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Paroles d'Actu
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6 janvier 2018

Jean-Vincent Holeindre : « La ruse est impuissante sans la force, la force aveugle sans la ruse »

J’ai la joie, pour cette première publication de l’année 2018 (que je vous souhaite, à toutes et tous ainsi que pour vos proches, sereine et ambitieuse voire, soyons fous, heureuse), de vous proposer une interview grand format (on pourrait même dire, « épique » !) de Jean-Vincent Holeindre, professeur de science politique à Paris 2 Panthéon-Assas (il est aussi membre du Centre Thucydide) et directeur scientifique de l’IRSEM. Cet échange fait suite à la lecture par votre serviteur de son dernier ouvrage, une relecture passionnante de l’histoire militaire occidentale d’après le prisme de la dualité ruse/force. Je vous engage à vous emparer de ce livre, La ruse et la force, une lecture exigeante (tout comme le présent article), mais qui sans nul doute, vous en apprendra beaucoup. Merci à vous, M. Holeindre. Et merci à vous, lecteurs qui depuis six ans et demi, me suivez avec bienveillance. Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Q. : 05/09/17 ; R. : 02/01/18.

Jean-Vincent Holeindre: « La ruse est impuissante

sans la force, la force aveugle sans la ruse. »

La ruse et la force

La ruse et la force, Perrin, 2017.

 

Jean-Vincent Holeindre bonjour, merci d’avoir accepté de répondre à mes questions pour Paroles d’Actu. Voulez-vous pour commencer nous dire quelques mots de vous, de votre parcours ?

qui êtes-vous ?

J’ai suivi des études en histoire, philosophie et science politique à la Sorbonne puis à l’École des hautes études en science sociales. Ce parcours pluridisciplinaire s’est achevé par une thèse de doctorat, soutenue en 2010 sous la direction de Pierre Manent, intitulé Le renard et le lion : La ruse et la force dans le discours de la guerre. Cette thèse est devenue, au terme de substantielles modifications, un livre paru en 2017 et intitulé La ruse et la force : Une autre histoire de la stratégie. Après ma thèse, sur le plan professionnel, je suis devenu maître de conférences en science politique à l’Université Paris 2 Panthéon Assas puis professeur à l’Université de Poitiers, à la suite de l’agrégation. En 2017, j’ai retrouvé l’Université Paris 2, tout en continuant à enseigner à l’EHESS et à Sciences Po.

JV Holeindre

Jean-Vincent Holeindre. DR.

Si je devais indiquer le fil directeur de mes recherches, je dirais que je considère le phénomène guerrier avec les yeux de la philosophie politique et avec le souci de lui restituer toute sa profondeur historique. J’aime l’histoire sur la longue durée et j’apprécie tout particulièrement la période antique. Non parce qu’elle reflèterait nos «  origines  », mais parce qu’elle offre un cadre de compréhension, à la fois philosophique et historique, de l’expérience occidentale et des relations que «  l’Occident  » noue avec les autres «  cultures  ». Je considère également que la guerre est un phénomène total, qui embrasse tous les domaines de l’action humaine. J’étudie l’action militaire non pour elle-même mais pour ce qu’elle révèle sur le plan politique et anthropologique.

  

L’objet qui, pour l’essentiel, nous réunit aujourd’hui, c’est donc votre ouvrage La ruse et la force (Perrin, 2017), fruit d’une étude sur le temps long visant à déterminer où s’est situé le curseur entre la force et la ruse dans la pratique militaire et la pensée stratégique, à différentes époques de l’histoire occidentale. Deux figures légendaires, issues de la Grèce antique, des épopées homériques, comme fil rouge tout au long de votre livre : Achille (L’Iliade) incarne la force et Ulysse (L’Odyssée) la ruse. Pourquoi cet objet d’étude ? Cet angle-là, mettant en avant et en balance l’apport de la ruse par rapport à la force dans la stratégie, a-t-il été négligé jusqu’à présent, au moins en Occident ? Si oui, la ruse en tant qu’objet de réflexion a-t-elle reçu un traitement différent en d’autres lieux ?

pourquoi ce livre ?

Au départ, ce n’est pas la guerre qui m’intéresse, mais la ruse comme forme d’intelligence pratique que les Anciens Grecs nomment mètis. Le mot désigne à la fois l’épouse de Zeus, divinité de l’intelligence rusée, et une qualité de l’esprit humain, combinant flair, sens de l’adaptation, art du détour, débrouillardise...

« Plus qu’une intelligence théorique, la ruse

est d’abord une intelligence de l’action. »

L’impulsion première de mes recherches a été donnée par le livre magnifique de Marcel Detienne et Jean-Pierre Vernant, consacré à cette catégorie de la mètis (Les ruses de l’intelligence : La mètis des Grecs, Flammarion, 1974). Detienne et Vernant montrent que la ruse n’est pas une intelligence théorique, mais une intelligence de l’action, particulièrement adaptée aux domaines politique et militaire, frappés du sceau de l’incertitude. En politique et à la guerre, la ruse n’est pas seulement tromperie ou mensonge, ce à quoi on la réduit trop souvent. Elle est aussi invention, imagination, elle suppose un véritable sens de l’anticipation, de la prévision mais aussi de l’adaptation, qualités que l’on trouve chez Ulysse lorsque, dans les épopées d’Homère, il imagine le stratagème du cheval de Troie ou bien lorsqu’il crève l’œil du Cyclope avec un pieu, profitant de son sommeil. À travers ces exemples, la ruse peut, en première analyse, être définie comme un procédé combinant dissimulation et tromperie dans le but de provoquer la surprise. Mais elle constitue également une forme d’intelligence, elle exprime la capacité cognitive de l’esprit humain dans des situations d’action.

Les ruses de l'intelligence

Les ruses de l’intelligence : La mètis des Grecs, Flammarion, 1974.

J’ai été d’emblée fasciné par ce sujet qui met en lumière la tension classique entre la théorie et la pratique, l’idée et l’action. L’intention de mon travail est donc d’abord philosophique, mais cela suppose un travail généalogique visant à comprendre pourquoi la ruse a été en quelque sorte l’oubliée de l’histoire politique et militaire. Pour le sens commun, la ruse est bien sûr indispensable en politique et à la guerre, pourtant aucune étude sérieuse ne lui a été consacrée. C’est surprenant, mais cela s’explique probablement par le caractère fuyant d’une notion qui, par définition, a vocation à demeurer dans l’ombre et le secret. La ruse est la part oubliée de la raison humaine.

J’ai choisi d’étudier la ruse dans la guerre, car elle est bien circonscrite sur le plan militaire, à la différence de la ruse spécifiquement politique qui est très difficile à saisir. En effet, les exemples de ruse de guerre dans l’histoire ne manquent pas, du Cheval de Troie mythique à l’opération Fortitude durant la 2e guerre mondiale, où les Britanniques ont fait croire aux Allemands que le Débarquement aurait lieu dans le Pas-de-Calais, afin de détourner leur attention et de les surprendre en Normandie. De plus, la ruse de guerre a été pensée par les stratèges depuis Thucydide jusqu’à Clausewitz. Je pouvais donc m’appuyer pour mon enquête sur des exemples bien documentés et sur une littérature militaire bien balisée.

« La ruse, c’est aussi un stigmate qu’on appose

sur l’ennemi pour le discréditer, et par

contraste, légitimer sa propre stratégie. »

Enfin, pour répondre à la dernière partie de votre question, j’ai cherché dans mes travaux à déconstruire un poncif de l’historiographie occidentale, consistant à opposer la «  force  » des Occidentaux à la ruse «  perfide  » des étrangers et en particulier des Orientaux. Je pense avoir montré que l’opposition entre ruse et force ne relève pas seulement d’une dialectique stratégique, mais aussi d’une rhétorique moralisante visant à souligner la ruse de l’ennemi pour mieux glorifier sa propre force. D’où l’image de l’Oriental «  fourbe  » doté de moustaches dissimulant ses intentions perfides… La ruse n’est pas seulement un procédé tactique et une forme d’intelligence stratégique, c’est aussi un stigmate qu’on appose sur l’ennemi pour le discréditer et, par contraste, légitimer sa propre stratégie.

 

N’est-on pas conditionnés justement, en Occident notamment, par le jugement moral porté sur la ruse qui serait nécessairement une perfidie ? Après tout, une des ruses les plus célèbres du récit collectif, et qu’on trouve aux origines de la Bible, c’est la ruse du serpent qui, après avoir poussé Ève à croquer le fruit défendu, provoque l’expulsion de l’Homme du jardin d’Eden. Est-ce que le religieux et son moralisme ont joué un rôle déterminant dans notre manière d’appréhender la ruse (fort éloignée dans l’idée de ce qu’on rattache à la « vertu chevaleresque ») ?

la ruse et la religion

Je ne parlerais pas de «  conditionnement  », ce terme me paraissant trop déterministe. Mais il existe en effet un cadre moral et normatif du christianisme qui oriente le jugement et l’action. Le chevalier médiéval, «  sans peur et sans reproche  », est la continuation de l’idéal antique incarné par Achille, le guerrier valeureux, honorable, courageux, auquel se greffent les vertus morales du christianisme. Le rejet de la ruse en Occident est antérieur au christianisme, mais celui-ci amplifie ce rejet. Cela dit, il faut faire la part des choses entre l’idéal moral et la réalité des pratiques. Les guerres médiévales, en particulier les sièges, comportaient de nombreuses ruses, malgré les restrictions morales et normatives.

Dans les Évangiles, la ruse est effectivement associée aux forces du Mal, aux tentations de Satan qui séduit les hommes, par définition faillibles. Le christianisme antique se revendique pacifiste, la guerre étant la manifestation du Mal au cœur de l’âme humaine, exprimant un affrontement intérieur entre le Bien et le Mal. Les vertus chrétiennes exposées dans le Nouveau Testament sont celles de la paix, de la charité, de l’amour du prochain et de l’hospitalité vis-à-vis de l’étranger, mais aussi de la franchise, de la simplicité, de l’esprit de concorde. Surtout, la proposition chrétienne est universaliste, elle s’adresse à l’ensemble de l’humanité considérée comme une communauté unifiée.

« Il faut sur ce point distinguer, aux origines,

la religion des Hébreux, qui est politique

et peut donc recourir à la guerre, et celle

des chrétiens, qui s’est construite

contre la politique et la guerre. »

Sur ce point, la Bible hébraïque se distingue du Nouveau Testament des chrétiens. Si les chrétiens se définissent en fonction de leur foi et non de l’appartenance à une cité particulière, les Hébreux se pensent comme un peuple spécifique et comme une nation qui peut être amenée à faire la guerre pour se défendre. Soutenus, conseillés et dirigés par Dieu, qui se mue en véritable stratège, les Hébreux décrits par la Bible hébraïque font la guerre pour conquérir la terre promise de Canaan. Dans le Livre de Josué, ils usent de force et de ruse pour vaincre des ennemis numériquement et matériellement supérieurs. D’une manière générale, la religion des Hébreux est indissociablement spirituelle et politique, tandis que l’Église chrétienne s’est construite contre la politique et la guerre, en défendant une vision universelle et pacifiée de l’humanité.

La morale chrétienne connaît toutefois des évolutions. Ainsi, les théoriciens chrétiens de la guerre juste, depuis saint Augustin, intègrent l’usage de la ruse dans la guerre. Ils s’appuient sur l’héritage hébraïque et romain pour encadrer l’usage de la force armée, et acceptent jusqu’à un certain point que le soldat chrétien use de ruse, mais uniquement en temps de guerre. La ruse est réprouvée en temps de paix, mais elle peut être acceptée si la guerre est considérée comme juste.

 

Les concepts de fides (induisant notamment un code d’honneur, y compris entre ennemis) et de guerre juste (qui suppose une juste cause cantonnant la perfidie à la pratique ennemie et une justification morale à pratiquer soi-même la ruse) nous proviennent tous deux de la Rome antique. Doit-on aux Romains une partie importante de ce qui a été établi ensuite comme les usages et le droit de la guerre ?

Rome et l’art de la guerre

Effectivement, l’expérience romaine est fondamentale pour comprendre l’éthique et le droit de la guerre applicables dans l’aire occidentale. La doctrine de la guerre juste naît au IIe siècle avant notre ère, lorsque les Romains affrontent les troupes d’Hannibal durant la 2e guerre punique. Ils sont alors soucieux de justifier l’usage de la force contre un ennemi redoutable et qui menace l’intégrité de Rome. Les sources font ainsi apparaître un mouvement en apparence paradoxal.

D’un côté, Polybe et plus tard Tite-Live indiquent que la ruse n’a rien de romain, que les Romains sont les héritiers d’Achille, qu’ils mènent la guerre de manière «  juste  », en suivant des règles de l’honneur et du courage impliquant de combattre l’ennemi en face-à-face et sans ruse. La «  fides romana  » désigne cette supériorité morale supposée, qui s’exprime dans la guerre à travers un comportement exemplaire. Les sources dénoncent en retour la «  perfidie  » des ennemis de Rome, par exemple le carthaginois Hannibal, qui attaque par derrière et par surprise. À la force vertueuse des Romains est opposée la ruse perfide des «  Puniques  », le terme «  punique  » étant d’ailleurs péjoratif et connotant la fourberie. Comme souvent, l’accusation de perfidie est moins descriptive que normative : elle vise à discréditer l’ennemi et à légitimer son propre camp.

« Les Romains ont fait montre d’une forte

capacité d’adaptation en faisant leur la ruse,

auparavant vilipendée comme l’arme lâche

des autres, mettant en avant leur "contre-ruse"

face à la perfidie de l’ennemi. »

D’un autre côté, les sources latines font apparaître le sens de l’adaptation romaine, qu’on voit par exemple chez Scipion l’Africain, qui l’emporte contre Hannibal après avoir retourné contre l’ennemi carthaginois ses propres armes (d’où le surnom dont il est affublé). La contre-ruse romaine vient ainsi à bout de la «  perfidie  » punique.

Tout se passe donc comme si la «  bonne  » ruse romaine l’emportait contre la «  mauvaise  » ruse punique. Les Romains gagnent ainsi sur les deux tableaux  : celui de l’efficacité et celui de la légitimité. Ils remportent les guerres, conquièrent de nouveaux territoires, tout en préservant l’idéal moral de la «  fides  ». Ils combinent les intérêts et les vertus. Cette capacité romaine à lier efficacité et légitimité fascine Machiavel, lequel s’inspire de l’expérience romaine pour forger sa vision de la politique et de la guerre.

 

Peut-on dire de Rome qu’elle s’est-elle imposée en tant que puissance européenne et méditerranéenne dominante aussi bien par la force (son organisation et sa puissance militaires, ses conquêtes) que par la ruse (la diffusion de sa culture et de son mode de vie) ? Cette question en appelle une autre : le « soft power » est-il assimilable à une ruse, ou bien est-il une façon rusée d’affirmer sa force ?

quid du "soft power" ?

La ruse, telle que je l’étudie dans le livre, ressortit à la guerre, tandis que le soft power relève davantage d’une «  grande stratégie  » qui intègre des éléments non militaires à des fins de puissance. De plus, la ruse est d’abord un procédé tactique combinant dissimulation et tromperie afin de provoquer la surprise, tandis que le soft power désigne plus largement une stratégie d’attraction (par opposition au hard power, qui repose sur la coercition).

Toutefois, le soft power peut intégrer une forme de ruse dans la manière de diffuser la puissance de manière subtile, indirecte, non coercitive. Ce qui est commun à la ruse et au soft power, ce n’est donc pas la nature du procédé, mais le caractère indirect de la stratégie mise en œuvre. La ruse, qu’elle soit militaire ou non, agit par le détour et en évitant le face-à-face, tandis que le soft power opère par l’influence plutôt que par la contrainte.

« Rome a su étendre sa puissance par

la guerre, en combinant la ruse et la force,

mais aussi par une diplomatie d’influence

qui s’apparente au "soft power". »

Dans le cas de Rome, on peut dire qu’elle a su étendre sa puissance par la guerre, en combinant la force et la ruse, mais aussi par une diplomatie d’influence, qui s’apparente au soft power, en rendant son système politique et culturel attirant pour les autres. La forme impériale romaine fut à la fois une vague militaire et un aimant diplomatique. L’attractivité de Rome ne se réduit pas à la projection habile de son modèle. Elle tient aussi à sa capacité d’intégration des influences extérieures, comme ce fut le cas avec la religion chrétienne. Les Romains étaient convaincus de la supériorité de leur système politique, ce qui les conduisait à accepter sur la durée les éléments étrangers.

 

La tactique dite de la « terre brûlée » (certains épisodes de la Guerre de Cent ans au 14ème siècle, de la bataille de la Moskowa en 1812, de la seconde Guerre sino-japonaise entre 1937 et 1945, de la "Grande Guerre patriotique" entre 1941 et 1945) est-elle la mère de toutes les ruses/perfidies ? L’utilisation de l’un ou de l’autre terme tient-elle au caractère défensif ou offensif du conflit en question ou bien est-ce plus subtil, plus nuancé que cela ?

la "terre brûlée", une ruse ?

La tactique de la «  terre brûlée  » vise à rendre un espace inhabitable en le détruisant par le feu, cela afin d’affaiblir l’ennemi et l’empêcher de combattre. On n’est donc pas dans le registre de la ruse, mais dans un procédé tactique destiné à venir à bout de l’ennemi sans avoir à l’affronter. L’objectif tactique de la ruse et de la terre brulée est cependant le même : il s’agit de l’emporter sans prendre de risques inconsidérés. Ce qui est commun à ces deux tactiques, c’est le principe d’économie des forces et, jusqu’à un certain point, le principe stratégique de la surprise.

 

Lorsque l’officier et théoricien militaire prussien Clausewitz apparaît sur la scène, les Lumières humanistes ont vécu. L’Europe sort tout juste des guerres napoléoniennes, guerres massives qui opposent de moins en moins des professionnels de la guerre et de plus en plus des bataillons populaires. Lui va à rebours de la tendance de son temps et met en avant dans la pensée stratégique la prédominance de la force, obtenue par un usage habile et une concentration de forces humaines et technologiques, reconnaissant néanmoins que la ruse garde sa pertinence, notamment pour le belligérant plus faible en cas de déséquilibre des forces. Quelle influence sa pensée a-t-elle eu sur les guerres de la fin du 19è et de la première moitié du 20è siècle ?

Clausewitz et la pensée stratégique

L’influence de Clausewitz est considérable. Mon intention n’est certainement pas de la minorer ou de réduire les mérites du stratège prussien sur le plan théorique. Je suis par exemple convaincu de la pertinence de sa triple définition de la guerre, considérée comme un phénomène social, militaire et politique.

« Clausewitz a eu une approche

un peu réductrice de la ruse. »

Cependant, j’estime que son approche de la ruse est réductrice. Clausewitz considère que la ruse peut être utile sur le plan tactique, mais qu’elle n’a pas de portée stratégique. Pour lui, dans les guerres de masse, il n’est pas possible de surprendre l’ennemi, eu égard au nombre des troupes engagées. Or, dans les guerres du 20e siècle, la ruse a été employée aussi bien au niveau tactique que stratégique. Durant l’opération Fortitude, les Alliés ont intoxiqué l’état-major allemand et ont mis en place une opération d’envergure qui dépasse le niveau strictement tactique. En réalité, les innovations technologiques, comme la radio, l’aviation ou les techniques de camouflage, ont conféré une «  deuxième jeunesse  » à la ruse de guerre, en offrant de nouvelles possibilités en matière de manipulation des perceptions. Il est possible d’intoxiquer l’ennemi à grande échelle. Je dirais même que les stratégies d’intoxication, dans les conflits contemporains, n’ont jamais été aussi décisives. Dans un contexte où la force est très contrainte sur le plan politique, juridique, économique, le rôle des perceptions n’a jamais été aussi fort.

 

Carl von Clausewitz

Carl von Clausewitz.

 

Dans le chapitre justement que vous consacrez aux « renards du déserts » des deux guerres mondiales, vous mettez notamment en lumière différentes opérations d’intoxication de l’ennemi, qui souvent ont d’abord été initiées par des gens de terrain avant de devenir de véritables politiques impulsées au niveau central (ce fut le cas du Royaume-Uni de Churchill notamment). On pense évidemment à l’opération Fortitude... Les opérations d’intoxication et de sabotage qui eurent cours au cours de la seconde Guerre mondiale ont-elles eu un impact déterminant en vue de la victoire finale ? L’Allemagne nazie a-t-elle recouru à de tels procédés ou bien a-t-elle tenté de le faire ?

intox et guerre mondiale

La ruse, sous la forme des opérations d’intoxication, a joué un rôle considérable dans le déroulement des deux guerres mondiales et en particulier de la Seconde. C’est durant la première Guerre mondiale que s’invente le camouflage au sens moderne. Avant la Grande Guerre, les troupes revêtaient l’uniforme pour être vues et distinguées de la population ; au cours du premier conflit mondial, les uniformes se veulent de plus en plus discrets, pour éviter d’être touchés par l’ennemi mais aussi pour l’atteindre sans qu’il puisse visualiser l’attaque. Ce principe de dissimulation et de surprise est certes vieux comme la guerre, mais les évolutions du camouflage dans les guerres modernes mettent bien en évidence la part croissante prise par la ruse dans les stratégies, les Britanniques étant de ce point de vue les plus en pointe parmi les Alliés.

« Auparavant l’œuvre individuelle du stratège,

la ruse devient à partir des guerres du 20e siècle

un travail collectif. »

De manière générale, on observe au cours des deux guerres mondiales une véritable institutionnalisation de la ruse. Des services dédiés, comme la Force A, sont créés sous l’impulsion de Churchill dans le but de coordonner les opérations d’intoxication contre les Allemands. Jusqu’au 20e siècle, la ruse était surtout l’œuvre individuelle du stratège, elle devient à présent un travail collectif. Ces «  forces spéciales  » agissent en petit nombre et dans l’ombre pour que le secret des opérations ne soit pas éventé.

De leur côté, les Allemands ont également utilisé ce type d’intoxication, notamment contre les Soviétiques lors de l’opération Barbarossa en 1941 où les Allemands ont rompu par surprise le pacte de non-agression. Mais les Soviétiques ne sont pas en reste, qui ont intégré depuis les années 20 la notion de maskirovka, qui désigne à la fois le camouflage, la ruse, la surprise… La ruse est donc un élément central du calcul tactique et stratégique durant les deux guerres mondiales, l’enjeu étant d’économiser les forces et d’atteindre moralement l’ennemi.

 

La propagande, largement facilitée par le développement massif des moyens de communication modernes, est-elle la première des ruses à cibler véritablement des populations en tant que telles ?

la place de la propagande

Les conflits contemporains impliquent de plus en plus les populations civiles, qu’on essaie d’influencer et de manipuler par la propagande afin d’infléchir le résultat de la guerre. Les médias de masse, comme la radio, la télévision et aujourd’hui internet jouent à ce titre un rôle décisif. Comme l’avait bien vu le Britannique Liddell Hart, la stratégie étend son domaine d’action à des domaines non militaires. Les médias occupent une place éminente dans les conflits contemporains, les images et les perceptions étant parties prenantes du conflit.

« La propagande opérée à destination

de l’ennemi, notamment l’intoxication,

s’inscrit dans le registre de la ruse. »

La propagande n’est pas en soi une ruse, dès lors qu’elle consiste à diffuser un message à ses propres populations pour les galvaniser, les rassurer ou encore détourner leur attention. En revanche, la propagande opérée à destination de l’ennemi, notamment l’intoxication, s’inscrit dans le registre de la ruse au sens où il s’agit de dissimuler ses intentions et de tromper l’ennemi en vue de le surprendre. Mon propos se focalise sur les ruses mobilisées entre des ennemis exprimant mutuellement des intentions hostiles, non par sur les ruses organisées par le pouvoir politique pour contrôler les populations.

 

L’essor durant la période de la guerre froide de la figure de l’espion, amplement popularisée à partir des années 60 par le personnage de James Bond, est-il le signe d’une prise en compte nouvelle par les États de l’importance de la ruse dans leur conduite des affaires extérieures ? Quid, plus récemment encore, du hacking d’État ?

Durant la guerre froide, l’espion joue un rôle d’autant plus important que le conflit armé entre les deux superpuissances, États-Unis et Union soviétique, est contenu militairement par la présence de l’arme nucléaire. Le largage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki en 1945 par les Américains a fait apparaître la dangerosité et la létalité de la bombe. Une fois que les deux «  Grands  » obtiennent la maîtrise de cette technologie, ceux-ci s’orientent vers des stratégies de dissuasion, c’est-à-dire de non-emploi de la bombe. Mais «  l’équilibre de la terreur  » n’est possible qu’au prix d’une action prolongée des services de renseignement. Il s’agit pour les États-Unis et l’URSS de s’assurer, par l’espionnage, que l’ennemi ne cherche pas à utiliser la bombe. Il s’agit également de le déstabiliser autrement que sur le champ de bataille. Ce sont les services de renseignement (français) qui ont identifié la présence de missiles atomiques à Cuba en 1962, ce qui a débouché sur la crise la plus grave de la guerre froide. Dans un contexte où l’usage de la force est rendu quasi-impossible au regard des conséquences que cela engendrerait, la ruse de l’espion occupe donc une place significative de l’espace stratégique.

« Les travaux du regretté Nicolas Auray

ont bien montré la convergence entre

le hacking et la mètis grecque. »

Aujourd’hui, la ruse peut prendre les formes du cyber, à travers les attaques informatiques menées par des «  chevaux de Troie  » modernes. Il est frappant d’observer qu’on emploie un vocabulaire guerrier pour désigner ces attaques contre les systèmes d’information des entreprises, des États ou des partis politiques. La figure du hacker, qu’elle soit étatique ou non, relève de la ruse au sens où le pirate informatique use de son intelligence ingénieuse pour se dissimuler et pénétrer dans les systèmes d’information. Il repère les failles du système et les utilise à son profit. Les travaux du regretté Nicolas Auray ont bien montré cette convergence entre le hacking et la mètis grecque.

 

Nicolas Auray

Nicolas Auray, sociologue du numérique (1969-2015). DR.

 

L’affaissement ayant conduit à l’effondrement de l’URSS est-il dû, en partie, à des manœuvres de ruse de la part des Américains ? Je pense notamment au projet de défense anti-missile IDS dit « Star Wars » dans les années 80, irréalisable pour l’époque mais donc certains disent qu’il avait vocation à entraîner l’Union soviétique dans une ultime course aux armements qui l’auraient mise à genoux ? De manière plus générale : est-ce qu’on a des exemples d’empires ou de constructions politiques importantes qui se sont effondrés ou ont été minés à la suite d’un assaut de ruse ?

la ruse et la chute de l’URSS

Le projet de «  guerre des étoiles  », lancé par Ronald Reagan au début des années 80, avait vocation à souligner les faiblesses soviétiques, sur le plan technologique et économique, sachant que l’URSS n’avait pas su prendre le tournant informatique. On est clairement dans un conflit non-militaire, qui repose sur la perception plus ou moins faussée des capacités militaires, technologiques, économiques de l’adversaire. Dès le début, la guerre froide prend cette dimension à travers la conquête de l’espace et la quête de l’arme nucléaire… La ruse intervient dans le conflit, mais il s’agit d’un affrontement psychologique plus large, où le vaincu est d’abord celui qui se perçoit comme vaincu.

« L’affaire dite Farewell, d’intoxication massive envers

les Soviétiques, a contribué à l’affaiblissement de

l’URSS, qui allait conduire à son implosion. »

Pendant longtemps, les Soviétiques ont compensé leur déficit technologique par l’espionnage industriel. Mais au début des années 80, grâce aux renseignements fournis par les services secrets français (la fameuse affaire Farewell immortalisée au cinéma), le renseignement américain met en place une opération d’intoxication consistant à diffuser de fausses informations aux Soviétiques, quant aux puces informatiques par exemple. Cette opération a affaibli l’URSS et s’est ajoutée aux failles internes qui ont conduit à son implosion sur le plan politique et social.

De manière générale, pour répondre à la deuxième partie de votre question, je ne dirai pas que la ruse, à elle seule, peut faire s’effondrer des États ou des empires. Tout mon propos est de montrer que la ruse est impuissante sans la force et que la force est aveugle sans la ruse. Ruse et force constituent deux données essentielles de la grammaire stratégique.

 

Alors que cette époque de la guerre froide avait quelque chose de prévisible, de gérable, l’ère actuelle, tristement marquée par le terrorisme globalisé, est celle des conflits asymétriques, où l’ennemi est invisible et la menace diffuse. On essaie au maximum de répondre à la ruse par la ruse, voyant que la force pure est ici parfois inopérante. Comment nos élites stratégiques et militaires sont-elles formées à ces paramètres nouveaux ? Le sont-elles de manière satisfaisante à vos yeux ?

face à la menace terroriste

Attention à l’illusion rétrospective ! Je ne dirai pas que la guerre froide avait quelque chose de plus «  gérable  » et «  prévisible  » que le terrorisme djihadiste actuel. Je ne dirai pas non plus que la guerre froide était plus lisible, même si les belligérants étaient nettement caractérisés sur le plan institutionnel et politique.

La menace nucléaire faisait peser une grande incertitude sur les relations internationales, et les risques engendrés par l’usage de la bombe étaient bien plus grands que les conséquences supposées du terrorisme djihadiste. Mais il est toujours plus facile de dire que le monde était autrefois plus compréhensible, voire moins dangereux. Cela fait partie d’une rhétorique qu’on trouve à tous les niveaux de la société et qui est souvent un alibi pour ne pas penser précisément, et regarder en face, les menaces qui nous touchent réellement.

« Dans le cadre du terrorisme, l’attentat est une ruse

du faible, utilisée par nécessité et non par choix,

pour compenser un déficit de force. »

Dans le cadre du terrorisme, on a affaire à une ruse du faible, qui est utilisée par nécessité et non par choix. Les groupes djihadistes vont recourir à la ruse pour compenser leur déficit de force. Le problème des États, notamment occidentaux, réside dans la persistance de sentiments contrastés, à la fois toute-puissance et vulnérabilité. Les responsables politiques ont souvent tendance à sous-estimer le risque terroriste quand celui-ci se profile et à surestimer la menace lorsqu’elle devient réalité.

Par exemple, les États-Unis ont eu beaucoup de mal à prévoir les attentats du 11 septembre, y compris sur le plan du renseignement, d’abord parce qu’ils ne pouvaient pas imaginer que les principaux symboles de leur puissance politique (Maison blanche), militaire (Pentagone), économique (World Trade Center) allaient être touchés. Pourtant, la CIA disposait de professionnels très compétents, de moyens technologiques supérieurs et d’informations sérieuses et recoupées. Mais on peut faire l’hypothèse que les États-Unis, à l’image du Pharaon égyptien contre les Hébreux, sont partis du principe qu’ils étaient invulnérables et qu’une telle attaque était inconcevable. Le risque d’attaque massive de type terroriste a donc été sous-estimé.

Mais d’autre part, à la suite de ces attentats qui ont constitué un énorme traumatisme, le pouvoir politique américain a pratiqué une forme de surenchère sécuritaire et belliqueuse, déclarant «  la guerre au terrorisme  » globalisé, alors même qu’on ne déclare pas la guerre à un mode d’action, mais à un ennemi au sens politique. Du même coup, les États-Unis ont donné une importance disproportionnée à la menace terroriste, ce qui n’a sans doute pas aidé à la résorption du problème.

« Double travers, détecté en France comme aux

États-Unis : sous-estimation du risque induit

par le terrorisme en amont, et surréaction

"belliciste", souvent contre-productive, en aval. »

On aurait tort toutefois de considérer qu’en Europe et notamment en France, nous sommes épargnés par ces erreurs d’appréciation. Au contraire, les attentats de 2015 et 2016, à Paris et à Nice, ont fait apparaître le même type de réaction des autorités politiques : d’un côté, sous-estimation du risque induit par le terrorisme et, de l’autre côté, surestimation de la menace par une réaction «  belliciste  » disproportionnée.

S’agissant de la formation des élites à la stratégie militaire, je dirais qu’elle est souhaitable et même essentielle au regard de ce que je viens de décrire, car elle permet d’injecter du rationalisme dans un univers dominé par la panique morale et les perceptions faussées. Je ne dis pas qu’il ne faut pas tenir compte des émotions, mais celles-ci doivent être dominées par la raison politique, quitte à ce que les émotions constituent un ressort de l’action politique elle-même. Les terroristes y parviennent, pourquoi pas nous ?

 

Pour quelles manifestations historiques de ruse avez-vous la plus grande admiration ? Quels-sont à l’inverse les actes de « perfidie » qui pour vous ne méritent que mépris ?

perfide en guerre

Je dois dire que je ne me suis jamais posé la question ! Évidemment, j’ai une tendresse spontanée pour le Cheval de Troie, mais c’est un sentiment «  littéraire  » pour un épisode mythologique. Je suis également impressionné par les ruses de Thémistocle à Salamine ou celles d’Hannibal contre les Romains… Mais mon travail n’a pas vocation à compter les bons et les mauvais points. Je m’efforce de sonder l’âme humaine à travers le phénomène guerrier.

« La perfidie en temps de guerre, c’est d’après

la définition actuelle le fait de briser la distinction

entre combattants et non-combattants. »

Quant à la perfidie, je m’en tiendrai à la définition juridique actuelle en droit des conflits armés : elle consiste en une atteinte à la bonne foi élémentaire dans la guerre, brisant la distinction entre combattants et non-combattants. Par exemple, la perfidie est caractérisée lorsque des militaires revêtent les habits humanitaires pour attaquer l’ennemi. Ces actes-là ne relèvent pas de la ruse de guerre licite, mais de la perfidie prohibée au sens où ils ruinent la confiance qu’on maintient, en dépit de l’état de guerre, à l’égard des travailleurs humanitaires. Ces actes, qui ne sont en rien admirables, hypothèquent les chances de la paix.

 

Le fameux penseur florentin Machiavel, central dans votre ouvrage, avait en son temps (celui de la Renaissance) révolutionné la philosophie politique, apportant notamment dans la réflexion le fait de «  politiser la guerre  » et de «  belliciser la politique  ». Où est la force, et où est la ruse, dans l’exercice de la politique interne dans nos démocraties ? La maîtrise de la rhétorique constitue-t-elle un élément déterminant dans l’escarcelle de celui qui, dans ce milieu, entend « ruser » ?

Machiavel, et l’art du politique rusé

Machiavel considère que les qualités du chef de guerre (patience, sang froid, audace…) prévalent dans le domaine politique. La guerre est le modèle d’action à partir duquel Machiavel forge sa vision de la politique. Le gouvernant, tel que Machiavel le décrit, est un stratège qui transpose son savoir-faire militaire dans le domaine politique et qui fait de la guerre la question politique par excellence. C’est ainsi que Machiavel politise la guerre d’un côté et «  bellicise  » la politique de l’autre. La transgression machiavélienne réside dans ce double mouvement qui rompt avec les perspectives chrétienne et humaniste.

Dans la philosophie politique, héritée de Platon et d’Aristote, le temps ordinaire de la politique est séparé du temps extraordinaire de la guerre. La politique se déroule dans les murs de la cité tandis que la guerre a lieu, dans l’idéal, sur une plaine dégagée à l’écart de la cité. De plus, la science politique grecque, comme le montre Pierre Manent, est une science de la cité, alors que la science politique de Machiavel est tout entière contenue dans l’art de conquérir et de conserver le pouvoir. Pour Machiavel, la question du régime politique, monarchie ou démocratie, importe peu également, tandis que c’est un point central pour Platon et Aristote. En outre, Machiavel renverse la hiérarchie entre l’intérieur et l’extérieur ; pour Platon et Aristote, la politique intérieure l’emporte sur l’action extérieure. C’est l’inverse qui est vrai pour Machiavel, une communauté politique incapable de se défendre militairement des agressions extérieures n’étant pas viable. Enfin, le monde de Machiavel est hostile. Il se caractérise par l’instabilité, la fragilité des situations, l’instabilité de l’âme humaine, le hasard et l’aléa, autant de réalités qu’on ne peut conjurer, tandis que le monde de Platon et Aristote est ordonné par le régime politique.

Dans ce contexte, dit Machiavel au chapitre XVIII du Prince, il faut savoir être lion pour effrayer les loups et renard pour éviter les pièges. Force et ruse sont à la fois les deux qualités du stratège et du gouvernant. Machiavel ne dit pas qu’il faut être rusé en toute occasion. Il estime que le prince ne peut avoir toutes les qualités humaines, mais qu’il doit paraître les avoir. La ruse n’est pas seulement un procédé trompeur, mais une forme d’intelligence qui permet au prince de «  colorer sa nature  ». Machiavel renoue ici avec le sens antique de la mètis, tout en affirmant la continuité de la guerre et de la politique. Il n’est pas loin d’inverser la formule de Clausewitz (la guerre comme continuation de la politique) avant l’heure. Machiavel est le dernier des Anciens et le premier des Modernes.

« Hors les caricatures, on peut dire que, pour

Machiavel, le bon politique est celui qui sait

composer avec les "humeurs" du peuple. »

Dans le contexte démocratique, marqué par la volatilité et la pluralité des opinions, les qualités identifiées par Machiavel sont très utiles au gouvernant. Elles lui permettent de se montrer sous un visage différent selon les situations, en utilisant la parole bien sûr mais aussi les apparences, les images, les perceptions, les émotions. Il convient cependant de ne pas réduire Machiavel au machiavélisme, au sens d’un cynisme qui consisterait à mépriser le peuple et à le manipuler. Au contraire, Machiavel est plutôt du côté de la République et de la démocratie. Il estime que les gouvernants comme les peuples ont leurs «  humeurs  » et, comme l’a montré Claude Lefort, Machiavel interprète la politique à partir de la variable du conflit. L’art de gouverner, c’est l’art de dominer les conflits, de les apaiser, de rendre justice autant que possible à chacune des parties et de trancher dans le vif lorsqu’un compromis est impossible. Pour Machiavel, il n’y a rien de pire que la voie moyenne. La politique ne suppose pas de donner à tout le monde mais de décider. Cependant, toute décision arbitraire déclencherait le courroux du peuple, ce qui serait le pire des choix.

 

Machiavel

Niccolò Machiavelli.

 

L’actualité internationale est dominée par les inquiétudes autour de l’affaire nucléaire nord-coréenne, et sur ce sujet la surenchère verbale et de menaces à laquelle se livrent Kim Jong-un et Donald Trump n’est pas pour rassurer... Ce qui inquiète aussi, c’est la personnalité de l’un et de l’autre, qui passent pour impulsifs et imprévisibles. Est-ce qu’on est là à votre avis en présence de part et d’autre d’une ruse, de postures rappelant celle de l’ « homme fou" dont parlait Kissinger à propos de Nixon ?

Trump, Kim, jeux de ruse ?

La meilleure manière de dissimuler sa ruse, et ainsi de ne pas attirer l’attention des éventuels concurrents, est de se faire passer pour bête ou pour fou. Bien sûr, simuler la folie est un jeu dangereux auquel on peut se prendre, mais après tout, Machiavel, dans un chapitre des Discours consacré à l’attitude de Brutus avant l’assassinat de César, montre «  combien il peut être sage de feindre pour un temps la folie  ». Je dirai donc qu’avec Trump et Kim Jong-un, il ne faut pas s’arrêter aux apparences et à leur personnalité impulsive, imprévisible voire pathologique, ne serait-ce que par prudence.

« Trump est d’autant plus dangereux que son

comportement politique est faussement

simple, et qu’il n’est pas dénué de ruse... »

Dans le cas de Trump, il est clair qu’il a été sous-estimé par l’état major républicain et par les commentateurs autorisés, qui ont mis beaucoup de temps à prendre au sérieux l’hypothèse de son élection, le problème étant que tous ont été aveuglés par l’image médiatique qu’il renvoyait. Trump l’a emporté d’autant plus facilement qu’il n’a pas été jugé à sa juste valeur. N’oublions pas qu’il a été choisi par les électeurs républicains dans l’élection primaire, puis par les Américains au niveau national. On peut bien sûr le regretter, refaire l’élection, souligner les faiblesses de sa concurrente Hillary Clinton, mettre la victoire de Trump sur le compte d’un concours de circonstances… Mais on a eu tort, et on aurait tort à nouveau, de négliger son habileté politique. À mes yeux, le personnage est d’autant plus dangereux que son comportement politique est faussement simple, et qu’il n’est pas dénué de ruse, qualité utile dans le monde des affaires dont il est issu.

« La stratégie de Kim est plus prévisible que celle

de Trump, puisque le dictateur nord-coréen est

un pur produit du système dont il est issu. »

Le cas de la Corée du Nord est différent puisqu’on a affaire à un régime totalitaire et héréditaire. Kim Jong-un est au pouvoir parce qu’il est le fils de son père, mais cela n’exclut pas d’être intelligent et malin. Cela dit, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse : la grossièreté du personnage n’est pas forcément un gage d’intelligence. Kim est d’abord le produit d’un régime nord-coréen qui, comme tout régime totalitaire, est fondé sur la terreur et l’intoxication. La ruse, au sens tactique de la dissimulation et de la tromperie, constitue une donnée intrinsèque du système politique et non une œuvre individuelle. En ce sens, la stratégie de Kim Jong-Un est plus prévisible que celle de Trump. Le chef d’état nord-coréen développe la bombe avec le souci d’être reconnu sur la scène internationale, estimant qu’en dépit de ses sorties menaçantes, Trump n’ira pas jusqu’à briser l’équilibre de la terreur. C’est étonnant car on retrouve quelque chose de l’incertitude de la guerre froide, mais dans un système international qui n’est plus bipolaire.

 

Je l’indiquais en ouverture de cet entretien : les deux figures de la mythologie homérique, Achille et Ulysse, incarnent respectivement la ruse et la force, tout au long de votre ouvrage. À titre personnel, Jean-Vincent Holeindre, si vous devez en choisir un, lequel de ces deux personnages respectez-vous et estimez-vous le plus, et pourquoi ?

qui d’Achille ou d’Ulysse... ?

Les deux personnages sont également intéressants par leur ambivalence et les tourments qui les assaillent. Ces tourments sont universels. Homère met en lumière deux figures du guerrier qui sont à la fois antithétiques et complémentaires. Ulysse n’est pas seulement l’antithèse d’Achille, c’est aussi son double, son alter ego.

D’un côté, Achille est un guerrier, fort, courageux, qui dispose de qualités physiques et morales exceptionnelles, mais il est orgueilleux. Il ne cherche pas la victoire, mais la «  belle mort  » du guerrier, obtenue au combat. Il meurt au champ d’honneur, non pour honorer sa patrie mais pour nourrir sa gloire personnelle. Il veut briller, c’est un élément essentiel de sa gloire héroïque, mais aussi de son hubris, terme grec qu’on pourrait traduire par démesure.

« On a tous quelque chose d’Achille et d’Ulysse

en nous, il est très difficile de les séparer. »

Ulysse, quant à lui, est petit, malingre, menteur, roublard. Il ne possède aucune des qualités physiques et morales du héros grec. Son identité est trouble. Pourtant, c’est lui aussi un héros, qui se distingue par son intelligence, son habilité, sa ruse. Si Achille est la quintessence du soldat, Ulysse est la première figure de stratège. Il mobilise toute son intelligence pour vivre et pour vaincre, car il est plus que tout attaché à sa famille, à sa patrie et à sa propre existence. Je crois qu’on a tous quelque chose d’Achille et d’Ulysse en nous, et qu’il est très difficile de les séparer.

 

Vous venez d’intégrer l’Université Paris 2 Panthéon-Assas en tant que professeur de science politique, et êtes rattaché au Centre Thucydide. Comment abordez-vous cette nouvelle aventure, et quels sont vos objectifs ?

le Centre Thucydide

Je suis tout d’abord heureux et honoré d’avoir pu réintégrer cette université au sein de laquelle j’ai commencé ma carrière en tant qu’enseignant titulaire. Une des raisons pour lesquelles j’ai rejoint le centre Thucydide, spécialisé en relations internationales, tient à mon souhait de faire dialoguer la science politique et le droit sur les questions internationales. Je n’ai pas de formation juridique mais à force de travailler avec des collègues juristes au sein des facultés de droit, à Poitiers et à Paris, j’ai pris conscience de la centralité de cette discipline pour étudier la politique et notamment l’international.

Au Centre Thucydide, avec son directeur Julian Fernandez qui est professeur de droit public, nous menons des projets en relations internationales, qui croisent les perspectives de juriste et de politiste. C’est une grande richesse. Par ailleurs, je dirige depuis peu le Master de Relations internationales de l’Université Paris 2, qui rattaché au Centre Thucydide. Ce master est co-habilité avec l’Université Paris-Sorbonne, et je l’anime aux cotés de mon collègue historien Olivier Forcade, professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne. Cette collaboration entre droit, science politique et histoire correspond à ma conception de l’Université et à ma manière de faire de la recherche. J’essaie de transmettre tout cela aux étudiants, et c’est un grand bonheur !

 

Vos ambitions, vos projets (perspectives de recherche mais « pas que ») pour la suite ?

« Une de mes ambitions est de faire dialoguer

le monde universitaire et celui des militaires. »

J’envisage un nouveau livre sur l’Antiquité, mais le projet n’est pas suffisamment avancé pour que je puisse en parler. Je prépare à plus brève échéance un petit manuel sur les études stratégiques, l’idée étant de synthétiser tout ce que je peux apprendre comme directeur scientifique de l’IRSEM, l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire. Composé d’environ 40 agents, dont une trentaine de chercheurs, c’est en quelque sorte le centre de recherches en sciences humaines et sociales du Ministère des Armées. L’une de mes ambitions est de faire dialoguer le monde universitaire et celui des militaires. Mes fonctions à l’IRSEM, que j’occupe depuis fin 2016, y contribuent.

 

Un dernier mot ?

Merci pour ces questions, nombreuses et pertinentes, qui m’ont conduit à clarifier certains points et m’ont poussé dans mes retranchements !

 

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15 novembre 2022

Frédéric Quinonero : « L'éclectisme de Patrick Bruel est admirable... »

 

Qui oserait prétendre qu’il ne connaît pas cet homme ? Depuis une trentaine d’années, Patrick Bruel est partout. Cette vidéo d’une de ses plus belles chansons, Qui a le droit ?, nous vient de ce temps où passer à côté était même impossible : autour de 1991, la "Bruelmania", une espèce de folie collective - même si elle a surtout touché les jeunes filles de l’époque. Bruel aurait pu rester enfermé dans cette image-là, mais force est de constater, qu’on l’aime ou qu’il agace, qu’il a su se renouveler, et faire prendre à sa carrière - devrais-je dire "ses" ? - des chemins inattendus. Bruel le chanteur est toujours là, idem pour l’acteur, rôle qu’il joue depuis plus longtemps encore. Frédéric Quinonero, fidèle de Paroles d’Actu, biographe empathique et rigoureux, vient de lui consacrer chez l’Archipel un nouvel ouvrage, un abécédaire inspiré et richement illustré : Patrick Bruel, au fil des mots. À feuilleter forcément, si vous aimez Bruel. Merci à Frédéric Quinonero pour cette interview. Exclu. Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

Frédéric Quinonero : « L’éclectisme

de Patrick Bruel est admirable... »

Bruel au fil des mots

Patrick Bruel, au fil des mots (L’Archipel, octobre 2022).

 

Frédéric Quinonero bonjour. Pourquoi ce nouveau livre sur Patrick Bruel, et pourquoi avoir choisi ce format de l’abécédaire ? Cet exercice-là t’a plu ?

J’avais pris beaucoup de plaisir à écrire la biographie de Patrick Bruel, Des refrains à notre histoire, parue en 2019 chez le même éditeur. C’est un livre qui a rencontré le succès et m’a permis de beaucoup échanger avec les admiratrices du chanteur. Ce lien sympathique méritait d’être entretenu. L’abécédaire, proposé par mon éditeur, a permis de prolonger cette complicité. L’exercice, plus ludique, moins rigoureux et contraignant que la biographie pure, m’a beaucoup plu. De la même façon que le lecteur a le loisir de musarder d’une lettre à l’autre, au gré de son humeur, j’ai éprouvé un égal plaisir à vagabonder, à écrire sans être tenu de respecter un ordre chronologique, sans avoir à dérouler le fil d’un récit.

 

 

"Des refrains à notre histoire", justement. Raconte-nous "ton" histoire avec Patrick Bruel ? Tu l’as aimé assez tôt, ou plutôt après la "Bruelmania" ?

En réalité, je n’aurais jamais pensé écrire sur Patrick Bruel. Je suis passé totalement à côté de la "Bruelmania". Comme tout le monde, je connaissais quelques tubes et je l’avais apprécié dans certains films… Lorsque la proposition est venue de mon éditeur, j’ai accepté de relever le défi mais il m’a fallu tout écouter, tout visionner, tout découvrir. Et ce fut un vrai plaisir. En fait, la partie la plus intéressante du travail de biographe c’est celle-là  : partir à la découverte de son sujet. Aujourd’hui, je suis aussi incollable sur Bruel que ses ferventes admiratrices ! (Rires)

 

Bruel comme Johnny ont connu le même drame : l’abandon par le père. Dans le cas de Bruel, une mère forte a su prendre le relais, adoucir son enfance et ouvrir ses horizons, tandis que la mère de Johnny a, elle, été défaillante. Tu connais bien les deux artistes : quel regard portes-tu sur la manière dont l’un et l’autre a affronté ces blessures originelles ?

La mère de Johnny a été défaillante, par la force des choses. Mais Johnny a longtemps pensé qu’elle l’avait à son tour abandonné. Ce double abandon, du père et de la mère, a été le tourment de sa vie, sa blessure profonde. Longtemps, comme Bruel, il s’est cherché un père de substitution, mais surtout une mère. On peut plus facilement se passer d’un père que de l’amour d’une mère, surtout quand on est un garçon. C’est la scène qui a sauvé Johnny  : il n’existait vraiment que face au public, dans son habit de chanteur. Il était paumé, partout ailleurs. Bruel a bénéficié de l’amour exclusif de sa mère, une mère qui l’a protégé de tout ce qui aurait pu faire entrave à son équilibre. Des hommes ont occupé la place vacante tout au long de sa vie, tenant rôles de confidents, inspirateurs, maîtres à penser, puis il a su faire la paix avec son géniteur, au moment où lui-même allait devenir père.

 

 

On n’est pas dans son intimité, mais quand on te lit, on a l’impression d’un Bruel ayant le culte de l’amitié, et un état d’esprit très famille aussi, très clan. Est-ce qu’il s’est un peu cherché des modèles de substitution, je pense par exemple à un Guy Carcassonne, ou dans un autre genre à un Alexandre Arcady ? Dans le monde de la chanson, aussi ?

Oui, Bruel a su préserver sa vie privée, lui accordant une place privilégiée. On le sait fidèle, à Arcady par exemple. Les deux hommes ont démarré ensemble, l’un comme cinéaste, l’autre comme acteur. Ils ont tourné cinq films ensemble. Arcady est le parrain d’un des deux fils de Bruel. Il vouait à Guy Carcassonne un attachement quasi filial. Son décès l’a beaucoup ébranlé. Dans le monde de la chanson, les amitiés sont plus difficiles, mais Bruel a toujours entretenu une étroite connivence avec ses collègues des Enfoirés et n’a jamais manqué le rendez-vous annuel. Bruel avait beaucoup d’affection et d’admiration pour Johnny. Il est aussi très attaché à Jean-Jacques Goldman ou Renaud.

 

 

Qui l’a influencé de manière décisive quant à son univers musical ? Barbara bien sûr, Aznavour aussi, et Sardou pour le magnétisme scénique ?

Sa mère a assuré son éveil artistique, elle l’emmenait au théâtre, à l’opéra et lui faisait découvrir les chanteurs qu’elle aimait, comme Barbara, qu’il a longtemps suivie par la suite et à qui il a rendu hommage dans un album, Jacques Brel, qui l’a pas mal inspiré, et Serge Reggiani. À l’adolescence, il s’est passionné pour le rock anglais, les Rolling Stones en particulier. Et c’est en assistant par hasard à un concert de Michel Sardou à l’Olympia, en 1976, qu’il a trouvé sa vocation. Son éclectisme est admirable.

 

 

On va dans le vif du sujet, dans la chaleur du succès. Comment Patrick Bruel a-t-il vécu la folie (parce qu’il faut bien appeler un chat un chat) "Bruelmania" ? À ton avis, il a galéré pour s’extirper de l’image d’idole qui lui a collé à la peau  ? Et penses-tu que, par ses choix artistiques, il a su conquérir véritablement de nouveaux publics (les anciens avec l’album Entre deux par exemple) ?
 
Une célébrité à un tel paroxysme a quelque chose d’inquiétant. Bruel s’en accommode, à l’époque – on ne se plaint pas d’avoir du succès quand on l’attend depuis longtemps, même si ce succès dépasse tout ce qu’on pouvait imaginer –, mais il a conscience du danger, des effets pervers de ce genre de "phénomène". Le succès, oui, mais Bruel voulait s’inscrire dans la durée, ne pas être un chanteur à minettes. Il visait plus loin, plus haut. Alors, il a délaissé quelque temps son habit de chanteur pour se consacrer à la comédie, se faire une place au cinéma, avant de revenir avec un album de chansons plus matures, à la fois intimes et poétiques, qui trouvaient leur place au rayon "grande variété". Son auditoire s’est peu à peu élargi. Il a ensuite rallié les anciens, en effet, avec le double album Entre deux, qui a obtenu un énorme succès. Puis il a su s’entourer de jeunes partenaires pour toujours rester dans l’air du temps. Explorer de nouveaux univers, tout en restant Bruel.

 

Bruel a l’air de réussir tout ce qu’il entreprend : la musique bien sûr, le ciné aussi, le théâtre, la production artistique (il a importé quelques tubes de l’été) et production d’huile (!), le poker, et il parle en expert de politique ou de foot... Ça agace non ? Est-ce qu’une forme d’omniprésence a pu lui nuire ?

La jalousie est un mal français. On n’aime pas ceux qui réussissent. Et, évidemment, quand on réussit tout ce qu’on entreprend, comme c’est le cas de Patrick Bruel, on peut imaginer que cela suscite de l’agacement. Pourtant, il a plutôt une bonne cote de sympathie. Les professionnels de la profession l’ont longtemps boudé, lui refusant certains prix pourtant mérités, mais les salles de concert sont combles. Partout en France, et dans quelques autres pays. Depuis la mort de Johnny, il est le chanteur qui attire le plus grand nombre de spectateurs.

 

Michel Sardou a choisi il y a quelques années de quitter la scène musicale pour revenir à ses premières amours : le théâtre (entre le moment de l’interview et sa mise en ligne il a annoncé son retour, ndlr). Pour toi, Bruel est-il fondamentalement, plutôt un chanteur, ou un acteur, à supposer que l’un et l’autre soient si différents que ça d’ailleurs...  ?

Bruel est un artiste qui a réussi dans les deux domaines. Il est même le seul à avoir mené les deux carrières de front. Ses aînés, Montand et Reggiani, ont longtemps délaissé l’une des deux disciplines pour se consacrer pleinement à l’autre. Bruel a tout assuré en même temps  : chanson, cinéma, théâtre. La "Bruelmania" a été un tel phénomène qu’on a tendance à le voir plutôt comme un chanteur, mais reconnaissons lui une filmographie plutôt riche – une quarantaine de films, dont quelques gros succès.

 

 

Quelles chansons te touchent le plus, dans son répertoire ?

J’ai une nette préférence pour ses chansons tendres, celles où sa voix est tout en douceur et en sobriété. Je n’aime pas trop quand il fait des prouesses vocales. Ainsi, j’écoute avec plaisir Juste avant, Ce soir on sort, J’te mentirais, Raconte-moi, Les Larmes de leurs pères, Élie, Mon repère… Sa reprise de Madame, de Barbara, me plaît beaucoup aussi. Parmi les plus connues, j’aime beaucoup Qui a le droit et Place des grands hommes, qui sont parmi ses chansons celles qui resteront.

 

Si tu devais nous recommander un film avec Bruel, à voir absolument ?

Un seul c’est difficile. Un secret, peut-être. Mais j’ai un souvenir assez marquant de La Maison assassinée.

 

 

 
Quelle question lui poserais-tu si tu l’avais face à toi, les yeux dans les yeux ?

Qu’est-ce qui fait courir Patrick ? (pour paraphraser son ami Chouraqui).

 

3 qualificatifs qui iraient bien à Bruel tel que tu crois l’avoir compris ?

Sincère. Battant. Sympathique.

 

Nous commémorerons bientôt les cinq ans de la disparition de Johnny Hallyday, que tu aimes, et sur lequel tu as tant écrit. Ce moment de décembre 2017, comme beaucoup, tu l’as redouté. Comment as-tu vécu tout ça, et ça t’a fait quoi, ces cinq ans sans Johnny ?

Je sais qu’il est mort, sans l’avoir complètement assimilé. Je continue à l’écouter et à le regarder comme quelqu’un de bien vivant, parfois j’ai un sursaut de lucidité et je me répète : "Il est mort, Johnny est mort", plusieurs fois pour m’en convaincre. Ce sentiment est étrange. Pour commémorer les cinq ans de sa disparition, j’ai le sentiment d’avoir été écarté de l’événement, car depuis mon Johnny immortel, on m’a plus ou moins signifié que j’avais tout dit (le livre fait 900 pages). Or, Johnny est mon sujet de prédilection. Il disait de moi que j’étais juste et bienveillant. Je voudrais pouvoir encore perpétuer sa mémoire, j’ai plein d’idées… Et je connais mon sujet. On ne peut pas dire que ce soit le cas de tous ceux qui, depuis sa mort, y vont de leur livre… Mon livre sur les femmes et leur influence dans le parcours et la vie de Johnny, je l’ai publié chez un autre éditeur et je regrette qu’il soit si peu connu, car c’était un travail d’enquête passionnant… Je pense que je vais consacrer du temps à un autre projet autour de Johnny, quitte à l’autopublier si aucun éditeur n’est intéressé. Je vais m’occuper un peu de moi à partir de l’année prochaine (sourire).

 

JH Immortel 2022

 

Ton ouvrage sur Jacques Dutronc vient de connaître une version poche, une première pour ce qui te concerne. Je rappelle que Françoise Hardy, à laquelle tu avais également consacré une bio, y a participé par les témoignages qu’elle t’a offerts, et que le livre a été préfacé par leur fils Thomas. Comment qualifierais-tu tes liens avec ces trois-là ? Quelque chose de particulier, de plus affectif qu’avec les autres ?
 
C’est une de mes plus belles expériences biographiques ! J’avais d’abord écrit le livre sur Françoise Hardy (Un long chant d’amour) sans elle. On m’avait donné une adresse email qui n’était plus valide, puis j’avais envoyé une longue lettre à son éditeur littéraire qui, a priori, ne lui a pas été remise. Elle m’a dit plus tard, lorsque je lui en ai fait parvenir copie : "Vous pensez bien que si j’avais reçu une lettre comme celle-ci, j’y aurais répondu !" Et on peut la croire sur parole, car tout le monde connaît sa franchise décapante… Puis, un jour, dans ma voiture, j’ai entendu une chanson, La rose et l’armure d’Antoine Élie, qui m’a fait immédiatement penser à elle. Comme je ne cessais de l’écouter et de penser à Françoise, je lui ai envoyé un email pour le lui dire – entre-temps je m’étais procuré la bonne adresse. Elle était estomaquée que je puisse écouter en boucle la même chanson qu’elle, et surtout que j’aie pu le pressentir. Elle a parlé plus tard de cet engouement pour la chanson d’Antoine Élie, notamment dans son dernier livre, mais à l’époque je n’en savais rien. Notre dialogue par mail a commencé là. Régulièrement je lui envoie des petits mots auxquels systématiquement elle donne suite. Je me sens privilégié, mais pour elle cela semble tout à fait naturel. Et quand j’ai travaillé sur le livre consacré à Jacques, elle a accepté bien volontiers de répondre à mes questions. Je lui en ai envoyé 25, en lui demandant de choisir celles qu’elles jugeraient le plus pertinentes. Elle a répondu – longuement – à toutes. L’écriture de ce livre a été un grand bonheur, couronné par la préface drôle et émouvante de Thomas. Je crois pouvoir dire que mon texte, qu’il a lu dans sa maison de Corse lors du second confinement, lui a fait un bien fou en cette période morose. Replonger dans le passé de son père, retrouver ses grands-parents disparus et mesurer peut-être l’urgence de profiter de ceux qu’on aime tant qu’il est encore temps. Et j’ose penser que ce livre a été à l’origine de la tournée Dutronc & Dutronc. Thomas est une belle personne, un être simple, gentil, généreux. Il ne se comporte pas comme les autres stars de la chanson. Françoise non plus, d’ailleurs. Il a de qui tenir… Je n’ai jamais pu rencontrer Jacques, c’est mon regret. Mais je ne force pas les choses. En tout cas, je les aime beaucoup tous les trois. C’est vrai qu’ils ont une place à part dans mon cœur de biographe, avec Johnny.

 

F

 

Sheila fête actuellement ses 60 ans de carrière. Tu as pas mal écrit sur elle, dont une bio, et je sais que tu l’as beaucoup aimée, mais j’ai l’impression que quelque chose est un peu cassé je me trompe ? Quel regard portes-tu sur ces six décennies, et sur l’artiste qu’elle est ?
 
On aurait pu penser que c’est avec elle, plutôt qu’avec Françoise, que j’entretiendrais un échange épistolaire, voire même une collaboration artistique. Elle a été ma fée Clochette, l’idole de mon enfance. Elle a été, avant Johnny, la première sur qui j’ai écrit. Je lui avais remis un premier manuscrit en 1998, dans sa loge de l’Olympia. Elle n’a jamais donné suite. Je lui ai envoyé en 2002 une seconde mouture, en lui proposant de participer au projet. Toujours rien. J’ai laissé tomber pour m’occuper de rassembler toutes mes notes concernant Johnny et en faire une éphéméride, ce qui a été mon premier livre publié. Le deuxième a été consacré à Sheila, en 2007 (Biographie d’une idole). Puis il y en a eu deux autres : Sheila, star française, en 2012 (que je revendique comme étant le plus réussi), puis Une histoire d’amour en 2018. Je passerai sur les menaces de procès… Jamais il n’y a eu un mot, un geste, une main tendue. D’autres collègues biographes ont eu cette chance que je n’ai pas eue d’être approchés par leur idole d’enfance et d’avoir concrétisé ce lien si particulier qui unit un chanteur à l’un de ses admirateurs. Sylvie Vartan, par exemple, valide, cosigne et promotionne les livres qu’écrivent ses fans les plus proches (elle ne l’a pas fait pour moi, malheureusement, mais elle a eu des mots dithyrambiques sur mon travail dans la presse). Peut-être n’avais-je pas choisi le bon camp lorsque j’étais enfant… Pour les 60 ans de carrière de Sheila, j’ai passé la main. Si la sienne m’avait été tendue, je l’aurais saisie…

 

On connaît peu les retours que reçoivent les auteurs, et notamment les biographes, de la part des publics qui les lisent. Quelles remarques précises t’ont le plus touché ?

Oh, il y en a beaucoup ! Les plus beaux retours sont souvent ceux-là… On me dit que je suis bienveillant, c’est le terme (également employé par Johnny) qui revient le plus souvent. Bienveillant, sans être forcément cireur de pompes. On trouve mon style fluide et précis, agréable à lire. Et puis, je ne résiste pas à te faire part d’une remarque de Thomas lorsqu’il lisait la biographie de son père et me faisait ses commentaires par mail au fil de sa lecture  :  "Vous semblez très bien percevoir les vérités que l’on cherche à exprimer avec nos mots dans des interviews pas toujours inspirantes et vous les restituez avec toute la finesse dont on rêverait qu’elle soit la norme." Est-il besoin de dire à quel point cela m’a touché…

 

Tes projets, surtout tes envies pour la suite ? Ton projet de roman avance-t-il ?

Je l’ai dit plus haut, m’occuper de moi. Quitte à tenter l’autoédition… Mon roman est fini, envoyé à quelques éditeurs. Personne ne répond.

