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Paroles d'Actu
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30 août 2018

Jean-Pierre Morgand : « Le métier est simple : plus vous jouez, plus on vous demande ! »

Le 21 juin dernier, soir de Fête de la Musique, j’ai assisté avec un ami à un grand concert Les Années 80 : La Tournée organisé par la ville de Saint-Chamond, dans la Loire. Plus de 2h de show, un public large et conquis par des musiques et des chansons aimées depuis longtemps ou découvertes plus récemment. Et une vraie énergie, communicative, de la part des artistes. Parmi eux : Julie Piétri, Lio, Sloane, Patrick Juvet. Et Jean-Pierre Morgand. Si si, vous savez, Nuit sauvage. Après échange avec lui, via Facebook, j’ai appris qu’il venait de sortir un nouvel album, "L’homme qui passe après le canard". Un opus rock, pop, et nostalgique (mais pas que !). J’ai eu envie de l’interroger et suis heureux qu’il ait accepté mon invitation. Rencontre avec un artiste authentique, qui a le sens des mots et du bon son. Interview exclusive, Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Q. : 15/08/18 ; R. : 23/08/18.

Jean-Pierre Morgand: « Le métier est simple :

plus vous jouez, plus on vous demande ! »

L'homme qui passe après le canard

L'Homme qui passe après le canard, nouvel album de Jean-Pierre Morgand.

 

Jean-Pierre Morgand bonjour. Si vous deviez présenter en quelques phrases ce que vous êtes, que diriez-vous ?

Je ne suis pas très fort à cet exercice et, en général, je laisse ceci à ceux qui m’accompagnent. Je viens d’un milieu assez modeste, mais ouvert...

 

Comment votre chemin a-t-il croisé ceux de la musique ? Quelles sont vos grandes influences, et qui sont vos maîtres ?

Ma mère, qui était enseignante et écoutait beaucoup de musique, surtout classique, et j’en ai écouté très jeune. J’ai choisi un chemin plus facile, et plus gai, avec la pop. Très jeune, j’écoutais les Beatles car j’avais demandé à voir au cinéma Yellow Submarine, croyant que c’était un dessin animé, comme Tom et Jerry. Beatles, donc. Rolling Stones. Bowie. The Doors. Pink Floyd. Sinatra. The Clash. The Stranglers. XTC. Prince. Ferré. Brel. Gainsbourg. Delpech.

 

Votre grand succès, ça a été, évidemment, Nuit sauvage (1986), avec votre groupe Les Avions. Ça a représenté quoi, concrètement, ce moment-là ? Comment avez-vous vécu cette époque ?

Pas si bien que ça car on passait tellement de temps en promo pour remercier toutes les radios (ce qui est bien normal) qu’on ne faisait plus de musique... mais nous avons repris après.

 

Vous participez régulièrement à des concerts Années 80, comme celui, très sympathique, auquel j’ai eu la chance d’assister à Saint-Chamond (Loire) le 21 juin dernier. Est-ce qu’il y a entre vous, artistes de cette décennie-là, une espèce d’esprit de troupe, de sentiment d’appartenir à une vraie aventure musicale ?

Avec certains oui, depuis quelques années. C’est d’ailleurs pourquoi "Les Années 80 : La Tournée" est pour moi la meilleure, car on a longuement discuté de ce que l’on voulait jouer, et comment le faire.

 

Nombreux sont les nostalgiques de la musique des années 80, et de ces années-là en général. On a aimé ces chansons, qui étaient entraînantes, et souvent intelligentes, et insouciantes. On a peut-être aussi une vision un peu idéalisée de ces années 80. Comment est-ce que vous, vous regardez les années 80 par rapport à aujourd’hui ?

Une époque assez dure en fait, et qui commençait à être ce qu’est la société d’aujourd’hui. En fait, je crois que j’aurais préféré les années 70... mais j’étais un peu jeune quand même. Néanmoins, je dois avouer que dans les années 80, il y eu un sacré cocktail musical, et ça allait très vite !

 

Quel est votre sentiment : est-il plus ou moins facile de faire de la musique de manière indépendante, et de se faire connaître, aujourd’hui que dans les années 80 ? Certes, internet et les réseaux sociaux ouvrent tous les champs des possibles... mais l’esprit de zapping n’a jamais été aussi présent ?

L’un dans l’autre, je crois que ça revient au même car il y aujourd’hui tellement de talents et de gens qui peuvent grâce à la technologie faire de la très bonne musique et garder un job... Ce qui n’était pas possible à mon époque. Mais je pense qu’il est plus facile de se produire sur scène aujourd’hui, vu la diversité des scènes. Même si les gouvernements successifs ont plutôt tendance à fermer les petits lieux starters, où tout se passe, dans tous les genres de musique...

 

Vous reconnaît-on encore souvent dans la rue, en 2018 ? Avoir connu une grande célébrité avec un gros tube, c’est une bénédiction pure, ou bien y a-t-il aussi là-dedans, des points négatifs (le fait d’être toujours réduit à ce tube par le public et les médias par exemple) ?

On me reconnaît davantage aujourd’hui, en fait suite à tous ces spectacles, et aux captations télé. Il ne faut pas aller contre le tube et s’en servir en fait, ce que j’ai fini par comprendre. Je fais beaucoup de concerts solo ou en trio avec mes titres perso grâce à ce tube, et d’autres chansons des Avions. On me demande juste de les jouer, et voilà.

 

Ce qui nous intéresse au premier chef pour cette interview, et qui d’ailleurs l’a provoquée, c’est la sortie récente (ce printemps) de votre nouvel album, "L’homme qui passe après le canard". Quelle est l’histoire de ce nouvel opus, s’agissant de sa fabrication artistique mais aussi de sa rencontre avec un public, jouant aussi ici le rôle de producteur ?

L’homme qui passe après le canard, la chanson qui donne son titre à l’album, m’est venue pendant la tournée RFM PARTY 80 et après je me suis mis à écrire une suite de chansonsJe laisse le soin aux lecteurs de découvrir le texte, et comprendre ainsi pourquoi ça s’appelle comme ça. Je n’écrivais plus de chansons depuis quelques années, étant plutôt alors sur des musiques plus expérimentales, voire instrumentales. Comme je ne veux plus taper aux portes des maisons de disques, ou ce qu’il en reste, j’assume le fait de devenir producteur indépendant. Je suis pas mal aidé, comme par l’association musicale "Le Grand Grabuge". Et par mon petit public, mais très actif, comme pour le KissKissBankBank.

 

 

Les chansons de cet album le font sonner comme un bilan d’étape, mêlant souvenirs touchants et passions plus ou moins encore vivaces. Vous avez mis beaucoup de vous dans cet album ?

Ah oui, peut être plus que d’habitude, où j’observais plus les autres... Cet album est plus direct et plus perso. Je le voulais. Mais tout ne l’est pas, perso...

 

Quelles sont, parmi toutes vos chansons (celles de cet album et toutes les autres, en groupe ou en solo), celles qui vous tiennent le plus à cœur et que vous aimeriez inviter nos lecteurs à découvrir ?

Du dernier je saurais dire tout de suite. Les gens me parlent beaucoup de Maman, Par terre, Rose et Pas de ma fauteDe l’ancien temps, il y a Le Bleu du ciel, De Guerre lasse, Snake, et du Groupe Les Avions, Désordre, Tous ces visages, PublicitaireJ’adore aussi ce groupe rock que j’avais créé avec de jeunes musiciens, où on avait partagé l’écriture : Morgenbuz.

 

Vous êtes auteur, compositeur, et interprète. Comment définiriez-vous votre univers musical ? Est-ce qu’il a bougé au fil des ans ?

Pop rock, car j’ai toujours aimé le rock pour le son, l’énergie, et la pop car j’en aime les mélodies et les ambiances. Mon univers a bougé mais au fond on a une voie ou plutôt une voix et quoi qu’on fasse...

 

Quel regard portez-vous sur votre parcours d’artiste et d’homme, quand vous regardez dans le rétro ?

J’aurais aimé jouer plus souvent sur scène car il y eu de longs trous. Même si j’ai toujours joué dans les clubs... Aujourd’hui grâce aux années 80, il y des moyens, du son et de bons musiciens. Et grâce à ces tournées, je joue plus ma musique à moi. Le métier est simple : plus vous jouez, plus on vous demande, y compris revenir jouer nos chansons actuelles.

 

La question que vous aimeriez qu’on vous pose... et sa réponse ?

Aucune idée mais je peux vous dire que j’aime qu’on me pose des questions qui me surprennent.

 

Ici, un espace pour vous permettre, à l’occasion de cette interview, d’adresser un message, n’importe lequel, à quelqu’un, n’importe qui…

J’aimerais qu’une partie des gens arrêtent d’aborder les sujets sérieux de société, en noir ou blanc, ou pour ou contre, et réfléchissent un peu avant de se prononcer. Surtout sur les réseaux sociaux sur lesquels je suis pas mal, avec mon activité musicale.

 

  

Vos projets, vos envies pour la suite ? Que peut-on vous souhaiter ?

Jouer le plus possible en trio cet album. Car c’est la formation que je préfère. Le 1er septembre à Béthunes, par exemple. Retourner surfer... et voyager !

 

Un dernier mot ?

Merci !

 

Jean-Pierre Morgand

Image : Gonzo Music.

 

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22 juillet 2018

« Quel bilan tirer de la Coupe du monde en Russie ? », par Carole Gomez

Il y a une dizaine de jours, peu avant la finale de la Coupe du monde de football qui allait voir la France (bravo les Bleus !!!) remporter sa deuxième étoile face à la Croatie (score : 4 à 2), j’ai proposé à Carole Gomez, chercheure à l’IRIS spécialiste des questions liées à l’impact du sport sur les relations internationales, une tribune carte blanche à propos de ce Mondial. Il y a deux ans, en période de Jeux olympiques d’été à Rio, elle avait déjà composé « Les compétitions sportives internationales, lieux d'expression du nationalisme », pour Paroles d’Actu. Je la remercie pour ce nouveau texte, qui nous éclaire sur la manière dont la Russie a voulu concevoir, et a géré cet événement. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

CDM Russie

 

« Quel bilan tirer de la 21ème Coupe du monde masculine

de football, qui vient de s’achever en Russie ? »

par Carole Gomez, le 19 juillet 2018

Si le grand public et les commentateurs sportifs retiendront, à juste titre, la victoire française en finale contre la Croatie apportant une 2ème étoile à l’équipe de France, force est de constater que ce mondial organisé en Russie a été pour le moins riche en enseignements.

Tout d’abord, intéressons-nous à l’hôte de ce méga-événement sportif. Désignée en décembre 2010, à la suite d’une élection qui a fait couler beaucoup d’encre, la Russie accueillait donc entre le 14 juin et le 15 juillet, 32 équipes. S’inscrivant dans la droite lignée de la diplomatie sportive mise en œuvre depuis le début des années 2000 par Vladimir Poutine, le Kremlin voulait faire de cette Coupe du monde le point d’orgue du retour de la Russie sur le devant de la scène sportive et in fine internationale. Les objectifs de l’organisation de ce Mondial sont de plusieurs ordres, relevant à la fois de politique intérieure mais évidemment aussi de politique étrangère.

En matière de politique intérieure tout d’abord, Vladimir Poutine souhaitait «  offrir  » cette Coupe du monde aux Russes, ayant pour ambition de les rendre fiers, par l’accueil d’une compétition à la internationale prestigieuse, mais également pour le parcours de la Sbornaya, l’équipe nationale, qui a plus que dépassé les attentes des supporters et du Kremlin, en étant éliminée aux tirs au but aux portes des demies-finales contre la Croatie. Cette édition a également permis de rappeler à la communauté internationale l’intéressante histoire russe et soviétique du football, qui tend à être souvent oubliée, voire minimisée.

Cet évènement représentait aussi un enjeu économique sur le plan intérieur d’un point de vue touristique. En effet, alors que la Russie n’accueillait qu’environ 30 millions de touristes en 2016 – à titre de comparaison, la France en accueillait 89 millions en 2017), Moscou entend utiliser cet évènement planétaire, retransmis dans la quasi-majorité des pays, comme un outil d’attractivité permettant de découvrir le pays autrement et ainsi susciter un intérêt. Si la question des retombées économiques d’un tel évènement sportif est toujours épineuse et variable en fonction de nombreux facteurs, les prochaines années témoigneront de la réussite ou non de ce pari.

Toujours sur le plan de la politique intérieure, il est également intéressant de s’attarder sur la carte de cette Coupe du monde et sur le choix des villes hôtes qui est loin de relever du hasard. Alors que le coût de cette Coupe du monde s’alourdissait au fil des mois, la FIFA en mai 2016 avait, à plusieurs reprises, alerté le pouvoir russe concernant les retards dans la construction ou rénovation de plusieurs enceintes. Devenu un sujet prioritaire pour l’ancien ministre des Sports, Vitaly Mutko, ainsi que pour le président Vladimir Poutine, l’avancement des infrastructures a été particulièrement suivi à la fois pour honorer les promesses faites à la FIFA, mais surtout pour chercher à démontrer la diversité des villes et provinces russes ainsi que l’unité de son territoire. En ce sens, l’organisation de matchs au sein de l’enclave de Kaliningrad, mais également à Sotchi, ou encore à Saransk, au sein de la République de Mordovie sont emblématiques. Par ailleurs, il est également à noter que l’ouverture de la Coupe a eu lieu quelques semaines après l’élection pour un quatrième mandat de Vladimir Poutine et qu’il entend encore accroitre par cet évènement sa popularité. Popularité toutefois mise à mal par l’annonce surprise du recul de l’âge de la retraite (de 55 à 63 ans pour les femmes ; de 60 à 65 ans pour les hommes).

 

« Le sport fait aujourd’hui clairement partie

de l’arsenal de la Russie en tant qu’outil de soft power. »

 

En matière de politique étrangère, avec l’accueil de la Coupe du monde, la Russie souhaitait faire un pas supplémentaire dans la mise en œuvre de sa diplomatie sportive initiée au début des années 2000, après avoir notamment obtenu les Jeux olympiques et paralympiques à Sotchi (2014) ainsi que l’organisation de grands compétitions internationales (escrime, natation, athlétisme, Universiades). Par sa capacité à organiser un méga évènement sportif, par la qualité de sa prestation, par le rappel de son histoire sportive, loin des scandales de dopages, la Russie utilise donc le sport comme un outil de soft power, permettant de la mettre, au moins le temps de la compétition, au cœur de l’attention. Cette présence incontournable sur la scène sportive est indissociable de la scène politique, Vladimir Poutine recevant nombre de chefs d’État et de gouvernement et ouvrant donc la voie à des discussions informelles. S’il est trop tôt pour tirer un bilan diplomatique de ce qui s’est passé dans les couloirs des stades, il sera intéressant de suivre dans les prochains mois les éventuelles avancées sur le plan diplomatique pour la Russie.

En outre, par un jeu de miroir l’associant à un évènement international populaire, festif et positif, Moscou souhaite donc renvoyer une image lissée de son pays, tourné vers l’extérieur, prête à accueillir le monde et permettant ainsi de venir faire oublier les fortes critiques à son égard depuis notamment l’annexion de la Crimée, les scandales de dopage révélés par plusieurs documentaires ou encore l’affaire Skripal. Sur ce dernier point, alors qu’un boycott sportif avait rapidement été évoqué par l’ancien ministre des Affaires étrangères britannique, Boris Johnson, avant de rapidement revenir sur cette proposition, le spectre d’un boycott diplomatique de grande envergure a plané sur la compétition. Hypothèse émise dès la désignation du pays, ce type de sanction s’est soldé par un échec, le Royaume-Uni se trouvant incapable de fédérer largement au-delà de ses frontières, trouvant un écho pour le moins faible, pour ne pas dire existant, au sein de l’Union européenne. Un premier effet du Brexit, ou la conséquence d’une volonté de boycott que l’on sait inefficace et vain ?

D’autre part, et cela trouve une résonnance particulière avec le sport, elle cherche également à montrer sa puissance sur la scène sportive, dans une perpétuelle compétition avec les autres nations, et notamment l’Occident. Le parcours de la Sbornaya, qui n’a pas trébuché avant les tirs au but en quart de finale, permettra d’entretenir cet argumentaire.

Que retenir de cette Coupe du monde ?

Alors que la question sécuritaire était, logiquement, mise en avant, avec notamment le risque terroriste mais également la crainte de voir des violences dans et en dehors des stades, il semblerait, selon les informations disponibles pour l’instant, que Moscou ait réussi à garder le contrôle de la situation. En matière notamment de lutte contre l’hooliganisme, plusieurs médias ont révélé quelques semaines avant le début de la Coupe du monde que le FSB avait été chargé de tenir à l’écart les hooligans susceptibles d’intervenir au cours de la compétition, et qu’il était parvenu à atteindre ce but. Au regard de l’importance de l’évènement, cela n’est cependant guère étonnant, compte tenu de la volonté de Vladimir Poutine de voir ce Mondial réussi, sans être entaché de quelque incident de ce genre. Seule l’irruption sur le terrain de membres des Pussy Riot, le soir de la finale, le 15 juillet, fait, sans doute, office d’ombre au tableau pour Vladimir Poutine.

Par ailleurs, si l’on s’éloigne du terrain sportif pour se concentrer sur l’aspect économique de cette compétition, il est intéressant de noter la forte représentativité d’entreprises chinoises parmi les partenaires et sponsors officiels de la compétition (Wanda, Hisense, Vivo, Mengniu et Yadea), confirmant la montée en puissance et la désormais indiscutable présence de l’Empire du milieu dans le football.

 

« Les Chinois étaient massivement présents en Russie ;

cela semble lié aux efforts déployés par Xi Jinping avec

son programme général de développement du football chinois. »

 

Cette présence va également de pair avec la forte présence de supporters chinois en Russie : Ctrip, opérateur chinois, a annoncé que la vente de billets d’avion vers la Russie pour la période juin-juillet 2018 avait augmenté de 40%, alors même que l’équipe nationale n’était pas qualifiée. Cette popularité du football peut être analysée à la lueur des importants efforts déployés par Xi Jinping depuis mars 2015 avec son programme général de développement et de réforme du football chinois, qui entend octroyer à la Chine au niveau du sport un statut conforme à sa position politique et économique.

Une fois de plus, le sport, et le football dans ce cas, dépasse très largement son seul pré carré et comporte d’importants volets politiques, diplomatiques et économiques. La prochaine Coupe du monde de football qui aura lieu en France (la féminine, ndlr), à partir de juin 2019, et la suivante qui aura lieu au Qatar à l’hiver 2022, seront donc à suivre avec une très attention. Ce qui n’est pas pour nous déplaire...

 

Carole Gomez

 

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7 décembre 2017

« À toi Johnny », par Frédéric Quinonero

La mort de Jean-Philippe Smet, plus connu sous le nom de Johnny Hallyday, hier dans la nuit (pourquoi a-t-il fallu que cela survienne un jour de Saint-Nicolas ?), a provoqué une onde de choc émotionnel à la mesure du personnage. Johnny, c’était presque 60 ans de carrière, 110 millions de disques vendus, un univers perpétuellement renouvelé et, surtout, une pêche, un enthousiasme, et une voix qui emportaient tout. On pouvait râler parce qu’on le voyait trop, mais franchement, que celui qui n’a jamais aimé ne serait-ce qu’une de ses chansons, que celui qui a eu la moindre occasion dans sa vie de le trouver antipathique jette la première pierre sur son cortège mortuaire. Johnny était respecté parce qu’il était un showman hors du commun, et il était aimé parce qu’il était aimable. La France de plusieurs générations ressent aujourd’hui un deuil sincère, sans doute comparable à celui que l’on ressentira, outre-Manche, au départ d’Elizabeth. Il était quelque chose comme un lien, un pont entre des gens parfois très différents. En ce sens, si Jean-Philippe vient de s’éteindre, Johnny, lui, son oeuvre, son sourire, son exemple, tout cela restera. Johnny immortel, c’est précisément le titre de la version définitive de la bio qui lui a été consacrée par Frédéric Quinonero et dont il vient, à grand peine, de boucler les chapitres finaux. J’ai eu une grosse pensée pour lui quand j’ai su pour Johnny, pour lui qui le qualifiait, lors d’une interview pour Paroles d’Actu il y a trois ans, de « grand frère qu’il n’avait jamais eu ». Frédéric a accepté d’évoquer Johnny dans un nouveau texte, nostalgique et touchant, je l’en remercie bien amicalement... Une exclu Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

Johnny immortel

Johnny Immortel, de Frédéric Quinonero (l’Archipel, décembre 2017).

 

« À toi, Johnny »

Par Frédéric Quinonero, le 7 décembre 2017.

 

Quelques fragments de vie avec toi, mon Johnny...

Ton apparition dans le poste en noir et blanc, dans Que je t’aime à la fin des années 60 et un petit garçon de six ans qui tombe sous le charme.

Le même petit garçon qui veut chanter ta chanson dans un radio-crochet sur la place d’Anduze, sa ville d’enfance, et l’organisateur qui ne sait comment lui expliquer d’en choisir une autre, que celle-là n’est pas pour son âge ; plus tard, mes parents qui m’expliquent avec un peu de gêne que «  quand tu ne te sens plus chatte et que tu deviens chienne  » ou «  mon corps sur ton corps lourd comme un cheval mort  », ce genre de phrases pose problème dans ma bouche et devant mon air hébété : «  Tu comprendras plus tard  »...

L’ «  album au bandeau  » au pied du sapin le matin de Noël et le verre de liqueur sur la table, bu par le Père Noël ; et moi surpris que le Père Noël te connaisse, toi, Johnny Hallyday.

Mon premier show de toi dans les arènes de Nîmes et moi hypnotisé, comme devant une apparition miraculeuse, tandis que des jeunes filles tombées dans les pommes sont évacuées sur des brancards ; puis, dans la voiture, l’air ahuri de mes parents quand je leur dis que je veux faire «  Johnny Hallyday  » comme métier.

Puis, mon dernier show des années plus tard, au même endroit, sans savoir quil serait le dernier.

Un communiant de onze ans entonnant dans son aube blanche ton dernier tube, Prends ma vie, à la fin du repas familial et les premières phrases : «  Je n’ai jamais mis les pieds dans une église, je ne sais pas prier  », entre autres, qui choquent l’assistance, en particulier une cousine très pieuse qui ne s’en est jamais remise.

L’affiche géante de la tournée Johnny Hallyday Story – toi vêtu de jean, posant allongé sur fond rouge - longtemps punaisée au mur de ma chambre d’adolescent, place Émile-Combes à Montpellier ; puis, longtemps après, celle du Stade de France 1998 au-dessus de mon bureau dans l’appartement de Saint-Maur.

Mon copain Bruno et moi sur ma Mobylette orange partant t’applaudir aux arènes de Palavas  et t’attendre le lendemain devant ton bungalow au Reganeous ; te voir sortir, boitillant – tu étais tombé dans la fosse la veille -, avec Sylvie préoccupée par l’état de ta jambe et ne se souciant pas de son petit chien venu vagabonder vers nous et devenu prétexte idéal pour vous approcher l’un et l’autre.

Mon premier spectacle parisien de toi, au Zénith, et tous les autres qui vont suivre...

Ton entrée chez Graziano où je travaille pour payer les cours de théâtre ; tous ces gens qui s’arrêtent de dîner, les couverts levés ; puis moi tremblant comme une feuille en servant le champagne à ta table et toi le remarquant qui m’adresses un sourire à faire fondre la banquise.

Ta voix dans le téléphone – «  Bonjour c’est Johnny  » - lorsque tu appelles pour réserver et moi, qui manque de tomber du tabouret où je m’étais assis.

Ta première interprétation de Diego en 1990 à Bercy et l’émotion qui nous a cueillis, mon amie Muxou et moi.

Tes messages à distance qui mettaient du baume au coeur au petit garçon devenu ton biographe.

Des souvenirs, souvenirs en pagaille…

Et maintenant, mon Jojo, à quoi ça va ressembler la vie sans toi  ?

 

Frédéric Quinonero JH

 

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7 novembre 2017

Olivier Da Lage : « Mohammed ben Salman a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre... »

Le week end dernier, juste après la création d’une commission anticorruption dont Mohammed bel Salman, prince héritier d’Arabie saoudite, a pris la tête, une vague sans précédent d’arrestations de princes, ministres, anciens ministres et autres potentats saoudiens a créé une onde de choc à la tête du royaume. Qui est cet ambitieux, fils d’un roi qui ne jure plus que par lui ? Quelles conséquences sur l’alliance américaine, et la volonté affichée de modernisation d’un pays qui compte parmi les plus conservateurs ? Décryptage, avec Olivier Da Lage, journaliste à RFI qui maîtrise parfaitement les enjeux de la région. Un contributeur fidèle, qu’il en soit, ici, remercié. Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Q. : 06/11/17 ; R. : 07/11/17.

Olivier Da Lage: « Mohammed ben Salman

a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre... »

Mohammed ben Salman

Le prince Mohammed ben Salman. Illustration : http://dailyarabnews.net

 

Paroles d’Actu : Opération "Nettoyage" ? Règlements de comptes ? Putsch de palais ? Amorce d’une révolution plus en profondeur ? Que penser des derniers développements en cours en Arabie saoudite ?

pourquoi cette purge ?

Olivier Da Lage : Cette purge, sans précédent dans le royaume, vise à faire le vide autour de Mohammed ben Salman afin d’écarter toute opposition sur le chemin qui doit le mener au trône.

 

PdA : Quel état des forces en présence au royaume des Saoud ? En quoi les équilibres sont-ils modifiés après les événements ?

le jour d’après

« Le moment de vérité interviendra sans doute

à l’heure de la succession... »

O.D.L. : En apparence, tous les rivaux potentiels, tous ceux qui formulaient des critiques, tous ceux qui pouvaient représenter une menace pour le pouvoir apparemment sans limite du jeune prince héritier ont été écartés sans ménagement. Parfois simplement limogés, parfois placés en résidence surveillée, voire en prison. Ce qui est frappant, c’est qu’il a réussi, avec l’appui du roi Salman, son père, à éloigner du pouvoir toutes les autres branches de la famille. Mais cela en fait autant d’ennemis qui, pour l’heure, sont réduits au silence, mais il est sans doute prématuré de considérer qu’ils ont renoncé à se manifester le moment venu, c’est-à-dire lors de la succession.

 

PdA : Que sait-on de Mohammed ben Salman, fils du roi Salman et héritier du trône ? De ce en quoi il croit, de ce qu’il pense, et de ce qu’il veut ? Est-il sur l’essentiel en phase avec son père ?

le Prince

O.D.L. : Jusqu’en janvier 2015, lorsque le prince Salman a succédé au roi Abdallah, on savait fort peu de choses de lui. On sait qu’il est né en 1985 et qu’il est donc âgé de 31 ou 32 ans, qu’il est le fils aîné de la troisième épouse du roi Salman, et qu’il est toujours resté aux côtés de ce dernier. Il n’a pas étudié à l’étranger, contrairement à ses demi-frères (dont un astronaute qui a volé sur la navette spatiale américaine dans les années 80) ; on sait aussi qu’il a rempli le rôle de chef de cabinet auprès de Salman lorsque celui-ci était gouverneur de Ryad, puis prince héritier. Cette fonction lui a permis de s’imprégner des codes de la politique saoudienne depuis son plus jeune âge et de contrôler l’accès à son père, quitte à faire attendre de puissants princes ou des ministres.

« Son père, le roi Salman, lui a fait franchir

toutes les étapes du pouvoir à une vitesse sans

précédent pour ce royaume conservateur »

Il bénéficie du soutien total de son père, qui l’a nommé ministre de la Défense à l’âge de 29 ans. C’est à ce titre qu’il a lancé en mars 2015 la guerre au Yemen, qui a fait plus de 10 000 morts et conduit ce pays, déjà l’un des plus pauvres du monde, dans une situation épouvantable avec un demi-million de malades du choléra, et sept millions de Yéménites au bord de la famine. Son père lui a fait franchir les étapes à une vitesse sans précédent dans ce royaume conservateur : outre le ministère de la Défense, il lui a confié la supervision de l’economie, puis l’a nommé vice-prince héritier, puis, en juin dernier, prince héritier après avoir contraint à la démission le tenant du titre, le prince Mohammed ben Nayef, ministre de l’Intérieur et jusqu’à récemment encore, considéré comme l’homme fort d’Arabie Saoudite. Il ne reste plus à Mohammed ben Salman (M.B.S.) qu’à succéder à son père, soit à sa mort, soit, ce qui est plus vraisemblable, lorsque celui-ci abdiquera en sa faveur.

 

PdA : Comment se porte l’alliance historique qui unit Ryad aux États-Unis ? Et comment cette relation est-elle vécue par la "rue saoudienne" ?

Ryad et Washington

O.D.L. : Sous Obama, soupçonné de lâcher ses alliés arabes au profit de l’Iran, elle avait atteint des abysses. Depuis l’élection de Donald Trump, c’est la lune de miel. C’est à Ryad que Trump a effectué son premier voyage à l’étranger en tant que président en mai dernier. Les Saoudiens lui ont réservé un accueil royal et ont passé commande auprès des États-Unis pour des centaines de milliards de dollars. Autrement dit, ils se sont acheté le soutien sans réserve du président américain qu’ils ont mis à profit aussitôt après pour tenter de régler son compte au Qatar, jusqu’à présent sans succès.

« La perspective d’un conflit ouvert au Moyen-Orient

s’est brusquement rapprochée ce week-end »

Mais Ryad et Washington partagent une même hostilité à l’encontre de l’Iran et les récents événements –qui ont reçu le soutien sans réserve de Trump – se sont accompagnés d’une rhétorique anti-iranienne extrêmement belliqueuse, suite à la démission annoncée à Ryad par le Premier ministre libanais Saad Hariri, sans aucun doute sous la pression saoudienne. La perspective d’un conflit ouvert au Moyen-Orient s’est brusquement rapprochée ce week-end.

Quant à la "rue saoudienne", il faut savoir que toute manifestation est strictement interdite dans le royaume qui, en revanche, compte un nombre record d’utilisateurs de Twitter et Facebook. Mais un tweet critique envers le gouvernement peut envoyer en prison. À ce que l’on sait, l’opinion est partagée entre une certaine admiration pour l’énergie de ce jeune prince moderniste et les craintes que suscite cette fuite en avant conduite à marché forcée.

 

PdA : L’Arabie saoudite s’est-elle réellement, et sincèrement engagée sur la voie de la "modernité" ? Quid, de l’actualité, et de l’avenir de son alliance originelle avec le wahhabisme, la lecture fondamentaliste de l’islam qu’elle a propagée partout dans le monde ?

vers la "modernité", vraiment ?

« La volonté de Mohammed ben Salman de

moderniser l’économie et la société saoudiennes

ne fait pas de doute »

O.D.L. : La volonté de M.B.S. de moderniser l’économie et la société saoudiennes ne fait pas de doute. Mais son ambitieux programme de privatisations et de suppression des subventions, conçu par des cabinets de consultants anglo-saxons sous le nom de Vision 2030, suppose des investissements massifs, notamment de l’étranger. Il n’est pas certain que l’embastillement soudain d’hommes d’affaires, dont l’emblématique Al-Walid ben Talal soit de nature à rassurer les milieux d’affaires.

Quant aux religieux traditionnels, M.B.S. a entrepris de les mettre au pas, notamment par une vague d’arrestations les visant en septembre dernier.

Mais en se mettant à dos les religieux conservateurs, toutes les branches de la famille royale, les milieux d’affaires, tout en adoptant une politique étrangère agressive qui jusqu’à présent, n’a pas été couronnée de succès, Mohammed ben Salman a peut-être eu les yeux plus gros que le ventre.

 

Olivier Da Lage

Olivier Da Lage.

 

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29 mai 2017

Frédéric Salat-Baroux : « Les habits de la Vème République semblent convenir parfaitement à Emmanuel Macron »

Frédéric Salat-Baroux fut, entre 2005 et 2007, de par sa position de secrétaire général de l’Élysée sous la présidence de Jacques Chirac, un des personnages les plus puissants de l’État. Il a depuis lors fait bifurquer son parcours vers le privé, vu et appris de nouvelles choses, étoffé sa "pensée" du monde, du monde et de notre pays. Le 20 juillet dernier, à l’occasion de la parution de son ouvrage La France EST la solution (Plon, 2016), riche tour d’horizon des maux de la France d’aujourd’hui et programme clé en main pour y remédier, M. Salat-Baroux avait longuement répondu à mes questions pour Paroles d’Actu. Le contact a été maintenu, et c’est tout naturellement que j’ai eu envie dinterroger ce proche d’Alain Juppé sur la dernière élection présidentielle, sur le sens qu’il lui donne et sur le regard qu’il porte sur le nouveau Président. Merci à lui d’avoir accepté une nouvelle fois de se prêter à l’exercice, et pour ses réponses... Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche...

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Frédéric Salat-Baroux: « Les habits

de la Vème République

semblent convenir parfaitement

à Emmanuel Macron »

Q. : 15/05/17 ; R. : 21/05/17.

 

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron lors de son investiture en tant que président de la République,

le 14 mai dernier. Source de l’illustration : médias.

 

Paroles d’Actu : Frédéric Salat-Baroux bonjour, je suis ravi de vous retrouver dans les colonnes de Paroles d’Actu. Le 7 mai, Emmanuel Macron a donc remporté l’élection présidentielle face à Marine Le Pen au terme d’une campagne inédite voire folle à bien des égards. Quelle lecture faites-vous de l’événement, et de manière peut-être plus personnelle, quel est votre ressenti ?

la présidentielle de 2017

Frédéric Salat-Baroux : Contrairement à ce qui a pu être dit, la campagne présidentielle a été terriblement forte de sens.

Les Français ont exprimé des messages particulièrement clairs et radicaux :

- la volonté de tourner la page d’une classe politique en situation d’échec ;

- une interrogation profonde face à une Europe qu’ils vivent comme destructrice d’emplois et dure aux faibles ;

- comme lors de la campagne américaine avec les thématiques de Trump et Sanders, un rejet d’un système capitalisme qui tourne fou en concentrant la richesse sur une micro élite et qui appauvrit désormais les classes moyennes ;

- une identité blessée.

Ils auraient pu y ajouter l’ubérisation, géniale en terme de progrès, mais qui porte le danger d’un terrible retour au chacun pour soi social.

C’est logiquement que la campagne présidentielle a conduit à la cristallisation des électeurs sur des projets de type révolutionnaire : ceux des extrêmes mais aussi celui d’Emmanuel Macron, qui s’est différencié des autres par sa dimension constructive et non pas destructrice.

« Les Français ont fait une ultime fois

le choix de la raison... s’ils ne sont pas entendus,

la prochaine fois, ce sera le Front national... »

Les Français ont fait une ultime fois le choix de la raison. Mais le message adressé aux élites est très clair : si vous n’entendez pas notre souffrance, la prochaine fois ce sera la souffrance pour tous. Ce sera le Front national.

 

PdA : Dans une tribune que vous aviez écrite avant le second tour sur le site de l’Opinion, vous déclariez ceci : « L’intérêt de la France, notre honneur républicain, notre capacité à pouvoir nous rebâtir demain commandent de dire aujourd’hui haut et clair : aucune voix de droite ne doit manquer à Emmanuel Macron. » Le message était limpide, et en parfaite cohérence avec votre parcours et les valeurs que vous portez. Mais, vous savez mieux que nous tous à quel point la charge présidentielle est grande et lourde à porter dans la France de la Vème : est-ce que, pour ce que vous en savez, vous diriez d’Emmanuel Macron, qui vient donc d’être élu, qu’il a des qualités qui le qualifient pour la fonction ; qu’il en a les capacités ; qu’il en est digne ? Et est-ce qu’on ne gagnerait pas, à un moment donné, à essayer de réduire un peu ce costume taillé sur mesure pour un homme - de Gaulle - comme on n’en fait pas deux par siècle dans chaque pays ; costume de moins en moins habité alors que défilent les mandats ?

Macron, digne de la fonction ?

F.S.-B. : Il y a quinze mois, lors de la sortie de mon livre La France est la solution que j’avais failli intituler Pour un nouveau bonapartisme, j’avais dit lors d’une interview : « Macron, c’est Bonaparte ».

Les points communs sont nombreux :

- aptitude à faire la synthèse des idées de l’Ancien régime et de la révolution ;

- vista ;

- capacité d’apprentissage ultra rapide ;

- peur de rien.

Il vient de remporter sa première campagne d’Italie. Par-delà sa jeunesse, ce qui domine c’est son autorité, sa volonté de tout voir, de tout traiter, de tout décider.

« Bonaparte avait organisé l’État

comme une armée, Macron est bien parti

pour le faire comme une start-up »

Bonaparte avait organisé l’État comme une armée. Emmanuel Macron est parti pour le faire comme une start-up.

