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Paroles d'Actu
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8 août 2016

« Du salafisme et du djihadisme en France », par Pascal Le Pautremat

Il est beaucoup question, dans l’actualité aujourd’hui en France, de la manière dont il serait opportun de mieux contrôler ou en tout cas surveiller l’Islam qui se pratique sur le territoire national, les messages qui sont prodigués et les sources de financement notamment - des interrogations légitimes au vu du choc provoqué par les attentats récents perpétrés au nom et à la gloire du dieu des musulmans. « Pas d’amalgame », dit-on, et c’est en effet un point essentiel, fondamental : l’omettre reviendrait avant toute chose à oublier que numériquement parlant, et de loin, les premières victimes du djihadisme au niveau global sont des musulmans. « Djihadisme », « salafisme »... autant de termes qu’on ne maîtrise pas forcément toujours ou toujours bien.

En soi, le réflexe du « Pas d’amalgame » est noble mais il ne suffit plus : pour que puisse se tenir un débat en connaissance et intelligence de cause, loin des raccourcis insinués souvent à des fins politiques, il faut savoir de quoi on parle, définir les termes et les concepts. C’est ce qui a guidé la démarche qui m’a fait contacter le géopoliticien et docteur en histoire contemporaine Pascal Le Pautremat : à la mi-juin, je l’ai invité à écrire quelque chose autour de la thématique, « D’hier à aujourd’hui : le salafisme djihadiste en France ». Il n’était pas prévu que l’article se fasse avant septembre ; c’était sans compter sur les derniers développements, tragiques et sanglants, au premier chef desquels l’attentat de Nice, le 14 juillet. L’entretien, composé d’un long et passionnant propos introductif et de questions-réponses éclairantes, a été réalisé entre le 31 juillet et le 4 août. Je le remercie pour ce document, important ; un élément précieux à ajouter aux pièces du débat qui, à défaut de pouvoir être serein, doit au moins être réfléchi. Une exclusivité Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« De peur d’être taxé d’islamophobie, on a trop longtemps

refusé d’admettre qu’il y avait un Islam pluriel »

Du salafisme et du djihadisme en France.

Interview de Pascal Le Pautremat

Front al-Nosra

Des membres du groupe djihadiste Front al-Nosra près d’Alep, Syrie. Crédits photo : AFP.

 

Depuis les années 90 et, de surcroît, depuis le début des années 2000, la France est durement frappée par un terrorisme islamique colporté par des courants djihadistes plus ou moins occultes et dormants, également financés en partie par des mécènes en provenance de pétromonarchies. Le problème est aujourd’hui aigu avec un nombre de victimes qui s’amplifie tragiquement, contribuant à créer une atmosphère assez délétère en France sur fond de décrédibilisation de la classe politique, toutes tendances confondues, tant l’opinion publique a le sentiment que les moyens annoncés et les mesures édictées n’endiguent en rien cette menace constante, ce qui témoigne d’une nouvelle forme de guerre au cours de ce début du XXIème siècle.

Il existe pourtant de nombreuses expertises, de nombreuses analyses qui ont mis en avant, depuis plus de vingt ans, la dangereuse montée en puissance d’une communauté fondamentaliste musulmane, tant en France qu’en Europe ; une communauté islamique en relations étroites avec les mouvements les plus conservateurs qui émanent des pétromonarchies historiquement connues pour leur rigorisme religieux, à l’instar de l’Arabie Saoudite et du Qatar.

« Longtemps, le fait de pointer l’ascension

d’un Islam radical en France a valu d’être

catalogué complice ou partisan de l’extrême-droite »

Dénoncer la réalité de cet état de fait était souvent considéré comme faire le jeu d’une extrême-droite en embuscade, à l’affût de la moindre faiblesse des partis classiques pour, justement, légitimer ses états d’alerte répétés. Aujourd’hui, après l’attentat de Nice du 14 juillet 2016, qui a fait 85 morts et plusieurs centaines de blessés, qui vient s’ajouter aux attentats de 2015, le ton a changé*. L’approche de la situation vis-à-vis de la communauté radicale musulmane de France a changé.

* Entre juin 1995 et l’été 2016, les attentats islamiques ont fait 250 tués et près d’un millier de blessés.

Reste à savoir si l’État français sera en mesure, sans être accusé par ses détracteurs de violer les droits constitutionnels et les principes de libertés et de droits de l’Homme, de mettre hors d’état de nuire tous ces différents réseaux qui, sous couvert de la communauté musulmane de France, ne font qu’attiser en sous-main les tensions et instrumentaliser des hommes et des femmes plus ou moins perdus pour des raisons socio-économiques ou pour des raisons psychologiques ou inhérentes à leur propre parcours de vie, fait de souffrances non digérées, d’amertume, de frustration ou vexations profondes... Des êtres humains, pourtant intrinsèquement sources de vie, qui deviennent instruments de mort, au nom de concepts dits religieux destinés à légitimer l’inacceptable.

En tout cas, les structures comme l’Union des Organisations islamiques de France (UOIF), dont il ne faut pas sous-estimer la duplicité, les Frères musulmans, représentés notamment par Tariq Ramadan, depuis la Suisse, avec son frère Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, et bien d’autres encore, sous couvert du salafisme, sous couvert de réseaux opérant en parfaite discrétion aux quatre coins du pays, sont clairement là pour faire avancer leurs principes rigoristes, en faveur de l’instauration de la loi islamique, la Charia, selon la fameuse « stratégie des étapes ».

Face à cette situation d’un Islam pluriel, en France, se pose à nouveau la question récurrente quant à l’opportunité ou non de promouvoir un « Islam de France », à savoir reposant sur une organisation et un financement clairs et transparents, tant en matière de formations et profils des imams que de lieux de culte focalisés sur une approche sereine, apaisée d’un Islam loin de tout prosélytisme communautariste et irascible. La création du Conseil français du Culte musulman (CFCM) en soi, présentée comme l’œuvre de Nicolas Sarkozy – c’est lui qui l’a rendu possible en s’impliquant personnellement même si le projet était « dans les cartons » du ministère de l’Intérieur depuis près de vingt ans – s’inscrit déjà dans cette approche conceptuelle.

« Nos politiques semblent découvrir à peine une réalité

ancienne: une part des financements provient du Maghreb »

On est en train de voir surgir plusieurs constats quant à ces financements, dont il ressort qu’ils proviennent non seulement de l’Arabie Saoudite et du Qatar mais aussi de la Turquie et des pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie). Je citerai, sans les nommer, les propos de députés en charge de la commission d’enquête sur ces questions-là, qui se sont dit choqués à la découverte des taux de financement importants imputables aux pays du Maghreb. Les bras nous en tombent, nous, experts - dont je pense faire partie, travaillant sur ces questions depuis pas mal d’années - face à ces réactions : il n’y a rien de nouveau sous le soleil, cette réalité-là remonte à plusieurs décennies. Je suis stupéfait de voir combien nous sommes dans une époque où nombre d’hommes et de femmes politiques semblent avoir la mémoire courte, semblent découvrir des situations qui ne sont pas nouvelles. Ce qui témoigne du manque de travail de fond sur le long terme, de manière continue sur ces questions. Tout est vu de manière épidermique, au gré de l’actualité dramatique de ces dernières années. Certains semblent se réveiller, sous les effets de l’appréhension collective, de la peur, de la hantise, du traumatisme inhérent aux attentats passés et de l’appréhension des prochains.

« La représentation actuelle de l’Islam en France

n’est ni stable, ni sereine »

L’autre vrai problème qui se pose par rapport à l’organisation de l’Islam en France et à la cohabitation des différentes tendances en son sein, qu’elles soient plus ou moins modérées, ou clairement fondamentalistes, à l’instar de celles qui sont dans le sillage de l’Union des Organisations islamiques de France, c’est celui des égos des uns et des autres. On y trouve des luttes de tendances, d’influences étatiques : ceux qui représentent l’Algérie veulent avoir l’ascendant sur ceux qui représentent le Maroc ou la Tunisie, et en marge de cela, ceux qui sont pour un Islam plus rigoriste et fondamentaliste, dans le sillage de ce qui émane du wahhabisme saoudien, etc. C’est là une situation de crise à laquelle nous sommes confrontés depuis des décennies et de laquelle l’État français ne parvient pas à s’extirper aisément : il suffit de refaire l’historique du Conseil français du Culte musulman pour constater combien il est difficile de concilier toutes les tendances sans contrarier les uns et les autres, combien l’UOIF s’est estimée lésée et a contribué, à plusieurs reprises, à des tensions en interne. On aborde en tout cas ici un point qu’il faut absolument garder à l’esprit : le manque de stabilité et de sérénité des représentants eux-mêmes de l’Islam en France. Cela reflète finalement la réalité de l’Islam dans le monde qui n’est pas apaisé, est toujours meurtri par une guerre « intraconfessionnelle », entre sunnites et chiites… depuis le VIIe siècle. Quel drame planétaire !

On en arrive maintenant à la question du salafisme. Quelques considérations générales, avant de répondre de manière plus précise à vos questions...

Déjà, et c’est un fait, les fondamentalistes, dans la logique du wahhabisme, ont tous la même finalité : appliquer la charia (ou loi islamique, ndlr) et l’étendre même. Seules les méthodes varient en fonction des tendances. Si vous prenez, par exemple, les Frères musulmans, qui ne sont pas tous pour l’application du djihad stricto sensu, il faut plutôt respecter le régime politique en place, ses institutions ; il faut même profiter des logiques mêmes du multipartisme et des conceptions démocratiques pour gagner un assise de représentativité jusqu’à parvenir à participer à la vie politique puis à changer fondamentalement le système politique une fois au pouvoir.

« Les Frères musulmans entendent instaurer la charia

en jouant le jeu de nos systèmes démocratiques »

C’est cela qu’il faut absolument comprendre : les Frères musulmans souhaitent profiter des systèmes et politiques de communication en place, de l’importance des médias, de la séparation des pouvoirs de nos pays, etc. Ils veulent jouer de tout cela pour faire avancer leurs idées, leur concept de société. À terme, à la faveur de cette fameuse stratégie des étapes, ce qu’ils veulent faire émerger, notamment en France et dans les pays européens via l’Union des Organisations islamiques d’Europe (UOIE), c’est l’affirmation totale, pleine et entière de la charia. Cela ne passerait pas par des révolutions ; pas nécessairement par la violence.

Cette stratégie des étapes, ne satisfait guère certains qui, amers ou vindicatifs, ou en rupture avec la société qu’ils accusent de tous les maux, trouvent que, finalement, les idées développées par l’organisation État islamique en Irak et au Levant (EIIL), devenue État islamique puis maintenant Daech pour nous Français, ont quelque chose de très attractif. Ce qu’ils veulent, c’est mettre à terre les régimes occidentaux le plus vite possible, en y déstabilisant profondément les sociétés, en faisant éclater les tensions communautaristes et en instaurant, in fine, la charia. Donc effectivement, tout cela a eu un écho auprès de jeunes en totale rupture avec nos systèmes traditionnels, ou même un peu en marge sociologiquement parlant. D’autant plus qu’il y a maintenant toutes les nouvelles techniques d’information et de communication, via Internet et même le Darknet (voir à ce propos, l’interview de Vincent Joubert sur Paroles d’Actu, ndlr) notamment, qui contribuent, on le sait très bien, à favoriser, consolider, élargir des campagnes de communication extrêmement bien maîtrisées de la part de Daech.

« L’UOIF a organisé des conférences auxquelles ont été

conviés des prédicateurs légitimant le djihad en Syrie »

Il y a donc cette question majeure des jeunes sociologiquement déviants. Avec notamment les convertis des zones périphériques ou périurbaines, souvent au contact de jeunes maghrébins qui pour certains fréquentent assidûment la mosquée ou des groupes de pratiquants se voulant « puristes », et donc sectaires, avec des imams plus ou moins autoproclamés, qui prêchent des idées parfois déstabilisantes pour nos sociétés mais très attractives pour leur auditoire, notamment donc des jeunes voulant en découdre. Les jeunes convertis, pour certains, se projettent dans ce modèle d’un État islamique à venir. On a d’ailleurs vu l’UOIF organiser des conférences discrètes, au cours de ces dernières années, et faire venir des imams, des prédicateurs venant pour certains d’Arabie Saoudite, pour y promouvoir des concepts extrémistes, légitimant de manière détournée le fait de vouloir se rendre dans l’arc syro-irakien pour participer au djihad (exemple du Syrien Mohamad Ratib Al-Nabulsi ou du Saoudien Abdellah Sana'an, imam de Médine).

« Combien de journalistes se sont accrochés, au moment de

l’affaire Merah, à la thèse du "loup solitaire"... »

On voit donc que l’UOIF, tout comme l’UOIE, ont prôné leur propre logique de promotion d’un rigorisme fondamentaliste et que leurs franges les plus radicales sont dorénavant entrées dans une logique guerrière de manière très concrète. Ces jeunes trouvent plus attractif d’aller se battre en Syrie mais ils ont maintenant tendance à revenir en France et en Europe, contribuant en somme à déstabiliser les territoires occidentaux en question, comme on le sait. Il y a, outre les attentats, les réseaux dormants, les cellules en sommeil, toutes les filières de soutien logistique que l’on connaît ou que l’on subodore... Sur ces points, nombre de journalistes sont dans le déni. Je me souviens combien, au moment de l’affaire Merah, la thèse du «loup solitaire » était l’une des convictions essentielles des médias, et combien il a été compliqué de faire comprendre à certains que la réalité était totalement inverse... La donne a bien changé depuis. La réalité a éclaté au grand jour. Mais il aura fallu ces attentats, ces crimes effroyables et les enquêtes et états des lieux pour que beaucoup ouvrent les yeux… loin des dogmes, des convictions partisanes.

Aujourd’hui, donc, les traditionnalistes qui ne veulent pas nécessairement mettre à bas les régimes occidentaux se font dépasser par ces franges radicales salafistes ; loin du salafisme piétiste. Ces gens-là sont pour un salafisme qui prône le djihad, et il n’est pas question ici de travail sur soi ou de lutte contre soi-même mais bien de lutte contre ceux qu’ils estiment être des mécréants, les kâfir, les non-croyants comme ceux qu’ils estiment adeptes de religion autre que la leur.

Il y a actuellement une espèce d’agitation dans tous les sens de l’establishment politique français puisqu’il y a désormais une vraie prise de conscience de la menace alors que tout était pré-établi, affiché et annoncé depuis, je le répète, plus de vingt ans... Mais il y avait ce refus net de regarder les choses en face : de peur d’être taxé d’islamophobie, on a trop longtemps refusé d’admettre qu’il y avait un Islam pluriel.

« 3 à 400 000 fondamentalistes islamiques en France,

dont 15 000 sur une ligne dure... et plus de 2000 prêts à tout »

Un Islam pluriel qui fait qu’on a, aujourd’hui en France, une communauté de fondamentalistes estimée à entre 300 000 et 400 000, dont 15 000 qui sont viscéralement inscrits dans un fondamentalisme extrêmement rigoureux et véritablement enclin à briser les libertés individuelles, notamment celles de la femme. Et vous y trouvez un noyau dur, estimé, vers la fin des années 2000, à 2000 personnes environ réellement prêtes à tout : actes paramilitaires, propagande et prosélytisme jusqu’au-boutistes et sans nuance...

Depuis l’éclatement de la guerre civile en Syrie en 2011, il est très compliqué de connaître le nombre exact d’activistes ou de personnes potentiellement dangereux : il y a des allers-retours ; ceux qui ont quitté l’arc syro-irakien, qui vont transiter par l’espace pan-sahélien, remonter vers l’Europe puis rejoindre des cellules dormantes. C’est donc très compliqué de connaître la réalité des chiffres. Mais en tout cas, il y a urgence maintenant à agir.

« La solution ne viendra que des musulmans eux-mêmes »

En somme, la solution ne viendra réellement que des musulmans eux-mêmes, même si, bien sûr, il faut que les pouvoirs publics, de France, comme des différents pays européens notamment la Grande-Bretagne, soient à leurs côtés et soutiennent de façon très ferme une politique qui vise à éradiquer et interdire intégralement, sans concession aucune, l’enseignement d’un Islam rigoriste tel qu’on le voit pratiqué dans les institutions universitaires et scolaires financées par l’UOIF – ce qui est en soi est une contradiction stratégique monumentale puisque l’on cherche, conjointement, à tarir la source des dérives salafistes et djihadistes…

 

Quels sont les grands traits caractéristiques de la doctrine salafiste ? Est-elle nécessairement porteuse du concept de djihad en tant que devoir pour les fidèles ?

Pour être synthétique, il faut bien s’inscrire dans cette idée que le salafisme décline du wahhabisme. Le wahhabisme est apparu au XVIIIème siècle, avec le prédicateur et théologien Mohammed ben Abdelwahhab (1703-1792). L’idée est bien d’arriver à un système où il y a mise en place de la charia, qui doit être vraiment le maître-mot, la ligne de conduite politique, économique, sociale, sociétale, etc.

« Les salafistes croient être au plus près de l’Islam originel »

Les salafistes en tant que tels s’affirment davantage au XXème siècle. Parmi eux, il y a ceux qui sont dans une démarche dite piétiste – même s’ils sont très opposés aux soufistes -, ceux-là sont plutôt dans la réflexion intellectuelle, en faveur justement de la mise en place d’un système basé sur la charia, qui doit être vraiment le code de conduite à la fois personnel et collectif. Les salafistes, loin de toute humilité, s’estiment être les plus proches de l’Islam originel, ceux qui pratiquent le plus fidèlement l’Islam tel qu’il a été prodigué par le premier cercle des fidèles de Mahomet. Ils se disent puristes et considèrent que personne ne peut les concurrencer sur ce point.

Ils estiment que pour faire avancer cet Islam originel, il faut passer par le prosélytisme, l’éducation, etc. C’est d’ailleurs ce qu’à bien des égards on voit en France, avec des structures proches du salafisme et du wahhabisme qui pratiquent les mêmes démarches c’est-à-dire enseigner un Islam dit originel et refusant toute interprétation personnelle, toute mise en perspective liée à notre époque. Eux restent attachés à la lettre, mot pour mot, aux principes du Coran qui sont eux-mêmes d’ailleurs, pour certains, décriés, critiqués, par des pratiquants et intellectuels musulmans qui vivent avec leur temps et considèrent qu’il est grand temps de remettre à plat le Coran et de le réactualiser à notre époque.

« Les salafistes djihadistes, eux, veulent à tout prix

la restauration dans l’Oumma d’un califat »

À côté de ce salafisme plus intellectuel, axé sur le prosélytisme et la prospective via l’éducation, etc., il y a les salafistes djihadistes qui, eux, estiment que, de toute façon, à terme il faut absolument restaurer dans la Oumma (la communauté mondiale des musulmans) un califat qui n’existe plus depuis la fin de l’Empire ottoman, on le sait. Pour eux, tous les systèmes politiques autres, même dans le monde musulman, ne sont pas viables. Il faut absolument s’arquebouter sur la mise en place d’un califat en annihilant tous les autres systèmes politiques.

 

Quelles ont été les grandes étapes et causes décelables de l’installation du salafisme en tant que lecture de l’Islam en France, et dans quelle mesure peut-on l’imputer à l’immixtion de puissances étrangères comme l’Arabie Saoudite ?

Originellement, le salafisme est né du sunnisme, le Sunna, la tradition. Il s’inscrit dans la continuité du wahhabisme, qui est à la base strictement saoudien.

« Le salafisme djihadiste a explosé dans les années 80,

pendant la guerre russo-afghane »

Le salafisme djihadiste, celui qui nous inquiète aujourd’hui en France, a véritablement explosé dans les anneés 1980, pendant la guerre russo-afghane (1979-1989). Les États-Unis ont soutenu des mouvements islamistes de combattants, de volontaires musulmans venant du Proche et Moyen-Orient. Oussama ben Laden a été de ceux qui étaient à la tête d’un réseau sollicité par la CIA pour envoyer des combattants se battre auprès des moudjahidines afghans contre les troupes soviétiques.

Mais à terme, à la fin de la guerre en 1989, le problème s’est reposé : les Américains voulant prendre la place des Soviétiques, cela a été jugé comme étant irrecevable de la part des Afghans eux-mêmes, les moudjahidines. Ils vont ensuite entrer comme vous le savez peut-être dans des guerres entre différents groupes ethnies (Tadjiks, Pachtounes) sur fond d’arrivée de l’influence de l’idéologie talibane depuis le Pakistan…

C’est à partir de là qu’on va voir émerger des réseaux, via Al Qaïda, qui vont se retourner contre les Occidentaux qui sont entrés en butte avec eux. La suite, on la connaît : recrudescence, à partir des années 1990, des attentats, avec notamment ceux visant les intérêts américains en Afrique (en 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi, au Kenya, et de Dar es Salaam, en Tanzanie), la montée conflictuelle dans la Corne de l’Afrique, en Somalie, etc. Petit à petit des réseaux djihadistes ont malgré tout prospéré, sur fond de prosélytisme, avec des financements venant de mécènes saoudiens et même qataris.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, point d’ancrage majeur dans cette période tumultueuse qu’est notre ère contemporaine, il est clair qu’on a maintenant des financements très importants en faveur d’un salafisme qui n’est pas seulement en France mais est aussi implanté dans différents pays européens, avec un maillage des réseaux polymorphes.

 

Que peut-on dire de la structuration du salafisme en France aujourd’hui : est-ce que, pour une large mesure, il se pratique, se prêche de manière clandestine et, peut-être, de manière structurée, coordonnée ?

Les deux aspects sont présents, c’est le vrai problème : il y a un certain nombre de mosquées, même créées récemment en France, qui l’ont été avec des fonds saoudiens, qataris, turcs. Ces trois tendances, ce tryptique originel au niveau des financements, est loin d’être en faveur d’un Islam apaisé et apaisant. Il y a certes, un wahhabisme salafiste piétiste, prosélyte... mais il y a aussi la facette plus véhémente qui séduit ceux qui veulent aller encore plus loin et souhaitent passer à l’action.

Ceux qui veulent passer à l’action jouent la carte des réseaux dormants, font du relationnel d’homme à homme sans nécessairement passer par les systèmes de communication immatériels pour être moins repérés, moins repérables. Un peu comme faisaient, dans notre histoire, les résistants face à l’occupant allemand durant la Seconde Guerre mondiale. On privilégiait le contact humain, direct, pour éviter d’être trop repérable. C’est un maillage de salafistes qui est dilué au cœur d’une communauté musulmane de France qui est plurielle et qu’on connaît quand même très mal. On le sait très bien, on ne fait pas de recensement sur des données religieuses. Il suffit de voir le flou artistique permanent quant au nombre exact de musulmans en France : personne n’est en mesure de donner des chiffres exacts. On donne des fourchettes. Les estimations basses vont de 3 à 3,5 millions, les estimations hautes jusqu’à 6 millions. On est dans un flou assez stupéfiant.

« Les salafistes savent parfaitement jouer de nos lois, de nos

principes de liberté d’expression et de démocratie »

Les salafistes, eux, profitent pleinement de cette situation globale. Ils savent parfaitement jouer de nos lois, de nos principes de liberté d’expression et de démocratie, où tout peut être dit et pensé. Ils vont toujours avoir des moyens de se préserver, de se protéger. Ils attaquent tout de suite en justice quand il y a un journal, une revue, un livre, un expert qui s’exprime et développe une thématique qui va à leur dépens, pour intenter des procès aux rédactions de revues un peu trop critiques.

Ceux qui ont été un peu étrillés ces derniers temps sont les Frères musulmans, notamment Tariq Ramadan. Il fait partie de tous ces intellectuels – ce n’est pas un idiot, loin de là – qui ont un égo surdimensionné et défendent des approches de l’Islam, fort d’un double langage.

« En France, par souci d’économies notamment, on a

dramatiquement négligé le renseignement humain... »

Pour en revenir à la question de la structuration et de la clandestinité des réseaux : il s’agit d’infiltrer les réseaux pour savoir ce qu’il en est. De visu, de l’extérieur, c’est très difficile. C’est ce qu’on a manqué de faire suffisamment tôt. Les États occidentaux ont négligé le renseignement humain (HumInt pour Human Intelligence) et ont privilégié le renseignement électronique (Signal Intelligence). C’est un défaut qui a été remis à plat et reconnu par les Américains eux-mêmes suite au 11 septembre, donc ça ne date pas d’aujourd’hui... On a pris conscience du problème depuis le début des années 2000. En France on a vraiment péché par négligence, arqueboutés sur les questions de déficit budgétaire. Depuis au moins deux mandats présidentiels, jusqu’aux tragiques évènements récents, le mort d’ordre était à la réduction des effectifs dans les forces de polices et les services de sécurité intérieure, sans parler de ceux des forces armées.

 

Le mouvement djihadiste est-il plutôt en progression aujourd’hui ?

Oui. Le problème, c’est qu’on ne connaît pas le nombre de ses adeptes. D’autant plus qu’on a des petits nouveaux qui viennent de nulle part, des convertis ou des gens qui sont dans un mal-être et qui en ont marre de cette société qui s’effondre sur elle-même pour des raisons multiples. Ils sont capables de passer à l’acte en bénéficiant de complicités plus ou moins structurées, affimées, pour disposer de moyens logistiques, matériels. Les attentats de l’été 2016 comme de ces dernières années en témoignent. Ceux qui ont commis les attentats étaient loin d’être des loups solitaires...

« Notre système de médiatisation à outrance

est une entrave à la lutte contre les djihadistes »

L’un des soucis dans cette lutte contre les djihadistes, c’est notre système de médiatisation à outrance. Il faudrait absolument plus de discrétion de la part des médias et même de la justice, qui fait des conférences de presse donnant tous les détails sur la progression des enquêtes pas à pas, etc... Je trouve cela contre-productif. On ferait mieux de faire prendre conscience à tout le monde qu’on est dans une situation de guerre et qu’il faut garder son sang froid, et faire preuve de discrétion. S’il faut prévenir les familles, on le fait en catimini, mais on ne sort pas cela sur les chaînes d’info, en déclinant le profil des criminels à longueur de journée, etc...

 

Quelles dissensions entre l’organisation État islamique et Al Qaïda ?

On peut en trouver. Al Qaïda n’est pas pour démultiplier les exécutions publiques d’otages ou d’adversaires en grand nombre, etc. pour diffusion ensuite sur les chaînes de télévision. On se souvient du cas d’Abou Moussab al-Zarqaoui qui, jugé trop sanguinaire, avait été désavoué par Al Qaïda. L’Organisation avait même tenté de l’éliminer en vain… avant que les Américains ne le neutralisent en juin 2006, après maintes tentatives.

Al Qaïda est aujourd’hui davantage recentrée sur l’Asie du sud-est, globalement. L’EI se répand maintenant de l’arc syro-irakien - où il se trouve actuellement en difficulté tactique - vers l’Afrique pan-saélienne et vers l’Europe voire les États-Unis même si, s’agissant de l’Occident, c’est l’Europe qu’il privilégie.

 

Comment faudrait-il opérer pour prendre à bras le corps la question de l’Islam radical en France ? Quelles politiques sur notre territoire et à l’extérieur de nos frontières ?

« Il faut absolument fermer les pôles d’éducation liés à

des instituts qui prônent un Islam radical... »

Je le dis et je le répète : il faudrait absolument fermer tous les pôles d’éducation (niveaux primaire, secondaire et supérieur) qui sont liés à des instituts qui prônent un Islam radical. Il faut être franc et clair. Mais il est déjà presque trop tard. Si, en France, des hommes ou des femmes politiques ont le courage de la faire, comme cela s’effectue en Australie d’ailleurs, ils recevront évidemment des volée de bois vert, seront confrontés à une levée de boucliers de la part d’associations diverses et variées, qui s’arrêteront juste à l’idée d’atteinte au droit et à la liberté d’expression, etc...

Quand on voit la capacité de nuisance de l’Islam radical en France et en Europe, et même pour les musulmans eux-mêmes à travers le monde, vraiment nous sommes en train d’assister à la consolidation de toutes les mobiles propices à l’implosion de notre système éducatif global, de nos systèmes sociaux-culturels, de nos systèmes politiques multipartites, axés sur le parlementarisme.

 

Pascal Le Pautremat

 

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14 juillet 2021

Alcante : « Notre message, avec 'La Bombe' ? Plus jamais ça... »

16 juillet 1945, il y a 76 ans tout juste. Une des dates les plus importantes dans l’histoire de l’humanité, peut-être LA plus importante, si l’on considère ce qui s’est joué ce jour-là.

 

Trinity

 

Après la réussite du test atomique Trinity, près d’Alamogordo, dans le Nouveau-Mexique, aboutissement du très secret Projet Manhattan, le gouvernement américain, et à terme l’Homme tout court, s’est doté d’une arme d’une puissance prodigieuse. Pour la première fois, il se saisissait des moyens de raser d’un seul coup une ville entière. Quelques années après, avec la folle invention de la bombe à hydrogène, qui en comparaison ferait passer la bombe d’Alamogordo, celle de Hiroshima ou celle de Nagasaki - et c’est terrible à dire - pour un pétard, il ouvrait définitivement la boîte de Pandore. Explosions monstrueuses, retombées radioactives terrifiantes, incendies incontrôlables à même dobstruer le cheminement du soleil jusqu’à la Terre, avec tout ce que cela implique. L’Homme était désormais en mesure de déclencher ni plus ni moins quun suicide planétaire. L’arsenal nucléaire global compte environ 15.000 ogives aujourd’hui. Y pense-t-on ? Pas assez sans doute.

 

Maintenant je suis

Robert Oppenheimer, directeur scientifique du Projet Manhattan, cita ce passage

du Bhagavad-Gita, un des écrits les plus sacrés de l'hindouisme, le 16 juillet 1945.

 

Je suis particulièrement heureux et fier de vous proposer cet article, qui a fait suite à ma lecture d’un monument de la BD, La Bombe (Glénat, 2020), qui, cassons le suspense, et sans mauvais jeu de mot (trop tard) en est une. Un projet fou, follement ambitieux, et réussi avec brio : raconter de manière intelligible et intelligente, prenante, passionnante même, l’ensemble du processus ayant conduit aux bombardements nucléaires d’Hiroshima (6 août 1945) et de Nagasaki (9 août 1945). Je salue Didier Swysen alias Alcante, le chef du projet, et ses camarades Denis Rodier et Laurent-Frédéric Bollée, pour ce travail somptueux tant sur la forme que le fond, qui fera date, et ne manquera pas, tandis que sortiront certaines éditions étrangères (U.S. notamment), de raviver certains débats. Je les remercie tous les trois pour avoir répondu, avec beaucoup d’implication, à mes questions, début juillet. Et Didier en particulier, pour avoir facilité le tout, et pour les photos perso du voyage à Hiroshima qu’il m’a transmises. Pour le reste, que dire sinon : emparez-vous de ce livre, une pépite rare qui ne vous laissera pas indemne... Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

 

DOCUMENT PAROLES D’ACTU

P.1 : Denis, le dessinateur

Qu’aura représenté, dans votre carrière et dans votre vie, cette aventure de La Bombe ? Quelle charge de travail, quelle implication émotionnelle ?

L’implication était totale et ma discipline devait être sans faille. Autant de pages à dessiner sur une si longue période ne donnent pas droit à l’erreur et surtout pas à la paresse. L’avantage que nous avions fut de travailler les scènes individuellement. De cette manière, j’avais plutôt l’impression de travailler sur un feuilleton, un peu comme une série, plutôt que sur un album qui devait me prendre 4 ans de ma vie.

Pour ce qui est de l’implication émotionnelle, c’est surtout en arrivant aux scènes finales que j’ai dû me préparer. Déjà que faire la recherche sur les résultats de la bombe ne peut laisser indifférent, il est clair que je devais bien transmettre le drame du moment sans me censurer ou pire, faire dans le théâtral et le grand-guignol. Il fallait être vrai et respectueux des victimes. Une scène d’une telle importance peut difficilement être prise à la légère.

 

« Je devais bien transmettre le drame du moment

sans me censurer ou pire. (...) Il fallait être vrai

et respectueux des victimes. »

 

Vous avez pas mal bossé pour Marvel et surtout DC Comics. Hors La Bombe, vos chouchous parmi tous vos bébés, ceux que vous aimeriez nous inviter à aller découvrir ?

Dans mon parcours, il est évident que La mort de Superman est un incontournable, mais si je dois choisir un album qui m’est cher et que je crois qui n’a pas eu la chance d’avoir eu la visibilité que j’aurais souhaitée, je dois avouer que c’est Arale (Dargaud). Un album dont je suis toujours fier, mais qui est passé sous le radar de bien des lecteurs.

 

Arale

 
Faire de la BD, et en vivre, c’est un rêve pour beaucoup de gamins, et pas que des gamins d’ailleurs. Quels seraient vos conseils en la matière ?

La professionnalisation passe par la discipline et cette discipline se traduit majoritairement par le temps passé à la table à dessin. Il faut prendre le temps de faire ses gammes et de se donner le droit à l’erreur. Il vaut mieux faire 300 dessins dans une semaine que de vouloir corriger sans cesse un seul dessin dans la même période.

 

Vos projets, et surtout vos envies pour la suite ?

Après La Bombe, il me faut surtout changer de ton. Je marque actuellement une pause en travaillant sur un album complètement différent : l’adaptation d’une nouvelle de Bruno Schulz, auteur polonais contemporain de Kafka. Un brin fantastique, un brin mystérieux, un brin onirique, c’est le petit bol d’air dont j’avais besoin.

 

Pourriez-vous m’envoyer, parmi les planches réalisées pour La Bombe, un dessin ou une ébauche qui pour vous revêt une dimension particulière, et que peut-être vous voudriez commenter ?

Denis Rodier

Dans mes recherches pour la couverture, je me suis rappelé la fameuse photo d’Oppenheimer pour le magazine Life. Pour moi, c’est un peu une métaphore illustrant la science qui veut percer les secrets de l’univers, cette infinie curiosité qui fait avancer l’humanité. C’est aussi, celle d’Icare qui, dans l’euphorie de la découverte, mesure mal les conséquences de ses actions.

 

 

P.2 : Laurent-Frédéric, le co-scénariste

Qu’ont représenté pour vous ces longs mois de travail autour de la composition de La Bombe ?

Il s’agissait en effet d’une entreprise de longue haleine, mais nous le savions et nous le voulions ! Nous souhaitions être le plus pointu possible, le plus irrépochable, que notre roman graphique soit bien, dans son genre, une sorte d’oeuvre "ultime" sur le sujet. Ne voyez pas ça comme de la prétention mais bien de l’ambition... (rires). Bref, il m’est arrivé de lire des livres en anglais pendant trois mois pour par exemple n’écrire que trois pages dans l’album ! Mais c’était le prix à payer pour être à la hauteur et avoir le sentiment du travail accompli. J’en retiens donc un grand investissement personnel, un grand labeur, une impression parfois de ne pas pouvoir tout maîtriser (mais c’est l’avantage d’être deux au scénario), des moments de doute sur une saga peut-être un peu trop foisonnante, mais toujours avec le sentiment qu’on était dans le droit chemin et qu’on faisait vraiment quelque chose qui aurait un impact...

 

Terra Australis

 

Est-ce que cette aventure aura tenu une place à part dans votre CV, dans votre vie ? L’impression d’avoir effectivement contribué à quelque chose d’unique ?

Oui, incontestablement. Vous savez peut-être que j’ai fait un autre roman graphique sur un sujet qui peut sembler un peu ardu aussi (Terra Australis, Glénat), sur la colonisation anglaise de l’Australie... et qui était même encore plus épais (492 pages de BD au lieu de 449 pour La Bombe), donc je n’ai pas été effrayé par l’ampleur de la tâche. Je savais parfaitement que toutes les thématiques pouvaient être abordées en roman graphique, et qu’il n’y avait pas de raison que le résultat ne soit pas un minimum intéressant. À titre personnel, dès qu’Alcante m’a fait lire la première version de son dossier, j’ai été convaincu du potentiel extraordinaire de La Bombe et le fait de voir autant d’éditeurs ensuite se mettre sur les rangs était forcément un signe tangible d’un album marquant à venir... (Leur dossier de présentation fut envoyé à 10 éditeurs, et 8 dentre eux, preneurs, sont "battus" pour lavoir, ndlr). Cette aventure de création a duré quatre années pleines pour nous et elle restera à tout jamais gravé dans ma mémoire, m’offrant en effet une ligne unique dans ma bibliographie, ce dont je serai toujours fier...

 

« Je serai toujours fier de cette aventure unique... »

 

Vos projets, et peut-être surtout, vos envies pour la suite ?

Je continue mes activités de scénariste avec toujours mes deux "côtés" déjà effectifs depuis de nombreuses années : d’un côté des romans graphiques assez épais et "littéraires" comme par exemple un livre à venir avec Jean Dytar chez Delcourt, d’autres chez La Boîte à Bulles, Robinson, Rue de Sèvres, Glénat... Et puis des projets plus mainstream comme ma reprise de Bruno Brazil au Lombard ou une nouvelle série chez Soleil baptisée H@cktivists... Sans parler de mon ambition d’écrire un scénario de film pour l’adaptation de mon roman graphique consacré à Patrick Dewaere. Affaires à suivre !

 

 

L'équipe de la Bombe

Alcante, L.-F. Bollée et D. Rodier lors de leur séjour à Hiroshima.

 

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

Alcante : «Si je devais extraire un message,

de La Bombe ? "Plus jamais ça"... »

La Bombe

La Bombe (Glénat, 2020).

 

P.3 : Didier, alias Alcante

Votre album, La Bombe (Glénat, 2020), en impose par sa prestance, par l’importance de sa documentation, par les qualités déployées de narration et de mise en scène, par l’atmosphère de tension qu’il installe, et par la beauté puissante du dessin. On imagine le travail que ça a dû représenter, vous le racontez un peu dans la postface... Comment avez-vous vécu l’après, tous les trois, ce moment où, après tant de mois, tout a été finalisé, bouclé ?

après l’ouvrage

Globalement, la réalisation de l’album s’est étendue de 2015 à fin 2019, soit sur une période de cinq ans. Cela a donc été un très long accouchement ! Quand l’album a été terminé, nous étions à la fois épuisés, soulagés d’avoir terminé dans les délais que nous nous étions fixés (pour une sortie en 2020, l’année des 75 ans de la bombe), un peu tristes que cette belle aventure prenne fin, et également excités et angoissés à l’idée de la sortie qui approchait enfin.

Quand l’album est sorti, nous ne savions pas trop à quoi nous attendre. Nous espérions bien sûr de bons chiffres de ventes et des bonnes critiques, mais on ne peut jamais être sûr de rien en la matière.

L’album est sorti le 4 mars 2020 à la Foire du Livre de Bruxelles. La veille nous avions eu droit à une chronique dithyrambique de Thierry Bellefroid, le spécialiste BD de la télévision belge. Nous étions tous les trois (Denis, LFB et moi) en dédicace à Bruxelles et l’album y a directement connu un grand succès : le stock d’albums a été épuisé dès le vendredi soir ; il a fallu en recommander pour le samedi, et ensuite pour le dimanche ! Les très bonnes critiques ont commencé à pleuvoir, et six jours à peine après sa sortie, l’éditeur a annoncé une réimpression !

Nous sommes alors partis pour une tournée de dédicaces en France et celle-ci a très bien débuté… mais s’est malheureusement très vite terminée dans un certain chaos à cause du Covid et du premier confinement ! Nous avons dû rentrer un peu en catastrophe chez nous ! Denis a bien failli être coincé en France !

Avec le confinement, nous nous sommes d’abord dit que notre belle aventure allait prendre fin et que notre album allait s’arrêter là avec la fermeture des librairies, ce qui était assez désespérant. Mais contre toute attente, les ventes ont continué de grimper grâce aux libraires qui faisaient du click and collect. L’album a aussi bénéficié d’une très forte médiatisation, avec énormément d’articles élogieux. Quand les librairies ont rouvert, les ventes se sont envolées et depuis lors cela n’a toujours pas arrêté. Nous en sommes actuellement à la 9e impression et près de 90.000 ventes, avec une petite dizaine de prix remportés, c’est juste incroyable !

 

Qu’est-ce qui, pour ce qui vous concerne Didier, a été le plus difficile dans la conception de cet ouvrage ? Combien de lectures, ardues parce qu’il a fallu comprendre au moins à la surface des concepts très complexes, combien de temps passé à assimiler, à recoller les morceaux, à établir un plan, à s’accorder à trois ?

gestation et accouchement

Je dirais que tout a été difficile en fait: accumuler la documentation, la digérer, la vulgariser, trouver un fil conducteur, un personnage principal, la dramatisation, la vérification et la re-vérification… tout ça a pris beaucoup de temps et d’énergie, c’est peu de le dire ! Mais tout s’est bien déroulé, surtout entre co-auteurs: nous avons eu une parfaite entente. C’était pourtant un projet casse-gueule sur lequel on aurait pu finir par se disputer ou sur lequel on aurait pu prendre un énorme retard, mais tout s’est vraiment bien passé !

Si je devais citer la scène qui m’a posé le plus de difficultés à l’écriture, je pense que c’est celle de la première réaction en chaîne de l’histoire, dans ce stade de Chicago. Il m’a d’abord fallu comprendre exactement ce qui s’était déroulé, puis trouver un moyen de rendre ça compréhensible et passionnant. Pas évident du tout !

 

Est-ce que ça vous a "travaillé", peut-être un peu secoué, de côtoyer à de telles doses la bombe et son horreur, les parcours et visages des victimes (je précise ici que vous avez fait le voyage à Hiroshima), les dilemmes et tournants historiques ?

immersion

Oui, bien sûr ! Je rappelle que c’est une visite au musée de Hiroshima à l’âge de 11 ans qui a tout déclenché ! La bombe atomique à Hiroshima, c’est 70.000 vies qui prennent brutalement fin en quelques instants, dont des civils pour la plupart, femmes et enfants compris. Et à long terme, on parle de 200.000 morts ! Le 6 août à Hiroshima, c’est vraiment l’enfer qui s’est déclenché, c’est impossible de rester insensible à cela…

Nous sommes allés en visite à trois à Hiroshima, avec Denis et LFB en août 2018. C’était ma troisième visite puisque j’y étais déjà retourné en voyage de noces ! Et à chaque fois je suis pris par l’émotion, évidemment. Nous avons eu cette fois un guide dont le grand père est mort durant l’explosion, et dont la propre mère a eu la chance d’être évacuée à la campagne la veille de l’explosion, alors qu’elle avait 15 ans… tout ça me fait frissonner.

 

À Hiroshima

 

À un moment du récit, Leó Szilárd, peut-être le personnage central de cette histoire, se lamente auprès d’Albert Einstein et de son compatriote Wigner de l’imprudence de scientifiques qui, à l’aube de la guerre, et alors que les visées expansionnistes de régimes totalitaires ne faisaient plus mystère, continuaient de publier les résultats de leurs recherches sur des domaines hautement stratégiques, comme l’énergie atomique. Cette partie m’a interpelé, sur le fond que vous a-t-elle inspiré : faut-il taire une découverte scientifique quand elle peut potentiellement être utilisée à mauvais escient ?

science et responsabilité(s)

Je pense qu’à l’époque c’est ce qu’il aurait fallu faire, mais ça s’est avéré impossible. Pourtant, si tout le processus de développement de la bombe avait été retardé de quelques semaines, il est possible que la guerre se serait terminée sans que la bombe n’ait été utilisée. Bien sûr, on ne le saura jamais. Mais de toutes façons la bombe aurait été développée tôt ou tard. Les fondements théoriques étaient là, c’etait inéluctable.

Et aujourd’hui je pense qu’avec toutes les technologies de communication il serait impossible de cacher une découverte majeure.

 

Leó Szilárd

 

Vous êtes-vous demandé ce que vous auriez fait, vous, à la place de Truman ? Après tout, le cabinet de guerre japonais restait largement fanatisé, et on s’acheminait probablement, pour faire rendre les armes au Japon, vers une nécessaire invasion de l’archipel. Une explosion de démonstration eût-elle suffi pour faire plier ceux qui n’ont pas même plié après Hiroshima ? Sachant que Truman, qui n’a lui jamais vraiment hésité, avait déjà en tête le coup d’après, la guerre des systèmes avec l’URSS ?

dans la peau de Truman

Je pense que c’est impossible de s’imaginer ce qu’on ferait dans un cas de figure pareil. ce qui est certain, c’est que je ne voudrais jamais me retrouver dans la position de devoir prendre une décision ayant de telles conséquences ! Bien sûr, cependant, ce n’est pas une décision qu’il a prise seul. En fait, la décision ne lui incombait même pas formellement car c’était une décision du haut commandement militaire. Mais personne ne peut imaginer que dans les faits il n’ait pas été plus que consulté !

Ceci dit, je pense que les historiens sont globalement d’accord pour dire que le Japon était sur le point de capituler, que les Américains le savaient et que l’invasion terrestre du Japon n’était pas nécessaire. Le Japon était tellement affaibli qu’un simple blocus de quelques semaines l’aurait sans doute fait capituler. Mais les Américains craignaient surtout que les Soviétiques ne profitent de ces quelques semaines pour étendre leur influence en Asie en général, et au Japon en particulier.

On entend souvent que la bombe atomique a permis de sauver 500.000 vies américaines qui aurait été perdues dans le débarquement, mais on peut dire que c’est là un mythe qui a été construit après la guerre pour justifier l’utilisation de la bombe.

 

Truman

 

On parle toujours de la bombe sur Hiroshima, très rarement de celle sur Nagasaki, c’est un peu terrible non ?

et Nagasaki ?

Oui, effectivement, on s’est fait la réflexion durant l’écriture que c’était une sorte d’injustice. C’est un peu comme le second homme sur la Lune, on n’en parle quasiment jamais. À l’origine, dans mon tout premier synopsis, je comptais parler plus en détails du bombardement de Nagasaki. Mais LFB m’avait fait la réflexion que pour lui il fallait en quelque sorte "tirer le rideau" après le bombardement d’Hiroshima car d’une certaine manière tout était dit, et le bombardement de Nagasaki (d’un point de vue narratif) aurait été perçu comme une espèce de répétition des mêmes scènes. Je me suis rallié à son avis; je pense que ça aurait déforcé finalement l’impact du livre si on avait en quelque sorte "rallongé la sauce" même si c’est évidemment terrible de devoir le dire comme ça. Donc oui, il y a une forme d’injustice que nous n’avons pas pu éviter. Mais ceci dit, je pense que Hiroshima est évidemment devenu le symbole de "toutes" les destructions atomiques, tout comme par exemple Auschwitz est devenu le symbole de tous les camps de concentration. On dépasse donc de fait la simple notion de ville d’Hiroshima pour parler de manière plus globale.

 

Champignon de Nagasaki

Sans doute la photo la plus fameuse des bombardements atomiques,

celle du champignon infernal au-dessus de Nagasaki, le 9 août 1945.

 

Est-ce que, quelque part, du fait même de cette horreur absolue qu’elle inspiré au monde, la tragédie subie par les enfants d’Hiroshima et de Nagasaki n’a pas eu pour effet de préserver (certes aux côtés de l’équilibre de la terreur) contre la tentation ultérieure d’utiliser la Bombe, et même des mille fois plus puissantes, plus tard durant la Guerre froide ?

un "vaccin" contre la Bombe ?

C’est possible en effet. Je me souviens d’avoir lu il y a quelques années la copie d’un mémo écrit par un conseiller de Nixon pendant la Guerre du Vietnam. On lui avait demandé son avis sur l’opportunité de larguer une bombe atomique sur le Vietnam. Le conseiller déconseillait très fortement cette option, arguant notamment que les USA, après avoir largué les bombes sur Hiroshima et Nagasaki, perdraient définitivement le soutien de toute l’Asie s’ils réitéraient ce coup au Vietnam.

Je pense aussi que les révélations sur ce qui s’est passé au sol à Hiroshima et Nagasaki ont très fortement marqué les opinions publiques et que celles ci sont très majoritairement opposées à un nouvel usage militaire d’une telle arme.

Donc dans un certain sens, les bombardements de Hiroshima et Nagasaki ont peut être permis d’en éviter d’autres. Néanmoins, comme Szilard l’avait prédit, le principal effet de ces bombardements a été de convaincre toutes les superpuissances de se doter de l’arme nucléaire, et d’en produire en grand nombre. Je pense donc que les bombardements ont tout de même accru la dangerosité du monde, si je puis m’exprimer ainsi.

 

Si vous-même, Didier, avec votre connaissance des faits à 2021, pouviez via une drôle de machine à remonter le temps, intervenir à un moment de l’histoire de La Bombe, faire passer un message ou alerter quelqu’un, quel serait votre choix ?

et si j’intervenais ?

En fait, je pense vraiment que Léo Szilard a fait tout ce qu’il fallait faire et tout ce qu’il pouvait faire pour empêcher un usage militaire de la bombe sur le Japon. C’est pourquoi j’ai réellement une sincère admiration pour lui. Mais si même lui n’y est pas parvenu, je pense que personne n’aurait pu le faire. L’engrenage était trop puissant pour qu’on puisse l’arrêter. Deux milliards de dollars dépensés (l’équivalent de 30 milliards actuels, ndlr), la Guerre du Pacifique qui a coûté tant de vies américaines, le jusqu’au boutisme ou fanatisme de certains dirigeants japonais, l’URSS qui pouvait étendre sa sphère d’influence… tout ça ne pouvait mener qu’à une utilisation militaire de la bombe, malheureusement, alors qu’il y avait pourtant bel et bien une alternative.

 

J’ai le sentiment que cette peur d’un holocauste nucléaire, très vivace des années 50 à 80, s’est beaucoup estompée dans les esprits d’aujourd’hui. Ce péril se retrouvait beaucoup, dans ces années-là, dans les médias, dans la fiction, et il imprégnait l’imaginaire collectif. Maintenant on en parle très peu : à part votre livre, on peut penser, et encore de manière décalée, aux Terminator ou aux jeux Fallout. Les opinions publiques des années 2020 négligent-elles les menaces liées au nucléaire militaire, et si oui ont-elles tort de le faire ?

le nucléaire militaire et nous

Pour faire court: oui et oui ! L’armement nucléaire est moins important qu’au sommet de la Guerre froide, mais il reste largement suffisant pour détruire la planète ! Et la puissance des bombes actuelles est très largement supérieure à celle d’alors !

 

Extrait de Terminator 2 : Judgment Day de James Cameron, 1991.

 

Extrait du jeu Fallout 4 (Bethesda Game Studios, 2015).

 

Votre livre c’est, au sens le plus complet du terme, une œuvre, qui captive, fascine, apprend et fait réfléchir. C’est aussi cela, le rôle d’une BD telle que vous la concevez ? Est-ce que vous avez pensé cet objet aussi comme un acte militant, peut-être renforcé par votre visite à Hiroshima ?

ce livre, un message ?

Militant, c’est sans doute trop fort, car nous avons essayé de rester le plus impartial possible et de laisser aux lecteurs la possibilité de se faire son propre avis. Nous sommes avant tout des auteurs de BD et à ce titre nous avons raconté une histoire de la manière la plus passionnante possible, mais évidemment personne ne sort indemne ou indifférent à une visite à Hiroshima, et nous avons un profond respect envers les victimes de ces bombardements. Et évidemment nous nous disons « plus jamais ça ! »

 

Après un petit tour sur un grand site web, j’ai vu qu’il existait de votre ouvrage une version en espagnol, une en allemand, une en italien et une en néerlandais. Qui de l’anglais, et du japonais ? Avez-vous pour projet de diffuser le fruit de votre travail, notamment au Japon et aux États-Unis ?

versions étrangères

Nous espérons évidemment que notre album reçoive la plus grande distribution possible ! Et notre album est vraiment très bien reçu internationalement puisque quinze traductions sont déjà prévues: l’album a déjà été publié en néerlandais, allemand, italien et espagnol, et il doit encore l’être en portugais (Brésil), hongrois, serbe, croate, anglais (USA et GB), chinois, coréen, tchèque, polonais, grec et russe. L’album sortira donc bientôt aux USA dans une version spéciale avec un lavis ajouté aux pages.

Pour le Japon, des contacts sont pris mais rien n’est encore signé. On espère bien sûr que cela pourra se concrétiser.

 

Je verrais bien, très bien même La Bombe adapté sous forme de long métrage animé, en un bloc ou coupé en deux. C’est quelque chose qui pourrait vous tenter tous les trois ? Peut-être y avez-vous déjà songé ?

un long métrage ?

Là aussi les choses bougent et ont déjà bougé mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant.

 

Extrait de Barefoot Gen de Mori Masaki, 1983.

 

Je vais vous poser cette question, parce qu’elle me hante toujours un peu quelque part. Quelle est votre intime conviction : croyez-vous que, de notre vivant, nous connaîtrons, quelque part dans le monde, une explosion nucléaire hostile ?

jamais plus, vraiment ?

Je pense malheureusement que nous en connaîtrons encore, oui. Mais à mon sens le risque provient plus d’un groupe terroriste qu’au niveau des États. Malheureusement une bombe atomique n’est pas si difficile à fabriquer, la difficulté est plutôt d’obtenir de l’uranium suffisamment enrichi ou du plutonium.