 

Un dernier mot ?

Merci (pour l’intérêt que tu portes fidèlement à mon travail) !

 

Frédéric Quinonero 2021

 

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12 septembre 2022

Laurent-Frédéric Bollée : « Vésale m'apparaît comme un humaniste épris de savoir... »

Qui se souvient, sinon de son règne, de la mort violente du roi Henri II ? Une page largement oubliée de notre histoire, qu’une BD parue en cette mi-septembre - Vésale, chez Passés/Composés - nous donne à (re)découvrir. "Vésale", du nom de cet anatomiste qui fut appelé au chevet du souverain sur les ordres d’une Catherine de Médicis déjà à la manœuvre. Au cœur de l’intrigue, de ces tentatives désespérées de sauvetage, il y a aussi la rivalité, rivalité de personnes mais surtout, divergence quant aux méthodes employées, entre le médecin du roi, Ambroise Paré, et ce fameux Vésale donc. Un épisode sombre mais qui à sa manière fit sans doute avancer la médecine. Le tout nous est agréablement raconté par l’auteur, Laurent-Frédéric Bollée (co-auteur de La Bombe, auquel un long article fut consacré dans ce site l’an dernier), le dessinateur Fawzi Baghdadli, sans oublier le tout jeune Victor Chassel, pour la couleur. Je les remercie tous trois d’avoir accepté de répondre à mes questions qui je l’espère vous donneront envie d’aller découvrir l’album ! Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

Vésale

Vésale (Passés/Composés, septembre 2021).

 

EXCLU PAROLES D’ACTU

 

I. Laurent-Frédéric Bollée, l’auteur

 

Quelle est l’histoire de cet album, Vésale (Passés/Composés, septembre 2022) ? Vésale, Ambroise Paré, le tournoi malheureux de Henri II, ça vous parlait auparavant, ou pas tellement ?

Il y a déjà, à la base, un éditeur qui se "lance" dans la BD et qui me fait l’honneur de penser à moi pour lui proposer un album à base historique et centré autour d’un personnage. Et moi qui avais, depuis bien des années, mis André Vésale de côté suite à une lecture d’un livre sur l’histoire de la médecine et qui avais trouvé fascinant son parcours, sa vie, son œuvre. Ce n’est qu’en travaillant ensuite sur les éléments chronologiques que je suis tombé sur cette histoire incroyable de l’agonie du roi de France Henri II, dont j’avais entendu parler, mais sans plus... Il était intéressant aussi de voir qu’il pouvait y avoir comme un duel médical entre Vésale et Ambroise Paré, ce qui ajoutait beaucoup à la dramaturgie. Comme quoi, les planètes se sont vraiment alignées !

 

Quel a été votre travail préparatoire pour cet ouvrage, et via quelle documentation ? Dans quelle mesure faut-il, pour ce genre de sujet, s’imprégner justement d’infos médicales, etc ?

À partir du moment où je ne suis pas historien pur jus, et encore moins médecin, il va de soi que je reste dans mon registre d’auteur et presque de "metteur en scène". Je me suis évidemment fortement documenté sur l’aspect biographique de Vésale, constatant au passage qu’on croisait aussi sur sa route des personnalités comme Michel-Ange ou Rabelais, et ensuite je me suis attaché à retranscrire tout ça dans une certaine vision qui est le métier de tout scénariste. Il y a quelques explications médicales qu’on trouve un peu parsemées dans l’album, mais cela reste vraiment à hauteur d’homme.

 

Il y a dans votre mise en scène de ce récit historique, pas mal d’utilisation de l’imagerie macabre, quelque chose qui touche à la fantaisie surréaliste. Pourquoi ce choix, et à vos yeux il s’est imposé très vite ?

Pour deux raisons : Vésale est un anatomiste de renom, qui a une place indéniable dans l’histoire de la médecine. Mais j’y ai vu aussi un homme qui, pour faire progresser son savoir, se munissait parfois de cadavres ou de restes humains, ne cessait de vouloir disséquer, opérer, étudier le corps humain et son "intérieur"... d’où cette mise en abyme par rapport au squelette et aux os, qui symbolise la "mise à nu" du corps humain. Je développe l’idée que Vésale ait pu être plus intéressé par la maladie et la mort que par la vie et la bonne santé... D’où ce côté un peu macabre, en effet, avec parfois une imagerie assez crue. Mais c’est raccord avec l’époque, forcément. De plus, et c’est là que la mise en abyme est double, dans la grande oeuvre écrite de Vésale, De humani corporis fabrica (qu’on appelle tous "la Fabrica"), on trouve plus de deux cents dessins anatomiques avec parfois des sortes de fresque mettant en scène un squelette ou un homme dépecé... Il était tentant et logique d’aller dans ce sens aussi !

 

Comment s’est passée votre rencontre avec le dessinateur, Fawzi Baghdadli, et comment vous êtes-vous organisés pour ce travail à deux ?

Je ne le connaissais pas, il était déjà en relation avec mon éditeur Stéphane Dubreil et nous nous sommes rencontrés en 2021 à Angoulême, où il réside. Son talent pour les "compositions" ou certaines grandes cases est assez incroyable et le travail, classique entre un scénariste et un dessinateur BD, s’est très bien passé.

 

Le passage ici raconté soulève un débat éternel, d’ailleurs bien incarné entre Paré et Vésale : jusqu’à quel point peut-on faire des expériences, souvent cruelles, sur des êtres humains - ou simplement vivants - pour espérer faire avancer la science ? Quel regard portez-vous sur ce questionnement-là ?

Oui, on est en plein dedans assurément, et je laisse d’ailleurs à nos futurs éventuels lecteurs la découverte d’une certaine solution prônée par Paré pour essayer de sauver le roi... ! Plus globalement, et même si l’époque était plus "rude" que maintenant, avec certainement des conditions ou des réalités d’hygiène qui n’ont rien à voir avec celles d’aujourd’hui, il est certain que l’expérimentation a toujours fait partie de la science. Le tout étant, bien sûr, de ne pas franchir des lignes "éthiques", ou supposées telles. Je crois avoir compris que Paré, malgré sa grande renommée chez nous, a pu avoir parfois la réputation d’un chirurgien "boucher" - il est pourtant certain qu’il a sauvé des centaines de vies sur les champs de bataille en soignant à même le sol des soldats blessés... Vésale, mon personnage principal, m’apparaît plus comme un "humaniste", épris de savoir et désireux de parfaire les connaissances en anatomie. Mais il est aussi celui qui allait récupérer des cadavres au gibet qui était situé près de chez lui à Bruxelles... Je suppose que tout cela nous ramène à la célèbre phrase de Rabelais, autre médecin : "science sans conscience n’est que ruine de l’âme".

 

Quel regard portez-vous sur le parcours décidément impressionnant de La Bombe (Glénat, 2020), album qu’on avait largement évoqué dans ces colonnes ? On vous en parle, souvent ?

Figurez-vous que je suis en train de mettre la dernière main à un voyage à Séoul prévu à la fin du mois de septembre... La Bombe sort en effet en Corée et nous sommes invités, Didier Alcante et moi-même, par le Bucheon International Comics Festival à venir chercher sur place le Prix du Meilleur Album étranger que ce festival nous décerne ! Comme quoi, plus de deux ans après la sortie, l’aventure de La Bombe continue, en effet, et ce n’est pas terminé avec une sortie prévue aux États-Unis et au Japon l’an prochain, ce qui sera forcément une grande étape supplémentaire. Au moment où on se parle, nous approchons des 120 000 exemplaires vendus, avec traduction dans dix-sept pays, et on m’en parle souvent oui... J’ai toujours autant de plaisir à m’entretenir avec des profs d’histoire et des lycéens qui me disent que ce livre devrait presque être au programme officiel ! Quelle fierté pour nous.

 

Vos projets et surtout, vos envies pour la suite, Laurent-Frédéric Bollée ?

Je travaille sur pas mal de projets, certains encore un peu confidentiels, mais j’aime toujours autant, comme les grands maîtres de notre métier, me partager entre production mainstream (comme ma reprise de Bruno Brazil et, à venir, de Lady S côté scénario) et des romans graphiques un peu plus littéraires et historiques. En 2023, plusieurs devraient sortir, dont un consacré aux violence faites aux femmes qui me tient particulièrement à cœur...

 

LF Bollée

Réponses datées du 6 septembre.

 

 

II. Fawzi Baghdadli, le dessinateur

 

Fawzi Baghdadli bonjour. Comment vous êtes-vous retrouvé dans l’aventure Vésale, et comment s’est établi le contact avec l’auteur,  Laurent-Frédéric Bollée, et avec votre coloriste Victor Chassel ?

Quand La Bombe a été publié, l’onde de choc me l’a mis dans les mains et je ne l’ai lâché qu’après lecture des 472 pages (et courbature aux doigts, 2020g quand même !) Je venais de découvrir Laurent-Frédéric Bollée, scénariste maîtrisant l’art subtil de raconter des histoires. Quelques semaines plus tard, un ami scénariste qui venait de publier chez l’éditeur Passés/Composés m’a demandé si j’étais disponible, son éditeur cherchait un dessinateur réaliste pour mettre en scène un scénario de… l’auteur de La Bombe ! Coïncidence, Laurent-Frédéric était de passage dans ma ville. Rencontre chaleureuse donc et dédicace de son album à succès.

Quant au coloriste, je l’ai connu à la maternité : c’est mon fils !

 

Les visuels de la BD alternent réalisme historique et surréalisme macabre : un exercice particulier ? Est-ce que ça a été facile, de vous entendre avec l’auteur ? Et avez-vous pu, de votre côté, être force de proposition ?

«  Macabre  » découle de «  maqabir  », mot arabe pour «  les tombes  », «  cimetière  ». Certaines cases et planches entières reprennent le registre récurrent du courant zombies, exercice aisé. Plus pointu par contre fut le tri dans la pléthore de fonds du Net  : architecture des lieux exposés, style vestimentaire recherché voire sophistiqué pour la classe régnante. Le scénariste m’a confié son texte avec ces mots  : «  Sois inventif  »… La messe était dite  !

 

Extrait Vésale

 

Que retiendrez-vous de ce Vésale ?

Je connaissais le tragique tournoi du roi Henri II sans plus, à présent je me surprends à faire mon instruit - ça m’amuse -, à parler d’Ambroise Paré et de ses méthodes hors serment d’Hippocrate, du délire de Vésale et aussi des rôles particuliers de tous les personnages «  côtoyés  » durant les huit mois de dessin.

 

Qu’est-ce qui en tant qu’artiste est jouissif à dessiner, et qu’est-ce qui est plus difficile à coucher sur papier ? Le fait que le sujet abordé soit plus ou moins sombre rend-il la chose plus délicate ?

Qui me côtoie dit «  Il a toujours un crayon, il dessine matin et soir  ». Oui c’est vrai, je dessine comme je respire. Respirer n’étant ni une obsession ni une pathologie, pourquoi le dessin le serait-il  ? Et même si ça l’était, ne me guérissez pas de cette pathologie… jouissive  ! «  Coucher sur papier  », l’expression convoque l’euphémisme de prédispositions horizontales (pour citer Serge Gainzbourg), symbolisme du crayon déflorant la feuille vierge. Pour moi, dessiner en mode jouissif efface la difficulté du sujet.

 

Quel regard portez-vous sur votre parcours jusqu’à présent ? De quoi êtes-vous le plus fier, et parmi votre œuvre  qu’aimeriez-vous inciter nos lecteurs à découvrir ?

Un regard émerveillé sur la faculté de création sous toutes ses formes, des plus primitives jusqu’aux techniques hypersophistiquées, ce regard que perd hélas, un instant ou définitivement, le barbare somnambule. Fier non, amusé oui, du moindre petit gribouillage ou grand mur peint que je couve d’un regard myope de Compagnon autodidacte… Alors le lecteur qui me regardera dédicacer dans quelque festival sera aux premières loges.

 

Vos coups de cœur BD de ces derniers mois, de ces dernières années ? Vous en êtes vous-même un gros consommateur ?

De Zep, Ce que nous sommes. De Simon Lamouret, L’Alcazar. Des coups de cœur en fait, tous styles et auteurs confondus, liste longue bien entendu. Lecture lente, attardée à observer encrage, couleurs, équilibre, angles, profondeur de la composition, gestuelle des personnages et le bon flottement des bulles. Contrairement à des «  gros malades du 9e art  » avec leurs 10 000 albums voire le double, j’en consomme avec modération.

 

Ce que nous sommes

 

Quels conseils donneriez-vous à un(e) jeune ou moins jeune d’ailleurs, qui rêverait de faire du dessin son métier, et de se lancer dans la BD ?

À un jeunot dont les parents pensent qu’il sera le prochain Gotlib, Moebius ou Franquin, en lui payant 7000 euros/par an de longues études artistiques, je dirais qu’on vit une époque formidable. À un autre je dirais «  dessine, matin et soir, comme tu respires, dessine, dessine et dessine encore mais surtout prend plaisir à dessiner...  »

 

Vos projets et surtout, vos envies pour la suite ?

Ménager du temps pour continuer à écrire et dessiner un roman graphique.

 

Fawzi Baghdadli

Réponses datées du 7 septembre.

 

 

Last but not least, lui aussi a toute sa place dans cet article...

Proudly introducing...

III. Victor Chassel, le coloriste

 

Bonjour Victor Chassel. Votre parcours en quelques mots ?

Bonjour, j’ai 25 ans et suis actuellement sur Toulouse depuis un an. Avant cela j’ai passé 16 ans de ma vie à Angoulême, capitale de la BD. Question études, je suis issu d’un bac littéraire, ensuite j’ai poursuivi dans l’IUT du coin pour une formation dans les métiers du multimédia et de l’internet, j’ai arrêté au bout d’un an en raison de la surabondance de maths... malgré tout, j’y ai découvert les joies du graphisme, et comme je suis passionné par l’image depuis minot je me suis ensuite dirigé, l’année suivante, vers Bordeaux, pour effectuer une prépa graphisme, une formation où j’ai appréhendé de nombreuses facettes de la création artistique, que ce soit le dessin académique, la peinture réaliste ou encore la production digitale. Ce fut une année charnière pour moi, qui a confirmé ce goût pour l’image et définitivement précisé mon horizon professionnel. Fort de tout cet apprentissage, j’ai par la suite décidé d’arrêter pour travailler ma technique en autodidacte et affûter ma vision personnelle, j’ai fait quelques boulots de graphisme avant d’arriver aujourd’hui dans le monde des couleurs "bédéiques".

 

Comment devient-on coloriste ? Vous avez toujours eu un rapport particulier avec les jeux et nuances de couleurs ?

Eh bien c’est assez drôle car on le devient sans le prévoir : si on m’avait dit il y a quelques années que je serais coloriste aujourd’hui, ça m’aurait beaucoup étonné ! C’est une surprise de la vie, et en même temps ça suit une certaine logique ; mon père étant illustrateur j’ai, tout au long de mon existence, eu un rapport très étroit avec l’art, sous toutes ses formes, qu’il s’agisse de dessins en noir et blanc ou en couleurs, exécutés dans plusieurs styles et techniques différentes, un véritable creuset graphique qui m’a donné un oeil d’esthète, mais je dois avouer que ce n’est pas la couleur qui me faisait le plus vibrer, c’était plus le goût pour la sophistication technique, le travail des hachures par exemple... l’intérêt des couleurs est venu bien après, quand je suis rentré dans ma période de création digitale puis, bien entendu, sur le terrain de la BD.

Pour répondre plus clairement à la première partie de la question, le chemin pour être coloriste s’est fait très naturellement, j’ai commencé à mettre en couleurs des illustrations du paternel, sources de multiples commandes professionnelles du quotidien, mais rien à voir avec le 9ème art encore, par exemple j’avais colorisé un règlement intérieur illustré pour une organisation immobilière. Et puis est venu le jour où j’ai eu l’opportunité de travailler sur une vraie BD, projet associatif (La Charente, une terre d’histoire) où j’ai pu me faire la main sur quelques planches, toujours dessinées par mon père ; c’est là où j’ai pu mettre en pratique mon apprentissage académique et autodidacte, tout en étant bien sûr conseillé de près par un dessinateur émérite. Ensuite est venu un autre projet, complet cette fois-ci, toujours en collaboration avec le paternel et puis enfin Vésale. Et c’est loin d’être fini !

 

Comment s’est déroulée l’aventure Vésale ? Votre place a-t-elle été simple à trouver, entre l’auteur et ce dessinateur que, donc, vous connaissez bien ?

De la même manière que je suis devenu coloriste, c’est-à-dire naturelle, bienveillante et enrichissante. Je me suis tout de suite senti à ma place dans ce projet, le dessinateur étant mon père et ayant précédemment travaillé avec lui cela semblait logique de réitérer la chose, c’est un des meilleurs cadres de travail dont on puisse rêver dans cette profession, surtout quand l’entente père/fils se passe à merveille. À cela s’ajoute bien évidemment un formidable scénario de Laurent-Frédéric Bollée qui n’a fait que rendre la chose d’autant plus agréable.

 

Vous y avez déjà un peu répondu mais : est-ce qu’aimer ajouter de la couleur au dessin, ça veut forcément dire aussi, qu’on aime dessiner ? C’est le cas et si oui, vous nous en montrez un ?

Sans hésitation je répondrais par l’affirmative, en ce qui me concerne en tout cas. Comme je l’ai mentionné précédemment, j’apprécie particulièrement l’art, autant sous un oeil d’observateur que de créateur. Ça me paraîtrait bien ennuyant et presque dichotomique d’apposer des couleurs sur un art que je ne pratique pas ; dessiner ça aide à comprendre pas mal de rouages et règles graphiques qui s’appliquent à la couleur, comme par exemple le travail textural ou bien l’impact de la luminosité sur la matière.

J’ai beaucoup de dessins à ma disposition, j’ai choisi celui-ci, qui est bien représentatif de ma production personnelle, mélange de figuratif et d’imagination, porté sur la technique, que j’ai réalisé au stylo bic, medium que j’affectionne particulièrement.

 

Dessin V

 

Vous êtes amateur de BD vous-même ? Lesquelles vous ont bien plu dernièrement ?

Évidemment, mon enfance et adolescence ont été alimentées par le 9ème art, quand ce n’était pas les BD présentes à la maison que je dévorais, c’étaient celles de la bibliothèque du coin qui y passaient. Pour être franc, je ne suis plus trop ce qui sort dernièrement mais de temps en temps je prends beaucoup de plaisir à lire les nouveautés des artistes que j’apprécie, en particulier la série Bug d’Enki Bilal et Ce que nous sommes de Zep, qui nous prouve qu’il peut être très bon dans un style réaliste.

 

Vos projets et surtout vos envies pour la suite ?

Présentement je viens d’enchaîner sur un nouveau projet, Les Héritiers, scénarisé par Fabrice Onguenet et dessiné par Mathilde Lebrun, après avoir fait de l’historique j’attaque du fantastique cette fois-ci !

Mes envies pour la suite sont nombreuses et variées, en parallèle de la colorisation je développe un style d’art graphique depuis des années, mélange de figuratif et d’abstrait, j’aimerais vraiment aller plus loin avec ça, faire des expos par exemple. Et puis je nourris le rêve d’un jour réaliser des films, le cinéma étant une autre de mes grandes passions.

 

Victor Chassel

Réponses datées du 12 septembre.

 

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21 mars 2022

Jean Lopez : « La Grande Guerre patriotique a refondé l'Union soviétique »

Il y a quelques mois, après avoir lu Barbarossa : 1941, la guerre absolue (Passés/Composés, août 2019), ouvrage monumental et multi-récompensé qu’il a cosigné avec Lasha Otkhmezuri, j’ai souhaité proposer une interview à Jean Lopez. J’ai vite compris qu’elle serait difficile à caser dans ses agendas très chargés : M. Lopez, historien prolifique et respecté, est aussi un journaliste fort occupé, à la tête notamment de Guerres et Histoire, le bimestriel qu’il a fondé en 2011. Je m’étais d’ailleurs fait à l’idée que cette interview ne se ferait pas. Mais il m’a recontacté il y a quelques jours, alors que la guerre en Ukraine faisait rage. L’échange a eu lieu par téléphone le 14 mars, dans ce contexte chargé qui a évidemment été abordé parce que, s’agissant notamment de l’ancien espace soviétique, ce passé-là n’est jamais bien loin. Un grand merci à M. Lopez pour m’avoir accordé de son temps. Et je ne puis que vous recommander, avec conviction, de vous emparer de l’ouvrage cité plus haut : les dessous et les faits de la colossale et monstrueuse campagne Barbarossa, déclenchée il y a 80 ans et neuf mois, y sont relatés avec une grande précision qui rend le tout plus glaçant encore. Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

Jean Lopez : « La "Grande Guerre

patriotique" a refondé l’Union soviétique... »

Barbarossa

Barbarossa : 1941, la guerre absolue (Passés/Composés, août 2019).

 

Jean Lopez bonjour. La Russie de Vladimir Poutine a enclenché il y a trois semaines une invasion de l’Ukraine. Faut-il rechercher dans ces développements tragiques, et dans les relations entre les deux pays, des points de tension pouvant aussi remonter à la "Grande Guerre patriotique" (l’appellation donnée dans l’ex espace soviétique à la guerre contre les Allemands entre 1941-45, ndlr) ?

Poutine : la rhétorique décryptée

Jusqu’à preuve du contraire, l’Ukraine était alors une république soviétique. Elle s’est battue contre l’envahisseur et a été occupée entièrement, à la différence de la Russie. Elle a proportionnellement plus souffert de l’occupation nazie que la Russie. Je vois donc mal quelle rancoeur la Russie pourrait nourrir à son endroit. Mais effectivement, quand on écoute le discours, les éléments de langage utilisés, bien sûr que Moscou utilise, pour diaboliser ses ennemis, le vocabulaire issu de la Seconde Guerre mondiale. La première déclaration du président Poutine, le 24 février, mettait en avant un objectif de "dénazification" de l’Ukraine. Affirmer que l’Ukraine est nazie est une absurdité complète, ça n’a aucun sens. Ce même reproche avait été adressé par les Russes aux Pays baltes à partir de 2005. Le discours était identique. En s’appuyant sur quoi, au fond ? Sur le fait qu’il y avait eu des collaborateurs des nazis en Ukraine et dans les Pays baltes. Mais cette observation en appelle une autre : il y a eu aussi des collaborateurs des Allemands en Russie.

« On manipule l’Histoire en faisant comme si la lutte

contre les nazis n’avait été que le fait du peuple russe. »

Tout le monde connaît le général Vlassov qui, avec ses 40.000 hommes, s’est mis au service de la Wehrmacht et même des SS. Il y a eu dans chaque village russe des collaborateurs dans la police qui se sont également mis au service des nazis. Il s’agit donc bien d’une falsification de l’Histoire qui s’appuie sur le fait que les Lettons, par exemple, ont donné deux divisions à la Waffen-SS, et que les Ukrainiens lui en ont donné une (la 14e division SS, la Galizien). Mais l’on compte quantité de divisions venues de Russie, je pense notamment à certaines unités de Tatars mais aussi de Cosaques qui se sont également engagés dans la SS. On manipule donc l’Histoire en faisant comme si la lutte contre les nazis n’avait été que le fait du peuple russe : cette lutte a été menée par toutes les républiques soviétiques, il faut encore le rappeler.

 

Et il est important, en ce moment, qu’un historien remette ces pendules à l’heure... Pouvait-on sérieusement imaginer, au vu des intentions affichées par Hitler depuis Mein Kampf, et peut-être surtout, au vu des revendications en terres, et des besoins en ressources et en industries induits par la réalisation du Grand Reich, qu’une attaque de l’Union soviétique par l’Allemagne nazie n’était qu’une hypothèse ?

la probabilité d’une attaque

La raison pour laquelle Staline s’est laissé surprendre, c’est qu’il avait un calcul extrêmement rationnel. Il pensait, premièrement, que le Reich avait besoin de l’Union soviétique pour certaines matières premières stratégiques : le blé, le pétrole, les graisses. Et aussi pour tout le commerce de transit qui se faisait avec l’Extrême-Orient et qui permettait d’obtenir également certaines matières premières stratégiques, je pense notamment au précieux caoutchouc.

Le deuxième point, c’est que Staline ne pensait pas que l’Allemagne allait refaire la même erreur qu’en 1914, c’est-à-dire provoquer une guerre sur deux fronts. Tant qu’il y avait un front ouvert à l’Ouest contre la Grande-Bretagne, notamment au Moyen-Orient mais aussi dans les airs, bref tant que le Reich n’avait pas signé la paix avec Londres, Staline se croyait relativement en sécurité. Cela ne l’empêchait pas, évidemment, de s’armer à fond, de rééquiper et réorganiser l’Armée rouge parce qu’il savait qu’un jour où l’autre l’explication viendrait avec le Reich. Mais jusqu’au dernier moment il n’y a pas cru, il pensait qu’Hitler tirait trop d’avantages de l’alliance avec l’URSS pour l’attaquer.

« Hitler était persuadé que l’édifice soviétique

était vermoulu et qu’une campagne de quelques semaines

ou quelques mois suffirait à le mettre par terre. »

Staline était parfaitement au courant du contenu de Mein Kampf. L’ouvrage avait été traduit en russe par Zinoviev dès 1932 ou 33. Beaucoup d’éléments provenaient également des services de renseignement, indiquant la probabilité d’une attaque. Mais encore une fois, Staline a agi très rationnellement : en pesant le pour et le contre, il en était arrivé à la conclusion qu’Hitler n’attaquerait pas. Il n’a jamais pensé qu’il prendrait un risque pareil, parce qu’il ne croyait pas qu’on puisse abattre l’Union soviétique facilement, alors que c’était précisément le calcul d’Hitler : lui était persuadé que l’édifice était vermoulu et qu’une campagne de quelques semaines ou quelques mois suffirait à le mettre par terre.

 

À quand datez-vous le tournant au-delà duquel une victoire allemande sur le front de l’Est est devenue impossible ?

l’impossible victoire allemande

Il est certain qu’après Stalingrad, ça n’est plus possible. Cela nous amène au début de l’année 1943. Les Allemands les plus optimistes, notamment le Feldmarschall von Manstein, pensent qu’un pat, une paix de compromis est possible. Mais plus personne ne croit à un mat à partir de cette date. D’autres, plus pessimistes, pensaient que l’échec devant Moscou en décembre 1941-janvier 1942, sonnait déjà le glas des espoirs allemands. Mais la prudence commande, encore une fois, de dater l’impossibilité définitive d’une victoire allemande à l’après-Stalingrad.

 

Tout bien pesé, considérant les actions de Staline, des grandes purges de la fin des années 30 jusqu’à ses décisions et discours majeurs d’après l’invasion, en passant par sa fidélité au pacte Molotov-Ribbentrop jusqu’à juin 1941, peut-on dire que l’URSS a gagné sa "Grande Guerre patriotique" plutôt grâce à, ou malgré son maître ?

Staline dans la guerre

Les deux à la fois. L’URSS a failli perdre du fait des bévues considérables de Staline, on peut en citer quelques unes. Le fait qu’il n’ait pas cru à une attaque alors que tout l’indiquait (il a offert à Hitler le facteur surprise sur un plateau d’argent). Le fait aussi qu’il se soit trompé sur la direction d’une attaque éventuelle : il était persuadé qu’elle viserait l’Ukraine, en fait elle a visé Moscou. De la même façon, au printemps 1942, il se trompe à l’inverse : il pense que la direction principale de la deuxième offensive stratégique allemande, celle de l’été 1942 qui ne peut pas manquer de venir, aura pour but Moscou alors qu’elle visera cette fois le sud et le pétrole de Bakou. Il s’est donc beaucoup trompé dans ses choix.

« Incontestablement, la ténacité de Staline,

son obstination, jusqu’à la dureté la plus extrême,

furent un des facteurs de la victoire soviétique. »

Néanmoins, on voit que, l’ensemble du système soviétique étant organisé autour de sa personne, l’édifice se serait probablement effondré si Staline n’avait tenu bon. On peut donc affirmer, et c’est un paradoxe, que Staline est aussi un des facteurs de la victoire. Pour être précis on peut dire qu’il a été un des facteurs des défaites de 1941 : le style de guerre qu’il impose a été déterminant pour l’énormité des pertes enregistrées par l’Armée rouge. Mais incontestablement, sa ténacité, son obstination, jusqu’à la dureté la plus extrême, sont un des facteurs de la victoire soviétique.

 

Et parmi ces facteurs, peut-on citer aussi le caractère totalitaire de l’État soviétique ?

l’atout totalitaire ?

Il y a là sans doute un paradoxe. Bien sûr que le fait d’avoir un appareil de propagande aussi développé aide à gagner une guerre dans la mesure où vous pouvez plus facilement mettre en condition les esprits. Cela, c’est certain : la propagande du régime, la surveillance dont tout un chacun est en permanence l’objet sont des facteurs de résilience importants. La direction centralisée de l’économie (une fois réalisés certains ajustements) n’a pas non plus si mal fonctionné que cela. Mais je ne dirais pas pour autant que les systèmes dictatoriaux seraient plus efficaces que les démocraties en temps de guerre. Je dirais même, au contraire, que les démocraties anglo-saxonnes, ou la démocratie parlementaire française pendant la Première Guerre mondiale, ont montré qu’on peut très bien affronter une guerre de masse avec des institutions libérales sans trop les abîmer, et in fine remporter la victoire.

 

Constat rassurant... De quel poids cette victoire historique a-t-elle pesé dans la perpétuation, par le prestige acquis, du régime soviétique ?

la guerre, ses effets sur le régime

Il est évident que la victoire sur le nazisme a donné une nouvelle légitimité au pouvoir soviétique. Celle de 1917 s’était érodée : les horreurs de la collectivisation, les difficultés de l’industrialisation, l’abomination des grandes purges... tout cela avait beaucoup entamé la popularité du régime. La guerre lui a redonné une légitimité c’est certain, et elle a aussi ranimé un certain nombre d’espoirs dans la population (ils seront très vite déçus) sur une évolution du régime. Mais on peut affirmer que d’une certaine façon, en tout cas sur le plan moral et symbolique, la "Grande Guerre patriotique" a refondé l’Union soviétique.

 

80 ans après, ce souvenir tient-il toujours une place prédominante dans le récit national russe ?

souvenir et récit national

Disons plutôt qu’à partir de l’époque de Brejnev, au début des années 1970, le régime a misé à fond sur le souvenir de la "Grande Guerre patriotique", comme un lien entre tous les citoyens soviétiques et comme un motif de fierté. Depuis, c’est allé crescendo, et Poutine a instauré sur cette partie de l’histoire une mémoire officielle qui touche quasiment au culte religieux. Partout en Russie vous vous heurtez à la célébration du souvenir de la victoire sur le fascisme : son coût, et évidemment la gloire qu’en a tiré le peuple russe. Poutine joue à fond sur ce facteur, pour des raisons de politique interne mais aussi pour des raisons externes puisque, nous l’avons vu au début, cela lui permet d’utiliser une rhétorique extrêmement manichéenne à la fois contre les Pays baltes et contre l’Ukraine...

 

Jean Lopez

Jean Lopez. Photo : Hannah Assouline.

 

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18 décembre 2021

Marcel Amont : « J'ai compris pendant la guerre qu'on pouvait faire l'andouille pour conjurer la peur »

Je ne sais si cet article sera le dernier de l’année, mais si tel devait être le cas, il n’y aurait pas plus belle façon de l’achever. Mon invité du jour est une légende du music-hall à la française, un historique de la grande tradition de la chanson française. Un artiste qui a la voix du chanteur de charme mais qui, depuis sept décennies, a à cœur d’amuser son public, par les mots et par les gestes : un spectacle est aussi visuel, et dans les siens le visuel est fondamental.

Bref, j’ai l’honneur, et surtout la grande joie, de vous présenter aujourd’hui, quelqu’un que, si les choses étaient normales, on ne devrait plus avoir à présenter, y compris auprès des moins âgés : monsieur Marcel Amont ! Ça ne vous dit rien ? Ok, allez écouter, et regarder cette première vidéo, vous allez vous prendre une belle leçon d’énergie, et une sacrée dose de bonne humeur :

 

 

On pourrait en parler ainsi : un artiste qui a toujours été appliqué dans son métier sans jamais se prendre trop au sérieux. La guerre et les épreuves de la vie aident aussi à relativiser les petits tourments quotidiens. Et de la guerre justement, il est question dans son premier roman, parce que oui, à 92 ans Marcel Amont vient d’ajouter à sa collection de casquettes, celle du jeune romancier. Adieu la belle Marguerite (Cairn, 2021) nous narre l’histoire et les aventures de Jean-Bernard, un enfant de la vallée d’Aspe qui va se passionner pour l’aviation, tomber amoureux d’une fille que les différences de rangs sociaux devraient lui rendre inaccessible, et croiser comme des millions d’autres les turbulences d’un temps de grands espoirs et de grands malheurs.

Autant le dire cash, j’ai été conquis : la plume de Marcel Amont est habile et élégante (à l’image de toutes les chansons parfaitement écrites de ses années de gloire), et l’histoire qu’il nous raconte, inspirée à pas mal d’égards de la sienne, fait voyager le lecteur, elle le transporte, elle l’émeut aussi. Une belle réussite qui mérite d’être feuilletée, et que je vous recommande chaleureusement.

Mais avant d’aller plus loin, retournez prendre une bouffée, et une leçon d’énergie :

 

 

Notre interview s’est faite par téléphone, pendant une heure, le 16 décembre. J’ai eu, à l’autre bout du fil, un Marcel Amont loquace, très vif, généreux et bienveillant : l’image qu’il donne à son public correspond bien à l’homme qu’il est dans la vie. J’ai choisi de retranscrire l’entretien en ne le retouchant qu’à la marge, pour reproduire ici l’esprit dans lequel il s’est déroulé. Je remercie vivement cet homme, un artiste authentique, aussi inspirant qu’il est humble ; je remercie également chaleureusement son épouse Marlène, qui a largement facilité cette prise de contact.

Cet article grand format, c’est aussi un hommage à une carrière, l’évocation d’une vie : c’est tellement mieux, de rendre hommage aux gens tant qu’ils sont là vous ne croyez pas ? ;-) Alors, bonne lecture, y como diría el Mexicano, ¡viva Marcel Amont! Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

  

Adieu la belle Marguerite couverture

Adieu la belle Marguerite (Cairn, 2021).

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

Marcel Amont : « J’ai compris

pendant la guerre qu’on pouvait

faire l’andouille pour conjurer la peur »

 

Bonjour Marcel. Je dois vous dire que j’ai beaucoup aimé Adieu la belle Marguerite (Cairn) et même que j’ai été surpris par votre aisance dans l’écriture : c’est votre premier roman, mais on n’en a pas l’impression. Qu’est-ce qui vous a posé problème, par rapport aux livres autobiographiques que vous avez écrits, et avez-vous aimé cet exercice, cette nouvelle casquette du romancier ?

Je lis beaucoup. Et j’ai toujours écrit, depuis l’adolescence : des poèmes, puis des chansons, une comédie musicale... Autrefois, on préparait les émissions de variétés (pas seulement les Carpentier), cela nécessitait une écriture préalable. Je ne peux donc pas dire que je découvre tout à coup le travail de la plume comme qui a la révélation divine. J’écris en permanence des textes qui n’ont pas forcément tous été publiés. Mais c’est vrai que pour de multiples raisons, je n’étais pas sûr du tout de pouvoir plaire à des lecteurs avec une fiction, et de les tenir en haleine pendant 200 pages. Ce qui m’a déterminé à écrire, c’était cette inaction provoquée par le confinement. Je me suis dit : "Qu’est-ce que je risque, après tout ?" Je risquais tout simplement d’avoir travaillé pour rien, qu’aucun éditeur ne publie mon bouquin.

J’ai en tout cas réellement apprécié ce roman, et je peux vous dire, pour en avoir eu des échos, que je ne suis pas le seul.

Oui je dois dire, et c’est là une vraie récompense, qu’il y a une espèce d’unanimité qui me comble. Je suis trop vieux pour remettre l’armure de l’écrivain combattant, professionnel, mais c’est une belle satisfaction.

Dans cet ouvrage, qui nous fait découvrir les terres de votre enfance (nous y reviendrons), et le quotidien des bergers de la vallée d’Aspe dans la première moitié du siècle dernier, touche parce qu’il fait aussi office de témoignage. C’est un hymne à la nature, un hommage aux vôtres aussi ? Quels éléments d’intrigue sont inspirés de la vie de membres de votre famille, ou de gens que vous avez connus ?

J’enfonce une porte ouverte : des milliers d’écrivains prétendent qu’il y a une part d’eux-mêmes dans leurs livres, et c’est évidemment souvent le cas. Cela dit, je ne suis pas né en Béarn, je suis un petit Bordelais : mes parents originaires de la vallée d’Aspe sont venus travailler "à la ville", Bordeaux donc où je suis né et où j’ai passé les vingt premières années de ma vie avant de me décider à tenter la grande aventure sur Paris. Mais j’allais chez grand-mère tous les étés, et mon père et ma mère, comme beaucoup de ceux que j’appelle les "immigrés de l’intérieur", avaient gardé leurs habitudes : on retrouve ça dans les phénomènes migratoires dont on parle tant en ce moment. On peut très bien être français et rester imprégné de son pays d’origine. Mon père, ma mère, mes tantes et mes cousins, tous ces gens qui ont fui leur campagne ou leur montagne dans l’entre-deux-guerres, continuaient à être branchés en ligne directe sur leur village ou leur région d’origine. J’ai baigné là-dedans et fait appel à des souvenirs très vivaces.

 

Vallée d'Aspe vieille

La vallée d’Aspe, vers 1930. Photo : M. Levavasseur.

 

Pour le reste, mon souci a été de ne pas encourir la critique qu’on aurait lancée au "chanteur qui écrit un bouquin". Je voulais quand même être pris au sérieux, et en ce qui concerne l’aviation, la période en question reste très présente dans mon esprit : étant de 1929, j’avais 10 ans au moment de la déclaration de guerre. Mais j’ai voulu confirmer tout ça, pour être inattaquable sur le plan de l’exactitude des faits que je relate.

Vous venez de le rappeler, l’aviation est un thème majeur de votre roman : le héros Jean-Bernard s’est passionné pour ses maîtres et leurs exploits avant d’en devenir lui-même un as. On apprend que vous l’avez pratiquée vous-même...

Oui, j’ai piloté de petits avions pendant vingt ans. J’ai fait des tournées en avion. Nous étions, avec Jacques Brel (je l’ai précédé d’un an), deux artistes ayant pour particularité d’effectuer leurs tournées (en France, s’entend) en se déplaçant par ce biais. Je me suis beaucoup documenté, notamment sur Pau qui a été un centre balbutiant mais très actif de l’aviation au début du 20ème siècle : Blériot, Guynemer et tant d’autres sont passés par là.

Avez-vous été, comme Jean-Bernard, ce passionné qui collectionnait les articles de presse sur ses héros ?

Non. Mais faire mes tournées en avion c’était un rêve que je ne croyais pas possible au départ. Louison Bobet, qui était un copain, m’a demandé un jour : "Avec tous les kilomètres que tu parcours, pourquoi ne fais-tu pas tes tournées en avion, tu te fatiguerais moins ?" Et c’est vrai qu’à l’époque, on parle de 150 galas par an. Je lui avais répondu qu’on passait parfois dans des villages qu’on cherche au microscope sur la carte. Et il m’avait déployé une carte de France des terrains d’aviation : j’avais été sidéré de constater qu’il y avait partout, tous les 100 km ou moins, au moins un petit aérodrome plus ou moins sauvage. Parfois un terrain dans lequel les bergers faisaient paître leurs moutons : on faisait un passage au ras des pâquerettes pour signaler qu’on allait se poser, le gars enlevait ses moutons et on se posait. C’était encore folklorique à l’époque. On s’organisait facilement : il suffisait qu’une partie de l’équipe, techniciens ou musiciens viennent me chercher. Pendant vingt ans ça s’est avéré tout à fait rentable. Ce n’était pas l’aventure, pas Mermoz, mais ça m’a donné de grandes joies.

Il est beaucoup question dans votre livre, on l’a dit, de la Seconde Guerre mondiale : vous vous êtes beaucoup documenté dessus, ça se sent, mais vous l’avez aussi vécue, vous étiez adolescent à l’époque. Est-ce que ces années vous ont transformé, en vous prenant précocement de votre innocence, peut-être aussi en vous apprenant à relativiser beaucoup de ce qui allait suivre ?

Bordeaux, contrairement à ce que pensent beaucoup de gens qui connaissent mal l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, non seulement n’était pas en zone libre (elle était occupée par l’armée allemande), mais était en plus une base sous-marine qui a été bombardée pendant toute la guerre. Ce qui est très troublant, c’est que ce sont nos amis qui venaient nous bombarder, obligé : on ne fait pas la guerre avec des lance-pierres. Forcément il y a eu du dégât, des victimes parmi les populations civiles. N’oubliez pas que, lors du débarquement en Normandie, il y a eu beaucoup plus de morts civiles durant les bombardements qu’il n’y a eu de morts parmi les combattants. J’ai vécu tout ça, et on s’en souvient de façon très présente.

 

Bordeaux pendant la guerre

Le quai des Chartrons, Bordeaux en 1944. Source : http://lesresistances.france3.fr.

 

Un jour un ami m’a dit : "Tu ne pouvais pas te souvenir de ça, tu étais trop jeune ?" Tu parles! À 10 ans, les cloches qui sonnent, et ces bombardements, ce qui m’a le plus marqué. L’occupation, les restrictions, les listes de gens fusillés pour faits de résistance... Je me souviens de tout comme si c’était hier. Dans tous les foyers il y avait la radio branchée sur Londres, qui contredisait ce que la radio française venait de dire. C’était une période infiniment troublée dans les esprits.

J’ai quelques souvenirs très vifs. Celui-ci je le raconte toujours, parce que c’est un élément qui a été déterminant dans mon parcours d’artiste. Le fait que j’opte pour la légèreté, le côté primesautier du gars qui amuse la galerie, est sans doute fortement lié (mais je n’en suis pas sûr, on s’invente parfois des raisons qui ne sont pas les bonnes) à cet évènement qui m’a beaucoup marqué. On vivait avec mes tantes et mes cousins dans un voisinage très proche. Quand mon oncle est mort, on l’a veillé comme on faisait des veillées funèbres à l’époque : toute la nuit. Et toute la nuit, il y a eu des bombardements de la base sous-marine. J’ai toujours ce souvenir d’une trouille intense, et en même temps, la veille de ce cadavre auprès duquel on faisait des prières. Et mon cousin, fils du défunt, qui n’avait peur de rien, est sorti dans le jardin et a fait le pitre sous un bombardement. Ça m’a fortement marqué : je me suis dit qu’on pouvait donc faire l’andouille pour conjurer la peur, et ça m’est resté. Alors, ce n’est pas forcément une bonne explication de mon désir de combattre le trac et l’incertitude en faisant des pitreries, mais je pense que des choses comme ça restent. Mais nous avons été des millions à avoir souffert ainsi de la guerre...

Belle image, celle de ce cousin !

D’ailleurs, il n’avait tellement peur de rien que, travaillant au greffe de Bordeaux, il contribuait à faire des faux papiers pour des gens qui souhaitaient passer en zone libre. Il a fait des papiers pour des Juifs, des communistes... enfin des gens qui avaient maille à partir avec la Gestapo. Il s’est fait repérer et est parti, traversant l’Espagne comme nombre d’évadés de France. Quand il est revenu à Bordeaux, j’ai vu un beau parachutiste sonner à la porte, et c’était lui. Il avait fait partie du premier régiment de chasseurs parachutistes. Il donnait vraiment l’exemple de quelqu’un de courageux.

Avez-vous déjà été confronté, comme votre héros par un homme qui pourtant l’appréciait, à une forme de mépris de classe ?

Je n’en ai pas souffert comme mon héros, je ne me suis pas fait éconduire ou "jeter", mais ça a existé et ça existe toujours. Ce n’est pas parce qu’on a pris la Bastille le 14 juillet 1789 que les différences de classes ont cessé de jouer dans les populations, fussent-elles républicaines. À mon niveau, quand je suis arrivé à Paris avec mon accent bordelais, il n’y avait pas de quoi en faire un complexe, mais un jour un producteur m’a dit : "Écoutez jeune homme, c’est pas mal ce que vous faites, mais puisque vous voulez faire carrière dans la capitale, commencez par vous débarrasser de cet accent ridicule..." On en était encore là. Et pourtant il y avait les opérettes marseillaises, etc... Un type comme Cabrel qui chante Je l’aime à mourir, ça n’existait pas, il y avait Paris et la province. De la même façon, les riches et les pauvres, les opinions politiques différentes, etc...

Ce vécu m’a un peu servi pour raconter la différence qu’il pouvait y avoir entre ce hobereau qui n’admet pas que sa fille tombe dans les bras d’un paysan, bâtard de surcroît. Mais je n’ai pas connu cette situation moi-même.

Plutôt pour le coup, cette forme d’arrogance parisienne ?

Cette arrogance parisienne, les titis parisiens montés en épingle, c’était vivable. Mais enfin, ça a existé. Il y avait encore, quand des gens arrivaient dans une voiture immatriculée en province, des cris comme "Eh paysan !" Mais ça se passait aussi dans la France profonde : quand apparaissait une voiture belge, il arrivait assez souvent que le petit Français se prenne pour un génie à côté des Belges, alors que ça n’était pas toujours le cas !

Une partie de votre récit intervient alors que l’Instruction publique poussait à fond le principe d’assimilation : on formait de petits Français parlant le français, et ça supposait souvent de rudoyer ceux qui s’exprimaient dans les patois locaux, béarnais notamment. Des membres de votre famille ont-ils souffert de cela, et êtes-vous favorable au retour de l’enseignement de ces langues, comme parties intégrantes d’une culture locale ?

Vous faites bien de me poser cette question. Les "immigrés de l’intérieur" dont je parlais tout à l’heure parlaient en même temps leur dialecte, conservant des structures, des habitudes, la poésie traditionnelles... Il ne faut pas oublier qu’on a parlé béarnais, et qu’on a plaidé en béarnais au Parlement de Navarre jusqu’à la Révolution. On peut aussi citer la Bretagne, le pays Basque ou la Corse. Les gens se sont exprimés pendant des siècles dans des langues régionales, et ils n’étaient pas des demeurés pour autant ! Au temps de l’instruction obligatoire de Jules Ferry, avec les hussards noirs de l’enseignement (les instituteurs), ces personnes bien ancrées dans leur régionalisme (qui était parfois un nationalisme, le Béarn ayant été un petit État indépendant pendant des siècles) parlaient souvent un français très recherché, c’était la langue du dimanche. Mon père, qui avait tout juste son certificat d’études, ne faisait pas une faute d’orthographe ou d’accord de participe. Il parlait un excellent français. Mais avec ma mère, ils parlaient béarnais.

Je suis évidemment partisan de donner la priorité à la langue française. Je ne connais pas assez les langues régionales pour en parler en détail, mais je ne vois pas qui, de Molière, de La Fontaine ou de Shakespeare, au pays Basque ou en Corse. Tout de même, Jean Jaurès en son temps disait : "Pourquoi ne pas parler une ou deux heures par semaine à tous ces petits paysans, souvent mal dégrossis, dans leur langue de la maison ?" Il avait raison ! Et ça reste toujours valable. J’ai entendu cet argument fallacieux selon lequel il y aurait déjà suffisamment de choses à apprendre sans devoir s’encombrer encore l’esprit avec des patois. Mais un cerveau n’est pas une vessie, il est largement extensible. Avec les révolutions techniques du moment, on découvre les infinies possibilités du cerveau. Combien de gens parlent couramment trois, quatre langues, et même plus !

Vous êtes un des derniers grands représentants français de la belle époque du music-hall, avec Line Renaud, Hughes Aufray et Régine. Que vous inspirent ces années-là, ces trois personnes, et quel message leur adresseriez-vous ?

Il y a eu de tout temps des artistes qui représentaient leur époque : Béranger au 19ème siècle, Félix Mayol, Maurice Chevalier au début du 20ème... Puis toutes les vagues successives. Les modes changent. Il y a eu ce grand raz-de-marée qui a transformé le mode, ce qu’on a appelé un peu par dérision le yéyé. Mais il y a eu de vrais talents, même si c’était aux antipodes de ce que je faisais, m’inspirant du "music-hall de papa". Moi je pratiquais mon métier comme on le faisait avec les Compagnons de la Chanson, avec Charles Trenet ou Georges Ulmer. Un type comme Johnny Hallyday était vraiment de grand talent. Il est vraiment resté peu de gens de toute cette vague : Françoise Hardy, Sylvie Vartan... Dans les vagues suivantes, il y a aussi des artistes que j’admire. J’aime beaucoup Souchon, Cabrel... À chaque époque il y a eu du bon grain et de l’ivraie.

Que m’inspirent les changements dans la chanson ? Rien d’hostile en tout cas. Je n’adhère pas toujours, mais il est certain que des artistes survivront à la mode passagère. Parmi les gens de mon style, Hugues Aufray (bien qu’étant déjà dans la mode folk), ou encore Annie Cordy, qui faisait elle aussi partie de ma génération. Je ne conçois de tout cela aucune frustration, aucune jalousie, aucune aigreur. Le temps passe. Mes enfants, mes petits-enfants n’aiment pas la même chose que moi. Mais je constate aussi que certains sont très fédérateurs. Toutes les générations sont en admiration devant Jacques Brel.

Parfois les modes changent et reviennent. Et on redécouvre des artistes...

Là où je ne suis pas d’accord, c’est quand on confond passéiste et ringard. On peut très bien aimer le style, les artistes et les modes de temps passés. Moi je dis volontiers que je suis un has-been au sens propre du terme, c’est-à-dire quelqu’un qui n’est plus ce qu’il fut, mais je récuse le qualificatif de "ringard". Un ringard c’est un mauvais qui se prend pour un bon.

 

 

D’ailleurs, vous avez fait la chanson Démodé...

Oui, il y a des chansons de Charles Trenet qui sont inévitables : La Mer et quelques autres. Mais il a écrit des petites chansonnettes qui tiennent parfaitement la route, pour peu qu’on se donne la peine de considérer le contexte.

Il y a chez les artistes qu’on vient de citer, et chez vous à l’évidence, une image de légèreté, quelque chose de solaire et de souriant, de très inspirant aussi...

Oui, j’en ai conscience, je ne vais pas faire ma chochotte ou un numéro de faux modeste. J’ai conscience que bien des choses ne sont plus à la mode, notamment auprès de mes enfants et petits enfants. C’est bien normal : certaines chansons du début du 20ème siècle, bien qu’interprétées par des artistes de réputation parfois mondiale, comme Mistinguett, ne me disent pas grand chose. Mais il ne faut pas considérer l’ensemble de nos pères pour des andouilles : ils avaient leurs goûts, voilà.

Et rien n’empêche de les redécouvrir, ces goûts.

Ou pas !

 

 

Vous avez aussi, je l’ai noté, pas mal d’autodérision. Est-ce qu’on n’a pas perdu de cette légèreté, de ce sens de l’autodérision chez les artistes apparus après vous, je pense aux actuels mais aussi à ceux qui vous sont plus proches ? Est-ce que dans ce métier d’amuseurs, on n’en est pas venu à se prendre trop au sérieux ?

Je ne crois pas. Je regardais hier ou avant-hier, Stromae. Ce qu’il fait est remarquable. Mais ce n’est pas tout à fait pareil. C’est la messe. Il fait participer directement le public, alors que plus communément, dans le style de mon époque, on se donnait en spectacle. Maintenant on se donne toujours en spectacle, mais on fait appel à la participation des gens. Tout cela me fait davantage penser à la réunion politique ou, oui, à la messe.

La dérision et l’autodérision, on les retrouve beaucoup chez les gens qui parlent mais ne chantent pas. Gad Elmaleh par exemple (je l’ai entendu chanter au passage, il le fait de façon tout à fait convenable). On retrouve beaucoup de ce qui faisait notre pain quotidien chez les humoristes.

Vous l’avez souvent dit et écrit : lorsque vous chantez, il y a aussi tout un numéro d’expression visuelle...

Ah, c’est bien que vous insistiez là-dessus. Je pense que ce qui m’a ouvert une carrière raisonnable à l’international, c’est d’être visuel. Quand j’ai fait une tournée en URSS, ou les quelques fois où j’ai chanté au Japon (j’ai eu l’honneur d’être le représentant de la Semaine française à Tokyo), tout le monde ne pratiquait pas suffisamment la langue française pour suivre ce que je disais dans le texte. Mais avec une petite explication parlée préalable, j’ai chanté aux quatre coins du monde. Grâce à ce côté visuel. Je n’étais pas le seul évidemment, à l’exemple du grand Montand qui faisait cela de A à Z (Battling Joe, Une demoiselle sur une balançoire...), de Georges Ulmer, des Frères Jacques...

Aznavour, aussi ?

Moins. Aznavour était un auteur. Il s’est avéré excellent comédien, mais surtout sur scène c’était un homme qui disait ses textes. Dans La Bohème il mime un peintre, mais il le fait passagèrement. Moi j’ai écrit beaucoup de chansons pour m’habiller sur-mesure, mais ça ne me gênait pas du tout de chanter du Brassens ou du Maxime Le Forestier, bien au contraire ! J’ai cherché des prétextes pour faire mon numéro, pied au mur.

 

 

Je peux vous dire que les deux chansons que je préfère dans votre répertoire sont Le Mexicain, et surtout Moi, le clown... Deux chansons belles, et visuelles.

Voilà. Le Mexicain a été un succès populaire parce qu’il y avait un gimmick, comme on dit. Moi, le clown, ça n’a pas été un succès populaire, en revanche elle reste un de mes morceaux de bravoure. 

Est-ce qu’on n’a pas perdu ce goût d’une forme de spectacle visuel ? À part peut-être Stromae auquel je pensais, il n’y a plus vraiment de cas où l’on joint des gestes mis en scène à la parole quand on chante, la danse mise à part...

C’est vrai et si, encore une fois, je récuse le terme de "ringard", c’est en tout cas démodé. On ne fait plus comme ça. Dont acte.

D’ailleurs quand on y pense, les clowns ont quasiment disparu, pas sûr qu’ils fassent encore briller des "étoiles dans les yeux des petits enfants", on les associe plutôt à des personnages terrifiants : qu’est-ce que tout cela vous inspire ?

Je ne sais pas si on peut dire ça ? Mais les choses évoluent c’est certain. Quand moi j’étais enfant, il y avait des chansons dites "pour enfants", alors que maintenant les enfants écoutent la même chose que les adultes.

 

 

Souvent, oui. Je connais encore bien peu votre répertoire. Quelques titres charmants, je pense par exemple à La Chanson du Grillon ou, plus coquin, à Julie. Est-ce qu’il y en a, des connues et surtout des moins connues, que vous préférez entre toutes et que vous aimeriez nous faire découvrir ?

Oh, je dirais, les dernières que j’ai écrites. Je ne les ai pas en mémoire là, parce que je ne pratique pas le culte de Marcel Amont (il sourit). Mais regardez un peu ma discographie, vous verrez des chansons dont je signe les paroles et qui ne sont pas forcément des chansons de scène. M’habiller sur-mesure pour les besoins de la scène, ça je sais faire. Ça ne donne pas toujours des disques bien intéressants, et une partie de mon répertoire n’est même pas enregistrée. Mais c’est vrai qu’avec l’âge, et portant moins l’accent sur l’aspect scénique, je me suis un peu plus laissé aller à écrire des choses d’une facture poétique.

Disons que si j’ai tenu plus de 70 ans dans ce métier, c’est bien quand même parce que je suis toujours resté sur la brèche : il y a eu des hauts et des bas, mais à aucun moment je ne me suis reposé sur mes lauriers. C’est un combat incessant, et c’est normal parce que quand on sort du panier de crabes, on devient un privilégié, on est connu et il y a quelque chose qui ressemble à de la gloire. On n’est plus tout à fait monsieur tout-le-monde, et il y a une place à défendre. La chance joue aussi, mais en tout cas il faut bosser et c’est bien normal.

Que représentent la scène, le contact direct avec le public à vos yeux ? Je sais que vous aviez prévu de le retrouver il y a quelques jours, ce qui a été un peu décalé...

Je vais énoncer un lieu commun, mais qui me convient tout à fait : on recharge les accus, c’est certain. Mentalement, etc. J’ai eu des ennuis de santé plus ou moins graves, mais tu mets les deux pieds sur la scène, les projecteurs s’allument, le micro est là, et voilà une parenthèse d’une heure à assurer son métier comme si on était en pleine santé. J’ai remarqué une bonne vingtaine de fois ce phénomène. Une fois notamment, à Montpellier, j’avais des soucis de digestion, j’avais mangé quelque chose qu’il ne fallait pas. Je suis rentré en scène, j’étais mal en point, j’ai fait mon tour de chant, je reviens saluer à la fin du tour de chant, et je n’ai pas eu le temps d’aller à la loge, j’ai vomi au pied de l’estrade ! Pendant une heure j’avais pu mettre entre parenthèses mon malaise, ce qui est curieux.

 

Marcel Amont Alhambra

Marcel Amont à l’Alhambra.

 

Tout à fait. J’ai lu plusieurs choses à propos de Johnny et de la tournée des Vieilles Canailles, il était très mal en point et quand il entrait sur scène, il était un autre homme...

Oui, on parle beaucoup d’anticorps dans la période actuelle : c’est comme s’il y avait des anticorps qui se dégageaient dans ces cas-là... Très curieux.

Quand nous évoquions tout à l’heure la passion de Jean-Bernard, et la vôtre, pour l’aviation, il y a derrière cette idée de la nouvelle frontière à franchir, du rêve à exaucer. Qu’est-ce qui vous fait rêver aujourd’hui ? Par exemple, un voyage dans l’espace, c’est quelque chose dont vous auriez pu avoir envie ?

Oh non, je ne fais pas le poids là. Oui, ça me fait rêver de penser qu’il y a des gens qui sont si loin dans la stratosphère, et qui font apparaître la planète toute ronde au milieu du ciel tout noir, piqueté d’étoiles, mais ça fait rêver tout le monde. Blaise Pascal en rêvait déjà. Depuis la plus haute antiquité, on est fasciné par tout cela. De là à dire que moi, personnellement, j’aurais pu m’investir dans des activités pareilles, je ne crois pas, c’est une vocation. Regardez un Thomas Pesquet : ce sont des ingénieurs, ils sont sur-entraînés et hyper-motivés. Ici je me contente d’être en admiration devant eux, et ils le méritent bien.

"Qu’auriez-vous envie qu’on dise de vous, après vous ?" Cette question, je l’ai posée à Charles Aznavour en 2015. Sa réponse : "Que j’étais un auteur, plutôt qu’un parolier de chansons". Quelle serait votre réponse à vous Marcel (pour dans longtemps hein, j’y tiens) ?

Oh, moi mon cercle est beaucoup plus restreint. J’aime le public, j’ai tout fait pour le séduire et il me l’a bien rendu, mais je pense que déjà, si mes proches, les gens que j’aime pensent de temps en temps à moi, ça me suffit. Le reste, ce qui sera gravé dans le marbre de ma pierre tombale, je ne vais pas dire que je m’en fiche, mais ça n’a pas grande importance.

Vos livres favoris, ceux qui vous transportent, vous émeuvent ou vous font marrer à chaque fois, à recommander à nos lecteurs ?

Comme je l’ai dit précédemment, je lis beaucoup. C’est un métier où il y a beaucoup d’attente: durant les voyages, dans les coulisses, pendant les répétitions, etc... Il y a du temps de libre. J’avais deux musiciens qui avaient trouvé quelque chose qui les passionnait, ils étaient deux joueurs d’échecs invétérés. Moi, je ne sais toujours pas jouer aux échecs, je les regardais passer du temps à apprendre des coups dans des livres spécialisés, ça n’était pas pour moi.

Je lis beaucoup, mais j’oublie énormément de choses. J’ai dû lire trois fois en tout À la recherche du temps perdu, d’abord pour mon propre compte quand j’étais lycéen, puis pour mes enfants, puis enfin pour mes petits-enfants. Je pense à Gustave Flaubert, auquel une émission était consacrée l’autre jour, je pense aux classiques : Maupassant, Victor Hugo... Je ne vais pas vous énumérer les livres de ma bibliothèque. Je ne me targuerais pas d’ailleurs d’être suffisamment crédible pour recommander des livres à vos lecteurs. Ce serait un peu prétentieux. Mais lire, se plonger dans une histoire en noir sur blanc est toujours un plaisir renouvelé.

Il y a quelque temps, André Comte-Sponville présentait son Dictionnaire amoureux de Montaigne, je me suis laissé tenter, au moins pour voir si je n’avais pas oublié les trois quarts de ce qu’on m’avait appris quand j’étais bon élève du lycée Michel Montaigne. Mais j’ai laissé tomber au bout de 200 pages. Parfois on accroche et parfois non.

Tenez, je jette un oeil à ma bibliothèque. (Il compte) J’ai l’oeuvre complète d’Honoré de Balzac, j’ai lu deux ouvrages de Saint-Simon, enfin c’est très varié...

Et des films que vous pourriez recommander à vos petits-enfants ?

Là encore je ne me reconnais pas assez compétent pour recommander des films. Enfin, dans ma jeunesse, évidemment il n’y avait pas de télé. On écoutait la radio, et si le théâtre était un peu cher, le cinéma était à la portée de toutes les bourses, y compris de celles des ouvriers de Bordeaux. C’est le cinéma de cette époque où j’étais gamin qui m’a laissé le plus de traces. J’ai des souvenirs évidemment de Louis Jouvet, etc...

À l’heure où j’ai écrit cette question, Joséphine Baker faisait son entrée au Panthéon : avez-vous des souvenirs avec elle ?

J’ai chanté une fois pour elle aux Milandes (le château de Joséphine Baker, ndlr). On connaissait tous son parcours et son action dans la Résistance, mais aussi son répertoire chanté (la radio était alors omniprésente). C’était une vedette ! Et sa démarche, de recueillir des enfants... Donc oui, je suis très content, alors qu’elle vient d’entrer au Panthéon, et bien que ce fut infime et passager, de pouvoir dire ce que je suis en train de vous dire : "Oui, j’ai connu Joséphine Baker !" (Il rit). Ça fait bien dans les conversations.

 

Joséphine Baker Panthéon

Joséphine Baker au Panthéon. Photo : AFP.

 

On découvre avec pas mal d’émotion dans votre livre, par des descriptions si fines qu’elles nous les font sentir, tous les lieux de votre enfance, de la vallée d’Aspe jusqu’à Bordeaux. Pour tout dire, vous lire me donne envie d’aller voir tout cela de plus près. Si vous deviez vous faire guide, comme deux générations (au moins) de Cazamayou, quels endroits précis, lieux sauvages et patelins, nous inciteriez-vous à aller découvrir ?

Oh vous savez, j’ai vu la baie de Rio, j’ai vu Hong Kong, l’Himalaya et beaucoup de choses, comme beaucoup de touristes qui ne font que passer. En revanche, j’ai eu le bonheur de faire découvrir la vallée d’Aspe à ma jeune femme il y a 45 ans. Mais il ne faut pas y chercher de boîte de nuit, hein ! Mais pour celui qui aime la randonnée, la pêche à la truite ou la beauté des paysages, c’est magnifique. Il fut un temps où je cherchais une maison pour aller passer y des vacances et les week-ends, et elle m’a dit : "Mais pourquoi pas ?", elle était tombée amoureuse de ma vallée ! Ce sont des lieux comme ça qu’on peut recommander sans hésiter. La vallée d’Aspe, la vallée d’Ossau, des coins dans les Alpes aussi, enfin il y a tellement de lieux à voir, la télévision donne parfois à voir des choses sublimes. Mais très simplement et à ma portée, je vous invite vraiment à aller voir la vallée d’Aspe !

 

Vallée d'Aspe

Photo de la vallée d’Aspe. Source : https://www.guide-bearn-pyrenees.com.

