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Paroles d'Actu

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31 août 2013

Marc-Antoine Le Bret : "Je rêve de faire l'Olympia"

Pas sûr que son nom vous parle, comme ça. Ça ne saurait durer... Sa voix, vous l'avez certainement déjà entendue. "Sa", ou devrais-je dire, "ses" voix. Marc-Antoine Le Bret en maîtrise plus d'une soixantaine, un nombre que ce gros bosseur fait constamment évoluer. C'est dans sa Bretagne natale (il est originaire de Saint-Brieuc) qu'il a développé son goût de l'imitation, rencontré ses premiers publics. Les premiers cercles... Les petites scènes locales, les événements un peu plus conséquents... Les cabarets... Et puis Paris. Un début de parcours, d'ascension remarquables pour ce jeune artiste (il n'a pas vingt-huit ans) très talentueux qui, en dépit des succès qu'il connaît actuellement, garde résolument les pieds sur terre. "Ce métier peut s’arrêter très vite..." Une sagesse qui ne l'empêche heureusement pas d'entretenir un rêve, une ambition : "faire un jour une tournée partout en France qui se terminerait à l’Olympia".

 

Ses imitations sont franchement réussies, souvent irrésistibles... On le retrouve avec bonheur à la radio et à la télé, tous les jours, du lundi au vendredi : le matin sur Europe 1 ("Le Tweet-Répondeur" dans "Le Grand direct des médias"), le soir sur Canal + ("Les Guignols de l'info"). Laurent Ruquier, David Pujadas, l'ex-directeur sportif du PSG Leonardo, Cyril Hanouna, Yann Barthès, Lorànt Deutsch, le chef gourmand croquant Cyril Lignac... : quelques uns de ses personnages favoris. Servi par des textes de grande qualité, il les incarne avec une bonne humeur et une bienveillance communicatives. Un artiste à découvrir, vraiment... À ne pas manquer, pour le voir en "live" : son spectacle, "Marc-Antoine Le Bret fait des imitations". Il reprendra à la mi-septembre, au Théâtre BO Saint-Martin. Avant une tournée en province, avant un Olympia ? C'est tout le mal qu'on lui souhaite... Merci, Marc-Antoine... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

MARC-ANTOINE LE BRET

Humoriste à voix...

 

"Je rêve de faire l'Olympia"

 

Marc-Antoine Le Bret

(La photo est de Véronique Constance.

Marc-Antoine Le Bret est ici en compagnie de Yann Barthès, ou presque...)

 

 

Q : 19/06/13

R : 27/08/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Marc-Antoine Le Bret. Vos chroniques sur Europe 1, votre participation aux Guignols de Canal, votre spectacle... Pas trop dur de tenir des plannings aussi chargés ? ;-) À quoi ressemble l'une de vos journées rassemblant les trois activités ?

 

Marc-Antoine Le Bret : C’est un rythme à prendre, je me couche tard et je me lève tôt, du coup, je fais une sieste dans la journée et je fais du sport pour m’entretenir. Le matin, je me rends à Europe 1. Je répète à 09h30 et le direct est à 09H55. Ensuite, je rentre à mon domicile, pour travailler de nouvelles imitations. Je me repose un peu puis je file aux Guignols, de 16H30 à 20H. Le soir, en semaine, je vais tester des sketches dans des scènes ouvertes. Les vendredis et samedis soirs, je joue mon spectacle au théâtre BO, à Paris.

 

 

PdA : "Le Tweet-Répondeur" dans "Le Grand direct des médias" de Morandini (du lundi au vendredi, de 09h00 à 10h30 sur Europe 1). "Les Guignols de l'info" (du lundi au vendredi, de 19h50 à 20h00 sur Canal +). Deux expériences très différentes, j'imagine. Des exercices, des plaisirs qui se complètent ?

 

M.-A.L.B. : Ce sont deux émissions différentes, car il y a d’un côté la radio, et de l’autre la télé, même si au fond mon travail est le même : aux Guignols, je ne montre pas mon visage, les stars, ce sont les marionnettes. Dans les deux cas, je suis derrière un micro et j’interprète, en lisant les textes des auteurs.

 

 

PdA : Comment vous y prenez-vous pour travailler vos voix, vos textes ? Vous nous présentez vos coauteurs ?

 

M.-A.L.B. : Pour la radio et le spectacle, j’ai deux auteurs qui travaillent avec moi : Arsen et Grégoire Dey. Pour les voix, nous décidons ensemble, en fonction de l’actualité ou par critères (sportifs, journalistes…). Par exemple, quand le PSG a été racheté par les Qataris il y a deux ans, j’ai entendu le directeur sportif Leonardo parler en conférence de presse. Sa voix m’a fait rire. Je l’ai proposé aux auteurs, puis ils ont trouvé un axe.

 

 

PdA : Votre répertoire compte déjà une grosse soixantaine de voix. Souvent originales car peu faites auparavant. Et souvent très réussies ! Quelles sont celles que vous préférez, pour lesquelles vous avez une tendresse particulière ?

 

M.-A.L.B. : Je travaille en permanence de nouvelles imitations, originales si possible, et pas ou peu entendus. J’ai horreur de faire des voix qui ont déjà été faites par un imitateur, comme par exemple l’imitation de Sarkozy. Je ne l’ai jamais travaillée, puisque Yves Lecoq l’imite très bien. Si je fais une voix qui a déjà été imitée, j’essaie d’apporter un plus, sinon j’abandonne. Il faut aussi que le personnage me plaise. J’ai une préférence pour les voix pour lesquelles j’ai créé ou accentué une expression, comme le rire de Cyril Lignac.

 

 

PdA : Il y en a que vous avez eu du mal à dompter ?

 

M.-A.L.B. : Jean Dujardin, je l’imite très bien dans son rôle dans « OSS 117 », mais je n’ai pas le timbre pour sa voix "normale". Je suis plus à l’aise dans les médiums-aigus que dans les voix graves.

 

 

PdA : Quel message adresseriez-vous à tous les petits Marc-Antoine - ou à toutes les petites Marie-Antoinette, il n'y a pas de raison ! - qui s'amusent aujourd'hui à imiter leurs potes, leurs profs. Et qui se prennent à rêver, en écoutant vos aînés, en vous écoutant, que peut-être, un jour...

 

M.-A.L.B. : Eh bien de croire en soi, déjà. De ne pas faire comme les autres imitateurs. Et enfin, comme me l’a très bien résumé le journaliste Patrick Montel, il y a cinq ans : « Travail et patience ». Je l’ai écrit en gros sur une feuille dans ma chambre quand j’étais en Bretagne.

 

 

PdA : J'ai écouté, lu plusieurs de vos interviews pour préparer celle-ci. On sent que vous avez les pieds sur terre, que vous gardez la tête froide par rapport au succès. Que voulez-vous nous dire, malgré cela, de vos envies, de vos rêves pour demain... ou après-demain ?

 

M.-A.L.B. : Je me dis souvent que ce métier peut s’arrêter très vite, et donc que les professionnels et le public peuvent très vite vous oublier. Quand je suis moins bon sur scène ou à la radio, c’est que je n’ai pas assez travaillé, ou pas suffisamment bien. Je rêve de faire un jour une tournée partout en France qui se terminerait à l’Olympia ! 

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter pour la suite, cher Marc-Antoine Le Bret ?

 

M.-A.L.B. : "Travail et santé", comme on dit au réveillon de la Saint-Sylvestre !

 

 

 

Merci encore, Marc-Antoine, pour tes réponses. Bonne route... Et que tes rêves se réalisent ! Et vous, que pensez-vous des imitations de Marc-Antoine Le Bret ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Vous pouvez retrouver Marc-Antoine Le Bret...

 

Sur Europe 1 :"Le Tweet Répondeur" dans "Le Grand direct des médias" (du lundi au vendredi, de 09h00 à 10h30) ;

 

Sur Canal + : "Les Guignols de l'info", du lundi au vendredi, de 19h50 à 20h00 ;

 

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Au Théâtre BO Saint-Martinbientôt...

 

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29 août 2013

FirKraag : "Avec Andemik, nous tentons l'effet boule de neige"

"Un mélange unique de rock, de néo-metal avec un parfum d'années 80, de garage et de punk, et des flow Hip Hop." Andemik a vu le jour en 2008. Une histoire de potes, de rencontres. Deux, puis trois, puis quatre garçons, quatre passionnés de musique, quatre talents mis au service du groupe. Des textes "à l'origine personnels" mais qui, souvent, décrivent fort bien "le mal d'être de toute une génération". Un univers musical surprenant, remarquable. Remarqué, de plus en plus. Ils ont fait partie des finalistes de l'édition 2013 du tremplin Génération Réservoir. Ils se sont déjà produits au Gibus, au Batofar, à l'Olympia... "Le Live, (...) la meilleure expérience musicale qui soit". Ils seront à la Flèche d'Or le 28 septembre, au Bataclan le 12 octobre. Rencontre avec Loïc Besson, alias FirKraag, un leader qui, à l'image de son groupe, a une personnalité bien affirmée, des ambitions légitimement élevées. Andemik, un talent énorme, une énergie, un enthousiasme communicatifs. À découvrir, vraiment... Merci Loïc ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

FIRKRAAG - ANDEMIK

Auteur-compositeur-interprète. Frontman et guitariste du groupe Andemik.

 

"Avec Andemik, nous tentons

 

l'effet boule de neige"

 

Andemik 1

(Ci-dessus : Je2F, LUCKY, ECINA. FirKraag au premier plan.

Photos fournies par Lucky Charm Media.)

 

 

Q : 16/08/13

R : 24/08/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Loïc... ou devrais-je dire "FirKraag"... (Pourquoi ce pseudo, d'ailleurs ?) Qu'aimerais-tu que nos lecteurs sachent à ton sujet, avant d'aller plus loin ?

 

FirKraag : Bonjour! Eh bien, tout d'abord, j'aimerais simplement les remercier de nous lire (sourire) ! Et sinon, le principal à savoir sur moi, je pense, c'est que je suis doté d'une volonté sans faille et que je suis très (trop ?) honnête. Pour le pseudo, ça vient d'un personnage de jeux vidéo qui m'a beaucoup parlé, à l'époque ou j'étais Gamer (quand j'avais le temps, avant la musique...). Je ne vous en dis pas plus, sinon ce serait trop facile ! ;)

 

 

PdA : Tu es le frontman et guitariste du groupe Andemik, fondé en 2008 et aujourd'hui composé de quatre membres (cinq si l'on compte votre producteur). Une belle bande de potes partageant les mêmes passions. D'où te viennent les tiennes pour la musique, l'écriture, la chanson ?

 

F. : J'ai toujours voulu exprimer mes sentiments, mais je ne savais pas comment faire. Lorsque j'ai découvert la musique, que je me suis mis à la guitare, cela a été comme une révélation pour moi : avant, je n'avais pas de raison d'être, d'agir, et du jour au lendemain, tout devenait plus clair et limpide à ce niveau-là. J'avais enfin le sentiment de pouvoir concrétiser toutes mes émotions, et surtout de pouvoir les transmettre et les faire comprendre à un public ! C'est une sensation vraiment incroyable. Par la suite, je me suis mis tout naturellement à composer mes propres musiques et à écrire mes propres textes.

 

 

PdA : Andemik, je le disais à l'instant, c'est une équipe de cinq personnes. Il y a, à tes côtés, donc, Ecina, le bassiste, Lucky, le batteur, JE2F, le deuxième guitariste, et votre producteur, Olivier Jollet. Tu veux bien nous les présenter, nous dire ce que chacun d'eux représente pour toi, pour le groupe ?

 

F. : Dans le groupe, nous sommes quatre, donc, et tous musiciens autodidactes.

 

Ecina est tout simplement mon meilleur ami. Je l'ai connu à l'époque du lycée : lui venait de se mettre à la basse et moi à la guitare. C'est un instrumentiste au niveau hors pair...

 

Lucky faisait parti d'un autre groupe lorsqu'on l'a rencontré. C'était au Gibus, le 22 novembre 2008, très exactement (rires) ! Nous avons accroché direct et sommes restés en contact. Par la suite je l'ai appelé et lui ai proposé de rejoindre la formation. Je pense que les gens ont une aura... Et lui, c'est vraiment quelqu'un de bon.

 

Pour ce qui est de JE2F : c'est tout simplement un petit génie de la guitare... Le genre de jeune homme limite un peu ignorant de sa maîtrise et de ses connaissances prématurées ! Je recherchais un deuxième guitariste : j'ai fini par le rencontrer via le contact d'un ami et nous avons jamé ensemble dans son appartement. Dès les dix premières secondes, j'ai su que c'était lui.

 

Enfin, j'ai rencontré Olivier peu de temps après ma rencontre avec JE2F : c'était en novembre 2010. Après plusieurs échanges par mail, nous avons finalement décidé de nous rencontrer à Paris. Olivier Jollet est un cas rare. C'est un producteur indépendant comme on n'en trouve plus aujourd'hui : avant tout un passionné de musique qui se démène vraiment dans tout ce qu'il entreprend. De plus, c'est quelqu'un de respectueux et de sincère. J'ai une très grande reconnaissance envers lui. Il m'a "trouvé" au moment où j'étais seul, et a tout de suite cerné qui j'étais vraiment, alors qu'on ne se connaissait même pas ! Je lui dois beaucoup. Dès le départ, nous étions sur la même longueur d'ondes.

 

 

PdA : Question un peu décalée, un brin indiscrète. Sex, drugs, Rock 'n' roll... Le troisième élément, ok. Pour le reste, vous vous retrouvez dans ce cliché ?

 

F. : JE2F c'est un peu ça oui ! (rires). Il est très rock 'n'roll comme mec, et c'est pour ça qu'on l'aime ! Moi je suis plus du style "un esprit sain dans un corps sain", je pense. Mais d'une manière générale oui, on s'y retrouve tous plus ou moins ! La musique, c'est notre passion, c'est une vocation. On ne se prend pas la tête en général, on essaie de s'éclater le plus possible quand on est ensemble.

 

 

PdA : Je sais qu'il est plus facile de le vivre que de le décrire, que ces choses-là se font plus facilement avec des notes qu'avec des mots... mais l'exercice est toujours intéressant. Comment définirais-tu votre univers ?

 

F. : Quand on écoute nos titres, on se rend tout de suite compte du bon nombre d'influences musicales venant agrémenter notre univers. On manie aussi bien le Néo-Métal que le Hip Hop du début des années 90, en passant par le Rock des années 70 et 80... On va même jusqu'à puiser pour certains titres dans le courant Techno de la fin des années 90, notamment pour les effets de guitares et autres mélodies entêtantes.

 

En fait, notre univers est un subtil mélange entre le personnel... et l'impersonnel. Je veux dire par là que nous essayons toujours d'extérioriser des sentiments qui nous sont propres, mais tout en faisant bien attention à ce que le public puisse capter ces émotions, comprendre ces messages. En effet, notre monde musical est froid, incisif. Il traite des troubles du passé, d'expériences fortes et lourdes à porter. Nous mettons vraiment l'accent sur la sensibilité, l'interprétation de notre musique.