Les habits de la Vème République semblent donc parfaitement lui convenir.

Contrairement à Jean-Luc Mélenchon, je ne crois pas que nos institutions soient dépassées en ce que les Français veulent avoir un monarque républicain.

En revanche, comme les entreprises ont su le faire, l’action publique doit s’ouvrir aux logiques coopératives. Les Français ont été des acteurs majeurs de la campagne présidentielle, ils doivent devenir des acteurs du travail gouvernemental et législatif.

Avec la simplification des échelons territoriaux, c’est, selon moi, la priorité pour une réforme des institutions.

 

PdA : Chiraquien et juppéiste, comment vous situez-vous par rapport au mouvement de recomposition politique que semble engager la nomination du gouvernement d’Édouard Philippe ?

action, recomposition

F.S.-B. : Je ne suis pas aujourd’hui dans la vie politique mais j’ai un regard de citoyen engagé.

Comme je l’ai dit, les Français ont exprimé un message d’une très grande gravité, au sens le plus noble du terme.

Depuis l’entre-deux-tours, j’ai en tête, presque de manière obsessionnelle, cette phrase de Pierre Cot arrivant à Londres en juin 1940 et disant au général de Gaulle qu’il était prêt à tout faire pour son pays et « s’il le faut balayer les escaliers ».

« Je pense qu’il faudra aller, après les législatives,

vers une coalition, non pas de dilution mais de

"percussion" pour agir au mieux pour les Français »

Sur le plan de l’action politique, je pense qu’il faut aller, après les législatives, vers la constitution d’une grande coalition. Pas une coalition de dilution mais de percussion, pour agir et répondre aux messages des Français.

Mais il ne faut pas tout attendre du Président. Chacun doit agir. Quand on est responsable, comme moi, d’une entité économique, on a le devoir de se poser des questions aussi simples qu’essentielles : puis-je prendre des jeunes stagiaires en plus ? Ai-je la possibilité d’embaucher une ou deux personnes de plus ?

Sans ce nouveau civisme collectif, les efforts qui seront engagés par les pouvoirs publics risquent d’être largement privés d’effets.

C’est l’enjeu des mois à venir. C’est ce que le général de Gaulle appelait le sursaut national, ou plus justement encore le sursaut collectif.

 

PdA : Au soir du second tour, on s’est donc retrouvé, plus ou moins comme attendu, avec une Marine Le Pen représentant presque 35% des exprimés, 10,6 millions d’électeurs, c’est à dire, quoi qu’on en dise, un score énorme, qui aura pulvérisé tous les records du Front national jusqu’à présent. Que vous inspire ce chiffre ? Dans votre tribune, vous louiez l’intransigeance de Jacques Chirac face à l’extrême droite, mais cette poussée continue depuis quarante ans du parti des Le Pen n’est-elle pas d’abord la preuve que ce qui a été fait ou dit par les gouvernants successifs n’a pas été efficace ? Et n’y a-t-il pas quelque chose de perturbant sur le plan de la démocratie - le sentiment pour le citoyen d’être représenté / la confrontation des idées et les votes à assumer au parlement - dans la quasi absence, à l’Assemblée nationale, d’un parti qui pèse autant dans l’opinion que le FN ? Est-ce que tout cela n’alimente pas les ressentiments des citoyens qui se sentent exclus de tout, et donc même de la politique, offrant par là même un effet boost à peu de frais et bien pratique (pas de prise de position collective à assumer dans une assemblée, une posture de victime) aux dirigeants du parti frontiste ? (...) Cette question du vote FN, c’est aussi et c’est surtout celle de la fracture, béante, au sein de la société : toutes ces cohortes de Français pour qui le grand large, les grandes perspectives, la place dans la caravelle de la conquête et de la réussite, ce sera toujours pour les autres et jamais pour eux...

répondre au vote Front national

F.S.-B. : Jamais peut-être la nécessité de distinguer entre les électeurs du Front national et ce parti n’a été aussi évidente, aussi forte.

Le message des électeurs du FN mais plus largement d’une grande majorité de Français est : regardez la réalité dans laquelle nous vivons. Dans tant d’endroits de France et notamment dans le grand arc du nord et de l’est du pays, le premier employeur est l’hôpital et le deuxième la maison de retraite ; les usines, fierté d’hier, sont devenues des friches, les boutiques des centre-villes sont souvent murées depuis des années ; la grande crainte des parents, ce n’est même plus le chômage à 50 ans mais de ne pas trouver un premier stage pour les enfants ; tant de familles finissent le mois à l’euro près.

C’est à cela qu’il faut répondre. Il faut faire des économies, créer un cadre favorable aux entrepreneurs, réformer l’État, mettre en place une administration numérique, non pas comme je l’ai longtemps pensé, pour baisser les impôts mais pour se donner de nouvelles marges de manoeuvre en matière d’éducation, de formation, de redistribution. L’État doit renouer avec son ambition méritocratique et égalitaire. Je mesure le caractère provocateur de la formule mais partout dans le monde occidental et singulièrement en Europe, il va nous falloir inventer une nouvelle forme de social-démocratie.

A défaut et si l’on revient, inquiétude d’un second tour Mélenchon-Le Pen passée, à un statu quo arrogant, la sanction populaire sera la victoire du Front national.

« Ce qui s’est vu de manière évidente lors du

débat d’entre-deux-tours, c’est l’incompétence

crasse du Front national »

L’immense mérite du débat d’entre-deux-tours a été de montrer le vrai visage de ce parti. Il est tout sauf le retour à un conservatisme (dé)passé, à une France apaisée pour mentionner l’incroyable anti-phrase du slogan du début de campagne. Au-delà de la violence et de la haine du tout et tous, ce qui s’est vu de manière crue, c’est aussi et peut être surtout l’incompétence crasse du parti d’extrême droite.

N’en doutons pas, l’élection d’Emmanuel Macron a été le dernier avertissement du peuple français à des dirigeants et à une élite qui ont été jusqu’ici aussi aveugles que défaillants.

 

PdA : Quel message adresseriez-vous à Emmanuel Macron, fort de votre haute connaissance des affaires de l’État (en tant qu’ex-secrétaire général de la présidence de la République en particulier) ?

un message pour Emmanuel Macron ?

F.S.-B.. : Je n’ai évidemment pas de conseils à donner à celui qui vient de démontrer son aptitude à assimiler, de manière ultra rapide, toutes les réalités et les complexités de nos institutions.

L’enjeu, ce n’est déjà plus le renouvellement. Nous savions que les partis, l’ordre politique en place n’étaient que des châteaux de sable face à l’océan. Il aura été l’accélérateur d’un effondrement annoncé.

« L’enjeu essentiel : faire que chaque jeune

prêt à travailler dur ait à nouveau sa chance... »

L’enjeu est évidemment dans l’action, c’est-à-dire dégager des marges de manoeuvre par la création de richesses en s’appuyant sur la libération des talents des entrepreneurs et sur les effets de la révolution numérique pour que chaque jeune, prêt à travailler dur, ait à nouveau sa chance.

C’est cet "en même temps", pour reprendre l’expression du nouveau Président, qu’il va falloir imposer à toute nos politiques publiques et dans l’indispensable réforme des traités européens.

Ce qui est intéressant à la relecture du programme d’Emmanuel Macron, qui pouvait apparaître pas assez radical sur le plan économique, est qu’il est, en fait, fondé sur cette double exigence.

Comme toujours mais plus que jamais... tout sera question d’exécution.

 

Frédéric Salat-Baroux

Frédéric Salat-Baroux, ex-secrétaire général de l’Élysée (2005-2007) sous la présidence

de Jacques Chirac, est l’auteur de La France EST la solution (Plon, 2016).

 

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18 mai 2017

Waleed Al-Husseini: « Ceux qui chérissent la laïcité doivent se souder autour de ses valeurs, et la défendre »

Waleed Al-Husseini, 27 ans, est un auteur palestinien réfugié en France après avoir été incarcéré et torturé en Cisjordanie pour avoir osé critiquer l’islam. Athée depuis qu’il a répudié la religion de ses pères - il est ce qu’on appelle un apostat -, il a fondé en juillet 2013 le Conseil des ex-musulmans de France. Que pense-t-il de la situation dans notre pays ? Il vient de signer un brûlot féroce et dont le titre seul annonce la couleur quant à la thèse qu’il y défend : Une trahison française, « Les collaborationnistes de l’islam radical dévoilés » (éd. Ring, 2017). Les autorités françaises, et à de multiples niveaux des autorités diverses auraient, par lâcheté, ou pire par calcul, été transigeantes avec l’islam radical et avec ceux qui le portent et le propagent. L’ouvrage fera du bruit, il en a déjà fait. Il ne manquera pas, et c’est sain, de provoquer encore et encore des réactions. Et des débats. C’est le propre d’une société démocratique.

Après lecture de cet ouvrage, j’ai souhaité poser quelques questions à Waleed Al-Husseini. Je le remercie d’avoir accepté de se prêter à l’exercice. Je remercie également Laura Magné, la directrice du service presse de Ring, dont l’intervention a été déterminante, et le traducteur de Waleed Al-Husseini, pour son travail remarquable et très rapide. Merci, également, à Fatiha Boudjahlat et à Jérôme Maucourant, pour leur concours et pour les articles qu’ils m’ont déjà apportés sur la laïcité. J’invite le lecteur intéressé à lire en complément, sur ce blog, l’interview que j’ai faite de Pascal Le Pautremat en août 2016, et les contributions récentes, également précieuses, des deux intervenants cités à l’instant. Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche...

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Waleed Al-Husseini: « Ceux qui

chérissent la laïcité doivent se souder

autour de ses valeurs, et la défendre... »

Q. : 15/05/17 ; R. : 18/05/17.

 

Une trahison française

Une trahison française, par Waleed Al-Husseini, aux éd. Ring, 2017.

 

Paroles d’Actu : Waleed Al-Husseini bonjour, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Dans le monde catholique, il y a un clergé qui est hiérarchisé et organisé de façon pyramidale. Si à un niveau quelconque de la pyramide un membre du clergé professe une lecture du dogme ou exprime des opinions qui sont contraires aux vues de ses supérieurs, ceux-ci pourront le révoquer et dire, "Non, ça n’est pas la bonne lecture de la religion". Au sommet de la pyramide c’est le Pape qui dit sa conception de la religion ; elle s’applique en cascade et fait autorité partout.

Est-ce qu’il ne manque pas, au moins dans l’islam sunnite, un système d’autorités pyramidales, avec une autorité à sa tête qui clarifierait les choses ? En attendant, "religion de paix" ou "religion de combat", tout le monde dit et pense la sienne, et il y a autant de lectures de l’islam que de croyants et observateurs. Il n’y a certes pas de clergé dans l’islam sunnite, mais y’a-t-il des figures de savants, de sages qui feraient autorité au sein de la communauté sunnite mondiale, et quelle lecture ceux-là ont-ils de l’islam, de son rapport aux femmes et aux autres religions notamment ?

des hiérarchies en islam

Waleed Al-Husseini : L’islam se distingue en effet de la chrétienté notamment sur ce point. En islam, il n’y a pas de clergé organisé, encore moins de hiérarchie. Cette religion, particulièrement sa version sunnite, manque de centralité. De ce fait, il s’agit de l’un des principaux problèmes de l’islam dans l’affrontement de la vie moderne. Ces manquements mettent systématiquement en échec les tentatives de dégager une vision moderniste et réformiste et de conformer la religion aux valeurs universelles. Ils annihilent également les moindres tentatives de donner de l’islam une autre lecture qui dénote de la pensée la plus rétrograde répandue au sein de la communauté. À l’inverse de l’islam dans sa dimension religieuse et spirituelle, les organisations djihadistes et celles relevant de l’islam politique sont bien hiérarchisées. Il convient de noter aussi que, dans la confrontation que mènent actuellement l’islam politique et les groupes djihadistes, ces derniers fonctionnent davantage en réseaux nébuleux qu’en mouvements structurés.

« À travers l’histoire de l’islam, les réformistes

n’ont jamais trouvé un écho positif

dans les sociétés musulmanes »

Quant aux autres écoles de l’islam, elles tentent de présenter d’autres lectures du dogme. Mais il s’agit de tentatives individuelles. À travers l’histoire de l’islam, les réformistes n’ont jamais trouvé un écho positif dans les sociétés musulmanes, encore moins auprès des dirigeants temporels et spirituels. De ce fait, aucune réforme n’a pu aboutir depuis l’avènement de l’islam. Sa vision pour la femme et pour les non-musulmans n’a pas changé d’un iota depuis 1400, car elle est inspirée du Coran, considéré comme la Constitution de la Oumma. Or, le Coran fait de la Femme une mineure éternelle et la soumet à l’Homme, comme il divise le monde en deux catégories : les fidèles et les kouffars (impies). Ceux parmi les musulmans qui considèrent la Femme égale à l’Homme, et qui respectent les gens du Livre (les autres religions monothéistes) sont minoritaires et sont persécutés par les radicaux. Accusés de blasphèmes et qualifiés de renégats, ils sont tous simplement persécutés, exclus de l’islam et emprisonnés. En résumé, les mouvements terroristes et l’islam politique sont hiérarchisés par nécessité organisationnelle et appliquent le Coran à la lettre, alors que l’islam religieux manque de structuration.

 

PdA : Quelle perception avez-vous du monde musulman en France ? Est-ce que, pris comme un ensemble, les musulmans vivent leur foi différemment en France par rapport à d’autres pays ? Comment, par exemple, les musulmans que vous avez rencontrés dans notre pays perçoivent-ils votre statut d’apostat, la promotion que vous en faites, et la notion de liberté religieuse en général ?

les musulmans de France

W.al-H. : Les musulmans en France jouissent de beaucoup plus de liberté dans l’exercice de leur foi que dans les pays musulmans. À titre d’exemple, les chiites en Arabie saoudite et les sunnites en Iran n’ont pas le droit de vivre pleinement leur religion. Les premiers sont persécutés par les autorités wahhabites, et les seconds sont pourchassés par la mollarchie iranienne. Il en est de même pour les pays sunnites du Maghreb qui luttent jalousement contre la chiitisation… La France offre la liberté religieuse à tous. Mais malheureusement, la communauté musulmane en France n’est que la continuité des sociétés d’origine.

« Je ne comprends pas cette complai-

sance qu’on a, en France, avec ceux qui,

comme Hassan Iquioussen, répandent

les idées les plus radicales »

Dans leur diversité (la communauté est essentiellement composée de Turcs, d’Algériens, de Marocains, de Tunisiens et d’Afrique de l’ouest), les musulmans de France ont importé les valeurs et les coutumes de leur pays d’origine, dont certains les ont pourtant fuies. De ce fait, les musulmans vivent dans des ghettos et persécutent les « renégats » en singeant leur pays d’origine. Ils appellent à exécuter ceux qui quittent l’islam, comme Hassan Iquioussen qui incite les musulmans à « tuer les ex-musulmans par 12 balles ». Or, Iquioussen, qui est membre de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France, ndlr) et a ses liens avec la sphère politique, n’a jamais été inquiété pour incitation à la violence. Non seulement il n’a pas été arrêté ou interrogé, mais il continue de fréquenter les hommes politiques au nom de l’UOIF. Je ne comprends pas cette complaisance à son égard et à l’égard de ses semblables qui répandent les idées les plus radicales en France.

Concernant ma définition de la liberté religieuse, je pense qu’elle doit se limiter à l’exercice de la foi dans les lieux de culte, sans avoir une quelconque influence sur la sphère politique, l’espace public et l’éducation. La foi doit est un lien vertical entre chaque individu et son Dieu, quel qu’il soit. Mais l’islam dépasse cette dimension et les musulmans tentent de s’ingérer dans les affaires des autres pour répandre leur religion. Ceci passe par la prédication, le prosélytisme et les écoles islamiques qui prolifèrent dans le pays, souvent clandestinement.

 

PdA : Quel regard portez-vous sur les tentatives du pouvoir politique d’organiser l’islam en France, ces quinze dernières années ? L’édifice CFCM (le Conseil français du culte musulman, ndlr) est-il un début de solution aux problématiques rencontrées, ou bien a-t-il d’ores et déjà été noyauté par les intégristes ?

l’islam en France

« Les radicaux ne sont pas seulement ceux

qui portent les armes et commettent

des actes terroristes... »

W.al-H. : Les tentatives d’organiser l’islam en France sont vouées à l’échec, comme je l’ai expliqué dans mon livre. Car les radicaux ont infiltré et noyauté la communauté et toutes les associations et organisations qui en sont issues. Autrement dit, ces associations qui prétendent représenter l’islam sont radicales. Les radicaux ne sont pas seulement ceux qui portent les armes et qui commettent les actes terroristes, mais sont aussi radicaux tous ceux qui ne croient pas aux libertés, et qui veulent imposer les valeurs obscurantistes de l’islam moyenâgeux. Et c’est ce que les associations musulmanes font. À titre d’exemple, elles ont combattu Charlie Hebdo devant les tribunaux avant que des terroristes ne mettent à exécution la même pensée et ne déciment le journal. Donc, il n’y a aucune différence entre les deux branches. Ils combattent la liberté chacun à leur façon. Ils sont noyautés par les Frères musulmans dont l’objectif est d’accélérer l’islamisation par l’éducation, l’invasion culturelle et l’infiltration politique. Leurs moyens diffèrent mais leur objectif est le même.

 

PdA : Existe-t-il un islam des Lumières, et si oui quel est son poids auprès de ceux qui pensent l’islam, et de ceux qui le pratiquent ?

un islam des Lumières ?

« Tout débat sur l’islam est étouffé par

les institutions : lArabie et l’institut Al-Azhar... »

W.al-H. : Historiquement, l’islam est la première religion qui a connu sa révolution réformiste, avec les Mo’tazala. C’était sous l’empire abbasside. Depuis, aucun débat n’est parvenu à rivaliser avec celui proposé par les Mo’tazala. Faut-il rappeler que l’islam est radical par ses textes fondateurs et par le comportement de son fondateur et de ses compagnons ? Chaque initiative de réforme se heurte à cette réalité. Les rares musulmans éclairés qui ont eu le courage d’en débattre ont été marginalisés par les institutions (l’Arabie et l’institut Al-Azhar…).

 

PdA : Est-ce que vous décelez, en France comme ailleurs, dans nos sociétés post-industrielles, matérialistes et souvent égoïstes, un malaise, un terreau rendant irrépressibles une quête de sens, une "recherche de transcendance" faisant de la religion et des "communautés" des refuges naturels ?

l’islam, un refuge face au monde moderne ?

« L’islamisation est programmée

par ce qui est appelé "l’éveil islamique" »

W.al-H. : Je ne suis pas adepte de cette théorie concernant les musulmans de France et d’Europe. Elle peut s’appliquer sur les autres religions mais pas à l’islam. L’islamisation est programmée par ce qui est appelé « l’éveil islamique », lancé dans les années 1980. Quand on a interrogé le télécoraniste Al-Qaradaoui sur ce que l’éveil islamique a réalisé, il a répondu avec fierté : « Regardez le nombre des femmes voilées dans les rues ». Il est vrai que l’individualisme en Occident et la dislocation des valeurs sont un facteur aidant à l’expansion de l’islam, d’autant plus que les marginaux qui ont du mal à s’intégrer dans leur propre société rejoignent l’islam.

 

PdA : L’islam est-il oui ou non, d’après vous, compatible avec la République telle qu’on la conçoit en France ?

l’islam, compatible avec la République ?

« De nombreux prédicateurs placent

la Charia au-dessus de la Constitution »

W.al-H. : Certainement pas. L’islam n’est pas compatible avec la République et ses valeurs. Au contraire, il défend un retour aux valeurs du VIIème siècle avec leurs ségrégations religieuses, notamment contre les juifs, et sexistes à l’égard de la Femme. D’aucune façon le rejet de l’homosexualité, de la liberté sexuelle et de l’égalité ne peuvent se fondre dans celles de la République. D’autant plus que les musulmans revendiquent la primauté de leur appartenance à l’islam à leur nationalité. De nombreux prédicateurs, et pas des moindres, placent la Charia (loi divine) au-dessus de la Constitution (loi terrestre).

 

PdA : Diriez-vous de l’élection d’Emmanuel Macron, et de la nomination à Matignon d’Édouard Philippe, qu’elles vont plutôt dans le bon ou dans le mauvais sens sur les questions relatives à la pratique de l’islam, au religieux et aux communautarismes ? Je précise ma pensée, reprenant en cela des éléments que m’a apportés Jérôme Maucourant pour cette interview : pensez-vous que le président et que le premier ministre, au vu des rapports qu’il a entretenus avec l’islam politique au Havre, ont pris la pleine mesure du danger du communautarisme en France ?

Macron, Édouard Philippe, et les communautarismes

W.al-H. : Le président Macron s’est entouré de plusieurs conseillers de confession musulmane qui ne cachent pas leur attachement à leur pays d’origine. De plus, il a lancé sa campagne électorale depuis l’Algérie où il a été reçu comme un chef d’État et a visité le Musée du Martyr. Tout un symbole. Depuis, les Algériens revendiquent une part de sa victoire, et rappellent qu’il a été élu grâce au vote musulman, la communauté ayant voté contre Marine Le Pen. De ce fait, il pourrait leur être redevable d’une façon ou d’une autre.

« Je comprends que Macron veuille ratisser large...

je crains que cela ne se fasse au détriment

de la laïcité et des valeurs républicaines »

Quant au Premier ministre, Édouard Philippe, sa nomination pourrait constituer le point faible du pouvoir. Car il a des liens avérés avec les islamistes de sa région. Il a également des liens avec le Maroc (jumelage). Je comprends la manœuvre de Macron qui cherche à obtenir une majorité parlementaire, et qu’il ratisse large. Mais je crains que ceci ne se fasse au détriment de la laïcité et des valeurs républicaines, dans le prolongement de la politique du dernier quinquennat.

 

PdA : Cette question m’a été inspirée par Fatiha Boudjahlat, une enseignante très engagée sur les affaires de laïcité et de droits des femmes. Vous vous êtes battu en Palestine et ailleurs. Vous vous battez maintenant en France, pourquoi, sachant que beaucoup de Français s’accommodent fort bien de la situation actuelle ? Je complète : qu’est-ce qui vous anime, et quel est le sens de votre combat, mené parfois au péril de votre vie ?

le sens d’un combat

« Je combats pour faire cesser les tueries

commises au nom de l’islam »

W.al-H. : Je puise ma force des victimes de l’islam qui sont tombées et qui tombent tous les jours dans les pays musulmans et en Europe. Chaque victime me renforce dans ma détermination à lutter contre ce cancer, à expliquer ses dangers et à tenter d’y remédier. Je combats pour faire cesser les tueries commises au nom de l’islam. J’essaie de trouver une sortie de ce tunnel obscur. Je le fais au péril de ma vie, certes. Mais ma vie n’est pas plus chère que celle de tous ceux qui ont péri pour la même cause. Aussi, cesser le combat signifie la victoire des obscurantistes et je ne suis pas prêt à leur offrir cette victoire. Après tout, chaque jour que je vis est un bonus, car j’ai failli perdre la vie en 2010. Depuis, je consacre mon temps et ma vie à la Liberté et aux valeurs de la République.

 

PdA : Quel message souhaitez-vous adresser à nos lecteurs ?

W.al-H. : Mon appel est simple : il faut lutter contre ce fascisme islamiste, par tous les moyens. Il ne faut pas mettre la tête dans le sable pour ne pas voir le danger et dire que tout va bien, quand rien ne va. Au contraire, il ne faut pas avoir peur de mener ce combat y compris contre les collaborationnistes.

 

PdA : Un dernier mot ?

W.al-H. : Pour conclure, j’inviter les lecteurs à rester vigilants et s’armer de courage. Les adeptes de la laïcité, de quelques origines et confessions qu’ils soient, doivent se souder autour de ses valeurs et les défendre pour sauver ce qui peut encore l’être.

 

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1 octobre 2017

Sylvie Dutot : « Un déclic, comme une évidence : France Terres d’Histoire devait continuer... »

France Terres d’Histoire (FTH) est un magazine spécialisé diffusé en format numérique et composé depuis quatre ans par des passionnés d’histoire, au premier chef desquels Christian Dutot, à la rédaction en chef, et son épouse Sylvie. Une belle aventure et histoire humaine, qui a malheureusement failli s’arrêter brutalement après le décès bien trop prématuré de Christian Dutot fin 2016... C’était sans compter la détermination courageuse de Sylvie Dutot et des fidèles de FTH. Après le temps de labattement, et quelques mois de battement, il fut décidé que, tel le phénix, le magazine reviendrait. Qu’il vivrait. Pour que la belle aventure humaine continue. Pour ceux qui restent, pour Christian aussi... et surtout pour les lecteurs fidèles, et tous ceux qui aiment l’Histoire. Sylvie Dutot, nouvelle rédactrice en chef de FTH, a accepté de répondre à mes questions : je l’en remercie et souhaite plein succès à leur initiative, et bon vent à leur publication... Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Q. : 25/09/17 ; R. : 10/10/17.

Sylvie Dutot: « Il y a eu un déclic, comme une évi-

dence : France Terres d’Histoire devait continuer... »

France Terres d’Histoire

France Terre d'Histoire no 5

 

Paroles d’Actu : Sylvie Dutot bonjour, je suis ravi, véritablement ravi de vous accueillir pour cette interview pour Paroles d’Actu. Nous sommes ici pour parler principalement d’histoire, et en particulier de votre magazine France Terres d’Histoire (FTH), lancé il y a tout juste quatre ans. Mais je ne peux pas ne pas aborder cette ombre qui s’est abattue à la toute fin de l’année dernière sur le magazine et bien davantage, sur votre famille : le décès de Christian Dutot, le bâtisseur et rédacteur en chef de FTH, votre époux et le père de votre fils... J’ai d’abord et avant tout envie de vous demander : comment allez-vous ?

l’après

« Une période de profonde désespérance

dont je suis sortie, plus forte que jamais... »

Sylvie Dutot : Je vais bien. J’ai connu, après la disparition de Christian, une période de profonde désespérance. Et j’en suis sortie, plus forte que jamais, grâce à quelques amis qui m’ont soutenue dans ce moment difficile. Et notre fils, qui est très jeune, se porte bien lui aussi.

 

Christian Dutot

Christian Dutot.

 

PdA : Je souhaiterais si vous le permettez citer à cet instant un de vos messages issus d’une conversation que nous avions eue début janvier, parce que cela m’avait beaucoup touché. « Le magazine est fini. Son rédacteur a disparu. Je suis fière et heureuse d’avoir aidé Christian à réaliser son rêve d’historien. Nous avions un nouveau projet de magazine qui ne verra jamais le jour. C’est ainsi. » Il semblerait, et c’est heureux, que vous ayez finalement choisi de ne pas tourner la page FTH... Parlez-nous de ce projet de nouveau numéro dont vous m’avez entretenu ? Comment avez-vous évolué dans la réflexion, et dans quel état d’esprit vous trouvez-vous aujourd’hui ?

redémarrer

« Beaucoup d’historiens m’ont fait part

de leur regret de voir disparaître ce magazine »

S.D. : Lorsque l’on réalise un magazine à deux comme nous le faisions, et que l’un disparaît, il est logique d’être en proie aux doutes quant à une éventuelle poursuite. Christian Dutot était historien et journaliste. Il écrivait la majeure partie des articles, chroniquait les livres, réalisait les interviews. Nous avions bien réparti les rôles entre nous et il ne me serait pas venu à l’esprit que je puisse un jour le remplacer dans cette fonction de rédacteur en chef. Ces derniers mois, beaucoup d’historiens m’ont fait part de leur regret de voir disparaître ce magazine. Et puis, voici quelques semaines, il y a eu un déclic, et cela s’est imposé comme une évidence. France Terres d’Histoire devait continuer.

 

PdA : Vous êtes donc, désormais, le rédacteur en chef de France Terres d’Histoire, et pour ce prochain numéro, évidemment si particulier, vous aurez pas mal de rôles à assumer. Savez-vous comment vous allez procéder ? Pas trop de stress, de pression ? Avez-vous à ce stade une idée assez précise des thèmes abordés, et des noms de ceux qui contribueront à vos côtés à l’élaboration du magazine  ?

chevilles ouvrières

« La confiance que nous a témoignée

Stéphane Bern nous galvanise »

S.D. : En effet, et c’est avant tout une question d’organisation, et de confiance. Celle de quelques amis historiens, écrivains et journalistes qui ont accepté de m’accompagner dans ce projet. Nous repartons de rien, sans financement ou presque, sans subventions conditionnées par des investissements impossibles pour l’heure, mais on sent qu’il se passe vraiment quelque chose de puissant autour de ce projet. Les énergies sont mobilisées. Pour ma part, je conserve les tâches qui m’incombaient déjà, à savoir, la mise en page du magazine, l’iconographie, les pages actualités, mais je m’occupe en plus de quelques interviews, et d’une partie des chroniques de livres. Accessoirement, j’assure une présence sur les réseaux sociaux et la gestion du site internet.

 

FTH Actualités

Page Actualités de Frances Terres d’Histoire numéro 4.

 

Du stress ? Curieusement non. Ou celui qui mobilise positivement. Et puis je ne suis pas seule. J’ai, pour m’accompagner, écrire des articles, des personnes de talent : Michel Chamard, historien, ancien rédacteur en chef adjoint au Figaro, ancien directeur du Centre vendéen de recherches historiques, chargé de cours à l’ICES, Laurent Albaret, médiéviste et historien de l’aviation dans l’entre-deux guerres, les historiens Émile Kern, Fabrice Renault, l’écrivain et dramaturge Jean-Louis Bachelet, et les historiens qui font l’actualité de la rentrée que nous aurons en interview. Et puis, pour inaugurer la nouvelle rubrique Patrimoine, un article sur Stéphane Bern, qui vient de se voir confié une mission par l’Élysée, visant à la sauvegarde du patrimoine. Il a accordé à Isabelle de Giverny, journaliste et auteur, une interview pour le site de terresdhistoire.fr, à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine. Stéphane Bern a découvert le site et le magazine, qu’il a trouvé de très bonne qualité. Nous en sommes ravis et flattés et sa confiance nous galvanise.

 

Stéphane Bern

Interview de Stéphane Bern.

 

PdA : Qu’est-ce qui, à votre sens, singularise et fait l’identité de France Terres d’Histoire au sein du domaine porteur - et plutôt densément peuplé - des magazines d’histoire ? Est-ce qu’on peut dire que votre truc à vous, c’est d’abord l’histoire considérée dans le cadre de territoires, et rattachée à un terroir ?

l’identité France Terres d’Histoire

« Le format numérique apporte une réelle

plus-value à l’iconographie »

S.D. : France Terres d’Histoire a réellement une place à part dans le domaine de la presse historique, en premier lieu en raison de son format exclusivement numérique, qui se veut beau à regarder et intéressant à lire. Le format numérique apporte réellement une plus-value à l’iconographie. Les possibilités de zoom permettent de « visiter » les œuvres, ce qu’un magazine papier ne pourra jamais offrir. Chaque article est richement illustré. C’est un magazine d’actualités, qui consacre une grande partie de ses pages à donner la parole aux historiens, mais aussi à tous ceux qui font de l’Histoire leur métier au sens large. Les livres, essais, romans historiques, travaux de recherches qui paraissent, les documentaires, les expositions à Paris et en régions, et des articles, des dossiers sur des thématiques variées.

 

PdA : On entend souvent dire, souvent davantage d’ailleurs comme une généralité assénée, que les Français pris comme un ensemble uniforme serait mus par une "passion" pour l’histoire. Avez-vous ce même sentiment au vu de vos expériences de terrain au quotidien (connaissances des uns et des autres, manifestations culturelles et festives...) ? Les Français se saisissent-ils suffisamment de leur histoire, et de leur patrimoine ? 

les Français, passionnés d’Histoire ?

« Les Français sont fiers de leur histoire...

et il y a de quoi ! »

S.D. : Oui, les Français ont la passion de l’Histoire. De leur histoire. Ils en sont fiers, et il y a de quoi. La France dispose d’un patrimoine exceptionnel, qui témoigne de la richesse de notre civilisation française, de notre culture, de notre histoire. Le succès des émissions de Stéphane Bern ou de Franck Ferrand montrent cet engouement des Français pour leur histoire et toutes ces manifestations historiques, à travers l’hexagone également. Pour construire son avenir, on a besoin de savoir qui on est, et donc de savoir d’où on vient. Cette histoire commune, c’est notre héritage, ce qui fait l’identité française. Il y a chez nos compatriotes ce désir de continuité, qu’incarne l’histoire de France.

 

PdA : Diriez-vous qu’il y a une "ligne" France Terres d’Histoire, au sens "politique" du terme c’est-à-dire, pour faire (très) schématique, une volonté de mettre en avant une lecture plutôt "conservatrice", ou plutôt "progressiste", ou bien au contraire savamment équilibrée des faits historiques ?

une "ligne" FTH ?

« L’histoire dans toute sa complexité, avec le souci

de comprendre, d’analyser sans a priori »

S.D. : La "ligne" de France Terres d’Histoire, s’il en existe une, est celle que nous partageons avec des millions de Français, celle de la passion de l’Histoire, une histoire qu’il ne convient jamais de juger à l’aune des mentalités actuelles, une histoire qui n’est pas instrumentalisée pour servir telle ou telle idéologie. L’histoire dans toute sa complexité, avec ses facettes glorieuses, et celles qui le sont moins, avec le souci de comprendre, d’analyser sans a priori. Une histoire des faits historiques, replacés dans leur contexte.

 

PdA : Est-ce que vous avez appris quelque chose du monde de la presse et des médias au sens large, peut-être du public aussi, depuis le démarrage de l’aventure FTH ? Avez-vous eu à cet égard, et sans parler bien sûr de la dernière année si particulière et de tout ce qui est attaché, des moments mémorables à la fois d’euphorie pure et de vrai découragement ?

grands moments d’édition

« Les nuits de bouclage avec Christian,

de purs moments d’euphorie... »

S.D. : Je garde en mémoire comme de purs moments d’euphorie ces nuits de bouclage, où Christian et moi-même terminions les derniers textes, l’édito, le choix de la couverture et sa composition au petit matin généralement vers 6 heures avant les premières lueurs du jour. Et lorsque tout cela était terminé, la satisfaction. Ces heures-là étaient magiques. Plus rien ne sera pareil bien évidemment mais j’espère connaître encore, avec mes amis, ces moments d’exaltation. La passion est là bien présente en tout cas !

 

FTH Sommaire no 3

Sommaire de France Terres d’Histoire numéro 3.

 

PdA : Quelle stratégie avez-vous à l’esprit aujourd’hui quant à la promotion de votre magazine ? Est-ce que, par exemple, vous comptez vous placer comme partenaire de telle ou telle manifestation historique ou patrimoniale ? Disposez-vous à ce jour de relais médiatiques ?

stratégies de communication ?

S.D. : Nous avons commencé à nouer quelques partenariats. Le dernier en date est celui conclu avec la société d’histoire militaire La Sabretache. Il s’agit d’une association créée au XIXe siècle par deux peintres, Meissonnier et Detaille et dix autres personnalités civiles et militaires. Ils donnèrent son nom à la société d’archéologie militaire et se fixèrent pour première mission de fonder un musée pour honorer les armées. Cela a donné lieu à la création de l’actuel musée de l’Armée aux Invalides.

Nous sommes prêts à répondre présents pour soutenir les organisateurs de manifestations historiques, de colloques, etc. dans la mesure de nos moyens, dès lors qu’il s’agit de promouvoir la diffusion de l’Histoire auprès du plus grand nombre, et de contribuer à faire connaître les travaux de recherches de la communauté des historiens.

 

PdA : À présent quelques questions d’histoire, sérieuses ou plus décalées...

 

Dans l’entretien récent et très intéressant qu’il vous a accordé autour des Journées européennes du Patrimoine, Stéphane Bern a cette phrase :  « Je ne crois pas qu’en 1789 la France soit passée subitement des ténèbres à la lumière. » Quel est votre avis sur la question, et pensez-vous que ce point fasse encore clivage aujourd’hui en France ?