 

Quels sont vos projets, et surtout vos envies pour la suite Marcel ?

Vous savez, je ne vais pas vous faire un numéro de vieux sage. J’ai 92 ans. Ce que je souhaite, c’est d’être entouré de gens que j’aime, ce qui est le cas. Qu’ils aient une bonne santé, c’est banal mais Dieu sait si c’est important. J’aimerais vivre dans un monde en paix, mais ça n’est pas pour demain, pauvre de nous !

Et continuer le spectacle aussi ? Vous avez un public qui vous attend...

Oui mais tout cela est négligeable. C’est très important, parce que je ne sais rien faire d’autre, et rien ne me passionne autant. Oui, peut-être.

Que puis-je vous souhaiter ?

J’espère ne pas devenir gaga, c’est la mauvaise surprise du chef, quand on ne sait plus comment on s’appelle. Mais parlons d’autre chose... Ce qui pourrait m’intéresser, c’est si vraiment j’avais l’inspiration et le souffle, de continuer à écrire un peu dans la mesure où je ne pourrais plus mettre les pieds sur une scène, ce qui probablement va arriver un jour ou l’autre. Mais je regarde cela avec une certaine sérénité. Si la bonne fée passait et me disait : "Fais un voeu et un seul", je demanderais à garder l’esprit clair, voilà.

Je vous le souhaite de tout cœur. Avez-vous un dernier mot ?

Non ma foi, mais je peux dire que par moments vous m’avez mis en face de moi-même, jeune homme !

 

Marcel Amont

Photo personnelle confiée par Marlène Miramon.

 

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11 mai 2017

Carole Burillon : « Les cellules souches pourraient révolutionner les perspectives de l'ophtalmologie »

Une fois n’est pas coutume, je vais parler un peu de moi pour débuter cette intro. Votre serviteur, 32 balais au compteur, au dernier décompte, était myope comme une taupe depuis l’âge de 5 ou 6 ans (du style à avoir de grosses lunettes et surtout de gros verres, un joli -7 à chaque oeil). L’idée d’une opération me titillait, des proches ayant déjà franchi le pas. Et tout les retours que j’avais eus étaient concluants voire - souvent - emballés. Fin 2015 début 2016 l’idée se précise. Ok, je pense que je vais le faire. L’ophtalmo m’a fait une ordonnance et suggéré deux noms. Mais pourquoi eux plutôt que d’autres ? D’ailleurs, où aller ? Pour quel coût ? Je m’aperçois vite que je ne sais rien, rien de rien. Je regarde un peu sur le web qui est réputé dans la région - Lyon. Un nom, l’un des premiers, Carole Burillon, doyen de la Faculté de médecine et maïeutique Lyon Sud, et surtout pour ce qui m’intéresse, chef du service d’ophtalmologie de l’hôpital Édouard Herriot. Je trouve son mail. Je lui explique mon projet, lui dis à quel point je suis intéressé... mais perdu. Rapidement (dans l’heure je crois, je n’en reviens pas) elle me répond, point par point, et me rassure. Il suffisait de presque rien. C’est décidé, si je le fais, ce sera avec elle. Octobre 2016, le rendez-vous pré-opératoire. On valide. La date du passage sous le billard est fixée : ce sera le 22 novembre. Ce jour-là j’ai "retrouvé la vue", sans besoin d’avoir des verres comme intermédiaires entre moi et le monde, et ça va "clairement" me changer un peu la vie...

Ravi de ce bon contact avec Mme Burillon, y compris après l’opération - elle a été dispo pour répondre à chacune de mes questions et éventuelles inquiétudes - j’ai souhaité lui proposer une interview, qui aurait trois objectifs : 1/ permettre à une grande pro dans son domaine de parler un peu d’elle et de son métier ; 2/ l’inviter à évoquer sous divers angles un sujet de santé - les yeux - qui nous touche tous ; 3/ lui poser surtout, cash, les questions que moi je me suis posées au départ, espérant que peut-être ça puisse aider ceux qui, comme moi il y a un an, s’interrogeraient. Je suis ravi que cet échange ait pu se faire. On y apprend beaucoup de choses - que, par exemple, les écrans, ça "fatigue" les yeux mais que ça ne les "abîme" pas. Ces réponses viennent s’ajouter aux autres, précieuses, qu’elles m’a apportées hors article (par exemple, que je garde les traits physiques du myope, que l’opération c’est un peu "avoir triché", et que, N.B. pour moi un fond de l’oeil tous les deux ans s’impose comme pour tout myope "classique"). Cet article, c’est aussi une façon de mettre mon humble projecteur sur cette profession, sur une équipe qui m’a fait une impression aussi chaleureuse que pro. Merci à vous Mme Burillon, et à vous tous ! Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche...

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Carole Burillon: « Les cellules souches

pourraient révolutionner

les perspectives

de l'ophtalmologie »

Carole Burillon est doyen de la Faculté de médecine et maïeutique Lyon Sud,

et chef du service d’ophtalmologie de l’hôpital Édouard Herriot (Rhône).

Carole Burillon

Q. : 26/02/17 ; R. : 19/04/17.

 

Paroles d’Actu : Carole Burillon, bonjour, merci de m’accorder cet entretien. Vous êtes doyen de la Faculté de médecine et maïeutique Lyon Sud, chef du service d’ophtalmologie de l’hôpital Édouard Herriot, et je précise pour les lecteurs que vous m’avez opéré (chirurgie réfractive) et avez corrigé avec succès ma forte myopie en novembre dernier. Voulez-vous nous parler un peu de vous, de votre parcours ? Quand et pourquoi avez-vous décidé de vous spécialiser dans les maladies des yeux ?

Parcours personnel.

 

Carole Burillon : J’ai décidé de faire médecine à l’âge de 11 ans, après un passage à l’hopital Édouard Herriot pour une fracture de l’avant-bras. Aucun médecin dans ma famille. Le père de ma meilleure amie etait un ophtalmologiste de renom et nous faisions des exposés sur l’oeil en SVT, aidées par lui.

 

Une fois interne, j’ai choisi comme spécialité l’ophtalmologie, car c’est beaucoup plus complet qu’on ne l’imagine : il y a de la chirurgie, certes, mais également beaucoup d’affections médicales oculaires, avec des pathologies générales qui ont un retentissement sur l’oeil (endocrinologie, neurologie, médecine interne…). On apprend beaucoup, et c’est cela qui est passionnant. Puis mes patrons ont souhaité que je reste à l’hôpital et j’ai passé les différentes épreuves pour devenir professeur d’université-praticien hospitalier.

 

PdA : Quelques mots d’historique rapide de la chirurgie réfractive, terme barbare qui regroupe en fait les interventions visant à corriger les troubles de la vision (dans le langage courant on parle souvent, un peu abusivement du "laser") ? En quoi ces techniques ont-elles évolué et se sont-elles perfectionnées au fil des années ?

Historique de la chirurgie réfractive.

 

C.B. : Les premiers débuts de la chirurgie de la réfraction (c’est-à-dire : "correction nécessaire pour voir parfaitement") datent de 1980. Le russe Fyodorov inventa la kératotomie (kerato=cornée / tomie=couper) radiaire pour aplatir le centre de la cornée et corriger la myopie. Cela se faisait avec un couteau diamant et on réalisait des incisions radiaires sur la cornée en laissant intacte une zone de 3 à 4 mm au centre. J’ai été une des premières en France à démarrer cette technique avec quelques Parisiens qui sont devenus des amis.

En 1986, je pars à New York et à La Nouvelle-Orléans (USA) pour voir les résultats de cette technique sur de grandes séries, puis à Bochum (Allemagne) pour apprendre le kératomileusis (kerato=cornée / mileusis=taille), ancêtre du LASIK (ce système est tout-manuel, et dune précision limitée).

En 1993, j’ai le premier laser Excimer de toute la région Rhône-Alpes-Auvergne, en prêt à l’hôpital. Ce laser permet d’enlever du tissu cornéen par photoablation, et de corriger les myopies, au début, puis les petits astigmatismes et hypermétropies.

En 1997, naît le LASIK (LASer Intrastromal Keratomileusis) : cela consiste en la réalisation d’un capot cornéen (avec un microkératome manuel), suivie d’un traitement au laser Excimer en dessous. Cette technique permet de corriger des défauts plus importants ; surtout, elle est sans douleur. L’arrivée du laser femtoseconde en 2005 pour faire le capot cornéen permettra une plus grande sécurité et une précision presque parfaite. C’est le LASIK tout laser, tel que vous l’avez eu.

 

PdA : Qui peut bénéficier d’une telle intervention (âge minimum et âge limite, contre-indications...) ?

Quels patients ?

 

C.B. : Il faut avoir un défaut optique stable : donc pas avant la fin de la croissance. Il faut avoir au minimum 18 ans, et il n’y a pas d’âge maximum. Il faut un oeil sain, sans autre pathologie que le trouble réfractif, afin de ne rien compromettre pour le futur du jeune patient. Il ne faut pas être immunodéprimé ou infecté au moment de la chirurgie, ce afin éviter des complications.

 

PdA : Toutes les pathologies liées à la vision sont-elles concernées, potentiellement ?

Quelles pathologies ?

 

C.B. : Tout s’opère, mais il y a des limites en rapport avec l’epaisseur de la cornée que l’on taille pour corriger le défaut. Il faut bien en laisser car c’est le mur antérieur de l’oeil ! En général on ne peut pas corriger des myopies supérieures à 10 dioptries, des astigmatismes et myopies supérieures à 6 dioptries. La presbytie n’est encore pas très bien corrigée mais on peut obtenir des compromis intéressants avec certains patients.

 

PdA : Cette question, je me la suis beaucoup posée moi-même, au moment de prendre la décision de l’opération, donc j’espère qu’elle sera utile à d’autres : une fois qu’on a choisi d’au moins prendre un rendez-vous pour tester la faisabilité d’une telle intervention sur soi, comment bien choisir l’établissement, le médecin auxquels s’adresser ? Public/privé ? Quels sont, là-dessus, les bons réflexes à avoir ?

À qui s’adresser ?

 

C.B. : Cette chirurgie est principalement une chirurgie faite en privé, en secteur libéral. Certains hôpitaux ont proposé un tarif public, un peu inférieur au tarif privé, afin d’attirer de la clientèle et d’amortir les lasers qui sont chers. Cela n’a pas d’importance, il faut surtout choisir le bon chirurgien. Quelqu’un qui connait la cornée, qui est chirurgien, et qui vous explique correctement ce qu’il va se passer. Qui prend le temps de répondre à vos questions. Qui ose vous parler des complications. Qui sait les gérer. Celui-ci connaît son métier. Évidemment, le bouche-à-oreille est important aussi. En dernier, il faut se sentir en confiance. Si l’on doute, il faut fuir !

 

PdA : Une réflexion que beaucoup de gens se font par rapport à la chirurgie réfractive : c’est très coûteux, pas remboursé par la Sécurité sociale, et très peu par les forfaits classiques des mutuelles. Mais je pense qu’il est intéressant d’aller au-delà du constat, et donc de comprendre : pourquoi est-ce si coûteux ? Est-ce que le tarif est fonction du type de structure (hôpital public/structure privée) ? Du nombre d’opérations réalisées ? De la technique employée ? De l’importance de la correction à effectuer ?

La question du coût et du prix.

 

C.B. : C’est coûteux parce que chaque laser coute 500 000€, et qu’il faut up-grader sa machine tous les ans, tellement les evolutions technologiques sont importantes - et le contrat d’entretien est cher. Donc, il faut amortir ces coûts et gagner un peu d’argent évidemment. C’est coûteux aussi parce que sil y a un problème, cela se termine par un procès de nos jours ; la responsabilité du praticien est importante, opérer un oeil sain n’est pas simple, et la pression sur le chirurgien est très forte. Il n’y a pas beaucoup d’écart financier entre les prestations de types public/privé à l’hopital et privé en clinique : cela s’échelonne entre 1 200 et 1 600€ par oeil en moyenne dans notre région.

Je ne supporte pas que les structures privées fassent du low-cost de temps en temps pour attirer les patients : c’est une chirurgie, c’est de la médecine, ce n’est pas une voiture que l’on vend ! ou des habits en solde ! Nous ne sommes pas commerçants.

Les mutuelles ont la charge la plus importante des lunettes et des lentilles : elles devraient prendre en charge correctement cette chirurgie. Malheureusement, cela ne sera pas le cas si nous poursuivons la politique qui a eu cours lors des cinq dernières années. Les mutuelles sont riches, elles ont beaucoup de pouvoirs...

 

PdA : Justement... question liée, je vous la pose en tant que praticienne et en tant que citoyenne : est-ce que vous ne pensez pas qu’on aurait intérêt à prendre en charge en tant que collectivité une partie des dépenses liées à la chirurgie réfractive ? Après tout, quelqu’un qui se fait opérer n’a plus besoin de lunettes au moins pour un temps ; cela décharge d’autant les caisses Maladie de dépenses d’optique. Est-ce qu’en tout cas ce débat existe auprès de ceux qui déterminent ce qui devrait ou ne devrait pas être remboursé par la Sécurité sociale à l’avenir ?

Quels remboursements ?

 

C.B. : Je le redis : la charge financière des lunettes repose sur les mutuelles (la Sécurité sociale ne rembourse que 50€). Donc cela ne repose pas sur l’argent public, il n’y a donc aucune raison pour que cela change. Bien sûr que cela serait bien d’être mieux remboursé par les mutuelles. Mais c’est une chirurgie qui n’est pas obligatoire, qui touche des yeux parfaitement sains. Chacun doit décider tout seul, quand il le souhaite, de se faire opérer. Cette dépense empêche la vulgarisation de cette chirurgie qui, si le patient ne payait plus rien, entraînerait des abus et donc des complications graves. 

 

PdA : On est tous accro, pour le travail ou pour nos loisirs, à des activités sur écran (téléphone, ordinateur), souvent prolongées dans le temps et répétées à l’infini. Est-ce que tout cela fatigue les yeux, voire favorise des problèmes durables de vision, de manière avérée ? Est-ce que, par exemple, on constate de manière anormalement importante des phénomènes de dégradation de l’acuité visuelle de jeunes patients corrélée à un usage abusif d’écrans ? Et y a-t-il, en la matière, de bons conseils de réflexes sains à adopter pour préserver ses yeux de ce mal du siècle ?

Nos yeux face aux écrans.

 

C.B. : Les écrans fatiguent les yeux, comme un footing fait mal aux muscles des jambes…, etc. Oui, le maintien des yeux fixés sur l’ordinateur et immobiles, aggrave la sécheresse oculaire : il ne faut pas hésiter à se lubrifier les yeux au cours de la journée avec des unidoses de collyres hydratants. La position de l’ordinateur est importante, on doit baisser les yeux pour lire sur l’écran et ne pas les lever (écran placé assez bas). Par contre, ce travail intensif avec les yeux nous fait découvrir des petits défauts réfractifs que l’on n’aurait pas corrigés autrefois, ou des insuffisances de convergence qu’il faut rééduquer. Mais pas d’"usure" au vrai sens du mot !

 

PdA : Quelles sont, s’agissant de l’ophtalmologie au sens large, les perspectives d’amélioration des techniques et soins les plus innovantes parmi celles qu’on peut anticiper ? Je pense notamment au traitement des maladies qui peuvent entraîne la cécité : est-il imaginable qu’à terme on réussisse à enrayer et à corriger ces processus, voire guérir la cécité elle-même ?

Recherche : quelles perspectives ?

 

C.B. : La chirurgie de la cataracte, déjà très simplifiée, va bientôt être entièrement réalisée au laser également, avec plus de securité et de précision. C’est encore cher, donc la diffusion sera lente. Mais les plus grosses revolutions seront l’apport des cellules souches qui vont remplacer les cellules malades et effectivement éviter la cécité dans certaines affections héréditaires ou acquises. Je souhaite que nous puissions avancer sur ce domaine le plus rapidement possible. J’ai déja travaillé sur les cellules souches épithéliales en 2010, mais je suis bloquée par les autorités de sécurité sanitaire qui sont très frileuses quant à ce type de recherche.

 

PdA : Quels sont vos projets, vos envies pour la suite ?

Des projets.

 

C.B. : Mes projets à l’hôpital sont de former mon successeur, en étant fière de lui (ou d’elle). Je suis en cours. Que mon service soit reconnu par mes pairs, mais cela, c’est plus difficile, en raison des jalousies humaines...

Mes projets à la faculté de médecine sont d’aider au mieux à faire grandir mes étudiants afin qu’ils deviennent de bons médecins, ayant confiance en eux, aimant ce qu’ils font et aimant leurs patients. Tout cela est indispensable pour bien faire ce métier, sans compter ses heures.

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter ?

Des souhaits.

 

C.B. : Me souhaiter que je garde la bonne santé qui me suit depuis toujours, et qui me permet d’avancer. Me souhaiter de toujours croire en ce que je fais et de le faire bien.

 

PdA : Un dernier mot ?

Le mot de la fin.

 

C.B. : Si c’était à refaire, je recommencerais médecine, et peut-être que j’essaierais une autre spécialité car tout est tellement enrichissant... J’aimerais tellement avoir plus d’heures dans une journée, je n’arrive pas a faire tout ce que je veux…

Merci de me donner l’occasion de partager toutes ces réflexions avec vous !

 

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23 mai 2019

Olivier Da Lage : « Je connais parfaitement la dimension tragique de beaucoup d'enquêtes journalistiques... »

Le journaliste de RFI Olivier Da Lage est un fidèle de Paroles d’Actu. Parmi ses contributions publiées sur le blog, des éclairages nombreux et précis sur la situation compliquée en péninsule arabique, sur l’Inde qu’il connaît très bien, ou encore sur l’essor inquiétant des nationalismes religieux un peu partout dans le monde. L’article d’aujourd’hui, basé sur une interview réalisée le 20 mai, est une évocation de son roman Le rickshaw de Mr Singh, paru il y a quelques semaines. L’intrigue se déroule à Bombay, de nos jours. Les personnages, et la ville elle-même (n’en est-elle pas un ?) sont bien dessinés, et tout concourt à nous plonger dans l’atmosphère de la mégalopole, et dans l’actualité de cette Inde tourmentée. J’ai apprécié cet ouvrage et vous le recommande : facile à lire et captivant, il ouvre les yeux de manière vivante sur ce qui est en train de se jouer dans cet immense pays aujourd’hui dirigé par les nationalistes hindous (et qui, à l’heure où je boucle cette intro, viennent tout juste de remporter un nouveau succès électoral)... Un clin d’oeil aussi, de la part de M. Da Lage, et de la mienne, pour rappeler (le faut-il encore) à quel point, aujourd’hui davantage peut-être que par le passé, une presse libre et indépendante est cruciale pour que soient assurés les nécessaires équilibres dans nos sociétés. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

Olivier Da Lage a sélectionné, à ma demande, des photos de sa collection personnelle,

et quelques musiques indiennes, pour accompagner la lecture

de cet article et, je l’espère, de son roman !

 

Le rickshaw de Mr Singh

Le rickshaw de Mr Singh, 2019.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Olivier Da Lage : « Je connais parfaitement

la dimension tragique de beaucoup

denquêtes journalistiques... »

 

Olivier Da Lage bonjour, et merci d’avoir accepté de répondre une nouvelle fois à mes questions pour Paroles d’Actu. L’objet de cet échange, c’est Le rickshaw de Mr Singh, votre premier roman paru il y a quelques semaines… Qu’est-ce qui vous a donné envie justement d’aller vers la fiction, le roman  ? Est-ce là, quelque part, une prolongation de votre travail de journaliste, une autre façon plus incarnée et entraînante de "montrer le réel"  ?

du journalisme à la fiction

Pour être exact, j’avais déjà publié trois autres romans de politique fiction il y a déjà pas mal de temps. De temps en temps, on peut ressentir l’envie de ne pas être contraint par l’exactitude qui s’attache au travail de journaliste ou d’essayiste. Et, avec la liberté du romancier, on se laisse aller et on découvre que ce que l’on fait passer est parfois plus juste que des descriptions factuelles de type journalistique. Donc, l’idée de passer de l’un à l’autre, au gré des envies et es opportunités, me plaît assez.

 

Racontez-nous un peu cette aventure de l’écriture (jusqu’à la publication) de fiction  ? Comment cela s’est-il passé  ? Quels écueils et quelles leçons apprises  ? Des moments de vrai découragement, d’autres de grande excitation  ?

histoire d’un roman

L’idée m’est venue en essayant un logiciel de retouche d’image. Pour m’entraîner, j’ai pris la première photo que j’ai trouvée sur mon ordinateur  : c’était celle d’une rue de Bombay avec des rickshaws, ces taxis scooters. J’ai trouvé que cela ferait une bonne couverture de livre. J’y ai donc mis un titre qui m’est venu après quelques essais ratés. «  Le rickshaw de Mr Singh  », ça sonnait bien. Il fallait trouver une histoire. J’ai donc acheté un cours en ligne sur la façon d’écrire un roman policier à suspense, composé de courtes vidéos correspondant chacune à un chapitre. Le présentateur soutenait que si chacun de ses élèves suivait ses indications chapitre par chapitre, cela ferait pourtant des livres très différents. Il donnait d’ailleurs des exemples de livres et de fils connus qui suivaient la même trame tout en racontant des histoires bien distinctes. J’étais sceptique, mais à mesure que j’avançais en prenant des notes, les personnages archétypaux et les développements prenaient un tour local et s’enracinaient dans le paysage de Bombay tandis qu’une intrigue se dessinait.

 

Rickshaw

 

En fait, aucune difficulté particulière n’est apparue. J’ai fait lire mes chapitres à des amis au fur et à mesure de l’écriture et j’ai intégré leurs remarques et critiques. L’intrigue fonctionnait. Il fallait juste s’assurer qu’il n’y ait pas de contresens dans la chronologie. L’utilisation d’une frise technologique découpée heure par heure, jour après jour, m’a permis de m’en assurer. Donc aucun découragement et quelques moments d’excitation, oui.

 

Quelques mots à propos de l’intrigue  : le directeur du département d’archéologie d’une université prestigieuse de Bombay vient d’être  assassiné  ; un jeune inspecteur de police et ses deux coéquipiers, sur l’affaire, vont tenter de démasquer les coupables et surtout de découvrir leur mobile, assistés plus ou moins volontairement dans leurs investigations d’une journaliste passionnée et ambitieuse… Qu’est-ce qui vous a inspiré pour composer cette histoire  ?

Le cadre urbain de Bombay d’une part, et un article de journal de l’autre pour ce qui concerne le nœud de l’intrigue.

 

Bombay

 

La jeune journaliste de l’histoire, Sangita Sharma, ne tremble pas devant le danger, et dans les faits elle va clairement s’y trouver exposée. Avez-vous eu connaissance, au cours de votre carrière, en France comme à l’étranger, de nombreux cas d’enquêtes par des journalistes qui auraient pu très mal tourner  ? Vous êtes-vous exposé vous-même à de graves périls  ?

journaliste, les risques du métier

Des difficultés, oui, des périls à proprement parler, non, pas en ce qui me concerne. Mais j’ai plusieurs collègues et amis proches, tant dans ma rédaction qu’en dehors, qui ont été assassinés en raison de leurs activités journalistiques. C’est pourquoi je connais parfaitement la dimension tragique de beaucoup d’enquêtes journalistiques, même quand cela se termine bien. Et c’est à raison que l’on défend la liberté de la presse et des journalistes qui courent souvent de grands risques à faire leur travail pour informer les autres. Je sais que ma profession n’a pas bonne réputation ces temps-ci mais je persiste à penser que le devoir d’informer est impérieux et que donner au public des nouvelles que parfois il n’a pas envie d’entendre est l’une des plus belles missions qui soit.

 

Sans spoiler le livre, j’indiquerai simplement que le nationalisme religieux (en l’occurrence ici, hindou), thème qui vous est cher, et d’une actualité brûlante en Inde, pèse d’un poids important, dans votre intrigue.  Ça vous préoccupe tout particulièrement, ce qui se passe en Inde, en ce moment  ?

Oui, il y a de quoi. L’Inde n’a jamais été un pays calme et pacifique. Mais le degré d’intolérance qui s’est développé ces dernières années est réellement inquiétant.

 

Une découverte archéologique contredisant les fondements de la doctrine de cette faction nationaliste hindoue, qui est donc au pouvoir actuellement, met le feu aux poudres (et je précise ici que cette histoire de remise en cause des origines de l’homme indien par l’ADN, et donc du caractère autochtone de l’hindouisme, a également eu lieu dans la réalité). Quelles réactions ces conclusions scientifiques ont-elles provoqué auprès des nationalistes, et comment est-ce que tout cela a été reçu auprès de la population  ?

science et intolérance

Soyons clairs  : la grande majorité de la population n’en a jamais entendu parler et, pour cette raison même, ces découvertes n’ont pas provoqué d’importantes réactions de la part des milieux nationalistes en question. Mais les chercheurs qui ont fait ces découvertes ont été traités par le mépris, on leur a opposé d’autres travaux antérieurs aboutissant à des conclusions opposées et, pour tout dire, dans le climat actuel, certains des chercheurs indiens qui ont participé à ces travaux ont préféré ne pas signer les articles en rendant compte ou ont posé des conditions très strictes quant au vocabulaire employé afin de ne pas compromettre leur carrière.

 

J’en reviens à la presse, tant décriée dans nos sociétés, mais tellement indispensable vous le rappeliez. Dans votre intrigue, son intervention sera déterminante pour faire éclater au grand jour des faits qu’on aurait voulu cacher. Mais la presse d’aujourd’hui est-elle digne de la noblesse de sa vocation s’agissant des  investigations, parfois périlleuses, à mener, notamment lorsqu’un ordre établi et puissant est en cause  ? Quelles grandes menaces, extérieures ou pas d’ailleurs, pèsent sur la presse en général  ?

la presse en Inde, état des lieux

La presse et les journalistes sont critiquables à bien des égards, mais leur rôle d’information du public est irremplaçable. Les réseaux sociaux, à eux seuls, ne peuvent s’y substituer. Et pour faire connaître la vérité, de très nombreux journalistes prennent des risques personnels parfois très élevés. Cela va de la mise au placard à l’assassinat en passant par le licenciement. En Inde, de nombreux journaux ont été rachetés par des hommes d’affaires proches du pouvoir, les rédacteurs en chef précédents ont été licenciés et une autocensure considérable s’est mise en place. C’est pourquoi de nombreux médias alternatifs, comme The Wire ou Scroll.in sont apparus, animés par des journalistes d’expérience qui ne pouvaient plus faire leur travail dans les médias classiques. Un certain nombre de journalistes ont également été assassinés lorsqu’ils s’intéressaient de trop près aux intérêts économiques miniers qui organisent l’expulsion des aborigènes de leur habitat naturel ou à des organisations religieuses extrémistes. C’est le cas de la journaliste Gauri Lankesh, assassinée devant chez elle par des extrémistes hindous, tout comme le Mahatma Gandhi l’avait été en 1948 car ils ne supportent pas que des voix écoutées les critiquent.

 

On retourne à du plus léger, à votre roman, dont j’ai beaucoup apprécié la lecture. Je vous invite ici à faire un "focus" sur un de vos personnages. À nous le présenter, et à nous raconter, un peu, comment vous l’avez "dessiné"  ?

focus sur un personnage

J’ai bizarrement un certain attachement pour le commissaire de quartier, le commissaire Shinde, supérieur de l’inspecteur qui est le héros de l’histoire. Ce commissaire est l’archétype du cadre supérieur lâche et carriériste, qui engueule son subordonné parce qu’il ne va pas assez vite et qui fait un virage à 180 degrés lorsqu’il prend conscience que les résultats de l’enquête ne vont pas dans le sens souhaité «  en haut lieu  ». Ce supérieur est un personnage humain, terriblement banal. Il est de santé fragile (il souffre d’asthme). On devine que sa vie de famille n’est pas exaltante et cela fait longtemps qu’il n’a pas mené une enquête lui-même. Il a besoin d’exister et pour ce faire, il empêche les autres de faire correctement leur travail. Nous connaissons tous des commissaires Shinde.

 

Un des personnages principaux de votre ouvrage, et en fait sans doute le principal, c’est évidemment la ville de Bombay - ou Mumbai, d’ailleurs quelle dénomination utilisez-vous  ? Quelle a été votre histoire personnelle, avec cette ville  ? Comment l’avez-vous vu évoluer, et quel attachement lui portez-vous  ?

Bombay au cœur

Personnellement, j’utilise «  Bombay  », quoique, à l’occasion, je dise aussi «  Mumbai  ». J’ai consacré un livre à cette ville que je décris quartier par quartier (Bombay, d’un quartier à l’autre, Bibliomonde, 2017) où je rappelle en passant que la ville de Mumbai n’existait pas avant Bombay. Ce sont les Portugais, puis les Anglais qui en ont fait une ville, même si dans les langues locales, on disait «  Bambai  » ou «  Mumbai  ». La municipalité nationaliste qui est arrivée aux affaires en 1995 a voulu mettre fin à une appellation étrangère et «  redonner  » son authenticité à la ville, sauf qu’encore une fois, il n’y avait pas de ville s’appelant Mumbai avant.

Je commence à bien connaître cette ville ou je séjourne environ un mois par an (mon épouse en est originaire). C’est une ville trépidante, bruyante, pas spécialement belle, mais très attachante.

 

OdL train

 

Le livre est sorti au mois d’avril. Quels premiers retours vous sont parvenus depuis  ? Ont-ils été encourageants, et de nature à vous donner envie d’écrire d’autres romans  ? D’ailleurs une suite est-elle prévue  ?

Il démarre doucement. Ce n’est pas (pas encore  ?) un best-seller  ! Mais cette fois-ci, j’ai voulu l’autoéditer et donc en maîtriser toute la fabrication (maquette et couverture comprise). Pour le faire connaître, j’ai recours au bouche-à-oreille des amis et aux réseaux sociaux. Les premiers retours sont positifs. J’attends que le cercle s’élargisse. Il y aura très probablement d’autres livres de fiction, peut-être une suite à celui-là. Mais chaque chose en son temps…

 

Quels sont vos projets, vos envies pour la suite  ?

Je travaille à la version anglaise du livre. Mr Singh’s rickshaw devrait voir le jour dans les tout prochains mois. J’aimerais bien atteindre le marché indien, pour tout dire.

 

OdL foule

 

 

Quelques musiques, pour un fond sonore...

 

Kuch Kuch Hota Hai Lyric - Title Track | Shah Rukh Khan | Kajol |Rani Mukherjee

 

"Khaali Hai Tere Bina" Paheli Ft. Rani Mukherjee, Shahrukh Khan

 

Pyar Kiya To Darna Kya | Madhubala | Dilip Kumar | Mughal-E-Azam |Bollywood Classic Songs| Lata HIts

  

Dil Ki Nazar - Raj Kapoor - Nutan - Anari - Lata Mangeshkar - Evergreen Hindi Songs

 

Olivier Da Lage

Olivier Da Lage, journaliste à RFI et auteur de fictions.

 

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23 février 2018

Frédéric Quinonero : « Goldman, c'est un fédérateur, un artiste et un homme de coeur... »

En décembre dernier, Jean-Jacques Goldman était élu personnalité préférée des Français dans le cadre du classement IFOP/JDD. Depuis juillet 2013, l’auteur-compositeur-interprète a dominé l’exercice, dont il est sorti lauréat à sept reprises, sur neuf consultations semestrielles. Frédéric Quinonero, biographe de nombreux artistes et interviewé régulier de Paroles d’Actu, lui a consacré dernièrement un portrait, bienveillant et fouillé : Jean-Jacques Goldman : vivre sa vie (City éditions, 2017). L’ouvrage est riche de toutes les infos disponibles sur un artiste aussi important pour le paysage musical français qu’il est discret, et vaut davantage encore pour les témoignages inédits récoltés par l’auteur et qui mettent en lumière la personnalité de Goldman. La bio d’un artiste et d’un homme attachant, par un mec bien. Interview exclusive, Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Q. : 08/02/18 ; R. : 21/02/18.

Frédéric Quinonero: « Goldman, c’est

un fédérateur, un artiste et un homme de cœur... »

 

JJ Goldman Vivre sa vie

Jean-Jacques Goldman : vivre sa vie, City éditions, 2017.

 

Bonjour Frédéric, ravi de te retrouver pour ce nouvel échange, autour de ce livre sorti en novembre dernier, Jean-Jacques Goldman : vivre sa vie (City éditions, 2017). Pourquoi avoir choisi d’écrire sur Goldman, et quelle orientation particulière as-tu voulu donner à ta démarche ? Est-ce que spontanément, tu t’inclurais, toi, dans ce qu’on appelle aujourd’hui la «  génération Goldman  » ?

pourquoi Goldman ?

Pour la première fois je n’ai pas choisi. C’est mon nouvel éditeur qui est venu vers moi pour me souffler l’idée. J’y avais longtemps pensé, cela dit. Car les chansons de Goldman ont bercé ma jeunesse. Mais j’y voyais une difficulté que je n’avais pas envie de surmonter  : aborder le sujet sous un angle nouveau. On a tant écrit sur Goldman ! J’avais tort, on ne devrait pas douter de soi. Il faut avoir le courage d’écrire sur les artistes qu’on aime, quand bien même on n’aurait aucun scoop à révéler. On a au moins sa plume, son style, sa façon personnelle d’écrire, ce n’est pas rien ! Même si aujourd’hui on nous demande de faire le buzz  avec du sensationnel… Là, on me propose d’écrire sur Goldman, donc je ne peux refuser. Je me donne une semaine pour réfléchir à un angle d’attaque, puis je me lance.

 

« La "génération Goldman" ? Bien sûr que j’en fais partie ! »

 

La «  génération Goldman  », bien sûr que j’en fais partie. J’avais 18 ans à l’époque de son premier album solo. J’étais animateur dans une radio libre et j’avais jeté mon dévolu sur la chanson Pas l’indifférence que je programmais souvent. Puis, j’ai fêté mes 20 ans sur Quand la musique est bonne !

 

Didier Varrod, grand spécialiste de la chanson française et fin connaisseur de Goldman, a signé la préface de l’ouvrage et y livre quelques témoignages éclairants. Comment la rencontre s’est-elle faite ? Et après quelles démarches, quel signal de la part de Jean-Jacques Goldman as-tu pu, avec l’éditeur, intégrer la mention «  biographie autorisée  » au document ?

préface et autorisations

Avec Didier, nous avons Sheila et Goldman en commun. Il avait témoigné en 2012 dans mon livre Sheila, star française. Puis, naturellement, j’ai pensé à lui quand j’ai abordé  Goldman, puisqu’il est son premier biographe et le premier journaliste à avoir pressenti son importance auprès de la jeunesse. Outre ses connaissances sur l’artiste, Didier est un garçon vraiment adorable et j’ai eu plaisir à dialoguer avec lui. Sa préface est très belle…

 

« La réponse de Goldman, favorable et pleine d’humour,

m’est parvenue au bout de trois jours... Ça donne des ailes ! »

 

Comme je le fais systématiquement, pour chacune de mes biographies, j’ai adressé une lettre à Jean-Jacques Goldman afin de lui exposer mon projet et je suppose que ce que je lui ai écrit l’a touché. J’ai obtenu sa réponse, favorable et pleine d’humour, trois jours après. Ça donne des ailes.

 

Je m’attarde un peu, avant d’entrer dans le vif du sujet, sur l’aspect  «  conception  » du livre ; j’en ai déjà chroniqué pas mal de toi, et tu en as écrit bien davantage : comment t’y es-tu pris pour mettre en forme, rédiger ce nouvel opus ? Y a-t-il, après une phase qu’on imagine longue de documentation (lectures, écoute et visionnage d’interviews, rencontre de témoins...), décision d’intégrer ou de ne pas intégrer tel témoignage ou élément, décision de suivre tel ou tel plan ? Ça s’est fait comment, sur ce livre, et est-ce que tu dirais que, publication après publication, ta technique se peaufine et l’exercice devient plus aisé ?

coulisses d’un ouvrage

« Je considère que les témoignages apportent un éclairage

supplémentaire, une fois qu’on a raconté l’essentiel. »

Je trouve donc un angle d’attaque, d’abord : je me souviens que je suis cévenol et que dans ma région on n’a pas oublié la générosité de Jean-Jacques Goldman. Je raconte sa venue à La Grand-Combe, en 1999, pour sauver une colonie de vacances de la faillite, puis l’année suivante pour le spectacle des Fous chantants d’Alès. Touché par l’hommage qui lui est rendu, il décide d’écrire une chanson qui s’appellera Ensemble et qu’il vient enregistrer l’année suivante avec les choristes… C’est cette idée de «  vivre ensemble  » qui a guidé mon travail. J’ai écrit sans perdre de vue cette valeur qui fait partie du personnage Goldman : c’est un fédérateur, un artiste et un homme de cœur. Je ne me suis censuré sur rien. La phase de documentation n’a pas été très différente par rapport à mes livres précédents. Je lis beaucoup d’interviews et «  stabilobosse  » les extraits qui me paraissent importants, je visionne la plupart des spectacles et documents vidéo… Ensuite, je classe tout de façon chronologique afin d’avoir toutes les données sous la main, classées, ordonnées. C’est une phase qui me plaît beaucoup et que je ne bâcle pas. Ça aide beaucoup d’être très discipliné… Pour ce qui est des témoignages (il y en a une bonne dizaine dans ce livre), j’attends d’avoir écrit ma partie avant de les recueillir, puis je les intègre à mon texte. Je ne fais pas l’inverse, comme beaucoup de biographes. Je considère que les témoignages apportent un éclairage supplémentaire, une fois qu’on a raconté l’essentiel.

 

Une des images fortes qui ressortent de ce portrait, de Goldman, c’est celle d’un homme qui, malgré son talent, malgré son charisme, choisit de ne jamais se mettre seul en avant, privilégiant très souvent, en bien des points de sa carrière, le collectif, l’esprit de troupe. Ce sera vrai à ses débuts, avec la chorale de l’église de Montrouge. Un peu plus tard, les Tai Thong. Fredericks Goldman Jones évidemment, par la suite. Puis, bien sûr, Les Enfoirés. D’où lui viennent cette envie de partager l’affiche, ce goût de l’« Ensemble » ? C’est une vraie humilité ? Une sécurité ? Un peu des deux ?

esprit de troupe

Les deux, oui. Goldman s’est toujours comporté comme un homme «  normal  », tourné vers les autres, un artiste animé par le besoin de partager. Et le fait d’être entouré était aussi rassurant pour lui, surtout sur scène parce que ce n’était pas le lieu où il se sentait le plus à l’aise.

 

Jean-Jacques Goldman est issu d’une famille ballottée par les vents glaciaux de l’Histoire. Et engagée, forcément. Son père Alter, né en Pologne, fut résistant en France durant l’Occupation. Il était communiste. Son demi-frère Pierre, un militant radical d’extrême gauche, assassiné en 1979. On parle beaucoup politique et grandes causes, chez les Goldman. Jean-Jacques lui, se sent des valeurs de gauche, mais il s’emporte moins facilement pour les pulsions révolutionnaires. Dans une interview que tu cites, il admet que lors de repas familiaux, il était le seul à ne pas savoir où était Cuba... Jean-Jacques, on peut dire que c’est un indépendant, qui a à cœur de tracer sa propre route, sans carcan idéologique, de se composer sa propre brochette d’indignations ? Est-ce qu’il a souffert de cette différenciation parfois (il est suggéré, dans le livre, que certaines des critiques assassines dont il a eu sa part dans la presse de gauche étaient aussi liées au fait qu’il « n’était pas » Pierre) ?

engagements de famille

S’il en a souffert, il ne l’a pas dit. Il a très peu parlé de son frère aîné, sauf dans quelques chansons si on sait écouter… J’ai adoré écrire toute la partie concernant sa famille, le parcours de ces gens, leur engagement, leurs valeurs. L’album « Rouge » leur rend un vibrant hommage.

 

Quelles sont, dans sa jeunesse et par la suite, les coups de cœur musicaux et d’écriture qui lui ont donné envie d’aller vers ce parcours, et qui l’ont inspiré ? On note, à la lecture du livre, que c’est en découvrant Léo Ferré sur scène qu’il se dit que oui, on peut écrire de la musique en français...

inspirations musicales

« C’est Michel Berger qui, au milieu des années 1970, le débar-

rasse de tout complexe à l’égard du chant français : il trouve

en lui le compromis idéal entre la variété française

et un style musical inspiré de la pop anglo-saxonne. »

Avant Léo Ferré, il y a eu Jean Ferrat qu’écoutaient ses parents. Et aussi les Chœurs de l’Armée rouge qu’il est allé applaudir avec eux et qu’il ira chercher plus tard pour l’accompagner sur l’album « Rouge ». Mais pendant son adolescence, son influence musicale était surtout anglo-saxonne, il écoutait Jimi Hendrix, Bob Dylan, Aretha Franklin, les Doobie Brothers, Chicago ou encore Elton John. Puis, Michel Berger au milieu des années 1970 le débarrasse de tout complexe à l’égard du chant français. C’est lui qui ouvre la voie : il trouve en lui le compromis idéal entre la variété française et un style musical inspiré de la pop anglo-saxonne.

 

Qu’est-ce qui, pour toi, caractérise l’artiste Goldman en tant qu’auteur-compositeur-interprète ? En quoi dirais-tu de son œuvre qu’elle évolue (mûrit ?) de manière évidente entre le premier et le dernier album solo ? En quoi lui a-t-il évolué ?

regard sur une œuvre

« Sa pensée a toujours été en éveil, attentive

à l’air du temps et à la marche du monde. »

C’est un artiste qui a toujours su allier le fond et la forme, les «  chansons pour les pieds  » et celles pour le cœur et l’esprit, les tubes dansants pour les discothèques et les textes qu’on écoute les soirs où on veille tard, afin d’y trouver une réponse à ses doutes. Son langage simple et percutant a répondu aux attentes de la jeunesse, qui s’y est reconnue. Il ne s’est jamais départi de cette ligne artistique, même si son public ensuite a grandi, vieilli. Ses textes aussi. Sa pensée a toujours été en éveil, attentive à l’air du temps et à la marche du monde. Il s’autorisait de penser autrement, de naviguer entre gris clair et gris foncé, parce que rien d’humain n’est jamais noir ou blanc.

 

Les chansons que tu préfères de lui, et pourquoi ?

J’aime surtout ses chansons qui me transpercent le cœur et ont la faculté de «  changer la vie  », comme Puisque tu pars, Né en 17 en Leidenstadt ou Ensemble. La force du texte et de la mélodie, tout est réuni…

 

Goldman, très lucide, se rappelle dans une interview les années où tout le monde ou presque méprisait ce qu’il écrivait ou composait, parce qu’il n’était pas connu. Il dit en substance : maintenant, on s’extasierait devant une chanson bâclée que j’écrirais, parce qu’elle est de moi, et on mépriserait un jeune plein d’envie et de talent parce qu’il n’est pas connu. Ça t’inspire quoi, ce sujet, qui je le sais te parle aussi, personnellement... ?

la galère du débutant

C’est toujours vrai. Il faut un certain pouvoir pour convaincre. On ne vit pas dans un pays où on donne une chance aux débutants de réussir. On doit se battre, fort et longtemps.

 

Parmi les grands interprètes de Goldman, évidemment, la plus grande de tous, c’est Céline Dion, dont tu dis qu’avant lui, elle avait une image un peu ringarde. Il en a fait une reine sur la scène francophone. Est-ce que grâce à lui, elle a changé de dimension ?

Céline Dion

Quand il lui écrit l’album « D’eux  » (sur lequel figurent notamment Pour que tu m’aimes encore et J’irai où tu iras, ndlr), elle mène déjà une carrière internationale, mais ça ne marche pas tellement en France. Goldman lui écrit un répertoire solide, en exploitant toute la violence, toute la passion qu’elle peut exprimer dans ses sentiments. Et surtout, il lui indique comment moderniser son interprétation, en évitant de rouler les «  r  » et mouiller les «  m  », et en déchantant, c’est-à-dire en acceptant de ne pas être à tout moment dans la démonstration vocale et, de cette façon, en laissant passer les émotions. L’album triomphe dans le monde entier, y compris aux États-Unis où il est classé dans sa version originale, sous le titre «  The French Album  ». Grâce à Goldman, puis à la BO de Titanic, Céline devient une star planétaire.

 

Céline Dion JJ Goldman

Céline Dion et Jean-Jacques Goldman. DR.

 

Ce qui est le plus touchant, dans ton livre, ce sont ces anecdotes, ces témoignages que tu es allé grappiller de gens dont le parcours a un jour, de manière provoquée ou non, rencontré celui de Goldman. Ici il accepte généreusement de donner un coup de main pour une jolie cause, là il rappelle quelqu’un pour lui dire qu’il n’oublie pas les moments passés «  ensemble ». On découvre aussi des traits de sa personnalité, qui le rendent encore plus humain : un artiste assez peu à l’aise avec la célébrité finalement, et aimant volontiers des moments de solitude complète. C’est quoi finalement, en résumé, cette image que tu t’es forgée de l’homme JJG ?

perception publique

Oui, c’est toujours cette idée de «  vivre ensemble  » qui m’a guidé, y compris dans le choix des témoins que j’ai interviewés. Ce sont les valeurs humaines de Jean-Jacques Goldman qui m’attachent à lui, c’est cet aspect-là de sa personnalité que j’ai voulu mettre en avant. Si le public persiste à le plébisciter dans les sondages plus de quinze après son retrait de la scène, ce n’est pas un hasard.

 

Si tu avais une question à lui poser ?

Dis quand reviendras-tu ? Dis, au moins le sais-tu ?...

 

Crois-tu, justement, qu’on le reverra un jour sur scène pour défendre ses chansons voire, soyons fous, de nouvelles chansons ?

reviendra-t-il un jour... ?

« La vie qu’il mène actuellement est celle qu’il avait envisagée

au départ : être dans l’ombre et écrire pour les autres. »

Je pense qu’il serait déjà revenu. Il avait prévu de le faire pour ses 60 ans, puis le temps a passé… Je crains qu’il ne soit trop tard pour la scène. Un disque, peut-être, mais en a-t-il envie ? En fait, la vie qu’il mène est celle qu’il avait envisagée au départ : être dans l’ombre et écrire pour les autres. Aujourd’hui, il peut le faire confortablement.

 

Je ne peux pas, évidemment, ne pas évoquer Johnny ici... Parce que Goldman lui a écrit quelques unes de ses plus belles chansons (dont L’envie et Je te promets...) Est-ce qu’ils venaient vraiment d’univers musicaux différents, ces deux-là ? Comment qualifier leur entente ?

avec Johnny

« L’instinct et la fragilité sous le roc apparent

de Johnny ont inspiré Goldman. »

L’instinct et la fragilité sous le roc apparent de Johnny ont inspiré Goldman. Humainement, ils ne se sont pas trop fréquentés, mais la musique les a rapprochés. L’album « Gang » est l’un des grands albums de Johnny, il contient non seulement des tubes énormes mais aussi des chansons intemporelles, comme Je te promets.

 

JH et JJG

Johnny Hallyday et Jean-Jacques Goldman. Photo : SIPA.

 

Johnny, auxquels tu as consacré de nombreux livres, dont le dernier Johnny immortel, Johnny que tu qualifiais de « frère que tu n’avais pas eu », est parti il y a un peu plus de deux mois... C’est bête à demander, mais est-ce que tu t’y fais ?

la mort de Johnny

Non… D’autant que cette affaire d’héritage m’attriste encore plus…

 

Question musique, voix plutôt, sur Johnny : comment le jeune homme à la voix douce et charmante de L’idole des jeunes a-t-il pu interpréter, « gueulant » (au meilleur sens du terme) à vous coller les poils des titres comme Que je t’aime, Derrière l’amour, Diego ou Vivre pour le meilleur ? Est-ce que sa voix, sa technique ont mûri au fil des ans, ou bien aurait-il été capable de faire ça dès le départ, au début des années 60 ?

la voix de Johnny

Je ne crois pas qu’il ait beaucoup travaillé sa voix, mais sans doute a-t-il appris l’essentiel, à savoir respirer correctement et rééduquer son souffle. Puis, la maturité et l’exercice constant de son métier, de la scène ont fait le reste… Mais il chantait déjà très bien à ses débuts.

 

Johnny immortel

Johnny immortel, l’Archipel, 2017.

 

Quels sont, à ce stade, avec pas mal de livres à ton actif, les plus et les moins que tu attribuerais à cette expérience, à ton métier de biographe ?

le métier de biographe

Le plus : vivre de sa passion et s’intéresser à l’autre. Le moins : la mauvaise réputation des biographes auprès des artistes et la difficulté d’obtenir leur concours. On pourra développer une autre fois…

 

Tes projets et envies pour la suite ? Je sais qu’une nouvelle version de ta bio de Sardou va sortir bientôt... et sinon, de qui aurais-tu envie de tirer le portrait ?

Trouver un compromis pour aller vers des projets plus personnels…

 

Des coups de cœur musicaux récents que tu voudrais partager avec nous ?
 
Gauvain Sers, que je vais applaudir bientôt en tournée, et Juliette Armanet.

 

Frédéric Quinonero

Photo : Emmanuelle Grimaud.

Photos utilisées dans cet article : DR.

 

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27 octobre 2017

Xavier Broutin : « Cassandra aura marqué les esprits et rendu les gens meilleurs »

Difficile, quand on ne l’a pas vécue dans sa chair, d’imaginer vraiment ce que doit être la douleur d’avoir perdu un enfant. Cassandra, la fille d’Élodie et Xavier Broutin, jeune couple habitant le Rhône, s’est éteinte en août 2016 des suites d’une leucémie, elle n’avait que vingt-et-un mois. Du vivant de la petite, ils avaient cherché à sensibiliser l’opinion sur la question cruciale du don de sang et du "don de soi", et leur combat, celui de Cassandra, a ému et mobilisé de nombreuses personnes. Passé l’abattement, le décès de leur fille n’a fait que les renforcer dans leur détermination : le déchirement de l’avoir perdue serait suivi, forcément, par une continuation de ce combat. En son nom à elle, pour les autres enfants qui eux aussi, luttent. Pour que quelque chose de positif puisse sortir de sa mort, tellement injuste...

J’ai eu moi-même un premier contact "direct" avec lAssociation Cassandra lors d’un événement (une randonnée) co-organisé au profit de ses combats par l’entrepôt Easydis de Grigny (69), le dimanche 1er octobre 2017. Une jolie journée solidaire pour une cause noble. J’ai souhaité consacrer un article à l’association pour un modeste mais sincère coup de projecteur sur ce qu’elle porte. Je remercie Xavier Broutin, pour ses réponses, utiles et émouvantes, pour les photos qu’il a partagées. Je n’oublie pas qu’il y a cinq ans, Stéphanie Fugain mavait offert un de mes articles les plus touchants. Et je n’oublie pas non plus, à titre personnel, à quel point cette guerre contre les leucémies et contre les cancers mérite d’être épaulée, de toutes nos forces. L’occasion, ici, de saluer les bénévoles, et tous les acteurs qui de près ou de loin oeuvrent en ce sens. Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Xavier Broutin: « Cassandra aura marqué

les esprits et rendu les gens meilleurs »

Q. : 25/09/17 ; R. : 25/10/17.

 

Cassandra famille

 

Paroles d’Actu : Xavier Broutin bonjour, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions pour Paroles d’Actu. Ce qui nous réunit aujourd’hui, évidemment, c’est la cause que vous portez, la lutte contre les leucémies et cancers pédiatriques, pour votre petite fille Cassandra, malheureusement décédée il y a un an, et pour tous les autres... Est-ce que vous pourriez, avant d’entrer dans le vif du sujet, nous parler un peu de vous, de ce qu’était votre vie "avant" ?

la vie avant

Xavier Broutin : Avant la naissance de Cassandra, Élodie et moi venions d’entrer dans la vie active. Élodie, après des études d’infirmière, venait de débuter sa carrière. Quant à moi, après une école d’ingénieur et une école de commerce, je venais de créer mon entreprise de communication. Nous vivions ensemble depuis quelques années. C’est donc tout naturellement que Cassandra a vu le jour en novembre 2014.

 

Cassandra sourire Cassandra fleurs

 

PdA : Cassandra, votre fille, avait effectivement vu le jour le 18 novembre 2014. Diagnostiquée dès ses deux mois, elle s’est battue, courageusement même si elle ne le savait pas, et bien entourée, contre une leucémie qui allait finalement l’emporter le 17 août 2016... Avec le recul, comment regardez-vous cette période de votre vie, qu’on imagine jalonnée de moments d’abattement et de grande peine mais aussi de petits espoirs, et riche en contact humain ? Est-ce que vous diriez que votre existence a pris un sens nouveau depuis que la vie vous a infligé cette épreuve ? Que vous avez, vous et votre épouse, appris de vous-même ?

face à l’épreuve

X.B. : À l’annonce du diagnostic de cancer de Cassandra, tout s’est écroulé autour de nous. Mais ce temps d’abattement et de désespoir n’a pas duré très longtemps, car pour Cassandra nous aurions fait l’impossible. Cassandra s’est battue d’une manière remarquable conte la leucémie, elle a fait preuve d’une grande force alors qu’elle n’était qu’un bébé. Le combat était inégal, mais Cassandra s’est toujours montrée combative.

Bien sûr, notre conception de la vie a été bouleversée par cette épreuve. Dès le début de la maladie de Cassandra, nous avons voulu donner du sens à quelque chose qui n’en n’avait pas. C’est pour cela que nous avons rapidement eu l’idée de créer l’Association Cassandra, pour que d’un malheur naisse l’espoir, pour tous les enfants.

« Je crois que Cassandra nous a rendu meilleurs »

Je crois que Cassandra nous a rendu meilleurs. Beaucoup de personnes ont été touchées par son combat, y compris des professionnels de santé. Nous le constatons tous les jours à travers les témoignages que nous recevons.

 

Cassandra hôpital

 

PdA : Ce combat, vous l’avez mené intelligemment et avez su fédérer et mobiliser autour de Cassandra et de la cause reprise par l’Association Cassandra ACCL. Beaucoup de gens se sont sentis touchés, concernés, localement et sur tout le territoire, grâce notamment aux relais puissants de la presse et surtout des réseaux sociaux. Pas mal d’actions sont entreprises, je pense par exemple, pour ce qui nous concerne, à cette marche du 1er octobre à Grigny (Rhône), organisée avec le soutien d’un acteur local de la logistique alimentaire (Easydis). Est-ce que vous avez été surpris, de manière générale, par cet élan de sympathie et de solidarité, par la force d’entraînement d’internet ? Qu’auriez-vous envie de leur dire, à tous ces gens qui désormais portent la bannière de votre fille ?

autour d’une cause commune

X.B. : Le combat de Cassandra, que nous relayons sur Facebook, a rapidement pris de l’ampleur. Des dizaines de milliers de personnes, puis plusieurs centaines de milliers, suivaient chaque soir les nouvelles (bonnes ou mauvaises) de Cassandra. C’est ainsi que l’Association Cassandra est née.

Les soutiens virtuels sont devenus réels. À ce jour, l’Association Cassandra compte des milliers d’adhérents dans toute la France et dans le monde. Plus de 500 bénévoles nous ont rejoints et forment aujourd’hui 80 antennes départementales.

À l’instar des salariés d’Easydis Grigny, beaucoup de personnes décident de soutenir l’association pour faire avancer les causes qu’elle défend. Tous ces soutiens nous vont droit au cœur, car cela montre que malgré sa courte vie, Cassandra aura marqué les esprits et rendu les gens meilleurs.

 

Cassandra rando

 

PdA : Il y a cinq ans, lors d’une de mes premières interviews, j’avais eu la chance d’interroger Stéphanie Fugain, présidente de l’Association Laurette Fugain, créée en mémoire de sa fille décédée à l’âge de 22 ans d’une leucémie et œuvrant pour la sensibilisation au "don de soi". Est-ce que vous la connaissez et agissez en rapport avec elle ? En quoi la sensibilisation à et la lutte contre les leucémies et cancers pédiatriques diffèrent-elles de ce qui vaut pour les "plus grands" ?

l’association Laurette Fugain ?

X.B. : Stéphanie Fugain et l’association Laurette Fugain font un travail remarquable depuis de nombreuses années pour faire avancer la recherche contre la leucémie. Nous avons déjà eu l’occasion d’échanger ensemble, nos combats sont en effet très proches.

« Il y a un manque flagrant de recherche

pour les maladies rares infantiles »

L’Association Cassandra se focalise essentiellement sur les leucémies et cancers pédiatriques, car il y a un manque flagrant de recherche médicale pour les maladies rares infantiles. Les chercheurs affirment même que les avancées faites pour les enfants sont bénéfiques aux adultes, alors que le contraire n’est pas évident. Il est donc crucial d’augmenter significativement les moyens alloués à la recherche contre les cancers pédiatriques.

 

Stéphanie et Laurette Fugain

 

PdA : Voulez-vous nous parler des actions menées par l’association Cassandra ACCL ? Que faites-vous au quotidien ?

l’asso en actions

X.B. : L’Association Cassandra a trois missions : financer la recherche contre les cancers pédiatriques, aider les familles d’enfants atteints de cancers, et promouvoir les dons de vie (dons de sang, de plaquettes, de plasma, de moelle osseuse, etc.). Concrètement, cela se traduit au quotidien par des actions de sensibilisation du public, notamment sur les collectes de sang, et par des récoltes de fonds.

En parallèle, l’Association Cassandra est très active au niveau politique pour que le Parlement et le Gouvernement prennent les mesures nécessaires pour garantir le financement de la recherche contre les cancers de l’enfant.

 

Cassandra dons de soi

 

PdA : Comment celles et ceux qui ont envie de vous aider et de faire avancer votre cause peuvent-ils le faire ? De quoi avez-vous besoin, financièrement mais peut-être surtout au niveau du "don de soi" ?

pour la bonne cause

« Nous appelons le public à donner son sang

ou à s’inscrire sur le registre des donneurs

de moelle osseuse »

X.B. : Bien entendu, les dons financiers sont indispensables à l’association pour pouvoir financer des projets de recherche. Mais nous appelons également le public à donner son sang ou à s’inscrire sur le registre des donneurs de moelle osseuse. Ces dons de vie ont une valeur inestimable car ils sont indispensables pour sauver des vies d’enfants et d’adultes.

 

PdA : Vous vous êtes lancé Xavier Broutin, un temps, dans l’arène politique afin de mieux porter vos idées sur la scène publique. Qu’avez-vous retenu de cette expérience ? Quel message adresseriez-vous à celles et ceux qui ont un pouvoir direct d’action (crédits, leviers pour sensibilisation...) sur la cause que vous portez, je pense en particulier à nos responsables politiques nationaux (le Président Emmanuel Macron et son Premier ministre, le gouvernement, les députés et les sénateurs...) ?

expérience et leviers politiques

X.B. : Je me suis présenté aux élections législatives dans la deuxième circonscription du Rhône en juin 2017. Mon objectif était de sensibiliser les électeurs aux causes que je défends, mais aussi d’interpeller les autres candidats, notamment ceux des grands partis politiques, sur les problèmes liés au financement de la recherche médicale.

Cette expérience, que je renouvellerai certainement, m’a permis de prendre conscience que le monde politique est un milieu très cynique. Beaucoup tiennent des promesses ou prennent des engagements, mais peu les respectent. Les citoyens doivent être plus exigeants vis-à-vis de leurs élus.

Aujourd’hui, je continue avec l’Association Cassandra à interpeller nos décideurs. Nos dirigeants doivent prendre conscience que la jeunesse est l’avenir du pays. C’est une priorité. Si nous laissons nos enfants mourir de cancers ou d’autres maladies, alors nous ne sommes pas dignes de diriger une nation.

 

PdA : Qu’est-ce qui vous "porte" aujourd’hui, vous et votre épouse ?

X.B. : Élodie et moi sommes portés par le souvenir de Cassandra. Nous nous battons en sa mémoire, et pour tous les enfants qu’il reste à sauver.

 

PdA : Cassandra, en trois mots ?

X.B. : Courage, force, espoir.

 

PdA : Qu’est-ce qui, quand vous regardez derrière, vous rend "fier" ?

X.B. : Je suis fier de Cassandra et de la force qu’elle a déployée contre la maladie. Je suis fier que ce combat ait permis à des personnes d’aller donner leur sang, ou à devenir veilleurs de vie (donneurs de moelle osseuse).

 

PdA : Quels sont, pour ce qui concerne l’association ou vous-même, plus personnellement, vos projets et envies pour la suite ?

X.B. : Nous allons continuer à oeuvrer au sein de l’Association Cassandra pour faire avancer la recherche et aider les familles. Nous avons la chance d’être entourés par des centaines de bénévoles et d’adhérents qui ont pris à bras le corps ce combat. C’est tous ensemble que nous arriverons à faire avancer les causes que nous défendons.

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter ?

X.B. : Élodie et moi espérons que la vie sera un peu plus douce à l’avenir.

 

PdA : Un dernier mot ?

X.B. : « Parce que d’un malheur peut naître l’espoir ».

 

Cassandra parents

 

 

>>> Association Cassandra <<<

pour soutenir l’Association Cassandra

 

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15 novembre 2016

Déjà demain : « Lignes de Front, 2017 »

Après la mise en ligne, hier soir, de quatre compositions élaborées autour d’hypothèses personnelles d’entre-deux-tours de la présidentielle 2017, voici, comme prévu et comme promis, le cinquième et ultime texte de cette série inédite. La personne qui l’a écrit (je l’en remercie encore ici) a tenu à rester anonyme : j’entends respecter ce choix à la lettre. Le riche récit qu’elle nous livre - le texte date du 30 octobre et elle l’a intitulé « Lignes de Front » - ne devrait pas manquer de faire réagir... Bonne lecture ! Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Déjà demain: « 2017, l’entre-deux-tours »

« Lignes de Front »

Marine Le Pen

KENZO TRIBOUILLARD / AFP

 

Lundi 1er mai 2017

Jamais le Front national n’avait connu pareil rassemblement. Près de deux cent mille sympathisants avaient répondu à l’appel de Marine Le Pen, qui s’apprêtait à donner un immense meeting sur le Champ de Mars en ce jour de Fêtes du Travail et de Jeanne d’Arc. Le soleil allait atteindre son zénith tandis qu’une marée de drapeaux bleu-blanc-rouge achevait de se déverser autour de la tour Eiffel. Dans quelques minutes, la candidate sélectionnée au second tour de l’élection présidentielle commencerait son discours devant une foute impatiente.

L’atmosphère printanière, où se faisaient sentir quelques effluves de muguet çà et là, était électrique. On sentait bien que quelque chose de nouveau, d’inédit par son ampleur, allait arriver à la France. Une semaine auparavant, Marine Le Pen, « candidate du peuple » selon le dire de ses militants, était arrivée en tête du classement avec 29,3% des voix recueillies, soit très exactement l’approbation de 9 896 632 Français et Françaises. Presque dix millions de personnes !

Certes, Le Pen au second tour était une histoire dont tous les plus de 20 ans pouvaient se souvenir. Mais ce qui fut présenté hier comme un regrettable accident, un monstrueux malentendu que les errements de la gauche, ajoutés à une participation très faible, avaient rendu possible, apparaissait à présent comme la conséquence inéluctable, prévue et annoncée depuis des mois, voire des années, de tous les renoncements de ces gouvernements fantoches qui se sont succédé au cours des dernières décennies. La percée de Jean-Marie Le Pen en 2002 avait été fortuite, celle de Marine Le Pen, quinze ans plus tard, était logique, nécessaire et attendue.

