Thierry Ardisson passait pour un control freak, et il l’était probablement. On dit qu’il a organisé quelques détails de ses obsèques, un peu comme Mitterrand, en son temps. Avait-il imaginé, ce royaliste de raison et certainement de cœur, qu’il disparaîtrait un 14 juillet, date de commémoration à la fois de la prise de la Bastille (1789), symbole de cette révolution qui aspirait à envoyer valdinguer l’ordre ancien, et de la Fête de la Fédération (1790), ultime moment de concorde entre le roi et ses sujets ? L’idée lui aurait plu sans doute. Comme le fait de parasiter un peu, par sa disparition, la fête nationale : ce jour-là, on ne parla quasiment que de lui, et ça non plus il n’aurait pas détesté...
Révolutionnaire, Ardisson ? Votre serviteur ne saurait utiliser des termes aussi forts sans être sûr, et je ne connais pas assez finement l’histoire des médias pour ça. Ce que je sais, c’est qu’ado et jeune adulte j’ai vécu avec lui, avec Baffie, et avec leurs invités d’un soir - dont j’avais un peu l’impression d’être -, quelques uns de mes grands moments de télé, à l’époque de Tout le monde en parle. On se croyait comme dans une soirée, mais avec uniquement des gens intéressants. Ce mec-là a eu ses moments de grandeur, d’autres moins glorieux. L’homme n’était pas nécessairement sympathique. Mais de la sympathie, une sympathie et une forme de tendresse j’en avais et j’en ai pour lui, et comme beaucoup, son décès inattendu m’a touché. Il est, je n’en suis pas sûr non plus mais je crois bien que c’est le cas, celui qui m’a le plus donné envie de rencontrer des gens et de leur poser des questions. Et ce mec-là j’aurais adoré l’approcher, l’interviewer. Trop tard : l’histoire, cruelle toujours, ne repasse jamais les plats.
Le jour-même de sa disparition, une fois le choc absorbé, j’ai réfléchi. Je ne pouvais pas ne pas l’évoquer dans Paroles d’Actu. Qui solliciter ? Je n’ai pensé, parmi mes contributeurs fidèles, qu’à une personne, et son nom m’est venu tout de suite : Pascal Louvrier, ce romancier et biographe qui, au travers de ses portraits de Bardot, de Fanny Ardant, de Depardieu ou de Sollers, ne cesse de déplorer qu’on perde en liberté de ton, voire, en liberté tout court. Il me dit qu’il va réfléchir, qu’Ardisson il ne l’a croisé qu’une fois, avec Sollers justement. Que ce « vilain garçon » d’Ardisson avait mis à leur dispo, pour patienter dans les coulisses d’une émission, deux bouteilles de whisky. Et qu’au moment d’entrer dans l’arène, Sollers était, disons, un peu plus à son aise. Ce que le maître du jeu avait évidemment anticipé. Un sale gosse Ardisson ? Oui, mais un sale gosse de génie. Merci à Pascal Louvrier (dont l’actu est à retrouver en bas de page) pour son hommage inspiré à celui qui sut rendre ma télé excitante. Exclu, Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.
L’Homme en Noir, le dernier livre de Thierry Ardisson (Plon, mai 2025).
EXCLU - PAROLES D’ACTU
« Le flamboyant oxymore »
Pascal Louvrier, le 17 juillet 2025
Tout commence par une enfance chaotique. Un père qui travaille dans les travaux publics, une mère femme au foyer comme on disait à l’époque, celle des Trente Glorieuses. Dès que le père est affecté à un nouveau chantier, c’est le déménagement. Le mot d’ordre, c’est « on s’en va ». Pas de racines, pas de copains. Un grand-père, Marius, qui est chef de gare où jamais un train ne s’arrête. À 4 ans, on trouve déjà que la vie est absurde. Sa mère, il l’aime bien, mais elle, elle s’occupe de Patrick, son petit frère. Quand il le voit, pour la première fois, il ne le trouve pas beau et il le dit. Il est dur, à l’image de la vie. Une vie de déclassé, il trouve, avec une Dauphine, alors qu’il rêve de se retrouver à l’arrière d’une DS19. Il aimerait vivre dans une grande maison avec une allée de platanes pour y arriver. Il possédera un haras en Normandie avec une longue allée. Ce sera l’une de ses revanches sur l’enfance calamiteuse, la clé pour comprendre « l’Homme en Noir » qui vient de mourir à 76 ans. Il manque de tuer accidentellement son frère, alors il se retrouve en pension, au collège Saint-Michel à Annecy. Il en bave : douche froide, messe en latin, faux chocolat et pain rassis. Il apprend la discipline, il serre les poings. Quand il voudra sortir de la drogue, il se souviendra des nuits d’internat glaciales, et refusera soutien psy et médicaments. Il ne voit presque plus ses parents. Il souffre de l’abandon, de la solitude, du manque d’amour. Ça blinde. Son armure sera un costume noir, comme son mal être. Bac en poche, il faut viser Paris. C’est là que tout se joue pour un provincial. Rastignac ? Oui, bien sûr, mais avec la fêlure de Rubempré. Les étapes ne seront pas simples, elles sont racontées partout depuis la mort de celui qui révolutionna la télévision. Son ascension passe par la pub. Il excelle dans la création de slogans. Le meilleur, selon moi, trouvé dans son bain en fumant un pétard : « Lapeyre, y en a pas deux ». Mais faire du fric comme publicitaire après Mai 68, c’est mal vu. C’est comme rouler en Dauphine avec des parents « classe moyenne ». Alors quand il va devenir le roi de l’interview, il est cassant, voire méchant. Il prend son pied en bousculant les célébrités. Les filles et fils de bourgeois, il les calcule vite. Ses questions déstabilisent. Il attaque frontalement sur l’argent et le sexe. Il sait que le bourgeois est pusillanime. Il veut s’amuser mais il faut le respecter. « L’Homme en Noir » peut même être sadique. Et comme il est impertinent et bien renseigné – c’est un gros bosseur –, il gagne à tous les coups, ou presque. Le sadisme, au fond, c’est quoi ? Réponse de Malraux – lui aussi, il en a bavé durant son enfance – : « Tout sadisme semble la volonté délirante d’une impossible possession. » « Hardisson » ira au bout de l’expérience existentielle. Il cherchera toujours à innover, à tenir en respect la mort. Parce qu’il savait que pour gagner le combat contre elle, il faut laisser une trace durable. Les artistes ont ce pouvoir, notamment les écrivains. Ah, écrivain, « Hardisson » a été tenté par l’écriture, le roman, l’autobiographie, la bio historique, ça a plus ou moins marché, même si les lecteurs étaient au rendez-vous. Mais il faut du temps pour écrire, de la patience, de l’abnégation. En devenant écrivain, seulement écrivain, et pas « l’Homme en Noir », pas sûr qu’il soit parvenu à en vivre. C’était trop risqué. La revanche sur l’enfance humiliée, pas certaine d’aboutir.
« Rastignac ? Oui, mais avec
la fêlure de Rubempré. »
Il est génial, son parcours l’atteste. Il n’est pas resté à sa place. Il a tout dynamité. On a dit que sa personnalité était complexe. Je dirais oxymorique. Fêtard et louant les valeurs de la famille ; libertin défoncé et respectueux de la Croix ; décomplexé et pudique ; cynique et pleurant en secret ; provocateur suicidaire et demandant pardon quand ça sent le roussi – lutte contre la mort obsédante oblige ; brillant sous les ors de la République et monarchiste convaincu, etc. Par exemple, il a été séduit par Macron, au début, et puis il a vite compris que c’était « un stagiaire », que dans la cour carrée du Louvre, il n’incarnait pas le corps du Roi, il brassait de l’air, et était en train de perdre son face à face avec l’histoire, c’est-à-dire avec la mort. « Hardisson », lui, gardait le cap. J’ai appris récemment qu’il avait fait deux tentatives de suicide. Motif : la femme qu’il aimait s’était barrée. Il a retourné la pulsion sadique contre lui. À deux reprises la femme en question est revenue, par hasard. La bonne étoile veillait.
Mais les dieux n’apprécient pas les fortes têtes. Le destin, c’est leur affaire. Ils restent maître du jeu. « Hardisson », il l’avait dans le collimateur. Une vanne de trop, et son combat contre la mort, il le perdait. C’était sans compter sur la nouvelle et dernière épouse de Thierry, Audrey. Elle semble l’avoir apaisé, réconcilié avec lui-même. Il s’est débarrassé des miasmes du sadisme qu’il trainait. Mais la maladie s’est emballée, pas au point qu’il soit pris au dépourvu. Il a préparé sa sortie. Paul Morand, qu’il ne détestait pas, a écrit : « Il est plus difficile de finir que de commencer. » Il a inventé la confession filmée, les antimémoires télévisuelles. Il a pleuré, on a compris la faille originelle, la main dans la main de celle qu’il aime, la Croix jamais très loin, le regard face à la caméra. On a compris qu’il était bon, qu’on allait le regretter dans une France aseptisée, qu’on l’aimerait longtemps parce que notre jeunesse lui devait beaucoup, qu’il fallait surtout ne pas se prendre au sérieux car la vie n’a aucun sens.
Dans son cercueil noir, il a gagné son combat contre la mort. Ardisson est un artiste.
Pascal Louvrier, son actu...
Portuaire, roman noir à paraître le 6 octobre 2025 chez Kubik Éditions.
Malraux maintenant, essai littéraire préfacé par Daniel Rondeau de l’Académie française,
Le Passeur Éditeur, à paraître le 16 octobre 2025.
L’ancien journaliste de RFI Olivier Da Lage connaît très bien l’Inde, ce géant méconnu auquel il a déjà consacré de nombreuses études. Son dernier livre en date, Les Indiens et leurs langues (BiblioMonde, 2024), axe comme son nom l’indique la réflexion sur l’archipel linguistique inouï qui caractérise le sous-continent indien, avec tout ce que cela peut impliquer, dans un contexte de tensions communautaires persistantes. Un ouvrage exigeant mais très lisible : partant du point de vue de la, ou plutôt des langues, c’est tout un pays, toute une nation, toujours un peu mystérieuse, qui s’ouvre au lecteur. M. Da Lage, que je remercie pour l’interview qu’il a bien voulu m’accorder (5 septembre), porte malgré tout sur les évènements un regard plutôt optimiste, excluant que les nationalistes hindous que guide le Premier ministre Modi puissent imposer leur agenda identitaire à une Inde décidément très composite... Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.
Olivier Da Lage bonjour. S’atteler à l’étude des langues d’un pays vaste et multiple comme est l’Inde, c’est, plus qu’il n’y paraît, se lancer dans une aventure ?
Et comment ! Même si j’ai des notions de hindi et que je comprends ici et là quelques membres de phrases en ourdou ou en gujarati, il est évident que je suis loin de parler toutes les langues de l’Inde. Et plus on plonge dans le sujet, plus on réalise à quel point il est vaste et impossible à épuiser. Il fallait donc éviter de se noyer dans les détails tout en essayant de donner un panorama aussi juste que possible. De toute façon, il n’était évidemment pas question pour moi d’écrire un manuel de linguistique – j’en aurais de toute façon été incapable – mais d’essayer de restituer la place que prennent les langues dans la vie de tous les jours pour les Indiens. Car ceux-ci sont amenés à en parler plusieurs dans la même journée et en fonction de leurs interlocuteurs ou du contexte (maison, travail, relations avec les commerçants, etc.)
Quand on pose sa loupe sur l’histoire et la pratique quotidienne des langues d’un pays, qu’elles soient officielles ou non, nationales ou locales, ça aide à saisir forcément une part de l’intimité d’une nation ?
Il n’y a pas plus intime qu’une langue, tant pour une nation que pour les individus qui la composent. La (ou les) langue(s) dans la (les) quelle(s) on rêve, on compte, on aime, on travaille définit l’identité de chacun. Il en va de même pour les nations et les groupes qui les composent. Mais contrairement à la France, qui a inscrit sa langue (unique) dans sa constitution, l’Inde est tellement composite qu’elle n’a pas de « langue nationale », mais des langues officielles.
Tu expliques bien, dans ton livre, ce patchwork très complexe que constitue l’archipel linguistique de l’Inde contemporaine. Deux langues officielles au niveau national (l’hindi et l’anglais), je ne sais combien de langues officielles dans les États fédérés, pour ne rien dire des langues non officiellement reconnues... Est-ce que la nécessité de parler souvent plusieurs idiomes pour communiquer, quitte à faire d’originaux mélanges, a nécessairement développé chez les Indiens une forme de tolérance à l’autre peut-être plus poussée qu’ailleurs ?
Lors des réunions de l’assemblée constituante entre 1946 et 1950, certains ont bien tenté de faire du hindi la langue nationale, pour rompre avec l’anglais qui symbolisait la période coloniale. Mais les États du Sud, dont les langues n’ont rien de commun avec le hindi, s’y sont vigoureusement opposés et un compromis a été trouvé : la nouvelle Union indienne aurait deux langues officielles au niveau fédéral, à savoir le hindi et l’anglais. Une annexe à la constitution dénombre par ailleurs les langues officielles reconnues par la Fédération (elles étaient 14 en 1950, elles sont 22 aujourd’hui). Par ailleurs, chacun des États a ses propres langues officielles tenant compte des populations qui y résident, soit 45 au total. Mais il y en a bien d’autres qui n’ont pas de statut officiel, sans parler d’innombrables dialectes.
En toute logique, la nécessité qui pousse tous les Indiens à maîtriser plusieurs langues, parfois quatre ou cinq voire davantage, devrait en effet inciter à la tolérance aux autres cultures. C’est sans doute le cas chez beaucoup d’Indiens. Mais les tensions intercommunautaires périodiques conduisent à relativiser cet optimisme. J’ajoute qu’en Inde, on s’est battu pour défendre sa langue et que ces affrontements ont fait des morts, notamment à la fin des années 50 et dans les années 60, quand la revendication de découper les États selon la langue a fini, non sans drames, par redécouper la carte administrative des États indiens en fonction de critères linguistiques.
Peut-on dire que l’administration coloniale britannique, qui si je t’ai bien lu a sciemment contribué à la séparation des langues (pour caricaturer grossièrement : le hindi pour les hindouistes, l’ourdou pour les musulmans), a joué un rôle majeur dans la communautarisation de l’Inde qui a conduit à la partition dramatique de 1947 ?
Cela y a certainement contribué. Les Britanniques ont poursuivi concurremment deux objectifs : rationaliser leur gestion d’une population beaucoup plus nombreuse que ceux qui la dirigeaient (eux-mêmes), et ils l’ont fait avec un souci de la nomenclature digne d’entomologistes que l’on a vu à l’œuvre dans la classification des langues, mais aussi des castes. Le fait que ces divisions aient facilité leur règne n’y était pas non plus étranger. Le slogan impérial « Divide and rule », « diviser pour régner », l’illustre à merveille. Mais la partition de 1947 s’est faite sur des bases religieuses bien davantage que linguistiques, même si les deux se recouvrent partiellement.
Que l’anglais soit resté, au niveau national, la seconde des langues officielles avec l’hindi, c’est une forme de revanche posthume de l’Empire britannique ?
On pourrait le penser, et c’est aujourd’hui encore le point de vue d’un certain nombre de nationalistes hindous. Mais on peut tout autant soutenir le contraire. Avant l’Indépendance, les Britanniques avaient enseigné l’anglais à ceux des Indiens qui les assistaient dans la gestion de l’administration coloniale. Mais après 1947, obligés de recourir à l’anglais pour communiquer entre eux (notamment entre Indiens du Nord et du Sud), les Indiens se sont approprié la langue qui est devenue la leur à part entière, sans qu’il faille nécessairement y voir une victoire du colonialisme.
L’anglais est-il aussi la première langue de ceux qui veulent résister aux velléités que portent les nationalistes hindous d’imposer l’hindi comme la langue dominante en Inde ? Est-ce qu’il y a, notamment chez les élites, y compris membres de zones où l’hindi est majoritaire, un désir assumé d’utiliser l’anglais à des fins politiques, pour s’opposer à Modi ?
C’est d’abord et avant tout un instrument d’émancipation sociale, d’où l’effort considérable que font les parents de milieux modestes pour envoyer leurs enfants étudier dans des écoles où l’enseignement se fait en anglais. L’anglais est aussi l’un des atouts de l’Inde dans la mondialisation, notamment face à la Chine. On pense aux nombreux call centers qui servent les clients installés au Royaume Uni et en Amérique du Nord. Il est certain que l’arrivée au pouvoir de Modi en 2014 a été présentée par les nationalistes hindous comme une victoire de l’« Inde authentique » par rapport aux élites anglicisées qui dirigeaient le pays avant lui. Et son gouvernement fait inlassablement la promotion du hindi comme langue nationale, suscitant en retour une vive opposition des États du Sud. Mais les dirigeants de l’opposition s’expriment aussi dans les différentes langues indiennes et ne se laissent pas enfermer dans la caricature d’une élite anglophone coupée des réalités. Le fait qu’une bonne moitié des États fédérés soient dirigés par des partis d’opposition, souvent régionalistes, l’illustre parfaitement.
Est-ce que les politiques éducatives et culturelles que porte l’administration Modi ont pour résultat tangible une poussée de la place de l’hindi et de l’imaginaire sanskrit dans la société indienne ? Quid, là encore, des résistances, notamment dans les milieux artistiques ?
Malgré des efforts persistants, les gouvernements en place à New Delhi depuis 2014 ne sont pas parvenus à remplacer les langues régionales par le hindi, notamment au Sud, et à de nombreuses reprises, Narendra Modi et ses proches ont même rendu hommage aux langues régionales comme vecteur de l’authenticité indienne. Mais le hindi utilisé par les officiels a été considérablement sanskritisé par rapport au passé. Il faut noter que, tout comme l’ourdou dont il est en quelque sorte le jumeau, le hindi puise dans deux sources linguistiques : le sanskrit et le persan. Les autorités actuelles veillent, partout où c’est possible, à remplacer les termes issus du persan par ceux qui ont une origine sanskrite. Les milieux artistiques ne représentent pas, pour l’essentiel, un pôle de résistance. Mais il y a un grand nombre d’écrivains dont toute l’œuvre est écrite en anglais, et ils ne vont pas changer. Quant à ceux qui s’exprimaient déjà dans les langues indiennes, qu’il s’agisse du hindi, du bengali, du marathi, du kannada ou du tamoul, c’est la même chose. Pour ce qui est des chansons, l’écrasante majorité est dans des langues autochtones et cela n’a pas changé non plus.
Finalement, si ce n’est la langue, qu’est-ce qui rassemble l’ensemble du peuple indien ?
Un sentiment d’appartenance commune qui transcende les divisions (politiques, religieuses, culturelles, linguistiques et ethniques). On en voit l’expression lors des compétitions de cricket opposant l’Inde à une équipe étrangère. Ou encore dans la véritable communion à laquelle on a assisté à travers tout le pays lorsqu’en août 2023, le module lunaire Chandrayaan-3 s’est posé près du pôle Sud de la Lune.
Unis, les Indiens le sont-ils malgré tout moins depuis 2014 et le début de l’ère Modi ? Crois-tu de nouvelles partitions de l’Inde possible si d’aventure les nationalistes hindous au pouvoir allaient plus avant dans leur dérive identitaire ?
La polarisation politique est certainement intense, mais en dépit des moyens considérables dont disposent les nationalistes hindous, qui contrôlent une grande partie des médias, notamment télévisuels, et de l’immense popularité personnelle de Narendra Modi, son parti, le BJP, a perdu en 2024 la majorité absolue qu’il détenait au parlement depuis dix ans. Une nouvelle partition n’est pas envisageable actuellement. Le seul facteur qui pourrait y mener serait l’opposition résolue des États du Sud à une tentative d’imposer par la force l’usage du hindi de la part du gouvernement central. Mais on en est très, très loin.
On a beaucoup parlé des grands mouvements de l’histoire, des tendances lourdes de la vie de l’Inde. Mais il y a dans l’ouvrage, des choses qui touchent à de toutes petites communautés (tout étant relatif). Qu’est-ce qui, en préparant ce livre, t’a surpris, amusé, touché ?
Ce qui m’a touché, c’est le nombre des langues menacées de disparition. Plus de 300 ont déjà disparu depuis 1947 et certaines des langues actuelles de l’Inde ne sont parlées que par quelques milliers, quelques centaines, voire moins d’individus dont les enfants préfèrent s’exprimer dans les langues dominantes pour assurer leur avenir. Ce qui m’a surpris et amusé est de découvrir qu’un grand nombre de dalits (les anciens intouchables) révéraient une personnalité généralement honnie du colonialisme britannique, Lord Macaulay, qui est à l’origine de la diffusion de l’enseignement de l’anglais parmi les Indiens pour seconder leurs maîtres britanniques. Il existe même un temple dédié à Angrezi Devi, la déesse de l’anglais, car l’anglais est perçu à juste titre comme un élément d’émancipation pour les dalits et il est dénué de toute expression à connotation castéiste, contrairement, par exemple au hindi.
Le 1er octobre 2018 disparaissait le plus bel ambassadeur de la langue française, Monsieur Charles Aznavour, à l’âge de 94 ans. L’enveloppe corporelle de l’homme expirait, vidée de sa flamme de vie. Son âme... Dieu seul le sait. Son oeuvre en tout cas, immense, demeure. Les chansons, les textes d’Aznavour, interprète superbe et auteur authentique, émerveilleront et inspireront, longtemps encore, les générations qui ont connu ce grand « petit bonhomme », et celles aussi qui ne l’auront pas connu. Il y a quelques mois, à l’occasion d’un échange autour d’un autre grand artiste, Marcel Amont (que je salue ici amicalement, ainsi que son épouse Marlène), j’ai fait la connaissance d’un tout jeune homme, Thomas Patey, un garçon attachant et totalement passionné par Aznavour et tant d’autres noms de la belle chanson française. Je lui ai proposé d’écrire un texte à l’occasion de la sortie du film Le regard de Charles (de Marc di Domenico sur des images tournées par Aznavour) qu’il a vu et aimé. Et lui ai proposé quelques questions pour qu’il se présente et nous raconte ses passions, et ses aspirations. Merci à toi, Thomas, et que cette publication contribue au beau parcours que je te devine... Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.
partie 1: le texte de Thomas Patey
« Le regard de Charles... »
Le 5 octobre 2018, la France rendait un hommage national aux Invalides à Charles Aznavour.
Nous nous souvenons tous de ce petit cercueil recouvert du drapeau tricolore, de la Garde nationale chantant Emmenez-moi, de l’éloge à la langue française prononcé par le président Macron, mais surtout nous nous souvenons des applaudissements, les derniers qui devaient mettre fin à la carrière de celui qui fut, peut-être, le plus grand auteur-compositeur-interprète que le monde ait connu. Ce jour marque sans doute la fin d’une époque, le glas ne sonnant pas seulement le départ du chanteur, mais aussi celui d’un temps où la poésie se réfugiait dans la chanson française, la bonne chanson française. Ce jour là, sous un froid soleil, le cœur lourd, nous avons dit au revoir à Charles Aznavour, seulement au revoir. Un an après en effet, le plus arménien de tous les Français revient nous enchanter et nous emmène « au bout de la terre » avec ce film-documentaire de Marc di Domenico, co-réalisé par l’artiste : Le regard de Charles.
Par un semi-hasard, c’est le 5 octobre 2019 que je me suis rendu dans un petit cinéma lillois, situé donc à plus de 80 kilomètres de chez moi, pour assister à la séance de 17h45. Cela dit, je vais tenter à présent de poser un regard, sur un regard. Car l’oeuvre de Marc di Domenico et d’Aznavour est bel et bien un regard mis en film, et c’est cette distinction qui fait que ce documentaire est unique et des plus émouvants. La tâche est loin d’être évidente. Faire la critique d’un film est envisageable, mais établir une critique sur un regard n’est pas chose aisée. Qu’y a t-il de plus subjectif, de plus personnel qu’un regard ? Le regard possède une espèce d’irreponsablité, on ne peut pas le juger.
Je pensais tout connaître de la vie de Charles Aznavour, et étais persuadé d’avoir saisi et compris le personnage qu’il incarnait. Cependant, en quittant la salle de cinéma, j’eus une pensée que jamais je n’avais eue au sujet de mon idole : lui aussi a eu mon âge. C’est la chose qui m’a le plus frappé à travers ces images, le fait d’avoir face à moi un Charles Aznavour tout jeune adulte, en maillot de bain sur une plage, entouré d’amis, lui qui, les fois où je l’ai rencontré, était un fringant nonagénaire. Il a donc su ce que sont les amours adolescentes, les interrogations constantes, il a connu les parties de rire entre jeunes gens d’un même âge. C’est un autre Charles Aznavour que l’on découvre grâce à ces images personnelles, filmées dans un cadre privé. Oui, s’il chantait si bien la jeunesse, c’est qu’il en avait connu une, qu’il a sans doute bu jusqu’à l’ivresse. À l’automne de sa vie, Aznavour s’amusait à dire qu’il n’était pas vieux, mais âgé. Je comprends aujourd’hui, et en partie de par ce film-documentaire, ce qu’il voulait dire. Il n’était pas vieux, être vieux est un tempérament, une façon de penser et de voir les choses. Non, il n’était pas vieux mais seulement âgé, car il avait connu tous les âges, et avait voyagé durant neuf décennies.
Le voyage, voilà un deuxième sujet qu’il faudrait traiter pour évoquer ce film. J’ose le dire, ou plûtot j’ose l’écrire : ce film est plus une ode au voyage qu’un film sur Charles Aznavour. Pendant plus d’une heure, tout en restant assis dans un fauteuil rouge d’une salle de cinéma, vous partez en voyage, et vous parcourez le monde. Charles vous emmène au pays des merveilles, vous propose de découvir les paysages et de rencontrer les habitants du monde entier. De Montmartre au désert du Maroc, en passant par le Tibet, les terres d’Arménie, New-York ou Macao, Aznavour est de tous les continents, et en tant que fils d’apatrides, il était un peu de tous les peuples. Charles Aznavour filme comme il écrit, il ne cherche pas à montrer ce qui est beau ; il porte sa caméra pour filmer une réalité et si possible pour dénoncer, pour s’indigner comme il l’a fait durant toute sa vie. Il cherche le vrai. Ainsi, ne soyez pas étonnés si, en pensant regarder un film sur un chanteur de variétés, vous voyez des enfants en train de travailler, des femmes au dos courbé, des hommes aux mains abîmées. Aznavour nous offre des témoignages, il nous offre un regard, le sien, celui d’un homme qui sans doute, voulait hurler devant la misère du monde. Faute d’avoir crié, il a chanté « Il me semble que la misère, serait moins pénible au soleil ». S’il dénonce une misère, Le regard de Charles m’a surtout, et avant tout, donné envie de préparer une valise et de parcourir les villes, les pays, les continents, les océans. Nous voyageons avec lui, et c’est extrêmement touchant de savoir que c’est Charles Aznavour qui nous porte dans sa caméra. Bien loin de filmer comme un grand cinéaste, les images tremblent selon que Charles se trouve dans une voiture, sur un bâteau, dans un avion. Rarement dans ma courte vie, j’ai vu un film aussi vivant que celui-là. « Entre deux trains, entre deux portes, entre deux avions qui m’emportent. Entre New-York et Singapour, ma pensée fait comme un détour pour me ramener sur les traces d’un passé que j’aimais tant... » (Entre nous, Ch. Aznavour – G. Garvarentz)
Enfin, je dirais que ce film est le témoignage d’une époque révolue. Un temps que les plus jeunes, ou alors les moins âgés, ne peuvent pas connaître. Un temps, qu’il ne faut peut-être pas idéaliser, mais à en voir les images cela fait rêver. Un temps où l’art prime sur le commerce, où l’élégance, même sans un sou en poche, est présente. Ils sont tous sur l’écran, Édith Piaf, Pierre Roche, Gilbert Bécaud, Marlène Dietrich, Anouk Aimée, Lino Ventura... et il y a ceux qui ne sont pas filmés, ni mentionnés, mais nous les savons présents : Georges Brassens, Patachou, Charles Trénet, Jean-Claude Brialy... je ne me trompe pas lorsque je dis qu’ils étaient tous assis dans la salle le jour de la projection. Tous ces personnages qui hier encore avaient vingt ans, alors que j’aurai les miens seulement demain, restent plus jeunes que moi, de par leur souvenir et leur talent.