 

 

PdA : Tu as déclaré lors d'une interview donnée à Nothing but dreams il y a un an vouloir "rallier (tes) idées, (ta) philosophie en musique." Tu veux nous en dire davantage ?

 

F. : Le but, c'est de partager notre expérience et notre ressenti avec notre public. Nous désirons le rallier, l'unifier, et non le perdre ou le séparer. Cela passe donc par un travail approfondi sur les textes, les ambiances musicales et autres atmosphères, le choix des accords etc... Car même si nos textes sont à l'origine personnels, nous faisons néanmoins en sorte de les axer de manière à décrire le mal d'être de toute une génération. Nous voulons que le public puisse ainsi vraiment s'identifier, se reconnaître à travers notre musique. Nous revendiquons toujours l'authenticité. Je pense que quand un sentiment est véritable, il est universel.

 

 

PdA : Quelles sont, parmi vos chansons (créations originales ou reprises), parmi vos performances, celles qui comptent le plus à tes yeux ? Et que tu souhaiterais que nos lecteurs prennent le temps de découvrir, avec une attention particulière ?

 

F. : Toutes les chansons que j'ai écrites sont une partie de moi. Il m'est donc assez difficile d'en choisir une plutôt qu'une autre. Cependant, Point Final et La Faille possèdent deux textes vraiment intéressants.

 

La Faille traite d'un sujet nettement majeur : la Mort. Une fatalité en somme, thème assez récurrent dans mes chansons en général. Ma réflexion, mon expérience de la vie ont fait que je me devais de consacrer une oeuvre à ce sujet: que j'aborde bien évidemment de manière subtile.

 

Point Final, quant à elle, met en avant d'autres aspects psychologiques bien définis : l'esprit d'équipe, la force d'impact, la détermination... C'est un titre très efficace.

 

De ce fait, je pense qu'il est bon de découvrir tous les aspects mis en avant dans nos musiques afin de ne pas passer à coté d'un point en particulier. En effet, celles-ci gravitent autour d'une couleur musicale relativement similaire : c'est notre marque. Mais chacune d'entre elles abordent un ressentiment, un message bien précis : une autre facette, donc. Il serait dommage de passer à côté ;) De plus, j'ai émis comme des sortes de "codes" dans les musiques : souvent, les messages sont implicites ou comportent un double sens. Afin de bien tout assimiler, il est donc nécessaire de se référer à un autre titre. Comme si au final, tout était lié...

 

 

PdA : Quelle place le groupe occupe-t-il dans vos emplois du temps, dans vos vies ?

 

F. : Avec le temps, on a bien appris à se connaître, et donc s'organiser par rapport à Andemik. Nous répétons une fois par semaine dans un studio perso. Chacun travaille chez soi sérieusement, on se fixe les objectifs et directives par mail et ça fonctionne très bien. Même si nos relations sont étroitement liées au groupe, on se voit régulièrement en dehors du projet car nous sommes avant tout une bande de potes !

 

 

PdA : Tu disais dans la fameuse interview citée tout à l'heure ambitionner de "vivre de la musique". Il y a du mieux, aujourd'hui ? Tous frais déduits, vous réussissez à gagner un peu d'argent ?

 

F. : Une chose est sûre, depuis le commencement : le Live est pour nous la meilleure expérience musicale qui soit. C'est totalement une autre façon de vivre, et je pense que cela fait partie de ces choses que l'on ne peut réellement comprendre que lorsqu'on en fait l'expérience soit même.

 

Pour ce qui est de l'aspect financier, en fait cela dépend de beaucoup de facteurs ! Quelle prod nous programme, dans quel cadre, par le biais de qui, etc... C'est encore assez irrégulier. Alors oui, comparé à nos débuts, c'est déjà le jour et la nuit : rien que dans le fait que l'on commence à être davantage pris au sérieux vis à vis des professionnels, des salles... Mais la seule "vraie" solution pour gagner des cachets et ce de manière régulière, c'est de signer avec un tourneur ! On y travaille pour cette année... ;)

 

 

PdA : Quelle est (si vous en avez une !) votre stratégie pour vous faire connaître du plus grand nombre ?

 

F. : Ce qui est certain, c'est que la plus mauvaise des stratégies, c'est de ne pas en avoir une justement !

 

En ce qui nous concerne, nous préférons opérer de la sorte : lentement mais sûrement ! Cela va faire trois ans que l'on travaille avec notre producteur, trois ans que nous passons à peaufiner nos textes, mûrir notre son, travailler nos visuels et notre expérience scénique... Dans la musique, tout peut aller très vite : aussi bien en montant... qu'en descendant ! Il ne faut donc pas se presser !

 

Nous avons pris notre temps avec notre label pour vraiment créer une identité visuelle et musicale, quelque chose de puissant et bien produit. Et nous avons acquis assez d'expérience pour pouvoir enfin prétendre nous mesurer concrètement au milieu. De plus, notre expérience à l'Olympia nous aura beaucoup servi !

 

Pour résumer : nous tentons "l'effet boule de neige". Nous préparons méticuleusement le terrain, en plaçant soigneusement les pions au bon endroit, et ce afin de provoquer au final une réaction en chaîne. Voilà notre stratégie.

 

 

PdA : Vous avez déjà joué au Gibus, au Batofar, à l'Olympia... Bientôt, ce sera la Flèche d'Or. Une excitation particulière ?

 

F. : Cela faisait longtemps que nous voulions monter sur cette scène mythique, mais ne l'espérions pas de sitôt ! Ce n'est pas évident d'être programmé dans ce genre de salle. On dit que c'est quand on s'y attend le moins, que les choses arrivent : il faut croire que c'est notre cas, donc... En tout cas, le travail paie toujours !

 

 

PdA : Pour la troisième et dernière fois, je te cite lors de l'interview Nothing but dreams : "[Enfant], je voulais simplement être quelqu'un d'autre, dans une autre vie." C'est toujours le cas ?

 

F. : Oui oui, c'est toujours le cas ! Pour être honnête, je crois bien que c'est, justement, le travail de toute une vie... Mais je me suis accoutumé à cela...

 

 

PdA : Quels sont vos projets ?

 

F. : Les projets pour Andemik sont les suivants : sortir notre premier EP, être programmés sur les radios nationales (soyons fous), trouver un tourneur afin d’enchaîner les salles, premières parties et festivals, tourner notre premier clip à Berlin, et signer notre premier album en maison de disque. Rien que ça ! ;)

 

 

PdA : Vos rêves ?

 

F. : Bah... être quelqu'un d'autre dans une autre vie quoi... normal ! (rires) Plus sérieusement : réussir à percer dans la musique, parce que ça englobe tout ! Pour ma part, c'est plus universel : je cherche à être heureux...

 

 

PdA : Les critiques sont bonnes, elles saluent votre énergie, votre enthousiasme, votre univers. Vous êtes régulièrement présents, bien placés, dans les concours, les listes de jeunes talents à découvrir. Le public est là, toujours plus nombreux. Que peut-on vous souhaiter ?

 

F. : Qu'il grossisse, à en devenir une armée pour conquérir le monde MOUHAHAHAAA ! Nan je déconne... lol

 

Pour être honnête, nous souhaitons tout simplement faire connaitre notre musique à un public aussi large possible. Notre pari est de faire une musique accessible aux gens, de 7 à 77 ans !

 

 

PdA : Quelque chose à ajouter ?

 

F. : La Vérité est la seule clef universelle.

 

 

PdA : Merci infiniment !

 

F. : Merci à toi !

 

 

Andemik 2

(Je2F, FirKraag, ECINA, LUCKY)

 

 

Je te remercie à nouveau, Loïc, pour tes réponses enthousiastes, sincères, souvent touchantes. Tous mes voeux de succès et de bonheur vous accompagnent, toi et toute la team ! Et vous, que pensez-vous de Andemik ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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En concert, notamment @ La Flèche d'Or, le 28 septembre, au Bataclan le 12 octobre !

 

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26 août 2013

Thierry Lentz : "Le 11 septembre a supplanté le choc Kennedy"

   Si les Républicains choisissent Goldwater, l'élection de 64 est dans la poche. Trop radical... ce sera un raz-de-marée. Un mandat clair pour la mise en oeuvre de grandes réformes... Les problèmes viendraient plutôt de l'intérieur... Il y a ce conflit ouvert, au Texas, l'État de Johnson - 25 grands électeurs, au passage... À ma gauche, à celle du parti, le sénateur Ralph Yarborough. À ma droite, le gouverneur John Connally, un Démocrate conservateur. Aucune voix ne devra manquer à l'appel. L'unité... Il le faut. Il ira. Il les rencontrera, s'affichera avec eux. Un vendredi, en début d'après-midi. Le 22 novembre 1963. La limousine décapotée avance lentement dans les rues de Dallas. Jackie est là, aux côtés de son époux. Les derniers sourires...

   Des coups de feu... On a tiré sur JFK ! Un temps de réaction. Le véhicule roule désormais à tombeau ouvert... L'Amérique est prise d'effroi. On a tiré sur JFK... ! Un choc national. On se tient informé, minute par minute, de l'évolution de la situation. Kennedy est-il toujours en vie ? La fébrilité est extrême, y compris dans les grands médias nationaux. On est en direct... La rumeur circule dans les rédactions. Elle est rapidement confirmée... Le Président vient de mourir. Dans quelques minutes, Jackie sera à bord d'Air Force One, un soutien pour "Lyndon", immédiatement investi à la présidence. Le regard de l'ex-First Lady est hagard, ses vêtements encore maculés du sang de feu son époux... L'image du petit John Jr saluant, du haut de ses trois ans, la dépouille d'un Commander in Chief, son papa, achèvera de faire entrer le clan Kennedy dans la légende, une légende tragique.

   Que reste-t-il, cinquante ans après, de la présidence et du mythe Kennedy ? Que sait-on exactement de cet assassinat, l'un des événements les plus commentés, les plus fantasmés, les plus marquants du XXème siècle ? J'ai souhaité interroger Monsieur Thierry Lentz : le directeur de la Fondation Napoléon est l'auteur de nombreux ouvrages, dont L'assassinat de John F. Kennedy : Histoire d'un mystère d'État, qui bénéficiera bientôt d'une nouvelle édition augmentée, chez Nouveau Monde. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

THIERRY LENTZ

Directeur de la Fondation Napoléon

Auteur de L'assassinat de John F. Kennedy : Histoire d'un mystère d'État

 

« Le 11 septembre a supplanté

le choc Kennedy »

 

Kennedy

(Photos fournies par les Éd. Nouveau Monde et Thierry Lentz )

 

Q : 15/08/13 ; R : 16/08/13

 

Paroles d'Actu : Bonjour Thierry Lentz. C'était il y a cinquante ans... L'assassinat à Dallas de John Fitzgerald Kennedy, le trente-cinquième président des États-Unis. Un choc considérable... Une émotion planétaire... Quelles images vous viennent à l'esprit, quels sentiments vous habitent lorsque vous envisagez ce 22 novembre 1963 ?

 

Thierry Lentz : Les images qui viennent immédiatement à l’esprit sont celles de l’attentat lui-même et, quelques jours plus tard, l’assassinat en direct à la télévision du suspect numéro un. Ces images-là, tout le monde les connaît, tout le monde les a vues au moins une fois. Elles ont en outre un rôle central dans ce mystère d’État.

 

Comme vous le savez, il y avait sur la place Dealey de Dallas, lieu de l’attentat, plusieurs cinéastes amateurs dont un, Abraham Zapruder, a réalisé un film presque parfait. C’est d’ailleurs grâce à ce film que l’on a pu « minuter » les faits… ce qui a beaucoup gêné les enquêteurs, obligés par la suite de justifier qu’un homme armé d’un fusil semi-automatique en mauvais état ait pu faire mouche trois fois en un peu plus de six secondes et que ces trois balles aient provoqué à la fois deux blessures chez Kennedy et une demi-douzaine chez le gouverneur du Texas qui se trouvait placé devant lui dans sa voiture.

 

Quant à l’assassinat du suspect Oswald, c’est presque une image de thriller : la facilité avec laquelle il est abattu en plein commissariat de police de Dallas ne fait qu’ajouter aux doutes que l’on peut nourrir sur les résultats de la première enquête officielle qui a conclu à deux faits isolés, séparés, presque sans lien entre eux.

 

PdA : L'énormité de l'événement, les zones d'ombre de la tragédie ont favorisé le développement de nombreux fantasmes, de théories tenaces. On a parlé de la mafia, de la CIA, de Castro, de Johnson... Votre ouvrage, L'assassinat de John F. Kennedy : Histoire d'un mystère d'État est réédité aux éditions Nouveau mondePour vous, l'affaire est-elle entendue ? Quelle est votre intime conviction ? Qui - ou qu'est-ce qui - était derrière Oswald ?

 

T.L. :  Je ne suis pas un enquêteur, ni un fanatique des théories conspirationnistes. J’ai tenté sur l’affaire Kennedy une démarche d’historien, fondée sur les documents d’archives, les témoignages et la littérature foisonnante autour de l’affaire. J’ai bien sûr ma petite idée sur ce qui a pu se passer et je l’énonce avec prudence dans ma conclusion.

 

Ce qui est le plus frappant, toutefois, comme vous le signalez, c’est le nombre de pistes qui ont été ouvertes. Certaines conduisent à des impasses et des théories rocambolesques, d’autres ont de sérieuses racines et même, se croisent de façon très surprenantes. Surtout, deux enquêtes officielles colossales ont été menées : celle de la commission Warren, immédiatement après les faits, et celle d’une commission de la Chambre des Représentants, quinze ans plus tard. Ces deux monuments arrivent à des conclusions assez différentes. Ainsi, si, pour la commission de 1963, Oswald a agi seul, si son assassin Ruby est un illuminé isolé, pour les enquêteurs officiels (j’insiste bien sur ce terme) de la fin des années soixante-dix, il y a eu complot, plusieurs tireurs et des liens entre Oswald et Ruby. Grâce à ces sources primaires, mais aussi aux découvertes de journalistes, avocats, enquêteurs privés et même officiels (je pense au procureur Garrison de la Nouvelle-Orléans), il est possible d’en savoir plus et, sans doute, d’approcher de la vérité.

 

Mais, encore une fois, n’étant ni justicier, ni policier, mon travail a consisté essentiellement à faire un tri, le plus clair possible, entre tous ces éléments, afin de faire connaître au public francophone quantités d’informations inconnues jusquici. Comme tout historien, j’ai avancé prudemment, décrit, raconté, évalué et conclu.

 

PdA : Quel bilan dresseriez-vous de la présidence de John Kennedy ? Quel en est l'héritage ?

 

T.L. : La présidence de Kennedy a deux faces. Sa face contemporaine : elle est ressentie comme radieuse, avec trois années de pouvoir d’un homme beau, jeune et moderne, accompagné d’une belle femme qui lui donna de beaux enfants. Il y a aussi la face « historique » de cette présidence, beaucoup plus sombre, dans laquelle Kennedy apparaît pour ce qu’il était vraiment : un homme double, oscillant entre la grandeur et les petitesses les plus inavouables, cultivant des amitiés mafieuses et faisant preuve d’un cynisme qui fut longtemps ignoré. Et, en toile de fond, l’Amérique des années 1950-1960, violente, raciste, contradictoire. L’affaire Kennedy est un révélateur de tout ceci, une plongée dans la face blanche et noire d’une époque.