Au pied de l’estrade, assis dans la première rangée à côté des autres hauts cadres du parti, Jean-François Jalkh, vice-président chargé des affaires juridiques et des élections, mesurait le chemin parcouru depuis. Il avait 17 ans lorsqu’il adhéra au Front national en 1974, deux ans seulement après la création de celui-ci. Lorsque Mitterrand autorisa, dans le but ultime de déstabiliser la droite, la proportionnelle à l’élection législative de 1986, il fut le benjamin des trente-cinq députés frontistes qui entrèrent pour la première fois à l’Assemblée nationale grâce à la roublardise de la gauche. Ces hommes (et cette femme : Yann Piat, la députée assassinée ; – « que Dieu ait son âme » – pensa Jalkh) étaient tous partis, avaient été exclus ou étaient décédés. Tous, sauf lui. Même Bruno Gollnisch, qui n’a pas supporté l’exclusion de son vieil ami Jean-Marie Le Pen au printemps 2015, s’était mis en retrait de la vie politique. Des « Trente-cinq » de 1986, du Front national d’antan, il ne restait que lui, Jean-François Jalhk.

Et cela ne le chagrinait pas outre mesure. Il ne regrettait point l’effacement de ce passé tumultueux. Le parti devait achever sa mue commencée en 2011, lorsque le père céda son pouvoir à la fille, avec le consentement d’une large partie des adhérents. « Le Pen est mort, vive Le Pen ! » s’étaient moqués les journalistes. Mais l’héritière jeta son nom aux oubliettes de l’Histoire pour forger une renommée nouvelle avec son seul prénom, « Marine ». Restait à faire oublier celui du Front national. Jalkh ne croyait pas en la victoire finale, pas tant que le parti garderait le nom d’une formation qui fut associée durant un demi-siècle à l’extrême-droite. Les Français sont des traumatisés que leur ombre effraie…

« MA-RINE ! MA-RINE ! MA-RINE !!! »

Les ovations de la foule tirèrent le vice-président de sa rêverie. Marine Le Pen venait d’apparaître sur scène et saluait son public, les bras largement ouverts, comme si elle cherchait par ce geste à étreindre la France entière. Elle portait un chemisier bleu-marine, un pantalon blanc et des talons rouges. Remarquablement amincie, rayonnante et victorieuse, elle paraissait presque belle. Alors que les dernières notes de l’« Odyssée Bleu Marine » s’achevait, elle gagna place devant le pupitre et commença – le silence se fit aussitôt – de sa voix rauque et puissante.

Dix millions ! Ils avaient été dix millions à aspirer lui donner les rennes du pays ! Dix millions à crier leur soif de liberté dans les urnes ! Grave, la présidente du Front national déclara solennellement que le peuple français était face à un choix historique. Pour la première fois ou presque, une véritable alternative s’ouvrait à lui. D’un côté le parti de l’étranger, de l’immobilisme, de la haute finance mondialisée, incarné par le vieillard Juppé, débris d’un monde archaïque et corrompu. De l’autre, elle, Marine Le Pen, la candidate de la France, qui exercerait son pouvoir par et pour le peuple, seul souverain légitime devant lequel il convient de se plier. Finie la fausse alternative gauche-droite ! En ce jour, c’étaient les partisans de la France contre ceux qui l’ont reniée.

À vrai dire, digressa-t-elle, cette alternative s’était certes déjà posée au peuple quinze ans auparavant (Florian Philippot manqua de s’étrangler à l’entente de cet hommage inattendu à Jean-Marie Le Pen) mais, il fallait le reconnaître, à l’aube de ce siècle, le mouvement national n’était pas suffisamment mature. Depuis, il a grandi.

« Cette fois-ci, nous sommes prêts », assura Marine Le Pen.

Derrière l’estrade, une vingtaine de jeunes attendaient debout la fin de discours avant de monter sur scène et chanter l’hymne national aux côtés de leur présidente. Ils portaient des T-shirt bleu marine, sur lesquels était inscrit, en grosses lettres blanches, le slogan de la campagne présidentielle : « AU NOM DU PEUPLE ». Chacun avait, à la main, un drapeau, un drapeau français, bleu-blanc-rouge, et nulle part on ne pouvait voir de drapeau frontiste. Par ailleurs, la flamme bicolore et les deux lettres « F.N. », avaient été supprimées de toutes les affiches, de tous les tracts, banderoles, et pupitres. Le nom du Front national comme celui de Le Pen avaient disparu de la campagne de communication pour ne laisser place qu’à un objectif : « #Marine2017 ». « C’est fade », regrettaient certains. « Le FN, ce sera bientôt de l’histoire ancienne », répliquaient d’autres.

Arthur, 19 ans, patientait parmi ce petit groupe de militants du FNJ. Il terminait sa première année de droit à Assas. Il était monté au Front l’an dernier, pour ne plus le quitter par la suite, si bien qu’il avait validé ses partiels de justesse. Il éprouvait une naïve excitation à l’idée de monter sur scène rejoindre celle en qui il plaçait des espoirs insensés. Pour la première fois, la semaine dernière, il avait accompli fièrement son devoir de citoyen. Dans l’isoloir, il avait embrassé le bulletin de Marine avant de le glisser dans une enveloppe bleue, et cette dernière, dans l’urne. Dans la candeur de sa jeunesse, il imaginait lui et les siens comme les résistants des temps modernes bataillant contre les armées coalisées de l’Anti-France : bobos moralisateurs, politiciens cyniques, banquiers apatrides, immigrés voleurs, islamistes assassins. « Si Marine ne gagne pas cette fois-ci, c’est foutu », se disait-il. Il pensait à ces hordes de clandestins qui se déversaient inlassablement sur les rivages de l’Europe du sud, exactement comme l’avait décrit Jean Raspail dans le prophétique Camp des Saints. La pensée de la submersion migratoire le terrifiait, l’empêchait même parfois de dormir, comme le montant de la dette qu’il faudra rembourser, ou encore l’épuisement prochain des ressources planétaires. Il avait le sentiment de vivre dans un monde de cinglés.

« Nous ne voulons pas de ce marché mondialisé devenu complètement fou ! » répondait la voix de Marine, en exact écho à ses pensées.

« Ah, pesta-t-il en lui-même, qu’ils ont eu la belle vie, les enfants chanceux du direct après-guerre ! Pas de chômage, pas de crise, pas d’islamisme… Et ils ont tout cassé. Et c’est l’un d’entre eux, l’affreux Juppé, qui devra nous gouverner, alors qu’il est de ceux qui nous léguèrent un pays en ruines ? Mais jamais de la vie ! ».

Lui dont les parents, bourgeois, votaient à droite, lui qui jetait des regards dédaigneux aux crasseux anarchistes qui, pour un oui ou un non du gouvernement, avaient régulièrement bloqué à coup de poubelles renversées les portes de son collège, puis de son lycée toute sa scolarité durant, lui le conformiste, le Front national avait finalement fait de lui un révolté.

Vingt minutes plus tard, Gaëtan Dussaussaye, le souriant directeur du FNJ, fit signe au petit groupe que ce dernier devait s’avancer devant les escaliers métalliques. La candidate à la présidentielle achevait son long discours ; elle cria enfin de toute la force de sa voix éraillée :

« Vive la République ! »

« Vive le Peuple ! »

« Et vive la France ! »

Tonnerre d’applaudissements, explosion des « Marine présidente ! » sous le bel éclat du soleil de mai.

Les jeunes grimpèrent sur l’estrade et y agitèrent les drapeaux. Comme à l’accoutumée, les filles passèrent devant et entourèrent leur présidente ; les garçons devaient rester un peu en retrait. Le spectacle de la gigantesque marée bleue, blanche et rouge qui s’offrait sous les yeux d’Arthur était proprement stupéfiant. En bas, au niveau de la première rangée de chaises pliables, les grands cadres s’étaient levés et applaudissaient également. Arthur croisa le regard de la belle Marion Maréchal-Le Pen et il en fut tout ému. Enfin Marine Le Pen s’approcha de nouveau du micro et commença sur une note sourde :

« Allons enfants de la patrie… »

La multitude reprit en cœur La Marseillaise, et Arthur eut le sentiment d’une immense communion nationale. En cet instant précis, tous ces gens devant lui étaient ses frères et ses sœurs, et son cœur fut gros d’espoir et d’émotion.

« AUX ARMES CITOYENS ! »

Droit comme un piquet, presque au garde-à-vous, il chantait.

« FORMEZ VOS BATAILLONS ! »

La France, se dit-il, a dû affronter bien des épreuves au cours des siècles. Celle-ci n’en est qu’une nouvelle.

« MARCHONS, MARCHONS ! »

La providence a envoyé Jeanne d’Arc et le général de Gaulle au moment où le parti de l’étranger semblait l’avoir définitivement emporté, et menaçait de nous anéantir.

« QU’UN SANG IMPUR… »

Il tourna la tête à droite, vers la Présidente. Jeanne d’Arc avait vieilli, mais elle était revenue.

« …ABREUVE NOS SILLONS !!! »

Levée de drapeaux et ovations. Marine Le Pen fit un ultime salut à la foule et disparut. Le public continuait d’applaudir à tout rompre.

Avec une naïveté toute juvénile, Arthur pensa alors : « Avec tant de volontés, la victoire sera forcément au rendez-vous ».

 

*     *     *     *     *

 

Mardi 2 mai 2017

La télévision, la radio et les réseaux sociaux fourmillaient de mille rumeurs affolées. C’était la mélodie rituelle d’un Occident halluciné persuadé qu’il courait à sa fin.

Hillary Clinton avait beau l’avoir emporté – de peu – contre Donald Trump à l’automne dernier, la digue du populisme menaçait toujours de rompre de l’autre côté de l’Atlantique. Déjà l’inattendu « Brexit », puis l’avènement final de Norbert Hofer lors du second scrutin des élections présidentielles autrichiennes avaient-ils entamé la tour de Babel strasbourgeoise de brèches profondes. Un grondement de colère s’élevait de toute l’Europe et les institutions de Bruxelles assistaient impuissantes à l’expression des contestations populaires : référendums anti-migrants, manifestations contre l’austérité, montée en puissance des partis eurosceptiques. Celui de Marine Le Pen triomphait en tête du premier tour des élections présidentielles françaises, si bien que l’Union européenne n’avait pas fini de trembler.

Journalistes, politiques de droite et de gauche, hommes d’affaires, représentants d’associations diverses et innombrables, stars du show-business, tous se relayaient à la télé et à la radio, dans des marches et des concerts géants pour prêcher la parole du camp « républicain ». D’un air plus grave que jamais, Valls discourait sur une République en danger que seule l’union des démocrates pouvait sauver et le Quotidien de Yann Barthès enchainait chaque soir les reportages sur les agissements des néo-nazis et des catholiques intégristes dans le pays. Le sommet du consensus politico-médiatique fut atteint lorsque Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, appela ses troupes à voter pour le très libéral Juppé, l’ancien Premier ministre qui, vingt ans auparavant, avait tenté de saboter la Sécurité sociale et les retraites des travailleurs…

Toute cette agitation eût pu évoquer l’esprit du 21 avril 2002, si ce n’est que la mobilisation populaire ne fut pas de la même ampleur. Les activistes de SOS-Racisme constatèrent bien que leur rassemblement clairsemé de la place de la République fit pâle figure au regard des immenses cohortes que les évènements de 2002 avaient levées contre l’extrême-droite. Les gens se lassaient de ces scènes de déjà-vu, ou alors ils avaient suffisamment soupé de leçons de morale. La colossale Marianne de bronze, sur son socle tagué d’innombrables « JE SUIS CHARLIE », avait regardé avec hauteur le navrant spectacle de ces moutons venant bêler dans ses jupes leur désarrois à la moindre fois que leurs naïfs idéaux se voyaient contrariés par les vicissitudes de la réalité. Deux ans après l’assassinat de Charb et des siens, la France n’était définitivement plus Charlie.

Sur les hauteurs de Saint-Cloud, reclus dans un manoir d’époque Napoléon III, un vieil homme borgne contemplait le spectacle depuis son poste de télévision. Il se tenait affalé sur un fauteuil Empire, dans un salon lambrissé quelque peu poussiéreux. De splendides réceptions avaient dû se tenir en ces lieux ternis, car tout y évoquait une gloire passée que les années et l’abandon avaient ravie. Par les hautes fenêtres s’étendait une vue imprenable : le majestueux parc qui dominait la tour Eiffel, puis, au-delà, l’ensemble de la capitale.

« Le débat va commencer, Président », dit Gérald, le majordome.

Il n’y avait plus que ses amis qui continuaient d’appeler ainsi le vieil homme, pour lui faire plaisir, mais le cœur n’y était plus. Après des mois et des mois d’homériques combats devant les tribunaux, il avait perdu le droit de se réclamer du titre de Président d’honneur du Front National. Jean-Marie Le Pen soupira.

« Voyons comment la petite va s’en sortir. »

Gérald augmenta le volume de la télé. On était le soir du traditionnel débat de l’entre-deux tours ; David Pujadas et Anne-Claire Coudray recevaient Marine Le Pen et Alain Juppé sur leur vaste plateau lumineux. Marine portait une éclatante veste rouge sang et à vrai dire, elle crevait déjà l’écran. Les deux candidats sélectionnés pour le second tour saluèrent les journalistes, puis se serrèrent poliment la main et prirent place.

Le tirage au sort octroya la première prise de parole à Juppé, qui expliqua pourquoi il avait accepté de débattre contre Le Pen, contrairement à son défunt prédécesseur, Jacques Chirac.

« Ah ce vieux bougre de Chirac, maugréa le vieillard, il aura crevé avant moi ! Quel escroc ! … Mais quel talent ! … Ha ha, le coquin…

« Nous ne devons plus fuir la confrontation, coupa la voix de Juppé depuis le poste de télévision. Il s’agit désormais de mettre l’extrême-droite face à ses contradictions, de révéler au grand jour la vacuité de son programme économique, de rendre évidente la dangerosité de son idéologie. Ce soir, je ferai tomber le masque de madame Le Pen… »

Et Marine Le Pen de répondre :

- Monsieur Juppé, je vais vous flatter : me voilà extrêmement satisfaite de me trouver face à vous ce soir. Il aura fallu attendre la présidentielle pour que vous acceptiez – enfin ! – de m’affronter ! J’espère que nous aborderons des sujets de fond car, voyez-vous, je vous estime un peu plus honnête que votre rival Sarkozy. Oh, bien sûr, vous êtes tout comme lui un repris de justice, mais vous ne cherchez pas à enfumer les gens comme lui le faisait. Vous assumez votre mondialisme, votre fédéralisme post-démocratique, votre complaisance envers le communautarisme. Vous ne faites pas semblant d’être patriote…

Tout au long du débat, alors qu’elle tenait tête à l’ancien Premier ministre sous les feux des projecteurs, devant des millions et des millions de Français, venaient à Jean-Marie Le Pen des sentiments contradictoires. De la fierté et de la tristesse. Fier de sa fille, oui, il l’était. C’était une battante, comme lui. Sans doute le sang breton qui voulait ça... Mais l’aventure se déroulait sans lui, et ce n’est pas ses pauvres comités Jeanne qui, il le savait, pèseraient d’une quelconque manière aux législatives. Pour la première fois de sa vie, à presque 90 ans, il se sentit vieux.

Ah l’ingrate… Mais il avait fait d’elle ce qu’il était : une brute. Le Pen n’était pas homme à faire des mea culpa. Jamais de sa vie il ne s’était excusé. Ni devant les Français, ni à ses proches. Jamais. Pourtant, dans son for intérieur, il savait quel père effroyable il avait été. L’attentat à la bombe qui faillit les tuer petites, l’école publique et les professeurs qui les haïssaient, l’absence de leur mère quinze ans durant, les menaces permanentes, les humiliations parfois, il avait fait subir tout cela à ses trois filles sans d’autres mots de réconfort, les rares fois où elles venaient se plaindre, que « vous pourriez être nues dans la neige en temps de guerre ». Et ce fut Marine qui pleura le moins. C’était celle qui lui ressemblait le plus.

Il avait déjà perdu le fil du débat. La sénilité lui posait des problèmes de concentration. Ses reins lui causaient maintes douleurs. Il se récita à lui-même, une fois encore, ces vers de Musset qu’il aimait tant :

« J’ai perdu ma force et ma vie,

Et mes amis et ma gaieté ;

J’ai perdu jusqu’à la fierté

Qui faisait croire à mon génie. »

Ah, qu’il était loin le temps de Poujade, lorsqu’il gueulait à s’en faire péter les glottes La Marseillaise dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale tandis que la Quatrième République agonisait ! Elles étaient loin, les bagarres et les beuveries du Quartier Latin ! Loin, l’Indochine et l’Algérie. Et les croisades en voilier sur les mers de sa chère Bretagne natale... Et les meetings endiablés où virevoltaient les drapeaux. Et tous les autres souvenirs innombrables…

« Le seul bien qui me reste au monde est d’avoir quelquefois pleuré. »

Dans la pénombre de ce salon désuet, peut-être le Menhir laissa-t-il son unique œil s’épancher un peu… Mais cette scène-là, il n’y aurait jamais aucune caméra de télévision pour la filmer.

 

*     *     *     *     *

 

Mercredi 3 mai 2017

Florian Philippot était ce qu’on appelle un homme pressé. Impeccable dans son costume gris anthracite de chez Paul Smith, rasé de près, droit comme un automate, il achevait son interview dans le studio de RTL. Il était 14h, et c’était déjà la cinquième de la journée. Cinq fois qu’il répétait presque mot pour mot les mêmes éléments de langage depuis qu’il était levé : « Les Français ont pu voir hier soir une Marine Le Pen digne et éloquente, plus présidentielle que jamais » ; « Nous appelons tous ceux qui ont la France à cœur, qu’ils soient de gauche ou de droite, à rejoindre la grande famille des patriotes »… Il n’avait pas eu le temps de prendre son déjeuner et il était affamé, mais ne laissa rien paraître de sa lassitude. Enfin, il entendit avec soulagement le journaliste déclarer :

« Merci Florian Philippot, excellente journée à vous. »

Il se leva – il eut un léger vertige – et, le visage impassible, prit congé des chroniqueurs par une dernière poignée de mains. Dans le couloir l’attendait Richard, son collaborateur favori. C’était un séduisant jeune homme brun, beau comme l’était Alain Delon à 20 ans, que Philippot avait fait nommer secrétaire FN d’un département des Hauts-de-France, où il avait par ailleurs été élu conseiller régional, sur la liste présidée par Marine Le Pen. Devant la mine visiblement épuisée de son patron, le garçon posa une main sur son épaule, dans un geste apaisant. Ils s’en allèrent déjeuner dans une brasserie du très chic quartier où ils se trouvaient.

Même rassasié, la migraine que Philippot avait ce matin senti poindre juste au niveau de sa tempe droite ne le quittait pas. Elle s’accentua au contraire lorsqu’il pensa au débat qu’il avait ce soir face à Maël de Calan, un des bras droits de Juppé, sur le plateau d’Apolline de Malherbe, de BFM-TV.

« Tu vas le défoncer, le petit Maël », dit Richard, en écho à ses pensées.

Philippot hocha lentement la tête. Il songea au visage blafard et insignifiant de ce frêle trentenaire, largement médiatisé depuis la publication de son pamphlet anti-FN, l’année dernière. Un jeune intello, timide et sans charisme, qui s’est retrouve parachuté du jour au lendemain sous le feu des projecteurs et des caméras de télévisons. Comme lui. Calan l’insupportait.

Une notification s’afficha sur l’iPhone dernier cri qu’il tenait toujours dans la main, comme greffé à elle. Philippe de Villiers venait de déclarer sur iTélé qu’il eût été prêt à soutenir Marine Le Pen à condition que celle-ci abandonnât « l’orientation laïcarde et gauchisante insufflée par ses conseillers chevènementistes » pour « une politique d’inspiration chrétienne, défendant la famille et la morale catholique ». Dans l’état actuel des choses, terminait le vieil homme, toute chance de victoire apparaissait impossible, faute d’unité de la part du camp patriote. Tous les sondages, d’ailleurs, le démontraient.

« Connard », pensa Philippot.

Sur Twitter, les ennemis du vice-président du FN exultaient. « Par la faute de Philippot qui aura dégoûté l’électorat de droite, le sursaut national n’aura pas lieu », twittait une certaine « Capu Patriote » ; « En liquidant le dernier espoir de la droite nationale, le funeste Philippot a définitivement livré la France aux Congoïdes », ajouta, lui, le comte Henri de Lesquen. « Une seule solution : se débarrasser de la truie Le Pen, digne fille de sa catin de mère, et de son acolyte, le sodomite Philippot », philosophait avec sa délicatesse habituelle Jérôme Bourbon, le directeur de la revue Rivarol. Et, clou de ce spectacle virtuel, Marie-Caroline Le Pen, la sœur de Marine, partageait sur son compte l’énième appel à l’union des droites de Karim Ouchikh, le président du très droitier SIEL, qui rêvait de voir réunis dans un seul et même mouvement Robert Ménard, Philippe de Villiers, Jean-Frédéric Poisson, Jacques Bompard et Marion Maréchal-Le Pen, soit autant d’adversaires résolus de la ligne « nationale-républicaine » insufflée par Florian Philippot au Front national.

- Un bon nombre de gens au Front n’en pensent pas moins, dit Richard. Après un silence, il ajouta : Ce parti ne te mérite pas, Florian. Il ne te pardonnera jamais d’être ce que tu es, ton parcours, tes principes politiques, et même ta vie privée. Ce tas de bouseux réacs ne te mérite pas. Quitte-le, fonde quelque chose de nouveau. Beaucoup de jeunes te rejoindraient…

- Je pense poser un ultimatum à Marine après l’élection, répondit Philippot. La Maréchal ou moi. Et si elle n’est pas capable de tourner définitivement le dos à sa famille de cinglés, alors je partirai. On partira.

- Elle ne le fera jamais. Elle préférera toujours la Princesse (c’est ainsi qu’ils surnommaient dédaigneusement Marion Maréchal). Ils ont beau se rentrer dedans à longueur d’année, c’est un clan bien plus soudé qu’il n’y paraît, les Le Pen. Une vraie meute de loups…

- Marine a montré à plusieurs reprises qu’elle savait faire passer les intérêts du parti avant des considérations familiales. Et elle sait qu’elle ne peut pas se passer de moi.

- On verra. Mais à ta place, j’en aurais assez d’être dans un parti qui me déteste.

Philippot posa son verre d’eau et se passa une main sur le front comme pour en essuyer la fatigue. Il marmonna :

« La Princesse, tout le monde l’adore. Elle n’a jamais fourni le moindre effort de sa vie, il lui suffisait juste d’être la petite-fille de son grand-père. Une petite bourgeoise sans intérêt, qui a joué la carte catho réac’ parce que c’est à la mode en ce moment. Mais comme elle est soi-disant jolie, les militants l’appr… ha ha ha! »

Il s’interrompit par un ricanement devant la méchante grimace que fit alors Richard, dont les yeux louchèrent en même temps qu’il battait des cils, se moquant du léger strabisme dont souffrait effectivement Marion Maréchal-Le Pen.

Florian Philippot reprit vite son sérieux habituel, puis il annonça, comme s’il réfléchissait à voix haute :

« Oui. J’irai en parler à Marine. L’heure est venue pour elle de faire un choix. »

Non loin de là, une jeune femme blonde et son garde du corps passèrent la porte d’un immeuble du Faubourg Saint-Honoré. Derrière l’élégante façade, à quelques mètres à peine du palais si convoité de l’Elysée, se trouvait le quartier général de l’équipe de campagne de Marine Le Pen. A l’intérieur, l’agitation était à son comble. David Rachline, à qui la présidente du FN avait confié la direction de sa campagne, sortit d’un bureau empli d’éclats de voix et de sonneries de téléphone afin de saluer sa collègue et amie de longue date, Marion Maréchal-Le Pen.

« Les dernières estimations ? » s’enquit Maréchal.

- Le débat d’hier a boosté la côte de Marine, mais l’écart avec le vieux reste trop large, répondit Rachline, qui essuyait de sa manche son front moite.

- C’était couru… Et ce lâche de Dupont-Aignan qui n’a pas osé donner de consigne de vote ! Ni personne d’autre à droite… soupira la députée. Merci David, à tout à l’heure.

Elle secoua la tête et monta au première étage où il y avait le bureau de Marine Le Pen. Elle trouva sa tante au téléphone. Cette dernière, lorsqu’elle vit qui se tenait sur le seuil de la pièce, abrégea sa conversation et raccrocha rapidement. Elle salua sa nièce d’un grande sourire :

- Ma chérie ! Comment vas-tu ? Je te croyais à Carpentras.

- Je prends le train tout à l’heure. Tu te rappelles que demain on a un meeting commun dans le Vaucluse ?

La Présidente acquiesça : « Oui, bien sûr. »

- J’ai croisé David, en bas, reprit Marion Maréchal. Il m’a dit que l’écart restait très grand.

- On savait que Juppé arriverait à faire reporter sur lui l’immense majorité de l’électorat de gauche, dit Marine Le Pen, désabusée.

Après un petit silence, la jeune femme lâcha sur un ton détaché :

« C’était bien la peine de faire une campagne à gauche qui a fait fuir l’électorat de droite pour finalement se retrouver cocus par les gauchos… »

Le Pen lui jeta un regard sévère.

- Allons bon, Marion. Te voilà en train de parler comme Sarkozy…

- La retraite à 60 ans, c’était pas une promesse de gauchistes démagos, peut-être ?

- Les gens veulent entendre de nous que l’on fera des économies ailleurs, avant de toujours s’attaquer à leurs salaires et leurs retraites…

Marine Le Pen s’assit à son bureau, et tira nerveusement sur sa cigarette électronique. Elle consulta quelques SMS sur son téléphone portable avant de lever de nouveau la tête vers sa nièce, debout et immobile. Elle la fixa de son regard perçant, puis reprit :

- J’imagine que tu n’es pas venue ici pour me conseiller de changer de stratégie électorale quatre jour avant le second scrutin de la présidentielle. Alors parle : je t’écoute.

- Marine, tu as suivi les convictions qui étaient les tiennes et la stratégie électorale qui te semblait la meilleure. Même si cela aboutit à l’échec dimanche prochain, je ne t’en tiendrais pas grief. Seulement, je me suis engagée en politique pour défendre certaines valeurs, certains principes, et je ne pense pas continuer si ceux-là sont bafouées au sein de notre formation.

Marine Le Pen haussa un sourcil :

- Allons-donc, tu vas finalement me faire le reproche de ne pas avoir battu le pavé chez La Manif Pour Tous aux côtés de tous les élus de l’UMP ?

- Tu sais bien que je ne te l’ai jamais fait. D’un point de vue tactique, c’était habile de ménager la chèvre et le chou. En revanche, certains, au Front, m’en ont fait le cuisant reproche… Parfois même publiquement, sur Twitter, par l’intermédiaire de petits sergents fielleux.

- Et voilà ! Florian. Encore ! s’exclama Le Pen. C’est fou que vous n’ayez jamais pu vous piffrer, tous les deux. Vous êtes pénibles avec vos guerres d’égo.

- Moi je l’ai respecté, répliqua Maréchal en haussant le ton. C’est lui qui m’a méprisée dès la première seconde. Il n’a jamais pu supporter l’affection que me portait Papy !

Le pourpre montait aux joues de la jeune députée du Vaucluse, qui respira et reprit d’une voix plus calme :

« Qu’on ne s’aime pas à titre personnel n’a aucune importance. En revanche, que ce parvenu se prenne pour le roi et t’impose à des postes clé ses petits mecs par chantage et caprice – si si, Marine, on sait tous qu’il le fait – ça, ça me pose de sérieux problèmes. Ces jeunes bobos de Sciences-Pô en costard-cravate, idolâtres de Chevènement et de Marchais, qui sont montés en grade on ne sait de quelle façon (je n’ose imaginer comment !) sont le type même de tout ce que nos électeurs haïssent chez les politiciens : ambitieux, cupides, coupés des réalités de la vraie vie. Ils n’ont rien, strictement rien à faire au Front national. Ces "mignons", comme disait Papy, ne sont fidèles qu’à Philippot, Marine. Toi et le parti, ils s’en foutent ! »

Et comme sa tante ne répondit rien, elle continuait :

« Ose me dire que j’ai tort, Marine… Les sectaires, c’est eux. Il y a quelques mois, Philippot a fait pression sur un président de collectif pour la seule raison que celui-ci était allé à un de mes meetings dans le sud. On ne peut pas continuer à tout lui céder. Moi je ne peux plus. Je n’ai rien dit jusqu’à présent pour l’unité du parti, pour ta victoire… Mais maintenant je te le dis. Lundi prochain, il faudra choisir : c’est lui ou moi. »

« Marion... »

Marine Le Pen murmurait presque à présent.

- Je ne peux pas choisir entre vous deux. Tu le sais.

- Je suis désolée, Marine, dit doucement Maréchal, les yeux brillants. Mais l’heure est venue pour toi de faire un choix. Au revoir, à demain, pour notre meeting du Vaucluse.

Marion Maréchal-Le Pen tourna les talons et quitta le bureau de sa tante. La pensée de partir à Carpentras en fin d’après-midi était pour elle un soulagement. Elle y aimait la belle clarté de la Provence, le parfum des champs de lavande, le chant des cigales, l’accueil toujours chaleureux que lui réservaient les solides gaillards du Midi. Olympe, sa fille de trois ans, l’attendait là-bas avec sa mère.

Elle retrouva son garde du corps qui patientait au rez-de-chaussée. Au moment où elle s’apprêtait à quitter l’établissement, Florian Philippot s’avançait de sa démarche chaloupée. Ils se croisèrent, s’ignorèrent royalement, comme ils le faisaient toujours lorsqu’ils se trouvaient sous un même toit. Mais en cet instant précis, pour une rare fois, ils étaient exactement sur la même longueur d’onde.

Au même moment, dans la même ville, au pied du Panthéon, un groupe de jeunes gens du FNJ distribuaient des tracts aux étudiants qui sortaient de la faculté de Paris 1. L’atmosphère y était extrêmement tendue, à la limite de l’hystérie : ils avaient manqué plusieurs fois de recevoir des coups de la part de militants de gauche écœurés. Ces quelques frayeurs n’empêchaient pas Arthur de tendre joyeusement ses tracts bleu-marine : il faisait beau, et un parti dynamique et uni comme le sien, ça valait la peine de tout encourir pour lui.

« Vivement Dimanche », se dit-il en contemplant le Panthéon, où dormaient tous les héros de la France.

FIN.

 

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5 août 2016

Michel Goya : « Daech se prépare déjà à sa déterritorialisation »

Alors qu’on n’en finit plus de recenser, dans nos contrées, les actes de type terroriste imputables à l’organisation État islamique, alors qu’on n’en finit plus de comptabiliser les morts tombés au cours de ces lâches attaques, il semblerait qu’on perde un peu de vue ce qu’ont été les terres et les terreaux originels qui ont vu émerger et prospérer l’EI, nouvel avatar spectaculaire de l’islamisme radical, à savoir, pour le premier point : l’Irak et, plus récemment la Syrie (de loin les premiers théâtres des exactions du groupe djihadiste) ; pour le second : la violence et la persistance des sectarismes au cœur des États du « croissant chiite »

Je suis ravi et honoré de pouvoir accueillir de nouveau dans ces colonnes, pour la troisième fois après nos interviews datées d’octobre 2014 et de mars 2015, le colonel à la retraite Michel Goya, grand connaisseur de ces questions. Sa parole experte est de plus en plus prisée par les médias et son blog, La Voie de l’épée, constitue une lecture essentielle sur les affaires militaires. La présente interview, qui mériterait comme les deux précédentes d’être lue attentivement pour une bonne compréhension des enjeux - si vous n’avez pas lu les précédentes, faites-le ! -, a été réalisée dans un contexte de complication apparente de la situation de l’EI sur ses terres historiques. Une exclusivité Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« LÉtat islamique se prépare déjà

à sa déterritorialisation »

Interview de Michel Goya

Q. : 17/07/16 ; R. : 05/08/16

Drapeau EI

Un militant de l’EI à Raqqa, Syrie. Crédits photo : Reuters.

 

L’organisation État islamique est-elle réellement en train de perdre sa guerre sur les terres d’Irak et de Syrie ?

L’EI perd effectivement du terrain. En Syrie, le lien avec la Turquie, essentiel pour la logistique de l’organisation, est de plus en plus difficile à maintenir et Palmyre, au cœur du désert, a été perdue. Les forces démocratiques syriennes (FDS) kurdo-arabes exercent une pression croissante sur Raqqa (la soi-disant capitale du califat autoproclamé, ndlr). En Irak, les villes de Ramadi et Falloujah ont été reprises par les forces irakiennes sur l’Euphrate. De manière moins visible, les flux humains de volontaires étrangers se tarissent ainsi que les approvisionnements extérieurs. Des dizaines de cadres de l’organisation ont été tuées et une forte pression s’exerce sur les autres. Les désertions semblent augmenter ainsi que les actions de résistance à l’intérieur de la zone contrôlée par l’EI, contrôle qui s’exerce de plus en plus par la force. Significativement, le discours officiel de l’organisation change et se « dé-territorialise ». La défense et le contrôle d’un territoire ne sont plus considérés comme essentiels, reconnaissant ainsi le recul et la perspective d’une transformation.

« La perte des territoires qu’elle contrôle ne conduira pas

nécessairement à la disparition de Daech »

Pour autant, l’EI est encore loin d’être abattu. Il aura fallu sept mois d’efforts aux forces irakiennes proches de leurs bases et appuyées par la coalition pour reprendre le contrôle de 100 km sur le fleuve Euphrate. Au nord, les forces kurdes, divisées et peu motivées dès lors qu’il ne s’agit plus de défendre leur propre territoire, piétinent. On ne peut exclure un effondrement rapide de l’EI à la suite de révoltes et/ou de dissensions internes, ou inversement des retours offensifs plus puissants que ceux, limités, de Deir-el-Zor ou Hit sur l’Euphrate. Il ne faut pas oublier que la prise-éclair de Ramadi par l’EI en mai 2015 est survenue quelque temps après plusieurs discours décrivant le repli et la fin de l’EI comme inéluctables. Le plus probable reste cependant une conquête difficile du Tigre et sans doute de Raqqa en fin d’année ou au début de 2017, ce qui ne signifiera pas pour autant la fin de Daech. L’État islamique a survécu à la mort en 2006 d’Abou Moussab al-Zarkaoui, son inspirateur, et même à son exclusion de Bagdad et des provinces sunnites en 2008. L’organisation peut retourner à la clandestinité.

 

Les reculs de l’organisation sur ses terres de base historiques peuvent-ils annoncer une mutation de ses stratégies (s’il en est encore) de frappes terroristes ?

Les campagnes terroristes peuvent être corrélées aux opérations en cours notamment lorsque Daech est sur la défensive. C’est une manière d’obliger les gouvernements, qui peuvent être mis en cause pour leur incapacité à assurer la sécurité, de détourner des forces du front vers la protection de la population. Cela a été le cas à plusieurs reprises à Bagdad, et particulièrement en mai dernier, ou en Syrie, le 27 juillet dernier à Kamichli, ville kurde près de la frontière turque.

« Il n’y a pas de raison pour que les attentats

diminuent à court terme, au contraire... »

Elles peuvent aussi en être indépendantes, hors du Proche-Orient en particulier, ne serait-ce que parce cela demande généralement des mois de préparation. Elles peuvent aussi être « inspirées » au sein de petits réseaux. Le but est peut-être parfois de modifier des politiques, et l’opération Sentinelle, en fixant et usant 10 000 soldats, est à cet égard un grand succès, mais l’objectif est plutôt d’agir sur la société. Il n’y a pas fondamentalement de raison pour ces attaques diminuent à court terme, au contraire.

 

Que sait-on de l’état de structuration, des forces et moyens de l’organisation État islamique aujourd’hui ?

Pour défendre l’ensemble de son territoire, l’État islamique disposait à la fin de 2015 de plusieurs dizaines de milliers d’hommes, les estimations les plus fiables évoquant 30 000 combattants permanents, dont 40% d’étrangers à l’Irak et à la Syrie, auxquels il faut ajouter environ 70 000 auxiliaires des milices locales, services de police (Hisbah) ou de renseignement (Moukhabarat), soutien logistique ou en formation. C’est, en dépit de quelques matériels lourds, fondamentalement une force d’infanterie équipée de véhicules légers et d’armements soviétiques anciens, par ailleurs disponibles en grande quantité.

« Les combattants de l’EI sont bien moins nombreux

que ceux de l’ex-armée de Saddam Hussein mais

ils sont plus compétents et surtout très motivés... »

En soi, il n’y a là rien de très puissant, une très faible fraction par exemple des armées de Saddam Hussein détruites par les coalitions menées par les Américains. La différence est que les combattants de l’armée de l’EI sont plutôt compétents tactiquement et surtout très motivés. Ce dernier point fait toute la différence. En 2003, l’armée irakienne n’avait pas pu empêcher les divisions américaines de s’emparer de Bagdad en moins d’un mois depuis le Koweït. Un an plus tard, la prise de la seule ville de Falloujah, tenue par quelques milliers de combattants légèrement équipés mais très motivés, a nécessité neuf mois d’efforts.

L’État islamique, dont les forces sont nécessairement dispersées sur un vaste espace (un combattant permanent pour 250 km²), ne peut guère déployer plus de quelques brigades (une brigade représente environ un millier d’hommes et 150 véhicules) pour défendre une seule ville, sans doute dix au maximum pour une objectif important, comme Mossoul. Sa méthode consiste pour l’instant à maintenir seulement une brigade dans les villes qu’elle défend avec comme mission d’en retarder autant que possible sa prise. Aussi les pertes consécutives des combats récents ne représentent-ils pas un pourcentage très important des effectifs totaux.

Quant à l’action directe de la coalition, elle est en réalité très difficile à estimer. Au bilan, on peut estimer que l’État islamique a perdu un tiers de ses effectifs depuis son maximum il y a un an. Ce n’est pas rien, le haut-commandement a été durement frappé et il semble de plus en plus difficile de recruter.

 

Y a-t-il quelque matière à optimisme quant à la question, fondamentale pour la suite, de l’inclusion pleine et véritable des sunnites dans les sociétés irakienne et syrienne ?

C’est sans doute la question essentielle. L’État islamique est revenu du néant en opposition à la politique sectaire de Nouri al-Maliki, toujours présent dans la vie politique irakienne. Une des raisons principales de l’hésitation du gouvernement irakien pour attaquer est d’ailleurs celle de la gestion de l’après. Beaucoup d’Arabes sunnites irakiens n’adhérent pas forcément au projet de l’État islamique mais ils adhérent sans doute encore moins à celui d’un retour à la situation d’avant 2013. Autrement dit, si la conquête des territoires actuellement tenus en Irak par l’EI est possible après beaucoup d’efforts, leur contrôle par des forces de sécurité, et pire encore, des milices, toutes presque entièrement chiite, ne mettrait certainement pas fin à la guerre. Il est probable que dans une telle configuration l’État islamique, qui pourrait éventuellement bénéficier d’une base arrière en Syrie comme lors de la présence américaine, passerait simplement à la clandestinité et à la guérilla. Lors de cette même présence américaine, les mouvements rebelles oscillaient entre contrôle, plus ou moins ouvert, des villes lorsque les forces de sécurité irakiennes et/ou américaines étaient faibles et guérilla clandestine, lorsque celles-ci revenaient en force.

Contrôler militairement les provinces sunnites irakiennes après leur reconquête nécessiterait donc, si on s’appuie sur les abaques habituels (1 militaire ou policier pour 20 à 40 habitants selon le degré d’hostilité de la zone), une présence permanente d’au moins 100 000 hommes soumis à une guérilla constante. Cette guérilla sera menée par l’EI mais aussi sans doute, la clandestinité entraînant plutôt une fragmentation, par beaucoup d’autres mouvements locaux, anciens ou nouveaux. On ne peut exclure à cette occasion l’apparition d’une nouvelle tendance et d’un nouveau projet qui supplanterait même celui de l’État islamique. Ajoutons, que dans ce contexte, l’attitude des forces, qui apparaîtront comme des forces d’occupation, vis-à-vis de la population sera également un facteur important dans le niveau de violence qui régnera alors dans les provinces sunnites.

« Sur le front politique, fondamental pour la suite,

s’agissant de l’Irak comme de la Syrie, rien n’est réglé... »

L’État irakien dispose-t-il, quantitativement et qualitativement, d’une telle force de maintien de l’ordre ? Assurément non en l’état actuel des choses et sa constitution est, là encore, une œuvre de longue haleine. Cela ne suffirait sans doute pas, par ailleurs, à assurer la paix. En réalité, en l’absence de réels changements politiques en Irak, prenant en particulier en compte les aspirations des Arabes sunnites, et une transformation de la gouvernance, on ne voit pas très bien comment cette paix pourrait survenir. Le remplacement de Nouri al-Maliki par Haydar al-Abadi, en septembre 2014, n’a pour l’instant guère changé la donne à cet égard.

Du côté de la Syrie, la situation est encore plus complexe. On peut espérer la conquête de l’Euphrate syrien par les FDS mais quid de la suite ? Qui contrôlera la région ? Les Kurdes ? C’est peu probable. Leurs alliés arabes sans doute, mais sont-ils assez forts pour cela ? De toute manière leur lutte continuera contre le régime d’Assad. Personne n’a en réalité la moindre idée de ce que pourra être la Syrie dans quelques années.

 

Michel Goya F5

Source de l’illustration : www.france5.fr

 

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2 août 2016

« Paroles de passionnés : Lucas Fernandez et le club Full Contact Gym Boxe de Vienne »

Cet article-ci n’a pas grand chose à voir avec la plupart de mes publications habituelles, qui bien souvent portent sur des points assez lourds - y’en a-t-il qui soient réellement légers, surtout en ce moment ? - d’actu. Cet article est d’abord né d’un vrai coup de cœur perso. J’ai eu envie d’offrir cet espace d’expression à Lucas Fernandez, un garçon de qualité, de talent(s), un jeune au potentiel élevé. Lorsqu’il m’a parlé pour la première fois de sa pratique de la boxe, discipline que je ne connais pour ainsi dire pas du tout, il l’a fait avec une telle passion, un enthousiasme tel qu’il a réussi à m’intéresser vraiment. Il aurait sa place dans les colonnes de Paroles d’Actu. Forcément.

Depuis la première proposition, il y a eu sur ce blog, en matière de sport, une tribune libre offerte au champion du monde de boxe Mahyar Monshipour et que j’ai, justement, spécial-dédicacée à Lucas, et l’interview fleuve réalisée avec Julien et Gérard Holtz au début du mois de juillet. L’échange qui nous concerne aujourd’hui, après avoir failli tomber à l’eau à plusieurs reprises, s’est finalement fait le 26 juillet. En live intégral, une première dans l’histoire de Paroles d’Actu. Les confidences cash, sans fard ni filet d’un jeune mec de 19 ans, parfois drôles, souvent touchantes et qui en tout cas sonnent à chaque fois justes et vraies. L’occasion également d’évoquer le trente-cinquième anniversaire du club Full Contact Gym Boxe qu’a fondé son grand-père Carlos Fernandez à Vienne (Isère). Un article à découvrir en texte (entièrement retranscrit à la main, ouch !) et en audio, parfois en vidéo, étape par étape, au fil des surprises, jusqu’au petit clin d’œil final. Je ne sais pas si, voyant passer cette publication, Google News décidera de me sucrer son référencement ; tant pis, je prends le risque : c’est et ce sera un bel article, et il en vaut la peine... Merci beaucoup à vous qui y avez participé. Heureux 35 ans au club... et bonne route, Lucas... Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« Paroles de passionnés : Lucas Fernandez

et le club Full Contact Gym Boxe de Vienne »

 

Partie I: l’interview de Lucas Fernandez

réalisée le 26 juillet 2016

L

 

Tu te présentes ?

Je m’appelle Lucas Fernandez, j’ai 19 ans. Je suis né le 14 janvier 1997 à Sainte-Colombe (Rhône). Je viens d’avoir mon Bac professionnel en alternance Commerce section Européenne. Je vais partir un an dans les écoles EF à Brighton (Angleterre) pour étudier la langue. Je travaille actuellement en job étudiant à Easydis, Grigny.

Niveau sport, je ne fais rien actuellement. Je vais reprendre la boxe en Angleterre après l’avoir pratiquée pendant dix ans.

 

Ta découverte de la boxe : les premières

impressions et sensations

Au départ, j’ai commencé par le foot, comme je pense beaucoup de Français, beaucoup de jeunes. Le foot, parce que tous les copains de l’école jouaient du foot. On y jouait déjà dans la cour. D’abord le foot, donc. Mais comme mon grand-père avait son club de boxe c’était un peu une obligation d’en faire. Les premières fois, j’allais à la salle et je donnais des cours de gym aux grands-mères, avec mon grand-père, je devais avoir entre 6 et 8 ans... Avec les petits poids, etc... Mes plus vagues souvenirs. Je voyais déjà les anciens boxeurs, parce qu’à l’époque il y avait des professionnels, comme Abdel Jebahi, qui a été champion d’Europe. Pas mal de bons boxeurs du coin comme Bouzidi Belouettar... des jeunes et bons boxeurs.

J’ai commencé la boxe à 7-8 ans. À part les cours, j’ai commencé par l’éducative. J’aimais pas, déjà parce que c’était une obligation. Mes potes faisaient du foot, j’avais aussi essayé le basket, etc. Moi je voulais rester dans le foot. Mon grand-père me disait que les sports de combat, ça allait m’aider, surtout qu’à l’époque, j’étais plus timide, très gentil. Je me laissais plus marcher dessus quand j’étais petit. Ça m’a aidé à m’endurcir, à m’affirmer. La sociabilité je l’ai toujours eue. Le caractère, c’est venu après. Par la boxe et aussi par les hauts, les bas de la vie. Je retiens bien les choses, du coup, j’analyse beaucoup. Je garde beaucoup les choses pour moi, surtout avec ma famille, où c’est quand même un peu plus bridé. On est très sociable, on rigole bien mais il y a une vraie pudeur.

Ce que j’ai aimé, c’est la compétition. Dès que j’ai commencé la compétition, à ce moment-là j’ai vraiment commencé à aimer la boxe.

 

Ton style de boxe ?

Les premières années avant la compétition il y a eu l’éducative, j’ai dû en faire deux ans. On apprend les bases. La corde, déjà, rien que la corde. Trois années au moins avant de maîtriser. On croit que c’est facile, que c’est un truc de fille, mais en fait c’est pas si facile. Ce qui est dur déjà avec la corde, c’est de ne pas s’emmêler les pieds. De trouver son rythme. Après, avec l’expérience, on se débrouille un peu, on fait des accélérations, doublées, croisées... On prend un peu un style, style parfois à l’américaine. On essaie de nouvelles choses qu’on peut voir à la télé... La corde à sauter c’est très bon pour le cardio, ça aide pas mal.

On travaille aussi le déplacement, la garde. Quand j’ai commencé, j’avais la garde haute. Toujours, parce qu’on commence toujours en apprenant les gardes de base. D’année en année, j’ai adopté un peu plus la garde basse, à part dans les contacts, un peu à la Muhammad Ali ou comme les boxeurs colombiens. On a boxé aussi sur les deux gardes, comme beaucoup de boxeurs colombiens - ça c’est un style que j’aime beaucoup. Les mecs sont vifs, et quand tu sais boxer sur les deux gardes, tu peux boxer aussi facilement contre un gaucher que contre un droitier. Et ça déstabilise, puisque ça n’est pas les mêmes attaques. Mon style : « vif ».

 

On souffre quand on est boxeur ?

Oui ! J’ai deux-trois souvenirs... Pour moi, le truc qui était un peu compliqué, c’est que c’était mon grand-père, l’entraîneur à l’époque où j’ai commencé. Jusqu’à ma dernière année de compétition en éducative, c’était lui. Et mon grand-père, il est, comment dire... pas comme un militaire, mais quand même assez froid. Et comme c’était moi, il fallait que je sois le meilleur. Ce qui me faisait de la peine, c’est qu’il félicitait tout le temps les autres, alors qu’il était plus dur avec moi. Mais après, ça m’a beaucoup aidé. Surtout en éducative : à la fin, je boxais contre des amateurs et des pro ou semi-pro.

Le vendredi soir. Je m’entraînais à cette époque avec Paul Omba Biongolo, qui sera aux Jeux olympiques à Rio. Notre point commun, c’est qu’on était doué. Lui, c’est un mec qui a la technique, il a de la frappe, c’est un puncheur. Il est dans les poids lourds, et il fait mal. Depuis tout petits qu’on était ensemble, ça a toujours été une « brute ». Il y a surement des gênes, puisque son père avait été champion d’Afrique - c’était mon grand-père l’entraîneur. Lui, il avait ça, et moi, comme me disait mon grand-père, j’avais la malice. J’avais beaucoup de cardio, j’avais de la technique. J’apprenais à bien et vite m’adapter aux boxeurs. Il y a aussi le mental : sans mental tu ne montes pas sur le ring. Tout le monde croit que c’est facile, mais c’est pas le cas. C’est des rounds de trois minutes. Il faut avoir l’endurance, la niaque. Savoir encaisser. Si tu te fais mal, ne pas te plaindre. Il y en a beaucoup que j’ai vu pleurer après avoir perdu. Après, c’est une question de fierté : moi, j’ai jamais pleuré. Même après une défaite, j’ai toujours serré la main de mon adversaire. Jamais fait de manière, à dire que c’est l’arbitre, etc... J’ai déjà eu les boules, surtout les dernières années, où je me suis fait voler. Mais c’est le sport : il y a toujours eu du vol, il y en aura toujours.

(...) Pleurer aux entraînements ça m’est peut-être arrivé deux fois, parce que moi je pleure pas beaucoup. Je me rappelle d’un entraînement, c’était ma dernière année. Il y avait ma petite copine de l’époque qui était venue. Comme dit mon grand-père, certaines semaines ça va, d’autres quoi que tu fasses, t’arrives à rien. On rentrait de l’entraînement. Je parlais pas dans la voiture. Je sentais que ça venait... Je sentais qu’il y avait la mort, parce que j’avais ramassé, ce soir-là. Y’avait Marvin Falck, qui avait fait champion d’Europe cette année-là, qui était dans mon club, en full contact. J’avais fait deux-trois rounds contre lui. Moi je boxais. On avait fait des sparring. J’était toujours le même boxeur, et je tournais contre trois mecs. Du coup, à chaque fois qu’ils rentraient sur le ring, ils étaient frais. Toi, t’as déjà enchaîné un ou deux rounds. Surtout contre des mecs comme Marvin et d’autres bons sportifs. Quand t’y arrives pas, t’as les nerfs. Tu te bas. En plus il y avait ma copine, alors t’as encore une fierté, une pression en plus. Et j’ai craqué. En bas de chez moi, je me rappelle... J’ai pleuré pendant au moins une heure, dans la douche. C’était il y a trois ans.

 

Des moments, des combats marquants ?

Quelques uns, oui. Là j’en ai un en tête. C’était dans la Loire. Je boxais contre un Algérien, une racaille un peu. Je l’ai pas montré, mais il était venu avec ses potes de quartier. Moi, je suis toujours resté le mec à rigoler dans les vestiaires, etc. On se voit tous, on se connaît, c’est un petit monde. Surtout quand tu fais les championnats de France, etc. Ce jour-là donc, j’avais une plus grosse pression, parce que je m’étais laissé impressionner par l’image du mec. Comme beaucoup dans la rue, quand on voit la racaille on baisse les yeux. C’est des mecs qui sont tellement dans leur film, je pense, tellement dans leur image, ils montrent une telle confiance que toi, ça te remet en question. Dans la rue, certaines personnes vont prendre peur quand on va leur demander l’heure. Avec l’effet de groupe, etc. C’est une question d’image avant tout.

Je me rappelle, donc, de ce combat. Pendant le premier round, je me laissais dépasser par cette peur. La peur on l’a toujours, ou en tout cas le stress, même quand on est sûr de gagner. Tout le monde l’a. Moi, mon truc, c’est que j’avais tout le temps envie de pisser, je le faisais au moins quinze fois... Pour ce combat, mon grand-père me disait, dans le ring, que quand il était jeune, quand il voyait un Arabe ou un noir, ça lui mettait encore plus la niaque, pas par racisme mais parce que souvent ces mecs-là se croient dans leur film, avec leurs préjugés sur les blancs, etc. Ils se croient à part alors que tout le monde est pareil. Et les deux rounds suivants, je l’ai mené, facile. Tous ses potes de quartier étaient un peu choqué et m’ont félicité à la fin du combat.

Autre bon souvenir : la première année où j’ai fait champion de France. La première fois que j’y allais, c’était à Angers, en éducative. Toute la France était là : des Corses, des Réunionnais, etc... C'était super bien. J’y suis allé trois années de suite. La première année, j’ai eu la médaille de bronze après avoir perdu en demie. Une bonne expérience, vraiment. Les deux années suivantes, j’ai fait champion de France.

En fait, plus j’ai passé des échelons, plus j’ai apprécié. Les dernières années j’ai un peu baissé les bras. J’ai eu des frustrations par rapport au fait de m’être fait voler, mais aussi je dois le dire, je travaillais moins. Mon problème, c’est que j’étais doué - quand j’étais à l’entraînement je travaillais beaucoup - mais j’étais feignant à y aller. Comme mon grand-père, encore lui, m’a toujours dit, quand tu es champion, tu as passé un cap, mais le plus dur c’est de rester à ce niveau. Aujourd’hui son idole c’est Teddy Riner : depuis ses 17 ans il est champion du monde, et le mec il est toujours là. Il s’est toujours remis en question et toujours imposé. D’autres qui ont son âge et qui ont commencé quand lui a commencé le voient comme l’homme à battre absolument. Tu te dis, arrivé là, que des mecs s’entraînent uniquement dans le but de te battre, de te détruire, de prendre ton titre. La roue tourne, il ne faut pas prendre la grosse tête. Mais parfois, malheureusement, il y en a qui tombent là-dedans... Moi j’ai pas vraiment eu la grosse tête, mais était tombé dans l’adolescence, il y a eu les soirées, etc... Maintenant je regrette un peu. Je vais peut-être reprendre un jour mais... Après, moi j’ai fait l’amateur, et c’était très bien. Les dernières années surtout j’avais envie de me lâcher un peu sur les coups. En amateur, tu as droit au KO. C’est une autre expérience. De vrais coups, l’arbitre laisse plus le contact, le cardio c’est pas le même, etc.

Je cite beaucoup mon grand-père parce qu’il est un modèle pour moi et que beaucoup des choses qu’il m’a dites ou des conseils qu’il m’a donnés ont été justes.

 

Tes grosses déceptions ?

J’ai toujours essayé de tout faire sans regret. Peut-être d’avoir un peu lâché les dernières années, de m’être moins entraîné. Parce que là, quand j’ai remis les gants les derniers temps, les mecs qu’à l’époque je battais ont pris du niveau. Comme mon grand-père dit souvent, c’est les mecs qui bossent plutôt que ceux qui sont doués à la base qui s’en sortent. Le talent sans travail ça ne marche qu’un temps. Abdel Jebahi me racontait que, quand il était gamin, ses frères étaient tous meilleurs que lui. Lui n’était pas costaud. Il venait quand même, mais n’a jamais rien lâché. C’est devenu le meilleur. C’est comme un pote à moi, Quentin Drevon, poids léger, tout mince. Lui, tous les ans, nous on avançait aux championnats du Lyonnais et lui se faisait éliminer dès les premiers tours. Je crois qu’il a dû mettre cinq ou six ans avant de faire ses premiers titres. Ce mec est toujours venu aux entraînements, sauf pour des enterrements, etc. Il ne lâchait rien. Là, il a arrêté pour les études, mais c’est le genre de mec qui ne sont pas bien quand ils arrêtent. Moi j’étais doué. C’est comme mon grand-père, quand il a commencé les sports de combat, il se battait beaucoup dehors, du coup il y a déjà une appréhension. Moi je suis né comme ça. Ça te vient tout seul. Je me la racle pas, je me la suis jamais raclé : y’a très peu de gens qui savent que j’ai fait des titres en champion de France, des compétitions, etc. Je l’ai jamais dit, parce que je trouve que ça ne sert à rien, il y a toujours meilleur que soi et pire que soi. On en parle en club, mais j’ai jamais jalousé les gens.

Quand on était en éducative, avec mon pote Valentin Armada, aux championnats du Lyonnais, on était dans la même catégorie. Du coup on devait s’affronter. Moi j’ai eu le choix, ou de monter d’une catégorie, ou de l’affronter. J’ai pensé au côté amical, du coup j’ai changé de catégorie, et c’est lui qui a fait champion de France, deux années d’affilée, alors que j’avais un niveau largement supérieur à lui. Je me suis fait voler à Marseille, après j’ai arrêté. Récemment j’ai remis les gants avec lui... et je le tiens toujours. Il a fait ses titres, c’est bien. J’ai fait un choix, je le regrette pas. Lui n’avait jamais fait de titre avant. Au moins, il a eu son heure. J’ai été content quand il a été champion. Après, tu te poses toujours des questions...

Parfois, il y a des mecs qui ne font jamais de compétition, ils sont dans les salles avec un niveau supérieur à des gens qui font des titres. Ce qui est bien, c’est que la boxe c’est un sport d’individualité, mais aussi collectif. Sans les collègues du club, tu n’évolues pas. Tu as besoin d’eux parce que tu apprends à chaque combat, tu ne peux pas affronter uniquement un sac ou une vitre, faire du shadow contre toi-même. Il faut se battre avec des gens qui ont du niveau et ne pas toujours avoir les mêmes adversaires ou des adversaires faciles. Tu t’habitues trop quand c’est des collègues. Quand il y a un challenge, tu apprends plus.

 

Des modèles, des figures qui t’inspirent ?

Déjà il y a les grandes stars, Tyson, Ali... Ils ont créé leur style, à leur époque. Après, j’aime beaucoup les Mexicains, qui ont un mental de taré, ils ne lâchent rien, ou même les Thaïlandais - je fais un peu de boxe thaï. J’ai eu la chance d’aller en Thaïlande. Je voyais des gamins de 8 ans blessés ; les mecs ils ne pleurent pas, il n’y a pas papa-maman derrière. Chez nous, il y en a un qui saigne du nez, ça y est, c’est la fin... Ils jouent un peu leur vie et ils ne naissent pas dans les mêmes conditions que nous. Ils savent bien se battre, mais j’ai pas ressenti d’agressivité dans la rue là-bas. Alors que chez nous, les gens ne savent pas se battre, mais on se sent plus menacé... Alors que c’est qu’une image. Parmi les gens que j’admire aussi, il y a Mayweather, même si c’est un businessman et qu’il se la racle... c’est une légende.

 

Rocky ?

Oui c’est une inspiration, je pense qu’il a poussé beaucoup de monde a faire de la boxe et des sports de combat. Quand je regardais ces films, j’avais toujours envie d’aller à l’entraînement après. Ça a quelque chose d’inspirant. Il y a beaucoup de films comme ça : tu sors du cinéma et tu te dis, « J’ai envie de faire ça ». Parce que ça fait rêver, c’est inspiré d’une réalité. Tu regardes les premiers Rocky, parfois c’est abusé, mais quand tu vois le dernier, Creed, c’est inspirant et c’est souvent juste et vrai. Des films avec beaucoup à la fois d’adrénaline et d’émotion. Il y a la mort, la maladie... On voit aussi que le sport de combat évolue, il y a les MMA (arts martiaux mixtes, ndlr) maintenant, et ça c’est bien. Ces mecs-là sont complets et pour moi ils sont des idoles parce que, souvent, c’est des machines. Des bêtes, des tueurs. Ils sont dans une cage, c’est des combats libres. Le mec, tu le croises dehors, il te tue.

 

C’est quoi un bon boxeur ?

Dure cette question. Il ne doit pas y avoir que le résultat, il y a la personne aussi. C’est comme pour tout sport. Il y en a qui vont être de gros connards de la vie et qui vont réussir et d’autres, des pauvres mecs qui vont s’acharner sans jamais réussir. Pour moi un bon boxeur doit être complet. Il soit savoir se remettre toujours en question, être humble et travailler. Tu peux peut-être plus te lâcher en fin de carrière, quand tu as fait tes preuves. Et même là, tu as toujours à prouver, parce qu’il y a toujours meilleur que soi quelque part. Et quand tu vieillis, il y a les jeunes qui arrivent, tout frais...

C’est comme avec mon pote Paul, qui fait les JO ; tous les mecs du quartier de l’Isle (Vienne, Isère, ndlr) sont derrière lui. Ils lui jettent un peu des fleurs alors qu’il y a des années, c’était pas la même. Là il y a le côté un peu people : il est passé sur beIN, il est passé sur France 3, ils sont sponsorisés par Lacoste... Quand tu es populaire, je pense qu’il faut savoir trier un peu. L’entourage. Écouter les bonnes personnes parce qu’il y a de mauvaises personnes qui sont là pour de mauvaises raisons, pour le pognon... Comme disait un de mes entraîneurs, Olivier Perrotin, il ne faut pas oublier que la boxe, c’est pas comme footballeur où tu peux gagner des millions. La boxe, il y en a qui meurent en Afrique pour des 150€. Ils sont lâchés, les mecs, pour des 150 balles ils se mettent sur la gueule jusqu’à crever... Les professionnels eux ont des séquelles. Ali est mort il y a pas longtemps, il avait Parkinson... ils sont ravagés, souvent, les pro. Mais comme plein de sport : les rugbymen, le foot américain, les sports d’impact. On dirait pas, mais quand tu reçois des coups de poing... Et encore, ça a évolué, les gants...

 

Que t’inspirent les gens dont la boxe est le métier ?

Je me dis qu’ils ont de la chance. Vivre de sa passion, c’est le meilleur métier du monde. Pas que dans le sport : les artistes, etc... Les mecs, ils se lèvent le matin, et vraiment ils kiffent. Ils montrent ce qu’ils aiment ; leur trip, leur vie, c’est ça. Mais il faut du courage aussi parce que c’est pas toujours facile. Même le foot. Je pense à un pote à moi qui est à Évian, en centre de formation. Dans le foot il y a du bling bling mais faut pas voir que ça : souvent, ils n’ont pas trop d’adolescence et doivent faire des sacrifices.

 

Que représente la boxe pour toi aujourd’hui ?

Pour l’instant, je suis un peu en retrait mais ça restera une passion. J’ai grandi avec, donc ça restera. La boxe m’a appris beaucoup de choses. La boxe, ça forge en tout. Les difficultés, comme ma famille m’a toujours dit, tu en as tous les jours. La jalousie, il y en aura tout le temps. Dans le sport c’est pareil. C’est un affrontement. Aujourd’hui, tu affrontes un boxeur mais demain tu affronteras peut-être la misère. Sans compter qu’il y a toujours un combat contre soi-même. Tout est combat : le combat du chef d’entreprise qui va devoir affronter son travail tous les jours, il a une pression...

Quand tu es champion, tu as cette pression. Et quand tu es en haut, dans la lumière, tu as plus une pression parce que tu n’as pas droit à l’erreur. Tout le monde croit en toi, et parfois c’est lourd à porter, pas facile à assumer. C’est encore plus compliqué aujourd’hui, avec l’omniprésence des médias, etc. Pendant l’Euro, un joueur pouvait être traité en roi l’espace d’un match avant d’être descendu celui d’après... Pour la famille aussi, ça doit être dur. Être dans la lumière, c’est loin d’être bon tout le temps. Par rapport à ça, ce qui est bien, c’est les gens, sportifs ou autres, qui se créent une image, un personnage pour le public. Tu joues un rôle en public, et je pense que ça peut les protéger. Moi je pense que je ferais ça. Renvoyer une image... pour continuer de faire rêver un peu les gens, c’est ça qu’ils attendent...

 

Qu’as-tu appris sur l’aspect gestion d’un club ?

Ça va faire 35 ans à la rentrée que le club existe. Mon grand-père, je précise, c’est Carlos Fernandez. L’aspect business, je l’ai jamais trop approché. D’après mon grand-père, c’est beaucoup d’investissement personnel. Il m’a toujours dit qu’un jour il avait été touché par ce que lui avaient dit ma mère et mon oncle, qu’il était plus avec ses boxeurs qu’avec ses enfants. Ça lui avait fait mal. Mais les vrais entraîneurs, les vrais passionnés, en général ils ne font pas gaffe. Même sans vouloir blesser. C’est vraiment beaucoup d’investissement personnel et de sacrifices.