En sortant du cinéma, après avoir séché quelques légères larmes d’émotion, j’ai immédiatement envoyé un message à Séda Aznavour, la fille aînée de Charles, que l’on voit à plusieurs reprises dans le film, et avec qui j’ai la chance et l’honneur d’être en relation. J’ai voulu la remercier, pensant que je ne pouvais plus remercier Charles de vive voix pour ce moment qu’il venait de nous offrir. Je m’étais trompé, car en continuant à lui parler, il vit à travers nous. Alors je le répète ici, une fois de plus merci Charles. Oui vous êtes parti, mais en nous laissant et votre voix, et votre regard, vous nous faites le plus beau des cadeaux, et vous restez avec nous, avec moi... et à travers ce film, vous nous prouvez que le poète détient certes le plus beau des phrasés, mais aussi le plus beau des regards.
À toujours Charles.
Thomas PATEY, le 29 octobre 2019.
Crédit photo Charles Aznavour à Montmartre : Keystone-France.
Crédit photo Thomas Patey à Montmartre : sa soeur Chloé.
partie 2: l’interview avec Thomas Patey
Peux-tu nous parler un peu de toi, de ton parcours, en quelques mots?
Je m’appelle Thomas Patey, j’ai 19 ans et suis originaire du Pas-de-Calais. Je suis en deuxième année d’études de droit à Boulogne-sur-Mer, avant de tenter d’intégrer l’École du Louvre à Paris. À côté des études je fais des claquettes, de la généalogie, et suis passionné par la vraie et grande chanson française. J’aime les mots, la musique et ce qu’on peut appeler « l’Esprit français ».
Comment en es-tu arrivé à aimer, tout gamin, et jusqu’à présent, la belle chanson française, qui souvent n’est pas celle qu’écoutent les jeunes de ton âge?
Cela m’est tombé dessus, je devais avoir six années à peine au compteur. C’était un soir, je venais d’enfiler mon pyjama et étais prêt à retrouver mes rêves d’enfant. Pieds nus et marchant sur la moquette, je traverse la grande salle de jeux, et arrive dans cette petite pièce où se trouve l’unique poste de télévision de la maison, passage obligé pour atteindre mon lit et retrouver mes peluches. Je suis incapable de dire, moi qui ai pourtant la mémoire des dates, quel jour ou quel mois nous étions alors mais c’est durant cette soirée que le présentateur du journal télévisé a annoncé : « Bientôt en salles, le dernier film d’Olivier Dahan, qui nous propose un biopic sur une femme oui, mais pas n’importe laquelle, la tragédienne de la chanson, femme à la vie intense mais désespérée, Édith Piaf. » Ce ne sont pas les mots exacts prononcés par le journaliste, du moins je ne pense pas. Quoi qu’il en soit, c’est à ce moment précis que se produit la rencontre qui devait changer ma vie de bambin. Maman et moi regardons et écoutons religieusement le court reportage présentant le film. Télécommande à la main et à moitié allongée sur le divan, maman déclare « Ah ça je vais aller le voir » (le « ça » étant le film). Ma mère a très souvent utilisé, et utilise toujours d’ailleurs, cette expression qui consiste à aller faire quelque chose... mais dans la pratique elle ne va que rarement au bout de ses envies, de ses projets, de ses pensées. Elle n’ira pas dans les salles voir ce film, en revanche je compte moi m’y rendre. Cette petite « vieille » femme en robe noire vue à la télévision a produit en moi un drôle d’effet qui m’a valu de rétorquer à ma mère : « Moi aussi je vais aller le voir ! ». Je n’ai pas entendu la voix de la chanteuse, pas même une mélodie, je l’ai simplement vu, là sur une scène, en noir et blanc. Maman n’a pas eu le temps de répondre à mon exclamation que je suis vite allé me coucher. Mon grand-père dit toujours que nous rêvons toutes les nuits mais que nous oublions nos rêves, cette nuit là j’ai dû rêver, oui, car au petit matin, le nom de Piaf résonnait dans ma tête. Qui est cette femme ? Pourquoi tourner un film sur elle ? Pourquoi le simple fait de la voir m’a t-il fasciné ? Je devais mener mon enquête, et je l’ai menée. Dès le matin, sur le chemin de l’école, je questionnai ma mère dans la voiture. Édith Piaf était une chanteuse française, très connue, décédée il y a longtemps maintenant, elle s’habillait d’une robe noire... ces renseignements sortis tout droit de la bouche de maman ne me suffisaient pas, bien que très utiles. Je voulais et étais en droit de tout savoir sur madame Piaf, que je ne connaissais pas la veille à la même heure. Quelques jours après, mon père agacé de mes questions nous a fait écouter à ma petite sœur et moi un disque de Piaf. J’ai reçu la claque de ma vie, la première chanson était L’homme au piano... « Peut-être que ton cœur entendra, un peu tout ce fracas, et qu’alors tu comprendras que le piano joue pour toi ». Voilà et depuis ce moment-là jamais cette voix ne m’a quitté. J’ai vécu Piaf pendant des années, et Piaf m’a fait connaître tous les autres, Bécaud, Trénet, Dietrich, Montand, Moustaki et Aznavour bien entendu. Piaf est la première à m’avoir transporté, mais la première à m’avoir totalement bouleversé c’est Barbara avec Nantes, j’avais sept ans.
Au-delà de ceux-là et du grand Charles Aznavour donc, quels artistes aimerais-tu inviter nos lecteurs, et notamment ceux de ta génération, à découvrir? En quoi est-ce que, dans leur art, et dans les messages portés, ils peuvent leur « parler »?
La liste est longue ! Tout d’abord je veux rendre hommage à Patachou que j’aime appeler « ma petite protégée », elle est à mes yeux l’une des plus grandes interprètes. Nous lui devons énormément, notamment la carrière de Brassens. Dès que je vais à Montmartre, je me sens obligé de me receuillir devant ce qu’était son cabaret, aujourd’hui galerie d’art. Cette femme est un raffinement, et son répertoire s’étend de la chanson légère à la chanson à texte, écoutez Le tapin tranquille par exemple, c’est une merveille.
Tous ces chanteurs et chanteuses du caf’conc et du music-hall, ainsi que ceux des cabarets de Saint-Germain-des-Prés apportent leur marque. Ils forment un tout qui est une richesse et un trésor national, un berceau de culture, de talent et de poésie. Mais si ce sont des noms que vous voulez... regardez Yves Montand sur une scène, les performances physiques des Frères Jacques, écoutez les chansons réalistes et boulversantes de Damia et Berthe Sylva, chantez les textes de Trénet, de Mireille et Jean Nohain, laissez vous emporter par les voix de Juliette Gréco et Gilbert Bécaud, amusez-vous sur les chansons de Ray Ventura et Maurice Chevalier, dansez comme Joséphine Baker, lisez les textes de Brel, de Brassens, de Ferré... écoutez et vous verrez, vous gagnerez beaucoup ! Cependant, je pense que les textes qui vous « parleront » le plus seront peut-être ceux d’Aznavour, car il avait ce talent d’évoquer notre quotidien, certes avec brillance de texte et génie musical mais avec compréhension et acharnement. Tout a été évoqué par Charles, quelle que soit la situation, Charles aura la solution. Vous êtes fou amoureux ? Vous avez peur du temps qui passe ? Vous êtes désespéré par les effets de la ménopause sur votre charmante épouse ? Vous avez des envies charnelles ? Vous souhaitez vous évader ? Écoutez Charles Aznavour, et vous trouverez quelque part la solution, je vous le promets !
À tous ces noms, on peut ajouter Michel Legrand, Léo Marjane, Mistinguett, Frehel, Aristide Bruant, Marcel Amont, Cora Vaucaire, Francis Lemarque, Henri Salvador, Gainsbourg (mais pas Gainsbarre...), Jeanne Moreau évidemment, Nougaro, Reggiani, les chansons de Vincent Scotto, Tino Rossi, Mouloudji, Lina Margy, Mick Micheyl disparue cette année...
La chanson française vous sera une aide pour tout, dans tout et pour toujours. Vous avez des milliers de textes et de mélodies à portée de main, faites-en bon usage...
Quels sont tes projets, tes envies pour la suite? Que peut-on te souhaiter?
Pour l’avenir ? Tout le bonheur du monde, cela m’ira très bien. Une longue vie, remplie de chansons, d’élégance et de bonne humeur. Des projets j’en ai en masse, mais je pense que le plus pertinent à avouer aujourd’hui serait celui de faire connaître à un maximum de personnes les trésors de notre patrimoine musical français. Et comme en France tout commence, et tout se termine par des chansons... « Je tire ma révérence, et m’en vais au hasard, par les routes de France, de France et de Navarre. Mais dites-lui quand même, simplement que je l’aime, dîtes lui voulez-vous, bonjour pour moi et voilà tout »... chantait Jean Sablon.
Interview du 29 octobre 2019.
Après le décès de Charles, j’ai été photographié avec son mouchoir
Je me souviens de mes premiers 8 décembre, au début des années 1980 : mon père nous emmenait avec mes frères en voiture pour voir les lumignons sur les fenêtres des immeubles lyonnais.
Dans les années 1990, bachelier puis étudiant, je me souviens des déambulations à pied dans les rues. Il valait mieux éviter Saint-Jean et ses chutes de farine et oeufs...
Et à la fin des années 1990, puis tout au long des vingt années suivantes, le 8 décembre est devenu Fête des Lumières sur plusieurs jours. Aux côtés des traditionnels lumignons, des installations lumières ont vu le jour sur les façades des monuments lyonnais. Avec les evolutions techniques et artistes, les éclairages sont devenus projections d’images puis mapping numeriques.
Le rendez vous est resté populaire et les familles sont nombreuses. Il est devenu touristique aussi, permettant le rayonnement, la notoriété et donc l’attractivité de notre ville. Et cet événement reste la fête des Lyonnais, puisque plus de 50 % des visiteurs viennent de Lyon ou de la métropole. Si les conditions de sécurité ont obligé à modifier son organisation, il demeure un rendez-vous généreux et attendu.
Cet événement est aussi professionnel. Aux côtés des concepteurs chevronnés, les étudiants ont leur place avec les expérimentations et des lieux dédiés à la jeune création. Ce seront les artistes de demain car la transmission est essentielle pour continuer cette fête.
Il faudra continuer à innover dans les formats proposés pour que la Fête des Lumières continue à rayonner sur notre ville.
Emmanuel Macron est aux affaires depuis un an. Quel bilan tirer de cette première année ? Qu’en penser, d’après telle ou telle grille de lecture ? Après Philippe Tarillon, ex-maire PS de Florange, j’ai demandé à Henri Temple, avocat et juriste spécialiste du droit économique, universitaire et citoyen engagé (il fut jusqu’à très récemment un haut cadre du mouvement Debout la France) d’évoquer pour Paroles d’Actu cette actualité, et de nous dire en quoi sa philosophie politique se distingue de celle portée par le Président. Il y a deux ans, M. Temple s’était déjà prêté, sur ma proposition, au jeu d’un article pour notre blog, à propos de questions constitutionnelles. Tout un programme... là encore, toujours amplement d’actualité... Une exclu Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.
E. Macron, président de la République. Source de la photographie : RFI.
« Macron, simple exécutant ? »
Par Henri Temple, universitaire et avocat.
Texte daté du 8 mai 2018.
Un an après son élection-surprise que reste-t-il d’Emmanuel Macron ?
Rien qu’on ne sache déjà depuis la mise en place du monde multilatéral et pyramidal post Maastricht/Marrakech. Il ne s’agit pas, ici, de dresser un simple catalogue et une appréciation de ce qui a été fait depuis un an, mais plutôt de se demander ce qui n’a pas été - et ne sera pas - fait pour sauver la France d’un profond déclin, voire de sa déchéance.
Emmanuel Macron est, à plus d’un titre, une personnalité étrange mais sans nul doute un habile calculateur. Pas si habile que cela toutefois, aidé qu’il fut par des adversaires lamentables qui lui ont offert une opportunité unique de s’imposer. On le créditera aussi - pour l’instant - d’un réel facteur chance et d’un talent rare de communiquant.
Il reste qu’il demeure, par nature, par carrière et par sa dépendance à ses soutiens, un exécutant qui ne voudra - ni d’ailleurs ne saurait - adopter les puissantes mesures de fond que les Français attendent, confusément, mais dans une immense frustration annonciatrice de colères sans frein.
Réforme démocratique. Alors que près de 60% des Français, écœurés, ne sont plus inscrits sur les listes électorales, ne vont plus voter, ou votent blanc ou nul, la grande urgence est de rétablir la République. Que leur dit le prochain projet de loi de réforme de la Constitution ? Des broutilles : interdiction aux ministres de cumuler leur poste avec des fonctions exécutives dans des collectivités territoriales. Ils seront donc plus disponibles et moins indépendants. Les anciens présidents de la République ne pourront plus siéger au Conseil constitutionnel... Modification du travail parlementaire. Un verrouillage en réalité : à l’avenir, seuls les projets et les propositions "justifiant un débat solennel" (sic) seront examinés. Les lois de finance seront votées plus vite... La Constitution va aussi fixer les principes fondamentaux de la loi en y inscrivant dorénavant la "lutte contre les changements climatiques". Réduction du nombre de parlementaires, limitation des mandats dans le temps et "dose de proportionnelle" (combien ?) aux législatives. Suppression de la Cour de Justice de la République pour juger les ministres, avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature pour les nominations au parquet...Inscription de la Corse dans la Constitution...
« Il y a en France une caste de politiciens qui est hostile
à la vraie proportionnelle et au vrai référendum.
Et donc à la vraie démocratie... »
Or la seule vraie réforme que veulent vraiment les Français est celle de la voie référendaire. Leur actuelle anomie date de 2008 lorsque droite et gauche amalgamées au Congrès de Versailles avaient abrogé la Nation française en adoptant la réforme fédéraliste des institutions européennes que les Français avaient rejetée trois ans auparavant. Pour mieux abuser l’opinion publique on introduisit alors, dans la Constitution (article 11), un "référendum d’initiative partagée" avec des conditions de quorum telles (un dixième des parlementaires et... un dixième du corps électoral !) que depuis 10 ans ce mécanisme n’a jamais été obtenu, ni même tenté. Et ne le sera jamais. Or il y a en France une caste de politiciens qui est hostile à la vraie proportionnelle et au vrai référendum. Et donc à la vraie démocratie. Redoutant que cette vraie démocratie mette fin à leurs petites mais juteuses combines. Ainsi, ce qui est permis aux Suisses (1 à 2 référendum par an) et à d’autres nations est honni en France. La Suisse serait "petite" et la France trop grande pour cet exercice. Trop grande ? Ou trop abaissée...
La seule réforme constitutionnelle qui vaudrait serait de faire adopter (par référendum) l’abaissement de 1/10e à 1/20e le nombre des pétitionnaires pour inscrire dans le marbre le référendum d’initiative partagée.
Économie. La seule réforme que Macron ne fera jamais est la seule qui redonnerait sa substance industrielle et agricole à la France : un protectionnisme mesuré et de bon sens. Au lieu de se couvrir de ridicule (et nous couvrir de honte; voir les photos officielles de la Maison blanche) aux États-Unis, Emmanuel Macron a gâché la chance française et européenne de suivre le sillage du brise glace Trump. Les médias français (qui les possède financièrement ?) désinforment sans cesse nos concitoyens sur des sujets majeurs comme l’affaire de l’Ukraine et sur la politique économique américaine.
Social. Toute notre société dépend de notre capacité à produire les richesses à partager; et donc à notre capacité de maintenir cette capacité. Quels que soient les moyens employés, la légitime défense est légitime, pourvu qu’elle reste proportionnée au péril.
Aussi toutes les questions d’équilibre budgétaire, de dette, d’impôts ou de CSG, de retraites, de santé, de salaires, d’école, d’armée, de moyens de la police et de la justice ne sont que des conséquences de cette cause première qui est l’affaiblissement continu de notre économie, causé par la sujétion à une Europe elle même auto-soumise à la mondialisation multilatérale.
Migrations. Terrorisme. Le débat public est, sur ce sujet, inhibé par la marge étroite que certains juges croient devoir lui laisser. Si le terme "immigration de masse" demeure encore impuni, ceux de "invasion migratoire" sont poursuivis. Et sont pénalement condamnés les propos affirmant que la France vit "depuis trente ans une invasion" et que "dans les innombrables banlieues françaises où de nombreuses jeunes filles sont voilées" se jouait une "lutte pour islamiser un territoire", "un djihad". Une cour d’appel vient d’estimer que ces deux passages "visaient les musulmans dans leur globalité et constituaient une exhortation implicite à la discrimination". En revanche, curieusement la cour n’a pas retenu trois autres passages d’une émission, pour lesquels un polémiste avait été condamné en première instance, pour avoir soutenu que "tous les musulmans, qu’ils le disent ou qu’ils ne le disent pas" considèrent les jihadistes comme de "bons musulmans". La cour d’appel a estimé que ces passages ne comportaient "pas d’exhortation, même implicite, à la provocation à la haine, telle que la nouvelle jurisprudence" l’impose. Car la Cour de cassation décide, depuis juin 2017, qu’une "incitation manifeste" ne suffit pas à caractériser le délit et qu’il faut désormais "pour entrer en voie de condamnation" que les propos relèvent d’un "appel" ou d’une "exhortation". Sur ces sujets voir nos recensions de deux livres essentiels : Une exploration clinique de l’islam ; Comprendre l’islamisme (pour mieux le combattre) avec Taguieff (Causeur). Ces livres savants ne disent-ils pas des choses "interdites" ?
En pratique, en dépit de quelques gestes administratifs, d’ailleurs ambigus, Emmanuel Macron ne se démarque pas des politiques permissives de ses prédécesseurs.
Politique internationale. Au demeurant même s’il l’avait voulu s’en démarquer, Emmanuel Macron accepte de demeurer assujetti aux politiques européennes sur les migrations et, plus généralement, à la misérable politique étrangère de la Commission bruxelloise ; en tous cas nuisible aux intérêts de la France. S’il en a une, Emmanuel Macron n’exprime jamais sa vue d’ensemble géopolitique pour proposer des idées neuves. On dit d’Emmanuel Macron qu’il mène une politique étrangère "dans la continuité", ce qui est censé rassurer, faire sérieux. Hélas, c’est-à-dire comme depuis 40 ans : ni lucidité ni anticipation, ni indépendance, ni leadership, ni habileté, ni saisie des opportunités.
Le Brexit aurait été, par exemple, une belle occasion pour repenser la construction européenne, y maintenir ainsi le Royaume-Uni, respecter les demandes des nations pré-dissidentes (les quatre du groupe de Višegrad : Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie ; et désormais les Pays-Bas, l’Autriche, l’Italie) pour redonner confiance en l’Europe aux opinions publiques.
En Afrique en lutte pour la paix, la sécurité, le développement, Emmanuel Macron, pas plus que ses prédécesseurs, n’a su entendre, au-delà des faits djihadistes, les appels des populations du nord Mali (une zone plus grande que France) à un respect culturel, économique, social et démocratique. La France avait pourtant toutes les cartes en main après sa victoire militaire. On maintient donc, depuis lors, tout l’Azawad dans les frustrations qui alimentent les rebellions.
« Pourquoi ne consacre-t-on jamais de moyens, dans le cadre
de la coopération et du développement, au co-développement
des PME industrielles ou agricoles, là où se créent les emplois
qui stabilisent les générations migrantes ? »
Le 8 février 2018, le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID) a rendu publiques ses préconisations pour le développement économique de l’Afrique dont tout le monde proclame qu’il est indispensable à l’équilibre de notre partie du monde. Ce relevé de conclusions, c’est l’ancien monde calcifié : les priorités affirmées ce sont surtout, outre l’éducation, l’accord de Paris et l’égalité femmes/hommes. Les cadres politiques choisis pour ces actions sont Bruxelles, les structures multilatérales, les fondations. Un travail sans créativité. Beaucoup d’argent dépensé mais rien sur le co-dévelopement des PME industrielles ou agricoles, là où se créent les emplois qui stabilisent les générations migrantes. Parmi les pays bénéficiaires de nos impôts, il y a l’Éthiopie, la Gambie et le Liberia (du nouveau président-footeux George Weah), anglophones ; mais pas le Cameroun francophone, de la ligne de front contre Boko Haram.
En Europe et au Moyen-Orient, des mouvances politiques nouvelles se constituent : Russie-Turquie-Iran (accords d’Astana), face aux USA-Arabie-Israël. Des face-à-face militaires inédits (turco-américain, notamment) produisent chaque jour des renversements inopinés d’alliances ou d’hostilités.
La France est bien incapable de faire des choix audacieux. Souvenons-nous que François Mitterrand et Jacques Chirac avaient été incapables de prendre, en ex-Yougoslavie, des positions conformes à l’intérêt national. La France pourrait pourtant, en infléchissant la "stratégie" bruxelloise vis-à-vis de l’Ukraine, retourner la Russie et négocier avec les États-Unis pour proposer des solutions politiques innovantes et durables, en Ukraine et en Syrie. Neutralité, fédéralisation, démocratisation et paix en Ukraine. En Syrie/Irak, en finir avec les accords Sykes-Picot et créer enfin les conditions d’une paix ethnico-religieuse au Moyen-Orient.
Mais pour cela il eût fallu une philosophie politique d’une autre hauteur de vues et qui sache tenir compte des réalités et des aspirations humaines, des volontés de vivre (ou de ne pas) vivre ensemble que seules savent incarner les nations démocratiques. Pour un développement de ces analyses : La France n’a aucune stratégie géopolitique (Causeur).
M. Temple interviendra lors d’une conférence-débat à l’Assemblée nationale le 24 mai prochain,
sur le thème : "Demain: quelle monnaie pour quel monde ?". Infos ici.
Tous ceux qui, ces dernières années, ces derniers mois, avaient suivi les nouvelles concernant Françoise Hardy s’attendaient, malheureusement, à apprendre à assez court terme sa disparition tant on la savait diminuée par la maladie. Son décès, survenu ce mardi, le 11 juin, a été annoncé par son fils Thomas via un tendre message posté sur les réseaux sociaux. Si elle n’a pas surpris grand monde, l’information a provoqué une vague importante et sincère de tristesse, et aussi d’amour : l’occasion fut saisie par nombre de célébrités, et par énormément d’anonymes - pas simplement d’ailleurs en terres francophones -, de rendre hommage, via le partage de titres qu’ils aimaient, à cette belle artiste qui incarnait la douceur, l’élégance et la mélancolie.
Que sait-on, au fond, de la personnalité d’un artiste, en-dehors de ce qu’il veut bien donner à voir de lui dans son œuvre ? Françoise Hardy se racontait beaucoup dans ses chansons, y compris dans celles qu’elles n’avait pas écrites : il y était souvent question de ces amours douloureuses qui frustrent, qui font mal et qui rendent triste. Elle avait même écrit son autobiographie, Le désespoir des singes... et autres bagatelles (2008), ouvrage dans lequel elle se livrait avec une sincérité désarmante. Malgré tout, lire des mémoires, par définition subjectifs, suffit-il à saisir le vrai d’une personne ? « Qui êtes-vous, Françoise Hardy ? » Permettez-moi, histoire d’apporter un élément de réponse à cette question, de vous raconter une anecdote personnelle qui s’étale sur cinq mois, les cinq derniers de sa vie.
Une précision, avant de poursuivre : l’objet de cet article n’est pas de réaliser une analyse détaillée de la carrière ou du répertoire de Françoise Hardy. Je ne dirais que des banalités, d’autres, bien meilleurs connaisseurs de la musique en général et de la sienne en particulier, le feraient et l’ont déjà fait bien mieux que moi. Je me lance par ailleurs, y réfléchissant au moment où j’écris cette phrase, dans un exercice qui ne m’est pas familier. Le lecteur indulgent ne jugera pas trop sévèrement je l’espère la lourdeur de ce texte, son manque de style, que sais-je. Mais je tiens à l’écrire, pour des raisons que vous allez comprendre. Venons-en au fait.
17 janvier 2024. Les 80 ans de Françoise Hardy. J’aime cette artiste, pour sa sensibilité, la classe qu’elle dégage, pour sa discrétion aussi. Et pour ses chansons, d’où émane tant de sensibilité, et une grâce naturelle. Parmi celles-ci, ce titre que j’ai régulièrement partagé sur Facebook, un de mes morceaux préférés, tous artistes confondus : Mon amie la rose. Je ne suis pas un grand connaisseur de son œuvre je l’ai dit, bien d’autres seraient plus qualifiés que moi pour en parler. Mais ce que je connais d’elle me plaît. Et sa personne m’inspire beaucoup de sympathie. Sur les réseaux, beaucoup d’hommages chaleureux, émus déjà, à l’occasion de cette date symbolique.
L’ami Frédéric Quinonero, qui a écrit une bio d’elle en 2017 - joliment intitulée Un long chant d’amour - est en contact régulier avec Françoise Hardy, par messages électroniques. Après réflexion, je lui demande, en fin d’après midi, s’il accepterait de me donner son mail, pour que je puisse lui écrire un message pour son anniversaire, lui dire mon admiration et, connaissant son mauvais état de santé, lui transmettre mes bonnes pensées. Je le lui envoie le soir même, évidemment, et lui propose, si elle est d’accord, une interview. Qui ne tente rien... on verra.
Le lendemain, sur ma boîte mail, un message de Françoise Hardy (!), qui m’invite à lui envoyer des questions auxquelles ajoute-t-elle, elle répondra si elle le peut. Ravi, pensez donc, je les écris aussitôt. Dès le 20 janvier, je recevrai ses réponses. Joie. Je pourrais même vous dire où j’étais au moment précis où j’ai ouvert ce mail et son fichier texte - au centre commercial de Lyon Confluence, pour ceux que ça intéresse. Le fruit de cet échange, je l’ai publié dans cet article daté du 21 janvier. Françoise Hardy, une de nos plus grandes artistes, une icône pour beaucoup (même si elle déteste l’idée), a pris le temps de me répondre à moi, journaliste amateur de 38 ans qu’elle ne connaît ni d’Ève ni d’Adam ! Grande émotion.
Quelques jours après, j’ai voulu approfondir ma connaissance de l’artiste. J’ai acheté quelques CD que je n’avais pas, et son autobio, citée plus haut. J’ai lu celle-ci rapidement, l’envie bien sûr, et aussi comme un sentiment d’urgence. En redécouvrant sa vie, que j’avais déjà explorée quelques années plus tôt en lisant le rigoureux ouvrage de Frédéric Quinonero, d’autres questions me sont venues à l’esprit. Je lui ai proposé une seconde interview par mail. Elle a été surprise par la démarche, mais je crois que les questions lui ont plu puisque, peu après, je recevais un nouveau mail d’elle, avec ses réponses.
Je veux à ce stade du récit m’arrêter sur un point. La souffrance faisait largement partie du quotidien de Françoise Hardy à la fin de sa vie, mais sa plume n’avait rien perdu de sa beauté et de sa souplesse. Chacune de ses réponses m’a été écrite dans un français parfait et dans la langue inspirée et délicate qu’on lui a toujours connue. Son corps n’était plus que douleur sans doute, mais son esprit est je crois resté jusqu’au dernier jour, ou en tout cas jusqu’aux derniers jours, d’une grande vivacité et d’une complète lucidité.