Histoire et idéologies

« Il faut s’en tenir aux faits, et que les historiens

confrontent leurs arguments »

S.D. : La question de l’Histoire en France est un sujet hautement politique. Il y a constamment des tentations de relecture des évènements, d’exploitation à des fins idéologiques ou de basse politique. On l’a vu sur les commémorations ces dernières années et les polémiques que cela a pu soulever. On le voit aussi sur les programmes scolaires et l’occultation de certains personnages historiques, la mise en valeur de certains chapitres au détriment de d’autres, ce qui peut amener à une perception déséquilibrée et sans doute fausse des réalités historiques. Je pense à Dimitri Casali qui, à juste titre, milite pour une histoire plus équilibrée et moins partisane enseignée à nos enfants. Il a même publié un manuel d’Histoire destiné aux collégiens, et qui a recueilli un certain succès. Nous aurons l’occasion d’en discuter avec lui, lors du prochain numéro de France Terres d’Histoire à paraître fin octobre, il publie deux nouveaux ouvrages à la rentrée. Oui, il y a sans cesse cette tentation de manipulation de l’Histoire. Il faut s’en tenir aux faits, et que les historiens confrontent leurs arguments, fondés sur le fruit de leurs recherches. L’histoire, rien que l’histoire. Ce pourrait être notre deuxième slogan !

 

PdA : Quels sont, parmi les personnages qui ont fait l’histoire, ceux que vous placeriez, sur la base de critères qui vous seraient propres, un cran ou deux au-dessus des autres ? En somme, votre "panthéon" perso, de ceux que vous admirez et qui vous inspirent ?

panthéon personnel

« Louis XIV, Napoléon et le général de Gaulle ont,

chacun, incarné l’État à leur façon »

S.D. : Immédiatement je pense à trois personnages qui ont véritablement marqué leur temps et continuent encore aujourd’hui à rayonner : Louis XIV, qui fut un grand roi, Napoléon Bonaparte, et le général de Gaulle. Ils ont incarné l’État chacun à leur façon et continuent à être des références ; encore très récemment où on établissait le parallèle entre le Président Emmanuel Macron et Napoléon. On n’a toujours pas fini d’étudier leur personnalité, l’œuvre de leur vie, et ce en quoi ils continuent encore aujourd’hui à influer sur notre quotidien. De fabuleux destins, de grands hommes.

 

FTH Napoléon

Extrait de FTH numéro 4.

 

PdA : Si on vous donnait la possibilité de vivre vingt-quatre heures à la date (qu’on suppose ici passée), au lieu de votre choix, précisément, quel voyage choisiriez-vous ?

voyage dans le temps

S.D. : Je choisirais évidemment le jour qui me permettrait de changer le destin de Christian, mais, ce n’est pas forcément l’objet de votre question. Dans le même ordre d’idée, je choisirais un jour et un lieu qui me permette dans la mesure du possible d’empêcher une des grandes catastrophes du XXe siècle, contrarier le destin d’Hitler par exemple. Justement, Thierry Lentz vient de publier Le diable sur la montagne – Hitler au Berghof 1922-1944 aux éditions Perrin, un bon moyen de repérer les lieux de villégiature du Führer.

 

PdA : Si, un peu dans la même logique, vous pouviez vous entretenir une heure avec une personnalité historique, qui recueillerait vos suffrages et pour quel type de conversation... ?

entretien historique

S.D. : Je choisirais Jésus Christ, mais une heure ne suffirait pas pour tout ce que je voudrais savoir !

 

PdA : Vous m’avez indiqué être disposée également à relancer l’activité d’édition de livres d’histoire des entreprises, et c’est une très bonne chose. Parlez-nous de cela ? Comment ces démarches sont-elles reçues sur le terrain ?

histoires d’entreprise

S.D. : En effet, je relance également Histoire-Entreprise.fr, l’édition de livres d’histoire d’entreprises. Il s’agit d’ouvrages publiés à la demande des entreprises, fondations, institutions publiques ou privées, le plus souvent à l’occasion d’anniversaires. Source de motivation en interne, élément de valorisation auprès des partenaires, des clients et du grand public, témoignage de la pérennité d'une structure et reflet de ses évolutions, la vie de l'entreprise représente une aventure humaine collective. Il est important pour elle de conserver une trace de ce vécu collectif, qui risque de tomber irrémédiablement dans l’oubli, une fois les témoins disparus. Pour ce faire, nous faisons appel à des rédacteurs, spécialistes dans différents domaines d’activités qui ont tous déjà publié de nombreux ouvrages dans les grandes maisons d’édition. Du dépouillement des archives à l’impression du livre, c’est un travail vraiment passionnant, qui nous fait plonger à chaque projet au cœur même de l’histoire d’une entreprise. 

 

PdA : Je rebondis pour cette question sur la précédente, et je me dévoile un peu en partageant avec vous une idée qui me titille depuis longtemps. On ne compte plus les cas de solitude et de désœuvrement destructeur, notamment chez nos anciens, alors qu’ils sont porteurs d’une mémoire et donc de l’histoire collective. Tristesse de cette époque, on va maintenant payer des gens de la Poste pour qu’ils aillent voir s’ils vont bien. Je trouverais formidable - et dans l’idée cela rejoint votre activité d’édition de l’histoire des entreprises - qu’on les incite, sur la base du volontariat et contre un peu de beurre dans les épinards, à solliciter leur mémoire pour raconter leur histoire, précieuse pour leurs proches (et je sais de quoi je parle), et pour la collectivité. On réhabiliterait en quelque sorte le métier d’écrivain public (je crois qu’une telle initiative avait été prise durant le New Deal, sous Roosevelt), on rendrait de leur dignité et un peu de pouvoir d’achat à nos anciens en s’attachant à faire que leurs histoires ne tombent pas dans l’oubli. On pourrait même confier cela à une Agence de la Mémoire (son acronyme à double-sens serait tout trouvé : AGEM). Que pensez-vous de l’idée et croyez-vous que ça puisse marcher ?

mémoires et Histoire

« L’histoire c’est cela, la somme des vécus,

individuellement et collectivement... »

S.D. : Voilà une belle formule, « Agence de la Mémoire » ! De telles pratiques existent au sein de certaines institutions, je pense par exemple à l’Inra (Institut national de la Recherche agronomique) pour lequel nous avons travaillé, dans le cadre d’Histoire-Entreprise. L’institut a depuis de nombreuses années mis en place une structure chargée de collecter le témoignage des salariés et des retraités, sur le déroulement de leur carrière, leurs relations entre collègues, les rapports avec la hiérarchie. Ces témoignages font l’objet d’enregistrements sonores, puis sont retranscrits par écrit dans des recueils. Ils constituent une véritable mémoire des personnels scientifiques et techniques. Il y a par ailleurs des écrivains publics qui proposent leurs services pour collecter les souvenirs familiaux. Mais être rémunéré par la collectivité pour se raconter me paraît difficile à mettre en œuvre, il y a trop de volontaires prêts à le faire bénévolement.

Mais cela n’est pas sans évoquer pour moi l’objet du dernier ouvrage de Jacques-Olivier Boudon, historien, spécialiste du XIXe siècle qui publie chez Belin Le plancher de Joachim – L’histoire retrouvée d’un village français. Il a analysé et reconstitué l’histoire d’un modeste menuisier des Hautes-Alpes, Joachim Martin, et de la communauté villageoise des Crots, à quelques kilomètres d’Embrun. Ce menuisier a laissé, en 1880-1881 un témoignage inédit, en utilisant un moyen pour le moins inhabituel puisqu’il a écrit au verso du plancher qu’il posait dans un château, le château de Picomtal. Ont ainsi été retrouvés 72 planches portant sur une face des écrits abordant différents thèmes. Il était sûr de laisser un témoignage qui ne serait pas découvert avant de nombreuses années, bien après sa mort. C’est une histoire extraordinaire que Jacques-Olivier Boudon nous conte dans son ouvrage, et bien sûr il en sera question dans France Terres d’Histoire. Nous éprouvons tous le besoin à un moment ou un autre de raconter et de témoigner, de transmettre. L’histoire c’est cela, la somme des vécus individuellement et collectivement.

 

PdA : Quels seraient vos arguments pour inciter les passionnés d’histoire, ou même les simples curieux, à découvrir France Terres d’Histoire ?

arguments découverte

S.D. : La réponse est dans la question, si vous êtes passionnés d’Histoire et curieux, alors forcément vous aurez envie de lire France Terres d’Histoire. Il est incontournable !

 

Sylvie Dutot

Sylvie Dutot.

 

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16 avril 2017

« Médias et Wikipédia : le triomphe médiatique des obscurantistes », par Dimitri Casali

L’oeuvre de Dimitri Casali, historien, essayiste auteur de nombreux publications traitant de l’histoire de France, est tout entière empreinte de l’idée suivante : il faut s’attacher à transmettre un récit dont le peuple puisse être fier, il en va de la cohésion nationale, elle-même fonction du respect que devraient inspirer le pays et son passé, de la foi que ce passé devrait insuffler dans l’avenir. Cette position, celle des tenants de ce que l’on appelle le « récit national », est controversée, parce qu’on la soupçonne régulièrement de trop mettre l’accent sur la lumière, d’occulter le moins glorieux - quand tant d’autres se complaisent à dessein dans le travers opposé. Nous ne trancherons pas ici ce débat. Mais, sept mois après sa première tribune dans Paroles d’Actu, j’ai souhaité à l’occasion de l’élection présidentielle approchant lui offrir un espace de tribune libre ayant rapport au scrutin. Sa production, qui coïncide avec la sortie récente de son dernier ouvrage en date (La longue montée de l’ignorance, éd. First), "tape" plus large et plus profond que la présidentielle : « Médias et Wikipédia : le triomphe médiatique des obscurantistes ». La culture et ses lignes de front... Une exclu Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche

 

La longue montée de l'ignorance

La longue montée de l’ignorance, éd. First

 

« Médias et Wikipédia : le triomphe médiatique

des obscurantistes »

par Dimitri Casali, le 15 avril 2017

Un nouveau plafond de verre est en train de voir le jour. Il concerne tous ceux qui veulent déconstruire notre héritage. Faire table rase de nos racines historiques, voilà bien un projet totalitaire. L’ignorance a toujours été un outil des dictateurs pour asservir les peuples. Mais si les tenants de la table rase sont omniprésents dans les médias ils se font ravageurs sur le Net et en particulier sur Wikipédia. C’est à un vrai plafond que va se heurter la nouvelle génération : celui du réel, car dans les classements internationaux notre école et nos universités n’en finissent pas de chuter. Comment ne pas s’en inquiéter ? Car la culture est aussi ce qui redonne de la force et de l’espoir, ce qui permet de se sentir rattaché à son pays. Là où le « vivre ensemble » ne propose pour relier les individus que le vide de la théorie, la culture générale rassemble les individus, car elle leur permet de se sentir reliés les uns aux autres à travers une histoire commune. Que l’histoire de France ait été faite par tant de nouveaux arrivants qui vouaient un culte à la culture, la littérature, l’histoire françaises n’est pas un hasard.

Grâce à la science, l’homme a cru en la certitude que la connaissance le sortirait des ténèbres. Or, malgré les découvertes scientifiques majeures, l’obscurité est plus que jamais présente à ses côtés. Aujourd’hui, il y a une peur viscérale de la régression, du déclassement, de la déchéance même. La croyance fondamentale dans le progrès, ou même dans le retour des cycles crise/développement, ne fonctionne plus et cela nous oriente vers des solutions radicales. Les actes terroristes au nom des religions en sont l’expression la plus violente. On peut se rendre compte de la montée de l’ignorance et du déclin intellectuel et moral qu’elle entraîne de multiples façons : en regardant la télé, en écoutant la radio, en surfant sur Internet, d’où suintent de partout l’idéologie du relativisme où tout se vaut, le laisser-aller, l’abandon, le reniement, l’habitude de se vautrer dans la détestation de tout ce qui est beau et grand. Nous descendons toujours plus bas dans la déchéance médiatico-politique.

« Pourquoi voit-on si peu de savants

à la télévision ? »

La médiocrité des débats politiques télévisés et des propos politiques ou culturels en est la preuve. Cette plongée dans le néant d’idées, dans l’ivresse narcissique, dans la violence sectaire, dans le culte de l’anecdotique n’est rien d’autre que le reflet du vide absolu de nos dirigeants actuels. Et l’on pourrait se demander pourquoi nous voyons si peu de savants à la télévision. On en voyait dans les grandes émissions comme « Apostrophes », « Bouillon de culture », « Le Grand Échiquier » pour ne citer qu’elles. Les vrais savants sont ceux qui connaissent les limites de leur savoir, c’est-à-dire l’infini de leur ignorance… d’où sans doute une grande modestie et une aversion pour les projecteurs.

Tout cela est d’une infinie gravité, car cela reflète l’abêtissement de notre société, conséquence d’un long déclin de l’intelligence, de l’ouverture d’esprit, de l’esprit critique. L’éducation et la culture à travers les médias devraient être le grand dessein du futur, le but ultime, le vrai miracle qui pourrait avoir, avec un énorme investissement financier, un réel effet. Elles seraient les seuls antidotes à la prise en main par des intégristes religieux ou médiatiques transmettant leurs transes à des foules assommées par la misère et abruties par l’ignorance. Lorsque le journaliste Jean-Michel Apathie déclare que son rêve est de « raser le château de Versailles », on reste dans la même logique, une logique négationniste qui vise à détruire tout ce qui nous a précédés, à détruire nos racines. Le 9 novembre 2016 sur la chaîne de télévision Public Sénat, invité de l’émission « On va plus loin », il explique doctement : « L’esprit politique français est fabriqué par le souvenir de Louis XIV, de Napoléon et du général de Gaulle, quand on fait de la politique en France, madame, c’est pour renverser le monde, moi si un jour je suis élu président de la République, savez-vous quelle est la première mesure que je prendrai ? Je raserai le château de Versailles […]. Ce serait ma mesure numéro un, pour que nous n’allions pas là-bas en pèlerinage cultiver la grandeur de la France. » Voici un bel exemple de crétinisation, d’ignorance contre laquelle il nous faut nous mobiliser, surtout quand il est fourni par un journaliste qui intervient dans les chaînes et radios publiques. Rien n’exige que l’entrée dans l’ère postmoderne se fasse par la trahison des héritages les plus nobles et des idéaux les plus élevés.

« Faire ses devoirs ne consiste plus à chercher

dans des livres mais à taper des mots-clés »

Pourtant en ce début de XXIe siècle, jamais nous n’avons été aussi connectés, avec une quantité d’informations qui semble illimitée. La connaissance semble partout, à portée de clic. Ainsi, Internet a changé la scolarité des élèves. De nos jours, faire ses devoirs ne consiste pas à chercher dans des livres des informations pour pouvoir répondre à des questions, mais à taper des mots-clés dans des moteurs de recherche. Autant dire que cette méthode ne favorise ni la réflexion personnelle ni la mémoire. Sans compter que les "sources" consultées par les élèves ne sont pas nécessairement fiables, y compris l’incontournable encyclopédie en ligne Wikipédia.

Wikipédia offre un parfait exemple de la façon dont Internet organise la connaissance du point de vue problématique de la popularité. Si la population est constituée, comme le disait Stuart Mills et avant lui Platon, d’une majorité de sots et d’une minorité de sages, la notion même de savoir collectif n’est pas sans poser un problème. De fait, Internet a ouvert la voie à la culture de l’amateur, si omniprésente que par contrecoup, l’expertise et le savoir perdent du terrain. Wikipédia ne compte pas moins de 600 articles (!) rattachés au personnage Homer des Simpsons, contre un peu moins de la moitié au Homère de l’Odyssée...

« Sur les réseaux sociaux, une sorte d’état de nature

proche de celui que décrivait Hobbes »

Force est de constater que quinze ans après son lancement, l’encyclopédie en ligne est omniprésente. Google et Wikipédia sont étroitement liés puisqu’en règle générale le moteur de recherche renvoie en premier résultat à l’article de l’encyclopédie en ligne. Or, Wikipédia est par définition bourrée de demi-vérités et d’erreurs. Selon les mécanismes de la e-réputation, l’internaute prend d’autant plus de poids qu’il partage, discute, écrit et commente beaucoup. Que ce soit sur Wikipédia, parmi ses followers actuels et potentiels, sur Twitter ou au sein de son réseau d’"amis" sur Facebook, le plus actif est systématiquement plus respecté, plus écouté. Il en résulte une sorte d’état de nature proche de celui décrit par le philosophe Hobbes, où les plus bavards imposent leur loi et où des sujets futiles qui passionnent les internautes l’emportent sur des sujets ardus. Ainsi Wikipédia ne compte pas moins de 600 articles (!) rattachés au personnage Homer des Simpsons, contre un peu moins de la moitié au Homère de l’Odyssée... L’article consacré à Star Wars est plus long que celui sur la guerre en Irak et celui consacré au général français Gallieni – accusé notamment d’avoir été un massacreur à Madagascar (avec des chiffres à l’appui totalement faux), est un monceau de désinformations... Enfin la notice de l’homme politique André Tardieu, trois fois président du Conseil dans la période 1929-1932 le décrit comme un affairiste crypto-fasciste...

« Sur l’histoire et la politique, Wikipedia est un lieu

où se jouent des guerres idéologiques »

Ce qui est problématique, c’est que de plus en plus de journalistes se contentent de recopier par paresse les informations qu’ils trouvent sur Wikipédia, sans vérifier les sources. En réalité, les domaines où Wikipédia compte très peu d’erreurs sont les domaines scientifiques pointus, où les intervenants sont en grande majorité des spécialistes. Les autres domaines, comme l’histoire ou la politique, sont souvent l’objet de guerres idéologiques. Les contre-vérités se glissent d’autant plus facilement que l’anonymat du web permet de faire intervenir un ou des contributeurs à sa place. Mais la principale plaie de l’encyclopédie en ligne sont les affabulateurs, ceux qui s’amusent à insérer des erreurs. Rappelons que Wikipédia est contrôlée par des "patrouilleurs" bénévoles volontaires qui peuvent être n’importe qui, spécialiste ou non. Ils ne peuvent donc évidemment pas tout vérifier et n’ont pas la science infuse. Quant à la "neutralité" de Wikipédia, elle est jour après jour totalement remise en cause. Ainsi, il y a deux mois j’en ai même fait la triste expérience avec des attaques particulièrement odieuses et diffamatoires puisque sur ma notice Wikipédia il était carrément écrit  : « Dimitri Casali  ennemi de la démocratie… ». J’ai dû remuer ciel et terre pour faire supprimer cette ignominie. Cette encyclopédie en ligne à laquelle tout le monde a accès et peut raconter n’importe quoi devient un véritable péril. C’est devenu une sorte de Big Brother. Bientôt, les gens vont s’auto-censurer pour éviter de se retrouver dans ma situation où mes détracteurs viennent impunément contrefaire la vérité à mon sujet...

« Nos ancêtres, c’est nous dans le passé,

nos descendants nous dans l’avenir...

il convient de ne pas l’oublier »

Malgré cela nous devons continuer à nous battre pour nos valeurs et repères. Notre pays ne pourra résister longtemps aux assauts quotidiens des médias, des contempteurs de la pensée unique, des 80% des journalistes ignares et du gauchisme culturel tout puissant. Ce maelström communicationnel entretient la montée du multiculturalisme, du communautarisme et d’un altermondialisme désintégrant notre identité culturelle qui nous rappelait le génie de la civilisation française. Je vais vous avouer ma grande faute que l’on me reproche chaque jour : c’est d’avoir voulu rester fidèle à la mémoire de nos pères et à notre "Grande Nation", comme on l’appelait au XIXème siècle, qu’ils avaient su bâtir. Car nos ancêtres, c’est nous dans le passé, nos descendants, c’est nous dans l’avenir... Je fais donc le vœu que des plus jeunes m’entendent et prennent enfin le relais.

 

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8 février 2017

La cabine oubliée...

Au début du mois de décembre, j’ai eu envie de préparer, dans la perspective des fêtes de Noël, un article un peu atypique, basé sur une idée fantaisiste que j’ai proposée depuis plusieurs années à quelques intervenants du blog. Un article à plusieurs voix... encore fallait-il les convaincre. J’ai contacté pas mal de monde, des gens de tous horizons, beaucoup de mes interviewés, des personnes qui ne l’avaient jamais encore été... Souvent, très souvent même, une réponse en deux temps : « L’idée est bonne/originale... mais je n’ai absolument pas le temps de le faire ». On a dû me répondre ça à peu près une quinzaine de fois. Le contexte était défavorable, le moral déjà atteint... bref, j’ai failli laisser tomber le bel article (et peut-être un peu plus que le bel article). Mais tous ces gens intéressés malgré tout... allez, on essaierait quand même, ça en vaut la peine...

Ma proposition : « Un appareil permettant de voyager dans le temps et l’espace (la carrosserie : une vieille cabine de police, une antique DeLorean, que sais-je, ou tiens, une cabine téléphonique que tout le monde avait oubliée) vient d’être mis au point par un savant un peu barré, mais bon apparemment c’est fiable. Vous pouvez donc vous rendre n’importe où, à l’époque ou à la date de votre choix. Quelques règles néanmoins, elles sont importantes : un seul voyage par personne, il faut donc bien choisir ses paramètres. L’expérience d’immersion dure 24 heures, si vous loupez le vol retour (ou si vous choisissez de ne pas partir) vous y êtes pour le reste de votre vie. Où et quand décidez-vous de partir ? Pour un jour ou pour toujours ? Que chercherez-vous à faire dans ce nouvel univers (univers sur lequel vous aurez gardé toutes vos connaissances de 2016) : des activités particulières ? des interactions avec tel ou tel personnage historique ? une tentative pourquoi pas de modifier le cours de l’Histoire ? À vous ! ». Vidéo, audio ou texte.

Je remercie celles et ceux qui ont participé à l’exercice (huit personnes à la date de mise en ligne de cet article, le 8 février), et celles et ceux qui m’ont témoigné leur bienveillance lors des réponses qui m’ont été faites. L’article est riche, il est une invitation au voyage, à la fantaisie... c’est ouvert, à chacun de voir...

Moi ? Je ne participe jamais directement aux articles du blog. Ce que j’ai toujours fait : je m’efface devant l’invité, parce que je n’aime pas me mettre en avant, et parce que c’est lui qui a des choses intéressantes à dire... Une exception parce que ce concept que j’ai lancé m’intrigue. Où et surtout quand... changer quelque chose ? On va évacuer l’idée de changer des choses qui touchent au domaine perso, trop douloureux à considérer, on n’est pas du tout dans l’esprit...

Allez, considérons l’évidente : tuer Hitler. On éviterait la 2è GM et ses dizaines de millions de morts, on éviterait après la défaite allemande l’installation durable de la puissance soviétique dans toute l’Europe de l’est, la guerre froide et l’insolante domination américaine. Le tuer gamin ? Ce serait commettre l’odieux qu’il n’aura alors jamais l’occasion d’être. Pourquoi tuer un gosse qui n’a rien fait ? Non... les sources, rien que les sources. Supplier ceux qui mènent le bal des traités de paix d’après-1918 de ne pas trop enfoncer l’Allemagne, d’y aller molo sur la fracturation de l’Europe de l’est ? En 33 Versailles était loin, c’est la Grande Dépression qui à la fin a permis Hitler. Essayer d’éviter le krach de 29, les mesures d’austérité, les retraits de capitaux étrangers ? Ouch... trop compliqué, et illusoire, la finance et l’économie ça va ça vient, si ça n’avait pas pété là, ça aurait été deux ou trois ans plus tard. La deuxième Guerre et l’Allemagne nazie, oui c’est Hitler, lui seul, génie du mal. Donc oui, il est le facteur déclenchant. Alors ? Tenter d’expliquer à Paul von Hindenburg, au tout début de janvier 1933, à lui et aux pontes d’une république de Weimar pas encore appelée inexorablement à disparaître, que s’il nomme Hitler à la chancellerie, c’est lui qui les jouera et non l’inverse, et qu’il ouvre la boite de Pandorre, l’apocalypse pour l’Allemagne, pour l’Europe, pour leur monde ? Ou bien, c’est sans doute là que va ma préférence : aller voir les gens bien placés à l’académie des Beaux-Arts de Vienne. « Oui, ses aquarelles sont jolies, oui elles ne sont pas originales, je suis d’accord... mais croyez-moi, si vous le prenez, ce gars-là, vous ferez votre B.A. pour mille ans, un heureux... et ça changera le monde ». On ne refait pas l’Histoire. On peut essayer de le rêver. Mille mercis à toutes et à tous. D’autres contributions suivront peut-être, bientôt... Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

La cabine oubliée...

Cabine

Source de l’illustration : wallfizz.com...

 

 

« Si je devais partir, je partirais à l’époque de Chopin, pour essayer de le rencontrer! (...) Le moyen de transport? La cabine en verre de ma chanson écrite par Françoise Mallet-Joris... ou dans les bras d’un ange! »

MPB

par Marie-Paule Belle, le 9 décembre 2016

 

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par Julien Peltier, le 15 décembre 2016

 

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par Guillaume Lasconjarias, le 26 décembre 2016

 

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Hésitation.

Grande hésitation.

C’est devant cette cabine téléphonique défraîchie supposée me ramener dans le temps et dans l’espace que je me tiens, hésitant, depuis maintenant plus d’une demi-heure.

Quelle est la raison qui me pousse à accorder ma confiance à ce vieil homme qui m’a livré cet objet encombrant ce matin ? Il était un peu louche en plus... Quel individu sain d’esprit irait déposer des truc gros comme ça devant la porte des gens de si bon matin ? Avant de partir en courant et en hurlant de toutes ses forces ?

Je n’ai rien demandé moi... En plus je crois qu’il était nu sous sa blouse... Vraiment bizarre...

Mais je dois avouer que tout ceci m’a intrigué.

Les instructions scotchées sur la porte de la cabine n’indiquaient pas grand chose, en gros elles disaient que j’étais l’élu, la réincarnation du christ temporel choisi pour changer le passé afin d’éviter un anéantissement de l’humanité dans le futur. Le reste de la feuille était rempli de formules mathématiques complexes et de pénis mal dessinés, la mission que ce vieillard fou m’avait confiée semblait très importante. Enfin... si cette machine marchait vraiment... et je doutais que la brancher sur une prise 220 volts comme indiqué dans les instructions allait me permettre de voyager dans le temps.

Il était écrit qu’il fallait que je me rende en 1956 dans une ville brésilienne, afin d’éviter qu’une certaine personne ne naisse et n’anéantisse l’humanité 80 ans plus tard.

Bah...

L’humanité attendra !

J’ai le droit de me faire plaisir en voyageant quand je veux ! Après tout c’est le week-end et je m’ennuie, pourquoi sauver l’humanité alors que je pourrais découvrir une autre époque qui m’intéresse ?

Il faut que je trouve une époque où je ne me ferai pas tuer en sortant de la cabine. Où je puisse passer relativement  inaperçu et ne pas trop attirer l’attention sur moi.

Et soudain, l’illumination...

Paris,

les années folles,

les artistes, le cinéma,

le Moulin rouge, le jazz, l’insouciance d’une génération voulant oublier les horreurs de la guerre.

En plus ils parlaient le français comme nous à l’époque non ? Enfin je crois.

Puis... ma grand-mère m’a assez répété que « c’était mieux avant, nous au moins à l’époque on savait s’amuser ! » J’aimerais vérifier ça par moi-même, direction le Paris des années 20 !

Je devrais trouver un vieux costume d’époque à ma taille dans les affaires de grand-père. Il me faut aussi mon portable et quelques batteries de secours pour prendre des photos, je ne partirai pas trop longtemps après tout, les instructions disent que la cabine revient dans le présent après 24 heures.

Il me faudrait de l’argent... Je sais ! Les vieux bijoux en or de ma belle-mère, je pourrais sûrement les vendre sur place, et de toute manière ils sont moches sur ma femme. À moins que ce soit ma femme qui les rende moche, qui sait ?

J’entre dans la cabine, avec tout mon attirail. Est-ce que ça va marcher ? Après tout, si une personne comme Nabilla a réussi à devenir célèbre, alors je suis disposé à croire aux voyages temporels.

Que pourrais-je bien faire une fois là-bas ?

Écumer les cabarets et les établissements de music-hall bien sûr.

Les Folies Bergère, le Moulin rouge...

Aller voir une operette à l’Olympia...

Visiter le parc de Paris et sa montagne russe...

Me balader dans les vieilles rues méconnaissables de la ville et reconnaître les lieux où je me rends tous les jours...

Aller voir un film muet.

Tenter de croiser le chemin de Picasso, Braque, Matisse, Heminghway et discuter avec eux de la pluie et du beau temps.

Écouter rêveusement les musiques de Maurice Chevalier à la radio.

Apprendre quelques pas de tango.

Dali ! Ernst ! le mouvement surréaliste, comment aurais-je pu l’oublier ? Je pourrais aller les visiter dans leurs ateliers ! Essayer de déterminer si l’idée qu’on se fait d’eux aujourd’hui correspond bien à la réalité.

Je pourrais même changer l’histoire...

Non.

Non ce serait idiot, l’histoire n’est pas faite pour être modifiée.

Un observateur, voila ce que je serai.

Quoique cela pourrait être amusant de jouer les prophètes, mais je ne compte de toute manière pas rester plus d’une journée, autant ne pas provoquer de panique générale.

Que...

Quoi ?

HEIN ?

Parle plus fort je t’entends pas ?

Non je suis pas allé chercher les enfants à l’école chérie, je vais dans les années 20 !

JE DIS JE VAIS DANS LES ANNÉES 20 !

JE PEUX PAS, VA LES CHERCHER TOI !

COMMENT ÇA J’AVAIS PROMIS ?

QUE...

C’EST BON ! J’AI COMPRIS, NE RENTRE PAS CHEZ TA MÈRE !

Bon...

Une autre fois peut-être, si mes gosses ne cassent pas la cabine...

par AlterHis, le 13 janvier 2017

(découvrez son excellente chaîne YouTube au passage...)

 

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Si j’avais les moyens de voyager dans le temps, je pense que la méthode pour y aller importerait peu. Je souhaiterais, moi, aller dans le futur.

Donc, si je pouvais faire un bond dans le temps, je choisirais une date - disons, entre 4 et 500 ans après nous -, qui me permettrait de découvrir les évolutions de notre espèce. Pas tant au niveau matériel, car j’estime que vers 2500 nous serons depuis longtemps capables de nous déplacer assez facilement au sein du système solaire, voire plus loin, et que nous approcherons peut-être de l’immortalité ? Mais plus pour voir notre évolution sur le plan sociétal, philosophique, et «  corporel » (ou plutôt anthropomorphique).

Sociétal d’une part, car au vu des évolutions engendrées par internet et les nouvelles technologies sur nos sociétés et nos rapports aux communications, je serais intrigué de voir quel type de régime nous pourrions avoir dans 500 ans (sauf si une guerre nous a tous exterminés d’ici là, mais je reste optimiste...), ainsi que l’état des rapports entre les gens. Bon, je pense qu’en 500 ans nous n’aurons pas fait un bond « immense », mais cela m’intrigue néanmoins. Aurons-nous réussi à dépasser le stade des cycles de « paix, guerre, paix, guerre », vivant dans une société libérée de tout ce qui la détruit ? Ou bien une société sans crime n’est-elle au final pas autre chose qu’une société totalitaire ?

Du point de vue philosophique aussi, car personnellement, je m’informe assez régulièrement sur le mouvement « transhumaniste », et j’adorerais voir notre évolution à moyen et long terme au niveau philosophique et de notre rapport à la religion. Comme dit précédemment, j’ai un doute sur le fait que 500 ans suffisent à changer radicalement notre société par rapport à ce qu’elle est maintenant, et c’est pourquoi si j’avais eu le choix, je demanderais au savant fou de me faire un circuit en 24h, avec des passages à différentes époques (dans 500 ans, dans 10 000 ans, voir un million d’années)... 24h c’est court pour découvrir de nouvelles cultures, mais c’est mieux que rien, et je prendrais cela, volontiers. Ainsi, j’aimerais voir notre réaction à la possible découverte d’une forme de vie extraterrestre, et les folles réactions qu’elle engendrerait sur la civilisation humaine.

Enfin, sur le plan corporel, notre espèce évolue constamment. En 500 ans, il y a peu de risques qu’un troisième œil nous pousse sur le front (clin d’œil « futuramesque »), mais tout du moins je suis sûr que le clonage humain se sera démocratisé, à tort ou à raison ; peut-être un troisième genre humain aura-t-il été créé (voire peut-être une société qui se serait affranchie du genre ? Idée que j’ai pu voir dans un livre, où en réalité il y aurait une société où les individus ne naîtraient ni homme ni femme, mais pourrait choisir leur genre en fonction de leurs goûts, de leurs préférences, etc... Cela étant pour lutter contre tous les problèmes de discriminations, ici en l’occurrence sur le manque d’égalité homme/femme) ? Peut-être que les robots, à travers une intelligence artificielle hyper développée, se seront mis à cohabiter avec nous dans la paix, et l’égalité ?

Pour finir, comme une journée passe assez vite quand on s’amuse, je souhaiterais revenir à mon époque... Ou pas, en fait ça dépendra de ce que je trouverais en 2500. J’aimerais bien finir mon petit périple par un superbe coucher de soleil martien...

Aurélien Buisine

par Aurélien Buisine, le 5 février 2017

 

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Il est possible de remonter le temps, les livres sont faits pour ça ! Tintin et Le Lotus bleu par exemple. On l’ouvre et on revient au 18 septembre 1931. Il est 18 heures, encore temps d’arrêter la marche de l’histoire, il suffirait de rencontrer le lieutenant colonel Ishiwara Kanji alors qu’il attend qu’on lui annonce qu’une bombe a explosé sous une voie de chemin de fer à la sortie de Moukden, lui expliquer les conséquences dramatiques que ce sabotage va provoquer, que le Japon sera militairement vainqueur dans un premier temps, et que ces succès masqueront que le Japon s’engage dans une dérive suicidaire, d’abord en essayant d’envahir la Chine en 1937, puis en attaquant Pearl Harbor quatre ans plus tard. Tout se finira par la défaite totale du Japon, et les deux bombes atomiques de Hiroshima et Nagasaki. J’espérais le convaincre de prendre son téléphone et de rappeler le commando qui s’apprête à déposer la bombe sous la voie de chemin de fer. Mais on ne refait pas l’Histoire...

Bruno Birolli 2017

par Bruno Birolli, le 6 février 2017

 

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Je n’en revenais pas. Le Doc avait enfin réussi à venir à bout de son invention. Voilà bien au moins dix ans qu’il travaillait à achever la première machine à voyager dans le temps civile. Oui vous avez bien lu. C’était à peine croyable, ce vieux bougre avait finalement réussi. Enfin c’est ce qu’il me dit depuis maintenant 3 jours alors qu’il finalise encore quelques détails “esthétiques”.

Je suis chez lui depuis l’aube de la veille, j’avais annulé mes cours à la faculté d’Histoire de Bologne pour les jours qui allaient suivre puis avais pris la route pour Vérone après un coup de téléphone nocturne dont je n’avais pu tirer aucune information, à part que je devais rejoindre le Doc le plus vite possible. Cela fait maintenant cinq ans que je l’aide à travailler sur son extravagante invention, et je dois avouer que je n’y ai jamais totalement cru, abreuvé que j’étais des films de SF des années 2000, si souvent démentis par la science d’aujourd’hui. Mais voilà, il y est arrivé. En tant que plus proche collaborateur et sceptique de la première heure je me suis naturellement porté volontaire afin de tester cette machine infernale camouflée en … cabine téléphonique.

- Vous auriez pu faire un effort Doc… C’est vu et revu, le coup de la cabine.

- Penses-tu ! Qui irait s’inquiéter de l’utilité de cette vieille pièce usée ? Un doux dingue ? Un fan de Docteur Who ? Peuh ! pesta-t-il.

- Pas faux Doc, pas faux… Bon, elle fonctionne au moins ?

Il me regarda avec un air à la fois perdu et désespéré, comme si je venais de remettre en doute la théorie de l’héliocentrisme : « Bien sûr qu’elle fonctionne pardi ! Où veux-tu donc aller, au lieu de m’ennuyer avec des questions idiotes ? ». C’est le moment crucial. Nous y étions. J’avais furieusement envie de mettre le Doc à l’épreuve, tout en étant quand même curieux, voire même un peu inquiet des conséquences d’un voyage dans le temps. Je m’étais préparé mon coup et avais opté pour la prudence. Je m’étais replongé dans de vieux cours de l’époque où je passais ma thèse d’Histoire. Je n’avais pas mis beaucoup de temps à choisir, mon choix s’est tout de suite porté sur l’Italie. Quelle autre destination que l’Italie quant on est un spécialiste depuis 35 ans du pays de Dante ?

