en faveur du premier ? Trouvez simplement une explication rationnelle à ces deux interrogations et exposez là aux partisans de François Fillon, une grande partie du conflit sera dès lors résolue.

 

 

Quelle solution appelez-vous de vos voeux pour mettre fin à ce chaos ? Quel message souhaiteriez-vous adresser aux camps Copé et Fillon, à celles et ceux qui sont aujourd'hui aux responsabilités à l'UMP ?

 

En tant que RDJA et militante, au vu de la situation qui évolue chaque jour et qui dessert notre parti, la solution que je préconise est un nouveau vote au sujet de l’équipe dirigeante de l’UMP. Le référendum ne ferait que repousser l’échéance de ce vote, autant aller droit au but. A l’heure actuelle, aucun des deux candidats ne pourrait de toute façon affirmer qu’il est légitime à présider notre parti, car trop de zones d’ombres pèsent sur cette élection.

 

Quelques modifications en amont s’avèrent néanmoins nécessaires avant le second vote. En effet, les deux candidats doivent être positionnés sur un même pied d’égalité, en d’autres termes : les deux candidats -ou aucun des deux- (ne) doivent avoir accès aux leviers du parti (accès au fichier adhérent, articles et photographies sur le site de l’UMP, gestion claire des procurations lorsque celles-ci ne sont pas confiées individuellement à une personne de confiance, financement –ou pas- des campagnes, et organisation optimale des bureaux de vote et de leur nombre le jour de l’élection). Si le re-vote ne se déroule pas en ces termes égalitaires, nous nous engouffrons dans une impasse.

 

Quant au message que je souhaiterais faire passer aux deux « camps », il tient en deux mots : restons dignes.

 

Je suis très attachée à ce principe que je ne cesse de répéter depuis des semaines : pour nous militants, le fait de soutenir un candidat en campagne est tout à fait légitime, par contre, critiquer l’ « adversaire » (qui n’en est pas un dans la mesure où il fait parti de notre famille politique) est indigne. Sans le respect de ce principe, nous ne parviendrons jamais à rester unis.

 

Il n’y a pas un militant plus sarkozyste ou plus patriote qu’un autre en fonction de son soutien à l’un ou l’autre candidat. N’oublions pas que les militants d’aujourd’hui sont ceux qui ont adhéré grâce à Nicolas Sarkozy hier et qui sont fiers des valeurs véhiculées par notre parti. Concentrons-nous sur ce qui nous a toujours unis et non sur ce qui nous divise.

 

 

Les blessures issues de ce fiasco seront-elle profondes, à votre avis ? Clairement, craignez-vous un affaiblissement conséquent de l'ancien parti majoritaire ? ("hémorragie" de militants, légitimité contestée et guerre ouverte au sommet...)

 

Je pense que lorsque les médias auront un sujet plus intéressant et plus instructif à traiter que le psycho-drame à l’UMP, une grande partie des « blessures » se résorberont toutes seules ! Et les véritables adhérents, ceux qui ont pris leur carte par conviction et non par effet de mode, le savent : « Ce n’est pas en pleine tempête que l’on quitte le navire ».

 

 

Quel regard portez-vous sur cette annus horribilis pour votre famille politique ? Quelles leçons en tirez-vous pour l'avenir ?

 

Cette année, à première vue, peut paraître sombre : énorme mobilisation autour de Nicolas Sarkozy pour voir François Hollande élu le 6 mai. A ceci ajoutons les médias qui n’ont pour la majorité -un bon 85%- osons le dire, fait preuve d’aucune objectivité au cours de la campagne. Grosse déception parmi les militants.

 

Deux mois plus tard, nouvel enjeu, nouvelle échéance : regain de mobilisation pour élire notre nouveau Président de Parti et son équipe. Résultat : « crise » selon les médias, « honte » pour certains de nos militants, ricanements de la part des partis adverses.

 

Nous pouvons aussi considérer cette année différemment : la mobilisation des adhérents en 2012 a été bien au-delà de nos espérances : pour avoir vécu les meetings de Nicolas Sarkozy à Marseille, Villepinte, la Concorde, au Trocadéro, à la Porte de Versailles, à Strasbourg et à Cernay, un seul mot me vient à l’esprit pour décrire l’engouement suscité : extraordinaire !