Après le second échange, qui a eu lieu au tout début de mars, elle m’a demandé si l’article serait à nouveau publié sur Paroles d’Actu. Je lui ai dit que je n’avais jamais fait autrement, que je n’étais pas journaliste pro, et que d’ailleurs, je n’avais jamais rien gagné ou touché sur un article. Elle eut un autre souhait, et rapidement je compris pourquoi : cette interview, elle la présentait comme étant sa dernière. Forcément, lire cela m’a fait de la peine. J’espérais bien qu’elle se trompait, et je le lui ai dit. Je ne voulais aucunement de cette « gloire » qui consisterait à avoir réalisé la dernière interview de Françoise Hardy. Cela aussi, je le lui ai dit. Elle m’a demandé d’utiliser mon réseau pour trouver au plus vite un gros média qui accepterait de diffuser cette interview, sa dernière donc. Elle fut surprise d’apprendre que je n’étais pas journaliste, que mon « vrai » boulot était plutôt dans la logistique, dans un entrepôt froid, et que donc, je ne connaissais pas vraiment de rédacteurs en chef sur la place de Paris.
J’ai parlé de cette situation, embêtante dans la pratique et émotionnellement chargée pour moi, à Frédéric Quinonero. Spontanément, il m’a suggéré de proposer l’interview à Marianne. L’idée m’a plu, moins à Françoise Hardy, qui pour Dieu sait quelle raison, était persuadée que Natacha Polony, directrice de l’hebdo, ne l’aimait pas. Mais elle ne s’est pas opposée à l’idée, et peu après, j’échangeais directement avec le rédacteur en chef du service Culture de Marianne, Emmanuel Tellier, qui se montra intéressé par ma proposition. Je ne vous cache pas que la suite fut compliquée. Françoise Hardy avait pour cette interview des souhaits bien précis : qu’elle soit accessible au plus grand nombre, et non tronquée. Les négociations capotèrent après désaccord sur un point essentiel pour elle : Emmanuel Tellier, pour des raisons de choix éditorial bien légitimes, refusa de diffuser l’entièreté de la dernière réponse de la chanteuse, dans laquelle elle évoquait sa vision du monde, et une prophétie portant sur l’avenir.
La fin des négociations avec Marianne fut acté. Il n’était évidemment pas question pour moi d’aller contre les volontés de Françoise Hardy. Dans le même temps, son état de santé se dégrada fortement. Je le sus par une dame qui l’assistait, et par elle-même, qui n’hésita plus dès lors, utilisant parfois des termes très explicites, à évoquer sa fin prochaine. À la mi-mars, elle émit un dernier souhait, qui venait s’ajouter aux autres, et face auquel je compris rapidement qu’il était inutile d’essayer de discuter : cette interview ne serait diffusée qu’après sa mort. Là encore, je ne vous cache pas que cette demande m’a fait de la peine, ça m’a même travaillé pendant plusieurs jours. Je préférais de loin l’idée qu’elle soit là pour voir les réactions, que j’imaginais pour l’essentiel chaleureuses, que l’interview ne manquerait pas de provoquer. Et l’heure du départ de cette incroyable correspondante semblait se rapprocher de manière inéluctable. Mais soit, nous ferions ainsi...
Les échanges avec elle ont été plus rares à partir de la mi-mars. Elle était je l’imagine au bout du bout de ses forces, elle qui lutta si longtemps contre la maladie. J’osais moins la contacter, de peur de la déranger, de la fatiguer pour rien, ou pire, de prendre le risque de la contrarier pour une futilité. Il y eut, toutefois, d’autres échanges informels. Connaissant son goût pour les questions économiques, je lui proposai de lui envoyer, avant publication, le fichier texte de mon interview avec Charles Serfaty. Sa réponse en dit long sur la modération dont elle faisait preuve en matière de politique : « Oui, si ce n’est pas un économiste d’extrême gauche ou droite, bref si ce n’est pas un idéologue. Il faut n’avoir aucune idéologie quand on est un bon économiste. Depuis plusieurs années, mon économiste préféré est Pierre-Antoine Delhommais. » Elle apprécia beaucoup cette lecture, et prit la peine de me le dire. Peu après, le 13 mars, jour de mon anniversaire, je lui demandai quels pans de l’Histoire l’intéressaient, dans l’optique de lui envoyer d’autres de mes articles. Réponse : « Bien que j’aie terminé récemment la lecture passionnante de Marie Antoinette de Stefan Zweig, l’Histoire ne m’intéresse pas beaucoup. Seule la période des années 30 et de la Seconde Guerre mondiale m’intéresse. »
J’ai appris sa disparition au milieu de la nuit, mercredi 12 juin. Grande tristesse. Je savais qu’il y aurait un point négatif au fait d’avoir ces échanges intimes avec elle : quand elle partirait, il y aurait pour moi une forme de deuil. Coïncidence ou pas, le soir précédent, je l’ai pas mal écoutée, un best of d’elle et son album Tant de belles choses (réécoutez la chanson titre, sublime), et j’ai pour la première fois prêté une oreille attentive à Étienne Daho, auquel je ne m’étais pas beaucoup intéressé jusqu’alors, et qui quelques heures plus tard rendrait à son amie Françoise un bouleversant hommage sur les réseaux. Au moment où j’écoutais l’une et l’autre, le mardi soir donc, le second était au chevet de la première pour ses ultimes instants passés dans cette vie-ci.
Dans la foulée, je relançai Emmanuel Tellier et d’autres responsables de presse. Un accord fut finalement trouvé avec le journaliste de Marianne auquel je confiai alors le texte : l’interview serait publiée le matin du 12, en accès d’abord limité puis dans un second temps, ouvert à tous. Il acceptait également d’au moins mentionner dans la dernière réponse l’histoire de médium et de prophétie à laquelle tenait tant Françoise Hardy, et moi de mon côté, je serais autorisé à en publier sur Paroles d’Actu la version intégrale. Je signale au lecteur que, si elle tenait tant à ce que cette interview soit lue, c’était en grande partie pour cette dernière réponse, qui passe pour son ultime message à ses contemporains. Je vous le livre à la suite, avec la question qui l’a suscité. Ses mots sont datés du 4 mars.
Nicolas Roche : Il est forcément beaucoup question d’astrologie dans votre livre, mais aussi de spiritualité, de philosophies parfois venues de loin mais auxquelles vous vous êtes intéressée, faisant montre d’une grande ouverture d’esprit, et d’une vraie sensibilité. Est-ce que tout cela combiné, ce patchwork de croyances combiné à une pratique scientifique de l’astrologie, vous a aidée à mieux comprendre le monde, les Hommes, et en définitive à mieux vivre ?
Françoise Hardy : Question trop « patchwork » en effet pour moi. Je peux juste dire que le monde actuel me consterne, me terrifie et m’angoisse pour mon fils et pour tous les enfants, tous les jeunes d’aujourd’hui, pour tout le monde en fait. Il y a pas mal d’années, je me suis intéressée de près aux contacts d’un « Initié » de l‘au-delà avec un petit groupe de Suisses via un médium. Voici la fin de son dernier contact en juin 1994 : « Il va y avoir une pause dans bien des secteurs. La politique va s'embourber ainsi que l'économie, l'inspiration va se raréfier afin que les vieux systèmes s'écroulent et disparaissent. Cette pause qui équivaut à quelques secondes pour l'énergie, peut représenter des années, des générations pour la Terre ou pour certains groupes humains, selon l'énergie à laquelle ils sont reliés. Pause signifie que la créativité ne sera guère possible, mais, grâce aux fissures que la pause aura produites, des graines seront semées d'où un nouvel arbre prendra racine. Le passé doit être détruit. On ne peut pas amorcer le moindre changement dans ce monde humain-ci, sans avoir eu la précaution d'opérer une énorme destruction, même si cela ne doit aboutir qu'à un petit changement. » C’est ce qui a commencé à se passer et ça n’aide pas à mieux vivre.
La tonalité pas franchement optimiste du message ne surprendra pas grand monde. On associe beaucoup plus naturellement, à raison sans doute, d’autres termes que « optimiste » à Françoise Hardy. « Mélancolique », par exemple. La lecture de son autobio m’a pourtant permis de la découvrir sous d’autres facettes. Plus d’une fois, on l’y voit rire aux éclats. Je ne vais pas refaire ici un résumé de mes deux interviews faites avec elle, de tous les sujets abordés ensemble, je vous renvoie à leur lecture, la première donc dans Paroles d’Actu, la seconde dans Marianne. Mais, parmi mes dernières questions, il y eut celle au sujet des comédies qu’elle aimait, et elle en a cité quelques unes - en la matière aussi elle avait fort bon goût. Au moment du dernier message que je lui ai envoyé, le 28 mai, je sentais bien qu’elle allait très mal. Je venais de lire une chouette BD sur la Seconde Guerre mondiale et lui ai demandé si elle lisait parfois des BD, et si les films des Monty Python, Sacré Graal et La vie de Brian notamment, comptaient parmi ceux qui lui ont plu. Je n’ai jamais eu de réponse, mais je suis content a posteriori que cet au revoir involontaire ait été plutôt léger.
Je remercie celles et ceux qui auront eu l’indulgence de me suivre jusqu’à ces lignes. Ce que j’ai voulu vous raconter, c’est une correspondance improbable. Cette femme, une vedette respectée comme on en a peu en France, était très diminuée, elle ne savait rien de qui j’étais, eh bien, elle a tout de même fait preuve à mon égard de beaucoup de générosité, et m’a consacré pas mal de son temps, alors même qu’elle savait puiser dans ses dernières forces. Sans doute Françoise Hardy avait-elle un côté misanthrope, mais elle ne faisait pas la distinction entre quelqu’un que la société qualifierait d’important, et quelqu’un qui le serait moins. Et, je le redis, elle se fichait pas mal de la statue qu’on lui avait érigée. Franche, elle l’était absolument, et tant pis si ça devait lui nuire. Elle était d’une grande lucidité et possédait un sens aigu du discernement. Humaine, elle l’était profondément, et cela je peux l’écrire, pour en avoir fait l’expérience.
Elle avait ses failles, et ne cherchait en rien à les dissimuler. J’ai été tenté de lui poser une question qui, grosso modo, aurait été formulée ainsi : « Vous avez une image de grande exigence, pour les autres mais surtout pour vous-même. N’avez-vous pas le sentiment d’avoir franchi très franchement les limites du masochisme ? ». Et je me suis dit que ça n’apporterait rien, et que de ressasser ces questions-là, encore et encore, à ce moment-là, ne lui ferait peut-être pas de bien, alors j’ai laissé tomber. Ce que j’aurais aimé lui dire en revanche, mais peut-être l’a-t-elle senti, c’est qu’au-delà de mon respect pour elle en tant qu’artiste et en tant que femme, j’ai d’autant plus apprécié nos échanges que je me retrouve largement dans les failles qui furent les siennes, et qu’elle sut sublimer par sa musique et par ses textes.
Merci à toi, Frédéric (elle t’appelait « Quinero »), de m’avoir permis de partager ces moments avec elle. Mon seul regret est de ne pas t’avoir demandé son contact plus tôt... Ce long chant d’amour que tu as décrit en racontant sa vie, c’était un message d’amour que tu lui as adressé. Permets-moi de m’y associer.
Merci pour ces échanges, chère Françoise. Pour tout. Croyez bien qu’on ne vous oubliera pas de sitôt. Et qu’en tout cas moi je ne vous oublierai pas. Je vous redis une dernière fois cette phrase que je vous ai écrite plusieurs fois, non sans une forme de fierté : je vous embrasse ! Où que vous soyez. Vous allez nous manquer, à Thomas, à Jacques surtout, bien sûr, mais votre musique, tantôt mélancolique, tantôt souriante, nous accompagnera toujours. Pour le reste, pour remettre de la couleur à l’ensemble, il suffit de regarder autour de soi. Tant de belles choses. Tiens là, une rose qui éclot.
Qui, en ce double soir à la fois de Saint-Valentin (sisi) et de quarantième cérémonie des Victoires de la Musique, mérite parmi les artistes d’aujourd’hui d’être honoré autant qu’elle ? Véronique Sanson, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a remporté trois de ces trophées. Surtout, elle a écrit et chanté l’amour comme peu d’autres avant elle l’ont écrit et chanté, avec ses tripes. Presque tout ce qu’elle raconte dans ses chansons, c’est sa vie qu’elle partage, sans rien occulter de ses passions, de ses doutes, de ses interrogations existentielles, de ses enthousiasmes, et de ses remords. Sans filtre, comme à nu.
Il y a quelques semaines, son dernier live, Hasta Luego, est sorti en DVD+CD et vinyles, un témoignage précieux d’une longue tournée qui a duré plus de deux ans. On y retrouve, avec bonheur, enthousiaste et en belle forme deux heures durant, la Sanson rock et la Sanson piano-voix, celle qui fait danser et celle qui fait pleurer. Un best of somptueux (il ne manque que Mortelles Pensées pour la perfection !), qui n’est pas d’ailleurs un "simple" best of : on y retrouve, avec Vianney, avec Christopher Stills, des traces de ce qu’elle pourrait bien nous préparer pour la suite...
J’ai déjà pas mal expliqué, dans les colonnes de Paroles d’Actu, combien cette artiste me touchait depuis que je l’ai découverte, il y a des années (et des années, le temps est...). Ses textes, sa musique (quasi tout est d’elle), l’émotion dans sa voix. Et son sourire, "pour de vrai", comme a écrit un de ses biographes. Une femme amoureuse, et résolument libre.
Véronique Sanson touche parce qu’en racontant, avec autant de sincérité, sa part d’intimité, elle "parle" à chacun d’entre nous. Il y a tant et tant de chansons à redécouvrir d’elle. Alors, comme elle dirait, vous y allez ? Merci à vous, Violaine (honneur aux dames), Laurent, pour vos regards et ces confidences. Merci à vous Véronique, pour ça... et pour tout. Hasta Luego ? Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.
PS : Et en cette soirée de Victoires de la Musique donc, une pensée, toujours, pour Françoise Hardy...
partie 1 : Violaine, la sœur, l’indispensable
Violaine bonjour. Comment as-tu vécu, et reçu, des coulisses, cette longue tournée Hasta Luego, dernièrement immortalisée sur disques ?
La setlist ne change que très peu d’un concert à l’autre, mais chaque concert est différent, Véronique improvise toujours les transitions, on ne sais jamais comment elle va introduire la chanson d’après. C’est donc chaque fois une surprise.
Parmi les chansons interprétées, tant de pépites, il y a la chanson qu’elle a consacrée à votre mère, Et je l’appelle encore, et bien d’autres, souvent très personnelles. J’imagine qu’à chacune de ses interprétations de ce titre, de Je me suis tellement manquée, du Maudit, j’en passe... l’émotion doit être au rendez-vous, pour toi aussi ?
Évidemment, et chaque fois je me laisse emporter. Heureusement, Mortelles Pensées n’est pas toujours au programme, ça m’évite d’avoir à essuyer mon rimmel qui coule...
Véronique et Françoise Hardy avaient une profonde affection/admiration l’une pour l’autre. C’est souvent le hasard des carrières qui fait que des artistes font quelque chose ensemble : un album de duos, une émission de TV… Si ce hasard s’était présenté, il est évident qu’elles auraient chanté ensemble, mais l’opportunité ne s’est jamais présentée. Dommage que ce soit trop tard, ç’eût été un très beau moment. Véro a toutefois fait un superbe duo avec Thomas Dutronc...
Est-ce que le fait que Véronique partage tant avec son public, de ses peines, de ses joies parfois, de ses moments les plus noirs aussi, ça explique leur lien si particulier, si intime ? Est-ce qu’en tant que sœur on ne se dit pas, ça elle devrait me le confier à moi ? ;-)
Haha, je ne vais tout de même pas me mettre à être jalouse du public ! Plus sérieusement, c’est ce qui fait que Véronique n’a jamais lassé un public, qui revient la voir chaque année plus nombreux : elle partage avec eux les sentiments qu’elle éprouve, et chacun se retrouve dans ce qu’elle décrit...
À la fois fragile et forte, doutant en permanence, me confiais-tu en 2016 pour décrire au plus près Véronique Sanson. Ce doute qu’elle peut avoir sur elle-même, c’est quelque chose qui parfois peut être bloquant, paralysant ? Ou bien est-ce que, toujours, un fois devant un public, bien davantage que face à un plateau où il faut faire de la promo, hop tout s’illumine ?
Au moment où elle met le pied sur scène, Véronique se retrouve dans une bulle de feu. Là, rien ne peut l’atteindre, elle envoie une énergie phénoménale, quel que soit son état de santé ou ses états d’âme. Elle a parfois fait des concerts avec une côte cassée, et personne ne pouvait imaginer ce qui lui arrivait !
Les vertus thérapeutiques de la scène donc... Sur cette tournée, sur ce live, on la sent aussi, peut-être, plus authentiquement heureuse qu’à bien des moments de son parcours et de sa vie ? Comme ayant trouvé la sérénité, la paix...
Veux-tu me raconter l’histoire de cette chanson forte du répertoire de Véronique, que tu as écrite et qui mériterait d’être redécouverte, Qu’on me pardonne ? Johnny l’avait refusée ?
Johnny ne l’avait pas refusée. Le président de Warner Music, Thierry Chassagne, m’avait dit à l’époque qu’il manquait à Johnny une chanson forte sur l’album qu’il était en train d’enregistrer aux USA. J’avais envoyé cette chanson à Thierry, qui m’avait dit que c’était exactement le titre qui manquait à l’album, et m’invitait à l’envoyer d’urgence, de sa part, au directeur artistique qui était avec Johnny en studio, là-bas. Ce que j’ai fait tu t’en doutes, sans jamais recevoir la moindre réponse. Peu de temps après, Véronique est tombée sur la chanson et l’a tout de suite prise pour son album à elle. C’est devenu le single de son album.
Est-ce qu’à ton avis le grand public la perçoit complètement comme elle le mériterait, notamment en tant qu’auteure et compositrice ? Beaucoup de gens semblent encore croire qu’elle a été "faite" au départ par Berger...
Michel Berger a été pour elle une immense source de créativité. Ils ont fait de la musique ensemble pendant des années. Il y a des inspirations très comparables dans leurs chansons mais elle sont finalement très différentes. Et aucune des chansons que chante Véronique n’a été composée par Michel, même si elle a fait un concert pendant lequel elle n’a, pour lui rendre hommage, chanté que ses chansons à lui.
Il était question me semble-t-il il y a quelques années d’un biopic sur elle. Le projet est-il toujours dans les cartons ?
Le fils de Véronique, Christopher Stills apparaît dans le live, avec un très beau titre de son cru. Quel regard portes-tu sur son parcours, qui artistiquement se fait plutôt en anglais, aux US ?
La chanson que chante Chris sur ce live est une des plus belles chansons que j’aie jamais entendues, tous artistes et toutes périodes confondues. Chris est un rocker américain, il est depuis longtemps un immense guitariste et il est devenu un magnifique pianiste. Il est fait pour chanter dans sa langue maternelle, ce qui ne limite pas son potentiel en France mais lui donne toutes ses chances aux USA.
Si tu devais avoir une préférence à exprimer pour qu’elle inclue, dans ses prochains concerts, des chansons de son répertoire que tu aimes particulièrement toi, quelles seraient-elles ?
Oh... Toutes !
Beaucoup d’artistes, jeunes ou moins jeunes, dans ce live et surtout dans l’album Duo volatils. Elle a cette curiosité de ce que font les plus jeunes, et à cet égard vous avez à peu près les mêmes goûts ?
Oui, elle et moi aimons très spontanément les mêmes artistes.
La postérité, ce qu’on dira d’elle après elle, elle s’en fout, ou ça la travaille, un peu ?
Il faut le lui demander !
Petit mot, pour ceux qui l’aiment depuis 53 ans, depuis 20 ans, ou depuis 2 ans ?
C’est elle qui vous aime...
En résumé... en conclusion ?
Merci à toi et à tous ceux qui l’aiment !
10-12 février 2025
Violaine et Véronique Sanson, in 50’Inside. Photo : capture d’écran (TF1).
partie 2 : Laurent, l’ami, le "sansonlogue"
Laurent bonjour. Ton nom apparaît dans les crédits de ce live à la rubrique Réseaux sociaux. Depuis combien de temps t’en occupes-tu pour Véronique Sanson ?
Avec Yann Morvan, on a mis en place le site officiel en 2010. C’est à peu près à cette époque qu’on a ouvert le compte officiel sur Facebook. On gère ensemble les archives de Véronique, son iconographie, et je m’occupe des réseaux. Mais je suis en train de passer la main, je vais juste garder le compte Harmonies Véronique Sanson pour les happy few.
Comment qualifier cette longue tournée Hasta Luego, dont ce film est le témoignage ? Le setlist, moins thématique que la tournée des Années américaines, a des allures de somptueux best of, avec des surprises...
Une tournée purement best of n’intéresse pas Véronique. Comme elle le dit sur scène, son ambition est de faire découvrir des chansons un peu moins connues, des “chansons d’album”, au milieu bien sûr de quelques incontournables. Elle admet facilement être d’une grande paresse et on lui a longtemps fait miroiter la scène – sans laquelle elle ne peut tout simplement pas vivre – à la condition qu’elle travaille sur un nouvel album. Mais son répertoire, son aura de “queen” ou de “taulière” (selon les qualificatifs trouvés sur les réseaux), son public fidèle (et qui fait régulièrement des petits) ont rendu les choses plus souples aujourd’hui : cette tournée est la preuve qu’avec la rumeur d’un nouveau titre (Hasta Luego), elle pouvait jouer partout pratiquement à guichets fermés sur une longue durée.
Pourquoi n’y avait-il pas eu de captation des lives portant l’album Dignes, dingues, donc…, dont ne subsiste ici que (last but not least...) Et je l’appelle encore ?
C’est une bonne question. La réponse est due à l’effondrement du marché du disque et des DVD musicaux, et peut-être aussi au fait que Véronique a une discographie live déjà très importante. De plus, des vidéos de ses dernières tournées tournent sur les réseaux et sur YouTube. Même si elles sont de qualité modeste, elles nuancent le côté événementiel d’une sortie commerciale. La bonne idée sur Hasta Luego a été de faire une captation pour le cinéma et de créer un événement, une projection unique dans plus de 280 salles qui a attiré plus de 20 000 spectateurs. Il y a ensuite eu une diffusion télé et le CD-DVD marche bien.
En quoi ces concerts au Dôme de Paris en mars 2023 ont-ils été particuliers ? Y’a-t-il eu sur d’autres dates avant ou après, d’autres duos, notamment ceux des Duos Volatils ?
Ces concerts se sont inscrits dans une tournée commencée à l’automne précédent et qui s’est terminée à l’automne 2024. Le Dôme de Paris est une salle que Véronique connaît bien : elle a été la première femme européenne à la fouler en 1978, au temps où on l’appelait encore le Palais des Sports. L’idée a très vite été d’avoir des invités pour le film (Vianney, Zaz et Natalie Dessay). Il n’y a pas eu d’autres duos sauf, la veille du tournage, celui avec Marc Lavoine (Une nuit sur son épaule).
Il y a une évolution naturelle de la setlist. Dans sa première mouture, le show commençait par Celui qui n’essaie pas, puis par Véronique. Depuis l’automne 2024, il commence par On m’attend là-bas pour être raccord avec le nouveau visuel (Véronique à la guitare). En tournée, il y a des balances avant chaque concert. Pour Véronique, c’est l’occasion de remettre certains choix en question, de penser à tel titre et de se dire qu’il fonctionnerait mieux qu’un autre. Elle expérimente. Dans la dernière partie du concert, seule au piano, elle est tout à fait capable de tester un titre (Les délires d’Hollywood, J’ai l’honneur d’être une fille…).
Quelques mots sur les membres de sa team musicale, dont certains comme Basile Leroux ou Mehdi Benjelloun, la suivent depuis des années ?
Je ne vais pas être très original : les musiciens de Véronique sont tous de sacrées pointures et, humainement, des mecs formidables. Pendant les balances, on voit clairement leur investissement dans l’affaire, ce qu’ils apportent à sa musique.
Au démarrage d’une tournée, la présentation des musiciens par Véronique est toujours relativement sobre mais, au fur et à mesure des dates, elle dégénère jusqu’à finir en de véritables sketchs. Aux derniers concerts de décembre 2024, elle les a tous embrassés sur la bouche !
Carrément ! Qu’en est-il de l’album qui devait sortir et sur lequel Vianney devait collaborer ? C’est toujours d’actualité, en stand by ?
L’annonce a sans doute été faite un peu prématurément. En avril 2021, Véronique a maquetté 3 titres avec Vianney, dont Hasta Luego et Signes mais elle n’a plus envie de travailler sur un format d’album. Elle a des idées de textes, aimerait réunir 3-4 titres. Et là on rêverait presque d’un producteur qui l’enfermerait jusqu’à ce qu’elle les écrive, comme lors de la création de Vancouver au Château d’Hérouville il y a 50 ans… ;-)
Le live dont on parle nous donne à voir la vaste palette de couleurs musicales de l’œuvre de Sanson (rock, pop, soul, world music, et le piano-voix en majesté bien sûr). En quoi est-elle unique dans le paysage musical français ?
Elle est unique parce qu’il y a peu de chanteuses instrumentistes aussi clairement identifiées. Dans son cas, on peut même citer deux instruments : le piano bien sûr, mais aussi sa voix, avec laquelle elle se permet d’improviser en totale liberté. Mais au-delà des couleurs musicales dont tu parles (et qui sont bien réelles), c’est je pense la teneur de ses textes qui fait mouche et parle à chacun.e. On voit des gens honnêtes discrètement écraser une larme à ses concerts…
Mais est-ce que le grand public d’aujourd’hui la perçoit à la hauteur de ce qu’elle a écrit et composé ? De sa plume sont sortis des textes incroyables, de son piano des mélodies intemporelles. Mais il me semble que beaucoup croient encore qu’elle a été la créature de Berger ?
Je ne pense pas, non. De ce que je lis ou entends, il y a même des gens qui ignorent qu’elle a pu être produite par Michel Berger : son public se renouvelle et Michel Berger est mort il y a maintenant plus de 30 ans. En revanche, le grand public a encore indubitablement des chansons à découvrir et c’est bien pour cela qu’elle a raison de mettre en avant certains titres moins connus dans ses concerts. Cela dit, avec l’arrivée des bios écrites avec l’IA et formatées pour les réseaux, on lit d’énormes inepties sur sa période pré-années américaines, un nivellement vers le bas qui ne peut pas être corrigé en temps réel…
Elle se raconte tout au long de son œuvre. Des chansons extrêmement personnelles, d’une finesse folle, presque à la limite de l’impudeur : Le Maudit, Mortelles pensées, Je me suis tellement manquée, La douceur du danger, Visiteur et voyageur peut-être... J’en passe, tant et tant... C’est aussi là, la clé de son lien si fort avec son public, ce partage, cette authenticité, comme Barbara avant elle ?
Oui, indiscutablement. Il existe un dialogue bien réel entre ses mots à elle et les milliers d’oreilles et surtout de cœurs tendus vers sa musique – dialogue dont l’authenticité est intensifiée en concert : sur scène, on ne triche pas. On en arrivera peut-être aux “messes” auxquelles se rendaient les fidèles de Barbara lorsque Véronique consentira enfin à tenir sa promesse de donner des concerts piano solo. Elle en parle régulièrement en ajoutant “quand je serai grande”, mais tient pour le moment fermement à son profil de rockeuse…
Donc abandonner le côté big band pour du pur piano-voix ? Ce serait un choix assumé, mais qui supposerait de laisser de côté des pans entiers de son répertoire non ?
Il y a un très bon exemple de ce qu’elle sait faire sur plusieurs titres d’affilée en piano-voix avec le Concert d’un soir diffusé sur RTL en 1992 et qu’on trouve sur SoundCloud. Il ne s’agit bien sûr pas de transposer au piano des titres comme On m’attend là-bas - quoique ça pourrait être intéressant - mais de revenir à la composition de base tout en enrichissant de nouveaux arrangements au piano uniquement. Mais on pourrait aussi envisager une formation acoustique très réduite… Il faut dire aussi qu’en tournée il y a un esprit d’équipe, c’est une aventure humaine, et elle aime ces "randonnées folles"…
Depuis combien de temps aimes-tu et suis-tu Véronique Sanson ? De quand date le coup de foudre musical ?
Je peux dater mes premiers émois de la sortie radio du 45 tours Cent fois (1974). Je connaissais déjà quelques titres mais celui-là a été le déclic qui m’a fait acheter l’album Le Maudit et aller la voir pour la première fois sur scène. On s’est parlé la première fois 5 ans plus tard, au moment de la création du fanzine Harmonies.