 

Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires est entré en vigueur en janvier de cette année, et même si les puissances nucléaires ne l’ont pas signé, c’est un signal important. Avez-vous l’espoir qu’on reviendra un jour, du point de vue de l’atome, à un monde d’avant Trinity, en juillet 1945 ?

un monde sans arme nucléaire ?

Non, il est impossible qu’on en revienne à une situation sans nucléaire: il existe des milliers d’armes nucléaires bien plus puissantes que celle du 1er essai (Trinity), c’est un peu comme si vous me demandiez si on pourrait revenir à un monde sans électricité…

Le traité permet de réaffirmer l’horreur absolue de cette arme, mais tant qu’aucun pays détenteur ne le signe, cela reste malheureusement uniquement symbolique je pense.

 

La Tsar Bomba soviétique (1961), bombe à hydrogène, fut l’arme nucléaire

la plus puissante jamais testée : sa force explosive représenta 1500 fois celles

de Hiroshima et de Nagasaki, cumulées... Oui, les chiffres font aussi

froid dans le dos que cette vidéo...

 

Vos projets, vos envies pour la suite ? Un petit scoop ?

Travailler sur La Bombe a été épuisant mais également passionnant. J’adore l’Histoire et je vais développer plusieurs projets en ce sens. J’en ai notamment un en cours de développement pour la collection Aire Libre, qui se déroule à nouveau durant la Guerre du Pacifique, mais sous un angle très différent puisque je suivrai des soldats américains homosexuels qui devaient cacher leur orientation sous peine d’être considérés comme des malades ou des criminels et exclus de l’armée. Les dessins seront de Bernardo Munoz.

Je travaille également sur deux autres projets historiques en co-écriture avec Fabien Rodhain. Le premier sera illustré par Francis Valles, une saga familiale dans le style des Maîtres de l’orge mais dans le milieu du chocolat. Le premier tome se déroule au Brésil en 1822. Ce sera publié par Glenat. Le second projet a trait au fondateur de l’industrie japonaise de whisky, sera illustré par Alicia Grande et publié par Bamboo.

D’autres projets suivront également…

 

Espérons... Un dernier mot ?

A propos des bombardements, je ne peux que répéter « plus jamais ça ! »

 

Merci beaucoup !!!

Merci à toi :-)

 

Le ciel d'Hiroshima

Une lueur pour achever cet article... Avec cette photo

prise par D. Swysen (Alcante), à Hiroshima,

le jour de la commémoration du 73ème anniversaire de la Bombe...

 

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15 décembre 2011

Jacques Borie : "L'espéranto, une langue équitable, neutre et citoyenne"

On ne compte plus les sondages de second tour opposant Nicolas Sarkozy à François Hollande. J'ai pris le parti de donner la parole à des candidats qui, loin de tirer des plans sur la comète, se battent tous les jours pour être présents au premier tour, faire entendre leur voix. Ils n'ont pour l'instant qu'un chiffre en tête : 500. Le nombre de parrainages d'élus requis pour se présenter aux suffrages des Français. Et lorsque l'on n'a avec soi ni élus locaux, ni grosse organisation, cette bataille là est forcément difficile. Après Maxime Verner, Nicolas Dupont-Aignan, la parole à M. Jacques Borie, qui a accepté de répondre à mes questions. Je l'en remercie. Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JACQUES BORIE

Candidat à l'élection présidentielle  -  Europe - Liberté

 

"L'espéranto, une langue équitable,

 

neutre et citoyenne"

 


(Photo : Fournie par M. Borie)

 

 

Q : 25/11/11

R : 12/12/11

 

 

 

Paroles d'Actu : Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases pour qui ne vous connaîtrait pas ?

 

Jacques Borie : J'ai 46 ans, père de deux enfants (deux fils de 16 et 5 ans), j'habite Evry dans l'Essonne (91) et suis restaurateur.

 

J'ai été dans le passé militant actif à Amnesty International, délégué syndical CGT, président du comité de vigilance contre l'extrême droite dans les Hauts-de-Seine, membre du Parti radical de gauche pendant une dizaine d'années.

 

 

PdA : Qu'est-ce qui a fait naître en vous cet engagement politique ?

 

J.B. : Mon humanisme, ma révulsion de toutes les formes d'injustice.

 

 

PdA : Quel cheminement personnel vous a conduit à briguer aujourd'hui la présidence de la République ?

 

J.B. : Je souhaite apporter une voix différente de celle des autres candidats, qui, pour la plupart, sont complètement déconnectés du terrain, n'ont pas connu les "galères" du quotidien du Français moyen.

 

 

PdA : En quoi consiste votre programme, et quelles sont vos idées principales ?

 

J.B. : Les axes principaux sont la laïcité, le non-cumul strict des mandats quels qu'ils soient et l'Europe fédérale.Vous y trouverez également la reconnaissance et l'incitation à l'apprentissage de l'espéranto. Rendre le vote obligatoire, car ce n'est pas qu'un droit mais un devoir, en contrepartie, le vote blanc sera reconnu comme suffrage exprimé. La défense des services publics, l'interdiction des financements publics aux écoles privées, l'aide au monde rural, etc...

 

 

PdA : Quels sont vos arguments pour obtenir vos parrainages ? Qu'est-ce qui convainc les élus ?

 

J.B. : Je trouve mes parrainages exclusivement dans les petites communes suite à mes prises de positions concernant le monde rural.

 

 

PdA : Un peu de politique fiction. Nous sommes au lendemain de votre victoire au second tour de la présidentielle. Ce fut serré, mais c'est acquis ! Quelles sont vos premières mesures ?

 

J.B. :

- Fonder une sixième république avec le non cumul des mandats, des mesures pour éviter les conflits d'intérêts (aucun élu ne peut être dirigeant d'une société passant contrat avec l'Etat ou posséder un média, par exemple), les élections à la proportionnelle, le vote obligatoire, la reconnaissance du vote blanc, l'inscription de la loi de séparation des églises et de l'Etat dans la constitution.

- Augmentation du smic à 1400 euros bruts, baisse des charges salariales des entreprises de 10% pour les contrats à longue durée.

- Suppression du concordat afin que la laïcité soit une et indivisible dans la République.

 

 

PdA : Que vous inspire la situation socio-économique actuelle de notre pays ? Que proposez-vous pour améliorer les choses ?

 

J.B. : La situation actuelle est castatrophique et les solutions apportées par les principaux candidats n'amélioreront pas les choses, bien au contraire. On ne fait pas repartir une économie par l'austérité. Pour cela, il faut redonner du pouvoir d'achat aux salariés en augmentant les salaires, baisser les charges salariales pour aider les entreprises à embaucher, taxer les revenus du capital à un niveau supérieur à ceux du travail, taxer les transactions financières, créer une taxe carbone affectant les produits venant de l'étranger.Il faut créer une Europe fédérale politique et non seulement économique. La BCE doit impérativement pouvoir prêter directement aux Etats membres plutôt que d'enrichir les banques !!!

 

 

PdA : Quid de l'état du monde ? (crises financières et économiques, Europe, révolutions, tensions...)

 

J.B. : La crise financière est exclusivement due aux spéculations. Les agences de notation ne doivent, en aucun cas, avoir la possibilité de pouvoir noter un Etat.

 

L'Europe n'avancera que si elle est fédérale, nous devons re(construire) une Europe des peuples. Nous avons créé l'Europe à l'envers, nous aurions dû avant toute chose avoir une base politique solide avant de créer une Europe économique.

 

Concernant les révolutions, il faut de toutes les manières, lutter contre toute forme de dictature. Les peuples doivent pouvoir choisir librement leurs dirigeants, je soutiens donc tous ces mouvements pour peu qu'ils ne soient pas téléguidés par un pays tiers.

 

 

PdA : Politique-fiction (encore)... Vous êtes à l'Elysée. L'Iran, qui vient de se doter de l'arme atomique, menace de lancer un missile sur Tel Aviv si les Israéliens n'évacuent pas les territoires sous 48 heures. En tant que Chef de l'État, que faites-vous ?

 

J.B. : Si j'étais élu, une de mes priorités sera que la Palestine soit réellement indépendante et membre de l'ONU, ce qui calmerait grandement les tensions.Cependant, si cette menace était réelle, je ferai bien entendu savoir à l'Iran que la réplique sera égale à leur attaque. Cela étant, il serait étonnant que l'Iran s'amuse à ce jeu, sachant ce qu'elle risquerait et que les Israéliens n'hésiterait pas à lancer une attaque préventive...

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur Nicolas Sarkozy en tant que président ? Sur quels points vous inspireriez-vous ou vous démarqueriez-vous de lui ?

 

J.B. : Je n'ai vu de lui qu'un diviseur, opposant les Français aux étrangers, les fonctionnaires aux salariés du privé. C'est sur ce point que je me démarquerai le plus de lui, me voulant plutôt rassembleur. Le seul point que je lui envie est son dynamisme (mais pas son "excitation")

 

 

PdA : Qu'avez-vous ressenti au soir du 21 avril 2002 ? Croyez-vous que cela puisse se reproduire ?

 

J.B. : J'étais au siège du PRG en compagnie de Christiane Taubira. Même si j'en avais eu écho dans l'après midi, j'ai été extrêmement choqué. Etant d'autant plus président du comité de vigilance dans le 92, j'ai eu l'impression d'un échec collectif et personnel. Je vois plus le risque pour 2012 d'un 21 avril à l'envers.

 

 

PdA : Quels seront, pour vous, les grands défis de ce 21è siècle ? Comment y faire face ?

 

J.B. : Je ne vais pas être original en disant que le grand défi de ce siècle est avant tout écologique. Nous devrons trouver très rapidement des énergies alternatives remplaçant le nucléaire et les énergies fossiles.

 

 

PdA : On a tous été marqués par des évènements d'actualité, pour telle ou telle raison. Quels ont été les vôtres ?

 

J.B.. : Le 11 septembre 2001 bien entendu par la barbarie que peuvent avoir les être humains mais aussi par la conséquence des politiques internationales de par le passé.

 

 

PdA : Quelle est votre "vision de la France" ?

 

J.B. : Une France humaine, laïque et solidaire.

 

 

PdA : Quels sont les personnages historiques, ou plus simplement les personnalités, connues ou inconnues, qui vous inspirent, vous portent ?

 

J.B. : Les personnages historiques qui m'inspirent sont avant tout des hommes et des femmes ayant lutté contre l'ordre établi : Gandhi, Mandela, Aung San Suu Kyi, Tjibaou,...

 

 

PdA : En privé, qu'aimez-vous faire, que ce soit en terme de culture (lectures, cinéma, musique, télévision...), de loisirs, etc ?

 

J.B. : J'aime le cinéma, le théatre, les musées. Je lis également beaucoup.

 

 

PdA : Avez-vous une devise dans la vie, et si oui quelle est-elle ?

 

J.B. : C'est une erreur de vivre selon le mode d'autrui et de faire une chose uniquement parce que les autres la font... C'est un bien inestimable de s'appartenir à soi-même (Sénèque)

 

 

PdA : Quel usage faites-vous des nouvelles technologies et notamment d'Internet ? Chats, forums, sites communautaires, actualités, achats en ligne...?

 

J.B. : Je suis connecté quasiment en permanence sur Facebook et Twitter que j'utilise pour la campagne mais aussi à titre personnel. Je suis également les actualités par le biais d'internet et suis régulièrement des forums. Par contre, je n'achète jamais en ligne.

 

 

PdA : Un petit "scoop" vous concernant, quelque chose dont vous n'auriez encore jamais parlé en public mais que vous aimeriez aborder ici ? (une passion, que sais-je...)

 

J.B. : Ayant toujours été transparent, je ne vois pas de scoop me concernant...

 

 

PdA : Finalement, pourquoi VOUS plus qu'un(e) autre à la présidence ? Donnez-nous un argument infaillible !

 

J.B. : Parce que je suis issu d'une famille ouvrière, que j'ai connu les problèmes que les Français peuvent avoir et que je ne suis plus adhérent d'aucun parti n'ayant jamais voulu tremper dans certaines "magouilles".

 

 

PdA : Dernière question, qui n'en est pas une, puisqu'elle est "libre". Je vous invite à l'utiliser pour compléter cette interview, par tout ce qui vous passe par la tête. Un petit message, une anecdote inédite... N'hésitez pas !

 

J.B. : Votez en votre âme et conscience, ne croyez pas aux solutions miracles et à ceux qui ne savent qu'attiser les haines.

 

 

 

Après réception de ses réponses, j'ai souhaité interroger M. Borie sur l'espéranto (12/12)

 

 

 

PdA : Pourquoi l'espéranto est-il si important à vos yeux ? Si vous étiez aux responsabilités, que feriez-vous pour le promouvoir ?

 

J.B. : L'esperanto est important pour diverses raisons. L'Europe s'est faite à l'envers, sans les peuples, sans les citoyens. Pour construire une Europe qui soit acceptée par les citoyens, il faut qu'ils soient au coeur de la construction européenne et que cette construction soit démocratique. Mais comment les citoyens européens pourraient construire l'europe ensemble s'ils ne peuvent pas communiquer librement entre eux ? Nous devons avoir une langue commune pour cela (et non pas une langue unique !) et celle-ci doit être neutre, n'appartenir a aucun pays, l'anglais ne correspond donc pas. De plus l'anglais est la langue du pays européen le plus euro-septique (voir l'actualité...) mais aussi la langue des Etats Unis d'Amérique... Nous devons donc nous démarquer et avoir notre langue, une langue équitable, neutre et citoyenne. De plus cette langue est 10 fois plus rapide a apprendre que toute autres, elle a bien d'autres avantages, mais ce serait trop long a développer ici. Si j'étais élu, tout d'abord, je reconnaîtrais l'esperanto comme n'importe quelle autre langue. Actuellement, il n'est pas possible d'apprendre l'esperanto en LV1 ou LV2 au collège ou au lycée car elle n'est pas reconnue. Ensuite j'en ferais publiquement la promotion, tant en France que dans l'ensemble des pays européens, aux Européens ensuite d'en faire la seconde langue commune de l'Europe.

 

 

 

Dernière question suite à réception de la réponse sur l'espéranto... (13-14/12)

 

 

 

PdA : De combien de parrainages disposez-vous à l'heure où je vous parle ? Que vous inspire ce système des 500 parrainages ? Quelle alternative lui préféreriez-vous ?

 

J.B. : Pour ce qui est du système de parrainages, je souhaite que l'on retourne à l'anonymat de ceux-ci. Je rappelle que c'était une promesse de Nicolas Sarkozy qui ne fut pas tenue, comme tant d'autres.

 

Nous pourrions également avoir recours au parrainages citoyens (500 000 signatures citoyennes par exemple).

 

En tout cas, il faut changer le système actuel, favorable au bipartisme.

 

 

 

Je tiens à remercier M. Borie pour les réponses qu'il a bien voulu me faire parvenir. Je lui souhaite bonne chance et espère qu'il pourra faire entendre ses idées. Si cet entretien pouvait permettre ne serait-ce qu'à quelques personnes de prendre conscience de son existence, alors j'en serais heureux. Je tiens également à remercier particulièrement M. Bizet qui a fortement facilité mes contacts avec M. Borie et a été au fil de l'élaboration de cet article un interlocuteur fort sympathique ! Phil Defer

 

 

 

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Modification de la présentation de l'article le 8 juillet 2012

 

Times New Roman > Georgia : 02/10/12

20 janvier 2018

François Delpla : « Sans Churchill, ni les États-Unis, ni l'URSS n'auraient pu contester le triomphe nazi »

Dans le film de Joe Wright, Les Heures sombres, Gary Oldman incarne un Winston Churchill confronté aux bourrasques de la grande histoire, face au funeste péril nazi : quand toutes les citadelles d’Europe seront tombées, il demeurera, un temps (de ces temps où tout, absolument tout, peut basculer), seul à faire face. Debout. Seul, parmi les nations, et à bien des égards, seul parmi les siens. Je n’ai, pour l’heure, toujours pas vu ce film (mais je compte bien le faire bientôt). François Delpla, biographe de Hitler et spécialiste du Troisième Reich (ses indispensables Propos intimes et politiques ressortent bientôt, en poche), l’a vu, et il a écrit sur son blog ce qu’il en a pensé. Il a accepté, une nouvelle fois, de répondre à mes questions. Je tiens à le remercier, encore et encore, pour la bienveillance qu’il m’a toujours témoignée. Le lire est à chaque fois très enrichissant (j’ai hâte de voir, entre mes mains, ce qu’il fera de la passionnante thématique « Hitler et Pétain »), et le publier, une joie, et un privilège. Delpla, c’est un conteur qui cherche, et un chercheur qui sait raconter ; lisez-le, vraiment. Puisse cet article vous donner cette envie ! Un document exclusif Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Q. : 16/01/18 ; R. : 18/01/18.

François Delpla: « Sans Churchill, ni les États-Unis,

ni l’URSS n’auraient pu contester le triomphe nazi. »

Churchill et Hitler

Churchill et Hitler, Éditions du Rocher, 2012.

 

François Delpla bonjour, merci de m’accorder cette nouvelle interview, que je veux axée autour du personnage de Winston Churchill, auquel vous avez consacré plusieurs ouvrages, dont Churchill et Hitler (éd. du Rocher, 2012)...

L’actu du moment autour du « Vieux Lion » britannique, c’est le film de Joe Wright, Les Heures sombres, que vous avez vu. Artistiquement parlant, est-il un bon film ? Surtout, sur le plan historique, y retrouve-t-on, au moins sur l’essentiel, ce qu’il convient d’apprendre et de comprendre sur le sujet traité ?

le film et l’histoire

« Ce film, artistiquement réussi, est le premier qui

se fonde sur les minutes du cabinet britannique. »

Ce film, qui me semble artistiquement réussi, est le premier qui se fonde sur les minutes du cabinet britannique, accessibles depuis 1971 et très lentement prises en compte, par l’histoire universitaire comme par les fictions de toute nature, tant elles s’écartent de la vérité jusque là admise. Je suis le premier historien qui les a exploitées en détail et sans œillères, il y a bientôt 25 ans, dans Churchill et les Français, trois ans après un premier défrichage de John Lukacs dans The Duel. Mon chapitre est en ligne et il convient d’y renvoyer. Au cinéma, il est permis et compréhensible de trier, de simplifier, d’introduire des actrices pour détendre le spectateur des affrontements tout uniment virils, sur les champs de batailles comme dans les milieux politiciens phallocrates… Le scénariste, Anthony Mac Carten, nous fait d’ailleurs l’heureuse et très rare surprise de publier le résultat de ses recherches documentaires avant toute déformation fictionnelle, sous la forme d’un livre portant le même titre que le film. C’est ainsi que Clementine Hozier épouse Churchill, indûment introduite dans des moments-clés du film, n’est mentionnée dans le livre qu’au sein d’un chapitre sur la jeunesse du héros !

Plus gravement pour la compréhension des événements, Mac Carten s’écarte sur quelques points essentiels des minutes du cabinet britannique, qui forment la base du scénario et qu’il est le seul auteur de fiction à suivre de près.

 

Les Heures sombres

Affiche du film Les Heures sombres.

 

Gary Oldman

Gary Oldman, dans le rôle de Churchill.

 

Le 10 mai 1940 (peut-être la date la plus cruciale pour l’Europe occidentale en cette première moitié du 20e siècle ?), Winston Churchill devient Premier ministre. Quelles sont les coulisses de cet avènement, d’un homme longtemps vu comme un marginal, et pas seulement d’ailleurs par ses ennemis politiques ? Car enfin, on sait le Parti conservateur jusqu’alors dominé par des personnalités pro-appeasement comme Neville Chamberlain (le Premier ministre sortant, qui va prendre le parti), ou encore le Foreign Secretary Edward Wood (Lord Halifax) ? Et, ne l’oublions pas, le 10 mai, c’est aussi le jour du démarrage des invasions à louest par l’Allemagne hitlérienne...

Comment se décomposent, au sein du Parlement, des grands partis et pour ce qu’on en sait, de l’opinion britanniques, les forces en présence sur la question de la guerre, à l’heure où Churchill prend la tête du gouvernement ? Surtout, comment cela va-t-il évoluer durant les quarante jours décisifs qui vont suivre, avec pour point daboutissement la désastreuse capitulation française ?

game of seats

« Après Munich, Churchill fut très dur avec Chamberlain,

tout en cherchant à ne pas se l’aliéner définitivement. »

La diversité de ces questions pertinentes met à rude épreuve mon esprit de synthèse ! Churchill est un antinazi conséquent, tout en restant un impérialiste anglais pas toujours très lucide, depuis la première percée électorale des nazis, en septembre 1930. Il assume une grande marginalité et est tenu à l’écart du gouvernement quand les conservateurs en reprennent les rênes aux travaillistes en 1931, tout en évitant de créer l’irréparable. Par exemple, la célèbre apostrophe d’après Munich, «  ils ont voulu éviter la guerre par la honte, ils ont la honte et ils auront la guerre  », n’est pas lancée en plein débat des Communes à la face du premier ministre Chamberlain, dont il se serait fait alors un ennemi irréconciliable, mais dans quelque salon, à charge pour la rumeur de la faire parvenir au destinataire (elle n’est connue que par les mémoires du plus churchillien des travaillistes, Hugh Dalton, dans les années 50).

Son opposition constante sur la question allemande ne crée pas autour de Churchill un groupe de députés frondeurs analogue à celui qui, en France, a récemment renâclé devant la politique Valls-Hollande. Seul parmi les parlementaires conservateurs son futur deuxième successeur Harold Macmillan, peut-être, le suit de près, en dehors de Brendan Bracken qui, lui, le suit comme son ombre et jusqu’au bout, devenant à partir de 1941 son inamovible ministre de l’Information avant de décéder prématurément dans les années cinquante en ayant brûlé tous ses papiers, ce qui me fâche définitivement avec lui ! Aux élections de 1935, les conservateurs ont obtenu 429 députés sur 583 et ceux qui depuis ont exprimé, face au nazisme, des positions plus ou moins churchilliennes sont environ une trentaine.

« Churchill était devenu, pour Chamberlain, une carte potentielle

à jouer dans son duel psychologique contre Hitler. »

Chamberlain gardait Churchill, dans le duel avec Hitler où il avait constamment le dessous, comme une carte de réserve. Il menaçait le Führer d’une guerre plus souvent qu’on ne l’imagine, et le bruit récurrent d’une entrée de Churchill au gouvernement était l’un des instruments de cette menace. C’est donc tout naturellement qu’il devient ministre quand Chamberlain se résigne à déclarer la guerre, mais sur un strapontin puisque cette guerre va rester «  drôle  » jusqu’à ce que l’ennemi en décide autrement. Il n’est que ministre de la Marine dans un conflit qui s’annonce essentiellement terrestre. Il ne retrouve donc même pas sa position de 1914 car si alors déjà il était premier lord de l’Amirauté c’était dans une guerre qui s’annonçait navale autant que terrestre, car l’engagement de l’Angleterre résultait avant tout de son inquiétude devant la croissance exponentielle de la marine allemande – alors que Hitler avait limité son développement pour rassurer Londres.

 

Neville Chamberlain

Neville Chamberlain, Premier ministre britannique (1937-1940).

 

« Chamberlain discrédité suite à une grossière

erreur d’appréciation ; Halifax resté en retrait, considérant

que son heure n’est pas venue : le "moment Churchill"

est né d’un concours improbable de circonstances. »

 

Churchill devient Premier ministre à la faveur d’une crise politique entraînée par les défaites alliées en Norvège, et surtout par le contraste entre l’audace déployée alors par Hitler et l’immobilisme de Chamberlain qui venait, cinq jours avant que Hitler ne fonde sur la Scandinavie, d’expliquer aux Communes que [le dictateur nazi] avait «  loupé le coche  » (missed the bus). Il y aurait des raisons logiques à ce que la seule personnalité conservatrice antinazie prenne le relais… mais ce n’est pas cette logique-là qui prévaut le 10 mai 1940, contrairement aux apparences. Le bras droit de Chamberlain, son ministre des Affaires étrangères Edward Halifax, avait été moins exposé et tout le monde s’attendait à ce qu’il lui succédât, d’autant plus que le roi George VI ne lui marchandait pas son estime. D’autre part les travaillistes, réunis en congrès à Bournemouth et courtisés de tous les côtés malgré leur groupe parlementaire très inférieur, car le  moment semble venu d’affronter la guerre avec un gouvernement d’union, accepteraient de servir sous n’importe quel conservateur autre que Chamberlain (ce que le film ne précise pas). Mais ce dernier, furieux d’être chassé pour une phrase malheureuse, s’accroche au pouvoir de toutes les manières possibles. Il entend notamment (et le film le montre, sans le dire) garder la présidence du parti conservateur, qui revient normalement au Premier ministre. Or Halifax est lord et ne peut, en conséquence, haranguer les Communes que par l’intermédiaire d’un porte-parole… désigné, donc, par Chamberlain. Il préfère passer son tour («  Mon heure n’est pas encore venue  », résume le film en une formule obscure si on ne connaît pas ce contexte) en attendant que la situation se décante, et consent à une expérience Churchill… sous la haute surveillance de Chamberlain et de lui-même, qui occupent dans le nouveau cabinet de guerre de cinq membres les deuxième et troisième fauteuils, devant les travaillistes Attlee et Greenwood.

Lors du vote de confiance réclamé par Chamberlain à l’issue du débat sur la Norvège commencé le 7 mai, les «  ayes  » sont au nombre de 281 et les «  noes  » de 200. Ce qui signifie que plus de cent conservateurs se sont abstenus : le désaveu est cinglant, même si la plupart des abstentionnistes veulent sanctionner sa gestion brouillonne de la guerre plutôt que sa mollesse envers le nazisme.

« Après la terrible crise suivant la percée allemande en France,

Churchill fait montre, de par son éloquence, de sa capacité

à reprendre la main, à exalter le courage,

après l’évacuation réussie de Dunkerque. »

Il est inexact que le nouveau gouvernement, le 13 mai, soit accueilli aux Communes par un silence de mort après sa brève présentation par un Premier ministre qui promet «  du sang, de la peine, des larmes et de la sueur  ». Simplement il n’est acclamé que sur les bancs de gauche et les applaudissements conservateurs sont nettement plus discrets, tandis que l’entrée de Chamberlain a été saluée par une ovation. Qu’en est-il ensuite, lors de la terrible crise induite, à partir de la mi-mai par la percée allemande de Sedan et la faiblesse des réactions françaises ? Tout simplement, les Communes sont peu réunies et débattent peu de l’essentiel. Il faut dire que Churchill, qui est aussi devenu ministre de la Défense, sait limiter les débats par le recours au secret militaire et la procrastination. C’est ainsi que le 28 mai il fait admettre au parlement un ajournement d’une semaine en promettant qu’il y aura alors un débat de fond, permis par une connaissance précise des forces qu’on aura pu évacuer par Dunkerque. La promesse sera oubliée et le débat remplacé par un morceau d’éloquence : le fameux discours du 4 juin où Churchill exalte le succès complet de l’évacuation ainsi que le courage des marins, des aviateurs et des fantassins qui l’ont permise, et trace la perspective d’une tentative allemande de poursuivre les fugitifs en Grande-Bretagne où l’ennemi sera dignement accueilli «  sur les collines et sur les plages  », tout en précisant qu’il faudra bien recouvrer le terrain perdu : «  Wars are not won by evacuations  ».

 

Après la chute de la Pologne, du Luxembourg, des Pays-Bas, de la Belgique, puis de la France, Hitler a l’habileté de proposer une ouverture à un Royaume-Uni à peu près seul, et des conditions de paix prétendument acceptables pour cette puissance blanche qui dispose aussi d’un vaste empire colonial (l’Inde notamment est contrôlée par l’Empire britannique, ce qui n’est pas pour déplaire à Hitler). On imagine à quel point les débats peuvent être houleux alors, à Londres, face au dilemme insoluble entre paix déshonorante et promesse d’une lutte à mort contre un Reich sur-équipé et qui domine, avec son allié italien, le continent.

Halifax mène alors le clan de ceux qui veulent la paix, considérant que la lutte n’est pas gagnable, et que s’entêter risquerait de réduire à néant l’empire, voire de s’achever par l’asservissement des îles britanniques. Est-ce qu’en se faisant l’avocat du diable, il n’y aurait pas quelque chose de caricatural, à voir en Halifax, une espèce de collaborationniste qu’on pourrait juger indigne après coup ? De la même manière que peut-être, quand on regarde Chamberlain à Munich, on néglige le traumatisme finalement récent de la Grande Guerre ? Et après tout, est-ce qu’on ne voit pas encore, à ce moment-là, Hitler comme une énième resucée de l’expansionnisme allemand, violente et illuminée mais pas forcément si différente que ça d’un Frédéric II, d’un Bismarck, d’un Guillaume II ?

crises de cabinet

« Personne ne saurait dire, avant le 10 mai,

si Hitler est un minus impulsif ou un chef réfléchi. »

Si c’était le cas, l’union nationale ne poserait guère de problèmes. Hitler a au contraire réussi à semer un brouillard épais sur sa personne et ses intentions… pas encore très claires aujourd’hui pour tout le monde ! Pour nous en tenir à 1940, on ne sait pas avant le 10 mai s’il est un minus impulsif ou un chef réfléchi, s’il suit un plan ou s’il improvise, si sa politique suit une logique propre ou s’il est tiraillé entre des clans, s’il maîtrise la situation intérieure ou si ses virages à 180°, du pacifisme au bellicisme ou de l’antisoviétisme au pacte avec Moscou, ne sont pas en train de lui aliéner des courants puissants et si son effondrement souhaitable ne va pas engendrer un chaos pire que le mal, accouchant d’une Allemagne communiste… Ensuite, lors de l’offensive, tout va trop vite et on sait moins que jamais ce qu’on pense !

« Halifax a eu vent, par un intermédiaire également lié à Göring,

de ce que les Allemands, dès qu’arrivés à Calais, feraient

une offre avantageuse aux Britanniques, à saisir rapidement... »

Il est symptomatique que, dans le débat induit en ce début de 2018 par la sortie du film, on parle peu de Halifax et pas du tout, jusqu’à présent, de Dahlerus, un homme d’affaires suédois, lié à Göring et à Halifax, à qui l’Allemand, connu comme le bras droit du Führer, explique le 6 mai que la Wehrmacht pourrait un jour parvenir à Calais et qu’alors il faudrait signer la paix très vite à des conditions avantageuses. Une affaire étouffée presque parfaitement. Un livre de Jacques Benoist-Méchin a levé un coin du voile en 1956, une découverte archivistique fortuite de John Costello a précisé les choses en 1991… mais la réception du message, à Londres comme à Paris, reste obscure. Il est même possible que Halifax, le recevant peu avant ou peu après la formation du nouveau gouvernement, n’ait pas osé en parler à Churchill, estimant qu’il serait mal reçu, voire traité de défaitiste. Heureusement, nous pouvons affirmer sans grand risque d’erreur que le message était en tout cas arrivé au Foreign Office, car Halifax avait fait état devant le cabinet, les 19, 21 et 23 mai, d’un autre point abordé par Göring le 6.

« Churchill était au départ très opposé au réembarquement,

ce qui a tendu considérablement ses rapports avec la hiérarchie

militaire, et aurait pu aboutir sur une catastrophe

si les Allemands n’avaient pas stoppé leur avancée... »

La crise, que le film fait débuter le 25 mai quand Halifax entreprend l’ambassadeur italien Bastianini, démarre en fait le 19 lorsque le général Gort, qui commande les troupes anglaises bousculées sur le continent, demande qu’on secoue les Français pour qu’ils contre-attaquent et qu’ils lui donnent des ordres dans ce sens, ou que le gouvernement l’autorise à se rembarquer. Churchill, en tant que Premier ministre et ministre de la Défense, pèse de tout son poids contre la solution de l’embarquement, au point d’en laisser passer l’heure, seul un étrange arrêt allemand de deux jours et demi dans l’arrière-pays dunkerquois sauvegardant sa possibilité. Il est alors à couteaux tirés non seulement avec Gort et son entourage, mais avec le chef suprême des armées impériales, le maréchal Ironside… un proche de Halifax. Ironside est brusquement remplacé par son second, Dill, dans la nuit du 25 au 26, dans des conditions à ce jour inexpliquées (dans ses mémoires, Winston écrit qu’il venait de s’apercevoir que le second était plus talentueux que son chef… une raison semble-t-il insuffisante pour changer de cheval au milieu du gué).

« Halifax se livre à un véritable coup d’État quand il affirme à

l’ambassadeur d’Italie à Londres, sans mandat,

que son gouvernement est prêt à demander une médiation

à Mussolini dans son conflit avec le Reich... »

Quant à l’entretien Halifax-Bastianini du 25, à l’heure du thé, c’est un véritable coup d’État, le ministre déclarant sans mandat aucun son gouvernement prêt à demander la médiation de Mussolini dans son conflit avec le Reich. Cependant, si Halifax récidive à plusieurs reprises jusqu’au 23 juin dans des démarches contraires aux délibérations collectives, il prend pour habitude de se confesser lors de la réunion suivante du cabinet en invoquant l’urgence… En l’occurrence, toutefois, il le fait de manière en partie mensongère : résumant le 26 mai son embardée transalpine, bien digne de l’expression «  franchir le Rubicon  », il prétend que Bastianini a parlé le premier d’une «  conférence européenne  », alors que son propre procès-verbal témoigne du contraire. Mais le document n’est glissé, dans les dossiers du cabinet, que le 10 juin (voir : texte).

 

Lord Halifax

Lord Halifax, secrétaire d’État aux Affaires étrangères (jusqu’à la fin décembre 1940).

 

Churchill tient bon la barre, face à des vents d’une puissance inouïe. Hors la dramatisation qui peut être celle d’un film de cinéma, que sait-on de ce que furent ses doutes, voire ses moments de quasi-fléchissement ? Et peut-on expliquer, quand on regarde le passé de cet homme, qu’il ait été capable d’une telle résolution sur une affaire qui aurait fort bien pu conduire à la mort de son pays ? En d’autres termes : le Churchill ’40 est-il prévisible après coup, quand on voit ce qu’il fut avant ?

Churchill ’40, suite logique ?

« Churchill est le champion de la lutte contre Hitler depuis

les élections de 1930 jusqu’à la confirmation de son suicide,

sans défaillance aucune. »

Depuis 1990 environ, quand les historiens ont commencé à prendre en compte les minutes du cabinet de guerre déclassifiées en 1971, ceux qui restent désespérément rivés à leurs classiques s’efforcent de combler d’une manière ou d’une autre le fossé entre Churchill et Halifax lors des dramatiques discussions des 26, 27 et 28 mai 1940. L’un des procédés les plus utilisés est de prétendre que Churchill a envisagé lui-même d’entrer en négociations, en concédant à Halifax que, si les conditions allemandes de paix sauvegardaient l’indépendance du Royaume, elle seraient acceptables, mais qu’il n’y croyait pas. En bonne méthode, il faudrait se demander si alors il est sincère ou s’il opère un recul tactique, faute duquel il serait renversé sur l’heure. Devant ce genre de question, où il s’agit de déterminer, sans source directe, les arrière-pensées d’un sujet, il reste à l’historien une ressource, qu’il emploie souvent sur des objets moins «  chauds  » sans que personne se récrie : considérer l’habitus et les habitudes de la personne, bref, l’ensemble de ses expressions et décisions sur le problème considéré. Ici la cause est facilement entendue : Churchill est le champion de la lutte contre Hitler depuis les élections de 1930 jusqu’à la confirmation de son suicide, sans défaillance aucune. Les bribes d’apparences contraires, des plus clairsemées, s’expliquent facilement par des considérations tactiques, souvent tout à fait conjoncturelles. C’est évidemment le cas ici. À telle enseigne que Churchill refuse le lendemain de confirmer la phrase, que Halifax en fait un motif de démission à l’issue de la réunion et que Winston a avec lui une conversation privée dont le résumé nous est connu par le journal de son adjoint Cadogan : le Premier ministre a couvert son interlocuteur d’éloges… mais a réussi semble-t-il à rester dans le vague sur la question des négociations, sans quoi Halifax s’en serait inévitablement prévalu auprès de Cadogan. Il va sans dire qu’une telle démission, rendue publique, aurait entraîné la chute du cabinet tout en réactivant la réputation de maladresse politique de son chef.

« Si Churchill a douté, ce fut de la victoire, et jamais sur

la nécessité absolue de refuser toute négociation. »

Ce qui ne veut nullement dire que Churchill n’ait pas nourri des doutes… mais pas de la manière dont le film les présente, en allant jusqu’à lui faire exprimer des hésitations devant des tiers ou avaliser un télégramme par lequel le cabinet demande noir sur blanc sa médiation à Mussolini. Nous savons par le journal de son secrétaire Colville et par les mémoires de son ministre Eden qu’il leur avoue, des semaines ou des mois plus tard, avoir douté… mais de la victoire, en cette «  heure la plus noire  », et non de la nécessité absolue de refuser toute négociation.

« L’entrée de l’Italie dans la guerre, demandée par Hitler

(sans doute sa seule erreur décisive), ferme

la porte "Halifax" au lieu de torpiller Churchill. »

Pour en finir avec Mussolini, et donner une précision importante sur l’abîme que côtoyaient alors la démocratie et les droits de l’Homme, Hitler commet à ce moment la seule erreur décisive de sa carrière… en dehors des absurdités de son idéologie : pendant qu’il laisse piaffer ses blindés devant Dunkerque, il enrôle Mussolini dans la guerre, en lui faisant promettre d’y entrer sous quelques jours ; à partir du moment où il a dit oui et rejoint le camp apparemment victorieux, il peut difficilement se dédire, d’où la fermeture de sa porte et de celle de son gendre-ministre Ciano lorsque arrivent les nouvelles de la conversation Halifax-Bastianini. Si au lieu de faire ce détour le secrétaire d’État pour les Affaires étrangères avait carrément mis sur la table les renseignements qu’il tenait de Dahlerus, toute la ténacité, toute la rhétorique et toute l’habileté de Churchill auraient difficilement fait le poids. Quant à Hitler, son erreur n’est pas une bêtise… et elle est d’une certaine manière induite par Churchill. Celui-ci, depuis le 10 mai, tire parti de chaque instant pour mettre le pays sur le pied de de guerre, en matière d’information notamment. Il demande et obtient que les débats internes ne débordent pas sur la place publique, il renforce à cet égard la législation et prive in extremis Hitler d’informations sur les réactions de l’opinion et des élites devant la rupture du front. Mesurant parfaitement l’importance d’une cessation rapide de la guerre pour mettre les puissances devant le fait accompli, Hitler n’a d’autre ressource que de priver l’ennemi de toute chance d’entente avec le seul neutre important du continent, l’Italie, capable de surcroît de nuisances extrêmes contre les intérêts britanniques en Méditerranée. Voilà qui devrait achever de miner le fauteuil de l’aventureux Premier ministre. Hitler pouvait difficilement savoir que, ce faisant, il torpillait, dans les coulisses du gouvernement londonien, une manœuvre qui visait le même but.

 

Alors que la défaite de la France paraît imminente, mais pas encore certaine (Paul Reynaud est toujours aux affaires), et avant donc l’arrivée au pouvoir de Pétain (l’équivalent dans un pays défait d’un Halifax ?), le sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale français de Gaulle arrive à Londres pour demander aux Britanniques d’engager toutes leurs forces dans la bataille. Londres ne peut accepter, conscient qu’elles deviendront vite essentielles à la défense de la patrie, mais il y a cette histoire, fascinante à mon avis, d’union franco-britannique, qui a capoté à quelques heures près... Que vous inspire-t-elle ? En quoi cela aurait-il consisté ? Et, qu’est-ce que ça aurait changé ?

une union franco-britannique ?

« Ce projet fut un double geste désespéré des deux antinazis

les plus résolus, de Gaulle et Churchill, mais il mourut dans l’œuf

faute d’avoir été défendu convenablement par Paul Reynaud. »

Le projet d’union franco-britannique est concocté par des ci-devant appeasers sans qu’aucun proche de Churchill ne s’en mêle. C’est Chamberlain qui accepte de le présenter devant le cabinet, le 15 juin… et Churchill le fait repousser ! Mais la météo change d’heure en heure. Par exemple, dans la soirée, Churchill accepte au terme d’un long échange téléphonique avec le successeur de Gort, Alan Brooke, que les troupes anglaises de Bretagne soient rembarquées avant d’être, comme à Dunkerque, sous le feu allemand. Ainsi meurt le «  réduit breton  » que de Gaulle avait réussi à faire accepter par les deux gouvernements et les deux commandements. Or de Gaulle s’est lui-même embarqué en Bretagne, pour Londres, dans la soirée et Eden lui explique très gêné, à son arrivée, qu’il n’y a plus de réduit. Il fait alors, à l’ambassade de France, la connaissance de Jean Monnet, qui lui «  vend  » le projet d’union et lui-même le vend à Churchill au cours du déjeuner. Il s’agit donc d’un double geste désespéré des deux antinazis les plus résolus, au sein d’une débâcle qui s’aggrave rapidement. Le traître de la fable est [le président du Conseil] Reynaud, qui au téléphone fait montre d’un certain enthousiasme devant cette branche qui le sauve de la noyade et, en tout cas, accepte l’union, puis se couche complètement au conseil des ministres, lisant deux fois le projet d’un ton peu convaincu et, devant les mines ébahies ou courroucées de ses collègues, passant au point suivant de l’ordre du jour sans le défendre.

Ce que cela aurait changé ? Tout ! Comme toutes les occasions manquées de tuer le nazisme, depuis la venue même au pouvoir de l’auteur de Mein Kampf (parfaitement inacceptable par la communauté internationale et acceptée seulement parce qu’il avait réussi à faire croire que sa politique extérieure serait dictée par les ministres conservateurs), jusqu’aux négociations de Moscou en août 1939, etc. etc. À défaut d’un abandon de la lutte par le Royaume-Uni, Hitler a un besoin vital de Pétain et de son armistice, et le passage des pouvoirs publics français en Afrique du Nord serait une catastrophe quasiment irrémédiable, en créant des complications atlantiques qui rendraient peu envisageable une croisade vers l’est, donc un accomplissement du programme nazi.

 

Paul Reynaud

Paul Reynaud, président du Conseil des ministres (20 mars 1940-16 juin 1940).

 

Le 16 juin, Pétain remplace Reynaud à la tête du gouvernement, l’armistice sera demandé le lendemain. De Gaulle deviendra, le surlendemain, le patron officiel de la résistance française basée à Londres. Est-ce qu’on essaie alors de déstabiliser, de renverser Churchill, dans son optique de guerre totale contre les Nazis ? Et est-il vrai que c’est à partir de la destruction par les Britanniques de la flotte française à Mers el-Kébir le 3 juillet (pour éviter qu’elle ne tombe aux mains des Allemands et participe à l’invasion de l’Angleterre) qu’il affermit sa position, auprès des politiques, auprès de l’opinion, et peut-être aussi auprès de De Gaulle ?

après Mers el-Kébir

L’une des erreurs historiques que le film risque d’accréditer est que Halifax, le 28 mai, aurait été mis définitivement à la raison, alors qu’il n’avait perdu… qu’une bataille. Devant la situation créée par la demande d’armistice de la France, il fait un nouvel et gros effort en faveur de la paix générale, et cela passe notamment par la pose de tous les bâtons possibles dans les roues de De Gaulle et de son mouvement.

Mers el-Kébir donne un peu plus d’air à Churchill, sans pour autant calmer Halifax, chez qui on perçoit toujours des nuances par rapport à son chef. Faute de quoi on comprendrait mal qu’il se débarrasse de lui en l’envoyant à Washington à la fin de l’année, en profitant de la mort subite du précédent ambassadeur.

« Sans doute le soulagement domine-t-il, chez de Gaulle,

de voir l’influence de Churchill consolidée. »

De Gaulle a nécessairement, devant le massacre de Mers el-Kébir, des sentiments mélangés mais sans doute le soulagement domine, de voir l’influence de Churchill consolidée par sa première standing ovation aux Communes et par l’approbation de Roosevelt.

 

De Gaulle

Le général De Gaulle depuis la BBC, à Londres (1940).

 

Mers el-Kébir, c’est le signal définitif que Churchill, tant qu’il sera au pouvoir, ira jusqu’au bout de la lutte. Le 13 août, c’est le début de l’épique bataille d’Angleterre, la concrétisation de cette fameuse question de vie ou de mort : plus de 2 500 avions de l’Axe vont frapper les villes britanniques pour détruire le moral des populations, et de ce fait provoquer le renversement de Churchill et son remplacement par des pacifistes. Mais les Britanniques, là encore, tiennent bon.

1/ Cette stratégie du Blitz (en fait de l’intimidation par la terreur) a-t-elle failli fonctionner ? 

2/ Comment les Britanniques ont-ils pu tenir ce choc (y compris matériellement), et les bataillons sauvés à Dunkerque ont-ils été décisifs sur l’aspect militaire de la question ? 

3/ Les Allemands ont-ils, à aucun moment, envisagé sérieusement d’envahir les îles britanniques, avant peut-être de renoncer, comme Napoléon avant eux ?

le Blitz

« Qu’on ne s’y trompe pas : pour Hitler, l’ennemi,

c’est Churchill et sa "clique", et non les intérêts

fondamentaux de l’empire britannique. »

Il n’y a pas de stratégie du Blitz. Nous savons de source sûre (par le journal du général Halder, disponible depuis 1947) que l’opération connue sous le nom de «  Barbarossa  » est décidée par Hitler en juillet : l’assaut aérien contre l’Angleterre est donc une diversion et le changement de cibles du 7 septembre (la ville de Londres succédant aux objectifs militaires) une diversion dans la diversion… au moment où lesdits objectifs militaires commençaient à céder et où l’absence d’invasion allait devenir suspecte. D’une façon générale, si durs que soient les coups que la Wehrmacht assène à des ressortissants britanniques tout au long du conflit, ils sont assortis de ménagements permettant de mesurer que l’ennemi est Churchill et «  sa clique  », non les intérêts fondamentaux de l’empire britannique.

La bataille est bel et bien aérienne et les troupes terrestres, évacuées de Dunkerque ou non, n’interviennent pas. En revanche leur reprise en main et leur déploiement, ainsi que la mobilisation de millions de civils pour des tâches diverses, sont bienvenus pour créer une atmosphère martiale et dissiper les velléités de négociation. Et bien sûr l’éloquence churchillienne est là pour faire accroire que les assauts aériens prouvent l’hostilité foncière du nazisme à tout ce qui est anglais, comme pour faire entrevoir des perspectives de victoire au bout du tunnel.

 

1941, c’est la mondialisation du conflit. En juin, Hitler trahit son pacte de non-agression avec Staline et envahit l’Union soviétique. Le 7 décembre, ce sera l’attaque japonaise sur la base navale de Pearl Harbor, qui entraînera pleinement la puissance américaine dans le conflit. Je veux revenir, un instant (décisif !) sur l’URSS, sur une réponse que vous m’aviez faite lors d’une interview : « L’idée d’un Barbarossa liquidant la Russie en trois mois n’est (...) pas sotte du tout. Mais là encore Churchill sera à la parade, par son discours du 22 juin 1941 qui sidère Staline avant de le sauver. » Est-ce que Churchill a été déterminant dans la capacité qu’ont eu les Soviétiques à continuer, face à des difficultés inouïes, puis à retourner, pour enfin remporter leur « Grande Guerre patriotique » ? Si oui, comment ?

à l’est, un dilemme cornélien ?

« Churchill veut encourager Staline, lui faire comprendre que

l’impérialisme britannique est prêt à mettre sincèrement

son anticommunisme entre parenthèses,

le temps de liquider l’ennemi commun... »

Je faisais allusion à la période initiale de onze jours qui s’écoule entre le début de l’attaque, le 22 juin 1941, et la première intervention publique de Staline, son discours radiodiffusé du 3 juillet. Deux thèses extrêmes continuent à s’affronter, l’une disant que Staline a perdu pied et qu’il est resté plusieurs jours prostré, l’autre qu’il était parfaitement maître de lui et a attendu pour parler le moment le plus opportun. Il existe aussi des rumeurs disant qu’il a cherché à négocier et ne s’est décidé à parler, pour mobiliser la nation russe en faisant appel à ses traditions de lutte contre les envahisseurs, que quand il a dû se résoudre à constater que Hitler s’était lancé dans une guerre d’anéantissement. Quoi qu’il en soit, le fait que Churchill le devance de onze jours, en passant toute la journée du 22 juin à polir, sans rien abdiquer de son hostilité au communisme, une allocution encourageant le combat du peuple soviétique, en écho à son discours «  sang et larmes  » du 13 mai 40, n’a pu que compter énormément… et localement, et mondialement ! En incitant Staline à réagir, en commençant à essayer de lui faire comprendre que l’impérialisme britannique mettait sincèrement son anticommunisme entre parenthèses, le temps de liquider l’ennemi commun, et en dissuadant les possédants du monde entier de se réjouir trop bruyamment des coups portés au communisme.

 

Quels furent, avant l’entrée en guerre des États-Unis, les contacts entre Churchill et l’administration Roosevelt, dont on sait qu’elle n’a pu aider les Britanniques qu’à grand peine, du fait d’une hostilité massive dans l’opinion pour un engagement trop prononcé dans la guerre ? Est-ce qu’après 1942, on observe un effacement relatif de Churchill au profit de Roosevelt pour la conduite des opérations alliées ?

à l’ouest, l’ami naïf ?

« Le projet hitlérien d’une Europe déjudaïsée et autarcique

ne tendait à rien d’autre qu’à renvoyer les Américains planter

leurs choux dans leur hémisphère occidental, et paraissait

tellement démesuré qu’il n’était pas pris au sérieux.

Jusqu’au jour où il fut à deux doigts, ou plutôt

à un Churchill, de son accomplissement... »

Je ne donne pas à Roosevelt sans confession l’absolution pour sa longue passivité devant le nazisme, en mettant la faute sur le compte de son opinion publique. Ou alors il était comme Lénine, seulement «  un pas en avant des masses  »  ! Mais non, ce n’est pas sérieux. Il a été l’une des principales dupes de Hitler, en sous-estimant largement le danger qu’il représentait, non seulement pour les droits et libertés humains, mais pour les intérêts mêmes du capitalisme américain, dont l’effort séculaire consistait à damer le pion aux Européens en matière économique, sur toute la planète. Le projet hitlérien d’une Europe déjudaïsée et autarcique ne tendait à rien d’autre qu’à renvoyer les Américains, civils ou militaires, planter leurs choux dans leur hémisphère occidental, et paraissait tellement démesuré qu’il n’était pas pris au sérieux. Jusqu’au jour où il fut à deux doigts, ou plutôt à un Churchill, de son accomplissement.

Dès lors, entre la mi-mai 1940 et Pearl Harbor, Churchill caresse l’Oncle Sam dans le sens du poil, avec dignité cependant, en essayant de sauvegarder au maximum les intérêts britanniques. Je ne suis pas sûr que de Gaulle ait tout à fait bien compris ce jeu, et son caractère indispensable. À partir de Pearl Harbor, la logique reste la même, bien que Winston et son empire aient effectivement de moins en moins de poids relatif, et doivent parfois compter avec une écrasante collusion américano-soviétique. Winston réussit tout de même quelques beaux coups, comme de faire une place à la France aux côtés des Trois Grands pour équilibrer un peu le poids de l’URSS en Europe sans avoir à s’appuyer sur l’Allemagne. Ceci dès le printemps 1943, alors que Roosevelt, comme quatrième, ne jurait que par la Chine. De même, c’est Churchill qui limite la poussée soviétique en Europe à une heure où Washington ne s’en souciait guère, en faisant la part du feu de manière réaliste et en mettant un barrage énergique à toute expansion «  rouge  » hors d’Europe orientale, par exemple en Grèce et en Espagne. Sur toutes ces questions, Roosevelt avait des idées bien floues.

 

Roosevelt et Churchill

Churchill, avec Franklin D. Roosevelt, qui fut président des États-Unis de 1933 à 1945.

 

Quel a été le poids des peuples de l’empire dans l’accomplissement de la résistance britannique, et de la victoire des Alliés ?

l’empire dans la guerre

La contribution de l’empire à la guerre fut maximale compte tenu des divergences d’intérêts. Il fallait, par exemple, des troupes indiennes et il y en eut, mais il ne fallait pas pousser trop fort le recrutement, pour éviter révoltes et désertions. Ou encore il fallut ménager l’Australie, de plus en plus soucieuse de sa propre défense face à une menace japonaise surévaluée.

  

Churchill aura ce mot fameux, un an à peine après la victoire : « De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu à travers le continent. ». Il exprime là ses craintes face à l’expansionnisme grandissant, en Europe de l’est, d’une Union soviétique triomphante. On le sait, il a soutenu l’effort militaire des Russes sans réserve parce que leur ennemi commun était redoutable, mortel même pour les uns et pour les autres. Mais que pensait-il de Staline ? Est-ce qu’il croyait pouvoir lui accorder la moindre confiance ?