 

Deux mois plus tard, les déplacements des équipes de François Fillon et de Jean-François Copé dans toute la France ont permis de multiplier les rendez-vous pour nos adhérents et de mobiliser plus que jamais, et ce quel que soit le candidat. Je n’ai jamais autant entendu chanter la Marseillaise qu’en 2012 et n’ai jamais vu autant de drapeaux brandis pour montrer à quel point les militants de l’UMP sont fiers d’être Français.

 

Là est l’essentiel. Nous avons deux options : la dramatisation à outrance, ce qui permet de faire la part belle aux médias et d’alimenter les discussions de cafés du commerce ; ou bien le choix de considérer que ces débats sont positifs en ce qu’ils prouvent la richesse et le vivier d’idées que comporte notre parti (au moins à l’UMP, on a des idées !), de relever la tête, et d’avancer. Tout commence au niveau local, sur le terrain. A nous de montrer l’exemple, jeunes militants et de donner un regain d’espoir aux désillusionnés sans attendre que les problèmes se règlent au sommet.

 

 

Quelque chose à ajouter ? Merci beaucoup.

 

Mes propos de doivent pas être interprétés comme partiaux. J’assume mon soutien à François FILLON durant cette campagne, et mon rôle de référent pour la motion Droite Sociale en région Franche-Comté. Je me devais de justifier le sentiment éprouvé par de nombreux « pro-Fillon », comme j’ai essayé de justifier la réaction des « pro-Copé » qui ne considèrent pas forcément l’option d’un second vote utile. Toutefois, le 18 novembre étant passé et au vu de la tournure que prennent les évènements, je mesure l’importance de mon rôle de RDJA, qui consiste à rassembler immédiatement, en rappelant aux adhérents ce qui nous unis avant tout, plus que ce qui nous divise de manière temporaire.

 

Merci de m’avoir laissée m’exprimer sur Paroles d’Actu.

 

 

 

 

6 décembre

 

 

 

Charles-Henri Alloncle 

 

Charles-Henri Alloncle

 

Bonjour. Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent de vous avant d'aller plus loin ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager au sein de l'UMP ?

 

Bonjour. Âgé de 19 ans, je suis actuellement étudiant en deuxième année à Sciences Po Paris, Vice-Président de l’UMP Sciences Po et militant dans les Yvelines.

 

En mai et juin derniers, je me suis consacré à temps plein à la campagne des élections législatives dans la 5ème circonscription de Paris, c’est-à-dire les 3ème et 10ème arrondissements, en tant que coordinateur de campagne. Je milite dans les Yvelines depuis mes 16 ans, animant au début la cellule de l’UMP Lycées ; c’est pourtant lors de cette dernière campagne intense, véritable baptême du feu militant, passée chaque jour de 8 heures à 22 heures sur le terrain, que j’ai profondément compris le sens de l’engagement politique, au service des citoyens. J’appartiens à cette génération UMP engagée, celle du terrain !

 

Trop jeune mais déjà frustré en 2007 de ne pas avoir pu participer activement à la campagne pour les élections présidentielles, je sais désormais que ma révélation politique est venue d’un homme, Nicolas Sarkozy, qui le premier a réussi à mettre des mots sur mes valeurs : celle du mérite, du travail, de la responsabilité et de l’Europe. Petit-fils d’un artisan de la construction européenne, j’ai grandi entre la France et Bruxelles avec le sentiment de la nécessité de construire un projet commun qui nous rassemble, sans entraver les fondements de notre identité française. Je suis particulièrement attaché à notre Nation républicaine dont l’histoire me rend si fier. Cet attachement est sans aucun doute la première raison qui anime mon engagement politique.

 

 

Comment vivez-vous les événements qui, depuis une semaine, ébranlent votre parti ? Quel est votre ressenti de militant ? Celui des militants que vous côtoyez ?

 

Pour être honnête, cette semaine m’a blessé comme un très grand nombre de militants sans pourtant remettre en cause mon engagement au sein de cette si belle famille politique. Selon moi, le propre de l’engagement politique est de tenir, même dans l’adversité.