 

PdA : Kennedy... Un patronyme qui n'a jamais cessé de fasciner, tant aujourd'hui qu'il y a cinquante ans. On ne compte plus les émissions, les dossiers qui lui sont consacrés à l'occasion des commémorations de cette année. Il y a le côté "glamour" de cette famille, incontestablement. La force de certaines décisions, de certains discours (la crise des missiles, la « nouvelle frontière », les droits civiques, Berlin, la Lune...). Le traumatisme lié à son assassinat et à celui de son frère Bobby.

Cette fascination n'est-elle pas également, à votre avis, le signe d'une nostalgie du peuple américain au regard d'une époque (le début des années 60) de leadership, de prospérité, marquée en tout cas par un optimisme authentique ? Peu après, il y aura l'enlisement au Vietnam (même si Kennedy a joué un rôle majeur dans cet engagement), le scandale du Watergate. L'émergence de défis, de doutes nouveaux...

 

T.L. : Je pense que le mythe Kennedy n’a plus la même force qu’il y a ne serait-ce que vingt ans. Les révélations sur les réalités de l’homme, l’ambition effrontée de sa famille, les travers d’un clan ont contribué à tuer la légende, qui ne subsiste plus guère qu’au niveau des « people ». Pendant sa présidence, cependant, JFK a réellement été un espoir pour les progressistes de tous les pays, homme de paix et leader de ce qu’on appelait « le monde libre », par opposition aux dictatures soviétiques et communistes. À l’intérieur, il a engagé la lutte pour les droits civiques, a bénéficié d’une excellente conjoncture, s’est montré (raisonnablement) réformiste. C’est cet espoir-là qui a été brisé à Dallas. La suite n’a fait qu’aviver ces regrets. Ceci étant, il serait faux de croire que Kennedy a voulu profondément changer la donne en tout : il était, comme Obama aujourd’hui, un homme du sérail, un politicien accompli, un grand communicant et un continuateur de la politique américaine.

 

PdA : Que vous inspirent l'Amérique de 2013, les évolutions qu'elle a connues durant les cinq décennies qui ont suivi la mort de Kennedy ?

 

T.L. : Le traumatisme de l’assassinat de Kennedy a été immense et mondial. Il a ouvert vingt années de doutes aux États-Unis, doutes que n’ont pas dissipé les affaires postérieures. La reprise en main par les conservateurs a pris du temps et il a fallu attendre Reagan pour que le trouble s’apaise. En cela, l’histoire de l’affaire Kennedy est consubstantielle de celle des États-Unis. Longtemps, les deux « courbes » ont été liées. Ça n’est plus vrai. Le « choc Kennedy » a aujourd’hui été supplanté par un autre : le 11 septembre. Cet événement est une rupture encore plus forte, selon moi, que son assassinat : il a permis l’arrivée au pouvoir et le blanc-seing aux néo-conservateurs, bien plus dangereux que ne l’ont été les successeurs de Kennedy. Leur comportement idéologique, leur ignorance crasse des réalités géopolitiques et sociales, notamment du Moyen-Orient, ont plongé cette région et le monde dans une situation dramatique.

 

PdA : Quels sont vos projets, Thierry Lentz ?

 

T.L. : Comme vous le savez, je suis avant tout un spécialiste d’histoire napoléonienne. Après avoir mis à jour la nouvelle édition de mon ouvrage sur l’assassinat de Kennedy, je suis retourné à mes études principales. Je viens de mettre la dernière main à un nouveau livre qui paraîtra en janvier 2014. Il est consacré aux « vingt jours de Fontainebleau », ceux qui précédèrent la première abdication de Napoléon, entre le 31 mars et le 20 avril 1814. C’est, vous le voyez, assez loin de Kennedy. Mais je peux déjà vous dire que cette recherche m’a permis de rectifier certaines légendes sur cet événement. Rendez-vous en janvier.

 

Thierry Lentz

 

 

Le rendez-vous est pris. Merci beaucoup, cher Thierry Lentz, pour vos réponses, passionnantes et généreuses. Merci, également, à Madame Sabine Sportouch, de Nouveau Monde, pour sa précieuse collaboration. Et vous, que vous inspire le mythe Kennedy ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Thierry Lentz...

 

  • Sur Decitre.

  • Sur le site des éditions Nouveau Monde, pour l'édition augmentée de son ouvrage sur JFK. (Sortie : le 19 septembre 2013).

 

Présentation remaniée : 14/11/13; 13/07/14.

23 août 2013

Nawel Ben Kraiem : "J'ai toujours soif de rencontres"

"Sur une île entre deux rives, des vocalises liant l'arabe à l'anglais, celles d'une jeune femme blonde comme les blés brouillent les pistes. Elle joue avec la voix, avec les langues, les émotions, drôles et profondes, puissantes et sensibles, enrobées par une musique tribale et actuelle. Une rythmique groovy, un guitariste aux riffs tribals ou progressifs, un contrebassiste aux influences jazz et world et des touches éléctroniques portent la voix rauque et suave de Nawel. Ces protagonistes nous racontent le sud et le nord, l'ancien et l'actuel, la vie d'hier et celle d'aujourd'hui." Je n'aurais pu ouvrir le présent article avec davantage de justesse. Cet extrait de la bio de l'artiste plante le décor, il esquisse un univers, son univers. Nawel Ben Kraiem est française et tunisienne, deux cultures dont elle se nourrit et s'inspire, sans exclusives. Sa musique, ses mots sont universels. Ses aspirations, ses combats, ceux d'une jeune femme résolument ancrée dans son époque, pétrie de contradictions et génératrice de doutes, de révoltes et d'espoirs... Nawel Ben Kraiem, une auteure-compositrice-interprète à découvrir et à suivre, je suis persuadé qu'après l'avoir entendue, vous serez d'accord avec moi... Pour m'en assurer, j'ai agrémenté le texte qui suit de quelques vidéos, dont celle-ci, le clip du superbe "Figurine". Écoutez-la, elle va vous envoûter... Merci, Nawel, de m'avoir accordé cette interview... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

NAWEL BEN KRAIEM

Auteure-compositrice-interprète

 

"J'ai toujours soif de rencontres"

 

Nawel Ben Kraiem 1

(Photos fournies par Nawel Ben Kraiem)

 

 

Q : 23/07/13

R : 21/08/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Nawel. Franco-Tunisienne, vous vous êtes installée à Paris à l'âge de 16 ans. C'est là que vous avez suivi une formation de comédienne, cherchant en parallèle à approfondir votre passion pour la musique. D'où vous vient-il, cet amour pour la musique ?

 

Nawel Ben Kraiem : Je suis depuis toute petite fascinée par la musique, et je l'ai d'abord été par les concerts, par la musique sur scène. À trois ans déjà, mes parents m'avaient emmenée voir Marcel Khalifa en concert, et je suis montée sur scène, comme aimantée par le pouvoir de cet endroit... La scène et la musique énergisent, rassemblent, émeuvent, font danser... Bref, mon amour de la musique remonte à loin et est assez instinctif !

 

 

PdA : Racontez-nous le début de votre aventure ?

 

N.B.K. : À quinze ans, en Tunisie, je chantais avec ma guitare, dans ma chambre ou pour des amis, plutôt des reprises anglo-saxonnes. À dix-huit ans, je me suis mise à avoir envie de mettre en "sons" et en mélodies mes mots à moi... C'est alors que j'ai commencé à chercher des musiciens, en collant et en relevant des annonces dans Paris, et à me mettre dans une dynamique de groupe et de travail, qui n'a depuis jamais cessé.

 

 

PdA : Quels ont été jusqu'ici, à vos yeux, les moments forts de votre parcours ?

 

N.B.K. : Ils sont nombreux ! Mon premier concert dans un bar parisien, tremblante de timidité, rue Mouffetard, à dix-huit ans. Lorsque le réalisateur Tony Gatlif, que j'admire beaucoup, m'a proposé de collaborer sur son film ("Indignados", ndlr). La rencontre avec le chanteur Christophe, et le duo que nous avons fait sur France Inter... Et bien d'autres rencontres, plus ou moins ponctuelles, et plus ou moins professionnelles, d'amis et partenaires de route, ont été des moments forts... Ma rencontre de la musique de Lhasa a aussi été un moment fort !!! Bref, la route de la musique est une route chargée... !

 

 

PdA : Quels sont vos morceaux préférés, ceux que vous aimeriez inciter nos lecteurs à écouter avec une attention particulière ?

 

N.B.K. : Je ne réécoute pas mes chansons, mais je crois avoir une affection particulière pour "Mama Please", qui figure sur le disque "Cirrus", pour "Figurine", pour "Den Den City"... pour parler de celles qui sont disponibles sur Internet...

 

 

PdA : Votre travail est salué, régulièrement, par les professionnels du métier. Est-ce suffisant pour se faire connaître ? Quelle est votre "stratégie" pour toucher le plus grand nombre ?

 

N.B.K. : Mon travail commence à rencontrer des médias, des professionnels, et j'ai depuis un an des partenaires solides sur qui je peux m appuyer. Mais mon CD reste autoproduit et distribué artisanalement, et je n ai pas de label.

 

Je n'ai aucune stratégie, si ce n'est celle de travailler à affiner les contours de mon univers artistique. Travail et sincérité ! Avoir une maison de disque ou un distributeur qui puissent m'offrir de meilleurs conditions de travail et m'aider à la diffuser tout en me laissant libre et indépendante dans ma démarche artistique pourrait m'aider à passer un stade et à toucher plus de monde, mais je pense que les vraies rencontres des partenaires de route se font naturellement et au bon moment, et j aurai beaucoup appris dans cette étape d'auto-production.

 

 

PdA : Quels sont les artistes, les groupes d'hier ou d'aujourd'hui qui, connus ou moins connus, vous inspirent ? Ceux que vous aimez et que vous voudriez nous faire découvrir à l'occasion de cette interview ?

 

N.B.K. : J'ai été marquée par des artistes femmes profondes et sensibles comme Lhasa et PJ Harvey et par des groupes comme Gnawa Diffusion et Soap Kills, specialistes du mélange des genres ! Plus récemment, je trouve l'album d'Azealia Banks très original.

 

 

PdA : En plus d'être une artiste, vous êtes une citoyenne, résolument engagée pour les causes qui vous tiennent à coeur : le progressisme, la démocratie. Quel regard portez-vous sur la Tunisie d'aujourd'hui, trois ans après le déclenchement de la "Révolution de Jasmin" ?

 

N.B.K. : La construction d'une vie politique démocratique va prendre du temps, et la situation n'est pas de tout repos... mais j'ai confiance en mon pays, la société civile est active et vigilante.

 

 

PdA : Quels sont vos projets, Nawel ?

 

N.B.K. : Je serai au théâtre à la rentrée, dans une pièce de Milka Assaf (à partir d'octobre, au Vingtième Théâtre). Je vais également retravailler mon live, qui devrait tourner davantage en France au printemps prochain. J'ai aussi des idées de clips qui devraient se concrétiser dans les mois à venir...

 

 

PdA : Vos envies ?

 

N.B.K. : J'aimerais prendre le temps cet hiver de finaliser mon album et de trier, finaliser et rassembler la vingtaine de titres que j'ai en cours... !

 

 

PdA : Vos rêves ?

 

N.B.K. : Continuer à collaborer, à me faire embarquer dans des univers musicaux et humains qui ouvrent de nouvelles portes à mon imagination et à ma sensibilité... J'ai toujours soif de rencontres, et il y a beaucoup de musiciens et chanteurs avec qui j'aimerais travailler.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

 

N.B.K. : Des voyages géographiques, humains et musicaux... Du partage... De la scène, de la scène et de la scène !!!

 

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment !

 

N.B.K. : Merci à vous, et faites passer le mot : www.nawelmusic.com !!!

 

 

 

Nawel 2

(Photo de Cyrille Choupas)

 

 

 

Merci encore, Nawel, pour tes réponses. Pour ta générosité, pour ta sincérité, pour ton enthousiasme ! Mes voeux de succès et de bonheur t'accompagnent pour la suite... Et vous, que pensez-vous de Nawel Ben Kraiem ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

Un commentaire, qu'il soit positif ou négatif, est toujours apprécié...

 

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8 août 2013

Clément Bénech : "L'écrivain est une miette..."

Lui aussi, il en vaut la peine... François-Henri Désérable ne tarit pas d'éloges à son endroit. Lors de l'interview qu'il m'avait accordée le mois dernier, l'auteur de l'émouvant Tu montreras ma tête au peuple (aux éditions Gallimard, je vous le recommande avec enthousiasme) eut ces mots pour celui qui, comme lui, compte parmi les révélations littéraires de l'année : "J’ai un ami, jeune (21 ans), talentueux, qui vient de publier son excellent premier roman, L’été slovène, chez Flammarion. Il s’appelle Clément Bénech, et il y a, chez lui, du Modiano, du Toussaint, du Parisis et du Chevillard. Ce qui n’est pas mal, tout de même…". Je n'avais alors jamais entendu parler de ce jeune auteur. Les critiques, elles, ne l'ont pas laissé filer, et c'est heureux. "Le Monde des livres", "Les Inrocks", "Télérama", pour ne citer qu'eux, ont salué la qualité de cette première oeuvre. L'histoire d'un amour mis à l'épreuve d'un cadre différent, d'un monde inconnu, le temps d'un été... Le lecteur se laisse prendre par le récit : il découvre, s'étonne, sourit, est ému. Il le vit. Et se dit que, décidément, il va falloir retenir ce nom : Clément Bénech. Rencontre avec un auteur de talent. Il a 21 ans. Il est mature, lucide. Il a l'avenir devant lui. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

CLÉMENT BÉNECH

Auteur de L'Été slovène, du blog Humoétique

 

"L'écrivain est une miette"

 

Clément Benech

(La photo de Clément Benech est signée Julie Biancardini)

 

 

Q : 25/07/13

R : 07/08/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Clément Benech. Vous avez 22 ans, êtes étudiant en Lettres et l'auteur d'un roman, L'été slovène, édité chez Flammarion depuis le mois de mars. Qu'aimeriez-vous ajouter pour que l'on vous connaisse mieux, à ce stade de l'entretien ?

 

Clément Benech : J'ai un chat très mignon qui s'appelle Sushi et qui adore faire des bêtises.

 

 

PdA : Vous m'avez dit avoir commencé à écrire après le bac. Quelques pensées, quelques poèmes, quelques nouvelles par-ci par-là avant, j'imagine ?

 

C.B. : Là-dessus, je n'ai pas menti. Mais en CM2, comme tout le monde, j'ai écrit quelques poésies sur la cour de récré ou les crayons de couleur...