Pour l’époque de ma destination, cela avait été tout aussi rapide : la fin de l’ère contemporaine était toute désignée. Au cours de mes recherches préparatoires j’ai appris, suite à la lecture de plusieurs analyses archéologiques à propos de la composition de l’air de notre planète au fil du temps, que ce dernier a  beaucoup changé au cours de l’Histoire. Il a été par exemple établi que l’atmosphère du Moyen-Âge, ou celui de l’Antiquité, nous serait totalement irrespirable pour nous hommes du XXIIe siècle. De plus, cela m’arrange du point de vue de la langue : mon italien est résolument moderne et mon latin ne me sert qu’à la lecture de textes retrouvés dans les sols antiques. Aucune chance donc de me faire comprendre, et encore moins de comprendre, d’un habitant de Rome de l’an 0 ou bien d’un Florentin du Rinascimento. Seule solution : partir pour l’Italie du Nord, post-unification, donc après 1866. Je ne prenais ainsi qu’un minimum de risques en vue de ce voyage-test.

Pour ce qui est des consignes de voyage, cela avait l’avantage d’être clair : je ne pourrais rester plus de 24h - 22h maximum sur conseil express du Doc - sous peine de me voir enfermer pour toujours en 1900. Je devrais, bien évidemment, entretenir le moins de contact et de relations possible avec la population de ma destination afin de ne laisser aucune trace de mon passage. L’enjeu étant de ne pas altérer le temps et modifier le futur, c’est-à-dire notre présent. Les conséquences entraîneraient la création d’un cercle infernal quasi irrémédiable. Cependant, le début du XXe siècle présente l’avantage principal suivant : je ne risque pas de croiser un membre proche de ma famille ou même moi-même puisque personne n’était vivant à l’époque - on parle quand même d’un bond dans le passé de deux cents ans. De plus, je ne possède aucune famille en Italie. J’aurais ainsi l’esprit quelque peu dégagé sur place.

Les derniers préparatifs sont prêts. J’ai soigneusement choisi mes habits : je serai un étudiant en Histoire de la faculté de Paris, en voyage. Je fais bien plus jeune que mon âge - l’enfermement scientifique aurait dû avoir l’effet inverse sur ma peau mais je dois faire avec - surtout que les professeurs d’université sont plus rares à l’époque que de nos jours, on risque de me demander des explications si je me présente comme détenteur d’une chaire. Pour ce qui est de l’argent et de mes papiers d’identité, j’ai réussi à m’en faire fabriquer après m’être arrangé avec un collègue travaillant au Louvre, une vieille connaissance de fac, grâce à qui j’ai pu avoir accès aux imprimantes 3D très haute définition de l’établissement. Je n’oublie pas non plus de prendre ma vieille montre à gousset afin de pouvoir surveiller le temps qui file sans éveiller les soupçons : comme quoi un fétiche d’historien peut finalement servir. Ma destination : la Sérénissime Venise, plus de cinquante ans avant son premier touriste bedonnant et inculte, cent cinquante ans avec sa disparition dans les eaux de la lagune.

La phase de préparation de mon voyage prit un peu plus d’un mois, un mois durant lequel l’excitation de la possibilité inédite d’un saut dans le temps me fit bouillonner. Cela a progressivement occupé toutes mes pensées, toutes mes forces. J’allais explorer le temps, franchir les limites de la physique. Ce voyage dépasse tous les autres possibles. Cela allait être le début d’une nouvelle Odyssée. Quand le jour fatidique arriva, j’ai cru ne pas pouvoir contenir mon émotion et mon stress. Il était évident que des ratés pouvaient avoir lieu, ce que Doc ne cacha à aucun moment, au point d’en devenir rébarbatif, tout en restant sûr de lui et serein. J’avais confiance en fin de compte. De toute manière rien ne me retenait en ce monde, la prise de risque ne m’effrayait pas plus que cela, moins que l’arrivée au début du XXe siècle en tout cas.

Je prends enfin place dans la drôle de machine aux allures si communes de films d’espions ou de super héros, sauf que celle-ci était déterminée à m’envoyer faire un voyage des plus extraordinaires. Alors, bien sûr, le Doc n’avait pas inventé la machine à voyager dans le temps. Nous ne sommes pas dans Retour vers le Futur de Robert Zemeckis, non, le gouvernement dispose aujourd’hui de tels engins. Doc s’est contenté de hacker avec brio plusieurs sites de recherche gouvernementaux afin d’obtenir une liste de composants complète. Pour le reste je n’ai pas réussi à en savoir plus. Les questions du pourquoi et du comment ne se posent de toute manière plus. Je pars.

Le voyage en lui-même ne fut pas long, quelques secondes de lumière blanche tout au plus. En quelques secondes donc me voici plongé dans les prémices du XXe siècle, en plein cœur de la Vénétie désormais italienne, aux abords de la Sérénissime. Face à moi s’étend la lagune, calme. L’idée “d’arriver” sur le continent plutôt que dans Venise-même vient du Doc, qui trouvait cela plus prudent. Une fois tous mes sens opérationnels, je me mis en marche vers Mestre. Je ne garde comme unique séquelle de mon voyage qu’un léger mal de crâne et un sentiment de haut-le-cœur. Je m’attendais à bien pire je dois l’avouer. Avant de partir j’ai bien pris le temps d’étudier des cartes d’époque afin de perdre le moins de temps possible lors de mes déplacements. En deux heures maximum je doit être à la Piazzale de Roma, porte d’entrée de Venise. Après une heure de marche me voici sur l’embarcadère que me permet d’accéder à Venise par l’emprunt de navettes maritime, les célèbres vaporetti. La voie en bitume qui a longtemps relié Venise au continent - la Via della Liberta - ne sortira de mer que durant l’ère fasciste de Mussolini, au début des années 1930. Une fois embarqué je sens mon poul s’accélérer à mesure que mon embarcation fend les flots à destination de cette ville millénaire, ancienne et glorieuse république marchande qui a su, par le temps et le commerce, imposer sa loi aux quatre coins du bassin méditerranéen.

Enfin je pose le pied sur le sol de la Sérénissime. Tout bascule en moi, je n’en crois pas mes yeux. La ville semble avoir toujours eu le même visage, serein, figé et enchanté dans la lumière d’un astre solaire qui semble ne briller que pour elle. Un flot humain et aquatique s’agit autour de moi. C’est un ballet incessant de gondoles et de gens pressés qui s’enroule autour de moi à me faire perdre l’équilibre. Cela sonne, tinte, bruisse autour de moi. Les langues se mêlent à l’air ambiant me faisant oublier quelque peu que je suis un voyageur temporel. Le temps joue contre moi mais j’hésite à flâner sur les quais du Grand Canal. Je dois me mettre en route afin de voir le maximum de choses et de rendre quelques visites. En effet, le Doc m’a donné un peu de travail avant de partir. Je dois récolter des informations sur mon environnement et tenir un journal de bord sur ma condition physique, afin de s’assurer qu’un tel voyage ne soit pas dangereux pour l’organisme.

J’attrappe au vol un vaporetto qui accoste non loin de là en ronflant et en crachant un épais filet de fumée noire. Les bruits qui m’environnent sont sans commune mesure avec le bruit des villes du XXIIe siècle. Ici le bruit est omniprésent, accompagné d’une forte odeur de charbon en combustion, la pollution est partout : sur les murs des maisons, sur les coques des navires, dans l’eau et l’air. Je perçois une sorte de bruit de fond omniprésent, l’activité humaine emplit l’espace sonore. Partout, gondoliers, marchands au détail, en vrac, poissonniers, boulangers, cafetiers, badaux, maréchaux ferrants, drapiers, tout ce petit monde s’agite, pousse des cris, discute et hurle dans l’espoir de se faire entendre ou d’attirer la clientèle.

Sur le Grand Canal, mon rêve de toujours prend forme. La cité des Doges, aujourd’hui engloutie, est en pleine effervescence, là, sous mes yeux. Mes cours d’Histoire me reviennent en mémoire d’un seul coup. De part et d’autre du pont du vaporetto défilent, alignés tels des généraux vétérans bardés de décorations et au garde-à-vous, les héros longtemps insubmersibles de Venise : Ca’ de Mosto, Civran, Contarini da Zalfo, Labia, Michiel del Brusa’, etc. Autant de palais qui ne peuplent plus aujourd’hui que la mémoire de quelques admirateurs italophiles et le fond de la lagune. Cette vision me procura une émotion que je n’imaginais pas jusqu’à aujourd’hui. Mes mains tremblent, mes yeux pleurent... Cette ville, bâtie sur la fortune de quelques grands commerçants, rayonne devant moi comme si j’en étais le seul visiteur. Mon voyage dans le temps me fait me sentir unique dans ce monde éphémère. J’arrive au Rialto, c’est la fin de mon voyage sur le canal. Je m’attarde quelques secondes afin d’admirer le pont en arc de quarante-huit mètres qui enjambe fièrement l’artère vitale de Venise. Datant du XVIe siècle, il est l’un des quatre ponts qui enjambent le Grande Canal et était peuplé de petites boutiques s’accrochant à son dos. Je me lance ensuite dans les dédales de ruelles menant au coeur du quartier San Marco. Ma destination est le quartier du Castello bordant l’Arsenal, plus au nord.

Venise

L’immersion devient alors totale. Elle est toujours aussi difficile à réaliser. Je suis le premier civil du XXIIe siècle à pouvoir me promener tranquillement dans les rues d’une ville qui a disparu plus de deux cents ans avant ma naissance. Je réalise le fantasme de plusieurs générations d’historiens et de curieux. Quand je dis curieux je parle des vrais passionnés rêvant d’enfin arpenter un passé parfois trop fantasmé. Désormais, le temps n’a plus de limite et de nombreuses choses vont pouvoir être faites notamment du point de vue scientifique ou sur les origines de l’humanité. Je pense surtout au monde antique, je pense au développement de l’Afrique et des Amériques durant l’ère pré-colombienne, dont nous avons que de peu de traces. Les possibilités sont infinies. Seulement, le maniement d’un tel outil ne sera pas aisé. Entre les risques d’altération du temps et les utilisations à des fins malhonnêtes voire criminelles, ou même tout simplement révisionnistes, je suis bien incapable de prédire de quoi sera fait notre futur proche. Comment empêcher la dissolution du secret entourant cette vieille cabine ? Ce dilemme monumental attendra mon retour.

C’est alors que j’arrive aux abords de Contarini del Bovolo, alors que je passe non loin de la Fenice - le théâtre de la ville. Bovolo est le nom d’un petit palais du quartier de San Marco présentant deux caractéristiques particulières : d’abord son escalier extérieur en colimaçon en forme d’escargot, puis la vue panoramique de la ville qu’il offre sur les toits de Venise. Plusieurs fois lors des mes recherches préparatoires j’ai pu lire des notes sur ce petit bijou architectural pourtant boudé à l’heure du tourisme de masse du XXIe siècle. Devant les grilles donnant sur le petit jardin du palais, je ne peux retenir mon envie de pénétrer dans l’enceinte du bâtiment. Je devais accéder à cette vue rare sur la ville. Après avoir sonné à la porte d’entrée, je m’engage dans une discussion assurée afin d’obtenir le droit de passage jusqu’au panorama. L’occupant des lieux est un jeune aristocrate à l’accent guindé et dont la voix est teintée d’une légère surprise en me voyant, les yeux emplis d’espoir, sur le pas de sa porte. Il accède toutefois à me requête et propose de m’accompagner au sommet de la tour de son palais. Il me décrit la vue qui s’offre à moi. Je ne peux à nouveau contenir quelques larmes qui me montent aux yeux tant la vue se révèle être spectaculaire. Face à tant de réaction de ma part, mon hôte m’invite à entrer chez lui afin de me remettre. Nous prenons place à l’étage inférieur, dans un salon richement décoré et tourné vers les fenêtre donnant sur la ville. Cet intérieur brillait de luxe et de raffinement. Devant moi s’étalaient les richesses de Venise : du verre de Murano, du marbre de Carrare, de l’orfèvrerie raffinée, des tableaux de maîtres de la Renaissance et du début du XVIIIe, etc... Des pièces d’une valeur inestimable tapissaient comme entassées les murs et les meubles de la pièce où je me trouve actuellement.  

- Ce ne sont que des babioles Monsieur, n’y faites pas attention. Je ne suis pas tout a fait installé. Je dois vous confier que je ne m’attendais pas à une telle réaction de votre part ! Me confia mon hôte, une fois assis.

- Veuillez m’en excuser, je viens de très loin et je fondais beaucoup d’espoir sur ma première visite de Venise et je dois dire que je ne suis pas déçu.

- Je dois avouer être tout à fait insensible aux charmes de cette ville… Ce palais était une folie. Il me fallait cependant un pied à terre en centre-ville.

- Je… C’est pourtant une pièce rare si ce n’est unique ici. L’évidence est là, lui rétorque-je. Que dire des splendeurs qu’abrite cette cité des mers ?

- Il s’agit du passé mon bon monsieur… Vous les universitaires, vous êtes d’un conservatisme ! Cette ville m’est insupportable. Son humidité, son peuple bruyant, et je ne vous parle même pas de l’odeur ! Revenez-y en été et vous comprendrez. Un bourbier infâme ! Non vraiment, je ne pense pas qu’il y ait le moindre avenir ici. C’est uniquement afin de rapatrier quelques avoirs que je suis ici, le marché a chuté depuis l’annexion. Une fois cette menue question financière réglée je fuirai cette île maudite et grabataire.

Assommé par tant de critiques acerbes sur la ville de tous les fantasmes, je pris congé de mon hôte afin de reprendre ma route. Il me restait encore de nombreuses choses à faire, mais je venais de perdre beaucoup de mes repères. Cette entrevue avec ce jeune aristocrate était en fait la toute première rencontre concrète entre deux humains de deux époques différentes. Mes pires angoisses étaient en train de se réaliser : et si le passé n’avait rien de plus excitant qu’un présent ordinaire ?

Robin Norman Lewis 2017

par Robin Norman Lewis, le 6 février 2017

 

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Enfin la possibilité de voyager dans le temps ! Rêve ancien et persistant, effort d’imagination constant, qui semblait ne pouvoir jamais être comblé. Une machine bancale, qui fait sensation mais peu de cobayes potentiels, prétend traverser le temps et l’espace. La tentation est forte et je décide de me lancer. À moi le passé : je veux voir. Le passé ? Le futur est tentant… Voir ce que l’on va louper, ce qui va sortir de notre présent, de quoi nous seront responsables… Tentant mais qu’en est-il de voir ce qu’on a loupé, ce qui a construit notre histoire, ce qui m’a construit moi, ce qu’on a appris, que l’on tient pour vrai, sans jamais le vérifier. Et puis, dans le futur, je ne saurais pas m’habiller pour passer inaperçue…

On m’a fait parvenir les instructions. Je n’ai droit qu’à un voyage, il ne faut pas se tromper. Quelle frustration ! Que voir, que faire ? Mais quelle excitation, aussi, de presque toucher du doigt l’inaccessible. Où aller et quand, donc ? La cour du Roi Soleil, tant décrite, apparemment si splendide, ou bien l’Égypte des Pharaons ? À moins que je ne décide d’aller faire la Révolution, de renverser la monarchie ? De m’exiler, pour voir l’Histoire d’ailleurs : le Palais d’Été en Chine, quand il était uniquement destiné à l’Empereur, sans touristes. Des pèlerins en Amérique qui ne savent pas encore que leur implantation serait un succès. Cette colonie européenne au Groenland, qui n’a pas survécu, pour savoir ce qui leur est arrivé et, peut-être les aider.

Un tas d’autres idées tourbillonnent et je ne peux en saisir qu’une. Comment choisir ? En un jour, je n’aiderai personne. En une vie, seule, sans technologie, non plus. Je préfère passer discrètement. Documenter, regarder. Comprendre au lieu de bouleverser : on m’a toujours dit que ça n’engendrait rien de bon. Si je tue Hitler, je ne nais pas, c’est certain. Regarder donc. Je sais ce que je veux voir. Tant d’épisodes historiques sont si bien décrits qu’on jurerait y être, bien qu’on ne puisse démêler le vrai du faux. Mais s’il ne faut voir qu’une chose, je veux voir ce qu’il est impossible de voir autrement. Ce qui a été passé sous silence de l’Histoire la plupart du temps, ce qui n’a pas fait trace. Je veux voir une vie quotidienne qui ne s’est pas écrite, une grande oubliée, la campagne. Campagne française, si l’on peut dire. N’importe où, peut-être mes montagnes, ou bien les côtes, près de la mer. N’importe quand ou presque : on a toujours l’impression que rien n’a changé en longtemps, que la campagne a été immuable. Difficile de choisir une période tant elles se ressemblent en terme de campagne, dans l’imaginaire commun. Le XVI° siècle, après les guerres d’Italie et avant celles de religion : je veux la paix. Difficile cependant de dire que ce sera représentatif.

Je pars. Direction les champs, la forêt… Presque sans empreintes humaines ? C’est ce que j’imagine. Difficile d’estimer le nombre de population : s’il y avait moins d’humains auparavant, la population de la campagne était probablement bien plus importante. J’arriverai dans la neige. Moins de gens, moins à voir sans doute, mais tellement beau. Là aussi le choix a été dur. Je ne sais pas du tout ce que je vais y voir, à mieux y réfléchir. J’essaierai en tout cas de ne pas finir sur un bûcher… Peut-être, au mieux, rejoindrais-je les fantômes racontés lors des soirs de veillées.

Un jour et je reviendrais. En espérant que d’autres soient tentés par la machine et rapportent de nombreux témoignages.

par Lola LS, le 8 février 2017

@ suivre...

 

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6 septembre 2016

« L'histoire de notre pays peut-elle nous éclairer en ces temps troublés ? », par Dimitri Casali

Dimitri Casali, historien et essayiste réputé, compte parmi les défenseurs les plus véhéments de l’apprentissage d’un récit national dont on puisse à nouveau être fier ; un élément essentiel de la restauration de ce « creuset républicain » qui paraît aujourd’hui appartenir à un passé révolu. Dans un contexte riche de débats autour des orientations données aux programmes scolaires (voir : la tribune accordée à Pierre Branda sur ce blog en mai 2015), son Nouveau Manuel d’Histoire (Éd. de La Martinière, 2016), préfacé par Jean-Pierre Chevènement, est un important succès de librairie. Désintégration française, son nouvel essai, une « déclaration d’amour à l’Histoire de France, seul remède à la désintégration », dixit la présentation de l’éditeur, vient d’être publié il y a quelques jours chez Jean-Claude Lattès.

Début août, peu avant la parution de cet ouvrage, et trois semaines après l’attentat de Nice, j’ai souhaité proposer à M. Casali de composer un texte autour de la thématique suivante : « L’histoire de notre pays peut-elle nous éclairer en ces temps troublés ? ». Je le remercie pour la qualité de son texte, qui m’est parvenu le 6 septembre : il n’est pas forcément rassurant... mais il s’achève sur une note d’optimisme relatif. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

Désintégration française

Désintégration française, de Dimitri Casali, aux éd. J.-C. Lattès, 2016.

 

« L’histoire de notre pays peut-elle

nous éclairer en ces temps troublés ? »

par Dimitri Casali, le 6 septembre 2016

Depuis plus d’un an, la France est particulièrement touchée par la violence d’une histoire en pleine accélération. Pourtant l’Histoire permet de comprendre l’actualité de ces temps si violents. Il y a toujours dans l’actualité des liens explicatifs avec l’Histoire qui permettent de mieux expliquer le présent et de mieux comprendre la société. Karl Marx disait : « La violence est la sage-femme de l’Histoire ». On le sait depuis la nuit des temps, l’Histoire ne se fait que sur des cadavres, l’Histoire est un déluge d’atrocités. Toutefois, le paradoxe est que tant de sang répandu durant tant de millénaires se soit révélé fécond, la France est ainsi devenue une grande nation. À nier cela et donc à ressasser sans cesse les anciennes horreurs, à force de dire que nous sommes un pays d’esclavagistes, de colonisateurs et de collaborateurs, on dresse les citoyens les uns contre les autres. Nos hommes politiques devraient tenir compte des leçons de l’Histoire, malheureusement ils n’en font plus aucun cas, soit par ignorance soit par manque de hauteur de vue.

« En renonçant à son passé, la France sape

son présent et met en péril son futur »

Nos dirigeants sont « malades de leur histoire ». Malades de ne pas la connaître, de ne pas la transmettre, d’être sans cesse tentés de la réécrire pour l’instrumentaliser ; malades, surtout, d’y renoncer par lâcheté et refus de se confronter aux minorités. La France souffre de sa position face à l’Histoire, de ce passé qui ne passe pas, malade de l’occulter, ou encore de n’en avoir retenu aucune leçon. En renonçant à son passé, la France sape son présent et met en péril son futur. Peut-on vraiment vivre ensemble en ignorant ce qui a façonné l’identité de notre pays ? En oubliant que la France s’est construite par son panache plus que par ses renoncements ? Quand nous aurons détruit notre héritage, n’aurons-nous pas tout perdu ?

« L’Histoire s’accélère à nouveau ; le défi qui nous est lancé

par l’islamisme politique est redoutable... »

À trop vouloir oublier les leçons du passé, à respecter le politiquement correct, on dresse en fait les Français les uns contre les autres. L’Histoire met en exergue la gravité de leurs lâchetés contemporaines. Toutes ces bonnes intentions nous préparent l’enfer : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre », disait Winston Churchill. À chaque époque existent des problèmes cruciaux qui forment comme un angle mort du débat public et ce sont précisément ceux qui vont décider de l’avenir. En 1936, après la remilitarisation de Rhénanie par Hitler, dans la plupart des médias français, il était presque impossible d’évoquer la perspective d’une guerre avec l’Allemagne. Tous « les gens de bien » étaient furieusement pacifistes… On trouverait bien un terrain d’entente avec le chancelier allemand, disaient-ils. Mais dans les cafés et les salons, on ne parlait que de ça. Aujourd’hui, l’Histoire est à nouveau en phase d’accélération brutale et le défi qui nous est lancé par l’islamisme politique, entré en phase de conquête du monde, est redoutable. Mais nos élites intellectuelles, aveuglées par ses bons sentiments, préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre.

« 2016 ressemble beaucoup à l’avant-1789, peut-être

en pire ; prenons garde à ne pas revivre 1793... »

Nous nous trouvons aujourd’hui en 2016 dans la même situation bloquée que celle où nous étions en 1789 : désamour des élites, accumulation des privilèges, pouvoir politique en panne... En tant qu’historien, je suis frappé par les points communs aux deux périodes, dans le sens où les dysfonctionnements du modèle politique laissent en effet penser que nous sommes au bord du gouffre. Si l’on ne parvient pas, dans l’urgence, à faire évoluer la société comme la prise de conscience des Français, nous risquons de reproduire les mêmes terrifiants schémas de guerre civile et de Terreur qu’en 1793. Nous faisons face aux trois mêmes crises que dans l’avant-1789 : crise économique (dette étouffante, hausse des prix et du chômage...), crise sociale (grogne populaire face aux privilèges...), et crise politique (incapacité du pouvoir à réformer). À cela vient aujourd’hui s’ajouter la plus grave à mes yeux, la crise identitaire, qu’était loin de connaître la France de l’Ancien Régime.

« François Hollande, par son caractère hésitant,

rappelle un peu Louis XVI ; on ne peut être un

"président normal" sous la Ve République... »

Tout comme à la fin du XVIIIe siècle, la France se retrouve sclérosée et l’immobilisme de notre actuel Président ressemble étrangement au caractère hésitant de Louis XVI, qui n’a somme toute jamais réellement souhaité faire le grand saut nécessaire pour rétablir le pays. Nous sommes donc, en 2016 comme en 1788, coincés entre l’envie d’améliorer la situation et la peur d’un changement radical pourtant nécessaire à cette amélioration. Seul un homme providentiel pourrait débloquer la situation et j’ai hélas bien peur que ce ne soit pas l’actuel dirigeant de la Ve République. Les institutions françaises sont solides mais elles nécessitent à leur tête, des personnalités hors norme. On ne peut donc pas être un président « normal » sous la Vème République ; il faut être exceptionnel pour exercer la fonction.

« Du courage, citoyens ! La lâcheté

conduit toujours au désastre... »

J’aimerais pourtant garder une lecture « optimiste » des évènements car il ne faut jamais oublier qu’au cours de son histoire millénaire, la France a connu d’autres crises graves et a pu s’en sortir le plus souvent grâce à une volonté de changement exprimée souvent tard, mais exprimée tout de même. Il est donc encore tant que les Français se ressaisissent et s’arment de courage comme nous le montre l’Histoire, car la lâcheté conduit toujours au désastre…

 

Dimitri_Casali

 

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5 juillet 2016

« À l'heure des défis : l'OTAN et le sommet de Varsovie », par Guillaume Lasconjarias

À quoi sert encore l’OTAN, plus d’un quart de siècle après l’effondrement de cet ennemi a priori (et donc a posteriori) mortel qui lui donnait sa raison d’être, à savoir le « bloc de l’Est » ? Quelles missions l’Alliance atlantique a-t-elle vocation à assumer dans une Europe et un monde en proie à des défis nouveaux ou en tout cas, à des menaces en pleine mutation ? Les délégations nationales qui se réuniront à Varsovie - quel symbole ! - pour le sommet de l’OTAN à la fin de la semaine devront plancher sur ces épineuses questions, redonner un souffle et un cap à cette organisation qui se cherche une stratégie cohérente à l’Est, une organisation à peu près muette en tant que telle sur la Syrie et peu ou en tout cas pas audible autant qu’elle le pourrait sur la question désormais imposante du terrorisme international. Guillaume Lasconjarias, chercheur au sein du Collège de défense de l’OTAN et habitué fidèle de Paroles d’Actu (à lire ou relire : notre interview doctobre 2015, réalisée deux semaines avant les attentats de Paris), a accepté de nous livrer quelques clés pour comprendre et analyser les enjeux de ce sommet. Je l’en remercie. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

OTAN

Au siège de l’OTAN. Source de la photo : usdefensewatch.com.

 

« À lheure des défis : lOTAN et le sommet de Varsovie »

Dans quelques jours, du 7 au 9 juillet, chefs d’État et de gouvernement se retrouveront à Varsovie pour un sommet de l’Alliance atlantique qui devra orienter les principales décisions de 28 alliés dans un environnement toujours plus complexe, plus volatile et pour tout dire, plus dangereux. Alors que la Russie s’affirme comme un acteur toujours plus agressif, que l’État islamique malgré ses reculs n’a rien perdu de ses capacités d’attraction et poursuit ses engagements à mener des attaques terroristes sur le sol occidental, que les nations européennes sont fragilisées par des cohortes de migrants fuyant guerres, conflits et situations économiques désespérées et qui forcent les responsables politiques à reconsidérer le pacte social, comment une alliance pensée pour défendre des valeurs libérales et démocratiques au temps de la Guerre froide peut-elle se régénérer pour demeurer crédible ?

Qu’attendre d’un sommet de l’OTAN et plus spécifiquement, de celui qui vient ? Doit-on souhaiter de nouvelles annonces qui, à l’instar de celles avancées au sommet de Newport (Pays de Galles, en septembre 2014) chercheront à rassurer les alliés en montrant la capacité de l’Alliance à s’adapter au nouveau désordre mondial ? Cherche-t-on au contraire à marquer une pause pour analyser ce qui a été fait et qui devra être accompli ?

Dans l’histoire de l’Alliance, les sommets ont un rôle très particuliers en cela qu’ils servent de point d’orgue et de cap aux nations comme aux éléments qui composent la structure permanente de l’Alliance, son secrétariat international et sa chaîne hiérarchique. Depuis la fin de l’Union soviétique, les sommets se succèdent à intervalles réguliers, soit tous les dix-huit à vingt-quatre mois. Lors de ces rencontres sont mises en avant les grandes décisions qui justifient l’existence de l’Alliance, soit en ouvrant la porte à de nouveaux membres, soit en décidant de poursuivre ou d’étendre des opérations, soit en proposant de nouvelles initiatives destinées à améliorer le fonctionnement interne de l’ensemble. Dans tous les cas, il s’agit de montrer la pertinence de l’OTAN, tout en lui redonnant un « coup de fouet ». En effet, ces moments où le politique s’interroge et s’intéresse à l’alliance est aussi un moyen de forcer la structure à ne pas se contenter d’une routine ou d’une administration qui s’auto-animerait, pour lui redonner son allant et sa motivation.

« Le "retour" de la Russie avec Poutine

a ravivé la flamme otanienne »

Mais qu’attendre de Varsovie ? Depuis deux ans, le travail accompli a été très important. L’alliance, qui au début 2014, semblait être en retrait et cherchait un moyen de ranimer la flamme parmi ses membres a sans nul doute bénéficié du retour de la Russie de Poutine, dont les actions en Crimée puis dans l’est de l’Ukraine ont balayé le rêve d’une Europe libérée de tout conflit. Confrontée à la montée en puissance de Daesh, à une crise syrienne dont nul ne sait l’issue, à la tragédie de l’immigration massive et à la déstabilisation d’États dans sa périphérie, l’OTAN a entamé un travail de réflexion sur ses points forts : répondant aux préoccupations de ses alliés du flanc Est, c’est d’abord à une remontée en puissance qu’elle s’est attelée, ravivant ses capacités militaires et invitant tous ses membres à non plus se plaindre de la dangerosité de l’environnement mais bien à se prendre par la main et à dépenser plus et mieux pour redevenir un acteur politique et militaire crédible. La promesse - bien qu’elle ne soit pas contraignante - d’amener les budgets de défense à 2% du PIB des nations marque en cela un premier tournant.

Le second temps a été de se repositionner face à la Russie. S’il est possible de soupçonner une certaine facilité quant à se redonner un adversaire qui flaire bon le temps passé, les alliés se gardent bien de toute similitude avec la guerre froide. À raison : Poutine n’est pas Staline, la Russie d’aujourd’hui n’a rien de comparable avec l’URSS, et malgré les rodomontades du maître du Kremlin, la puissance russe se débat avec une économie fortement affaiblie, dans un environnement géopolitique où les compétiteurs sont de plus en plus nombreux. Il n’empêche que l’affaire ukrainienne a rappelé que la surprise et la déstabilisation d’un État situé à trois heures d’avion de Bruxelles était une possibilité et que la Russie avait fait quelques progrès en matière de guerre sous le seuil, employant des tactiques hybrides et annulant toute possibilité de réaction de la part du pays visé, comme de ses voisins.

L’OTAN a donc redécouvert une forme de conflit à laquelle elle n’avait plus songé, ses interventions dans les Balkans, puis en Afghanistan l’ayant surtout amenée à réfléchir aux problèmes de reconstruction d’États faillis, occultant parfois l’idée de guerre, quitte à la subir. Ainsi, en Afghanistan pendant douze ans, la notion de campagne de contre-insurrection s’est-elle imposée, forçant les nations contributrices à penser comment des armées doivent parfois se charger de tout pour gagner la paix. La Libye, par certains aspects, a été un cas hors norme, sans engagement au sol et la possibilité de changer le régime du dictateur Kadhafi par une rébellion victorieuse.

« L’OTAN brille par son absence sur la question syrienne »

Toutefois, cette dernière décade a porté en elle les problèmes qui grèvent aujourd’hui l’alliance. La longueur du conflit afghan et l’absence de résultats concrets ont éloigné les opinions publiques et convaincu certains hommes politiques à retirer leurs forces, affaiblissant encore plus l’esprit de la mission. L’action en Libye, quoique réussie d’un point de vue militaire, a donné naissance à deux gouvernements proclamant leurs droits tandis que dans les creux et vides naissait et prospérait l’État islamique. L’alliance s’est trouvée remarquablement silencieuse quant au drame syrien, et si une part non négligeable de ses alliés prend part aux actions contre Daesh au-dessus de la Syrie et de l’Irak, ce n’est pas l’établi qui est à la manoeuvre. Enfin, au regard de la situation dans l’est de l’Europe, une véritable fracture s’est instaurée entre ceux qui voient dans la Russie le nouvel ennemi quand d’autres jugent plus préoccupants les questions migratoires ou le terrorisme.

En réalité, ce qui est en jeu à Varsovie, c’est moins la question des priorités de l’Alliance que sa capacité à créer de la cohésion entre ses membres. L’idée de développer une Alliance capable de penser son environnement à 360 degrés et donc, de se saisir - et potentiellement de traiter - des problèmes survenant à l’est ou au sud sont les conditions de sa pérennité et de sa crédibilité. La mise au point de « directions stratégiques » concourt naturellement à cela, mais il faut poursuivre ses efforts en évitant de séparer les fronts ou de spécialiser les nations. Il est bon de rappeler quels sont les fondamentaux sur lesquels repose cette alliance et notamment le principe de défense collective contenu dans l’article 5 du traité de Washington (1949). Sans doute, au cours des vingt dernières années, a-t-on offert aux autres missions élaborées dans le concept stratégique de 1999 (sécurité coopérative et gestion de crise) une caisse de résonance qu’il convient de ne pas oublier, mais peut-être de considérer comme moins fondamentale à la survie de l’OTAN. Peut-être, comme le suggèrent quelques auteurs, est-il temps de redéfinir ce concept stratégique ou de lui assurer d’autres responsabilités, comme le développement de la résilience au sein des populations de l’Alliance.

« Il est peu probable que le sommet de Varsovie

soit des plus ambitieux pour l’OTAN »

Varsovie, pourtant, risque fort de n’être qu’un rapport d’étape peu ambitieux malgré des déclarations ci et là. L’attente des élections américaines puis, en 2017, de la présidentielle française et de la remise en jeu du mandat de la chancelière allemande plaident pour ne pas prendre de décisions hâtives. La tragi-comédie du « Brexit » et les tensions que traverse l’Union européenne ne font pas non plus le jeu de l’Alliance qui a besoin de partenariats solides pour maintenir une pression sur la Russie. Peut-être ne faut-il pas espérer de grandes mesures ou des décisions marquantes : si les chefs politiques poursuivent et renforcent ce qui a été fait il y a presque deux ans à Newport, ce sera déjà un beau résultat car l’adaptation et la crédibilité de l’OTAN passent plus par une suite de petits pas auxquels chacun contribue qu’à des grandes annonces peu suivies d’effets.

par Guillaume Lasconjarias, le 5 juillet 2016

 

Guillaume Lasconjarias

 

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25 novembre 2015

« La lutte contre le changement climatique : un combat plus que jamais nécessaire », par Clarisse Heusquin

Le 30 novembre (lundi prochain) s’ouvrira à Paris la grande conférence sur les changements climatiques, désormais communément appelée « COP21 ». Il s’agira pour les délégations venues du monde entier de s’entendre sur une stratégie et des plans d’action visant la limitation du réchauffement climatique - que les parties voient comme un fait acquis -, de l’ordre de 2°C au maximum à l’horizon 2100.

Dès la mi-juillet, j’invitai Clarisse Heusquin, jeune militante écologiste et proeuropéenne (elle a notamment mené les listes Europe-Écologie-Les Verts de la région Centre lors des élections européennes de 2014 et est une contributrice régulière de Paroles d’Actu) à exprimer son point de vue, ses sentiments sur les enjeux dont il est question. Son texte, imprégné d’autres éléments sombres d’actualité, m’est parvenu le 25 novembre. Un plaidoyer passionné, des constats - et des prédictions - qui interpellent. Merci Clarisse. Une exclusivité Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

Cop21

Photo d’illustration : diplomatie.gouv.fr

 

« La lutte contre le changement climatique : un combat

plus que jamais nécessaire »

par Clarisse Heusquin, le 25 novembre 2015

 

On pourrait croire que les attentats ont permis de dégager les priorités claires des prochains mois : garantir un « pacte de sécurité », selon l’expression de François Hollande. Le dérèglement climatique semble désormais un problème bien moins pressant que les bombes et les cartouches. Mais si le Président veut bâtir une sécurité internationale de long terme, la lutte contre le changement climatique doit aussi passer au premier plan. La COP21 est une des clés pour garantir sécurité internationale et justice sociale.

 

Sortir des énergies fossiles pour ne plus acheter le pétrole de Daesh

500 millions de dollars par an, c’est ce que le pétrole rapporte à l’État islamique. À la manière d’une multinationale, celui-ci bichonne sa plus grande pépite économique en embauchant le personnel qualifié nécessaire au développement de cette activité extrêmement lucrative. Sur les 34 à 40 000 barils de pétrole brut produits par jour, certains alimentent directement les pompes à essence européennes, comme l’a dénoncé l’ambassadrice d’Irak auprès de l’Union européenne il y a quelques mois.

Que se passerait-il alors si nos sociétés ne finançaient plus les industries fossiles ? Que se passerait-il alors si la transition énergétique permettait de réduire notre dépendance au pétrole ?

À la première question, le mouvement de désinvestissement des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz), lancé notamment par l’ONG 350.org, a commencé à répondre en enregistrant ses premiers succès : des universités reconnues telles que Stanford, Yale, Harvard, Oxford, ainsi que, par exemple, le fonds souverain norvégien (le plus gros du monde), ont annoncé leur désinvestissement du charbon et des sables bitumeux.