Ça dépend vraiment du contexte. J’ai toujours eu un faible pour Ma musique s’en va et je dois avouer qu’à l’écoute de cet album pour sa réédition anniversaire dans les meilleures conditions possibles (en studio Dolby Atmos et en la présence de Véronique), j’ai été cueilli par une émotion que je n’attendais pas (j’avais quand même découvert cette chanson à sa sortie…). Côté up tempo, j’aime le groove de C’est long, c’est court. Et côté madeleine, j’aime bien la version maquette de Une odeur de neige (1969) qui me catapulte à chaque fois dans l’appartement de ses parents quand je l’ai entendue pour la première fois en 1977.
Véronique Sanson telle que tu as appris à la connaître, en trois mots, trois adjectifs ?
Pour ce qui est de Véronique “en vrai” : excessive (en tout), séductrice, très drôle (on rit beaucoup avec elle). En ce qui concerne la scène : instinctive, inventive, authentique.
Tes projets et surtout, tes envies pour la suite ? Un autre livre sur elle, bientôt ? Ou tout autre chose ?
Il y a un projet (pas une biographie) avec l’ami Baptiste Vignol (déjà responsable de Tout Véronique Sanson chez Gründ). Il m’avait permis de participer grandement au Schnock consacré à Véronique (numéro d’été 2022), et on a écrit l’un et l’autre pour le prochain numéro qui sort le 5 mars.
Véronique Sanson et Laurent Calut, octobre 2022. Photo : Hélène de Voisins.
Merci à vous deux... Et merci à vous Véronique ! Pour ça... et pour tout !
J’ai eu la chance, à plusieurs reprises, de vous proposer ici des textes inédits de Christine Taieb, une septua parisienne bien dans sa peau que j’ai rencontrée dans le cadre d’un article fait il y a quelques années autour de la fameuse coach Véronique de Villèle, dont elle est élève. Il était question, dans ses mots, de réflexions inspirantes, fruit d’un partage de ses expériences, et de sa bonne hygiène de vie.
Christine Taieb, avec laquelle j’avais pu longuement discuter, de tout et rien, de choses futiles et de choses plus graves, lors d’un séjour à Paris, se définit elle-même comme une "militante engagée pour la paix et un meilleur vivre-ensemble". De confession juive, elle est présidente de l’AJMF Paris (Amitié Judéo-Musulmane de France). À ce titre, je lui avais proposé, après l’attaque tragique du 7 octobre 2023 en Israël, et alors que Gaza commençait à être noyé sous les bombes, une tribune libre. Tribune qu’à l’époque elle refusa poliment, après y avoir beaucoup réfléchi. Je crois que la situation était trop douloureuse pour elle, et qu’en tout cas, elle sentait que le moment n’était pas venu.
Le 18 janvier, soit il y a deux jours, elle m’a contacté par mail, avec en pièce jointe un texte dont elle venait de terminer l’écriture. Un texte né d’une expérience récente qui l’a marquée. Elle me proposait de le publier en avant-première sur Paroles d’Actu. Après l’avoir lu, j’ai aussitôt accepté. Ce témoignage, touchant, interroge sur le vivre-ensemble et les préjugés que l’on peut avoir, les uns et les autres, sans même que ce soit forcément conscient. Il est d’autant plus précieux qu’il provient d’une femme qui s’est toujours montrée volontaire pour faire un pas vers l’autre. Puisse-t-il pousser qui le lira (il est publié tel qu’écrit au départ) à un surcroît de réflexion. Merci à vous Christine ! Exclu, Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.
EXCLU - PAROLES D’ACTU
« Préjugé(s), quand tu nous tiens... »
par Christine Taieb, le 11 janvier 2025
DÉCOR
Paris. Porte de Saint-Ouen. 16h30 : Tea-time.
Une dame est assise à la terrasse d’un café.
Fin Octobre : le ciel est encore clair et l’air déjà frais. Les passants se pressent alentour vers leur métro, RER ou domicile. Les klaxons vocifèrent. Chacun veut imposer son rythme.
Partie de bon matin, voilà plus de six heures que cette femme a arpenté le tour de Paris à pied, en empruntant tous les boulevards des maréchaux. Le tout fera 40 km jusqu’à son arrivée à son domicile. Elle est entraînée et sait qu’au Kilomètre 33, une pause est bienvenue pour se réhydrater, reposer ses jambes alourdies et repartir d’un bon pied jusqu’au final.
Sac à dos posé au sol sur sa gauche, sa chaise est tournée face au boulevard Ney, où la longue file de véhicules est entrecoupée à chaque passage du T3b.
Son cerveau est en mode ralenti. Beaucoup d’informations visuelles et sonores. Pourtant, aucune ne retient son attention. La fatigue et l’introspection conjuguées par sa déambulation, la rendent sourde au brouhaha de la rue. Elle n’a adressé la parole à personne depuis son départ au lever du jour.
Il commence à faire froid. Il est grand temps de déguster cet Earl Grey tant attendu. Elle remue d’abord les deux sachets de sucre brun, puis contemple les volutes du nuage de lait qui s’étirent dans le liquide bien chaud. Leurs arabesques évoluent tel un caléidoscope qui l’hypnotise. Elle pense à ses amis anglais qui auraient peut-être versé le lait en premier ? La septuagénaire a adopté ce rituel d’un plaisir familier. Sa cuillère tourne, tourne...
SCÈNE DE RUE
Au même moment, un petit groupe de jeunes garçons, sans doute cinq ou six, vêtus de couleurs sombres, s’avance le long des tables alignées du café et frôle la dame sur sa droite. L’un d’eux hurle « BONJOUR ! ».
Elle entend l’interpellation, mais ne réagit pas, ni ne regarde ce passant qui vient d’apostropher : apostropher qui ?
Sans doute un copain du quartier ? Le serveur en quête d’un pourboire ? Un voisin ? Elle ne connait personne ici et apprécie cet anonymat parisien : juste une dame qui s’apprête à savourer un thé dans le repli d’une pause justifiée.
La bande dépasse à peine le niveau de la dame.
Dans son dos, elle entend, d’une autre voix de la même équipée : « ELLE (N’) AIME PAS LES ARABES ! ».
Seulement trois secondes pour prononcer ces six syllabes, lourdes de sens, et reçues comme autant de flèches dans son cœur. Trois secondes qui lui imposent mille questions depuis.
RÉFLEXIONS
Cette histoire est la mienne. Sidérée, je n’ai pas bougé, ni même tourné la tête. Depuis, cette scène de rue, de vie, me taraude et m’incite à partager mes réflexions à l’infini.
Comment aurais-je dû réagir pour faire face à la situation, peut-être banale pour certains, mais si déstabilisante à mes yeux ?
CIRCONSTANCES ou EXCUSES
LA FATIGUE ? L’effort accumulé me clouait sur ma chaise et la réactivité m’a manqué pour déplier mes jambes douloureuses et rattraper les jeunes en mouvement. D’ailleurs, ils ne se sont pas arrêtés et n’attendaient peut-être pas de réponse, comme un K.O. sans appel, ou un jeu de mots habituel ? Se sont-ils retournés pour s’inquiéter de ma réaction ?
LA PEUR ? Le manque de courage d’une femme seule et surprise, face à des jeunes hommes, ostensiblement bruyants et excités.
LE REGARD DES AUTRES ? C’est une chose que d’être accoutumée à la fréquentation d’un café en territoire masculin. Cela en est une autre de prendre le risque de se donner en spectacle : mélange de gêne, honte ou lâcheté ?
LA TORPEUR ? La marche est un temps propice à l’introspection. Elle m’offre une mise à distance du quotidien, de son réel, comme une forme de méditation active. Je prends souvent quelques notes sur mon petit calepin pour ne pas perdre les fulgurances qui fleurissent en marchant.
LA SURPRISE ? La probabilité de croiser quelqu’un de connu dans le secteur était faible. Pourtant, j’y ai longtemps réalisé des maraudes pour venir en aide aux femmes en situation de rue et tissé des liens fraternels avec la communauté musulmane.
L’INTIMITÉ ? Le premier jeune a joué le caïd en fanfaronnant son « Bonjour ». La réponse violente de son copain participe peut-être d’un jeu de rôle bien rôdé ? Qui n’attendait aucune réponse ?
Bref : Je n’ai pas répondu et je le regrette depuis ce jour.
PART DE PRÉJUGÉS
Je revendique un engagement dans la lutte contre le racisme et les préjugés.
Pourquoi ? Alors que je ne les ai pas regardés, et ne pourrais pas reconnaître leurs visages, mais seulement entendu leur ton « tiéquar », pourquoi ai-je imaginé le groupe en survêtements et casquettes retournées ?
Dois-je comprendre que, pour des jeunes parisiens en 2024, il suffit qu’une dame soit blonde aux yeux bleus, pour « ne pas aimer les arabes » ?
Important de faire rouler le « L-l-l-l » de blonde dans la bouche, comme dans les sketches de Gad Elmaleh. Il donne aux blonds une saveur particulière : c’est celui - dit-il - qui n’a pas la mayonnaise qui coule quand il mange un sandwich ! (lol)
Dois-je admettre que n’ayant pas l’habitude d’être interpellée par des inconnus, et donc d‘y répondre, je suis présumée coupable de racisme ? de mépris ? ou d’indifférence ?
Est-ce tout simplement facile, et tellement lâche, de proférer du venin sur une personne isolée ?
La différence d’âge peut-elle expliquer, à elle seule, une telle incompréhension dans nos comportements respectifs ?
Si j’avais été accompagnée d’une amie voilée, aurais-je eu droit au respect de leur part ?
J’ai réalisé ainsi, en six secondes, comment on peut être ostracisé par sa seule apparence physique.
Bien sûr, je suis une « étrangère » dans ce quartier. Préjugé pour préjugé, les joggeurs blonds déambulent plus couramment dans les rues de l’ouest parisien !
Faut-il que nos affublements, soient encore, les signatures de nos idées ?
Ce jour-là, survêtement élimé et baskets aux pieds, je ne portais aucun des attributs de la bourgeoise au collier de perles… forcément xénophobe.
Sur mon front, rien d’inscrit sur mes engagements. Seules des rides qui traduisent l’âge d’une grand-mère qui aurait dû imposer le respect des anciens par des jeunes.
QUESTIONS
Est-ce un fait divers insignifiant ou bel et bien un fait de société comme les médias s’appliquent à souvent les souligner ?
Qu’avons-nous raté depuis que nous militons contre les préjugés et le racisme ?
Qu’avons-nous fait ? pas fait ? mal fait ? pour en arriver là !
Que n’ai-je pas fait ? quelle est ma part ?
Qu’en penseraient leurs parents ?
Comment intégrer le rôle du décalage, voire du conflit, de génération ?
Quand j’ai été traitée de « sale juive » lors de mes études à la faculté d’Assas : c’était logique dans la bouche de Gudiens, face à qui j’affichais ma judéité et mon soutien aux juifs d’URSS. Pas d’effet de surprise à l’époque, entre étudiants qui affrontaient leurs idéaux naissants.
Est-ce encore l’un des effets indésirables de la parole qui se déli(t)e ?
REGRETS
Cette expérience me poursuit parce que je l’ai laissée sans suite … donc sans fin.
J’aurais dû bondir de ma chaise, les rattraper et leur dire : « Eh, les garçons, venez partager un verre avec moi et parlons ! parlons-nous ! parlons-en ! »
Je leur aurais expliqué le pourquoi du comment sur le racisme, les préjugés avec tout le barnum pédagogique de mes années de militantisme.
Je leur aurais dit tout mon respect et mon attachement envers la communauté musulmane.
Je regretté que mon arabe balbutiant ne m’ait pas permis de leur répondre spontanément et dresser un pont immédiat sur ce gouffre abyssal qu’ils ont mis entre nous.
LEÇON
Une histoire courte qui (m’) en dit long.
Elle m’interroge sur les actions efficaces qu’il faut rapidement mettre en œuvre dans le combat contre les préjugés, auprès de la jeunesse.
Restent, beaucoup d’autres questions … toutes sans réponse encore :
Que serait-il advenu si sur mon front, avait été écrit « JUIVE » ?
Ces 5 secondes d’une histoire banale, sans violence physique, m’aide à mieux comprendre ceux qui subissent le racisme au quotidien. C’est peut-être la meilleure des leçons.
Il y a trente ans, Enzo Enzo enchantait le public ET la critique avec son titre emblématique, Juste quelqu’un de bien. Depuis, on l’a moins vue, moins entendue dans les médias, mais elle n’a jamais cessé de faire le métier qu’elle aime. Son dernier album en date, Pantoum (actuellement disponible), est une déambulation poétique et sensible autour de textes piochés avec gourmandise dans le patrimoine. Un joli moment à prolonger en live le 19 novembre : elle se produira ce soir-là au Théâtre de la Tour Eiffel. Merci à elle pour ses réponses : allez l’écouter ! Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.
Enzo Enzo bonjour. Le grand public vous connaît principalement pour la chanson Juste quelqu’un de bien (1994), qui vous a valu un beau succès populaire et critique. Ce titre reste votre carte d’identité, votre porte-bonheur ? On vous en parle encore souvent, 30 ans après ?
On me parle de cette chanson bien sûr, et c’est très bon de constater comme cet attachement à la chanson est fort. J’aime toujours autant la chanter, et entendre le public la chanter avec moi est doux et fort.
Vous avez poursuivi depuis votre petit bout de chemin : entre 1994 et le nouvel album, Pantoum, il y a eu tout de même dix albums originaux qui vous ont permis d’explorer pas mal de choses différentes. Le plaisir, c’est cela qui vous a toujours guidée dans vos choix artistiques ? En quoi diriez-vous que l’artiste que vous êtes a appris, évolué par rapport à celle d’il y a trente ans ?
Il y a eu tellement de rencontres avec des auteurs, musiciens, publics, que j’ai pu m’améliorer et prendre de plus en plus de plaisir à me produire en scène. À plonger dans l’interprétation. Je connais bien mieux ma voix aussi.
Pantoum, c’est un recueil musical et chanté de poèmes plus ou moins contemporains que vous avez soigneusement sélectionnés. Quel est votre rapport à la poésie au quotidien, dans votre quête d’inspiration en tant qu’artiste, et quelle place tient-elle dans votre équilibre personnel, j’ai presque envie de dire, "intime" ?
Il y a les poèmes qu’on peut lire, avoir certains recueils favoris en chevet sur le temps d’une vie, ceux qu’on rencontre. Il y a la poésie du quotidien, de la vie, des instants. Certains ont une facilité à la voir, d’autres doivent s’y efforcer. Je suis de celles qui la trouvent sans avoir à faire d’effort, et c’est un cadeau.
Les thèmes abordés dans cet album sont souriants, tendres ou mélancoliques, il y a de la révolte et de l’optimisme. Ce patchwork de sensations, ça ressemble à la femme que vous êtes aujourd’hui ?
Ces thèmes parlent de l’humain. Dans toutes ses émotions. De toutes les époques. Le besoin d’aimer, la capacité à ressentir la joie et la colère sont de toute éternité. Je me sens à peine plus mature que lorsque j’étais une très jeune fille... Mon cœur est en mouvement.
Parmi les textes du disque, il en est deux qui font allusion à la Russie, un conte de Victor Hugo et une chanson d'Allain Leprest. C’était important pour vous d’évoquer, par les temps qui courent, cette terre par son imagerie, par sa musicalité ? Diriez-vous que vos racines slaves ont fait de vous quelqu'un de particulier ?
Mes racines slaves n’ont pas à voir avec ces deux textes. Ce sont tout simplement l’histoire de cet ogre amoureux et de cet aventurier de l’espace qui sont au centre.
Quel est votre rapport à l’écriture, à la composition ? À quels moments ressentez-vous l’envie, le besoin, de vous confier plutôt, soit à une feuille de papier, soit à un instrument de musique ?
J’ai toujours envie d’intégrer puis partager ce qui me frappe quand c’est beau ou quand c’est fort.
Mardi 19 novembre vous serez au Théâtre de la Tour Eiffel pour un spectacle unique autour de ces poèmes, "chantés et dits". Comment abordez-vous ce rendez-vous ? Il y aura des surprises ?
Pas de surprise cachée pour cette occasion, d’invité particulier. C’est déjà un pari de présenter un tel répertoire, alors…
Si, parmi tous vos albums, vous deviez nous citer, pour nous les faire découvrir, celles de vos chansons qui vous tiennent le plus à cœur, quelles seraient-elles ?
J’aime certaines chansons un peu plus que d’autres c’est vrai. Je pourrais vous citer Vous ne saurez jamais (dans Pantoum), Cousus ensemble dans Têtue, Des jours avec... dans Eau Calme, Les naufragés volontaires…
Vos projets et surtout, vos envies pour la suite, Enzo Enzo ?
Aimer. Être aimée. Chanter. Trouver des champignons. Faire rire. Aider...
Pierre-Henri Bovis, jeune maire-adjoint d’Achères, dans les Yvelines, est depuis près de trois ans un habitué de Paroles d’Actu (à lire notamment, cet article mis en ligne l’année dernière). J’ai souhaité l’inviter à s’exprimer aujourd’hui sur une question moins « politicienne » qu’à l’accoutumée - bien qu’éminemment politique : le sport, qui est d’ailleurs, ceci expliquant aussi cela, le domaine premier de sa compétence à la municipalité. Merci à toi « PH » de t’être prêté au jeu, une fois de plus...Une exclusivité Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.
« Le sport, un vecteur de cohésion sociale... »
par Pierre-Henri Bovis, le 26 octobre 2015
Les rencontres à la Mairie s’enchaînent mais ne se ressemblent pas... La délégation Sport est d’une richesse que je ne soupçonnais pas ; cela constitue déjà, en soi, une belle leçon d’humilité.
Le sport a toujours fait partie de ma vie. Le tennis, le volley, le football, la course... sont autant d’activités qui ont forgé ma personnalité. Malheureusement, le manque de temps m’empêche de plus en plus de pratiquer une activité sportive comme je le souhaiterais. Pourtant, nous sommes parvenus, avec une petite équipe de coureurs achérois, à garder un rythme régulier : une fois par semaine, pendant la pause déjeuner. Nous profitons de cette chance d’habiter dans une commune des Yvelines à dimension humaine, située entre la Seine et la forêt domaniale de Saint-Germain-en-Laye. Nous courons en général durant quarante à cinquante minutes.
La culture physique est pleinement intégrée dans notre modèle sociétal, à tel point que les publicités autour du sport, de l’alimentation équilibrée font aujourd’hui partie de notre quotidien. Arnold Schwarzenegger, qui fut gouverneur de Californie, a très vite compris, dès le début des années 2000, l’impact du sport chez les citoyens en menant une politique ferme et ambitieuse de lutte contre l’obésité et de promotion de l’exercice physique. C’est le rôle des pouvoirs publics d’accentuer l’effort sur la communication sportive, ses bienfaits et ses valeurs.
Qui n’a pas en tête l’image des « Black Panthers », le poing gauche levé comme symbole de liberté et d’émancipation ? Pendant la Guerre froide, le sport et les sportifs étaient considérés comme des ambassadeurs des identités nationales. Une victoire lors d’une épreuve suggérait la réussite d’un modèle social. Les Jeux olympiques ont très largement contribué à l’émergence, depuis quelques années, d’une « science sportive » : le sport est de fait devenu un pilier incontournable des relations internationales et, plus directement, des politiques publiques.
Il y a quelques temps, j’ai eu la chance de rencontrer, à Achères, une dame formidable de 82 ans qui force le respect... Trois fois par semaine, tôt le matin (à partir de 6h30), elle court six kilomètres pour garder la forme et préserver sa sociabilité. Le week-end dernier, j’ai eu l’honneur de marier un couple qui s’est rencontré il y a 8 ans, par un heureux hasard... lors d'un footing !
Ces deux rencontres en quelques jours prouvent à elles seules la place occupée par le sport dans nos vies. Il est incontournable. Facteur de bien-être, de sociabilité, d'échanges, facteur d'intégration, il est un vecteur puissant de valeurs. Le tissu associatif joue d’ailleurs un rôle majeur en la matière, bien que trop souvent oublié par les politiques. En réponse au communautarisme, à la fragmentation - annoncée ou constatée - de notre modèle social, le sport est un ciment puissant qui favorise le maintien de ces valeurs, tellement fondamentales pour nos sociétés...
Le sport et en particulier les clubs sportifs ont un rôle essentiel à jouer au quotidien dans l’éducation et l’encadrement des jeunes, en ce qu’il est, là encore, un vecteur de cohésion sociale. Il est également une activité socio-économique en expansion. Les champions des différents sports doivent être les ambassadeurs d’un modèle de réussite pour les plus jeunes. Dans les quartiers difficiles, il ne fait aucun doute que le sport assure, à son niveau, une réelle politique d’insertion.
Pierre-Henri Bovis, maire-adjoint d’Achères en charge du Sport,
ici accompagné de son amie dans la forêt domaniale de Saint-Germain-en-Laye...
Qu’il est difficile et vain, parfois, d’essayer de trouver des mots pour exprimer l’horreur, qualifier l’inqualifiable. Atroces, les attentats qui ont ensanglanté la capitale ce vendredi en soirée furent atroces. Sans aller beaucoup plus loin pour ce qui me concerne, je ne puis que me joindre, bien humblement, à toutes celles et tous ceux dont le gros des pensées est orienté, depuis quelques jours, vers les victimes des carnages, leurs familles et leurs proches, vers les forces qui, au-dedans comme au-dehors luttent pour la sécurité et la défense collectives, vers la ville de Paris et, ne l’oublions pas, de Saint-Denis.
J’ai eu envie de réfléchir à un article. Dans ma pensée, il ne pouvait, en dépit de l’état d’esprit du moment, qu’être solaire - quoi de plus naturel après tout, le monde entier dit de Paris qu’elle est la« Ville lumière ». Mon choix s’est rapidement arrêté sur Germain Louvet, jeune danseur à l’Opéra de Paris. En juillet dernier, il nous gratifiait d’un autoportrait sensible, touchant et inspirant. Autant de qualités qui l’ont qualifié à mes yeux pour nous raconter un peu ce qu’est « son » Paris. Le jour même de ma proposition, le 16 novembre, je recevais son texte. Un hymne à Paris. À la vie, qui continue et qui continuera. Merci, Germain... Une exclusivité Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.
Je ferme la petite porte de mon appartement, range les clés dans mon sac ; j’allume la minuterie de la cage d’escalier délabrée puis descends les quatre étages. Le bois craque sous mes semelles de crêpe, l’odeur d’un filet mignon se mêle au tabac froid. Au troisième étage, des éclats de rire ; au deuxième, des notes de Chopin accompagnant distraitement la voix nasillarde du présentateur télé. J’appuie sur l’interrupteur « porte ». Un déclic, puis la rumeur de la rue s’impose.
Le froid vif me surprend par un frisson de plaisir, je ne remarque même pas l’odeur âcre des pots d’échappement et du goudron battu par les voitures insatiables. Une prostituée me fait un clin d’œil, sourire ; j’attends que le bonhomme passe au vert, puis je quitte la rue Saint-Denis.
Un Vélib’ ralentit pour me laisser passer, cliquetis du dérailleur trop sec, crissement des patins de frein trop usés. Je passe devant un café, relents de café justement, souffle rauque des poêles d’extérieur, lumières de braise sur la terrasse fumeur enfumées, où une discussion animée s’interpose entre un baiser d’adolescents rougissants et une famille de touristes danois. Quelques mètres plus loin, une vitrine m’attire par son éclairage acidulé ; deux mannequins sans visages prennent lascivement la pose, nonchalants mais sensuels. Je m’arrête, scrute les prix. J’attendrai les soldes. En contrebas, un sans-abri à la peau tannée par le froid, la pluie et l’oubli : « Une petite pièce s’il vous plaît ». Gêne. « Désolé, je n’ai pas de monnaie sur moi ». Honte, culpabilité, je donnerai la prochaine fois. Un fox-terrier surexcité aboie, son propriétaire aboie plus fort, en serrant la laisse. J’évite un arbre gris, marche sur ses feuilles déchues mais encore croustillantes, j’agrippe une barre de fer pour mieux prendre le virage, lampadaires tamisés, enseignes fluo, tiens il fait nuit tôt maintenant...
Je dépasse une librairie branchée. Le dernier roman d’Amélie Nothomb, un livre de photos sur Pina Bausch, un ouvrage de peinture sur Velasquez. Ça sent le fromage de chèvre. Une fromagerie de quartier attire les papilles gourmandes et les estomacs vides de ses effluves entêtantes, comté affiné vingt-quatre mois, 27,60€ le kilo. Un hurlement survient, non c’est un rire particulièrement aigu provenant du Café Charlot. Conversation en allemand d’un groupe d’étudiants marchant derrière moi, décidément j’ai tout perdu depuis le bac.
La clameur de la place de la République me parvient, comme le gargouillis sourd d’un estomac de géant digérant inlassablement le flot de véhicules et de personnes qui y transitent. Un mélange hétéroclite d’individus se masse devant l’entrée d’un théâtre, à l’affiche Catherine Frot et Michel Fau.
Je continue de marcher. Je croise des hommes et des femmes, une poussette, un attaché-case, un manteau en alpaga, un pull en cachemire, un blouson vintage, une paire d’escarpins vernis - des Stan Smith évidemment -, des enfants qui pleurent, des parents qui aiment. Un béret, un piercing, des jupes plissées, des jupes fendues, un fauteuil roulant, des faux sourcils, des jeans moulants. Des regards affairés, une démarche chaloupée, deux hommes se tenant par la main, un sac de course se balançant au bout d’un bras, et le bal cadencé des sorties de métro aux heures de pointe. Je fonce maladroitement sur une poubelle verte et jaune oubliée par le ramassage, laisse échapper un soupir.
J’aperçois les ombres dansantes d’un lustre finement ouvragé sur les arabesques élégantes des moulures fastes d’un appartement au premier. Une pétarade explose derrière moi, une Harley noire et son coursier de cuir et de bottes déboule sur la voie de bus. Les vibrations font presque frissonner la surface lisse du canal Saint-Martin ; seuls quelques mégots viennent habituellement en troubler l’onde calme. Mon regard se perd dans le miroitement sombre dans lequel se reflète l’étreinte langoureuse d’un couple quinquagénaire accoudé à la rambarde du ponton.
Un battement régulier me ramène à la réalité, sonorités de basses, rap à fond la caisse dans la 205 tunée qui laisse les paroles agressives s’égrainer le long de la chaussée. Un verre de vin rouge s’offre un instant de grâce lorsque l’éclat du rubis qui le traverse me tape dans l’œil. Concurrence rude avec l’or irisé d’une pinte de blonde lui tenant compagnie. Les chaises en rotin interrompent la commande par le raclement inopportun de leurs pieds contre le bitume. Un skateboard se fraie un chemin, équilibriste moderne dans ce cirque urbain.
Quelques notes de guitare retentissent agréablement, guidant la voix suave et douce d’un apprenti mélomane en quête d’oreilles compatissantes. Badauds amusés et curieux, attroupements, quelques déhanchés ; l’artiste satisfait redouble de passion.
J’interromps un moment ma pérégrination à travers cette jungle que je chéris, je regarde le ciel hâlé, mélasse épaisse de mauve et d’encre. Je prends une bouffée d’air frais, je suis entouré de vie et de bruit, je me sens bien.
Une vibration dans la poche de mon pantalon me sort de ma torpeur. Alerte Le Monde sur mon iPhone 4 ; au loin le gémissement des sirènes, l’incompréhension, le silence, puis les larmes.
Mes larmes coulent, rejoignent le pavé, se fraient un chemin parmi les souvenirs d’une ville de liberté, de culture et de joie, pour se confondre dans les eaux impassibles du canal, qui jamais ne cessent leur pèlerinage dans la cité des Lumières et des droits de l’Homme, où s’abreuve notre histoire, notre inspiration et nos idéaux. Malgré la colère, la peine de la perte d’êtres innocents, l’horreur et l’absurdité engendrées par la folie meurtrière, il suffit d’un reflet de lune sur la basilique de Montmartre, de quelques accords d’accordéon près du pont des Arts, du tintement d’une cuiller sur la soucoupe d’une tasse de café ou de la senteur veloutée du pain tout juste sorti du four de la boulangerie au petit matin, pour se rappeler l’espoir et la vie.