 

 

PdA : Quelques mots sur votre blog, Humoétique ? Un post, chaque jour à midi... difficile de s'y tenir ? ;-)

 

C.B. : Merci de me rappeler à mon devoir, j'ai un retard monstre. C'est un blog que j'ai commencé en hommage à celui d'Éric Chevillard, et qui vit maintenant de sa vie propre. Il m'a fait rencontrer des gens qui sont devenus des amis, et il me procure une plate-forme de liberté totale.

 

 

PdA : Quels sont les livres, les lectures que vous érigeriez volontiers au rang de références ?

 

C.B. : La Salle de bain, de Jean-Philippe Toussaint, Le Portrait de Dorian Gray, puis Proust, Modiano et Chevillard. Emmanuelle Pireyre, qui a eu le prix Médicis cette année, m'intéresse aussi beaucoup.

 

 

PdA : L'été slovène, c'est l'histoire d'un couple un peu bancal pour lequel un séjour en Slovénie aura l'effet, disons, d'un révélateur... Sous votre plume, très talentueuse, le lecteur ira de découverte en découverte... Y a-t-il un peu de vous, de votre vie dans ce récit ?

 

C.B. : Un peu, oui. Mais je vous gâcherais la lecture en vous disant en quelle proportion...

 

 

PdA : De l'ébauche d'une idée... à une publication chez Flammarion. Vous nous racontez ?

 

C.B. : J'ai eu la chance d'intéresser la revue Décapage pour la publication d'une nouvelle. Puis, la revue étant chez Flammarion...

 

 

PdA : L'accueil critique qu'a reçu L'été slovène a été très bon jusqu'ici. Je pourrais citer "Le Monde des livres", "Les Inrocks", "Télérama"... Ou encore François-Henri Désérable, auteur de Tu montreras ma tête au peuple (à lire !), qui affirme qu'il y a chez vous "du Modiano, du Toussaint, du Parisis et du Chevillard". La canicule ambiante mise de côté, vous réussissez à garder la tête froide ? ;-)

 

C.B. : Je mentirais en vous disant que ça ne m'atteint pas. Mais il faut garder la tête froide, comme vous dites, se rappeler quelle suite de hasards a présidé à votre publication (au-delà d'un éventuel talent) et voir que de nombreux auteurs talentueux sont encore dans l'ombre. Et puis comme dirait Hervé Le Tellier, le marché du livre en France n'équivaut après tout qu'à 10 % du chiffre d'affaires de Renault... L'écrivain est une miette.

 

 

PdA : Je sais qu'un bon auteur ne fait pas nécessairement un bon commercial, mais bon, ça ne coûte rien d'essayer... Que souhaiteriez-vous dire à nos lecteurs pour leur donner envie de découvrir, de feuilleter, d'acheter "L'été slovène" ?

 

C.B. : Vous y perdriez moins que j'y gagnerais.

 

 

PdA : À part la lecture... vos loisirs, vos espaces d'évasion ?

 

C.B. : Le basket, le chant sous ma douche, et les œuvres complètes de François-Henri Désérable.

 

 

PdA : Quels sont vos projets pour la suite Clément ?

 

C.B. : Je suis sur un nouveau projet qui m'occupe beaucoup l'esprit, un portrait de femme qui se passe à Berlin. Et je vais étudier deux ans à Bordeaux, à l'IJBA (Institut de Journalisme Bordeaux-Aquitaine, ndlr), à la rentrée.

 

 

PdA : Vos rêves ?

 

C.B. : Faire un film avec mon frère. Et je ne serais pas fâché de voir la chute du régime nord-coréen avant ma mort.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter ?

 

C.B. : Bonne nuit.

 

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment.

 

C.B. : Du beurre, pour ne pas que le gratin colle. Merci à vous, Nicolas.

 

 

 

L'été slovène

 

 

 

Merci, Clément ! Tous mes voeux les plus chaleureux pour la suite... Et vous, qu'avez-vous pensé de cet ouvrage, L'été slovène ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Vous pouvez retrouver Clément Benech...

 

Sur le site des éditions Flammarion pour L'été slovène ;

 

Sur son blog Humoétique.

 

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3 août 2013

Yvette Horner : "Mettez de la musique dans vos cœurs..."

L'idée m'est venue peu avant que ne soit donné le "coup d'envoi" de ce Tour de France 2013, le centième. Combien d'exploits héroïques, de figures mythiques, désormais entrés dans ce qu'il convient d'appeler la "légende" du Tour" ? Étant né en 1985, je n'en ai pas connu l'"âge d'or", ce temps où tout un peuple vibrait presque littéralement au rythme des étapes, ce temps où subsistait encore au moins l'illusion de sa propreté. N'ayant, du reste, jamais compté parmi les adeptes les plus fervents de la compétition, je me garderai bien d'aller beaucoup plus avant dans l'évocation de ces souvenirs collectifs, d'autres étant bien plus à même de le faire. Yvette Horner fait partie de ces visages qui, pour moi, pour les Français, resteront à jamais associés à l'histoire du Tour de France. La Grande Boucle, cette accordéoniste virtuose l'a accompagnée à onze reprises, de 1952 à 1963. Elle est, depuis soixante-dix ans, l'une des ambassadrices les plus emblématiques de l'accordéon, instrument souvent moqué, voire méprisé, en général par des gens qui n'y connaissent d'ailleurs pas grand chose. Peu lui importe : le public lui est resté fidèle. Quant à son art, elle n'a jamais cessé de le vivre, de le partager avec enthousiasme. L'éclectisme de ses collaborations l'a aidée à traverser les décennies, à se faire connaître auprès des jeunes générations, sans jamais se renier. Égérie (et amie) de Jean-Paul Gaultier, celle que Jacques Higelin surnomma jadis "la Reine de France" a travaillé avec des artistes issus du classique, du jazz, de la Country... et même du rap. En 1994, elle offrit aux téléspectateurs de Taratata un improbable mais savoureux duo avec Boy George. Son album le plus récent, "Yvette Hors norme", sorti en 2012, invite l'auditeur à découvrir les fruits d'autres jolies rencontres : avec Marcel Amont, avec Didier Lockwood, avec Lio...

 

J'ai cherché, voulu voir si elle avait un site officiel sur internet. Celui-ci n'est pas directement référencé par Google. Heureusement, Wikipedia m'a vite renseigné : www.yvettehorsnorme.com. La fonction de contact était bien présente, mais elle était défaillante. Parmi les coordonnées affichées, celles de son agent, Jean-Pierre Brun, de Nabab Consultants. Je me suis débrouillé pour lui faire parvenir un message, le 29 juin. En lui proposant, en substance, de faire avec Yvette Horner ce que Jean-Paul Delvor avait accepté de faire avec Micheline Dax : lui lire mes questions, recueillir pour moi ses réponses. Son accord de principe, je l'ai reçu le 2 juillet. Le 7, je lui soumettai mon questionnaire. Trois jours plus tard, nous apprenions la disparition d'un autre grand accordéoniste, un ami d'Yvette Horner, André Verchuren. Une épreuve... J'ai reçu les réponses qui étaient celles d'Yvette Horner le 22 juillet, par un mail de Jean-Pierre Brun. Lui a bien voulu, à ma demande, participer à l'article, me raconter leur rencontre. Son texte, qui introduit les réponses de l'artiste, est extrait du "Biscuit dans la poche", l'autobiographie de cette dernière, à laquelle il a contribué. Je tiens à vous exprimer, à tous les deux, ma gratitude, ma profonde reconnaissance, ma sympathie, surtout... Merci de m'avoir accordé un peu de votre temps. Artiste authentique et authentiquement populaire, Yvette Horner aura bientôt 91 ans. Des projets plein la tête et, toujours, la musique au coeur... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

YVETTE HORNER

 

"Mettez de la musique dans vos coeurs..."

 

Yvette Horner 1

(Photos fournies à ma demande par M. Jean-Pierre Brun)

 

 

Jean-Pierre Brun : Voici le récit de ma rencontre avec Yvette Horner, tel que je l'ai décrite dans "Le Biscuit dans la poche".

 

« Madame descend dans un instant », a dit le maître d’hôtel.

 

À peine ai-je eu le temps de jeter un œil écarquillé au décor qui m’entourait que « Madame » est descendue. Et elle l’a bien descendu ! Le spectacle commençait. Il dure depuis plus de vingt-cinq ans.

 

Chevelure flamboyante, maquillage appuyé, deux immenses anneaux aux oreilles, chemisier vert pomme sur une jupe fleurie, large ceinture dorée, « Madame » avait mis le paquet. À croire que le Père Noël venait de lui offrir une panoplie d’Yvette Horner.

 

À cet instant, une bouffée d’enfance m’envahit. Je revoyais les arrivées du Tour de France à la télévision, en noir et blanc sur fond d’accordéon, les photos sépia dans « Miroir Sprint », les géants de la route, Bobet, Anquetil… Et cette scène immuable : le champion ruisselant embrassant Yvette Horner qui lui remettait le bouquet du vainqueur. Ay, sombrero !

 

Et voilà qu’Yvette Horner était maintenant devant moi. J’étais chez elle, cerné par des accordéons. J’étais face à un mythe. Elle m’avait invité à dîner dans sa maison de Nogent pour parler affaires. Nous nous étions rencontrés quelques temps auparavant à Sète, du côté de chez Brassens, et elle voulait en savoir un peu plus sur mon métier.

 

« Madame » étant servie, nous sommes passés à table.

 

Avec un étonnant talent de conteuse, elle m’a longuement parlé de sa vie, de ses drames, de ses joies, des valeurs qui lui sont chères : la musique, l’amour, la droiture. J’étais sous le charme : « Madame » était une grande séductrice.

 

Elle me décrivit le vide immense qu’avait causé la disparition de son mari, René, l’homme de toute sa vie. Peu à peu, la conversation prit un tournant plus professionnel, plus personnel. Insensiblement, ses questions s’orientèrent sur ma façon de travailler, sur mes goûts. Quelque part, je la voyais venir.

 

Je lui avouais qu’évoluant depuis de longues années dans le monde de la chanson et du jazz, j’étais professionnellement éloigné de celui des « flonflons, de la valse musette et de l’accordéon »… Bien que n’ayant pas d’interdits musicaux, je n’étais peut-être pas l’homme de la situation.

 

La conversation s’est prolongée et nous sous sommes quittés très tard. Le lendemain, à la première heure, elle m’appelait :

 

- J’ai bien réfléchi : voulez-vous vous occuper de moi ?

 

Une nouvelle fois, je lui fis part de mon peu de connaissance pour le monde de l’accordéon.

 

- Ce n’est pas ce que je vous demande. Vous savez négocier les contrats ? Vous savez lez rédiger ? Ca me suffit, le reste, j’en fais mon affaire. Au fait, que pensez-vous de ma nouvelle collaboration avec Jean-Paul Gaultier ?

 

- C’est une idée géniale. Il faut continuer.

 

- Parfait ! C’est la réponse que j’attendais. Voyons-nous rapidement et travaillons ensemble.

 

Avais-je le choix ? On ne dit pas non à la Tour Eiffel.

 

J’ai dit oui et notre collaboration a commencé. De contrat, il n’y en a jamais eu entre nous ; en tous cas pas sur le papier. Dans les Pyrénées, en bons terriens, on se regarde droit dans les yeux, on se tape dans la main et ça vaut tous les contrats du monde.

 

En peu de temps, j’allais réaliser à quel point j’avais affaire à un personnage hors norme. Je retournais à l’école : celle de la rigueur, du travail sans relâche, de la parole donnée. Celle de l’humour aussi… À se demander lequel des deux était le saltimbanque.

 

Ainsi, je suis devenu l’agent d’un mythe. Un mythe qui, depuis des années, n'a qu'une seule référence : la musique. Qu'un seul combat : donner ses lettres de noblesse à l'accordéon.

 

De la France profonde, celle des bals qu'elle a fait danser durant tant d’années, aux clubs les plus branchés, en passant par l'Opéra, elle a forcé le respect de tous. Elle est de toutes les musiques. Elle est la musique. Il n’est pas un seul défi qu’elle n’ait relevé. Un album classique mi-piano mi-accordéon de concert, un autre enregistré à Nashville avec Charlie McCoy, le Tour de France, le Casino de Paris, Casse-Noisette, Gaultier, Béjart… Rien ni personne ne lui a résisté.

 

Peu à peu, de notre relation professionnelle est née une belle amitié, aujourd’hui robuste comme la terre de Bigorre, solide comme la pierre. « Madame » est devenue Yvette.

 

 

 

Q : 07/07/13

R : 22/07/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Yvette Horner. Comment allez-vous ?

 

Yvette Horner : Comme une musicienne comblée par sa passion.

 

 

PdA : Cette année 2013 est celle du centième Tour de France. Vous avez accompagné, égayé par votre musique et votre bonne humeur un grand nombre d'éditions de la compétition, dans les années 1950 et 1960. Le Tour était sans doute plus populaire, à l'époque. L'engouement était plus fort, on entendait moins parler d'argent, de dopage. Regardez-vous toujours le Tour à la télévision ?

 

Y.H. : Je ne manque pratiquement aucune étape et suis toujours en contact avec mes amis du Tour.

 

 

PdA : Vous devez avoir des centaines de merveilleux souvenirs à l'esprit, en repensant à vos participations au Tour de France. Voulez-vous nous en raconter quelques uns ? 

 

Y.H. : René, toujours plein d’égards, faisait halte le plus souvent possible afin que je puisse souffler un peu. J’en profitai pour faire quelques pas hors de la machine infernale et ces instants-là, aussi brefs fussent-ils, étaient un vrai bonheur. Mais très vite, il fallait regagner la voiture, reprendre l’accordéon et faire bonne figure.

 

La mixture du suiveur faisait son effet. Mais pas fatalement celui escompté. En fait, il jouait un rôle de collecteur d’insectes. Papillons, pucerons, mouches, moustiques et autres volatiles minuscules, soit qu’ils trouvaient la crème à leur goût, soit qu’ils fussent projeté sur elle par un vent peu soucieux de leurs préférences alimentaires, venaient s’agglutiner sur mon visage plus populeux qu’un pare-brise sur l’autoroute des vacances ! Outre ces visiteurs englués, la poussière de la route et les fumées noires exhalées par les pots d’échappement venaient parfaire mon maquillage.

 

René profitait de chacune de nos haltes pour faire une brève remise en état et, comme la maman singe épouillant avec amour le fruit de ses entrailles, il me désinsectisait patiemment ! A l’arrivée, honteuse de ce look plus qu’improbable, je suppliais mon époux de me trouver une fontaine, un évier ou n’importe quel lavabo où je pourrais laver le papier tue-mouche qui me servait de visage !

 

(Extrait de ma biographie, "Le Biscuit dans la poche", aux Éditions du Rocher)

 

 

PdA : Vous avez remporté en 1948 la Coupe du monde d'Accordéon, cet instrument remarquable dont vous n'avez cessé d'être depuis lors l'une des plus belles ambassadrices. Combien de prestations en public ? Combien de disques produits et vendus ? Difficile d'y répondre. Ce qui est certain, c'est que ces chiffres seraient impressionnants, très impressionnants. Quels sont, sur cet ensemble, les morceaux que vous préférez ? Ceux que vous aimeriez inviter nos lecteurs à découvrir, via les plateformes de téléchargement légal ?