Staline, un partenaire fiable ?

Mais oui ! Il misait sur son réalisme, tout à fait à juste titre. Et aussi sur la difficulté qu’auraient les Soviétiques à dominer durablement leurs satellites.

 

Staline

Joseph Staline, qui dirigea l’URSS et ses dépendances jusqu’à sa mort en 1953.

 

Est-ce que vous diriez, comme moi j’ai tendance à le penser, qu’au vu de tout ce que l’on vient d’évoquer, Churchill a été l’homme le plus important pour la défense et la sauvegarde des libertés pour l’Europe du XXe siècle ? Peut-être le plus grand des Européens du siècle ? Quand on fait le bilan, l’essentiel de l’effort de guerre pour la destruction des dictatures nazie, japonaise et italienne n’a certes pas été britannique, mais si Londres s’était couché, si Churchill n’avait pas résisté, les Soviétiques et les Américains auraient-ils eu ne serait-ce qu’une chance de résister face à la monstrueuse machine de l’Axe ?

Churchill, le plus grand ?

« Sans Churchill, les Américains auraient difficilement pu attaquer,

et les Soviétiques auraient difficilement pu se défendre... »

Il fut grand, très grand ! Le plus ? Avec qui comparer et au nom de quoi ? Et, non, dans le cas d’une paix générale conclue en mai, juin ou juillet 1940, ni les États-Unis ni l’URSS n’auraient été en mesure de contester le triomphe nazi. Les premiers auraient difficilement pu attaquer, et les seconds se défendre.

 

Quelles sont, aujourd’hui encore, les zones d’ombre qui subsistent s’agissant de Churchill ? Soyons fous : si une telle possibilité pouvait exister, quelle serait la question que vous lui poseriez ?

Sir Winston, une question ?

D’une façon générale, je me méfie des reproches qu’on lui fait communément, depuis les Dardanelles jusqu’à la guerre froide en passant par la tentative de revaloriser la livre et la crise de l’abdication, et je ne partage, après mûre réflexion, quasiment aucune des critiques assénées à sa conduite vis-à-vis du nazisme et de la guerre qu’il a déclenchée. Il n’a été ni le laudateur de Hitler dans son unique article sur lui, en novembre 1935, ni le massacreur de Mers el-Kébir, ni l’affameur des Grecs ou des Bengalis, ni l’accoucheur naïf du régime de Tito, ni le fauteur de bombardements sans utilité militaire, ni le sot qui évacuait la Libye pour la Grèce alors qu’il était sur le point de chasser l’Axe d’Afrique, ni l’abruti qui prolongeait la guerre en exigeant la capitulation sans conditions du Reich, etc. etc.

« Peut-être a-t-il été sottement sévère envers les républicains

espagnols et indulgent envers Franco, jusqu’à

sa volte-face au début de 1938... »

Si vous y tenez, il a été un peu absurdement jusqu’auboutiste contre la révolution russe, ou un peu complaisant dans ses louanges envers Mussolini alors même qu’il n’y avait pas encore à le séparer de Hitler, ou un peu méprisant à l’égard de Gandhi ou sottement sévère envers les républicains espagnols et indulgent envers Franco jusqu’à sa volte-face au début de 1938… ce qui amène ma question :

« Vous avez déclaré aux Communes le 11 novembre 1947 : “Democracy is the worst form of Government except for all those other forms that have been tried from time to time.” Ce qu’on traduit généralement ainsi en français : «  La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres. » Cette réflexion a été bien tardive dans votre carrière. Résulte-t-elle de votre expérience de la Seconde Guerre mondiale ? Si oui, à quel(s) régime(s) allaient vos préférences antérieures ? »

 

Quels sont vos projets, François Delpla ? Que peut-on vous souhaiter pour 2018 ?

des projets

« Je m’occupe de la façon dont Hitler s’est occupé

de Pétain. La réponse est d’une richesse inouïe... »

Je continue de creuser mon sillon en fonction du paradoxal constat : «  le nazisme, sujet vierge  ». Tout reste en effet à découvrir ou au moins à préciser. Pour filer un instant la métaphore érotique, je dirai qu’il s’agit d’une danse des sept voiles et qu’on en a ôté pour l’instant un ou deux. Je m’occupe en ce moment de la façon dont Hitler s’est occupé de Pétain. La question n’a jamais été osée ainsi (j’avais voulu écrire «  posée  », le clavier a fourché, j’assume !) et la réponse est d’une richesse, c’est le cas de le dire, inouïe. Il faut simplement me souhaiter d’arriver à synthétiser tout cela dans un délai raisonnable.

 

Un dernier mot ?

Longue vie à Paroles d’Actu et à son Nicolas de patron, dont les questionnaires sont de plus en plus pertinents !

 

Churchill V

Photos utilisées dans cet article : DR.

 

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3 février 2012

Georges Sarre : "Sarkozy, c'est la rupture de la France avec elle-même"

En 2006, j'interrogeais Monsieur Georges Sarre au sujet de François Mitterrand, à l'occasion du dixième anniversaire de la mort de celui dont il fut ministre. Quelques mois s'écoulent... Le premier tour de l'élection présidentielle vient d'avoir lieu. Nicolas Sarkozy (UMP) affrontera Ségolène Royal (PS). L'un des deux sera élu à la présidence de la République le 6 mai 2007. Georges Sarre, lui, en sa qualité de Premier secrétaire du Mouvement républicain et citoyen, de camarade, d'ami, est un fidèle de Jean-Pierre Chevènement. Son champion n'est pas au second tour. Il n'était même pas au premier, ayant décidé de retirer sa candidature et de soutenir Ségolène Royal. J'ai souhaité interroger de nouveau Monsieur Sarre durant cette période déterminante de la vie politique française. Il avait alors accepté de me répondre, avec une grande générosité et une implication remarquable. Je ne lui serai jamais assez reconnaissant pour cela. Cet entretien - qui n'est autre qu'un document d'archive - est certainement l'un de ceux dont je suis le plus fier. Je suis fier, surtout, d'avoir pu avoir de tels contacts avec cet homme que j'estime beaucoup. J'espère que la lecture de ce texte vous intéressera. Nombre de questions traitées restent d'actualité aujourd'hui alors que Jean-Pierre Chevènement, de nouveau candidat en 2012 "pour faire bouger les lignes" et "mettre la gauche et la France à la hauteur des défis qu'elles doivent relever", vient une nouvelle fois de retirer sa candidature. Quel soutien apporté ? À quelles conditions ? Quel regard porté sur Nicolas Sarkozy ? Nous sommes le premier mai 2007. Dans cinq jours, la France élira son président. Une exclusivité F21-PdA, par Phil Defer. DOCUMENT

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

GEORGES SARRE

Ancien Ministre sous la présidence de François Mitterrand
Ancien Maire du 11è arrondissement de Paris


"Sarkozy, c'est la rupture

 

de la France avec elle-même"

 

https://storage.canalblog.com/18/43/871067/76999453.png

(Photo de G. Sarre : http://www.georges-sarre.net)

 

 

Q : ??/04/07

R : 01/05/07

 

 

 

Note de Phil Defer : J'ai choisi, pour illustrer ce texte, une belle photo de Monsieur Sarre aux côtés de Madame Danielle Mitterrand. Il avait rendu hommage à l'ancienne première dame en 2006 lors de notre entretien présent sur le blog sous l'intitulé Georges Sarre raconte François Mitterrand comme suit : "J'ai aussi une estime profonde pour Danielle Mitterrand, qui, encore aujourd'hui, mène un beau combat pour un monde plus juste, pour la souveraineté et la coopération des peuples... En plus de partager avec elle beaucoup d'analyses, sur la mondialisation et sur l'Europe notamment, j'admire son courage hors du commun." Il réagira au décès de celle-ci, cinq ans plus tard, par ces mots : Les yeux braves et pétillants de Danielle Mitterrand se sont fermés...

 

 

Paroles d'Actu : Après que Jean-Pierre Chevènement se soit retiré de la course à la présidentielle, votre soutien à Ségolène Royal s'est-il fait naturellement ?

 

Georges Sarre : C’est précisément parce que nous avons trouvé un accord politique sur le fond que Jean-Pierre Chevènement a décidé de soutenir Ségolène ROYAL et que le MRC s’est engagé en sa faveur.

 

 

PdA : Mme Royal a soutenu le "oui" au traité constitutionnel européen, ce qui n'était pas du tout votre position. Ne craignez-vous pas que vos électeurs s'y perdent ?

 

G.S. : Je vais vous répondre franchement. Nous étions face à une alternative. Pour donner une suite au NON du 29 mai 2007, il y avait deux possibilités. Première possibilité : une candidature unitaire du NON, en tous cas du NON de gauche, sur des bases claires, non seulement d’opposition, mais de propositions. Cette candidature n’a pas vu le jour ; d’une part parce que les socialistes qui avaient appelé à voter NON ont rejoint ceux qui avaient appelé à voter OUI dans la synthèse du Mans, et d’autre part du fait de l’émiettement, et parfois l’incohérence de la « gauche de la gauche ». Restait donc la deuxième possibilité : s’appuyer sur le NON, les exigences qu’il portait, pour orienter convenablement le projet du candidat de gauche (la candidate en l’espèce) à vocation majoritaire. Ségolène ROYAL, en tenant compte du NON du 29 mai, et en faisant ainsi des propositions telles que la remise en cause de l’indépendance de la BCE et de la politique commerciale de « concurrence libre et non faussée », a permis cette suite positive au NON du 29 mai 2005. C’est ce que les électrices et les électeurs doivent comprendre. Peut-être le MRC perd-il en lisibilité, mais ce qui nous importe le plus, c’est que la gauche dans son ensemble progresse vers la prise en considération des aspirations populaires.

 

 

PdA : À la vue des résultats du premier tour de l'élection présidentielle, pensez-vous que la décision de M. Chevènement de ne pas être candidat était la bonne ?

 

G.S. : C’était la plus raisonnable. Encore une fois parce que Ségolène ROYAL a fait des avancées programmatiques tout à fait considérables par rapport au bilan de la gauche plurielle, en prenant en compte les exigences des Français exprimées le 29 mai, que ce soit sur les services publics, la politique monétaire, les délocalisations… Le succès du premier tour, permis notamment par le soutien de Jean-Pierre CHEVENEMENT et du MRC, est la conséquence de cet axe programmatique nouveau.

 

 

PdA : Que vous inspirent les résultats de ce premier tour, et notamment le très faible niveau des voix de gauche (36,44%) ?

 

G.S. : On ne peut pas raisonner comme ça. Tout laisse penser que plus de la moitié des électeurs de François BAYROU sont des électeurs de gauche. Ils ne se sont pas prononcés en faveur du contenu, libéral, euro-fédéraliste, du programme UDF. Ils ont utilisé le bulletin de vote François BAYROU pour faire entendre un message d’exigence de renouvellement démocratique. A tort ou à raison, ils ont considéré que François BAYROU incarnait un certain renouvellement des pratiques politiques.

 

J’irai même plus loin. Quand on voit que 25% des ouvriers votent Jean-Marie LE PEN, on ne peut pas croire naïvement que les 11% d’électeurs de LE PEN sont tous des gens d’extrême droite. Il y a là aussi un électorat populaire. Il utilise le bulletin de vote LE PEN pour dire les cinq lettres au « système ». C’est un choix que je déplore, compte tenu de certaines positions nauséabondes de Jean-Marie LE PEN, mais qu’on doit prendre pour ce que c’est : un cri de ras-le-bol.

 

Alors bien sûr, tout ceci se fait au détriment de votes tels que le vote PS pour l’électorat de François BAYROU, ou le vote PC pour une partie de l’électorat ouvrier de Jean-Marie LE PEN.

 

Mais plus la gauche expliquera qu’elle porte le projet démocratique et social attendu par les classes populaires, plus ces électorats égarés reviendront vers elle. J’espère que ce sera le cas dès le second tour.

 

 

PdA : Les signaux répétés de Mme Royal en faveur du très européen François Bayrou vous inquiètent-ils, ou bien considérez-vous l'idée d'une majorité présidentielle plus large intéressante ?

 

G.S. : D’abord, le principe de réalité oblige Ségolène ROYAL à tenir compte des résultats du 1er tour, et à rassembler pour faire barrage au danger SARKOZY. Ensuite, j’observe qu’elle le fait avec intelligence, en soulignant les points de convergence qui sont les nôtres avec François BAYROU sur un nécessaire renouvellement de la démocratie, qu’il s’agisse des référendums plus fréquents, le cas échéant d’initiative populaire, de l’accroissement des pouvoirs du Parlement, élu en partie à la proportionnelle, de la transparence dans les nominations, de la réforme du dialogue social etc. Elle ne lâche rien pour autant sur son programme économique et social, et elle a raison, car il est plus conforme aux intérêts du peuple que celui de M. BAYROU. Quant à l’Europe, tout le monde convient de la nécessité de « relancer l’Europe ». La question est de savoir sur quelles bases. A ce sujet, « l’Europe par la preuve », c’est-à-dire par des coopérations sur des projets précis (industriels, infrastructurels, scientifiques, etc.) que prône depuis plusieurs mois Ségolène ROYAL me semble la bonne démarche. Et l’accord MRC / PS est très précis : de la remise en cause de l’indépendance de la BCE en passant par un changement de politique commerciale pour stopper les délocalisations, ou encore la défense des Services Publics, nous avons pris des engagements communs. Nous les ferons respecter, avec l’aide de la majorité de Français qui a voté NON le 29 mai, et de ceux qui, comme Ségolène ROYAL, et bien qu’ils aient voté OUI, partagent notre volonté de réorienter l’Europe.

 

 

PdA : Pourquoi Nicolas Sarkozy doit-il, d'après vous, être battu le 6 mai prochain ?

 

G.S. : Parce qu’il est communautariste (il a naguère appelé à une remise en cause de la loi de 1905 et défend la « discrimination positive », insulte envers ceux qui sont censés en bénéficier) ; parce qu’il est atlantiste (il est naguère allé s’excuser auprès de BUSH de la position de la France et de Jacques CHIRAC sur la deuxième guerre du Golfe et mettra la politique étrangère et de défense française à la remorque de l’impérialisme états-unien) ; parce qu’il est ultra-libéral (il veut alléger la fiscalité pour les plus riches, privatiser les services publics, favoriser la financiarisation de l’économie, remettre en cause la sécurité sociale et le droit du travail).

 

Communautarisme, atlantiste, ultra-libéral : Sarkozy est symétriquement opposé à tout ce qui a fait la République française et son contrat social depuis des décennies, et qui a rassemblé, depuis le CNR, la gauche, mais aussi une droite gaulliste, patriote, républicaine et sociale.

 

Sarkozy, c’est la rupture de la France avec elle-même. Les populations et les territoires les plus fragiles seront laissés au bord de la route. Sarkozy, c’est « U.S.A. today » !

 

 

PdA : En quoi Ségolène Royal vous paraît-elle être le successeur de François Mitterrand ?

 

G.S. : Elle incarne la France, ce subtile mélange d’une part de conservatisme sur les principes qui méritent d’être défendus, d’ordre républicain (pas l’ordre social), et d’autre part de progressisme, tant sur le plan social que démocratique et sociétal, qui a toujours marqué la France depuis la Révolution française et jusqu’à 1981, en passant par le Front Populaire ou la Libération. En cela, elle ressemble à François MITTERRAND, le charentais conservateur… et leader de la gauche laïque socialiste !

 

 

PdA : Que diriez-vous à un(e) électeur(rice) indécis(e) pour le(a) convaincre de voter Ségolène Royal au second tour ?

 

G.S. : Qu’entre d’une part le vote Ségolène ROYAL, vote en faveur d’une France apaisée, qui va de l’avant (même avec des aléas et des imperfections), et d’autre part le vote SARKOZY, vote pour la grande régression démocratique et sociale, dans un climat de tension, il n’y a pas photo ! Et qu’à trop hésiter, on se réveille avec la gueule de bois !

 

 

PdA : Sur quels sujets le Mouvement Républicain et Citoyen compte-t-il infléchir la position de la future présidente ?

 

G.S. : Je l’ai dit : nous entendons faire respecter les engagements pris en commun sur la réorientation de la Construction Européenne, le niveau de l’Euro, la politique commerciale, les Services Publics. Car là sont les clés pour répondre au grave problème du chômage et de l’explosion des inégalités sociales et territoriales. Nous ferons aussi entendre l’exigence républicaine et citoyenne dans des politiques concernant l’Ecole, la diplomatie, la mémoire nationale. Nous sommes républicains et patriotes, comme la gauche de JAURES, et garants de cette continuité.

 

 

PdA : Certains ont expliqué le retrait de M. Chevènement par des "tractations électoralistes" avec le Parti socialiste en vue des législatives notamment. Que leur répondez-vous, et qu'en est il réellement ?

 

G.S. : Si la motivation principale était électoraliste, alors nous ne serions pas des champions, puisque nous n’aurons le soutien du PS que dans 10 circonscriptions, pour la plus part très difficiles ! Non, nous avons agi au contraire avec une certaine abnégation sur ce plan. Nous l’avons fait pour donner toutes ses chances à l’union et à la victoire de Ségolène ROYAL sur une base programmatique nouvelle, saine, à laquelle nous avons apporté notre pierre. Ce que nous n’avons jamais cessé de rechercher depuis 1971, c’est de faire en sorte que le logiciel républicain que nous portons soit l’axe d’une candidature majoritaire et de la politique conduite.

 

 

PdA : Je vous avais interrogé lors de ma première interview sur le bilan que vous faisiez de la présidence Mitterrand. À l'heure où Jacques Chirac s'apprête à quitter l'Elysée, comment jugez-vous son action en tant que chef de l'Etat ?

 

G.S. : Je souhaite que la fin du mandat de Jacques CHIRAC et les années qui suivront soient sereines. C’est l’intérêt de la France. J’ai eu l’occasion de m’exprimer des dizaines de fois pendant les douze dernières années pour exprimer mon opposition forte à la plupart des politiques menées par ses gouvernements. La France est en panne économique, démocratique et sociale. Ce n’est pas directement la faute de Jacques CHIRAC, soyons clairs : c’est le fait des engagements européens qu’il a poursuivis et amplifiés, de la fuite en avant dans l’abandon de la souveraineté française, et donc de notre capacité à défendre, moderniser, améliorer notre économie et notre modèle républicain et social. Mais je retiendrai néanmoins le succès de sa politique de sécurité routière, des avancées –insuffisantes- pour les personnes handicapées, le renforcement de la laïcité qu’il a opéré avec raison via la loi de 2004, et sa prise de position, particulièrement juste, sur la deuxième guerre du Golfe. A ce sujet, il a non seulement eu raison, mais n’a de surcroît pas manqué de panache. Je veux le souligner, en dépit de mon opposition.

 

Vous l’aurez compris, le bilan que je tire des années CHIRAC n’est pas très positif… mais quand je pense à ce que serait la politique de Nicolas SARKOZY, je crains que, dans l’hypothèse de sa victoire, nous ne regrettions ses prédécesseurs !

 

 

PdA : La République est un thème très présent pour vous et votre parti. De quoi est-elle malade aujourd'hui, et comment peut-on la guérir ?

 

G.S. : La République est malade du communautarisme, qu’on guérit par la laïcité et la défense du bien commun. La République souffre de ne pas avoir d’horizon, et c’est pourquoi il faut redonner un grand dessein collectif à la Nation. La République souffre d’une crise de l’intégration, qu’il faut soigner en cassant les ghettos, en renforçant l’apprentissage du français, la diffusion de la culture. La République souffre de l’affaiblissement international de la France, qu’il faut enrayer en reprenant la tête d’une grande coalition pour réorienter la construction européenne et la mondialisation. La République souffre, surtout, du chômage de masse, de la précarité, de l’explosion des inégalités, de la corruption des valeurs et des relations sociales par une financiarisation détestable de l’économie et de toute la société. Il faut y répondre par une nouvelle donne économique et sociale à l’échelle européenne et nationale, dont j’ai tracé les pistes dans mes précédentes réponses.

 

La République souffre, enfin, de ce que les élites qui nous dirigent ne croient plus en la France, n’aiment plus leur pays. Nicolas SARKOZY se cache derrière des déclarations du genre « la France, tu l’aimes ou tu la quittes », pour stigmatiser les nouveaux arrivants. Mais tout son projet de société est aux antipodes de ce qui a toujours fait France, de notre contrat républicain et social. Il prétend aimer la France mais veut en saper tous les fondements et la diluer dans la globalisation nord-américaine et financière ! Il n’aime donc pas la France. Dès lors, je ne lui demande pas de la quitter, mais de quitter le pouvoir !

 

 

PdA : Pourquoi la question de l'identité nationale doit-elle être, selon vous, un des enjeux majeurs de cette campagne ?

 

G.S. : Je récuse le concept d’identité nationale française. L’identité, c’est quelque chose de global, de figé, dont on hérite. La France n’est pas une identité. C’est une nation citoyenne, faite de la volonté collective de construire un avenir commun. Bien sûr, pour cela, il faut des références culturelles ; il faut se parler, et donc parler le français. Il faut aussi jouir de certaines conditions matérielles pour exercer pleinement sa citoyenneté. Mais la France, moyennant ces conditions d’exercice de la citoyenneté, est faite de la volonté commune de chacun et de chacune des citoyens qui la compose. D’où l’importance de la laïcité, pour ne pas nous fractionner en communauté. D’où l’importance des solidarités sociales, pour la cohésion nationale. D’où l’importance de la langue et de l’Ecole, pour le débat et la morale publics. Ce sont toutes ces sources de citoyenneté qu’il faut renforcer, contrairement à ce que propose SARKOZY. Et non pas poser l’identité de la France comme une donnée figée, pour en exclure certains.

 

 

PdA : Quelle est aujourd'hui votre position au regard de la situation en Irak et de la crise du nucléaire iranien ?

 

G.S. : Le fiasco irakien confirme jusqu’à la nausée la justesse de la position de la France en 2003 et l’erreur majeure de BUSH. Non seulement parce que les soldats américains meurent. Mais aussi parce que des civils sont massacrés, que le chaos règne, et qu’on assiste, avec l’affaiblissement du nationalisme arabe laïque dans ce pays, à l’explosion des intégrismes islamistes et à leur violente opposition. Il me paraît urgent de favoriser par la diplomatie et le co-développement des solutions laïques et démocratiques dans cette région du monde, en respectant l’unité et la souveraineté des Etats.

 

La situation en Iran est en effet préoccupante. Je suis opposé à ce que l’Iran se dote de l’arme nucléaire. J’entends dire parfois que l’Iran a le droit, au même titre que d’autres pays, de se doter de l’arme atomique. C’est une erreur de jugement : en effet, la question n’est pas de savoir si tel ou tel pays a plus le droit qu’un autre à tel ou tel attribut de souveraineté militaire. Tous les pays sont souverains et doivent pouvoir se défendre. Mais l’arme nucléaire, qui dans certaines conditions peut permettre la dissuasion des conflits mondiaux, peut aussi, a contrario, les accélérer si l’équilibre de la peur qui prévaut depuis une cinquantaine d’années cède la place à la course à l’armement et à une prolifération nucléaire désordonnée. C’est cette analyse qui a conduit à l’élaboration, sous l’égide de l’ONU, en 1968, du Traité de Non Prolifération (TNP). L’Iran l’a signé et doit le respecter.

 

C’est pourquoi Ségolène ROYAL a raison de dire qu’il ne faut pas accepter que l’Iran se dote de l’arme nucléaire. Elle a raison aussi de dire qu’il n’y a qu’un pas du nucléaire civile au nucléaire militaire, puisque c’est une simple question de degré d’enrichissement de l’uranium. Toutefois, la seule façon d’aller vers un monde équilibré, c’est d’établir et de respecter le droit international. En l’espèce, il y a le traité de non prolifération. Il faut s’y tenir : l’Iran a donc droit au nucléaire civile, à condition de ne pas aller vers le nucléaire militaire. C’est ce que stipule clairement le traité, puisque les signataires « affirment le principe selon lequel les avantages des applications pacifiques de la technologie nucléaire, y compris tous les sous-produits technologiques que les États dotés d’armes nucléaires pourraient obtenir par la mise au point de dispositifs nucléaires explosifs, devraient être accessibles, à des fins pacifiques, à toutes les Parties au Traité, qu’il s’agisse d’États dotés ou non dotés d’armes nucléaires ». Ma position est donc simple : un monde multipolaire est bâti sur le droit international, négocié entre pays souverains ; il faut donc appliquer le droit, tout le droit, rien que le droit. Si non, « la raison du plus fort sera la meilleure »… Et nul ne sait qui sera le plus fort… ni même qui est le plus légitime !

 

 

PdA : Au fond, quelle gauche souhaitez-vous voir diriger la France après les élections de 2007, forte de quelles expériences et de quelles leçons tirées ?

 

G.S. : Une gauche républicaine, laïque et sociale. Une gauche qui réoriente la construction européenne pour et par les peuples. Une gauche qui renforce l’Ecole de la République et conforte la laïcité. Une gauche qui fasse passer l’économie d’une économie de rente vers une économie de l’emploi et corrige les inégalités. Une gauche qui relance la croissance durable, l’industrie, aménage le territoire, valorise la ruralité, remplace les ghettos par des territoires équilibrés. Une gauche qui fasse respecter l’ordre républicain à l’intérieur, et promeuve à l’extérieur un monde multipolaire équilibré.

 

 

 

Encore une fois, un immense MERCI à Monsieur Sarre ainsi qu'à ses collaborateurs.

 

 

 

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Modification de la présentation de l'article le 26 juin 2012

 

Times New Roman > Georgia : 02/10/12

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4 juin 2012

Arnaud Dussud : "Agir pour un changement clair et fort"

À moins d'une semaine du premier tour des élections législatives, la parole à un nouveau candidat. Arnaud Dussud n'a pas encore dix-neuf ans, mais il sait ce qu'il veut. Il a des convictions très fortes et portera ses idées sous la bannière d'Europe Écologie Les Verts. Avant d'être élu député de la cinquième circonscription du Val-de-Marne, il lui faudra convaincre les électeurs de Bry, de Champigny, du Perreux, de Nogent... Alors, qui est-il ? Quel est son projet pour la France ? Quel représentant serait-il à l'Assemblée ? Il a accepté de répondre à mes questions. Une exclusivité Paroles d'Actu, par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

ARNAUD DUSSUD

Candidat dans la 5è circonscription du Val-de-Marne

 

"Agir pour un changement clair et fort"

 

(Photo fournie par M. Arnaud Dussud)

 

 

Q : 14/05/12

R : 04/06/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Pourriez-vous, Arnaud Dussud, vous présenter ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

 

Arnaud Dussud : Je suis né en 1993 à Nogent-sur-Marne, et depuis je vis au Perreux. J'ai effectué dans ces deux villes mes études primaires et je suis aujourd'hui en licence de Lettres à l'université Paris Sorbonne. J'ai rejoint les jeunes Verts à 15 ans et je suis depuis militant du parti EELV.

 

Durant ces premières années de militantisme, j'ai aussi rejoint des associations locales environnementales, soutenu Act Up Paris dans ces combats contre l'homophobie, et ai rejoint l'Association Végétarienne de France.

 

Aujourd'hui j'ai la vie "classique" d'un étudiant-salarié, partageant son temps entre ces deux casquettes, à laquelle je dois maintenant ajouter le candidat. J'espère pouvoir réveiller les citoyens sur les difficultés et surtout la précarité des jeunes, salariés, étudiants dans les universités ou dans le monde professionnel.

 

Je souhaite aussi montrer à quel point l'écologie politique est un chemin nécessaire pour opérer la transformation de notre société. À laquelle, je crois, de plus en plus de Français aspirent. Je parle de plus de solidarité, de dignité, d'égalité des droits, je parle de changer de modèle économique et social. Je parle aussi de ces crises qui se multiplient. Doit-on les citer ? Crise financière, oui, mais sociale, démocratique, environnementale, climatique. Je veux montrer aux citoyens du Val-de-Marne que ces crises ne se produisent pas en même temps sans avoir de rapport entre elles. C'est notre modèle qui s'épuise.

 

 

PdA : Quel est le cheminement personnel qui vous a conduit à vous engager en politique et être aujourd'hui candidat à un siège à l'Assemblée Nationale ?

 

A.D. : L'indignation tout d'abord. Sociale, contre les discriminations, face à la précarité. Mais c'est aussi ma vision de la nature, de l'environnement, que je vois toujours plus dégradé. Je me demande pourquoi les personnels politiques classiques ne veulent pas agir. Je crois hélas que le pouvoir des lobbys, que la suffisance intellectuelle des formations traditionnelles, de gauche comme de droite ou du centre, ont eu raison des plus intègres et engagés d'entre eux. Au fond, mon espoir principal est de voir une assemblée à l'image de la société, de ses couleurs et de ses âges, de ses genres et de ses orientations sexuelles, de ses idées et de ses valeurs. La république que notre histoire nous lègue est plus que jamais abîmée. Les dérives sécuritaires, néo-conservatrices et aujourd'hui clairement nationalistes mènent la France dans le vide. Nous ne pouvons plus rester entre nous, à nous résigner ou nous indigner, mais bel et bien agir pour un changement clair et fort. C'est l'écologie politique. Et c'est le rôle que je me confère durant cette courte mais intense campagne.

 

 

PdA : Quelques mots sur la circonscription que vous souhaitez représenter pendant cinq ans ?

 

A.D. : C'est une circonscription typique de la banlieue parisienne : partagée entre quartiers bourgeois pavillonnaires aux moyennes d'âges élevées, et quartiers défavorisés, où la République s'est désengagée. Je veux la représenter dans cette diversité, je veux créer des ponts entre les communautés d'individus qui ne se retrouvent plus qu'entre eux. Cette circonscription n'a pas de viviers d'emplois locaux, elle a pourtant un potentiel fort : les énergies renouvelables (principalement la biomasse mais aussi le solaire grâce aux nombreux pavillons), transports collectifs et fluviaux, bâtiments et urbanisme… Un groupe de députés écologistes agira dans ce sens, pour créer ici et maintenant l'économie de demain. On ne trouve par ailleurs que trop peu de lieux de culture. La proximité avec la capitale joue beaucoup dans cette problématique : je defendrai de toutes mes forces une culture et un art pour tous, de proximité, aux petits budgets répartis sur tous les territoires. La proposition principale étant les fabriques de la culture, que les écologistes défendent depuis des années.

 

 

PdA : Quelles sont les personnalités, célèbres ou non, vivantes ou non, françaises ou non, qui vous poussent, vous inspirent ? Qui constituent, en quelque sorte, "votre" Panthéon des grands hommes... et des grandes femmes ? Pourquoi ?

 

A.D. : Je ne crois pas en la personnalisation. Cependant quelques grandes figures inspirent mon parcours : Nehru, Mendes France, Harvey Milk, René Dumont…

 

Ce sont pour moi des combattants de la pensée, ceux qui refusent l'ordre établi et démontrent que d'autres voies existent quand on refuse la suffisance et l'immobilisme.

 

Je suis proche des idées défendus par les existentialistes, et en premier lieu évidemment Sartre, et bien sûr de tous les penseurs de l'écologie comme Illich ou Gorz.

 

 

PdA : Quel diagnostic établissez-vous de l'état de notre pays aujourd'hui ?

 

A.D. : Il va mal car la tendance principale de nos gouvernements passés fut de se replier. Je crois profondément dans le rêve européen, le dépassement des petits cercles nationaux pour s'unir dans nos diversités culturelles, linguistiques, politiques.

 

Notre économie semble bloquer entre les grandes entreprises d'État qui se trompent de chemin (la SNCF qui investit tous ses moyens dans les lignes à grandes vitesses quand 90% de ses usagers empruntent Corail ou RER, les choix catastrophiques d'EDF quand à l'énergie nucléaire...) et les grands lobbys privés du pétrole ou de l'armement.

 

 

PdA : François Hollande vient d'être élu président de la République. Comment avez-vous vécu cette présidentielle ? Des réformes institutionnelles, notamment, touchant à l'organisation du pouvoir, vous paraissent-elles souhaitables ?

 

A.D. : C'est un bonheur que la droite extrême soit battue. J'ai confiance en sa conception de l'État pour ne plus humilier la république et ses valeurs comme le sortant a pu le faire. Je suis, comme tous les écologistes, favorable à une VIème république sociale, écologique, aux scrutins proportionnels et paritaires, sans personnalisation du pouvoir. Je ne veux pas que la presse people ait le rôle politique qu'elle a pu se donner durant ces dix dernières années.

 

 

PdA : Comment concevriez-vous votre charge de député si vous étiez élu ? Sur quels critères devrions-nous, dans cinq ans, vous juger ?

 

A.D. : À mon action en tant que parlementaire : les propositions de loi, les questions aux gouvernements, mon travail dans les commissions. Mais aussi à mon engagement sur le terrain : être proche des citoyens pour continuer de leur ressembler. À 18 ans à l'Assemblée nationale, je pense pouvoir étonner plus d'un de mes collègues.

 

 

PdA : Finalement, pourquoi les électeurs de votre circonscription devraient-ils voter pour vous ?

 

A.D. : Pour l'écologie. C'est à dire l'économie de demain, un avenir soutenable pour les générations futures : qu'elles puissent se chauffer, se nourrir, vivre tout simplement. Et cela toujours mieux que les générations précédentes, c'est là le sens du progrès. Mais aussi pour mon engagement de terrain, auprès des associations de lutte contre les discriminations par exemple. Je crois pouvoir être le visage du changement auquel les citoyens ont confié leur vote le 6 mai dernier, lors de ces élections législatives.

 

 

 

Merci à Arnaud Dussud, bon courage pour ce scrutin et pour la suite ! Phil Defer

 

 

 

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Times New Roman > Georgia : 01/10/12

23 août 2012

Robin Pretot : "Porter l'héritage de Nicolas Sarkozy"

8000. C'est le nombre de parrainages de militants que devra recueillir chacun des candidats à la présidence de l'UMP pour espérer être du vote final. François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire sont déjà dans la course. Jean-François Copé, pas encore. Xavier Bertrand et Christian Estrosi l'envisagent sérieusement. À trois mois d'un scrutin déterminant pour la droite, la parole à un autre jeune UMP. Après Benjamin Lancar, Camille Bedin et Aurore Bergé, voici Robin Pretot. Je le remercie pour ses réponses. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Phil Defer  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

ROBIN PRETOT

Président de l'Association "Réussir l'avenir"

Délégué Jeunes UMP de la 13è circonscription des Bouches-du-Rhône

 

"Porter l'héritage de Nicolas Sarkozy"

 

Robin Pretot

(Photo fournie par Robin Pretot)

 

 

Q : 20/08/12

R : 22-23/08/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ? (ce que vous faites, aimez, vos références dans la vie, ce qui vous a conduit à vous engager...)

 

Robin Pretot : J'ai 22 ans je suis étudiant en droit et communication à Aix-en-Provence et je suis pion de nuit en internat en parallèle pour gagner de l'argent.

 

J'ai adhéré à l'UMP à l'été 2007 et je m'engage localement dans ma ville à ISTRES où j'ai monté une association de débat public : "Réussir l'Avenir".

 

Enfin j'ai eu l'occasion de créer des clips vidéos réalisés dans le cadre de la présidentielle et qui ont été diffusé par l'équipe web de Nicolas Sarkozy. Une petite fierté qui a fait un certain buzz.

 

 

PdA : Quel bilan faites-vous de la présidence de Nicolas Sarkozy ?

 

R.P. : J'en retiens 5 années de véritable changement. Les réformes se sont succédées, celles que l'on nous disait impossible à mettre en place comme l'autonomie des Universités l'ont été et les crises internationales qui se sont succédées ont été combattues par un volontarisme et une énergie incroyable de la part de Nicolas Sarkozy.

 

 

PdA : Comment avez-vous vécu sa défaite du 6 mai, et comment l'expliquez-vous ? Quelles leçons tirez-vous de ces échecs électoraux de 2012 ?

 

R.P. : Une véritable tristesse ! Quand vous vous engagez avec autant de passion et de conviction dans ce type de combat vous ne pouvez pas ne pas être affecté par la défaite. Le sentiment d'injustice prend le dessus. Un homme s'est battu tous les jours pour un pays qui, au final, ne le remercie même pas.

 

Pour moi c'est le fruit, peut-être d'un agacement injustifié de son volontarisme et activisme que l'on a requalifié de manière péjorative "d'omni-présidence", mais c'est surtout la crise qui est à l'origine de cet échec accompagnée de l'illusion populaire que c'est en changeant de majorité que l'on efface les problèmes.

 

 

PdA : Avec le recul, avez-vous des regrets par rapport à cette campagne ? Certaines choses auraient-elles dû être faites différemment ? Avez-vous toujours été totalement à l'aise avec la campagne menée ?

 

R.P. : Je n'ai, et j'estime que nous ne devons avoir aucun regret. Cette campagne était belle et elle ne nous a fait manqué la victoire que de peu. Le contexte jouait en notre défaveur et l'anti-sarkozysme prôné par tous les adversaires coalisés a payé.

 

  

PdA : Qu'est-ce qui vous révolte, vous donne envie d'agir dans le monde d'aujourd'hui ? 

  

R.P. : Sur un plan local il y a le clientélisme outrancier et tellement nuisible à la démocratie qu'il faut combattre à tout prix ! C'est le poison de la politique.

 

Ensuite, c'est l'éducation et les dérives pédagogistes qui, comme le disait autrefois N.Sarkozy, consistent à dire que pour enseigner les mathématiques à Paul il faut d'abord connaître Paul plutôt que les mathématiques. Cette idée que l'enfant est si précieux et fragile et qu'il ne faut surtout pas le brusquer avec des notions qui appartiendraient au passé comme celle de morale, d'autorité, de discipline et surtout d'effort et de mérite; cette idée me désole profondément !

 

 

PdA : Que vous inspire la situation de notre pays ?

  

R.P. : Je mesure souvent la chance que j'ai d'être français. Après tout nous sommes en démocratie. Nous avons accès à l'école, à la santé et à une qualité de vie plus qu'agréable... et tout le monde ne peux pas en dire autant.

 

Mais en bon français que je suis, je recherche toujours plus de perfection et je m'inquiète de sa situation économique qui ne va pas en s'améliorant, de sa crise de la Morale et du choc des cultures qui se fait toujours plus violent.

 

 

PdA : Quels sont pour la France les enjeux majeurs de cette décennie ? Êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste quant à notre avenir collectif ? 

  

R.P. : D'abord l'éducation. Qui doit instruire mais aussi co-éduquer (avec les parents) afin de transmettre des repères communs et une certaine morale.

 

Ensuite l'environnement, car si ce combat n'est pas mené aujourd'hui, demain il sera trop tard or la terre ne nous appartient pas éternellement.

 

Enfin l'immigration et l'intégration car le peuple français est de moins en moins unitaire et de plus en plus méfiant des cultures étrangères.

 

Malgré cela j'essaie de rester positif. Le philosophe Alain disait : "le pessimisme est d'humeur, l'optimisme de volonté"... soyons volontaristes !

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur les débuts du président Hollande, de l'assemblée rose et du gouvernement Ayrault ? J'imagine que votre réponse ne sera pas totalement favorable, mais y'a-t-il au moins des points sur lesquels vous considérez qu'"à la limite", de bonnes choses sont réalisées ou en passe de l'être ?

  

R.P. : Malheureusement ils sont pire que je ne le pensais. Obsédés par le souvenir de Sarkozy plus que la droite elle-même et décidés à tout détricoter avant de s'inspirer de lui comme pour la Syrie ! Ils ne sont pas capables de prendre une mesure sans faire référence à Sarkozy ! Il doit terriblement leur manquer !

 

 

PdA : Après la défaite, et avant la reconquête... la réorganisation. Celle d'un appareil, et celle des idées. Qui aimeriez-vous voir élu(e) à la tête de l'UMP à l'automne prochain, et pourquoi ?

 

R.P. : Je n'ai pas d'avis. Beaucoup de candidats me plaisent pour des raisons différentes.

 

 

PdA : Quelle doit être, de votre point de vue, la "ligne politique" de l'UMP des cinq années à venir ?

 

R.P. : La ligne politique doit porter l'héritage de Nicolas Sarkozy et offrir une vision assez précise pour être "palpable" par nos membres et assez large pour assurer une grande Union, un grand rassemblement comme fut celui de 2007.

 

 

PdA : Jusqu'où, et sur la base de quels piliers programmatiques la majorité bleue de demain aura-t-elle vocation à s'étendre ? Quid d'un hypothétique rapprochement avec le Front national ?

 

R.P. : En ce qui concerne le FN : pas d'alliance pas plus que je ne souhaite d'alliances indirectes avec la gauche en appelant à voter pour elle en cas du duel FN/PS.

 

 

PdA : Êtes-vous favorable à l'instauration d'une dose de proportionnelle à l'Assemblée ? Dans quelle mesure ?

 

R.P. : Oui mais à une légère part. Le suffrage universel uninominal est essentiel. Si les petits partis veulent avoir des députés, ils n'ont qu'a être assez bons pour convaincre les électeurs.

 

 

PdA : Existe-t-il des sujets, de société notamment, sur lesquels vous souhaiteriez, à titre personnel, voir notre pays "bouger" peut-être un peu plus vite que ne le désirerait votre parti, qui reste essentiellement "conservateur" ? Des thèmes qui pour x ou y raison vous tiendraient à cœur alors qu'ils ne seraient pas prioritaires pour votre parti, voire pas opportuns du tout ?

 

R.P. : Si vous sous-entendez la question du mariage et l'adoption homosexuels... La seule chose que j'accepterais c'est que l'on puisse célébrer l'union des couples du même sexe en mairie avec les mêmes droits que les hétéros en matière de successions notamment.

 

Mais cela ne peut s'appeler un mariage car le mariage à pour objectif la procréation et ça... j'ose croire que même la société n'y est pas prête ni ne le souhaite pour l'instant.

 

 

PdA : Un petit bond dans le futur... 2017 est en vue. Souhaitez-vous que des primaires ouvertes soient organisées par l'UMP et ses alliés ? Qui serait, dans l'idéal, VOTRE candidat(e) ? Croyez-vous en l'hypothèse d'un retour de Nicolas Sarkozy ? Le souhaitez-vous ?

 

R.P. : JAMAIS de primaires ouvertes ! Pour moi elles sont contraire à l'esprit de la Vème République et je ne paie pas une cotisation pour avoir les mêmes pouvoirs qu'un socialiste qui viendrait choisir le moins bon des candidats de mon parti. Cela existe, c'est ce que j'ai moi-même fait et assumé en ce qui concerne les primaires socialistes.

 

Pour le candidat ... 2017 est encore trop loin.

 

Quant au retour de Nicolas Sarkozy, je le souhaite ardemment !

 

 

PdA : Première question "ouverte". Auriez-vous un message à faire passer à quelqu'un ? Une personnalité, un groupe... Profitez-en !

 

R.P. : Je voudrais faire passer un message à mes collègues de ma circonscription où notre parti subit quelques tensions. Un message de rassemblement autour d'une remise en question de chacun d'entre-nous et de notre mode de fonctionnement. Mais je veux leur dire que les divergences ne peuvent pas se régler sur la place publique. J'ai toujours oeuvré pour cette cohésion et ce n'est pas demain la veille que je cesserai de le faire.

 

 

PdA : Dernière question, totalement ouverte celle-ci. Vous avez carte blanche pour compléter notre entretien de la manière dont il vous plaira. En approfondissant tel ou tel sujet, en en abordant un autre, en nous livrant une anecdote ou en évoquant toute autre chose... @ vous !

 

R.P. : Je veux simplement vous remercier de me permettre de m'exprimer ici.

 

La force de notre pays réside dans sa capacité a donner la parole au plus grand nombre et à permettre que toutes les idées puissent être défendues et puissent avoir les mêmes chances de gouverner la France.

 

 

 

Merci encore à Robin Pretot pour ses réponses ! Phil Defer

 

 

 

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Times New Roman > Georgia : 30/09/12

2 avril 2013

Jean-Rémi Baudot : "Faire preuve de pédagogie sur l'éco"

En juillet dernier, je proposai à Jean-Rémi Baudot de lui poser quelques questions pour Paroles d'Actu. L'occasion d'évoquer avec lui la place de l'éco dans les médias, son parcours de journaliste, ses émissions sur BFM TV. Sans oublier Londres, ville qu'il aime, peu avant l'ouverture des Jeux olympiques... L'entretien aura finalement lieu aux premières heures du printemps 2013, un retard à mettre sur le compte d'un zèle excessif de votre serviteur. Cinq semaines après Thomas Misrachi, "un grand pro et un type très sympa", voici donc Jean-Rémi Baudot, que je suis heureux de recevoir sur ce blog. Si vous ne le connaissez pas encore, allumez votre télé sur BFM, un soir dans la semaine. Il vous présentera un tour d'horizon exhaustif, approfondi mais se voulant accessible de l'actu du jour. Vous risquez fort d'être convaincus, pour ne pas dire séduits, par le rendez-vous... Jean-Rémi Baudot a trente ans. Il compte probablement parmi les journalistes-anchormen qu'il conviendra de suivre dans les années à venir. À moins que cet ex-musicien pro ne nous surprenne. To be followed... Merci Jean-Rémi, merci de votre patience à mon égard, merci d'avoir joué le jeu et de n'avoir jamais perdu votre enthousiasme pour cet échange. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JEAN-RÉMI BAUDOT

Journaliste sur BFM TV

Créateur et directeur de la rédaction de FrenchinLondon.com

 

"Faire preuve de pédagogie sur l'éco"

 

Jean-Rémi Baudot

(Photo fournie par Jean-Rémi Baudot, éditée par Paroles d'Actu)

 

 

Q : 28/03/13

R : 02/04/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Jean-Rémi Baudot. Après vos études universitaires, vous vous êtes orienté vers le journalisme, économique en particulier. Commençons là notre entretien. Vous avez constaté dans une interview à TéléSphère que les journalistes n'étaient, en général, "pas très motivés" par l'économie. Comment l'expliquez-vous ? C'est un phénomène que l'on retrouve ailleurs, outre-Manche par exemple ?

 

Jean-Rémi Baudot : Il y a plusieurs réponses à cette question. L'une d'elles pourrait être le manque de culture économique de nombreux journalistes. Il y aussi que, dans de nombreuses rédactions, on considère souvent que les sujets économiques sont des sujets techniques, qui n'intéressent pas les lecteurs/téléspectateurs. Je pense que c'est souvent faux. L'économie est tout autour de nous, d'autant plus dans un contexte de crise. Regardez le succès des chroniques économiques de BFM TV (Nicolas Doze ou Emmanuel Lechypre) : ils sont écoutés et font réagir. L'éco devient intéressante et sexy à partir du moment où on en explique les enjeux, en quoi ça touche notre portefeuille. Il faut faire preuve de pédagogie.

 

J'aimerais parfois que, globalement, les médias prennent plus la peine de creuser les informations économiques. Un exemple : imaginons que Bercy revoie une prévision de croissance à la baisse de 0,4%. Ça veut dire qu'il va falloir trouver de l'argent en plus pour boucler le budget. Au-delà des réactions politiques, il faut mettre le gouvernement face à ces chiffres pour lui demander et lui redemander comment il va trouver les x milliards qui manquent pour tenir ses promesses. Cet angle là est rarement mis en avant alors que ce sont les finances du pays et la crédibilité des politiques qui sont en jeu.

 

 

PdA : Dans cette même interview, vous déclariez, je vous cite, "Le garde-fou que représente le journalisme face à l'action politique devrait aussi exister concernant l'éco et le business". Qu'entendez-vous par là ?

 

J.-R.B. : J'entends par là que si plus de grands médias s'intéressaient plus au fonctionnement de notre économie, de nos réseaux de consommation, des centres de décisions économiques, on éviterait probablement des dérives. Si un patron peu scrupuleux sait qu'il a peu de risque de voir ses magouilles dévoilées dans les journaux, il y a peu de chances qu'il arrête. Je regrette que le domaine de l'investigation économique soit souvent délaissé. Regardez l'émission Cash Investigation avec Elise Lucet, elle est formidable pour décortiquer les pratiques économiques et leur contradictions. Un très bon modèle.

 

 

PdA : Vous présentez les journaux du soir sur BFMTV depuis septembre 2011. Jusqu'en février 2012, vous étiez à la tête du JT éco de la chaîne. Deux expériences très fortes, j'imagine...

 

J.-R.B. : Au JT de l'éco, j'ai vraiment apprécié la possibilité d'expliquer l'économie, de vulgariser ce qui pouvait paraître compliqué, d'être le plus pédagogue possible. L'exercice était passionnant pour moi qui aime l'éco. Dans les journaux, l'exercice est un peu différent, parce que les sujets sont beaucoup plus nombreux et plus larges, mais je prends beaucoup de plaisir à parler politique, société, actualité internationale. Au fond, JT éco ou journaux, c'est la même envie : celle de transmettre l'information de la manière la plus honnête et la plus accessible possible.

 

 

PdA : À quoi ressemble votre journée type de travail, lorsque vous êtes à l'antenne le soir ? Quel "prise" avez-vous sur le contenu de votre journal ?

 

J.-R.B : Ma journée commence bien avant d'arriver à BFM TV. Le matin, je lis les journaux sur le net, j'écoute la radio, je scrute sur les réseaux sociaux les idées et les réactions qui circulent, avant de regarder le 13h.

 

A 15h, nous avons une conférence de rédaction où le rédacteur en chef passe en revue les sujets du moment, les évènements attendus jusqu'au soir, les moyens à disposition pour les couvrir, les reporters sur le terrain, etc... C'est là que l'on peut discuter d'un angle, qu'on peut proposer un sujet, une réaction, un invité. Par la suite, on prépare nos journaux en discutant avec la rédaction en chef jusqu'au direct, tout en gardant en tête qu'une info importante peut balayer tout ce qui a déjà été préparé. Il faut être réactif, c'est la clé d'une chaîne d'info, et c'est cette capacité qui fait de BFM TV une chaîne si performante et si regardée. Le téléspectateur sait que chez nous, il aura toujours la dernière info.   

 

 

PdA : Quelles grandes leçons avez-vous retenues des différentes étapes de votre parcours dans le monde des médias ? (la radio, Bloomberg TV France à Londres, BFMTV...)

 

J.-R.B. : La leçon principale c'est la rigueur. Rigueur de l'info, des faits. C'est essentiel.

 

 

PdA : Qui rêveriez-vous d'interviewer ? Quelle(s) question(s) souhaiteriez-vous poser tout particulièrement à telle ou telle personnalité ?

 

J.-R.B. : J'aimerais interviewer l'homme de la place Tian'anmen qui s'est opposé symboliquement à l'avancée des chars du régime chinois à Pekin en 1989. J'aimerais savoir qui il est, quel est son parcours et qu'est-ce qui a fait qu'à un moment, il a décidé de se lever et de s'opposer. L'image de cette homme est fascinante.

 

 

PdA : J'évoquais lors d'une question précédente votre expérience londonienne. Vous consacrez votre blog à la capitale britannique et êtes l'auteur de Londres, l'essentiel, paru aux éditions Nomades. Un autre ouvrage est en route... Comment expliquez-vous votre amour pour cette ville ? Quel en a été le déclic ?

 

J.-R.B. : J'aime Londres car cette ville est dynamique. Économiquement, culturelle, socialement, c'est une tornade. J'y étais il y a encore quelques semaines, et j'ai été effaré de découvrir qu'en l'espace de quelques mois, des quartiers entiers avaient changé de visage, avaient été reconstruits ou réhabilités. Ça change si vite. Les musées et les galeries vivent les mêmes changements sans crainte de bousculer les habitudes et les codes. C'est bouillonnant, et c'est passionnant à suivre. Et plus que tout, j'aime le pragmatisme britannique. Un exemple que j'ai testé le mois dernier : ils réinstaurent des portes arrières sur les nouveaux bus à Londres pour pouvoir monter et descendre entre deux arrêts, c'est tout bête mais c'est prodigieux pour fluidifier un trajet. Il y a mille petits exemples comme ça qui rendent la vie souvent plus simple.

 

 

PdA : Si vous deviez choisir... Paris ou Londres ? Pourquoi ?

 

J.-R.B. : Disons que si Paris pouvait avoir, comme Londres, des grands parcs, des musées dynamiques et gratuits et un service de bus performants 24h/24, cette ville serait fabuleuse.

 

 

PdA : Quittons Londres, pour parler un peu de vous... Vous avez révélé avoir "fait énormément de musique à un niveau professionnel", plus jeune. Replonger... ça ne vous titille pas un peu ? Quels sont ces artistes qui ne vous quittent jamais ?

 

J.-R.B. : Pour en avoir fait à un niveau professionnel (au Centre de musique baroque de Versailles), le chant me manque. L'énergie qu'on retrouve dans un groupe ou un ensemble vocal est très puissante. Mais il faut pouvoir s'y investir à fond... Pas facile avec un métier déjà très prenant comme le journalime.