Pour répondre à la seconde question, prenons le temps d’imaginer un monde où le pétrole ne serait plus considéré comme un enjeu stratégique. Imaginons un monde ou l’énergie serait majoritairement locale et renouvelable avec des bâtiments à énergie positive, des moyens de transport plus propres, des routes récoltant l’énergie solaire et une agriculture bio. Si l’énergie n’était plus un enjeu géopolitique, de nombreux conflits présents et futurs n’auraient plus lieu d’être, que ce soit en Arctique ou au Proche-Orient. La sécurité internationale s’en trouverait renforcée. La transition énergétique du monde, parce qu’elle signifie la relocalisation de la production énergétique et alimentaire, permettrait de pacifier les relations entre les humains et de garantir leur bien-être.

 

Si rien n’est fait, le changement climatique pourrait causer 100 millions de morts d’ici à 2030

Il y a eu vingt-deux millions de réfugiés climatiques en 2013. Trois fois plus que les réfugiés de guerre. Et ce chiffre prend seulement en compte les déplacés de catastrophes, et non pas les réfugiés climatiques ayant subi une dégradation lente de leur environnement. En plus des migrants, DARA, l’organisation humanitaire espagnole, a estimé qu’il y a cinq millions de morts dus au changement climatique chaque année. Si rien n’est fait, les catastrophes naturelles, la pollution, la famine et les maladies qui y sont liés pourraient provoquer six millions de morts par an, soit cent millions d’ici à 2030.

 

La lutte contre le changement climatique : un enjeu de justice sociale

Le changement climatique est inégal. Inégal dans ses effets, selon où l’on vit, dans quel hémisphère, sur quel continent, dans quel pays, en ville ou à la campagne. L’Asie connaît ainsi le plus grand nombre de réfugiés climatiques.

Inégal parce qu’il touche différemment selon que l’on soit riche ou pauvre. Si les Pays-Bas, dont les deux tiers de leur territoire se trouvent sous le niveau de la mer, peuvent consacrer vingt milliards d’euros contre la montée des eaux, les pays en voie de développement devraient concentrer l’immense majorité des décès liés au changement climatique, faute de moyens pour lutter contre ses effets. À une échelle plus locale, le changement climatique est inégal selon que l’on puisse se payer une maison bioclimatique ou que l’on crèche dans un HLM. Cent millions de personnes supplémentaires pourraient ainsi tomber sous le seuil de pauvreté d’ici 2030 si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le changement climatique est d’autant plus inégal qu’il n’est pas de la responsabilité de tous les hommes et de toutes les nations. Ce sont les pays industrialisés qui totalisent la plus grande responsabilité. Ce sont nos modes de vie qui sont responsables du pillage des ressources de la Terre et de la pollution.

Les Inuits, les tribus amérindiennes et les habitants des îles pacifiques ne sont pas responsable du changement climatique. Pourtant, ce sont eux qui souffrent les premiers et le plus radicalement.

 

La plus grande injustice de notre siècle

Le changement climatique est donc injuste. Cette injustice est l’une des plus importantes de notre époque. Elle n’oppose pas seulement le Sud au Nord. Elle oppose les classes dirigeantes économiques et politiques au reste de la population. Elle oppose ceux qui sont riches et qui sont les principaux acteurs des négociations de la COP21 - ceux qui organisent les pollutions, la déforestation, les émissions, et décident des politiques censées les contrer (!) - à ceux qui survivent au Sud, à ceux qui se battent au Nord tout en vivant relativement bien, à ceux qui n’ont pas conscience des enjeux sociaux du climat.

En interdisant la marche pour le climat du 29 novembre pour des raisons de sécurité, la France empêche la réunion symbolique de toutes les composantes hétérogènes de la lutte contre le changement climatique. Elle retarde peut-être la formation d’une nouvelle lutte de classes. Mais tant qu’une forme de justice climatique ne sera pas assurée, elle n’empêchera pas la formation, progressive, d’un nouveau mouvement social planétaire.

 

Clarisse Heusquin COP21

@C_Heusquin

 

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6 mars 2016

Frédéric Quinonero : « Jane Birkin a été, pour Gainsbourg, plus que sa muse, son double féminin »

Le 2 mars, jour marquant le vingt-cinquième anniversaire de sa disparition (déjà !), on était peut-être plus nombreux qu’à l’accoutumée à se rappeler Serge Gainsbourg. Les médias en ont pas mal parlé à cette occasion, et c’est heureux tant son œuvre mérite d’être redécouverte et découverte par les nouvelles générations. Le mois dernier, les éditions L’Archipel faisaient paraître la dernière biographie en date du fidèle Frédéric Quinonero, Jane Birkin, « La vie ne vaut d’être vécue sans amour ».  Un récit fluide, vivant, sensible et touchant à l’image de son objet, Jane Birkin, qui fut probablement « la » femme de la vie de Gainsbourg et, très certainement, hier comme aujourd’hui, une des personnalités les plus émouvantes et les plus « vraies » du monde du show-biz. Frédéric Quinonero a accepté de répondre à mes questions et de nous « prêter » pour reproduction, à ma demande, lextrait de son ouvrage qui raconte la rencontre Gainsbourg-Birkin. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche.

 

Partie I : l’extrait du livre

Le cadre : le tournage de Slogan, un film de Pierre Grimblat. On est en 1968. Les premiers contacts - difficiles -, « la » rencontre entre Serge Gainsbourg et Jane Birkin ; l’un et l’autre, une sensibilité à fleur de peau et l’âme blessée (chacun sort alors d’une séparation douloureuse, le premier avec Brigitte Bardot, la seconde avec le compositeur britannique John Barry, père de sa fille Kate).

Lors de l’audition, elle est déstabilisée par la présence désagréable de Serge Gainsbourg, fortement déçu de ne pas avoir Marisa Berenson pour partenaire et déterminé à témoigner de sa méchante humeur. Elle ne sait pas prononcer son nom, elle comprend « bourguignon » - il existe un Serge Bourguignon acteur et cinéaste, il a obtenu un Oscar à Hollywood en 1963 pour son film Les Dimanches de Ville-d’Avray et fait tourner Bardot l’année précédente dans À cœur-joie. « Mais comment pouvez-vous accepter de tourner un rôle en France alors que vous ne parlez pas un mot de français ? », lui lance-t-il avec mépris. Elle fond en larmes. Et continue de jouer sa scène, comme si sa vie en dépendait, ce qui convainc Grimblat de l’engager. « Jane pleurait sur son sort. Elle confondait tout : la fiction et la réalité, la vie et le scénario. [...] J’en ai conclu qu’elle était fabuleuse » dira Gainsbourg. Pourtant, alors que le tournage commence à la mi-juin, retardé par les événements, il persiste à ne faire aucun effort de civilité.

[...] L’ambiance sur Slogan est donc au vinaigre. Une semaine passe. Le vendredi soir, inquiet pour le bon déroulement de son film, Grimblat organise un dîner chez Maxim’s où il omet sciemment de se rendre, laissant ses héros seuls, en tête à tête. Tous deux ont ce point commun d’avoir été quittés par la personne aimée, ils sont tristes. « Qu’est-ce que vous n’avez jamais fait ? Tout ce que vous désirez, je vous promets de l’exaucer », lance un Gainsbourg grand seigneur à la fin du dîner. Jane a besoin de se changer les idées, elle est prompte à accepter toutes les invitations à s’amuser. Et la soirée se poursuit dans toutes les boîtes à la mode. Jane découvre un homme séduisant : « Il était adolescent, ambigu, contradictoire, romantique, sensible. » Chez Régine, elle l’entraîne sur la piste de danse pour un slow. Piètre danseur, il lui marche sur les pieds. Sa maladresse l’attendrit. À son tour, Serge se laisse séduire par cette fille drôle et émouvante, sexy et décontractée, qui déambule dans les lieux les plus chic de Paris avec son blue-jean, ses baskets et son cabas en osier rempli de livres et de cahiers noircis de notes. Au petit matin, comme elle refuse qu’il la ramène à son hôtel, il commande au chauffeur de taxi de poursuivre jusqu’au Hilton où il a ses habitudes. Elle fait mine d’ignorer la gaffe du réceptionniste : « La même chambre que d’habitude, monsieur Gainsbourg ? » Et le trouve à nouveau touchant quand il tire les rideaux et tamise la lumière, avant de s’allonger tout habillé sur le lit où il s’endort comme une masse, copieusement imbibé. Elle file au Drugstore voisin et revient avec le single d’un hit qu’elle avait dansé devant lui chez Régine, Yummy Yummy Yummy des Ohio Express, et le lui glisse discrètement entre les orteils, en guise de remerciement.

Issu de Jane Birkin, « La vie ne vaut d’être vécue sans amour » (L’Archipel, février 2016). P. 48 à 50 (extraits).

 

Jane Birkin Serge Gainsbourg 1968

Jane Birkin, Serge Gainsbourg, 1968. Photo : Giancarlo Botti - Agence Gamma-Rapho. Src. : Photos de légende. 

 

Partie II : l’interview

Frédéric Quinonero: « Jane Birkin a été, pour Gainsbourg,

plus que sa muse, son double féminin »

 

Jane Birkin

Jane Birkin, « La vie ne vaut d’être vécue sans amour » (L’Archipel, février 2016)

 

Pourquoi avoir choisi d’écrire cette biographie de Jane Birkin ?

Jane Birkin est quelqu’un de très inspirant. J’aime à la fois l’artiste et la femme. C’est un être qui me touche par sa spontanéité, sa poésie, son humour. Je me reconnais dans certains traits de sa personnalité, la nostalgie de l’enfance, la mélancolie, l’amour des autres. Écrire sur elle a été un vrai plaisir.

 

Trois mots pour la définir ?

Nostalgique, généreuse, émouvante.

 

Quel regard portes-tu sur le couple/duo qu’elle a formé avec Serge Gainsbourg ?

C’est un couple mythique, rattaché à une époque de liberté et d’insouciance. Ils se sont connus en 1968, grande année, même si les événements leur sont passés au-dessus du brushing. Jane a été le grand amour de la vie de Serge, et réciproquement. Elle a été sa muse, son double féminin. Et ce n’est pas donné à tout le monde de sublimer à ce point le talent d’un artiste. Il l’a imposée en tant qu’actrice dans son film Je t’aime moi non plus, puis il a écrit pour elle ses textes de chansons les plus intimes et les plus raffinés, exprimant une sensibilité à fleur de peau qu’il ne pouvait exprimer lui-même sans paraître indécent. Les trois albums Baby alone in Babylone, Lost Song et Amour des feintes sont de vrais bijoux. Jane a été l’interprète de Serge dans le vrai sens du terme, elle a été sa voix, elle a porté ses mots (ses maux). Pendant qu’il se plaisait à jouer à Gainsbarre, il lui donnait ses blessures et ses fragilités à chanter. C’était sa plus belle façon de lui déclarer son amour éternel. Et le plus beau cadeau qu’elle lui ait fait en retour, et sa plus belle victoire, est d’avoir fait connaître son œuvre dans le monde entier. Ce fut sa mission après la mort de Serge. Sa façon à elle de lui dire merci.

 

Jane Birkin et Serge Gainsbourg

Source de l'illustration : http://rockimages.centerblog.net.

 

Cinq chansons chantées par Jane Birkin à écouter ?

Ballade de Johnny-Jane (1976),

Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve (1983),

Quoi (1985),

Lost song (1987),

Physique et sans issue (1987).

 

Un message à lui adresser ?

Le message est dans le livre, je pense. Je l’ai écrit avec toute l’affection que je lui porte.

 

Frédéric Quinonero

Photo : Emmanuelle Grimaud

 

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31 octobre 2015

Natalie Petiteau : « Napoléon a été un stabilisateur de la Révolution »

Depuis plusieurs années, l’historienne Natalie Petiteau, qui enseigne l’époque contemporaine à l’Université d’Avignon, s’est imposée comme une des spécialistes reconnues de la période napoléonienne. Son dernier livre en date, Napoléon Bonaparte, la nation incarnée, a été publié par Armand Colin au printemps de cette année. Le 30 octobre me sont parvenues les réponses aux questions que j’avais rédigées et lui avais envoyées deux jours plus tôt. Je l’en remercie et espère que cette lecture vous donnera envie de vous emparer de son ouvrage. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Natalie Petiteau: « Napoléon a été

un stabilisateur de la Révolution »

 

La nation incarnée

 

Paroles d’Actu : Bonjour Natalie Petiteau. La liberté a-t-elle réellement été, parmi les valeurs phares de la Révolution - celles que la République choisira pour former, un peu plus tard, sa devise - le parent pauvre de l’expérience bonapartiste en général et napoléonienne en particulier ?

 

Natalie Petiteau : La liberté, celle des philosophes des Lumières, fait partie des valeurs auxquelles le jeune Bonaparte est farouchement attaché quand il étudie à Brienne puis à Paris, quand il est jeune officier en Corse ou à Auxonne, quand il est aux côtés des jacobins à Toulon. Il en rêve encore quand il est à la tête de l’armée d’Italie puis d’Égypte. Mais dès l’Italie puis l’Égypte, il comprend que s’il veut mettre en place le pouvoir qui doit permettre de sauver l’essentiel des acquis de 1789, il faut renoncer à certaines libertés. La fin justifie les moyens, et puisqu’il lui faut lutter, pour préserver la stabilité politique de la France du Consulat puis de l’Empire, contre les royalistes et contre les jacobins, il considère qu’il est parfaitement normal de rogner certains principes auxquels il a cru dans sa jeunesse.

 

S’il ne remet jamais en cause la liberté de conscience, la liberté d’aller et de venir, la liberté d’entreprendre moins encore, il considère que la raison d’État lui donne le droit et même finalement le devoir de limiter sans cesse davantage la liberté d’expression et d’aller contre le principe de la liberté individuelle. Puisqu’il est certain d’être le seul à savoir quel est le bon gouvernement pour la France et même pour l’Europe, il juge finalement normal de réduire au silence ceux qui n’ont pas les mêmes vues que lui sur le bon mode de gouvernement. Et c’est aussi pour préserver ce mode de gouvernement qu’il a recours à quelques centaines d’emprisonnements politiques, aux placements en résidence surveillée, ou même à l’exil dans le cas de Germaine de Staël.

 

PdA : Lorsque Bonaparte s’empare des rênes de l’État, dix ans après 1789, l’avenir des conquêtes populaires demeure incertain et les menaces qui pèsent sur la Révolution sont bien réelles, au-dedans comme au-dehors. Peut-on dire de Bonaparte, Premier consul puis empereur, que ses quinze années de gouvernement ont assuré la perpétuation d’une société empreinte des idéaux des Lumières ? Qu’il a rendu inévitable ce qui ne l’était pas forcément avant lui, à savoir : que toute restauration royale, même imposée par les armées étrangères, ne pourrait qu’être tempérée, encadrée par une Loi, fût-elle « octroyée » ?

 

N.P. : Avec les moyens évoqués dans la réponse précédente, Napoléon a été le stabilisateur de la Révolution. Du moins des conquêtes de 1789, mais aussi de 1793 si l’on songe à l’abolition gratuite et complète des droits seigneuriaux. Roi du peuple et non pas roi des nobles comme le dit l’anecdote qu’il a lui-même rapportée de sa conversation avec une vieille femme en 1805, il a légué à la France contemporaine un héritage politique qui brouille considérablement les cartes en 1814-1815 et qui contribue à faire qu’une restauration complète est impossible. La Charte de 1814 tente la synthèse et confirme qu’un retour à l’avant 1789 n’est pas même envisagé par Louis XVIII. Certes, il n’en va pas de même de Charles X, mais son échec final révèle son utopie.

 

N’oublions pas que Napoléon a respecté en effet le principe de l’établissement d’une Constitution ; en cela aussi il a entériné l’héritage de la Révolution. Il est tout à la fois un homme des Lumières et un romantique, mais en n’osant pas s’appuyer sur l’élan populaire qui se manifeste à son endroit en 1815, y compris après Waterloo, il ne parvient pas à entrer résolument dans le XIXe siècle et demeure un homme du XVIIIe siècle habité par une vision idéalisée du peuple qui supporte mal la confrontation avec les réalités des mouvements de rue.

 

PdA : On fait un bond de 200 ans. En juillet dernier, le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, surprenait les lecteurs du 1 Hebdo en déclarant ceci : « Il manque un roi à la France ». De fait, depuis 1965, les Français se choisissent, par l’élection, un super-leader d’après un costume taillé par De Gaulle en pensant (un peu) aux deux Bonaparte qui ont régné sur le pays. Mais n’est pas De Gaulle, Napoléon ou Louis-Napoléon qui veut : les présidents, plus vraiment taillés pour ce costume de prestige, gouvernent, de plus en plus ; ils incarnent de moins en moins la nation mais la clivent au contraire régulièrement. Vous êtes-vous fait une idée précise quant aux débats qui touchent aux institutions ? Manque-t-il un roi à la France ? De manière plus prosaïque : le chef d’État devrait-il gouverner ou simplement « régner » ?

 

N.P. : Il me semble que les Français, avec Napoléon puis De Gaulle dans leur histoire, rêveront toujours d’avoir à la tête de leur pays un leader capable d’incarner la nation.

 

PdA : Quels sont vos projets, Natalie Petiteau ?

 

N.P. : Il y a encore beaucoup à travailler sur l’Empire, sur l’ombre portée de l’Empire, sur les hommes de l’Empire...

 

Natalie Petiteau

 

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Pour aller plus loin...

22 octobre 2015

Bertrand Tessier : « Sardou n'a pas son pareil pour capter l'air du temps »

Le 14 octobre paraissait, chez Fayard, Sardou : 50 années ensemble, un riche retour en texte et en images sur la carrière et la vie de Michel Sardou. Si le chanteur en a écrit la préface, l’ouvrage, lui, est signé Bertrand Tessier, journaliste et auteur de nombreux livres sur, notamment, les parcours de quelques artistes populaires. Le 18 octobre, il m’envoyait les réponses aux questions que je lui avais écrites et envoyées par mail six jours plus tôt. Merci à lui. Bonne lecture... et bonne écoute ! Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Bertrand Tessier: « Sardou n’a pas son pareil

pour capter lair du temps »

 

50 années ensemble

 

Paroles d’Actu : Bonjour Bertrand Tessier, merci de m’accorder cette interview à l’occasion de la sortie de votre dernier ouvrage en date, Sardou : 50 années ensemble (il y a quatre ans, déjà, vous co-composiez Les images de ma vie chez Flammarion). Comment en êtes-vous arrivé à nous présenter aujourd'hui ce livre édité chez Fayard ? Parlez-nous de ce projet ?

 

Bertrand Tessier : Qui peut se targuer d’avoir cinquante ans de carrière dans la chanson en France ? Qui plus est : cinquante ans de succès. Nous nous connaissons depuis plusieurs années ; il a, je crois, confiance en moi. Il était logique de célébrer ce bel anniversaire avec un livre à la hauteur du personnage. Un livre de grand format, où s’entremêlent textes, photos, documents d’archives…

 

PdA : Quelle était votre perception de l’homme Michel Sardou avant de travailler sur et avec lui ?

 

B.T. : J’avais l’image d’un homme bougon, râleur, difficile d’accès. En fait, c’est une protection. Une manière de mettre de la distance. À partir du moment où il vous a adopté, il se montre tel qu’il est vraiment : charmant, fin, cultivé, délicieux, drôle. En plus, à la différence de toutes les stars que j’ai pu rencontrer au cours de ces dernières années, il a une immense qualité : il n’est pas du tout égomane !

 

PdA : Avez-vous fait de réelles découvertes sur l’artiste et l’homme lors de l’édification de cet ouvrage ?

 

B.T. : Le but de ce livre n’était pas de faire des « révélations » plus ou moins sulfureuses mais de retracer une carrière année par année, à la fois à travers ses disques, mais aussi à travers les reportages photo qu’il a accordé à la presse. Ce qui est fascinant, c’est de voir la quantité de choses qu’il a faites en cinquante ans : disques, concerts, tournées, pièces, films, téléfilms, émissions de télévision. C’est un bourreau de travail ! Et en cinquante ans de carrière, il n’a pas connu le moindre passage à vide : il a toujours eu le public de son côté.

 

PdA : Michel Sardou a souvent été et demeure, de par certaines de ces chansons et ses nombreuses prises de position, un personnage controversé. Comment recevez-vous et analysez-vous ses « engagements » ? Sardou est-il « politique » ?

 

B.T. : Politique, non, car ce n’est pas un homme d’engagement. Il n’est inféodé à aucun parti ni aucune idéologie. En revanche, je dirais que c’est un chanteur de société. Depuis ses débuts, il raconte la société française et ses évolutions. Les villes de solitude, consacrée aux villes nouvelles qu’on n’appelait pas encore les cités, c’est Starmania cinq ans plus tôt ! Il n’a pas son pareil pour capter l’air du temps. On lui a collé une étiquette de droite et de facho après Je suis pour, dont il a reconnu que le titre était une erreur - ce n’était en rien un plaidoyer pour la peine de mort, mais l’illustration de la loi du talion.

 

En France, on aime ranger les artistes dans des tiroirs. On lui a fait de véritables procès en sorcellerie : qui peut, sincèrement, douter de la dimension parodique, ouvertement humoristique, de Le temps des colonies ? Il a eu toutes les peines du monde à se départir de cette image. Aujourd’hui, les clivages sont différents, on voit bien à quel point il est avant tout un homme libre. Et c’est ce qui plaît. Dans le monde politiquement correct qui est le nôtre, un artiste qui n’hésite pas à ouvrir sa gueule pour dire ce qu’il pense, cela fait du bien !

 

PdA : L’espèce de détachement désabusé et, en même temps, d’autodérision aux traits prononcés dont il fait régulièrement montre depuis quelques années reflètent-ils à votre avis le vrai de sa personnalité ?

 

B.T. : Désabusé, je ne pense pas qu’il le soit. Il a gardé le même enthousiasme. Regardez les photos lors de sa dernière tournée : il y a dans son regard quelque chose qui pétille. La scène est vraiment son domaine. Mais son regard sur le monde a évidemment évolué, notamment sur le personnel politique… il n’est plus dupe de rien, si tant est qu’il l’ait jamais été. En ce qui concerne l’autodérision : le mot est juste. Non seulement il a beaucoup d’humour, mais il en a beaucoup envers lui-même.

 

PdA : Quelles sont, parmi ses chansons, celles qui ont votre préférence - et pourquoi ?

 

B.T. : Ses grands classiques : La maladie d’amour, En chantant, Les lacs du Connemara, etc. J’aime beaucoup ses chansons d’album, comme on dit : des titres qui ne sont pas voués à devenir des tubes, mais où il exprime des choses très personnelles, avec une qualité d’écriture tout à fait exceptionnelle. J’ai aussi une tendresse toute particulière pour Musulmanes. Vous en connaissez beaucoup, des artistes qui sont capables de propulser au sommet des hit-parades le mot « musulmanes » ? En concert, c’est au moment où retentissent les youyous de la chanson que ses fans accourent au pied de la scène… Preuve que cette chanson vaut tous les plaidoyers pour la tolérance…

 

PdA : Comment définiriez-vous la place qu’occupe, la trace que laissera Michel Sardou dans le paysage musical français ?

 

B.T. : On l’a pris pour un fabricant de tubes ; c’est un artiste singulier qui au fil des ans a construit une véritable œuvre. Il est entré dans le patrimoine français. Voir ses détracteurs d’hier l’encenser aujourd’hui en est la meilleure preuve.

 

PdA : Depuis quelques mois, l’objet premier de notre entretien semble privilégier de plus en plus clairement les scènes de théâtre aux salles de concert. Il chantera encore, ça ne fait aucun doute, mais il semble avoir perdu un peu de cette envie, s’agissant au moins de créations nouvelles. Quel est votre ressenti sur cette question ?

 

B.T. : Il a 68 ans et le marché du disque a évolué. Aujourd’hui, on ne cherche plus à construire des carrières, mais à faire des coups. Il ne se reconnaît pas dans cette évolution. Lui a toujours privilégié la durée. Ses derniers albums ont malgré tout été des succès. Il craint le disque de trop. Et puis, le théâtre est son vieux rêve. Comme il le dit souvent, il est devenu chanteur par accident : il se destinait à être comédien. Il ne fait pas du théâtre par défaut mais par passion.

 

PdA : Pourquoi le fan de la première heure / l’amateur occasionnel / le curieux serait-il, de votre point de vue, bien inspiré de s’emparer de votre livre ? Qu’a-t-il de plus que tous les précédents ? Vos meilleurs arguments ?

 

B.T. : Pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ? Parce qu’il y a tout Michel Sardou dedans ! Les coulisses de ses disques, de ses tournées, de ses pièces… Quatre cents photos dont de nombreux documents inédits : Anne-Marie, son épouse, m’a notamment confié de nombreuses photos qu’elle a faites de Michel…

 

PdA : Si vous aviez un message à adresser à Michel Sardou, là, maintenant ?

 

B.T. : « Remets-toi à écrire des chansons ! Ta place est unique, le public suivra. »

 

PdA : Quels sont vos projets, vos envies pour la suite, Bertrand Tessier ?

 

B.T. : Continuer à alterner livres et documentaires pour la télévision, continuer à osciller entre l’univers du cinéma et celui de la musique.

 

Bertrand Tessier

Photo : Thomas Dusseau / SudOuest.fr

 

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Et vous, que vous inspire le parcours de Michel Sardou ?

 

Pour aller plus loin...

19 décembre 2014

Pierre-Yves Le Borgn' : "Andreas Schockenhoff, mon ami"

   Le 14 décembre, à dix-huit heures, le député Pierre-Yves Le Borgn', dont la fidélité à Paroles d'Actu m'honore, écrivait sur son mur Facebook le message suivant : « J'ai appris ce soir avec une très grande peine le décès d’Andreas Schockenhoff, président du groupe d’amitié France-Allemagne au Bundestag. Depuis près de trois ans, Andreas et moi étions devenus plus que des alter egos : de vrais complices. » N'étant pas particulièrement au fait de la vie parlementaire quotidienne, pas davantage des échanges internationaux qu'elle suppose - deux questions qui, pourtant, m'intéressent grandement -, je ne connaissais pas Andreas Schockenhoff. J'ai voulu voir, via Google News, si sa disparition était évoquée par des médias français. Rien, ou presque rien, plusieurs heures après.

   Je me suis fait cette réflexion : on parle beaucoup, s'agissant de la relation franco-allemande - un constat valable pour bien des thématiques -, de ce qui ne marche pas, de ce qui agace dans le comportement des uns et des autres. Bref, de ce qui tend à diviser. Et jamais de ce qui marche. Le 14 au soir, j'ai proposé à Pierre-Yves Le Borgn' de composer pour le blog un article, un texte sur et pour son collègue, son ami. Il a aimé l'idée et l'a acceptée, avec la bienveillance qui le caractérise - et dont je le remercie à nouveau. Ses mots, ici retranscrits, me sont parvenus ce jour, au lendemain des obsèques de M. Schockenhoff. L'hommage émouvant d'un ami à un ami... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

PAROLES D'ACTU - LA PAROLE À...

Pierre-Yves LE BORGN':

« Andreas Schockenhoff, mon ami »

 

Le Borgn - Schockenhoff

« Une photo d'Andreas et moi, prise le mois passé à Paris, lorsque nous avions reçu tous les deux

les jeunes de l'Office franco-allemand pour la Jeunesse... »

 

   Le 13 décembre, l’Allemagne a perdu un grand parlementaire : Andreas Schockenhoff. Andreas s’est éteint chez lui à Ravensburg, victime d’un malaise cardiaque. Il avait 57 ans. Enseignant de formation, Andreas avait été élu pour la première fois au Bundestag en octobre 1990, lors des premières élections d’après la chute du Mur. Le Bundestag siégeait alors à Bonn. Il me confiera un jour qu’il fut l’un des très rares députés du sud-ouest de l’Allemagne à avoir voté pour Berlin, quand il revint aux parlementaires allemands de décider qui, de Bonn ou de Berlin, deviendrait la capitale de l’Allemagne réunifiée. Andreas avait choisi Berlin parce que là-bas s’écrirait selon lui l’avenir de la nouvelle Allemagne, malgré son plaisir de travailler à Bonn, sur les bords du Rhin. Il adorait le pays souabe d’où il venait. Né à Ludwigsburg, la vie professionnelle, personnelle et politique l’avait conduit à Ravensburg. Il y revenait toutes les fins de semaine, quittant son petit studio de Berlin pour retrouver sa maison, sa famille, ses amis.

   J’avais fait la connaissance d’Andreas Schockenhoff il y a trois ans seulement et j’ai pourtant l’impression que je le connaissais depuis toujours. Curieux sentiment, lié à cette chaleur, cette attention et cette discrète affection qu’Andreas savait toujours mettre dans l’échange. Ce sont nos fonctions de présidents des groupes d’amitié France-Allemagne et Allemagne-France à l’Assemblée et au Bundestag qui nous avaient rapprochés. Il présidait le groupe d’amitié depuis 1994. Vingt ans de passion franco-allemande, qui avaient fait de lui le « Monsieur Allemagne » pour l’Assemblée nationale. Andreas était aimé au Palais Bourbon, par-delà toutes les affinités politiques. Il y était chez lui et n’oubliait jamais d’arborer sa rosette au moment de venir nous rendre visite. La France, pour Andreas, était d’abord un bonheur, celui d’une année d’études à Grenoble, celui, aussi, de l’échange culturel qu’il prisait tant. Il parlait un français saisissant, tout en finesse, d’une voix douce et juste.

   J’aimais ses appels téléphoniques, réguliers, qui commençaient toujours par le même « Bonjour, c’est Andreas ». Lui, le démocrate-chrétien, et moi, le socialiste, étions devenus amis et complices. Nous organisions les rencontres communes de nos parlements et groupes d’amitiés. Nous intervenions ensemble sur divers sujets, comme les conflits franco-allemands d’autorité parentale l’été dernier, adressant un courrier commun aux ministres française et allemande de la Famille pour les presser d’agir. Ou plus récemment sur la crise politique en Macédoine. Nous voyagions ensemble, comme le 6 avril 2014 à Izieu, pour la commémoration des soixante-dix ans de la rafle des enfants. Les familles et membres de la communauté juive avaient été très touchés qu’un député allemand se rende pour la première fois à Izieu. Je me souviens de l’émotion d’Andreas durant la visite de la maison et l’échange avec les derniers témoins de cette tragédie. Une photo, que je chéris, nous représente tous les deux, devant la maison et les gerbes de fleurs déposées.

   Ce voyage à Izieu fut l’occasion de longues conversations dans le petit hôtel de Savoie où nous étions descendus. Andreas, par pudeur, se livrait peu. Ce soir-là, il avait fendu l’armure, me racontant sa vie, ses combats, ses coups durs, sa passion pour ses enfants. Et j’en avais fait de même de mon côté. La vie politique est si souvent superficielle, au point de ne jamais conduire à la rencontre de l’autre, de son unité et de son histoire. Andreas m’a permis de le connaître, personnellement en plus de politiquement. J’ai aimé ces moments. Je n’aurais jamais imaginé qu’ils devraient être si brefs. La vie est cruelle. Je pense à ses enfants : Theresa, Ferdinand et Philipp. Je pense à ses amis du Bundestag, rencontrés hier à la messe de requiem à Berlin. Je pense à notre dernière conversation téléphonique, il y a juste deux semaines, conclue par un « Salut ! », qui voulait dire « À tout bientôt ». Salut, mon ami. Je ne t’oublierai pas. Nous serons nombreux à faire vivre ton idéal et tes passions, à continuer le chemin avec toi et pour toi.

 

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26 septembre 2014

Pierre-Yves Le Borgn' : "In fine, seul compte l'intérêt du pays"

   Il y a un peu plus d'un an, Pierre-Yves Le Borgn', député socialiste représentant les Français établis dans la septième circonscription de l'étranger (Europe centrale et orientale), acceptait de répondre à ma sollicitation pour un article, pour Paroles d'Actu (l'interview est à lire ici). À la mi-septembre, j'ai souhaité lui proposer de participer à nouveau au blog, d'une manière, cette fois, un peu différente de la première : un développement, une sorte de tribune "orientée" par un propos introductif.

   On trouvera, dans ce document, une analyse franche des causes et des conséquences - prévisibles - de l'impopularité record du chef de l'État, ainsi qu'un énoncé des leçons qu'il conviendrait - selon M. Le Borgn' - de tirer de cette situation. Je le remercie d'avoir, cette fois encore, joué le jeu, de nous livrer ainsi le fond de sa pensée, sans concession. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

PAROLES D'ACTU - LA PAROLE À...

PIERRE-YVES LE BORGN' 

 

«In fine, seul compte l'intérêt du pays»

 

Pierre_Yves_Le_Borgn_

(Source de l'illustration : P.-Y. Le Borgn')

 

 

   Vingt-huit mois après son élection à la présidence de la République, la rupture que l'on constate tous les jours entre nos concitoyens et François Hollande atteint des niveaux critiques : un sondage LH2 pour Le Nouvel Observateur le créditait récemment de 19% d'opinions positives, un autre signé TNS Sofres pour Le Figaro Magazine le gratifiant d'une cote de confiance ne dépassant pas 13% - deux chiffres largement en deçà de son socle électoral du premier tour de 2012 (28,6%). Une étude Ifop pour Le Figaro indiquait quant à elle que, dans le cas d'un second tour l'opposant à Marine Le Pen, la présidente du Front national battrait largement l'actuel locataire de l'Élysée (par 54% contre 46%).

   L'Assemblée nationale vient, par une majorité relative, de renouveler sa confiance au Premier ministre, Manuel Valls. Mais, s'agissant du peuple, qui constitue la base de la pyramide, rien, absolument rien n'est réglé : la défiance n'a peut-être jamais été aussi forte qu'aujourd'hui depuis l'instauration de la Cinquième République. J'aimerais vous demander, Pierre-Yves Le Borgn', en tant que député mais, surtout, en tant que militant socialiste, en tant qu'homme de convictions, de me dire, le plus sincèrement possible, ce que cette désaffection profonde vous inspire, comment vous voyez la suite ?

 

   Cette désaffection me peine, même si j’en comprends les causes. Les Français estiment, pour une large part à raison, que le changement promis pour « maintenant » dans la campagne présidentielle en 2012 n’est pas au rendez-vous. Ils ne reconnaissent pas le candidat qu’a été François Hollande dans le Président qu’est devenu François Hollande. François Hollande, dans sa campagne présidentielle, n’avait sans doute pas pris la pleine mesure du délabrement de nos finances publiques et du décrochage de notre économie. La gauche était dans l’opposition depuis dix ans et je souscris volontiers à ce déficit de perception.

 

   Il est possible aussi que le candidat n’ait pas, à dessein, suffisamment mis en évidence les mesures difficiles qu’il conviendrait de prendre aux lendemains des succès électoraux de mai et juin 2012. Ce souci de ne pas dire les choses brutalement est assez hollandais. Comme l’était également la croyance mécanique et en l’occurrence démentie par les faits d’une reprise économique mondiale nécessairement à venir qui tirerait la France au-dessus de la ligne de flottaison.  De fait, des propos qui se voulaient rassurants comme « La reprise est là » sont apparus totalement décalés par rapport à la réalité vécue par des millions de Français, qui prenaient dans la figure la progression continue des chiffres du chômage et les augmentations d’impôts.

 

   La société française crève du chômage de masse et du sentiment que renverser cette courbe est de l’ordre de l’impossible. Ce sentiment de résignation, de désillusion, de déclassement, de pessimisme, si ce n’est de déprime collective est terrifiant. Il vient de loin. Ce serait injuste d’en attribuer toute la responsabilité au Président Hollande, loin s’en faut. Reste que l’on ne peut ni ne doit s’en accommoder. Plus encore qu’en 2012, je crois à la nécessité de parler vrai, de parler cash, c’est-à-dire d’afficher toutes nos difficultés sans n’en atténuer aucune et d’afficher les efforts requis pour s’en sortir. Je n’ai pas d’affection particulière pour Churchill, mais il n’est pas inutile de parler de sueur et de larmes.

 

   Le rapport Gallois est pour moi l’acte fondateur du quinquennat. Il pose le diagnostic juste et implacable des carences de l’économie française. Il trace aussi le chemin à suivre pour restaurer la compétitivité perdue de nos entreprises, réduire nos déficits et notre endettement, en un mot retrouver la souveraineté que nous avons abandonnée, non à l’Europe mais aux marchés financiers par le laxisme budgétaire et les non-choix. Si l’on veut sauver le modèle français et notre pacte républicain, alors des politiques difficiles sont à mener, qui ne figuraient pas dans le programme présidentiel de François Hollande, c’est vrai.