Pour l’aspect business, les déplacements, il faut les payer, la salle et le matériel il faut les payer... après, même si c’est une association, il faut trouver les fonds, etc. Mon grand-père a organisé beaucoup de galas. Il faut trouver les sponsors. Il a beaucoup de connaissances, donc ça l’a beaucoup aidé. C’est bien qu’il y ait des gens comme ça. C’est des passionnés et s’il n’y avait pas de gens comme ça, il n’y aurait pas d’évènements. Je pense que parfois il a pris des risques mais il faut ça, avoir les « couilles » de prendre des risques. Après, ça passe ou ça casse... la vie, il y a des hauts et des bas.

 

Comment se porte la boxe en France ?

Les choses sont beaucoup bridées en France. Ça se développe, mais pas comme aux États-Unis, en Russie, etc. C’est pas la même mentalité, pas le même esprit... Je parlais tout à l'heure du MMA, en France c’est interdit. Du coup, les combattants français vont boxer à l’étranger. Beaucoup de choses changent chaque année, les règles etc... C’est plus en haut que ça se passe, comme avec la FIFA pour le foot...

 

Tu te verrais prendre la suite du club un jour... ?

Je sais que ça rendrait fier mon grand-père, il me l’a toujours dit. Il est content quand je vais à la salle. Aussi parce qu’il faut parfois retirer les mauvaises plantes. Il a toujours dit que quand il y a une mauvaise plante dans un groupe, il faut l’enlever, parce qu’elle peut contaminer l’ensemble. C’est vrai pour tous les sports.

Après, reprendre le club, oui et non. Faire quelque chose de bien, si j’en ai les moyens un jour, oui, franchement oui... Il y a un vrai potentiel. Et c’est bien parce que c’est dans un quartier. Peut-être pas forcément à Vienne, peut-être ouvrir quelque chose ailleurs... mais déjà, ouvrir quelque chose dans un quartier, c’est bien. Parce que ça fait venir tous types de populations, et les gens se mélangent. Saint-Fons, Saint-Priest, etc... c’est bien parce qu’il y a de la racaille mais aussi des parents, etc. Dans mon club aussi il y a des mecs de quartiers, mais il y en a moins, parce que quand ils ne sont pas dans leur élément, ils restent pas. Beaucoup de bla-bla et quand les difficultés arrivent, ils s’en vont. Ils sont dans leur film. Dans mon club, il y a eu deux boxeurs qui sont au GIGN, des mecs de la police, etc. Et il y a des blancs, des noirs, des Arabes... pas de frontière, on est tous là pour la même chose, pour apprendre le combat. C’est bien, surtout pour les jeunes, surtout maintenant.

Tout le monde devrait avoir comme moi j’ai eu l’exemple de ce grand-père. Ça te fait capter les choses. Après, des conneries, on en fait tous. Mais tout le monde aurait besoin de ça, de cette école de la vie pour prendre de bonnes bases. Je suis déconneur, je mange la vie mais je sais me remettre en question. C’est déjà beaucoup. Beaucoup de gens n’y arrivent pas. Et il y en a qui coulent. Certains qui fuient parfois jusqu’au suicide. Mais c’est pareil, fuir et avoir les couilles : il en faut pour se tirer une balle dans la tête ou pour se pendre... Il faut toujours se rappeler que du jour au lendemain tout peut partir, et parfois c’est dur à supporter...

 

Où, comment te vois-tu dans 5 ans ?

Dans 10 ans... ?

J’espère être au mieux. Pas malade, etc. La pêche, toujours. Où je me vois ? Déjà, j’espère avoir fini mes études. Avoir passé les caps que je veux, niveau études, niveau investissements, dans la vie, etc. Même si j’ai 19 ans, malheureusement maintenant il faut penser à l’avenir jeune. Comme ma mère dit, il faut profiter de sa jeunesse parce que ça passe vite, mon père me le dit aussi... mais il ne faut pas oublier que maintenant c’est dur, c’est dur en France, ailleurs aussi. Il faut voir loin. Pas forcément faire le gourmand, il faut avancer étape par étape, mais voir loin. J’espère être au plus loin que je veux et atteindre les objectifs que je veux.

Dans dix ans... je serai peut-être posé, on verra. Surtout, ne pas se faire de film. Rester moi-même. Se fixer des objectifs et avancer dans la vie correctement.

 

Un message pour quelqu’un ?

Déjà, c’était un plaisir de faire cette expérience, que j’avais jamais faite auparavant. Je me rends un peu plus compte de comment ça se passe, les YouTubeurs, etc... Être derrière et devant une caméra, confier ses pensées... et franchement c’est cool ! Parfois il y a des choses qu’on pense mais qu’on n’ose pas dire. Et là on se livre. Le truc, c’est que moi je parle pas sérieux avec tout le monde. J’ai toujours été un peu le déconneur, le fou du groupe, avec mes potes. Mais on peut pas parler de choses sérieuses avec tout le monde. Tout le monde n’est pas ouvert sur tout. C’est malheureux parce que normalement tout le monde devrait parler de tout. Mais le problème c’est que souvent les gens ont une pudeur, ils se mettent des barrières.

Passer un message, oui à ceux qui se reconnaîtront dans ce que je dis. Merci à mon grand-père qui m’a appris la boxe, à mon père et ma mère qui m’ont appris pas mal de choses. Les paroles que normalement tout parent devrait avoir pour ses enfants. Voilà... globalement, un merci collectif.

 

Que peut-on te souhaiter ?

Pas facile comme question... me souhaiter le meilleur. Le meilleur sans prendre la grosse tête. Rester humble. Et si un jour j’ai la chance d’évoluer vers le haut, jamais oublier d’où je viens, je pense que c’est important... Moi, je suis un peu fainéant parfois, malheureusement je reste sur mes acquis, mes capacités... mais c’est un défi que je me lance aussi. Toujours me remettre en question et avancer comme ça.

 

Un dernier mot ?

Gardez la pêche ! La forme, le sourire... profitez de la vie et évoluez !

 

* * *

 

Partie II: l’interview d’Olivier Perrotin

réalisée le 31 juillet 2016

O. Perrotin, entraîneur au Full Contact Gym Boxe de Vienne depuis de nombreuses années, est aussi l’auteur de deux ouvrages sur la boxe : Drôle d’endroit pour un ring... et Le Rose vous va si bien (Édition 7).

 

Le Rose vous va si bien

 

C’est quoi un bon boxeur ?

C'est quelqu’un qui boxe pour lui et non pas pour son père, ses potes, sa réputation... Qui est capable de se créer un objectif et de trouver la motivation, et de s’y tenir. Du point de vue physique, il faut qu’il soit un travailleur acharné pour compenser ses faiblesses et accroître ses qualités. L’idéal, c’est un boxeur possédant une bonne coordination jambes/bras, avec un bon coup d’oeil qui arrive à « lire » la boxe adverse et anticiper, capable d'allier relâchement, contraction musculaire et précision - le punch - et qui accepte de recevoir des coups...

Quels conseils pour quelqu’un qui aimerait boxer ?

Qu’il choisisse bien son club. Qu’il prenne le temps de discuter avec les professeurs et qu’il regarde les séances. S’il existe des groupes de niveau, d’âge et de pratique, que les exercices sont avec des thèmes, que les groupes sont multi-culturels et qu’on ne lui demande pas tout de suite son poids, alors là, il peut y aller !

Quel regard sur le monde de la boxe et sur la boxe pro ?

La boxe pro ne m’intéresse plus vraiment. Je préfère l’aspect formation de la boxe amateur et de la boxe loisir. Je mets l’accent sur la boxe « éducative » destinée aux plus jeunes. Les amener à prendre confiance en eux et à mieux se connaître afin d’être à même de côtoyer les autres et d’apprendre à les apprécier. L’aspect éducatif à base de jeux de rôles (arbitre, juge, boxeur) avec ses règles précises aident à la socialisation et le brassage culturel participe au « mieux-vivre ensemble ».

La boxe a perdu sa médiatisation à l’époque où les promoteurs ont remplacé les entraîneurs dans la gestion de carrière et monté des combats « bidons » pour faire « monter » les boxeurs qu’ils avaient sous contrat. Les spectateurs et les diffuseurs n’étant pas tous des pigeons s’en sont rendu compte et ont cessé, les uns de regarder les matchs à la télé, et les autres de financer.

Quelques mots sur le club, qui fête ses 35 ans ?

La politique du club reste la formation – amener les jeunes boxeurs à leur plus haut niveau personnel, c’est-à-dire « champions d’eux-mêmes » – ; la pratique loisir, pour que le plus grand nombre de personnes connaissent et apprécient la pratique des sports de combat, et en parlent en bien – cette saison, près de deux cents adhérents ont été initiés – ; la convivialité : dans ce monde ou l’égoïsme, la violence, les dogmes religieux reviennent en force, le Full Contact Gym Boxe de Vienne est un lieu ou il fait bon se retrouver autour d’un projet commun.

Lucas

Né au club, il y a fait ses premiers pas : il entre à l’école de boxe à 8 ans et suit notre enseignement jusqu’à ses 18 ans... Il fait partie, en dehors de ses titres sportifs, de ce qui fait notre fierté. Des jeunes garçons et filles que l’on a aidés à grandir, à être sûrs d’eux et de leur capacité à relever tous les défis de la vie.

 

* * *

 

Partie III: l’interview de Carlos Fernandez...

réalisée le 1er août 2016

Le club a 35 ans... quels souvenirs ?

Après neuf mois de travaux et beaucoup de difficultés à surmonter (car j’ai pratiquement tout fait par moi-même pour créer ce lieu réservé aux sports de combat), la naissance de mon club a été pour moi un grand bonheur me permettant de donner aux autres ce que je n’avais pas eu, c'est-à-dire, une salle multi-boxe.

Si c'était à refaire, ce serait plus ou moins dur qu’en 1981 ?

Si c’était à refaire, je pense que ce serait plus simple car, grâce à l’expérience acquise et aux connaissances humaines que j’ai aujourd’hui, j’ai appris et compris beaucoup de choses. Je procéderais différemment, en faisant appel aux organismes d’État pour m’aider à monter ce projet.

Ce qui vous rend fier...

Ce qui me rend fier, ce sont tous les résultats acquis pendant 35 ans et les satisfactions que cela apporte ; l’ambiance familiale que j’ai pu créer dans ce club et, pour couronner le tout, le double titre de champion de France de mon petit-fils Lucas. 

Quelques mots sur lui ?

À part la satisfaction personnelle qu’il m’a apportée, Lucas est un garçon intelligent, malin et très humain. En boxe, il savait s’adapter à ses adversaires et trouver les failles pour remporter la victoire.

Je souhaite tout simplement qu’il réussisse dans la vie comme il a réussi en boxe et qu’il continue à être le petit-fils adorable que j’aime !

Ce qui vous donne des regrets...

L’ingratitude humaine...

Vos projets et envies pour la suite ?

Je tire ma révérence progressivement (tout en gardant un oeil bienveillant sur le club) en mettant en place une équipe qui assurera la continuité de cette belle aventure. J’espère quant-à-moi profiter d’une paisible retraite.

 

...et l’album photo qu’il nous fait partager !

 

26 - National La Pommeraye - 17 au 19 Lucas Champion France N°1

« Deux photos de Lucas lorsqu’il est devenu champion de France à La Pommeraye, près d’Angers, en 2012. »

 

Boxe Camp de boxe photo avec l'entraîneur

« Deux photos prises dans un camp de boxe en Thaïlande en août 2008, avec deux

entraîneurs thaïlandais. Je suis avec mes deux petits-fils (Lucas et son frère Enzo),

et nous venions de faire ensemble un entraînement de boxe. »

 

* * *

 

Partie IV: petite surprise, pour les 35 ans... 

réalisée le 1er août 2016

 

Le lien du club FCGBhttp://www.vienneboxe.fr

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30 septembre 2016

« Quelle politique étrangère pour le prochain président américain ? », par Nicole Vilboux

Dans cinq semaines, le peuple américain élira son - ou sa ! - futur(e) Président(e). Les États-Unis constituant, faut-il le rappeler, la première puissance étatique du globe, et sans conteste la plus puissante que celui-ci ait connu au cours de la longue histoire des Hommes, cette élection aura comme chacune des élections américaines depuis au moins un siècle, des répercussions bien au-delà des frontières du pays. Et il semblerait qu’à l’occasion de ce scrutin-ci, la nation américaine, fatiguée des errements et atermoiements d’une politique étrangère qui, depuis quinze ans au moins, l’a conduite à s’engager massivement et en profondeur sur des terres qu’elle comprend mal (Afghanistan, Irak, etc...) et qui ne rentrent pas nécessairement dans le cadre de ses intérêts vitaux, se trouve à la croisée de chemins. Hillary Clinton, l’ex-secrétaire d’État candidate des démocrates, semble prôner la continuation d’un interventionisme affirmé des États-Unis dans les affaires du monde ; Donald Trump, le candidat issu des primaires républicaines, paraît lui tenir un discours qui le rapproche des courants isolationnistes.

Dans ce contexte, j’ai souhaité proposer à Nicole Vilboux, docteur en sciences politiques (Paris I), analyste spécialisée dans la politique de sécurité des États-Unis et les questions stratégiques, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche stratégique (FRS) et chargée d’enseignement à l’Institut catholique de Paris, d’écrire pour Paroles d’Actu un article autour de la thématique suivante : « Entre interventionnisme et isolationnisme : perspectives de la politique étrangère, de défense et de sécurité américaine à l’approche des élections de 2016 ». La proposition datait du 30 juin ; son texte, très riche et éclairant sur les grands mouvements de la politique étrangère américaine, m’est parvenu le 26 septembre. Je l’en remercie vivement et recommande également aux lecteurs de lire, outre cette composition, mon interview de Nicole Bacharan (janvier) et celle de Thomas Snegaroff (août). Tout cela pour appréhender peut-être un peu mieux quelques données et enjeux clés de cette élection présidentielle américaine pas tout à fait comme les autres. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

Uncle Sam war

Src. de l’illustration : beforeitsnews.com

 

« Entre interventionnisme et isolationnisme :

perspectives de la politique étrangère, de défense

et de sécurité américaines

à l’approche des élections de 2016 »

par Nicole Vilboux, le 26 septembre 2016

Comme lors de chaque élection présidentielle contemporaine aux États-Unis, les observateurs et experts des affaires internationales s’interrogent sur son impact potentiel sur la politique extérieure et de sécurité d’un pays qui demeure la première puissance mondiale. La question se pose d’autant plus lorsque le « sortant » ne se représente pas, ouvrant davantage de perspectives de changement dans les orientations. Les discours de campagne, prises de positions des candidats, comme le choix de leurs conseillers en matière de sécurité, sont donc scrutés avec attention, même s’il est toujours hasardeux d’en déduire la politique qui sera effectivement menée après l’investiture. Les évènements extérieurs et les contraintes intérieures se chargent fréquemment de modifier, plus ou moins significativement, les engagements de campagne. Cette année, l’analyse est en outre compliquée par la difficulté à cerner précisément le positionnement des principaux candidats dans un débat stratégique où les lignes de partage habituelles sont brouillées. Le seul paramètre réellement invariant par rapport aux élections précédentes est l’importance toujours secondaire des questions internationales dans les préoccupations des Américains. Mais c’est probablement leur intérêt de moins en moins grand pour l’implication dans les affaires du monde qui explique qu’une véritable perspective de réorientation de la politique extérieure soit cette fois envisageable.

Les positions des candidats : interventionnisme libéral contre néo-isolationnsime conservateur.

« Hillary Clinton paraît plus encline à appuyer

sa politique sur la force que Barack Obama »

Hillary Clinton se place dans la ligne traditionnelle du Parti démocrate, privilégiant dans son programme de campagne les problèmes intérieurs, économiques et sociaux. Sur les questions extérieures, elle s’inscrit largement dans la vision « internationaliste libérale », majoritaire au sein du parti depuis les années 1990, qui défend une conception de la sécurité fondée sur la promotion de la « démocratie de marché », passant de préférence par la coopération et l’influence mais sans exclure l’intervention directe lorsqu’il s’agit de défendre les valeurs occidentales. À cet égard, le discours de campagne d’Hillary Clinton marque même un retour à l’interventionnisme libéral après une présidence Obama qui s’en est écartée, de par ses réticences à recourir à la force et à se référer aux idéaux américains dans la justification de ses choix stratégiques. Sur ces deux points, la candidate démocrate se démarque du sortant. Tout en restant fidèle au principe d’une action internationale « intelligente » (le « smart power » qu’elle a promu en tant que Secrétaire d’État), combinant la puissance militaire et la diplomatie, elle n’hésite pas à se montrer plus encline à appuyer sa politique sur la force, ce qui lui vaut d’être située parmi les « faucons ». De même, elle insiste sur sa conviction que l’Amérique demeure une nation exceptionnelle, disposant de capacités uniques et inégalées pour être « une force de paix et de progrès » (src. : Time.com) dans le monde. La réaffirmation de ce credo vise autant à contrer le discours de Donald Trump, qu’à prendre ses distances avec un Président accusé par les conservateurs d’avoir nié l’exceptionnalisme américain.

Le positionnement d’Hillary Clinton tend ainsi à la rapprocher des centristes républicains, quitte à dérouter une partie de son électorat (notamment les partisans de Bernie Sanders, à l’aile gauche du parti) aussi bien que certains experts libéraux qui s’emploient à relativiser les tendances interventionnistes (src. : Brookings.edu) que lui prête la majorité des observateurs. Toutefois, cela correspond à une volonté d’affirmer sa posture présidentielle (voir infra) et ce n’est pas une véritable rupture, ni avec la ligne majoritaire, ni avec les campagnes précédentes (comme celle de John Kerry en 2004).

« Donald Trump renvoie dos à dos les visions

internationalistes libérale et néo-conservatrice »

A l’inverse, la posture adoptée par le candidat républicain constitue une remise en cause notable de la ligne traditionnelle du parti en matière de politique extérieure. Lorsqu’il s’efforce de présenter un discours contruit sur ce sujet (src. : NYTimes.com), il emprunte de nombreux arguments au courant généralement qualifié de « néo-isolationniste », préconisant une réduction des engagements coûteux des États-Unis (en particulier des alliances de défense) pour le maintien de la sécurité internationale, afin de se recentrer sur l’entretien de leur prospérité (éventuellement par le recours au protectionnisme). Il peut adopter un style étonnamment réaliste, pour expliquer que sa politique destinée à placer « l’Amérique en premier » (America First policy) visera à « créer de la stabilité dans le monde ». De même lorsqu’il souligne que la prudence et la retenue sont des vertus naturelles d’une superpuissance, la formule pourrait venir d’un discours du « pragmatique » Barack Obama. Donald Trump affirme en outre rejeter les politiques interventionnistes qui prétendent diffuser par la force des valeurs « dont tout le monde ne veut pas ». Il renvoie ainsi dos à dos les visions internationalistes libérale et néo-conservatrice, qui ont abouti selon lui à semer le chaos de l’Irak à la Libye et à permettre le développement de « l’islamisme radical ».

Même si ses positions sont loin de constituer un argumentaire cohérent, l’investiture de Donald Trump a porté au premier plan les idées d’un courant néo-isolationniste qui avait été marginalisé chez les Républicains après la défaite de Taft face à Eisenhower lors des primaires de 1952. Même à l’issue de la Guerre froide, les partisans du repli n’étaient pas parvenus à modifier leur image de « paléo-conservateurs », incapables de comprendre qu’il n’y a pas d’alternative au leadership américain. Ressucitée par le mouvement du Tea Party, en réaction aux excès de la politique de George W. Bush, cette tendance a su profiter de l’éclatement du consensus interne (src. : NationalInterest.org), qui voit la coexistence plus ou moins pacifique de quatre groupes représentant l’ensemble du spectre des  idées : depuis les « hégémonistes » à tendance messianique (les fameux « néo-conservateurs »), jusqu’aux néo-isolationnistes, en passant par les hégémonistes « classiques » (pour qui la suprématie est nécessaire à la préservation des intérêts) et les internationalistes « réalistes » (qui privilégient une utilisation prudente de la puissance). Alors que ces deux courants étaient dominants durant la Guerre froide, leur influence n’a cessé de décliner depuis, laissant s’affronter les deux tendances les plus opposées au sein du parti, représentées lors des primaires par Marco Rubio d’un côté et Donald Trump de l’autre.

« Les positions de Trump sur la politique étrangère,

son comportement lui ont aliéné

de larges fractions de la "communauté

stratégique" conservatrice »

Bien qu’il l’ait emporté, les divisions internes sur la posture internationale comme sur des questions intérieures, l’empêchent de bénéficier du soutien massif des républicains. Sa conception de la politique extérieure lui a certes aliéné une large fraction de la « communauté stratégique » conservatrice, dont une partie n’a pas hésité à se rallier à Hillary Clinton. Mais c’est plus encore son discours simpliste et son comportement erratique qui le discréditent auprès des experts.

Un débat centré sur les compétences du prochain Commandant en chef.

Pour Max Boot (src. : ForeignPolicy.com), Donald Trump n’est qu’un « démagogue », dont la vulgarité, l’ignorance et « l’admiration pour les dictateurs » représentent un véritable risque, car ce genre d’individus « a tendance à agir une fois en fonction comme il l’a annoncé lors de la campagne ». Or, l’essentiel de ses discours en matière politique de sécurité se compose effectivement de prises de position péremptoires, à forte dimension émotionnelle ou morale, et de propositions de solutions simples et radicales à des problèmes compliqués. Donald Trump annonce ainsi que sous son mandat, la « domination militaire » américaine sera « incontestée », qu’il sera « absolument possible » d’apaiser les tensions avec la Russie et de faire de la Chine « un meilleur ami », sans préciser par quels moyens il y parviendra. De même il affirme avoir « un plan » pour vaincre Daech rapidement, dont il refuse toutefois de préciser le contenu, afin de conserver l’avantage de la surprise sur l’adversaire.

S’il n’est pas le premier candidat à manifester une certaine méconnaissance des dossiers internationaux (on peut songer à Ronald Reagan ou George W. Bush chez les républicains contemporains), il est le seul à compter ouvertement sur son « sens des affaires » et son « très bon cerveau » (src. : Politico.com) pour compenser cette faiblesse. Loin de chercher à rassembler une équipe de conseillers susceptible de donner de la substance à son programme de politique extérieure, il adopte une attitude typiquement populiste : il marque sa préférence pour des personnes apportant « des approches et des idées pratiques » plutôt que les spécialistes ayant « de parfaits CV », qui « paraissent bien » dans le New York Times, mais « ne savent franchement pas ce qu’ils font ». Il affirme donc vouloir renouveler les responsables des questions internationales et de sécurité dans une « administration Trump », allant jusqu’à suggérer des changements (en réalité difficilement envisageables) au sein de la hiérarchie militaire, déconsidérée sous la présidence Obama. Toutefois, les quelques experts civils et militaires qui se présentent actuellement comme ses conseillers sont loin de constituer « du sang neuf », ou d’offrir une perspective politique cohérente.

« En s’attaquant au jugement des "experts",

Trump surfe sur le rejet d’un establishment auquel

on associe Clinton ; ce rejet est fortement

perceptible dans l’opinion »

En mettant en cause le jugement des experts, Donald Trump va dans le sens du rejet de l’establishment, fortement perceptible dans l’électorat républicain comme démocrate, et qui joue en défaveur de la candidate démocrate. Il peut reprocher à Hillary Clinton d’être en partie responsable du « désastre complet » qu’est la politique extérieure de l’administration Obama. Mais bien que de nombreux conservateurs partagent ce point de vue (src. : NationalReview.com), elle a réussi à se faire reconnaître par une partie significative d’entre eux comme plus compétente et raisonnable que le candidat républicain. Une majorité d’Américains considère qu’elle est « la personne la mieux préparée à devenir Président », pour reprendre la formule de Madeleine Albright (l’ex-secrétaire d’État durant le second mandat de Bill Clinton, entre 1997 et 2001, ndlr). Ses discours de campagne mettent l’accent sur l’importance du tempérament et des qualifications des candidats qui sont appelé à exercer les responsabilités de « Commandant en chef ». Ce sujet est important dans la mesure où les États-Unis sont toujours en guerre et le resteront certainement pour la durée du prochain mandat. Les républicains bénéficient généralement d’une plus grande confiance de l’électorat lorsqu’il s’agit d’entretenir la puissance militaire et de l’utiliser.

Mais Hillary Clinton s’emploie à changer les perceptions classiques, d’une part en exposant sa maîtrise des dossiers, qu’il s’agisse de la guerre en Syrie ou de la prise en charge des vétérans. Appuyée sur un réseau d’experts (src. : ForeignPolicy.com) qui couvre pratiquement tous les centres de recherche de tendance libérale, elle manifeste également son intention de dépasser le clivage partisan en réunissant des personnalités conservatrices et démocrates pour réfléchir aux enjeux. Elle a ainsi organisé en septembre une journée d’étude consacrée à la stratégie de lutte contre le terrorisme, à laquelle participait une quinzaine d’experts  : diplomates, militaires comme le général Petraeus ; anciens responsables politiques comme Janet Napolitano. Son site de campagne explique qu’elle entend être prête dès le premier jour de son mandat à traiter un problème de sécurité majeur. Elle souligne d’autre part l’expérience acquise en tant que sénatrice (membre de la commission des Forces armées) et surtout secrétaire d’État (de 2009 à 2013), rappelant qu’elle a été dans la « Situation Room » aux côtés du Président Obama lorsqu’il a eu à prendre des décisions cruciales, telles que l’élimination de terroristes.

« L’expérience de Clinton ne semble pas suffire

à lui conférer un avantage décisif

auprès de l’opinion »

Malgré le contraste évident avec l’inexpérience politique, et plus encore internationale, de son adversaire républicain, Hillary Clinton ne réussit pas à s’imposer auprès de l’électorat comme le meilleur « commandant en chef » potentiel. Une enquête (src. : TheHill.com) effectuée en septembre montre qu’elle est jugée légèrement plus compétente que son concurrent par une majorité de la population générale, mais que l’opinion est inverse dans la communauté militaire (incluant les personnels d’active et les vétérans). En fait, ceux-ci préfèrent à 37% le candidat du mouvement libertaire, Gary Johnson, suivi par Donald Trump (30%), puis Hillary Clinton (24%). Les sondages montrent surtout que le débat sur les qualifications en matière de sécurité nationale a conduit les Américains à douter des deux adversaires. Pour des raisons différentes, leur personnalité suscite autant de méfiance chez une grande partie des électeurs et la différence d’expérience politique ne suffit pas à donner l’avantage à Hillary Clinton.

Un contexte favorable à la révision des orientations stratégiques internationalistes.

La place secondaire des enjeux internationaux dans les préoccupations des Américains peut expliquer que le positionnement internationaliste d’Hillary Clinton ne lui serve pas. Même si les attaques terroristes aux États-Unis (San Bernardino en décembre, New-York en septembre) ou en Europe contribuent à placer épisodiquement le terrorisme en tête des enjeux électoraux, l’ordre des priorités redevient vite classique. L’économie reste le problème privilégié pour 35% des Américains (src. : Gallup.com) en août, la sécurité nationale n’étant une préoccupation que pour 7% des personnes sondées par Gallup. Parmi les sujets internationaux, le terrorisme est le plus important, les autres aspects de la politique extérieure étant ignorés.

Ce manque d’intérêt est habituel, mais il est renforcé par l’évolution de la perception du rôle que les Etats-Unis devraient tenir dans le monde, dans la mesure où une majorité d’Américains estime depuis 2013 qu’ils devraient se concentrer sur leurs problèmes (src. : People-Press.org) et laisser les autres pays gérer les leurs. En fait, Stephen Walt relève dans un article de septembre (src. : ForeignPolicy.com), que depuis la fin de la Guerre froide, les Américains ont constamment élu des présidents qui promettaient une politique extérieure modérée, un engagement limité et une restauration des bases intérieures de la puissance. Chaque campagne, de Bill Clinton jusqu’à Barack Obama, s’est faite sur le rejet d’une implication excessive de l’administration précédente dans les affaires du monde. Mais aucun président n’est parvenu à modifier réellement la ligne internationaliste que suit le pays depuis les années 1950.

« Dans un sondage paru au printemps 2016,

70% des personnes interrogées souhaitaient

un recentrage sur les affaires intérieures »

Avec encore 70% des personnes interrogées au printemps 2016 qui souhaitent un recentrage sur les affaires intérieures, il n’est pas étonnant que les deux candidats se fixent comme priorité la restauration des bases de la puissance, même s’ils envisagent des manières différentes d’y parvenir. Pour Hillary Clinton, cela doit néanmoins servir à soutenir le leadership indispensable des États-Unis sur la scène internationale, ce qui revient à poursuivre la ligne internationaliste traditionnelle. Pour son adversaire, la restauration de la puissance, économique et militaire, semble être une fin en soi, dans la mesure où il est difficile de savoir comment il l’utilisera. Les tendances « néo-isolationnistes » de son discours ouvrent la perspective d’un désengagement correspondant aux aspirations d’un nombre croissant d’Américains, comme en témoigne le score honorable du candidat libertarien dans les sondages. Mais la plupart des prises de position de Donald Trump permettent de douter de son aptitude à mener une politique de repli réaliste, de type « jeffersonien ». Il s’agirait plutôt d’une forme de la tradition nationaliste « jacksonienne » (src. : The-American-Interest.com), décrite par Walter Russell Mead, fondée sur le rejet des contraintes et institutions internationales au profit d’une défense sourcilleuse des intérêts souverains, appuyée par l’entretien d’une suprématie militaire « indiscutée ». Cette option ne serait probablement pas celle que souhaite la majorité des électeurs, mais elle constituerait effectivement une rupture d’envergure dans la politique extérieure des États-Unis.

 

Nicole Vilboux

 

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12 juillet 2016

« L'Europe et les peuples », par Nathalie Griesbeck

Le vote par une majorité d’électeurs britanniques en faveur du retrait de leur État de l’Union européenne, le 23 juin dernier, vient accroître encore l’impression, déjà prégnante au regard de la poussée constante des mouvements anti-UE sur tout le continent, d’un divorce véritable entre les peuples de l’Europe et les institutions communautaires - les « élites » de manière générale. Le 25 juin, deux jours après le référendum, j’ai souhaité proposer à Mme Nathalie Griesbeck, eurodéputée centriste (depuis 2004), pro-européenne convaincue, de nous livrer pour Paroles d’Actu quelques sentiments et pistes de réflexion personnels autour de la thématique suivante : « L’appareil communautaire et les peuples d'Europe peuvent-ils encore être réconciliés ? ». Son texte, reçu ce jour, brosse un tableau assez critique de la manière dont l’Union européenne fonctionne aujourd’hui. Tout cela ne manquera pas d’alimenter les débats dont l’Europe ne pourra de toute façon plus se passer dans les années, voire les mois à venir... Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

UE

Source de l’illustration : huffingtonpost.co.uk.

 

« L’Europe et les peuples »

par Nathalie Griesbeck, le 12 juillet 2016

Le récent référendum au Royaume-Uni a été un véritable électrochoc politique au sein de l’Union européenne. Pour la première fois depuis sa création, un pays a fait le choix de se séparer de l’Union. De cette déchirure, nous devons retenir qu’elle n’est pas un acte isolé. La plupart des consultations électorales de ces dernières années ont témoigné de la méfiance, voire de l’opposition de citoyens européens au processus d’intégration européenne. L’euroscepticisme dont il est ici question semble se répandre en Europe, en même temps que les partis populistes prolifèrent et prospèrent.

Du choc au temps de la réflexion

L’Union européenne n’est pas exempte de reproches. Mais la majorité des citoyens européens ne s’oppose pas à l’idée d’Europe : selon un sondage Eurobaromètre de mars 2016, 54% des Français se voient à la fois français et européens, proportion qui s’élève même à 59% des 18-24 ans !

Si la majorité des citoyens semble attachée à l’Europe, c’est donc que les Européens ne rejettent pas « l’idée » d’Europe, mais l’Europe qu’aujourd’hui on leur propose ou impose ; cette Europe économique, très peu politique et sans protection sociale ; cette Europe qui ne sait pas se faire comprendre, qui paraît lointaine, froide et peu à l’écoute des demandes citoyennes. Enfin cette Europe des États, où ceux-ci décident quasiment de tout sans jamais en assumer les conséquences impopulaires. Ces États qui rejettent en bloc la faute sur cet avatar réducteur nommé « Bruxelles ». Il devient donc urgent de nous plonger dans une réflexion profonde sur les raisons de cette méfiance envers l’Europe.

L’idée d’inclusion citoyenne doit plus que jamais nous servir de boussole. Elle doit être au cœur du nouveau projet européen que nous appelons de nos vœux. Il faut mettre les citoyens en position de pouvoir s’approprier plus aisément les nombreuses particularités de l'Union européenne.

Inclure davantage les citoyens dans le cours des décisions

Des outils et institutions sont spécifiquement dédiés aux citoyens européens : le Médiateur européen, qui examine les plaintes à l'encontre des institutions, organes et agences de l'UE ou encore l’initiative citoyenne européenne qui permet aux citoyens européens d’inviter la Commission européenne à présenter une proposition législative dans un domaine dans lequel l'Union européenne est habilitée à légiférer. Au regard de l’utilisation modeste de ces outils - dont il faudrait simplifier les conditions pour l’initiative citoyenne - la solution passe sans doute par un lien plus direct entre les citoyens et leurs élus.

C’est pourquoi nous demandons depuis des années, que ce soit par la voix de mon parti politique, le MoDem, ou de mon groupe parlementaire, l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ADLE), que le président de la Commission européenne soit élu au suffrage universel direct. Un pas de plus en faveur de l’implication des citoyens avait été franchi en 2014 avec le processus de « Spitzenkandidat » : pour la première fois, les candidats têtes de liste des partis européens pour les élections législatives étaient en position de devenir Président de la Commission européenne. Mais cette nomination est dans les textes toujours du ressort des États-membres et M. Jean-Claude Juncker, bien que « Spitzenkandidat » du Parti Populaire européen (PPE, la droite européenne) doit sa nomination à la volonté des États-membres.

C’est une réforme indispensable pour aller vers une véritable responsabilisation démocratique de la politique européenne. En l’état actuel des choses, d’un côté les politiques européennes demeurent des compromis dont personne n’est responsable, de l’autre, les citoyens votent lors des élections européennes à travers le prisme des enjeux nationaux. Élire le président de la Commission sur un programme rend son parti et lui-même responsables d’une partie de la politique européenne. C’est-à-dire que lors des élections suivantes, les citoyens pourront voter pour plébisciter ou sanctionner un bilan, et non plus seulement pour se prononcer pour davantage ou moins d’intégration européenne.

Il faut, à mon sens, continuer dans cette voie et sanctuariser ce processus si l’on veut rendre l’Union européenne vraiment plus proche des citoyens.

Rendre plus accessibles les institutions

Le processus législatif européen est assez complexe puisque c’est la Commission européenne qui a l’initiative - et non le Parlement - et ce sont le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne qui décident ensemble, via un processus d’aller et retour du texte entre ces deux institutions. Si des oppositions demeurent au terme du processus entre le Parlement et le Conseil, des comités de conciliation sont formés. Appelés « trilogues », puisque la Commission européenne, le Parlement et le Conseil négocient, ils se déroulent en toute opacité. Cela rend irresponsables les preneurs de décisions et accroît - à juste titre - la méfiance citoyenne. Souhaitant davantage d’accessibilité à l’information, je suis en faveur de la publication des comptes-rendus de ces négociations.

Rendre plus accessibles les institutions ne nécessite pas nécessairement de grandes réformes, mais de petits changements relevant parfois du simple bon sens. Je pense ici à certaines terminologies technocratiques et ridicules. Je prendrai pour exemple le terme de « Conseil », qui désigne à la fois l’organe au sein duquel se réunissent les ministres de chaque gouvernement, le Conseil de l’Union européenne, les réunions des chefs d’États que sont les « Conseils européens » et enfin l’organisation internationale distincte de l’Union, le Conseil de l’Europe ! Cette appellation génère des confusions et suscite une incompréhension dont on se passerait bien envers ces institutions !

Reconstruire un projet européen autour d’une Europe sociale

La construction européenne s’est, depuis son origine, appuyée sur la réalisation d’un marché économique, en passant d’une zone de libre-échange à un marché commun, voire à une union économique et monétaire pour 19 États-membres. Cette remarquable réussite ne saurait cependant occulter le manque criant de protection sociale européenne. Demandée avec une certaine insistance par les citoyens de l’Union, cette Europe sociale concilierait croissance économique et amélioration des conditions de vie et de travail. Des instruments existent déjà dans ce domaine comme le Fonds social européen (FSE) ou le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEAM), mais ils sont trop faiblement dotés en ressources pour la mettre réellement en pratique. Surtout, l’Union pourrait affirmer une ambition plus forte dans ce domaine à condition qu’on lui accord cette compétence.

L’événement du Brexit a mis en lumière une incompréhension mutuelle des citoyens européens et de leurs institutions. Le fait est certain, et il est vital pour l’Union de se réformer. Inclusion des citoyens, accessibilité des institutions, Europe sociale constituent des solutions à cette crise. Bref, nous devons aller à contrecourant de certaines voix populistes : plutôt que de « rendre » aux États une souveraineté qu’ils n’ont jamais perdue, intégrons davantage l’Union et passons de l’Union européenne des États à l’Union européenne des citoyens !

 

Nathalie Griesbeck

 

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4 décembre 2015

« Affaires militaires : une révolution à l’oeuvre », par Alain Coldefy

L’amiral Alain Coldefy, retraité des armées depuis 2006 après une longue et riche carrière, compte parmi les spécialistes éminents des questions de défense - il est à ce jour, pour ne citer que ces deux fonctions, directeur de la Revue Défense Nationale et directeur de recherche à l’IRIS. Le 17 novembre, quatre jours après les attentats meurtriers de Paris et vingt-quatre heures après l’allocution du président de la République devant le Parlement réuni en Congrès, je lui transmis les questions que je venais de préparer à son attention suite à son sympathique accord de principe. Je le remercie pour ses réponses, datées du 3 décembre : elles ont le mérite essentiel de nous faire considérer de manière un peu plus concrète les préoccupations des militaires - plus, entre autres points, quelques questions de stratégie rarement abordées - face aux défis du moment. Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« Affaires militaires : une

révolution à l’œuvre »

Interview d’Alain Coldefy

 

Congrès

Illustration : F. Hollande lors de son intervention devant le Congrès, le 16 novembre ; src. : Philippe Wojazer/AP

 

Paroles d’Actu : Bonjour Alain Coldefy, merci de m’accorder un peu de votre temps. Directeur de la Revue Défense Nationale, directeur de recherche à l’IRIS, vous avez occupé précédemment des positions d’importance sur les terrains d’opération et au sein de l’administration centrale des armées avant de conseiller sur les sujets de défense le président d’Airbus Group...

Les missions actuellement assignées aux forces de défense nationales (opérations extérieures « classiques », lutte contre Daech et le terrorisme en général et appui à la sauvegarde de la sécurité intérieure) sont-elles réalistes au regard de leurs capacités matérielles et, surtout, humaines ? Les annonces faites par le chef de l’État à Versailles le 16 novembre vont-elles de ce point de vue dans le bon sens ?

 

Alain Coldefy : Il faut regarder les choses en face. Les forces armées ont subi des restrictions budgétaires colossales depuis la chute du Mur (les tristement célèbres « dividendes de la paix » de politiques de tous bords), comprenant des suppressions considérables d’effectifs et des réductions de format capacitaire que l’on peut estimer à plus de 50% en volume dans le quart de siècle écoulé. Dans le domaine nucléaire, le seul dans lequel les « vrais » responsables civils et militaires sont écoutés et entendus, le maintien de la dissuasion a été assuré. Ce qui ne peut que rassurer.

 

Ces amputations ont été compensées qualitativement en partie par la modernisation à grande vitesse de l’appareil de défense au sens large, et réalisées grâce à un corps social civil et militaire d’une résilience inconnue dans la société française. Il s’agit d’une véritable « révolution à la française dans les affaires militaires » (à ne pas confondre avec la RMA ou Revolution in Military Affairs de nos alliés américains, essentiellement technologique) qui a permis de mener de front et « sans interruption de service » les opérations - sans fin - de notre époque et la professionnalisation, enfin, de nos armées modernes.

 

« La France dispose du meilleur outil militaire d’Europe »

 

Au résultat, et c’est cette excellence même qui a pu fausser le jugement, la France dispose au début 2016 de l’outil militaire le plus cohérent globalement et le plus efficace militairement d’Europe. En ayant, de fait, utilisé près de la totalité de ses capacités matérielles et humaines, qu’il faut régénérer désormais, tant la mollesse de nos partenaires est immense.

 

L’industrie, indispensable à notre défense, a dans cette perspective gagné les challenges d’une compétition mondiale dans laquelle, avec une obstination tout aussi aveugle qu’en 1991, les responsables jugeaient stériles, en pratique au fil des arbitrages budgétaires, les dépenses de défense. Ainsi, celles qui pouvaient avoir un rapport même ténu avec la défense étaient « sorties » ab initio du champ des grands emprunts, du crédit d’impôt recherche et dautres initiatives destinées à remonter la part de richesse nationale venant de la production manufacturière, part tombée à 12,5% du PIB là où tous nos voisins caracolent à plus de 20%. Les retournements de veste actuels ne doivent leurrer personne.

 

Cependant, les décisions du chef de l’État au lendemain des attentats marquent la fin de cette spirale suicidaire. Tout d’abord, elles stoppent la vertigineuse descente qui vient d’être détaillée, comme le skieur qui réussit à passer d’une piste noire à une bleue a temporairement une sensation de confort. Ensuite, et grâce à l’action des chefs militaires soutenus par le ministre actuel, il est désormais accepté qu’une mission nouvelle appelle des moyens nouveaux. Une vraie révolution que Bercy doit assimiler, mais le Président en appelant l’Union européenne au 42-7 (l’article du Traité sur l’Union européenne relatif à la solidarité des États membres en cas d’agression contre un des leurs, ndlr) a tracé le chemin politique. Enfin, notons que souvre une réflexion sur le rôle des forces armées, qui va pour une fois intéresser au sens propre une grande partie des citoyens, là où naguère le débat tournait entre spécialistes.

 

PdA : Dans quelle mesure peut-on dire de la lutte contre le terrorisme, qui par définition est asymétrique, qu’elle impose un rebattement des cartes en matière de doctrine militaire ? La France a-t-elle pris à temps la pleine mesure de ces mutations de la menace à travers, par exemple, la montée en puissance de formations spécifiques (quelles sont-elles d’ailleurs ?), la création de nouvelles lignes budgétaires ?

 

A.C. : La lutte contre le terrorisme est une expression d’usage courant qui ne veut rien dire car elle correspond à un mode d’action et on ne se bat pas contre un mode d’action mais contre un ennemi.

 

« La lutte contre l’État islamique n’est en rien asymétrique »

 

Cette lutte n’est en rien asymétrique. L’État islamique autoproclamé dispose de plus de chars d’assaut que l’armée française et dans le même temps commet ses attentats meurtriers avec quelques-unes seulement des 80 millions de Kalachnikov fabriquées à ce jour. Il s’agit donc d’un combat hybride, appelant de façon simultanée à utiliser des moyens militaires de haute intensité hors du territoire national et dans le respect de la légitimité internationale, et les outils banaux de la démocratie et des États de droit pour lutter contre le crime, à savoir la conjugaison du renseignement, de la police au sens large et de la justice. On sait que si l’un de ces piliers est faible, l’ensemble est bancal. Les deux premiers ont fait la preuve de leur efficacité.

 

Les Livres blancs analysent l’environnement stratégique en termes de menaces et de risques, nul besoin de l’expliquer ici. Le dernier d’entre eux pose la pérennité des « menaces de la force » et introduit les « risques de la faiblesse » (des États faillis, cela aurait dû être dit clairement). Le prochain mentionnera à l’évidence les « menaces de la faiblesse ».

 

La France, on parle ici de la défense et plus spécialement des armées, a évidemment pris la mesure de ces mutations : il n’est que voir la montée en puissance de la cyberdéfense, œuvre commencée il y a plus d’une décennie. Les autres axes d’effort ont été développés autour du renseignement, connaissance et anticipation au sens étendu. Cependant, le budget alloué par la France à sa défense n’a pas suivi et pour habiller l’un, l’autre a été privé de ressources.

 

Dans le même temps, ce budget, insuffisant, a conduit à réduire les capacités de faire porter le feu très loin. C’est évidemment un non-sens à l’heure de la globalisation de l’espace, de la cyberguerre et de la maritimisation des enjeux et des conflits, tous espaces stratégiques sans frontières et donc sans distance par rapport à Paris. Il n’est pas sûr que tout le monde l’ait compris, y compris au sein de l’appareil militaire.

 

PdA : Que sait-on, quantitativement et qualitativement, de l’état actuel des forces de l’État islamique sur les terres irakiennes et syriennes ? Représentent-elles en soi une menace réelle pour Damas et le régime de Bachar el-Assad ?

 

A.C. : Là encore, la question n’est pas de savoir si l’État islamique représente un danger pour tel ou tel mais bien pour la France. Les idéologues ont écrit il y a plus de dix ans que la France devait être détruite, non pas conquise ou soumise. Gilles Kepel rappelle à cet effet régulièrement : « Les textes d’Abou Moussab Al-Souri, mis en ligne dès janvier 2005 »... Cet État s’est proclamé notre ennemi, nous a déclaré la guerre, et nous devons avoir comme seul objectif son annihilation. Évitons, comme en 1925, de sauter les pages de Mein Kampf dans lesquelles Hitler annonçait sa volonté de nous détruire, comme le rappelle Renaud Girard.

 

Dans cette zone, nous savons que la situation est compliquée. Eric Dénécé souligne que trois États alliés majeurs des États-Unis et de l’Occident prônent un radicalisme religieux, l’un d’entre eux appartenant même à l’OTAN. Sans faire le panorama géopolitique de la région, on mesure tous les jours la difficulté de savoir qui est qui, au regard de nos intérêts, seule grille de lecture pertinente.

 

Techniquement, Damas ne risque rien depuis que Moscou donne une leçon de stratégie au reste du monde.

 

PdA : Quelle a été jusqu’à présent - c’est une question réelle que les opinions publiques des pays engagés se posent régulièrement - l’efficacité des frappes aériennes contre les positions de l’État islamique ? Quels changements en matières de montage de la coalition et de stratégie opérationnelle appelleriez-vous de vos vœux dans l’optique d’une lutte plus efficace contre l’EI ?

 

A.C. : L’efficacité des frappes aériennes est un sujet bateau qui revient comme un marronnier dans chaque opération. Et à chaque fois on répète la même chose. Ces frappes, du côté occidental, sont ultra-précises, ciblées avec attention et ne s’effectuent pas en cas de risque de dommage collatéral sur les populations civiles. Elles sont donc volontairement amputées d’une part de leur efficacité, mais qui le reprocherait, sachant que la désinformation fait rage.

 

Elles affaiblissent naturellement l’ennemi et ses capacités à commander et à agir de façon coordonnée et efficace. Elles vont le conduire à déplacer ses centres de décision et ainsi à les faire repérer. En s’attaquant au portefeuille (le pétrole en premier) elles commencent à exacerber l’ennemi. Elles ont d’autant plus de succès qu’elles accompagnent au plus près une campagne ou des opérations terrestres.

 

« Il faut parfois accepter, pour vaincre,

des alliances extra-ordinaires »

 

Nul ne peut prétendre avoir la solution. Les stratèges savent depuis Sun Tzu en passant par Churchill qu’il faut savoir qui l’on combat et accepter de faire alors des alliances extra-ordinaires pour vaincre... On n’en prend malheureusement pas le chemin, mais ce n’est pas le fait de la France.

 

PdA : Existe-t-il entre la société civile française et son armée une mare d’incompréhension, peut-être un fossé « culturel » dont vous estimeriez qu’ils faudrait les combler ?

 

A.C. : Pour moi, il n’a jamais existé – en tous cas depuis la fin de la fièvre de 1968 et, en 1991, de l’alimentation de l’antimilitarisme par les finances soviétiques – de fossé autre que celui de l’indifférence ou de la méconnaissance par la force même des choses, par le fait de préoccupations autres, etc... Permettez-moi de souligner que c’est le cas de la mer, qui apporte tous les jours 100% de notre pétrole, qui transporte 90% en volume et en valeur de nos matières et de notre commerce, etc... et qui est superbement ignorée des politiques publiques et des médias.

 

PdA : Un dernier mot ?

 

A.C. : La France EST EN GUERRE. Les mots du Président ont pu surprendre ; il sait ce qu’il dit et il a le devoir de nous alerter.

 

Alain Coldefy

Illustration : IRIS

 

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20 octobre 2015

« Alain Duverne, mon héros devenu mentor », par Rayane Messagier

Durant les quelques jours où, au début de l’été, les discussions sur les réseaux sociaux ont été vives, franchement vives sur le sort réservé aux Guignols par Vincent Bolloré, patron de Canal+, j’ai eu la chance d’échanger, un peu, avec quelques anciens de la chaîne et fidèles de l’émission créée par le regretté Alain de Greef.  Sur le site dont le logo est un « f » minuscule principalement. Parmi eux, Rayane Messagier, un tout jeune amateur de marionnettes, devenu membre attitré du « fan club » informel d’Alain Duverne, « maman » aux doigts d’or des Guignols (lire notamment, pour mieux le connaître, linterview qu’il m’avait accordée en février 2013). Sur mon invitation, Rayane Messagier a accepté de raconter son parcours pour Paroles d’Actu. La naissance d’une belle passion aux lendemains prometteurs et un hommage à un grand bonhomme, l’ami Alain Duverne. Une exclusivité Paroles dActu, par Nicolas Roche.

 

 

« Alain Duverne, mon héros devenu mentor... »

par Rayane Messagier, le 18 octobre 2015

Pour moi, la marionnette est plus qu’une passion. Au début, je pensais que c’était un art, mais je me suis rendu compte que non, car comme le dit Alain Duverne, la maman des Guignols : « Quand je fabrique des marionnettes, je ne fabrique pas une œuvre d’art, mais un instrument de comédie. »

J’ai quatre ans. Mes parents allument la télévision, ils mettent Canal+. Il était 19:55, et je regardais pour la première fois Les Guignols de l’info. Je fus émerveillé par ces marionnettes. À cet âge, je ne savais pas ce qu’était une marionnette, et je pensais que ces personnages de latex étaient réels. Et vous allez rire, mais quand j’étais petit, j’en faisais parfois des cauchemars. J’imaginais que PPD allait débarquer dans ma chambre pour « me manger tout cru », comme je le disais à mes parents à cette époque.

Cette répulsion, ou plutôt cette phobie, a cessé à l’âge de huit ans, quand j’ai découvert, sur internet, un reportage réalisé pour l’INA qui se déroulait dans l’atelier de fabrication des Guignols : Images et Mouvements (qui a été revendu à Canal+ il y a quelques mois). On voyait toute l’équipe en train de tailler des loups, qui devaient être fabriqués pour un sketch, dans de la mousse de polyuréthane. Et puis, je vois, tout d’un coup, un homme âgé avec une moustache grise à la Salvador Dali, expliquant comment manipuler un Guignol. Cet homme, c’est Alain Duverne, le créateur des marionnettes du Bébête Show, des Minikeums, et surtout, de celles des Guignols de l’info. Je ne me rendais pas encore compte, en regardant cette vidéo, de ce que tout cela allait bientôt représenter pour moi. J’étais encore un enfant, mais j’étais impressionné... Hypnotisé, passionné par ce que faisaient ces personnes.

Fin 2012, j’apprends via les réseaux sociaux que Les Guignols seront présents au Palais de Tokyo à l’occasion de la Nuit Blanche. Je supplie mes parents pour y aller. J’ai essayé de les convaincre de me laisser y aller pendant une bonne semaine, jusqu’à ce qu’ils cèdent. Le 6 octobre 2012, je me rends avec ma mère et deux amis au Palais de Tokyo. Arrivé dans le sous-sol du musée, voyant le décor de l’émission avec les marionnettes en vrai, j’ai eu l’impression de rêver. Totalement. Et, pour la première fois, j’aperçois Alain Duverne et toute l’équipe d’Images et Mouvements. Trop timide pour aller parler à Alain, je reste juste derrière lui à admirer la nouvelle « Guignol », sculptée dans l’argile : Laurence Ferrari. À ce moment-là, Alain Duverne se retourne et me dit : « C’est joli hein ? Regarde, c’est comme de la pâte à modeler ! ». J’esquisse un énorme sourire en voyant toute l’équipe de fabrication. Il y avait Annaïc Penon qui sculptait un buste de Guignol dans de la mousse de polyuréthane, Alain qui discutait avec beaucoup de passants, et Franck Demory qui faisait essayer aux visiteurs le mécanisme des yeux. C’est à ce moment précis que je me suis dit que, plus tard, je voudrais être marionnettiste.

 

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« Première rencontre avec Alain Duverne,

lors de la Nuit Blanche au Palais de Tokyo, en 2012. »

 

Fin 2013, mon professeur de technologie voit mes marionnettes et me conseille de prendre contact avec l’atelier des Guignols pour effectuer mon stage de 3ème dans leur entreprise. Coup de bol : je trouve le numéro d’Images et Mouvements sur Pages Jaunes et je les appelle. Et là, c’est Alain Duverne qui décroche ! Je suis hyper-intimidé parce que cet homme est, en quelque sorte, mon héros, mon idole. C’est lui et Jim Henson (The Muppets, Sesame Street) qui m’ont donné envie de devenir marionnettiste. Et là, j’étais tellement intimidé que je me suis mis à parler avec une toute petite voix. Énorme chance : l’entreprise accepte tous les élèves de 3ème. Et j’ai pu obtenir mon stage aux Guignols.

En décembre 2013, j’effectue donc mon stage chez Alain Duverne pendant une semaine. Je me souviens que la marionnette en fabrication était Stromae, et que je n’arrêtais pas de prendre des photos. Pour vous donner une idée, sur une semaine, j’ai pris près de 150 photos à l’atelier ! En fin de semaine, mon stage se termine, et Alain Duverne me dit que je serais toujours le bienvenu dans l’atelier. Et là, je me dis que ça a été vraiment la plus belle semaine de ma vie.

Depuis mon stage, je me suis beaucoup documenté sur l’univers des marionnettes. Ces recherches vont m’en apprendre beaucoup sur un grand monsieur qui sera ma deuxième idole : Jim Henson. L’univers qu’il a créé à travers les Muppets, The Dark Crystal, ou encore Sesame Street, c’est quelque chose qui m’a captivé dès le premier regard. Je me suis, donc, de plus en plus interessé au monde des Muppets. J’ai pu découvrir à travers des reportages, des tutoriels sur internet, ou des livres, les étapes de fabrication d’une marionnette style Muppet Show.

 

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Depuis, j’ai effectué quelques stages en plus dans l’atelier d’Alain Duverne pour tout savoir sur la fabrication et la manipulation des marionnettes les plus célèbres de France. J’ai pu apprendre, grâce à lui et à l’équipe d’Images et Mouvements, tous les secrets de fabrication d’un Guignol. Et, grâce à ces nombreux stages et visites, j’ai pu rencontrer et rester en contact avec d’autres marionnettistes, comme Mehdi Garrigues, le créateur de Jean-Marc, la créature de Jeff Panacloc, qui est devenu au fil des années un très bon ami. Alain Duverne répète sans cesse que Mehdi et moi sommes son fan club ! Ce qui est complètement vrai.

J’ai pu rendre visite à Alain Duverne à plusieurs reprises depuis cette fameuse crise à Canal+. Contrairement à ce qui peut être raconté dans les médias, l’atelier d’Alain se porte plutôt bien. Il a reçu depuis août une bonne dizaine de commandes, ce qui est un record depuis 1988 pour Images et Mouvements. Alain Duverne forme en ce moment quelques sculpteurs pour Les Guignols, avant de se retirer en juin 2016 pour prendre une retraite bien méritée après quarante ans de bons et loyaux services en tant que marionnettiste.

 

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« L’élève et le maître en plein travail. »

 

Malgré mon jeune âge, j’ai plein d’envies, de projets. Je suis en train de réaliser un documentaire sur Les Guignols que j’aimerais proposer au CVL de mon lycée. J’ai un autre projet, un peu plus important, une web-série de marionnettes style Muppet Show, mais aussi style Guignols/Minikeums. Je n’en dévoile pas plus pour le moment, car ceci n’est qu’un projet, et si ce projet voit le jour, j’aimerais garder cet effet de surprise lors de la diffusion du premier épisode.

Étant donné que mon rêve de pouvoir côtoyer Alain Duverne et l’équipe des Guignols est devenu réalité, mon nouvel objectif serait de pouvoir, un jour, travailler pour la Jim Henson Creature Shop. Je sais que c’est un rêve assez dingue, mais je suis prêt à travailler très dur pour pouvoir faire de ce rêve, une réalité...

Pour terminer : je n’aurais jamais pensé que mon héros, mon idole depuis presque dix ans, Alain Duverne, puisse devenir, en quelque sorte, mon mentor. Et ça, c’est la plus belle chose qui me soit arrivée pour l’instant dans la vie. 

 

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« La photo préférée dAlain Duverne. Lui et Franck Demory se moquant de Manuel Valls,

qui quant à lui se méfie de ces deux trublions... »

 

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« Alain Duverne, en chair et en latex ! »

 

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17 juillet 2015

Jeunes FN - Lignes de Front (?)

Le 28 juin, j’entrepris de composer un nouvel article à « plusieurs voix » visant à donner la parole à des jeunes du Front national, à l’image du document « choral » réalisé en novembre dernier. L’ambiance au sein du parti frontiste a singulièrement changé depuis cette époque pas très lointaine, depuis le congrès de Lyon. Linterview controversée qu’a accordée Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du FN, à Rivarol au mois davril, a semble-t-il achevé d’exacerber les tensions qui couvaient entre la direction nationale du parti et son fondateur. Début juin, le bureau politique du FN s’est prononcé pour la suppression de la dignité de « président d’honneur » des statuts du parti, une question qui a été soumise, entre autres sujets, au vote-courrier des adhérents. Les résultats de ce référendum interne étaient prévus pour le 10 juillet. « Étaient prévues », puisque la justice, saisie par lui sur la question de la régularité dun tel congrès « postal », a donné raison à Jean-Marie Le Pen et annulé la consultation sous cette forme. La présidente du Front national, Marie Le Pen, a aussitôt interjeté appel de cette décision. Voilà, à cette heure, pour la situation en interne.

La thématique sur laquelle j’ai souhaité interroger quelques membres du Front national de la Jeunesse (FNJ) effleure bien sûr les questions de personnes, omniprésentes dans les esprits. Mais cela va bien plus loin. Je n’y reviens pas ici, la proposition qui leur a été soumise est retranscrite dans les deux derniers paragraphes d’introduction. Le panel retenu n’est pas composé d’après une méthode scientifique. Je me suis refusé à toute synthétisation ou mise en perspective de ces témoignages ; pris bout à bout, ils constituent un reflet dune part de la pensée de jeunes militants du Front national. Car il est bon, je crois, d’écouter et d’entendre ce que disent, ce que veulent ces jeunes du FN auxquels on ne donne finalement que peu la parole. Je remercie celles et ceux  d’entre eux qui ont pris la peine d’au moins répondre à mes sollicitations et, parfois, de m’accorder un peu de leur temps pour élaborer une réponse. Celles et ceux qui, à un moment donné, en ont eu l’envie - ou l’auraient eue dans des circonstances autres que celles du moment ; ces circonstances dont j’ai souvent constaté qu’elles provoquaient chez nombre de jeunes un sentiment réel de malaise.

« La série récente d’escarmouches opposant l’actuelle direction du Front national et le clan resserré de Jean-Marie Le Pen semble participer, au-delà des griefs invoqués de part et d’autre, d’un mouvement plus profond visant la détermination de la doctrine d’un parti qui se veut aux portes du pouvoir. Nonobstant l’évidente différence des stratégies et tactiques adoptées, les divergences fondamentales paraissent réelles entre les tenants d’une ligne souveraino-étatiste relativement modérée sur les questions sociétales, tendance incarnée par Florian Philippot et soutenue pour l’essentiel par Marine Le Pen, et ceux qui se réclament d’une lecture plus traditionnelle de la société et du monde, dont, au premier chef, après son grand-père, la députée Marion Maréchal Le Pen. »

« Vous avez fait du chemin aux côtés du Front national et du Front national de la Jeunesse. J’aimerais vous demander d’évoquer pour nos lecteurs votre parcours de vie et les éléments qui ont contribué à forger votre conscience citoyenne et vos engagements ; de vous exprimer quant à la place qu’a pu tenir Jean-Marie Le Pen dans votre militantisme et aux questions qui le concernent directement aujourd’hui ; surtout, d’expliciter, sur la base de vos idées profondes et des conceptions que vous croyez les bonnes, votre positionnement relativement à la ligne qui, d’après vous, devrait être celle du FN. » Voilà pour la proposition. À eux la parole, maintenant. Par Nicolas Roche.

 

UNE EXCLUSIVITÉ PAROLES D’ACTU

Jeunes FN Lignes de Front (?)

 

FN

Illustration : LCHAM/SIPA (2014)

 

 

Le nom de Le Pen est associé à mon premier souvenir politique. Le soir du 21 avril 2002 en effet, j’avais dix ans et j’observais mes parents éberlués découvrir à la télé le résultat du premier tour de l’élection présidentielle. Ils avaient beau avoir voté pour Chirac, il leur semblait contraire à l’ordre naturel des choses que le candidat qui devait l’affronter en duel fût Jean-Marie Le Pen. Pourtant, dix années plus tard, lorsque j’eus enfin l’âge de voter, je donnai ma voix à un autre Le Pen : Marine. Aurais-je pu voter pour son père ? Je n’en sais rien, je ne crois pas, mais la question n’a pas beaucoup d’importance puisque lorsque je devins majeure, Marine avait déjà repris le flambeau du Front national pour y imprimer sa marque propre. Ma voix fut donc pour ce parti lors des présidentielles et des législatives de 2012, des municipales et des européennes de 2014, et, enfin, des départementales de mars 2015. Depuis, je décidai de m’encarter et de rejoindre le Front national de la Jeunesse. Puisqu’il s’agit d’expliquer ici les origines et les attentes de cet engagement – encore récent, il faut bien l’avouer –, commençons sans plus de préambule.

Née en 1992, je suis une enfant de Maastricht. Aussi suis-je de cette fameuse « génération Y », que l’on dit dépolitisée et désabusée, ainsi que peu portée à se laisser encadrer par les repères traditionnels que sont la famille ou la nation. Je ne me suis jamais reconnue dans ce portrait de la jeunesse occidentale que l’on dresse souvent à la télé. Grâce à l’éducation que j’ai reçue, ou par la nature de mon tempérament, je n’ai jamais eu l’envie d’être une blasée. Je veux croire qu’il existe des valeurs immuables. Les identités ne sont pas des prisons. Bien au contraire, un être dénué de ses caractéristiques culturelles, religieuses ou sexuelles ne serait qu’une substance abstraite, prisonnière du vide, réduite à l’état de simple consommateur. Un tube qui avale et défèque, le nouvel esclave de la société mondialisée ultra-libérale. Qu’on le veuille ou non, la famille et la patrie constituent des organes de protection et de solidarité naturels des individus contre le capitalisme sauvage. Or l’une et l’autre sont gravement menacées aujourd’hui : ce sont des constats criants d’évidence sur lesquels il n’est guère utile de s’appesantir ici. L’Union européenne qui la dilue, et le communautarisme qui la fragmente auront bientôt raison de la France si rien n’est fait urgemment. De ce fait, l’angoisse identitaire fut, naturellement, le moteur premier de mon adhésion au Front national.