 

Quant à ma playlist idéale : Keith Jarrett, Bach ou les compositeurs baroques français du 18ème, Woodkid, Metronomy, Rover, Eminem, IAM, Arnaud Fleurent-Didier, Alex Beaupain... Je découvre en ce moment le répertoire du compositeur Gustav Mahler, impressionnant.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, cher Jean-Rémi Baudot ?

 

J.-R.B. : De continuer à prendre du plaisir dans ce que je fais. D'apprendre, et de progresser, encore et toujours.

 

 

PdA : La dernière question. En fait, une tribune libre. Vous pouvez approfondir un sujet déjà abordé dans notre entretien, ou bien parler d'autre chose. Vous êtes libre... Et moi, je vous remercie très chaleureusement pour le temps que vous m'avez consacré !

 

J.-R.B. : Bonne continuation à Paroles d'Actu, et restez fidèle à BFM TV !

 

 

 

Merci de vos souhaits. Que les vôtres se réalisent. Qu'à votre parcours, déjà conséquent, viennent se greffer nombre d'autres expériences enrichissantes ! Phil Defer

 

 

 

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Sur BFMTV : Info 360 avec Nathalie Lévy (de 21h à 23h) et le Journal de la nuit (de 00h00 à 00h30) ;

 

Sur Twitter : Jrbaudot ;

 

Sur son blog FrenchinLondon (directeur de la rédaction) ;

 

Sur Amazon.fr ou Fnac.com pour Londres, l'essentiel. Et un autre, bientôt... @ suivre...

 

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31 juillet 2014

Bernard Saint-Paul : "J'ai confiance en Véronique... et je l'aime"

   Il est de ces articles dont la publication procure, au-delà de la satisfaction née de l'achèvement d'un projet et de la gratitude ressentie envers l'interviewé, une fierté véritable. Je pourrais citer quelques-uns des entretiens parus sur Paroles d'Actu - celui avec le regretté Gilles Verlant; celui avec la "maman" des Guignols Alain Duverne; celui avec la directrice des jeux et divertissements de France 2 Nathalie André; celui avec Marie-Paule Belle, par exemple -, ils ont tous au moins un trait commun : la sincérité qui émane de l'invité, le goût manifesté à l'idée de se raconter, sans fioriture ni tabou, simplement et, souvent, avec de vraies bonnes doses d'humilité.

   L'article qui suit sera, à l'évidence, à classer parmi ceux-là - et tous les autres que je n'ai pas cités. Bernard Saint-Paul a un CV long comme un bras (plus la moitié d'un autre). Je n'y reviendrai pas outre-mesure dans cette intro : sa carrière et sa vie, sa "drôle de vie", comme dirait Sanson, cette immense artiste qu'il a si souvent accompagnée, seront largement déroulées au cours du document. De ses mots, je retiendrai la puissance d'une tendresse qu'il ne cherche pas à dissimuler envers sa « petite sœur ». Et toutes ces anecdotes, passionnantes, formidables. Un mot, banal en apparence, dont chaque lettre est pesée, pensée ici : MERCI, Monsieur... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

N.B. : Votre serviteur a eu à coeur, lors de la composition de cette page, d'insérer une multitude de liens dénichés un par un pour permettre au lecteur de bénéficier, en plus du texte, d'illustrations visuelles et - surtout - musicales. Il y a, sans préjugé sur les questions de droits qui leur sont attachés, des liens YouTube, Dailymotion, etc... qui n'ont d'autre but que la (re)découverte de telle ou telle chanson. Celui ou celle qui partage un lien de ce genre le fait avant tout parce qu'il aime un artiste. Celui ou celle qui découvrira un titre qui lui plaira sera tenté, par la suite, de le "consommer" de manière plus traditionnelle, forcément. (Tenez, au passage, un investissement que je vous recommande vivement, avec le Lucien de Bernard Saint-Paul : Petits moments choisis)

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

BERNARD SAINT-PAUL

 

« J'ai confiance en Véronique...

et je l'aime »

 

Bernard Saint-Paul

(Photos : collection personnelle B. Saint-Paul)

 

Q. : 08/07/14 ; R. : 27-31/07/14

 

Paroles d'Actu : Bonjour, Bernard Saint-Paul. "Fils d'un haut fonctionnaire nommé par le général de Gaulle et d'une mère institutrice", votre destin semblait tout tracé : vous seriez diplomate ou occuperiez, en tout cas, un emploi sérieux. C'était, comme il est raconté sur votre site, sans compter "les tentations diverses". C'était sans compter le Rock 'n' Roll et l'irrésistible pouvoir d'attraction de son "parfum d'interdit sauvage"...

 

Bernard Saint-Paul : C'est une belle formulation, cet "interdit sauvage". J'aime beaucoup ça, c'était vrai dans les années 70, ça l'est, hélas, beaucoup moins. J'avais une envie furieuse de quitter Bordeaux, de ne pas être professeur de Lettres.

 

Je ne me voyais pas moisir en province, la capitale me faisait les yeux doux, montrait le haut de ses jambes, insistant pour que je l'empale, et moi, pauvre idiot, j'y croyais ! J'étais loin de savoir qu'elle faisait ce même "coup du charme" à tous les puceaux de mon genre, aux rêveurs de grands espaces, à ceux qui voulaient toucher les paillettes, acheter la Tour Eiffel et s'encanailler avec le succès.

 

PdA : Parlez-nous de vos premiers coups de cœur - voire, carrément, de foudre - musicaux ?

 

B.S.-P. : Mon premier coup de foudre musical fut Be Bop a Lula par les Chaussettes noires. J'adorais le son de leurs guitares Ohio, le timbre de voix d'Eddy, son déhanché particulier et la manière dont il glissait les pieds pour jongler avec son micro. Puis ce fut Jumpin Jack Flash et Satisfaction, des Stones, et Ronnie Bird. Tels furent mes premiers émois musicaux en dehors de Maurice Ravel et de Gustave Mahler.

 

PdA : 1969... Suite à une rencontre "inattendue" d'avec Salvatore Adamo, vous quittez le sud-ouest pour Paris et devenez directeur artistique chez EMI (Pathé-Marconi)...

 

B.S.-P. : Exact. J'ai rencontré Salvatore quand je m'occupais de la page spectacle du quotidien local Sud-Ouest. Puis je suis venu à Paris où il m'a fait rentrer chez EMI en tant que directeur artistique. J'y ai exercé pendant deux ans en même temps que Gérard Manset, Claude Michel Schönberg et Michel Berger. On avait de tout petits bureaux au tout dernier étage et une foi inébranlable en nos capacités. C'était passionnant mais je n'y ai pas appris grand chose. J'y ai rencontré mon ami de toujours, Alain Chamfort et la belle Véronique qui me saluait de loin. Moi, j'étais fan des Stones, de Pink Floyd et des Who.

 

PdA : 1971... C'est, pour ce qui vous concerne, la fin de l'aventure EMI. Vous devenez producteur. Un flair de maître, pour l'une de vos premières prises : The Fool, de Gilbert Montagné, fera le tour du monde et se classera n°1 dans une douzaine de pays...

 

B.S.-P. : C'est un peu vrai... J'ai un gros nez, il justifie sa taille par les services qu'il me rend. J'ai, de fait, entendu, par pur hasard, une maquette d'un certain Lord Thomas, chantée dans un anglais approximatif. J'ai contacté le garçon en question, qui jouait dans un bar à Miami, je l'ai convaincu de rentrer en France. J'ai emprunté de quoi produire à Salvatore, j'ai choisi les musiciens et le studio Trident à Londres, à cause du piano sur lequel Elton John avait enregistré son premier album. J'ai pris les mêmes musiciens, et ça a fait The Fool.

 

Exceptionnel, d'autant que les premiers distributeurs auxquels j'ai présenté le bébé, à l'époque, m'ont pris pour un illuminé parce que j'osais leur faire écouter un titre en anglais ! « Ça ne marchera jamais, ici on est en France, la radio ne passera jamais ça. » Je tairai ici leur nom, par respect pour leur mémoire... on a tous le droit à l'erreur, tant qu'elle n’entraîne pas la mort.

 

Bernard Saint-Paul Musique

 

PdA : Dans quelques années, vous serez devenu le manager de Véronique Sanson, le producteur exécutif de bon nombre de ses disques à venir... Vous l'avez rencontrée durant votre période Pathé-Marconi, si je ne m'abuse...

 

B.S.-P. : Exactement... bien documenté ! J'ai retrouvé Véronique après cinq ans sans la croiser, sans avoir eu de ses nouvelles depuis qu'elle s'était mariée (avec Stephen Stills, ndlr).

 

PdA : Qu'est-ce qui vous a séduits l'un chez l'autre ; décidés, l'un comme l'autre, à travailler ensemble ?

 

B.S.-P. : Moi, j'étais fan de sa voix, de ce vibrato magique, de sa sensibilité contrôlée, de sa douceur, de son intelligence et de sa douceur avec moi. Nous étions comme frère et soeur, confiant l'un à l'autre nos secrets et nos désespoirs amoureux, riant de nos bévues, de nos mensonges opportuns, ignorant les conventions et les heures sur les horloges. Un soir, dans un restaurant japonais, rue Sainte-Anne, elle m'a dit que McCartney devait produire son prochain album, qu'elle attendait son accord. Je me suis proposé sur le champ, au cas où il se désisterait, croyant assez peu à mes chances... et puis elle m'a choisi.

 

Ce fut le début d'une aventure passionnante qui nous a enrichis l'un et l'autre par les rencontres et les voyages que nous avons faits ensemble, par toutes ces longues nuits que nous passions tous les deux à nous inventer un monde, à montrer qu'on s'aimait sans se dire qu'on s'aimait... Deux frère et soeur dans la tourmente, deux âmes sans attaches qui rêvaient d'aventures, de liberté profonde et d'amour infini, mais qui se lassaient vite de toutes leurs conquêtes.

 

PdA : 1976... Le fruit de votre première collaboration voit le jour : Vancouver, que l'on classera bientôt parmi les albums les plus emblématiques de Sanson, connaît un succès considérable... (Vancouver; When we're together; Redoutable; Donne-toi; Étrange comédie; Sad limousine; Full tilt frog...)

 

B.S.-P. : Je ne sais pas s'il s'agit, comme vous l'affirmez, d'un album emblématique, mais c'est en tout cas le premier titre de Véronique qui sera classé premier de tous les hit-parades (si jamais cela veut dire quelque chose). Cet album fut un plaisir à réaliser. Le piano sonnait comme je voulais, les musiciens rayonnaient. Nous avons passé beaucoup de temps à Londres après les péripéties liées à l'écriture. De fait, Véronique n'avait pas fini d'écrire, elle renâclait. On dirait aujourd'hui qu'elle faisait de la procrastination.

 

On vivait à cette époque au château d'Hérouville, où je la laissais le matin pour vaquer à mes occupations parisiennes (pas de téléphone portable ni d'internet dans ces temps-là). Je me suis vite aperçu qu'elle ne travaillait pas assez et que, par voie de conséquence, on ne pourrait pas enregistrer, faute de matériel. Je l'ai donc enfermée dans une pièce du château dont je ne la délivrais qu'en rentrant, en fin d'après-midi. Elle m'en a voulu sur le moment, mais dans cette geôle improvisée, elle a écrit Vancouver.

 

PdA : 1976, bis... Sanson la timide apprivoise la scène, le public, de plus en plus... Live at the Olympia sera son premier album live, le premier d'une longue liste...

 

B.S.-P. : C'était marrant, cette captation : de grands musiciens, une artiste qui découvrait les moyens techniques hors normes que j'avais mis à disposition. Aujourd'hui, ce déploiement de son et de lumière est banal. À l'époque, il ne l'était pas, au point que j'ai le souvenir de Bruno Coquatrix me faisant la guerre pendant les répétitions de l'Olympia et me hurlant dans l'oreille devant les baffles qui dégueulaient : « Jeune homme, vous la tuez, il lui faut, comme à Édith Piaf, une poursuite et deux projecteurs ». Il pensait ce qu'il disait, le pauvre ! On est tous victimes de nos limites...

 

PdA : 1977... "Il est jamais bien rasé, Il est toujours fatigué, Il dit toujours oui à un bon verre de vin... Il cache souvent sa tendresse, Par pudeur ou par paresse, Il est sûr de n'avoir jamais peur de rien..." Sur la tracklist de l'album Hollywood, il y a Les Délices d'Hollywood; Y'a pas de doute il faut que je m'en aille; Harmonies; How many lies; Les Délires d'Hollywood... et cette chanson, Bernard's Song (Il est de nulle part), qu'elle a écrite pour vous...

 

B.S.-P. : Je ne l'en remercierai jamais assez, mais je n'y suis pour rien ! Le plus navrant de cette histoire (et je ne sais pas si c'est bon signe ou non), c'est que trente-sept ans plus tard, le texte soit encore d'actualité. Elle m'avait bien cerné, la bougresse !

 

Un mot sur l'enregistrement de ce titre : nous étions dans le studio où Stevie Wonder travaillait et, par une chaude après-midi du sud californien, dès que nous avons pénétré dans le parking, elle m'a demandé de la laisser toute seule. Elle avait, disait-elle, une surprise pour moi, mais ne voulait pas que j'assiste à sa séance de voix. Quand je suis revenu, quelques heures plus tard, elle a mis le son à fond et m'a fait écouter la chanson, puis m'a dit dans le creux de l'oreille, « Tu es content ? ». Je ne comprenais pas le sens de sa question ! Je n'ai réalisé l'ampleur de son cadeau que quand elle m'a avoué, « Je l'ai écrite pour toi ! ». Je n'en croyais pas mes oreilles. J'ai caché mon émotion et mon orgueil qui naissait... Aujourd'hui, je ne cache plus rien, je suis fier, un point c'est tout.

 

Journal Saint-Paul Sanson

 

PdA : 1978... Vous retrouvez Alain Chamfort, pour lequel vous aviez déjà travaillé chez EMI. Gainsbourg vient de lui écrire ce qui demeurera son plus grand succès : Manureva...

 

B.S.-P. : Je suis à l'origine de cette rencontre. J'avais invité Alain à venir à Los Angeles pour y faire des choeurs sur l'album Hollywood. Son timbre de voix et son vibrato s'accordaient parfaitement avec ceux de Véronique. Puis, un soir, sur la terrasse de la maison que Véronique louait sur les collines de Hollywood, un de ces soirs fatigués où nous regardions décoller les Boeing, où nous refusions le sommeil, exacerbés par des substances encore aujourd'hui encore interdites, Alain m'a confié son désir de changer de parolier, d'équipe de production et de maison de disque. J'ai pensé aussitôt à Gainsbourg qui me semblait être le meilleur complément à la musique qu'il écrivait. Alain prétendait alors que ce n'était pas possible, qu'il n'accepterait jamais, que ce qu'il écrivait était trop typé "variété"... Et, croyez-le ou non, je suis rentré en France, j'ai fait écouter à Serge les maquettes que nous avions faites à Los Angeles avec Alain, et Gainsbourg a accepté.

 

Je me rappelle encore ce premier rendez-vous avec Serge, dans sa maison de la rue de Verneuil. J'y allais tremblant avec mes cassettes. Serge avait bu un coup, j'en ai bu quelques autres avec lui, puis il m'a dit, « P'tit gars, ton histoire m'intéresse » et j'ai appelé Alain aussitôt. J'ai donc réalisé les deux premiers albums d'Alain dont Serge avait écrit les textes. Le premier est intitulé : Rock'n rose ( je vous le recommande), le second (Poses, ndlr) contient Manureva. Je suis très fier d'avoir eu cette idée. Je m'en délecte encore aujourd'hui quand j'écoute ces albums.

 

PdA : 1979... Sept ans après Amoureuse, déjà le septième album de Véronique Sanson : 7ème, tout simplement... Il est plus sombre, plus mélancolique que les précédents. Plusieurs perles : Toute une vie sans te voir; Lerida (dans la ville de); Celui qui n'essaie pas (ne se trompe qu'une seule fois); Mi-maître, mi-esclave; Pour celle que j'aime (Maman). Sans oublier, évidemment, Ma révérence...

 

B.S.-P. : J'ai une nette préférence pour Ma révérence. Je me rappelle m'être caché pour pleurer dans le studio de mixage à Londres, tellement j'étais touché par la charge émotionnelle. Je ne voulais pas que Véronique sache qu'elle m'avait frappé au bon endroit. L'aider à propager ses émotions, ses détresses, ses chagrins et ses fêlures, confectionner un piedestal d'où elle pourrait être admirée, ça c'était mon travail quotidien, mais je n'étais pas là pour craquer. Mes sentiments étaient pour moi, pas de vautrerie pathétique. On peut pleurer quand on est grand, quand on est petit on se cache.

 

PdA : "Puis c'est la séparation... deux ego incompatibles"...

 

B.S.-P. : Oui, si vous voulez... Je reste persuadé que nos "ego" n'avaient rien d'incompatible, bien au contraire. Mais je suis très exigeant, et maladroit de surcroît. je peux blesser très fort sans jamais m'en rendre compte, ou alors des années plus tard... Dans le feu de ma passion, je me convulse, je rétrécis, je manque souvent de distance, et ce uniquement pour faire mieux. Et puis je gène énormément !

 

Rien de nouveau sous le soleil, les artistes aiment leur entourage et prêtent volontiers l'oreille à Radio Chiottes et ses consoeurs qui inventent pour nettoyer, pour ne pas perdre les privilèges acquis au fil des temps par l'habitude et le mensonge, l'habileté à brosser le manque de capacité à juger, parmi lesquels, et non des moindres, celui d'avoir l'écoute de leur idole qui a besoin d'être rassurée, ce que je trouve par ailleurs parfaitement justifié. Reste à choisir les rassureurs... qui ne sont pas les payeurs...

 

PdA : Dans les années 80, vous collaborez avec Jean-Patrick Capdevielle sur Quand t'es dans le désert; partez pour les États-Unis...

 

B.S.-P. : (...) Véronique m'a fait remarquer Jean Patrick Capdevielle, auteur de grand talent, avec lequel j'ai collaboré avec un plaisir indicible. Cet homme est un géant qui refusait d'écouter et persiste dans ses contradictions ravageuses, entre le désir insatiable de faire du fric et celui d'être sincère. Facile à dire comme ça de loin... mais je l'aime et il le sait.

 

PdA : Bientôt, vous deviendrez attaché parlementaire et conseiller d'un ministre de la Mer...

 

B.S.-P. : Cet épisode du ministère de la Mer est inénarrable. J'ai fait une grande école qui aurait dû me conduire, comme mes parents le souhaitaient, à faire une carrière de diplomate. Tel ne fut pas le cas, j'ai préféré le Rock 'n' Roll. Me restait de cette grande école et de ce que l'on m'y avait enseigné une capacité hors-norme à inventer des situations et à valoriser les politiques. On a donc fait appel à moi (un parti politique tout à fait respectable, si cela a jamais existé) pour mettre en valeur un ministre qui n'était même pas député. Ce fut épique et très marrant.

 

On quittait le ministère tous les vendredis en fin d'après-midi pour attraper le dernier vol en direction de Brest et rejoindre le canton dans lequel il voulait se faire élire. Je préparais toutes ses fiches pour les rencontres du week-end. Je les lui faisais répéter dans la voiture à gyrophare qui nous conduisait à Orly en empruntant les bandes d'arrêt d'urgence, dans un vacarme de sirènes. Ça éclatait mon ministre. J'en ai conçu un syndrome, celui de la lumière bleue, qui afflige les puissants, les abuseurs de privilèges, qui savent très secrètement qu'ils ne fréquenteront pas longtemps les dorures de la République.

 

PdA : 1990... Vos talents, vous venez, cette fois-là, de les mettre au service de Polnareff, pour Goodbye Marylou...

 

B.S.-P. : En effet, Michel m'a fait contacter. Je l'avais rencontré dans un restaurant à Los Angeles. Il vivait à cette époque dans une chambre minuscule au-dessus d'un bar pourrave dans la banlieue parisienne. Il n'avait plus de contrat phonographique. Je lui en ai négocié un, puis j'ai fait ce que je savais faire : réaliser un album (Kâmâ Sutrâ, sorti en 1990, ndlr). Et ce fut un numéro un ! Il n'en avait pas eu depuis des années... Peut-être un coup de chance ?

 

PdA : 1992... Le tandem que vous formiez avec Sanson se reconstitue. L'album Sans regrets comprend de jolies reprises d'anciens titres (Mon voisin; Jusqu'à la tombée du jour; Odeur de neige; Le Feu du ciel; Panne de cœur...), de belles chansons originales (Sans regrets; Louise; Les Hommes; Visiteur et voyageur) et un futur gros tube : Rien que de l'eau...

 

B.S.-P. : Le tandem se reforme par un besoin réciproque. J'avais réalisé son plus gros tube (Vancouver) et j'avais une idée très précise de ce que je pouvais encore faire avec elle. Je me sentais peu remplaçable, j'avais la foi et aucun doute sur la finalité de notre travail commun. Nous passions nos vacances ensemble avec nos enfants respectifs (le plus souvent en bateau dans les Caraïbes) et un soir, au mouillage, face au soleil couchant happé par l'Océan, Véronique a exhumé de sa cabine une cassette stéréo et l'a passée sur la sono pour avoir mon sentiment. C'était la maquette de ce qui allait devenir Rien que de l'eau. Nous sirotions un "ti-punch" sur la plage arrière apaisée. La vie me semblait belle. Elle l'est toujours, heureusement.

 

PdA : 1993, 1994... Vous produisez deux captations de ses spectacles live : le Zénith 93 et Comme ils l'imaginent, concert de duos (avec M. Lavoine; A. Chamfort; M. Fugain; I Muvrini; Les Innocents; M. Le Forestier; Y. Duteil; P. Personne) enregistré en 94 pendant les Francofolies de la Rochelle...

 

B.S.-P. : Splendide, ce Zénith 93. À mon goût, son meilleur album live, avec celui consacré à Michel Berger. Une énergie hors du commun, un band qui décoiffait, de l'enthousiasme à revendre. C'était pur et dur, sans sophistications ni effets spéciaux. J'adore cet album et l'écoute encore de temps en temps. Puis ce fut La Rochelle. Jean-Louis Foulquier (paix à son âme) m'avait appelé pour voir si Véronique serait d'accord pour participer aux Francofolies. Dans le cas de Véronique, ça voulait dire faire venir les musiciens de Los Angeles pour un seul concert... un coût pas supportable. J'ai donc imaginé l'enregistrement de ces duos, convaincants à mes oreilles.

 

Le plus étrange dans cette histoire c'est la présence de I Muvrini (groupe corse totalement inconnu, à l'époque). Hervé Leduc, le directeur musical de Véro, m'avait fait écouter un projet sur lequel il travaillait et j'ai craqué pour la voix du chanteur lead. Je me rappelle le premier rendez-vous avec lui dans mon bureau. Il était halluciné et ne comprenais pas du tout comment leurs voix pouvaient s'intégrer à une chanson de Véronique, eux qui chantaient en langue corse et dans un tout autre registre. On a réussi ce challenge, je n'en suis pas peu fier. Et ce fut, à mon avis, le début de la notoriété de ce groupe.

 

PdA : 1994-96... Votre goût pour la belle chanson vous conduit à collaborer avec Serge Lama...

 

B.S.-P. : J'ai été recommandé à Serge (qui ne faisait pas, loin s'en faut, partie de mon panorama musical). J'ai fini par le rencontrer. Je n'ai pas ri à son humour mais j'ai apprécié chez l'homme son franc-parler gascon et sa verve inaliénable. Lui aussi était ignoré depuis une génération. J'ai pris en mains son album et il a fait disque d'or. On n'en revenait pas, ni l'un ni l'autre. (Voir : L'ami à l'Olympia en 1996, ndlr)

 

Bernard Saint-Paul soleil

 

PdA : 1996-98... Dans un autre cadre, avec les Éditions Atlas, vous contribuez à créer la collection Chansons françaises...

 

B.S.-P. : On m'a appelé un jour (son président, Bernard Canetti, qui n'est autre que le fils de Jacques Canetti, le plus grand découvreur de talents du 20ème siècle). Ils avaient dans l'idée de vendre un best-of de la chanson française en le classant année par année, commençant par les années 50. Ils n'arrivaient pas à boucler leur projet, faute des autorisations des major companies qui, prises au dépourvu, considéraient d'un mauvais œil l'éventuelle dilapidation de leur catalogue.

 

J'ai donc imaginé, pour by-passer ce mur de Chine, de faire réinterpréter toutes ces chansons par d'autres chanteurs que les originaux. J'y ai mis du temps (1 000 titres, 80 albums) mais ça a fonctionné. On a vendu 13 millions de CD, mais l'industrie traditionnelle s'est bien gardée d'en faire état. C'était un camouflet de taille, et un gigantesque manque à gagner.

 

PdA : 1998, 1999, 2000... Trois albums de Sanson, dont un live. De l'album Indestructible (1998), on retient trois ou quatre beaux morceaux (Indestructible; Un amour qui m'irait bien; Un être idéal; J'ai l'honneur d'être une fille...) et un chef d’œuvre, déchiré et déchirant : Je me suis tellement manquée... Un an et demi plus tard, c'est la sortie de son album hommage à Michel Berger, D'un papillon à une étoile (Pour me comprendre; Le Paradis blanc; Si tu t'en vas; Je reviens de loin...), interprété sur scène et enregistré en 2000 sous le titre Véronique Sanson chante Michel Berger; Avec vous. Elle bouleverse, plus que jamais. Ces années-là, c'est aussi l'amorce d'une période, disons... compliquée, pour elle...

 

B.S.-P. : Si vous voulez... En fait, c'était compliqué depuis longtemps, mais j'étais impuissant devant sa maladie. Je m'en voulais en silence d'être incapable de la soigner. Ça aurait été tellement plus simple. Mais cette saloperie s'accroche et vous tire par les pieds vers les abîmes qu'elle habite. Ce furent des années complexes, faites de tiraillements successifs, de mésententes, d'incompréhensions répétées entre Véronique et moi. De plus, évidemment, son entourage s'acharnait à vouloir me dégager. Je les gênais, c'était leur vérité ou la mienne ! J'ai très mal réagi aux médisances dont j'ai été la cible pendant ces années-là. C'est donc dans cette atmosphère lourde, Véronique étant malade, que nous avons enregistré l'album Indestructible au Palais des Sports de Paris.

 

Puis, ce fut l'hommage à Michel Berger, dont la rythmique fut enregistrée à Paris et les cordes à Rome, puis mixé dans un studio à Capri, qui a été fermé depuis. Pourquoi tous ces voyages ? Les musiciens de Véronique, qui habitaient tous aux USA, sont venus une semaine en France et ont enregistré les bases rythmiques. J'avais contacté, au tout début du projet, le splendide Paul Buckmaster (celui-là même qui avait fait les arrangements de cordes pour les premiers albums d'Elton John). Je suis allé le rencontrer à Los Angeles, il nous a fait des propositions, et pour que cela coûte moins cher, nous avons enregistré les cordes à Rome, dans le studio d'Ennio Morricone.

 

Quand tout cela fut terminé, nous avons fini à Capri. Je me rappelle m'être retiré pour pleurer quand j'ai eu fini le mixage de L'un sans l'autre. Réécoutez ce titre, c'est exceptionnel (voir : la version live de la chanson, sur l'album Avec vous, ndlr). J'adore le son de cet album, la délicatesse de l'écriture de cordes de Buckmaster, la finesse du mixage et surtout la touchante interprétation de Véronique. C'est, avec Olympia 1993, l'album de Véronique que je préfère, et de loin.

 

PdA : 2004, 2005... Elle revient, après un gros passage à vide. On la sent apaisée. Mieux. Son album Longue distance (J'aime un homme; Annecy; L'Homme de farandole; Vue sur la mer; La Douceur du danger; La vie se fuit de moi; Longue distance; 5e étage...) est suivi d'une tournée, immortalisée sur les enregistrements estampillés Olympia 2005. Le public, son public est là, présent. Le lien qui les unit n'a jamais été aussi fort...

 

B.S.-P. : Je n'ai pas remarqué qu'on la sentait apaisée. De près, je n'avais pas cette sensation. Mais elle se battait ! Je ne suis pas fan de cet album, qui s'est fait dans la douleur et l'approximation. Je n'en garde rien qui soit transcendant. C'est bien, mais on peut mieux faire.

 

PdA : Voyez-vous, dans votre parcours, quelque chose dont nous n'aurions pas encore parlé et que vous souhaiteriez évoquer ici ?

 

B.S.-P. : Qu'aurait-on oublié d'évoquer ? Mon âge ? Ma fortune ? Ma collection de voitures ? Ma sexualité trépidante ? Elle est atrocement banale, même quand j'ai bu, c'est dire !

 

PdA : De quoi êtes-vous fier, Bernard Saint-Paul ?

 

B.S.-P. : Je suis fier d'avoir su mettre ma culture et la petite intelligence dont mes parents m'ont fait cadeau au service d'une cause dont je rêvais depuis ma banlieue provinciale. J'habitais au dessus de l'école que ma mère dirigeait et écoutais Europe n°1 en rêvant d'habiter Paris, d'aller à l'Olympia, de réaliser des disques, de faire partie du monde de la musique, mais à ma manière uniquement. Quelque chose de très fort me disait que j'y avais ma place, que je saurais apporter une très belle pierre à l'édifice de la chanson. Cette intuition était la bonne.

 

PdA : Avez-vous, a contrario, des regrets ?

 

B.S.-P. : J'en ai encore quelques uns, dont celui, et non des moindres, d'avoir été trop rigide, intransigeant, froid, communiquant très peu, et très probablement à la limite du supportable. Je suis un solitaire, je ne me sens bien qu'avec des livres et/ou de la musique. J'ai du mal à échanger des banalités de café du commerce. Ce n'est pas de la prétention, c'est juste le constat que le temps passe très vite, que mon chat me comprend sans parler, que j'ai encore beaucoup à apprendre et que les minutes défilent.

 

PdA : Véronique Sanson fera son retour sur scène - et sans doute dans les bacs - l'an prochain...

 

B.S.-P. : J'ai appris cela très récemment.

 

PdA : Y a-t-il un message que vous souhaiteriez lui adresser, au détour de cet entretien ?

 

B.S.-P. : C'est une artiste incomparable, douée au-delà du possible, mais ce n'est pas la plus grande travailleuse que j'aie connue. En même temps, est-ce indispensable ? Si elle a LE titre, elle est imparable. La loi est la même pour tout le monde, tant en littérature qu'au cinéma et en musique. Je lui souhaite le meilleur, et j'ai hâte d'entendre. Je lui fais confiance et je l'aime. C'est ma petite sœur, vous ne saviez pas ?

 

PdA : Que vous inspire le paysage musical actuel ? Avez-vous, à ce jour, des coups de cœur pour tel ou tel artiste ?

 

B.S.-P. : À vrai dire, je suis quasi ignorant du paysage musical actuel en France, où je vis assez peu. J'aime beaucoup l'attitude de Christine and the Queens, quelques aspects de Julien Doré, London Grammar et Fauve. Je suis fan de Kiddo et de Michael McDonald.

 

Le rap a eu raison de ma patience, non pas tant par le manque flagrant de mélodies (voire l'appropriation outrancière de samples), mais bien plus par la pauvreté des textes et des messages que leurs auteurs essayaient d'y faire passer. Et ça, c'est dans le meilleur des cas, quand il s'expriment en français, quand ils respectent la syntaxe et la grammaire d'une langue qu'ils n'ont pas jugé nécessaire d'apprendre sur les bancs de l'école. Je n'ai aucun respect pour ces usurpateurs qui se prennent pour des poètes. Non seulement ils m'ennuient mais ils m'énervent profondément.

 

PdA : Question subsidiaire : seriez-vous prêt à rempiler dans le domaine de la production, de la réalisation musicale ?

 

B.S.-P. : Pourquoi pas ? Tout cela dépend du projet, mais ce serait à mes conditions et uniquement pour me prouver que j'ai encore un peu de goût.

 

Lucien

 

PdA : Changeons de domaine, avant de conclure... Votre premier roman, Lucien, a été publié il y a deux ans aux Éditions du Panthéon. Voulez-vous nous en parler ?

 

B.S.-P. : C'est le premier d'une série de personnages qui habitaient mon imagination. Lucien est un désespéré cynique dans son discours, mais cynique par faiblesse, par tendresse, le prototype du mec qui fait semblant et qui s'en veut au point de se haïr et de tout faire pour qu'on le déteste, ce qui justifierait l'opinion qu'il a de lui. On a dit de mon style qu'il était gainsbourien?  Est-ce que la détresse humaine serait l'apanage de Serge ? On est tous malheureux, on a tous des limites. Peu d'entre nous les acceptent, ils se battent contre des rochers. C'est ça, la grande loterie !

 

PdA : Quels sont vos projets, vos rêves pour la suite ?

 

B.S.-P. : Mes projets sont assez simples. Mon second roman, intitulé L'Enterrement de Monsieur Lapin, est parti chez l'éditeur il y a un mois maintenant. Sortie prévue : en janvier prochain. J'en ai aussitôt attaqué un autre, qui me prendra environ deux ans. Je voyage beaucoup en Asie, je vais voir une de mes filles qui fait ses études à Houston, je parle beaucoup à mon chat, j'aime qui veut m'aimer, je lis, j'écris et je rêve...

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ?

 

B.S.-P. : Pour ceux qui n'ont pas encore lu Lucien, foncez sur amazon, sur Chapitre ou sur fnac.com, ou bien commandez-le à votre libraire... Vous ne vous ennuierez pas. C'est assez facile à lire, ça parle d'amour et de mal de vivre, de passions, de séparations, d'alcool, de drogues et de nouveaux-nés.

 

PdA : Un dernier mot ?

 

B.S.-P. : Merci de m'avoir accordé cet espace pour m'y livrer sans parapet, sans censure et sans garde-fou. Je n'ai rien su cacher que je n'aie encore en mémoire.

 

Ma conclusion à ce stade, et si elle peut être d'une quelconque utilité : protégez-vous des cons, ils osent tout, c'est même à cela qu'on les reconnaît (Audiard).

 

PdA : Merci infiniment...

 

Bernard Saint-Paul chien

 

 

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Pour aller plus loin...

  

2 novembre 2013

Nathalie André : "Je me battrai toujours pour les nouveaux talents"

Elle est l'une des personnalités les plus influentes, mais aussi les plus exposées du paysage médiatique français. Son job ? La tête du département Jeux et Divertissements de France 2. La chaîne, qui a depuis peu un nouveau patron, Thierry Thuillier, doit actuellement faire face, comme ses soeurs de l'audiovisuel public, à d'importantes restrictions budgétaires. Tant bien que mal...

Nathalie André a bien voulu répondre à mon invitation. Elle évoque pour Paroles d'Actu sa conception du service public, son travail et ses coups de cœur, ses fiertés et ses regrets, ses difficultés et ses projets... Je tiens à la remercier. Pour la bienveillance avec laquelle elle a considéré ma démarche. Pour ses réponses, empreintes de sincérité. Un entretien confession. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

NATHALIE ANDRÉ

Directrice des Jeux et Divertissements de France 2

 

« Je me battrai toujours

pour les nouveaux talents »

 

Nathalie André

(Source de la photo : Nathalie André)

 

Q : 02/05/13

R : 02/11/13

  

Paroles d'Actu : Bonjour Nathalie André. Les budgets sont serrés, pour ne pas dire tendus, en ce moment à France Télévisions. Comment cette situation impacte-t-elle le département des Divertissements et des Jeux de France 2 ?

 

Nathalie André : Les budgets sont serrés, comme partout, en ce moment, et tous les animateurs, les producteurs, les techniciens font des efforts pour réussir à proposer de beaux programmes. Nous essayons de faire en sorte que le téléspectateur qui regarde France 2 ne ressente pas ces baisses de budgets. Nous proposons des prime de qualité, mais avec nos moyens !

 

Certes, nous n'avons pas les budgets du privé, ni la possibilité de faire des campagnes de publicité pour annoncer nos programmes, mais nous gardons le plaisir de faire ce métier, avec moins d'argent, et nous essayons de le faire partager.

 

PdA : Parlez-nous de votre job, de vos activités au quotidien. En quoi votre mission consiste-t-elle exactement ?

 

N.A. : Ma mission est de choisir les futurs programmes de jeux et divertissements qui seront mis à l'antenne, et de suivre avec mon équipe ceux qui existent déjà. Concernant les jeux, je m'appuie sur Corinne Fix, responsable des jeux depuis sept ans à la chaîne.

 

Je suis une passionnée qui essaie de travailler avec tout le monde de la même façon, dans la confiance. Je m'implique énormément dans les émissions dont j'ai la responsabilité. Lorsque je travaille avec des producteurs comme Michel Drucker ou Patrick Sébastien,  je suis surtout un relais, l'oreille et la vision de la chaîne pour eux.

 

Je suis présente sur tous les enregistrements dont j'ai la responsabilité, par respect pour l'animateur et pour les producteurs. Je suis donc souvent entre les plateaux de télé, à Bry-sur-Marne, à la Plaine Saint-Denis... Un exemple : tous les jeudis soir, je suis au Moulin Rouge, et j'assiste à l'enregistrement de l'émission On n'est pas couché. Cela me permet de voir Laurent Ruquier, de partager des idées avec Catherine Barma, la productrice du programme.

 

Ma journée commence vers 10h, car je suis souvent très tard, la veille au soir, en plateau, sur un enregistrement ou le spectacle d'un artiste qui sera prochainement reçu dans une émission. Je passe beaucoup de temps en réunion avec mon patron, Thierry Thuillier (le nouveau directeur de France 2, ndlr), avec mes équipes, à échanger, partager des idées, proposer des projets ou réfléchir à l'avenir de mon unité de programmes, vérifier l'habillage des émissions, la musique des génériques, valider une liste d'invités ou le conducteur d'une émission que je prépare avec une production... Je consacre également beaucoup de temps aux rendez-vous avec tous les producteurs qui viennent me proposer de nouveaux concepts.

 

PdA : Est-il difficile de diriger des arbitrages lorsque l'on a face à soi d'influents producteurs, des poids lourds de la chaîne tels que Michel Drucker, Patrick Sébastien, Nagui, Laurent Ruquier... ? Qu'est-ce qui vous guide dans vos choix ?

 

N.A. : Mes choix sont d'abord guidés par le respect des téléspectateurs fidèles à France 2.

 

Les arbitrages sont parfois difficiles, mais tout est question de respect. Et puis, pour 80% d'entre eux, nous nous connaissions déjà, nous avions déjà travaillé ensemble, ou je les avais déjà invités sur les plateaux des émissions dont je m'occupais quand j'avais ma société (Nathalie André Organisation, ndlr). Comme Patrick Sebastien, que je connais depuis 1989. Il était animateur à RMC et, à l'époque, je dirigeais la programmation musicale de la station. J'ai ensuite programmé ses émissions avec ma société NAO, avant d'arriver à France 2.

 

Je respecte le professionnalisme, la carrière de mes animateurs, et leur longévité sur la chaîne. Ils me respectent aussi, je pense, et je crois que nous parlons le même langage, que nous cherchons à aller dans la même direction, à faire de belles émissions, qui marchent et qui plairont à nos téléspectateurs. Trente ans de métier, cela permet aussi de pouvoir donner un avis, faire une remarque, proposer une modification sur un programme, d'échanger entre professionnels. J'aime que cela se passe avec humour et dans l'échange, je ne sais pas tout, loin de là, mais je sais ce que je veux ! (sourire)

 

PdA : Je me fais, l'espace d'un instant, le messager d'une question que se posent nombre de nos compatriotes. Tous ne sont pas de bonne foi en la formulant, j'en conviens volontiers, mais après tout, elle n'est pas illégitime, France Télévisions étant d'abord financée par le contribuable. Que souhaiteriez-vous répondre, donc, à quelqu'un qui prétendrait ne pas voir de différence notable entre la programmation de France 2 et celles de chaînes privées comme TF1 ou M6 ? À cette même personne qui, forcément, ne comprendrait pas pourquoi elle doit payer une redevance d'un côté, alors qu'on lui "offre" des programmes de l'autre ?

 

N.A. : Je répondrais qu'il y a une grande différence entre le privé et le public, entre une chaîne privée coupée par des écrans publicitaires et un programme du service public qui se regarde de A à Z sans coupure. Je répondrais que, sur le service public, on peut découvrir de nouveaux talents qui seront ceux de demain, s'instruire, apprendre en s'amusant, passer d'un documentaire à une émission d'humour, d'un grand reportage à un magazine culturel, d'une grande émission de variétés à un concert de classique, voir une pièce de théâtre, un concert de rock en deuxième partie de soirée... tout ce que le privé ne propose pas forcément. Et que, lorsque France 2 offre aux téléspectateurs (unité Spectacles vivants) le grand concert classique à la Tour Eiffel, on ne pense pas à l'audience, mais au plaisir de mettre du classique en prime timeLe choix est très large sur le service public.

 

PdA : Lors d'une interview, réalisée il y a quelques mois, vous faisiez ce constat : aujourd'hui, « on a peur de tout », on n'ose plus. C'est souvent vrai en matière d'humour, de "chance aux talents", de diversité en général... Sur France 2, il y a On ne demande qu'à en rire et quelques vitrines positionnées hors des chantiers battus. Vous aimeriez aller plus loin, vous êtes en position de le faire... comment comptez-vous vous y prendre ?

 

N.A. : J'ai toujours aimé "lancer" de nouveaux talents, et je serais très malheureuse si je ne pouvais plus me battre pour un jeune humoriste auquel je crois, une chanson que je pense être un tube, un artiste auquel je crois, un concept fort... Je continuerai toujours à me battre pour ça. Pour ce faire, j'agirai comme j'ai toujours agi : je défendrai mes convictions, je chercherai à convaincre, à faire en sorte de travailler en équipe pour impliquer les différents intervenants de la chaîne, les bandes-annonces, l'info, le responsable des réseaux sociaux, bref, de travailler tous ensemble pour essayer de faire un succès.

 

Aujourd'hui, personne ne travaille seul. Nous partageons des idées, et c'est pour cela peut être que nous sommes plus frileux, car, à trop demander l'avis des uns et des autres, il y a toujours, à la fin, une personne pour vous décourager ou vous faire douter. Mais mon metier, c’est aussi de convaincre et de ne pas avoir peur de l’échec. Parfois on gagne, parfois on perd, c’est ainsi. Mais on se relève et on recommence, en essayant de corriger ses erreurs. 

 

PdA : France 2 ouvre régulièrement son antenne à des spectacles vivants de qualité, diffusés en direct. Je pense à l'opéra, au théâtre... Des programmations qui peinent pourtant à séduire le grand public, qui n'y va pas spontanément. Votre Troupe d'un soir, pourtant destinée à faire découvrir le théâtre, à le rendre plus accessible, n'a pas été un grand succès. Des artistes comme Bruno Solo se sont exprimés à ce sujet. En substance : le public ne viendra pas en masse sur un tel programme, de toute façon, donc pourquoi essayer à tout prix de l'y attirer avec un show où tout va trop vite ? Si la qualité est là, les fidèles répondront présents, et quelques curieux seront comblés par la pièce, par cette expérience nouvelle. Et viendront grossir les rangs des fidèles, pour la prochaine fois. Quel est l'avenir du spectacle vivant sur France 2 ?

 

N.A. : Je ne peux pas répondre à cette question, il y a un directeur de l'unité Spectacles vivants, Monsieur Nicolas Auboyneau, qui propose de beaux programmes de théâtre, de classique... Ce serait à lui de vous répondre.

 

PdA : En filigrane, finalement, une question : quel "service au public" une chaîne comme France 2 se doit-elle de proposer ? Quelle en est votre conception ?

 

N.A. : La découverte, toujours. Laisser la place à la diversité, à la tolérance, au partage et à la connaissance. Et ne pas oublier de rire, de s'amuser, de chanter et de divertir.

 

PdA : Une Nabilla qui réussit à faire un buzz monstre - un programme culturel n'en connaîtra pas le dixième - dans les médias et la société pour des propos consternants tenus dans une émission consternante, ça vous inspire quoi ?

 

N.A. : Ce n'est pas du tout ma "came". Je ne ferais jamais ce type de programmes, même si je respecte les producteurs qui ont trouvé ce "filon". Ce n'est pas ma conception de la télévision, ni ce que j'aimerais proposer aux téléspectateurs de France 2. 

 

PdA : Je considère comme acquis que vous êtes, évidemment, cliente de l'ensemble des jeux et divertissements de France 2. Quels sont, sur les autres chaînes, notamment étrangères, les programmes qui vous plaisent ? Ceux pour lesquels vous pouvez vous dire, parfois, « Tiens, l'idée n'est pas mal. On aurait pu - on pourrait - le faire sur France 2 ! » ?

 

N.A. : Beaucoup de programmes me séduisent ailleurs. L'amour est dans le pré (M6) aurait pu être sur France 2. C'est facile de dire ça maintenant que c'est un succès, mais cette émission nous fait découvrir le dur travail des agriculteurs et leur solitude, sans pour autant être vulgaire. Même si, sur le service public, je l'aurais peut-être fait d'une autre façon, c'est un beau programme, très humain. Ce programme démontre que l'on peut parler d'amour autrement qu'en regardant un documentaire, un film ou une télé-réalité vulgaire. Mais, si on me l'avait proposé, aurais-je osé le produire sur France 2... ? Je n'en suis pas sûre !

 

The Voice (TF1) est un programme magnifique, car il permet à des personnes de toutes nationalités, tous styles confondus, d'avoir leur chance. C'est un programme qui aurait pu être sur le service public car il n'y a, dans ce programme, aucune humiliation.

 

J'aurais adoré faire Un trésor dans votre maison (M6), qui raconte aussi l'histoire du passé, des objets, de la peinture. Clique, sur Canal +, même si le public visé est un peu différent de celui qui regarde France 2. Touche pas à mon poste, sur D8. Et toutes les émissions de Cyril Lignac. Je me souviens d'un programme passionnant qu'il avait fait sur les cantines des écoles, Vive la cantine !, je crois. Ce programme aurait pu être sur France 2.

 

Danse avec les stars pourrait être aussi sur France 2, d'une façon différente, mais ce programme est très bien fait. Chez moi, il y aurait eu plus d'histoire de la danse, des titres différents sur les danses, un rappel de la mémoire collective, peut-être, et certainement moins de lumières, pour des raisons de budget. (rires)

 

Il y a un programme que j'aime énormément, à l'étranger, il s'appelle Dragon's Den. Il mélange Incroyable talent et le monde des affaires. Comment aider de jeunes entrepreneurs à développer leur projet, leurs idées... Ils se retrouvent face à quatre grands patrons d'industrie qui vont décider de "miser" sur leur idée et les aider à la réaliser financièrement.

 

Il y en a tellement, des programmes que j'aime ! Mais l'émission que j'aurais adoré produire restera Mon zénith à moi, que présentait Michel Denisot sur Canal +. Elle reste mon émission préférée. Je pense aussi à Lunettes noires pour nuit blanches, de Thierry Ardisson et Catherine Barma. C'étaient encore des années où l'on pouvait tout dire, rire de tout à la télé, sans que, la minute d'après, une petite phrase, une attitude fasse un "mini scandale" sur Twitter. J'ai beaucoup d'admiration pour Thierry Ardisson, que je considère comme un talent à part.

 

Je voudrais également citer Les enfants de la télé d'Arthur, pour son originalité et la belle humeur de ce prime.

 

PdA : Quel bilan, quelles leçons tirez-vous de vos presque deux premières années et demie à la tête des divertissements et des jeux de France 2 ?

 

N.A. : Bientôt trois ans maintenant, en décembre. Beaucoup de choses. La première : prendre son temps pour développer un projet avant de le mettre à l'antenne. Ne pas penser "perso", mais se mettre à la place des téléspectateurs. Ne pas vouloir faire du M6 ou du TF1, le service public ne peut pas faire tous les types de programmes.

 

Quand je fais, par exemple, Qui sera le prochain grand pâtissier ?, avant de penser au concours, je préfère penser à mettre en valeur un métier, un talent, à traverser la France à la rencontre des grands pâtissiers français, à faire découvrir le travail de ces artisans, bien avant de penser à qui va remporter l'épreuve. Lorsque je fais Hier encore avec Charles Aznavour, je pense surtout à faire partager, grâce à Charles, les belles histoires des chansons de notre patrimoine. Et quand je fais Le Grand Show, je me régale avec ce grand divertissement, avec lequel nous faisons revenir la variété et dans lequel les artistes peuvent chanter leurs derniers titres.

 

PdA : De quoi êtes-vous fière, quand vous regardez le travail accompli depuis 2011 ?

 

N.A. : Du travail fait depuis que j'ai compris tout cela. De mon équipe. Des belles émissions que j'ai créées avec Morgane Production et Stephane Bern : Le village préféré des Français, Le jardin préféré des Français... D'avoir installé de nouveaux programmes et de remettre la variété en prime, comme avec Le Grand Show de Patrick Bruel, Le Grand Show de Laurent Gerra ou celui de Céline Dion. Tellement de choses au quotidien... de moments passionnants, que je ne pourrais tous les lister. 

 

Je suis fière de travailler avec tous ces animateurs et producteurs que je respecte, comme Michel Drucker, avec lequel j'ai travaillé durant six ans, dans une ambiance délicieuse, et que je retrouve... De travailler aux côtés de "l'artiste", car il est artiste avant d'être animateur : Patrick Sébastien. Il a une approche très populaire de la télévision, et j'aime ces émissions populaires.

 

Je suis heureuse de passer du temps à faire de beaux programmes avec Stephane Bern, son humour, son érudition et sa gentillesse. De m'occuper des émissions de Laurent Ruquier et de pouvoir travailler et apprendre aux côtés de Catherine Barma qui, pour moi, est une des grandes productrices de télé.

 

PdA : D'autres belles rencontres ?

 

N.A. : François Goetghebeur, grand réalisateur, que j'ai rencontré grâce à la productrice du Gala de l'Union des artistes, Elsa Caillart. Je souhaite continuer à faire ce programme magnifique sur France 2.

 

Les réalisateurs de mes émissions, avec lesquels j'apprécie le travail que nous faisons ensemble, main dans la main : Tristan Carné, Gerard Pullicino, Serge Khalfon... Les grands chefs op' qui subliment les artistes : Fred Dorieux, Jean-Philippe Bourdon... Et tous ces techniciens que je connais depuis des années.

 

Pierre Godde, qui a fait Fort Boyard dans l'ombre pendant vingt-cinq ans. J'ai découvert un homme avec de grandes qualités. Il est, en toute discrétion, le "maître des lieux" de ce Fort, animé avec humour par Olivier Minne.

 

Je pense également aux jeunes producteurs pleins d'avenir de la société 64 Millièmes Productions. Je suis heureuse de leur avoir donné leur chance sur la chaîne avec Hebdo Musique Mag, car ce sont des producteurs bourrés d'idées, et avec lesquels je retravaillerai.

 

PdA : Deux ou trois grands moments ?

 

La Fête de la Musique, avec Daniela Lumbroso. Je la voulais populaire et elle a été, à Marseille, un très beau succès. Je pense que les jeunes sont dehors, les 21 juin. Ils vont voir des groupes de rock jouer dans la rue. Les téléspectateurs qui regardent La Fête de la Musique veulent chanter et danser "dans leur salon" sur des rythmes populaires... et "populaire" n'est pas un gros mot ! Ce que j'aime, c'est de pouvoir continuer à défendre la variété, la musique en général, et d'être soutenue en cela par mes patrons.

 

Qui sera le prochain grand pâtissier ? et, sur ce programme, notre collaboration avec Martange Production, aux côtés de ces grands chefs reconnus du monde entier.

 

PdA : Quelques regrets... ?

 

N.A. : D'avoir "planté" Un air de famille, qui était un beau programme, familial, populaire, mais qui était, pour moi, un prime et non un access. Dommage... nous avons travaillé avec des producteurs formidables, Fremantle, et trois artistes adorables, talentueux et d'une grande simplicité : Gilbert Montagné, Elisa Tovati et Mickaël Miro. Je suis triste que ce programme n'ait pas marché, par respect pour ces artistes, pour Virginie Guilhaume, pour les familles, et pour Fremantle.

  

Peut-être aussi d'avoir démarré mon émission de pâtisserie après M6 (rires), alors que ce projet était travaillé depuis mars 2011, même si nous n'avons pas du tout fait la même émission.

 

PdA : Que pouvez-vous nous révéler de vos projets pour France 2 pour les mois à venir ?

 

N.A. : Le retour du programme C'est votre vie, que Stephane Bern présentera, avec, comme première invitée, Céline Dion.

 

De nouveaux Grands Shows à venir. Les 25 ans de Fort Boyard. Les 30 ans des Francofolies de La Rochelle... La Fête de la Musique, le 21 juin, à Montpellier. Toujours avec Daniela Lumbroso.