 

   Au risque de détonner, j’estime que l’objectif d’un parti au pouvoir, a fortiori le mien, n’est pas de gagner les élections d’après, mais avant tout de tendre, dans les faits et par les réalisations, au progrès partagé. En cette fin de mois de septembre 2014, les résultats ne sont pas au rendez-vous et je comprends la colère des Français. Si les élections avaient lieu aujourd’hui, nous serions balayés, tant à l’élection présidentielle qu’aux élections législatives. Marine Le Pen serait au second tour et il resterait moins de cinquante députés PS à l'Assemblée nationale. L’électoralisme n’est pas une boussole. La fuite en avant de la dette et le retour de la dépense publique sans compter seraient une tragique erreur.

 

   Seul compte l’intérêt du pays, et celui-ci requiert que soient mises en place toutes les mesures d’ordre législatif et réglementaire procédant du pacte de responsabilité. Il faut réduire le coût du travail pour relancer l’investissement et donc l’emploi. J’ai confiance qu’à terme, cette politique portera ses fruits. À temps pour 2017 ? C’est possible, mais pas assuré. Il faut passer du dire au faire, revendiquer l’impopularité et, oui, prendre le risque de l’échec électoral pour assurer la réussite du pays et des Français. C’est l’idée que je me fais de l’action publique. J'ai confiance que le gouvernement de Manuel Valls conduit la France dans la bonne direction.

 

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Vous pouvez retrouver Pierre-Yves Le Borgn'...

 

22 avril 2015

Frédéric Quinonero : "Julien Doré a mérité sa Victoire de la musique"

J’ai, pour la troisième fois, la joie d’accueillir M. Frédéric Quinonero, auteur de biographies réputées de vedettes de la chanson et du cinéma, dans les colonnes de Paroles d’Actu. Il a accepté, le 21 avril, de répondre aux questions que je lui ai préparées autour de la sortie de son nouvel ouvrage, Julien Doré, LØVE-Trotter (éd. Carpentier), consacré comme son nom l’indique à l’ex-vainqueur de l’édition 2007 de la Nouvelle Star. Depuis, ce dernier a fait du chemin : le 13 février dernier, il était consacré artiste masculin de l’année lors de la cérémonie des Victoires de la musique 2015. Merci à Frédéric Quinonero pour ce nouvel échange. Pour son travail, qui véritablement vaut d’être découvert. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES DACTU

Frédéric Quinonero : « Julien Doré a mérité sa Victoire de la musique »

 

Julien Doré

Éd. Carpentier

 

Paroles d'Actu : Bonjour Frédéric Quinonero, je suis ravi de vous retrouver pour cette nouvelle interview pour Paroles d’Actu. L’objet de notre entretien du jour, c’est la biographie que vous venez de consacrer à Julien Doré (Julien Doré, LØVE-Trotter, aux éd. Carpentier). J’ai d’abord envie de vous demander à quel moment vous l’avez découvert, et ce que vous en avez pensé les premiers temps ?

 

Frédéric Quinonero : J’avais un peu suivi la Nouvelle Star et sa personnalité m’avait séduit. J’aimais son côté décalé et sa façon de détourner les chansons, comme Mourir sur scène ou Moi Lolita. Comme souvent chez ce genre d’artistes révélés par un télé-crochet, j’ai moins adhéré à son premier album (Ersatz, sorti en 2008, ndlr). Mais je trouvais sa démarche ambitieuse et intelligente. J’ai vraiment découvert son univers avec l’album LØVE (sorti en 2013, ndlr).

 

PdA : La démarche d’une biographie de Julien Doré peut étonner, à ce stade de son parcours : certes, il s’est fait une place dans le paysage musical, mais il est encore très jeune... D’où est venue cette idée ?

 

F.Q. : Comme je l’écris en avant-propos, il y avait cette idée d’écrire sur un enfant du pays. Quelqu’un de chez moi. Nous avons tous deux grandi entre le Gard et l’Hérault et je pensais que cela créait un lien, une sorte de parenté géographique. Et c’était à la fois sympathique et pratique de mener un travail d’investigation du côté de Nîmes et de Lunel. Ensuite, il me semblait que Julien Doré était parvenu à une étape-butoir de son parcours : son album LØVE, le plus abouti à mes yeux, venait de remporter un gros succès, conforté par une longue tournée de plus d’un an, et marquait l’affirmation d’une identité musicale et poétique. Et partant, la confirmation d’une carrière. Alors, je trouvais intéressant de dresser un premier bilan et de le faire mieux connaître au public par le biais de ce livre.

 

PdA : Julien Doré n’a, disons, pas exactement regardé ce projet de bio avec une bienveillance aveugle. Ça a été compliqué de rencontrer ses proches, de composer cet ouvrage ?

 

F.Q. : Disons le clairement : Julien Doré a rejeté carrément le projet. Ma première démarche vers lui – un petit mot privé sur son Facebook officiel où je lui exposais humblement le motif de ma démarche et avançais éventuellement la possibilité d’une rencontre – demeura lettre morte. Dans le cas d’un silence prolongé, on applique l’adage « qui ne dit mot consent ». J’ai alors commencé mon travail d’investigation dans ma région et recueilli quelques entretiens. Jusque là, rien de très compliqué. Au contraire, c’était fort agréable de rencontrer ainsi des gens sympathiques qui m’ont fait part d’anecdotes amusantes. Prévenu par l’un de ses amis proches, Julien Doré a soudainement réagi en me demandant de renoncer au projet. Après concertation avec mon éditeur, il a été décidé que non.

 

PdA : On découvre dans votre livre les premières années du parcours de Julien Doré : un garçon qui se cherche pas mal au départ et apparaît plutôt touchant. Mais il y a aussi, ressortant de certains propos recueillis, cette image tenace d’un manipulateur, quelqu’un qui a tout compris en termes d’image et de marketing, et dont on pourrait douter de la sincérité (même si c’est une thèse qui n’est pas forcément la vôtre et que les quelques articles déjà parus sur ce livre lui accordent une couverture amplement disproportionnée). Ma question est : quelle image vous êtes-vous forgée de l’artiste, de l’homme Julien Doré au terme de cette étude ?

 

F.Q. : Il n’est pas le seul artiste à gérer sa carrière en termes d’image et de marketing. Prenez Stromae, Christine & The Queens… C’est une attitude qui répond parfaitement à l’époque. Et même, si l’on remonte un peu le temps, quelqu’un comme Claude François maîtrisait déjà parfaitement ces outils-là : rien n’était laissé au hasard et ne sortait du cadre… Son expérience aux Beaux-Arts a formé Julien Doré à ces outils de communication indispensables aujourd’hui pour durer dans ce métier. Ceci étant, il a su intelligemment construire une carrière et imposer un style, une vraie démarche artistique, ce qui n’est pas donné à tout le monde et encore moins aux ressortissants de talent-shows que les maisons de disques ont plutôt tendance à manipuler, à formater, et qui s’essoufflent vite.

 

PdA : Julien Doré a été consacré « artiste masculin de l’année » lors des Victoires de la musique 2015. C’est une consécration méritée pour vous ? Vous lui auriez apporté votre voix ?

 

F.Q. : Oui, sans doute. C’est une consécration méritée pour les raisons déjà énoncées. Julien Doré est une personnalité artistique qui sort du lot. Quelqu’un dont on peut présager qu’il va durer encore longtemps. C’était le moment pour lui donner ce trophée : il confirme son élan et promet un bel avenir.

 

PdA : Je ne suis pas a priori un grand amateur de Julien Doré mais je suis toujours très curieux et ouvert à la découverte. Pour préparer cet échange, j’ai écouté un peu ce qu’il avait fait. Et suis tombé notamment sur une chanson puissante, qui m’a beaucoup plu, Corbeau blanc (version LØVE live).  Bref... S’il fallait conseiller à nos lecteurs quelques titres, quelques « incarnations » de titres préexistants pour mieux découvrir Doré, quel serait votre choix ?

 

F.Q. : Mon Top 5 : Corbeau blanc, Les bords de mer, Paris-Seychelles, Mon apache, Glenn Close.

 

PdA : À défaut d’avoir reçu quelque signe que ce soit de sa part, avez-vous eu des retours de ses proches par rapport au livre ?

 

F.Q. : Ceux qui ont témoigné et à qui j’ai fait parvenir le livre l’ont aimé et trouvé très respectueux de l’artiste.

 

PdA : Lors de notre précédente interview, datée de novembre dernier, vous me disiez vouloir, après cet ouvrage, lever un peu le pied niveau écriture pour travailler à l’obtention d’un emploi moins précaire en parallèle. Où en êtes-vous de vos projets ?

 

F.Q. : Pour l’instant, j’ai d’autres projets d’écriture. Mon livre sur Johnny (Johnny, la vie en rock, aux éd. de lArchipel, ndlr) a été un succès, donc il est important de rebondir sur un succès.

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, Frédéric Quinonero ?

 

F.Q. : Que ça dure.

 

Frédéric Quinonero

Photo : Emmanuelle Grimaud

 

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Pour aller plus loin...

6 novembre 2014

Frédéric Quinonero : "Johnny a été le grand frère que je n'ai pas eu"

Le 22 octobre dernier, alors que les « Vieilles Canailles » (Eddy Mitchell, Jacques Dutronc, Johnny Hallyday) s'apprêtaient à entamer leur série de concerts, Frédéric Quinonero - qui m'avait fait l'amitié de répondre à mes questions sur Michel Sardou au mois de juin - voyait son nouveau livre, Johnny, la vie en rock, investir les étals des librairies. C'est le troisième ouvrage qu'il consacre à celui que nombre de francophones de toutes générations appellent toujours, plus de cinquante ans après, et avec la même affection, « l'idole des jeunes ». Une bio massive, très complète, qui fera date. Il a accepté, à nouveau, de m'accorder un peu de son temps. D'évoquer le Johnny qu'il aime et qu'il a appris à connaître. De se confier, aussi. Je l'en remercie. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

FRÉDÉRIC QUINONERO

Auteur de Johnny, la vie en rock

 

« Johnny a été le grand frère

que je n'ai jamais eu »

 

Johnny La vie en rock

(Source des illustrations : F. Quinonero)

 

Q. : 31/10/14 ; R. : 04/11/14

 

Paroles d'Actu : Bonjour, Frédéric Quinonero. Je suis ravi de vous retrouver, quelques mois après notre première interview. Votre dernier ouvrage, Johnny, la vie en rock, vient tout juste de paraître (Éd. Archipel). Pourquoi avez-vous eu envie d'écrire ce nouveau livre sur lui, d'entreprendre ce travail colossal ?

 

Frédéric Quinonéro : J’avais écrit précédemment un livre qui se présentait sous la forme d’un agenda ou journal de bord, puis j’avais abordé la carrière de Johnny à travers la scène. Depuis longtemps, je rêve d’une énorme biographie, qui soit la plus complète possible, la plus riche, la plus documentée. Émaillée de témoignages de gens célèbres ou anonymes, dont certains rarement ou jamais sollicités. Une telle somme ne s’écrit pas en six mois ni même un an, c’est le travail de toute une vie.

 

Je voulais aussi quelque chose de très écrit, qui sans trop quitter la technique obligée de la biographie, impose un style d’écriture personnel. J’ai envie qu’on me juge autant sur la forme que sur le fond. Et je suis assez frustré quand on ne se soucie pas du premier élément qui me semble indispensable à tout auteur, fût-il biographe de stars.

 

PdA : Quelle est l'histoire de, précisément, votre histoire avec Johnny Hallyday ?

 

F.Q. : Mon histoire avec Johnny commence en 1969. J’avais six ans. Une histoire de fan, qui ressemble à des milliers d’autres. Je vois le « show Smet » à la télévision ; je tombe en admiration devant ce chanteur si charismatique. Le lendemain ou la semaine suivante, mes parents m’achètent le single de Que je t’aime, puis pour Noël « l’album au bandeau » (album sans nom sorti en 1969, ndlr). L’été suivant, ils m’emmènent l’applaudir dans les arènes d’Alès — à moins que ce soit Nîmes. Ils gardent un souvenir de moi ce soir-là, comme hypnotisé, envoûté.

 

J’ai grandi avec Johnny et ses chansons ; il a été le grand frère que je n’ai pas eu. Aujourd’hui j’ai un regard de biographe, mais je ne peux me défaire de mon regard de fan. Ce que j’écris est inévitablement chargé de mon amour pour lui. Je l’ai croisé plusieurs fois dans ma vie, sans jamais provoquer une vraie rencontre. Récemment, répondant à la suggestion de mon éditeur qui m’a dit : « Quand même, après trois livres que vous lui avez consacré, il serait temps que vous le rencontriez », j’ai tenté la démarche, mais elle n’a pas abouti, et je n’ai pas insisté.

 

PdA : Si, parmi son répertoire imposant, vous deviez sélectionner quelques chansons, connues ou moins connues, quelles seraient-elles ?

 

F.Q. : J’adore en particulier toute la période avec Tommy Brown et Micky Jones, les albums sortis entre 1967 et 1971. C’est ma période préférée de l’artiste. Outre Que je t’aime, qui a été mon premier disque, j’ai une préférence pour Oh ! ma jolie Sarah, une chanson qui a marqué mon enfance. Mais globalement, il n’y a pas une époque de sa carrière que je n’aime pas. Car tous ses albums me rappellent un souvenir, renvoient à quelque chose de l’ordre de l’affectif.

 

Parmi ses dernières productions, j’écoute assez souvent l’album Le Cœur d’un homme. Et je rêve d’un spectacle unplugged, d’une scène intime au milieu de ses fans. Il n’a plus besoin de nous bluffer avec tout un barnum de décors et de feux d’artifice. Sa voix et sa présence suffisent.

 

L'éphéméride

 

PdA : On a le sentiment de tout savoir de lui. Avez-vous fait d'authentiques découvertes lors du travail effectué pour ce livre ? Question subsidiaire : y a-t-il encore des zones d'ombre en ce qui concerne M. Smet/Hallyday ?

 

F.Q. : Tout artiste a des zones d’ombre. C’est d’autant plus vrai pour Johnny, qui a vécu une enfance si extraordinaire, au sens strict du terme. Abandonné par son père, éloigné de sa mère, il a forgé son éducation dans les cabarets et les théâtres. C’est un être profondément sensible et romantique, sous sa carapace de rock star.

 

Au fond, lui qui n’a pas eu d’enfance n’a jamais cessé d’être un gamin, et le terme n’est pas péjoratif. Ce qui explique ses difficultés à créer une famille. Cette vie carrément romanesque qu’il a vécue est pain bénit pour un auteur. Si j’ai réussi à transmettre la tendresse qu’il m’inspire et à rendre le personnage sympathique, même dans ses travers, le pari est alors gagné.

 

PdA : Pourquoi un amateur de Johnny ou - cas extrême - un fan absolu qui aurait déjà tout de et sur lui serait-il bien inspiré de feuilleter, d'acheter votre livre ?

 

F.Q. : Sans doute parce qu’il aura là la biographie la plus complète à ce jour. Déjà, 860 pages c’est du jamais vu ! Ensuite, parce que je me suis appliqué à ne rien laisser dans l’ombre, à relater tous les grands événements de la vie du chanteur. Et surtout, puisqu’il s’agit avant tout de raconter le parcours d’un artiste, je n’oublie rien de son extraordinaire carrière !

 

PdA : Si vous deviez lui adresser un message... ?

 

F.Q. : Je me réserve pour le jour où il souhaitera mettre un visage et une voix sur mon nom. 

 

PdA : Voulez-vous nous parler de vos projets, Frédéric Quinonero ?

 

F.Q. : Un livre en 2015, probablement au printemps. Ensuite, il est probable que je lève un peu le pied, ou plutôt la plume ! J’ai l’intention d’obtenir un diplôme afin d’exercer un métier parallèle. Vous n’êtes pas sans savoir que la situation sociale et contractuelle des auteurs n’est pas évidente, et que dans la période de crise que nous traversons elle ne cesse de se dégrader. L’écrivain est le parent pauvre de la culture, le seul qui n’a pas de statut et doit exercer un autre job pour subsister. Alors, si je veux continuer à vivre de ma passion, il est préférable pour moi de m’assurer un certain confort avec un emploi stable, fût-il à mi-temps. C’était ma minute d’engagement politique (rires).

 

PdA : Un dernier mot ?

 

F.Q. : Rock’n’roooooll !

 

Frédéric Quinonero

 

 

Que vous inspirent l'œuvre, le personnage de Johnny Hallyday ? Quelles sont, parmi ses chansons, celles que vous préférez ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Pour aller plus loin...

  

30 septembre 2014

Sarkozy : Son retour vu et commenté par de jeunes militants UMP

   Convenons-en : l'annonce par Nicolas Sarkozy de son retour sur le devant de la scène politique n'a pas surpris grand monde. Tout juste s'est-il agi d'une clarification : oui, il entend reprendre les rênes ; demain, du parti, après-demain, peut-être, celles du pays. Un mois après la mise en ligne de l'article regroupant les réflexions qu'ont développées, à ma demande, quelques jeunes de l'UMP quant à l'avenir de leur formation politique, j'ai souhaité inviter quelques-uns de leurs camarades à un exercice similaire et qui se rapporte plus précisément, cette fois, à la personnalité, à l'avenir de l'ancien président.

   Le texte sur lequel ils ont travaillé est le suivant : « Nicolas Sarkozy vient d'annoncer sa candidature à la présidence de l'UMP. J'aimerais vous demander, vous qui comptez parmi les jeunes militants du parti, ce que cela vous inspire. Peut-il incarner l'avenir de votre formation politique ; porter vos idées et son projet tels que vous les envisagez ? Est-ce que vous auriez, finalement, un message à lui adresser ? ». Leurs retours, publiés au fil de l'eau, sont organisés par ordre chronologique. Merci à eux ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

UNE EXCLUSIVITÉ PAROLES D'ACTU

Sarkozy Son retour vu et commenté

par de jeunes militants UMP

Sarkozy_France_2

(Image : France 2)

 

 

R.S.

R. , chirurgien-dentiste, milite à l'UMP depuis quelques mois.

 

   Je m’appelle R.S., je suis chirurgien dentiste en préparation de ma thèse d’exercice. J’ai commencé à militer réellement pour l’UMP depuis quatre mois, par le biais du réseau social Twitter, puis cela s’est étendu sur Facebook. J’ai trouvé que la situation du pays dans lequel nous vivons était calamiteuse. Je suis un jeune homme du peuple, je suis sur le terrain, de par mon métier ; ayant exercé dans le milieu hospitalier, j’ai vu les classes défavorisées défiler continuellement, et cela est de plus en plus marqué.

   Ce qui m’a conduit à militer, c’est l’injustice sociale que j’observe tous les jours en France. On matraque les classes moyennes : aujourd’hui, ce sont les populations les plus maltraitées par le système français. On parle de socialisme et d’humanisme, mais où est l’humanisme quand, dans certains cas, il devient plus avantageux de ne pas travailler et de toucher des aides de l’État que de gagner un petit salaire ? Le chômage monte en flèche, les gens ne croient plus en la politique car les promesses ne sont pas tenues.

   Mon militantisme va, je le crois, dans le bon sens ; il rassemble tous les démocrates qui veulent des réformes pour que le pays aille mieux, des démocrates allant du centre gauche à la droite conservatrice, ce que propose Nicolas Sarkozy.

   Je veux aider les classes populaires qui se lèvent tôt et travaillent dur pour un salaire ne leur permettant pas de vivre décemment. Le dumping social, avec la mondialisation et la concurrence déloyale des pays de l’Est, qui n’ont pas le même code du Travail que nous, écrase les classes populaires. Il faut réformer Schengen, repenser certaines positions de l'Union européenne. Cela, Nicolas Sarkozy l’entend bien.

   Je suis pour des réformes radicales visant la simplification du Code du Travail, pour baisser radicalement les impôts et les charges ; en contrepartie, je suis pour la suppression d’aides sociales sur le long terme, elles ne devraient être octroyées que sur une courte période, le temps de retrouver un emploi. Il faut également favoriser la création d’emplois en matière de formation professionnelle - je pense aux cours du soir notamment.

   Ce pays a besoin de réformes, il suffit de s’inspirer de pays d’Asie comme la Chine, la Corée du Sud, où la culture du travail est valorisée et les universités souvent bien positionnées dans les classements internationaux. Nicolas Sarkozy a beaucoup voyagé à l’étranger, il a constaté tout cela.

   Pourquoi aujourd’hui nous ne sommes plus en tête de liste ? Parce que la France a peur de se réformer, de changer de modèle ; elle a peur de s’adapter au 21ème siècle, de se moderniser et d’intégrer pleinement le numérique et Internet. La France n’ose pas assez développer les échanges culturels ; un enseignement qui soit personnalisé, adapté aux talents de la personne, plutôt qu’un baccalauréat avec différentes filières n’ayant plus aucune valeur sur le marché du travail.

   Je crois en Nicolas Sarkozy, car selon moi, il incarne le rassemblement, il peut rassembler les libéraux, les humanistes, les conservateurs : donc ses militants et au-delà. Il sait communiquer, il a de l’expérience en politique et sur la scène internationale.  Se priver de Nicolas Sarkozy en 2017 serait une erreur, car il a, je pense, encore des ressources intéressantes à nous apporter, malgré les critiques qui ont pu être émises quant à son bilan.

   Le message que je lui adresse, c’est d’écouter les Français. D’être à leur écoute, vraiment. D’écouter leurs préoccupations, sans tenir compte du politiquement correct ; d’apporter à leurs problèmes des solutions intelligentes, sans démagogie.

 

Propos recueillis le 24/09/14 

 

 

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Hélène BULLE

H. Bulle, directrice d'établissements sanitaires et médico-sociaux,

est conseillère municipale à Ribeauvillé (68) et responsable Droite sociale pour le Haut-Rhin.

 

   Au cours de son interview, au journal télévisé de France 2, le 21 septembre dernier, Nicolas Sarkozy a eu cette phrase : « Si je ne fais pas le travail, qui le fera ? ».

   Suite à la défaite de notre famille politique en mai 2012, Nicolas Sarkozy s’est mis en retrait, laissant un véritable boulevard aux différents élus et responsables du parti souhaitant redonner un nouvel élan, une nouvelle orientation à l’UMP.

   Quel en est le résultat, deux ans et demi plus tard ? Qui a « fait le travail » ? Il faut le reconnaître, l’UMP a fait l’objet d’un spectacle désolant, dont certains actes sont dignes d’une tragédie grecque. Il y a eu cette fameuse élection de novembre 2012 dont on connaît trop bien la fin. S’en est suivi le groupe des « non-alignés », prônant l’objectivité et la fin des ambitions personnelles et dont on peut constater désormais le chemin parcouru et les différentes déclarations de candidatures de chacun de ses membres.

   Cette période de latence, aussi difficile soit-elle à assumer pour tout militant engagé, n’est pas un mal en soi à moyen terme : elle permet une prise de recul, une remise en question, et la redéfinition d’un socle permettant un départ sur de nouvelles bases, plus saines et - dans la mesure du possible - plus sereines.

   Toutefois, pour que ce socle repose sur des fondements solides, deux points de vigilance sont à intégrer. Le premier concerne l’électorat français : celui-ci doit apprendre à se forger sa propre opinion et prendre du recul par rapport à la vision court-termiste présentée par les médias, avides de scandales. Le second concerne la jeune génération : être passionné c’est bien, être passionné et avoir une profession, c’est mieux. Nous dénonçons chez certains de nos aînés, de tout bord politique, la préservation de leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt général. Cette jeune génération doit prouver son dynamisme, et démontrer que la politique doit être avant tout une passion avant de devenir éventuellement, par la suite,  une rétribution.

   Ces bases étant posées, deux personnes sont à même - selon moi - de redonner un sens à notre famille politique à ce jour, que ce soit dans le cadre de l’UMP ou dans le cadre de la fondation d’un nouveau parti.

   Laurent Wauquiez, qui en appelle aujourd’hui à une droite des valeurs, et dont le discours a eu le mérite de se recentrer sur les classes moyennes, mises en difficulté de manière croissante depuis mai 2012. Il a toujours assumé ses prises de positions, quelles qu’elles soient, et que ces dernières plaisent ou non, cela lui donne le mérite d’exister sur la scène politique, tandis que d’autres font profil bas et attendent des jours meilleurs.

   Enfin et bien évidemment, le retour de Nicolas Sarkozy laisse présager le rétablissement d’une certaine autorité et d’un rassemblement, qui ont cruellement manqué depuis mai 2012. Notre ancien président a son franc-parler, c’est indéniable. Cela pouvait choquer, mais avait le mérite d’être exprimé, évitant ainsi à une partie de l’électorat français cette frustration qui la pousse aujourd’hui à voter aux extrêmes. N’oublions pas que voter FN, c’est faire le jeu des socialistes qui comptent se faire réélire sur cet égarement, cette dispersion des voix à droite de l’échiquier politique.

   Nicolas Sarkozy sera certes controversé, mais son retour se doit d’être envisagé dans la mesure où personne n'a été capable de reprendre le flambeau depuis son départ. Nicolas Sarkozy incarne également ce côté honorifique de la fonction présidentielle, et fait partie des rares personnalités politiques françaises qui ont su s’imposer sur la scène internationale et redonner une voix - doublée d’un écho - à la France.

   Il ne faut pas se leurrer : si les sondages lui attribuaient une cote de popularité croissante lors de son absence, et dépeignent un profil de perdant depuis l’annonce de son retour sur la scène politique, c’est qu’il est craint. Et je me plais à penser qu’une personne suscite la crainte et la critique dès lors que ses adversaires savent pertinemment que son potentiel dépasse largement le leur.

   À bon entendeur...

 

Propos recueillis le 24/09/14

 

 

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Aurore BERGÉ

A. Bergé, plus jeune conseillère politique de l'UMP, est chef de file de l'opposition municipale

à Magny-les-Hameaux et conseillère communautaire de la C.A. de Saint-Quentin-en-Yvelines (78).

 

   Mon engagement politique a grandi avec Nicolas Sarkozy. Je ne peux pas croire que l'histoire commune entre Nicolas Sarkozy et notre famille politique, entre Nicolas Sarkozy et les Français se soit arrêtée le 6 mai 2012. 

   Notre famille politique a vécu ces deux dernières années une période particulièrement douloureuse, où elle a failli disparaître. Elle a besoin aujourd'hui d'être complètement rénovée : il faut tout changer ! Nicolas Sarkozy est le seul aujourd'hui qui a la légitimité, l'énergie et l'autorité pour réaliser cette révolution.

   Nous vivons aujourd'hui dans une société en proie au doute, à la défiance, dans un contexte de crise identitaire, économique, financière. Nous devons rétablir la confiance, le risque, l'esprit d'initiative. Nous devons cesser d'avoir peur de tout. Cela passe par un mouvement de respiration de notre société.

   Cela veut dire établir un système scolaire qui accepte le droit à la différence et à l'imagination, un marché du travail moins rigide, la fin des carcans réglementaires et bureaucratiques, la suppression des rentes, la remise en cause du principe de précaution.

   Ce projet a été initié avec le mouvement de réformes conduit dès 2007 et arrêté brutalement en 2012. Nicolas Sarkozy est celui qui peut inspirer ce nouveau départ pour notre société.

   La génération qui a osé partir sur des combats difficiles en mars 2014 et dont je fais partie doit à Nicolas Sarkozy de lui avoir insufflé l'audace nécessaire. C'est avec cette audace que nous devons aujourd'hui renouer. C'est l'un des messages que j'ai eu l'opportunité de lui délivrer lorsque je l'ai revu, fin septembre.

 

Propos recueillis le 28/09/14

Retrouvez Aurore Bergé sur Twitter...

 

 

Charles_Aslangul

Charles ASLANGUL

C. Aslangul est chef de file de l'opposition UMP à Bry-sur-Marne (94).

 

   Le retour de Nicolas Sarkozy est un grand soulagement et source d’espoir nouveau pour beaucoup d’entre nous. 

   Grand soulagement car force est de constater que depuis mai 2012, l’UMP n’a pas réussi a incarner pleinement son rôle de premier parti d’opposition, trop occupée qu'elle était avec ses luttes intestines. Il faut néanmoins rendre hommage à Jean-François Copé, qui n’a pas ménagé ses efforts pour permettre l’historique vague bleue de mars 2014.

   Néanmoins, l’absence de Nicolas Sarkozy a laissé un vide qui a divisé et menacé l’existence même de l’UMP. C’est donc un soulagement de le voir revenir, il suffit de regarder l’enthousiasme, l’énergie et la ferveur qui émanent des militants depuis son retour. Quel bonheur de tous nous retrouver après tant de déchirements stériles ! 

   Source d’espoir nouveau car Nicolas Sarkozy, aux talents incontestés, est un chef naturel. Vous savez, quoi qu’on en dise, à droite nous sommes héritiers du gaullisme et du bonapartisme. Au-delà des considérations de grandeur de la France, de France forte, la notion du « commandeur », du chef, est aussi un de ces héritages. Nous avons besoin d’un leader, d’un homme fort à la tête des troupes ! Ce chef naturel est de retour et nous permet de recouvrer l’espoir de grandes victoires à venir. 

   Ces victoires, nous les devons aux Français qui souffrent d’une gauche incapable de résoudre leurs problèmes et qui les accule sous l’impôt quand elle devrait leur rendre du pouvoir d’achat. Ce qui est le plus navrant, c’est que nous les avions prévenus.

   Nous savions où nous mèneraient François Hollande et les socialistes. Il suffisait de se pencher sur leur programme pour comprendre qu’ils étaient à côté de la plaque ! Les Français ont cru aux promesses de Monsieur Hollande, ils ont cru à l’anaphore « Moi, Président... », ils ont cru au meeting du Bourget et à l’adversaire invisible du monde de la finance, ils ont cru à l’apaisement et au rassemblement du peuple par-delà les différences, bref ils ont cru à cette fameuse promesse du « réenchantement du rêve français ».

   Que reste-t-il de tout ça ? Un immense mensonge. Jamais la France n’a été aussi durement confrontée au chômage. Jamais la France n’a été à ce point incapable de créer de la richesse, de la croissance. Jamais la France n’a été à ce point déchirée par le communautarisme. Jamais la fonction de Président n’a été à ce point abaissée, ridiculisée. Jamais un gouvernement n’a connu autant de scandales. Jamais les Français n’ont été à ce point désabusés, ils n’ont jamais aussi peu cru en la politique. 

   François Hollande est comptable de ce bilan désastreux. Il a menti pour se faire élire coûte que coûte sur fond d’anti-sarkozysme primaire et de promesses qui n’engageaient que ceux qui les recevaient… Avec dogmatisme, il a détricoté toute une batterie de mesures prises sous Nicolas Sarkozy. Prenez les heures supplémentaires défiscalisées… Elles permettaient aux plus modestes d’augmenter leur pouvoir d’achat, de travailler plus pour gagner plus. En temps de crise, ce n’était pas négligeable. Et voilà que ceux qui se réclament du socialisme, donc des plus modestes, suppriment cette mesure de justice parce qu’elle venait de Nicolas Sarkozy... Affligeant. 

   Je ne veux pas être trop long, mais nous pourrions parler de Madame Taubira et de sa réforme pénale consternante de laxisme et d’angélisme. Quand Nicolas Sarkozy avait mis en place les peines planchers pour les multirecidivistes, Madame Taubira souhaite des peines de substitution. En clair, plutôt que de réprimer la délinquance, elle l’entretient en ne mettant pas en prison les voyous et en permettant des remises en liberté plus facilement. Le monde à l’envers. 

   Nous pourrions parler également du mensonge du « mariage pour tous », qui ne devait pas ouvrir la porte sur la PMA et la GPA, alors que c’est précisément ce qu’il advient. Nous pourrions parler de l’absence de leadership Français au niveau européen, de la politique consternante qui consiste à faire l’autruche face aux défis de l’immigration, ou encore de notre Éducation nationale, qui préfère brader les fondamentaux, savoir lire, écrire, compter, sur l’autel du divertissement.

   Ou bien encore de l’effondrement de l’apprentissage de l’histoire de France, devenue repentante et vidée de sa substance au profit d’une prétendue ouverture aux cultures africaines et orientales. Mais avant de s’ouvrir au monde, ne doit-on pas savoir d’où l’on vient ? Avant de parler d’union nationale, ne devons-nous pas la permettre en ressuscitant la fierté nationale d’un passé si riche, si singulier, si grand ?

   L’heure n’est plus aux remords, mais à l’action ! Le temps est venu pour nous de redonner au peuple l’espoir d’un avenir meilleur en démontrant calmement, sereinement, mais avec une implacable détermination que nous sommes en capacité d’opérer le redressement national. 

   Pour répondre à votre question, oui, Nicolas Sarkozy a selon moi toutes les compétences et qualités pour incarner ce nouveau souffle dont la France a besoin. Avant cela, il doit rassembler et remobiliser notre camp. Cela passe par la case UMP. Puisque Nicolas Sarkozy est revenu, nous devons lui donner un large succès pour préparer les futures échéances le mieux possible. Mais nous ne devrons pas réactiver la droite la plus bête du monde en nous divisant. Je pense, par exemple, à Bruno Le Maire, qui devra compter dans les années à venir. Il serait idiot de se passer de talents comme lui. 

   Par ailleurs, nous devrons oser une remise en question. Si nous avons perdu en 2012 c’est bien que nous n’avons pas totalement rempli le contrat. Les seuls mensonges de la gauche ne font pas tout. Il faudra donc que Nicolas Sarkozy aille plus loin, plus vite, plus fort. Il faudra tenir chaque promesse, ou ne pas les faire. Nous devons rendre de la noblesse à l’engagement politique. Cela passe par la reconstruction du lien de confiance avec les Français.

   Enfin, j’entends ceux qui hurlent à la droitisation comme raison principale de l’échec de 2012. Rien n’est plus faux ! Nous avons perdu car nous n’avons pas tout fait ou tout bien fait. Mais, à l’heure où le FN n’a jamais été aussi puissant, à l’heure où le bloc de droite n’a jamais été si large, en appeler au centre est une ineptie ! Nous ne devons pas nous tourner vers le centre, nous devons nous recentrer. Nous recentrer sur ce que nous sommes ! Assumer nos convictions devant les Français. Une fois que nous aurons réaffirmé notre rôle de grand parti de droite, alors nous pourrons discuter avec le centre pour permettre l’alternance en 2017. Mais une fois encore, attention à ce que l’union ne devienne pas confusion.

   Alors voilà, si j’ai un message à faire passer à Nicolas Sarkozy, c’est que nous sommes prêts ! Prêts à œuvrer sans relâche à ses côtés pour nos valeurs communes s’il est capable, et je n’en doute pas un seul instant, d’incarner à nouveau un grand parti de droite fier et sûr de ses valeurs. 

   Comme de nombreux jeunes UMP j’ai adhéré au moment de la campagne de 2007, je suis devenu élu municipal en 2008, tout juste majeur. Une véritable génération s’est alors constituée. Puisque vous m’interpellez en tant que jeune UMP, soyez assuré de la totale détermination de cette jeunesse fidèle à Nicolas Sarkozy. Avec Nicolas Sarkozy, nous sommes en marche pour créer les conditions d’un nouveau souffle pour l’UMP, pour la droite républicaine et, plus largement, pour la France !

 

Propos recueillis le 29/09/14

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Julien_Blanc_Galera

Julien BLANC-GALERA

J. Blanc-Galera, conseiller municipal à Mazères (09),

est assistant chargé des relations presse à l'UMP.

 

   L’UMP traverse depuis le psychodrame de l’élection interne ratée de 2012, de nombreuses difficultés. Si les problèmes financiers sont, aujourd’hui, sur le devant de la scène, il existe aussi des fractures idéologiques fortes au sein de la droite. Mais le principal problème réside en l’absence totale de chef et de leader incontesté.

   En ce sens, le retour de Nicolas Sarkozy est une bonne chose. Face aux autres candidats pour la présidence de l’UMP, il va apporter l’énergie et le punch nécessaires pour faire revivre le parti de droite et stopper toutes les querelles d’égo qui ont parasité le travail de l’opposition depuis deux ans.

   S’il ne peut incarner le renouveau, du fait de sa longue carrière politique, il possède l’expérience, la vista pour permettre à l’UMP de se doter d’un projet solide et de reconquérir la confiance des Français. Si l’élection interne n’est qu’une formalité - qu’il devrait gagner assez aisément -, il sera très compliqué pour lui et pour la droite de regagner la crédibilité perdue depuis deux ans.

   S’il veut réussir son opération, il devra avoir encore la volonté de briser les tabous et répondre au plus près des préoccupations des Français ; s’appuyer sur la jeunesse, qui est une précieuse force de propositions. La jeunesse est la force du monde présent, prolongé dans l’existence, donnons-lui ses chances !