 

Y.H. : Je sais que j'ai enregistré plus de 150 albums. Quant aux ventes , plusieurs dizaines de millions. Mes trois albums préférés sont "Le jardin secret d'Yvette Horner" (qui fit d'elle la lauréate du Grand prix du disque de l'Académie Charles-Cros en 1950, ndlr), "Yvette Horner à Nashville" (avec la star de la Country Charlie McCoy, en 1977, ndlr) et surtout le dernier, "Yvette Hors norme" (sorti en 2012, ndlr).

 

 

PdA : Les accordéonistes n'ont plus guère d'espaces d'exposition dans les grands médias généralistes, notamment depuis l'arrêt d'émissions telles que "La Chance aux chansons". Heureusement, pas mal de jeunes prennent la relève, avec enthousiasme, dans les villes, dans les villages, sur les scènes de France... Vous êtes confiante dans l'avenir de l'accordéon en tant qu'instrument de musique populaire ?

 

Y.H. : L'accordéon est éternel, il appartient à toute les musiques et il y aura toujours de nouveaux virtuoses pour le servir. La passion n'a pas de fin.

 

 

PdA : Vous êtes largement respectée par vos pairs du métier. Des artistes issus de plusieurs générations et adeptes de styles musicaux différents ont eu à coeur de vous témoigner leur affection. Je pense à Julien Doré - vous avez participé à l'une de ses chansons, "Homosexuel" -, je pense à Lio, à Didier Lockwood, à Marcel Amont - qui ont contribué à votre album "Yvette hors norme" -. Quels sont, parmi les artistes d'hier et d'aujourd'hui, celles et ceux qui vous plaisent, que vous aimez écouter ?

 

Y.H. : Il en a trop. J'aime le talent quel qu'en soit le style.

 

 

PdA : Quelles ont été, jusqu'ici, les grandes rencontres de votre carrière ? De votre vie ?

 

Y.H. : Mes parents, mon mari René, les musiciens, mes amis, et le public... J'en oublie ?

 

 

PdA : Quel message souhaiteriez-vous adresser à celles et ceux de nos lecteurs qui, nombreux, vous aiment et seront heureux, à l'occasion de cette interview, d'avoir de vos nouvelles ?

 

Y.H. : Mettez de la Musique, beaucoup de Musique dans vos coeurs, et vous verrez bien que vous finirez par danser...

 

 

PdA : Quels sont vos projets ? Vos envies ?

 

Y.H. : Travailler mon instrument, encore et encore. Découvrir de nouvelles aventures musicales.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, chère Yvette Horner ?

 

Y.H. : Que la vie continue, le monde ne peut pas se passer de musique...

 

 

Yvette Horner 2

 

 

Merci encore pour ce joli cadeau... Que la vie continue oui. Puissiez-vous, Madame, continuer à nous enchanter, à nous surprendre, de longues années durant. Je le souhaite de tout coeur. Je vous embrasse ! ;-) Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Merci

 

 

 

Vous pouvez retrouver Yvette Horner...

 

Sur son site officiel ;

 

Sur les sites de téléchargement légal, comme musicMe ;

 

Chez tous les bons disquaires, pas loin de chez vous... ou en ligne ;

 

Sur YouTube.

 

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24 juillet 2013

Michel et Augustin : "Il y a un fabuleux savoir-faire en France"

Michel et Augustin, au départ, c'est une envie d'aventure, celle de deux potes, Augustin Paluel-Marmont et Michel de Rovira (bon, vous vous doutiez bien qu'ils ne s'appelaient pas Marcel et Robert). Ils décident de s'unir (professionnellement, Christine Boutin, juste professionnellement) pour créer leur boîte et tenter, partant de rien, ou en tout cas de pas grand chose, de se faire une place dans le secteur de l'agroalimentaire. Neuf ans plus tard, Michel et Augustin compte parmi les grandes success stories françaises récentes. L'accroissement par François Pinault de sa participation dans le capital de la société les conforte dans leurs ambitions, et l'évolution de leurs chiffres à l'étranger montre que le Made in France a encore de beaux jours devant lui. Leur recette : pas mal d'huile de coude (une cinquantaine de personnes motivées travaillent pour Michel et Augustin), le goût des bonnes choses, des produits de qualité, et une maîtrise parfaite des arts du marketing et de la communication. C'est simple : s'ils ne rechignent pas à mouiller la chemise, ils n'ont pas peur non plus... de l'enlever. ;-) Bon, vous avez envie de voir ça, j'abrège, pour passer directement à la photo, et surtout à l'interview qu'elle introduit... :-) Bonne lecture ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

MICHEL DE ROVIRA, AUGUSTIN PALUEL-MARMONT

"MICHEL ET AUGUSTIN"

Fondateurs et gérants de Michel et Augustin

 

"Il y a un fabuleux savoir-faire en France"

 

Michel et Augustin 1

(Les photos m'ont été proposées, à ma demande, par Michel et Augustin)

 

 

Q : 05/05/13

(sauf : Q. Artémis : 12/07/13)

R : 15/07/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Michel, bonjour Augustin. L'origine de votre duo, l'histoire de Michel et Augustin, vous les avez racontées plus d'une fois en interview, je vous fais donc grâce d'une énième redite. Votre truc à vous, c'est la qualité des ingrédients, l'originalité des recettes, une bonne dose d'humour, de fun, un don certain pour la com'... et le goût, dans tous les sens du terme. Bon, je sais, ça fait plusieurs trucs. Un petit coup d'oeil rapide dans le rétro, même si, je le sais, ça n'est pas votre genre. Que de chemin parcouru, depuis 2004... Quel regard portez-vous sur cette "presque" première décennie ?

 

M. et A. : Nous avons parcouru un sacré bout de chemin depuis septembre 2004, dans la petite cuisine du petit appartement d’Augustin, 26 rue Hermel, Paris 18ème, ou nous concoctions nos premiers sablés ronds et bons. Et depuis notre premier client vu le 8 janvier 2005 chez Salah, épicier, au 24 rue Hermel !

 

Salah

 

Nous avons bien grandi. Notre aventure c’est 53 trublions , 5 univers produit : biscuits sucrés, offre snacking, yaourts, desserts frais à partager et biscuits apéritifs, un peu plus de 80 références au total, 42 % de croissance par rapport à 2011, 18,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2012, 60 200 fans sur Facebook, 90 000 abonnés à notre newsletter et 7 000 points de vente en France et à l’étranger.

 

Notre rêve reste le même : avoir la joie d’inventer des recettes les plus gourmandes et saines possibles, à base d’ingrédients de grande qualité ! Et de partager et vivre ensemble, au quotidien, une aventure humaine et entrepreneuriale.

 

 

PdA : Vos plus grandes fiertés, celles qui font smiler ces deux trublions - et cette petite vache si sympathique - que l'on voit sur tous vos paquets ? ;-)

 

M. et A. : Notre plus grande fierté c’est l’équipe ! Ce qui fait les valeurs d’une entreprise ce sont les hommes et les femmes qui la constituent et qui la portent.

 

C’est aussi d'avoir montré qu’il est encore possible de créer une entreprise en partant de rien et clouer le bec à toutes les personnes qui nous susurraient à l’oreille : « Arrêtez tout, tout de suite, vous n’avez aucune chance face aux monstres de l’alimentaire ».

 

 

PdA : Artémis, la holding de la famille Pinaut vient d'acquérir une majorité confortable (70%) dans le capital de Michel et Augustin. Qu'est-ce que ça va changer ?

 

M. et A. : C’est un coup de pouce pour nous aider à grandir et à passer à la vitesse supérieure. C’est aussi permettre aux consommateurs de mieux dénicher nos produits en France et à l’étranger ! Nous allons simplement continuer de faire ce que l’on aime faire, ce qui nous passionne. En se donnant les moyens de déployer notre aventure dans les 10 plus grandes villes en France et à l’étranger.

 

 

Michel et Augustin 2

 

 

PdA : Les créations Michel et Augustin plaisent bien au-delà de nos frontières. Votre dernière conquête en date : l'Angleterre. Est-ce qu'il y a dans votre parcours, dans vos positionnements, quelque chose dont on pourrait tirer des leçons pour favoriser un succès accru du "Made in France" à l'étranger ?

 

M. et A. : Nous bénéficions en France d’un fabuleux savoir-faire. 95% de nos produits sont faits en France. Sauf les palmiers allongés qui sont fabriqués au Portugal chez notre expert de la pâte feuilletée 100% pur beurre.

 

Nous continuerons de faire vivre l’économie française et de vendre la France à l’étranger. Nous voulons fabriquer des produits que le monde entier nous envie !

 

 

PdA : Imaginons un instant que le président de la République - ou le Premier ministre, peu importe - vous confie une mission, sur la base de votre expérience à la tête de Michel et Augustin, une PME qui réussit. L'intitulé pourrait être comme suit : "Favoriser l'émergence et le développement de petites et moyennes entreprises et industries viables et conquérantes". Quelles seraient vos recommandations ?

 

M. et A. : Simplifier le code du travail, baisser massivement les dépenses publiques pour baisser les charges patronales ensuite, supprimer le millefeuille administratif, les effets de seuil !

 

L'entrepreneuriat ce n'est pas un sprint, mais une course de fond ! Il faut savoir bien s’entourer et recruter des talents qui partagent les valeurs de l’aventure. Soyez clairvoyant et ayez une vision à long terme. Ça permet d'éviter certaines erreurs ! Surveillez les principaux indicateurs qui illustrent la santé de votre projet. Enfin, il faut conserver ses convictions profondes, à savoir la manière de manager son entreprise, les produits que l'on va vendre.

 

 

PdA : Quelles nouveautés nous mijotez-vous pour les prochains mois, pour les prochaines années ?

 

M. et A. : D’un point de vue produits, nous venons de sortir un yaourt inédit au café pur arabica de Colombie sans conservateur. Il vient étoffer notre gamme de vache à boire aux fruits et à la vanille de Madagascar. Ce sont des yaourts très premium avec des ingrédients de grande qualité ! Nous avons également sorti un nouveau format de petits carrés pour révolutionner le segment des barres chocolatées. 4 biscuits à la queue leu leu avec une pâte sablée croquante et une ganache fondante au chocolat noir. Un produits très gourmand et innovant.

 

Nous devrions également ouvrir 2 nouvelles Bananeraies à Lyon et Bordeaux pour inscrire notre démarche au cœur des villes et faire vivre l’aventure localement ! Nous pourrons ainsi recevoir à Lyon et Bordeaux des visiteurs curieux comme nous le faisons à Boulogne tous les premiers jeudis du mois avec nos portes ouvertes !

 

 

PdA : Quelles sont vos ambitions... vos rêves pour Michel et Augustin ?

 

M. et A. : Nous désirons rendre nos produits plus accessibles en termes de distribution en France et à l’étranger dans les grandes villes. Nous souhaitons également développer des marchés prioritaires en Belgique, en Suisse, en Europe du nord, au Royaume-Uni, au Moyen Orient et en Asie ! L’objectif est de multiplier par cinq le chiffre d’affaires d’ici à 2018.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

 

M. et A. : De poursuivre notre très belle aventure humaine et d’être la marque alimentaire whaou au cœur des grandes villes du monde !

 

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment !

 

M. et A. : Boivez des vaches ;)

 

 

Michel et Augustin 4

 

 

Merci à Michel et Augustin pour leurs réponses. Un grand merci, également, à Charlotte Cochaud, pour sa patience, pour sa bienveillance à mon égard, pour nos échanges. Sans elle, rien n'aurait été possible. Et vous, que pensez-vous des produits Michel et Augustin ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

Un commentaire, qu'il soit positif ou négatif, est toujours apprécié...

 

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Vous pouvez retrouver Michel et Augustin...

 

Sur leur site ;

 

Sur Facebook ;

 

Sur Twitter ;

 

Sur cette jolie photo, qui prouve que leur amitié de longue date, ça n'est pas une invention pour la com' ;

 

 

Michel et Augustin 3

 

Et, évidemment... dans le commerce (les produits, pas les trublions) ! ;-)

 

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3 juillet 2013

F.-H. Désérable : "J'ai voulu saisir les derniers tressaillements de vie"

   « Le bourreau et ses aides veulent me lier les pieds. Je refuse. La loi l'exige. Dura lex, sed lex. Alors je me laisse faire. Et puis on me coupe les cheveux. J'enfile ensuite la chemise rouge, réservée aux condamnés à mort pour crime d'assassinat. J'avais pensé garder mes gants mais le bourreau m'a assuré qu'il saurait me lier les mains sans me faire aucun mal. Il serre le moins possible. Je prends congé du citoyen Richard et de sa femme, qui ont été si bons pour moi. On sort dans la cour. La charrette m'attend. On me donne un tabouret, mais je sais déjà que je resterai debout. Je veux regarder la foule dans les yeux. On ne meurt qu'une fois. C'est la fin qui couronne l'oeuvre. »

   Dans quelques instants, Charlotte Corday ne sera plus, guillotinée pour s'être rendue coupable de l'assassinat du citoyen Marat. Ces mots, elle ne les a pas signés. Leur auteur est de nos contemporains; il dépasse à peine le quart de siècle mais s'est déjà fait un nom dans les milieux littéraires, un nom à retenir : François Henri Désérable. Tu montreras ma tête au peuple nous plonge au coeur de la France de la Révolution - la grande. Mille détails, fruits de lectures passionnées, une imagination féconde - c'est un roman historique - mise au service du récit, une aisance stylistique évidente. On s'y croirait. On y est. Il engage son funeste rituel, terrible, impassible... Ce sera mon tour, bientôt... Clic ! Clac ! Boum ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

FRANÇOIS-HENRI

DÉSÉRABLE

Auteur de Tu montreras ma tête au peuple

 

« J'ai voulu saisir les derniers

tressaillements de vie »

 

François-Henri Désérable

(Les photos m'ont été proposées, à ma demande, par François-Henri Désérable)

 

Q : 02/07/13 ; R : 03/07/13

 

Paroles d'Actu : Bonjour François-Henri Désérable. Tu montreras ma tête au peuple, paru il y a quelques mois aux éditions Gallimard, a été salué par nombre de critiques littéraires. Votre ouvrage a reçu le prix Amic, l'une des distinctions les plus anciennes de l'Académie française moderne. Il y a un an, votre nouvelle intitulée Clic ! Clac ! Boum ! figurait dans le palmarès du Prix du jeune écrivain de langue française. Une question toute bête, dans quel état d'esprit vous trouvez-vous, aujourd'hui ?

 

François-Henri Désérable : Je suis très surpris du succès que rencontre ce livre, car la qualité d’un livre, hélas, n’est pas gage de son succès. Cela étant, il faut relativiser : c’est un succès critique, mais la critique est indulgente, parce qu’il s’agit d’un premier livre. On m’attend au tournant…

 

PdA : Quelle importance accordez-vous au jugement de vos pairs ?