 

Nous allons faire, avec un grand bonheur, le troisième Village préféré des Français, avec Stephane Bern. C'est toujours avec joie que nous assistons à la mobilisation de tous ces villages de France qui fabriquent des savons, décorent les places des villages, et, grâce à ce programme, assistent à un accroissement des visites de touristes.

 

Nous mettrons à nouveau, cette année encore, le jardin à l'honneur, en prime, avec Le jardin préféré des Français

 

PdA : Quels sont vos rêves ? Rêves de concepts, de programmes, d'invités, rêves tout court...

 

N.A. : Top secret ! Mais... continuer à faire de belles émissions sur France 2, me réveiller le dimanche matin et voir que mes audiences sont belles... C'est le rêve de tous les dimanches matins, et la récompense du travail d'une équipe  ! 

 

PdA : Le grand public vous connaît sans doute d'abord pour le rôle de directrice que vous teniez à la Star Ac', il y a quelques années...

 

N.A. : La Star Ac' est une des grandes émissions auxquelles j’ai collaboré. Huit ans, avec ma société NAO. En coulisses, sur la direction artistique. Ce fut un immense plaisir, et, surtout, une grande joie de travailler aux côtés de Nikos (Aliagas, ndlr) qui est un des animateurs avec qui je rêve de travailler à nouveau. Mais la partie "médiatique", le rôle de la "directrice" représente 10% de ma carrière. Je l'ai accepté à la demande d'Étienne Mougeotte car Alexia Laroche-Joubert a eu des soucis personnels. Sinon, je n'aurais jamais fait de télé.

 

PdA : Avant France 2, vous comptiez surtout parmi les producteurs les plus influents de notre pays. Quels sont vos coups de cœur du moment, ceux que vous aimeriez nous faire découvrir ?

 

N.A. : Vous vous trompez, je n'ai jamais été productrice. J'ai travaillé à la radio : NRJ, RMC... comme responsable de la programmation musicale, puis comme programmatrice (cela veut dire programmer les personnalités sur les plateaux de télé : humour, musique, cinéma, théâtre, sport, politique...). J'ai travaillé pour Michel Drucker, Jean-Luc Delarue, Yves Mourousi, Marie-France Brière, Dominique Cantien, Max Guazzini, Arthur (je recommence demain, tellement cet animateur est créatif et drôle), Jean-Pierre Foucault, Guillaume Durand, Patrick Sébastien... et j'ai créé la première société de programmation indépendante, NAO (Nathalie André Organisation), mais j'ai produit peu d'émissions. J'en ai assuré la direction artistique, ce n'est pas pareil ! (Les doigts de votre serviteur ont ripé sur son clavier, mais c'est heureux, finalement, cela a permis, par cette mise au point, de découvrir ce métier méconnu, ndlr)

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, chère Nathalie André ?

 

N.A. : De continuer à m'amuser en travaillant beaucoup, comme je le fais actuellement.

 

D'arriver à dîner de temps en temps avec mon fils !

 

De ne jamais me laisser influencer par la politique ou par les réseaux, mais uniquement par mes coups de cœur et mon intuition.

 

De continuer à travailler avec les professionnels qui m'entourent, car j'apprends tous les jours à leurs côtés, que ce soient les personnes qui me dirigent ou les producteurs de talents avec qui je bosse dans la confiance : Franck Saurat pour Carson, Anne Marcassus pour DMLS TV, Marie Genest pour Fremantle, Laurence Jomand pour Starling, Gérard Pont pour Morgane, Catherine Barma pour TSE, Daniela Lumbroso pour Degel Prod... Et de faire de nouvelles rencontres, de développer de nouveaux projets, de continuer à soutenir tous les artistes et de faire découvrir sans cesse de nouveaux talents. 

 

J'aimerais aussi refaire travailler Bruno Guillon et Jérémy Michalak... 

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ? Pour quelqu'un en particulier ?

 

N.A. : Je n'aime pas cette "guerre des chaînes", et j'aime particulièrement les moments où, entre concurrents, on se souhaite bonne chance, on se félicite, sur Twitter, sur Facebook, ou par texto, pendant nos émissions, le samedi soir ou autre, sans penser aux audiences, mais juste à reconnaître la qualité du travail des uns et des autres. Il n'y a rien de plus difficile que d'aimer faire un programme et de voir qu'il n'a pas marché, que ce soit sur France 2 ou sur une autre chaîne. 

 

Que mes "lecteurs" n'écoutent pas toujours ce qu'ils lisent sur internet et ne jugent pas trop vite sans savoir. Nous n'avons pas tous les mêmes budgets, les mêmes ambitions, les mêmes objectifs, nous essayons juste de leur faire plaisir. Je parle pour les divertissements et les jeux. Mais, tous les matins, à 9h, nous recevons les audiences, et, parfois, les jugements de personnes qui ne connaissent pas nos contraintes nous mettent en colère car nous sommes un des rares métiers où tout le monde a un avis, sans en connaître les coulisses ou, souvent, les contraintes que nous avons eues sur tel ou tel programme.

 

PdA : Un dernier mot ?

 

N.A. : Une phrase de Nelson Mandela, accrochée depuis vingt ans dans mon bureau : « Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès » !

 

Il n'est pas de belle émission sans un bon animateur, sans tous ces techniciens formidables du spectacle qui, dans l'ombre, font des merveilles, sans le balayeur de plateau et sans le public qui nous regarde.

 

PdA : Merci infiniment...

 

N.A. : Merci à vous !

 

 

Merci pour tout, Nathalie André. Merci d'avoir joué le jeu, avec un enthousiasme communicatif ! Et vous, que pensez-vous des jeux et des divertissements proposés par France 2 ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Nathalie André...

 

28 mars 2014

Municipales 2014 : Acte II : L'entre-deux...

Dimanche, les Français se sont exprimés. Un peu plus de trente-six mille conseils municipaux, à peu près autant de scrutins, difficile, dans ces conditions, de faire de cette journée d'élections une analyse qui soit globale, et globalement juste. Quelques éléments... L'abstention a atteint des niveaux encore jamais vus pour des municipales, signe que la désaffection - pour ne pas dire la défiance - des citoyens envers la chose politique ne faiblit pas, bien au contraire, qu'elle touche même - et de plus en plus - l'échelon de proximité par excellence, celui que l'on croyait à peu près épargné : la commune. L'électorat de gauche semble être sur-représenté dans ce sucroît abstentionniste, un phénomène qui, sans surprise, fait écho à ce que l'on peut observer depuis quelques mois, au fil des sondages, des rencontres : une incompréhension grandissante - quand la rupture n'est pas déjà consommée - du peuple qui a porté François Hollande à l'Élysée en 2012 vis-à-vis de la politique menée par le gouvernement.

 

Les enjeux sont essentiellement locaux mais, clairement, le scrutin a bel et bien été, de facto, nationalisé - au grand dam d'élus ou de listes qui auraient ou auront sans doute mérité une lecture, un sort différents. Dans ce contexte d'incertitudes, de perpétuelle crise économique et sociale, le PS souffre, les autres forces de la gauche se maintiennent et l'opposition a le vent en poupe. Le FN, fort des poussées qu'il a connues, de sa victoire dès le premier tour à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), espère bien transformer l'essai, il semble être en capacité de l'emporter dans plusieurs communes ; il sortira en tout cas de cette séquence politique avec un nombre largement accru d'élus territoriaux. L'UMP, portée par l'impopularité du gouvernement, par les divisions de la majorité est, avec ses alliés centristes, bien partie pour effacer ses revers de 2008 - et, sans doute, avancer bien au-delà des lignes tracées il y a six ans...

 

Quelques jours après la mise en ligne du document « Paroles de jeunes candidats », j'ai souhaité recueillir quelques réactions, quelques commentaires d'hommes et de femmes engagés, autour de deux questions, d'un thème : l'entre-deux-tours. Ils sont élus de la République, candidats à un mandat, militants, citoyens... Je les ai contactés en ayant à cœur le respect de certains équilibres, espérant que ceux-ci se retrouvent de manière satisfaisante dans ce panel. Parce qu'ils ont bien voulu m'accorder un peu de leur temps, parce que les délais - entre-deux-tours oblige - étaient, cette fois, particulièrement serrés, je les remercie toutes et tous... Merci, également, à toutes celles et tous ceux qui, sollicités, avaient la volonté de participer, finalement sans succès. Un souhait général, pour conclure cette introduction : que dimanche, pour chacune de nos communes, les meilleur(e)s, les plus aptes l'emportent... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

UNE EXCLUSIVITÉ PAROLES D'ACTU

MUNICIPALES 2014 

Acte II : L'entre-deux...

 

Marianne

(Illustration : Larousse.)

 

 

 

Virginie Duby-Muller

Virginie Duby-Muller

V. Duby-Muller est députée (UMP) depuis 2012. Elle représente les Français de la 4e circonscription de la Haute-Savoie.

  

Paroles d'Actu : Quels enseignements tirez-vous du premier tour des élections municipales ?

 

Virginie Duby-Muller : Je commencerai par le rappel des derniers chiffres annoncés par le ministre de l’Intérieur : la droite a recueilli 46,44% des suffrages exprimés, la gauche 38,20 %, l’extrême droite 4,70% et l’extrême gauche 0,60%. La droite est donc la grande gagnante du premier tour, et cette progression de la droite est synonyme de sanction de la gauche au pouvoir. Ce revers cinglant pour le président Hollande et sa majorité doit entraîner une réaction de sa part, et je ne suis pas certaine qu’un simple remaniement suffise pour redresser notre pays.

 

Mais, après m’être réjouie de ces bons résultats et de la réélection, dès le premier tour, de nombreux candidats de droite et du centre, je ne peux pas vous cacher qu’un autre constat m’inquiète par ailleurs. En effet, alors que les élections municipales étaient le scrutin préféré des électeurs après les élections présidentielles, on atteint avec 36,45% un taux record d’abstention depuis 1945 pour un scrutin local, assorti d’une poussée du Front national - phénomène que l’on retrouve dans d’autres pays que la France, d’ailleurs.

 

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

V.D.-M. : Au regard des constats précédents, je pense à la ville d’Annemasse, où se trouve ma permanence de député : 56, 21% des électeurs ne sont pas venus voter au premier tour soit 5 350 Annemassiens. Sachant que 670 est le nombre de voix d’écart entre le candidat socialiste et celui de la droite unie, j’encourage tous les abstentionnistes d’Annemasse et de France à aller voter le 30 mars 2014.

 

Les élections municipales sont la première étape de la vie démocratique. Il s’agit pour eux de voter pour un projet de vie et de ville. Je suis résolument optimiste - comme je vous le disais dans mon interview d’octobre dernier - l’alternative existe, des jeunes s’engagent en politique. On cesse de se plaindre de l’impuissance du politique, on va voter le 30 mars 2014 !

 

Propos recueillis le 26/03/14

Retrouvez Virginie Duby-Muller sur Twitter, sur son site, sur Paroles d'Actu...

 

 

Anne Brissaud

Anne Brissaud

A. Brissaud (UDI) est docteur en psychosociologie. Elle est en 2e position sur la liste menée par J. Domergue pour Montpellier (Hérault).

Quatre qualifiés pour le second tour : J.-P. Moure (PS ; 25,27%), P. Saurel (DVG ; 22,93%), J. Domergue (UMP ; 22,71%), F. Jamet (FN ; 13,8%).

  

Paroles d'Actu : Quels enseignements tirez-vous du premier tour des élections municipales ? 

 

Anne Brissaud : Tout est ouvert, désormais. C'est la fin de l'empire ! Les héritiers se déchirent dans la décadence de leur système vieux de quarante ans, à Montpellier. L'heure est historique, nous assistons à une recomposition du paysage. Plus que jamais, le changement est possible, et les Montpelliérains peuvent saisir cette opportunité. 

 

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ? 

 

A.B. : Allez voter ! Prenez dix minutes dimanche pour partager ce moment historique avec nous, la libération de Montpellier. Franchement, dix minutes, ce n'est pas grand-chose, mais ce sera un grand pas pour Montpellier. 

 

Propos recueillis le 27/03/14

Retrouvez Anne Brissaud sur Twitter, sur son site de campagne...

 

 

Pierre-Yves Le Borgn (2014)

Pierre-Yves Le Borgn'

P.-Y. Le Borgn' est depuis 2012 le député (PS) de la 7e circonscription des Français de l'étranger.

 

Paroles d'Actu : Quels enseignements tirez-vous du premier tour des élections municipales ?

 

Pierre-Yves Le Borgn' : Parlons clair, même si cela fait mal, en l’occurrence : le premier tour des élections municipales a été un désaveu pour le gouvernement et pour le Parti socialiste. L’absence de résultats sur le front du chômage, l’injustice de certaines mesures fiscales et la difficulté à traduire dans l’immédiate réalité l’espoir du printemps 2012 expliquent la sanction des urnes. Nombre d’électeurs de gauche ont boudé les candidats du Parti socialiste en s’abstenant, ou bien en votant pour le Front national ou pour la droite.

 

J’estime que, si des décisions gouvernementales ont parfois pu être contestables, notamment en matière de fiscalité, la direction assumée par le Premier ministre est la bonne. C’est en travaillant sur la compétitivité de l’économie française, et notamment sur le coût du travail, que l’on remettra notre pays sur les rails en Europe, où se trouvent beaucoup de nos clients et de nos concurrents. Là où le gouvernement a péché, en revanche, c’est dans la mise en cohérence des réformes conduites depuis l’été 2012, et surtout dans le défaut d’explication sur la profondeur de la crise et sur l’urgence de mesures certes difficiles, mais nécessaires. Il faut pouvoir tracer un chemin, et l’expliquer. En donnant un échéancier et en privilégiant, dans ce cadre, la justice sociale (réforme fiscale, par exemple). Cela a fait défaut, et le Parti socialiste l’a payé cash le 23 mars.

 

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

P.-Y.L.B. : Le gouvernement se bat contre la conséquence d’années de renoncements. La première des injustices sociales est le chômage, et la politique engagée, reposant sur la réduction des déficits et la baisse du coût du travail, vise à relancer durablement l’emploi en France. Cela, ni la droite, ni le Front national, ne le proposent. Voter pour les listes du Parti socialiste - ou soutenues par lui - le 30 mars, c’est aussi faire le choix d’un(e) maire qui saura valoriser les services publics, l’attention aux plus humbles et le soutien à la petite enfance. Le travail sur le terrain des maires socialistes le prouve amplement.

 

Propos recueillis le 27/03/14

Retrouvez Pierre-Yves Le Borgn' sur Twitter, sur son site, sur Paroles d'Actu...

 

 

Gaëtan Dussausaye Campagne

Gaëtan Dussausaye

G. Dussausaye (FN) est secrétaire départemental du Front national de la Jeunesse (FNJ) de Paris.

Porte-parole de la campagne de Wallerand de Saint Just pour Paris (6,26%), il a conduit la liste FN-RBM dans le 11e ar. (5,47%).

  

Paroles d'Actu : Quels enseignements tirez-vous du premier tour des élections municipales ?

 

Gaëtan Dussausaye : Bonjour Nicolas. Je crois que nous pouvons être très fiers des résultats obtenus, notamment dans le 11e arrondissement de Paris, dimanche dernier, à l’issue du premier tour de ce scrutin municipal. En effet, de Marseille à Lille, d’Hénin-Beaumont à Saint-Gilles, de Forbach à Avignon, etc… partout, nous avons réussi à créer la surprise !

 

Nous pouvons le dire : le Front national - Rassemblement Bleu Marine est le grand gagnant de ce premier tour des élections municipales ! Seul contre tous, nous avons été en mesure non seulement de gagner une municipalité, à Hénin-Beaumont, mais également de faire élire plus de 400 conseillers municipaux. À l’issue du second tour, dimanche prochain, notre implantation locale sera plus que jamais avérée.

 

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

G.D. : Le Front national - Rassemblement Bleu Marine est, aujourd’hui, une véritable force autonome, alternative au système de l’UMPS et à ses alliés, capable de faire élire un grand nombre de conseillers municipaux dans toute la France et de remporter des mairies.

 

Dimanche prochain, vous aurez la possibilité de mettre un terme au vieux balancier : « une fois PS, une fois UMP ».

Dimanche prochain, vous aurez la possibilité de sanctionner de la manière la plus ferme qui soit le gouvernement de François Hollande, et sa politique d’austérité.

Dimanche prochain, vous aurez la possibilité d’exiger le non-retour de l’UMP, qui, deux ans plus tôt, faisait exactement ce qu’il dénonce aujourd’hui.

Dimanche prochain, en votant pour les candidats du Front national - Rassemblement Bleu Marine vous voterez pour plus de prospérité, de tranquillité, et de solidarité dans vos communes.

Dimanche prochain, saisissez-vous de cette chance : faites gagner le parti du bon sens, le parti de la vraie vie !

 

Propos recueillis le 27/03/14

Retrouvez Gaëtan Dussausaye sur Twitter, sur Paroles d'Actu...

 

 

Laurence Arribagé

Laurence Arribagé

L. Arribagé, secrétaire départementale de l'UMP de Haute-Garonne, est en 2e position sur la liste menée par J.-L. Moudenc pour Toulouse.

Deux qualifiés pour le second tour : J.-L. Moudenc (UMP ; 38,19%), le maire sortant P. Cohen (PS ; 32,26%).

  

Paroles d'Actu : Quels enseignements tirez-vous du premier tour des élections municipales ?

 

Laurence Arribagé : Les Français ont témoigné d’une volonté de changement dans les municipalités de gauche. À Toulouse, le maire sortant a soutenu une politique nationale dont les Toulousains ne veulent plus. À l’image du gouvernement, il est au service d’un clan politique, là où les Toulousains veulent d’un homme qui les rassemble. Ce premier tour a été celui de la mobilisation et du terrain, pour Jean-Luc Moudenc, cela a payé ! Sans triomphalisme, je peux dire qu’en ayant mis les Toulousains au cœur de notre projet, au cœur de notre campagne et au cœur de l’ambition que nous voulons donner à notre ville, nous avons créé un dialogue sincère et des échanges profonds sur les sujets du quotidien.

 

Les Toulousains ont besoin d’une équipe municipale qui leur ressemble, c’est le choix que nous avons fait en ayant la moitié de la liste composée de personnes issues de la société civile. Les Toulousains ont besoin de candidats qui s’engagent pour leur quotidien : nous avons mis la sécurité, les transports, la qualité de vie et les finances de la ville au cœur de notre projet. Ce premier tour est sans aucun doute celui d’un carton jaune au gouvernement au niveau national, et celui d’un carton rouge au maire de Toulouse ! 

  

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ? 

 

L.A. : Le message que je souhaite adresser est simple et fondamental pour l’avenir de nos municipalités, c’est celui de la mobilisation dans les urnes. L’élection municipale est l’occasion pour chaque citoyen de devenir acteur de sa ville, de celle des générations futures. Le premier tour a été marqué au niveau national par une abstention importante, or, dans les rues, chaque jour sur le terrain, nous entendons de nombreux habitants se plaindre de la politique menée au niveau national, des impôts qui touchent la classe moyenne, des engagements non tenus.

 

Je dis aux lecteurs et aux électeurs que leur carte électorale est un moyen concret d’exprimer ce mécontentement. Le maire d’une ville est l’acteur du quotidien, les Toulousains ne peuvent pas laisser les autres décider pour eux. Dimanche, j’invite celle et ceux qui veulent donner un carton rouge à Pierre Cohen, qui veulent une autre ambition pour la ville rose, un nouvel élan pour la ville de demain à se mobiliser massivement pour Jean-Luc Moudenc, à voter et faire voter pour notre liste. Aux abstentionnistes je dis : prenez votre avenir en main ! 

  

Propos recueillis le 27/03/14

Retrouvez Laurence Arribagé sur Twitter, sur son site de campagne...

 

 

Lucas Nédélec 2014

Lucas Nédélec

L. Nédélec est secrétaire fédéral des Jeunes écologistes.

 

Paroles d'Actu : Quels enseignements tirez-vous du premier tour des élections municipales ?  

 

Lucas Nédélec : J'en retiendrai deux choses. D'abord, le fort taux d'abstention, dû à une désespérance vis-à-vis de l'action politique, et surtout à une énorme déception par rapport au gouvernement et au PS en général. Cela nourrit la crise de confiance envers les partis classiques et fait mécaniquement monter le Front national. La deuxième chose, c'est le retour d'une alternative de gauche dans les urnes : là où les écologistes se sont présentés en autonome, alliés ou non avec le Front de Gauche et les forces citoyennes, les gens se mobilisent et plébiscitent la révolution écolo au niveau local (que ce soit à Grenoble, Rennes, Nantes, Poitiers, Valence, Sevran...).

 

On a beaucoup parlé des quelques villes moyennes où le Front national a eu des résultats inédits, mais beaucoup moins de toutes ces villes où les écologistes et la gauche, la vraie, ont progressé, de manière spectaculaire. En ce sens, le traitement médiatique a été complètement partial... On attend toujours les émissions de soirées électorales qui parleront des vrais enjeux de fond, de ce qui intéresse vraiment les Français...

 

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

L.N. : Les candidats de droite et d'extrême-droite présentent l'immigration et la sécurité comme les enjeux principaux de la campagne. Ils présentent les choses complètement à l'envers ! L'insécurité et la défiance naissent d'abord des inégalités sociales, de la galère, de la précarité, et des injustices vécues par les gens.

 

Nous, écologistes, nous disons : donnons un logement décent à tout le monde, faisons en sorte que tous les habitants puissent prendre les transports en commun pour pas cher, créons des emplois locaux utiles et non délocalisables, redonnons la parole aux quartiers et à ceux qu'on écoute jamais, permettons à tous les citoyens de bien se nourrir et d'être en bonne santé... Et à partir de ce moment-là, on pourra reparler sécurité et immigration, sans en faire des écrans de fumée qui masquent les vrais problèmes. C'est ça, être de gauche aujourd'hui, et porter un vrai projet pour nos villes. C'est ça, être écologiste et défendre le respect de la planète, en même temps que l'émancipation des gens.

 

Propos recueillis le 28/03/14

Retrouvez Lucas Nédélec sur Twitter, sur le site des Jeunes écologistes, sur Paroles d'Actu...

 

 

Thomas Lauret 2014 

Thomas Lauret

Engagé auprès d'Anne Hidalgo pour Paris (34,4%), T. Lauret a conduit la liste PS dans le 16e ar. (12,98%).

Il a été élu au Conseil de Paris à l'issue de ce premier tour.

 

Paroles d'Actu : Quels enseignements tirez-vous du premier tour des élections municipales ?  

 

Thomas Lauret : On constate une mobilisation forte des électeurs de droite, et notamment de la droite réactionnaire, qui se traduit à Paris par les scores de MM. Goasguen, Goujon, Kuster/Debré, Legaret et Lecoq. Dans le même temps, certains électeurs de gauche, notamment les jeunes, semblent avoir boudé les urnes. Enfin le Front national monte beaucoup en France, moins à Paris - sauf en périphérie. L'impatience vis-à-vis de la politique gouvernementale est forte, mais il s'agit d'élections locales.

 

Veut-on à Paris que l'équipe Tibéri reprenne la ville, quand MM Goasguen, Goujon, Legaret et Lecoq étaient aux affaires ? Voulez-vous des cumulards récidivistes qui gèrent leur arrondissement à mi-temps (Rachida Dati est députée européenne et entend l'être à nouveau, MM. Goujon et Goasguen sont députés et élus à Paris depuis 1983...) Voulons-nous à Paris ceux qui ont manifesté contre le tramway, contre les logements sociaux, contre l'amour gay ? Enfin, voulons-nous une UMP qui ouvre la porte des mairies au FN, à l'expression du repli sur soi, de la haine des autres et de l'exclusion des plus faibles en refusant le front républicain mis en place par les socialistes ? Voulons-nous dans le 5e le retour du clan Tibéri, honni puis allié avec Mme Kosciusko-Morizet ? Voulons-nous dans le 12e une équipe qui s'injurie, le quatrième de la liste de droite appelant à voter contre sa tête de liste et NKM... ?

 

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

T.L. : J'appelle tous ceux qui veulent lutter contre les extrêmes et leurs cortèges de violence et d'exclusion, j'appelle les jeunes et les électeurs de gauche et de l'écologie à se mobiliser en masse pour ne pas que Paris régresse, pour que Paris continue à être rassembleuse, sérieuse, innovante et solidaire, avec Anne Hidalgo et ses têtes de liste. Bertrand Delanoë citait hier soir Victor Hugo : « Le genre humain a des droits sur Paris. Pour diriger Paris, il faut aimer le monde ». Alors, votez et faites voter. Aux urnes, citoyens !

 

Propos recueillis le 28/03/14

Retrouvez Thomas Lauret sur Twitter, sur son site, sur Paroles d'Actu...

 

 

David Kimelfeld 2

David Kimelfeld

D. Kimelfeld, secrétaire fédéral du PS du Rhône, est le maire sortant du 4e ar. de Lyon.

Engagé auprès de Gérard Collomb pour Lyon (35,76%), il est candidat à sa réélection.

Trois qualifiés pour le 2nd tour se maintiennent : D. Kimelfeld (34,26%), E. Hamelin (UMP ; 26,46%), A. Guitard (FG ; 10,02%).

 

Paroles d'Actu : Quels enseignements tirez-vous du premier tour des élections municipales ?   

 

David Kimelfeld : Dans un premier temps, je tiens à remercier vivement tous les Croix-Roussiennes et Croix-Roussiens, et plus largement tous les Lyonnaises et Lyonnais qui ont accordé leur confiance, dès le premier tour, à la liste « Évidemment Lyon » avec Gérard Collomb. Ces résultats m'encouragent à poursuivre mon engagement au service du 4e arrondissement. Nous abordons le second tour avec optimisme et détermination pour rendre notre ville toujours plus belle, plus douce, plus dynamique et plus solidaire.

 

Je fais le constat d'une adhésion large de nos concitoyens à l'action menée avec Gérard Collomb et ses équipes depuis 2001. Les scores qu'ont réalisé nos listes « Évidemment Lyon » sont l'illustration de la volonté des Lyonnaises et Lyonnais de nous accorder à nouveau leur confiance au cours du prochain mandat. Réaliser de grands projets tout en transformant chaque quartier, faire rayonner Lyon tout en proposant toujours plus de services, plus d'espaces verts, et plus de solidarité, c'est notre projet pour le mandat à venir. Nous souhaitons continuer à rendre notre ville de Lyon toujours plus agréable à vivre, et je suis honoré que les Lyonnais partagent majoritairement notre vision, par leur soutien dans les urnes.

 

Je fais également le constat du mécontentement et de l'inquiétude d'une partie de nos concitoyens, cela s'est traduit par une montée des extrêmes. C'est une des raisons pour lesquelles nous avons souhaité, avec Gérard Collomb, nous unir avec la liste écologiste « Inspirez Lyon ». C’est en fédérant les énergies que nous pourrons continuer à aller de l’avant. Ce choix d'un large rassemblement doit nous permettre de rendre le quotidien des Lyonnais toujours meilleur, et notamment en matière de développement durable et de respect de l'environnement, axes majeurs de notre action passée et à venir.

 

Dans un contexte national particulier, le scrutin du premier tour dans notre ville a confirmé l'exception lyonnaise que nous avons contribué à mettre en oeuvre ces dernières années. Une ville dynamique, solidaire, où chacun peut travailler et s'épanouir : c'est notre ambition pour le mandat à venir.

  

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

D.K. : Comme vous le savez, une grande partie de nos concitoyens ne s'est pas rendue aux urnes dimanche dernier. Désintérêt pour la chose publique, mécontentement vis à vis de l'action menée au niveau local ou national, ou difficulté de se retrouver dans les propositions de chaque candidat sont autant de raison de choisir l'abstention.

 

Je souhaite principalement m'adresser à ces électeurs, à qui je veux assurer que le choix des listes « Évidemment Lyon » au second tour des élections municipales est la seule manière de permettre de continuer à métamorphoser Lyon et chacun de ses arrondissements. Par une gestion responsable des dépenses publiques, qui est aujourd'hui reconnue par tous, et par un projet ambitieux permettant à tous de bénéficier d'un meilleur cadre de vie, nous souhaitons continuer à faire de Lyon une ville où il fait bon vivre.

 

Voter pour les listes « Évidemment Lyon », c'est aussi faire le choix de l'ouverture et de la solidarité, faire le choix d'un projet attentif et respectueux de tous. Dimanche prochain, le choix de chacune et chacun sera décisif. Pour Lyon, pour les Lyonnais, pour votre avenir et celui de vos enfants, évidemment !

 

Propos recueillis le 28/03/14

Retrouvez David Kimelfeld sur Facebook, sur son site de campagne...

 

 

Jade Jousselin

Jade Dousselin

J. Dousselin est secrétaire nationale du MJS en charge de la riposte à l'extrême droite. 

  

Paroles d'Actu : Quels enseignements tirez-vous du premier tour des élections municipales ?   

 

Jade Dousselin : Le premier constat que l'on doit dresser de cette élection est sûrement le plus alarmant. Plus d'un Français sur trois ne s'est pas déplacé pour voter à une élection qui représente pourtant le premier échelon de la vie citoyenne : l'élection du maire et de son équipe. Pire encore : chez les 18-24 ans, c'est plus d'un électeur sur deux qui ne s'est pas déplacé. Quand la droite et l'extrême droite crient à la victoire, on s'interroge sur ce que peut être une telle victoire, avec un taux d'abstention aussi haut. Cette élection est avant tout une défaite. La défaite de la démocratie, et elle est collective. Dans ses causes comme dans ses conséquences.

 

Le second constat n'est pas moins inquiétant. C'est évidemment la percée de l'extrême droite. Le score obtenu par le Front national de Marine Le Pen a battu tous les records. Dès le premier tour, la ville d'Hénin-Beaumont a basculé dans leur giron, ils sont en tête dans 17 villes et en capacité de se maintenir dans 229. Le pari lepéniste semble gagné. Ils ont réussi la première bataille, celui de s'implanter durablement dans l'ensemble du territoire afin de créer un véritable maillage, essentiel sur le long terme.

 

Le vote sanction s'est exprimé, c'est un fait, et de la pire des manières. Ceux qui se disent aujourd'hui républicains et proches du peuple n'ont pas changé. Ce sont les mêmes qui criaient à la préférence nationale, à la fin des aides pour les plus démunis, au recul des droits des femmes et des personnes LGBT, à la réduction des impôts pour la frange la plus aisée de la société, à la fermeture des frontières. Du Front national d'hier à celui d'aujourd'hui, il n'est que le langage qui ait changé. Oui, ils réduiront les impôts dans les villes gagnées, mais pour les plus aisés, supprimant par la même toute idée de services publics, comme les crèches.

 

Le dernier constat est consternant. C'est celui d'une droite en perte de repères. Celui d'une droite qui, au lendemain du 23 mars, après une percée sans précédent de l'extrême droite, se fourvoie sur l'autel de l'électoralisme. De la logique du « ni-ni » à la fusion des listes UMP/FN, rien n'aura été épargné au front républicain, qu'ils ont déclaré mort. Comme si le FN était un parti comme les autres, avec lequel on peut débattre, s'associer, voire fusionner. Comme si certains de ses candidats n'avaient pas été pris en flagrant délit de nostalgie néo-nazie sur les réseaux sociaux, comme s'il fallait fermer le yeux, intérêt électoraliste oblige... Quand le principal parti d'opposition brouille les lignes, efface le cordon sanitaire autour de l'extrême droite, s'approprie ses thèmes, s'autorise ce genre de faux débats, les conséquences sont là et l'onde de choc est désastreuse.

 

Les dirigeants de l'UMP qui, aujourd'hui, prétendent vouloir exclure ceux qui dans leur rangs font alliance avec le FN ne trompent personne. Si des militants de droite peuvent s'allier avec des militants d'extrême droite, c'est qu'ils ont une réelle proximité idéologique. L'appareil UMP ne peut prétendre condamner de telles démarches quand, depuis des mois, ils préparent leurs militants et leurs électeurs aux alliances extrêmes. Ces démarches sont choquantes. Elles montrent un réel glissement de l'électorat traditionnel de droite et un brouillage des anciennes grilles de lecture qui permettaient d'identifier clairement le Front national hors du champ républicain, ce qu'il est toujours. Je ne peux qu'avoir une pensée pour les camarades de Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne, où toute la jeune gauche s'est unie pour battre la liste de la honte.

 

Maintenant, quels enseignements en tirer pour la gauche et le Parti socialiste ? Le premier est celui de l'inquiétude de nos concitoyens face à leur propre avenir. Le chômage augmente et chacun prend aujourd'hui la mesure de l'ampleur du problème et de la complexité des réponses à y apporter. Le gouvernement prend des mesures, mais force est de constater qu'il lui faut aller plus loin et plus vite. Les emplois d'avenir constituent une excellente mesure, mais elle est derrière nous. Il faut penser la réindustrialisation, favoriser l'innovation et investir massivement dans la recherche. Les clés de la croissance sont là et le gouvernement l'a compris. Il a également compris que les résultats du premier tour des municipales étaient un signal d'alarme, celui d'une France étouffée, qui peine à voir la sortie du tunnel.

 

Le second enseignement est celui de la perte de confiance de nos concitoyens. Perte de confiance dans les politiques, dont la crédibilité se trouve profondément entaché par de multiples affaires ; perte de confiance, surtout dans le politique. Comme si l'engagement citoyen dans le cadre institutionnel prévu par la République ne servait plus à rien. Au désenchantement succède la perte de crédibilité, pire encore, l'indifférence à l'encontre de la vie politique du pays et de l'Europe, à la veille d'une élection majeure pour l'Union européenne.

 

L'ensemble des organisations politiques porte une part de responsabilité majeure dans ce constat. Je ne serai pas plus clémente avec ma propre organisation qu'avec les autres. Car ce serait une erreur de croire que, parce que nous avions gagné dans les urnes en 2012, nous aurions pour autant gagné dans les têtes aujourd'hui. Plus que jamais, la gauche de pouvoir a un défi à relever. Celui de changer les pratiques politiques, dire stop au cumul des mandats, renouveler la classe politique, permettre le vote des étrangers aux élections locales, ouvrir les frontières de l'Europe au monde. C'est à nous de reprendre le combat collectif, non contre le gouvernement mais pour construire, à gauche, ces défis quotidiens qui feront les grands changements de demain. C'est à nous de faire en sorte que la jeunesse trouve son intérêt dans le combat politique, car sans une jeunesse engagée et exigeante, rien ne changera.

 

Dans ce contexte difficile pour ma famille politique et pour la gauche en général, notre responsabilité est immense, nous en avons conscience et nous devons collectivement chercher les réponses pour construire un avenir meilleur.

 

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ? 

  

J.D. : Si j'ai une seule chose à dire, c'est : allez voter ! Quelles que soient votre déception, votre amertume, vos inquiétudes en l'avenir, allez vous exprimer. Car rien n'est pire que le renoncement. Quand les citoyens tournent le dos les urnes, il n'y a qu'un grand vainqueur, c'est l'extrême droite. Ne faites pas l'erreur de croire que c'est aux politiques que cela fera mal, c'est vous que cela touchera, c'est votre quotidien que cela affectera. Dimanche, allez votez, quand la jeunesse boude les urnes, le grand perdant, c'est avant tout elle-même. 

 

Propos recueillis le 28/03/14

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5 mars 2013

Valentin Marceau : "Faire un maximum de bruit..."

Valentin Marceau a 21 ans, il est auteur-compositeur-interprète. Le clip de "Dansons" est en ligne depuis trois semaines à peine, il a déjà été vu près de 70 000 fois. Le jeune homme, dont le travail a été repéré par des pointures de la chanson française telles que Jean-Louis Aubert ou Grand Corps Malade, s'apprête à sortir son premier album. Il s'appellera "À nos amours" (la chanson éponyme fait partie de la tracklist). Rencontre avec un garçon bourré de talent mais qui garde la tête sur les épaules. Un artiste que l'on n'a pas fini d'entendre... Je le lui souhaite de tout coeur, en tout cas ! Merci, Valentin... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

VALENTIN MARCEAU

Auteur-compositeur-interprète

 

"Faire un maximum de bruit..."

 

Valentin Marceau

(Photos fournies par Valentin Marceau)

 

 

Q : 24/02/13

R : 04/03/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Valentin Marceau. Déjà, pour celles et ceux qui ne te connaissent pas (encore), pourrais-tu te présenter en quelques mots ? Parle-nous de toi, de ton parcours jusque là ?

 

Valentin Marceau : Bonjour ! Et tout d'abord merci à vous pour cet encart !

 

Je m'appelle Valentin, j'ai fait partie du groupe BoXoN. Aujourd'hui je suis en solo et je prépare l'arrivée de mon premier album ("À nos amours", ndlr), à paraître pour le printemps.

 

 

PdA : D'où vient ton amour pour la musique, cet art qui nous réunit aujourd'hui ? Tu la pratiques depuis longtemps ?

 

V.M. : Je suis passionné par la musique depuis tout petit. J'ai commencé à gratter mes premier accords à l'âge de 10 ans, dans le but de faire le maximum de bruit !

 

Ce qui m'a donné envie, à vrai dire, c'est ma passion pour les chanteurs que j'admirais.

 

 

PdA : Lors d'une interview donnée au site JustMusic.fr au mois de décembre, tu évoquais tes références artistiques. On y retrouvait les noms de Grand Corps Malade, de Raphaël... et celui, a priori plus inattendu pour un jeune comme toi, de Bob Dylan. Ton "influence majeure"... Tu veux nous en dire quelques mots ? 

 

V.M. : Bob Dylan a représenté un tournant majeur dans mon développement musical. Je suis complètement conquis par son univers et ses mélodies. Pour moi, c'est une sorte de Rimbaud de l'autre côté de l'Océan. C'est en le découvrant que je me suis mis à la Folk music !

 

 

PdA : Quels sont, en tant qu'auteur de tes chansons, les sujets qui, dans la vie, dans l'actu, t'inspirent, te donnent envie de réagir ?

 

V.M. : En général, c'est beaucoup de vécu amoureux. J'ai beaucoup souffert de l'amour et de la désillusion. Beaucoup de chansons de mon album ont été une sorte de "thérapie" à ces déceptions sentimentales.

 

Mais il y a également des chansons un peu plus contestataires... Des fois, il y a, dans la vie de tout les jours, des choses qu'on ne peut pas faire semblant de ne pas voir !

 

 

PdA : Quelle place ta passion occupe-t-elle dans tes pensées, dans tes emplois du temps ? Es-tu parti pour en "faire ta vie" ?

 

V.M. : Oui, complètement. Je ne pense qu'à ça, nuit et jour.

 

 

PdA : Si tu devais représenter ton univers sous la forme d'un dessin, à quoi celui-ci ressemblerait-il ? D'ailleurs, goûtes-tu d'autres familles d'art que celles - déjà conséquentes ! - que tu touches comme auteur-compositeur-interprète ?

 

V.M. : Elle est drôle cette question ! Justement, je suis issu d'une famille spécialisée dans le dessin. Mon père a une série BD depuis plus de 20 ans et ma maman s'occupe de la gestion d'un festival BD ! Donc oui, je suis beaucoup entouré par le dessin, les écrits, le cinéma...

 

Mon univers dessiné, je le verrais bien dans un style Hugo Pratt. Y'a quelque chose de très Corto Maltese dans mes chansons. :)

 

 

PdA : Qu'est ce qui, la musique mise à part, t'émerveille, te fait vibrer, frissonner... ?

 

V.M. : Le cinéma ! Je suis complètement cinéphile ! Je regarde en moyenne 3/4 films par semaine. J'adore.

 

 

PdA : Le clip de "Dansons", premier single de ton futur album, est sur YouTube depuis moins de deux semaines. Déjà 68 000 vues (au 24 février)... Comment reçois-tu ce succès ? Que retiens-tu des retours que tu as pu en avoir jusqu'à présent ?

 

V.M. : Je suis super content de l'accueil du clip ! À vrai dire, je ne m'y attendais pas du tout.

 

Les retours sont, en général, plutôt positifs ! Ce qui m'encourage vraiment. Plein de choses se mettent en place depuis cette sortie !

 

 

PdA : Le clip réunit tous les ingrédients pour faire un hit, pour peu qu'il réussisse à franchir les frontières d'internet. Quelle est, avec ta maison de disques, (PlayOn, ndlr) votre stratégie com', pour ne pas dire buzz ?

 

V.M. : Pas mal de choses se mettent en place... Faudra suivre les avancées sur ma page Facebook... ;)

 

 

PdA : Ton album est déjà prêt. Quelles révélations peux-tu nous offrir, en avant-première ? La sortie, c'est pour quand ?

 

V.M. : L'album sera composé de 11 titres. Pas mal de collaboration avec d'autres artistes. Je pense notamment à Jean Fauque, Guillaume Cantillon, Kerredine Soltani...

 

Je pense annoncer la date de sortie d'album dans les semaines à venir, ça va venir vite... :)

 

 

PdA : Quels sont, parmi l'ensemble de tes titres - qu'ils soient ou non publics pour le moment - ceux pour lesquels tu éprouves la plus grande tendresse ? Pourquoi ?

 

V.M. : J'affectionne particulièrement le titre "Notre dernière nuit". Il est à 100% autobiographique. J'ai vécu tout ce que je chante dans ce titre. C'est un titre qui sera sur mon album.

 

 

PdA : Avec la sortie de l'album, une nouvelle étape aura été franchie. Une pause, un instant, avant d'aller plus loin... À qui as-tu envie de dire "Merci" ?

 

V.M. : J'aimerais vraiment remercier mon manager Fabrice, qui me suit depuis pas mal d'années maintenant. Michel Boulanger, qui m'a présenté à PlayOn, ma maison de disque. Et merci à toute l'équipe PlayOn. Merci à Dominique Blanc-Francard et Bénédicte Schmitt, avec qui j'ai réalisé cet album... Merci à Laïd, le réalisateur du clip...

 

Wah ! Ca fait beaucoup, et je suis certain que je pourrais continuer longtemps ! Bref, MERCI ! MERCI ! MERCI !

 

 

PdA : Sur ton site, on peut lire, Valentin Marceau "connaît bien les Lilas", "est grand", "est énervant", "est sensible", "est intemporel". Signé Dominique Blanc-Francard, producteur. Et toi, comment te définirais-tu ?

 

V.M. : Je n'arrive pas à me définir objectivement. En général, quand on me pose cette question, je la retourne. "Et toi ? Comment me définirais-tu ?" Et je finis par reprendre ce que tu me diras... :)

 

 

PdA : Sur quelles scènes pourra-t-on te découvrir prochainement ?

 

V.M. : Plusieurs scènes se préparent. J'attends des confirmations avant de pouvoir en parler publiquement !

 

 

PdA : Quels sont tes projets pour la suite ?

 

V.M. : Des concerts, écrire pour d'autres artistes, préparer un second album... J'espère continuer le plus longtemps possible !

 

 

PdA : Tes rêves ? Rêves de collaborations, rêves d'avenir, rêves tout court...

 

V.M. : Déjà, j'espère que mon album vivra... Je lui souhaite une jolie rencontre avec le public !

 

Après en terme de collaborations, beaucoup de mes rêves ont déjà été réalisés. Je souhaiterais tellement qu'ils perdurent, à présent... :)

 

 

PdA : Que peut-on te souhaiter ?

 

V.M. : Une longue route !

 

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ?

 

V.M. : Eh bien enchanté ! Et au plaisir qu'un jour nos chemins se croisent !

 

Merci à vous d'avoir lu jusqu'ici ! :)

 

 

PdA : Pour quelqu'un, quelques uns en particulier ?

 

V.M. : Je tenais à remercier ma #TeamMarceau pour leur dévouement !

 

J'ai une chance inouïe de vous avoir ! ♥

 

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment. Et que les vents te soient favorables...

 

V.M. : Merci beaucoup ! Et merci à vous, Paroles d'Actu, pour cette interview !

 

À tout vite !

 

 

 

Valentin Marceau 2

 

 

 

Merci encore Valentin pour ces réponses. Tous mes voeux pour la suite... Et vous, comment voyez-vous Valentin... ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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9 juin 2013

Bruno Gaccio : "Au bout de la route, la guerre..."

Les Guignols, une affaire de famille. Le papa s'appelle Alain de Greef. La maman, Alain Duverne. Des avant-gardistes. Ça va, ça va, je rigole, j'espère que Christine Boutin et ses followers ne viendront pas pourrir ma page. Revenons à nos mouflets... pardon, à nos moutons. Quelle place Bruno Gaccio occupe-t-il dans l'arbre ? J'aurais tendance à répondre : celle du grand frère. Il a appris la vie, transmis ses passions, son goût de la déconne et de la provoc', soufflé ses révoltes à ses petits frères et soeurs de latex... Il a quitté l'équipe en 2007, mais les personnages qu'il a façonnés avec les historiques de l'émission sont sous bonne garde, entre de bonnes mains. À la pointe de la fronde qui suivit l'éviction de Pierre Lescure par Jean-Marie Messier en 2002, Gaccio s'occupe désormais des fictions au sein d'un Canal apaisé. Embourgeoisé ? Non. Il n'a rien perdu de ses indignations. L'espoir de voir émerger un demain différent, plus lumineux, peut-être. Je le remercie d'avoir accepté de jouer le jeu, de s'être confié à moi, pour vous. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

BRUNO GACCIO

Directeur de La Fabrique, unité de fiction spéciale de Canal +

Co-fondateur du Collectif Roosevelt 2012

 

"Au bout de la route, la guerre..."

 

Bruno Gaccio

(Photo proposée à ma demande par Bruno Gaccio)

 

 

Q : 21/05/13

R : 07/06/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Bruno Gaccio. Vous avez été co-auteur des Guignols de 1992 à 2007. Quinze ans d'une collaboration mythique, qui aura marqué l'histoire de la télé. N'avez-vous jamais eu, après votre départ, l'envie, par gourmandise intellectuelle, par attachement à vos "bébés", de réintégrer l'équipe des Guignols ? Si demain, les auteurs vous demandaient de les rejoindre... ?

 

Bruno Gaccio : Alors les Guignols, déjà, c'est le bébé de De Greef. Il est celui qui a eu l'envie (parce que les droits des Spitting Image anglais lui étaient passés sous le nez). Ensuite, il s'est bien planté avec les premières équipes d'auteurs. Ils venaient de chez les Nuls et écrivaient comme pour des "humains", or, l'écriture pour marionnettes est spécifique, très spécifique. Puis il y a eu Delepine et Halin qui ont inventés le JT, puis ma pomme a rejoint le bureau. Ça, c'est pour la paternité.

 

Quant à retourner aux Guignols, non. Mais un jour j'ai fais un rêve débile : tous les auteurs mouraient et la chaîne en profitait pour arrêter l’émission avec enterrement de première classe et larmes de crocodiles, faux derches et là... Hop ! je sortais du bois et je disais : non, on arrête pas, je replonge et je reforme une équipe en deux jours ! personne n'osait m'arrêter et les Guignols continuaient ! en fait c'est dégueulasse ce rêve, je pense à la mort de mes potes et je me présente en héros sauveur. Je suis un bel enculé.

 

 

PdA : Votre liberté de ton, votre amour de la liberté d'expression, chacun les connaît. À plusieurs reprises, vous les avez couchées sur papier. Je citerai "Le Guignol et le magistrat", avec Philippe Bilger et sous la direction de Gilles Verlant, en 2005, et "Peut-on tout dire ?", avec Dieudonné, en 2010. Le règne du politiquement correct a-t-il atteint des niveaux que vous qualifieriez de préoccupants ? Devrait-on vraiment pouvoir tout dire ?

 

B.G. : Aujourd'hui, plus que jamais, on peut tout dire. Les canaux sont innombrables pour s'exprimer. Mais on est aussi dans un monde où personne n'a envie de dire quoi que ce soit pour ne pas perdre son job. La World company a gagné. Les 0,6% les plus riches de la planète cumulent 40% des richesses. 84 000 milliards de dollars. Les 70% les plus pauvres ont 7 400 milliards. S'il veulent manger tous les jours, ils doivent fermer leurs gueules. Les journalistes font partie des 70% les plus pauvres, ou bien des 30% de "bien nourris" qui sont complices consentants, ça explique la pensée unique qui se répand. On ne rééquilibrera pas. Et vous le constatez, je peux le dire : tout le monde s'en fout. Des économistes du monde entier, des prix Nobel (10 en tout), des anciens directeurs de banques universelles, des chefs d'états - tout sauf des marginaux - disent que le monde va dans le mur (Crise structurelle, global collapse et in fine, une guerre donc). Mais on continue d'avancer en sifflotant.

 

 

PdA : J'ai le souvenir d'un sketch fameux des Guignols dans lequel Pierre Lescure cherchait à expliquer à Alain de Greef (voir notre interview) les plans pharaoniques, globalisés de Messier, de Vivendi pour Canal. Il essayait de le rassurer, à la fin, en lui promettant que la chaîne garderait toujours l'esprit "famille" qui la caractérisait. Sur ce point, ils n'avaient pas l'air, l'un comme l'autre, d'être totalement convaincus... Qu'en est-il à ce jour ? Que reste-t-il de cet esprit "famille" ? L'"esprit Canal" est-il toujours vivant ? Regrettez-vous, au moins sur certains aspects, la chaîne des années 90 ?

 

B.G. : Je ne regrette rien. Canal est une grande chaîne, on y est libres (voir la réponse à la question précédente).

 

 

PdA : Vous occupez aujourd'hui une place importante au sein du département "fiction" de Canal. En quoi votre fonction consiste-t-elle ?

 

B.G. : Ma place au sein de Canal est très modeste. Mon rôle consiste à faire faire leur première oeuvre de fiction à des réalisateurs n'en ayant pas encore fait. Pareil pour les auteurs.

 

 

PdA : Qu'est-ce qui a été accompli jusqu'à présent sous votre responsabilité ? Quelles sont les fictions dont vous êtes le plus fier, celles que vous souhaiteriez que nos lecteurs découvrent ou redécouvrent à l'occasion ? Quels seront les nouveautés, les projets à suivre dans les prochains mois, les prochaines années ? Un scoop ou deux ? ;-)

 

B.G. : Trois films par an (télé... mais film quand même, on ne fait pas exprès d'être moins bon parce que c'est à la télé) depuis 7 ans. La série Hard (une comédie romantique qui se passe dans le monde du Porno) attaque sa troisième saison. C'est le scoop pour l'année prochaine.

 

 

PdA : Revenons au Bruno Gaccio citoyen. Vous avez participé à la fondation du collectif Roosevelt 2012 qui propose des solutions concrètes, anti-Monsieur-Sylvestre, pour sortir de la crise. Pourquoi cet engagement ? Avez-vous déjà été tenté par l'idée de vous lancer en politique pour porter vos convictions ? C'est quelque chose que vous excluez totalement ? ...

 

B.G. : Mon engagement dans Roosevelt 2012 est assez naturel. Je suis comme ça. Cynique parfois, désabusé souvent, pessimiste joyeux... Donc quand quelque chose me paraît "juste" et faisable, (le collectif, ça n'est pas du tout utopique, gauchiste, blabla, c'est concret les propositions attention) j'aide.

 

Là, je sers de tête de gondole. On me voit, je fais des prises de paroles publiques, ça m'amuse bien et j'essaye de faire bouger les lignes de quelques millimètres. On est reçu a l'Élysée, à Matignon, et pas qu'une fois. Je rencontre des députés, plein... et je me rends compte que souvent, ils n'ont pas plus de raisons d'être à leur place que je n'en aurais si je la voulais. Mais ils ne peuvent rien faire (député) ou ne veulent pas faire (Elysée/Matignon). Alors je redeviens désabusé. Puis, le lendemain, je croise des gens qui me disent "Merci de vous engager pour nous, nous on nous écoute pas, vous, si". Alors j'y retourne, pour ces naïfs là.

 

 

PdA : Quels sont vos envies, vos rêves pour la suite ?

 

B.G. : Mon problème principal est de n'avoir que peu d'envies et pas de rêves.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, cher Bruno Gaccio ?

 

B.G. : D'avoir des envies et des rêves.

 

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment.

 

B.G. : Il me faudrait un livre pour dire ce que j'ai à ajouter. Juste une chose, pour parler du monde dans lequel on vit. Lorsque l'on veut se rendre à Marseille, on prend l'autoroute. Si on ne voit que des panneaux "Lille-Roubaix-Tourcoing", on en déduit qu'on n'est pas dans la bonne direction et que donc, il ne sert à rien de "ralentir", il faut faire demi tour. Aujourd'hui tout le monde croit rouler vers le Sud en constatant que tous les panneaux indiquent le contraire... La solution qu'on nous propose est pourtant de ralentir. On va donc aller moins vite au mauvais endroit, mais on ira au mauvais endroit : la guerre ! La guerre qui sauvera toutes les économies d'un coup, qui assurera la transition énergétique, de nouvelles règles de vie mondiale, etc. S'il reste quelque chose de la planète, évidemment. Je suis gai, n'est-ce pas ?