Car Paris est là, immortel dans sa beauté comme dans sa laideur. Et dans sa diversité il bat par un seul cœur, celui des Parisiens, des Français, et ceux du monde entier.
« Paris, vendredi »
par Germain Louvet, le 16 novembre 2015
Clichés signés Robert Doisneau, sélectionnés par Germain Louvet pour illustrer son texte.
Fin mars, fidèle à mon habitude d’inviter de jeunes citoyens engagés en politique à s’exprimer sur des questions d’actualité, j’ai proposé à cinq d’entre eux, de familles de pensée différentes, de coucher sur papier numérique un texte imprégné de leur sensibilité propre autour de la thématique suivante : « Regards sur l’état du monde (et de la société française) ».À la date de cette publication, le 19 mai, quatre textes m’étaient parvenus. J’entends renouveler cet exercice régulièrement, avec des panels de contributeurs à chaque fois différents. Le prochain sera un peu moins masculin. Merci à vous, Benoit, Arthur, Vincent, Arnaud, pour vos textes qui, tous, méritent lecture. Pour ce premier numéro de Regards sur l’état du monde... et de la société française, j’ai pris pour illustration une image d’actualité : une photo du site antique de Palmyre, menacé d’extinction par les tristes sires qui portent l’étendard du soi-disantÉtat islamique. 19 mai 2015. Ainsi va le monde... Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.
Parler de la situation de la France et du monde aujourd’hui, c’est bien souvent dépeindre des souffrances, des renoncements, notre déclin. Et pourtant !
Mon statut de jeune entrepreneur me fait rencontrer chaque jour des hommes et des femmes qui créent ou développent leurs entreprises et essaient dans chaque situation qui pourrait survenir de retirer un maximum de positif. Agir pour ne pas subir. C’est cet optimisme qui m’entoure dans l’entrepreneuriat que j’ai décidé d’adopter aussi dans mon combat politique et de transmettre.
Si, fin février 2015, le nombre de chômeurs s’élevait à 5 561 000, toutes catégories confondues, la France est, après les États-Unis, le pays où se créent le plus de start-ups dans le monde, le pays où le taux de start-ups ayant atteint le seuil de rentabilité sur cinq ans avoisine les 80%, le pays où sera réalisé, bientôt, le plus grand incubateur au monde !
Si l’économie française souffre et subit des turbulences, elle est surtout en train de se métamorphoser : la « destruction créatrice » chère à Schumpeter est en marche ! Le rôle du politique ne doit pas être alors de freiner cette entrée de notre pays dans une nouvelle ère technologique, industrielle et sociétale mais de l’encourager. La reconversion, si elle est douloureuse, est nécessaire et plutôt que de maintenir sous perfusion des activités, que l’État investisse massivement dans la recherche et le développement ou la formation professionnelle serait plus bénéfique à mes yeux. Comme le disait le Général de Gaulle dans un discours du 14 juin 1960 : « On peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. Mais quoi ? Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. »
Il n’y a pas que l’économie qui évolue, la société française elle-même change aussi. Et s’il faut accompagner ce changement, il faut cependant prendre garde à ne pas faire disparaître toutes les structures. L’Homme a besoin de cadres pour se construire et se développer et il en existe deux pour moi : le cadre familial et le cadre national.
Si tous deux sont menacés en France, ils seraient pourtant simples à remettre en place par quiconque aurait un peu de courage politique : réaffirmer que chaque être humain doit savoir d’où il vient pour savoir où il va et en tenir compte lorsque l’on légifère, redonner la fierté d’être français par les programmes scolaires mais aussi par la mise en œuvre d’un grand projet national.
Pour mener à bien tous ces changements et combats, j’ai remarqué, dans mes rencontres de terrain chaque jour, que je pouvais compter sur les jeunes. Les jeunes, loin de se désintéresser de la politique, ont leur mot à dire. En 2007, 67 % des 18-30 ans se disaient intéressés par la campagne présidentielle et, en 2014, ils étaient tout de même 83% à déclarer suivre régulièrement l'actualité politique. Si les jeunes s’abstiennent, ils sont donc loin d’être dépolitisés.
Si je n’ai pas peur pour la démocratie française, il est temps pourtant pour les partis politiques de se remettre en cause s’ils ne veulent pas disparaître et être remplacés par de nouvelles structures. La mise en place et la multiplication des primaires au sein des partis, que ce soit pour le candidat aux élections présidentielles ou pour les candidats aux élections communales, est un exemple. Il faut plus de transparence, de démocratie, d’écoute et, ne vous inquiétez pas, les partis l’ont bien compris. Les jeunes d’ailleurs engagés au sein de ces partis commencent à faire bouger les lignes.
Parler de la France amène naturellement à parler aussi de la situation mondiale. Le monde doit relever aujourd’hui trois enjeux : le problème du terrorisme, la question environnementale et la gestion des flux migratoires. Et là encore je suis optimiste !
La communauté internationale, si je regrette son inaction et sa lenteur face à la barbarie terroriste, ne pourra pas se permettre de ne pas intervenir si elle ne veut pas que l’ensemble des pays du globe et notamment les pays occidentaux soient touchés à leur tour massivement. Il en est de même pour la question environnementale. Quant à la gestion des flux migratoires, il est temps d’aider les pays du Sud à se développer, cela est dans notre intérêt comme dans le leur. Le monde ne peut pas être stable si 50% de la population mondiale regarde les 50% autre profiter des richesses et ne pas les redistribuer. Nous avons su inventer la redistribution au sein d’un État, pourquoi ne pas le faire à l’échelle planétaire.
J’ai d’ailleurs de grands espoirs pour un continent comme l’Afrique ! L’Afrique dispose d’une jeunesse éduquée, de ressources importantes; elle est un marché en pleine expansion. Tout le monde en prend conscience et en particulier aujourd’hui les entreprises asiatiques. Elle ne sera pas laissée sur le banc de touche de la prospérité économique au 21ème siècle si elle s’affirme et sait tirer profit de l’attrait qu’elle représente.
Il ne s’agit pas de nier les souffrances et les difficultés qu’il peut y avoir aujourd’hui mais les solutions pour sortir de ce marasme existent. Alors plutôt que de commenter, agissons, ayons du courage et surtout, soyons optimistes, on a toujours raison d’avoir foi en la France !
Parce qu’il faut bien un mot pour commencer un article, j'en prendrai un : terrorisme. Relativement à la mode depuis un certain temps. Seulement, qu'est ce que le terrorisme ? En voila un concept large, sans définition précise mais pourtant omniprésent dans le discours médiatico-politique. Le terrorisme serait aujourd'hui compris avant tout comme l'usage de la force, de manière illégale et non conventionnelle, afin de générer un sentiment de peur sur une population ciblée et porter ainsi certaines revendications, peu importent ces revendications ou la personne qui emploie ces méthodes (cela peut être une organisation, un État, etc.)
Dès lors, comment entendre ce discours bien pensant et politiquement correct de la “nécessaire” et “inévitable” “guerre contre le terrorisme” ?
Comment peut on penser faire la guerre à un concept, qui plus est aussi large et peu précisément définissable ? Le terrorisme est un mode d'action. Il n’est pas porteur en soi d'une identité, si ce n'est la lâcheté de ceux qui s'attaquent à des populations ou des personnes sans défense dans le but d'atteindre un objectif qui leur est supérieur. Il n’est pas non plus en soi porteur de revendications, si ce n’est celles de refuser de s’inscrire dans la légalité pour porter ses revendications.
Alors que l’on parle depuis plusieurs mois et années d'un terrorisme “islamiste”, il faudrait rappeler qu'en France, depuis les années 2000, l’immense majorité des attentats a été perpétrée par des nationalistes, corses et basques, qui représentent près de 78% des attentats perpétrés sur le territoire national depuis l’an 2000. Est-ce à ce nationalisme que l’on prétend faire la « guerre » ?
Les incantations répétées à mener une guerre contre le terrorisme ont un but politique très clair, pour ne pas dire politicien. Si certains pensent sincèrement, et naïvement, que c’est une « guerre » dont nous avons besoin, la majorité du personnel politique qui s’inscrit dans ce flot d’incantations perpétuelles ont conscience de la portée belliciste de leurs propos. Ainsi, pour faire un parallèle avec l’actualité, quand Christian Estrosi se prend d’une envolée contre l’islamo-fascisme et la guerre qu’il faudrait lui mener, il ne fait rien d'autre que crier avec les loups, prêts s’il le faut à déclencher une guerre civile dans le pays. Car, qu’est-ce d’autre qu’une proposition ouverte de guerre civile ?
Dans l’Histoire, les grandes tirades sur la guerre contre le terrorisme ont souvent ajouté de la confusion et de la destruction plutôt que constitué de véritables solutions à des problèmes bien réels. Pour ne pas évoquer un exemple qui est largement connu de tous (la stupidité de Bush, des néo-conservateurs états-uniens et de leurs quelques caniches européens dans les interventions en Afghanistan et en Irak), je parlerai de la situation qu’a traversée un pays que je connais bien : le Pérou.
Dans les années 80, puis dans les années 90, le pays a connu une vague de violence interne, initiée dans les Andes péruviennes par un groupe, le Sentier lumineux, rapidement classé sur la liste des organisations terroristes. À maints égards, ce mouvement, qui n’est absolument pas assimilable aux guérillas qui se sont développées en Amérique latine à la même époque, utilisait largement des méthodes terroristes. En réponse à cette violence, les gouvernements péruviens qui se sont succédé ont déployé des solutions de répression aveugle, facilitées par un état de racisme ambiant qui imprégnait la classe politique à l’encontre des populations andines. L’apogée de cette violence d'État fut atteinte sous le gouvernement Fujimori, qui utilisa la répression systématique comme mode de légitimation de son gouvernement.
Seulement, alors que le président en question roulait des mécaniques et que l’armée employait des techniques anti-subversives extrêmement violentes à l'encontre des populations « suspectes », un groupe de renseignement créé bien avant l'arrivée au pouvoir de Alberto Fujimori infiltrait et démantelait les principaux réseaux dirigeants du Sentier lumineux. La dénommée « Opération victoire » procédait ainsi à l'arrestation du chef du mouvement, Abimael Guzmán, le 12 septembre 1992 alors que le-dit « sauveur de la nation », Alberto Fujimori, s’en était allé à la pêche, preuve s’il en fallait de son absence totale d’implication dans ce qui fut l’un des événements les plus décisifs dans l'élimination de la violence du Sentier lumineux. Plus tard, la Commission de la Vérité de la Réconciliation admettra, après plusieurs années d’enquête, après avoir recueilli plusieurs milliers de témoignages, que l’attitude des gouvernements successifs avait aggravé de manière considérable le conflit.
Qu’est ce que j’entends démontrer par cet exemple ?
Simplement que l’efficacité des politiques destinées à éliminer la violence exercée par des « groupes terroristes » est souvent inversement proportionnelle aux grandes incantations politiciennes et aux déclarations de guerre. Déclarer faire la « guerre » au terrorisme est aussi inefficace qu’irresponsable. Inefficace parce que ce n’est pas avec les techniques de guerre que l’on met un terme aux actions terroristes. Irresponsable parce que ces déclarations n’ont comme seule et unique conséquence qu’une aggravation du problème qui est posé.
Ainsi, les véritables laxistes en terme de politique de sécurité sont ces marabouts de la solution sécuritaire. Rouler des mécaniques, appeler à faire la guerre, renforcer des mesures de répression sans aucune compréhension des phénomènes que l’on a en face de soi est autant une preuve de stupidité intellectuelle que de lâcheté face à ceux que l’on prétend « combattre ».
Dans le contexte actuel, le pays ne peut se passer d'un véritable débat sur les méthodes à adopter pour relever ensemble la situation. Une chose est certaine : cela ne passera pas par l’utilisation d’une procédure accélérée dans l'examen au Parlement de la prochaine loi de renseignement, ni par l'utilisation de vocables bellicistes qui sont le comble de l’irresponsabilité et sacrifient la sécurité des Français sur l’autel de la compétition politique.
Notre génération a peu de repères. Elle n’en voit pas la nécessité. La paix, la mondialisation, la crise et, paradoxalement, un certain individualisme fractionnent la société en petits égoïsmes préoccupés par leur futur proche, mais pas vraiment concerné par leur devenir commun.
Les troubles contemporains, aux causes complexes et aux conséquences imprévisibles, entretiennent en effet un climat absurde dans lequel la survie individuelle prime.
Le mal-être est flou, persistant, usant. Des forces s’opposent à chaque être humain sans que celui-ci soit capable de les comprendre, donc de les affronter. Le terrorisme international, la finance dérégulée, la crise écologique sont autant de menaces auxquels l’Humanité n’encore jamais eu à lutter. Comment, d’ailleurs, faire face à un ennemi invisible ? À la fois sourds, aveugles mais paniqués, nous attendons que le salut vienne à nouveau d’un Grand Homme qui montrera la voie.
Par le passé, les combats que livraient les Hommes étaient primaires : un adversaire clairement identifié, des impacts directs, un duel manichéen. La victoire ne nécessitait qu’un courage particulier, ce qui était à la fois terriblement exigeant et diaboliquement simple.
Ces conditions ont favorisé pendant des siècles l’émergence de Grands Hommes. Les guerres, les discriminations raciales, les colonisations ont fait naître des De Gaulle, des Mandela ou des Gandhi.
Pour deux raisons, ce n’est plus d'actualité.
D'abord, parce que ces personnages ont été statufiés, figés dans un au-delà a priori inatteignable pour le commun des mortels. La déification des Grands Hommes empêche leurs semblables de comprendre que leurs actes étaient à la portée du moindre individu, qu’ils étaient des exemples avant d'être exemplaires (ce qu’ils n'étaient jamais totalement).
Ensuite, parce que la globalisation des problèmes auxquels les Hommes font face aujourd’hui n'exige qu’une réponse collective. Toute initiative individuelle est désormais imperceptible, quand elle n’est pas tuée dans l’œuf. Les mouvements de foule, de soutien ou d’indignation n’ont plus de leaders – Je suis Charlie et les Anonymous en témoignent. Au lieu de venir d’en haut, les changements doivent donc émerger de la base. L’opinion publique remplace désormais l’Homme providentiel. La contestation est devenue anarchique.
Cette reconnaissance de l'intelligence collective découle, on le comprend aisément, du pouvoir attribué au citoyen par ses rôles d’électeur et de consommateur. Chaque individu étant un faiseur de rois politiques et commerciaux, les responsables des deux branches ne reconnaissent alors comme légitimes que les critiques portées par un certain nombre de leurs clients.
Il devient donc de plus en plus difficile de protester dans un système qui pousse à la survie individualiste mais ne reconnaît que la contestation collective.
On peut comprendre que notre génération vive ainsi avec une perception inutile de la révolte dont découle un complexe d’infériorité vis à vis des Grands Hommes du passé, capables de prouesses aujourd’hui irréalisables.
Mais, au contraire, il me semble essentiel de rappeler que nous détenons tous une part de Grand Homme. Il y a, même dans la personne isolée, la plus misérable – ou qui s'imagine l'être – de quoi améliorer le monde. Au lieu d'attendre la personnification de notre salut, nous devons chacun et chacune d’entre nous faire appel à ce que nous avons de meilleur et mettre collectivement à profit ces forces individuelles.
En cela, j’appelle tous les lecteurs de ce billet à donner un peu de leur temps et de leur énergie à une activité publique. Les possibilités ne manquent pas : parti politique, association, service civique, volontariat, etc.
Si nous ne sommes pas à la hauteur des Grands Hommes du passé que nous admirons tant, prenons au moins notre part dans l’action collective. Alors, ensemble, nous serons les Grands Peuples de demain.
Qui ose prétendre que l’idee de nation est ringarde ? Tant de personnes se sont battues, tant d’êtres humains sont morts pour que survive la leur.
On a souvent, dans nos sociétés modernes, une impression culpabilisatrice lorsque l’on défend l'idée du patriotisme, en dehors de toute notion politique. On discute avec des amis, des connaissances, des membres de notre famille : un certain nombre nie la nécessité de la nation.
Alors certes, la nation ne fait plus rêver : il est devenu loin, le temps où, de la Révolution jusqu’à De Gaulle, on se sentait appartenir à une grande nation, une et indivisible. La notion de fraternité, notamment, a disparu : en même temps qu’au sommet on prône un universalisme inavoué, on détruit des liens forts, millénaires presque - ceux-là même qui faisaient notre unité.
Presque étrangers les uns des autres, les nationaux d’un même pays sont parfois devenus étrangers à eux-même : on doit renier notre appartenance nationale, puisque l’on doit se fondre dans une masse mondialisée, sous la coupe de l'universalisme, dénuée de toutes les valeurs que l’on a mis tant de temps à mettre en place : la liberté, l’égalité et la fraternité en font partie.
Les acquis révolutionnaires, et les acquis sociaux de ces dernières décennies se voient fondre au sein d'un régime juridique de plus en plus large, qui nie les particularismes nationaux : pourquoi, par exemple, la France devrait-elle payer de lourdes amendes lorsqu’une de ses lois n’est pas la même que celle voulue par l'Union européenne ? Quel serait, également, le SMIC européen que tous nous promettent, sans - évidemment - nous en donner le montant ?
Plus que jamais, ces acquis sociaux sont en danger; plus que jamais, nous devons avoir foi en notre nation, nous devons faire en sorte qu’elle (re)devienne protectrice pour nos concitoyens : aucun de nos dirigeants ne devrait pouvoir rompre avec cet objectif.
Il y a là la condition sine qua non d’une société internationale qui fonctionne correctement. Nous devons respecter notre nation, mais également celle des autres. Jaurès disait que c'est le bien de ceux qui ont tout perdu. En d’autres termes, nous devons reconnaître à ceux qui nous entourent le droit d’être fiers de leur patrie.
Mais certains liens, il est vrai, dépassent l'idée de nation ou de patrie. C'est le cas de la langue, par exemple. Si les Anglais l’ont déjà compris, la France doit également sauter le pas et recréer du liens avec les autres pays francophones. Nous pouvons trouver, en Asie, en Afrique, aux Amériques, des amis solides qui parlent notre langue mais que le gouvernement traite actuellement comme des États lambda. C’est vraiment dommage.
Il est donc possible de repenser notre monde, d'apporter un nouveau souffle patriote et pacifique. Nous devons dire haut et fort qu’on peut être fier de son pays sans faire la guerre ! L'avenir de notre monde sera, je l’espère, le patriotisme.
Ce 15 juin, Paroles d’Actu fête ses 15 ans. Rassure-toi aimable lecteur, je ne t’infligerai pas de nouveau la genèse de cette histoire, racontée il y a 15 mois (décidément) lorsque, séquestré par l’interviewé devenu interviewer Anthony McFly, je me suis résolu à me dévoiler un peu. 15 ans d’échanges, de partage au service je l’espère d’une meilleure connaissance du monde qui nous entoure, au service aussi d’une évasion salutaire - précisement parce que "le monde qui nous entoure". 15 ans de rencontres, pas souvent physiques (mon coin entre Givors et Vienne n’est pas encore desservi par la RATP) mais bien réelles, ayant souvent débouché sur une confiance mutuelle, et parfois j’en suis heureux sur une relation amicale.
Il y a une semaine tout juste, j’ai eu l’idée, pour "marquer le coup", de proposer à quelques uns de mes correspondants fidèles de prendre leur plus belle plume pour évoquer "leur" parcours, leur ressenti avec ce média. Nombre de retours positifs me sont parvenus, et lorsque j’ai pris connaissance des premiers textes j’ai compris, par la gentillesse des propos tenus, que j’avais encore, moi qui doute toujours beaucoup et de tout, de bonnes raisons de continuer encore un peu sur cette voie.
Je veux encore remercier ici, publiquement et chaleureusement, celles et ceux qui m’ont fait l’amitié de répondre à ma sollicitation. Pour leurs mots qui m’ont touché plus que je ne pourrais dire. Pour simplement m’avoir accordé de leur temps pour cet article anniversaire, d’autant plus qu’ils ont eu des délais très courts pour le faire. Lorsque je me prends à rêver que je fais de la télé ou de la radio, quand je m’imagine une "bande" comme Ruquier jadis, comme Estelle Denis ou même comme Celui dont je n’écrirai pas le nom ici, j’en suis convaincu : cette bande que je voudrais, ce serait eux, ce serait vous. Éclectiques dans vos talents et vos savoirs, humains, rarement superficiels (qui l’est pas ?), parfois légers comme il faut. Je suis fier d’avoir construit ce lien avec vous tous.
Je veux saluer aussi celles et ceux qui auraient bien voulu participer mais qui n’ont pu le faire. Tous ceux qui m’ont accordé de leur temps depuis 2011, sans exception. J’ai pu vous offrir mon écoute, ma force de travail et ma sympathie, mais jamais véritablement une audience à la hauteur de nos efforts. C’est le point sur lequel j’entends travailler pour la suite : bien que n’étant pas pro en la matière, je sais combien il est crucial pour se faire entendre - a fortiori quand on fait de l’écrit.
Je veux avoir pour conclure - cette intro, pas Paroles d’Actu - une pensée particulière pour celles et ceux qui ne sont plus là. Parmi mes interviewés d’une part, parmi les personnes qui m’ont témoigné au fil des ans leur intérêt et leurs encouragements d’autre part. Je ne citerai personne, de peur d’oublier qui que ce soit. Une peut-être, dans la deuxième catégorie : mon père. Il est parti à l’été 2014, alors que le site avait trois ans - lui n’en avait que 63. Ce que je faisais avec Paroles d’Actu l’intriguait, c’était à mille lieues de son univers d’ouvrier - chez qui toutefois la curiosité a toujours été réelle et constante. Je sais que derrière son regard bienveillant, et alors même qu’il ne comprenait pas, il y avait chez ce taiseux (je sais de qui tenir) une forme de fierté. Alors oui, pour ces 15 ans, si je dois faire une dédicace particulière, elle sera pour lui.
Place maintenant à vos paroles à vous. Sans elles, Paroles d’Actu ne serait rien parce que je n’ai jamais conçu ce site autrement que par la notion d’échange dans le respect. J’ai pris le parti de faire apparaître les textes dans l’ordre de leur réception, et de ne faire apparaître ni photo ni explication sous le nom de chaque contributeur : simplement un lien, en cliquant sur leur nom, pour découvrir ou redécouvrir le passage de chacun sur ce média, et découvrir ou redécouvrir ces personnes qui, je vous assure, en valent la peine ! Encore merci à VOUS. Nicolas.
Paroles d’Actu : 15 (premières) années
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Paroles d’Actu a été le premier média à s’intéresser à mon premier roman, La Ride du souci, publié en août 2021. Nicolas l’avait lu avec attention, me témoignant un enthousiasme sincère et réconfortant. Les nombreuses questions que j’avais reçues étaient précises, originales, parfois intimes mais jamais déplacées. Je m’étais confié sans retenue. Plus tard, en découvrant d’autres articles du site, j’ai été impressionné par leur qualité rédactionnelle. Nicolas est un excellent journaliste. Nuancé, sensible, intelligent et profondément curieux. Très bel anniversaire à Paroles d’Actu, et que les quinze prochaines années soient aussi prolifiques ! Encore bravo pour ton travail, Nicolas.
Nicolas Roche m’annonce que le 15 juin, il fêtera les 15 ans de Paroles d’Actu. C’est magnifique, cette longévité. Nicolas m’a toujours donné la parole pour défendre mes livres – romans, biographies, essais. Ses questions sont pertinentes, elles obligent à repenser le point de départ d’un ouvrage, ce qui n’est pas évident. Parfois, et avec délicatesse, il cherche l’intime de l’auteur et le contraint à se révéler, alors qu’il a tendance à se cacher derrière les personnages qu’il a créés, ou le sujet d’étude qu’il a choisi. Et puis j’aime quand il demande quel sera votre prochaine biographie. Après avoir répondu, cela nous pousse à aller au bout du projet, même quand il est embryonnaire. Même quand il n’existe pas. Une fois le nom lâché, plus possible de se défiler. Nicolas est un éveilleur de conscience. C’est rare de nos jours où les débats se résument à « j’aime » ou « j’aime pas ». Longue vie à Paroles d’Actu.
15 ans déjà et même pas en crise d’adolescence. Merci à Paroles d’Actu pour sa fidélité, de ma part évidemment, mais aussi de celle de Véro qui se remet de ses dernières aventures, prépare son retour sur les scènes (F)estivales et souhaite à Paroles d’Actu une longévité comparable à la sienne.
Voici un peu plus de dix ans, en janvier 2016, j’ai reçu d’un inconnu le message suivant : "Je m’appelle Nicolas Roche, j’ai 30 ans et ai créé voici quatre ans le blog Paroles d’Actu pour lequel je réalise des interviews par internet. Est-ce que sur le principe vous pourriez accepter de répondre à quelques questions pour mon blog ? Autour principalement de l’Arabie Saoudite".
J’ai accepté et joué le jeu, et au fil des années, l’exercice s’est répété une fois, deux fois, puis de nombreuses fois. Sur l’Arabie, le Golfe en général, puis sur l’Inde, sur le journalisme, et parfois d’autres sujets. Ce qui a commencé comme une interview s’est transformé en amitié et, grâce à Paroles d’Actu, Nicolas m’a offert la possibilité de m’exprimer sur des sujets qui me tiennent à cœur, et je l’en remercie très vivement.
Quinze ans déjà… Quinze ans que Nicolas Roche a créé ce lieu d’échanges, de liberté, de curiosité qui ne ressemble à aucun autre. Je n’ai pas participé autant que je l’aurais souhaité, mais que ce soit à l’occasion d’articles ou d’interviews, j’y ai trouvé à chaque fois la même qualité humaine et intellectuelle. Dans ces temps où les opinions se durcissent, où il est si facile de céder à la tentation de classer « ennemis » ceux qui ne pensent pas tout à fait comme soi, Nicolas sait faire place à chacun, et je trouve chez lui et dans ses pages cet attachement à la liberté, et au respect humain qui sont si chers au cœur de tant d’entre nous.
À travers Paroles d’Actu, j’ai pu partager à plusieurs reprises ce que je pensais comprendre des États-Unis, pays où j’ai si longtemps vécu, et qui se transforme à tel point et si rapidement que nous en restons souvent stupéfaits. Raison de plus pour continuer à observer le phénomène, et à tenter d’en tirer les leçons.
Grâce à Nicolas, j’ai pu aussi partager avec les lecteurs et les contributeurs de Paroles d’Actu le livre auquel je suis le plus attachée parmi tous ceux que j’ai écrits : La plus résistante de toutes. J’y relate l’expérience de ma mère, jeune résistante de 18 ans pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette « petite Ginette », telle qu’elle apparaît dans le livre, qui abrita des Juifs sans s’arrêter aux risques qu’elle courait, qui devint « courrier » pour transmettre ordres et informations d’un réseau de résistance à l’autre, qui fut arrêtée à Marseille, subit la torture mais ne céda rien. Au point que le sinistre patron de la Gestapo nota dans son dossier « elle fut la plus résistante de toutes les femmes de ce dossier, car elle ne nous a rien donné du tout ».
À cette mère modeste et exceptionnelle je dois tout : mon engagement pour la liberté, la justice, et contre l’antisémitisme qui resurgit si tragiquement aujourd’hui. Merci à Nicolas Roche de lui avoir fait une place.
Pour un historien de métier absent sur réseaux sociaux et passablement content de l’être, cantonné à l’imprimé, aux documents informatisés ou non, et aux polémiques intra-muros, le médium ouvert mais contrôlé de Paroles d’Actu a représenté une bouffée d’air frais. Pouvoir s’étendre assez longuement sur des thèmes tant soit peu savants mais sans formalisme ou développements pédantesques, et atteindre par-là un public avisé ou non avec lequel échanger des propos amicalement – voilà que Nicolas m’a offert une occasion inespérée il y a quelques années et j’en suis très reconnaissant.