Un sentiment, l’angoisse, donc. Mais pas que. Les électeurs du Front ne sont pas, comme certains médias et nos adversaires politiques aiment à les présenter, des animaux qui grognent, aveuglés par leurs émotions. S’ils sont en colère, et s’ils ont peur, c’est que leurs peurs et leur colère sont fondées. Nous ne votons pas seulement par rejet de l’UMPS, désormais « R-PS », nous votons aussi par adhésion au programme global du Front national, qui recouvre des thématiques variées pour chaque pan de la société. Aussi le vote FN est-il rationnel, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. En mûrissant, j’ai pu apprécier la doctrine souverainiste que le Front propose afin de redonner à l’État français le pouvoir de prendre en main sa destinée. Une France étatiste, sociale et identitaire : voici notre idéal ! Il s’agit là, somme toute, d’un triptyque cohérent, dans lequel chaque donnée est la condition des deux autres.

Trop de commentateurs semblent s’étonner que nous proposions tantôt des mesures dites « de droite », tantôt « de gauche ». Mais nous ne sommes plus au temps de la Guerre froide ! Le clivage gauche/droite me semble révolu, et celui de mondialistes/antimondialistes m’apparaît plus pertinent. Quant à cette analyse mille fois ressassée, qui voudrait qu’un « FN de droite », incarné par Marion Maréchal-Le Pen, soit en conflit larvé avec un « FN de gauche », représenté par Florian Philippot, elle me semble bien superficielle. Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot sont deux jeunes politiciens très talentueux au service d’une même cause, la cause nationale. Si le discours de l’un insiste sur des points différents par rapport au discours de l’autre, chacun reste en accord avec le programme général du parti. Ils ne sont donc pas adversaires mais complémentaires. Ensemble, ils parviennent à toucher un large spectre de l’opinion publique.

Les Français ont trop souvent vu les prédictions du Front national se réaliser pour que ce dernier ne pût continuer d’exister que grâce aux polémiques. À l’heure où la société n’est déjà que trop divisée, lancer telles des grenades des controverses aussi inutiles qu’anachroniques est une stratégie qui laisse perplexe d’incompréhension. J’espère profondément que le Front national saura guérir les blessures qu’a causées le départ de Jean-Marie Le Pen, afin que tous, nous restions unis derrière Marine, notre présidente, qu’il faudra faire parvenir à l’Élysée en 2017. Il en va de la survie de notre si beau pays.

Rien, absolument rien ne nous sera épargné. Nos adversaires dresseront tous les obstacles possibles et imaginables au travers de notre chemin. Face au Front national, ils jugeront légitime de recourir aux pires extrémités. Les chances de gagner sont minimes. Mais s’il en existe une, nous devons tout faire pour la saisir. C’est un impératif catégorique. Marine Le Pen, dans son discours du 1er mai 2015, avait cité cette phrase de Georges Bernanos : « l’espérance est un risque à courir ». L’espérance : voici pourquoi je suis partie pour le Front. Que la victoire soit ou non au rendez-vous, nous pourrons dire plus tard que nous nous serons battus. Et que notre combat aura été historique.

 

Manon C

Manon C. (29 juin 2015)

 

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Après un court passage par l’UMP, en tant que sympathisant, j’ai décidé de rejoindre le rassemblement patriote mené par Marine Le Pen. Nicolas Sarkozy, qui s’était fait élire en 2007 sur des points très précis (consultation des Français concernant l’Europe, réforme de Schengen, limitation du taux d’immigration, application du « Kärcher », etc…) n’a rien fait de son quinquennat, et cela a été une véritable catastrophe. Le fameux coup de Kärcher, lui, n’a été qu’un simple coup de vaporisateur.

La France se meurt, nous sommes abandonnés. Nos gouvernements successifs encouragent l’immigration massive, l’insécurité, et vendent notre indépendance à Bruxelles. Notre culture est détruite, notre patrimoine est effacé, notre histoire est piétinée. Nous ne sommes plus respectés, nous n’avons plus aucun droit. C’est principalement pour ces raisons-là que j’ai rejoint le Front national, car moi, je crois en la France.

Mes multiples expériences au sein du Front national m’ont enrichi, tant sur le plan des relations humaines que sur le plan intellectuel. J’ai pu voir, vivre, et partager de nouvelles choses. J’ai pu rencontrer des personnes, discuter, et débattre. Je suis heureux et fier de dire aujourd’hui que je vote Front national. Nous devons et nous pouvons être fiers de nos convictions, nous n’avons rien à envier à ceux qui ont détruit notre pays depuis tant d’années.

Aujourd’hui au sein de Front national, j’ai trouvé mes repères, et des personnes qui préfèrent l’action au « blabla ».

En ce qui concerne le récent conflit entre Jean-Marie Le Pen et la direction du Front national, je soutiens Marine à 100% ; c’est pourquoi j’ai voté pour la modification des statuts du parti, ce qui supprimera la fonction de président d’honneur.

Je trouve important de souligner que, pour ce qui me concerne, je n’aurais jamais pris ma carte dans ce parti si Jean-Marie Le Pen en avait encore été président. Ses dérapages réguliers, ses prises de position, qui ne représentaient que lui, ne me plaisaient pas.

Aujourd’hui, au Front national, nous n’avons qu’une seule ligne, un seul leader, et un seul programme. Nous devons et nous allons tous aller vers la même direction, suivre le chemin qui mènera Marine Le Pen à l’Elysée en 2017.

 

Victor Catteau

Victor Catteau (5-14 juillet 2015)

 

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« Qui ne dit mot consent » ai-je souvent entendu… Ne pouvant supporter de n’être qu’une spectatrice de la déliquescence laxiste, progressiste et mondialiste de notre société, la fibre militante est née en moi il y a désormais plus de cinq ans, suite aux blocus lycéens. Je n’ai réellement commencé à militer pour le Front national qu’au moment des élections européennes de 2014, après avoir participé activement à de nombreux rassemblements pour la famille - aux côtés de la Manif pour Tous - puis pour la Syrie.

En 2002 et 2007, bien que fort jeune, je voyais déjà en Jean-Marie Le Pen une figure de l’Histoire, un candidat incomparablement plus honorable que les Bayrou ou les Ségolène. En grandissant, cette perception s’est accentuée ; quand on essaie de rejoindre les FFL à seize ans et qu’on quitte son siège de député pour prendre les armes et défendre son drapeau, on n’est pas un simple politicard mais bel et bien un héros de la Nation. Hors toutes considérations partisanes. Le fondateur du Front national demeure - je pense - la figure politique patriote française par excellence au 20e siècle, un ancien combattant à qui nous devons le respect, un homme libre de ses actes et de ses paroles qui a créé ce dont nous sommes les héritiers. Je ne me permettrais évidemment pas de juger cet Homme avec un grand H auquel je n’arrive pas à la cheville. Toutefois, à 85 ans passés, il est probablement plus que temps de mettre un terme à la politique politicienne… On aurait d’ailleurs pu espérer le voir se retirer avec dignité plutôt que de charger politiquement et désormais judiciairement le FN.

In fine, je soutiens totalement Marine dans sa décision de confier la tête de liste de la Région PACA à Marion Maréchal Le Pen.

Vouloir absolument distinguer deux « lignes » au sein du mouvement patriote est assez manichéen. Des partisans des libertés économiques nationales, sur le plan micro-économique, ne pourraient-ils être modérés sur les questions sociétales ? Des partisans d’une « lecture traditionnelle de la société » ne pourraient-ils être, sur le plan macro-économique, en faveur d’un certain souveraino-étatisme ? Les parcours de chacun d’entre nous nous font nous engager pour et nous intéresser davantage à telle ou telle thématique, mais nous sommes tous pour l’arrêt de l’immigration, la priorité nationale, la défense de la famille, la baisse des impôts ou encore la fermeté pénale.

Si je prends mon cas en exemple, je me sens, sur les questions sociétales, très proche de la benjamine du palais Bourbon ; sur les questions géopolitiques, totalement en phase avec mon député, Aymeric Chauprade. Mais je suis également sensible aux questions de souveraineté, du fait notamment de mes études en droit franco-allemand, tout en étant portée sur la défense du secteur public et de l’État fort, me rapprochant en cela de la pensée de Florian Philippot…

Il ne s’agit à vrai dire pas réellement de divergences ou de divisions, mais davantage de choix de communication et de thèmes plus ou moins mis en avant ; qu’aucun ne prédomine sur les autres au point de les occulter, voilà un point essentiel. Marine, en tant que présidente de parti, se doit d’incarner - et elle incarne - une synthèse des différentes personnalités et sensibilités ; après tout, « le FN n’est pas un parti stalinien » !

Les questions sociétales, migratoires et géopolitiques sont non-négociables dans mon engagement ; j’espère donc que mon parti ne tiédira pas sur ces thématiques, mais je pense que nos cadres et nos élus sauront se focaliser sur les vrais combats d’aujourd’hui : l’islamisme, la mondialisation, l’immigration, la marchandisation du corps humain, la crise grecque, l’asphyxie économique de nos entrepreneurs, ou encore l’Ukraine et la loi renseignement.

Les fondamentaux du FN demeurent, mais les combats d’hier, qui appartiennent désormais à l’Histoire plus qu’à la politique, ne suffiront pas (voire même nous affaibliraient s’ils devaient être de nouveau débattus) pour mener le mouvement patriote aux responsabilités… Le premier des objectifs, c’est le pouvoir, afin de mettre en œuvre nos propositions, pour le bien de la France et des Français ! « Unis, les Français (et les frontistes) sont invincibles. »

 

Euryanthe Mercier

Euryanthe Mercier (5-7 juillet 2015)

 

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L’engagement du militant implique la plupart du temps l’effacement individuel au service d’idées qui le transcendent. Évoquer mon parcours personnel est de fait un exercice très inhabituel pour moi.

Je n’ai pas grandi dans un milieu propice au militantisme, et moins encore au patriotisme. Comme beaucoup de Français, mes parents évitent les conversations politiques, et votent sans grande conviction, à droite ou à gauche. C’est de fait dans un constat personnel que se trouve la source de mon engagement. Ce constat, il fut celui d’un monde moderne qui m’apparaissait naturellement comme n’étant qu’une anomalie, faite d’une humanité destructrice de sa propre planète, reniant ses racines et ses traditions, renonçant progressivement à sa liberté pour jouir de ses tentations, et surtout bien consciente que son monde court à la catastrophe mais ne s’en inquiétant guère, et bien superficiellement.

Si ce constat peut sembler fort malheureux voire déprimant, ma conviction n’en est pourtant pas moins optimiste. Car je n’ai jamais cru l’homme fondamentalement mauvais. L’homme moderne l’est, ou plutôt on lui a appris à l’être, mais de la même manière que l’état médical normal d’un individu est la pleine santé, ma foi se trouve dans l’idée que l’état normal d’une société est la civilisation, au sein de laquelle les hommes peuvent se faire grands d’une spiritualité, d’une culture et d’une identité qui permettent de vivre heureux, en harmonie avec les lois de la nature.

La décadence moderne, mondialiste et dominée par des logiques financières, n’est pas une fatalité. Elle est seulement acceptée par des individus qui renoncent à leurs responsabilités, et ne sont ainsi plus des hommes ni des femmes à part entière.

J’ai donc lâché ma télécommande, ma manette de PlayStation et ma souris pour aller à la rencontre d’autres personnes qui savaient s’organiser collectivement, dans le but de réaliser ce changement qui devra arriver un jour. J’ai découvert des gens pour qui le combat était avant tout culturel, pour d’autres il est spirituel, pour d’autres encore il est avant tout médiatique, et parfois, certains l’imaginent politique. Je crois quant à moi que chaque forme que prend ce combat a son importance, mais on ne peut pas tout faire, et c’est en politique que mon engagement personnel s’est concrétisé.

On me demande dans cet article de commenter les « divergences » entre les uns et les autres au Front national. Mais ce serait une erreur que de croire que Marion Maréchal Le Pen incarnerait un courant fondamentalement opposé à Florian Philippot, comme le suggère la question qui m’est posée. Aujourd’hui le combat est avant tout national, de lui dépendent la liberté et la souveraineté de la France, ainsi que sa liberté à s’auto-gérer et à se gouverner elle-même, par son peuple.

C’est ainsi, et pas autrement, qu’elle pourra se protéger des lois que lui impose le monde de la finance internationale, ces règles qui enrichissent une poignée d’hommes tout en appauvrissant les peuples. C’est ainsi qu’elle pourra aussi libérer le travail des Français, et permettre à l’initiative individuelle de prospérer au sein d’une économie nationale plus juste. Mais pour en arriver là, il faudra sortir de l’Union européenne, et retrouver le contrôle de notre propre monnaie.

C’est ce combat, pour la Patrie, qui ne s’occupe pas des orientations que certains classent tantôt à « droite » ou à « gauche », sur des critères souvent obscurs, que se battent aujourd’hui des gens comme Florian Philippot ou Marion Maréchal Le Pen. Et c’est uni, avec des personnalités sans aucun doute différentes, mais surtout complémentaires, que le Front national pourra continuer à être le seul parti crédible dans cette bataille, pour véritablement faire « front », à l’échelle de toute une nation, au service d’un bien commun objectif.

Mais il me semble aussi important de ne jamais oublier ce qu’est la politique. Son champ d’action est limité d’une part, et surtout, elle se pratique selon des règles qui lui sont propres. Si certains estiment que ces règles sont difficiles à supporter, ou qu’elles sont contraignantes, je le comprends. Mais, dans ce cas, la meilleure chose à faire est de changer d’activité afin de donner une autre forme au combat que l’on souhaite mener. Si certains, au sein du Front national, s’entêtent à ne pas respecter les règles de ce jeu, je ne trouve pas anormal qu’ils soient écartés.

Aujourd’hui, force est de constater que Marine Le Pen a su rendre son parti efficace au service d’idées nationales que nous partageons tous. Je suis donc fier de la soutenir, à mon humble niveau.

 

Sylvain Marcelli

Sylvain Marcelli (6 juillet 2015)

 

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En tant que militante du Front national depuis maintenant trois ans, je me retrouve comme de nombreux autres adhérents confrontée aux « histoires de la famille Le Pen ». Cependant je ne pense pas que celles-ci doivent entacher en quoi que ce soit notre amour de la France et le dynamisme que nous ne cessons de déployer pour la sauver. Il est évident que Marine Le Pen, comme Jean Marie Le Pen à son époque, se bat pour son pays et pour les Français. Cette affaire de famille ultra-médiatisée tend à insinuer la dissension au sein du parti. Bien sûr, Jean Marie Le Pen est le père fondateur du parti, et nous lui sommes reconnaissants de son dévouement. Mais Marine en est aujourd’hui la présidente, les temps ont changé, les problèmes à résoudre aussi.

Marine s’est fait élire sur un programme. Son père a créé le parti. Elle travaille à l’améliorer, à réinventer nos propositions en prenant en compte les priorités des Français, et ils le savent. L’acharnement médiatique, je le pense, est vain. De fait, ces histoires, avec leurs apparences de contradictions, n’ont fait démissionner personne, et tout le monde reste uni autour dun seul but : la défense des intérêts de la France et des Français.

Quant à mon parcours de vie, puisque c’est la question d’introduction, je dirais, pour rebondir sur mon développement précédent, que mes convictions sont orientées vers l’avenir de mon pays. Les valeurs de la France et son identité sont mises à mal chaque jour. L’UMPS a, depuis quarante ans, déconstruit notre société : l’immigration massive est devenue insupportable, la fiscalité étouffe les entreprises, l’Europe impose ses diktats et les lois anti-famille achèvent la décomposition de notre société.

Mais c’est parce qu’il n’est jamais trop tard que je me suis engagée au FN et au FNJ.

Nous sommes dans un pays démocratique. Dans un état de droit, c’est des urnes que sortira le chef d’État capable de mettre en pratique son programme. Or Marine Le Pen est la seule capable aujourd’hui de sauver la France. En tant que jeunes, il s’agit de mettre notre espoir dans le parti qui servira le pays et de travailler à son unité. « Unis les Français sont invincibles ».

Voyons plutôt l’avenir de notre pays, et laissons les petites querelles de côté. Il est déjà bien tard pour le sauvetage complet de notre pays, mais nous devons mobiliser tous les Français patriotes pour éviter le pire. Il s’agit de conserver, au sein même du Front, ces sensibilités différentes qui font la richesse de la réflexion et nous aideront à avancer.

Marine sera la future présidente de la République et, tous ensemble, nous devons travailler sur les sujets qui préoccupent les Français (limmigration, le chômage, l’insécurité, lEurope…) afin d’aider nos concitoyens dans leur vie quotidienne, rendue sans espoir par ceux de l’UMPS.

 

Manon J. (8 juillet 2015)

 

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Alsacienne âgée de vingt et un ans, je suis adhérente au Front National depuis 2012. J’ai décidé de prendre ma carte à l’aune de mes dix-huit ans, révoltée par le paysage politique français en désuétude, meurtri par des années de bipartisme n’ayant que peu à faire de la res publica.

Mon engagement politique s’inscrit tout à la fois dans la continuité de mon parcours universitaire, étant licenciée en droit, ainsi que dans l’affirmation des valeurs qui me sont chères, telles que l’identité nationale et le respect de notre culture, de nos traditions.

Pour mener à bien ce combat qui me tient assurément à cœur, je me suis présentée aux élections municipales en 2014, dans mon village natal, à savoir Rustenhart, sur la liste menée par Jean-François Bintz. J’ai renouvelé cette expérience en me portant candidate aux côtés de José San Juan, lors des dernières élections départementales dans le canton d’Ensisheim. Nous formons un trio politique incarnant trois générations, ce qui favorise - avantage indéniable ! - la prise de décisions pondérées et aide à garder les pieds sur Terre. Cette coordination nous assure une solidarité sans faille.

J’ai compris que, pour me réaliser, il fallait que j’affirme ce en quoi je croyais vraiment et, autant que possible, dialoguer avec les gens pour les amener vers un déclic, une prise de conscience.

Concernant les propos tenus par Jean-Marie Le Pen, je pense que le Front national a pris les mesures qui s’imposaient. Il est aberrant de vouloir détruire ce qu’on a créé. Il fallait prendre des mesures ; il en allait de l’intérêt supérieur du parti. Cela dit, je respecte cet homme. Pour la richesse de son parcours ; pour son esprit visionnaire : il a osé aborder des questions aussi sensibles que l’immigration et l’insécurité très tôt, dès les années soixante-dix. Pour autant, Jean-Marie Le Pen n’a pas réellement joué de rôle dans mon militantisme, j’ai davantage été saisie par la femme charismatique qu’incarne Marine Le Pen.

Au delà d’une querelle politique, il ne faut pas oublier que cette discorde a également un retentissement familial. Je suis outrée par l’utilisation que les médias peuvent faire de ces divergences. Souvent, ils vulgarisent cette affaire, à l’image dun mauvais feuilleton.

Quoi qu’il en soit, nous, patriotes, devons rester unis malgré ces évènements, nonobstant le soutien de chacun à différentes personnalités. Des millions de Français souhaitent être gouvernés par le Front national et qu’ainsi les idées patriotes soient appliquées. Nous devons accomplir notre devoir pour sauver les valeurs de notre république, là prend tout le sens de notre engagement.

 

Cassandra Rotily

Cassandra Rotily (13 juillet)

 

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Je suis adhérent au Front national depuis un an et demi. Voyant la situation de mon pays se dégrader, il me semblait important de m’engager dans le parti politique qui, selon moi, comprend le mieux la situation de la France actuellement et apporte les solutions les plus pertinentes, à savoir, donc, le Front national. D’après moi, la jeunesse a un devoir moral de s’impliquer dans la vie politique de son pays. Il est important que les jeunes puissent décider de leur avenir. Ainsi, logiquement, ils se doivent de tenir une place prépondérante sur la scène politique.

Mon engagement au Front national est né du déclin, chaque année plus important, de la puissance de notre pays, ainsi que de sa souveraineté. Seule Marine Le Pen propose des solutions claires et cohérentes par rapport à la situation actuelle. Contrairement aux autres partis, de droite comme de gauche, le Front national a toujours été honnête avec ses électeurs et les Français. À chaque élection, lorsqu’on vote FN, on vote effectivement pour un candidat FN, alors que, du côté des Républicains, au Parti socialiste, ainsi que chez tous les autres partis satellites, les appels à tel ou tel vote fusent, ce en fonction du candidat qui est opposé au candidat du Front national. Ne nous étonnons donc plus de voir le PS voter pour les Républicains, ou bien les Républicains voter pour le PS. Tout ceci est absolument scandaleux, et clairement anti-démocratique, le choix du peuple se trouvant bafoué dans la grande majorité des cas par cette caste « RPS ». L’alternative pour la France est donc bien dans les mains du Front National et de Marine Le Pen. 

Le « Menhir » Jean-Marie Le Pen est le fondateur du Front national. Il a, pendant quarante ans, construit les fondations du parti. Rien que pour cela, déjà, nous lui devons tous le plus grand respect. Aucun de nous ne serait au Front national sans Jean-Marie Le Pen. Je pense que sil avait été davantage écouté dans les années 80-90 sur plusieurs thèmes, comme l’immigration, ou bien l’insécurité, de nombreux problèmes actuels auraient pu être évités. Sur ces points-là, il a été un visionnaire.

De mon côté, je milite pour Marine Le Pen au niveau national, et pour Marine Le Pen et Florian Philippot dans l’est de la France. Jean-Marie Le Pen reste une icône du Front national, mais la présidente du parti est Marine Le Pen, et la personne à suivre est donc Marine, et non Jean-Marie.

Nous avons aujourd’hui atteint des scores inimaginables pour le Front national il y a encore quelques années, et cela est le fruit du travail effectué par Marine Le Pen et Florian Philippot. Retrouver notre souveraineté, retrouver une monnaie nationale, rétablir nos frontières, stopper l’immigration massive, autant des points du programme qui permettront à la France de briller à nouveau. La ligne du Front national est toujours la même : elle privilégie un État fort plutôt qu’une entité supranationale qui n’a aucun sens, l’avènement dun franc nouveau qui relancerait notre économie et permettrait à la France de redevenir compétitive ; elle vise la suppression de Schengen, afin de pouvoir contrôler qui et ce qui entre et sort de notre territoire, ce qui, au passage, nous protégera également beaucoup mieux de la menace terroriste.

Marine Le Pen est aux portes du pouvoir, et nous misons tout notre espoir en elle. Dans quelques années, après son élection à la présidence de la République, je souhaite pouvoir dire, « Nous avons tellement eu raison d’y croire... », et voir la France briller à nouveau.

 

Pierre-Henri Eisenschmidt

Pierre-Henri Eisenschmidt (13 juillet)

 

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Comme une grande partie des jeunes adhérents du Front national, je me suis intéressé dès l’adolescence à la politique, car comprendre le monde qui m’entoure et agir pour l’intérêt général apparaissait déjà pour moi comme quelque chose de fondamental.

Et, comme beaucoup d’électeurs, j’ai été influencé par le charisme de Nicolas Sarkozy, et très vite déçu par le fossé entre les promesses faites et celles qui ont été réellement mises en œuvre.

Plus que de simples promesses non réalisées, ces propositions non suivies ont fragilisé la croyance des citoyens français dans la capacité des hommes politiques à répondre à l’appel des Français et, plus largement, dans la capacité des institutions de la République à résoudre les problèmes posés.

Étudiant en quatrième année de Droit, je suis imprégné des notions de rigueur, de justice, d’écoute par rapport au monde qui m’entoure. Ce parcours juridique n’est pas un hasard ; il s’inscrit dans une volonté de défendre une conception de la société en conformité avec les valeurs de la République française, qui sont les miennes. Alors, passer des idées aux actions me paraissait évident, car pour faire bouger les choses, il faut d’abord se mobiliser soi-même. Mon adhésion au Front national est venue naturellement, puisque c’est le parti qui répondait le mieux à mes convictions personnelles, celle d’une France forte, souveraine, unie et protectrice de ses citoyens.

Je ne me considère ni de gauche, ni de droite. Si je considère que le capitalisme est le système le moins imparfait, la manière dont il se dévoile aujourd’hui dans ses plus grandes inégalités me semble être une dérive, une dérive cautionnée par une pseudo Union européenne des droits de l’Homme qui n’hésite pas à exploiter tout un peuple, tel que le peuple grec, pour satisfaire les créanciers. Il apparaît alors comme fondamental de prendre les mesures nécessaires pour réguler ce capitalisme et revenir sur une situation d’équilibre, avec un meilleur partage des richesses, tout en valorisant les entrepreneurs dynamiques.

À ces fins, il convient de redonner au peuple français le pouvoir de décider de son propre destin, tant en matière économique que sociale, juridique et culturelle. Cela passera sans nul doute par une sortie de l’Union européenne, qui a pour projet de faire des États souverains d’Europe un bloc homogène, sans identité ni racine. En effet, un peuple sans repère ni identité est un peuple disposé à se déplacer plus facilement pour satisfaire à la volonté des grandes entreprises ; autrement dit, les peuples européens seraient une force de production malléable au cœur d’une Europe des grands capitalistes, à laquelle je suis fermement opposé. Je suis en revanche en faveur d’une Europe des Nations, une conception qui n’est pas incompatible avec le Traité de Rome de 1957 qui établit une Europe économique respectueuse de la volonté des États souverains.

Sur le plan juridique et sociétal, m’engager auprès du Front national était un moyen de dire « stop » à tout ce laxisme en matière d’éducation et de justice. Je suis consterné de voir qu’aujourd’hui le système transforme trop souvent les victimes en coupables et les coupables en victimes. Les droits profitent davantage aux délinquants qu’aux victimes innocentes. Quelle logique ? Quelles valeurs pour demain ? Il faut répondre fermement à la délinquance quand les actes sont établis et remettre clairement l’accent sur l’éducation et l’apprentissage des valeurs morales dans notre pays, en redonnant aux parents, aux enseignants et aux forces de l’ordre, les moyens pour répondre aux missions qui sont les leurs.

Ces valeurs et principes que je défends sont ceux défendus par le Front national, qui ose remettre les priorités dans le bon sens, ce face au lobbying du politiquement correct, qui détruit chaque jour un peu plus l’unité nationale.

Si, en effet, apparaissent, chez les cadres du Front national, différentes sensibilités que vous avez rappelées, à savoir, l’attachement de Marion Maréchal Le Pen (députée du Vaucluse) à une société plus traditionnelle, conservatrice et libérale, et, chez M. Philippot (député européen et conseiller de Marine Le Pen), une sensibilité qui va davantage à l’interventionnisme étatique, ainsi qu’à certaines mesures sociales, il n’en demeure pas moins que l’objectif qui nous réunit tous est l’avenir de la Nation. Le Front national dépasse les sensibilités politiques et les égos de chacun pour répondre à l’appel des millions de Français qui voient dans le Front national, une alternative, un espoir.

C’est dans cette logique que, face aux derniers évènements internes du parti, ma position est à la modification des statuts concernant la présidence d’honneur.

Si Jean-Marie Le Pen est le cofondateur du parti et, à la fois, un homme brillant, son statut ne lui donne pas tous les droits. La ligne du parti et celle que je supporte est celle de Marine le Pen. Jean-Marie le Pen a certes permis au parti de voir le jour, mais c’est bien par le travail de l’actuelle présidente et de ses proches collaborateurs que le parti prend toute son importance sur la scène politique française. Je respecte Jean-Marie le Pen pour ce qu’il a fait. Cependant, je ne partage pas toutes ses idées. Et je pense qu’il faut savoir se retirer au bon moment, et faire preuve de sagesse.

 

J. Capelli (13 juillet)

 

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Je suis le produit de la France. Nous le sommes tous. Descendant d’une ligne paternelle de Français de la terre peut-être aussi vieille que la France, et d’une ligne maternelle d’enfants perdus d’Europe, d’orphelins adoptés tant symboliquement que réellement par la France, je suis fier de mon pays. Ce pays est celui des Philippe-Auguste, des Saint-Louis, des Colbert, des De Gaulle tant que celui des Mazarin, des Bonaparte, des Senghor et des Manouchian. Ma famille comporte des Justes, des résistants communistes, des soldats qui défendirent le sol de France. Elle comporte aussi des ouvriers, des paysans, des gens « lambda » qui ne durent leur quiétude qu’à leur sueur et leur sang, mais à aucun esclavage, pillage ou apartheid. Quand bien même mes racines auraient-elles été plus sombres, je ne crois pas l’erreur héréditaire, ni qu’il existe une culpabilité par héritage, comme certains voudraient nous le faire penser. D’une famille et d’une éducation de gauche, je me suis longtemps cru socialiste. 

En fait, je ne suis que français, un « étatiste gaulois », un colbertiste et un Gaulois, avec tout ce que cela comporte d’anarchisme anti-totalitaire et de fierté anti-fédéraliste. Ainsi, ni de droite ni de gauche, je découvrais le Front national au moment où Marine Le Pen en prenait la tête, en 2011. Ayant déjà aperçu les limites de l’UMP comme du PS, j'ai voulu approfondir ma connaissance de ce parti qui m’était alors quasi inconnu. Mû par ma raison autant que par la sensation étrange d'y trouver, dans ce monde d’Alésia, un peu de Gergovie, je résolus de m'y engager pleinement. 

Nous voici, aujourd’hui. En ce 14 juillet 2015, je suis le secrétaire départemental du FNJ Rhône. Mon parti m’a permis de rencontrer et de me lier à des personnes de grande qualité, de tous les âges, professions et catégories socioculturelles. Si Jean-Marie Le Pen n’est pas notre préoccupation principale, nous ne ferons honneur à son combat pour la France, par-delà les polémiques, qu'en le continuant. Nos élites ont été contaminées par le projet de destruction de l’héritage français, notamment celui de De Gaulle. Il ne fut pas compliqué de les convaincre, la comparaison avec ce père spirituel qui serait « tellement déçu » étant si peu flatteuse. Tels Robert Fischer Junior dans le film Inception, leurs épaules étaient de toute façon trop frêles. Marine Le Pen n’est pas tombée dans ce piège. Elle sait que poursuivre une œuvre aussi importante que le Front national lui permettra de redresser le pays, allant ainsi plus loin que le simple entretien d’un héritage paternel. Car la dédiabolisation ne consiste pas à cacher les ombres de lhistoire sous le tapis, mais à les éclairer afin qu’elles soient enfin comprises dans leur justesse. 

Il n’y a qu’une ligne au Front national, mais une ligne subtile en ce qu’elle est concrète et composite. Les médias sont souvent réducteurs alors que le programme, par rapport auquel les militants et les sympathisants se déterminent, est très complet. Il propose une synthèse d'autorité et de liberté, de culture de l’État et d'initiatives. Certes, le programme a évolué, devenant plus étatiste, à mesure que l'État français se désengageait de l'économie, laissant le pays en proie à l'ultralibéralisme. Mais cette évolution du programme impulsée par Marine Le Pen lui a permis, en réalité, de rester fidèle à l’idée du FN : redresser la France par tous les moyens. Sur les sujets sociétaux, il me semble que la parole du peuple doit prédominer, avec le recours aux référendums. Pour ce qui est des déboires familiaux du Front national, je me permettrai un seul commentaire, « tuer le père » symboliquement aurait suffi, le « tuer » politiquement aurait sans doute pu être évité.

 

Timothée Courberand

Timothée Courberand (14 juillet)

 

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Je suis né à Fréjus, ville de 53 000 habitants, aujourd’hui gérée par le Front national. J’y ai grandi, fait ma scolarité et mes études avant de partir pour Nice, pour le travail, puis d’y revenir.

Étant blanc et blond aux yeux bleus, j’ai rapidement connu le racisme, l’injustice, la violence, la haine de la différence et le choc des cultures. Mon premier souvenir politique remonte au 21 avril 2002, une date importante de mon engagement actuel. J’avais douze ans. Je ne comprenais pas l’acharnement, la peur et la diabolisation de cet homme, Jean-Marie Le Pen, qui pourtant disait des choses évidentes, et me posais les questions suivantes : pourquoi avoir peur d’une justice ferme ? pourquoi la notion de « France française » est-elle devenue quasiment injurieuse ? pourquoi les autres personnalités politiques, sans cesse critiquées, ne perdent-elles jamais leurs places ?

Plus tard, j’ai été conquis par le discours de Nicolas Sarkozy sur les banlieues et le Kärcher qu’il devait y passer, mais jai déchanté bien vite. Alors, j’écoutai avec attention les discours de chacun, avec cette envie que les choses changent mais, je l’avoue, avec le doute que cela soit possible, tant le Front national peinait à acquérir des succès électoraux. Et puis, mon parcours de vie personnelle se faisant, j’ai rencontré David Rachline en 2014. Rapidement, il m’a convaincu d’aller sur le terrain, convaincu puis prouvé que les choses pouvaient changer. Depuis la détermination de prendre le pouvoir pour redresser notre pays m’habite.

Aujourd’hui, le mouvement avance à grands pas ; malgré quelques tourmentes, l’objectif ne doit pas être perdu de vue.

Jean-Marie Le Pen est un véritable résistant, celui qui, avant les autres, a vu et dit la vérité. Celui qui, depuis toujours, défend la France. Celui qui, pour toujours, se battra pour la France. Et, en cela, il mérite un respect sans faille. Cependant, le monde évolue et, de ce fait, le programme et la stratégie doivent suivre. Jamais le Front national n’a été aussi fort que depuis 2011, la nouvelle direction tient pour elle un bilan de réussite qui doit lui permettre de pouvoir continuer sereinement son travail. Je suis de ceux qui pensent que le linge sale se lave en famille, et non pas sur la place public. Par conséquent, les acteurs des polémiques récentes devraient, d’un côté comme de l’autre, mesurer leurs propos. Quand on voit une France qui décline autant, et que nous souhaitons accéder au pouvoir pour la redresser, nous nous devons de présenter une image à la hauteur de l’enjeu.

Concernant le fond de la ligne politique, les nuances d’opinions sont saines et se doivent d’être constructives. À l’heure de la confrontation des projets pour les échéances présidentielles de 2017, les Français seront face à des choix cruciaux. Dans la configuration dans laquelle nous sommes aujourd’hui, je prône l’équilibre sur la question économique. La voie libérale n’est pas une mauvaise voie en soi, au contraire, mais elle doit être complétée dans certains domaines par une intervention de l’État, afin que la création de richesses profite au plus grand nombre. La liberté d’entreprendre et l’émergence de fortes richesses pour quelques-uns ne sont pas antagonistes à l’enrichissement modéré et équilibré pour tous. Au milieu de cette globalisation sauvage, il faut pouvoir se protéger et protéger les intérêts de la France. Il faut que l’État insuffle au pays une vision économique, une orientation stratégique, une dynamique de grands travaux. Par conséquent, une part d’interventionnisme est nécessaire.

Quant aux questions sociétales, je suis un fervent conservateur des symboles de notre société. La décadence croissante de celle-ci, aggravée par un libéralisme à outrance, ne doit pas pervertir nos lois en se justifiant par une simple existence. Ce que certains pensent être une avancée de la société n’est en fait que l’effet pervers d’une économie qui asservit les masses pour ouvrir des marchés supplémentaires. Je défends donc avec fermeté la conservation de nos structures traditionnelles.

Voilà donc ma nuance personnelle. Jean-Marie Le Pen restera à jamais le premier homme à avoir dit la vérité et à avoir montré le chemin. Désormais, place à ceux qui, en adéquation avec le monde d’aujourd’hui, exécuteront un programme efficace pour le redressement de la France.

 

Florent Erard

Florent Erard (16 juillet)

 

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Étudiant en master d’architecture à Strasbourg, je suis adhérent au Front national depuis l’âge de dix-neuf ans. Originaire de la région lyonnaise, c’est en Alsace que je poursuis mes études. Bien avant mon engagement politique, je partageais les constats et les solutions de Jean-Marie Le Pen ; par la suite ceux de sa fille. Ma pensée politique s’est forgée relativement tôt. Je suis issu d’une de ces nombreuses familles de droite qui affectionnent le combat mené par Jean-Marie Le Pen. Ma conscience a toujours été nationaliste. Il m’a toujours semblé évident que la Nation est le fondement social indispensable. Que sommes-nous sans une nation qui tire dans ses racines le sens de son identité ?

Si j’ai voulu m’investir au Front national, c’est pour plusieurs raisons. La première étant évidemment de vouloir agir pour mes convictions. Mais agir pour ses idées nécessite aussi un environnement militant structuré. C’est donc dans la perspective de construire une cellule locale que je mène mon combat. À Strasbourg, nous étions orphelins d’une direction structurée. Les élections municipales ont été un élément déclencheur pour la mise en place de nouveaux cadres dynamiques, chose primordiale. Et tout cela a été rendu possible par l’implication de Marine Le Pen.

Je n’ai que vingt-deux ans, alors que le Front national existe depuis quarante-trois années. C’est donc avec un œil nouveau que je juge ce qu’il se passe dans notre formation. On m’a posé cette question des dizaines de fois : « Auriez-vous rejoint le FN sous Jean-Marie Le Pen ? » Ma réponse est certaine : OUI.

Je crois qu’il a toujours existé plusieurs lignes politiques au FN. Avec des différences assez minimes, rien de comparable avec ce que l’on peut voir aujourd’hui. Mais, paradoxalement, je n’ai pas l’impression de voir actuellement deux lignes politiques en opposition. Il me semble plus juste de voir au sein du Front national une bulle dans laquelle évoluent des personnes aux aspirations plus étatistes, qui se définissent souvent par le sobriquet de « national-républicain ». Il est évident pour quelqu’un comme Florian Philippot, un énarque, de proposer une politique étatiste. C’est un positionnement qui découle de sa formation. Son action s’agissant de la ligne politique n’est certainement pas négligeable dans la progression qu’a enregistrée le FN aux dernières élections. C’est l’apport d’un programme social qu’on peut voir en décalage face à l’héritage plutôt poujadiste de Jean-Marie Le Pen.

J’ai le plus profond respect pour la personne de Jean-Marie Le Pen. Il s’est battu avec convictions au fil des années et des élections, et a mis sur pied une force politique importante. Sans lui quel serait le paysage politique français ? Quand je regarde les débats, les discours qu’il a pu mener depuis des décennies, je suis admiratif. Le discours d’Arras de 2009 sur la mondialisation reste pour moi le plus marquant de tous.

Je crois qu’il faut distinguer deux périodes dans les derniers rebondissements. La première se résumant à la position attentiste de Jean-Marie Le Pen, durant laquelle s’est joué l’emballement médiatique, ainsi que celui du bureau politique. La sanction à l’encontre de Jean-Marie Le Pen me semble disproportionnée. On peut tout à fait critiquer le fait de donner une interview au journal Rivarol. Il n’était pas donné meilleure occasion aux ennemis de Marine Le Pen pour semer le trouble. M. Spieler (ex-FN puis ex-MNR), en recueillant cette interview, a réussi un coup médiatique qui doit encore le faire jubiler.

La deuxième partie de cet évènement débute à mon sens lorsque riposte Jean-Marie Le Pen. Et, en la matière, on peut dire que le Menhir reste fidèle à lui-même. On ne va pas le changer à quatre-vingt-sept ans. On a le sentiment qu’aucune sortie de crise n’est souhaitée. C’est regrettable et triste. Mais beaucoup de choses devraient encore se passer, ne tirons pas de conclusions trop hâtives.

Cependant, j’émets une critique de l’image qu’a pu donner le parti. Le Front national a des valeurs de droite. Dans ces valeurs, nombreuses, il faut voir le respect de la famille, des aïeux. Et lorsque je vois le père fondateur se faire traiter en renégat, je crois que beaucoup de monde, notamment de droite, est choqué par le traitement dont est victime Jean-Marie Le Pen. Nous ne devons pas oublier que nous sommes un parti avec des valeurs que d’autres ont piétinées, et nous nous devons de rester fidèle à ces valeurs.

C’est un épisode qui fait les choux gras des médias. Voir une dissension à l’intérieur d’un parti politique est toujours savoureux pour ces gens-là. D’autant plus quand il s’agit du Front national. Il n’y a pas meilleure occasion pour masquer les préoccupations cruciales des Français. La situation n’a que peu d’impact en réalité. C’est un conflit de personnes comme il y en a tant d’autres. Nous devons, en tant que militants, comme éveillés, ne pas nous laisser distraire par de tels évènements. Notre combat se place au-dessus de ces histoires personnelles, aussi désagréables soient-elles. Alors, serrons les rangs, et en avant !

 

Lionel Charrin

Lionel Charrin (16 juillet)

 

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Né en Russie, je m’installe dans la Drôme en 2005. Je suis naturalisé Français en juillet 2011. J’adhère au Front national en avril 2012, dans la foulée du meeting de Marine Le Pen à Lyon. Je participe à la campagne des élections législatives en tant que simple militant, aux côtés de Richard Fritz. En septembre de la même année, je rencontre Julien Rochedy, alors directeur national du FNJ, à l’université d’été de La Baule. L’année suivante, je participe à la refondation du FNJ en région Rhône-Alpes. Au cours de la campagne municipale, je m’engage sur la liste de Valence tout en militant avec Julien Rochedy à Montélimar. À cette occasion, il me nomme chargé de mission FNJ de Valence. En juin 2014, je présente ma candidature au Comité central du Front national. Durant l’année 2015, je milite pour les  élections départementales et régionales.

Il y a une seule ligne au sein du Front national, et ce depuis sa création. Il a toujours été un parti trans-courant dont l’ambition était, au-delà d’une simple victoire électorale, un bouleversement profond de la société française. Au sein du parti, il y a des différences d’approches car les parcours, les époques sont différents. Ces approches ne sont pas contradictoires mais complémentaires. Ainsi, lorsque l’on oppose libéraux-conservateurs aux nationaux-républicains, on oublie que l’on peut être à la fois conservateur sur le plan politique, et social sur le plan de l’économie. De même, la liberté d’entreprendre n’implique pas le libéralisme : on peut à la fois soutenir la petite entreprise et lutter contre la finance internationale.

Le Front national doit conserver son caractère anti-système qui n’attire pas seulement un vote protestataire, mais qui appelle une alternative au libéralisme de droite (libre circulation des capitaux) et de gauche (libre circulation des personnes). Ce qui est en jeu, ce n’est pas tant l’arrivée au pouvoir qu’une révolution sociale, un changement de consciences et de modes de vie. Cette révolution ne pourra pas se faire sans contrôle de la production, même avec le soutien du système médiatico-politique. C’est pourquoi il est fondamental que le FN puisse compter dans ses rangs des chefs d’entreprises moyennes (en cela le collectif Audace est une initiative à soutenir), et que chaque adhérent s’efforce de produire de la richesse économique pour échapper au salariat.

Certains pensent que le Front national devrait délaisser son projet social pour plaire à l’électorat de droite. Or, le parti a raison sur son programme économique, mais il est nécessaire d’insister sur des aspects microéconomiques pour tenir compte de la porosité entre sympathisants FN et UMP. Le changement de système monétaire est une nécessité, mais il ne suffira pas de supprimer l’euro et rétablir un système qui a pu exister par le passé pour mettre fin à l’injustice sociale. Il faut repenser de fond en comble notre vision du monde et de la nature. La population doit être réduite notamment par le retour au pays de nombreux immigrés non assimilés. L’économie sera relocalisée au plus près des lieux de vie. L’usure sera de nouveau prohibée et les banques nationales financeront les États sans percevoir d’intérêts.

L’émergence d’un pôle européen ne doit pas se faire au détriment de la Russie. Actuellement, ce sont les États-Unis qui poussent l’UE à l’affrontement contre les Russes, particulièrement en Ukraine. Or, la Russie ne menace pas l’indépendance des pays européens, contrairement à l’OTAN qui colonise militairement l’Europe et cherche à s’élargir vers l’Est. L’avenir est au dialogue entre partis patriotes pour une Europe des peuples, reconnaissant la liberté de chacun de ses membres et portant un projet commun de civilisation. Le Front national l’a compris en promouvant à la fois une coopération avec la Russie (comme lors du référendum en Crimée) et la création d’un groupe au parlement européen (Europe des Nations et des Libertés).

 

Vladimir Berezovski

Vladimir Berezovski (16 juillet)

 

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J’ai adhéré au Front national en 2010, à l’âge de vingt ans. Je me suis toujours intéressé à la politique depuis mon adolescence. Vivant dans le Val-de-Marne (le dernier département communiste de France) depuis toujours, j’ai toujours pu observer de près les conséquences néfastes de l’immigration sauvage en France.

Évidemment, cela a participé à ma prise de conscience. Quand on est témoin quotidiennement d’une substitution de population, on a le choix entre l’indifférence et la réaction. J’ai choisi. Voilà pourquoi, dès mon premier vote, lors des régionales du printemps 2010, j’ai voté pour Marie-Christine Arnautu (FN). Je n’ai d’ailleurs jamais voté autre chose que FN.

Cela étant, un vote me paraissait un engagement bien faible. J’ai donc décidé de m’encarter au FN. J’ai participé à toutes les campagnes électorales, en militant d’abord, puis en 2014 j’ai décidé de « monter » une liste dans ma ville, à Ormesson-sur-Marne, où j’ai été élu conseiller municipal (seul élu FN). Lors des dernières élections départementales, j’ai également été candidat dans mon canton (regroupant des villes UMP, PCF…), lors desquelles je me suis qualifié pour le second tour, après avoir éliminé le conseiller général sortant PCF au premier tour.

La figure de Jean-Marie Le Pen a naturellement été une des raisons principales de mon engagement.

Ayant toujours été admiratif devant Le Pen, son combat, seul contre tous depuis des décennies, a été comme un modèle, qui me faisait comprendre que mes risques et mon engagement n’étaient pas grand-chose à côté de la vie de Jean-Marie Le Pen. Son refus du politiquement correct, son refus de soumission face à la pensée unique, son franc-parler m’ont toujours fasciné.

Voilà pourquoi je me sentirai éternellement redevable envers Le Pen. Il m’a poussé à me former politiquement, idéologiquement. Sans Le Pen, je ne pense pas qu’un mouvement patriote aurait pu atteindre de tels scores en France, et que, par conséquent, nous en serions là aujourd’hui. Il suffit de regarder certains pays voisins, comme l’Espagne ou l’Allemagne, pour nous rendre compte que, sans figure politique charismatique, les mouvements patriotes ou de droite nationale n’ont eu que peu de succès.

Je n’ai pas envie d’avoir le choix entre une ligne souveraino-souverainiste et une simple ligne identitaire luttant contre l’islamisme.

Elles sont selon moi complémentaires. Je pourrais reprocher aux « nat-rep » un manque de profondeur. D’après moi, retrouver notre souveraineté nationale n’est qu’une étape, et non une fin en soi. À quoi sert d’être souverainiste si l’on souhaite appliquer, par la suite, une politique non identitaire ?

Je souhaite que la France, et les pays européens, retrouvent leur souveraineté afin d’être totalement libres de se défendre face au mondialisme. Cela implique donc, par la suite, une lutte contre l’immigration, pour la survie de nos peuples, mais également une politique qui soit un rempart face à l’idéologie progressiste, qui est l’arme idéologique du mondialisme.

Je pourrais également reprocher aux « identitaires », ou du moins à ceux pour qui l’islamisme (par ailleurs totalement soutenu par les mondialistes, la situation en Syrie l’a démontré) est le problème principal, un manque de perspicacité. S’attaquer à l’islamisme est, selon moi, s’attaquer à des conséquences, et non à des causes. De plus, l’islamisme en France n’est pas né du néant, il est évidemment lié à la forte immigration africaine depuis des décennies. Que je sache, il n’y a pas de problème d’islamisme en Amérique du Sud. Et pour cause, il n’y a pas de populations provenant de pays de culture islamique. Cette immigration en Europe, elle a été encouragée, organisée. Subie par les Français, mais organisée par l’oligarchie. Nous devons donc identifier les responsables, qui sont les véritables ennemis.

Par ailleurs, je serais tenté de dire que j’ai plutôt de l’admiration envers les individus qui placent le spirituel avant l’individualisme occidental actuel, tout en ayant conscience que, dans le cas des gens issus de l’immigration africaine et maghrébine, il s’agit plus d’un réflexe identitaire que d’une réelle croyance, et tout en ayant conscience qu’il ne s’agit pas non plus d’une population ayant majoritairement une vocation pacifiste sur notre sol européen, et une folle envie de sy assimiler (les évènements d'actes de terrorisme ou de défiance de notre culture, particulièrement chez moi, dans le 94, le prouvent régulièrement). Je crois que le spirituel est surtout ce qui fait défaut aux Européens d’aujourd’hui, qui sont totalement néo-occidentalisés. Entre un musulman intégriste en France et un Européen « de souche » baignant dans le progressisme, je ne vois aucun « ami ».

En revanche, s’attaquer à l’implantation de mosquées, ou au nombre de burqas, ne me paraît absolument pas primordial. Si, demain, tous les descendants de l’immigration extra-européenne se convertissent au catholicisme, ou mieux encore (pour l’establishment), au laïcisme, je ne serais pas satisfait pour autant, bien au contraire. Ils deviendraient simplement de bons produits occidentalisés, et se mêleraient définitivement au sein de nos peuples. Je comprends tout à fait, au contraire, les réflexes identitaires, quels qu’ils soient. Ainsi, voilà pourquoi je ne peux pas reprocher aux musulmans ou aux extra-européens de penser et d’agir en tant que communautés. Cependant, la France étant un pays européen, je souhaite évidemment qu’à terme, nous cessions de vivre dans un melting-pot culturel et de peuple, et que nous retrouvions notre identité naturelle.

Voilà pourquoi je pense qu’il faut lutter contre la mondialisation, en reprenant le contrôle de nos institutions, mais en gardant bien à l’esprit que cela doive servir à la protection de notre identité, aujourd’hui indéniablement en péril.

Au sein du Front national, il est évident que ces deux lignes existent (et d’autres encore), et je pense que cela est une force. Plusieurs courants ont toujours existé, cela est naturel, et il est important pour la survie du mouvement de ne pas vouloir imposer un modèle unique à tous les adhérents ou militants, la liberté d’esprit et d’opinion étant un des socles du Front national, me semble-t-il.

Pour finir, et étant présent sur le « terrain » depuis plusieurs années, je peux affirmer sans aucun problème que les électeurs du Front national, qu’ils viennent de droite comme de gauche, ont le sentiment avant toute chose de voir disparaître leur pays et leur identité. Il s’agit là de la raison principale de la forte adhésion de la population à notre mouvement, et il est évident que les Français sont de plus en plus réceptifs à un discours radical (pas extrémiste, mais radical) concernant notre identité ; ce n’est donc pas le moment de nous laisser dépasser par les discours de marketing de la droite pro-UE et mondialiste française.

 

Alexandre Pallares

Alexandre Pallares (17 juillet)

 

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Tout est parti d’un petit rien, d’une envie qui était et est toujours ancrée en moi, l’envie de changer les choses, d’apporter un regard nouveau, de donner mon avis, j’avais alors à l’époque tout juste dix-sept ans lorsque j’ai décidé d’adhérer au Front national.

Étant jeune et relativement peu informé du fonctionnement interne des partis, je pensais devoir atteindre ma majorité pour pouvoir rejoindre un parti politique, mais un soir, alors que je participais à un énième débat sur Facebook quant à l’importance des valeurs françaises et patriotes, un ami m’a envoyé un message qui a changé cette donne ; à partir de là, de ce contact, j’ai su que je pouvais agir.

Nous prîmes alors rendez-vous avec le responsable local du Front national afin de, premièrement, voir si cela correspondait à mes attentes, mais également dobtenir ce fameux sésame, la carte qui ferait de moi un membre à part entière de cette faction.

Je ne m’étais pas trompé. Peu de temps après, je recevai ma première carte et, surtout, j’ai milité pour la première fois. Un grand moment. Ce fut l’occasion pour moi de rencontrer d’autres jeunes qui avaient les mêmes affinités que moi, mais également de montrer ma détermination et ma motivation. J’avoue qu’en y repensant j’étais très anxieux à l’époque, j’étais empli de l’image véhiculée par les médias et je me demandais comment les gens allaient réagir à ce tract politique que je venais distribuer ; au final ce fut une agréable surprise, les gens ont réservé un très bon accueil au groupe de jeunes patriotes que nous formions.

Le temps à passé. Je m’investissais davantage à chaque réunion, chaque action, chaque meeting, j’étais photographe, graphiste, je donnais des coups de main, à gauche, à droite, l’idée était de rendre service autant que possible !

Puis vint le premier mai. Un moment magique. En parler me fait encore frissonner. Cette ambiance... La première rencontre avec Marine, avec Jean-Marie, avec Florian Philippot, puis avec d’autres cadres, les liens qui se tissaient avec les autres militants.

Entre deux évènements du parti, j’ai également lancé une initiative populaire, basée sur une page Facebook et un slogan, « Touche pas à l’Alsace », qui servait de cheval de bataille afin d’enrayer la réforme territoriale, la fusion des Régions, que la majorité des Alsaciens trouvaient stupides.

En septembre 2014, j’ai eu l’occasion d’aller aux universités d’été du Front national de la Jeunesse à Frejus, cela a eu pour conséquence de renforcer mes contacts avec les collègues d’autres départements, mais également de me confronter à la presse. En novembre, je me suis rendu au congrès et ai, par la même occasion, été chargé par le nouveau président du FNJ, Gaëtan Dussaussaye, de gérer les jeunes dans le département du Haut-Rhin. Ce fut en quelque sorte la récompense à mes deux ans de militantisme, la chance de pouvoir donner une nouvelle impulsion au parti chez les jeunes près de chez moi !

J’ai également été investi candidat dans le canton de Colmar-1 lors des dernières élections départementales, une chance pour moi de faire mes preuves sur le terrain. Ce fut extrêmement enrichissant. J’ai beaucoup appris de cette expérience, autant des autres candidats que des gens rencontrés au fil des tractages sur le marché. Je n’ai pas gagné, mais mon but était de donner une alternative au vote habituellement de droite dans le canton. Le Front, qui n’y était plus implanté depuis plus de dix ans, y étant arrivé, ma satisfaction fut complète.

J’ai été inspiré, au fil du temps, par de nombreuses personnalités politiques. Néanmoins, si l’on restreint ce nombre à celles qui sont au Front national, il est clair que je suis arrivé au parti pour Marine Le Pen. En tant que militant, on ne peut qu’espérer une victoire en 2017. Mais ma position quant à la ligne du Front national est toute relative, je considère qu’il n’y a qu’une ligne à suivre, celle de notre présidente. Il peut m’arriver d’avoir quelques discordances avec cette dernière, mais nous devons nous réunir derrière elle. Après, je suis partisan de la multiplicité des annexes qui découlent de cette ligne, celle de Marion et Jean-Marie, plus identitaire, ou celle de Florian Philippot, beaucoup plus gaullienne.

À ce propos, une définition, pour nos lecteurs : « Le terme "gaullien" fait référence à la personnalité même du Général de Gaulle, aux postures liées très directement à sa personne, à son tempérament, à sa manière de parler alors que le terme de "gaulliste" renvoie lui aux conceptions politiques, à l’idéologie qui au fil des années, pendant et après le Général, ont et continuent d’irriguer la vie politique française. »

Je possède cette part identitaire, mais également cette part gaulienne ; je pense qu’il faut puiser dans tous les courants et les idées qui nous entourent pour réaliser les meilleurs choix, mais également pour diversifier notre champ de vision ! Pour moi, tout est une question de bon sens, bien que ce dernier varie beaucoup selon l’appartenance politique.

Quant à savoir si Jean-Marie le Pen a influencé ma façon de militer, c’est avec assurance et confiance que je répond OUI ! Ce grand monsieur incarne énormément de valeurs aujourd’hui perdues, il représente la résistance, la ténacité, le combat, il est notre « Menhir », l’homme sans qui le parti n’existerait pas, et il occupe effectivement une belle place dans mon esprit militant. Bien que je ne cautionne pas ses récents propos dans Rivarol, ce quotidien d’extrême droite, je pense qu’il ne devrait pas être mis à la porte d’une façon aussi violente. Jean-Marie est un homme passionné, un homme amoureux de son pays et de ses valeurs, il est encore apprécié par nombre de jeunes et c’est bien mieux ainsi, il est un peu notre grand-père à tous !

Et même si les récents évènements nous ont montré dispersés, désunis, au final nous finissons tous par nous réunir pour un même idéal, car dans le fond, nous cherchons tous la même chose, changer les choses, rendre la France meilleure et nous nous battrons pour elle, quoi qu’il en coûte ! La jeunesse de France se mobilise et montre clairement son amour de la nation, Vive la France !

 

Romain Thomann

Romain Thomann (17 juillet)

 

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C’est avec prudence que j’avance ici être né dans une « famille de droite », non que je doute de leurs convictions, mais plutôt parce que j’évite de leur coller une étiquette, d’autant plus que le clivage gauche/droite ne veut plus rien dire depuis longtemps.

Aux présidentielles de 2007, la « tradition familiale » (terme que je n’aime pas, mais qui montre bien ma conscience politique limitée d’alors) aurait logiquement dû m’amener à voter pour Sarkozy.

Qu’a-t-il bien pu se passer pour que, quelques années après son élection, j’en arrive à envoyer mon courrier d’adhésion à Nanterre alors que le système scolaire m’avait bien appris à repousser la soi-disant menace fasciste lepéniste ? Je dirais que c’est l’explosion de la dette, la création du CFCM, sa trahison daprès le référendum de 2005 ajoutés à son atlantisme carabiné qui m’ont convaincu de la nocivité des orientations UMPistes.

C’est en lisant le programme du FN, qui s’avère être en réalité un ensemble de propositions d’une cohérence remarquable, que j’ai eu envie de le défendre, d’où mon engagement en 2013, puis en 2014, pour les municipales. Nous avons, le candidat tête de liste et moi, réussi à monter une liste de cinquante-trois personnes à Créteil et avons obtenu trois élus au conseil municipal, dont je fais maintenant partie.

Pourquoi le Front national, me demanderez-vous ? Tout simplement parce qu’il me paraît être le seul mouvement qui n’ait pas trahi la France et les Français. Le mondialisme n’est-il pas une réalité, l’hégémonie américaine une évidence ? L’abdication de nos élites étant actée depuis des décennies, seul le FN a maintenu et maintient toujours cette flamme de l’espoir national face à la décadence.

Quand la gauche internationaliste prétend défendre le peuple, alors qu’elle n’est en réalité que la caution humaniste du système, la droite ultra-libérale, elle, ne cache pas sa volonté d’imposer un nouvel ordre mondial. J’ai choisi de ne pas être l’idiot utile de ceux qui rêvent de tuer la France.

Notons que leur « bel aujourd’hui » est en train de nous faire gagner le combat des idées. Un retour aux valeurs, à la morale et au bon sens est maintenant souhaité par une majorité de nos compatriotes.

En ce qui concerne les querelles internes, je pense qu’à long terme elles nous seront profitables. Elles ont le mérite de mettre en lumière différentes sensibilités, qui je le pense augmenteront l’ampleur du report de voix. Un Front en pointe sur le combat anti-immigration (axe identitaire qui, je le crois, sera capable de rassembler la droite au-delà des différends en matière d’économie) et un Front présent sur le social, donc en pointe sur le combat contre l’euro et pour la souveraineté.

Tous ces éléments me confortent dans l’idée que la stratégie « ni droite ni gauche » est la bonne, et que le Front national est plus que jamais notre seul espoir.

 

Raphaël Quinart

Raphaël Quinart (18 juillet)

 

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La politique est avant tout pour moi une passion. Le débat, la prise de parole, le combat, la compétition, la confrontation… la politique est une arène, et nous en sommes les gladiateurs.

Avant même d’avoir eu des convictions, j’ai toujours été attiré par ce monde politique. Avant de vivre dans une atmosphère paisible en Seine-et-Marne, j’ai vécu dix ans à Fleury-Mérogis, ville connue pour… sa prison, la plus grande d’Europe. Je n’ai jamais été agressé ou racketté, mais j’ai vu des vols, une crèche brûlée aux cocktails Molotov, des agressions, des bagarres de gangs… bref, une insécurité chronique. Insécurité qui poussa mes parents à déménager.

Dans le contraste de l’atmosphère de cette ville du 91, mes parents m’ont inculqué les valeurs du respect, du travail, du patriotisme, et de la famille. De par léducation qu’ils m’ont transmise, ils m’ont indirectement mené sur la route du Front national.

C’est en 2012 que j’ai véritablement commencé à m’intéresser au discours du FN. J’avais quatorze ans, j’étais en quatrième, et je découvrais ce parti que je connaissais jusqu’alors comme celui du « diable de la République ». Mes parents ne m’ont pas inculqué de convictions politiques (tout du moins pas directement). De Nicolas Sarkozy à Philippe de Villiers, mes parents n’ont pas toujours été des « frontistes convaincus » ; ils n’ont voté pour le Front national pour la première fois qu’en 2012. Niveau politique, je suis donc un « autodidacte ».

Très vite, le discours de Marine Le Pen m’a séduit. Ses références, son vocabulaire, son dialecte, son charisme… tout. Mais je voulais en savoir plus. Plus sur son parcours, sur son programme, sur l’histoire de ce parti. De reportage en reportage, de documentaire en documentaire, j’ai commencé à entamer un véritable travail de recherche sur le Front national. J’ai découvert le Front à ses débuts, sa traversée du désert, ses premiers succès électoraux, sa scission, ses déboires, ses polémiques, et surtout… son menhir, Jean-Marie Le Pen.

Cet homme qui pourrait être mon arrière-grand-père me fascine, m’intrigue. C’est un homme politique comme on n’en fait plus, un « vieux de la vieille », qui s’est construit tout seul. Marin pêcheur, soldat en Algérie puis en Indochine, chef d’entreprise, puis chef de parti, cet homme qui a eu mille et une vie devient très vite un modèle pour moi, une référence.

En m’intéressant à l’histoire, à l’actualité, à certains grands économistes, je me suis construit de véritables opinions. Dès mes quinze ans, je suis passé d’un engagement basé exclusivement sur des valeurs (la patrie, le travail, la famille…) à un engagement plus complexe, plus « politique ». Une Europe des Nations souveraines, une réforme structurelle de notre fiscalité et de notre système social, une revalorisation de la France sur la scène internationale, une justice plus autoritaire, une éducation tournée vers les valeurs fondamentales : le respect, l’autorité, la hiérarchie, et la valorisation des filières techniques… ma vision de la société française et du monde était née.

Très vite, je me suis promis de ne jamais rester spectateur de tout cela, mais d’être un acteur, un acteur du changement, du vrai changement. La politique n’était donc plus une passion, mais bel et bien une vocation, un devoir. À seize ans, j’adhérais au Front national. Tractages, réunions de circonscription, congrès, j’ai vite pris goût à cet univers. Il y a quelques mois, je devenais le vice-président du groupe FN-RBM du Parlement des Étudiants. Une autre étape de mon engagement.

Depuis quelque temps, j’assiste, comme tous les autres militants, à ces tensions qui secouent le Front. Si la vie n’est pas un long fleuve tranquille, la politique l’est encore moins. Mais je regrette de voir que beaucoup d’adhérents ont enflammé le débat sur les réseaux sociaux, insultant tantôt notre présidente de « traître », tantôt notre fondateur de « vieux débris ». Je pense que la logique aurait été de se taire, au lieu de servir de la soupe sur un plateau d’argent à nos adversaires qui se délectent de notre « crise ».

En ce qui me concerne, je n’ai pas une vision manichéenne de ce conflit, et ne tiens pas à faire partie d’un « camp », car je veux encore croire à l’union, et non à la division. Notre présidente Marine Le Pen a pris les décisions qu’elle devait prendre, et a démontré ses capacités de chef d’État en prenant une décision difficile, sans rebrousser chemin. Je la soutiens, et la soutiendrai toujours, car en la soutenant, je soutiens la France. En la soutenant, je soutiens ses idées. En la soutenant, je soutiens un avenir meilleur.

En revanche, je ne tomberai jamais dans l’ingratitude envers notre fondateur. Cet homme que j’admire, et que j’admirerai toujours, a dirigé le Front pendant quarante ans. La reconnaissance qu’on lui doit est imprescriptible, intemporelle. Sans lui, le Front n’existerait pas. Sans lui, nous n’en serions pas là. Alors oui, il est vrai que je continue de le soutenir. Mais je ne pense pas que le soutenir fasse de moi une sorte de « frondeur ». Certains militants préfèrent retourner leur veste et le vilipender sur les réseaux sociaux, alors qu‘ils l‘idolâtraient il y a quelques mois, mais moi je ne suis ni un arriviste ni un ingrat. Je respecte mon président d‘honneur. Et tout bon frontiste devrait faire de même.