 

 

 

Merci encore, Bruno Gaccio, pour vos réponses, pour ces confidences. Je vous souhaite de les retrouver, ces envies, ces rêves. Cette lueur... Que vous inspire le regard que porte Bruno Gaccio sur notre monde ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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22 août 2012

Audrey Labeau : Mon conseil aux jeunes ? "Foncer"

Les Jeux olympiques de Londres ont officiellement pris fin le 12 août. Un show très rock, très "British" a clôturé deux semaines d'efforts, d'exploits, d'émotions. 11 000 athlètes, au départ. Avec, pour chacun, des rêves plein la tête. Des rêves d'or, de gloire, de reconnaissance... Surtout, un objectif : le dépassement de soi. Aller au-delà de ses limites. Vivre intensément ces moments uniques dans la vie d'un sportif, ces moments où l'on peut toucher les étoiles... Faire briller des millions de regards. Faire naître une irrépressible passion chez les plus jeunes, les futurs "successeurs". Audrey Labeau, que j'ai contactée durant les Jeux, avant son entrée en piste, est de ces athlètes qui, après avoir réalisé des prouesses, ont préparé Londres pendant des mois, avec humilité. La déception qu'elle a éprouvée après sa prestation n'y changera rien. Elle en était, athlète parmi les athlètes de l'élite mondiale. Cette aventure devenue expérience, sans doute en tirera-t-elle des leçons qu'elle transmettra à son tour aux jeunes qui, demain, assureront la relève. Je tiens à la remercier pour la gentillesse dont elle a fait preuve à mon égard en acceptant d'évoquer pour moi son parcours, ses projets... Rencontre avec une athlète authentique. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Phil Defer  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

AUDREY LABEAU

Médaille d'Or aux Championnats d'Europe de natation (2012)

Médaille d'Argent aux Championnats d'Europe de natation (2011)

 

Mon conseil aux jeunes ? "Foncer"

 

Audrey Labeau

(Photos fournies par Audrey Labeau)

 

 

Q : 19/08/12 

R : 21/08/12 

 

 

 

Paroles d'Actu : Pourriez-vous vous présenter rapidement, pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas ? En particulier, pourquoi vous êtes-vous dirigée vers le sport de haut niveau ?

 

Audrey Labeau : Je fais du plongeon depuis 10 ans et je me suis spécialisée dans la plateforme de 10m, j’ai participé à deux Jeux Olympiques, Pékin et Londres ainsi que plusieurs championnats du Monde et d’Europe.

 

Mes parents sont professeurs d’EPS et mon père était entraîneur de trampoline, ma mère de gymnastique acrobatique. Dès mon plus jeune âge, j'ai traîné dans les salles de gymnastique avec mes parents. J’ai véritablement commencé la gymnastique acrobatique à 6 ans puis je suis partie au pôle France de Rennes à 13 ans pour intégrer l’équipe nationale. Je me suis ensuite reconvertie dans le plongeon quand je suis entrée à l’INSEP (Institut National des Sports de l’Expertise et de la performance) en septembre 2001. La reconversion s’est faite plus facilement grâce à mon passé gymnique.

 

 

PdA : Vous avez fait partie, à Londres, de l'élite sportive mondiale lors des Jeux olympiques. Vous avez été médaille d'argent (2011) puis d'or (2012) lors des Championnats d'Europe de plongeon.


Parlez-nous un peu de votre sport ? Pourquoi l'avoir choisi ? À quel degré d'intensité est-il exigeant, prenant ?

 

A.L. : Le plongeon est un sport qui m’a toujours attirée, avant même d’en faire et de connaître cette discipline. C’est un sport très technique qui allie acrobatie et esthétisme. De plus j’aime ressentir l’adrénaline que procurent les plongeons à 10 mètres.

 

On s’entraîne deux fois par jour, cinq fois par semaine et une fois le samedi matin. Il est nécessaire de répéter de nombreuses fois les plongeons dans l’eau, nous travaillons également au sol et au trampoline.

 

Dans l’eau, nous travaillons par étape et très progressivement pour limiter les risques de se blesser ou de « se prendre un plat ». Avant de faire trois tours et demi à 10 mètres, on passe à 3 mètres faire un tour et demi puis deux tours. On va ensuite à 5 mètres faire deux tours et demi. Lorsque toutes ces étapes sont totalement maîtrisées, on est alors prêt à faire trois tours et demi à 10m. Nous faisons également beaucoup de préparation physique pour le gainage, la vitesse et l’explosivité. Il faut également être très résistant aux entrées à l’eau puisque nous arrivons à environ 60km/h dans l’eau du 10m.

 

(Pour mieux "visualiser" ce sport, ce lien que m'a transmis Audrey Labeau, à ma demande, ndlr)

 

 

PdA : Quel bilan faites vous des Jeux olympiques, à titre personnel, et pour la délégation française ?

 

A.L. : Je suis très déçue par ma prestation aux Jeux Olympiques. Mon objectif était d’atteindre la finale, ce qui était totalement faisable. Je rate mon quatrième plongeon (sur les cinq à réaliser) et cette erreur m’est fatale pour le reste de la compétition. Les résultats entre les plongeuses sont souvent très serrés et une erreur peut très vite être rédhibitoire.

 

 

PdA : Ça fait quel effet, de participer aux Jeux olympiques ? Comment s'y prépare-t-on ?

 

A.L. : Les Jeux Olympiques sont l’aboutissement dans la carrière d’un sportif, toutes ces années d’entraînement sont récompensées. C’est le rêve de beaucoup de sportifs.

 

On s’y prépare comme tous les autres grands championnats (Monde, Europe), avec une petite excitation en plus car on sait que cet événement grandiose n’a lieu que tout les 4 ans.

 

 

PdA : À quoi la vie ressemble-t-elle au sein du village olympique ? Vous vous côtoyiez beaucoup, avec les autres membres de la team France ?

 

A.L. : Tous les Français sont réunis dans le même immeuble. L’équipe de France est très soudée, chacun suit les résultats des uns et des autres. On pouvait se retrouver en bas de l’immeuble pour discuter ensemble, se détendre un peu entre les moments d’entraînement et de compétitions. L’ambiance est très conviviale.

 

 

PdA : Quels souvenirs forts garderez-vous de ces Jeux ?

 

A.L. : Beaucoup de souvenirs, il est très difficile de faire un choix… La cérémonie d’ouverture était grandiose et émouvante, ensuite il y a les moments de vie et de partage au village avec les autres sportifs. La victoire des handballeurs, le retour sur Paris avec la descente des Champs Elysées. Ainsi que beaucoup d’autres !

 

 

PdA : Vous vous présentez sur votre page Facebook avant tout comme "Professeur de sport". C'est votre activité principale, aujourd'hui ? En quoi consiste-t-elle ?

   

A.L. : J’ai eu mon professorat de sport il y a deux ans. Il est nécessaire de poursuivre ses études lorsque l’on fait du plongeon, car il est impossible d’en vivre en France.

 

Je travaille pour le ministère des sports et je suis placée auprès de la fédération française de natation. Pendant deux ans, j’ai bénéficié d'un aménagement de mon emploi du temps afin de pouvoir continuer à m’entraîner deux fois par jours.

 

A partir de septembre 2012, je passerai Conseiller Technique National et j’aurai en charge un groupe de jeunes plongeurs à l’Insep que j’entraînerai en préparation de futures échéances internationales.

 

 

PdA : Quels sont, justement, les conseils que vous souhaiteriez donner à un(e) jeune qui souhaiterait s'engager dans la voie du sport de haut niveau ?

 

A.L. : De foncer, même si parfois c’est difficile et que cela demande beaucoup de sacrifices. Les compétitions, les voyages, la rencontre de personnes très différentes apportent énormément de satisfaction, d’enrichissement personnel et améliore la connaissance de soi.

 

 

PdA : Que représente le sport dans votre vie ?

   

A.L. : Le sport rythme ma vie puisqu’après m’être entraînée pendant des années, je passe entraîneur. Cependant cela ne m’empêche pas de m’ouvrir à d’autres choses.

 

 

PdA : Le sport mis à part, qu'est-ce qui compte pour vous ?

 

A.L. : Mes amis, ma famille, des valeurs sûres que je garderai toute ma vie, quoi qu’il arrive.

 

 

PdA : Quels sont vos projets pour la suite ?

  

A.L. : Réussir à transmettre ma passion aux jeunes plongeurs que j’entraînerai et les accompagner dans la réalisation de leurs rêves.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, Audrey Labeau ?

  

A.L. : De m’épanouir dans la nouvelle vie qui m’attend !

 

 

Audrey Labeau plongeon

 

 

Ce souhait, je le formule bien volontiers ! Merci encore, Audrey Labeau ! Phil Defer

 

 

 

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La page d'Audrey Labeau sur le site des Bleus de Londres

 

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Times New Roman > Georgia : 30/09/12

25 avril 2012

Paroles de campagne : Élection présidentielle, France, 2012 - La parole aux jeunes

22 avril. 20 heures. Le suspense prend officiellement fin. Des milliers de Français sont alors déjà au courant depuis une heure, presque deux, parfois. À l'heure d'internet et des nouvelles technologies, une loi de rétention de l'information, même légitime, a du mal à être totalement appliquée. L'affiche se déroule devant nos yeux. Le casting ne surprend pas grand monde. On s'y attendait. Et si, parfois, le doute pouvait s'immiscer dans notre esprit, les sondages étaient là pour nous ramener à la réalité. Hollande et Sarkozy sont qualifiés. Le Pen réalise un score historique, Mélenchon ressuscite la "gauche de la gauche", Bayrou déçoit. L'abstention, elle, est restée sous contrôle. Bref... Presque des éléments de détail dans ce système cruel où, même s'ils sont cinq à avoir approché ou dépassé les 10% des exprimés, au final il doit n'en rester que deux. François Hollande (soutenu par le PS et ses alliés), se paie le luxe d'arriver en pole position face au président sortant, Nicolas Sarkozy (soutenu par l'UMP et ses alliés). La cible ultime, la marche suprême, c'est le second tour, le 6 mai. Les compteurs sont remis à zéro, ou presque. 45% des électeurs qui ont souhaité se prononcer pour un(e) candidat(e) n'ont pas choisi l'un des finalistes. Ils devront pourtant faire avec ce choix. Je n'irai pas plus loin dans ce prologue. Les sondages de second tour, qui expriment des reports de voix, un rapport de force, une estimation de résultat probable existent. Ils sont abondamment commentés en ce moment, par des gens qui s'y connaissent bien plus que moi, et qui sauront en parler bien mieux que moi. Ce n'est pas l'objet de cet article.

 

Depuis 2003 (j'ai alors 18 ans), je prends plaisir à utiliser les possibilités que m'offre internet pour faire des expériences. Passionné par l'actualité, et notamment par la politique, j'ai depuis lors tenté de contacter pour un webzine, pour mon forum, puis pour ce blog Paroles d'Actu, des personnalités, des anonymes. Pour leur demander de commenter un grand événement, de me donner, surtout, leur point de vue. Sans montage, sans préjugé. En 2004, en pleine crise diplomatique avec la France, j'interroge des Américains sur le 11 septembre, mais également sur ce qu'ils pensent de nous autres Français. En 2011, idem, sur leur propre élection présidentielle de 2012. Dans les deux cas, le peuple américain n'est pas pris comme une abstraction, une généralité qui penserait unanimement telle ou telle chose. Le "panel" retenu n'est pas établi scientifiquement, il est le fruit du hasard. Mais il est très divers. Le résultat n'est pas présenté sous la forme d'une synthèse. Parce que je ne suis pas très bon dans cet exercice. Surtout, parce que ce n'est pas ce que je veux. Une synthèse, par définition, résume, simplifie, caricature, parfois, les positions. Les textes sont livrés tels quels. Mon objectif : donner la parole à celles et ceux qui veulent bien la prendre. Pour exprimer leur part de vérité. Leur sincérité, en tout cas.

 

Des sondages existent sur le vote des jeunes pour la présidentielle. Là encore, je ne cherche pas à les analyser, les commenter. Cette idée, je l'avais déjà à l'esprit depuis plusieurs semaines. Ca n'avait pas fonctionné jusque là. Au soir du premier tour de la présidentielle, je me suis lancé, de nouveau. J'ai souhaité interroger des jeunes (limite arbitrairement choisie mais pas strictement : 35 ans), intéressés par la politique. Pour leur poser des questions relatives à ce premier tour, au second, à leur regard porté sur la France d'aujourd'hui, celle de l'avenir. Parce qu'après tout, ce sont bien eux, les jeunes, qui sont l'avenir de la France. Toutes les décisions qui sont prises aujourd'hui, celles qui seront prises demain les concerneront plus que quiconque. J'ai utilisé Facebook, en particulier. J'ai posté plusieurs annonces. J'ai contacté des gens que je ne connaissais pas, mais dont le profil, les commentaires sur tel ou tel mur me semblaient intéressants. J'ai également proposé à des amis de répondre à ce questionnaire. Le résultat, vous allez pouvoir le découvrir. L'article sera vivant, il sera alimenté au fil de l'eau, à mesure que d'autres témoignages me parviendront. Il n'y aura aucun montage. Les premières réponses seront les premières à apparaître sur cette page. Un mot d'ordre pour cet article : le respect. J'espère que vous serez nombreux, contributeurs ou "simples" lecteurs, à lire ce document. Que vous prendrez le temps de lire les mots de celles et ceux qui ne partagent pas vos idées. Que vous n'hésiterez pas à interpeller ses auteurs, dans un esprit de tolérance. Il faudra bien qu'au matin du 7 mai, le peuple s'unisse autour de son président, qu'il se prénomme François ou Nicolas. Si cet article peut contribuer à favoriser la compréhension, le dialogue, en refusant tout amalgame, toute caricature... alors... mon objectif sera atteint.   Merci infiniment à toutes et à tous pour votre collaboration. Si vous souhaitez participer, n'hésitez pas à me contacter !!! En tout cas... bonne lecture ! Phil Defer   DOCUMENT

 

 

Paroles de campagne

 

Élection présidentielle, France, 2012

 

La parole aux jeunes

 

https://storage.canalblog.com/32/02/871067/75112252.png 

 (Source photo F. Hollande : nouvelobs.com
Source photo N. Sarkozy : gala.fr)

 

 

 

 

QUESTIONNAIRE

Rédigé et largement diffusé le 24 avril

 

- Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

- Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

- Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auxquels notre peuple est confronté aujourd'hui ?

- Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

- François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

- Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

- Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

- C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

- Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

 

 

 

 

REPONSES

(PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE)

 

 

 

24 avril

 

 

Ahmed Laaraj

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Bonjour, je m'appelle Ahmed Laaraj, je suis étudiant à Montpellier. Depuis tout petit je suis engagé. J'ai toujours ressenti le besoin d'être utile, d'avoir le sens du service et du devoir. Mais mon véritable éveil à eu lieu en 2007. Je n'étais même pas encore en âge de voter. La ferveur de la campagne de 2007 a fait naître une flamme en moi. Je voyais déjà à cette époque que quelque chose s'était levé et que cette chose ne s'arrêterait pas, même en moi. J'ai tout naturellement rejoint le mouvement de Désirs d'avenir fondé par Ségolène Royal où très vite on faisait la place aux jeunes. J'ai animé le comité local de Montpellier (que j'anime toujours) avant de fonder avec Myriam El Yassa (qui elle anime le comité du Doubs) le collectif des jeunes de Désirs d'avenir. Avec ce comité nous avons coordonné la campagne jeune de Ségolène royal durant les primaires de 2011. Et aujourd'hui nous le développons, et ça marche !

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Le bilan de Nicolas Sarkozy ? Y'en a-t-il vraiment? Aucune réforme n'a été accueillie favorablement par l'opinion. Tout ce que le président a entrepris n'allait pas dans le sens de l'intérêt général. Je crois que l'ère du système Sarkozy restera un accident de l'histoire.

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auxquels notre peuple est confronté aujourd'hui ?

J'ai un regard qui condamne l'état de la France et surtout ceux qui l'ont mise dans cet état, que ce soit la droite décomplexée qui tue à petit feu le service public et l'unité du peuple. Ou que ce soit le système bancaire, que les hommes politiques dans une grande couardise, ont laissé faire sans défendre le peuple qui les a mandatés pour la défense de nos intérêts communs ! Mais il n'y a pas de situation de non-retour. D'autres perspectives sont à donner, d'autres portes sont à ouvrir. Il y a des solutions pour remettre le Pays sur les rails de la croissance, de la rénovation. Il faut faire confiance en ce que j'appelle l'intelligence collective.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

Oui je vais vous le dire, avec plaisir même si ça peut convaincre d'autres de mettre le même pour le second tour (rires). J'ai voté pour François Hollande. François a fait un très bon score. Il est arrivé en tête du premier tour avec une très forte participation, j'en suis très heureux.

Pour moi ce score s'explique par 2 raisons. Les Français ont besoin de croire et de participer à de nouvelles politiques, des méthodes plus proches d'eux et des réformes (du fait de leur participation et de la prise en compte de leurs opinions) plus adaptées à leurs attentes. Ils ont besoin d'être unifiés. Les Français se sont déplacés massivement avant tout pour adhérer aux projets portés par François Hollande. Ensuite, Nicolas Sarkozy a beaucoup déçu, ses politiques ont déçu, sa méthode, son style, c'est d'ailleurs l'arroseur arrosé. Il a voulu durcir le ton de sa campagne, son quinquennat fut un échec, le tout sécuritaire, la division des Français, le débat sur l'identité nationale, la réforme des retraites, les affaires de corruption au plus haut niveau de l'État, tout cela a contribué à une poussée de Marine Le Pen, je m'en désole, Nicolas Sarkozy a été un très bon directeur de la campagne de la présidente du FN. Mais les Français ne se laisseront pas avoir une seconde fois, et je crois qu'ils se déplaceront en masse, à nouveau pour le second tour pour voter François Hollande.

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

Commençons d'abord par Nicolas Sarkozy, je ne vais pas me répéter ça sera rapide. Il n'est pas le président qu'il faut, il suffit de voir son quinquennat pour le constater.

En ce qui concerne François Hollande, ce n'était pas mon candidat aux primaires citoyennes de l'automne dernier, il a repris pas mal de propositions de Ségolène Royal comme la banque publique d'investissement, la ré-intégration de l'année de formation des enseignants, redonner les moyens à la police et à la justice pour redonner les moyens aux forces de l'autorité d'assurer la sécurité et la cohésion de groupe des Français, la mutation écologique de l'industrie, la réforme bancaire avec la séparation de l'activité de dépôt et l'activité spéculative qui sera plus encadré, la fin du cumul des mandats... et j'en passe ! Il a réussi à me convaincre. Sur le style François Hollande ne sera pas un président de l'ostentatoire, il habitera sa fonction dignement et écoutera les Français. Je crois que ce sera un président aimé des Français.

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Le message que je veux faire passer est simple, je veux m'adresser à vos lecteurs sous forme d'une question très simple : voulez-vous qu'on continue ou voulez vous qu'on change ?

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

La seule qualité que je reconnais à Nicolas Sarkozy est qu'il est bon orateur, il peut faire croire n'importe quoi. Mais après cinq ans de sarkozysme les Français ne se laisserons pas entraîner une seconde fois. Comment voulez vous qu'il nous rassemble alors qu'il n'a cessé de nous diviser. Même son propre camp il l'a divisé. Où sont Dominique de Villepin, Rama Yade par exemple sans oublier ses anciens ministres comme Hirsch, Amara, qui aujourd'hui appellent à voter pour François Hollande, qui est celui qui rassemble déjà !

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

Je la vois avec optimisme mais il suffit juste qu'on nous donne la parole. Il faut que les responsables politiques cessent de s'adresser à nous avec démagogie et infantilisation ils devraient plutôt nous responsabiliser, dans la société de demain nous devons avoir toute notre place car plus nous pourrons agir plus nous construirons une société adaptée aux générations qui nous suivront. D'ailleurs j'adresse un message à vos lecteurs, il faut qu'ils prennent part au débat, qu'ils donnent leurs idées, leurs opinions, qu'ils prennent des initiatives, qu'ils s'engagent, car sans nous la société ne vit plus ! Il faut voir les jeunes pour l’intelligence qu'ils peuvent amener aux débats et aux propositions et non pas seulement pour notre énergie même si nous en avons beaucoup à redonner ! Enfin nous, les jeunes, ne sommes pas un groupe isolé nous voulons être reconnu comme intégré à un processus normal de solidarité intergénérationnel.

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

Je voudrais clore cette interview par une citation : "Le prix de la liberté, c'est la vigilance éternelle" Thomas Jefferson

 

 

  

Jérémy B.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Jérémy B., 23 ans, étudiant en master de science de l’environnement, du territoire et de l’économie à l’université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines. Président du mouvement politique Europe – Liberté et vice-président de la section française du mouvement européen Europe Démocratie Espéranto.

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Une augmentation du chômage, une hyper-présidence méprisante et hautaine, une hausse insupportable des inégalités (des riches toujours plus riches, et de plus en plus de pauvres), des discours de plus en plus proche du Front National dans la haine et la stigmatisation de l’étranger et de l’immigré. Des ministres qui représentent très bien cette droitisation, comme Claude Guéant et Brice Hortefeux, ou encore de nouveau cadre de l’UMP comme Guillaume Peltier, ancien du FN puis du Mouvement National Républicain de Bruno Megret, et porte parole de Philippe De Villiers (MPF) aux présidentielles de 2007.

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auxquels notre peuple est confronté aujourd'hui ?

La France, et plus globalement l’Europe vont mal. Les peuples sont désespérés, n’ont plus d’espoir, n’ont plus confiance. C’est l’un de nos principaux problèmes. Comment relancer notre économie si nos concitoyens n’y croient plus…

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

J’ai voté pour Jean-Luc Mélenchon, justement parce qu’il était le seul à vouloir redonner l’espoir et la motivation nécessaire au peuple pour qu’on s’en sorte. Sa candidature, son dynamisme nous donnait l’envie de s’en sortir, de retrousser nos manches !

Concernant son score, 11,11%, il est décevant, soyons honnêtes, nous espérions tellement plus, même si un score à deux chiffres est déjà un bon score. Les resultats du premier tour révèlent deux choses, d’un côté un vote utile en faveur de François Hollande, et un vote contestataire contre-productif en faveur de Marine Le Pen. Finalement, Jean-Luc Mélenchon s’en sort bien avec 11,11%, car les discours d’Eva Joly, de François Bayrou, de Nicolas Dupont Aignan et même pourquoi pas de Jacques Cheminade, représentent probablement plus…

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

Je pense que mon bilan sur le quinquennat de Nicolas Sarkozy est assez clair pour savoir ce que je pense de lui politiquement.

Concernant François Hollande, il aura ma voix le 6 mai, mais sans trop d’espoir sur sa politique. Jean-Luc Mélenchon était véritablement le seul à pouvoir changer les choses. J’espère que François Hollande saura être à l’écoute des 4 millions d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon s'il est élu. J’espère aussi que François Hollande n’oubliera pas Jean-Pierre Chevènement, Arnaud Montebourg qui ont été de bons soutiens et qu’il prendra en compte ceux qui ont voté contre la domination de la finance en votant Jacques Cheminade. Tout cela fait beaucoup de monde, et j’espère que M. Hollande ne les oubliera pas.

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Comme je l’ai dit, je voterai François Hollande, mais je ne ferai pas campagne pour lui, je pense juste, et j’en suis même sûr, qu’il sera mieux que Nicolas Sarkozy, et que 5 ans déjà, cela a suffi à la France. Il faut savoir dire stop…

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

Les qualités de Nicolas Sarkozy… ? Il parle bien, il est dynamique, il ne compte pas ses heures...

Par contre, je ne vois pas ce qui pourrait, a l’heure actuelle, unir les Français, et cela quel que soit le prochain président.

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

Je suis politiquement de nature optimisme, le monde change vite, et il peut changer dans n’importe quel sens rapidement. Cela dépend des masses et de leurs motivations. La jeunesse, et le peuple en général peut reprendre le pouvoir, c’est une histoire de volonté. On l’a bien vu avec les grands rassemblements de Jean-Luc Mélenchon, il a su réunir des foules, avec des objectifs communs. Tout cela me rend optimiste…

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

J’ai envie de dire « retrouvez confiance en l’avenir, motivez-vous pour changer l’avenir, mais ne soyez pas naïfs, ne vous laissez pas faire, résistez ».

 

 

  

Lauréline M.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Je suis Française, j'ai 24 ans, je vis à Montréal depuis 5 ans car l'employabilité est plus facile au Canada qu'en France, ainsi que le pouvoir d'achat ! Pour 700 euros, j'ai un 70m carré avec terrasse dans Montréal ! J'arrive à travailler à temps plein (35 heures par semaine) et à étudier à temps partiel (6 heures de cours par semaine + travaux) à HEC Montreal en DESS communications marketing.

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Je tire un bilan très négatif du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Le pays surtout vit dans la peur. Les médias terrorisent la population sur les sujets de la justice, l'immigration, la sécurité. Le pouvoir d'achat est toujours aussi bas. Avec le principe de travailler plus pour gagner plus, il n'y a pas plus de travail. J'entends que pour devenir professeur on enlève les cours de pédagogie et de gestion de classe pour privilégier des Masters ! Je trouve ça ridicule et terrible pour l'éducation des jeunes et pour les futurs professeurs ! La jeunesse n'est pas prise en considération : les manifestations des jeunes contre la hausse de l'âge de la retraite auraient dû être entendues et finir en referendum ! On ne prend pas en considération le peuple et les manifestations pacifiques ne servent plus à rien, c'est un droit bafoué !

Je vais rester sur ces grands sujets mais j'aurais plein d'autres négations à écrire.

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auxquels notre peuple est confronté aujourd'hui ?

La France est très inégale ! Il y a plus de riches et plus de pauvres. Pourtant on sait que c'est la classe moyenne qui rend fort un pays. Nous sommes très nombreux pour un petit territoire ce qui n'est pas mis en valeur mais présenté comme un problème. Ce qui amène des problèmes de xénophobie. Le problème ce n'est pas la religion ou l'origine ethnique. C'est le manque de logement, l'appauvrissement de l'éducation, le manque de travail, la pauvreté qui est la vraie cause de l'individualisme et du non-respect des autres. Tout le monde pense très justement à sa propre personne car le gouvernement ne prend plus soin de lui ! Un président de la république doit être au service de tout son peuple. Il doit être à l'écoute de celui-ci aussi ! Aujourd'hui le gouvernement est sourd et aveugle, il est menteur et manipulateur en cachant les vrais problèmes.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

J'étais inscrite au Canada, et je suis en vacances de dernière minute en France donc je n'ai malheureusement pas pu voter au premier tour ! Mais j'aurais voté pour Francois Hollande. Il redonne de l'espoir. Il dit les vraies choses, il a un vrai programme ! Je suis contente qu'il ait réussi à être en tête du premier tour, mais c'est pas assez ! J'ai peur que le langage très juste de Francois Hollande soit trop "intellectuel". Les Français préfèrent que l'on leur parle de leur pouvoir d'achat et de leurs petites personnes avec un langage populaire et c'est pour cela que Marine Le Pen a obtenu un si haut score.

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

Je pense que Francois Hollande veut amener l'espoir avec une politique socialiste qui amènera vraiment le pouvoir au peuple, du mieux qu'il peut car il partira avec une France brisée. Je pense qu'il est le leader d'une très grande équipe, de personnes très intelligentes. Il sera un très bon coordonnateur et pour moi c'est le vrai métier d'un président.

Nicolas Sarkozy est comme un empereur ! Il est très charismatique mais c'est seulement un beau parleur ! Je déteste le reste de son gouvernement où les ministres sont tous plus pourris les uns que les autres. Je respecte seulement Fillion le premier ministre qui essaie de réparer les pots cassés. Je ne dis pas qu'il n'a pas essayé de redresser la France, mais il n'a pas réussi et il a aggravé les choses. Si on est pas au même niveau que le reste de l'Europe c'est que l'on était mieux que les autres avant la crise. Où est passé la France de la liberté, de l'égalité et de la fraternité ? Envolée !

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Je vais voter Francois Hollande, pour le changement, pour l'espoir, pour redonner le pouvoir au peuple et pas aux aristocrates. Pour que le Parti socialiste trouve des solutions à cette crise du peuple contre les systèmes bancaires. En votant Hollande, c'est la manifestation la plus efficace que l'on puisse faire pour changer le gouvernement. On a un droit de vote important en France puisque notre vote compte directement dans le résultat ! Je souhaite que les gens croient en la France révolutionnaire. Pourquoi ne pourrions-nous pas redevenir le pays le plus influent en Europe ? Le modèle sociale-démocrate fait déjà ses preuves dans les pays scandinaves qui sont les mieux en Europe.

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

Si Sarkozy reste au pouvoir la France deviendra encore plus faible, sans droits sociaux ! Les gens vivront mais comme aux Etats-Unis avec des très pauvres et des très riches, en espérant être dans le bon camp ! C'est triste et peut-être qu'une grande révolution, ravageuse, créera le changement avant la fin des cinq ans.

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

Je vois l'avenir de la France de façon positive si on redonne le pouvoir au peuple ! Si on redonne aux Français le pouvoir d'achat, avec l'emploi, la croissance, la gratuité de l'éducation, de la santé et de la justice ! Il faut beaucoup d'espoir et de travail d'équipe. Je crois en la jeunesse avec les médias sociaux et l'échange de l'information, de la vraie information. La génération Y, nous arrivons à un âge où nous allons pouvoir nous exprimer et être entendus dans le système capitaliste aujourd'hui ! Les 20-35ans, c'est à nous de jouer !

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

L'éducation est la plus haute des priorités à avoir. Pour la jeunesse, pour l'emploi ! Mais quand je parle d'éducation, je parle d'apprentissage d'un métier et de culture générale. Je ne pense pas qu'il faille des professeurs avec des masters ! Je ne crois pas qu'il nous faut seulement des avocats et des médecins. Il faut de tout pour faire un monde, il faut respecter les métiers et arrêter l'elitisme en France ! Il faut créer des emplois et créer un apprentissage qui y correspond. Avec des contingents ? Peut-être. En créant des écoles mixtes de classes sociales, de races et de religions, on va apprendre aux gens à se respecter. Il faut miser plus sur l'école comme une deuxième éducation aux jeunes tout en gardant les droits de liberté, égalité et fraternité en priorité. Merci de m'avoir lue !

 

 

  

25 avril

 

 

John S.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Je suis né à Paris, j'ai 24 ans et je termine mes études cette année. Je possède la double nationalité : Française et Suisse. J'ai vécu à Paris jusqu'à mes 10 ans puis ensuite durant cinq ans j'ai vécu à Londres et enfin je suis parti faire mon lycée en Suisse. Actuellement je suis installé à Londres.

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Le bilan de Nicolas Sarkozy est à première vue mitigé. Mais à y regarder de plus près il s'en tire pas trop mal. Certes, la politique sociale n'a pas été assez abordée mais vue la conjoncture actuelle la marge de manœuvres était très faible. Un président de la République doit prendre des décisions dans l'intérêt national et c'est obligatoirement impopulaire aux yeux de beaucoup de citoyens.

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auxquels notre peuple est confronté aujourd'hui ?

L'état de la France est ce qu'il est. Il y a tout dans ce pays pour en faire le pays le plus agréable du monde. Mais on a du mal a accepter les vérités, on a du mal a changer et on est beaucoup trop naïf. Notre devise en est le reflet. Il est difficile de classer par ordres d'importance les problèmes les plus graves car pour chaque individu ce ne seront pas les mêmes. Les problème sociaux qui découlent des problèmes de l'emploi sont les plus visibles. Mais c'est du côté de l'économie qu'il faut se tourner si on veut pouvoir résoudre ses problèmes. À partir de ce constat, le problème numéro un est la santé financière de notre pays. Une personne en mauvaise santé pourra toujours essayer de faire du sport, de vivre comme si de rien n'était, de travailler dur, mais elle ne sera jamais à 100% et un jour ou l'autre, le fait d'avoir laissé la maladie prendre le dessus, sera inéluctable. On doit donc mettre son amour propre de côté et s'attaquer à l'économie de notre pays avec des priorités (vouloir relancer une économie sans avoir lutté contre le déficit puis la dette est un coup d'épée dans l'eau).

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

Le 22 avril j'ai voté pour M. Sarkozy. Pour moi cette élection aurait dû être une élection économique avant tout. De ce point de vue, les extrêmes (gauche et droite) sont complétement hors-jeu. Le centre est trop « light » et peu convaincu. La gauche et son socialisme a comme vertu d'étaler la misère entre tous (ce qui, à mes yeux, n'est pas une solution viable) sans parler que tirer un pays vers le bas donne juste l'illusion que les disparités et inégalités ne sont plus (sous entendu que la situation serait devenu bonne pour tous). Puis reste la droite, qui a du mal à s'assumer, qui est trop timide mais qui de par ses relations et son intérêt pour l'économie limite la casse. J'ai donc voté pour le candidat le moins pire. L'herbe n'est pas toujours plus verte chez le voisin, pas question pour moi de me dire « allez, comme au casino, tentons l'autre candidat et qui sait... ».

Le score de Nicolas Sarkozy est logique . Il y a une « Sarkophobie » voire une cabale (sans devenir paranoïaque) hallucinante qui est bien réelle en France. Il est de toute façons plus facile de détruire que de construire, plus facile dans un contexte de crise jamais vue depuis 1929 de vouloir « changer » sans se poser la moindre questions. Les Français subissent la crise, mais ce n'est rien comparé à la Grèce, l'Italie, l'Espagne, l'Irlande, le Portugal et certains pays d'Europe de l'Est. Il y a beaucoup de candidats (trop je ne sais pas) et comme on pouvait s'y attendre en traversant cette crise, les extrêmes ont fait de bons scores. Sans parler du fait que, la finance ayant était pointée du doigt, les Français, qui ne s'intéressent déjà pas à l'économie, ont naturellement écarté le seul candidat traitant des sujets économiques avec un minimum de sérieux (i.e. le candidat UMP).

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

J'ai un oncle qui a été maire d'un petit village pendant plus de 25 ans. Je pense que malgré son âge (78 ans) il pourrait se présenter quand on voit le « bagage » de M. Hollande. En arriver à en déduire que même Mme Royal était plus sincère et se présentait vraiment en croyant bien faire pour l’intérêt du pays, comparé à Hollande, c'est dire la désillusion. J'aurais aimé DSK. Pour l'avoir eu en conférence à plusieurs reprises, c'est avec Mme Lagarde, l'homme Français le plus performant concernant l'économie. Sarkozy confirme encore une fois qu'il est toujours présent dans un tel moment, il se donne à 150%, c'est un bon orateur et ses idées sont bonnes. Mais l'homme qu'il est, est tellement détesté, qu'il ne peut tenir sa ligne de conduite. C'est dommage.

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Le 6 mai je voterai Nicolas Sarkozy. Je souhaite qu'il puisse continuer, en prenant des décisions courageuses, à maintenir à flot le pays puis à le relancer. Et surtout, cette élection est à sens unique si on est un minimum sérieux. Que ce soit en UK, aux USA, en Allemagne ou même en Chine, Hollande laisse totalement indifférent. Il sera avec Mélenchon, Joly, Sapin, Montebourg, Duflot, Royal et Aubry mis à part des décisions internationales dés que ce sera possible. Il ne leur restera que la possibilité de faire plaisir pour cinq petites années au peuple en baissant encore les 35H, en augmentant le SMIC, en recrutant à tout va des fonctionnaires dans l'espoir de redonner de l'espoir et de faire baisser de 0,1 point le chômage. Les étrangers qui sont le fonds de commerce du PS auront des droits dans l'espoir que leur nombre puisse installer durablement ce parti à l'Elysée. Je suis inquiet et c'est parce que j'aime mon pays. Je pourrais être égoïste et souhaiter (voire même voter pour) Hollande car je suis installé à Londres et pour moi tout va bien. Mais j'aime trop mon pays où tous mes ancêtres ont vécu pour faire cela. Et traverser cette crise comme cela pour au final anéantir tout les efforts consentis, ce n'est que remettre à plus tard ce qu'il faut faire.

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

Ce ne sont pas des qualités, mais Hollande montre au grand jour son côté sympathique voire comique. Sarkozy est aussi quelqu'un d'agréable mais en privé uniquement. Hollande est plus attirant car Sarkozy est desservi par un fort caractère. Bref, le candidat PS n'a à mes yeux aucune qualité si ce n'est cette apparence joviale. Même dire qu'il est gentil et ne fera rien de mal n'est pas possible vu les systèmes qui sont mis à jour au fur et à mesure par la justice française concernant le Parti Socialiste. Et puis il suffit d'aller discuter avec des anciens d'HEC Paris pour comprendre que si Hollande n'a jamais rien entrepris si ce n'est aller derrière Mitterrand quand le vent tourné, ce n'est sûrement pas maintenant, avec une future responsabilité si lourde, qu'on peut s'attendre à un changement.

Je ne suis pas politicien et il y a bien longtemps que j'ai compris que, hormis ses missions régaliennes, la politique est au service de l'économie, de la finance, du « business ». Je ne vois pas ce qui peut unir tous les Français si ce n'est l'envie d'un pays meilleur (qui comme je l'ai déjà dit plus haut possède tous les atouts pour être un pays fabuleux). Le problème est qu'il faudrait penser à l'avenir, et en élisant un socialiste alors que le plus dur va peut être se retrouver derrière nous, je repense inévitablement à Mitterrand, à Jospin, qui dans des périodes propices n'ont rien fait pour assurer un minimum l'avenir. Je redoute des cadeaux qui se révéleront nocifs. Protéger le futur d'un système social envié dans le monde entier ne passe pas par le rendre encore plus élastique et dépensier.

Seule l'envie de réussir, d'entreprendre et d'évoluer pourra tirer la France vers le haut. Au final c'est sûrement au peuple et au peuple seulement que revient la lourde tâche de relancer « la machine ». Et malgré les différences je veux croire que c'est possible.

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

Il faut toujours être optimiste sans jamais se voiler la face. J'ai passé des mois dans des salles de marchés à me former, j'ai été au plus près de ce monde décrié qu'est la finance en pleine période de crise. L'esprit critique est ce qui manque aux anglo-saxons et c'est ce qui pénalise les Français qui en ont trop. Le juste équilibre c'est de croire en l'avenir de la France tout en gardant à l'esprit qu'il faut être exigeant. Beaucoup de bonnes idées existent en France mais elles sont mal exploitées. Il faut un cadre souple et flexible avec des contreparties qui ne donnent pas le sentiment d'être puni quand on réussi. Le monde est en perpétuelle évolution, nous ne sommes pas seuls et même si l'Europe m'inquiète il faut résoudre ce problème pour ensuite aller de l'avant. On est sévère avec notre pays mais je sais qu'on est loin d'être les plus en danger.

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

Pour conclure je saluerais votre initiative qui en laissant la parole librement à des citoyens du monde entier permet d'avoir un regard différent sur divers sujets. Le savoir est une arme et s'enrichir permet de la recharger.

 

  

 

Laura C.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Laura, 23 ans, actuellement en licence pro métiers de l'immobilier, et envisageant de poursuivre en master 1 puis de me tourner vers le métier d'huissier.

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Au niveau étudiant, une baisse drastique des bourses (malgré l'instauration du 10ème mois) et ce sans changement de ressources au niveau du calcul de la bourse. La réforme de l'université qui n'a rien changé.

Au niveau général, des réformes impopulaires mais, je pense, nécessaires (retraite...).

Une assez bonne présence à l'international.

On a globalement mieux réussi à surmonter la "crise" que nos voisins.

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auxquels notre peuple est confronté aujourd'hui ?

Très clairement, nous sommes en difficulté (chômage, logement...). Le problème le plus grave est bien évidemment le chômage en général. Au niveau des jeunes on le ressent bien (bac +5, trop qualifié, bac+3, pas assez... et quand on a le diplôme il faudrait 10 ans d'expérience pour être pris...). Au niveau des seniors également le problème est de taille.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

J'ai voté pour Marine le Pen. Elle réalise un bon score. Je me bats au quotidien pour affronter les clichés du militant "tout sauf FN" de base tels que "t'es raciste" (ah ? y'a des races chez l'être humain ? je savais pas) etc... Le "vote contestataire" n'est pas mal non plus... Le "parti facho" encore plus : s'il est si facho que ça, pourquoi n'est-il pas interdit ? Le front de gauche, les drapeaux de l'URSS et le retour du communisme, qui a fait plus de 50 millions de morts, ça choque personne, par contre... Bref, je reprends !

La campagne n'a pas été très intéressante dans son ensemble, les faux débats organisés à la télé étaient une blague... On nous prend vraiment pour des imbéciles.

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

L'un est trop mou et incapable de prendre des décisions claires (Hollande), l'autre retourne sans arrêt sa veste et enchaîne les énormités ("Je n'ai pas baissé les bourses", "Le FN faut pas cracher dessus, mais je vais quand même dire aux électeurs de voter pour moi"). Hollande n'a clairement pas la stature pour gouverner le pays (le New York Times le dit aussi, c'est pas non plus Gala quoi...)

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Je ne voterai pour aucun des deux car ni l'un ni l'autre ne représente ce que je pense. D'ailleurs, les (ex) candidats qui donnent des consignes de vote ne sont, à mon sens, pas dans leur rôle : les électeurs peuvent choisir seuls !

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

Une qualité chez Hollande ? Il a maigri. Rien ne peut unir des gens fondamentalement opposés politiquement (front de gauche : tu ne votes pas Mélenchon, je te dénigre, etc). Les législatives permettront peut-être de dégager une majorité.

La lutte contre le chômage peut éventuellement intéresser tout le monde.

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

J'aimerais la voir avec optimisme, mais ce n'est pas possible.

Le taux de chômage des jeunes diplômés est aberrant (cela sera sans doute pire avec Hollande), on nous demande un bac+5 et 5 ans d'expérience alors qu'on sort de formation ! Et quand bien même on a le bac +5, on nous sort qu'on est trop qualifiés. Le monde de l'entreprise devrait être en vrai contact avec les instances s'occupant des programmes de la fac afin de faire des programmes cohérents. ("histoire de la pensée" en fac de droit, c'est une matière qui va beaucoup servir dans le monde du travail...)

Il faut redorer le blason des formations qu'on dit "pour les nuls", comme les CAP, BEP, bac pro... Ces formations sont demandées, à juste titre, car on manque de main d'oeuvre. Il n'y a pas de sot métier. L'apprentissage à 14 ans est pas mal dans le sens où des gamins qui n'aiment pas l'école pourraient être "cadrés" par le monde de l'entreprise et faire quelque chose de plus vivant que de suivre des cours.

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

Baaah... Votez, pour qui vous voulez, mais votez !

 

 

 

Morgan B.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Morgan B., étudiant, 20 ans.

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy est très bon par rapport à nos voisins européens ! Nous sommes, après l'Allemagne, le pays européen qui s'en est sorti le mieux de ces crises sans précédent. Nicolas Sarkozy a démontré sa force, sa détermination, son courage et sa lucidité ! Le Président de la République a oxygéné notre pays notamment dans les comptes publics, première fois depuis 30 ans que l'on vote un budget qui diminue.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

Le 22 avril 2012, j'ai évidemment voté pour Nicolas Sarkozy. En effet, c'est le seul candidat capable de redresser notre pays, le seul qui a une expérience solide, une expérience de crise. Oui Nicolas Sarkozy sait faire face à une crise.

Son score du 1er tour est très positif ! Certes il n'est pas en 1ère position mais l'élection présidentielle en France ne se fait pas sur 1 tour mais bien sur 2. Attendons donc le 2ème tour pour tirer une conclusion.

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

Je pense que François Hollande est un candidat alors que Nicolas Sarkozy est un Président-candidat. Cela change tout ! On a deux figures : une qui a déjà été plusieurs fois ministre et qui a été élu Président de la République, et puis une seconde figure qui masque son bilan calamiteux de la Corrèze ! Eh oui, François Hollande est le Président du département le plus endetté de France. Depuis qu'il préside ce département, la dette a augmenté de 25%, les taxes ont doublé, etc. Bref François Hollande ferait mieux de se taire quand il parle du bilan de Nicolas Sarkozy. Il oublie que celui de son adversaire est positif comparé à son bilan corrézien.

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Le 6 mai je voterai assurément pour Nicolas Sarkozy car il faut choisir entre une France forte et une France molle. Je préfère la première.

Tous ceux qui sont indécis, toux ceux qui ont voté Marine Le Pen, toux ceux qui souhaitent voter blanc, tous ceux qui souhaitent voter François Hollande, je les invite très vivement à bien réfléchir avant de voter. Voter ce n'est pas choisir sa baguette de pain chez son boulanger, c'est choisir son Président de la République pour 5 années. Méfiez-vous ! Dites oui à 3 débats entre Nicolas Sarkozy et François Hollande parce que les débats permettent aux Français de délimiter celui qui est le plus habile pour gouverner la France.

 

 

 

26 avril

 

 

Mederic P.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Je suis un lycéen de la région parisienne passionné d'Histoire.

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Un bilan plutôt négatif même s'il est marqué par de bonnes réformes et que la crise atténue la responsabilité du Président.

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auxquels notre peuple est confronté aujourd'hui ?

Une France incapable de s'adapter à la mondialisation à cause d'une fonction publique pléthorique, des syndicats contre-productifs voire nocifs et une démocratie qui devient petit à petit plus pourrie.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

J'aurais voté pour le candidat Nicolas Sarkozy ou le candidat François Bayrou. Je suis plutôt content du score de Nicolas Sarkozy bien que déçu qu'il fasse moins que François Hollande. Je suis aussi déçu par la faible adhésion qu'a suscité François Bayrou alors qu'il défendait des thématiques fondamentales comme la dette. En général, les scores élevés des extrêmes m'inquiètent même si je suis sastisfait que les voix se portent plus à l'extrême droite qu'à l'extrême gauche.

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

François Hollande est dans la position inconfortable du remplaçant et son inexperience est inquiétante. Il fait aussi preuve de mauvaise foi dans sa critique du bilan du Président Sarkozy alors que la dette de son département a explosé dans les mêmes proportions que celle de la France. Nicolas Sarkozy a le tort d'avoir un côté très "bling-bling" mais c'est surtout sa façon de parler qui me dérange par son côté un peu ridicule. Pourtant il entreprend des réformes qui vont, selon moi, dans le bon sens même s'il va très rarement au bout de celles-ci.

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Si je pouvais voter, je voterais sans hésitation Nicolas Sarkozy pour faire barrage à François Hollande à cause de son inexperience mais surtout à cause de la ligne politique du PS qui reste très "bolchevik" et qui se trouve beaucoup trop éloignée des sociaux-démocrates européens. En outre, la situation actuelle requiert un président avec une bonne entente Franco-Allemande et une ligne politique claire avec les autres dirigeants européens. Je suis aussi séduit par de nouvelles propositions comme la réforme de la formation pour les chômeurs ou la TVA sociale.

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

J'ai noté récemment une phrase de Hollande qui disait qu'il fallait flexibiliser le marché du travail, j'ai été en outre agréablement surpris par le début d'interêt pour la compétitivité des entreprises même si ses propositions ne m'ont pas convaincu. Je note aussi qu'il a tendance à faire des compromis entre les différents partis bien qu'il ait plutôt tendance à ne pas agir et à rester dans le statu quo.

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

J'imagine l'avenir de façon plutôt pessimiste car la fuite des cerveaux et des riches à l'étranger risque d'être une vraie catastrophe pour la France. Et puis elle a déjà dû subir des décisions catastrophiques comme les 35h ou la retraite à 60 ans. Je n'imagine pas non plus François Hollande appliquer son programme et j'ai très peur que ce soit les marchés qui finissent par dicter notre politique comme en Grèce ou en Espagne.

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

C'est la première campagne que je suis, et c'est vraiment une déception pour moi, surtout la primaire socialiste qui renforce la bipolarisation de la politique française ou l'absence d'affrontement sur le fond des sujets.

 

 

 

Julien H.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

J'ai 23 ans, j'ai grandi en province, dans une famille de la partie inférieure de la classe moyenne, qui vote traditionnellement pour le PS. J'ai obtenu une licence inutile, j'ai un boulot alimentaire à Paris et je galère tous les jours avec les RER. Je cherche à intégrer une autre formation, dans l'espoir d'avoir plus d'avenir. Côté politique, ado j'étais très intéressé, aujourd'hui le mot qui correspond est "désillusion".

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Un bilan plutôt négatif. Toutes ses décisions et réformes n'étaient pas mauvaises, mais il a mérité son impopularité, entre sa politique agressive, ses mensonges, son culte de la performance, les fausses solutions apportés par sa majorité, sa surexposition médiatique et compagnie. Je n'ai pas l'impression que toutes ses décisions aient été faites dans l'intérêt de la France.

Il n'a pas seulement continué à ruiner la France comme ses prédécesseurs, il a cassé ses institutions, surtout éducatives et culturelles, des institutions particulièrement importantes au bien-être d'une nation selon moi.

Et puis j'ai le sentiment que ses ministres ne servent à rien, qu'il donne les ordres et que les autres obéissent comme des gentils toutous. D'ailleurs, la longue partie de chaises musicales qui a eu lieu entre les ministères renforce cette opinion. Ce n'est pas ce que j'attends du Président de la République Française.

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auxquels notre peuple est confronté aujourd'hui ?

La misère grandissante (matérielle et culturelle) et la xénophobie (exacerbée par la misère, les médias et la politique de M. Sarkozy), qui empêchent toute "unité nationale".

Il n'est pas normal que dans un pays développé certains renoncent aux soins, n'aient pas de logement, ne puissent pas se nourrir correctement,...

Je suis métis mais je suis né et ai toujours vécu en France (métropolitaine). Quand j'étais gamin, j'entendais parfois parler dans mon dos et je sentais les regards. C'était malsain parce que les gens se cachaient à moitié, mais aujourd'hui c'est limite une fierté pour certains Français d'être xénophobes, même s'ils n'ont absolument aucune raison personnelle de l'être.

Ça contraste avec la beauté de notre pays et la qualité de notre cuisine.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

J'ai voté pour Eva Joly, qui a réalisé un score ridicule (sans surprise, pour diverses raisons). Je n'étais pas d'accord avec tous les points de son programme mais dans l'ensemble ça me plaisait bien. Pour moi, elle est la seule candidate qui semble avoir des principes et qui a l'air sincère dans sa démarche.

J'aurais voulu voter Hollande, j'espérais qu'il dirait ou ferait quelque chose qui me convaincrait, mais ça n'est pas arrivé. Le personnage ne me plaît pas (les autres candidats non plus d'ailleurs), j'aurais préféré DSK ou Martine Aubry. Alors j'ai voté pour ce qui me semblait juste.

Ce premier tour a été sans surprise. À peu de choses près, les sondages nous l'avaient annoncé, ce qui me fait questionner la légitimité des sondages en période électorale.

Je suis assez inquiet des scores de l'UMP et du FN. Je ne comprends pas un tel choix. A moins d'être militant d'un de ces partis, ça n'a pas de sens. L'UMP de M. Sarkozy est une droite dure, dont les propos se rapprochent de ceux du FN (il le prouve encore ces derniers jours). Pendant ce temps, le FN joue sur le terrain de la gauche (temps de crise oblige), tout en gardant ses idées rétrogrades.

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

À mon avis, leurs motivations ne sont pas les bonnes, et ils se ressemblent plus qu'il n'y paraît. Mais Nicolas Sarkozy a fait son temps, et déjà Ministre de l'Intérieur il me donnait de l'urticaire. François Hollande doit encore faire ses preuves.

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

François Hollande. Aujourd'hui Sarkozy joue la victime, l'homme volontaire et bienveillant, mais ce n'est pas ce qui transparaît de son mandat.

La France a besoin de changement, de courage politique. Voter pour François Hollande, c'est donner enfin à la gauche les moyens de montrer de quoi elle est capable. On lui a reproché, à tort ou à raison, son inefficacité, mais cela fait 10 ans que nous avons un gouvernement de droite.

Et on aura beau me dire que François Hollande a ruiné la Corrèze (déjà ruinée avant lui), je pense que le contexte économique et la différence de statut l'obligera à la prudence et à s'appuyer sur des personnes compétentes en la matière, qu'elles soient plutôt de droite ou de gauche. Ce n'est pas une question d'"ouverture" mais plutôt de patriotisme, et c'est d'ailleurs le vrai rôle d'un Président de la République : placer les bonnes personnes au bon endroit dans l'intérêt du pays.

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

Je suppose qu'on peut lui attribuer des qualités en matière de leadership et des talents de comédien (donc il s'adapte bien pour communiquer), mais j'ai du mal à imaginer une quelconque unité des Français dans un futur proche (ou même dans cinq ans).

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

Je suis plutôt inquiet. Si on continue comme ça, on fonce droit dans le mur. Mais je continue d'espérer que ça s'arrange et c'est pour ça que je vote.