 

Propos recueillis le 30/09/14

Retrouvez Julien Blanc-Galera sur Twitter...

 

 

Stéphane Tiki

Stéphane TIKI

Stéphane Tiki, auto-entrepreneur, est le plus jeune secrétaire national de l'UMP.

Également délégué national des jeunes UMP, il a cofondé le collectif Génération Sarkozy.

 

   Je me suis engagé en politique en 2006 lorsque j'étais à l'université Tolbiac. C'est Nicolas Sarkozy qui nous a donné l'envie de nous engager. Nous sommes la Génération Sarkozy.

   Depuis 2012, nous avons connu des querelles internes, notre famille politique ne parlait plus d'une même voix. Et malgré cela nous avons remporté une large victoire aux municipales avec cette vague bleue.

   François Hollande a beaucoup promis et a menti. Le gouvernement a supprimé la défiscalisation des heures supplémentaires, les peines planchers, la bourse au mérite.

   Aujourd'hui les Français attendent que l'on joue notre rôle de leader de l'opposition. Il est important de rappeler que l'on fait de la politique pour défendre nos valeurs , parce qu'on aime les gens et aussi parce qu'on est là pour servir les autres.

   À l'UMP, nous avons besoin d'un chef, nous avons besoin d'un leader et de quelqu'un qui peut renouveler, moderniser et rassembler notre famille politique. Et le seul qui rassemble notre famille politique et qui a l'expérience nécessaire, c'est Nicolas Sarkozy. Personne ne peut contester l'autorité de Nicolas Sarkozy.

   Il est essentiel que cette élection interne se déroule dans un climat de sérénité. Nous aurons besoin de Bruno Le Maire et Hervé Mariton, qui sont des talents de notre famille politique.

   Si j'avais un message à adresser à Nicolas Sarkozy, je lui dirais que nous, militants de l'UMP, sommes mobilisés pour défendre nos valeurs, battre la gauche et le Front national aux élections départementales et régionales.

 

Propos recueillis le 12/10/14

Retrouvez Stéphane Tiki sur Twitter...

 

 

Julien Mariller

Julien MARILLER

Julien Mariller est conseiller national de l'UMP.

 

   Le retour de Nicolas Sarkozy sur la scène politique est une bonne nouvelle. Je l’attendais avec une certaine impatience. Notre devoir est de construire un grand mouvement populaire qui rassemble et qui réconcilie durablement les Français avec la politique. Pour cela, nous travaillons à la refondation totale de notre famille politique, afin de rester crédible.

   Dans cette campagne pour la présidence de l’UMP, Nicolas Sarkozy souhaite être au plus prés des préoccupations de nos militants et de nos adhérents. Ses échanges directs avec un grand nombre d’entre eux dans les villes de France est un exercice plutôt assez inédit, mais indispensable.

   J’apprécie, par ailleurs, qu’il s’entoure d’une génération nouvelle pour relever l’ensemble ces défis. Je suis très heureux, par exemple, qu’une personne comme Laurent Wauquiez travaille en équipe avec lui. Dans cette campagne, Nicolas Sarkozy impose un renouveau tout en conservant son énergie et sa capacité à fédérer.

   Au-delà de notre formation politique, il y a la France. Elle s’abîme de jour en jour sous la présidence de François Hollande. C’est aussi la raison pour laquelle notre présence est capitale pour porter un projet nouveau et reconquérir le cœur de chacun des Français.

 

Propos recueillis le 12/10/14

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1 février 2014

Marie-Paule Belle : "Le public ? Ils sont toute ma vie..."

   « Est-ce que vous avez déjà entendu parler de Marie-Paule Belle ? Non ? Ça ne m'étonne pas, et si vous m'aviez répondu "oui", j'aurais presque été inquiet. Inquiet, et puis déçu, parce que je comptais ce soir la faire découvrir aux téléspectateurs, pour la première fois. Regardez-la bien. Vous la reverrez, certainement. Vous en entendrez parler. Il y a très peu de jeunes chanteuses à qui l'on puisse prédire ce destin, en ce moment... » Nous sommes en mars 1973. Philippe Bouvard est emballé par cette nouvelle venue sur la scène musicale, à tel point qu'il va lui permettre d'interpréter deux de ses chansons, deux titres plutôt fantaisistes : Wolfgang et moi et Nosferatu. Elle est seule sur scène, en piano-voix. C'est elle qui en a signé les mélodies... La Parisienne sortira trois ans plus tard...

   « Cette femme est absolument faite pour "attaquer" Barbara » (Fabrice Luchini, Vivement dimanche, 2011). « Elle a la volupté et la grâce pour chanter du Barbara » (Fabien Lecœuvre, Les années bonheur, 2011). J'en passe, et des meilleures (la grande dame brune elle-même lui avait confié, dans un élan de tendre enthousiasme, qu'elle adorait son travail)... Marie-Paule Belle n'est pas uniquement le « diablotin sautillant sur un tabouret de piano » que l'on pourrait croire, vue de loin, en surface. Ses fans, eux, connaissent parfaitement l'étendue de sa palette, de son œuvre. Écoutez ses reprises de Attendez que ma joie revienne, de Dis, quand reviendras-tu ?, de Nantes... Écoutez Berlin des années vingt, L'enfant et la mouche, La petite écriture grise, Quand nous serons amis... Écoutez Un pas de plusCelles qui aiment elles, Assez... Quelques échantillons, simplement, il y en a tellement...

   Pour cette première publication Paroles d'Actu de l'année, je vous invite à découvrir ou à redécouvrir une grande, une très grande musicienne et artiste de la chanson française. Les médias feraient bien de s'en souvenir et d'en faire autant, tout le monde y gagnerait... Un talent. Une femme de cœur et de convictions. En trois mots comme en cent : une « Belle » personne... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

MARIE-PAULE BELLE

 

« Le public ? Ils sont toute ma vie... »

 

Marie-Paule Belle

(Source des photos : production)

 

Entretien réalisé entre le 27 janvier et le 1er février 2014

  

Paroles d'Actu : Bonjour Marie-Paule Belle. J'aimerais, pour débuter cet entretien, vous inviter à évoquer pour nous la figure de Barbara : vous lui avez consacré plusieurs enregistrements, deux spectacles et de nombreuses représentations publiques depuis 2001. Quelle est la place qu'elle a occupé, qu'elle occupe dans votre vie ?

 

Marie-Paule Belle : C'est grâce à Barbara et Brel que j'ai décidé de chanter, lorsque je les ai vus sur scène, adolescente... J'étais bouleversée... Barbara a été une révélation pour moi. C'était la première fois qu'une femme parlait de l'amour, de la mort avec un éclairage si personnel ! Elle s'accompagnait au piano avec des mélodies classiques, parlait de ses sentiments, de son histoire... Tout ce que j'aime ! Par la suite, mon chemin est passé par l'Écluse, cabaret de la Rive gauche, où elle a chanté longtemps !

 

J'ai eu la chance de la rencontrer et de lui parler quelquefois... J'ai deux fax d'elle dans mon bureau, je les considère comme des porte-bonheur... Les spectacles que je lui ai consacrés m'ont apporté beaucoup d'émotions, même au Japon et en Pologne ! Parfois le public a redécouvert quelques chansons, ce qui m'a fait très plaisir... Elle est toujours présente dans ma vie...

 

PdA : Et dans la nôtre... Abordons maintenant, si vous le voulez bien, votre répertoire à proprement parler. La Parisienne est probablement celui de vos titres que l'on vous associe le plus naturellement. Son succès a contribué à vous apporter notoriété et reconnaissance.

Quels sont, au quotidien, les signes de cette popularité, les témoignages d'affection du public qui vous touchent particulièrement ? Question subsidiaire : n'est-ce pas un peu frustrant, parfois, d'être régulièrement "réduite" à cette chanson dans les médias ? Entendons-nous bien : elle est formidable, éminemment moderne, et l'énergie que vous dégagez avec elle est à chaque fois communicative. Mais vous en avez d'autres, beaucoup d'autres...

 

M.-P.B. : Il est vrai que La Parisienne est ma carte d'identité ! Lorsque l'on me reconnaît, on me chante cette chanson, ou l'on sourit avec gentillesse et complicité à un feu rouge, par exemple ! On me dit : « Vous avez enchanté ma jeunesse », « Quelle énergie ! », etc..., etc...

 

C'est vrai qu'au bout de plus de quarante ans de carrière, et une vingtaine d'albums, j'aurais aimé que l'on se souvienne d'autres chansons que j'aime aussi, soit pour leur mélodie, soit pour leur sujet, car j'ai chanté des chansons très différentes... Mon public fidèle, mes fans s'en souviennent ! Je ne suis pas frustrée car je trouve merveilleux de rester encore dans la mémoire de certains, d'une façon aussi joyeuse et positive ! Si je suis venue au monde pour apporter un peu de joie, c'est déjà pas mal, et j'ai plaisir à le constater lors des signatures, après les concerts. J'ai aussi une grande chance de partager encore, de nos jours, cette joie sur scène !

 

PdA : C'est en effet quelque chose d'exceptionnel et qui n'est pas donné à tout le monde... La plus belle des récompenses pour un artiste, j'imagine... S'agissant, justement, de ces autres titres qui gagnent à être connus, parlons-en.

Quelles sont, sur l'ensemble de votre répertoire, les cinq ou dix chansons que vous préférez ? Celles que vous aimeriez inviter nos lecteurs à découvrir ou redécouvrir via, par exemple, les plateformes de téléchargement légal ?

 

M.-P.B. : Il est difficile pour moi de répondre à cette question ! De plus, beaucoup de mes chansons ne peuvent être téléchargées, car elles sont introuvables sur internet, ou ailleurs, mes albums ayant eu des producteurs indépendants et des distributeurs différents...

 

Il y a des chansons comme Sur un volcan, L'enfant et la mouche, Berlin des années vingt qui sont très bien écrites, par Michel Grisolia et Françoise Mallet-Joris. Ou, dans le dernier album, Assez et Celles qui aiment elles, écrites par Dominique Valls. Elles évoquent des sujets graves, en dehors des modes, comme la décadence conduisant aux extrêmes, l'indifférence, la cruauté, la violence, l'homophobie, etc... Ces sujets sont traités sans lourdeur, avec justesse, avec poésie par leurs auteurs.

 

Il y a des chansons romantiques ou nostalgiques, comme Quand nous serons amis, La petite écriture grise, Elle t'a changé, Patins à roulettes, 42 colonnes corinthiennes, La cabine en verre, Matin d'amour, Nuage rose, etc... Il y a des chansons comme Beauté de banlieue, dont je suis fière de la musique, ou des chansons autobiographiques dont je suis l'auteur, comme Sans pouvoir se dire au revoir. Enfin, les chansons drôles qui m'ont beaucoup fait rire en les créant avec mes amis, dont Isabelle Mayereau, avec qui j'ai écrit aussi des chansons drôles pour Anne Baquet. Je pense à Moujik russe, L'oeuf -complètement surréaliste -, Placali Calalou, etc...

 

Mes goûts personnels vont plus vers les chansons graves ou romantiques, qui sont souvent à l'opposée de mon image médiatique caricaturée, celle d'un diablotin sautillant sur un tabouret de piano !

 

PdA : Parmi ces chansons, il en est qui sont, pour le coup, à la fois romantiques et graves. Vous évoquiez l'un des titres de votre dernier album en date, Celles qui aiment elles, sur Marie Paule ReBelle. Des trésors de sensibilité, dans ce texte... Vous savez « le prix de leurs amours rebelles »...

Qu'avez-vous ressenti après l'adoption en 2013 de la loi Taubira ouvrant droit au mariage pour tous ? Cette reconnaissance par la République de ces amours encore trop souvent montrées du doigts, vous l'attendiez, vous l'espériez depuis longtemps ?

 

M.-P.B. : Je l'attendais et je suis très heureuse qu'enfin, cette loi soit votée !

 

PdA : Plusieurs sondages ont indiqué, à l'occasion de ces débats, qu'un grand nombre de Français approuvait cette évolution et qu'il y avait, en tout état de cause, un recul de l'intolérance en matière d'homosexualité. Mais il y a eu, ici ou là, à la marge mais de manière parfois organisée, des actes, des mots qui n'ont pas grandi leurs auteurs...

J'aimerais vous demander, en tant que femme engagée, en tant qu'artiste populaire, quel message vous adresseriez à un père, à une mère qui, de bonne foi, sans pensée haineuse, vivrait mal l'annonce par son enfant de son homosexualité ?

 

M.-P.B. : Je lui demanderais simplement ce qui est le plus important : le bonheur de son enfant ou le souci du regard des autres ?! Cela dit, je ne suis pas du tout d'accord avec les sondages : l'homophobie (comme le racisme) a progressé en France, on l'a vu lors des manifestations contre le mariage pour tous ! Je le vois tous les jours après mes concerts, avec les nombreux témoignages d'homosexuels, hommes et femmes, qui me remercient pour la chanson Celles qui aiment elles et qui souffrent beaucoup dans leur quotidien, surtout en province !

 

PdA : Puissent cette chanson, la sagesse de vos propos contribuer à faire progresser l'esprit de tolérance, ou plutôt de respect, je le souhaite de tout cœur. Parmi vos titres récents, il y en a un autre, très beau, qui aborde le sujet ô combien douloureux des femmes battues : Assez (Marie Paule ReBelle). J'imagine que, dans un domaine qui ne s'éloigne pas trop de cette question et de celle abordée précédemment, la résurgence des débats portant sur l'IVG, en France, en Espagne, surtout, ne doit pas vous laisser indifférente...

Quels sont les sujets d'actualité qui vous interpellent, vous révoltent et qui pourraient, peut-être, vous inspirer la création de nouvelles chansons ?

 

M.-P.B. : Tout est dit dans votre question. Dominique Valls a écrit de très beaux textes sur ce qui me tient à cœur... Quand un sujet me révolte ou m'interpelle de quelque façon que ce soit, j'en parle avec mes auteurs, et ils m'écrivent de très jolies choses... C'est vrai que la résurgence des débats portant sur l'IVG m'inquiète beaucoup, moi qui ai défilé pour dans les années 70 ! Quelle régression...

 

PdA : Vous avez justement rendu hommage à vos auteurs au cours de notre interview. Envisageons maintenant, si vous le voulez bien, un domaine qui passe souvent au second plan et dans lequel vous excellez depuis toujours : la composition. Quel rapport entretenez-vous avec votre piano ?

 

M.-P.B. : Le piano est comme une personne. Certains me parlent tout de suite, d'autres ne me diront jamais rien ! J'avais évoqué le sujet avec Barbara, qui avait le même dialogue avec son piano. Un jour où je n'avais aucune inspiration, ce qui me rendait malheureuse, elle m'a dit, en parlant de mon piano : « Laisse-le bouder ! Laisse passer le temps et il te reparlera ! ».

 

Mon piano est réglé spécialement pour moi, selon mes goûts (graves profonds, un peu métalliques, mécanique souple, aigus perlés). Pour les concerts, je fais très attention à la qualité du piano, car j'ai eu beaucoup de problèmes, surtout en début de carrière... Je chante complètement différemment si j'ai un bon piano ou pas.

 

PdA : Quel est, pour ce qui vous concerne, le processus qui mène à la naissance d'une mélodie ? Vient-elle, en général, avant ou après le texte ?

 

M.-P.B. : Les mélodies arrivent souvent avec le plaisir de l'improvisation, ou bien n'importe où et n'importe quand. Je ne le commande pas et je les enregistre dès qu'elles me restent dans la tête. J'ai dans mon iPhone et mon ordinateur des musiques très différentes allant de la ballade classique au jazz.

 

Pour les chansons, je pars sur quatre vers que l'on me donne, et je m'envole... Ou bien, je donne à l'auteur la mélodie structurée en couplets, refrains, avec la métrique des vers. Il n'y a pas de règle, mais j'écris très rarement sur un texte définitif. 

 

PdA : Merci pour ces quelques anecdotes précieuses, tout droit venues des coulisses de votre art. En filigrane, il y a aussi la question de la production musicale, de son évolution. Vous aviez fait appel aux internautes pour coproduire votre dernier album.

Qu'est-ce qui, depuis vos débuts, a changé dans la manière de faire de la musique, de la diffuser ? Quel regard portez-vous sur le paysage musical actuel ?

 

M.-P.B. : Tout a changé depuis mes débuts ! Les mentalités, la technique, le marché, etc... Large question ! Je dirai seulement que, lorsque j'ai commencé, j'ai signé pour trois albums ! À cette époque, on pouvait donner une chance à l'artiste, afin qu'il dispose d'un temps suffisant pour faire connaître son univers. J'ai eu la chance d'être récompensée par des prix prestigieux pour les trois premiers albums, ce qui m'a aidée pour resigner... Aujourd'hui, peu importe l'univers de l'artiste ! Ce qui compte c'est qu'il vende. L'artiste est d'abord un produit, il doit être formaté, avec des critères précis pour cibler une clientèle précise. Le CD ne se vend plus. Tout se passe par internet. Pour reprendre le slogan d'une pub : avant, il y avait des directeurs artistiques qui lisaient les partitions, mais ça, c'était avant ! Aujourd'hui, il y a des directeurs de marketing qui regardent les chiffres... Moi, je n'ai regardé que l'artistique !

 

Avec internet, on découvre de belles choses, mais aussi n'importe quoi ! Ce qui est merveilleux, c'est qu'avec un bon logiciel, un clavier, tout le monde peut faire de la musique, avoir un Steinway ou un orchestre philharmonique au bout des doigts... faire un album à la maison ! J'adore ces nouvelles technologies ! Ce qui est moins merveilleux, c'est ce qu'on entend parfois... Hélas, certaines émissions de télé ont développé de fausses valeurs... Tout le monde chante pareil, sans charisme, sans présence. Peu de personnalités sont "habitées" ! Peu se détachent (quelques exceptions, comme Stromae). On a montré les paillettes et non le travail ! J'espère encore que, si le talent est là, avec le travail, la chance (les bonnes rencontres au bon moment), on peut garder l'espoir d'être agréablement surpris !

 

PdA : Quels sont celles et ceux qui, pour ce qui concerne la chanson française, trouvent grâce à vos yeux - ou plutôt à vos oreilles - aujourd'hui ? Je pense à ceux, plus ou moins connus, qui émergent, je pense évidemment, aussi, à ceux qui, fort heureusement, sont toujours là...

 

M.-P.B. : Les grands auteurs-compositeurs, dans des styles très variés, de Trenet, Brel, Bécaud, Barbara, à Gainsbourg, Berger, Bobby Lapointe, pour ceux qui nous ont quittés. Et d'Aznavour, Sheller, Le Forestier, Lama à Jonasz, Souchon, Sanson, Voulzy, Julien Clerc, pour ceux d'aujourd'hui. Piaf, Maurane pour les voix... J'en oublie... Mouloudji, Cora Vaucaire, Montand, etc... De nos jours, Stromae se détache par son originalité, Zaz pour son timbre de voix. Je ne connais ni le rap, ni l'électro, et j'écoute des voix féminines anglo-saxonnes dans le jazz classique ou actuel.

 

PdA : Vous avez récemment annoncé, à regret, l'annulation de la tournée Sacrée soirée, à laquelle vous deviez participer. Où et quand pourra-t-on vous applaudir, dans les prochaines semaines, dans les prochains mois ?

 

M.-P.B. : À cause de cette tournée, aucun contrat n'a été signé, aucune démarche n'a été faite, car je ne pouvais cumuler les concerts de la tournée et les miens. Les deux prochaines et dernières dates de concerts du spectacle De Belle à Barbara, signées avant cette tournée, sont le 7 février, à Villeparisis, en région parisienne, et le 11 février, à Bayeux. Ensuite... ?

 

PdA : Allez-vous essayer de proposer de nouvelles dates, en Île-de-France et en province, pour De Belle à Barbara ?

 

M.-P.B. : Je ne crois pas... C'est trop tard. Toutes les salles sont programmées et prises, y compris pour les réunions électorales. La production est en train de voir si l'on peut avancer le nouveau spectacle, mais là aussi, c'est compliqué...

 

PdA : Voulez-vous nous dire quelques mots de ce que sera ce nouveau spectacle ?

 

M.-P.B. : Ce sera toujours du piano-voix, avec des chansons du répertoire et les miennes, dont certaines remontent à la période de mon passage à l'Écluse. Je le donnerai dans des petites salles, pour être très proche du public. Le titre provisoire est Comme au cabaret.

 

PdA : Avez-vous d'autres projets, d'autres envies dont il vous plairait de nous faire part ? Par exemple, planchez-vous, ou allez-vous plancher sur de nouvelles chansons ? Sur un nouvel album ?

 

M.-P.B. : Pour l'instant, je n'ai pas d'autre projet.

 

PdA : Quel message auriez-vous envie d'adresser à nos lecteurs et, en particulier, à celles et ceux d'entre eux qui, nombreux, vous suivent et vous aiment, depuis six mois, dix ans ou trente-cinq ans ?

 

M.-P.B. : Merci ! Car c'est grâce à leur fidélité, à leurs témoignages, à leur amour, tout simplement, si je suis toujours là ! C'est cet élan d'amour qui me donne l'énergie et l'envie de continuer lorsque je suis découragée et que je songe arrêter... Je le leur ai redit sur scène il y a huit jours, je l'écris en dédicace sur les albums ou les programmes, je le leur redis maintenant et je le ferai toujours, car ils sont toute ma vie !

 

PdA : « Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous »... Très belle dédicace, je suis sûr qu'elle les touchera beaucoup... Que peut-on vous souhaiter, chère Marie-Paule Belle ?

 

M.-P.B. : Que je continue à être émerveillée...

 

PdA : Je vous le souhaite de tout cœur... Continuez à nous émerveiller, à nous émouvoir... Un dernier mot ?

 

M.-P.B. : Merci Nicolas ! À bientôt ?...

 

PdA : Ce serait un honneur et, surtout, un plaisir. Merci infiniment pour ce bel entretien...

 

Marie-Paule Belle 2 

 

Que vous inspirent l'oeuvre, les combats de Marie-Paule Belle ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Marie-Paule Belle...

 

19 avril 2022

François Durpaire : « La véritable ligne de fracture de ce second tour, qui n'est pas joué, est sociale »

Neuf jours après le premier tour d’une présidentielle éclatée, qui a vu la qualification pour le second tour du président sortant Emmanuel Macron (27,8%) et de la patronne du RN Marine Le Pen (23,1%), et à la veille d’un débat qui sera très scruté, une pause pour analyser les personnalités de l’une et de l’autre, et les rapports de force. Il y a cinq ans, François Durpaire, politologue et historien, avait répondu à mes questions autour de sa série de BD La Présidente (Les Arènes BD), qu’il a scénarisée et qui imaginait, dès 2015, l’élection et l’exercice du pouvoir par Marine Le Pen et ses équipes.

Il y a cinq ans, on était avant l’élection de 2017 qui verrait le jeune loup Macron l’emporter largement (par 66% des suffrages exprimés) contre la présidente du Front national. À cinq jours du second tour 2022, on peut se dire que, du point de vue des rapports de force au moins, on ne vivra pas un bête remake : Emmanuel Macron est président sortant, son agenda politique, sa pratique du pouvoir, son tempérament même lui ont aliéné des franges considérables parmi l’électorat qui fut le sien, beaucoup par défaut, en 2017. Et sa rivale, qui a beaucoup appris de ses échecs, est devenue experte dans l’art d’user d’un langage qui parle aux fractions populaires, à ce peuple qui ne s’est jamais reconnu, ou ne se reconnaît décidément plus dans les discours d’Emmanuel Macron.

Je remercie François Durpaire pour le temps qu’il a bien voulu me consacrer et pour ses réponses, instructives et qui évitent tout parti pris. Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

François Durpaire : « La véritable ligne

de fracture de ce second tour,

qui n’est pas joué, est sociale... »

La Présidente Durpaire

La Présidente (Les Arènes BD).

 

François Durpaire bonjour. Cinq ans après nos précédentes interviews, bis repetita : un second tour Macron-Le Pen. Que vous inspire-t-elle, cette campagne présidentielle 2022 ?

Pour moi ça n’est pas exactement "bis repetita". Effectivement le duel est le même qu’il y a cinq ans, mais beaucoup de choses ont changé. La première, c’est que l’un est président, l’autre toujours candidate, ce qui veut dire que dans leur rapport, notamment dans le débat, le positionnement ne sera pas le même : il y a cinq ans, c’était promesses contre promesses, là c’est promesses contre défense d’un bilan. Et il est toujours plus difficile de défendre un bilan que des promesses. La deuxième chose, c’est que le rapport de force a changé : Marine Le Pen a aujourd’hui des reports de voix possibles. On a évidemment beaucoup parlé de Zemmour pendant la campagne, il n’y a pas que lui. Les reports de voix seront donc plus importants. Le faiseur de roi, cette année, ce sera forcément les voix de Jean-Luc Mélenchon (22%), avec l’inconnue de l’abstention. Quant à la thématique de campagne, c’est le pouvoir d’achat. On dit souvent que celui qui impose son thème à la campagne est celui qui a le plus de chance de l’emporter. Là, ça contredirait un peu les sondages, puisqu’ils donnent la victoire à Emmanuel Macron. Pourtant cette thématique, imposée par Marine Le Pen, est celle que plébiscitent les Français...

 

Vous avez beaucoup observé, étudié Marine Le Pen, pour votre trilogie La Présidente (Les Arènes BD) notamment. Êtes-vous de ceux qui considèrent qu’en cinq ans, elle a appris de ces erreurs, et gagné en habileté ?

Oui, elle a en tout cas gagné en habileté politique. Elle a beaucoup appris de son échec lors du débat d’il y a cinq ans. Elle s’est dit qu’il fallait creuser deux sillons. Le premier, c’est la crédibilité du programme : elle a beaucoup répété que son programme était sérieux, qu’elle avait beaucoup travaillé, elle a mis en scène son travail autour du projet, notamment en opposition à Éric Zemmour. Le deuxième, c’est de lisser son image : de nombreuses élections se jouent aujourd’hui sur la fameuse polarisation négative qui veut qu’on ne vote pas "pour" un candidat, mais "contre". Elle a fait beaucoup pour que les Français ne votent pas contre elle. On verra s’il y a plus de gens qui sont contre elle (l’ancien "front républicain") ou contre Macron. Il y a un désir, un besoin d’alternance : il faut rappeler qu’aucun président n’a été réélu hors cohabitation dans la Cinquième République. Dans tous les cas ce sera une première : première réélection d’un président hors cohabitation, ou première élection d’une candidate d’extrême-droite.

 

À la fin de vos BD, le cycle victorieux des Le Pen était brisé par la victoire d’un ticket dit républicain incarné par Emmanuel Macron et Christiane Taubira. Emmanuel Macron est effectivement devenu président depuis, mais sa personnalité et ses orientations ont objectivement contribué à détourner de lui pas mal de gens pourtant attachés aux valeurs républicaines. En 2017, il l’a emporté avec 32 points d’écart sur Marine Le Pen. S’il gagne par 10 points cette année ce sera large... Est-ce qu’on ne sous-estime pas l’hostilité, peut-être la haine qu’il inspire ?

Non effectivement, on ne les sous-estime pas puisque cela se lit dans les sondages. Actuellement les sondages les plus en faveur d’Emmanuel Macron lui donnent 54%, ce qui n’est que très légèrement au-delà de la marge d’erreur. L’hostilité à son égard est réelle : il incarne le libéralisme, il incarne une forme d’arrogance sur laquelle Marine Le Pen a beaucoup joué. Ayons toujours en tête que cette élection, c’est la rencontre d’un homme (ou d’une femme) et du peuple. Il y a donc un côté psychologique qui, nécessairement, a de l’importance.

 

Et d’ailleurs, quand on voit tous ces gens, notamment des intellectuels, artistes, sportifs... qui appellent à voter Macron pour faire barrage à Le Pen, est-ce qu’on n’a pas tendance, ici, à oublier un peu les leçons de l’élection de Trump en 2016 ?

Vous avez raison, tout cela n’est pas forcément perçu de manière positive : lors de l’élection de Trump, l’engagement des personnalités a plutôt joué contre Hillary Clinton. On pourrait vivre la même chose. L’idée, ce serait de dire que l’électorat du "système" se mobilise. Et ça valide la sociologie du vote : les classes populaires contre les strates plus dominantes de la société. Que ces personnes plus favorisées se mettent à appeler au vote donne donc encore plus de valeur à la terminologie "candidat des élites", "candidat des riches"... "candidat de ceux qui profitent de la mondialisation"...

 

D’autant plus avec cette habileté qui est celle de Marine Le Pen cette année... Sans doute ne répondrez-vous pas à cette question mais, en tant que scénariste, quels atouts feriez-vous utiliser par Marine Le Pen pour espérer faire pencher la balance lors du débat ?

(Rires) C’est vrai que dans la BD, on lui avait notamment offert le slogan d’une deuxième campagne, "La France Encore Plus". Bon, on va éviter de lui donner des conseils pour le second tour. Je pense toutefois que, comme on l’a déjà dit, elle serait bien inspirée, pour creuser son sillon, de continuer à lisser son image et à mettre en avant le sérieux de son programme. Ce qui est un peu compliqué c’est que les deux candidats ont à aller convertir des électorats à contre-mouvement d’il y a cinq ans : cette fois-ci c’est Emmanuel Macron qui doit séduire l’électorat de gauche entre les deux tours, et Marine Le Pen, qui en a déjà convaincu certains à gauche, doit se faire la plus petite possible, d’ailleurs sa première semaine de campagne a été très discrète. Voulant jouer le "tout contre Macron", elle essaie de se faire oublier, pensant que la polarisation négative va jouer pour elle. En revanche, le fait de n’avoir pas suffisamment été sur le terrain fait que l’écart dans les sondages s’est agrandi. Donc c’est un pari qu’elle a joué, d’une campagne très douce. Elle se dit qu’avec ce faux rythme, comme dans ces sports où il y a des matchs avec un faux rythme, elle peut au bout du compte être la surprise de la fin de la deuxième semaine d’entre-deux tours, surtout si les médias reprennent que les sondages sont au-delà de la marge d’erreur. Si on était, en toute fin de campagne, sur des sondages restant à 54-46, et s’il faisait beau dimanche, cela pourrait entraîner une très forte abstention et une surprise colossale. Si on fait la totalité des voix dont les deux sont sûrs, Emmanuel Macron est à 33%, Marine Le Pen à 32,5... Si on totalise les voix de report quasiment certains, il y a égalité. Le reste n’est que conjectures.

 

Débat Durpaire

Dans le tome 3 de La Présidente (2017), après deux mandats de Le Pen, tante puis nièce,

débat entre l’ex-présidente Le Pen et un challenger nommé Emmanuel Macron...

 

Donc autant dire que les choses ne sont pas jouées...

Non, c’est très serré. Quand un journaliste aussi expérimenté qu’Alain Duhamel dit que ce sera l’élection la plus serrée depuis 1974, on peut l’écouter...

 

Observant Marine Le Pen telle qu’elle mène campagne en 2022, quels points importants d’intrigue auriez-vous modifiés si La Présidente avait été écrit cette année ?

Je me serais amusé à anticiper les répliques du débat Macron-Le Pen, et j’aurais essayé de montrer les coulisses du travestissement de Marine Le Pen en candidate mainstream. 

 

Après le premier tour, beaucoup de frustrations se sont fait entendre : est-ce qu’on arrive pas au bout d’un système, où à la faveur de la juxtaposition des quinquennats présidentiel et législatif, tout se décide sans partage pour cinq ans ("the winner takes all") là où dans les démocraties normales (j’assume ce terme) il y a meilleure représentation de la Nation, obligation de négociation et contre-pouvoirs ?

Disons que c’est un peu dommage pour ceux qui croient en la rénovation de la démocratie... Marine Le Pen a fait une conférence de presse sur la rénovation de la démocratie qui propose notamment la mise en place du référendum d’initiative populaire. Cette thématique se trouve plutôt du côté du camp Mélenchon pendant la campagne. Peu de propositions sinon. On a entendu Emmanuel Macron dire qu’il aurait un style différent, mais rien de concret pour rénover la démocratie. Ce serait pourtant une piste importante, les Français souhaitant sans doute participer plus souvent qu’une fois tous les cinq ans.

 

On a quand même compris de quel côté vous penchez plutôt pour dimanche : quels seraient vos arguments décisifs pour convaincre notamment les électeurs de gauche, qui probablement feront la clé de ce scrutin ?

Là par contre, je vais me retrancher derrière ma position de scénariste : je ne suis personne pour appeler à voter pour l’un ou pour l’autre, ce serait ridicule. Des dirigeants de partis politiques connus et reconnus ne le font pas non plus alors moi, aucun intérêt. Que chacun vote en son âme et conscience. On peut tout de même dire que c’est une pratique française, que des personnes s’arrogent le droit de dire pour qui elles vont voter, s’imaginant que cela puisse influer sur d’autres personnes. C’est assez franco-français et lié au système à deux tours : au premier tour on choisit, au second on va souvent devoir aller vers un opposant à celui qu’on a choisi. Ma position est assez cohérente je crois. Voyez la position de Mélenchon : il est assez clair, en disant aux gens qu’ils sont libres dans la mesure où il n’y a pas de voix "pour l’extrême-droite". Mais un citoyen est un citoyen... J’ai entendu beaucoup de critiques sur le non-positionnement de l’Union populaire, provenant notamment du camp Macron. Je pense que les partisans du "et en même temps" sont mal placés pour critiquer une force dont le positionnement est clairement éclaté : un tiers pour l’abstention, un tiers pour Macron, un tiers pour Le Pen. Au nom de quoi Mélenchon irait, appelant à voter Macron, faire exploser son propre camp ? Pour des gens qui, encore une fois, ont travaillé sur le "en même temps" pendant des années, travaillé à la disparition des partis traditionnels - LR et le PS additionnés font à peine le score d’Éric Zemmour ? Je crois que cette leçon de morale est complètement déplacée.

 

La véritable ligne de fracture de ce second tour, le choc (je parle ici des électeurs, pas des postures des politiques), ce sera entre optimistes et pessimistes, entre les heureux et les inquiets face à l’Europe telle qu’elle se fait, à l’Europe telle qu’elle se joue ?

Marine Le Pen entend opposer "mondialistes" et "nationalistes". Emmanuel Macron aimerait opposer "républicains" et "extrémistes". En fait, la sociologie du vote, ce serait plutôt d’un côté, dans le camp de Marine Le Pen, les classes populaires, celles qui ont fait moins d’études supérieures, et de l’autre, un public plus CSP+ (les catégories socioprofessionnelles les plus favorisées, ndlr). Pour moi, la vraie ligne de fracture est là. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle est sociale, et pas identitaire. En cela, du côté des souverainistes de droite, on peut dire que Marine Le Pen a eu une intuition plutôt juste par rapport à un Éric Zemmour qui a tout misé sur la "fracture identitaire".

 

Dans la lutte d’influence globale entre régimes libéraux et régimes autoritaires, entre pensée progressiste et pulsion de repli sur soi, c’est à ce stade plutôt l’optimisme ou le pessimisme qui dans votre esprit l’emporte ?

Ce sont des fractures apparentes. Il ne faut pas toujours se laisser prendre aux discours des uns et des autres. Les "autoritaires" et les "progressistes" ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Un exemple : Emmanuel Macron nous avait expliqué qu’Erdogan était un autoritaire. Dans le cadre de la guerre actuelle, Erdogan se trouve apparemment du côté des démocraties soutenant l’Ukraine contre la Russie. Dans le cas contraire, l’Inde, dont personne ne peut nier qu’elle est une grande démocratie, est plutôt en soutien de la Russie... Il faut donc distinguer les discours et les réalités géopolitiques et historiques, toujours plus subtiles.

 

Vos projets, vos envies pour la suite, François Durpaire ?

 Quelques projets de BD à venir, je pense qu’on en reparlera.

 

François Durpaire 2022

 

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9 septembre 2015

Lorrain de Saint Affrique : « Marine Le Pen n’a pas l’étoffe de la charge à laquelle elle prétend »

Lorrain de Saint Affrique fut, entre 1984 et 1994, le conseiller en communication de Jean-Marie Le Pen, alors président et leader incontesté du Front national. Il a accepté, sur la base de questions que je lui ai transmises à la mi-mai, de commenter l’actualité brûlante, en interne, du FN. Ses réponses, qui sont sans concession ni fioriture - je l’en remercie -, me sont parvenues le 9 septembre, soit, trois semaines après l’exclusion de M. Le Pen par le bureau exécutif du parti. Un entretien-synthèse... Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Lorrain de Saint Affrique: « Marine

Le Pen n’a pas l’étoffe de la charge

à laquelle elle prétend »

 

Marine et JM Le Pen

Illustration : AFP/Alain Jocard.