Le Front n’a pas besoin de guerre entre ses militants. Chacun doit rester à sa place, participer aux prochaines élections, continuer la bataille des idées, mais ne pas sombrer dans l’anarchie. Marine Le Pen et son père sont assez grands pour régler leurs déboires. Espérons juste que leur conflit idéologique ne fasse pas émerger des listes concurrentes aux élections. Ce serait une grossière erreur. Car je n’oublie pas que si je me suis engagé au Front, ce n’est ni pour Marine, ni pour Jean-Marie, mais pour la France.

Des divergences avec le programme du Front National, j’en ai. Tout le monde en a. Et heureusement, car c’est ce qui permet d’avancer. C’est cette confrontation idéologique qui permet de construire un programme solide et fiable. Qui choisira la ligne du Front ? La majorité, tout simplement. C’est pourquoi un militant qui a des divergences avec le programme frontiste ne doit en aucun cas quitter le parti, enflammer la Toile, ou demander la démission d’un cadre. Il doit conserver ses convictions, évoluer avec, et tout faire pour les imposer de façon démocratique, par le débat, par le vote.

Le Front national n’est pas sectaire. Un homme de convictions et de compétences peut facilement évoluer dans le parti, afin de proposer ses idées. La ligne d’un parti évolue lorsqu’un certain nombre de cadres portent des idées nouvelles, et non lorsqu’un groupe de militants menacent de quitter le parti ou de le détruire. Alors, à nous de nous serrer les coudes, peu importent nos divergences, afin de s’unir, et non de se fragmenter. Nos ennemis ne sont pas au Front, mais au pouvoir. Unissons-nous face à eux. Car unis, les Français sont invincibles.

 

Mathieu Latrille de Lorencez

Mathieu Latrille de Lorencez (18 juillet)

 

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Le Front national est le premier parti politique chez les moins de vingt-cinq ans, c’est une donnée très importante car elle signifie que c’est le parti qui incarne l’espérance. Chaque militant frontiste considère le Front national comme le dernier moyen légal de sauver la France et les Français, de retrouver la prospérité et la gloire. Avant de parler de ce qui, dans mon parcours personnel, m’a conduit à adhérer au mouvement national, je souhaite évoquer rapidement une caractéristique très importante du Front national, celle qui m’a convaincu. Le Front national est un parti patriote, qui défend la France en tant que nation, peuple et civilisation. Cette idée est très importante pour moi, permettez-moi de vous dire pourquoi.

Je suis né dans la banlieue Est parisienne, plus précisément dans la banlieue rouge, à Champigny-sur-Marne, dans le Val-de-Marne. La ville historique de Georges Marchais, qui fut le secrétaire général du Parti communiste français jusqu’en 1994. Mon père est un ancien communiste, devenu socialiste avec l’âge, et ma mère est centriste ; je n’ai pas vraiment grandi dans une atmosphère Front national. Passionné d’Histoire depuis ma plus tendre enfance, j’ai appris à aimer celle de mon pays et je suis devenu très tôt patriote. Longtemps, un de mes rêves a été de participer au défilé du 14 juillet. Le premier choc qui a réveillé ma conscience politique se produisit au collège, j’étais alors en cinquième ; une camarade de classe d’origine algérienne me dit, parlant des Algériens : « Nous, on est là pour l’argent et on s’en fout de la France ». À partir de ce moment, j’ai compris que j’étais Front national. C’était en 2005-2006, et tous les évènements qui ont suivi n’ont fait que confirmer mon positionnement politique.

Au départ, je ne pensais m’engager en politique mais, en terminale, j’ai eu un déclic. Un bon matin, je me suis levé en me disant : « C’est bien beau de se plaindre, mais il faut agir pour changer les choses ». J’ai pris ma carte par internet en septembre 2012, et voilà comment je suis entré dans le grand mouvement pour la renaissance française. Je suis aujourd’hui conseiller municipal à Villiers-sur-Marne et secrétaire départemental FNJ du Val-de-Marne.

Le Front National traverse aujourd’hui une période difficile. La figure de Jean-Marie Le Pen est assez contrastée à mes yeux. A la fois, j’ai une grande admiration pour lui, sa vie et ce qu’il représente. C’est un ancien combattant qui a quitté son mandat parlementaire pour défendre la grande France ; il a résisté à son niveau pendant la Seconde Guerre mondiale et a dirigé pendant quarante ans le Front national qui, sans lui, n’aurait surement jamais connu de succès. Mais, d’un autre côté, de par ses provocations néfastes pour le mouvement, il nuit à la progression du Front national et à son arrivée au pouvoir. Or, notre pays a besoin de nous, de Marine pour se relever. La ligne que je suis est celle qui place la France avant tout. Par conséquent, j’aurais rejoint, hier, le Front de Jean-Marie Le Pen, et je me sens pleinement à ma place dans celui de Marine Le Pen aujourd’hui. Mais c’est dans Marine que je place tous mes espoirs pour l’avenir ; si Jean-Marie est un frein, un obstacle, il devra être écarté, car la cause est plus grande.

Les convictions propres ne sont pas importantes quand on est membre d’un parti politique comme le Front national. Nous avons une seule ligne politique, elle est décidée par le bureau politique, et chacun doit s’y tenir. Certes, nous avons des débats en interne ; il est normal qu’il y ait plusieurs sensibilités au sein d’un grand parti comme le Front national. Cela fait aussi notre force. Nous sommes un parti qui continue à produire des idées, des propositions novatrices pour l’avenir de notre pays. La ligne du mouvement est assez riche pour que celui ou celle qui souhaite réellement que la France renaisse y trouve son pain, c’est là notre but à tous.

 

Gilles Parmentier

Gilles Parmentier (26 juillet)

 

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8 octobre 2013

P.-Y. Bournazel : "Il faut en finir avec ce socialisme de l'héritage !"

Lors de notre entretien daté du mois de mai, le conseiller de Paris (18ème arrondissement) Pierre-Yves Bournazel était candidat au leadership de la droite dans le cadre de la primaire "pour l'alternance à Paris en 2014". La suite, chacun la connaît : Nathalie Kosciusko-Morizet l'a finalement emporté. Bournazel compte aujourd'hui parmi les porte-parole d'une équipe rassemblée et bien déterminée à mettre un terme aux mandatures Delanoë-Hidalgo. Il a de nouveau accepté de répondre à mes questions, je l'en remercie. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

P.-Y. BOURNAZEL

Porte-parole de la campagne menée par NKM à Paris

 

"Il faut en finir avec

ce socialisme de l'héritage !"

 

Pierre-Yves Bournazel 2

(Photo proposée à ma demande par Pierre-Yves Bournazel)

 

 

Q : 15/09/13

R : 08/10/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Pierre-Yves Bournazel. À l'époque de notre premier entretien, qui s'est tenu il y a quatre mois, vous étiez candidat à l'investiture de l'UMP pour la tête de la bataille des municipales à Paris. S'il y a eu une dynamique incontestable autour de votre campagne, votre score final a déçu. Comment l’expliquez-vous? Quelles leçons avez-vous tirées de cette expérience ?

 

Pierre-Yves Bournazel : En décidant de faire une primaire ouverte, l’UMP à Paris a choisi de donner la parole aux Parisiens. Tous les candidats ont pu présenter leur projet et leurs idées, ce qui, je le reconnais, a parfois pu donner lieu à quelques frictions. Je suis totalement convaincu que donner la parole aux Parisiens était la meilleure chose à faire, et les Parisiens ont fait choix de Nathalie Kosciusko-Morizet. Elle en est sortie vainqueur. Elle est donc la candidate légitime. Dès le début, j’avais été clair : gagnant, je rassemblais, perdant, je me rangeais derrière le vainqueur. C’est donc en homme libre que je me suis associé aux côtés de Nathalie Kosciusko-Morizet.

 

Face à nous, on a vu les vieilles réalités politiques. Au début, les socialistes avaient prévu des primaires. Monsieur Le Guen le souhaitait… avant d’être convoqué par Monsieur Hollande dans son bureau. Ensuite, il a renoncé, laissant sa place à la dauphine de Delanoë. Il faut en finir avec ce socialisme de l’héritage. Les clés de l’Hôtel de ville n’appartiennent pas à Monsieur Delanoë et à Madame Hidalgo. Nous avons fait le choix de la transparence, eux le choix des combinaisons secrètes.

 

 

PdA : Vous êtes devenu l'un des porte-parole de l'équipe dirigée par Nathalie Kosciusko-Morizet, votre ex-concurrente lors de la primaire. Lors de notre interview du mois de mai, vous avez mis en avant l'ancienneté de votre implantation, de votre travail du terrain et des idées, que vous opposiez à quelque candidature "de dernière minute", votre "légitimité d'en bas" à quelque candidature "de la notoriété d'en haut". Que pouvez-vous nous dire aujourd'hui des qualités qui, de votre point de vue, font de votre tête de liste la meilleure des candidates à la mairie de Paris ?

 

P.-Y.B. : Nathalie Kosciusko-Morizet sait rassembler des hommes et des femmes différents. Elle porte le renouvellement et construit un projet novateur pour Paris et les Parisiens. Elle est fédératrice car elle s’appuie sur les forces vives de Paris. Elle est tournée vers les Parisiens et va à leur rencontre avec dynamisme, pragmatisme et bon sens. Elle incarne l’alternance dont Paris a besoin.

 

 

PdA : Je le suggérais à l'instant, le terrain, vous le sillonnez depuis des mois. Quel est, pour ce que vous avez pu en percevoir, l'état de l'opinion des Parisiens ? Leurs préoccupations majeures ? 

 

P.-Y.B. : Posons-nous les bonnes questions.

 

  • Les Parisiens sont-ils satisfaits de la politique fiscale ?

La hausse massive d’impôt sur les Parisiens est déjà une de leurs inquiétudes majeures. Les taxes ont concerné tous les Parisiens, quels que soient leur quartier, leur âge, leur condition sociale ou leur métier… Les ménages comme les entreprises ont souffert de la hausse d’impôts.

 

  • Pour financer quoi ?

10 000 fonctionnaires en 10 ans ! Madame Hidalgo nous dit que cela a permis de créer des places en crèche et de créer du logement. Heureusement qu’ils ont pu faire quelque chose de toutes ces dépenses ! Sauf que Madame Hidalgo se focalise sur le futile pour en oublier l’essentiel, car Paris a pris du retard, autant sur l’attractivité que sur le dynamisme économique et la compétitivité de la ville.

 

  • Les Parisiens sont-ils satisfaits de la politique du logement ?

La politique des socialistes a fait fuir les classes moyennes, reléguées au second plan. Aujourd’hui, c’est la double peine : non seulement le loyer est très cher mais en plus les impôts ont augmenté de 40%.

 

  • Les Parisiens sont-ils satisfaits de la politique de sécurité ?

Dans certains quartiers, comme dans le 18ème arrondissement, que je connais bien, il est devenu impossible à certains habitants de vivre en tout tranquillité. Cette situation est inacceptable. Il faut agir. Agir en créant une police de quartier pour la sécurité, des agents de la ville présents sur la voie publique pour éviter la délinquance et l’incivilité. Agir avec un deuxième plan de vidéoprotection, en ajoutant pas moins de 1 000 caméras, tellement indispensables pour repérer et identifier facilement et rapidement les délinquants. Nous voulons la sécurité avant les PV !

 

Demandez aux Parisiens : la vie quotidienne est devenue plus difficile à vivre. Il est nécessaire de remettre au cœur de la politique de l’Hôtel de ville l’amélioration de la vie quotidienne. Il faut absolument lutter contre l’incivisme. Pour améliorer la propreté de la ville, il faut abandonner la vision beaucoup trop centralisatrice des socialistes, qui est déconnecté de la réalité du terrain. Nous souhaitons accentuer les compétences déconcentrées dans les arrondissements et les quartiers, ce qui permettrait d’améliorer ce problème de propreté.

 

Maintenant, soyons honnête. Reconnaissons que tout n’a pas été mauvais dans la politique de Monsieur Delanoë. Mais nous ne sommes pas sectaires, et c’est pour cela que voter pour Nathalie Kosciusko Morizet, c’est faire un choix gagnant-gagnant : conserver les bonnes mesures de Monsieur Delanoë tout en comblant ses manques en matière de fiscalité, de logement, de propreté et de sécurité.

 

Au fond, dans cette campagne, la question est simple : pensez-vous que les Parisiens vivent mieux qu’il y a 13 ans ? En matières fiscale, de logement, de propreté et de sécurité, les Parisiens n’ont pas vu les progrès promis.

 

 

PdA : Nathalie Kosciusko-Morizet a récemment fait part dans la presse de son désir de voir les forces de l'UMP, de l'UDI et du MoDem partir rassemblées à Paris, dès le premier tour. Une ambition qui, si elle se concrétisait, bouleverserait probablement la carte électorale du scrutin. Ce dossier avance-t-il ? Vous y croyez ?

 

P.-Y.B. : Nathalie Kosciusko Morizet a raison de vouloir le rassemblement le plus large possible dès le premier tour. Elle souhaite rassembler tous ceux qui croient au progrès et à l’alternance. Il appartient à chacun de dire ce qu’il veut faire.

 

 

PdA : Quels sont les grands axes de votre projet pour la capitale ? Les piliers programmatiques sur la base desquels cette hypothétique union de la droite et des centres devra prendre forme ?

 

P.-Y.B. : Notre projet sera présenté au mois de novembre. Déjà, nous avons formulé des propositions fortes. Nous avons proposé la possibilité de travailler le dimanche avec l’extension des zones touristiques. Ensuite, nous voulons nous appuyer sur les munitions de certaines dépenses gâchées par les socialistes (ils ont aujourd’hui pas moins de 36 adjoints à Paris !)  pour renforcer la sécurité, et maîtriser la fiscalité. La dépense des socialistes n’est absolument pas adaptée à la gestion locale moderne et à la réalité du terrain.

 

 

PdA : Le Front national est au cœur de nombreuses discussions en ce moment dans votre parti. Je ne vous demanderai pas si vous pourriez envisager de voter pour l'un de ses candidats un jour, c'est une interrogation qui n'est pas d'actualité. Est-ce que vous pensez, en revanche, pouvoir travailler avec des élus issus du FN ?

 

P.-Y.B. : Il ne faut pas tomber dans le piège qui consiste à répondre aux questions qui ne se posent pas car, plus le FN monte, plus il fait le jeu de la gauche. Donner une voix au FN à Paris, c’est donner une demi voix à la gauche. L’UMP a toujours été clair : il n’y aura pas d’alliance avec l’extrémisme.

 

 

PdA : Quelles questions souhaiteriez-vous poser à Anne Hidalgo à l'occasion de cette interview ? Quels messages lui adresseriez-vous ?

 

P.-Y.B. : Il faut savoir être républicain et respectueux de ses concurrents, je lui souhaite donc une bonne campagne.

 

J’ai quand même quelques questions à poser à Madame Hidalgo : que pourrait-elle faire en 19 ans qu’elle n’a pas fait en 13 ans ? Madame Hidalgo nous a dit qu’elle voulait orienter sa politique en faveur des classes moyennes, mais elle avait 13 ans pour le faire. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? On juge le programme à l’œil de son client. Plutôt que nous présenter son projet, elle aurait dû nous présenter son bilan, et l’assumer.

 

Madame Hidalgo est fébrile, elle est sous perfusion de la dote programmatique fournie par les communistes. On perçoit cela comme l’année du programme commun : mais les Parisiens ne vivent plus en 1972 ! Encore une fois, les socialistes utilisent les vieilles méthodes politiques du passé, totalement dépassées.

 

C’est le moment d’écrire une nouvelle page de l’histoire de Paris et ça ne se peut se faire qu’avec le renouvellement que porte Nathalie Kosciusko-Morizet.

 

 

PdA : Pourquoi diriez-vous, finalement, que les listes que mènera Nathalie Kosciusko-Morizet au printemps prochain seront les plus à même de satisfaire l'intérêt des Parisiens ?

 

P.-Y.B. : Nathalie Kosciuisko-Morizet porte un projet novateur, courageux, qui améliore la vie des Parisiens et amène une véritable dynamique pour le rayonnement culturel de la capitale.

 

 

PdA : Quels sont vos projets, Pierre-Yves Bournazel ?

 

P.-Y.B. : Je veux aider, à la place qui est la mienne à Paris et dans le 18ème arrondissement, à convaincre les Parisiens de la nécessité de l’alternance. J’aurai une parole humble mais des actes concrets au service de la capitale. Pour Paris, je ne lâcherai jamais rien.

 

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci !

 

P.-Y.B. : J’y crois et j’appelle celles et ceux qui attendent un profond changement à nous rejoindre. La porte est ouverte à tous les Parisiens qui en sont convaincus.

 

 

 

La campagne pour Paris... @ suivre ! Merci d'avoir accepté de répondre une nouvelle fois à mes questions, Pierre-Yves Bournazel. Je tiens également à remercier Clarisse Coufourier, pour nos échanges. Et vous, que vous inspire cette élection municipale parisienne ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

Vous pouvez retrouver Pierre-Yves Bournazel...

 

Au coeur de la campagne NKM Paris ;

 

Sur son site, sur Facebook, ainsi que sur Twitter.

 

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21 septembre 2014

Éric Anceau : "Napoléon III a été un modernisateur, un visionnaire..."

   On ne compte plus les articles, les études, les ouvrages qui ont été et sont consacrés à Napoléon Ier, peut-être le plus emblématique des grands personnages de l'histoire de France. J'ai eu, pour ce qui le concerne, le bonheur d'interroger M. Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon, à deux reprises, en décembre 2013 et en septembre de cette année. Je pourrais presque parler de "trilogie " en évoquant, aux côtés de ces deux interviews, le document qui suit.

   M. Éric Anceau, grand spécialiste du XIXe s. et du Second Empire, a accepté de répondre à mes questions sur Louis-Napoléon Bonaparte/Napoléon III, l'"autre" Napoléon, celui que Victor Hugo qualifia de « petit » dans un pamphlet retentissant (1852), celui auquel notre invité a consacré un ouvrage de référence. Les réponses qu'il m'a apportées sont réellement passionnantes, je le remercie pour cela. Le texte de cet entretien vous permettra, je l'espère, de vous (re)plonger dans cette époque, de prendre quelques instants pour réfléchir à ce que fut la carrière, à ce qu'est l'empreinte véritable de ce personnage finalement assez méconnu, ce "neveu de" devenu chef d'État : le premier de nos présidents, le dernier empereur français. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

ÉRIC ANCEAU

 

« Napoléon III a été un modernisateur,

un visionnaire... »

 

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Napoléon III remettant au baron Haussmann le décret d'annexion des communes limitrophes, le 16 février 1859

(Adolphe Yvon)

 

Q. : 13/08/14 ; R. : 20/09/14

  

Paroles d'Actu : Bonjour, Éric Anceau. Je vous remercie d'avoir accepté d'évoquer pour Paroles d'Actu ce personnage historique finalement assez méconnu, d'abord identifié sous le nom de Louis-Napoléon Bonaparte, avant d'être appelé par son nom de règne impérial, Napoléon III. On a tous appris, à l'école ou dans les manuels, qu'il était le neveu de Napoléon Ier. Je crois qu'il y a, sur cette question, quelques remises en cause. Quels ont été les derniers développements en la matière ?

 

Éric Anceau : Depuis le milieu du XIXe s. court sur son ascendance une rumeur persistante. Son opposant politique, Victor Hugo, écrivait de lui qu’il était « l’enfant du hasard dont le nom est un vol et la naissance un faux ». Partant du fait avéré que sa mère, Hortense de Beauharnais (fille de Joséphine, future impératrice de Napoléon Ier, ndlr) a eu, par la suite, un fils de sa liaison avec Flahaut, le futur duc de Morny, elle aurait eu Louis-Napoléon d’une relation adultérine. Pour essayer de démêler le vrai du faux, Gérard Lucotte, docteur en génétique et spécialiste du chromosome Y, a fait une importante communication le 2 décembre 2013 dont il ressort l’absence de parenté masculine entre les deux empereurs, Napoléon Ier et Napoléon III.

 

Si cette découverte est confirmée par une contre-expertise (qui me semble nécessaire), il n’en ressort pas obligatoirement que Louis-Napoléon (Napoléon III) n’est pas le fils de Louis, roi de Hollande et le neveu de Napoléon. Il se peut aussi que ce soit à la génération antérieure que ce soit produit la naissance adultérine. Napoléon et Louis ne sont peut-être que demi-frères par leur mère Letizia. En tout état de cause, de plus amples investigations sont nécessaires sur l’ADN de Louis.

 

Relativisons également les conséquences de cette découverte à deux niveaux : Hortense était elle-même belle-fille et fille adoptive de Napoléon Ier d’une part, et Napoléon III tirait aussi une grande part de sa légitimité du suffrage universel masculin d’autre part.

 

PdA : En 1848, à la faveur d'une victoire écrasante auprès de l'électorat universel masculin, il devient le premier de nos présidents de la République. Comment le nom de Bonaparte se porte-t-il dans les esprits français de l'époque ?

 

É.A. : Depuis la chute de l’Empire en 1815, une grande partie des Français ont la nostalgie de Napoléon. La politique intérieure et extérieure des monarchies censitaires qui lui succèdent entre 1815 et 1848, l’exil de Sainte-Hélène et la publication du Mémorial, la légende entretenue par les grognards, la propagande bonapartiste, le rôle des colporteurs, les chansons de Béranger entretiennent le « napoléonisme » des campagnes.

 

PdA : Que sait-on, au mois de décembre 1848, de cet homme qui, en un rien de temps, vient d'être propulsé à la tête de l'État ?

 

É.A. : Louis-Napoléon est déjà connu des Français. Il a vainement tenté, par deux fois, de renverser la monarchie de Juillet par des coups d’État à Strasbourg en 1836 et à Boulogne en 1840. Enfermé à la forteresse de Ham, il rédige un ouvrage sur l’extinction du paupérisme qui le rend populaire dans une partie des masses, puis il s’évade spectaculairement. Il profite de sa parenté au cours de la campagne présidentielle de la fin novembre et du début décembre 1848. Ajoutez-y un discours rassembleur et des moyens de propagande très modernes ! Le scrutin du 10 décembre est un raz-de-marée. (Il obtient sur son nom 5,4 millions de voix, soit 74,3% des suffrages exprimés, ndlr)

 

PdA : On avance un peu dans le temps... Après de longs mois de conflits avec une Assemblée nationale dominée par le "Parti de l'Ordre" - des royalistes, pour l'essentiel -, Bonaparte entend par son coup d'État du 2 décembre 1851 s'affranchir des limitations strictes que la Constitution prévoit pour le mandat présidentiel et affirmer, affermir l'exécutif face à une branche législative prépondérante, cela en s'appuyant directement sur le peuple, par la voie des plébiscites. Un an plus tard, l'Empire sera fait...

Peut-on dire de ce Bonaparte-là qu'il a été, au vu de son parcours, un partisan authentique du suffrage universel direct ?

 

É.A. : Louis-Napoléon cherche à établir un lien direct avec le peuple par le biais des plébiscites. Il en organise un en décembre 1851 pour approuver son coup d’État et un autre, en novembre 1852, pour passer à l’Empire. On peut parler de « césarisme démocratique », en ce sens que Louis-Napoléon rétablit dans sa plénitude le suffrage universel amputé par la majorité parlementaire royaliste en mai 1850, mais qu’il encadre strictement ce suffrage lors de ces deux consultations et plus largement dans toutes les élections  qui se déroulent sous le nouveau régime.

 

PdA : Quelle eût été, dans son idéal d'organisation politique, la place dévolue à la représentation nationale ?

 

É.A. : Depuis ses écrits de jeunesse, il évoque la souveraineté populaire. Il dénonce le dessaisissement du peuple au nom de la souveraineté nationale et du gouvernement représentatif au sens où l’entendaient Sieyès et, désormais, son contemporain Guizot. Il n’a que mépris pour les « discussions stériles » des parlementaires, comme il les appelle. L’exercice du pouvoir et les difficultés qu’il rencontre avec l’Assemblée législative de 1849 à 1851 confortent son sentiment. On peut ici parler d’antiparlementarisme.

 

La Constitution du 14 janvier 1852 en porte la trace. Le Corps législatif n’est qu’une assemblée législative parmi d’autres, encadré à l’amont par le Conseil d’État et à l’aval par le Sénat. Il n’a pas l’initiative des lois, qui relèvent uniquement du chef de l’État. Il se contente de voter les projets de lois et l’impôt et ne peut les amender qu’à la marge, au terme de débats réduits et strictement encadrés. Le risque de les lui voir rejeter est limité par le système de la candidature officielle, qui produit d’énormes majorités gouvernementales.

 

PdA : J'aimerais à présent, si vous le voulez bien, vous inviter à évoquer quelques aspects importants de la politique extérieure du Second Empire. L'époque est romantique. Elle est celle des libérations nationales (Pologne, Italie...). L'Empereur des Français lui-même s'y est intéressé, parce qu'il avait la sensibilité de son temps et parce qu'il savait calculer - compétence qu'il ne fut pas le seul, alors, à maîtriser...

Son soutien à la cause italienne l'a conduit à reproduire un schéma presque traditionnel de notre diplomatie : une ligne dure vis-à-vis de l'Autriche, une relative bienveillance à l'égard de la Prusse, la seconde s'affirmant toujours davantage en Allemagne aux dépens de la première, et avec des dispositions autrement plus aventureuses, plus directement hostiles à la France. Quelques fourberies bien placées jetteront la suspicion sur notre pays. Quant à l'affaire d'Espagne, elle provoquera la fureur d'une France à l'orgueil blessé et soudera les États allemands autour de Berlin, l'agressé de la guerre qui démarre...

L'habileté virtuose de Bismarck a compté pour beaucoup dans l'unification allemande autour de la Prusse, ce fait majeur qui bientôt engendrera bien des périls et des malheurs pour la France et pour l'Europe. Quid, à votre avis, considérant ses erreurs tactiques et stratégiques, des responsabilités de Napoléon III sur cette question cruciale ?

 

É.A. : Louis-Napoléon a toujours été sensible aux nationalités et au droit pour elles de disposer d’elles-mêmes. En cela, il a été un adversaire irréductible du Congrès de Vienne de 1814-1815 qui a recomposé la carte de l’Europe après la chute de son oncle. Jeune homme, il s’est enflammé pour la cause des Grecs qui cherchaient à se libérer du joug ottoman, dans les années 1820. Par ses origines, l’histoire de l’Empire et l’exil italien des Bonaparte, l’Italie morcelée alors en une dizaine d’États lui a été particulièrement sympathique. Il a participé à l’insurrection des Romagnes contre les Autrichiens, en 1831, et a failli y laisser la vie, comme son frère aîné. Devenu empereur, il aide Cavour à réaliser l’unité italienne autour du royaume de Piémont-Sardaigne au tournant des années 1850-1860. Il en fait de même, quelques années plus tard, avec Bismarck et la Prusse, sans être aussi dupe qu’on l’a prétendu.

 

Le chef de l’État connaît les intérêts de la France et n’entend pas les brader. La raison prime les sentiments. Ainsi, il n’accorde pas de soutien à l’insurrection polonaise contre la Russie, en dépit du lobbying intense qui s’exerce dans son entourage le plus direct. Il joue les médiateurs et essaie de régler la crise par un congrès international, mais n’insiste pas devant le refus ou les réticences des autres puissances. La victoire écrasante des Prussiens sur les Autrichiens à Sadowa, le 3 juillet 1866, achève de lui ouvrir les yeux sur le danger que représente Berlin. Dès lors, il cherche à renforcer la puissance militaire de la France et à limiter le processus d’unification allemande autour de la Prusse, en soutenant les États périphériques et en essayant de conclure une alliance militaire avec l’Autriche et l’Italie mais celle-ci n’aboutit pas.

 

Napoléon III porte une part de responsabilité dans le déclenchement de la guerre de 1870, en ce sens que c’est à lui que revient le pouvoir ultime de la décider ou de la refuser et qu’il l’accepte, non sans avoir tenté d’en appeler une nouvelle fois à un congrès international. Cependant, sa responsabilité est loin d’être totale, puisqu’en 1870, le régime est devenu semi-parlementaire. Son gouvernement peut démissionner et le Corps législatif peut se montrer plus scrupuleux dans l’examen des pièces qui entraînent l’emballement de la crise de succession d’Espagne (voir : l'affaire de la « dépêche d'Ems », ndlr) et refuser les crédits de guerre. Ni l’un ni l’autre n’agissent en ce sens. Le bellicisme de la presse parisienne et l’emballement ostensible d’une partie de la population, en particulier dans les grandes villes, jouent aussi un grand rôle dans la décision finale du souverain, lui qui a toujours attaché une grande importance à l’opinion.

 

Napol_on_III

 

PdA : Le 19 juillet 1870, la France s'attaque seule à la Prusse - en fait, de facto, à presque toute l'Allemagne. Quels regards les grandes capitales d'Europe portent-elles sur le conflit ?

 

É.A. : Grâce à la manœuvre de Bismarck, la France est d’abord unanimement considérée comme l’agresseur. Le chancelier de la Confédération de l’Allemagne du Nord divulgue habilement à ce moment-là une lettre par laquelle Paris réclamait l’annexion de la Belgique au lendemain de Sadowa, à titre compensatoire. Les Anglais, qui font de la neutralité belge l’une des clés de leur politique continentale, en sont choqués. Italiens et Autrichiens attendent de voir comment la guerre va tourner avant de s’engager aux côtés de la France. La Russie reste neutre. En fait, les grandes puissances ne sont pas mécontentes que Napoléon III, qui domine le jeu diplomatique depuis une quinzaine d’années, doive en rabattre dès les premières semaines de campagne.

 

PdA : La guerre de 1870-71 tournera mal, très mal pour la France. La défaite était inattendue, on peinait même à en concevoir l'idée face à un ennemi que l'on croyait inférieur; elle n'en sera que plus retentissante. Bientôt, l'Alsace et la Lorraine nous seront retirées, le territoire national sera occupé dans l'attente du paiement d'une forte indemnité de guerre. Humiliation suprême, le Reich allemand sera proclamé le 18 janvier 1871 dans la Galerie des Glaces, à Versailles. À cette heure qui voit la naissance d'un nouveau régime impérial outre-Rhin, le Second Empire n'est plus que ruines.

Que sait-on des pensées, des sentiments de Napoléon III à ces moments-là ? Comment analyse-t-il, comment vit-il la déroute militaire, l'effondrement de ce qu'il avait cherché à bâtir ?

 

É.A. : Il vit l’enchaînement des défaites au front jusques et y compris Sedan, bataille au cours de laquelle il cherche la mort au milieu de ses soldats. Il capitule et se retrouve prisonnier en Allemagne jusqu’à la conclusion de la paix. Bismarck se sert alors de lui comme d’une menace pour les républicains qui sont désormais au pouvoir. Libéré en 1871, il se réfugie en Angleterre.

 

Jusqu’à sa mort, il cherche à justifier l’entrée en guerre et la conduite des opérations. Il explique la défaite par l’infériorité numérique de son armée car le Corps législatif a refusé de voter la totalité de la réforme militaire préparée par son ministre de la Guerre, le maréchal Niel. Juste avant de mourir, il cherche à obtenir de son ami et confident le docteur Conneau confirmation que son armée et lui-même se sont comportés bravement à Sedan, de façon à partir en paix.

 

PdA : Dispose-t-on d'éléments susceptibles de nous informer sur ce qu'eurent été les projets, les ambitions de et pour l'Empire, s'il avait perduré ?

 

É.A. : Je ne me lancerai pas dans de l’histoire-fiction. Je dirai simplement que Napoléon III a tenté une « expérience politique », selon ses propres termes, à partir de décembre 1869, en mettant en place l’Empire libéral. Ce régime semi-parlementaire a initié des réformes importantes dans tous les domaines : fin de la candidature officielle, début de décentralisation, régime plus souple de la presse, liberté de l’enseignement supérieur, mesures favorables aux ouvriers.

 

Napoléon III cherchait à transmettre dans de bonnes conditions la couronne à son fils, le prince impérial, dès sa majorité, en 1874. La guerre et l’effondrement du régime n’ont pas plus permis d’assurer cette transmission que de mener à bien l’ensemble de ces réformes.

 

PdA : Avez-vous été étonné, frappé par des découvertes faites à l'occasion de la préparation et de l'écriture de votre Napoléon III (Éd. Tallandier) ?

 

É.A. : Étudier Napoléon III permet de se rendre compte qu’il incarne très bien le XIXe siècle, avec ses grandeurs et ses travers : la soif de découvertes, la foi dans le progrès, l’oscillation entre un idéalisme romantique et un réalisme froid, la volonté de clore la Révolution en trouvant un équilibre entre l’ordre et la liberté…

 

On est aussi frappé par la continuité de ses idées-forces dans tous les domaines. La plupart d’entre elles lui viennent de sa jeunesse et il a cherché à les mettre en œuvre tout au long de sa vie avec ténacité, mais plus ou moins de bonheur. S’il a commis certaines erreurs graves, il a indéniablement été un visionnaire dans de nombreux domaines, de la place qu’il a accordé à l’économie, unique parmi les chefs d’État de son temps, à sa conception des relations internationales.

 

PdA : Le second des Bonaparte ayant dirigé la France ne jouit pas forcément toujours d'une haute estime auprès des historiens. Vous comptez parmi ceux d'entre eux qui le connaissent le mieux. À quoi un bilan honnête et juste de son gouvernement devrait-il ressembler, de votre point de vue ?

 

É.A. : La plupart des historiens s’accordent à dire que le passage de Louis-Napoléon Bonaparte/Napoléon III aux affaires constitue un moment fondamental de la modernisation politique, économique et sociale de la France. Cette réévaluation ne signifie d’ailleurs pas qu’il faut renoncer à porter un regard critique sur chacun des aspects, mais simplement, que le pays a connu alors des transformations majeures, comme le reconnaissaient Gambetta, Hugo ou Zola, qui furent pourtant trois opposants au Second Empire. Que l’on songe à l’urbanisation, au développement des transports, à l’apprentissage du vote…

 

PdA : Cette période de notre histoire qui court de 1852 à 1871 vous inspire-t-elle l'extraction de quelques enseignements qui pourraient être utiles à la France d'aujourd'hui ?

 

É.A. : Faire retour vers cette période de notre histoire permet de comprendre certains blocages dont notre pays souffre encore aujourd’hui et l’impossibilité de faire passer certaines réformes qui sont devenues de véritables serpents de mer : l’État, l’organisation administrative et territoriale, la formation de l’élite, etc... Il est d’ailleurs fascinant de voir comment l’élite française peut reproduire, à plus d’un siècle de distance, et dans le cadre de régimes pourtant si différents, les mêmes erreurs. L’ouvrage que je publierai prochainement sur l’Empire libéral reviendra de façon détaillée sur ces aspects.

 

 

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Vous pouvez retrouver Éric Anceau...

 

8 décembre 2014

Martial Passi : "Réagissez, M. le Président, la maison France prend feu..."

   « Vous êtes, Martial Passi, de ces élus locaux dont les mandats trouvent leur source, à l'origine, dans des engagements pour des luttes sociales, teintées d'idéaux progressistes. Membre du Parti communiste, vous êtes depuis plus de vingt ans à la tête d'une ville populaire, Givors (Rhône). La gauche de la gauche est très critique vis-à-vis des orientations de l'exécutif national. J'imagine que vous avez pourtant voté pour François Hollande lors du second tour de la présidentielle de 2012 et, donc, contribué à sa victoire. J'aimerais vous demander, M. Passi, de me dire, le plus franchement possible ce que serait, en tant qu'élu local, en tant qu'homme de gauche, le message que vous souhaiteriez adresser au chef de l'État ? ».

   Le document qui suit est la reproduction du texte que M. Martial Passi, maire de Givors depuis 1993, vice-président du Grand Lyon, conseiller général du Rhône et vice-président de l'AMF a bien voulu rédiger, en exclusivité pour Paroles d'Actu. Un message fort et sans concession; son message à l'attention du président de la République. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

PAROLES D'ACTU - LA PAROLE À...

Martial PASSI: « Réagissez, Monsieur le Président,

la maison France prend feu... »

 

Martial Passi

 

   Monsieur le Président de la République,

   Comme une majorité de nos compatriotes, j'ai voté et appelé à voter en 2012 pour battre Nicolas Sarkozy, sa politique et promouvoir une politique de gauche qui réponde aux besoins de la France, de nos territoires et de leurs habitants.

   À la moitié de votre mandat, la situation est malheureusement catastrophique :

- La marée du chômage massif ne cesse de s'aggraver, frappant notamment les territoires et les populations les plus fragiles, et de plus en plus d'acteurs économiques, notamment les plus petits, qui constituent le cœur du dynamisme économique local et multiplient les cris d'alarme devant la baisse de leurs carnets de commandes.

- Les populations font face à une accumulation de difficultés dans tous les domaines, d'abord en termes de pouvoir d'achat et d'emploi, avec une vie minée par la précarité et l'incertitude, mais aussi devant des services publics asphyxiés par l'austérité.

- Les collectivités territoriales et les élus locaux vivent une réforme territoriale décidée sans aucune concertation qui engage l'avenir de notre pays et sont exposés à une baisse sans précédent des finances locales qui génère des situations budgétaires de plus en plus inextricables, impliquant tout à la fois de réduire l'investissement utile et le service rendu, et d'augmenter l'endettement et les impôts locaux.

- La société est minée par une crise politique et morale qui nourrit un rejet profond de la gauche et de l'action politique, menace nos valeurs républicaines, le lien social et le vivre ensemble, et fait le lit d'extrémismes dangereux.

   Ça ne peut plus durer.

   Soldats de la République directement exposés aux conséquences de politiques d'austérité qu'ils n'ont pas décidées et qui les dépouillent des moyens d'y faire face, les élus locaux sont dans leur très grande majorité profondément inquiets et en colère. Exclus des choix, placés en première ligne comme des boucs émissaires, de plus en plus dénigrés et représentants de collectivités menacées dans leur existence même, les élus locaux n'en peuvent plus.

   L'autorité de l’État est en question, la démocratie locale est directement menacée, le pacte républicain vacille sous les coups de boutoir d'une crise qui n'en finit plus et d'une politique d'austérité, érigée en dogme suicidaire, qui aggrave le mal au lieu de le soigner. La conscience collective et nationale est profondément déstabilisée et les forces et les énergies de notre pays sont abîmées, gâchées et dangereusement divisées.

   Ça ne peut plus durer, Monsieur le Président de la République. « Le changement commence maintenant », disiez vous au printemps 2012. À l'automne 2014, le feu est dans la maison France. Il est plus qu'urgent de changer de cap, sinon nous allons au devant d'une terrible catastrophe.

 

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16 octobre 2014

Jeunes centristes : Déclarations d'indépendance

   « Lors de son retour - officiel - sur la scène publique, Nicolas Sarkozy a fait part de sa volonté de recréer un grand parti qui puisse rassembler, en son sein, de larges pans de la droite et du centre-droit. Vous comptez parmi les jeunes militants centristes : j'aimerais vous demander ce que devraient être, à vos yeux, les orientations programmatiques et stratégiques ; le positionnement original sur l'échiquier politique de votre famille politique dans les années à venir ? En quatre mot comme en trente : quel centre pour demain ? ».

   Je remercie ceux qui, parmi les jeunes militants MoDem et UDI que j'ai contactés, ont accepté de répondre à cette question ; d'apporter à cet article leur contribution, pour Paroles d'Actu. Ils ne se sont pas concertés avant d'écrire, chacun, la sienne mais, prises collectivement et par-delà les « chapelles », elles sonnent résolument - davantage, sans doute, que les mots de leurs aînés - comme une déclaration commune : une double déclaration d'existence et d'indépendance. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

UNE EXCLUSIVITÉ PAROLES D'ACTU

Jeunes centristes Déclarations

d'indépendance

 

UDI MoDem 16-9

 

 

Antoine Carette

Antoine CARETTE

A. Carette est président des Jeunes Démocrates (branche jeunes du MoDem).

 

« Travaillons ensemble,

pas chacun pour sa chapelle »

 

   Le Centre a sa propre identité. Ce n'est pas le ni-ni comme on l'entend encore trop souvent. Non, le Centre n'est pas mou et doit continuer à porter son message singulier pour continuer à exister. Ce message est assez simple : c'est par le travail en commun de toutes les énergies modérées, des sociaux-démocrates à la droite sociale en passant par les libéraux que nous devons redresser la France. Bref, dialoguer et travailler ensemble plutôt que pour sa chapelle !

   C'est un message difficile à faire entendre dans la Vème République car les règles électorales (scrutins majoritaires) ont créé petit à petit les concepts complètement abstraits de "peuple de gauche" et "peuple de droite" qui s'opposent. J'aimerais savoir combien de Français se reconnaissent dans l'un de ces camps ! Aujourd'hui notre pays meurt de ce manque de pluralisme, des postures qui étouffent le fond, la réflexion, et l'intérêt général. Sarkozy propose de créer l'UMP, car c'est ça, ni plus ni moins, que sa volonté de fondre le centre et la droite dans un même bloc. On a vu le résultat de la création de l'UMP depuis 2002...

   Le Centre, dans les années qui viennent, devra retrouver la confiance des citoyens. Aujourd'hui, les Français se détournent de la politique, la démocratie vascille. Or sans participation des citoyens, sans adhésion des Français à un projet, il ne peut pas y avoir de démocratie, il ne peut pas y avoir de redressement.

   Le Centre devra continuer à porter ce message pourtant tellement évident, que nous avons besoin de toutes les forces vives de ce pays pour le reconstruire. Je pense aux jeunes entrepreneurs, aux créateurs, inventeurs, qui sont aujourd'hui anéantis par la lourdeur administrative. Je pense aux professeurs : l'Éducation est la base de toute société en bonne santé. Il faut créer du travail - plus que de l'emploi - pour que chacun puisse se sentir utile et vivre dignement. Pour cela, il faut libérer les énergies, encourager les initiatives. Bref, il faut sortir des postures de clan, regarder la réalité avec honnêteté pour réparer et changer ce qui ne fonctionne pas !

 

Propos recueillis le 03/10/14

Retrouvez Antoine Carette sur Twitter...

 

 

Romain Cherrier

Romain CHERRIER

R. Cherrier, conseiller municipal à Ennordres (Cher),

est prés. du MoDem Sciences Po et responsable de com. chez les Jeunes Démocrates.

 

« Faisons le choix de la liberté ! »

 

   Nicolas Sarkozy a émis l’idée de rassembler droite et centre sous un même parti. Cette stratégie n’est absolument pas une option envisageable pour nous. La démarche initiée par Nicolas Sarkozy s’apparente plus à celle d’une OPA sur le centre qu’à celle d’un rapprochement cohérent entre deux formations politiques. Or je suis persuadé que pour exister, le centre doit rester à tout prix libre et indépendant. Quelle qu’en soit la difficulté, quels qu’en soient les obstacles, et ils sont nombreux sous la Vème République, le centre doit rester autonome. Dès lors que le centre s’affilie à un grand parti de droite, il perd son identité, sa liberté, sa raison d’être.

   La question qui se pose pour le centre est toute simple : faisons nous le choix de la cohérence et de la liberté ? Choix qui requiert du courage et beaucoup de détermination. Ou faisons nous le choix de la soumission et de la facilité ? Choix qui apporterait un plus grand nombre d’élus et des financements plus importants grâce à des accords qui seraient passés en coulisse. À mes yeux, le choix que nous devons faire est évident : c’est celui de la liberté !

   Le système constitué de deux grands partis qui monopolisent la Vème République nous a déjà conduit à suffisamment de dérives et d’échecs. Les Français ne croient plus en la politique et les deux principaux partis ont une immense part de responsabilité dans cette situation. Dès lors, pourquoi suivrions-nous un modèle qui ne fonctionne pas depuis plus de 30 ans ?

   La vocation même du centre est justement de proposer une offre alternative en dépassant le clivage gauche-droite. Le débat politique français ne peut pas se cantonner à un débat entre l’UMP et le PS. L’existence d’un centre fort et indépendant, c’est le meilleur rempart possible face à une simplification mortifère, populiste et dangereuse des débats qui n’aurait d’autre conséquence que d’assurer la victoire au Front national.

   Concernant nos orientations programmatiques, là encore, elles s’entrechoquent frontalement avec les valeurs qu’incarne Nicolas Sarkozy. La course à l’extrême droite durant la campagne de 2012, l’obsession de l’immigration et des frontières, la conception de l’argent comme seule source de réussite, ce sont des éléments qui ne sont pas compatibles avec les valeurs humanistes du centre. Enfin, la moralisation de la vie politique est l’un des grands combats du Mouvement démocrate. Là encore, il y a une incompatibilité évidente au vu de toutes les « affaires » du moment (accusation de financement libyen de la campagne de Sarkozy en 2007, arbitrage Tapie, affaire Bygmalion…)

   En somme, travailler ensemble avec les modérés de gauche et de droite à la reconstruction du pays, oui ! Se ranger dans l’orbite d’un grand parti tel un satellite pour y perdre notre liberté et pour renouer avec les vieilles habitudes et les vieilles dérives des grands partis sous la Vème République, non !

 

Propos recueillis le 01/10/14

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François-Xavier Hen

François-Xavier HEN

F.-X. Hen est membre du bureau de l'UDI Jeunes de Paris.

 

« Réhabilitons le collectif »

 

   Comme souvent chez les souverainistes, Nicolas Sarkozy est généreux de décisions appartenant à d'autres. S'il se présente à la tête de l'UMP, pour quelle raison un autre parti, l'UDI, se rangerait-elle derrière lui ? Pourquoi ne lui reviendrait-il pas d'épouser les valeurs du centre-droit s'il souhaite que le centre-droit le suive ? Hors de question d'être dans le même parti qu'un candidat qui, en 2012, a évoqué une sortie de Schengen et a fait un éloge de la frontière. Ceux qui souhaitent le rejoindre n'ont qu'à adhérer à son mouvement directement, l'UDI n'admet pas la double appartenance.

   Cette stratégie du parti unique a non seulement échoué électoralement, mais elle témoigne en plus d'un mépris manifeste pour les idées que nous défendons. Quelle considération pour la dette publique de la France le « grand parti de la droite et du centre » a-t-il eu depuis qu'il existe ? Quel fédéralisme européen a-t-il promu depuis 2002 ? Quelle évolution sociétale a-t-il ne serait-ce qu'accompagnée toutes ces années où il était au pouvoir ?

   L'Union des Démocrates et Indépendants défend une république fédérale d'Europe contre les franco-béats qui orchestrent la sortie de l'Histoire de notre nation. Afin de protéger les intérêts et les droits des citoyens européens dans la mondialisation, mais aussi d'offrir au monde ce modèle, imparfait et cependant fonctionnel, d'un continent apaisé et relativement prospère, entièrement régi par le droit.

   Elle défend une décentralisation du territoire national, par démocratie, par efficacité et par bienveillance, quand la centralisation n'est qu'un mode de gestion par la crise et pour les crises. Elle promeut une république exemplaire, une démocratie réellement représentative, et un État de droit irréprochable ; une transparence puissante pour chaque élu ; et par dessus tout une lutte féroce contre la corruption, dont la moindre manifestation avilit toute notre société. À ce prix seulement pourrons-nous renvoyer les extrêmes dans les poubelles de l'Histoire, et engendrer estime et confiance chez nos compatriotes pour leurs élus.

   Je n'ai pas retrouvé ces propositions ailleurs qu'à l'UDI. À aucun autre endroit on ne m'a proposé un social-libéralisme tempéré à l'européenne, c'est-à-dire dans la compétition qui stimule, mais dans la solidarité qui unit ; promouvant l'idéal coopératif au sein d'entreprises qui rapprochent salariés et dirigeants.

   Dans aucun autre mouvement je n'ai eu le plaisir d'écouter une jeune sénatrice, ne faisant pas de la politique son métier, parler d'écologie de manière responsable et non dogmatique, afin d'engendrer une croissance durable et non-délocalisable.

   Le centre-droit aura son candidat en 2017. Ainsi nous pourrons démontrer aux Français que nous seuls anticipons véritablement l'avenir : parce que nous avons l'ouverture d'esprit suffisante pour précéder les évolutions sociétales sans susciter de peurs infondées ; parce que nous voyons dans l'éducation de nos citoyens un investissement stratégique aux bénéfices matériels comme immatériels ; parce que nous proposons une société collaborative de transparence, d'efficacité et de communication en réseau qui permettra enfin à notre pays, notre société et notre continent de faire face aux défis mondiaux qui se présentent.

   Rien ne se fait sans les individus, rien ne dure sans les institutions, disait Jean Monnet. À nous d'être ces personnes qui créeront les structures durables d'un monde meilleur. Y'a du boulot !

 

Propos recueillis le 09/10/14

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Vincent Fleury

Vincent FLEURY

V. Fleury est conseiller municipal de Montrouge (Hauts-de-Seine)

et vice-président des Jeunes Démocrates.

 

« Changeons et nous gagnerons

notre indépendance »

 

   Nicolas Sarkozy souhaite créer un grand parti de la droite et du centre, mais il échouera. L’UMP avait, à l’origine, la même ambition et s’y est cassée les dents. Le centre n’est pas et ne sera jamais la droite. Le centre a des valeurs propres et vocation à être indépendant. Pourtant, nous ne le sommes pas. Pas encore. Sans aller jusqu’à nous fondre dans un parti unique, nous devons pour le moment nous allier à la droite, et parfois à la gauche, pour exister. Cette contrainte existera tant que nous ne représenterons pas au moins 20% des électeurs, tant que nous ne pourrons pas amener un candidat au second tour de la présidentielle. Pour ce faire, l’alliance avec la droite ne peut pas être une fin en soi. La conquête de ces 20% doit l’être. Ces 20% sont notre indépendance, notre graal.

   Nous pesons aujourd’hui 10% de l’électorat. C’est peu ou prou notre base, et plus peu que prou. Trop peu, évidemment, pour pouvoir peser. Ce déficit de popularité a des causes multiples. Nous pouvons bien sûr accuser les institutions, qui ne nous permettent pas d’avoir une juste représentation à l’Assemblée, créant ainsi le cercle vicieux « absence de poids/déficit d’image/absence de votes ». Mais nous gagnerions à voir la réalité en face. Nous sommes en grande partie responsables de nos échecs. Je suis convaincu que nous ne changerons ni la politique, ni la France, si nous ne sommes pas capable de nous remettre en question. Je crois que nous avons trois caps à suivre pour réformer le centre et lui donner la place qu’il mérite.

   Premièrement, il faut un centre offensif. Nous devons enterrer l’image de centre mou. Nous ne sommes pas des ni-ni, pas plus que des oui-oui. Nous avons nos propres idées, nos propres valeurs. Nous devons les défendre. Quand Montebourg récupère le « produire en France » de la campagne présidentielle de Bayrou, nous devons rappeler avec acharnement que nous sommes à l’origine de ce combat et qu’il ne doit pas se faire sans nous. De la même façon, n’ayons pas peur de nous exprimer sur l’immigration, l’écologie, comme sur l’ensemble des sujets spoliés par d’autres partis. N’ayons aucun tabou et parlons avec force de tout ce qui préoccupe les Français. Car nous avons d’autres ambitions que celle de stagner à 10% de voix. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de nos derniers scores, même s’ils marquent une légère progression. Nous avons vocation à être le parti majoritaire, à regrouper autour de nous les réformistes de droite comme de gauche, et à faire gagner notre candidat à l’élection présidentielle. Nous devrions être la principale force politique français. Considérons nous comme tel et peut-être qu’alors, les citoyens nous considéreront ainsi !

   Deuxièmement, il faut un centre proche des gens, sur le fond et sur la forme. Cette proximité, nous la recherchons, nous la fantasmons, mais nous sommes incapables de l’avoir réellement. Beaucoup d’entre nous font de grandes études, se lancent dans une carrière exclusivement politique, théorisent les problèmes du quotidien mais ne les pratiquent pas. Nos programmes politiques, pertinents et pragmatiques, rivalisent d’intelligence, campagne après campagne. Mais cette intelligence est trop souvent celle des hautes sphères technocratiques, brillantes et lointaines. Comme les étoiles du ciel, leur lumière met des années à parvenir et éclaire bien trop faiblement. Ce n’est pas ainsi que nous réchaufferont les cœurs de nos concitoyens. De plus, pour beaucoup de centristes, simplicité et proximité sont synonymes de démagogie. Ceux-là ont peut-être raison, mais qu’importe ! Acceptons notre part de populisme, vulgarisons-nous. Vulgariser, dans le bon sens du terme, c’est donner envie d’en savoir plus, c’est finalement tendre à la finesse, pousser à la curiosité. C’est toucher le cœur pour atteindre l’esprit. Cet atout cœur, c’est celui qui nous fait cruellement défaut aujourd’hui, alors que nous avons le reste des cartes en main.

   Troisièmement, il faut un centre bienveillant. Nos valeurs le sont, pas nous. Nous prétendons changer la politique, mais nous sommes aussi politiciens que les autres. Nos guéguerres internes sont indignes, nos responsables cumulent tout en défendant le non-cumul, et certains prétendent agir pour l’intérêt général mais souhaitent l’échec des gouvernants - donc l’échec de la France - pour pouvoir prendre le pouvoir à la prochaine élection… Comme les socialistes, nous ne sommes pas à la hauteur de nos idées. Je crois que pour changer le centre, il faut aussi changer cela. Les citoyens attendent d’abord de nous que nous ayons un regard différent mais positif sur les camps adverses. Comment prôner une union nationale si nous leur tapons sans cesse dessus, si nous sommes incapables de reconnaître qu’ils ont parfois raison ? Je suis de ceux qui pensent que dans l’expression « opposition constructive » la notion de construction est plus importante que celle d’opposition.

   Nos électeurs potentiels attendent aussi que nous arrêtions de nous donner en spectacle. Nos guerres d’égos sont irresponsables. Nous réclamons souvent des gouvernants qu’ils fassent de grandes réformes quitte à sacrifier leur popularité, et parfois leur poste, pour le bien commun. Or comment pourrions-nous avoir ce courage une fois au pouvoir si, déjà en interne, nous privilégions notre carrière au détriment de l’union – et donc de la réussite – de notre camp ? L’extrême droite comme l’extrême gauche capitalisent sur l’agressivité et le ressentiment, le PS et l’UMP sur le rejet de l’autre camp, mais personne n’a une démarche bienveillante envers soi et envers les autres. Il y a sans doute là quelque chose à faire, une singularité à marquer, un créneau à prendre.

   Un centre offensif, proche des gens et bienveillant, voilà qui ferait bouger les lignes. Je sais bien que Rome ne s’est pas faite en un jour, et que ce ne serait pas une petite (r)évolution pour notre famille politique, mais je suis convaincu que sa reconnaissance et son indépendance sont à ce prix. Tant que nous ne changerons pas, nous ne pourrons pas demander aux gens de changer leur regard sur nous.

 

Propos recueillis le 05/10/14

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Vincent Métivier

Vincent MÉTIVIER

V. Métivier est président des Jeunes UDI des Hauts-de-Seine

et délégué national des Jeunes UDI (aux réseaux et relations institutionnelles).

 

« Révolutionnons-nous pour

transformer la société »

 

   La dernière décennie a été pour le Centre en France une période d’expérimentations politiques – si on peut le dire ainsi –, source de nombreuses désillusions. Nous avons tenté la fusion avec la droite républicaine, nous y avons perdu notre identité et notre singularité, devenant inaudibles et incapables d’imposer nos idées. Nous avons également tenté de créer une force centrale, se défiant du clivage droite/gauche, mais constamment contrariée par des alliances tactiques aussi nécessaires que chaotiques. Cela n’a été que des échecs cuisants.

   Ce n’est qu’en 2012, avec la création de l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI), que le Centre a retrouvé une voix forte, un positionnement clair et les capacités de peser à nouveau dans le paysage politique français. La meilleure preuve de cela, ce sont les succès électoraux enregistrés depuis lors par l’UDI, à toutes les élections, montrant que nous avons réinvesti un espace politique délaissé et répondu aux attentes d’une part de la population. En deux ans seulement, nous nous sommes rehaussés au rang de troisième parti de France !

   Pourtant, nous ne pouvons pas céder à l’euphorie et à l'autosatisfaction, le contexte actuel ne s’y prête pas. Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon… quel que soit le meneur de la droite en 2017, celui-­ci voudra avoir le Centre sous sa coupe pour s’assurer la victoire. C’est pour nous une menace délétère. Nous ne voulons pas d’une une fusion/absorption, nous avons déjà été échaudés. L'indépendance est la clef de notre existence. Et puis, il y a la vigueur grandissante de l’extrême droite, l’aggravation de la situation socio­-économique du pays, l’affaiblissement inquiétant de l’Union européenne… Plus que jamais, le Centre a un rôle crucial à jouer et nous devons nous y préparer.

   D’abord, en maintenant une ligne politique claire, au centre­-centre droit. Comme le théorise finement Jean­-Louis Bourlanges, nous ne pouvons nous allier ni avec la gauche archaïque française, qui n’est pas encore parvenue à se défaire de ses réflexes socialo-­communistes, ni avec une droite trop conservatrice, complaisante voire compromise avec l’extrême droite. Par ailleurs, la configuration des institutions de la Vème République, poussant au bipolarisme, ne nous permet pas de progresser seuls.

   L’enjeu pour le Centre, dans les mois et les années à venir, est donc d’atteindre une masse critique, de fédérer largement pour devenir l’un des pivots incontournables du paysage politique, de susciter des ralliements plutôt que d’y être nous-­mêmes contraints. Pour y parvenir, nous devons faire notre propre révolution – au double sens étymologique de rupture et de retour à des fondements originels – pour révolutionner ensuite la société française. Cet aggiornamento centriste impose de relever plusieurs défis difficiles.

   En premier lieu, devenir un parti de masse et non plus un parti de cadres. Les centristes n’ont pas vraiment la fibre militante. Il y a un travail conséquent de formation à réaliser pour créer et développer cet état d’esprit militant, qui revient à considérer qu’après l’étape de la réflexion et l’esquisse de grandes idées, il y en a une autre : l’étape déterminante du terrain. Nous devons surmonter l’atavisme centriste de l’« intellectuel immobile ». Il faut convaincre, défendre soi-­même ses idées, se rendre visible et apprendre à communiquer, recruter et multiplier les effectifs, les relais…

   En second lieu, il nous faut impérativement développer et proposer une vision concrète et cohérente du monde et de l’avenir. La France souffre aujourd’hui d’avoir des partis politiques aux idéologies rances, qui ne proposent plus une manière globale d’envisager la société et de la réformer, prostrés sur des visions fragmentaires et généralement fallacieuses. Les Français ont envie de croire en l’avenir, de croire que tout peut et va s’améliorer, mais personne ne suscite plus cet espoir, hormis les extrêmes.

   Le Centre est en capacité de réunir derrière lui une majorité de citoyens, car le pragmatisme qui le caractérise est à la fois ce qui peut créer le plus d’engouement et répondre avec efficacité aux problèmes de notre société. Pragmatisme politique ne signifie pas consensus mou. C’est au contraire affirmer avec vigueur que la solution au bénéfice de l’intérêt général n’est pas un juste milieu entre les exagérations des uns et des autres, qu’elle se situe ailleurs.

   Nous devons par conséquent proposer un nouveau modèle de société, fondé sur un retour aux valeurs premières de notre République. Il est intolérable que l'idéal républicain, la Patrie, la laïcité… soient aujourd’hui des thèmes largement abandonnés. Pire, profitant de ce vide, c’est le Front national qui s’en saisit par opportunisme, allant ainsi à contre­-courant de tout le passif historique de l’extrême droite. Les centristes doivent réinvestir ce domaine politique, être les nouveaux « hussards de la République » et soumettre au vote des Français un programme structuré, ayant pour fondement la revivification de la République et son adaptation au XXIème siècle.

   Jean-­Louis Borloo a tracé des voies innovantes qui méritent d’être prolongées, telles que la rénovation urbaine comme moteur d'intégration et de cohésion sociale, l’écologie source de croissance économique… Tout cela fait partie d’un ensemble plus vaste, à partir duquel il nous faut redonner à chaque citoyen les moyens de sa réussite et à la société les atouts pour sa pérennité. Réformer entièrement l’École, le système de retraites, le système de Sécurité sociale, l’organisation des collectivités, envisager l’industrie à l’ère numérique, la démocratie à l’ère collaborative… Les sujets abondent, le monde a évolué et personne n'en a pris acte.

   La France meurt de se reposer sur des mécanismes et une pensée passéistes, inadaptés au monde actuel. Toutefois, c’est en prenant appui, c’est en réactualisant et en faisant perdurer des principes directeurs pluriséculaires comme ceux de la République, que nous pourrons trouver l’élan nécessaire pour faire cette révolution et transformer la société, à l’image du programme du Conseil national de la Résistance, en 1945.

   Je crois sincèrement que les centristes sont les seuls à pouvoir mener à bien ce travail, enclencher cette mobilisation réformatrice et progressiste au bénéfice de la France et des Français. Nous ne devons pas nous croire investis d’une mission mais ayons conscience du rôle que nous pouvons jouer et, sans doute, du risque pour nous-­mêmes et nos enfants.

   Si nous ne sommes pas ceux qui font l’effort ardu d'impulser ce changement profond, alors acceptons de porter la culpabilité du déclin, de livrer la République aux extrêmes et de nous préparer à des jours plus sombres. Ce n’est pas ce que nous voulons, à nous d’agir et de reprendre le destin de la France en mains.

 

Propos recueillis le 14/10/14

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Jérémy Coste

Jérémy COSTE

J. Coste est adjoint au maire de Vanves (Hauts-de-Seine)

et porte-parole des Jeunes Démocrates Européens.

 

« Associés, les progressistes

construiront la France de demain »

 

   Vaste question… Tout d’abord, et autant évacuer ce sujet dès le début, je ne crois pas en l’homme providentiel, pas plus en Nicolas Sarkozy comme sauveur du pays. Ce temps-là est révolu ! La France a besoin d’un cap, les Français de retrouver confiance en eux. Cela passe par la construction collective d’un projet ambitieux, innovant et rassembleur, au-delà des clivages anciens. Voilà notre mission.

   Si je ne partage pas l’envie d’une partie des Français de voir Nicolas Sarkozy revenir aux affaires, je suis néanmoins d’accord avec l’ancien président sur le constat selon lequel les vieux schémas ne correspondent plus à nos attentes. Droite, gauche, extrême droite, extrême gauche, économie sociale, communiste, conservatrice et libérale... cela représente à mes yeux le passé, des réponses à la (re)construction de la France d’après-guerre.

   Aujourd’hui, le monde a changé. Nous sommes pleinement entrés dans une société du savoir et du partage. Le rôle de « guide » des partis n’a plus lieu d’être. Au contraire, les nouvelles générations attendent des dirigeants et formations politiques qu’ils réussissent à associer les citoyens dans la construction d’idées et la prise de décision.

   Nous devons désormais faire face à une troisième révolution. Concrètement, la révolution industrielle que nous connaissons à travers les livres d’histoire s’est déplacée dans d’autres régions du monde, économiquement moins avancées que l’Occident. Cela crée une compétition, souvent des tensions. La seconde révolution, numérique cette fois, est également en train de se déplacer dans les pays émergents. Ces pays nous rattrapent. C’est positif, mais cela inquiète !

   En France, Internet est une réalité pour tout le monde, mais elle doit devenir une base de données sur laquelle s’appuyer pour inventer le monde de demain, un monde de l’« intelligence ». C’est selon moi cela qui intéresse les jeunes et les progressistes, et c’est la question que notre sensibilité doit se poser : "Comment faire entrer complètement la France dans cette troisième révolution qui fait du partage des savoirs et idées ainsi que de la coopération la base nouvelle du vivre ensemble ?"