Il y a beaucoup à faire. Il faut que nos gouvernants fassent preuve de courage politique, qu'ils assument toutes leurs responsabilités, tous leurs devoirs, qu'ils arrêtent de nous donner des leçons qu'eux-mêmes ne suivent pas. Il faut qu'on mette un peu d'éthique dans la politique d'aujourd'hui, qu'on arrête de se complaire dans notre situation en brandissant notre prestige passé. Il faut sortir du système binaire droite/gauche, UMP/PS, et avoir le courage de chercher de vraies solutions alternatives. Aujourd'hui il nous faut un État prudent mais interventionniste, tout en ne tombant pas dans le nationalisme parce que la donne a changé (un équilibre complexe, j'en conviens).

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

Dans une crise, on peut se laisser tomber ou se relever. Si nos dirigeants ont des devoirs envers nous, nous nous devons de leur montrer la voie à suivre (et pas en faisant tout le temps des grèves ridicules ou des votes de protestation inconscients).
L'éducation est essentielle au bon équilibre d'un pays, elle donne à chacun une chance d'aller plus loin, d'être épanoui, elle réduit (autant qu'elle peut) les inégalités.

Je déplore aussi l'absence de l'écologie dans ce premier tour. Je comprends que d'autres difficultés occupent les Français aujourd'hui – j'en ai moi-même –, et en toute honnêteté je ne suis pas un bon petit écolo parce que nos dirigeants ne montrent pas l'exemple, mais je suis convaincu que c'est un problème urgent, qui, s'il est traité comme il se doit, peut apporter des solutions à d'autres problèmes que nous rencontrons aujourd'hui.

Nous avons un pays tellement beau, il serait dommage de tout gâcher.

 

 

 

27 avril

 

 

D. Binh L.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Je m'appelle D. Binh L., 27 ans, célibataire. Je suis vietnamien de naissance et je suis venu en France en février 1992 grâce aux regroupement familial. Je suis consultant IT (ingénieur en informatique) dans une entreprise spécialisée en progiciel pour la finance d'entreprise et en hébergement d'applications. Je viens de Lyon mais je travaille à Paris. J'ai étudié à Lyon, Grenoble et enfin Paris. Bien que je pratique un métier très technique, je m'intéresse beaucoup à l'histoire, la politique, l'actualité économique et sociale de manière générale.

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auxquels notre peuple est confronté aujourd'hui ?

Je dirais qu'il n'a pas tenu ses objectifs et ce dans beaucoup de domaines. Pour l'économie, je peux pas vraiment lui en vouloir avec la crise mais pour le reste ce ne sont que des effets d'annonces sur le moment. Je n'ai pas vraiment vu mis à part une réforme des retraites extrêment molle un projet sur le long terme mais surtout ambitieux. Si on prend par exemple un domaine dont je suis particulièrement renseigné : l'enseignement supérieur, les réformes de Pécresse ne vont pas du tout dans le bon sens et on sent le gouvernement prêt directement à se coucher face à la pression des syndicats. Donc aucune mesure néessitant beaucoup de courage comme la remise en cause de l'accès sans sélection à l'université, le travail monstrueux à faire sur l'orientation des jeunes et sur les conseillers d'orientation et bien sûr le besoin de réformer les méthodes d'enseignement. Pourquoi en France, les gens sont aussi nuls en orthographe, en Anglais alors qu'il suffit de franchir la frontière pour voir comment les pays voisins n'ont pas ce problème mineur. Un aussi grand et puissant pays avec des problèmes aussi absurdes, cela ne présage rien de bon pour le futur de la France.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

Je n'ai pas pu voter car j'ai un problème au travail enchainé par des problèmes de transports, dont le résultat est que je n'ai pas pu retourner à Lyon pour voter. Mais sinon j'allais voter François Bayrou. Pourquoi ? Simplement, pour moi, son programme économique semble être le plus crédible avec une diminution drastique des dépenses. C'est le seul candidat qui insistait sur le mot "EFFORT". Oui, les autres candidats pour moi ne disaient que ce que les gens voulaient entendre sans prendre en compte la réalité. Bayrou fait aussi du populisme comme tous les politiciens de métier mais c'était le seul pour moi qui proposait un programme qui imposait aux Français de vraiment faire des efforts. Je pense donc que c'est la principale raison pour laquelle il n'a pas fait un très gros score.

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

Deux politiciens de métier. Hollande est quasiment aussi hypocrite que Sarkozy dans son discours. Lui qui dit qu'il n'aime pas les riches alors qu'il touche 30K/mois, qui accuse Sarkozy de dîner au Fouquet's alors qu'il va manger une salade à 150€... Et qui entre les deux tours prend le TER... Il cherche donc à se construire une image de citoyen moyen alors qu'il n'a, à ma connaissance, jamais travaillé dans le privé et est dans la classe la plus aisée.

Sarkozy est la personne qui ne réagit qu'à l'instant présent, selon les faits divers de manière générale. Sans compter le fait qu'il magouille pour ses amis sur le dos de l'État (mais ça à la rigueur n'importe qui le fait). Non, son principal défaut est qu'il énonce le problème, mais ne propose qu'une réformette et des lois qui ne servent à rien. Les exemples les plus frappants sont les propositions qu'il fait sur le tas après des faits divers comme à Grenoble. Bien sûr rien n'est fait derrière, il n'y a que l'effet d'annonce.

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Vote blanc sûrement mais ce n'est pas encore définitif. Pourquoi ? La réponse se trouve dans mon opinion des deux candidats. Entre une personne président du département le plus endetté de France et qui se permet de donner des iPads à des collégiens (en tant qu'informaticien quand je vois ça c'est assez choquant mais bon le nombre d'articles ou d'histoires sur les gaspillages de l'argent public...) et une autre pas capable d'assumer ses choix et qui change d'avis comme de chaussettes...

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

Aucun des deux ne peut réunir les Français. Il y a un tel anti sarkozisme primaire sur l'extrême gauche qu'il ne pourra pas rassembler tout le monde. Pour Hollande, le PS est associé à tort ou à raison à l'antinationalisme donc il ne pourra convaincre les gens à droite de la droite de manière générale.

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

Plutôt pessimiste. Il y a, dans ce pays, un vrai manque d'adaptation par rapport au monde. Je pense que les gens ont tellement été bercés par l'état providence qu'ils n'acceptent pas du tout de voir la réalité en face et chacun campe sur sa position rendant les réformes très difficiles (éducation nationale, santé, retraite, etc.). Moi qui ai vu la vraie pauvreté au Viêt-Nam, je pense que les gens devraient voyager davantage afin de prendre conscience des efforts à faire.

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

Je dirai que je suis extrémiste ou plutôt conservateur dans le genre Eric ZEMMOUR. Je suis en partie d'accord avec ce qu'il dit (pas économique mais surtout dans son analyse sociale). J'attache de l'importance aux valeurs traditionnelles au niveau de mon mode de vie mais surtout à la logique qu'il y avoir dans notre société. Il y a un modèle qui dure depuis des siècles et qui a plutôt bien marché, pourquoi tout remettre en cause pour des futilités...

Quand je vois qu'Hollande dire que le mariage et l'adoption pour les homo est une priorité, on voit le niveau de la campagne.

 

 

 

28 avril

 

 

Cédric B.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Bonjour, je m’appelle Cédric B., je suis étudiant dans la Loire. J’étudie dans le domaine de la programmation informatique. Le vote est un acte citoyen et il est pour moi important de voter. On devrait même le rendre obligatoire comme en Belgique. Le vote est le moyen de s’exprimer et de choisir celui à qui on accorde notre confiance. La politique me déçoit un peu car je trouve que les politiciens promettent beaucoup pour au final ne rien faire, ou agir pour leurs propres intérêts.

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy a certes fait augmenter la pauvreté en France, mais il a plutôt bien géré le pays face à la crise. Il s'est beaucoup intéressé aux riches. En 2007 il avait piqué les idées principales du Front National mais au final qu’a-t-il fait… Pas grand-chose.

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auxquels notre peuple est confronté aujourd'hui ?

Je trouve que la France est en danger, qu’elle s’éloigne de plus en plus et qu’on la perd. Notamment sur une partie de la population d’immigrés musulmans qui insultent les valeurs de la République. La France est aujourd’hui un pays d’assistés. Si on vient de l’étranger et qu’on vit en France la moindre des choses serait de la respecter et de respecter les citoyens qui y vivent. Alors, quand on voit par exemple des gens cracher sur le drapeau français ou le brûler... Je pense même, pendant cette élection, à une image lors d’un meeting de Jean-Luc Mélenchon, où l'on a pu voir un drapeau algérien à la place d’un drapeau français. Je trouve cela vraiment déplacé. Ils veulent qu’on les respecte, mais avant qu’on les respecte, qu’ils commencent déjà par respecter les Français avant de dire qu’on est raciste, car c’est bien eux les plus racistes. Qu’on nous oblige par exemple à prendre leurs habitudes alimentaires notamment dans les cantines scolaires avec le soi-disant « HALAL », je trouve ça vraiment dégueulasse, on est en France et NON en ALGÉRIE. Le problème le plus grave actuellement, c’est l’identité nationale et résoudre le trop plein d’assistanat. J’ai fait un voyage aux États-Unis et j’ai réellement vu la différence de mentalité. Là-bas, ils sont patriotes, ils respectent leur pays. Ici, rien de tout ça. Je suis pour un système similaire au leur. Tu travailles pas, t'as rien. Tu travailles, t'as tout. Ici, tu travailles pas, t'as tout, et tu gagnes même plus que quand tu ne travailles pas, j’aimerais que cela change.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

J’ai voté pour Marine le Pen car je pense qu'elle est la seule à pouvoir relever le pays, le réveiller. Faire en sorte qu'il y ait une égalité réelle en France. Son score est historique mais je pense et j’espère que d’ici dix voire cinq ans on ait un parti d’extrême droite au pouvoir, pour faire un énorme boulot.

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

Sarkozy = Français Riches
Hollande = Français Pauvres et augmentation de l’assistanat et donc de Français flemmards

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Sincèrement pour moi c’est soit Sarkozy soit vote blanc. Hollande je ne pense pas qu’il soit assez fort mentalement pour être président. Peut-être que je me trompe. Aucun des deux ne me va.

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

Sarkozy est un beau parleur. Il y a des idées de François Hollande qui me plaisent mais est-ce qu'il faut prendre le risque pour autant ? Cinq ans, ça peut être très long et on peut s’en mordre les doigts. Ce qui peut unir les Français c’est la Justice, le développement du patriotisme. Le respect du français.

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

Personnellement, j’espère que cet avenir sera positif... mais bon seul l’avenir nous le dira.

 

 

 

Clément C.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Clément, 18 ans, militant PS, défendant Valls a la primaire, pour une union libérale et républicaine.

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Sarkozy, élu par le peuple, il sortira par le peuple... Bilan : c'est les profondeurs abyssales, mauvais et sans aucun progrès.

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auxquels notre peuple est confronté aujourd'hui ?

La France va mal, mais elle se débrouille grâce a une force des mouvements sociaux extraordinaire. Le plus grave problème reste la suppression d'un fonctionnaire sur deux, surtout dans les domaines de la santé et de l'éducation.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

J'ai voté Hollande. Le score est historique.

Le danger n'est pas Marine, le danger n'est pas le FN, le danger c'est les discours de haine qui sortent de la bouche de républicains qui pourtant luttent contre le fascisme et le racisme !!!

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

Hollande n'est pas le messie, c'est pas Cheminade, mais Sarkozy c'est pas un génie, il faut le sortir...

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Il faut voter Hollande pour deux raisons simples, Sarkozy c'est la suppression d'une semaine de congés payés, et la diminution des aides sociales. Il faut de l'argent pour vivre et consommer. La consommation, c'est la clé de l'emploi.

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

L'unification c'est les législatives. Le Front de gauche et les forces de gauche devraient faire liste commune pour lutter contre le FN.

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

Hollande c'est la solution a court terme, il faudra bien penser a sécuriser les marchés sans les affaiblir. Hollande le fera, mais il faudra y être plus fort et il n'aura pas le temps. Valls devra prendre le relais pour rétablir en quinze ans la France détruite par vingt-cinq ans de droite.

 

 

 

29 avril

 

 

Boris Y.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Je suis étudiant en Master 2 d'Architecture à Paris, je viens toutefois de "la province" comme on dit ici. J'ai vécu dans le sud la plus grande partie de ma vie. J'en garde un certain attachement...

J'aime le sport et j'ai peu de patience pour la masturbation intellectuelle qu'on pratique dans les écoles d'architecture.

Dans la vie, j'ai toujours eu le cul entre deux chaises, je n'ai pas vécu dans une cité, mais j'y ai étudié jusqu'au bac... Avec ma mère, nous ne roulions pas sur l'or, jusqu'à ce que j'hérite à 18 ans et qu'elle atteigne la retraite, j'ai vécu à Paris jusqu'à 8 ans puis j'ai déménagé dans le Sud, ma mère m'a poussé a faire une carrière universitaire mais moi ce que j'aime c'est le sport, pas vraiment riche, pas vraiment pauvre, pas vraiment du sud ni du nord, mi intellectuel mi prolo...

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Un bilan catastrophique à tout les niveaux, en dehors du service public français dont les réformes ne sont pas encore pleinement visibles (la réforme sur les universités, sur le système de santé).

Il a fait des choix stupides sur le plan géopolitique : l'engagement en Afghanistan et en Irak sont incompréhensibles !?

Ce qu'on retient c'est surtout le brouhaha médiatique sur chacun de ses faits et gestes mais surtout l'impunité dans laquelle il agit, entre les scandales Bettencourt, Takiddine, l'affaire de l'EPAD ou encore le renvoi de Porte et Guillon... Rien ne semble le toucher, c'est l'expression même de l'impunité.

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auquel notre peuple est confronté aujourd'hui ?

À mon sens, la dette publique, et le monopole des banques privées (et donc des marchés) sur la dette publique puisque la loi interdit aux états d'emprunter directement à la BCE.

La dette, c'est ce qui grève le budget de l'État, c'est qui nous pousse à augmenter les impôts et réduire le service public.

L'immigration, c'est un problème mineur qui pourrait être réglé facilement avec un peu de volonté publique mais qui occupe une place majeure sur le plan médiatique, l'inverse de la dette quoi...

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

Pas de problème, j'ai voté Mélenchon, sans illusion (je ne suis pas communiste), j'ai voté anti-système, parce que l'UMP et le PS sont deux "machines à élections" corrompues (affaire Guérini, DSK, Frêche). Son score m'a beaucoup déçu car cela montre que les préoccupations des Français ne sont pas sur la dette mais sur d'autre chose, des mesure "bouche trou".

Si je ne connaissais pas le "passé raciste" du FN, j'aurai très bien pu voter pour eux. D'ailleurs ça m'énerve beaucoup quand on tape sur le FN, l'UMP et le PS sont (très) loin d'être au dessus de tout reproche.

Le problème c'est que la gauche ne veut pas régler la question de l'immigration, et la laisse à la droite (en général), c'est ce qui explique le score de Le Pen au premier tour. Il est clair qu'il faut s'attaquer à l'immigration clandestine, on ne peut plus accueillir autant que pendant les Trente Glorieuses, ou alors, aux dépens de notre système public (éducation, santé, administration).

Les gens qui sortent le discours anti-raciste paternaliste, ils habite rarement à Aubervilliers, Trappes, ou d'autres villes ou quartiers sinistrés... ils vivent dans leur bulles où tout le monde est gentil, la réalité est plus complexe...

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

Un génie médiatique et un homme de l'ombre qui se retrouve par hasard sous les projecteurs... Des fois, je me demande pourquoi mes amis de droites sont tant hostile à Hollande, il ne propose rien de fou, c'est presque un programme de centre droite...

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Je ne pense pas voter, par conviction.

Honnêtement, je pense que ce qui pourrait arriver de pire à Sarko (voir Marine), ce serait de se retrouver au pouvoir, avec le bilan qu'il se taperait en dix ans, on retrouverait peut-être une vrai gauche dans cinq ans. Moi Sarko ne me fait pas peur, il ne pourra jamais mettre en place ce qu'il annonce, sa campagne est devenue une vente à la criée...

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

Sarko ? Un très bon orateur (moins que Mélenchon) et un génie médiatique... La fameuse phrase parlant de passer "la racaille au Kärcher", c'était un coup de génie, il a dit tout haut un mot que les hommes politiques n'osaient pas prononcer mais qui était entré dans le langage commun depuis dix ans...

Les Français sont unis, ils suffit d'un match de coupe du monde gagné pour que tout d'un coup, tout le monde soit Français et fier de l'être, qu'on oublie les différence sociales ou "ethniques". On est unis dans la douleur de la crise et ce n'est pas le discours plein d'amalgame du FN/UMP qui prouvera le contraire. Après, je suis d'accord avec la droite quand elle dit qu'on donne la nationalité française trop facilement. Si on écoute "la gauche" il n'y a que 5% d'immigrés en France mais si on prend la définition de l'ONU, on atteint 11%. Le droit du sol est une belle chose, mais cela devient ingérable...

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

Je suis très pessimiste et je pense m'expatrier, quand je vois le salaire de mes amis diplômés après cinq ans d'études, je peux vous dire que je ne travaillerai pas pour le smic avec un bac+5, alors qu'en Suisse ou au Canada, on touche deux fois plus... Je parle anglais couramment et allemand un peu, je compte bien m'en servir.

Sarko nous a vendu le contrat auto-entrepreneur, dans ma branche, beaucoup de jeunes l'utilisent, ça permet aux agences de réduire leur charges sur leurs employés, certains disent que c'est mieux que le chômage, seulement, quand on est auto-entrepreneur, on n'y pas droit justement, au chômage...

Moi je suis protectionniste, pas forcément par rapport à l'immigration mais surtout par rapport à l'industrie et l'agriculture, quand les paysans en sont à décharger les camions qui remontent d'Espagne pour montrer qu'ils n'en peuvent plus, il y a un problème. Moi, que l'industrie aéronautique française s'effondre, je m'en fous, c'est pas Dassault qui fait manger les Français...

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

Je pense que le système politique actuel est arrivé à bout, pourquoi les extrêmes font-ils un score aussi grand sinon ? Les gens en ont marre de voir scandale sur scandale sans aucunes conséquence.

À ma connaissance, pas un seul homme politique n'a fait de la prison (ferme) depuis le début de la 5ème république, de l'affaire du sang contaminé à Charles Pasqua en passant par Chirac et d'autres, pas un seul n'a fait un jour de prison, ils sont mis en examen, condamnés à des peines avec sursis puis remis dans le système politique (Juppé, Hortefeux, et j'en passe... DSK prochainement probablement).

La politique est devenue un grand cirque médiatique qui tourne au ridicule, il ne faut pas se méprendre, les gens en sont conscients, mais qui a le temps de changer les choses ? Il y a 10% d'abstention en moins pour ces élections, mais ces voix ne sont allées ni au PS ni à l'UMP... Ce sont les voix de la contestation.

La prochaine étape, c'est l'arrivée du FMI dans nos finances comme en Grèce, ça me fera peut être rire jaune... je ne sais pas encore.

Je voudrais vous remercier de m'avoir donné la parole, à mon sens, c'est avec la presse indépendante, les blogs et les nouvelles technologies que les choses changeront, l'important pour moi, ce n'est pas de changer le système politique mais de donner conscience de la réalité de l'état de notre pays.

 

 

 

1er mai

 

 

Vincent B.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Bonjour, je suis un auvergnat de 26 ans, expatrié dans la région Rhône-Alpes depuis déjà cinq ans. Je suis actuellement à la tête d’une équipe de vingt personnes dans les secteurs de l’action sociale et du logement au sein la fonction publique territoriale.

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

En cette période de crise, il est vrai que les chiffres sont assez durs avec Nicolas Sarkozy. Toutefois, lorsque je tire le bilan de nos voisins européens et de la situation américaine, je constate que la politique de Sarkozy a limité la casse. De plus, dans un monde dans lequel les équilibres changent (montée en puissance de l’Asie, fin de l’hégémonie américaine, Printemps Arabes, poussée du terrorisme, percée de tous les extrêmes…), Sarkozy a montré une « France Forte », intransigeante avec le terrorisme (FARC, AQMI...), soutien du réveil démocratique des peuples (Libye, Syrie, Egypte, Tunisie…), allié de poids avec les USA et pilier de la construction Européenne (jamais la France avait tant pesé dans la construction de l’Europe…)

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auquel notre peuple est confronté aujourd'hui ?

Aujourd’hui, les Français savent qu’ils vont devoir se serrer la ceinture en attendant la fin de la crise économique mondiale. Je suis confiant car je crois que les grandes réformes initiées par le duo Sarkozy / Fillon (retraite, grenelle, universités…), permettront de limiter les effets de la crise et relancer une économie plus « verte » et ouverte aux jeunes.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

J’ai voté Sarkozy. C’était la première fois pour moi car j’avais voté Bayrou (puis blanc) en 2007. Nicolas Sarkozy est arrivé second, je pense que ce résultat montre que les Français ont voulu sanctionner la personnalité de Sarkozy. Il a mis du temps à trouver une stature présidentielle et il le paie aujourd’hui. Toutefois, depuis deux ans, il incarne cette France Forte nécessaire à la sortie de crise.

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

Hollande, Sarkozy et Bayrou incarnent le pluralisme politique, la présence de deux d’entre eux au second tour est une très bonne chose pour notre démocratie.

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Sarkozy car sa politique économique est bien ficelée, nous avons besoin de continuité pour sortir de la crise. Le programme économique socialiste est brouillon, leurs hésitations entre un idéal idéologique et la réalité économique peuvent être dangereuses pour la France (cf Mitterrand entre 81 et 82).

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

Je ne suis pas anti-Hollande, c’est un progressiste, j’adhère à son discours sur le vote des étrangers et son positionnement concernant le mariage homosexuel et je compte d’ailleurs sur les centristes de l’UMP pour assouplir le positionnement de la droite sur ces questions.

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

La situation mondiale me fait peur, la montée de l’extrémisme et du terrorisme m’inquiète… Je crois que l’Europe va jouer un rôle primordial ces prochaines années pour réguler le nouvel ordre mondial. Il nous faut donc une Europe forte et en paix… Il faut limiter les divisions, surmonter la crise économique est donc essentiel !!!

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

Choisissez une France Forte   ;-)

 

 

 

5 mai

 

 

Morgan F.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Morgan, 20 ans, de Strasbourg. Longtemps passionné par le camion rouge, je deviens jeune sapeur pompier et désirant en faire mon métier je m'oriente dans la voie professionnelle, misant tout sur la pratique, en préparant un BEP Sanitaire et Social. Mais suite à des problèmes de santé je me vois contraint de me réorienter. Ayant comme autre passe-temps le dessin, je m'oriente alors dans la nouvelle formule qui est le bac pro 3 ans, en préparant le baccalauréat technicien du bâtiment étude et économie, que j'ai eu la chance de préparer par la voie de l'apprentissage, ayant comme objectif d'intégrer l'école d'architecture de Strasbourg. Durant mes études, j'ai été confronté à un professeur qui affichait son opinion politique en cours. Ne partageant pas ses convictions, j'ai commencé à m'investir dans la politique en rejoignant l'UMP.

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Nicolas Sarkozy est un homme que je respecte, et qui est beaucoup respecté dans le monde. Son dynamisme, son ouverture et son courage sont des qualités qu'on ne peut lui contester. En 2007, beaucoup de promesses ont été faites, beaucoup de Français ont été déçus par tant de promesses non tenues. Mais est-ce une raison de le juger et de critiquer autant son bilan ? Je ne fais pas parti de cette catégorie de personnes. Il a su redonner une place à la France dans le monde, regardez en Libye. Il a su maintenir la France durant la crise, sans baisser ni les salaires, ni les pensions de retraites. Les Français devraient lui être reconnaissants plutôt que de lui taper autant sur le dos. Quand je vais à la rencontre des Français, j'entends les reproches qui lui sont faits, et je réalise que les Français n'ont pas réalisé l'importance de cette crise, affirmant qu'elle a bon dos. Je ne partage pas cette opinion, à mes yeux Nicolas Sarkozy a un bilan plutôt positif, et m'a donné envie de m'investir dans la politique de notre pays.

 

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auquel notre peuple est confronté aujourd'hui ?

La France va mal, les Français se sont rendus massivement aux urnes au premier tour en affirmant un vote de crise, s'étant réfugiés dans les extrêmes. Les finances de la France vont mal, mais je compte sur Nicolas Sarkozy pour redresser l'économie de notre Pays. Les problèmes les plus graves ? Pour moi c'est le chômage auquel est confronté un grand nombre de Français. Mais tout est plus ou moins lié.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

Le 22 avril dernier j'ai voté Nicolas Sarkozy. Son score n'est pas si mal vous savez. En 1974, François Mitterrand arrive en tête avec 43% des suffrages, il sera battu. En 1981, il sera derrière Valéry Giscard d'Estaing avec 25%, et finira par l'emporter. En 2002, Lionel Jospin était favori face à Jacques Chirac, tous le monde connaît la suite. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy est à 1,6 point du candidat socialiste. Alors je suis confiant !

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

François Hollande est un homme qui m'a surpris lors du débat. Je le pensais plus mou, comme le disaient ses amis socialistes. Mais son arrogance à été très mal vue par les Français. Nicolas Sarkozy lui a fait ses preuves en maintenant la France en dehors de la crise, contrairement à un candidat socialiste qui n'a rien fait dans son département que l'endetter encore plus. Est-ce ce dont nous avons besoin pour notre pays ?

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

Dimanche prochain, j'apporterai une nouvelle fois mon soutien à Nicolas Sarkozy. La France a besoin de redresser ses finances, et seul NS en est capable. Regardez le candidat socialiste qui propose une hausse d'impôts ? (91% de son programme sera financé par des impôts, comme nous l'a montré François Langlet sur le plateau de "Des paroles et des actes" sur France 2). Est ce ce dont nous avons besoin pour maintenir le pouvoir d'achat des Français ? C'est le sujet majeur de cette campagne. Et j'espère que les français ne jugerons pas l'homme mais bien le programme des candidats.

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

J'ai beau chercher, je ne trouve pas. François Hollande veut une pensée unique, comment voulez-vous qu'il rassemble tous les Français ?

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Mais la France Forte se doit d'être optimiste !

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

Comme je l'ai dis tout au long de cette interview, je compte sur le raisonnement des Français, qu'ils ne jugent pas l'homme, ni le bilan, mais bel et bien le programme. J'aimerais insister sur le fait de bien réfléchir à leur avenir, veulent-ils un avenir comme la Grèce ou l'Espagne ? Je compte sur chacun des Français pour prendre conscience de l'importance de chaque bulletin de vote, ensemble votons Nicolas Sarkozy pour redresser l'économie de notre pays, continuer de faire briller la France dans le monde, et que le travail de chacun soit récompensé ! Merci de m'avoir accordé cette interview, et bon vote !

 

 

 

 

6 mai

François Hollande est élu (51,62%)

 

 

 

8 mai

 

 

Thibault S.

 

Pourriez-vous vous présenter, en quelques mots ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

Je m‘appelle Thibault, j‘ai 30 ans, je suis photographe depuis 3 ans.

J‘ai une formation d‘économiste de la concurrence au titre d‘un master 2, et quelques expériences professionnelles au Crédoc ou dans le réseau Medef en tant que chargé d‘études. J‘ai donné quelques cours d‘économie à l‘université en la qualité de prof assistant. (je suis en contact avec la jeunesse, là réside l‘intérêt de cette mention)

 

Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

Quel regard portez-vous sur l'état de la France aujourd'hui ? Quels sont, à vos yeux, les problèmes les plus graves auquel notre peuple est confronté aujourd'hui ?

Le quinquennat a d‘abord été marqué par une crise violente, difficile à anticiper, imbriquée dans des montages financiers à l‘échelle mondiale.

J‘attribue la responsabilité de cette crise à un détournement des principes premiers des systèmes bancaires, un manque de régulation des acteurs sur le marché financier et une certaine passivité politique.

Alors bien sûr, ces dérives ont été progressives, probablement involontaires et non concertées. Ce qui marque néanmoins cette crise, au delà des impératifs non assouvis de stabilité du système économique et financier, c‘est la défiance des individus à l‘égard des institutions, des organismes de régulation, des banques, des grandes entreprises et le glissement de valeurs que cela induit dans notre société.

Cet état d‘esprit se retrouve, à mon sens, dans le vote électoral.

Le quinquennat Sarkozy a été, à mon sens et sans écho partisan, le plus difficile qui soit pour un chef d‘Etat. Parce qu‘il devait concilier réformes profondes, politique sociale de crise et prospective inhérente à un monde qui évolue, vite.

Ce quinquennat a enfin accentué la visibilité des nombreuses fractures qui affectent la société Française : les oppositions de statuts, les privilèges et acquis sociaux, les corporatismes, les dérives communautaires, les inégalités sociales et de territoire, le manque de transparence ... Concernant NS, on dira de lui qu‘il a eu le courage politique à décrire de manière factuelle pour les uns, la volonté de diviser pour d‘autres, le fait est que les Français, et on le voit dans le résultat de cette récente élection, sont plus que jamais divisés.

 

Pouvez-vous nous révéler, si vous avez voté, le nom du (de la) candidat(e) qui a reçu votre suffrage le 22 avril ? Que pensez-vous du score qu'il (elle) a réalisé, et plus généralement de ce premier tour ?

J‘ai voté François Bayrou le 22 avril. Eviter le vote extrême fut une évidence, mais au delà de ce choix raisonnable, je crois en son projet pour la France, j‘ai été séduit par sa posture rassurante, modérée, bon ‘‘père de famille‘‘ et l‘absence de clientélisme dans les mesures présentées aux électeurs. Le rôle central du paiement de la dette, son sens des responsabilités sur les questions sociétales et sa modération dans la dépense publique m‘ont donné le sentiment d‘un candidat raisonné, pouvant prétendre aux plus hautes fonctions de l‘Etat.

 

Score faible et décevant, mais tellement prévisible dans le contexte actuel ...

 

François Hollande (PS) et Nicolas Sarkozy (UMP) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour. Que pensez-vous de l'un et de l'autre ?

François Hollande et Nicolas Sarkozy sont deux hommes d‘Etat, à n‘en pas douter. Les carences ou avantages personnels de l‘un et l‘autre relèvent de leur communication propre et du marketing politique de l‘adversaire respectif.

Sarkozy est volontaire, déterminé, un peu rapide dans le propos.
Hollande est fédérateur, pugnace, un peu démago.

 

Si vous le souhaitez pouvez-vous nous dire pour qui vous comptez voter le 6 mai prochain ? Pourquoi ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les convaincre, comme vous, de choisir cet homme pour présider notre république ?

J‘ai voté Nicolas Sarkozy. J‘ai trouvé ce candidat plus convaincant, à la hauteur des enjeux internationaux actuels, probablement moins consensuel certes, mais plus proche de mes convictions libérales (n‘ayons pas peur des mots). J‘ai également eu peur de la concentration des pouvoirs par un unique parti, non pas que cela soit un argument suffisant, mais, en bon centriste, je crois en un gouvernement d‘union nationale !

Et je crains que le vote socialiste n‘ouvre la porte à une gouvernance unilatérale.

Au delà de ces jugements fades, je crois au mérite, aux valeurs du travail, à la méritocratie. Bien sûr le candidat socialiste n‘y est pas opposé, mais les signaux renvoyés par Nicolas Sarkozy m‘ont davantage affectés.

Ce choix m‘appartient, il est discutable. Dans un environnement médiatique riche, une liberté d‘expression forte, et une prise de conscience politique dans la population jamais atteinte auparavant, je me garderais bien de faire la promotion de tel ou tel. Chacun dispose des informations nécessaires pour se forger son opinion, selon son ressenti, ses valeurs et ses convictions. Je n‘approuve pas la prise de position de mon leader entre les deux tours.

 

Après l'élection, il faudra bien que le peuple français se réunisse autour de son nouveau président, quel qu'il soit, malgré les clivages. Quelles sont, même "à la limite" les qualités que vous reconnaissez à celui dont vous ne voulez pas à l'Elysée ? Qu'est-ce qui peut, à votre avis, unir les Français malgré les différences politiques ?

FH n‘a pas été mon choix. Mais je respecte le choix des Français, et je reconnais sa légitimité en tant que président de la République. Les Français devront s‘unir dans les enjeux, et même s‘il faut redescendre sur terre et que cela s‘avère décevant pour ceux qui ont cru aux promesses de changement, il faudra que tout le monde fasse des efforts. Tout le monde. C‘est le prix de notre cohésion.

Le fait qu‘un homme de gauche entame des réformes difficiles, voire impopulaires, n‘est peut être pas une mauvaise chose. Pour les mouvements syndicaux, cela sera plus aisé à faire accepter aux adhérents et aux salariés en général, pour les forces vives du pays, cela semblera moins partisan et moins segmentant. A voir.

 

C'est un lieu commun que de le dire, mais la jeunesse, dont vous faites partie, c'est l'avenir de notre pays. Vous êtes son avenir, nous le sommes. Voyez-vous l'avenir de la France plutôt avec optimisme, pessimisme ? Comment le voyez-vous ?

J‘ai confiance en la jeunesse de notre pays. Notre héritage social et économique est délicat, pour ne pas dire compliqué. Mais nous aurons la tâche de trouver la ressource pour faire face aux défis, maintenir la cohésion et assurer la paix et les conditions économiques et sociales favorables à l‘émergence de la prochaine génération.

Les crises économiques et sociales en Europe, la montée DES intégrismes religieux, l‘effondrement probable de notre système de protection sociale, la trop forte influence des marchés financiers sur l‘économie réelle, la montée des partis extrêmes et l‘accroissement des inégalités et des frustrations inhérentes à cette immobilité sociale constituent une poudrière sur laquelle nous sommes assis.

 

Dernière question qui n'en est pas une... pour vous permettre de compléter, de conclure cet entretien de la manière dont il vous plaira. C'est une carte blanche, vous avez la parole, totalement librement...

Pour conclure, je me veux résolument optimiste, mais, avec lucidité, il faut bien considérer que des changements doivent s‘opérer à moyen terme si l‘on veut sortir de ce contexte risqué.

Nous n‘avons ni le droit, ni le luxe de faire un quinquennat pour rien, sans réformes ni reprise.

L‘immobilisme est plus que jamais notre ennemi.

François Hollande ne pourra pas se contenter de gérer les affaires courantes, d‘engager des projets pour marquer son mandat et de prôner l‘attentisme politique.

Les Français sauront, je l‘espère, lui rappeler pourquoi ils se sont déplacés en masse lors de cette récente élection présidentielle.

 

 

 

 

 DIALOGUES ET DEBATS

 

(PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE)

 

 

 

Lauréline M. / Laura C.

 

 

Lauréline M. @ Laura C.

26 avril

 

Salut Laura,

Je sens bien que tu comprends les réels problèmes de la France ! L'éducation pour moi aussi est une priorité. Je comprends que tu sois déçue du quinquennat de notre dernier président, moi aussi, même si les temps étaient durs, il n'a rien fait pour améliorer les choses, bien qu'il ait essayé. Ce que je ne comprends pas, c'est que tu ne croies pas en Francois Hollande. Avec ses mesures, il propose avec 60 engagements clairs de redresser la France. Il veut redonner espoir aux jeunes comme toi qui, apparemment, n'ont plus d'espoir, notamment en combattant le chômage et en reformant l'éducation. Tu dis qu'il ne sait pas prendre de décisions claires ? Il propose 60 engagements très concrets pour redresser la France ! Je t'invite à les lire sur son site internet ! Il est mou ? J'avoue que ce n'est pas le plus féroce des adversaires, mais c'est un peu reposant après Sarkozy, moi de l'étranger j'entendais juste ses nouvelles gaffes (rires), et s'il ne lève pas la voix au premier regard, au moins il ne coupe pas la parole et explique ses idées clairement. Il peut être très persuasif grâce à son argumentation et ses bonnes idées.

 

On dit qu'il n'est pas bon sur le plan international ? Je pense que c'est comme nous les jeunes, il est jeune diplômé et il faut juste lui laisser la chance de nous faire découvrir son énorme potentiel. Cela va être une politique d'austérité qu'il va mener, c'est sur. Mais il va essayer de préserver les droits des Français, acquis depuis des générations. En matière d'éducation, de santé et de justice. En réduisant seulement les dépenses de l'État (comme les transports en avions privés, les déjeuners trop chers, les dépenses de l'Élysée, les cadeaux aux riches, aux grandes entreprises et aux banques). Il veut rétablir la justice grâce à l'égalité et la solidarité ! Cela va marcher ! Donne sa chance à Hollande, vote pour lui !

 

 

Laura C. @ Lauréline M.

27 avril

 

Je les ai déjà lus depuis longtemps, à vrai dire j’ai dû lire la majorité des programmes et j’ai suivi l’intégralité des débats et meetings (bon, sauf Cheminade, Arthaud et compagnie, je te le concède). Bref, ceux des candidats qui avaient un potentiel.

Ses 60 mesures ? Celles qui concernent l’éducation sont mitigées. Les 150 000 emplois jeunes (ou « d’avenir », je crois que c’est son terme) ? Mais il me semble qu’on avait proposé le CPE pour ça et que les lycéens (j’étais d’ailleurs en terminale à cette époque, mais je n’avais pas été manifester) pestaient contre cette proposition, alors qu’elle ne leur était pas vraiment destinée étant donné qu’ils continueraient leurs études en fac et que le CPE avait plutôt pour « cible » les jeunes sans qualification. J’ai une dizaine d’amis qui étaient super contents de ce CPE car ils avaient trouvé un boulot grâce à ça, boulot qu’ils n’auraient jamais eu en CDD – et qui plus est en CDI. Et ces vraies personnes pour qui le CPE était un espoir et une façon d’avoir une première expérience significative, eh bien, parce que des étudiants qui allaient continuer tranquillement leur master ont dit non, on l’a enlevé. Ils étaient dégoutés. Aujourd’hui la plupart d’entre eux est au chômage et cumulent les petits jobs sans réel impact sur le CV. Seul un a fini à l’armée.

« Je réformerai les premiers cycles de l’enseignement supérieur » ; il veut éviter une spécialisation trop précoce. Mais le problème n’est pas là (d’ailleurs, une licence, c’est quand même TRES généraliste, voire trop…), le problème est d’adapter des programmes qui sont totalement désuets par rapport au monde du travail.

Un exemple concret ? Mon compagnon qui lui est en fac de sciences utilise encore du papier PH pour tester ses différents produits. Ca fait longtemps qu’on est passé à des méthodes de test plus « modernes », et en plus, la fac dispose de ces outils ! Mais elle ne les donne pas aux étudiants.

Dans mon cas, en droit, qu’est-ce qu’une matière comme « histoire de la pensée » va servir dans la vie professionnelle ? Créer une UE optionnelle de culture générale ça peut être bien pour enseigner ce type de matières, mais en faire une obligation, c’est ridicule.

En IUT, on a de vrais cours sur la recherche d’emploi, comment faire son CV, etc. En fac, c’est, disons, théorique. La fac a tout à gagner à se calquer sur le monde du travail comme le font (ou essaient de le faire, car ce n’est pas parfait évidemment) les structures comme les IUT.
Et ça, j’ai beau relire les 60 propositions, je ne le vois pas. Pourtant, des concertations entre recruteurs, professionnels de chaque secteur et profs de fac, ça peut être facile à mettre en place.

Ses 60 000 postes dans l’éducation ? Sur le papier c’est bien, sur le plan financier, on fait comment ? On taxe les banques et Total ? Ca, c’est concret... Dans un monde parfait il faudrait un prof pour 10 élèves, 1 policier à chaque rue, mais financièrement c’est impossible. Par contre, je veux bien qu’on supprime des postes de sénateur,s de députés et autres privilégiés, ça fera rentrer des sous dans la caisse ☺ De même, j’irai jusqu’à dire que les députés/sénateurs qui ne viennent pas aux séances doivent être déchus de leur « titre », car on représente ses concitoyens ou on ne le fait pas, ça doit être du temps plein. Ce n’est pas un service à la carte où l’on décide ou pas de venir. Quand on les voit, on se croirait dans un amphi. C’est indigne d’une telle responsabilité.

Je ne crois pas non plus que l’austérité rime avec Hollande. Allez, je reprends l’argument de base : Espagne, Grèce… Des socialistes. On voit où cela les a mené.

Son argument fétiche de taxer les riches à 75% est aussi aberrant. On oublie vite que sans patrons, il n’y a pas d’emplois. (déjà qu’il n’y en a pas des masses…) Par crainte de voir Hollande passer, les demandes de donation ont explosé de 40% chez les notaires ! Si ce n’est pas un signe, je ne sais pas ce que c’est.

Je ne dis pas que le « méchant » riche il ne doit rien payer, au contraire, mais il doit participer dans une part raisonnable.

Taxer à 75%, c’est faire fuir les « riches » qui restent encore. Alors, vaut-il mieux taxer, disons à 50% (ce qui est déjà énorme, mais je ne me plaindrai pas si on me prend 50%, ça veut dire qu’il me reste l’autre moitié conséquente pour vivre) des riches qui seront donc plus nombreux, que d’en taxer 10 à 75% qui resteront ?

La réduction des « avantages », j’en ai un peu parlé ci-dessus. Néanmoins, il ne pourra jamais mettre de telles mesures en place car il se mettrait à dos l’ensemble des politiques, y compris dans son rang. Après tout, n’est-ce pas la gauche qui avait décidé de ne pas prendre en compte les objets d’art dans le calcul de l’ISF ?

Ils sont loin de vivre au SMIC. C’est pour ça qu’il n’y a pas une droite des riches et une gauche des pauvres ; à ce titre, ils sont tous pareils. Réduire le train de vie de l’Etat oui, mais en tout état de cause ce n’est pas ça qui permettra de faire des économies conséquentes.

Bref, je peux comprendre que des gens votent Hollande – d’ailleurs je remarque que nulle part tu n’as cité le mot « raciste » ou autre « xénophobe » et ça fait plaisir, car comme je le dis aux gens qui me traitent de la sorte : « oui je suis raciste, envers les profiteurs et les délinquants seulement. »

Cela étant, comme je ne veux de ni l’un ni de l’autre, j’irai voter (blanc ou Chuck Norris, j’avoue je ne me suis pas décidée), mais pour aucun des deux.

Bien à toi,

Laura

 

 

 

Lauréline M. / John S.

 

 

Lauréline M. @ John S.

26 avril

 

Nous avons tous les deux un même point, nous vivons tous les deux à l'étranger, moi je suis à Montréal. Pourtant, ce qui m'étonne c'est de ne pas avoir remarqué que la France devient de plus en plus risible à l'étranger à cause de Nicolas Sarkozy ! On le voit par exemple comme le chien de Angela Merkel. En ce moment, j'ai honte que cet homme nous représente et toi tu souhaites lui donner une seconde chance?

Je comprends que ta priorité soit sur la baisse de la dette mais le bilan Sarkozy est très mauvais en finance ! Le président délégué du Conseil d'analyse de la société, Luc Ferry, juge "extraordinairement mince" le bilan de Nicolas Sarkozy. ... "On ne peut pas dire que la France soit en meilleur état qu'en 2007. Le chômage a augmenté, pas le pouvoir d'achat. L'école et les banlieues vont plus mal que jamais". Source : Libération, 1er janvier 2012 et pour ton info :

"Nicolas Sarkozy se veut un modèle de vertu au sujet de la dette publique de la France pourtant en 2007, quand Nicolas Sarkozy arrive à l'Elysée, la dette publique de la France s'élève à 63,9% du PIB, soit environ 1200 milliards d'euros et fin 2010, elle atteignait 81,7% du PIB, soit 17,8 points de plus en trois ans, et un niveau record à près de 1650 milliards d'euros. Ces chiffres et ces évolutions mettent Nicolas Sarkozy... en queue de peloton des présidents de la Cinquième République !" Source : Huffington Post, 26 juillet 2011. Il en a même perdu les AAA de la France.

Tu n'es pas encore convaincu, je t'invite à lire les articles du dossier : Bilan Sarkozy du magazine Alternatives Economiques, numéro 309, janvier 2012 où tous les sujets obtiennent un mauvais score.

Comment peux-tu encore avoir confiance en lui qui commence en 2007 par augmenter le salaire du président de la République alors qu'il faut faire des réductions budgétaires et qu'il demande aux Français de se serrer la ceinture?

Merci, Lauréline M.

 

 

John S. @ Lauréline M.

26 avril

 

Les caricatures sont propres à certains journaux prenant parti, généralement on sait de quel bord... En UK, Cameron est décrié, on se demande par qui. Berlusconi en a eu pour son grade. La Grèce et l'Espagne sont gentillement moquées également. Que Sarkozy soit représenté ainsi m'est égal, tout comme ça m'est égal que certains journaux décrivent Hollande comme "très mou". Samedi, The Economist va taper sur Hollande. Ce même hebdomadaire avait fait une Une très remarqué récemment en mettant en garde la France (à juste titre en se tenant aux analyses succinctes faites). Donc mon ego personnel je le mets de côté (je préférerais sûrement Jean Dujardin ou Laetitia Casta pour représenter la France en terme d'image - ici à ce que je sache il s'agit de politique et de gestion d'un pays !). Donc comme je l'ai dit, si il y avait un DSK en face je reconnais que j'aurais hésité. Comme en 2007, Mme Royal ne pouvait diriger ce pays, et surtout avec ce qui c'est passé je n'ose imaginer les décisions prises. J'ai plus confiance en un homme politique qui a eu des responsabilités importantes et qui a le bon carnet d'adresses.

Pour parler de ce que je connais, le "bilan financier d'un président" ne veut rien dire. A quoi le mesure-t-on ?! Si je prends la réforme des retraites qui était obligatoire, Royal ou Hollande ne l'auraient pas faite (par souci démagogique et pour être "aimé", peut-être même qu'elle aurait été réduite pour tous les Français). Ensuite l'économie de quel pays, en 2012, est meilleure qu'en 2007 ? La réponse, même en ne connaissant rien à l'économie, est simple à trouver ! Le chômage avec cette crise ne pouvait pas diminuer de 5 points entre 2007 et 2012, soyons lucides et surtout honnêtes. L'éducation française enviée dans certains coins du monde a toujours était un problème, depuis la nuit des temps, tous gouvernements confondus.

Libération comme modèle pour se faire une opinion de Sarkozy... Autant aller dans le premier bureau PS du coin et demander quel est le bilan de Sarkozy, on aurait la même réponse. Ses chiffres qui sont bien des chiffres de la presse généraliste oublient de dire que +18 points de hausse, en rapport avec la crise et la baisse de tout les indicateurs, c'est dans la moyenne de tout ses prédécesseurs. D'ou le problème : comment peut-on limiter cette hausse dans le chaos actuel et auparavant (je pense à 1999-2000, la bulle internet ou tout les voyants étaient au vert...) avoir obtenu une hausse identique ?! Le problème ne vient-il pas du fait qu'on a tous pris conscience (bien malgré nous) que les Etats ne peuvent plus vivre à crédit éternellement ?!

Concernant le AAA aucun commentaire, j'ai été en plein dedans, depuis 2010 la décision était prise, les USA l'ont aussi subie et au final les taux d'emprunts pour la France sont au plus bas. Ce n'est pas ça qui a affecté le peuple. Par contre mettez des personnes avec un projet anti-tout, qui a pour but de dépenser sans compter comme avant au nom de la "relance économique" et vous verrez la réponse des marchés financiers, vous verrez quand il faudra emprunter à des taux records pour financer la baisse du temps de travail, la hausse des salaires, etc. Il y a un moment, un timing, et actuellement c'est encore trop tôt pour vouloir faire ce que souhaite Hollande.

Le bilan est mauvais SI on ne prend pas en compte l'environnement actuel ! Prendrait-on bêtement un chrono pour chronométrer un 100M sur piste sèche avec pas de vent et un autre sur piste mouillée avec vent de face; pour au final déclarer un vainqueur entre ses deux courses?

J'en reviens à mes premières phrases, qu'un autre parti soit capable de mettre un candidat avec un potentiel et on aura des débats et un vrais choix à faire. Je déplore que ce ne soit pas le cas. Et comme je ne suis pas un suicidaire, pas un égoïste, pas un masochiste et Dieu merci pas un inculte et que j'ai reçu une éducation académique et que j'ai pas de troubles mentaux, je vote pour le candidat le "moins pire".

PS : tout les à côtés comme le fait que le PS soit installé dans le VIIème, arrondissement le plus cher de Paris, que Hollande déjeune dans des cantines de luxe du VIIIème inconnues du commun des mortels, que Sarkozy parte en vacances sur un yacht ou encore qu'il aligne son salaire sur celui du premier-ministre (et au passage de ce qui se fait ailleurs dans les autres démocraties - sans oublier que Sarkozy en tant qu'avocat gagnerait bien plus, tandis qu'Hollande malgré HEC+ENA ne trouverait pas de poste aussi bien rémunéré que ce que lui offre la politique) je m'en moque complètement. Vous voulez entendre la vérité, que tout ses hommes politiques ont fait les même écoles et sont tous amis à la base ? Qu'ils sont partis en suivant leurs convictions ou pour une majorité à gauche parce qu’il y avait moins de concurrence et que c'est plus simple de s'adresser au "petit-peuple" qu'aux élites ?

A bon entendeur.

JS

 

 

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À suivre... Si vous désirez participer, contactez-moi ! (parolesdactu@yahoo.fr)
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V1, date : 25/04/12, 20h45
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25 avril : première version (introduction + 5 premiers textes)
26 avril : + 3 textes
27 avril : + 1 texte et 4 échanges
30 avril : + 3 textes
1er mai : + 1 texte
5 mai : + 1 texte
8 mai : + 1 texte
6 juillet : 1 mot modifié dans l'introduction
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Note : Ce document évoluera régulièrement. Je vous invite également, en me contactant, à vous adresser aux contributeurs, pour les interroger, ouvrir un débat !
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Si vous avez aimé cet article, merci d'en partager le lien sur votre mur, avec vos amis !!! Et de présenter cette initiative à des personnes qui pourraient être intéressées !!!
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Phil
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Modification de la présentation de l'article le 21 juin 2012
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Times New Roman > Georgia : 01/10/12
28 octobre 2015

« La ‘‘paix froide’’ comme nouvelle normalité », par Guillaume Lasconjarias

Guillaume Lasconjarias, diplômé d’un doctorat d’Histoire à la Sorbonne, s’est spécialisé depuis quelques années dans l’étude et l’analyse des questions de sécurité et de défense. Outre ses riches activités universitaires, il est aujourd’hui chercheur employé par l’OTAN au sein de la division Recherche du Collège de défense (sorte de think-tank) de l’Alliance atlantique, à Rome. Il a accepté, ce dont je le remercie de manière appuyée, de répondre à quelques unes de mes questions d’actualité. Ses réponses, qui me sont parvenues le 28 octobre, soit, deux jours après l’envoi de ma proposition par mail, n’engagent que lui et en rien l’OTAN ou son Collège de défense. Elles sont très complètes et hautement instructives. Je vous en souhaite bonne lecture... Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« La ‘‘paix froide’’ comme nouvelle normalité »

Interview de Guillaume Lasconjarias

 

Sentinelle

Une illustration de l’op. Sentinelle. Crédit : état-major des armées.

 

Paroles d’Actu : Bonjour Guillaume Lasconjarias, merci de m’accorder cet entretien. La lutte contre l’organisation État islamique s’inscrit dans un cadre plus vaste de mutation des menaces encourues par les sociétés établies. Les élites politiques et militaires ont-elles pris la pleine mesure de ce qu’impliquent la professionnalisation et l’internationalisation du terrorisme - qui par définition suppose une guerre asymétrique - s’agissant notamment des moyens alloués et de la formation des armées ?

 

Guillaume Lasconjarias : Bonjour. Je ne suis pas un spécialiste du terrorisme, et donc ce n’est pas tellement sur la façon de lutter contre ce qui est avant tout un mode d’action que le problème se pose à mes yeux. La menace qu’est l’EI, ou ISIS, ou Daesh, est réelle, mais diffère-t-elle vraiment de celles qui, depuis maintenant une vingtaine d’années, s’adressent à nos sociétés ? Pour ma part, je ne le pense pas. À mes yeux, le point que vous mentionnez sur la capacité des élites, ici et ailleurs, à saisir ce qui se passe et ce qui est en jeu est plus important.

 

« La séparation traditionnelle sécurité / défense est caduque »

 

Le premier problème est que nous sommes bien dans une phase de transformation, sinon de la guerre, du moins de la conflictualité. Traditionnellement, la grande partie des nations européennes vivaient sur une séparation des problématiques de défense et de sécurité, avec une armée tournée vers l’extérieur et des forces de police chargées de l’intérieur. C’est un peu, pour simplifier, l’héritage de Guibert dans son Traité de la Force publique (1790). Avec la mondialisation des menaces, et l’internationalisation du terrorisme, cette séparation devient caduque. Les différents Livres blancs (depuis au moins celui de 1994) prennent en compte ce fait. Le titre même du Livre blanc de 2008, « sur la sécurité et la défense », pose le principe de continuité entre les deux, et donc modifie les tâches et les missions, en les élargissant, et en les complexifiant.