 

Paroles d’Actu : Bonjour Lorrain de Saint Affrique. Voulez-vous évoquer pour nous, avant d’aller plus loin, les raisons qui, à un moment de votre vie, vous avaient incité à adhérer au Front national ; celles qui, par-delà votre exclusion de 1994, vous poussèrent, sur le fond, à vous en éloigner ?

Lorrain de Saint Affrique : Il n’y a pas eu, au départ, d’adhésion, au sens formel : mon rôle de conseil auprès de Jean-Marie Le Pen s’est institutionnalisé au fil de conversations de plus en plus fréquentes, m’impliquant toujours davantage dans la « défense et illustration » de ses intérêts médiatiques à lui, qui n’étaient pas toujours en harmonie avec ceux de l’appareil FN. Des années durant, au même titre que le PS, le RPR ou l’UDF, le Front national figurait, dans mon activité, une entité politique parmi les autres, avec des nuances, dans le jeu personnel de Le Pen. Cette position à part dans le dispositif, avec ses phases occultes de nature, ne tenant qu’à la volonté de poursuivre de Le Pen était peu comprise, peu admise en interne. Les choses ont changé d’abord en 1990, quand il m’a nommé secrétaire départemental dans le Gard, puis en 1992 avec mon élection au Conseil régional de Languedoc-Roussillon.

 

« Le Pen exclu, c’est une clé

de voûte qu’on descelle »

 

Cependant, j’ai toujours été dans une position originale, distanciée, vis-à-vis des personnes comme des idées. J’ai peu de dispositions pour ce qui concerne la culture d’appareil. Quant à l’exclusion, elle fut une sorte de gage donné à l’époque à un Bruno Mégret en pleine ascension. À un tout autre niveau, voilà que Marine Le Pen donne des gages, elle aussi, à de puissants seconds, Philippot, Collard, et d’autres. Sauf que moi, j’étais une modeste pierre de l’édifice, un médicament de confort auprès d’un dirigeant particulièrement doué ; rien à voir avec la clé de voûte qu’elle vient de desceller. Je naviguais entre l’officiel et l’officieux. Aujourd’hui, il s’agit d’enjeux autrement lourds de conséquences, sur fond de parricide, dans une société désorientée.

 

PdA : Les récentes sorties de Jean-Marie Le Pen, qui ont provoqué tant de remous au sein du parti, m’ont fait penser à une phrase qui m’avait sidéré lors de la diffusion dun documentaire sur le Front national, il y a quelques années : au journaliste qui lui demandait ce qu’il entendait entreprendre s’il arrivait au pouvoir, Le Pen répondit, dans un grand éclat de rire : « Dieu m’en préserve ! » Vous avez émis une théorie intéressante à l’occasion d’une émission de radio diffusée début mai : Le Pen n’agirait pas par malveillance ou crise d’égo mal placée envers sa fille, il s’évertuerait à maintenir au-dessus du FN un « plafond de verre », tout cela procédant d’une conscience aiguë de sa part de l’impréparation du parti à tenir, en l’état, les rênes du pouvoir. Voulez-vous développer cette idée ?

Deux questions complémentaires : Jean-Marie Le Pen a-t-il eu jamais, à votre avis, sérieusement, sincèrement, l’ambition d’accéder à quelque responsabilité exécutive - dont, a fortiori, la première de l’État ? Ce point ne constitue-t-il pas, et de loin, sa principale divergence d’avec Marine Le Pen ?

 

L.S.A. : Vous avez noté comment, par dérision pour les éléments de langage frontistes, Le Pen appelle sa fille : « la-femme-d’État-aux-portes-du-pouvoir » ? En un seul mot !

 

Faisons simple : il y a un avant et un après 13 septembre 1987, « Le Détail », et ses multiples rebonds. Les ricochets médiatiques et politiques de l’affaire, interminablement réactualisés, ont mené Jean-Marie Le Pen à une stratégie en rupture avec ses ambitions antérieures. Jean-Marie Le Pen avait-il la stature, la carrure, la puissance d’incarnation, la densité humaine, culturelle d’un premier rôle ? Sans aucun doute à mes yeux ! Lui même ne se reconnaît qu’une seule erreur : ne pas avoir été le candidat de la droite nationale en 1965, contre Charles de Gaulle et François Mitterrand, au lieu d’aller chercher puis d’imposer Jean-Louis Tixier-Vignancour et d’en orchestrer la campagne.

 

« Le Pen a réalisé trop tard que

sa fille, née en 1968, était également

née de 1968 »

 

Quelle est la situation d’aujourd’hui ? Rien n’est plus absurde que de peindre Jean-Marie Le Pen en vieillard aigri ne supportant pas de voir ses successeurs réussir mieux que lui ; c’est oublier l’énergie qu’il a déployée pour ouvrir la route de sa fille, aplanissant devant elle les obstacles de toute nature, au prix des amitiés les plus anciennes. Comme on dit, il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Certes, depuis quelques semaines, Marine Le Pen orchestre l’exclusion en rafale des proches de son père, mais sur qui prend-elle modèle ? Demandez donc à Carl Lang, Jean-Claude Martinez, Roger Holleindre, Martine Lehideux, Fernand Le Rachinel, tous immolés sur l’autel mariniste, ce qu’ils pensent maintenant du parricide en cours d’exécution.

 

La question du pouvoir n’est pas en cause dans la détérioration des rapports entre Jean-Marie et Marine Le Pen : le patriarche, de droite, réalise seulement et un peu tard que sa fille a en tête un projet de gauche. Née en 1968, née de 1968 ! Plus grave, s’il lui concède ces qualités qui font les stars de la télé-réalité, il voit bien l’insoutenable légèreté de l’être, le bachotage laborieux pour nourrir l’illusion de la compétence, le vide structurel, la vacuité, la méchanceté dans certaines attitudes…

 

PdA : Vous avez côtoyé Jean-Marie Le Pen au plus près dix années durant lorsque, de 1984 à 1994, vous fûtes son conseiller en communication. Quels souvenirs gardez-vous de cette collaboration ?

 

L.S.A. : Ce furent des années passionnantes, qui certes m’auront été fatales sur un plan personnel et professionnel, mais au sujet desquelles j’ai peu de regrets. S’il n’y avait pas de place pour quelqu’un comme moi au sein du FN, je crois en revanche à une forme de complémentarité créative qui avait du sens auprès de Jean-Marie Le Pen.

 

Marseille Legislatives 1988

Sur cette photo qui date des législatives de 1988, L. de Saint Affrique

apparaît à la gauche de J.-M. Le Pen.

 

PdA : Quelle image vous êtes-vous forgée de Jean-Marie Le Pen, finalement ? Avez le sentiment, quelque part, d’être en mesure d’extraire de son parcours tel que vous l’avez vécu et observé, de ses prises de position telles que vous les recevez, l’esquisse d’une cohérence intellectuelle que vous expliciteriez pour nous ? Cette dernière, si elle existe à vos yeux, entre-t-elle en contradiction avec les vues des tenants actuels de la direction du Front national ?

 

L.S.A. : Un orateur exceptionnel, une personnalité rebelle à toute forme de pression culturelle ou sociale, un homme de culture et d’action aux défauts très répandus, mais aux qualités très rares. Il y a plus de dix ans, dans un livre, (Dans l’ombre de Le Pen, paru en 1998 aux éd. Hachette, ndlr) j’ai beaucoup nuancé mon enthousiasme, et pourtant, au final, si c’était à refaire comme on dit, les mêmes motifs aboutiraient sans doute aux mêmes réflexes de ma part. Ceux qui, au sein du Front national, mènent la danse contre lui, ne veulent voir que ce qui dérangerait, croient-ils, leurs spéculations de carrière : la place de leur cible dans l’histoire politique française contemporaine : ça leur arracherait le cœur de l’admettre, et plus encore de se laisser gagner par un sentiment de respect.

 

PdA : Vous avez pu observer à la fin des années 90, de l’extérieur du parti, la violence de la rupture entre ses deux leaders d’alors, Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret. Sur des questions essentiellement tactiques. La coexistence au sein du FN de deux pôles puissants et apparemment contradictoires parfois (le sont-ils vraiment ?) - disons, pour faire simple, les souverainistes entraînés par Florian Philippot et les « tradi » qui voient désormais Marion Maréchal-Le Pen comme leur championne - est-elle potentiellement porteuse de troubles qui, pour l’instant, demeureraient contenus grâce à la personnalité de la présidente du parti, Marine Le Pen, qui incarne volontiers et assez habilement une ligne de « synthèse » ?

 

« Au FN, paroles et musique

dépendent des sondages »

 

L.S.A. : Ligne de synthèse, vous êtes sûr ? À droite toute, depuis quinze jours, au rythme des images de colonnes de « migrants » ; à Hénin-Beaumont, bientôt, vous entendrez une autre chanson. Paroles et musique dépendront des sondages tels que Florian Philippot en tirera la substantifique moelle et les mettra en bouche de l’une et des autres.

 

Vous me demandez un pronostic électoral sur les régionales ? Intuitivement, je ne vois de chance de succès pour le FN que dans le Sud-Est, sur le fil.

 

PdA : Au regard des forces en présence, au-dedans et à l’extérieur du parti, quelle évolution vous risqueriez-vous à prédire au Front national pour les quelques années à venir ?

 

L.S.A. : Intuitivement toujours, s’agissant du FN tel qu’il est maintenant, j’imagine les Français l’utilisant comme instrument provisoire de « déstabilisation du système » dans une phase peu paisible de la vie civile, et rien d’autre. Un détonateur !

 

PdA : Jean-Marie Le Pen considérerait, c’est votre sentiment en tout cas, que sa fille n’aurait pas l’étoffe d’un chef d’État. Quel est votre avis sur cette question ?

 

L.S.A. : Si telle était l’opinion de Jean-Marie Le Pen, je dirais que je la partage, en l’amplifiant.

 

Lorrain de Saint Affrique s

 

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30 août 2015

Jean-Philippe Cénat : « Louis XIV a échoué à transformer les institutions de l’Ancien Régime en profondeur »

Dans deux jours, le premier septembre, sera commémorée, à l’occasion de son tricentenaire, la mort du plus fameux des rois de France : Louis XIV, le « Roi-Soleil » pour la postérité. J’ai souhaité soumettre quelques questions touchant à des aspects sensibles de politique intérieure et étrangère de son règne - je passe volontairement mon tour s’agissant des belles dames de la Cour et de la galerie des Glaces - à l’historien Jean-Philippe Cénat, auteur notamment de Louvois : Le double de Louis XIV (Tallandier) et de Le roi stratège (P.U. de Rennes). Son accord fut immédiat et ses réponses, reçues vingt-quatre heures à peine (le 30 août) après l’envoi de mes questions, s’avèrent très complètes et hautement instructives pour aimerait mieux connaître cette époque - l’évocation court ici de la Fronde jusqu’à la Révolution. Je remercie chaleureusement M. Cénat pour ce document qu’il me permet aujourd’hui de mettre en ligne. Et souhaite que cette lecture vous donnera l’envie d’aller plus avant dans la découverte de son travail. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Jean-Philippe Cénat: « Louis XIV a échoué à transformer

les institutions de l’Ancien Régime en profondeur »

 

Louvois Louis XIV

J.-P. Cénat est auteur de Louvois : Le double de Louis XIV (Tallandier) et de Le roi stratège (P.U. de Rennes).

 

Paroles d'Actu : Bonjour Jean-Philippe Cénat, je vous remercie d’avoir accepté le principe de cette interview axée sur le roi Louis XIV, dont on célèbre, ces jours, le tricentenaire de la disparition. L’histoire de ce monarque, baptisé Louis-Dieudonné, débute dans des conditions particulièrement difficiles: c’est le temps de la Fronde, cette dynamique violente, puissante et plurielle qui entend revenir sur le renforcement continu, depuis plusieurs règnes, de l’autorité de l’État - et donc de l’autorité royale. Sait-on estimer aujourd’hui l’impact réel qu’a eu la Fronde sur le jeune roi ? Sur sa personne et, forcément, en ces années de formation, sur la manière dont il s’est forgé en tous points ?

 

Jean-Philippe Cénat : La Fronde a eu évidemment un impact considérable sur le jeune Louis XIV, qui a vécu des événements très difficiles alors qu’il n’avait qu’une petite dizaine d’années. Il a connu une forte contestation de son pouvoir, dû quitter par deux fois sa capitale et être séparé de son parrain Mazarin. Il en a gardé une grande méfiance à l’égard du peuple et de la ville de Paris, ce qui explique en partie le choix de Versailles pour y construire son nouveau palais, quelques années plus tard. Ces événements tragiques l’ont aussi rapproché de Mazarin, qui fut son mentor en politique et en qui il eut toujours une grande confiance. Louis XIV n’osa jamais lui retirer la direction du gouvernement avant sa mort en 1661.

 

Le Roi-Soleil tira aussi la leçon de la Fronde qu’il fallait écarter du pouvoir central, particulièrement du Conseil d’en-haut, la famille royale (son oncle Gaston d’Orléans n’avait cessé de se révolter contre l’autorité de Louis XIII) et les Grands, c’est-à-dire la haute noblesse. C’est pourquoi à partir de 1661, tous les ministres et secrétaires d’État appartinrent désormais à la noblesse de robe ou à des familles qui devaient tout à la faveur royale. Inversement, il écarta du gouvernement les princes du sang comme les Condé, et même sa mère, Anne d’Autriche, qui avait pourtant su préserver son pouvoir pendant la Fronde.

 

Il se méfia toujours beaucoup de son frère, Monsieur, et dans une moindre mesure de son neveu, le futur Régent. Monsieur fut relégué dans des fonctions subalternes et de parade à la Cour et Louis XIV ne lui offrit plus jamais l’occasion de commander une armée après avoir remporté la bataille de Cassel en 1677. Cette victoire fut mal vécue par un roi jaloux du succès de son frère, d’autant plus que lui-même n’eut jamais l’occasion de remporter une bataille en personne, les généraux craignant pour sa sécurité.

 

PdA : La monarchie « absolue », concept que Louis XIV installe et incarne au premier chef pour l’Histoire, renvoie à ce que le roi assume directement l’essentiel des décisions d’autorité: les structures féodales anciennes continuent de tomber en désuétude ; la puissance publique passe elle résolument à l’État, et la maîtrise de celui-ci aux mains du roi. Voilà pour le pouvoir politique. Qu’en est-il de sa mise en application: Louis XIV dispose-t-il, au temps de son règne, de relais territoriaux, d’une administration à la hauteur de ses ambitions ?

 

J.-P.C. : Pour se faire obéir, notamment en province, Louis XIV chercha à s’appuyer de plus en plus sur des commissaires, c’est-à-dire des agents qui dépendaient entièrement du pouvoir royal, et qu’il pouvait révoquer à volonté, contrairement aux détenteurs d’offices, ces dernières restant largement vénales. Les plus importants de ces commissaires étaient les intendants, qui avaient des pouvoirs de justice, de police et de finance et devinrent plus nombreux et plus présents dans tout le royaume. Malgré leurs pouvoirs croissants, ils durent cependant composer avec les élites et les pouvoirs locaux (parlements, gouverneurs, États provinciaux).

 

« En dépit des clichés, Louis XIV fut souvent

homme de compromis vis-à-vis des élites »

 

L’historiographie actuelle a tendance à relativiser la toute puissance de l’État central sur les provinces et à insister sur le fait que Louis XIV a plus cherché un compromis avec les élites, notamment la haute noblesse, qu’à la domestiquer par la force. C’est ce qui explique d’ailleurs que le pouvoir royal fut mieux obéi qu’au début du siècle et que les révoltes des Grands se firent plus rares. En fait, ces derniers tiraient un meilleur profit du nouveau système et ils n’avaient donc plus guère de raison de s’y opposer. En gouvernant sans premier ministre, Louis XIV évita aussi le problème de la jalousie des élites à leur égard, chacun estimant pouvoir désormais accéder aux bienfaits du roi directement. Cela contribua à apaiser certaines tensions, contrairement à l’époque de Richelieu et de Mazarin.

 

Sinon, d’une manière générale, l’encadrement administratif de la France resta relativement faible, surtout si l’on compare avec la situation actuelle (46 000 détenteurs d’offices en 1665, face aux 5,6 millions de fonctionnaires d’aujourd’hui !). Le système reposait avant tout sur les liens de fidélité et les clientèles, plus que sur une pyramide institutionnelle bien organisée. Louis XIV réussit ainsi à rallier à lui les grandes clientèles ministérielles (les Le Tellier, les Colbert…) et les réseaux périphériques de la haute aristocratie, celle-ci étant désormais en partie court-circuitée.

 

PdA : Pensez-vous, en considérant le point de vue du roi, que la révocation de l’Édit de Nantes (1685) était justifiée par les circonstances de l’époque ? L’exil massif de protestants industrieux que cette décision a provoqué a-t-il réellement eu l’impact décisif que l’on lit souvent sur le développement économique de la France ?

 

J.-P.C. : La révocation de l’Édit de Nantes est généralement considérée, à juste titre, comme une des erreurs principales du règne de Louis XIV. Elle s’inscrit dans le cadre plus large de la politique antiprotestante au Grand Siècle, qui cherchait à rétablir l’unité religieuse du royaume, l’édit de tolérance étant vu comme une sorte d’anomalie dans l’Europe du temps où les sujets suivaient la religion de leur prince. Cette politique, d’abord modérée et utilisant des moyens pacifiques pour convertir les huguenots, se durcit après la fin de la guerre de Hollande, avec notamment les dragonnades (logement de soldats chez les protestants, ce qui provoquait d’importantes nuisances).

 

Ce durcissement n’avait rien d’inévitable et il ne fut pas orchestré par le roi ou même ses ministres. Il s’agit plutôt du résultat d’initiatives d’intendants de province, comme Marillac dans le Poitou, qui cherchaient à se faire bien voir en annonçant de spectaculaires conversions grâce à des méthodes brutales, souvent passées sous silence. Sans être dupes de ces manières et de l’exagération du nombre d’abjurations et bien que ne les approuvant pas spécialement, les ministres de Louis XIV, en particulier Louvois et son père Michel Le Tellier, ne firent rien pour enrayer le mouvement, ce qui revint à le cautionner tacitement. Il en alla en quelque sorte de même du roi, qui ne fut pas très bien informé de la réalité de la situation et préféra surtout voir uniquement le côté positif, à savoir que le protestantisme étant en voie rapide d’extinction. Dans ces conditions, il apparaissait alors logique de révoquer l’édit de Nantes, ce qui fut décidé en octobre 1685.

 

« L’impact de la révocation de l’Édit de Nantes 

sur l’économie française a sans doute été exagéré »

 

Les conséquences de cette décision ne furent pas aussi catastrophiques que ce que la légende dorée protestante et anti-louisquartorzienne a voulu montrer depuis le XVIIIè siècle. Tout d’abord, la révocation provoqua l’exil de 150 à 200 000 personnes, ce qui ne représente qu’environ 10 % des huguenots et moins de 1 % de la population française. On est donc loin de la catastrophique démographique parfois annoncée ! De même, il faut relativiser le fait que leur départ aurait provoqué la ruine de l’économie française et un important développement des pays d’accueil. Certes, le royaume a vu un déclin de certaines manufactures textiles, un affaiblissement de son commerce avec les pays du nord et des activités maritimes, secteurs où les protestants étaient particulièrement actifs. Il y eut aussi une certaine fuite des capitaux au profit notamment de la banque d’Amsterdam et quelques transferts technologiques vers les pays voisins dans le textile, l’horlogerie, le raffinage du sucre ou encore la fabrication du papier.

 

Mais le déclin économique français est plus lié à d’autres facteurs, comme la pression fiscale, les guerres ou le contexte économique général. D’autre part, les huguenots n’ont pas non plus connu tous la fortune à l’étranger, et il existe de nombreux échecs ou de grosses difficultés lors de leur implantation dans les États allemands ou dans les Provinces-Unies. Enfin, il faut rappeler que la France bénéficia à la même époque de l’immigration des jacobites, les partisans du roi catholique d’Angleterre Jacques II, chassé de son trône par Guillaume d’Orange. Ce flux de réfugiés compensa en partie le départ des huguenots.

 

PdA : La suprématie navale de la Grande-Bretagne sur les mers et les océans, donnée majeure de la géopolitique européenne des XVIIIè et XIXè siècles, est-elle une réalité déjà affirmée - pour ne pas dire « arrêtée » - sous le règne de Louis XIV ?

 

J.-P.C. : Au début du règne de Louis XIV, l’Angleterre est encore loin de dominer les mers en Europe. Elle a alors pour rivale la Hollande, et la renaissance de la Royale, impulsée par les Colbert, fit de la France une puissance navale de premier ordre. L’Angleterre fut même, au début de la guerre de Hollande, l’alliée de Louis XIV entre 1672 et 1674, et le resta largement tant que Charles II et Jacques II gardèrent leur trône, jusqu’en 1688. En fait, la montée en puissance de la Navy date plus de la fin du XVIIè et du début du XVIIIè siècle. Au début de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, la France, fait unique dans son histoire, possède alors à la fois la première armée et la première flotte du continent. La Royale est en effet capable de rivaliser pendant quelques années avec les forces combinées de l’Angleterre et des Provinces-Unies. Tourville remporte même une victoire importante à Béveziers en 1690.

 

Mais Louis XIV, qui doit faire face à presque toute l’Europe coalisée, ne peut maintenir un tel effort maritime jusqu’au bout et la logique géostratégique fait que le royaume donne la priorité à la terre sur la mer. Ainsi, la France délaisse la guerre d’escadre au profit de la guerre de course. Cette priorité à la terre se retrouve également lors de la guerre de succession d’Espagne et c’est à ce moment que la Navy surclasse de manière définitive la flotte française. Les choses n’étaient pas forcément jouées d’avance, car Louis XV et Louis XVI auraient pu faire le choix de l’expansion maritime et coloniale et non se concentrer sur les affaires européennes. Mais encore une fois la géographie et l’histoire française en font avant tout une puissance continentale. Elle pouvait difficilement investir autant que l’Angleterre dans une marine, qui fut pour elle une priorité depuis le XVIè siècle.

 

PdA : Considérez-vous, en tant qu’historien spécialiste de cette époque, que s’agissant des initiatives diplomatiques et militaires sur lesquelles il avait réellement du jeu, Louis XIV a commis des erreurs, des fautes manifestes ?

 

J.-P.C. : Louis XIV n’est pas le souverain parfait et a évidemment commis des erreurs en politique étrangère. Pour moi, la principale ne fut pas d’avoir participé à trop de guerres (il ne fut pas tellement plus belliqueux que ses contemporains), mais plutôt l’orientation de sa diplomatie dans les années 1680. Insatisfait des résultats de la paix de Nimègue de 1678, le roi se lance dans la politique des « Réunions » qui consistent à annexer en pleine paix des territoires frontaliers qui dépendaient théoriquement de ceux cédés lors des traités précédents. Si cela permit de renforcer les frontières nord-est du royaume avec Strasbourg et Luxembourg par exemple, ces gains restèrent modestes, car l’optique était avant tout défensive. Or cette politique de force choqua avec raison beaucoup les voisins du royaume, la France devenant alors la puissance perturbatrice et dangereuse sur le continent. Elle perdit alors tous ses alliés et dut ensuite affronter toute l’Europe coalisée lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg à partir de 1688. Louis XIV aurait alors mieux fait, soit de déclencher une nouvelle grande guerre en 1683, profitant de sa prépondérance militaire et de l’attaque turque contre Vienne pour conquérir les Pays-Bas espagnols, ou mieux de mener une politique d’apaisement qui aurait rassuré ses voisins et mis la France dans de meilleures conditions pour capter l’héritage espagnol.

 

« La guerre de Succession d’Espagne fut,

du point de vue français, un conflit juste et nécessaire »

 

La guerre de Succession d’Espagne est parfois critiquée par les historiens. Mais Louis XIV a probablement choisi la meilleure option en 1700 en acceptant le testament espagnol, car le conflit était alors quasiment inévitable. Il aurait pu éviter quelques maladresses qui ont déclenché les hostilités en 1701-1702 et il aurait dû révoquer certaines généraux incapables (notamment Villeroy ou La Feuillade), mais cette guerre fut une des plus justes et nécessaires de son règne.

 

PdA : Le règne de Louis XIV prend fin, vous l’évoquiez à l’instant, peu après le règlement de la guerre de Succession espagnole qui, sur le papier, fait entrer l’Espagne - qui cesse d’être une grande puissance - dans la sphère d’influence française tout en contentant, par des clauses de compromis, les grands d’Europe. L’Autriche des Habsbourg, notamment, voit son territoire élargi ; plus fragile sur ses fondations, elle tend à devenir, de fait, plus conservatrice, moins encline à des aventures extérieures inconsidérées. Le terrain paraît alors propice à des rapprochements entre les deux grands rivaux des siècles passés. L’idée d’une alliance du continent « contre la mer », maintes fois reprise depuis, fait-elle son chemin à ce moment-là ? Si oui, les successeurs du roi l’ont-ils gâchée ?

 

J.-P.C. : Les traités qui mettent fin à la guerre de Succession d’Espagne sécurisent enfin la France, qui ne craint plus un encerclement par les Habsbourg, puisqu’un Bourbon est désormais sur le trône de Madrid. L’Autriche se tourne également désormais davantage vers l’Europe centrale. Les conditions géopolitiques semblent alors réunies pour cesser l’opposition entre les deux dynasties. Torcy, le secrétaire d’État des Affaires étrangères de Louis XIV, comprit ce changement et fit d’ailleurs des ouvertures en vue d’une alliance avec les Habsbourg pour stabiliser la nouvelle carte de l’Europe. Mais cela n’alla pas loin, puisque sous la Régence, la France préféra s’allier avec l’Angleterre. Il restait également entre les deux puissances la paume de discorde des Pays-Bas, attribuées à l’Autriche, et que la France convoitait depuis longtemps.

 

D’ailleurs, les deux pays se sont à nouveau retrouvés face à face lors de la guerre de Succession d’Autriche, entre 1744 et 1748. Il fallut attendre la politique plus pacifique de Louis XV, son renoncement à annexer les Pays-Bas et surtout la menace de plus en plus inquiétante de la Prusse pour que s’opère réellement un renversement d’alliances en 1756. Or, cette alliance autrichienne, comme plus tard le mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette, ne furent jamais bien acceptés par l’opinion publique française, qui considéra encore pendant longtemps les Habsbourg comme des rivaux. Cela montre bien que ce rapprochement était loin d’être évident et qu’il était très probablement encore plus prématuré à la fin du règne de Louis XIV qu’en 1756.

 

PdA : Après la mort du « Roi-Soleil », en 1715, la monarchie telle qu’il l’avait refondée perdurera encore trois quarts de siècle. Puis ce fut la Révolution. Louis XIV en porte-t-il, de votre point de vue, une part de responsabilité ?

 

J.-P.C. : Louis XIV a indéniablement renforcé son pouvoir et celui de la monarchie administrative, en réussissant notamment à incarner à la perfection la majesté du roi absolu. En fait, il a surtout réussi à tirer le maximum des vieilles institutions de l’Ancien Régime, mais sans pouvoir les transformer en profondeur pour en faire des instruments plus modernes, notamment sur le plan fiscal, ce qui va provoquer la chute de la monarchie en 1789. D’autre part, la personnalisation extrême du pouvoir sous Louis XIV a eu pour inconvénient de désacraliser largement la légitimité des lois et de son pouvoir, en considérant que ce qui était légal et juste ne venait que de sa propre volonté. De même sa maîtrise parfaite de la mécanique de la Cour fut un lourd héritage à gérer pour ses successeurs qui ne voulaient ou ne pouvaient jouer le même rôle à Versailles, suscitant alors la déception des hommes du XVIIIè siècle.

 

Louis XIV a en quelque sorte figé le système de la monarchie absolue autour d’un modèle jugé indépassable, ce qui l’empêcha largement de se réformer au cours du XVIIIè siècle. Dès sa mort, la haute aristocratie chercha à profiter de la Régence pour récupérer une partie de ses anciennes attributions rognées par le Roi-Soleil, ce qui montre à nouveau que le système dépendait beaucoup de la personnalité du souverain. Tout cela fait que l’on peut considérer que Louis XIV porte une part de responsabilité inconsciente et involontaire dans le déclenchement de la Révolution. Mais les choix de Louis XV et de Louis XVI me semblent plus déterminants dans cette évolution.

 

PdA : Voulez-vous nous entretenir de vos projets, Jean-Philippe Cénat ?

 

J.-P.C. : Pas de grands projets de livre dans l’immédiat, car il me faut un peu de temps avant d’avoir envie de me relancer dans une longue aventure comme l’écriture de mon Louvois. Mais je garde en tête l’envie un jour d’écrire, seul ou en collaboration, une histoire de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, conflit qui me semble très important et qui n’a pas encore trouvé son historien.

 

Jean-Philippe Cénat

 

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Et vous, que vous inspire la figure de Louis XIV ?

 

Vous pouvez retrouver Jean-Philippe Cénat...

4 septembre 2024

« Il n’y a pas de réussites faciles, ni d'échecs définitifs » : entretien avec Cynthia Sardou

Que devient Cynthia Sardou, que j’avais eu plaisir à interviewer il y a trois ans, pour la parution de son premier roman, Le Film (Ramsay) ? Nous nous sommes recontactés cet été, avons échangé, et elle a accepté le principe d’un entretien, de confidences et d’une mise au point sur ses trois dernières années. Je l’en remercie et lui souhaite bonne route pour la suite, qu’elle aborde avec un sourire au cœur ! Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

« Il n’y a pas de réussites faciles,

ni d’échecs définitifs ! »

Marcel Proust

 

PAROLES D’ACTU, EXCLU (09/2024). Article édité le 27/10/24.

Cynthia Sardou, l’interview

 

Cynthia Sardou bonjour. Vous êtes issue, ce n’est un secret pour personne, d’une famille d’artistes qui n’a pas commencé avec vos parents, ni même avec vos grands-parents. Qu’en est-il de votre fibre artistique à vous ? Entendez-vous l’exprimer davantage à l’avenir ?

 

Ma fibre artistique la plus réelle, voire sensible, est plutôt celle de mettre en avant les autres, de dénicher les bons spectacles ou les vrais talents, des artistes, comme me l’avait appris Eddy Marouani dans les années 90. C’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier. J’en garde un merveilleux souvenir. Après, j’ai enchaîné à la télévision : TF1, France Télévision avec Yves Bigot, etc... Puis le journalisme, sur Canal Plus.

 

Ma fibre artistique a surtout été hors caméra. J’ai souvent remonté le moral des troupes, timidement au début, donné de l’énergie ou une certaine assurance, cela depuis plus de trois décennies. La famille y a eu droit, mon père le premier, ma grand-mère bien sûr que j’accompagnais souvent au théâtre le soir, mes deux demi-frères Davy et Romain aussi. L’écriture a été plus thérapeutique me concernant, et ça a servi à quelque chose, c’est au moins ça.. Sauf pour mon premier roman, Le Film, qui est une vraie fiction. Mais le vrai écrivain de la famille, c’est Romain, mon frère.

 

Aujourd’hui, j’ai récupéré ma carte de presse comme journaliste et membre de la Fédération professionnelle des Journalistes du Québec. J’espère reprendre du service de ce côté aussi très bientôt…. 

 

Je vous sens apaisée Cynthia, c’est le cas ?

 

Oui je le suis, en effet. Contrairement à ce qui a été dit ou raconté, sans faire de commentaire. Je suis en paix et en bonne santé. Je touche du bois...

 

Depuis 5 ans en fait, après 4 ans d’aide auprès des femmes en difficulté dans un organisme, un centre de femmes, et quelques causes dans le milieu communautaire, dans le milieu médical, social, etc... Être dans le contexte, voir et travailler sur le terrain, vous remet à votre place clairement. Tant la situation est sombre parfois, comme la pauvreté par exemple, qui est une réalité qu’il ne faut pas laisser de côté. Surtout pas. J’ai organisé des événements avec des partenaires, avec la ville de Montréal... Le terrain, les violences faites aux femmes, la question de leurs droits, tous ces sujets sont aussi une réalité... Ces vérités-là, je ne le nierai jamais, pour en avoir vécu une partie. J’ai donné à ces causes 90% de mon énergie ces 4 dernières années, en temps et lieu, avec beaucoup d’empathie, de compassion, d’humanité, d’écoute et de solidarité... Ça fait chaud au cœur de pouvoir redonner le sourire à une ou des femmes qui n’ont plus la force psychique, physique ni le cœur à la fête, tant elles en bavent. Je me suis sentie utile, c’est une expérience que je n’oublierai pas. Ça en valait la peine ! Et je suis très heureuse d’y avoir contribué. Ce fut une mission !

 

Avez-vous justement des projets dont vous voudriez parler ?

 

Je suis retournée vers des projets culturels, comme consultante entre autre, notamment dans le milieu de la mode, que je redécouvre avec le grand couturier Yves Jean Lacasse. Celui-ci, créateur et designer canadien, fêtera ses 30 ans de haute couture durant la Semaine de la Mode à Montréal en septembre 2024, un évènement qui va s’expatrier en 2025 en Tunisie... À suivre.

 

Toutes les créations de Y.J.L., sont résolument ethniques, romantiques et historiques, elles s’agencent aux styles empruntés à la noblesse des Cours d’Afrique et d’Europe. Habité par cette même passion, transmise depuis trois générations (avec sa grand-mère, puis sa mère Denise Meunier), il perpétue ainsi sa tradition familiale afin de rendre accessible le sur-mesure à tous. C’est rare de nos jours. Promoteur de la mode québécoise à l’étranger, ses collections ont été présentées dans plusieurs pays et villes du monde et sont omniprésentes auprès des communautés multiculturelles et des diverses religions, ainsi qu’auprès de toutes les sphères du milieu culturel et des arts de la scène.

 

Yves Jean Lacasse est un artiste dans l’âme. Pour moi, l’un des designers le plus talentueux de sa génération. Il habille le Tout-Montréal, artistes, personnalités publiques, sans faire parler de lui, tant à l’étranger qu’en Tunisie, depuis trente ans déjà. Il a su maintenir ses créations et sa réputation, malgré les aléas du marché de la mode, et malgré la longue période de Covid.

 

Photo : courtoisie, Pascale Bourbeau.

De d. à g. : Cynthia Sardou, Yves Jean Lacasse,

Pascale Bourbeau, un ami. 

   

Aussi, je tiens à mentionner la talentueuse Pascale Bourbeau, mannequin et inspiration principale de Yves Jean Lacasse, qui est aussi une artiste multidisciplinaire. Elle est très présente dans le milieu médiatique et artistique québécois. C’est aussi grâce à elle que j’ai rencontré Yves Jean Lacasse.

 

Quid de vos projets à vous Cynthia ?

 

Il y en a beaucoup, notamment un avec la collaboration de L’Espace-Théâtre St-Denis, en plein cœur de Montréal... Pour les autres, j’en parlerai plus tard. Dans quelques semaines, ou quelques mois...

 

Vous avez suivi une bonne partie de la dernière tournée en 2023-24, de votre père Michel Sardou. Comme un road trip. En famille et en musique. Votre ressenti sur cette aventure ?

 

Oui, c’était un vrai road trip. Cette tournée était magnifique, sa meilleure pour moi. Le show en 3D, qui a pu être transporté jusqu’au Canada, fut extraordinaire. La mise en scène, le choix des chansons, les plus humanistes de son répertoire selon moi, aussi. Le public s’est franchement régalé, moi y compris et les salles étaient combles, en Europe comme ici au Québec. C’était vraiment intense. J’étais très heureuse de voir mon père aussi heureux : en coulisses, sur scène, comme ailleurs, même si ma discrétion se laissait souvent entrevoir... (Sourire)

 

Précision de l’auteur : j’ai demandé à Cynthia Sardou des photos avec son père, pour illustrer cette partie,

elle m’a bien confirmé en avoir de nombreuses mais préfère les garder pour elle. Je respecte évidemment...

 

Quatre adjectifs pour le qualifier au mieux ?

 

Ambition, Discipline, Rigueur, Passion de son métier. Moi j’ai de la rigueur, de l’ambition et de la détermination...

 

Un dernier mot, Cynthia Sardou ?

 

Le destin d’une vie, ou la vie d’une personne ne se résume pas en quelques lignes. Je réponds qu’un destin se vit avec un peu de chance, 1000% de travail, d’ambition, d’espoir. Nous seuls pouvons réécrire le cours de notre histoire ? À suivre...

 

Par Michelle Knight Photographe. D.R.

 

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