Je dois dire aussi que la presse imprimée française, plus couramment que ses homologues britanniques ou américaine, transcrit parfois in extenso des interviews avec des historiens dont les ouvrages se rapportent d’une façon ou d’une autre à des questions d’actualité. C’est très bien – je l’ai fait et à chaque fois j’en étais content – mais l’entretien est forcément ramené à des dimensions adaptées à l’édition. À la radio – là aussi les émissions consacrées à l’histoire sont plus nombreuses en France qu’ailleurs – on peut également dialoguer librement, mais la conversation se termine là où, sur Paroles d’Actu, elle ne fait parfois que commencer.
Je dois avouer aussi que des ouvrages trop érudits pour le grand public, ou trop grand public pour les érudits, risquent de disparaître entre les deux. Par son format, son ouverture écuménique, et l’imagination de son éditeur, Paroles d’Actu semble apporter une solution à ce problème, parmi d’autres bienfaits. Joyeux anniversaire !
Il y a un peu plus d’un an, à l’aube de ses quarante ans, Nicolas Roche m’a contacté de manière spontanée. Il traversait ce moment charnière où l’on cherche un second souffle, de nouvelles perspectives pour faire grandir son projet. Dès nos premiers échanges, j’ai été frappé par sa personnalité : une immense humilité mêlée à un besoin viscéral de comprendre le monde. Cette démarche a immédiatement résonné en moi. Mon propre métier de conseil en communication d’influence consiste à rendre intelligibles les réalités complexes ; trouver en Nicolas un artisan du sens, un passeur d’idées, a rendu notre rencontre évidente et précieuse.
Aujourd’hui, Paroles d’Actu fête ses 15 ans. Quinze années à décrypter, analyser, et surtout, à donner la parole à ceux qui font notre monde. À l’heure où l’on ne parle que d’intelligence artificielle, d’automatisation des processus, de crises globales et de transformation, le projet de Nicolas est plus que jamais d’utilité publique.
Face à la tentation des algorithmes et des flux continus, nous avons un besoin crucial de ralentir pour écouter. La diversité des points de vue, la confrontation bienveillante des idées et la profondeur des échanges humains ne sont pas des options : ce sont des nécessités absolues pour préserver notre esprit critique. Merci à Nicolas de faire vivre cet espace de respiration et de clarté depuis quinze ans, et longue vie à Paroles d’Actu.
Déjà quelques lustres de paroles, d’actualités partagées et d’interviews au fil du temps. C’est toujours un vrai plaisir de se retrouver pour ces moments périodiques, rares et si simples et sympathiques avec toi, Nicolas Roche. Arrête de courir et reprend ton souffle, asseyons-nous sur un banc et discutons. Merci pour ta fidélité et pour la qualité de nos échanges. Vivement les prochaines paroles d’actu ! Car tant que parole il y a, la vie reste l’actualité permanente d’une société qui avance en échangeant des idées 💡 lumineuses et désorientant avec réflexion les a priori de tout acabit qui trottent dans nos caboches.
Nicolas Roche m’a contacté pour la première fois en 2014. C’était au sujet du livre Vox populi que j’avais consacré à Sardou. Le site Paroles d’Actu n’existait que depuis trois ans. J’ai immédiatement aimé la pertinence de ses questions, sa façon minutieuse de mener l’interview. S’est noué assez vite un lien amical entre nous. Au point d’échanger régulièrement à chaque sortie de livre, puis en privé. Je me suis toujours prêté avec plaisir à ce ping-pong des questions-réponses. Au fil du temps, avec finesse, Nicolas a su me mettre en confiance pour me faire dire des choses intimes, même secrètes, que je ne dirais pas ailleurs. Au-delà des sujets sur lesquels j’ai écrit, il a su percer à jour le biographe. Parfois même, il m’apprend des choses que je ne savais pas de moi. Mais comment fait-il, le bougre !
En 2024, comme il rêvait d’interviewer Françoise Hardy pour son blog, j’ai été ravi de pouvoir les mettre en relation. Il était si heureux d’échanger avec elle. Elle avait aussitôt accepté de répondre à ses questions. Simple et généreuse, elle ne se souciait pas de l’importance médiatique de son interlocuteur. En revanche elle trouvait dommage que cet échange ne trouve pas un plus large écho et elle avait incité Nicolas – comme j’ai pu le faire à mon tour – à démarcher auprès d’un grand journal pour intéresser davantage de lecteurs. Je pense aussi qu’il le mérite.
J’ai été fier aussi de lui faire redécouvrir le grand Serge Lama, ce qui a donné naissance à une longue et excellente interview où pour la première fois le maestro a eu un mot sympa sur la biographie que je lui ai consacrée !
De son côté, par ses entretiens riches et détaillés, il m’a fait connaître des auteurs, des hommes politiques, des scientifiques…
Je le remercie pour sa fidélité. Qu’il soit assuré de la mienne.
Je lui souhaite un bel anniversaire – et surtout une longue route, l’envie d’aller plus loin dans l’investigation.
Quinze ans déjà que Nicolas Roche partage sur Paroles d’Actu sa passion pour l’art sous toutes ses formes, le cinéma, le théâtre, la photographie, la chanson… avec une sensibilité hors du commun, une infinie délicatesse et une plume alerte. Il sait comme peu de journalistes - ce métier dont il rêve et que nous souhaitons tous pour lui - susciter les confidences, sans jamais franchir ces limites courantes qui ouvriraient des brèches inopportunes vers des liens privés. Un travail d’orfèvre qu’il poursuit au fil du temps, défiant les obstacles, le cœur à l’ouvrage et la tête dans les nuages.
Merci à vous, Nicolas, et continuez sans tourner la tête ce beau chemin qui est le vôtre.
Cela a été un plaisir pour moi de répondre aux questions de Nicolas Roche pour Paroles d’Actu. Jeune homme passionné, il aborde le métier avec bienveillance, précision et honnêteté. Au travers de nos échanges, j’ai pu m’apercevoir qu’il cherche à comprendre l’homme derrière l’artiste avec une curiosité pertinente et judicieuse. C’est avant tout une relation humaine et un échange sincère qui l’animent. Son approche du métier est saine et sincère. Merci à lui et bonne suite.
Une sollicitation de Nicolas Roche voici environ 10 ans pour témoigner de l’excellence du coaching de Véronique de Villèle, notre amie commune : j’étais immédiatement séduite par Paroles d’Actu !
Écoute bienveillante, disponibilité et respect de la plume, sont autant de cadeaux qui m’ont permis depuis d’autres expressions libres et authentiques.
J’ai pu m’exprimer sans contrainte sur des thèmes aussi variés que sport, émerveillement, préjugés, migrants ou mon vécu lors du confinement. Cette large palette des sujets abordés par tous les rédacteurs est une des richesses offertes par Paroles d’Actu.
L’initiative heureuse de Nicolas Roche mérite d’être saluée dans un temps de tensions croissantes, car Paroles d’Actu constitue un véritable « territoire possible de partage», et un outil pertinent d’information et de lien.
Je souhaite longue vie à Paroles d’Actu, tant pour le plaisir de ses lecteurs que celui de ses contributeurs et remercie Nicolas de la qualité de son travail, de son esprit éclairé et de permettre le partage d’idées. Bravo à lui !
Nicolas Roche, il y a deux ans, lors de la parution de l’album La Seconde Guerre mondiale en BD, m’a posé différentes questions qui montraient qu’il avait lu l’ouvrage "au finish" (ce n’est - malheureusement - pas toujours le cas lors des interviews). Certaines de ces questions, je m’en souviens très bien, m’ont... remis en question. En 296 pages d’un album de BD, difficile, certes, d’aborder tous les aspects d’un conflit mondial, mais là, il mettait le doigt sur quelques manquements. Ce qui m’a conduit, lors de la réalisation d’un nouvel album, consacré cette fois à la Grande Guerre, à y réfléchir à deux fois... Mais je suis persuadé qu’il mettra à nouveau le doigt là où ça fait mal. Une qualité rare !
J’ai connu Nicolas en 2021. Je venais de publier mon deuxième roman et, sans que je sache trop comment il avait entendu parler de moi, il m’a contacté pour me dire qu’il avait lu mes livres et souhaitait, si cela m’intéressait, réaliser une interview de moi. Chouette, ma toute première interview ! Quelqu’un qui tenait un blog, Paroles d’Actu, et qui s’intéressait à moi ! J’étais aux anges. L’interview s’est faite par e-mails interposés. Les questions de Nicolas étaient intelligentes, précises et curieuses, sans jamais être intrusives.
Sans même nous être rencontrés, un lien de confiance s’est alors tissé entre Nicolas et moi. Depuis, il m’envoie les liens de ses nouveaux articles et, après une lecture attentive, je lui renvoie mes impressions, dont je sais qu’il est friand, car tout aussi précises que ses questions. Le souci de précision, nous avons ça en commun.
Je découvre toujours ses nouveaux articles avec un immense intérêt. Ils mettent en lumière une personnalité — artiste, scientifique, politicien·ne… — qui, à travers ce format écrit, a le temps de s’exprimer, de développer sa pensée et d’aller au fond des choses. L’invité peut même se montrer bavard : Nicolas ne coupe pas ses propos. La notion d’intégrité est sacrée à ses yeux.
C’est devenu rare aujourd’hui, un média qui laisse à son invité le temps et l’espace nécessaires pour s’exprimer. Et ça fait du bien, pour le lecteur, de pouvoir se plonger dans un sujet plus de trente secondes, à son rythme, sans coupures publicitaires, sans jingles bruyants ni sketches intégrés. Grâce à ses articles, on découvre des personnalités intéressantes, drôles ou attachantes, et l’on en redécouvre d’autres. Je me souviens, par exemple, d’avoir particulièrement apprécié les interviews de Serge Lama, Marie-Paule Belle, Thomas Dutronc, Jean-Claude Dreyfus ou encore celle de Françoise Hardy, qui s’est révélée être sa toute dernière…
L’an dernier, pour célébrer les 40 ans de Nicolas, je lui ai proposé d’inverser les rôles : c’est moi qui allais l’interviewer. Assumer ce rôle m’a beaucoup amusé, et il était temps de découvrir qui se cachait derrière ce mystérieux poseur de questions ! De nature réservée, Nicolas a d’abord hésité, puis s’est laissé convaincre : il fallait bien marquer le coup.
Cette année, c’est un autre anniversaire qu’il célèbre : les 15 ans de son blog. Alors, bon anniversaire à Paroles d’Actu ! Continue encore longtemps à nous instruire et à nous enrichir !
Peu après la disparition de Françoise Hardy, dont j’ai été l’éditeur des deux plus grands succès éditoriaux, Le désespoir des singes et L’amour fou, Nicolas Roche m’a proposé d’écrire un hommage à la chanteuse disparue, à laquelle me liaient vingt-cinq ans d’amitié. J’ai aussitôt accepté. Françoise Hardy, je dois le souligner, avait le culte de l’amitié. L’amour était associé dans sa vie à la douleur, et l’amitié, au plaisir. De là qu’elle privilégiait, même dans le travail, un lien affectif, sous réserve qu’il soit tourné vers la lumière - cette lumière dont elle savait la nécessité absolue dans son combat quotidien contre tous les démons du doute. C’est donc sous le signe de l’amitié avec Françoise que j’ai pu connaître Nicolas qui l’avait interviewée. Fatalement, cette amitié a circulé. Je salue aujourd’hui la réussite de ce qu’il a accompli.
À l’occasion des 15 ans de Paroles d’Actu, je voudrais remercier Nicolas Roche pour l’intérêt qu’il a porté à mon travail au fil des années. Depuis 2021, il a régulièrement mis en lumière mes différents projets, de La Bombe aux Piliers de la Terre, en passant par Whisky San, La Diplomatie du ping-pong ou encore G.I. Gay.
Ce qui m’a toujours frappé dans nos échanges, c’est son approche profondément humaine. Derrière chaque œuvre, Nicolas s’intéresse aussi aux personnes qui l’ont créée, à leur parcours, à leurs motivations et aux coulisses de leur travail. Ses interviews vont bien au-delà du simple exercice promotionnel : elles sont nourries d’une véritable curiosité intellectuelle et d’une envie sincère de comprendre.
J’apprécie également sa volonté d’avoir une vision complète d’un projet. Il ne se contente pas d’interviewer les auteurs les plus visibles, mais cherche aussi à donner la parole à celles et ceux qui contribuent parfois plus discrètement à une œuvre. Pour notre adaptation des Piliers de la Terre, par exemple, il a non seulement interrogé le dessinateur et moi-même, mais aussi notre conseiller historique ainsi que mon fils, qui avait réalisé une maquette 3D de la cathédrale. Cette attention portée à tous les acteurs d’un projet est suffisamment rare pour être soulignée.
À travers Paroles d’Actu, on sent également une passion pour la découverte et les passerelles entre les disciplines. Nicolas s’intéresse aussi bien à l’Histoire, qu'à la Politique, à l'Art, aux idées, à la politique, ou aux parcours de vie. Ses questions sortent parfois des sentiers battus et nous amènent à réfléchir différemment à notre propre travail.
Au fond, son site me fait un peu penser à une auberge espagnole : on y apporte ce que l’on a envie de partager et l’on y trouve une grande diversité de rencontres, d’idées et de points de vue. L’ambiance y est conviviale, chaleureuse, sans prétention, et chacun peut y découvrir quelque chose qui l’intéresse.
Bon anniversaire à Paroles d’Actu pour ses 15 ans, et tous mes vœux de succès pour les quinze prochaines années !
Paroles d’Actu est bien plus qu’un simple site internet axé sur les rencontres, les idées et la mémoire du monde. En effet, les réflexions qui y sont partagées et les analyses qui y sont menées par ses contributeurs enrichissent la compréhension et le dialogue concernant plusieurs questions de l’heure. Celles-ci peuvent également nourrir plusieurs débats importants car Paroles d’Actu regroupe des points de vue variés et documentés concernant une kyrielle de sujets. De plus, l’intelligence qui s’y exprime ne se limite pas à la connaissance et à la variété des sujets abordés. Elle se manifeste, plus précisément, dans la capacité des contributeurs à remettre en question, dans plusieurs cas, leurs propres certitudes et certaines idées reçues, puis à suggérer, dans nombre de cas, des pistes de réflexion, lesquelles peuvent bien souvent porter fruit ultérieurement dans l’esprit des lecteurs et lectrices.
Paroles d’Actu favorise ainsi un apprentissage constructif et garantit aux lecteurs et lectrices une lecture captivante, ce qui est un constat qui ressort clairement de l’ensemble des articles qui y sont publiés. Par conséquent, chaque lecteur et lectrice peut y apprendre de ses pairs ou bien élargir, de façon bénéfique, ses horizons et sa propre compréhension du monde.
D’un point de vue plus personnel, je ne peux passer sous silence les multiples échanges que j’ai eu avec Nicolas Roche, fondateur de Paroles d’Actu, lesquels se sont transformés en amitié, et ce, en dépit de l’océan qui nous sépare, suite à sa demande de rédiger un article qui ne devait initialement porter que sur l’héritage laissé par Gérard Chaliand, ce géant de la politique qui venait alors tout juste de nous quitter, hélas. Ces échanges ont tant foisonné qu’en plus d’évoquer, avec une affection sincère, l’impact que ce dernier a eu sur moi, et sur des milliers de gens - cela va sans dire -, cet article m’a aussi permis de faire découvrir mes « quelques arpents de neige », ce qui, je dois dire, m’honore tout autant.
Je salue donc chaleureusement le travail de Nicolas Roche et lui offre mes plus sincères félicitations pour le travail colossal qu’il a accompli pour Paroles d’Actu depuis 2011.
J’ai été, je l’ai dit et écrit, très touché par le nombre de retours sympathiques et bienveillants reçus pour l’article anniversaire de Paroles d’Actu, mis en ligne le 14 juin. Tant de belles choses, si flatteuses... J’ai pris l’initiative de ce recueil sur le tard, ce qui a poussé un peu tout le monde à faire vite pour être "dans les temps". Je remercie encore chacune et chacun d’entre vous. D’autres témoignages me sont parvenus dans les jours suivants, et il était évidemment inconcevable qu’ils ne figurent pas dans le document. Je pensais les inclure tous à l’article d’origine, mais la réception d’un nouveau texte, ce soir du 18 juin, m’a fait comprendre que c’était au moins techniquement impossible. Et que le plaisir de la lecture aurait été altéré par une trop grande longueur, rançon appréciable du succès, de cette publication. J’ai donc choisi, ce soir, de scinder en deux notre article des 15 ans : ici apparaissent les contributions reçues le 15 juin et les jours d’après. Mais c’est une séparation virtuelle : c’est bien un seul et même post, une seule et même intro, et de ma part la même reconnaissance pour chacune et chacun. Nicolas.
Paroles d’Actu : 15 (premières)
années, la suite...
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Quinze ans… on est adolescent encore, pas tout à fait adulte, à l’intersection entre la nostalgie déjà des premiers temps et l’affirmation du temps qui passe… En quinze ans, Paroles d’Actu a évolué, et a su garder à la fois son originalité, son ton et sa liberté, en tirant parti de la liberté de son fondateur que je remercie de sa confiance. Mais remontons la pendule pour voir, sous l’angle que je maîtrise le mieux (ou le moins mal), les grandes évolutions qui se sont dessinées et qui ont accompagné la croissance de Paroles d’Actu.
Le premier constat est que le monde va plus mal : les grands documents stratégiques que réalisent les pays, leurs services de renseignement ou leurs ministères des affaires étrangères, s’entendent pour définir le retour de la conflictualité à l’échelle internationale, la compétition entre grandes puissances, et l’affirmation des grands prédateurs. Giuliano Da Empoli a raison, et comme le dit si bien le proverbe : « quand on n’est pas à table, c’est qu’on est au menu ». En quinze ans, si la nature de la guerre n’a pas fondamentalement changé, le choix de la faire s’est affirmé. La Russie est l’exemple le plus net de cette propension à utiliser la force plutôt que le droit, mais les aventures militaires de Donald Trump ne rassurent guère plus.
Le deuxième constat est que les Européens, collectivement, demeurent dans un entre-deux qui leur est fatal. En 2014, lors de la première invasion de l’Ukraine, le sentiment d’un réveil stratégique nécessaire a parcouru les Etats, mais il a tardé à se concrétiser. L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a bien donné des pistes pour augmenter les dépenses de défense, et cela a partiellement eu lieu… à partir de la deuxième invasion de l’Ukraine, en, février 2022. Attentisme coupable ? Espoir dans le retour à la raison de Poutine ? Sidération devant des accélérations qui cassent nos logiciels et notre façon de penser la sécurité et la défense ? Tout cela, avec des gradations suivant qu’on est plus ou moins proche de la frontière orientale
Troisième constat, le bouleversement des nouvelles technologies et leur association avec les formes les plus connues, les plus anciennes et les plus féroces de la guerre. L’Ukraine, mais aussi les combats au Levant donnent corps à une association entre la révolution de l’automatisation (le bourdonnement des drones et la masse d’informations organisée et pilotée par l’IA) avec les tranchées ou les combats dans des villes réduites à l’état de ruines, de Bakhmout à Marioupol, de Gaza au sud de Beyrouth. Dans cette relation nouvelle entre homme et machine, demeure une constante. Il faut de la masse, du nombre et du volume : volume de feu, robots nombreux, et aussi des hommes (et des femmes) qui les guident et les ordonnent.
Quatrième constat, nos sociétés et nos opinions publiques vivent désormais sous l’exposition permanente de ces théâtres de guerre. Si les chaînes d’information en continu ne sont pas une invention des quinze dernières années, la multiplicité des vecteurs d’information, de X à Instagram et autre rend la recherche de ce qui est factuellement vrai de plus en plus difficile. L’un des enjeux de la décennie tient à identifier, combattre et vaincre les fausses nouvelles, les « fake news ». Parfois, de simples erreurs mais de plus en plus, on parle d’actions désirées, choisies, qui deviennent une arme de guerre à l’efficacité aussi nette qu’un missile ou une bombe. Les effets semblent différents ? La polarisation d’une société, l’incapacité de distinguer ce qui est vrai ou ce qui est faux, nous fragilise collectivement. « Rien ne va plus vite qu’un mensonge » : une ferme à trolls dans la banlieue de Moscou publie un mensonge toutes les 12 secondes… qu’importe le thème, la vérité ou la véracité… le mal qui sera fait suffit…
Dernier constat et un appel : repensons stratégiquement. Le terme de stratégie invite à formuler trois axes : d’abord, fixer un cap et un objectif auquel on se tiendra. En filigrane, se pose la question des priorités qui doivent être bien identifiées, dans un contexte de ressources finies et de besoins qui le sont beaucoup moins… Ensuite, accepter des renoncements : on voudrait tout faire, mais choisir, c’est justement renoncer. Le bon stratège doit en permanence jongler entre la dictature de l’instant qui crie la réponse urgente, et la direction à tenir même par gros vent. Enfin, avoir les yeux au large, et se projeter non sur 12 ou 36 mois, mais sur le temps long. Nos politiques publiques doivent réintroduire en même temps que la complexité le temps long, dix, ans, quinze ans, trente ans. Il a fallu trente ans pour créer un parc nucléaire en France, il faudra probablement une dizaine d’années pour se redonner les clés d’une forme d’autonomie dans des domaines comme le quantique ou l’IA… mais le temps et l’argent perdus à ne pas faire ou à faire petitement se paie…
MacArthur disait, à propos de la campagne du Pacifique dans les années 1942-1945 que les batailles perdues se résument souvent à deux mots : « trop tard ». Nous n’avons pas ce temps. Nous avons en revanche la chance de pouvoir informer le débat public, et d’éveiller même modestement les consciences.
Il y a un peu plus de dix ans, j’ai écrit un ouvrage sur l’histoire du Japon. C’était un premier livre, écrit en profitant des loisirs de la retraite après presque quarante ans de travail dans l’archipel. Je ne savais pas très bien comment promouvoir cet ouvrage et un ami m’a passé les coordonnées de Nicolas Roche de Paroles d’Actu. J’ai donc contacté Nicolas qui a immédiatement réagi et m’a proposé une interview par écrit. Les questions que j’ai reçues quelque temps plus tard m’ont surpris par leur précision. C’est facile de répondre intelligemment à des questions intelligentes et j’étais content et fier du résultat.
J’ai par la suite écrit d’autres livres mais Nicolas m’a périodiquement interrogé sur des événements comme la mort du premier ministre Shinzo Abe ou le quatre-vingtième anniversaire des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, une occasion rêvée pour moi d’exprimer librement des opinions et de les partager.
Après dix ans d’échanges réguliers, je n’ai jamais rencontré Nicolas ; il est vrai que Yokohama est bien loin. Je ne sais pas à quoi il ressemble et pourtant j’ai l’impression d’avoir affaire à un vieil ami. Peut-être est-ce aussi parce que je passe régulièrement à Givors sur le chemin de Saint-Étienne. Je ne m’y suis jamais arrêté mais j’essaie toujours d’envoyer un petit mot à Nicolas en passant.
Nicolas aime les artistes, il aime parler d’eux, les faire parler. Courageusement, il y a 15 ans, il a timidement frappé à une porte, puis à une autre, et on a apprécié son approche, on a compris qu’il y a d’abord de la passion dans sa démarche, de l’admiration et du respect, et les interviews ont été plus longs, les personnalités plus connues, au fur et à mesure Nicolas, à l’égal des journalistes des médias les plus populaires, s’est fait une place avec Paroles d’Actu.
Je lui souhaite une suite prestigieuse pour cet anniversaire, et je ne doute pas qu’il devienne incontournable, tant sa délicatesse est précieuse. Il cherche la vérité au plus près des êtres qu’il rencontre, et il témoigne de leur travail et de leur quête, beaucoup plus comme un frère d’écriture, que comme un investigateur. Il dit lui-même que son moteur est la curiosité, c’est un formidable challenge, de lui à lui— il n’est pas au service d’un rédacteur en chef, il va où son désir le mène, il n’a pas à obéir à une ligne politique, c’est cette grande liberté qui le rend si original.
Paroles d’Actu aura dix ans le 15 juin. Dix ans d’une aventure sur laquelle j’aimerais revenir, aujourd’hui, dans le cadre d’un texte plus personnel qu’à l’accoutumée. Ces textes-là ne sont pas forcément ceux que je préfère écrire, ce sont plutôt les invités que j’aime à mettre en avant, mais allons-y, j’espère que ça ne sera pas trop laborieux.
L’idée de départ en 2011, ce fut, partant de pas grand chose, d’utiliser les possibilités inouïes d’Internet, et d’exploiter ma curiosité pour créer un média. Contacter des gens, en n’étant pas d’un milieu « à réseau », s’imprégner d’une thématique et en extraire des questions, si possible pertinentes. Apprendre quelque chose, à chaque fois, et peut-être, faire un peu avancer le schmilblick de la démarche d’intelligence, en apportant une connaissance, ou une pierre à un débat.
Dix ans après, quel bilan est-ce que j’en tire ? 380 articles, 618 000 visiteurs pour plus de 11 000 pages vues chaque mois depuis le début de l’année, un référencement comme source Google News ? Tout cela, oui. Mais surtout, la rencontre, « virtuelle » pour la plupart, physique parfois, avec des dizaines de personnes passionnées, passionnantes, souvent les deux, et d’univers très différents. Je salue ici, un à un par la pensée, l’ensemble des invités qui ont accepté de m’accorder un peu de leur temps pour répondre à mes questions, plusieurs fois pour certains. Je ne citerai, vous le comprendrez, qu’une poignée de noms, ceux qui hélas ne sont plus parmi nous : Gilles Verlant, Michel Dinet, Micheline Dax, Alain De Greef, Charles Aznavour, Georges Sarre, Faby. Je pense à eux, et je pense à Fariba Adelkhah, chercheuse emprisonnée de longs mois durant par le régime iranien. J’adresse aussi mes salutations chaleureuses à celles et ceux qui, face à ce travail, m’ont témoigné leur intérêt, leur bienveillance, ou qui simplement ont lu sans faire de bruit. Et là, j’ai une pensée pour mon père, qui m’encouragea dans cette démarche qui lui était étrangère, pour Maxime Scherrer parti bien trop tôt, pour l’ami Bob Sloan, et peut-être pour d’autres que je ne connais pas.
Il y a dix ans, je ne lisais pas beaucoup de livres. Je peux même dire que j’en lisais très peu. Depuis les débuts du site, j’ai découvert les services presse : parfois on m’a proposé des ouvrages, parfois je les ai sollicités. Ces lectures fort variées, et tous mes achats à côté, m’ont beaucoup appris, et d’abord à aimer lire. Je me suis amusé, dans la perspective de cet article, à réunir pour une photo, une grande partie (la table n’était pas extensible à l’infini) de mes livres reçus en SP, et qui ont donné lieu pour la plupart (pas tous) à un article, à une interview. Une belle occasion de remercier ces éditeurs, tous les attaché(e)s de presse qui font un beau travail, et d’inciter encore qui me lira ici à lire des livres, et à encourager ce secteur véritablement essentiel.
Le bilan que je tire de cette aventure est largement positif : j’ai reçu des marques d’estime qui m’ont fait chaud au coeur, et niveau estime de soi je partais de loin ; j’ai grandi, pris (un peu) confiance en moi depuis dix ans, et cette activité y a contribué. J’ai fait de très belles et parfois inattendues rencontres grâce à Paroles d’Actu. Et, forcément, quelques vraies déceptions humaines, mais moins, et rien de surprenant : ainsi va la vie.