 

F.-H.D. : Je lui accorde une importance prédominante : il y a de nombreux écrivains que j’admire et rien ne me fait plus plaisir que d’apprendre qu’ils me considèrent, après m’avoir lu, comme un des leurs (même si je suis encore très loin de mériter cet honneur !).

 

PdA : Clic ! Clac ! Boum ! nous faisait vivre, dans sa peau, dans sa tête, les derniers instants de Danton, peu avant son exécution. Un schéma que l'on retrouve dans Tu montreras ma tête au peuple - ligne célèbre, que l'Histoire attribua à Danton. On y rencontre, outre celui qui fut député de la Seine, des figures telles que Charlotte Corday, Marie-Antoinette, Robespierre... À quelques mètres de l'échafaud, à quelques heures de la mort, à chaque fois... Vos récits, très documentés, parfois agrémentés d'éléments de mise en scène, nous plongent d'une manière très réaliste dans cette époque troublée. Une époque qui vous fascine, vous avez lu je ne sais combien d'ouvrages la concernant. Quel est, finalement, le sens de votre démarche ? Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire sur ce sujet-là ?

 

F.-H.D. : Ce sont bel et bien les derniers mots de Danton qui m’ont donnés envie d’écrire sur la Révolution et les derniers instants de ses grandes figures. Je reste fasciné par la superbe de cette phrase – « Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine » – prononcée à l’adresse du bourreau, quelques secondes avant que la lame de la Veuve ne s’abatte sur sa nuque. De là, j’ai voulu saisir les derniers tressaillements de vie – je crois que le mot est de David - chez ces hommes et ces femmes qui ont connu la Conciergerie, le tombereau, l’échafaud et, enfin, le léger souffle d’air frais.

 

PdA : J'aimerais, pour cette prochaine question, faire appel, à nouveau, à votre imagination. Vous avez, à la faveur d'une incroyable prouesse technologique, l'opportunité d'effectuer un voyage dans le temps, un seul, d'une durée d'une semaine. La machine n'est pas encore tout à fait au point, les possibilités sont restreintes : ce sera Paris, forcément, quelque part entre le début du mois de mai 1789 et la fin du mois de janvier 1793. À partir du point de votre choix, une semaine d'immersion totale vous est offerte. Vous accompagnent, cela va sans dire, votre savoir de 2013, vos connaissances érudites du "film" de la fin du XVIIIème siècle en France. Quelle date choisirez-vous ?

 

F.-H.D. : J’ai envie de répondre le 14 juillet, à la Bastille, pour revenir en 2013 et dire : « J’y étais ! », mais c’est peut-être un peu convenu… Quelques jours avant alors, le 20 juin, au Jeu de Paume, quand les députés prêtent serment de ne jamais se séparer tant que la France ne sera pas dotée d’une constitution… Ou quelques jours après, la nuit du 4 août, quand l’Assemblée constituante décide d’abolir les privilèges. Ce sont là des événements fondateurs de la République que j’aurais aimé vivre, au même titre que j’aurais aimé vivre, le 14 juillet 1790, la Fête de la Fédération, cette grande liesse populaire au Champ-de-Mars, ou encore, le 2 septembre 1792, le discours de Danton qui réclame « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace » pour sauver la patrie en danger.

 

PdA : Quels cercles chercherez-vous à intégrer ? Quelles rencontres, quels entretiens, quels "coups de pouce" à l'Histoire vous emploierez-vous à provoquer ? À vous de jouer !

 

F.-H.D. : Infléchir le cours des événements ? Je ne pense pas que j’aurais pu faire grand chose. Je me sens proche des Girondins, alors j’aurais peut-être essayé d’en sauver quelques uns… Mais rien n’est moins sûr. Ou peut-être que, pour me marrer, j’aurais interrompu un discours de Robespierre en lui disant : « Mais tu vas la fermer, ta grande gueule ? », histoire de voir ce qui se passerait…

 

PdA : Il y a à l'évidence, vos écrits en sont une illustration parfaite, quelque chose qui relève du tragique dans la marche de l'Histoire. La Révolution française a connu plus que son lot de souffrances inutiles, évitables, d'opportunités gâchées, d'occasions manquées... Un an après la prise de la Bastille, ce fut la Fête de la Fédération, l'espoir, l'espace d'un instant, d'une véritable concorde entre les différentes composantes du peuple français. Hélas, les "années terribles" allaient bientôt succéder aux "années lumières". Quels enseignements l'historien, le doctorant en droit que vous êtes tire-t-il de tout cela ?

 

F.-H.D. : Je ne suis pas historien (je n’ai en tout cas aucun titre universitaire qui me confère le droit un peu ridicule de me présenter comme un historien). L’Histoire m’intéresse (ou en tout cas certains pans de l’Histoire) mais je la pratique en dilettante, un peu comme le droit, d’ailleurs (mais ceci est une autre histoire…)

 

Sans aucune fausse modestie, je serais bien incapable de tirer un quelconque enseignement du passage des « années lumières » aux « années terribles », si ce n’est, peut-être, que l’idéal républicain issu de la Révolution ne s’est pas réalisé en un jour : il a fallu d’autres tentatives pour que la France soit définitivement républicaine. On aurait tort, dès lors, de conspuer les printemps arabes parce qu’ils n’ont pas encore porté les fruits qu’on pouvait espérer. Laissons du temps au temps.

 

PdA : Qu'aimeriez-vous ajouter à tout ce que nous avons déjà dit pour donner à nos lecteurs l'envie de découvrir Tu montreras ma tête au peuple ?

 

F.-H.D. : Que je ne suis pas très bon pour répondre aux interviews : j’ai la faiblesse de croire que le livre est bien meilleur que mes réponses.

 

PdA : Avant d'aborder la dernière partie de notre entretien, permettez-moi d'évoquer votre autre grande passion, je pense évidemment au hockey sur glace, dans lequel vous baignez depuis tout jeune. Un sport finalement assez méconnu en France, et dont la médiatisation est quasiment inexistante... Comment l'expliquez-vous ? L'appel, le cri du cœur, c'est maintenant... ;-)

 

F.-H.D. : C’est un sport magnifique qui, hélas, n’est pas aussi médiatisé qu’il devrait l’être (tout au moins en France). Et pourtant, comme la tête de Danton, il en vaut bien la peine. Il y a, malgré tout, certaines villes dont le cœur bat au rythme du hockey : Amiens, Rouen, Grenoble… Et on est sur la bonne voie : la Fédération française de Hockey fait du très bon travail depuis quelques années, et la France va accueillir les championnats du monde en 2017. De quoi donner un sacré coup de projecteur…

 

PdA : Quels sont vos projets ?

 

F.-H.D. : J’ai écrit, pour l’excellente revue Décapage qui paraîtra en septembre, un court récit sur une garde-à-vue que j’ai vécue à Venise pour un motif assez insolite. Je vais écrire pour autre revue, L’Infini, l’histoire du tatouage de Bernadotte, régicide devenu roi. On m’a également demandé une préface pour la réédition des Mémoires de Sanson. Et puis j’ai commencé un roman, il y a bientôt six mois : l’histoire se passe en partie pendant une autre révolution, celle de 1830, les fameuses Trois glorieuses… Enfin, il y a cette thèse de droit que je dois finir, quand bien même elle est plus proche du début que de la fin.

 

PdA : Vos envies ?

 

F.-H.D. : Sans ordre particulier : lire, écrire, jouer au hockey.

 

PdA : Vos rêves ?

 

F.-H.D. : J’ai caressé un rêve pendant toute ma jeunesse : devenir un grand joueur de hockey, jouer en NHL, remporter la coupe Stanley. Je ne suis pas devenu un grand joueur de hockey, je ne jouerai jamais en NHL, et jamais je n’aurai mon nom gravé sur la coupe Stanley. Mon rêve est derrière moi. J’ai échoué.

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, François-Henri Désérable ?

 

F.-H.D. : Des funérailles nationales à la Hugo. Ou, plus modestement, de bonnes vacances (je suis à Istanbul).

 

PdA : Quelque chose à ajouter ?

 

F.-H.D. : Oui : j’ai un ami, jeune (21 ans), talentueux, qui vient de publier son excellent premier roman, L’été slovène, chez Flammarion. Il s’appelle Clément Bénech, et il y a, chez lui, du Modiano, du Toussaint, du Parisis et du Chevillard. Ce qui n’est pas mal, tout de même…

 

PdA : Merci infiniment !

 

 

Tu montreras ma tête au peuple

 

 

Merci, François-Henri, pour vos réponses, passionnantes. Bonnes vacances. Surtout, bons vents... Pas le léger souffle d'air frais, non, ce serait un beau gâchis... Ceux de la chance, du succès, puissent-ils vous pousser à la mesure de votre talent... Et vous, qu'avez-vous pensé de cet ouvrage, Tu montreras ma tête au peuple ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver François-Henri Désérable...

 

  • Sur le site des éditions Gallimard pour Tu montreras ma tête au peuple;
     
  • Sur le site de TV5 Monde pour sa nouvelle, Clic ! Clac ! Boum !;
     
  • Sur le site Hockey Hebdo pour tout savoir de ses stats de hockeyeur professionnel... ;-)

  • Suivez Paroles d'Actu via Facebook et Twitter... MERCI !

 

Présentation remaniée : 10/07/14.

28 juin 2013

Marc Touati : "Pour être très franc, je suis assez inquiet..."

Son "Dictionnaire terrifiant de la dette", paru en mars 2013 aux Éditions du Moment, vient d'être sélectionné, il obtiendra peut-être le prix du livre économique de l'année. Marc Touati préside le cabinet Aux Commandes de l'Économie et de la Finance (ACDEFI), qu'il a fondé en 2007. Outre cette activité, il intervient régulièrement dans les médias pour livrer ses analyses sur les questions d'actualité qui touchent à ses domaines d'expertise. La France et une bonne partie de l'Europe de 2013 sont les témoins - pas tout à fait extérieurs - de la résurgence de ce drame humain que constitue le chômage de masse. Les niveaux de déficits et d'endettements publics, la faiblesse des perspectives de croissance inquiètent, bien au-delà du continent. Les tout derniers chiffres pour la France, tombés au moment de la rédaction de ce texte, ne sont pas forcément de nature à rassurer... Vous l'aurez compris, Marc Touati a de quoi faire, en ce moment. Il a accepté de répondre à mes questions, s'appuyant en partie sur des tribunes qu'il avait livrées par ailleurs. Un regard éclairant, sans concession sur la situation économique et financière de notre pays. Ses prises de positions, engagées, (voir : sa pétition Sauvez la France) ne feront sans doute pas l'unanimité, c'est aussi une invitation au débat, les commentaires sont là pour cela. Merci. Merci à vous, surtout, Marc Touati. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

MARC TOUATI

Président du cabinet Aux Commandes de l'Économie et de la Finance

Auteur du "Dictionnaire terrifiant de la dette"

 

"Pour être très franc, je suis assez inquiet..."

 

Marc Touati

(Photos fournies à ma demande par Marc Touati)

 

 

Q : 12/04/13

R : 27/06/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Marc Touati. Depuis cinq ans, la "crise" s'est installée dans nos quotidiens. Je n'en développerai pas l'historique. Quelques points. Un retournement de l'immobilier - prétendument toujours ascendant - provoque une crise aigüe de l'emprunt hypothécaire aux États-Unis. La confection de produits dérivés et leurs échanges facilite sa propagation, comme une traînée de poudre. Une dilution ultra-toxique du risque, risque en partie encouragé par des politiques monétaires contestables et l'action d'organismes publics ou parapublics (garanties, etc...). Certains établissements tombent, d'autres, "too big to fail", "doivent" être sauvés, souvent par l'argent public, également mis à contribution pour sauvegarder la foi dans le système, éviter tant bien que mal de reproduire les erreurs des années 30. Limiter la casse... Cela ne suffit pas pour préserver la confiance dans l'avenir, donnée fondamentale... L'octroi de crédits bancaires se contracte, la frilosité, pour ne pas dire la peur, se généralise. La crise financière américaine devient mondiale (poids de l'Amérique et mondialisation des échanges obligent), économique (diminution de la consommation, de la production, du commerce, explosion du chômage... le cercle vicieux par excellence) et budgétaire (baisse des recettes fiscales et plans de relance conduisant à une explosion de l'endettement public). L'Europe, particulièrement touchée et handicapée par la bancalité des fondations de sa monnaie commune, peine à entrevoir le bout du tunnel... Voilà, pour le tableau, rapide, de la situation. Vous me direz sans doute que la dérive des comptes publics, qui a aggravé la crise en privant le politique de marges de manœuvre et en plombant la croissance, est bien antérieure à 2007-2008, mais nous y reviendrons un peu plus tard.

 

Pour cette première question, j'aimerais vous inviter à nous donner votre sentiment sur les cinq années qui viennent de s'écouler. Quelles leçons l'économiste chevronné que vous êtes tire-t-il de cette "Great recession", de cet enchaînement d'évènements dramatiques qui nous rappellent, sur bien des points, ce que fut la "Great depression" ?

 

Marc Touati : Au moins quatre grands enseignements peuvent être tirés de cette crise historique.

 

Premièrement, le pire n’est jamais certain. Ainsi, en dépit des points de ressemblances, la « great depression » des années 1930 a été évitée. Pourquoi ? Car, deuxième enseignement, la force de notre système économique, voire de l’être humain, réside dans le fait que l’on arrive généralement à tirer les leçons des erreurs passées pour ne pas les rééditer. Ainsi, en 2009, le monde économique a fait l’inverse de celui de 1929. A l’époque, c’était le vrai ultra-libéralisme : on a laissé les banques faire faillite, la Réserve fédérale n’a pas baissé ses taux directeurs au début de la crise et la relance budgétaire n’existait pas. Autrement dit, on a laissé la crise s’installer et devenir une grave dépression. En 2009, les banques ont été sauvées, les banques centrales ont baissé leurs taux directeurs et la relance budgétaire planétaire a atteint 5 000 milliards de dollars.

 

Troisièmement, les crises sont toujours des phases d’opportunités. Celui qui baisse les bras est sûr de perdre, celui qui ose regarder vers l’avenir en investissant et en innovant dispose d’une grande chance de gagner. La preuve ? De nombreuses entreprises sont plus fortes aujourd’hui qu’avant la crise. Et pour cause : elles ont pris les parts de marchés des entreprises qui n’ont pas fait les bons choix stratégiques et ont souvent disparu.

 

Quatrièmement, l’augmentation « bête et méchante » des dépenses publiques n’est pas la recette absolue contre la crise. Il ne faut pas plus d’État mais mieux d’État, la faiblesse de la croissance française en dépit de la forte augmentation des dépenses publiques en est la preuve parfaite.

 

 

PdA : La gestion de l'"après" par les acteurs d'influence (les États, les banques, les institutions internationales, etc...), les décisions qui ont été prises vous rassurent-elles quant à la prévention d'une nouvelle crise de ce type ?