   Pour entrer dans le 21ème siècle, je suis convaincu qu’il faut abandonner nos vieilles recettes et oser penser l’impossible. Il est temps d’opérer un changement radical de nos institutions et de notre modèle économique et social. De faire « avec les citoyens » plutôt que « pour les citoyens » ! Cela nécessite de faire évoluer la 5ème République, pourquoi pas d’en faire émerger une nouvelle.

   Nous devons imaginer une nouvelle façon de gouverner. Dans nos sociétés industrielles et technologiques, chacun ne peut que constater la difficulté de nos dirigeants à s’adapter au monde actuel, car ces derniers appartiennent naturellement à un monde ancien. Cela ne signifie pas pour autant qu’une partie d’entre eux ne peut s’adapter et comprendre ce monde nouveau - certains y parviennent parfaitement -, mais les codes sociaux et les pratiques ont tellement - et rapidement - évolué qu’un fossé naturel se creuse entre les générations, entre ceux qui dirigent et ceux qui subissent les décisions publiques.

   Parallèlement à cette réalité, je vois l’essoufflement des partis politiques classiques et deux sensibilités qui n’ont pas encore gouverné par eux-mêmes : les démocrates/progressistes ainsi que les écologistes. Cela s’explique selon moi par leur analyse prématurée des problèmes du monde et l’inquiétude que leurs réponses suscitent pour une population encore trop tournée vers la jouissance personnelle. Je crois fondamentalement que les progressistes et les écologistes ont souvent eu une longueur d’avance dans la compréhension des problématiques du monde. J’illustrerai ce point en prenant deux exemples.

   Pour les uns, la thématique de l’environnement. Les écologistes – je ne parle pas d’EELV mais initialement des associations écologistes - ont compris avant tout le monde la nécessité de repenser notre modèle économique et social afin de protéger la planète et préserver l’avenir des générations futures. Dans les années 60, l’écrasante majorité des scientifiques et gouvernants prenait ces « alerteurs » pour des illuminés. Aujourd’hui, on les remercie ! Toute action publique moderne se doit de prendre en compte les réglementations en faveur de la protection environnementale.

   Pour les seconds, la thématique de la coopération. Les démocrates/progressistes – je ne parle pas exclusivement des centristes mais des millions de structures coopératives et associatives rejetant l’alternative droite/gauche – ont défendu le principe du dialogue en politique. Cela a commencé avec les pères fondateurs de l’Europe. Ces derniers ont compris que le monde évoluait de façon multipolaire autour de grands ensembles démographiques, culturels, militaires et politiques et qu’il était primordial de mutualiser nos forces par la coopération pour préserver nos intérêts et notre modèle de société basé sur la solidarité. Cette conception de la politique s’est également manifestée à quelques époques par la décentralisation et le rôle donné aux acteurs locaux dans la prise de décision, par la confiance accordée à la jeunesse avec la majorité à 18 ans ou encore l’émancipation des femmes avec l’avortement…

   Nous devons concevoir un nouveau modèle. La défense de l’environnement, les principes de mutualisation des richesses et de dialogue en politique ont ainsi permis l’émergence d’une ère de la coopération. Il n’y a quasi plus une décision publique (dialogue social), une guerre (droit international) ou une stratégie (OMC, OMS…) qui ne soit décidée collectivement. Ces notions sont si fortes que malgré l’incapacité des écologistes et des progressistes à gouverner par eux-mêmes, ces idées sont présentes dans toute la société.

   En France, chacun est conscient de l’importance de la protection de l’environnement et de la pertinence des échanges et du dialogue social. Plus personne ne veut d’une société qui pollue ni d’une société caporaliste où le citoyen suivrait aveuglément un chef. Nous sommes nombreux à vouloir une société « verte », équitable et responsable, où chacun peut s’épanouir dans un environnement sain. Un régime politique qui écoute, respecte et associe chacun d’entre nous aux décisions publiques. Ces phénomènes sont le résultat des combats des écologistes et des démocrates/progressistes.

   Il est fini, le temps où nous n’avions pas tous accès à l’enseignement, où de nombreux citoyens ne savaient pas lire ou comment s’informer. Aujourd’hui, grâce à l’enrichissement de la France pendant les Trente glorieuses, grâce aux nouvelles technologies et à Internet, chacun peut comprendre le monde dans lequel il vit et tenter de contribuer à son amélioration. Il est même fréquent que certains citoyens non-élus soient plus compétents que leurs représentants. Ceci peut provoquer un choc, une confrontation et finalement une crise de confiance entre le citoyen et le système politique.

   Cette série de bouleversements, la troisième révolution, la remise en cause de la gouvernance, et le modèle à réinventer, provoquent une fracture sociale et un besoin de nouvellement. Quel devrait être notre comportement face au changement ? D’un côté, il y a ceux qui voient ce changement arriver et préfèrent conserver le modèle ancien en essayant de le réformer à la marge car il leur apporte encore le confort nécessaire. De l’autre, on trouve ceux qui voient ces bouleversements et comprennent la nécessité de réfléchir à un nouveau modèle.

   Ces derniers, je crois, sont proches d’une grande partie de la population qui ne profite plus des richesses produites et qui constate, impuissante, qu’elle est lésée. Ces Français qui souffrent au quotidien d’un manque de confiance en l’avenir, à cause du chômage notamment, et qui voient l’inégalité se creuser, ont le sentiment de ne pas pouvoir entraîner la société vers un modèle qui réponde à leurs attentes. Cela crée une frustration dangereuse. C’est ce moment précis que nous vivons.

   Ce trouble touche en premier lieu les nouvelles générations, qui souffrent du manque de ressources et d’emplois, les éloignant ainsi de ceux censés leur trouver des solutions. La jeunesse souffre également d’une forme d’impuissance face à l’accroissement de la misère dans le monde que les médias nous renvoient à la figure et qui crée en nous un sentiment de culpabilité et de colère parfois.

   Deux France s’opposent donc : ceux qui, suffisamment puissants, détiennent le pouvoir et souhaitent conserver un système qui les rassure - en entraînant derrière eux les plus effrayés par le changement - et ceux qui, puissants ou pas, désirent vivre dans un pays qui respire, prend des risques et innove pour redonner du sens à leur vie et par conséquent au destin commun.

   Personnellement, je suis persuadé que nous tous, citoyens, détenons chacun une partie de la solution et qu’il est du rôle de notre sensibilité de changer en profondeur nos méthodes. Nous devons avant tout écouter, non pas pour faire plaisir, mais pour entendre les craintes, tenter de les comprendre et transformer en actes politiques concrets et efficaces.

   Évidemment, souhaiter un nouveau modèle demande du courage et nécessite aussi d’être réaliste. Il ne s’agit pas de tomber dans l’utopie. Tout le monde ne peut pas réécrire la Constitution française, ni même écouter avec patience ce que chacun à dire. Cela demande des compétences techniques, des qualités personnelles particulières, de l’organisation et de la pédagogie. Mais chacun, confronté à ses propres difficultés, peut donner son idée pour que celles-ci inspirent ce que doit être la France de demain. C’est ce que j’attends de ma famille politique.

   Évidemment, plus qu’une indépendance politique vis-à-vis des conservateurs de droite et de gauche, cela nécessite une liberté de pensée absolue, le dépassement des clivages, et l’association de tous les progressistes. La première richesse de la France, ce sont ses ressources humaines (nous !).

   Alors, sur tous les territoires, écoutons-nous plus largement qu’au sein des partis, partageons nos idées avec la société civile et ces milliers de coopératives, et imaginons ensemble une France nouvelle. Voici mon vœu.

 

Propos recueillis le 17/10/14

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Marine Denis

Marine DENIS

M. Denis est présidente de l'UDI Sciences Po.

 

« Ayons du courage et de l'ambition ! »

 

   Oui, le grand retour médiatique de Nicolas Sarkozy est un échec ; un échec qui doit nous redonner confiance en notre liberté et notre indépendance politique. Nous ne pouvons associer l'avenir de l'UDI à celui d'un ancien chef d'État poursuivi pour des affaires de corruption et de trafic d'influence. Il en va de notre crédibilité, mais surtout de notre responsabilité politique, en tant qu'élus et militants centristes.

   Si les Français sont lassés d'un paysage politique majoritaire gauche/droite, où seuls les extrêmes semblent pouvoir se frayer une place pour venir contrebalancer l'équilibre UMP-PS par un discours violent et stérile, c'est à notre tour de replacer le centre au cœur de l'échiquier politique. Il n'y a pas de politique de droite ou de gauche au pouvoir, il n'y a qu'une politique du centre fondée sur une realpolitik ambitieuse et modérée, celle du juste équilibre, celle que nous défendons.

   Nos axes de réflexion et d'engagement politique sont tracés, il faut désormais en faire un véritable plan d'architecte de projet politique pour 2017. Assurons notre indépendance intellectuelle et politique par les idées et les projets de réformes politiques ! Intervenons sur des sujets techniques, car nous avons les experts compétents, et emparons-nous des sujets d'actualité qui défraient la chronique pour nous donner une véritable visibilité médiatique ! Il est de la responsabilité des élus, mais aussi des militants, de produire des idées et de les mettre en valeur. Décentralisation, Union européenne, immigration, politique de santé... : le centre, loin de rejeter systématiquement toutes les propositions portées à gauche et à droite, doit s'appuyer sur les points forts que sont sa modération et son expertise technique pour constituer le projet politique le plus ambitieux, réaliste et proche des grands enjeux locaux, nationaux, européens et internationaux de la France.

   Pour exister sur la scène extérieure, nous devons nous assurer d'un modèle politique viable et démocratique en interne. Le centre compte et s'appuie sur un électorat qui est présent mais qui tend à se conforter dans de vieilles positions. Soyons modernes, appuyons-nous sur les idées des jeunes militants qui nous rejoignent, écoutons-les et donnons leur une voix ! L'organisation de commissions de réflexion rassemblant élus et militants, jeunes et aînés, doit devenir notre force et notre distinction à l'égard des autres partis politiques français, où le lien démocratique interne existe trop peu, dévoré par l'ambition et l'ascension hiérarchique.

   Une famille se doit d'avancer ensemble, le centre doit reconstruire ce maillon qui constitue le lien entre les différents mouvements internes. Nous défendons des idées, nous aimons la chose publique, nous sommes républicains et convaincus que la politique n'est pas uniquement affaire de stratégie et de batailles pour le pouvoir. Quand nos idées sont similaires, ne laissons pas l'ambition personnelle dépasser l'ambition politique. Le climat politique délétère et les affaires, récurrentes, sont à la source du mépris et du désespoir des citoyens français à l'égard de la sphère politique gouvernante. Tâchons de ne pas reproduire les mêmes erreurs en nous perdant dans des errances purement politiques et stratégiques ! Ayons le courage politique de rester indépendants pour 2017 !

 

Propos recueillis le 22/10/14

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Olivier Gloaguen

Olivier GLOAGUEN

O. Gloaguen est vice-président des Jeunes Forces Démocrates, en charge du projet.

 

« Le centre se doit de se faire entendre »

 

   Quel centre pour demain ? Eh bien, la réponse tient en un seul mot : « conquérant » ! En effet, le centrisme, c’est-à-dire les forces progressistes, fédéralistes européennes, écologistes, réformatrices, humanistes, décentralisatrices et pro-entrepreneurs de l’échiquier politique français ont devant elles une grande opportunité, mais aussi une grande responsabilité.

   Après plus de trente années d’échecs successifs menés sans fracas ni trompettes par la gauche comme par le droite, la France paye désormais son immobilisme. Tout naturellement, les Français sont dégoûtés et ils ont bien raison : élections après élections, on leur promet monts et merveilles (« travaillons moins pour que tous travaillent » un jour, et « travaillons plus pour gagner plus » le lendemain) et… rien. Alors, ils ne croient plus en la parole des partis politiques et tentent de se réfugier, faute de mieux, dans le vote frontiste, ce parti démagogique qui n’attend que ça car là où il sait le mieux proliférer, c’est sur la misère, la rancœur et le désespoir.

   Le délitement de la classe politique, désormais flagrant, et les divisions surannées gauche-droite s’estompent face à de nouveaux axes de choix de société : replis identitaire ou ouverture ? Europe fédérale ou des nations ? Progrès ou conservatisme ? Réformes ou immobilisme ? Décentralisation ou concentration ? Transition énergétique ou laisser-faire ? Soutien résolu à l’innovation et l’entrepreneuriat ou empilement des contraintes ?

   Alors, oui, dans ce contexte, les centristes peuvent, s’ils s’en donnent les moyens et s’ils en ont véritablement l’ambition, proposer une alternative crédible et attendue par les électeurs. Une alternative crédible car ce ne sont pas des centristes qui sont aux manettes depuis trente ans. Nos idées ont été souvent reprises (car ce sont les plus sensées et les plus logiques), mais aussi malheureusement trop souvent dénaturées (un exemple : la TVA sociale). Attendue, car contrairement aux populistes, nous ne vivons pas prostrés dans le souvenir d’un passé nécessairement meilleur, mais nous regardons résolument vers l’avenir et proposons des réponses sans tabous aux problèmes d’aujourd’hui.

   Sauf que le centre n’est pas assez entendu. Sa chance dans les années qui viennent est justement de disposer d’un espace qui s’ouvre entre une droite profondément divisée et une gauche sans programme et qui se cherche. Un espace dans lequel il sera possible de faire émerger un centre uni et fort, mené par des hommes et des femmes politiques nouveaux. Un centre qui prenne la peine de parler à tous les Français, un centre qui n’a pas peur de conquérir le pouvoir, qui va jusqu’au bout de ses ambitions et surtout qui s’en donne les moyens.

   Pour cela, la recette n’est pas compliquée, mais elle requiert de la volonté : il faut fédérer, regrouper, rassembler au delà des petites ‘chapelles’ et des petits partis, des courants et des ‘écuries’ présidentielles sans lendemains. Il faut structurer, attirer des militants, les former, les écouter, les faire élire à tous les échelons, bâtir une machine de conquête et ne pas s’en cacher, affirmer notre indépendance, changer notre langage et parler celui des Français, de tous les Français, sans tomber dans la démagogie, mais en leur disant nettement ce qu’il en est, où nous comptons aller et comment le faire.

   Nos concitoyens « ne sont pas des veaux », ils ont bien compris la situation actuelle et se doutent de ce qu’il faut faire. Mais ils attendent désormais un leader crédible, c’est-à-dire quelqu’un capable de leur montrer le chemin et le but à atteindre. Quelqu'un qui leur redonne confiance en eux-même. Ils attendent une nouvelle génération de centristes, une génération qui a envie d’un centre conquérant, pour une France conquérante.

 

Propos recueillis le 23/10/14

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16 juin 2016

« Nations constitutives du Royaume-Uni : positions et perspectives en cas de Brexit », par Edwige Camp-Piétrain

Le 23 juin, dans une semaine donc, les Britanniques seront appelés aux urnes pour se prononcer sur une question cruciale dont l’issue, qui fait déjà largement l’objet de spéculations, aura à l’évidence des retombées bien au-delà des frontières du Royaume : faut-il rester membre de l’Union européenne ou bien la quitter ?

J’ai souhaité proposer à Mme Edwige Camp-Piétrain, professeur des Universités (elle est actuellement en poste à Valenciennes) spécialiste des questions de dévolution et d’indépendantismes au sein du Royaume-Uni, de nous livrer son sentiment quant à la manière dont chacune des nations constitutives du pays va aborder ce référendum et réagir à son résultat - trop incertain à cette heure pour qu’un pronostic clair puisse être établi même si, on peut l’imaginer, une certaine peur de l’inconnu entretenue à dessein fera peut-être basculer la majorité dans le camp du maintien, in extremis.

Je remercie Mme Camp-Piétrain, qui avait déjà richement éclairé les lecteurs de Paroles d’Actu sur l’affaire du référendum écossais en septembre 2014, pour son texte très instructif et qui a été élaboré, donc, autour de la thématique suivante, posée le 8 juin : « Angleterre, Écosse, pays de Galles, Irlande du Nord : positions et perspectives en cas de Brexit ». Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

« Angleterre, Écosse, pays de Galles,

Irlande du Nord : positions et perspectives

en cas de Brexit »

par Edwige Camp-Piétrain, professeur des Universités (u. de Valenciennes)

UK EU flags

Source de lillustration : http://www.express.co.uk

 

« Ce sont surtout les Anglais qui veulent quitter l’UE »

Le 23 juin, les Britanniques vont se prononcer par voie référendaire sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Si les critiques à l’égard des institutions européennes sont fréquentes, la volonté de quitter l’UE est nettement plus répandue en Angleterre que dans les trois autres nations, pays de Galles et, surtout, Écosse et Irlande du Nord.

Ainsi, les principaux thèmes de la campagne référendaire ne sont pas perçus de la même manière dans les différentes nations.

S’agissant de l’immigration en provenance de l’UE, ce sont surtout les Anglais qui veulent la limiter, tandis que les Écossais ont tendance à la juger plus favorablement. Les Irlandais du Nord craignent le retour d’une frontière avec la République d’Irlande.

En ce qui concerne l’économie, si nombre d’Anglais pensent pouvoir se libérer des contraintes réglementaires européennes, les habitants des autres nations préfèrent mettre en avant les avantages économiques et sociaux liés à l’adhésion. Quant à la souveraineté, une forte proportion d’Anglais entend la recouvrer en s’affranchissant du joug bruxellois. Les autres nations sont habituées à la partager entre les institutions britanniques historiques, les institutions européennes depuis 1973, et les institutions décentralisées créées à Edimbourg, Cardiff et Belfast en 1999.

« En cas de Brexit, les positions

indépendantistes seraient renforcées »

Ces divergences d’appréciation pourraient se traduire dans les urnes lors du référendum, seuls les Anglais se prononçant en faveur d’une sortie de l’UE. Cependant, étant donné le poids démographique de l’Angleterre, cette décision s’imposerait au reste du Royaume-Uni. Nombre d’indépendantistes écossais ont déjà affirmé qu’une telle situation pourrait justifier un second référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Certains nationalistes en Irlande du Nord ont évoqué un référendum visant à réunifier l’Irlande, ce qui pourrait raviver les tensions communautaires en Ulster. Le vote du 23 juin pourrait donc avoir des répercussions sur l’unité du Royaume-Uni.

par Edwige Camp-Piétrain, le 16 juin 2016

 

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13 mai 2016

François Delpla : « Hitler avait tout misé sur une victoire éclair... »

L’historien François Delpla s’est spécialisé depuis plus de vingt-cinq ans dans l’étude de la Seconde Guerre mondiale et du nazisme. Dans son dernier ouvrage en date, Hitler : propos intimes et politiques, paru en deux tomes chez Nouveau Monde éditions (le premier en janvier, le second à la fin de l’année), il s’attache à traduire, analyser et contextualiser une somme impressionnante de propos et mots du Führer. Il a accepté avec enthousiasme - je l’en remercie chaleureusement - de se prêter pour Paroles d’Actu au jeu des questions-réponses que je lui ai soumis pour un grand format autour d’une thématique, « Questions d’histoire : Hitler ». Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

QUESTIONS D’HISTOIRE : HITLER

« Hitler avait tout misé sur une

victoire éclair contre la France »

Interview de François Delpla

Q. : 12/05 ; R. : 13/05.

Propos

Propos intimes et politiques : 1941-1942 (Nouveau Monde éditions, 2016)

 

L’Allemagne aurait-elle regardé Adolf Hitler comme un « grand » homme d’État (à l’image d’un Frédéric ou d’un Bismarck) s’il avait disparu juste après les « accords » de Munich ?

Oui… mais à plusieurs conditions, difficiles à réunir. Il aurait fallu...

- que l’Allemagne consolide et conserve les progrès qu’il lui avait fait faire, quant à son rang international ;

- que la prétendue question juive soit résolue dans le sens d’un retour au statu quo juridique (les juifs déjà partis ne seraient sans doute pas revenus en masse, mais au moins ceux qui restaient, ou arrivaient pour quelque raison que ce soit, auraient retrouvé des droits identiques à ceux des non-juifs, seule situation acceptable au XXème siècle) ;

- que la succession de Hitler débouche, non sur une guerre de revanche, mais sur une stabilisation de la situation internationale.

Dans ces conditions, il pouvait se produire ce que Churchill appelait de ses vœux, notamment dans un article du 17 septembre 1937 :

« En plusieurs occasions j’ai appelé publiquement à ce que le Führer de l’Allemagne devienne maintenant le Hitler de la paix. Quand un homme mène une lutte désespérée, il se peut que ses dents grincent et que ses yeux lancent des éclairs. La colère et la haine soutiennent le courage du lutteur. Mais le succès devrait amener un adoucissement et un apaisement sur le visage et, en corrigeant l’humeur pour l’adapter aux circonstances nouvelles, préserver par la tolérance et la bonne volonté ce qui a été acquis par la lutte. »

On aurait considéré l’idéologie nazie comme un échafaudage temporaire, propre à tendre les forces de la nation derrière un pouvoir autoritaire le temps de rétablir son rang. On aurait pu aussi attribuer les folles imprécations de Mein Kampf à des tâtonnements de jeunesse, et considérer que les réalités avaient peu à peu poli l’auteur en lui inspirant des attitudes raisonnables. La crise des Sudètes n’était qu’une répétition générale avant de frapper les trois coups un an plus tard contre la Pologne, dans des conditions militaires et diplomatiques grandement améliorées : cette réalité aurait risqué de rester inconnue longtemps, et même toujours. Seuls de rares historiens auraient creusé la question, et de l’idéologie nazie, et de la stratégie que le décès de Hitler avait tuée dans l’œuf. Il n’est pas sûr qu’ils aient diagnostiqué que ce décès avait sauvé in extremis l’humanité d’une immense catastrophe, dont le scénario de 1945 n’était que la version la plus douce, grâce à la ténacité de Churchill au moment de la chute de la France.

Dans un exercice d’histoire contre-factuelle, ce scénario aurait été, lui, parfaitement impensable ! Aucun passionné d’uchronie n’aurait eu l’audace d’imaginer que l’histoire aurait produit le même jour, c’est-à-dire le 10 mai 1940, le poison et l’antidote, l’offensive de Hitler contre la France et la venue de Churchill au pouvoir. Mais encore une fois, qui se serait posé la question d’une éventuelle application de Mein Kampf si le Diable avait rappelé l’auteur à lui en octobre 1938 ?

 

Un statu quo diplomatique favorable à une perpétuation (et donc à un renforcement) funeste de l’État et de la société nazis se serait-il imposé si, dans l’hypothèse précédemment citée, le successeur d’Hitler à la tête du Reich avait opté pour une attitude de modération au-dehors ? (je précise ma pensée : si le successeur d’Hitler avait choisi de ne pas envahir la Pologne en 1939 ou s’il avait obtenu une satisfaction relative sur la question de Dantzig, les démocraties auraient-elles bougé contre l’Allemagne nazie ?)

Le nazisme n’est pas une nouvelle conception des rapports sociaux ou politiques à l’intérieur des frontières d’un pays, c’est un mouvement tendu vers la guerre et vers un rééquilibrage des relations entre puissances, obtenu par surprise avant que quiconque ait compris où Berlin voulait en venir. Alors de deux choses l’une : ou bien Hitler avait prévu sa succession et laissé des instructions précises à quelqu’un qui à l’époque ne pouvait être que Göring, ou bien, ce que je crois, il se jugeait indispensable et, parmi ses paris, figurait en bonne place celui de la prolongation de son existence. Göring ne partageait pas son obsession antisémite (ce qui n’excuse pas sa complicité dans la Shoah, tout au contraire) et, livré à lui-même, il n’aurait pas su quoi faire dans ce domaine. De même, il avait peu de liens avec le mouvement SS et n’aurait guère su se servir de cet instrument, mis au point par Hitler et Himmler en une décennie de rencontres fréquentes.

Et que faire encore du culot de Hitler dans le mensonge, avec son cortège de demi-aveux ? C’est l’oeuvre d’un artiste et d’un seul, par exemple quand, cinq mois après que vous l’avez enterré, il prononce le stupéfiant discours du 30 janvier 1939. Il sait alors qu’il va faire la guerre et il accuse les Juifs de s’apprêter à la déclencher, ce qui leur vaudra, dit-il, un châtiment terrible. Cependant, celui-ci est présenté sous une forme édulcorée : ils disparaîtront de l’Europe, ce qui avec un peu de bonne volonté (et les autres gouvernements n’en manquent pas) peut encore à la rigueur passer pour un projet d’expulsion et non de massacre.

Non, vraiment, nul ne pourrait former suffisamment bien un disciple pour obtenir de lui un dosage aussi millimétré de la violence, et verbale et physique. Oui, j’augure très mal de la destinée du navire si on fait disparaître le capitaine au moment que vous dites !

Les événements de 1945 peuvent ici nous guider : tout se dissipe comme un rêve, les SS s’effacent sans retour malgré leurs tentatives minables de devenir des « loups-garous » menant la vie dure aux Alliés. Il reste suffisamment de bourgeois conservateurs pour prendre les rênes en endiguant le peuple, d’ailleurs abasourdi, et, un peu plus tard, réhabiliter la Wehrmacht sous l’égide de l’OTAN. Fin 1938 c’aurait été plutôt l’inverse, l’armée prenant le pouvoir le temps qu’une classe politique se reforme dans les hautes sphères. Certes, en 1945, une catastrophe militaire a quelque peu aidé à la dissipation du rêve, mais la disparition de Hitler juste avant sa guerre aurait joué le même rôle.

C’est d’ailleurs une des clés de son succès : personne ne voyait clair dans son jeu en Allemagne ni ailleurs, tant il voulait de choses à la fois. Il fallait beaucoup de maîtrise pour slalomer au jour le jour en définissant des priorités, lui seul avait cette maîtrise… et l’un de ses plus grands talents était de dissimuler le sien ! Notamment sous un discours violent qui le rendait peu suspect de finesse et de retenue.

 

Que sait-on de la manière dont Hitler considérait les deux personnalités suivantes : Winston Churchill ; Charles de Gaulle ? Portait-il quelque estime à ceux de ses ennemis résolus qui étaient prêts à mourir pour la défense de leur patrie et de leurs valeurs ?

Oui et non. Il admirerait volontiers Churchill dans l’absolu, mais il vit dans le relatif ! Et Churchill est avant tout celui qui le frustre d’un triomphe très bien parti, donc il ne saurait être qu’une « putain des Juifs ». Pour de Gaulle c’est très différent ; il le voit sans doute d’abord comme un aventurier qui joue la carte anglaise, puis progressivement il admire sa capacité de survie et son talent pour rassembler son peuple. Cela débouche sur un texte extraordinaire, une lettre signée Himmler mais portant la griffe hitlérienne, adressée à de Gaulle en avril 1945. Elle affirme que l’ambition du Général de faire pièce à la fois aux Américains et aux Soviétiques a pour condition première de réalisation la réconciliation franco-allemande et que « Himmler » est prêt à négocier la chose. L’artiste n’est pas mort ! Il est très en forme au contraire, à la veille de son suicide, malgré sa déchéance physique. De Gaulle évidemment ne répond pas… mais publie la chose, hélas partiellement (et sa famille n’a pas été en mesure de me dire où était l’original), en 1959 dans le dernier tome de ses mémoires, en prélude à ses rencontres avec Adenauer !

 

Hitler

Hitler (Grasset, 1999)

 

L’Allemagne nazie, comme l’empire napoléonien, a joué et perdu gros contre l’immense Ours russe. Dans quelle mesure l’échec final de l’Opération Barbarossa tient-il à des erreurs d’appréciation et de stratégie imputables à Hitler ?

Tout le monde convient bon gré mal gré que Hitler n’a pas commis beaucoup d’erreurs avant l’été de 1940, mis à part le putsch raté de 1923, dont il a tiré intelligemment les leçons. Quand on veut dénigrer son intelligence, ou ses compétences militaires, on est obligé de se rabattre sur des événements postérieurs à la campagne de France. Il aurait en particulier sous-estimé la puissance russe, ou l’américaine… ou, au diable l’avarice, les deux. Ce sont d’ailleurs ses succès de la première année de guerre, que cette littérature attribue volontiers à la chance, qui l’auraient grisé et lui auraient donné l’audace d’écouter de moins en moins les experts militaires.

Une observation plus attentive montre qu’il avait tout misé, précisément, sur ce mois de mai 40 où la France aurait dû signer la paix peu après la percée de Sedan, alléchée par des conditions « généreuses », et où l’Angleterre elle-même, faisant ses comptes, aurait pris le chemin de la négociation. Churchill trouble ce scénario, tout d’abord en retenant Reynaud sur la pente de l’armistice et en obligeant l’Allemagne à s’enfoncer en France (au risque de fâcher les États-Unis), puis en ne signant pas lui-même la paix et en se maintenant au pouvoir, après l’armistice français. Entre le 22 juin, date de cet armistice, et le 3 juillet, Hitler attend avec confiance que la classe dominante anglaise congédie Churchill quand se produisent les événements de Mers el-Kébir, qui sont pour lui un tocsin ou, déjà, un glas : Churchill a réussi une performance de type nazi - faire couler un sang innocent - et il obtient les félicitations, non seulement des Communes, mais de Roosevelt ! C’est la « Juiverie » qui s’organise, en vue d’une guerre d’usure pour laquelle l’Allemagne n’est absolument pas préparée… non parce que Hitler a fait n’importe quoi, mais parce qu’il a tenté la seule opération qui pouvait permettre la reprise de l’expansion allemande après le coup d’arrêt de 1918 : une victoire éclair sur la France, qu’une planète stupéfaite aurait bien été obligée d’entériner.

Toutes les « erreurs » découlent de l’échec, d’extrême justesse, de cette manœuvre. Après il faut bien l’assumer, la guerre longue, en tentant de provoquer des occasions de la terminer… et l’idée d’un Barbarossa liquidant la Russie en trois mois n’est, vue sous cet angle, pas sotte du tout. Mais là encore Churchill sera à la parade, par son discours du 22 juin 1941 qui sidère Staline avant de le sauver.

 

Question liée, souvent posée : Hitler a-t-il été, pour ce que l’on en sait, manifestement « sain d’esprit » s’agissant de chacune des grandes décisions stratégiques qui lui sont dues ?

Réponse liée : sa manie des paris ne s’explique que par sa folie, dont la croyance en une mission à lui donnée par la Providence est l’un des deux grands fantasmes, l’autre étant la certitude d’un cancer juif en train de tuer l’humanité.

 

Comment recevez-vous ces rumeurs régulièrement resservies selon lesquelles Hitler ne se serait pas suicidé en avril 1945 mais aurait fui en Amérique latine ? De manière plus générale : l’historien sérieux que vous êtes prête-t-il quelque attention critique aux théories des uns et des autres, y compris les plus farfelues, ou bien tendez-vous à les balayer d’un revers de manche ?

Je balaye ! Hitler était un adepte du tout ou rien : triomphe ou suicide, depuis le début. Survivre en s’échappant puis vivre traqué et reclus, très peu pour lui !

 

La situation de crises plurielles, identitaires notamment, que connaît l’Europe actuellement vous paraît-elle de nature à favoriser, si l’on n’y prend garde, la poussée des mouvements de droite extrême au cœur de nos systèmes démocratiques ? Est-ce que de ce point de vue, vous avez le sentiment qu’on se retrouve potentiellement au début des années 30 pour tel ou tel point de l’espace Europe ?

Le nazisme ne pouvait survivre et ne peut revivre. Le procès de Nuremberg, malgré ses défauts, a joué et joue ici un rôle majeur. Cependant, comme ledit nazisme n’a pas été encore vraiment analysé et digéré, il continue de pourrir l’ambiance. Il a notamment beaucoup contribué à faire raisonner les humains en termes binaires et ce, à l’échelle mondiale. Un ennemi sournois, sur le modèle du Juif vu par Hitler, menace les honnêtes gens partout dans le monde. Pour Staline et les siens ce sera le trotskysme puis le titisme maniés par la Gestapo puis la CIA, pour l’Amérique de la guerre froide le communisme tapi derrière la moindre grève et la plus petite révolte coloniale, pour Bush junior l’islamisme et pour Ben Laden Bush junior… je vous laisse prolonger les courbes !

Un bon signe de l’influence hitlérienne est l’ironie avec laquelle on parle de l’ONU, tout comme on dénigrait la SDN dans les années 30 et plus tard. On oublie que c’est Hitler en personne qui a tué celle-ci, en la traitant d’entreprise juive, en la quittant et en méprisant son autorité. Les autres grandes puissances n’étaient que des complices de l’assassin, en acceptant ce verdict et en régressant de l’affirmation d’une discipline collective vers des négociations au cas par cas… comme celle de Munich.

Aujourd’hui, c’est une gendarmerie internationale qui manque le plus, dans le cadre d’une ONU à qui on donne enfin les moyens d’agir, en rendant ses résolutions contraignantes pour les États, petits et grands. Moyennant quoi les accords seraient infiniment mieux suivis d’effet. Et faute de quoi chacun fait sa petite loi, ses petits états d’urgence, ses petites déchéances de nationalité et ses gros cadeaux aux partis xénophobes.

 

Quelles sont, à ce jour, les zones d’ombre qu’il conviendrait encore d’éclaircir s’agissant d’Adolf Hitler ?

Tout ! Le nazisme est un sujet vierge, au sens propre : disons que s’il y a sept voiles, on en a enlevé un ou deux ! Attention, cela ne veut pas dire que les millions de pages écrites aient été inutiles. Mais pour l’instant il s’agit d’une banque de données, et il urge de les ordonner.

 

Où vous situez-vous par rapport au concept de « devoir de mémoire » ?

Si cela reste entre nous, je vous dirais que je trouve lexpression horriblement contre-productive, malgré les intentions sans doute louables de la plupart de ceux qui lemploient. Le devoir que je prêche est le devoir d'histoire. L'historien est tenu davoir mauvais esprit ! Il faut faire connaître et surtout comprendre le passé avec ses lumières et ses ombres, chaque fois que cela peut éclairer les choix daujourd'hui. Non seulement en ce qui concerne les périodes un peu reculées, mais les derniers temps : ainsi par exemple un dossier sérieux sur les origines de la dette publique grecque et ses profiteurs jusquaujourd'hui assainirait immédiatement latmosphère autour de cette question. Dune façon plus générale, la déliquescence des institutions européennes requiert impérieusement des notions précises sur les erreurs et les paresses, anciennes et récentes, de leurs constructeurs. Lamnésie des médias est désolante mais rien ne sert de se lamenter, il faut agir, et faire généreusement don aux journalistes surmenés dune profondeur temporelle.

Tenez, un dernier exemple, qui nous ramènera à la période nazie : un philosophe académicien sémeut de lélection du maire travailliste de Londres en se demandant si Churchill, auquel il voue « une admiration sans bornes », aurait ses chances à Londres aujourd'hui, puisquil nétait pas le fils d'un prolétaire immigré et musulman. Je lui réponds sur un réseau social :

« Churchill aurait-il ses chances dans l'Angleterre daujourdhui ? Pour la mairie de Londres, sans doute pas, mais de son temps non plus ! Mais l'imprécateur semble ignorer que son plus proche équivalent, socialement parlant, est à Downing street. David Cameron est en effet larrière-petit neveu de Duff Cooper, issu de la haute et le seul ministre vraiment churchillien des terribles semaines de mai-juin 40. Le fantasme du "Grand remplacement" entraîne quelques esprits pourtant un peu éduqués à anticiper une forêt là où il n'y a pour l'instant que quelques arbres, même pas un bosquet ! »

 

Parlez-nous de vos projets, François Delpla ?

L’édition des Propos de Hitler, qui va m’occuper jusqu’en septembre, a été décidée brusquement pour accompagner la sortie de Mein Kampf et a interrompu un livre en cours intitulé Hitler et Pétain. Un sujet particulièrement vierge ! Un Paxton, par exemple, l’a à peine effleuré. Barbara Lambauer, dans sa thèse sur Abetz, a livré force matériaux, mais n’y a vu que par intermittence et de façon décousue les impulsions données par le chef, et n’a pas soupçonné qu’il pût manipuler son représentant. Il y a énormément à dire aussi sur le remplacement progressif des militaires par les SS dans toutes sortes de fonctions au sein des forces allemandes d’occupation. Et les SS, c’est Hitler : encore un tabou, ou tout au plus une vérité qu’on veut bien reconnaître sans en tirer les conséquences. En matière de persécution des juifs, j’espère arriver à dépasser la querelle du Vichy protecteur et du Vichy persécuteur en montrant que là aussi l’occupant décide, en fonction d’une masse de paramètres dont le dosage varie souvent.

Ensuite ? Je pense que le prochain sujet viendra, comme d’habitude, chemin faisant, en fonction des nouvelles questions et des nouvelles sources. Depuis peu je participe sur Facebook à des débats qui ont vocation à déboucher sur une structure associative, afin de stimuler les découvertes.

 

François Delpla

Crédit photo : Paolo Verzone

 

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19 novembre 2025

Tommy : « Le public aime voir le geste du dessinateur, ça restera vrai longtemps »

J’ai la joie d’être régulièrement en contact avec le talentueux et sympathique dessinateur Tommy, depuis le début de la saga Géostratégix, qu’il mène d’heureuse association avec le géopoliticien bien connu Pascal Boniface. Pour leur nouvel opus, ils se sont attaqués à la très épineuse question israélo-palestinienne. Géostratégix : Israël-Palestine (Dunod, septembre 2025) permet à des publics qui ouvriraient peu spontanément des ouvrages de géopolitique (mais aussi à des lecteurs plus initiés) d’avoir en tête l’ensemble des grandes dates de cette histoire vieille de 80 ans, et des données d’un problème qui semble pour l’heure bien insoluble. Mais insoluble, l’est-il vraiment ? Faut-il renoncer à y croire ? Après tout, le titre même de l’ouvrage peut être lu comme un indice de ce qu’en pensent ses auteurs. Ils n’ont pas choisi, pour séparer "Israël" et "Palestine", le / qui oppose, mais le tiret, qui peut aussi être lu comme un trait d’union. Espérons ? Merci à Tommy pour ses réponses, sur le livre mais aussi son métier, ses envies, et pour le temps qu’il m’a accordé. Exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU (Q. : 08/10 ; R. : 12/11)

Tommy : « Le public aime voir le geste

 

du dessinateur, ça restera vrai longtemps »

 

Géostratégix : Israël-Palestine (Dunod, septembre 2025).

 

Tommy bonjour. C’est le quatrième album de Géostratégix que vous réalisez ensemble, avec Pascal Boniface. C’est désormais une relation de confiance solide qui s’est installée entre vous ? Cela se ressent-il dans la latitude qui t’est accordée pour la représentation graphique de ses textes ? Voire peut-être, un partage plus grand dans la détermination de la trame de l’ouvrage ?

  
Le fonctionnement avec Pascal et l’éditeur (Dunod) est resté le même depuis le premier album : j’adapte le texte de Pascal au format BD (découpage, scénarisation, ajout des bulles, de l’humour, etc.), je soumets les esquisses et l’on discute tous les trois. Mais comme pour les précédents livres, tout est fluide, avec peu de retours, et la même grande latitude qui m’est offerte depuis l’origine.

 

Ce nouvel épisode, totalement centré sur le conflit israélo-palestinien, ça a été pour vous une évidence, avec les évènements récents ? Comment as-tu réagi à l’idée ?

 

Quand Pascal m’a soumis l’idée, ça m’a paru une évidence. C’était de mémoire en mai 2024, la guerre lancée par Israël était déjà très installée, sur le terrain comme dans les médias français, et le besoin de connaissances sur le sujet nécessaire. Si Pascal ne l’avait pas proposé, je pense que je lui aurais suggéré ce choix.

 

C’est par ailleurs un sujet que j’ai toujours trouvé passionnant, avant cette résurgence, à la fois parce qu’il cristallise beaucoup de questions (coloniales, religieuses, politiques, géopolitiques, géographiques…), donc de complexité, et parce qu’il y a un rapport de force, ou plutôt de domination, brutal et révoltant, qui me semble assez simple à saisir.

 

Esquisse de la planche 9. Merci à Tommy.

 

N’est-ce pas déprimant, de devoir écrire sur près de 130 pages une histoire tragique de bout en bout, quand on sait qu’elle est vraie et qu’en plus elle est d’une actualité immédiate ? Dans quel état d’esprit vous y êtes-vous attelés ?

 

Si, c’est déprimant. Comme tous ceux qui suivent cette actualité depuis deux ans maintenant et qui voient défiler les images, notamment d’enfants victimes de la guerre, c’est quelque chose de pesant. En même temps, l’ambition de l’ouvrage est d’offrir des clés de compréhension, pour que le plus grand nombre comprenne les origines du conflit, afin que ce type d’événement se répète le moins possible à l’avenir. J’espère donc faire œuvre utile, ce qui compense en partie le côté «  déprimant  » de cette plongée dans l’horreur.

 

Est-ce qu’au-delà de la volonté de raconter au plus rigoureux et intelligible ce conflit vieux de près de huit décennies, il y a eu, notamment par tes choix dans les dessins, le souhait d’adopter un ton, voire de faire passer des messages dans le message ? On sent par exemple, les Israéliens volontiers plus cyniques que les Palestiniens, dans l’ouvrage...

 

Le conflit date d’avant 1948  (comme on le voit dans la BD) ! Et en effet, le dessin me sert toujours à faire passer des messages, c’est l’usage que j’en fait pour les Géostratégix comme dans ma pratique du dessin de presse. Si les Israéliens paraissent plus «  cyniques  », c’est qu’ils portent une responsabilité plus grande dans les événements actuels. L’Etat d’Israël a été créé en chassant les populations qui habitaient alors le territoire. Le projet sioniste ne s’est pas construit sur «  une terre sans peuple  », comme sa communication a voulu le faire croire. Et la politique d’apartheid mise en place depuis n’a pas vraiment contribué à apaiser la situation…

 

Si tu pouvais intervenir à n’importe quel moment de ce récit, comme homme venu du futur, de 2025, pour donner un conseil éclairer à tel ou tel protagoniste, histoire d’éviter le tragique de la suite, ce serait quoi, quand, et pour qui ?

 

Ce serait en préambule de la BD, pour prévenir le lecteur que Dieu (quel qu’il soit) n’existe pas (sauf erreur de ma part, son existence n’a jamais été prouvée), qu’il est donc inutile d’y croire et de défendre des religions (quelles qu’elles soient) qui au nom du sacré et de soi-disant héritages millénaires, tuent.

 

Les tout derniers développements, que vous n’avez pu traiter dans l’album, peuvent peut-être prêter à un optimisme prudent, avec la perspective d’un règlement au moins partiel du conflit en cours, tandis que de nombreux pays occidentaux, dont le Royaume-Uni et la France, reconnaissent désormais l’État de Palestine. Es-tu dans ton for intérieur optimiste quant à la possibilité qu’on assiste, de notre vivant, à quelque chose qui soit un règlement acceptable et à peu près définitif de cette question si épineuse, et si douloureuse ?

 

J’espère assister de mon vivant (disons dans les 50 prochaines années, je mange des légumes et je fais du sport) à un règlement du conflit. Ce ne sont pas les derniers déroulements qui me donnent bon espoir, car ce ne sont que des tractations cyniques, à la limite du commercial, qui ne prennent pas en compte la voix du peuple palestinien. Je garde espoir en regardant dans le rétro de l’histoire, notamment avec l’exemple européen, où après le pic d’horreur de la Seconde Guerre mondiale, la France et l’Allemagne ont su construire une alliance qui a certes ses défauts mais qui au moins a épargné une grande partie du continent de la guerre. Après la haine peut venir l’entente.

 

Quel est le public visé et, à cet égard, quels retours avez-vous reçus pour les trois précédents albums ?

 

On vise toute personne souhaitant comprendre le conflit israélo-palestinien, du lycée à l’EHPAD, formé ou non sur cette question. Ce n’est pas un pamphlet ou un brûlot revendicatif mais un récapitulatif chronologique et détaillé de faits historiques, sur le temps long, jusqu’à juillet 2025. On s’aperçoit que la série Géostratégix a un public assez large. Elle est plébiscitée sans trop de surprise par les profs de HGGSP (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques, ndlr) au lycée, les professeurs en charge des CDI, les bibliothécaires… mais aussi le grand public de tout âge. L’intégrale (qui regroupe les tomes 1 et 2, sortie dans une nouvelle version mise à jour et augmentée le 24/10 dernier) connaît un beau succès, je pense que c’est un bel objet qui rentre dans la catégorie «  cadeau utile  », pour soi, sa belle-mère ou son copain qui s’intéresse au monde qui l’entoure.

 

Peut-on imaginer que cet album devienne une série animée, à la fois pédagogique et exigeante ? Ça te plairait ? Tu aimerais en être ?

 

Tant que la série vit et touche un large public, je suis preneur  ! Si elle permet au plus grand nombre de mieux comprendre le monde dans lequel on vit, allons-y. Sur un projet animé plus précisément, j’aimerais beaucoup découvrir les coulisses de ce métier et y participer, par curiosité mais aussi pour m’assurer qu’on garde le même ton que dans les BD. Même si voir son œuvre adaptée sous-entend perdre en partie la main dessus. 

 

Si tu pouvais choisir le thème historique ou d’actu de votre prochain tome, ou en tout cas le suggérer, ce serait quoi ?

 

Figure-toi que le prochain tome est déjà en préparation. Pour le sujet, c’est top secret pour l’instant, mais les lecteurs de Paroles d’Actu seront parmi les premiers informés bien évidemment…

 

Est-ce que, Tommy, l’avènement de l’IA, y compris pour la génération quasi instantanée d’images sur la base de demandes précises, vous inquiète en tant que dessinateur, en tant qu’artiste tout court ? ChatGPT et cie, ce sont des menaces sans nuances pour les artistes, ou peut-être aussi, y compris pour vous, des alliés, des soutiens ?

 

Je n’utilise pas l’IA, ni dans mon travail ni dans ma vie quotidienne (pas volontairement en tout cas), je ne me sens donc jamais vraiment qualifié pour en parler. J’imagine que certaines tâches dessinées ont déjà été remplacées par l’IA, plus rapide et beaucoup moins cher qu’un dessinateur ou un graphiste, notamment des choses comme la création de logos ou d’affiches par exemple. Mais sur une articulation texte/dessin/humour/idées, comme dans la BD ou le dessin de presse, je ne pense pas être menacé. Je participe aussi souvent à des conférences pendant lesquelles je dessine en direct, à la main, avec une caméra filmant ma feuille. Au-delà des dessins, le public aime beaucoup voir le geste. Je pense que ça restera vrai encore longtemps.

 

Planche 49 définitive. Merci à Tommy.

 

Ton truc c’est essentiellement on l’a bien compris l’actu et le dessin de presse. Mais quel lecteur de BD es-tu ? La BD de fiction, ça ne te tente pas du tout ? Comme dessinateur bien sûr, peut-être aussi comme scénariste ?

 

La fiction me tente énormément, dans l’idéal en tant que scénariste et dessinateur, pour réaliser un projet de A à Z. Encore faut-il avoir la bonne histoire et plus je lis de BD (ou de romans, ou de films, ou de séries…) plus je me dis que tout a déjà été écrit. Sauf cette idée géniale, mais qui du coup… vient d’être prise, vu que je la découvre dans l’œuvre d’un autre ! En bref, petite pression pour trouver une histoire originale sur laquelle me lancer durant le looong temps de réalisation d’un album, mais ça finira par arriver. La solution intermédiaire à laquelle je réfléchis serait une adaptation d’un livre existant (je pense à un titre précis, que je ne donnerai bien sûr pas).

 

En tant que lecteur, j’aime bien les histoires plutôt réalistes, les ambiances de polar, noires (les séries Tyler Cross, Le Dernier Atlas). J’aime beaucoup le travail de Pierre-Henry Gomont, son trait, ses couleurs mais aussi son écriture. Slava pourrait être un roman, c’est de la littérature. Quelques BD d’humour de temps en temps pour respirer aussi (David Snug, Salch, Soulcié, King Fabcaro bien sûr, …).

 

Prends-tu toujours le même plaisir à chercher des idées, et à les dessiner qu’à tes débuts, que lorsque tu étais plus jeune ? À cet égard, avoir un tel métier, fruit d’une passion, c’est quand même chouette non ? ;-)

 

Ce n’est pas chouette, c’est génial ! Oui, je prends toujours du plaisir, car je suis en recherche et (j’espère) en progrès constants, tant sur le trait que sur la narration. De manière plus terre-à-terre, je choisis mes horaires, mon rythme, mes projets collent avec mes valeurs, on peut dire que c’est une activité épanouissante. Le grand regret serait de manquer de temps pour mener à bien toutes les idées qui fleurissent !

 

Après il faut être honnête, je n’ai pas toujours envie de dessiner, parfois j’ai la chance de pouvoir faire un peu de comptabilité ou d’autres tâches réjouissantes pour me changer les idées.

 

Tes projets et surtout ton envie pour la suite ?

 

Un livre de fiction (BD ou livre jeunesse) avec un traitement graphique plus travaillé et abouti que dans les Géostratégix, d’autres pistes d’animation de dessin (hors Géostratégix) à affiner. Je dessine aussi sur des pièces de céramique : avec Périg Céramique, on va sortir une collection de «  bols bretons du 93  » (le département, où je vis) qui me plaît bien (ICI)…

 

Un dernier mot ?

 

Bravo et merci à ceux qui sont allés au bout de cette lecture !

 

Tommy, autoportrait.

 

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11 décembre 2024

Alcante : « 2024 aura peut-être été ma meilleure année professionnelle »

Le formidable scénariste de BD Didier Swysen, alias Alcante, compte depuis quelques années maintenant parmi les invités qui toujours répondent à l’invitation de Paroles d’Actu, et je l’en remercie. En cette fin d’année, à l’occasion de la parution chez Glénat du tome 2 de son adaptation graphique des fameux Piliers de la terre de Ken Follett, il a accepté de s’exprimer longuement sur les coulisses de ce volume, et de tirer un bilan de son année 2024 qui, au moins à titre pro (le reste ne me regarde pas ^^), fut très riche. Si vous aimez l’univers de Follett, le médiéval, ou tout simplement les grandes histoires, vous aimerez forcément Les Piliers à la sauce Alcante. Je le salue, ainsi que ses talentueux compères Steven Dupré, Jean-Paul Fernandez, Nicolas Ruffini-Ronzani... sans oublier Quentin Swysen. ;-) Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche...

 

>>> À (re)lire aussi, le premier article Paroles d’Actu

sur Les Piliers de la terre (2023) <<<

 

Les Piliers de la terre : Le feu de Dieu (Glénat, octobre 2024).

 

Alcante : « 2024 aura peut-être été

 

ma meilleure année professionnelle »

 

EXCLU PAROLES D’ACTU

 

Didier bonjour. Franchement, avoir, dans toutes les (bonnes) librairies, le tome 2 des Piliers de la terre avec pour couverture une cathédrale qui flambe, alors qu’en France on rouvre Notre-Dame martyrisée, c’est pas du racolage ? Alcante, opportuniste ? ;-)

 

Haha ! C’est clair que la coïncidence est assez incroyable. :-) Pour m’amuser, j’ai d’ailleurs fait un post Facebook dans lequel je faisais passer la réouverture de Notre-Dame pour une action marketing de notre part afin de célébrer la sortie du tome 2 ! Je remercie d’ailleurs Emmanuel Macron, Anne Hidalgo et le Pape François pour leur collaboration !

 

Tu as évoqué longuement lors de notre première interview, la conception du premier tome, des travaux préparatoires jusqu’aux touches finales. Quelles sont les difficultés, les écueils à éviter pour un bon tome 2 ? Raconte-nous un peu les coulisses de celui-ci ? S’est-il construit dans la foulée du premier ?

 

Oui, après le T1, j’ai assez rapidement enchaîné avec le T2, tout comme d’ailleurs j’ai enchaîné sur le T3 après le T2. Le T1 a vraiment bien marché, donc on était tous assez enthousiastes pour cette suite. Tout le travail préparatoire avait déjà été fait pour lancer le T1, à savoir la maquette 3D du prieuré et de la cathédrale (réalisée par mon fils), le fait d’avoir trouvé un historien médiévaliste qui nous aide, toutes les recherches de personnages pour Steven etc. Donc il n’y a pas eu de difficultés pratiques rencontrées sur cet album, pour sa réalisation. Ou alors juste le timing qui était quand même fort serré (d’ailleurs finalement on a sorti l’album une semaine plus tard que le T1).

 

Au niveau de l’histoire, le tome 1 était un très bon tome d’introduction, avec déjà pas mal d’action, mais maintenant pour ce T2, il faut encore davantage entraîner le lecteur dans un tourbillon d’action, il faut que tout s’enchaîne bien, que les tensions augmentent encore d’un cran, etc, et de ce côté-là le tome 2 ne déçoit pas, je pense. Tom le bâtisseur et le prieur Philip doivent lutter contre un terrible incendie, puis contre les Hamleigh et l’évêque Waleran qui manigancent contre eux. Aliena et Richard se retrouvent sans ressources et à la merci de la violence... Je pense que le lecteur s’attache à beaucoup de personnages car il leur arrive plein de coups du sort contre lesquels ils doivent se défendre, alors qu’ils sont tout le temps en position de faiblesse : pauvres contre riches, prieur contre évêque, jeunes adolescents contre adultes etc. En tous cas, toutes les réactions des lecteurs sur les forums ou en dédicaces sont d’ailleurs vraiment très bonnes. De même pour les retours des libraires.

 

Au niveau des coulisses, je peux parler de deux points qui nous ont donné du fil à retordre...

 

Le premier (!!! attention spoiler !!!) c’est la manière dont Jack sort de la cathédrale dans laquelle il a été enfermé et alors que celle-ci est en feu et menace de s’écrouler. Dans le roman, Jack sort en fait par la tour qui était déjà en partie effondrée, mais cela posait plusieurs soucis. Le premier, c’est que ça semblait vraiment terriblement risqué car il allait devoir descendre le long d’une façade sur une hauteur de 20 mètres. Certes la façade était très abimée et donc avec des points d’appuis, mais quand même ça nous semblait un parcours vraiment trop "casse-cou". En fait, on aurait peut-être dû représenter cette tour différemment pour rendre cette scène plus crédible, mais nous n’y avions pas pensé lors de l’élaboration du tome 1. Mais même si on y avait pensé, il y aurait eu un autre problème : logiquement les moines et les serviteurs et visiteurs se seraient amassés dans la cour devant l’église lors de l’incendie, et ils auraient alors forcément vu Jack descendre, ce n’est pas possible autrement. Bref, quand on lit la scène dans le roman, ça marche très bien, mais quand on essaye de la représenter de manière crédible, c’est un vrai casse-tête ! D’ailleurs, tant les réalisateurs de la série télé que ceux du jeu vidéo ont eu visiblement le même problème car dans les deux cas, ils ont escamoté cette scène ! Dans la série télé, Jack finit par sortir tout simplement par la porte, sans que personne ne le remarque, profitant de la confusion (ce qui semble peu probable ou réaliste). Tandis que dans le jeu vidéo, ils ont fait encore plus simple : on voit Jack au sommet de la tour en flammes, regardant vers le bas (la tour effondrée), et on se demande bien comment il va pouvoir descendre... et hop l’image d’après on passe à autre chose et on le retrouve en bas sans savoir du tout comment il a bien pu se débrouiller :-) ! Finalement, nous, nous l’avons fait sortir par une fenêtre de la tour (les autres fenêtres étant inaccessibles), il se laisse ensuite tomber sur le toit du cloître et puis marche sur celui-ci (côté cour intérieure), et sort ensuite par le côté sud du cloître. Honnêtement, c’est nous qui avons fait le parcours le plus réaliste :-) !

 

Le deuxième point un peu délicat, c’était les plans de la future nouvelle cathédrale, que Tom réalise et va présenter à Philip. Dans le roman, ils sont décrits en détails mais ce n’était pas évident, loin de là, ni de comprendre (car il y a pas mal de termes techniques) ni de les visualiser et encore moins de les représenter de manière réaliste. Pour ce faire, je suis alors entré en contact avec Pascal Pigeot, le responsable du site RomanGothique.fr, un site qui fourmille de photos et d’explications sur les cathédrales romanes et gothiques. Je lui ai expliqué notre souci et lui ai demandé s’il pouvait nous aider, et il a été extrêmement gentil et utile, en nous donnant toutes sortes d’explications et en dessinant lui-même les plans qu’on voit aux pages 52 et 53 de l’album. C’est pourquoi nous le remercions à la fin de l’album. Là aussi je suis assez fier de dire que nos plans sont plus fidèles au roman, et plus réalistes, que ceux montrés dans la série télé :-)

 

Intéressants éléments de coulisses ! Quelques éléments supplémentaires du contexte et de l’intrigue, pour inciter nos lecteurs à s’emparer de ce tome 2 des Piliers ?

 

Eh bien, à la fin du tome 1, les Hamleigh avaient attaqué et pris le château du Comte Bartholomew de Shiring, et fait prisonnier celui-ci. Cela a eu comme conséquence que Tom et sa famille, qui venaient d’être engagés par le comte, se retrouvent de nouveau à devoir errer sur les routes pour trouver de quoi subsister. De même, Aliena et Richard, les enfants du Comte déchu, doivent apprendre à survivre seuls, eux qui ont été habitués au grand luxe. Aliena va devoir faire face à William Hamleigh, qu’elle avait humilié en refusant de l’épouser, et il a la dent dure... Quant à Tom et sa famille, ils vont arriver au prieuré de Kingsbridge. Ils espèrent pouvoir y être engagés car ils ont appris qu’un nouveau prieur vient d’y arriver, et que celui-ci veut redynamiser ce centre religieux. Malheureusement, celui-ci n’a pas d’argent pour les engager et ils devront repartir le lendemain... Mais durant la nuit, un violent incendie éclate et ravage la cathédrale. Sa reconstruction va alors donner lieu à des tensions entre le prieur et l’évêque mais aussi les Hamleigh, chacun ayant des intérêts différents...

 

Est-ce que pour toi cette histoire a des résonances par rapport à notre actualité des années 2020 (en-dehors de la cathédrale en feu bien sûr) ? 

 

Arf... Joker ! Je réponds par quelque chose qui n’est pas vraiment en rapport avec la question, mais j’ai vraiment une fascination pour ces bâtisseurs médiévaux. Quand on pense aux gigantesques cathédrales qu’ils ont réalisées sans ordinateur, sans électricité, sans calculatrice, etc... C’est incroyable !

 

À quand une collaboration plus directe avec Ken Follett, qui ne tarit pas d’éloges sur votre travail ? Partager le rôle de scénariste avec lui pour un projet en commun, pourquoi pas ?

 

Je ne pense pas que ce soit vraiment de l’ordre du possible, mais qui sait... ? J’aimerais bien en tous cas pouvoir le rencontrer et échanger avec lui, certainement ! Et peut-être lancer une adaptation d’un autre de ses romans...

 

 

Question liée : en quoi dirais-tu que ton travail de scénariste se rapproche, ou bien s’éloigne de celui du romancier ?

 

Ce qu’il y a de semblable, c’est que nous devons imaginer une histoire avec des rebondissements, du suspens, des personnages crédibles. On partage aussi le fait qu’on doit chercher de la documentation souvent, en tous cas pour les histoires historiques, mais même dans d’autres cas. On doit avoir une certaine curiosité intellectuelle.

 

La grosse différence évidemment, c’est qu’un romancier travaille seul, tout ce qu’il écrit a vocation d’être lu par les lecteurs, donc il doit soigner la moindre phrase. De notre côté, nous les scénaristes de BD, nous travaillons avec des dessinateurs et finalement la seule chose que nous écrivons et qui est lue par les lecteurs, ce sont les dialogues de nos personnages. Tout ce qui est descriptif est lu par le dessinateur et transposé en dessin par celui-ci. C’est à travers le dessin que le lecteur va ressentir une certaine atmosphère, percevoir les décors, etc.

 

Donc dans un certain sens, les scénaristes vont sans doute plus droit au but, car une partie du boulot va être faite par les dessinateurs (et les coloristes). Souvent d’ailleurs quand je lis un roman, je me fais la réflexion que je pourrais résumer 100 pages de roman en quelques pages de BD ! C’est ça la force du dessin. Comme on le dit "un petit dessin vaut mieux qu’un long discours"... ^^ Mais je ne cherche pas du tout à dénigrer les romanciers, j’ai beaucoup d’admiration pour les "belles plumes".

 

Du nouveau s’agissant de tes rêves d’adaptation audiovisuelle ? Quid de la possibilité, qui serait aussi chouette à mon avis, de travailler avec des gens de l’animation pour un long-métrage qui adapterait une de tes BD ?

 

C’est une possibilité, et d’ailleurs pour La Bombe, on est en train d’explorer cette voie-là avec un producteur qui a pris une option sur les droits.

 

Qu’as-tu envie de dire à celles et ceux qui prétendent encore que la BD, ce n’est que pour les gamins ?

 

Haha ! Je n’ai pas envie de leur dire grand chose en fait. ^^ Quand on voit tout ce qui se fait et tout ce qui s’est déjà fait en BD, il faut vraiment ne rien y connaître ou être de mauvaise foi pour dire ça. Si c’est par méconnaissance, il suffit de leur donner quelques chefs d’œuvre de la BD pour les faire changer d’avis. Mais si c’est de la mauvaise foi, par exemple par une sorte de vision élitiste, là, on ne peut rien faire...

 

Quel bilan tires-tu, à titre professionnel (et personnel si tu le souhaites), de cette année 2024 qui s’achève et qui pour toi aura été intense ?

 

Je pense que professionnellement 2024 aura été peut-être ma meilleure année. En tous cas, je suis très fier de mes sorties : Les Damnés de l’or brun T2, Whisky San (tous les deux coécrits avec Fabien Rodhain), G.I. Gay, La Diplomatie du ping-pong et Les Piliers de la terre, je peux pas me plaindre ! Ça va être dur de refaire une si belle année...

 

Tes projets et surtout, tes envies pour la suite ? 2025, un peu moins de travail ? ;-)

 

Au niveau des scénarios, là je suis justement en train de terminer le T3 des Piliers. J’hésite entre deux options, une avec un peu plus de suspens et d’ambiance; l’autre plus directe mais qui me permettrait de placer un beau flash-back qui figurait bien plus tôt dans le roman... Je me demande si je ne vais pas écrire les deux versions pour pouvoir choisir en connaissance de cause. Ensuite, il y a un très beau projet avec Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier, mes comparses de La Bombe, ça va bien m’occuper en 2025 mais c’est un peu tôt pour en parler. En fait, j’ai pas mal de projets mais ils sont tous assez embryonnaires pour l’instant. J’aimerais bien réécrire quelque chose de tout à fait inventé aussi, pour me "reposer" un peu de toute cette recherche de documentation.

 

Mais sinon, si vous voulez vraiment me souhaiter quelque chose, j’espère que mes proches et moi garderons la meilleure santé possible, c’est le principal... :-)

 

Un message pour tes camarades des Piliers ?

 

J’en profite pour remercier Steven Dupré, ça fait des années qu’on se connaît, depuis 2004, vingt ans déjà, et je suis super heureux de son travail sur Les Piliers. Je suis très content car c’est moi qui l’ai amené sur le projet, et c’était une très bonne idée. :-) J’adore recevoir ses planches et les agrandir sur mon PC pour voir tous les détails et la finesse de son encrage !

 

Et j’en profite aussi pour remercier Jean-Paul Fernandez qui a fait un super boulot sur les couleurs de ces deux tomes, mais qui ne sera pas sur les suivants car il prend sa retraite, que je lui souhaite la plus agréable possible !

 

Et tant que j’y suis, un tout grand merci aussi à Nicolas Ruffini-Ronzani, l’historien médiévaliste dont l’aide est aussi précieuse qu’agréable !

 

Un dernier mot ?

 

Euh... Joyeuses fêtes de fin d’année à toutes et tous, et ce serait pas mal si les tensions pouvaient un peu retomber au niveau mondial !

 

Interview : début décembre 2024.

 

 

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