Et là, à ce moment de la rédaction, je me dis : mais eux, que j’ai interrogés, qui m’ont fait des confidences, ou bien qui m’ont lu, que savent-ils de moi ? Il est légitime que j’y réponde, quitte à me confier un peu moi aussi. Nicolas donc, 36 ans au compteur, issu de et vivant toujours dans le sud-lyonnais. J’ai fait des études en éco et en droit (avec un goût particulier pour l’anglais, langue et civilisations) et suis diplômé (Master 2) de l’université Lumière-Lyon-II (2008). Mon parcours pro n’a jusqu’à présent pas été très synchro avec mes études ou même mes centres d’intérêt (anglais donc, histoire et civilisations, économie et politique), et j’ai passé l’essentiel de ces années comme petit poisson dans un entrepôt logistique frais, pour un gros distributeur. De ces jobs formateurs, mais dans lesquels il ne faut pas trop espérer se distinguer parce qu’on n’y est souvent qu’un matricule. À ce jour j’y travaille toujours. Pas grand chose à voir avec Paroles d’Actu, me direz-vous. Un passe-temps très prenant, une bouffée d’air frais. Un hobby, sur lequel je ne gagne évidemment pas d’argent. Mais... Je souhaite me rapprocher, pour un emploi, de tout ce que je fais avec le site (rédaction, prises de contact, communication, recherche ou associatif), ou de thématiques qui me tiennent à coeur (la mémoire, la cause francophone...) mais je suis plus doué pour vanter les mérites des autres que pour me « vendre » moi-même, et on touche ici, encore, à la question de la confiance en soi qui chez moi, dans mon processus particulier de développement, n’est pas réglée. Je reconnais que, dans l’idéal, mon idéal, j’aurais aimé que quelqu’un, lisant ce que je fais, un article parmi tant, se dise : « Il fait des choses pas mal ce Nicolas, si je lui proposais quelque chose ? » Mais je suis redescendu sur Terre, et ai bien compris que c’était à moi de me faire violence, d’aller de l’avant et au-devant des autres, non pas pour leur parler d’eux, mais un peu de moi. Je veux être optimiste mais si ce que je fais intéresse quelqu’un, ça peut m’intéresser aussi, genre vraiment. ;-)
Quelle que soit la suite, j’aurai toujours ce goût du contact et de la rencontre, que j’exploite avec plaisir pour Paroles d’Actu. Et sur cette activité-ci, j’entends ne pas renoncer à ma liberté.
À toutes et tous, merci pour votre fidélité, et pour votre bonté envers moi. N’hésitez pas à poster vos petits commentaires en bas de cet article, à exprimer ce qui vous fait apprécier le blog !
Le 13 mars, soit, dans 12 jours, j’aurai 40 ans. Ce sont des choses qui arrivent ! ;-) Un de mes correspondants fidèles, le romancier et aventurier Anthony McFly* (actuellement en vadrouille en Inde), m’a proposé de me prêter à un exercice inédit, pour l’occasion : me soumettre pour la première fois au jeu de l’interview. J’ai hésité, je ne me dévoile que par petites touches, par ci par là... Et finalement, je me suis dit, c’est le moment, allons-y ! Je lui cède donc, pour un article, la rédaction en chef de Paroles d’Actu (il a même choisi la phrase d’accroche, mais où va-t-on, haha). Non sans avoir partagé avec vous ce petit mot que je viens de faire pour vous, lecteurs et amis. Merci à toi Anthony pour ton initiative et ton intérêt. Nicolas.
En 2022, Nicolas a eu l’extrême gentillesse de m’offrir ma toute première interview à l’occasion de la sortie de mon deuxième roman, Aux abois. Depuis, sans jamais nous être rencontrés, nous avons noué un lien de confiance. Quand il m’a dit qu’il allait fêter ses 40 ans en mars 2025, je lui ai proposé un challenge pour marquer le coup : je deviens, le temps d’un jour, rédacteur en chef de Paroles d’Actu, et c’est moi qui l’interviewe ! On inverse les rôles.
Car enfin, qui est ce garçon qui, dans l’ombre, s’évertue à mettre les autres dans la lumière ? Qui est cet être qui se passionne tant pour les parcours et cheminements d’autrui ? En l’espace de 14 ans, il a réalisé des centaines d’interviews. À travers ses questions, nous devinons un peu son caractère - doux, sensible, empathique. Mais pour ma part, je reste sur ma faim. Je voudrais en savoir plus. Pas facile car il n’aime pas beaucoup parler de lui, ce garçon-là. Mais contre toute attente, il a accepté ma proposition ! Chouette ! À mon tour, donc, de lui offrir sa toute première interview… Par Anthony McFly.
Exclu, Paroles d’Actu (fin février 2025).
Nicolas Roche : « J’espère toujours garder
cette curiosité d’aller vers les autres... »
Salut Nicolas ! 40 ans dans quelques jours… Comment vis-tu cette entrée dans une nouvelle décennie ?
Salut Anthony, eh bien pour la première question de ta première interview, je dois dire que tu y vas fort ! 40 ans bientôt, oui... Pour être honnête, je suis un peu ambivalent face à cette pensée, à ce cap. C’est souvent l’âge auquel on commence à regarder un peu derrière soi, ce qu’on a fait, ce qu’on a construit. À cet égard je ne suis pas sûr de pouvoir ressentir un début de contentement. Mais c’est aussi une promesse, celle de lendemains qu’on espère nombreux (tant de gens n’atteignent pas cet âge), de projets à mener, de rêves à faire naître et à réaliser, pour peu que je travaille sur mon caractère, que je me force et m’efforce à aller de l’avant. 40 ans, c’est encore je crois un bel âge pour entreprendre, ainsi qu’apprendre à se connaître, à s’aimer mieux.
Tu te retrouves aujourd’hui dans la peau de l’interviewé et non pas de l’intervieweur. Comment te sens-tu ?
Parler de moi, ça n’est pas l’exercice dans lequel je suis le plus à l’aise. Mais ça me pousse à une forme de lâcher prise à laquelle je ne cesse d’aspirer. À l’introspection aussi. Je sais que ce sont deux choses dont j’ai besoin, seul ou accompagné, même si j’ai toujours un peu peur de franchir le cap. Tu m’aides par cet exercice à comprendre que je suis peut-être prêt, du moins un peu plus qu’auparavant, à jouer le jeu. Et je tiens à te remercier pour l’intérêt que tu témoignes pour mon travail.
C’est très généreux de vouloir mettre en avant quelqu’un tout en restant soi-même en retrait. Quand et d’où t’est venue cette passion pour les interviews ?
Tu es gentil, mais je ne sais pas s’il s’agit réellement de générosité de ma part. C’est très gratifiant, y compris pour mon propre ego, d’avoir au bout du fil (expression de quadra +++ !) ou dans tes mails les mots et réponses de quelqu’un que tu admires ou dont tu as aimé le travail. Si mes interviews les servent, c’est tant mieux. Elles me servent à moi aussi. Je ne gagne pas d’argent avec Paroles d’Actu : j’ai conservé le format blog de mes débuts, avec Canalblog. Toutes les éventuelles recettes publicitaires liées au nombre de vues, parfois important, sont pour eux. Pour moi l’essentiel est ailleurs : par cette activité je nourris ma curiosité, à partir de sujets ou de thématiques qui m’inspirent déjà un minimum. Ça booste aussi ma confiance en moi parce que je me dis que je ne pose pas de questions trop bêtes. La preuve, c’est qu’il arrive que des gens bigrement intéressants les trouvent intéressantes !
J’ai commencé avec Paroles d’Actu au printemps 2011. L’idée remonte à plus loin. J’administrais, depuis environ 2002, un forum que j’avais créé, Forum 21. Comme beaucoup, ado, j’ai découvert avec une forme d’émerveillement et d’intense curiosité les possibilités qu’offrait Internet. Et à l’époque on ne parlait pas de fibre, c’était les bruits si caractéristiques et si magiques du modem qui se connecte ! J’ai eu envie assez vite, comme un challenge, de voir comment Internet pouvait nous aider à assouvir notre soif de connaissances mais aussi à élargir nos horizons, approcher des gens qu’on ne pourrait pas forcément approcher dans la vie. Et ce jeu-là - parce que c’en était un au départ -, ça a d’abord été avec mon forum que je m’y suis prêté, à l’âge de 17 ans. Je m’intéressais pas mal à la politique, un peu plus que maintenant. J’avais pu interroger quelques personnalités. Et des élus locaux dont la bienveillance m’avait touché. J’ai raconté l’anecdote avec Anne-Marie Comparini, l’ancienne présidente de la Région Rhône-Alpes, dans un article très récent, à l’occasion malheureusement de sa disparition...
Donc au début ton site était plus porté sur la politique…
Oui, j’interviewais surtout d’anciens ministres, de « petits » candidats à la présidentielle française, ou des politiciens et citoyens américains (notamment pour l’élection pour le poste de gouverneur de Californie en 2003 ou pour la présidentielle de 2004). Il y a eu par la suite, avec Paroles d’Actu, des rencontres mémorables, des échanges plus privés, pas nécessairement avec des gens que « j’admirais », mais mieux, avec des personnes avec qui, au-delà de l’interview, le courant était très bien passé. Des gens avec qui j’ai maintenant des échanges tout à fait amicaux, et ça vaut bien des interactions avec des gens que j’admire. Même si, clairement, il y en a eu !
Lorsque le support du forum a battu de l’aile (Aceboard pour le citer, paix à son âme), j’ai eu envie de continuer cette expérience. Parce que j’avais pris goût à cette aventure assez grisante. Quand tu contactes quelqu’un et que tu reçois, quelques heures ou jours après, des réponses de sa part, c’est assez magique... En 2011, en explorant les possibilités web, j’ai opté pour le blog, et Paroles d’Actu est né. Dans mon esprit c’était un peu un prolongement de ce que je faisais dans le cadre de Forum 21, et du webzine qu’on avait créé avec des camarades.
Tu as commencé il y a 14 ans, donc avant Instagram qui permet maintenant d’envoyer un message privé à Barack Obama en un clic. Comment t’y prenais-tu pour entrer en contact avec les personnalités ?
Il y a eu plusieurs phases. Comme tu le suggères effectivement, les réseaux sociaux étaient très limités à l’époque (quand je te dis ça j’ai l’impression de te parler comme grand-père Simpson, que j’imite bien d’ailleurs !). Une de mes premières initiatives, par exemple, ça a été l’élection de « recall » du gouverneur de Californie, en 2003 (celle qui a vu Schwarzy l’emporter). J’étais allé sur une page, CNN peut-être, sur laquelle il y avait la liste de tous les candidats, ceux des grosses écuries, et les, disons, moins « gros », voire carrément barrés pour certains. J’avais préparé quelques questions sur leurs programmes et sur eux-mêmes, avec deux ou trois points d’actu comme, à l’époque, la présidence Bush et la guerre en Irak. J’ai cherché, un par un, les sites des uns et des autres, et je leur ai envoyé à chacun mon questionnaire. Certains y ont répondu. C’était sympa. Gratifiant. Encourageant !
J’avais plaisir, y compris avec Paroles d’Actu à partir de 2011, à recueillir les témoignages de jeunes de tous bords politiques. Certains depuis ont été ministres. Puis, au hasard de l’actu ou des rencontres, j’ai ciblé d’autres types de personnalité. Le choc des attentats de 2015 et 2016 en France m’a poussé à interroger de nombreux spécialistes au sujet de la sécurité et de la défense. Ma curiosité grandissante pour l’Histoire m’a poussé à contacter des historiens sur des périodes que je trouvais fascinantes : l’épopée napoléonienne ou encore la Première Guerre mondiale. Puis, j’ai commencé à approcher des artistes... Via Facebook, puis par la suite, avec l’aide d’attaché(e)s de presse, ou de complices qui se reconnaîtront…
Préfères-tu réaliser une interview de vive voix ou par e-mail ?
Alors, dans l’absolu, c’est plus intéressant d’en faire une de vive voix : tu as la personne en direct, ses réactions, ses émotions. Mais je dois t’avouer que les faire par écrit a aussi quelque chose de commode : c’est beaucoup moins chronophage pour moi. Le résultat final pour moi est de l’écrit. Donc une interview à l’oral doit être enregistrée (ça m’est arrivé que l’enregistrement ne fonctionne pas !), réécoutée, retranscrite à la main... Quand l’échange se fait à l’écrit, c’est peut-être moins spontané mais c’est un exercice différent. Y compris d’écriture pour la personne interrogée. Elle est moins dans une forme d’urgence à devoir répondre tout de suite, mais peut prendre son temps, réfléchir... Mais quand même, rien ne vaut d’avoir la personne au téléphone ou face à soi… Surtout quand l’interview se passe bien !
Dans quel état d’esprit es-tu avant une interview menée de vive voix ?
Il y a toujours une petite pression. N’habitant pas Paris, je n’en fais que très rarement en face à face, ce que je regrette. Je suis pas mal la trame de questions que j’ai écrites au préalable, non pas parce que j’aurais peur d’être perdu, mais, c’est là peut-être un travers, parce que j’ai envie de poser l’essentiel de mes questions qui ont chacune une thématique différente. Parfois, il faut du temps pour que l’atmosphère se détende. Il y a des interviews plus chaleureuses que d’autres. Je n’en regrette aucune.
En lisant certaines de tes interviews de gens que je connaissais peu, j’ai découvert des personnes touchantes et attachantes. Dois-tu forcément éprouver de l’admiration ou de la sympathie pour la personne que tu interviewes ?
Je ne suis pas vraiment quelqu’un de cynique, donc j’ai souvent un a priori favorable sur les gens, sauf s’ils y mettent du leur pour que je ressente le contraire ! Ce qui va me conduire à interviewer quelqu’un, ça va être un roman, un document, un disque, que sais-je... Donc, dans tes questions, tu cibles d’abord l’œuvre. Le vrai d’une personnalité, tu le découvres au cours de l’interview. Le risque, c’est d’être un peu déçu par quelqu’un que tu aimais bien parce que l’échange n’aura pas été à la hauteur humainement parlant. Mais ça ne m’est pas souvent arrivé. C’est plutôt le contraire : recevoir un mot sympathique à propos de tes questions et de la manière dont tu mènes l’interview de la part de quelqu’un que tu admires, ça c’est vraiment chouette ! Donc pour te répondre plus précisément, admirer la personne que tu vas interviewer n’est pas nécessaire. Avoir un minimum de sympathie pour elle, ou en tout cas, pas trop d’antipathie, certainement. C’est surtout la curiosité qui m’anime.
Tes questions peuvent parfois susciter de l’émotion chez la personne que tu as en face, je pense notamment à Serge Lama. Comment sais-tu jusqu’où tu peux aller dans l’intime et quelles sont les lignes à ne pas franchir ?
Dans ma vie j’ai beaucoup marché sur des œufs. J’ai ce souci de ne pas faire de vague, de ne pas déranger. Question de caractère... Je crois avoir la sensibilité nécessaire pour savoir quels sont les points sensibles. J’en aborde parfois, mais je le fais toujours avec bienveillance, pas à pas, sans curiosité malsaine. Quand tu as la personne au bout du fil, tu vois assez vite comment elle réagit face à tes questions et si tu peux « y aller » ou pas. Marcel Amont sur la dernière guerre et sur l’évolution du métier du showbiz ; Nicole Bacharan sur sa mère, résistante, qui était son modèle absolu ; Marie-Paule Belle sur sa maladie et sur l’homophobie ; Anny Duperey sur la mort et le deuil de ses parents ; Lama sur son accident, ses parents, et le regard que ses pairs portent sur lui ; Thomas Dutronc sur sa mère, disparue trois mois plus tôt ; ou tout récemment Anne Goscinny à propos de son père adoré ou de son meilleur ami mort du sida... J’ai pu poser ces questions, et ça s’est bien passé. Mais je ne pose que des questions que je crois intéressantes et utiles. Les petits secrets intimes, ça ne m’intéresse pas vraiment...
Il y a des écrivains qui, tels des journalistes, soulèvent des questions, sondent l’âme humaine, cherchent à comprendre. Stephan Zweig, par exemple. Fais-tu partie de leurs admirateurs ? Quelles sont tes lectures et tes auteurs préférés ?
Alors, je vais peut-être te décevoir, mais jusqu’à assez récemment, je lisais peu, voire très peu. Je n’ai pas vraiment été élevé dans le « culte » du livre. À la maison, gamin, l’horizon culturel, c’était plus la télé que les bouquins, même si mon père était curieux de beaucoup de choses. C’est vraiment cette activité Paroles d’Actu qui m’a incité à commencer à lire. Lorsque j’ai commencé à avoir un petit succès d’estime, j’ai eu moins de difficultés à obtenir des services presse d’éditeurs le livre de l’auteur que je souhaitais interroger. Ces livres-là, je les ai lus. Pas tant de fictions que ça, mais surtout des œuvres historiques, d’actu, etc... Je n’ai pas de grandes références classiques ou philosophiques. Je vais surtout vers des sujets qui me « parlent », mais je reste ouvert et j’aime me laisser surprendre. J’ai été touché notamment par les primo-romanciers qui ont accepté de se prêter au jeu de l’interview… Comme toi Anthony ! Les autres se reconnaîtront… Avec vous j’ai appris à aimer le roman, ainsi qu’à redécouvrir la BD, avec des gens de grand talent comme Alcante.
Entre le moment où tu cherches à entrer en contact avec une personnalité et celui où tu appuies sur le bouton « Publier », le temps passé sur une interview doit être énorme. Et pourtant, ce n’est pas ton métier. Aimerais-tu que ça le devienne ? Y a-t-il quelques similitudes entre tes deux activités ?
Ce n’est pas mon métier, mais c’est une bouffée d’air frais. Mon taf, c’est manut’ en entrepôt réfrigéré, 2 degrés toute la journée avec bonnet, écharpe et anorak, tout ce qu’il y a de plus sexy ! Ce blog, que je gère sans en tirer d’argent, c’est vraiment pour moi quelque chose d’important. Il me porte et me pousse à toujours rester curieux. J’ai suivi une voie pro qui n’a pas grand rapport avec mes études. Grâce à Paroles d’Actu, je me raccroche de celles-ci. Je refuse de tomber dans la routine, et surtout dans une quelconque forme de paresse intellectuelle qui nous guette tous.
Est-ce que j’aimerais faire de cette activité mon métier ? Clairement la réponse est oui. Mais c’est difficile à envisager. Je ne vois pas trop comment je pourrais m’y prendre. Pas pour l’aspect journalistique, mais surtout pour le côté communication. J’aime donner la parole aux gens, les mettre en valeur, mais moi je ne me mets pas vraiment en avant. Je ne sais pas me vendre, je n’ai pas cet esprit conquérant. Pourtant ça me serait bien utile ! Un ami m’a dit, dans un autre contexte, que j’avais tendance à trop attendre la « personne providentielle ». Il y a du vrai. Il y a quelques années, j’avais eu en entretien le regretté journaliste musical Gilles Verlant. Il m’avait confié, de manière touchante, espérer qu’on dise de lui qu’il avait accompli « des choses valab’ ». Je te le dis sans me cacher : moi j’aurais envie que quelqu’un, dans l’édition, dans la presse ou la communication, voyant tout le travail que j’ai réalisé depuis 14 ans, se dise « Ce gars-là a quelque chose, j’aimerais lui proposer ceci ou cela... » mais ça n’est jamais arrivé.
Pas encore... Lequel de tes articles fait ta plus grande fierté jusqu’ici ?
Je serais incapable de ne t’en citer qu’un seul. Mais ce sont les articles où des spécialistes vont saluer ta connaissance d’un sujet, parfois pointu. Ça a été le cas avec plusieurs historiens. Ce sont aussi les interviews avec une charge émotionnelle forte. Celles que j’ai citées plus haut, et celles que le contexte a rendu particulières. Françoise Hardy qui prend de son énergie et de son temps qu’elle sait comptés pour me répondre par deux fois, quelques semaines avant sa mort, c’est incroyablement émouvant. Marcel Amont avec qui, malgré ses 90 ans passés, j’ai parlé une heure au téléphone (durant laquelle il n’a cessé d’être vif et alerte). Gérard Chaliand, incroyable aventurier, qui a passé outre, pour moi, son aversion pour les mails et m’a fait des réponses d’une grande précision sur sa vie et sur la situation géopolitique. Jacques Rouveyrolis, magicien de la lumière auprès des plus grands sur scène, qui me parle avec des étoiles dans les yeux de tous ces beaux moments qu’il a vécus et continue à vivre... Et toutes ces personnes avec qui j’entretiens désormais des rapports amicaux ou presque, et qui me font l’honneur de répondre presque toujours présents quand je les sollicite : Frédéric Quinonero, Isabelle Bournier, Pierre-Yves Le Borgn’, Olivier Da Lage, Nicole Bacharan, François Delpla, Françoise Piazza, Pascal Louvrier, Christine Taieb, Daniel Pantchenko, François-Henri Désérable ou encore le général Dominique Trinquand... J’en passe et j’en oublie, tant et tant... Honte à moi.
Qui rêves-tu encore d’interviewer ?
Je ne suis plus vraiment dans une optique où je voudrais absolument interviewer telle ou telle personnalité. Je me laisse porter par la surprise, par le hasard de la rencontre. Par exemple, je viens de te parler de Gérard Chaliand, quelqu’un que je ne connaissais pas du tout. Au départ j’avais contacté l’attachée de presse d’une maison d’édition pour savoir si je pouvais interviewer une ancienne ministre qui venait de publier un livre chez eux. Elle m’avait dit que ce serait difficile, mais que si je voulais, ils avaient quelqu’un d’au moins aussi intéressant, ce fameux Gérard Chaliand. Mais tellement… Un grand merci à elle ! J’espère toujours garder cette curiosité d’aller vers les autres, et de ne pas m’interdire d’aborder des sujets qui a priori m’intéresseraient moins. S’il y a un bon feeling, toute interview est bonne à prendre.
Quel avenir souhaiterais-tu pour Paroles d’Actu ?
Je peux dire que je jouis d’une estime de la part de pas mal de gens. Notamment ceux que j’interviewe. Mais ce qui est frustrant, je te le dis franchement, c’est de ne pas être suivi par un lectorat fidèle qui attendrait mes articles. Je suis un peu à contre-courant de ce qui se fait par d’autres, à grand renfort de vidéos. Moi c’est de l’écrit. Fouillé, assez long à lire. Si j’en ai la motivation - mais ça ne viendra pas de moi seul -, je me dirigerai à l’avenir un peu plus vers l’audiovisuel. Il faut aussi que je travaille davantage sur la promotion de mes articles, le côté réseaux sociaux. Me promouvoir, je ne le fais pas systématiquement. Parce que mon plaisir c’est d’abord d’obtenir l’interview, de la mettre en page. Plus généralement, j’ai le désir et l’espoir de ne plus faire cela seul. J’aimerais que quelqu’un me propose une collaboration à long terme, un partenariat qui pourrait déboucher sur une activité stimulante à temps plein. Ça, ça pourrait fichtrement contribuer à mon bonheur !
L’appel est passé ! Fort de tes 14 années d’expérience, quels conseils donnerais-tu à un intervieweur en herbe ?
Je ne vais pas donner de conseil à l’étudiant en journalisme que je n’ai pas été et qui sans doute en sait plus que moi sur les coulisses de ce métier. Mais au jeune qui, comme moi il y a vingt ans, aurait plaisir à contacter du monde, à se faire connaître avec du contenu créatif, je ne peux que lui dire : surtout ne te bride pas. Avec Internet, dont il faut se servir avec respect et humilité, tu peux avoir le monde à portée de main. Et les belles rencontres, les bonnes surprises, celles qui pourront te marquer à vie, il faut y croire envers et contre tout. Moi j’en ai connu. Et à bientôt 40 ans, j’y crois toujours...
Ma pomme, nature et dans la nature. Pas très LinkedIn mais ça me convient. ;-) N.
J’inaugure avec cet article une nouvelle rubrique informelle du blog qui, je l’espère, sera amenée à croître. Appelons-la : « Paroles de passionnés ». L’actualité est souvent brutale; quant à la vie, elle sait parfois se montrer cruelle et terriblement déprimante. Bref. J’entends, par cette initiative, mettre l’accent sur du positif en donnant la parole à des passionnés. Notamment à des intervenants du blog qui, déjà, se sont exprimés sur des sujets totalement différents. Plus sérieux et, de temps en temps, franchement clivants. Je pense en particulier aux jeunes engagés en politique, que j’aime à faire s’exprimer sur Paroles d’Actu. Je suis ravi, pour ce premier texte (daté du 11 avril), d’accueillir le jeune Rémi Tell, un fidèle du blog. Ce jeune étudiant et conseiller municipal des Yvelines a choisi de nous gratifier d’un bel « éloge de la flânerie ». Je l’en remercie.Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.
« Éloge de la flânerie »
par Rémi Tell
Mes vingt ans sont autant d’années de flâneries. Petit, déjà, je remplissais la triste fin des dimanches de tours, de détours, dans notre modeste jardin. Pour échapper aux aiguilles de l'horloge, seul dans la chambre, et trouver le réconfort dans le vent tiède qui chatouille le visage, caresse la peau et ébouriffe les cheveux.
Cette habitude ne m’a plus quitté dès lors, et aussitôt que le moment s’y prête, je me plais à la retrouver. Je sors dans les rues. Pour observer le mystère des vies qui défilent sur le trottoir, des singularités qui passent, et qui sans le savoir animent une scène dont elles sont le plus curieux des décors.
Ne sous-estimons pas les vertus de la flânerie pour le repos de l'âme. Et c’est sur les sentiers des Landes que cette vérité m’apparaît à chaque fois le mieux. Peu importe la saison, été ou hiver : c’est dans la forêt, au milieu des pins et de leur odeur que j’ai été le plus heureux. Dans ces moments de plénitude où l’on en vient à se dire que, ça y est, on pourrait presque mourir sans trop ressentir la honte de ne pas avoir assez vécu.
Et de mes promenades solitaires, je tire mon inspiration. Mes projets les plus fous, mes rêves les moins raisonnables sont tous nés au bord d’un chemin.
Je n’ai pas fini d'arpenter le bitume, comme les allées de terre. Et un jour, quand le temps aura passé, j’espère pouvoir leur rendre de plus beaux hommages.
J’ai pas mal hésité, depuis la fin 2024, avant de me lancer dans l’écriture de ce texte. Dans mes articles Paroles d’Actu, j’aime interroger les autres pour les mettre en avant, parfois les titiller un peu. Moi je reste en retrait, c’est souvent là que je me sens le mieux. Les écrits plus personnels, tout ce qui ressemble à une forme d’introspection trop poussée, en général je fuis. Mais j’ai conscience aussi de l’importance que peut avoir pour moi le fait de coucher sur papier, ou papier numérique, des pensées, des ressentis que d’ordinaire j’aurais plutôt tendance à laisser de côté, voire à réprimer. L’importance aussi, peut-être, de les partager en les publiant. Sans parler de thérapie, les grands mots... quelque chose qui peut ressembler à un travail sur soi.
Ce qui m’a convaincu d’entamer cet écrit ce jour, ce 5 janvier, c’est une nouvelle que j’ai lue sur Internet et qui m’a attristé : la disparition dans la nuit, à 77 ans, de l’ancienne présidente de la Région Rhône-Alpes, Anne-Marie Comparini. Cet évènement me ramène presque 22 ans en arrière, à 2003. Après mon Bac ES, que je venais de décrocher, sans mention mais avec fierté parce que premier de ma famille à l’avoir, je m’apprêtais à découvrir la fac, à Lyon. Je ne savais pas que j’allais découvrir aussi des galères administratives inattendues, notamment avec le Crous, organisme en charge de la vie étudiante et des bourses. Boursier, au vu des revenus de mes parents, je devais normalement l’être, mais d’après les modes de calcul alors en vigueur, on avait estimé que je ne pouvais jouir des points qui auraient fait la différence dans mon dossier, parce qu’à moins de 20 km de distance de l’université à vol d’oiseau. Mais, comme j’avais la conviction, après vérification sur les différentes cartes, d’être à plus de vingt bornes de l’établissement, et que de toute façon je n’avais pas de jet privé à disposition pour m’y rendre en ligne droite, j’ai décidé d’entamer des démarches, de faire des mails par-ci par-là pour défendre mes arguments.