 

M.T. : Si les réactions des États et des institutions internationales au début de la crise ont été bonnes, le cafouillage et les erreurs stratégiques sont malheureusement revenus très rapidement. On peut noter au moins trois grandes erreurs. Primo, la trop forte augmentation de la réglementation bancaire (appelée Bâle III) qui limite l’octroi de crédits aux entreprises. Secundo, le maintien d’un euro trop fort. Tertio, l’exacerbation de la pression fiscale, en particulier dans l’Hexagone. Trois évolutions qui empêchent le retour de la croissance, donc la sortie réelle et définitive de la crise.

 

 

PdA : Nous évoquions tout à l'heure le cas particulier de l'Europe. Plusieurs pays membres de la zone euro ont vécu ces dernières années une dégradation brutale de l'état de leur économie... et de leurs comptes publics. Pour certains d'entre eux, la "crise" a agi comme un révélateur, révélateur de structures économiques pas forcément saines ni durablement soutenables. Qui dit déficits et dettes dit prêteurs. Ceux-ci, souvent institutionnels et étrangers, ont exprimé leur inquiétude s'agissant de la capacité de ces États à les rembourser. Le risque perçu a été intégré, il explique le différentiel constaté dans les taux d'intérêt réclamés, bien plus importants que ceux attachés aux emprunts allemands par exemple, moins onéreux car jugés plus sûrs. Les peuples chypriote, espagnol, grec, irlandais, portugais... n'ont pas fini de payer la facture, elle est écrasante. La solidarité financière joue à plein entre pays de la zone euro, mais ce au prix de cures d'austérité très douloureuses... L'idée : éviter coûte que coûte un défaut de paiement, qui sait quel impact celui-ci pourrait avoir sur l'euro... Combien de sommets de la dernière chance ? On ne les compte plus...

 

M.T. : La rigueur pour la rigueur n’a pas de sens. Si on augmente trop les impôts, on aggrave la récession, donc le chômage flambe encore, les déficits publics s’accroissent et la dette s’envole de plus en plus haut. In fine, la zone euro est menacée jusqu’à son existence même.

 

Sur votre deuxième remarque, effectivement, cela finit vraiment par devenir lassant. Depuis la fin 2009, tous les six à neuf mois, nous avons droit à une nouvelle crise grecque, avec ses faux-semblants, ses dangers et ses « vraies fausses » solutions. À chaque fois, la majorité des économistes et des politiciens bien-pensants se répandent un peu partout pour annoncer que la crise grecque et, par là même, celle de la zone euro sont terminées. Malheureusement, rien n’a jamais été réglé. Bien au contraire. En fait, les dirigeants eurolandais ont simplement posé des gros pansements sur une plaie béante sans la cautériser. Si bien que lorsque le pansement s’effiloche, puis disparaît, la plaie est non seulement toujours là, mais elle s’est, de surcroît, infectée.

 

En effaçant la moitié de la dette grecque détenue par des agents privés, les Européens n’ont fait que gagner du temps. Car, dans la mesure où l’euro est resté trop fort et où rien n’a été mis en œuvre pour soutenir la croissance, la Grèce a continué de sombrer dans la récession et dans le malaise social. Depuis le début de la crise (c’est-à-dire depuis le quatrième trimestre 2007), le PIB hellène a plongé d’environ 30 %. Conséquence logique de ce marasme, le taux de chômage atteint désormais 27 %, et 62,5 % pour les moins de 25 ans.

 

Pour « couronner » le tout, la Grèce s’est engagée dans une crise politique qui rappelle de bien mauvais souvenirs, avec, qui plus est, une extrême gauche qui est toujours à deux doigts de prendre le pouvoir, ainsi qu’un parti néonazi qui est entré au Parlement et a même créé des « milices ». Dès lors, la moindre étincelle, comme la fermeture des médias publics par le gouvernement Samaras il y a deux semaines, réactive un incendie qui n’a en fait jamais été circonscrit.

 

Cela confirme que, sans union politique, la zone euro reste menacée par un pays qui ne représente que 2 % de son PIB.

 

 

PdA : L'erreur, majeure, n'a-t-elle pas été d'aller trop vite dans la constitution du dernier cercle communautaire, celui de la monnaie commune ? Ne fallait-il pas conditionner son intégration à un contrôle a priori bien plus poussé, coupler à sa création celle d'un véritable gouvernement économique ? Intégrer les pays petit à petit, quitte à n'en avoir que trois ou quatre, au départ, le temps de laisser aux autres celui d'assainir leur situation dans des conditions moins violentes... ? Quel est votre avis sur la question ? Comment sortir de ce long cauchemar par le haut, désormais ?

 

M.T. : Il faut arrêter de tourner autour du pot : l’Union Économique et Monétaire ne pourra sortir de la crise de la dette, et plus globalement de sa crise existentielle tant qu’elle ne sera pas une zone monétaire optimale. Cela signifie qu’il existe une parfaite mobilité des capitaux, des entreprises, mais aussi des travailleurs au sein de la zone en question. Pour y parvenir, les pays qui la composent doivent œuvrer à une harmonisation de leurs conditions fiscales, budgétaires et réglementaires, préparer le terrain à un marché du travail unique, sans oublier d’instaurer un budget fédéral conséquent, capable de supprimer les chocs asymétriques au sein de la zone. En d’autres termes, si un des États membres connaît une crise spécifique (que l’on appelle un choc asymétrique), le budget fédéral pourra y remédier directement, annihilant ainsi les risques de contagion à l’ensemble de la zone.

 

Ne l’oublions pas, la création de l’euro n’était qu’une étape visant à donner naissance à une union politique et fédérale. On peut être favorable ou opposé à cette dernière mais si on la refuse, il faut d’ores et déjà savoir que l’UEM finira par exploser, sortant donc de la crise de la dette par le bas, replongeant l’Europe dans un jeu non-coopératif et forcément destructeur.
Comme nous ne cessons de le répéter depuis le début de la crise, les plans de sauvetage de la zone euro ne font que colmater les brèches et continuent d’oublier l’essentiel : la croissance. Tant que l’euro ne passera pas sous les 1,15 dollar pour un euro, que les impôts augmenteront et qu’il n’y aura pas de budget fédéral, la récession perdurera et la crise de la zone euro empirera.

 

Le problème est que les dirigeants eurolandais continuent d’être dogmatiques et de se focaliser sur une faible inflation et une rigueur mal placée. Autrement dit, ils préfèrent « mourir guéri » que vivre avec un peu d’inflation. C’est vraiment dommage.

 

 

PdA : Zoom... sur la France. Dans votre dernier ouvrage, "Le dictionnaire terrifiant de la dette", vous dressez un état sans concession de la situation budgétaire de notre pays, de ses perspectives d'avenir. Quels chiffres, quelles données souhaiteriez-vous que nos lecteurs aient à l'esprit, à ce stade de notre entretien ?

 

M.T. : Lorsque l’on observe l’évolution récente de la dette publique des pays européens et en particulier celle de la France, une question revient souvent : comment en est-on arrivé là ? Autrement dit, comment la dette publique française a-t-elle pu passer de 20 % du PIB en 1980 à 59 % au milieu des années 1990 et à plus de 90,2 % en 2012 ? L’évolution de ce ratio est encore plus inquiétante depuis quelques années : 64,2 % en 2007, 79 % en 2009, 86 % en 2011 et certainement 100 % en 2013. Et encore, par convention comptable, la dette publique française (comme ses homologues européennes d’ailleurs) n’intègre pas le « hors-bilan », c’est-à-dire le paiement des retraites des fonctionnaires. Si tel était le cas, nous serions plutôt autour des 130 % du PIB.

 

En monnaies sonnantes et trébuchantes, le choc est encore plus effroyable. De 92 milliards d’euros en 1980, la dette publique a atteint 515 milliards en 1993, 1 000 milliards en 2003 et sera d’environ 2 000 milliards en 2013 ! Bien sûr, entre-temps, les prix ont également progressé de 172 %. Toujours est-il que de 1980 à 2013, la dette publique française a explosé de 2 073 % en valeur et de 1 901 % en volume (c’est-à-dire sans inflation). De quoi donner le vertige…

 

D’où une question incontournable : comment, en si peu de temps, la France a-t-elle pu passer d’une dette relativement normale à une dette aussi explosive ?

 

La réponse est malheureusement simple. La dette publique n’est que le cumul des déficits publics annuels. Plus ces derniers augmentent, plus la dette flambe. à partir du moment où la croissance économique ne suffit pas à rembourser les intérêts de la dette, alors cette dernière devient cumulative et auto-entretenue. Et encore, il faut noter que, dans son malheur, la France a bénéficié d’un atout incroyable, en l’occurrence des taux d’intérêt bas pour les obligations du Trésor. Lorsque ces derniers remonteront, ce qui se produira inévitablement en 2013, l’écart entre la croissance et la charge d’intérêts de la dette s’agrandira et la bulle de la dette deviendra encore plus explosive. Eh oui ! avec la dette publique, c’est un peu comme avec un célèbre liquide vaisselle jaune : « quand il n’y en a plus, il y en a encore… »

 

Le seul moyen de stopper l’hémorragie puis d’inverser la tendance serait déjà de restaurer une croissance durablement forte et ensuite d’obtenir un excédent des comptes publics. Seulement voilà, la dernière fois que la croissance française a été forte pendant plus de deux ans remonte aux années 1998-2000. Ce « phénomène » relativement court n’a pas permis de retrouver le chemin de l’équilibre budgétaire. C’est bien là que réside le mal principal de la puissance publique française : elle ne sait produire que des déficits sans réussir à relancer la croissance et à faire baisser le chômage. Le dernier excédent des comptes publics remonte à 1974.

 

Aujourd’hui encore, en dépit d’autant d’années de déficits sans croissance et de gaspillage des deniers publics, le gouvernement français n’a aucunement l’intention de renverser la vapeur, même s’il multiplie les efforts marketing pour essayer de faire croire le contraire. Plus grave, la plupart des Français jugent ce comportement normal. Il est donc urgent de réagir. Non, une dette publique de 100 % du PIB n’est pas acceptable ! Non, une croissance économique structurellement inférieure à la charge d’intérêts de la dette publique n’est pas supportable ! Non, il n’est pas sérieux et responsable de laisser encore filer la dépense publique et de se contenter d’augmenter les impôts !

 

Tant que nos dirigeants n’auront pas compris ces éléments de bon sens, la crise de la dette publique enflera. À ce rythme, cette dernière atteindra aisément les 2 500 milliards d’euros en 2017. Dans ces conditions, l’économie française ne connaîtra pas de rebond et les crises sociales et sociétales deviendront notre quotidien.

 

 

PdA : Vous avez lancé il y a quelques jours une pétition, que l'on retrouve sur SauvezLaFrance.com. Le gouvernement y est exhorté à agir à propos du poids de la dette, du niveau des prélèvements obligatoires et de la dépense publique dans notre pays. Si vous deviez attribuer de bons et de mauvais points au pouvoir actuel en matière d'économie et de finance, quel en serait le bilan ?

 

M.T. : La situation économique de la France est de plus en plus catastrophique : la croissance a été nulle au cours des cinq dernières années, la récession est de retour, le chômage flambe et la dette publique devrait atteindre 100 % du PIB d’ici la fin 2013. Pour ne rien arranger, la crise politique qui sévit depuis quelques semaines fait craindre un véritable chaos.

 

Bref, l’heure est grave et il est urgent de réagir. Pourtant, bien loin de prendre le taureau par les cornes et continuant de se voiler la face, le Président Hollande et le gouvernement Ayrault préfèrent le dogmatisme et la méthode Coué. Pis, ils veulent continuer à augmenter la pression fiscale et la dépense publique, qui atteignent déjà des niveaux pléthoriques. Soyons clairs : avec cette double erreur, la récession va encore s’aggraver, le chômage augmenter et la dette publique battre de nouveaux records. Est-ce vraiment cela que nous voulons pour notre douce France ?

 

Certainement pas. C’est pourquoi, il est grand temps de dire STOP ! et d’inverser la tendance. Aussi, devant la dictature du politiquement correct et face à l’omerta économique ambiante, je vous propose de crier tout haut la nécessité d’un véritable changement vers une politique économique plus pragmatique et plus efficace. Celle-ci devra notamment passer par moins d’impôts et moins de dépenses publiques superflues. Une fois que ces deux évolutions auront été engagées, la France pourra retrouver le chemin de la croissance, mais aussi celui de la crédibilité économique et, in fine, sortir par le haut de cette crise qui n’en finit plus.

 

Exigeons donc simplement du gouvernement français qu’il s’engage à abaisser au plus vite le poids des impôts et des dépenses publiques dans le PIB vers le niveau moyen qui prévaut dans la zone euro, en l’occurrence 41 % et 49 %, contre actuellement 46 % et 57 % dans l’Hexagone (estimations 2013). Ces poids sont devenus insupportables et ruinent l’avenir de la France.

 

Alors disons Non ! au dogmatisme et Oui ! au retour de la croissance dans notre beau pays. Signons donc la pétition pour que, d’ici 2017, en France, le poids des dépenses publiques dans le PIB passe de 57 % à 49 % et celui des prélèvements obligatoires reculent de 46 % à 41 % !

 

 

PdA : Quand vous songez à notre pays, à notre continent, là tout de suite, quand vous pensez à leur avenir, le sentiment qui prédomine, c'est plutôt l'optimisme ou le pessimisme ?

  

M.T. : Pour être très franc, je suis assez inquiet, car cela fait quinze que j’essaie de convaincre les dirigeants français de faire les réformes qui s’imposent, mais ils refusent systématiquement, préférant le dogmatisme et pensant surtout à leur réélection. C’est vraiment triste.

 

 

PdA : Imaginons un instant que le président de la République, ou le Premier ministre, peu importe, décide demain de vous confier, sur la base de votre expertise et de votre expérience sur ces questions, une mission. La rédaction d'un rapport destiné à être suivi d'actes. Son objet ? "La régénération durable et prospective de l'économie et l'assainissement structurel des finances publiques de la France". Quelles seraient vos recommandations ?

 

M.T. : Les rapports ne servent à rien. Ils finissent tous dans les oubliettes de la République. Les mesures structurelles à prendre sont simples, je les ai évoquées dans la pétition SauvezLaFrance.com ou encore dans « Le dictionnaire terrifiant de la dette ». Après, il faut simplement avoir du courage politique.

 

 

PdA : La dernière question, en fait une tribune libre. Pour conclure comme vous le désirerez notre entretien. Merci !

 

M.T. : Je terminerai en enfonçant le clou sur la dépense publique. Certes, un pays développé comme la France a besoin d’un État fort et de dépenses publiques importantes. Ces dernières doivent effectivement permettre d’assurer la sécurité du pays, de ses citoyens, de mettre en place une justice efficace, un système éducatif performant, le tout en garantissant une croissance économique durablement forte, un chômage faible, une réduction de la pauvreté et des inégalités. Si la dépense publique parvient à tout cela, alors oui, elle est non seulement justifiée, mais également indispensable.