 

Elle m’a blessé car j’ai compris que nous, les militants, attendions, dimanche 18 novembre, avec beaucoup d’impatience, le lancement de notre parti vers un nouveau cap, celui de la reconquête militante. À peine six mois après deux défaites électorales difficiles à accepter, la formidable mobilisation du 18 novembre a prouvé que l’heure n’était plus aux bilans de toutes sortes, aux analyses ou aux lamentations mais bien à l’action.

 

Qui aurait pu en effet prévoir une telle participation dans ce contexte de défaite ? À 20 heures le 18 novembre, j’étais donc particulièrement fier de l’UMP et de ses militants qui se montraient plus déterminés que jamais à écrire une nouvelle page de l’histoire du parti.

 

Aujourd’hui, l’heure est évidemment à la frustration ; j’éprouve un sentiment de gâchis depuis deux semaines. Si un Président est indispensable pour conduire les prochaines échéances électorales, il ne faut pas oublier que l’UMP repose avant tout sur ses militants et ses idées. À l’UMP Sciences Po, si nous avons décidé de ne pas participer à la campagne ni de François Fillon ni de Jean-François Copé, c’est parce que nous accordons bien plus d’importance au débat d’idées qu’au combat de chefs. Je ne cesse de rappeler que ce qui rassemble les équipes de Jean-François Copé et de François Fillon, notamment l’héritage de Nicolas Sarkozy, est infiniment supérieur à ce qui les divise. Je n’accorde aucun crédit à cette « fracture idéologique » que veulent nous faire croire les commentateurs de gauche ou d’extrême droite. L’ombre d’une scission n’a pour seul but que celui de nous diviser.

 

 

Quelle solution appelez-vous de vos voeux pour mettre fin à ce chaos ? Quel message souhaiteriez-vous adresser aux camps Copé et Fillon, à celles et ceux qui sont aujourd'hui aux responsabilités à l'UMP ?

 

À l’heure où je vous réponds, la proposition d’un référendum sur l’opportunité d’un nouveau vote a été avancée et semble convenir à une grande partie des militants. Même si Nicolas Sarkozy ne peut pas assumer publiquement un rôle de médiateur, je reste convaincu qu’une nouvelle fois, il permettra au parti de retrouver un peu de sérénité et de raison en facilitant les négociations.

 

L’UMP appartient à ses adhérents et à ses militants. Tout ce qui va dans le sens de leur redonner la parole est évidemment positif. De ce fait, si les militants souhaitent revoter, alors revotons ! J’ai conscience que la date de ce vote fait débat. Pour ma part, j’estime que les deux camps doivent dépasser leurs chamailleries de calendrier pour convenir le plus rapidement possible d’une date commune.

 

Mais si les camps Copé et Fillon doivent entendre un seul message, c’est celui de l’apaisement et de la concertation. Nicolas Sarkozy a été le premier à le porter, le soir du 6 mai : « Je vous demande une seule chose, vous devez vous engager à protéger l’unité de la famille. Quoi qu’il advienne. Vous me le devez ».

 

Ces heures interminables de débats souvent stériles et virulents sur les plateaux de télévision nous exaspèrent. Que nos dirigeants règlent cette situation directement, entre eux, et cessent de porter atteinte publiquement à l’image d’unité du parti.

 

Il faut qu’ils comprennent que la réalité du terrain est totalement différente de celle de la rue de Vaugirard. Les militants, qu’ils soient Copéistes ou Fillonistes, sont prêts à travailler ensemble, main dans la main. Ils n’attendent plus que le feu vert de leurs représentants à Paris pour mettre un terme à cette situation de paralysie.

 

 

Les blessures issues de ce fiasco seront-elle profondes, à votre avis ? Clairement, craignez-vous un affaiblissement conséquent de l'ancien parti majoritaire ? ("hémorragie" de militants, légitimité contestée et guerre ouverte au sommet...)

 

Cette querelle ne porte que sur une centaine de voix entre les deux candidats. Elle n’épouse aucune des fractures politiques de notre famille, les militants en sont bien conscients. Pour preuve, des hommes comme Claude Guéant et Éric Ciotti ont décidé de soutenir François Fillon alors que Jean-Pierre Raffarin et Marc-Philippe Daubresse ont rejoint l’équipe de Jean-François Copé.