J’ai reçu quelques réponses qui m’expliquaient poliment qu’on avait bien reçu mon message, et qu’on transmettait. Je n’attendais rien de mieux de mes mails adressés à l’Élysée, à Matignon, au ministère de l’Éducation nationale (oui tant qu’à faire, j’avais essayé de taper assez haut). Mais, parmi les réponses, il y eut celle d’Anne-Marie Comparini, qui était alors, je l’ai dit plus haut, présidente de la Région, et en même temps députée de Lyon. Elle fut envers moi, malgré l’importance de ses mandats d’alors, d’une grande bienveillance, et sincèrement intéressée par mon sort, et par ma démarche ; peu après, j’obtins la bourse tant espérée. Je ne sais si je la lui dois ou non, ce que je sais en tout cas, c’est que j’ai été touché par le temps qu’elle avait bien voulu m’accorder.
Par la suite, et ce parallèlement à mes études, j’ai commencé à faire ce que je développerais à partir de 2011 avec Paroles d’Actu : interviewer des gens a priori difficilement accessibles, en n’étant connu ni d’Ève ni d’Adam. Ces témoignages recueillis, je les partageais sur un forum que j’animais et qui malheureusement a été englouti depuis, le Forum 21. Et parmi ces personnes qui m’ont répondu donc, il y eut Anne-Marie Comparini. Je crois qu’elle l’a fait à chaque fois que je l’ai sollicitée, tout au long d’une séquence politique difficile pour elle : défaite aux régionales de 2004, défaite aux législatives de 2007, sur fond d’hostilité parfois marquée de personnalités de droite à son égard. Il faut préciser qu’elle avait été élue présidente de la Région en 1999, en partie grâce aux voix de gauche, suite à l’invalidation de celle de Charles Millon qui lui avait été élu grâce à l’appui des conseillers du Front national. Qu’en 2004, la gauche unie a gagné seule la Région et qu’en 2007, la droite a remporté les législatives dans la foulée de l’élection de Nicolas Sarkozy. Et que les alliés de François Bayrou, dont elle était, avaient entamé une démarche coûteuse pour proposer une voie différente et faire émerger en France, un centre réellement autonome.
Je n’ai malheureusement rien conservé du fruit de mes entretiens avec elle : le forum je l’ai dit, n’existe plus, et je n’ai plus aucun accès à mon ancienne adresse mail, disparue depuis longtemps. Mais j’ai, en revanche, maintenu le contact avec elle, et tous les ans, lorsque je n’oubliais pas de le faire, je lui envoyais mes bons vœux pour l’année qui s’ouvrait. Ce matin, j’ai relu mes archives, et suis tombé sur sa réponse à mon message de l’an dernier, qu’elle m’avait envoyée le 7 janvier 2024, et que je me permets de retranscrire à la suite. « Le centre d’intérêt que vous aviez dans votre jeunesse, développer un blog ouvert à tous ceux qui veulent approfondir les questions complexes caractérisant nos sociétés, ne vous a pas abandonné. Pour ma part j’ai un peu réduit mes activités bénévoles. D’une part parce que la Rayonne, un tiers lieu social n’est plus un projet, mais une réalisation inaugurée en octobre dernier et d’autre part parce que les années passent et rendent mes engagements plus difficiles à mener à bien. Aussi me permettrez vous de vous souhaiter une bonne année 2024 porteuse d’espoirs, la planète avec ses guerres, ses défis à engager résolument est bien triste, notamment pour la jeune génération... »
Lors de nos interviews, toujours en distanciel, et alors que j’étais encore étudiant, elle m’avait proposé d’un jour nous rencontrer, elle souhaitait m’inviter au restaurant pour ce faire. Moi, si timide à l’époque - j’ai un peu, pas tant que ça, évolué depuis -, j’ai eu toutes les peines du monde pour chercher un bon argument pour décliner poliment l’offre. L’opportunité de la voir ne s’est jamais représentée depuis. Je pensais qu’on aurait le temps de le faire, elle n’était pas si âgée que ça, et puis voilà, elle est partie... Je veux lui rendre hommage, comme j’ai rendu hommage, sur mes réseaux, à l’ancien président des États-Unis Jimmy Carter il y a quelques jours. Drôle de comparaison me direz-vous, mais je trouve à ces deux personnalités politiques des points communs. Ils étaient des militants sincèrement dévoués au service du bien commun, empreints d’humanisme et d’une humilité à toute épreuve. Prêts à agir dans l’ombre pour ce qu’ils estimaient être bien, sans faire parler d’eux. Tout le contraire des grandes gueules ou des influenceurs bidons qui ont tant la parole de nos jours et dont vous l’aurez compris je ne suis pas fan.
Je n’ai jamais eu la chance de pouvoir vous offrir, à vous lecteurs de Paroles d’Actu, un article avec Anne-Marie Comparini, la première pourtant parmi mes interviewés fidèles, bien avant Frédéric, Pierre-Yves, Olivier ou Didier, mais je veux, avant d’attaquer la deuxième partie de mon texte, vous donner à voir le visage de cette femme politique qui mérite le respect de tous, pour le prix qu’elle accordait au respect de ses convictions, et pour la dignité avec laquelle elle a exercé ses mandats au service des citoyens.
« Le centre d’intérêt que vous aviez dans votre jeunesse, développer un blog ouvert à tous ceux qui veulent approfondir les questions complexes caractérisant nos sociétés, ne vous a pas abandonné. » C’est vrai. 2024 fut à cet égard une année particulière. Une année réjouissante, avec de belles rencontres pas forcément attendues (je ne peux toutes les citer ici). Une année touchante aussi. Je ne peux évidemment pas ne pas évoquer Françoise Hardy, qui en répondant à deux reprises à mes questions, alors qu’elle était très malade, m’a fait un honneur rare (elle décéderait trois mois après notre seconde interview, qui fut peut-être sa dernière). J’ai aussi une pensée pour Alain Pompidou, le fils de l’ancien président, que j’avais interviewé en 2022 et qui tout récemment nous a quittés. Et pour une autre personnalité, avec laquelle j’aurais également aimer faire un article : Daniel Gouffé, l’ancien patron de Merial, qui fut président de l’association rhônalpine de développement économique ERAI, où je fis mon premier stage, et dont j’ai appris le décès il y a quelques semaines.
S’agissant de mon parcours personnel, des éléments contradictoires, du positif, des points petit à petit mieux assumés. Mais, en cette année 2025, une étape marquante, au moins sur le plan psychologique. J’aurai 40 ans en mars, un âge où l’on fait des bilans. Un cap un peu difficile quand on estime, ce qui est mon cas, n’avoir pas nécessairement "construit" quelque chose, qu’on ne se sent pas pleinement épanoui. J’ai fait pas mal de choses avec retard, après des cheminements sinon chaotiques, parfois douloureux pour des raisons sur lesquelles je ne m’étendrai pas trop ici. Le fait est que, professionnellement parlant, si mon emploi chez Casino est maintenu pour l’instant (ce ne fut pas le cas de bien des collègues auxquels je pense), je n’ai pas réellement pu avancer dans ma volonté d’aller vers un emploi qui me permettrait de faire ce que j’aime avec Paroles d’Actu : donner la parole à des gens qui ont des choses à dire, recueillir des témoignages, les retranscrire, participer à une forme de transmission. Ma deuxième interview avec Françoise Hardy a été, sur son insistance, l’occasion pour moi d’être pour la première fois publié - et payé pour ce faire - par un grand média, en l’occurrence Marianne, en 2024. Mais ce fut au prix d’âpres discussions, et j’ai vite compris qu’il me serait difficile, en l’état, d’être un pigiste régulier : plusieurs autres interviews ont été proposées par la suite, toutes ont été refusées. Mais l’ouverture est là, j’entends m’y accrocher.
Égoïstement, et j’emploie là encore la première personne, j’espère trouver en 2025 la voie non d’un apaisement, c’est encore bien tôt pour ça, mais d’un réel épanouissement professionnel et personnel. J’ai multiplié les démarches l’an dernier, auprès de journaux, d’associations, de musées : j’ai des diplômes, j’ai la curiosité, des atouts, et je peux assez vite avoir l’enthousiasme. Mais toujours, une forme d’aversion face à la nécessité de devoir me "vendre", et un restant de manque de confiance en soi. Mais communiquer pour et sur les autres, ça je sais et j’aime faire ! Avis à qui me lirait et m’aurait déjà lu : si mon profil vous intéresse pour faire un bout de chemin ensemble, non seulement je suis prêt à écouter votre proposition, mais vous pourriez en plus me faire sacrément du bien. ;-) 2025, année de mes 40 ans, année du renouveau ? J’espère. Et si cela doit impliquer de bouger à Paris, ou ailleurs, si le challenge est excitant et qu’il apporte un surcroît d’utilité, alors go !
Je ne suis pas à l’aise dans l’exercice dans lequel je me suis embarqué, ça doit se sentir : c’est poussif, peut-être un peu lourd, je le concevrais sans peine. Mais je suis reconnaissant envers qui m’aura lu jusqu’au bout. Cette aventure Paroles d’Actu, entamée il y a presque deux septennats, me permet de maintenir ma curiosité en éveil, une curiosité largement nourrie par mes études à la fac (même si je n’ai pas exercé par la suite d’emploi directement en lien avec elles). Et, je l’ai dit, de faire de très belles rencontres humaines et intellectuelles. Je ne gagne pas d’argent avec ce site, mais cet aspect-là, ces échanges, ça n’a pas de prix. Que vous en soyez toutes et tous remerciés. Cette motivation je l’ai toujours. S’il y a des gens, dont vous me faites peut-être l’amitié d’être, qui apprécient mes articles, alors c’est pour moi un vrai cadeau. N’hésitez pas à venir me le dire, je vous assure que ça me fera du bien !
Chères lectrices, chers lecteurs, je veux vous souhaiter, au sein de ce monde compliqué à l’avenir incertain, des petits cocons de paix pour une année 2025 aussi chaleureuse et souriante que possible. Une santé aussi robuste que possible pour vous et pour chacun de ceux que vous aimez. De beaux projets intellectuellement stimulants, ou juste de bons moments fun, en solo ou si possible, en partage avec d’autres. Ce que je vous souhaite, j’essaie aussi de me le souhaiter à moi, parfois en me faisant violence : il faut profiter de chaque instant, la vie est toujours trop courte, et c’est trop con de rater une occasion de passer un bon moment, de faire une belle rencontre. Je l’ai un peu mieux compris ce jour.
Sur le site du Bréviaire des Patriotes, auquel il collabore régulièrement, André La Rocque, 20 ans, se présente comme un « jeune patriote français, étudiant républicain réactionnaire amoureux de notre patrimoine culturel ». Je lui ai demandé d'écrire pour Paroles d'Actu un texte non contraint exprimant le ressenti, les réflexions que lui ont inspirés ses lectures attentives du Suicide français d'Éric Zemmour (Éd. Albin Michel). Je le remercie d'avoir accepté de se prêter au jeu. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU
PAROLES D'ACTU - LA PAROLE À...
André LA ROCQUE« Le Suicide français
de Zemmour, un livre d'espérance »
À coup sûr, les historiens du futur feront un cas d'école de l'épisode abracadabrantesque qui a touché la France en ces jours d'automne. Injures, réquisitoires malhonnêtes et bande de ridicules se sont courus après. Que s'est-il passé ? Un penseur réac' a rédigé de sa main un recueil s'opposant, non sans talent, à la pensée tout autant bienséante que mortifère qui gouverne une époque gangrenée, profondément malade.
Chacun en France s'attendait évidemment à ces cuistreries de rebellocrates, s'attendait à ce que l'on cisaille un tel livre façon Petit Journal. Naturellement, il fallait faire croire que le poil à gratter qui s'était glissé dans leur chemise repassée ne tracassait pas plus que ça. Le pire, c'est que, plus on en faisait, plus Le Suicide français se vendait. Comme des petits pains. Le serpent se mordait la queue. Il se la mord encore.
Si Monsieur Zemmour a fait peur à tant de monde, si on l'a tant invité - en vue de le démolir -, c'est certainement parce que sa critique du capitalisme contemporain est, à ce jour, la plus adéquate. N'en déplaise aux plus puristes des marxistes, il y'a bien « des » capitalismes, selon les ans. On parle d'un système qui ne cesse de digérer les oppositions qu'on lui soumet. Rappelons qu'il tire un immense profit des ventes de papiers anticapitalistes. Mais l'essentiel réside ailleurs.
Le capital a le pouvoir ravageur de se remodeler, de s'adapter pour semer ses contradicteurs les plus féroces. À la fin du XIXème siècle, les prolétaires, pétris de culture marxiste, avaient pris conscience de leur intérêt de classe; les capitalistes ont finement confondu les intérêts ouvriers avec les leurs. De sorte qu'en cas d'effondrement du système, tout le monde a des acquis à perdre. En mai 68, c'est une critique "artistique" qui a pris le pas dans la confrontation au système : « Vais-je perdre ma vie à la gagner ? », « Dois-je me résoudre à pourrir au sein de ma civilisation ? ». Comme toujours, la critique de la société de consommation est passée à la trappe. On se demande si, en ce cas, là n'était pas son destin congénital. Le capitalisme moderne a parfaitement su monnayer les idéaux de liberté, a offert Paris-Plage à ceux qui en demandaient une sous les pavés. Il a joyeusement piétiné les frontières nationales, dont il devait s'extraire, pour son grand bonheur, imposer l'insécurité de l'emploi, et tant d'autres maux... C'est cela aussi, la liberté, cruelle et oppressante. [1]
Ils ont gagné, ils gagnent, les richards : ils réduisent le monde entier à un simple magasin mondial dans lequel les hommes, apatrides et asexués, finissent parfaitement corvéables et consommateurs débridés, démunis de tout complexe civilisationnel. On ne disposerait plus, en leur projet nihiliste, de la moindre attache traditionnelle, serions des êtres remplaçables, simples individus nés on ne sait trop où pour on ne sait trop quoi. Une atomisation générale. Le merveilleux portrait zemmourien de l'ancien patron de Renault, Louis Schweitzer, fortuné sans morale, mondialiste convaincu en faits et en pensées, engagé à SOS Racisme, transcrit un idéal-type du monde dans lequel nous vivons.
L'illustre philosophe Jean-Jacques Rousseau a si justement écrit, « Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins. » [2] On admire les flux lorsque l'on vit dans les aéroports; la race sédentaire les maudit car elle vit sur des racines. Seuls les naïfs seront étonnés que la caste médiatico-politique ait préféré passer du temps d'antenne sur la prétendue réhabilitation de Vichy - sur laquelle on ne s’appesantira pas -, plutôt que pour cette critique, mère de toutes les autres.
Il s'agit de comprendre que le système se rit des internationalistes de tout poil, de l'esprit de Woodstock. La pensée forte de Marx s'arrête ici devant toute application positive : elle constitue la négation même du politique. Toute interprétation de Marx est, de fait, hautement contestable. Dans sa vision le capitalisme prépare son lit de mort, et l'Homme, être tranquille, patiente à son chevet. Il apparaît que changer la réalité que nous connaissons contraint à l'action. C'est de raison que la réaction s'impose comme le seul recours : il ne saurait y avoir de justice sociale en l'absence d'un État providence, autonome et stratège. Et il n'y a, de nos jours, de patriotisme véritable que dans la réaction.
L'Histoire, la tradition, la nation... Tant d'êtres que les amis du grand marché veulent voir s'éteindre, au profit d'une fantasmagorique citoyenneté du monde. C'est à ces êtres martyrs qu'il convient de se raccrocher, pour que jamais la culture de l'oubli ne puisse nous rogner, ce jusqu'au cœur de ce que nous portons. C'est aux négateurs de la mémoire et de l'âme que nous devons répondre, à ceux qui jouissent d'une conception bien insultante de l'humanité. Il faut le clamer : en vitupérant contre les racistes, les ennemis de la cause du peuple, les barons de la peur, ils ne font que renvoyer leur propre visage sur leurs contradicteurs.
Je suis convaincu que ce n'est pas le brillant historien auteur de Mélancolie Française et de ce bel essai qui me contredira. Son rapport passionnel avec le roman national a de quoi nous inspirer. Mais, au-delà de l'historien, Éric Zemmour a le mérite évident de ramener la réalité en termes de classes et de dynamiques, plutôt qu'aux termes de cas singuliers et de relativisme permanent. Il est cet homme au cœur "vieille France" qui, comme tant de Français, ne peux endurer davantage le mépris constant des plateaux télé. Il est de sa génération, témoin de l'installation et de l'enracinement d'une idéologie. Ce droit-de-l'hommisme, qui a conquis et enlaidi les faits sociaux majeurs de notre civilisation : la politique, la chanson, l'art en général, la justice, le football...
C'est bien l'histoire d'une revanche sur le roman national qui est entre nos mains, d'une revanche sur l'idéal républicain comme sur la France éternelle. Tout y passe : la course folle vers l'Union oligarchique européenne, le féminisme et l'antiracisme forcenés et obligatoires, le « libertarisme » prosélyte, la haine de soi, le triomphe du marché, BHL, Coluche, Lilian Thuram... Il est louable qu'il ait abordé les problèmes ainsi : on retient bien mieux l'emblématique que le pompeux. On en ressent peu à peu la médiocrité qui nous est parvenue aujourd'hui.
« L'optimiste est un imbécile heureux. Le pessimiste est un imbécile malheureux. » écrivait feu Georges Bernanos. [3] Tous attestent que le journaliste Zemmour souffre de la seconde tare. D'aucuns brocardent le constat pathologique qui coule de ces pages, la névrose qui pousserait les Français au suicide. Mais, comme l'a relevé si justement Jean-Marie Le Méné sur Radio Courtoisie, il « déconstruit les déconstructeurs » [4], et, par conséquent, deux négations ne pouvant former qu'un positif, c'est un livre d'espérance.
Ce récit est un voyage dans les abysses de la modernité; il n'est sous aucun prétexte en opposition avec le Roman de Jeanne d'Arc de Philippe de Villiers. Il doit soulever le cœur de chaque être français afin que renaisse, brille à nouveau et de mille éclats la France d'antan, la France véritable, la France de Clovis à Rousseau, la France comme phare des nations. Pour qu'elle soit prête à accueillir ce nouveau Bonaparte que ce peuple mérite et appelle de toute son âme. Une idée si épurée peut très bien se passer des corps intermédiaires qui ne cessent de la souiller.
1 Pour poursuivre cette critique utopiste du capitalisme moderne, nous conseillons vivement l'ouvrage duquel est inspiré largement cet écrit : BOLTANSKI Luc, CHIAPELLO Ève, Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, 1999, 843p.
2 L’Émileou De L’Éducation (Livre premier), Paris, The Hague Chez Jean Néaulme, 1762.
3 Les grands cimetières sous la lune, Paris, Éditions du Seuil (1997), 1938.
Bonjour à toutes et à tous. Je vous souhaite la bienvenue sur ce blog, "Paroles d'Actu".
Fondateur et administrateur du Forum 21, j'ai toujours eu à coeur de laisser se développer un débat aussi libre que possible, dans les limites qu'impose le respect dû à chacun.
J'ai également, en tant que participant au défunt Webzine F21, puis dans le cadre du forum, eu beaucoup de plaisir à me lancer des challenges : contacter des anonymes ou des personnalités autour de thématiques d'actualité, leur poser des questions, et voir s'ils étaient prêts à me répondre. Sachant que l'audience qu'ils pouvaient en retirer serait forcément limitée, le défi était loin d'être gagné. Malgré tout, nombreux sont celles et ceux qui ont accepté ma proposition. Je les en remercie ici très vivement.
Ce blog hébergera les textes d'entretiens réalisés via internet (mais bien réels) passés et à venir. Chacun sera daté. Il n'y a là que des exclusivités. J'espère que vous aurez autant de plaisir à les lire que j'en ai eu à les organiser.
Texte publié hier, le 14 juin 2016, sur la page Facebook de Paroles d’Actu.
Bonjour, toutes et tous.
Demain, donc, Paroles d’Actu aura cinq ans.
Lorsqu’à 26 ans j’ai créé ce site sur la plateforme Canalblog, le 15 juin 2011, c’était avec à l’esprit une idée assez précise, exprimée dans ce slogan que je crois avoir posé lui aussi dès ce premier jour : « La parole à celles et ceux qui l’ont rarement. La parole de celles et ceux qui l’offrent peu à de petites structures. C’est là notre double défi. »
Je souhaitais installer, sans ambition excessive, un petit média indé pour traiter selon ma sensibilité et mes envies propres des questions de politique, d’actu, de société, de culture, etc. Partant de zéro, zéro réseau ; je sais bien que, sans internet, sans les « réseaux sociaux », rien n’aurait été possible.
J’ai pu approcher, au moins par écrit, pas mal de monde... Je ne citerai aucun nom de peur de froisser ceux qui ne le seraient pas. Jeunes engagés ou citoyens impliqués dans la vie de la Cité, artistes de talent, de renom ou en devenir, spécialistes de l’Histoire et de la folle marche du monde, grands témoins des médias... J’éprouve indistinctement, pour chacune et chacun de ceux qui ont pris le temps de répondre à mes sollicitations, une sincère reconnaissance. Je vous salue si, concerné(e), vous lisez ce texte. Parmi ces contributeurs, j’ai une pensée pour ceux qui malheureusement ne sont plus là : Alain de Greef, Gilles Verlant, Micheline Dax. Une grosse pensée, aussi, pour ceux des lecteurs du blog qui eux aussi sont partis trop tôt, dont une personne en particulier, mon père, pour mon plus grand malheur...
Je n’ai jamais eu la prétention de croire que j’avais quoi que ce soit de vraiment original à proposer aux lecteurs. À part mes intro à la première personne, je ne me suis pas mis en avant, je n’en ai ni le goût ni le caractère. La personne qui a des choses intéressantes à dire, c’est l’invité, ça n’est pas moi. Ce qu’on peut peut-être me reconnaître, c’est le choix et la prise d’initiatives, peut-être aussi de poser parfois des questions ou de proposer des sujets intéressants. Sans doute le sont-ils au moins un peu puisqu’à force d’insister, Google News a accepté d’inclure Paroles d’Actu à ses pages « sources ». On pourra me reprocher des maladresses, de ne pas assez « oser », d’être trop « mainstream » et pas assez innovant parfois : celui qui le fera aura raison.
Ces cinq années auront été, pour ce qui concerne le blog, émaillées de moments de grande satisfaction - quand on reçoit le mail si ardemment désiré - mais aussi, trop souvent, de vraies frustrations. Quand on se rend compte que l’interview à laquelle on tenait ne se fera plus. Surtout, quand on découvre que l’article récemment mis en ligne ne suscite que peu de commentaires. C’est une difficulté qui touche beaucoup d’auteurs en ligne, y compris des gens qui fournissent un travail et ont des choses bien plus intéressantes à dire que moi. C’est la loi du genre, il faut faire avec... ou sans.
Je ne sais pas, honnêtement, si j’ai ou non un lectorat fidèle. S’il existe il se manifeste très peu ce qui est frustrant et regrettable.
Je ne sais pas, à ce jour, où des questionnements perso de plus en plus prégnants se font sentir, si je vais continuer l’aventure Paroles d’Actu. Il est de ces moments où l’on se sent à la croisée de chemins. J’en suis là. Ce travail de cinq années présente-t-il un intérêt objectif ? Se peut-il qu’il intéresse quelqu’un pour la perspective, peut-être, d’une aventure en commun qui aurait sans doute pour moi, à ce stade, quelque chose de salutaire ?
Ce que je sais, c’est qu’à ce jour, j’ai encore envie d’y croire. Si vous avez aimé lire quelque chose sur ce blog, si vous avez apprécié d’y participer, alors, c’est le moment de le dire. Ici. Maintenant. Je le dis sans me forcer avec toute l’humilité du monde : j’ai besoin de vous. De vos retours. La suite, si suite il doit y avoir, dépendra en grande partie de vous. De votre présence et du soutien que vous témoignerez à ce blog qui est le vôtre, Paroles d’Actu.
Bonjour à tous et tous, lecteurs fidèles ou occasionnels de Paroles d’Actu.
Je souhaite par ce petit post, qui pour une fois n’est pas un "article", partager avec vous un point d’info concernant notre site.
Paroles d’Actu est hébergé par Canalblog depuis sa création, il y a 13 ans. Un hébergement gratuit, pour un site que j’ai toujours géré dans un esprit de gratuité, pour le lecteur, sans jamais toucher le moindre centime en retour (le plaisir venant des articles, eux-mêmes fruits d’entretiens souvent enrichissants, parfois même inspirants). Depuis quelques jours, il y a eu un changement d’organisation au sein de Canalblog. Pour vous la faire courte : les serveurs ne seront plus les mêmes, la présentation non plus, et la formule sur la partie gratuite sera moins avantageuse (apparemment, plus de possibilité d’inclure des objets, vidéos YouTube par exemple, dans les articles, limitation du nombre de caractères pour un article, des pubs plus envahissantes, j’en passe sans doute, je découvre).
Paroles d’Actu restera gratuit pour le lecteur, et je ne compte pas en tirer d’argent davantage que durant les 13 dernières années. Par conséquent, je me tiendrai à la version gratuite, tenant compte de toutes ses restrictions. A priori, il ne devrait plus y avoir d’inclusion de vidéos dans les articles. Je ferai autrement. Idem pour les longues interviews, je trouverai une solution. Plusieurs points me contrarient : lors du transfert de serveurs, la synchronisation, apparemment toujours en cours, a perturbé l’équilibre des blogs et fait disparaître, je l’espère temporairement, mes deux derniers articles, celui avec Clément Lagrange pour son ouvrage sur Florent Pagny, et celui avec Nicole Bacharan à propos de la présidentielle américaine de cette année. J’espère vivement qu’ils réapparaîtront à terme. Sinon, d’une manière ou d’une autre, je les publierais à nouveau, même si je ne vous cache pas que j’aurais du mal à me motiver pour refaire des intro, n’ayant rien sauvegardé (N.B. : je devrais désormais). Je présente à Clément Lagrange, à Nicole Bacharan, et à tous, mes excuses pour les désagréments occasionnés qui sont, vous l’aurez compris, indépendants de ma volonté.
Autre point, qui me contrarie tout autant : la nouvelle présentation imposée a effacé certains formatages, ce qui rend les articles (TOUS les articles) plus ramassés qu’ils n’étaient. Auparavant un retour à la ligne apportait un petit espace qui aérait bien, désormais le tout est plus serré, et peu agréable à l’œil. Je pourrais éditer les articles manuellement pour faire de nouveaux sauts de ligne, mais ce serait fastidieux de le faire pour 450 articles... Je vais voir. Comble du fun, je ne peux plus éditer les très gros articles (celui, récent, avec Anny Duperey par exemple), parce qu’ils dépassent, forcément, parfois de beaucoup, le nouveau nombre de caractères assigné par article (ce que je conçois : Canalblog est fait pour des blogs, par pour les romans que sont parfois mes articles). Il y a peut-être des points positifs, je ne sais pas, je découvre le tout ce matin, et ce post sera ma manière d’essuyer des plâtres. Je ne sais même pas ce qu’il en est de mon référencement Google News, que j’avais arraché de haute lutte, s’il a sauté avec tout le reste, ou pas...
Je vais voir à l’usage, avec le temps comme disait le poète, dans quelle mesure tout cela impacte ma motivation pour Paroles d’Actu, déjà mise à mal par des questionnements personnels et par une incertitude quant à mon devenir professionnel, mon job, qui n’a pas grand chose à voir avec Paroles d'Actu, étant amené à disparaître assez rapidement (coucou Casino). D’ailleurs, si quelqu’un qui lit ce post, et qui a lu certains de mes articles, trouve que je fais des choses pas mal, et qu’il a une idée pour moi qui me rapprocherait de ces compétences que j’ai développées, je serais tout ouïe et prêt à me soumettre à mon tour au jeu de l’interview, ou en tout cas de l’entretien. 39 ans dans quelques jours, et ça ne sera pas pour moi nécessairement l’âge de la sérénité, à moins que ?
Voilà, j’ai essayé de vous présenter les choses aussi franchement que possible. L’occasion de vous remercier encore, toutes et tous, pour votre fidélité, même si j’ai rarement beaucoup de retours, et que les retours font plaisir. La suite reste à écrire, ici et ailleurs.
Bon dimanche à toutes et tous. À toutes les grands mères, s’il y en a parmi vous : bonne fête ! ;-)