 

Relevons-nous ce défi aujourd’hui dans l’Hexagone ? Sans vouloir jouer les Cassandre, nous en sommes loin. Certes, nos infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et aériennes sont exceptionnelles. Certes, l’école est gratuite, du moins jusqu’au Bac. Certes, le système de santé est plutôt performant.

 

Toutefois, depuis dix ans et a fortiori depuis cinq ans, nos « performances » économiques et sociales ont été déplorables. La croissance française n’a jamais été aussi faible. Le taux de chômage ne cesse de croître. La sécurité intérieure laisse de plus en plus à désirer. L’ascenseur social est bloqué au rez-de-chaussée depuis des années. L’égalité des chances à l’école et devant la maladie est loin d’être assurée. Le nombre de Bac +5 sans emploi devient affolant… Autant de piètres résultats malgré une débauche de moyens publics impressionnants. Ainsi, le poids de nos dépenses publiques dans le PIB atteint 56,3 % en 2012 (certainement plus de 57 % en 2013), contre 52,6 % en 2007. À l’exception du Danemark (avec un niveau de 58 %), aucun pays européen n’arrive à un tel sommet.

 

Loin de ces niveaux, la part des dépenses publiques dans le PIB atteint 49,3 % pour l’ensemble de la zone euro, 44,9 % en Allemagne, 42,7 % en Espagne. Même la Grèce a réduit la voilure, avec un niveau de 50 % en 2012, contre 54 % en 2009. Au niveau mondial, sur les 188 pays recensés par le FMI, seuls quatre font « mieux » que le Danemark et la France : l’Irak, les îles Kiribati, le Lesotho et la Monarchie des Tuvalu…

 

Bref, la France est bien le seul grand pays de la planète à s’engager dans une augmentation maladive de ses dépenses publiques et ce, sans parvenir à améliorer sa croissance. De la sorte, elle enregistre un déficit permanent, qui accroît continuellement la dette publique. Il est grand temps d’arrêter les dégâts.

 

 

Le dictionnaire terrifiant de la dette

 

 

Merci encore, Marc Touati. Bonne chance pour l'obtention du prix du livre économique de l'année pour votre "Dictionnaire terrifiant de la dette" ! Et vous, quel regard portez-vous sur la situation économique et financière de notre pays ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Vous pouvez retrouver Marc Touati...

 

Sur le site du cabinet Aux Commandes De l'Économie et de la Finance (ACDEFI) ;

 

Sur le site de sa pétition, Sauvez la France.

 

En librairie pour son "Dictionnaire terrifiant de la dette" ;

 

...et bien sûr, régulièrement dans les médias.

 

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26 juin 2013

Julien Alluguette : "Ce jour où Bernard Giraudeau m'a pris dans ses bras..."

Avec sa "Troupe d'un soir", dont elle a retransmis le show en direct, il y a quelques semaines, France 2 s'était fixée un objectif : tenter d'attirer un public plus large que celui habituellement présent devant les pièces de théâtre télédiffusées. Quelques saynètes et interventions visant à vulgariser les termes inhérents à cette forme d'expression, et des extraits en "live" de spectacles du moment - donc celui de l'excellent Jean-Claude Dreyfus, en hommage à Raymond Devos -. La bonne humeur, la bonne volonté des artistes n'ont pas fait de miracle : l'audience fut faible, bien faible. Plusieurs voix se sont faites entendre, dans les jours qui ont suivi. Celle de Bruno Solo, notamment. Pour lui, le service public est légitime et louable dans sa volonté de rendre "populaire" cet art trop longtemps considéré comme élitiste. Mais les programmes doivent être exigeants, sans forcément chercher à être facilement accessibles, à plaire à tout le monde. Si la qualité est là, le public qui en fera l'effort suivra. Et ses rangs, petit à petit, grossiront. Devant le poste. Dans les salles de spectacle.

 

"Je crois juste que le théâtre est fait pour être vécu en vrai, avec ce qu'il y a d'unique dans chaque représentation..." C'est l'essence même du théâtre. Un moment de partage, intense, unique, quand les deux parties - sur scène mais aussi dans le public - sont "bonnes". C'est le jeune comédien et metteur en scène Julien Alluguette qui m'a fait part de cette pensée, en marge de notre entretien. Il a notamment interprété Alan Strang dans "Equus" -, la pièce de Peter Shaffer mise en scène par Didier Long au Théâtre Marigny. Une version forcément moins médiatisée que l'anglo-saxone, dirigée par Thea Sharrock avec Daniel Radcliffe dans le rôle de Strang, mais une version qui n'en fut pas moins saluée par la critique, par le public. Rencontre, donc, avec Julien Alluguette, un garçon bourré de talents et d'idées, et dont on n'a pas fini d'entendre parler. J'ai souhaité parsemer ce document de liens, nombreux, pour vous permettre de compléter cette découverte, de la rendre plus vivante. Merci à lui. Merci à vous. Allez au théâtre ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JULIEN ALLUGUETTE

Comédien, metteur en scène

 

"Ce jour où Bernard Giraudeau

 

m'a pris dans ses bras..."

 

Julien Alluguette

(La photo m'a été envoyée, à ma demande, par Julien Alluguette)

 

 

Q : 15/06/13

R : 24/06/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Julien Alluguette. Vous êtes jeune et avez vécu de beaux débuts, prometteurs, à votre parcours d'acteur. Une formation au long cours, vous êtes notamment passé par la fameuse École Florent. Qu'est-ce qui vous a donné envie de suivre cette voie, au départ ?

 

Julien Alluguette : Petit, je rêvais d'avoir des pouvoirs magiques... À chaque fois que je pouvais faire un voeu, je faisais celui d'avoir la capacité de me transformer en un autre, ou de voler, et que mes camarades de classe se disent "Waouh, ce mec a l'air trop cool !". Ça répondait certainement à une enfance assez solitaire et une grande timidité. Du coup, j'ai demandé à mes parents de m'inscrire dans un cours de théâtre à l'âge de 9 ans. Pour vaincre ma timidité, exister et développer mes pouvoirs magiques !

 

 

PdA : C'est sans doute votre interprétation d'Alan Strang, le garçon au coeur de l'intrigue d'"Equus" - pièce écrite par Peter Shaffer et mise en scène par Didier Long à Marigny - qui a le plus marqué. Sort-on indemne d'un tel rôle ? Quelles "traces" gardez-vous de cette expérience ?

 

J.A. : Effectivement, c'est sans doute la plus belle et intense expérience théâtrale que j'ai vécue à ce jour. Artistiquement et humainement. Je n'en revenais pas quand on m'a annoncé que c'était moi qui avais été choisi après les auditions, et jusqu'au jour où j'ai vu mon nom sur les affiches devant le Marigny, je n'y croyais pas. C'est un rôle d'une force et d'une complexité folles, dans lequel il faut se jeter tout entier, sans filet. Mais j'avais confiance en mes partenaires, en Didier Long (le metteur en scène), et même s'il fallait que je m'abîme, je n'ai pas hésité une seule seconde. Le plus difficile, c'est ensuite de dire au revoir à ce théâtre, à son équipe, à ce rôle, à ces acteurs avec lesquels on a partagé ce que l'on sait être un évènement marquant de sa vie.

 

 

PdA : Cette composition vous a valu - pour ne citer qu'elle - une nomination au Molière de la Révélation Théâtrale en 2009. Sincèrement, quelle est l'importance que vous prêtez au jugement de vos aînés, de vos pairs du "métier" ?

 

J.A. : J'ai été très touché d'être nommé aux Molières, mais au-delà de mon travail, ça récompensait aussi et surtout les croyances d'un metteur en scène (Didier Long) et d'un directeur de théâtre (Pierre Lescure, qui venait d'arriver à la tête du Marigny) en un jeune comédien que personne ne connaît pour endosser un rôle principal dans une salle de 1000 places. C'est devenu tellement rare aujourd'hui...

 

 

PdA : Cette nomination a-t-elle constitué un tournant dans votre carrière ?

 

J.A. : Il y aura effectivement pour moi un avant et un après "Equus", mais la nomination n'a pas changé grand chose, au contraire, je suis resté sans travail pendant plus de 9 mois après les Molières...

 

 

PdA : Comment vous y prenez-vous, en général, pour vous imprégner d'un personnage ?

 

J.A. : Tout dépend du rôle, et du metteur en scène ou du réalisateur... J'essaie surtout de trouver le juste milieu entre le personnage et moi. Me nourrir du rôle tel qu'il est écrit, son fonctionnement, ses ruptures, et lui donner de ce que je suis. C'est à ce point de rencontre, je crois, que l'on devient le seul à pouvoir l'interpréter de cette manière tout en restant sincère.

 

 

PdA : Y'a-t-il, justement, des personnages ou types de personnages que vous aimez ou rêveriez d'incarner ?

 

J.A. : On me confie souvent des rôles de mecs un peu tarés, à vrai dire ! Mais j'adore aussi les rôles plus fantaisistes... Et surtout quand il y a un défi physique. J'ai toujours eu le désir d'utiliser mon instrument de travail sans le limiter juste au visage. Un peu à l'américaine, où le corps vit tout autant.

 

J'aimerais beaucoup jouer dans un film musical, un "Moulin Rouge" à la française.

 

 

PdA : "Equus", un élément parmi tant d'autres de votre CV artistique. Je pourrais citer "Les Muses orphelines" et "Ma vie avec Mozart", au théâtre, "L'échappée belle", "Mystères de Lisbonne", "I bambini della sua vita" ou encore "Louise Wimmer" pour le cinéma. Quels ont été vos grands moments jusqu'ici, les rencontres, les collaborations qui resteront dans votre palmarès perso et dont vous aimeriez inviter nos lecteurs à découvrir le fruit, si bien sûr il en existe une trace ?

 

J.A. : Chacun de ces projets m'a marqué. J'essaie d'ailleurs de toujours aller là où il y a de l'enjeu, de l'originalité et du danger.

 

"Les muses orphelines", ça a été pour moi l'une des premières pièces où j'ai compris quel comédien j'étais et qui m'a donné la confiance pour avancer.

 

"Equus", c'est vraiment le projet qui aura toujours une place importante dans mon coeur et ma tête. Je me souviens surtout de deux moments : un soir où il y a eu une coupure de courant au Marigny, excepté un projecteur qui est mystérieusement resté allumé... Et on a continué à jouer la pièce, dans un carré de lumière de 2 mètres carrés, puis avec des torches électriques. Et à la fin, personne n'avait vu qu'il y avait eu un problème. C'était incroyable à vivre. Il y avait un sentiment de "Show must go on" où il faut y aller, coûte que coûte... L'autre souvenir marquant lié à "Equus", c'est ce jour où Bernard Giraudeau a frappé à ma loge après avoir vu le spectacle, m'a pris dans ses bras en me disant "Je sais pas si j'aurais réussi à le faire...", ça m'a bouleversé.

 

"Louise Wimmer", c'est le premier long métrage d'un réalisateur plein de talent pour lequel j'ai beaucoup de respect (Cyril Mennegun) et avec qui je rêve de retravailler. Il a un regard très humain sur la société, et sur les acteurs. J'étais ravi qu'il me propose ce petit rôle qui a son importance sur la route du personnage que joue Corinne Masiero. J'ai éclaté de joie quand on a reçu le César du Meilleur Premier Film !

 

"Mystères de Lisbonne", je me rendais pas compte de l'énorme machine que c'était... J'ai le souvenir de la projection d'équipe, j'étais assis entre Catherine Deneuve, Isabelle Huppert et Fanny Ardant, impressionnant... Je découvrais ce chef d'oeuvre de 4h30, avec une direction photo incroyable. Un cadeau de Raoul Ruiz, son dernier film...

 

 

PdA : Quels conseils donneriez-vous à un(e) jeune qui, séduit(e) par l'une de vos performances, serait irrépressiblement tenté de suivre une voie similaire à la vôtre ?

 

J.A. : Chaque parcours est propre à chacun, alors c'est dur de donner un conseil. Je crois que l'une des clés, pour durer, c'est de garder sa flamme toujours allumée, ses utopies, ses rêves. Mais aussi de savoir se protéger, car c'est aussi un métier d'attente, de déception, qui peut être parfois très violent. En gros, garder sa sensibilité pour la scène et les plateaux, et savoir remettre sa carapace en dehors.

 

 

PdA : Nous avons longuement évoqué votre expérience d'acteur. Vous vous essayez également, depuis quelques années, à la mise en scène. Il y a eu "Cendrillon", "Alpenstock", et tout récemment "La piste aux ordures". Passer de l'autre côté, organiser, diriger... Une position que vous avez appris à apprécier, que vous voudrez tenir à nouveau, j'imagine ?

 

J.A. : J'adore ça. Être dans l'ombre, et mettre en lumière d'autres comédien(ne)s en qui je crois, qui me touchent ou me font rire. Tenir les ficelles, faire se rencontrer plusieurs corps de métier, proposer et être à l'écoute du talent de chacun, pour arriver à un projet qui appartienne à tous et qu'on veut faire découvrir. Créer des souvenirs pour les yeux, les oreilles, la tête et le coeur. Maintenant que j'y ai goûté, oui, j'ai beaucoup de mal à m'en passer...

 

 

PdA : Parlez-nous de vos dernières créations. Vous avez carte blanche, pour donner à nos lecteurs l'envie de les découvrir.

 

J.A. : Je viens de reprendre "Cendrillon" (ma première mise en scène) à la Manufacture des Abbesses, une version décalée et drôle du conte de Perrault. On a eu la chance d'avoir d'excellentes critiques, du coup on reprend de fin septembre à début janvier 2014.

 

La dernière création c'est un spectacle de rue, "La piste aux ordures" qu'on joue cet été au festival d'Aurillac. Un face à face entre une caisse en bois et une danseuse, deux anciennes bêtes de foire qui se retrouvent dans la rue, suite à l'incendie de leur cirque, et qui vont nous raconter leur histoire et essayer de s'enfuir avant que le camion poubelle ne vienne les broyer... Un journal a parlé récemment de "conte poétique à donner des frissons...", ça correspond bien je trouve !

 

 

PdA : Quels sont vos projets ? Vos envies pour la suite ?

 

J.A. : Je vais bientôt tourner avec Muriel Robin le téléfilm "Manta corridor", réalisé par Jérôme Foulon, j'y interprèterai Louis Manta. J'ai également un nouveau projet de mise en scène, et je reviendrai certainement en janvier au théâtre pour interpréter Rimbaud. Et je l'espère, en attendant, un peu de cinéma... Ça me manque. (Éd. : 01/07/13)

 

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ? Pour quelqu'un en particulier ?

 

J.A. : J'espère que je n'aurais pas été trop bavard... C'est le défaut des anciens grands timides ! :)

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter pour la suite, cher Julien Alluguette ?

 

J.A. : Du bonheur, du travail, des rêves, de la vie...

 

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment.

 

J.A. : Merci.

 

 

 

Merci encore, Julien. Bonne route... avec tous mes voeux ! Et vous, quel est votre rapport au théâtre ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Vous pouvez retrouver Julien Alluguette...

 

Sur son site ;

 

Bientôt au cinéma, à la télévision... ;

 

...et bien sûr au théâtre.

 

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