 

La vérité c’est que l’on assiste à une opposition de personnalités, une opposition de caractères. Bien sûr qu’elle laissera des traces pendant quelques temps, mais je pense que ces blessures ne seront que superficielles. Je n’ai pas connu cette lutte dévastatrice pour la droite entre l’UDF et le RPR, et je n’en veux pas aujourd’hui pour l’UMP.

 

J’en appelle à la jeune génération dont je fais partie, celle qui a toujours connu l’unité au nom d’un idéal commun, celle qui ne veut pas entendre parler d’un retour de « la droite la plus bête du monde », à défendre la première lettre de notre parti, notre raison de militer : l’Union.

 

Par ailleurs, il faut souligner que l’UMP a perdu en mai son leader incontesté des huit dernières années. Nous avons toujours eu besoin de nous rassembler derrière un seul chef naturel et charismatique. Cette tradition, nous la devons probablement à notre héritage gaulliste. Il aurait donc paru surprenant qu’une nouvelle figure, faisant l’unanimité auprès des militants, émerge après seulement six mois de reconstruction.

 

Je ne crois pas non plus à une « hémorragie » de militants. Nous militons avant tout pour défendre un socle de valeurs, des idées et non une personnalité. Quel que soit le Président de notre parti élu, les valeurs communes de l’UMP résisteront, car il faut bien plus qu’un homme pour effacer des années d’héritage politique. Que certains militants soient découragés, j’en conviens et c’est parfaitement normal, mais la force du militant c’est celle de tenir pour ses valeurs surtout dans l’adversité. En tant que militants, nous abdiquons rarement les premiers, c’est aussi pour cela que nous avons décidé de franchir le pas du sympathisant au militant, le pas de l’engagement.

 

 

Quel regard portez-vous sur cette annus horribilis pour votre famille politique ? Quelles leçons en tirez-vous pour l'avenir ?

 

L’année n’a évidemment pas été facile pour notre famille politique. Une page s’est tournée le soir de la défaite de Nicolas Sarkozy. Je dois reconnaître que l’admettre m’a pris du temps.

 

Mais avec un peu de recul maintenant, je constate, notamment à l’échelle de l’UMP Sciences Po, que « l’effet opposition » n’a pas démobilisé les militants pour autant, bien au contraire. L’UMP Sciences Po est devenue en octobre la première association politique et la troisième association reconnue de l’école loin devant le PS Sciences Po. C’est historique ! Nous avons doublé notre effectif de militants au sein de la cellule et désormais nous formons une opposition dynamique et constructive. Certains étudiants se sont sentis frustrés d’avoir laissé échapper l’élection de 2012 et de devoir désormais subir les effets de la politique irresponsable de François Hollande et de son gouvernement jusqu’en 2017.

 

Nous sommes donc sur une excellente dynamique à l’UMP Sciences Po et nous ne comptons pas nous arrêter là, ni interrompre les débats d’idées, même dans un contexte plus maussade. Quand on fait attention aux annonces des derniers jours d’une hausse du chômage de 1,5 %, de l’échec du sommet européen à Bruxelles, de la remise en cause de la citoyenneté, de l’évocation de la « liberté de conscience » par François Hollande aux maires de France sur la question du mariage homosexuel, nous ne pouvons pas rester muets face à une telle incompétence du gouvernement.

 

La leçon à en tirer pour les 5 ans à venir est donc très simple : concentrons nos forces pour incarner l’opposition crédible dont les Français ont besoin et cessons de nous battre pour des postes.

 

 

Quelque chose à ajouter ? Merci beaucoup.

 

Je tiens à vous remercier de donner la parole aux militants, celle qu’on n’entend pas suffisamment mais qui est bien souvent la plus lucide.

 

J’espère que les militants entendront cet appel à l’unité, à la ténacité et au rassemblement de notre mouvement, dont la diversité a toujours fait la force !

 

 

 

Merci !!! À suivre...

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Éditions :

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06/12 : 1 nouvelle publication

 

 

 

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