 

Le second point est celui de l’adaptation des forces armées à ce nouveau défi. La notion de « guerre contre le terrorisme » renvoie à l’Amérique post-11 septembre, aux déclarations de George W. Bush et aux engagements en Afghanistan et en Irak. Militairement, les deux campagnes initiales ont été un succès. Jinsiste délibérément sur cette dimension tactique, qui na rien à voir avec laveuglement stratégique qui peut avoir accompagné ces campagnes. La capacité à faire céder et à écraser des États soutenant le terrorisme international - ou accusés d’en faire le jeu - a été démontrée : ces pays ont vu leurs armées défaites en quelques semaines. Ce qui a été particulièrement difficile, c’est de comprendre comment l’après-guerre a marqué, en réalité, le début de la « vraie » guerre, dans des dimensions que nul n’avait prévu, avec des redécouvertes conceptuelles et intellectuelles fondées sur une vision biaisée de l’histoire. Je pense aux analogies, très populaires au tournant des années 2004-2007, entre des opérations de contre-insurrection passées et des situations actuelles. Larmée US et, à sa suite, l'armée française, sest ainsi emparée de lhistoire de la guerre dAlgérie pour en tirer des savoir-faire applicables en Afghanistan ou en Irak, quand le contexte diffère radicalement. Ces transferts culturels et ces échanges se retrouvent aussi dans l'armée britannique, qui a redécouvert les opérations menées en Malaise dans les années 1950.

 

Dans tous les cas, ces exemples passés de combats asymétriques me paraissent aussi intéressants, car on a été chercher dans le passé des modèles à appliquer en se dispensant des analyses nécessaires, notamment sur les natures profondes des nouvelles insurrections, et sur les motivations profondes de nos adversaires. Si les produits doctrinaux qui en sont sortis sont loin d’être inintéressants et traduisent la volonté des acteurs occidentaux de mieux comprendre ces nouvelles formes d’engagement, on a en réalité occulté plusieurs dimensions. Ainsi, alors que la plupart des études concluaient que pour avoir un réel impact, les opérations militaires doivent sinscrire dans la durée et avec une présence au sol conséquente, on na eu de cesse de vouloir limiter nos engagements, et on a voulu rapatrier nos combattants le plus rapidement possible, quitte à se mentir sur le niveau de sécurité obtenu. On a vu le résultat en Irak, on le devine en Afghanistan...

 

« La question de l’acceptation sociale 

des dépenses militaires est un vrai problème »

 

Si nos armées et notamment les composantes terrestres se sont bien adaptées, et si les doctrines produites sont loin d’être inutiles (et notamment l’approche globale), je rebondis sur ce que vous identifiez, à savoir la réduction des budgets et des formats - plus que de la formation - de nos armées. Ce n’est pas neuf, les spécialistes le dénoncent depuis longtemps, la plupart des pays européens ont fait l’impasse sur leur défense. Les raisons sont multiples, et on peut citer les « dividendes de la paix » imaginés après la chute de l’Union soviétique comme l’idéologie de la « transformation ». La question de l’acceptation sociale des dépenses militaires est aussi un vrai problème, surtout quand elles sont en compétition avec d’autres postes budgétaires considérés comme plus importants/essentiels. Enfin, les crises économiques et la nécessité de réduire les coûts à tout prix ajoutent à cela : on se tient à des formats juste nécessaires, quitte à faire des efforts en urgence plutôt que de gérer dans la longue durée. « Gouverner, c’est prévoir » disait Émile de Giradin, et je crois que dans ce domaine, les efforts doivent être permanents.

 

PdA : L’intervention récente du Kremlin en soutien de son allié syrien ne manque pas de provoquer des questionnements chez certains observateurs en ce qui concerne les cibles visées et la vérité des fins recherchées. Quelle lecture faites-vous, sur cette question-ci et d’autres d’actualité à peine moins brûlante, des mouvements extérieurs de la Russie de Vladimir Poutine ?

 

G.L. : À dire vrai, je suis souvent étonné par une certaine propension à voir en Poutine un stratège, l’archétype du nouvel homme fort, et un modèle à suivre pour nos élites. Je pense qu’il ne faut pas dissocier sa façon d’agir en Syrie de celle qu’il a manifestée en Ukraine ou en Crimée.

 

« On le sait peu, mais les billets de banque du régime

d’Assad sont imprimés à Moscou... »

 

Certes, en Syrie, l’armée russe avance à visage découvert. Depuis le début de la guerre civile, en 2011, les Russes ont toujours soutenu Assad, sans doute d’ailleurs pour conserver leurs garanties sur les bases qu’ils y possèdent. Là encore, un petit rappel historique me paraît nécessaire : la Russie - depuis Pierre le Grand et la Grande Catherine - a toujours regardé comme un but à atteindre un accès aux mers chaudes. Pendant la période soviétique et la Guerre froide, l’URSS avait signé des accords avec des pays autour de la Méditerranée pour garantir des points d’appui logistiques, et éviter d’avoir à repasser par les détroits qui conduisent à la Mer Noire. La base de Tartous est un héritage de cette période - l’accord a été signé en 1971 - et autorise les navires russes à demeurer opérationnels dans cette zone. En fait, cette base s’est transformée de plus en plus en centre de commandement et dépôt logistique. Ces dernières années, la Russie a gardé un profil bas, mais n’a jamais cessé de soutenir le régime de Damas. On ne le sait pas assez, mais c’est à Moscou qu’on imprime les billets de banque du régime, qui sont ensuite livrés par avion-cargo et qui servent à financer l’armée et à payer les fonctionnaires. Quant à l’équipement, Moscou n’a jamais caché qu’il appuyait Assad et livrait les armes nécessaires.

 

Cela dit, depuis cet été, on observe une montée en puissance. Cela a commencé par le repérage de véhicules russes, le signalement par les forces rebelles de drones russes, et la mise en ligne, sur les sites de réseaux sociaux, de photos de soldats russes, appartenant sans doute à des unités d’infanterie navale. Le discours ambiant justifiait ces déploiements comme des mesures de protection face à l’avancée de rebelles, et notamment les coups sévères portés par ISIS contre l’armée régulière d’Assad, qui cède du terrain, et se retrouve dans l’incapacité de former un rempart efficace. Devant le risque de voir les bases russes tomber sous le feu ennemi, on a vu Poutine passer à l’attaque, et s’engager pleinement aux côtés du régime, pour le sauver. Envoi d’instructeurs, mise en place de chasseurs bombardiers de dernière génération, d’hélicoptères lourds, de tanks et de pièces d’artillerie, ainsi que des postes de défense anti-aérienne... On est déjà plus dans la capacité à projeter des forces qu’à simplement protéger une base.

 

Et donc, il suffit d’un discours prononcé à la tribune de l’ONU pour qu’on fasse de Poutine le sauveur de la Syrie, celui qui va rebattre les cartes, frapper ISIS et renverser la situation sur le terrain, humiliant les Occidentaux et les États-Unis incapables de gérer la crise... Dans les faits, je crains que ce ne soit plus compliqué. D’abord, l’intervention de Poutine dans la région n’est pas uniquement motivée par la sauvegarde du régime. Il y a un discours qui prétend cela, mais la situation syrienne conjugue l’ensemble des peurs du dirigeant russe : le chaos possible, la contagion de l’anarchie et de l’extrémisme religieux, la présence de forces occidentales accusées de saper Assad pour le remplacer par des régimes amis (à l’instar de l’analyse russe sur les Printemps arabes et les révolutions de couleur)... Ensuite, il s’agit d’un message vis-à-vis des autres acteurs régionaux, dont l’Iran : au début du conflit, Assad s’est surtout tourné vers la Russie mais, au fur et à mesure, l’Iran s’est imposé comme le principal contributeur, par l’envoi de cadres, et par le rôle militaire accru au sol. En 2013, Assad s’est même détourné de Moscou en choisissant d’employer des armes chimiques, contre la volonté russe. Aujourd’hui, en revenant au premier plan, c’est un signe que la Russie n’entend pas céder sur son leadership régional. Enfin, ceux qui espèrent que la Russie mène réellement la lutte contre ISIS n’ont qu’à observer les effets des frappes : pour l’heure, il semble que la grande majorité des sorties sont dirigées contre des zones qui n’abritent pas l’EI. En revanche, ils frappent d’autres groupes rebelles, considérés par le régime comme leur principal adversaire (l’armée syrienne libre, le front Al-Nosra...).

 

« Pour Poutine, le sursaut de la Russie dépendra

avant tout d’une politique extérieure ambitieuse »

 

D’une façon générale, Poutine fait de la politique extérieure la condition du sursaut russe : il est obsédé par la perte de son statut et rappelle sans cesse que la chute de l’URSS a été la pire catastrophe géopolitique du 20e siècle ; il a les yeux rivés sur les États-Unis et sur l’OTAN, il soigne sa relation avec la Chine bien que dans la réalité, le partenariat penche en faveur de Pékin. Pour synthétiser, sa conception de la politique étrangère se fonde sur le rapport de forces, pas sur une coopération harmonieuse. D’où les images, fausses ou faussées, qui font de Poutine soit un joueur d’échec, soit un karatéka... Je pense aussi qu’il soigne son image pour donner cette impression, quand ce qui le guide me semble dicté par une vision très 19e siècle des empires et de la place qu’ils occupent/occupaient.

 

PdA : Si on se place du point de vue de la Russie, ex-superpuissance mondiale qui a vu son empire s’effondrer et tenté tant bien que mal, tout au long des années 1990, de s’introduire dans le jeu de la communauté internationale, on ne peut s’empêcher de penser que, tout de même, certains dirigeants de l’OTAN et de ses pays membres ont fait preuve de désinvolture à l’égard de Moscou : on peut aisément comprendre le besoin ressenti par certains pays ayant vécu sous le joug communiste de rejoindre l’Alliance atlantique ; on peut tout autant concevoir que la Russie ait mal vécu des démarches similaires  - je pense à des initiatives de George W. Bush notamment - entreprises jusqu’au cœur de sa zone d’influence historique (Ukraine, Géorgie...), à deux pas de ses frontières. La survivance même, sous sa forme originelle, de l’OTAN, conçue contre la Russie soviétique, peut alimenter ce ressentiment. L’Occident n’a-t-il pas, plus ou moins involontairement, contribué à la résurgence d’un nationalisme russe qu’incarne parfaitement Vladimir Poutine ?

 

G.L. : J’admets avoir un biais professionnel, et répondre à la question en justifiant l’une ou l’autre attitude serait sans doute renforcer ce biais. Mais reprenons un peu la cinématique. Le discours russe, ces jours-ci, remploie à l’envi les soi-disant accords entre Gorbatchev et les puissances occidentales de ne pas s’étendre à l’Est. Or, c’est une révision du passé, parce qu’on fait d’un cas particulier - la situation de l’Allemagne au moment de la réunification en 1989-1990 - une sorte de cas général, et qu’on traite comme vérité, des ouï-dire, ou des témoignages quil faudrait nuancer et confronter aux archives.

 

Initialement, la question qui était posée était la suivante : si l’Allemagne se trouve réunifiée, peut-on concevoir qu’une partie appartienne à l’OTAN et l’autre non ? Dans les réunions et rencontres entre dirigeants américains, allemands et soviétiques, l’accord qui fut trouvé, nommé aussi traité « 2+4 », excluait le stationnement de forces OTAN étrangères sur le territoire de l’ex-Allemagne de l’Est. Cela garantissait que l’Ouest ne profiterait pas du retrait des forces pré-positionnées soviétiques pour s’y substituer et menace directement les pays encore membres du Pacte de Varsovie. Mais on parle là de l'année 1990, à une époque où, dans lesprit des dirigeants des deux camps, les blocs existaient et nallaient pas s'écrouler.

 

La dissolution du bloc soviétique, l’élargissement de la démocratie à l’Est, et le libre choix des nations d’adhérer à l’Alliance atlantique, à partir de la fin des années 1990, a sans doute une part dans la constitution de ce discours à la fois revanchiste et empreint de nostalgie. Mais là encore, il faut revenir à l’état d’esprit de cette époque : l’élargissement n’a pas été fait contre la Russie, il a été fait dans l’optique de maintenir des liens stratégiques étroits avec elle. Qui donc sait et se souvient que la Russie appartient aux premiers bénéficiaires du Partenariat pour la Paix ? Qui donc sait que la Russie possédait une plate-forme de partenariat dédiée avec l’OTAN et l’Alliance atlantique, le Conseil OTAN-Russie établi en 1997 (aujourd’hui en sommeil) avec l’Acte fondateur qui renforçait les liens et activités avec la Russie ?

 

Les visions d’une Russie entourée, encerclée, par les Alliés occulte le fait que les Alliés, dans ce stade de discussion, s’engageaient à ne pas déployer d’armes nucléaires sur le territoire des nouveaux entrants, pour justement éviter de brusquer la puissance russe et provoquer un retour en arrière. Mais les tensions nées de l’opération au Kosovo, les révolutions de couleur en Ukraine et en Géorgie, ont favorisé l’émergence d’une défiance permanente, instrumentalisée par le pouvoir en place, pour dénoncer une invasion rampante. Mais, étonnamment, peu s’interrogent sur les raisons pour lesquelles des pays satellites ou anciennement alliés de la Russie se rapprochent de l’Alliance et de l’Union européenne... On y voit forcément la main de Washington, mais c’est peut-être très rapide et caricatural.

 

« L’Occident a sans doute négligé une certaine

sensibilité russe à l’Histoire... »

 

Je ne dis pas que l’Occident ne porte pas de responsabilité, non plus. J’estime que nous avons cédé facilement à l’idée que la Russie était un partenaire comme un autre, et nous avons perdu tout intérêt stratégique pour la Russie, en le remplaçant par une sorte de rêve et d’aspiration économique. En croyant que la libéralisation et le jeu du marché allaient transformer et bouleverser le pays - ce qui a eu lieu, mais de façon anarchique et sans porter les résultats attendus - les puissances occidentales ont surtout vu le fantasme d’un Eldorado du business, occultant le rôle des acteurs politiques, leurs perceptions et peut-être, indubitablement pour certains, leur sens de l’histoire. Au risque de faire une comparaison un peu osée, les Russes sont ancrés dans l’histoire quand nos élites ont basculé dans un univers post-moderne déconnecté de cette même mise en perspective.

 

PdA : Quelles relations avons-nous vocation à entretenir aujourd’hui avec la Russie ? Avec l’Ukraine ?

 

G.L. : Les relations avec la Russie ne sont clairement pas au beau fixe, et les décisions prises à la suite de la crise ukrainienne, l’an passé, ont cristallisé les tensions. Prenons l’exemple des mesures décidées par l’OTAN. La coopération que nous avions avec la Russie et les échanges réguliers ont été suspendus. Le Conseil OTAN-Russie ne se réunit plus, et je ne crois pas qu’il le fasse avant longtemps, car il faudrait pour cela que la Russie accepte de revenir à la table des négociations et discute des problèmes qui nous concernent tous. En revanche, tous les canaux de discussion n’ont pas été fermés : les ambassadeurs continuent de travailler ensemble et nous maintenons ouverts les moyens de parler avec les Russes, ne serait-ce que pour éviter des risques d’escalade et de méprise. De son côté, l’Union européenne a lancé des sanctions économiques dont la portée est souvent discutée, mais qui ont un véritable impact. En effet, au-delà de leur portée effective et de ce que signifie « frapper au portefeuille », ces sanctions envoient un signal politique fort, et encourageant quant à la capacité de l’UE à devenir un acteur essentiel dans la possible résolution de la crise ukrainienne. En outre, la prolongation des sanctions - alors que certains s’interrogeaient sur la décision de quelques pays courtisés par Moscou - rappelle que l’UE sait, quand elle le veut, tenir ferme ses engagements.

 

Sur les relations futures, je ne vois pas d’évolution à court terme. Force est de constater que si nous avons besoin de la Russie dans nombre de dossiers, l’inverse est aussi vrai. Nous devrions au moins admettre que si nous ne partageons pas les mêmes valeurs, au moins, nous avons des intérêts en commun qui devraient inciter à plus de flexibilité. Mais cela ne doit pas se faire en violant les règles du droit international, en piétinant les frontières reconnues et en agissant en flibustier.

 

« Il n’existe aujourd’hui aucun consensus quant

à une accession de l’Ukraine à l’Otan »

 

Quant à l’Ukraine, il existe un consensus sur la nécessité de réformer cet État, de le renforcer et de l’appuyer. Mais cela ne peut se faire à n’importe quel prix, et il n’existe ainsi pas de consensus sur un accès de Kiev à l’OTAN, pas plus que sur lacheminement dune aide militaire conséquente aux forces armées et aux forces de police ukrainiennes. C’est de la responsabilité individuelle des États et des nations que de soutenir ouvertement Kiev. Là encore, rappelons que lOTAN est dabord un ensemble de nations souveraines, et quon ne leur force pas la main. Les décisions sont prises selon la règle du consensus, ce qui veut dire aussi que le leadership américain, quon agite tel un chiffon rouge, est fantasmé. Pour ma part, je ferai une simple constatation. Il y a vingt ans, la Pologne et l’Ukraine, qui ont une population et un territoire semblables, et appartenaient tous deux au Pacte de Varsovie, étaient dans la même situation économique et politique. Aujourd’hui, et sans tirer plus de leçons qu’il n’en faut - notamment en rappelant les problématiques complexes liées à leur histoire propre - qui oserait nier que l’on ne pourrait trouver voies plus différentes qu’entre la Pologne, membre important de l’OTAN et de l’UE, géant économique à l’Est et l’Ukraine, déchirée par une terrible guerre et qui peine à sortir d’une crise rampante ?

 

PdA : Les révélations récentes à propos d’actes d’espionnage caractérisés par les États-Unis à l’encontre de leurs alliés français et allemand notamment imposent-elles, à votre sens, une redéfinition de nos partenariats militaire, diplomatique et économique avec Washington ?

 

G.L. : Dans le jeu hypocrite qu’est l’espionnage, la seule faute, c’est de se faire prendre. Au-delà des cris d’orfraie et des dénonciations, il faut raison garder et ne pas sur-réagir. En outre, écouter, ce n’est pas forcément entendre.

 

PdA : Avez-vous une position arrêtée quant à la stratégie à adopter s’agissant de la lutte contre l’organisation État islamique ?

 

G.L. : Hélas, si tel était le cas, je pense que d’autres auraient déjà proposé la martingale ! Je constate surtout que l’entrée de la Russie dans le jeu a complexifié les choses, et ne risque pas d’améliorer sensiblement la situation au Moyen-Orient. Les récentes coupures de presse montrent ainsi que depuis les bombardements de l’armée russe, le flot de réfugiés s’accroît... En étant un peu précis, et plus que des recommandations, je crois qu’il faut combiner plusieurs lignes d’opération et maintenir un effort constant dans les domaines suivants :

- La poursuite d’opérations militaires pour frapper Daesh et ses centres logistiques, lui interdire tout repli et forcer l’organisation à régresser, de quasi-État - ou d’organisation soi-disant étatique - au groupe qu’il était jusqu’alors.

- La privation de ses moyens de financement, et une lutte efficace contre ses moyens de subsistance : pensez que les fonctionnaires irakiens qui sont en zone occupée par Daesh continuent d’être payés par l’État irakien, et que Daesh prélève un pourcentage sur ces transactions ! Et je ne parle pas du trafic de pétrole ou de la contrebande d’objets archéologiques...

- Lutter contre le flot de combattants étrangers qui rejoignent Daesh et qui font peser, par leur retour possible, une menace forte d’actions dites « obliques », c’est-à-dire la perpétration d’actes terroristes par des personnes issues de ce même pays mais entraînées, et subventionnées par Daesh. Des sortes d’attentats contre Charlie, puissance 10.

- Lutter contre la propagande de Daesh. Prosélyte et très perfectionnée, la communication de ce groupe est à la pointe du progrès, en usant le plus récent des connaissances sur l’emploi des réseaux sociaux. Il faut poursuivre nos efforts et lutter efficacement dans le cyberespace contre cette menace.

- Soutenir les acteurs régionaux et nos partenaires qui sont en première ligne, comme la Jordanie et le Liban, pour éviter un effet de contagion de la crise.

 

PdA : Justement... Craignez-vous la survenance d’attentats terroristes majeurs sur le sol ou contre les intérêts français ? La population, et je rebondis en cela sur ma première question, est-elle efficacement sensibilisée en la matière ?

 

G.L. : Il me paraît difficile d’être vraiment préparé. La résilience, d’abord, est une capacité à ne pas perdre, ce qui constitue notre essence, et à récupérer, même après un choc traumatique. Je pense qu’en la matière, le problème est d’abord générationnel, et peut-être aussi politique. Nous vivons dans un monde qui tend à devenir plus complexe, plus dangereux et plus difficile, mais nous nous évertuons à donner le change, à réagir au cas par cas, ou au coup par coup, au lieu de fonder une véritable stratégie qui identifierait sur un large spectre ce que nous voulons faire, et ce qu’on y engagerait comme moyens et ressources. Aujourd’hui, la plupart du temps, on fait le contraire : on part de ce qu’on a, et on voit ce qu’on peut faire. C’est ne rien comprendre à la stratégie. Il y a un très bon article du Professeur Hew Strachan qui s’appelle The Lost Meaning of Strategy et qui identifie ces pis-allers. Il faudrait que tous le lisent et agissent en connaissance.

 

Que la France soit un objectif et une cible pour des groupes radicaux, je le conçois aisément. L’actualité de l’année 2015 l’a montré. La réaction du gouvernement, les choix affirmés d’une moindre baisse du budget de la Défense et un maintien (voire un léger mieux) dans les politiques de ressources humaines militaires ont été généralement bien accueillis, mais existe-t-il une vision à long terme ? L’opération Sentinelle, qui vise à aligner des soldats dans les lieux publics et devant les sites susceptibles d’être attaqués, fait des militaires des cibles immobiles ; cela ne permet pas d’avoir un effet dissuasif, bien au contraire. De plus, si le côté psychologique n’est pas négligeable, on évoque rarement à quel point cette mission est exigeante, et lourde de contraintes, car l’armée qui opère sur le territoire, c’est un geste fort mais pas anodin du point de vue juridique.

 

« Créons un pont entre la société civile et le monde militaire »

 

Sur le cas français, je pense que l’on devrait redonner un rôle aux acteurs que sont les enseignants, et les éducateurs en général. La notion d’instruction publique, au travers de l’éducation civique et morale, ne devrait pas être délaissée - j’ai conscience que c’est très 3e République. On oublie souvent que la défense d’un pays et de ses valeurs commence à l’école, avec une compréhension de qui l’on est, d’où on vient et de là où on souhaite aller. Les enjeux ne sont pas simplement sécuritaires, ils visent à redonner du lien social. Je suis aussi très attaché au rôle que peuvent jouer les réservistes et anciens militaires, en créant un pont entre la société civile et le monde militaire, pour apporter un enrichissement et une connaissance mutuelle favorables.

 

PdA : Un dernier mot ?

 

G.L. : Alors que nous sommes en 2015, et que nous commémorons le centenaire de la Grande Guerre, il serait peut-être utile de revenir sur les enchaînements qui ont conduit à la Première Guerre mondiale. J’ai été très frappe par le livre de Christopher Clarke, The Sleepwalkers, qui montre qu’enchassés dans un système d’alliances, les acteurs politiques d’avant 1914 n’avaient finalement pas réussi à limiter l’escalade et la marche à la guerre. Cela me marque parce que l’on entend beaucoup, ici et là, des réactions alarmistes sur l’actualité et la possibilité d’une troisième guerre mondiale. À mes yeux, si tel est le cas, il ne faut pas s’attendre à rejouer ou à revoir une conflagration telle que celle vécue par nos grands-parents. La limite aujourd’hui toujours plus ténue entre guerre et paix, au profit de « paix froides » entrecoupées de périodes de tensions dans tous les domaines, et pas seulement militaires, me semble caractériser ce qui est une nouvelle normalité.

 

Guillaume Lasconjarias

 

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2 septembre 2015

Johann Chapoutot : « Pour les nazis, 1933 liquide 1789 et ses suites »

Johann Chapoutot, jeune historien de trente-sept ans, s’est imposé en quelques années comme l’un des grands spécialistes de l’histoire de l’Allemagne en général et du nazisme en particulier (il s’est notamment illustré par la parution, l’année dernière, de l’ouvrage de référence La loi du sang : Penser et agir en nazi, chez Gallimard). Deux ans après un échange plus que cordial mais qui navait cependant pas débouché sur un entretien, il a accepté, cet été, de se livrer à l’exercice de l’interview - et de se livrer tout court, d’ailleurs, au passage - pour Paroles d’Actu (mes questions lui ont été envoyées le 2 août, ses réponses datent de ce jour, 2 septembre). Je le remercie chaleureusement pour son implication dans ce projet, pour la bienveillance qu’il m’a témoignée. Et vous souhaite, à toutes et tous, une bonne lecture de cet article qui, je l’espère, vous donnera envie d’aller plus avant dans la découverte de ses travaux. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Johann Chapoutot: « Pour les nazis,

1933 liquide 1789 et ses suites »

 

La loi du sang

La loi du sang : Penser et agir en nazi (Gallimard, 2014)

 

Paroles d'Actu : Bonjour Johann Chapoutot, je suis ravi de réaliser cet entretien avec vous. J’aimerais, pour cette première question, vous inviter à évoquer en quelques mots ce qu’ont été les modèles de société historiques qui ont inspiré les théoriciens du IIIème Reich : quelle place l’exemple souvent fantasmé a posteriori de la cité militariste grecque de Sparte a-t-il tenu dans la réflexion ? quelles organisations de communauté passées trouvent grâce aux yeux de Hitler ?

 

Johann Chapoutot : On parle beaucoup de Sparte comme d’un modèle pour le IIIème Reich et on n’a pas tort. La cité lacédémonienne était exaltée comme une référence en matière d’organisation de la communauté : des hommes voués au combat, des femmes assignées à la procréation et au soin du corps, et une masse d’hilotes et de périèques asservis pour nourrir les citoyens-soldats. Pédagogues, journalistes, militaires vantent ce modèle à partir de 1933, et Heydrich s’y réfère explicitement dans un discours du 2 octobre 1941 qui porte sur l’organisation de l’Europe de l’Est (jusqu’à l’Oural) en passe d’être totalement soumise aux armes allemandes : il parle explicitement d’hilotisation de l’Europe. Tout cela est juste, mais on sait rarement que la référence à Sparte n’est ni gratuite, ni fortuite ou isolée : c’est toute l’Antiquité grecque, mais aussi romaine, qui est convoquée comme modèle (ou contre-modèle, selon les lieux et les périodes de l’Antiquité) par les nazis, car ils estiment que Grecs et Romains sont de race germanique.

 

Cette annexion raciale de l’antiquité méditerranéenne permet aux nazis de se revendiquer de la cité-État holistique antique, soit d’un modèle de communauté traditionnelle, pré-révolutionnaire, opposé à la société issue de Rousseau (le « contrat social ») et de la Révolution française. Goebbels proclame fièrement : « Nous avons effacé 1789 de l’histoire ». En effet : il s’agit de revenir à un modèle d’organisation humaine qui, en promouvant le tout contre la partie, le groupe contre l’individu, mette fin à ce qu’Alfred Rosenberg appelle « cent cinquante ans d’erreurs ».

 

PdA : Les tentatives visant à déstabiliser le régime républicain allemand, étonnamment avancé dans sa conception pour son temps, ont été pour l’essentiel le fait de factieux situés aux extrêmes de l’échiquier politique. L’édifice a su résister aux difficultés immenses nées de l’après-Guerre mais la Grande Dépression, avec les reflux massifs de capitaux étrangers qu’elle a entraînés, paraît lui avoir asséné le coup de grâce. Peut-on dire après coup que les puissances occidentales d’alors ont agi au mieux de ce qui était réaliste pour soutenir la république dite « de Weimar » ? Jusqu’à quel point l’accession de Hitler à la chancellerie - et ses conséquences funestes rendues possibles par sa grande habileté - est-elle évitable ?

 

J.C. : C’est le grand paradoxe : la communauté internationale a été très dure à l’égard de la République de Weimar, identifiée à l’Allemagne éternelle, à un rejeton supplémentaire d’une histoire forcément militariste, expansionniste et dangereuse. Alors qu’il aurait fallu tout faire pour aider les sociaux-démocrates arrivés, un peu malgré eux, au pouvoir en 1918, alors qu’il aurait fallu les aider à stabiliser la situation intérieure en pratiquant généreusement le crédit, en décidant d’une paix honorable et en n’accablant pas la République nouvelle au nom de l’Empire défunt, les Alliés, France en tête, ont imposé à cette première République démocratique, parlementaire et sociale de l’histoire allemande des conditions léonines. La chronologie est terrible : le Traité de Versailles est signé le 28 juin 1919, et la constitution élaborée à Weimar est adoptée, dans cette même ville, le 31 juillet. Autrement dit, l’hypothèque de Versailles pèse de manière évidente sur Weimar, et les deux villes sont irrémédiablement associées dans une commune répudiation : Carl Schmitt parlera même, dans le titre d’un de ses livres, du « combat » nécessaire contre « Weimar, Genève, Versailles » (Genève étant le siège de la Société des Nations, ndlr).

 

« L’échec de lexpérience démocratique

weimarienne n’était pas inéluctable »

 

Cela dit, il est aisé de refaire l’histoire : il faut aussi comprendre que la France, notamment, sort d’une guerre éprouvante, que des dizaines de départements sont fortement détruits par les combats et que près de deux millions de morts appellent réparation, si ce n’est vengeance. Le paradoxe est que l’on a été dur avec le doux (Weimar) et doux avec le dur (Hitler, à partir de 1933). Non pas parce qu’Hitler était bien dangereux au départ (jusqu’en 1936, il eût fallu une simple intervention militaire pour renverser son régime), mais parce que, entre-temps, le temps avait passé, et que les circonstances de 1935 ne sont plus celles de 1919 : on s’était lassé d’une dureté sans résultats à l’égard de l’Allemagne, et la crise de 1929 avait rendu le système des réparations parfaitement caduque. Il a d’ailleurs été abandonné avant même l’arrivée des nazis au pouvoir : un succès considérable de la république de Weimar, au passage, entre autres réalisations intérieures (vote des femmes, conventions collectives et libertés syndicales, stabilisation monétaire…) et extérieures (Locarno, entrée à la SDN, rapprochement avec la Russie-URSS…).

 

Ces succès montrent que l’arrivée des nazis au pouvoir n’avait rien d’irrésistible, et que la démocratie, fût-elle jeune, n’était pas vouée à l’échec en Allemagne. L’ascension d’Arturo Ui, pour parler comme Brecht, était bel et bien résistible. Mais c’est là une autre histoire, contrefactuelle, et étayée sur des éléments solides : on sait que c’est la droite dite « bourgeoise », celle de la camarilla présidentielle, autour d’Hindenburg, et de Papen, qui, pour conjurer une possible révolution soviétique en Allemagne, s’est alliée avec le NSDAP début janvier 1933. Les nazis se vantaient bruyamment d’avoir « pris le pouvoir » (Machtergreifung). Ils n’ont rien pris du tout, ils avaient trop peur de l’armée, légaliste et conservatrice, et ne se souvenaient que trop bien, Hitler surtout, de l’échec cuisant du putsch de 1923. Le pouvoir, on le leur a donné.

 

La nazisme et l'Antiquité Le meurtre de Weimar

J. Chapoutot est également l’auteur de Le nazisme et l’Antiquité et de Le meurtre de Weimar (P.U. de France).

 

PdA : Que sait-on de l’état de l’opinion allemande au tout début des années 30, j’entends, entre le Krach de 1929 et l’arrivée des nazis au pouvoir en janvier 1933, s’agissant non des difficultés économiques, criantes, mais du rapport du pays au reste de l’Europe ? Pense-t-on souvent, chez les tenants de la politique traditionnelle et de l’armée, dans les médias et au sein du peuple, en termes de « revanche », de « réunion des minorités germanophones », d’« expansion nationaliste » ?

 

J.C. : Le lien très particulier, dans l’histoire allemande, entre territoire et population, entre espace et nation (la seconde excédant largement le premier, car il y a des germanophones partout, dispersés par les migrations et les mouvements de l’histoire) ne se dément pas dans les années 1920, au contraire : Versailles crée des problèmes de « minorités » évidents, en attribuant des zones germanophones à la Tchécoslovaquie, à la Pologne, à la Roumanie, aux pays baltes, et en interdisant, au mépris des principes les plus élémentaires du droit international, mais aussi du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes solennellement proclamé par les 14 points de Wilson, l’Anschluss avec l’Autriche (l’Autriche sociale-démocrate qui vote son rattachement à l’Allemagne en novembre 1918 du reste…). Autrement dit, après la paix de Versailles, on n’a jamais vu autant de germanophones hors des frontières de l’Allemagne (ce sont 15 % de son territoire que le Traité enlève au pays) : il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que les voix les plus fortes et les arguments les plus durs de l’avant-1914 se fassent entendre…

 

Ces voix, et les nazis ne font là que répéter ce qui se dit chez les plus radicaux des pangermanistes et des expansionnistes de l’Allemagne wilhelminienne, réclament une concentration ethnique : ein Volk, ein Reich, donc – concentration mâtinée, pour les plus ambitieux ou les moins pacifistes, d’une expansion de l’espace dit vital. Les nazis veulent, a minima, parachever l’unité ratée de 1871 (car Bismarck, par pragmatisme et réalisme politique, s’était résolu à ne pas faire une nouvelle guerre à Vienne et avait opté pour la solution « petite-allemande »), veulent laver l’affront de 1918-19.

 

« Voter nazi au tout début des années 1930,

c’est voter pour la liberté et pour le pain »

 

Cela dit, pour l’opinion publique allemande, ce qui domine, en cette fin des années 1920, ce sont les préoccupations économiques et matérielles : du fait de la crise, terrible, la famine refait son apparition en Allemagne (mauvais souvenirs des années 1840 et de la Grande Guerre), et le niveau de vie chute vers des indices caractéristiques des années… 1860. Donc, quand on vote nazi en 1930, 1931 et 1932, on vote avant tout pour Freiheit und Brot, ce fameux slogan électoral nazi qui signifie « la liberté » (le retour de l’Allemagne dans le concert des grandes puissances, à égalité de droits avec les autres, contre Versailles) et « le pain ».

 

PdA : Le modèle de société nazi était-il en somme, philosophiquement parlant, férocement réactionnaire, fondamentalement révolutionnaire, ou un mélange plus « subtil » des deux ?

 

J.C. : Le débat est vif entre historiens depuis les années 1960. Les historiens marxistes ont vu dans le IIIème Reich un modèle achevé de réaction politique et sociale, le dernier soubresaut autoritaire et antisocial d’une bourgeoisie aux abois, d’une élite capitaliste dont la crise du modèle économique libéral ébranle la domination. D’autres historiens, pratiquant l’histoire sociale justement, ont montré tout ce que le régime nazi pouvait avoir d’émancipateur pour certains segments de la population allemande : politique fiscale et sociale avantageuse, congés payés, ascension sociale au mérite… autrement dit, le « socialiste » de national-socialiste n’était pas un vain mot, ne serait-ce que par réalisme politique, c’est-à-dire par volonté de s’acheter le consentement de la plus grande partie possible du peuple allemand. Par opportunisme et par nécessité de constituer un vivier et une postérité de cadres, le régime entend par ailleurs puiser partout dans la population de « bonne race ». Il s’agit d’aller chercher les talents partout où ils sont et non pas seulement dans les élites traditionnelles.

 

Cela dit, je suis partisan de prendre les discours nazis au sérieux, notamment quand des hiérarques du parti et du régime affirment, pour s’en féliciter, qu’ils ont enterré la Révolution française et ses suites, mais aussi ses principes (égalité et fraternité au premier chef). On ne doit jamais perdre de vue que les nazis considèrent leur œuvre comme une contre-révolution réussie : 1933 clôt à leurs yeux un cycle historique malheureux et néfaste ouvert par 1789.

 

PdA : On établit souvent, dans l’analyse de l’actualité du moment, des parallèles entre l’État islamique et le nazisme : la cruauté des moyens employés, la violence inhérente aux fins recherchées par les uns comme par les autres ; leur volonté commune d’éradiquer toute trace d’un passé qui contreviendrait à la doctrine, leurs visées radicales, profondément excluantes et totalitaristes comportent d’évidents points de ressemblance. Ces parallèles sont-ils justifiés de votre point de vue ?

 

« Oui, il y a matière à comparaison entre Daech et les nazis »

 

J.C. : Ils sont tentants. La radicalité des uns et des autres est comparable, et elle s’origine dans un même mélange d’opportunisme matériel (il ne faut pas oublier que Daech est avant tout une organisation mafieuse, une gigantesque machine à piller et à faire de l’argent, notamment à partir des ressources pétrolières et d’innombrables trafics) et d’engagement existentiel, religieux, eschatologique. Cela dit, comparer avec n’est pas comparer à, c’est à dire assimiler à. Les historiens distinguent toujours les contextes : comparer oui, c’est éclairant. Assimiler, non, c’est obscurcissant.

 

PdA : Quels sont vos projets, Johann Chapoutot ?

 

J.C. : Plusieurs livres sont sur l’établi. Ils touchent au nazisme, mais pas seulement, car c’est l’histoire de l’Allemagne et de la modernité (notamment économique, mais aussi écologique) qui m’intéressent aussi – et surtout. Le nazisme ne m’intéresse au fond que pour ce qu’il dit et révèle de notre modernité. Cinq livres m’attendent, ainsi qu’un long temps de recherches et de lectures auparavant. Je m’installe dans cette temporalité-là et essaie d’habiter un temps plus serein, celui d’une recherche disjointe des enjeux proprement académiques ou de carrière, qui sont désormais derrière moi. Mon objectif, ces dernières années, était, à marche un peu forcée, de bâtir un polder intellectuel en créant les conditions professionnelles de la sérénité intellectuelle. S’est désormais ouvert un temps pétri de lectures, d’écriture, de travail de la matière (pas seulement historique ou intellectuelle) et de longues heures passées avec mes enfants.

 

Johann Chapoutot

Source de l’illustration : Clio

 

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Vous pouvez retrouver Johann Chapoutot...

Édition de la présentation de l’article, le 25 septembre 2015.

16 décembre 2022

Didier Le Fur : « Les guerres d'Italie voulues par la France ont surtout provoqué de grandes souffrances »

En cette fin d’année, je vous propose un article grand format, fruit d’une lecture enrichissante - Les guerres d’Italie, un conflit européen (Passés/Composés, septembre 2022) - et d’une rencontre avec un passionné passionnant, l’historien Didier Le Fur, un des plus grands spécialistes français du XVIème siècle. M. Le Fur a dirigé la conception de cet ouvrage rassemblant quelques uns des meilleurs connaisseurs français et européens de ces guerres d’Italie finalement méconnues et qui pourtant ont été lourdes de conséquences quand aux cohésions nationales (les guerres de religion en découlent en partie, en France et dans l’espace germanique) et aux équilibres de l’Europe (à l’issue de cette période, les Habsbourg domineront l’Allemagne et l’Italie trois siècles durant).

Après lecture, nous avons échangé pendant près de 2h30, par téléphone, avec Didier Le Fur, à la mi-octobre. La retranscription fut longue, parfois laborieuse, il a fallu faire des choix pour une longueur d’article raisonnable - exit, une question sur Catherine de Médicis et des éléments de discussion relatifs à l’Histoire et à la politique - mais pour un résultat, je crois, qui intéressera celles et ceux qui viendront à bout de cette lecture. Je remercie en tout cas Didier Le Fur pour cet échange, l’ouvrage mérite réellement d’être lu, et j’en profite également, alors que 2022 touche à sa fin, pour remercier Amandine Dumas, qui fut précieuse pour la réalisation de cet article, et à travers elle, toutes et tous les attaché(e)s de presse. Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

Didier Le Fur : « Les guerres d'Italie

voulues par la France ont surtout provoqué

de grandes souffrances... »

Les guerres d'Italie

Les guerres d’Italie, un conflit européen (Passés/Composés, septembre 2022).

 

Didier Le Fur bonjour. Il est beaucoup question, pour justifier les aventures des rois de France en Italie à partir de 1494, entre Naples et Milan, de prétentions dynastiques. Dans quel cadre européen s’inscrivent ces débuts des guerres d’Italie ?

la fin du XVè en Europe

Le contexte est assez simple. La guerre dite de Cent Ans, qu’en France on a longtemps appelée guerre "contre les Anglais", s’est achevée sous Charles VII (1453). Il y a, dès lors, une reconstruction incontestable du pouvoir monarchique, avec également une réflexion sérieuse sur la pensée de l’État. Il y a eu une vraie possibilité, durant les XIVème et XVème siècles, de voir la France évoluer vers un modèle plus fédéral, mais l’option retenue fut celle de la centralisation, choix qui s’est par la suite constamment poursuivi. Après la guerre de Cent Ans donc, conflit qui a objectivement ruiné les finances royales, choix fut fait on l’a dit de recentraliser le pouvoir, et de reprendre l’État en main.

Parallèlement à cela fut signée, en Italie, la paix de Lodi (1454) qui était censée pacifier toute la péninsule. Elle intervient à peu près en même temps que la fin de la guerre de Cent Ans, et la prise de Constantinople par les Turcs (1453 dans les deux cas). Certes, la paix de Lodi va chavirer relativement vite  : au bout d’une vingtaine d’années il n’en sera plus vraiment question. En France, le travail d’unification du domaine royal avec les frontières du royaume s’accentue, un travail que l’on retrouve sous les règnes de Louis XI (1461-1483), Charles VIII (1483-1498) et Louis XII (1498-1515), jusqu’à François Ier (1515-1547), de l’annexion de la Provence à celle  de la Bretagne au domaine royal. Centralisation et accroissement de la puissance territoriale vont de pair dans le cas de la France. Et cette puissance-là, qui est incontestable, va donner d’autres ambitions aux rois de France pour revendiquer des droits, notamment ceux échus après la mort de René d’Anjou et de Charles du Maine à Louis XI. Des droits sur des terres plus lointaines, dans la péninsule italienne, désignées sous l’appellation de royaume des Deux-Siciles, et qui devint le royaume de Naples, pour ces mêmes Français après 1496. La revendication d’un territoire par le droit est coutumière, c’est en grande partie comme cela que le royaume de France s’est augmenté. Ce sont ces droits-là qui vont amener à la fin du XVème siècle les rois de France en Italie...

 

Merci... Cadre intéressant, avec ce lien fait avec la guerre de Cent Ans...

C’est une suite, forcément. Et ces guerres d’Italie vont s’arrêter à la fois en raison des problèmes économiques, puis des guerres civiles en France. Sinon on aurait continué, je crois que c’est une évidence... La paix du Cateau-Cambrésis de 1559, fut regardée comme une pause : il n’y a plus d’argent nulle part,  autant du côté français que du côté hispano-impérial. Cette légende des richesses d’Amérique, pour les Espagnols, a envahi l’historiographie au XXème siècle, mais dans les faits Charles Quint, et même Philippe II (son fils, roi des Espagnes de 1556 à 1598, ndlr), avaient de gros problèmes d’argent... Et la seule qui va en profiter réellement, ce fut Gênes... Si les guerres de religion - vous aurez remarqué que contrairement à leurs voisins les Français ne font jamais de "guerres civiles", des "révoltes", des "jacqueries" ou "des révolutions" oui, mais pas de "guerres civiles" - n’étaient pas intervenues, celles d’Italie se seraient poursuivies.

 

Avec cette question on fait un bond dans le temps : François Ier a-t-il perdu cette si importante élection impériale de 1519 aussi par la crainte qu’inspirait alors la France, puissance agressive, aux princes et aux prélats européens ?

le duel Charles/François

D’abord, il y a une différence d’âge. D’un côté, un jeune homme de 19 ans qui jusque là n’a jamais fait la guerre. Charles Quint est devenu ce qu’il est devenu parce qu’il était né Habsbourg, autant pour l’Espagne que pour le titre de roi des Romains, qui va lui conférer la charge impériale. De l’autre côté était François Ier, 25 ans, avec déjà un passé militaire glorieux : il avait Marignan (1515) derrière lui, bataille qui lui permit la conquête du duché de Milan  ; elle affirmait une capacité militaire incontestable, et c’est d’ailleurs à cette occasion que cette bataille fut racontée puisque jusque là, cela n’avait pas été fait.

Dans la propagande que les Français vont développer pour justifier cette candidature française, il était impératif de démontrer la capacité de François Ier à assumer la protection de l’espace germanique  en plus de la protection du royaume de France. Cette victoire de Marignan et la conquête de Milan en étaient les preuves. Un élément important, car la puissance ottomane était proche des frontières impériales et tentait de grappiller des territoires vers la Hongrie  ; elle avait déjà conquis la Croatie...

Il y avait cette idée, toujours, de montrer qu’un prince se devait être un prince guerrier capable de conduire des armées et de les mener à la victoire. Et ce point-là fut l’atout de François Ier sur Charles Quint. Reste que la défense des frontières ne fut pas le seul argument retenu par les Français, il y a eu aussi tout un discours autour des liens communs entre Français et Germains que l’on fit remonter jusqu’aux origines gauloises, avec cette idée qu’un roi de France pouvait donc gouverner des Allemands puisque français et allemands auraient été à l’origine un seul et même peuple.

Le plus gros problème pour François Ier fut de briser ce courant déjà bien en place où les identités nationales se renforcent, il n’y parvint pas : le fait d’être gouverné par un étranger était devenu de moins en moins supportable à beaucoup. Alors certes, le Habsbourg était autrichien, il n’était pas totalement allemand, mais de par ses liens avec de précédents empereurs  : Maximilien Ier (son grand-père Habsbourg, ndlr), et Frédéric V, son arrière-grand-père, il correspondait davantage à l’imaginaire allemand qu’un Français qui lui avait une toute autre conception du pouvoir et de l’organisation politique.

Il faut ici reparler de la centralisation de l’autorité royale, étrangère à la plupart des États allemands dans l’Empire. La définition même de cette Allemagne qu’on connaît aujourd’hui, fédérale, est un peu une résurgence de ce Saint-Empire germanique. Certains territoires ont été absorbés par les uns et par les autres, mais finalement l’idée des Länder, de cette construction régionale, existait déjà au début du XVIème siècle. C’était d’ailleurs un peu compliqué de pouvoir imaginer qu’un roi de France, avec cette politique de centralisation qu’ils connaissaient et pouvaient critiquer, puisse être leur chef...

 

Intéressante perspective, opposant déjà les libertés germaniques au centralisme français...

Oui exactement. Mais le même problème se présente avec l’Italie.  Et c’est pourquoi Charles Quint va être mieux accepté que les rois de France. Même si la position française, avec cette autorité, et principalement sous Louis XII, calmera aussi les factions internes qui mettaient à feu certains territoires.

 

L’alliance de la France de François Ier avec l’Empire ottoman, autant dire le grand épouvantail pour le monde chrétien, a-t-elle provoqué des remous au sein de la société française ?

l’alliance avec l’épouvantail ottoman

Disons qu’ils ont été très astucieux, ils ont présenté cela comme une alliance commerciale, qui n’est pas une alliance politique. On a le droit de s’associer pour faire de l’argent. Notons que Venise était l’état chrétien le plus puissant dans le monde oriental à la fin du XVème siècle, et une des volontés de Louis XII fut de réduire cette influence. Un traité commercial fut d’ailleurs signé avec le pacha d’Égypte, au tout début des années 1510 qui impliquait des facilités pour les marchands français sur les routes de Marseille ou de Gênes, via Alexandrie. Au même moment, il y avait aussi le chah de Perse, Ismaël Ier (1501-1524), qui commençait à faire parler de lui parmi les chrétiens  ; l’organisation de la Perse rassurait parce que les chiites ont un clergé  - c’est savoureux quand on songe à la manière dont on considère, maintenant, la religion en Iran. Dans leur imaginaire et dans leurs croyances, ils étaient regardés plus proches des chrétiens que les Turcs. On se disait alors qu’une alliance pouvait être possible dans la perspective d’une croisade, y compris pour se protéger des prétentions ottomanes dans les Balkans, en Hongrie, et en Italie. Dès le règne de Louis XII, l’idée d’un relationnel économique certes, mais peut-être aussi politique, était déjà dans l’air. La puissance incontestable de Bajazet II (1481-1512) et de Selim Ier (1512-1520) rompit cette idée, tout simplement parce que la Perse fut conquise par les Turcs tout comme l’Égypte. Dans les années 1520, tout ce qui fut imaginé par Louis XII était devenu obsolète.

Il faut repenser les rapports avec l’Orient. Dans les années 1520, on songeait en France à développer un nouveau relationnel économique, et potentiellement une alliance, pas forcément militaire, pas forcément politique, mais qui correspondrait à une forme de soutien avec les Turcs, un lien que s’apporteraient deux ennemis face à un ennemi commun bien identifié. Un peu comme Staline et Roosevelt s’associant contre Hitler à partir de 1941. Mais il était hors de question de mettre cela à découvert, tout simplement parce qu’un roi très-chrétien ne peut pas s’associer dans une alliance politique avec un prince ottoman, et inversement l’Ottoman n’eut pas non plus envie de s’allier avec un chrétien. On oublie souvent ce point, mais le sultan qui était plus puissant que le roi de France, n’avait pas intérêt à afficher au grand jour une telle association. Cette ambivalence, des deux côtés, va être respectée. Il y aura toutefois des relations, des ambassades, et un rapprochement réel après la défaite française de Pavie (1525) entre la France et l’empire de Soliman, et plus encore après 1530 : à partir de cette date, l’alliance politique fut effective, même si elle ne fut pas déclarée. Lorsque l’armée de Soliman, et surtout de Barberousse (le fameux corsaire ottoman, ndlr), va arriver à Toulon et y camper pour préparer le siège de Nice, la propagande royale trouva un stratagème assez extraordinaire : alors qu’officiellement il n’y avait pas de musulmans dans le pays, la propagande de François Ier annonça à une population peu au fait des affaires mondiales que Soliman souhaitait devenir chrétien. L’annonce de la conversion prochaine du sultan, qui justifiait l’accueil de ces soldats qui à la suite de leur souverain allaient devenir chrétiens eux aussi, ne manque pas de sel.

 

Beaucoup d’habileté dans la politique royale en effet...

Oui, c’est intéressant : au moment où des Turcs vont poser le pied en France, la royauté va se retrouver coincée et devoir justifier ce que, des années durant, elle n’a pas assumé. Soliman devenu chrétien, cette alliance devenait concevable. Mais l’entente avec Soliman rentre dans une politique plus vaste  que François Ier entreprit au début des années 1530: la recherche des soutiens de tous les opposants à Charles Quint, dont les princes protestants allemands, les cantons suisses protestants, et bien sûr l’Angleterre... Même si cette dernière alliance tiendra surtout du vivant de Catherine d’Aragon (la première épouse déchue d’Henri VIII, elle était également la tante de l’empereur, ndlr) : sa disparition éteindra une grande partie les griefs nés entre Henri VIII et Charles Quint après son divorce, ce qui provoquera des renversements d’alliances.

Mais Henri VIII, finalement, est un prince secondaire dans ce jeu. À l’époque Soliman est bien plus puissant que tous les autres, à l’exception de Charles Quint. On a tendance, aujourd’hui, à considérer ce sultan comme négligeable dans ce conflit, voire anecdotique, et à donner à Henri VIII la même place qu’un François Ier ou qu’un Charles Quint. Considérez, aujourd’hui, une guerre entre Poutine et Biden, et mettez Macron au milieu.  Ça ressemble à ça : il existait une puissance anglaise politique, financière et militaire certes, mais son influence était réduite. Cet oubli parce que, par la suite, l’Angleterre devint une puissance énorme, et tint tête au royaume de France, comme pendant la guerre de Cent ans, et lui infligea plusieurs défaites successives, je pense notamment au temps  napoléonien. Au début du XVIème siècle, l’Angleterre, c’est 5-6 millions d’habitants et un État qui sort d’une longue période de guerres civiles, et si Henri VIII reprit place dans le concert européen, il ne put prétendre à autre chose qu’à une place d’arbitre. Certainement pas celle d’un belligérant à part entière, et à cette époque, la puissance d’un souverain et d’une nation tient essentiellement à leur capacité à être belligérant à part entière.

 

La France a-t-elle manqué en cette époque, par ses méthodes plutôt brutales de domination, des occasions de s’attacher des alliances équilibrées, solides et durables en Italie ? On songe aussi à Napoléon qui n’a vu ses alliances avec les États de la tierce Allemagne que comme un moyen d’assoir la puissance française...

Italie et centralisme français

Longtemps les dirigeants français ont cru que la puissance armée suffisait, avec un peu de diplomatie par-ci par-là.

C’est une vraie question : comment faire coïncider les principes d’unification, d’autorité et de puissance avec le vivre ensemble. La France fut sous le règne de Louis XII la première puissance européenne, riche par l’étendue de son territoire, la qualité de son sol et sa population nombreuse. Certes, il y avait parfois des famines à cause de mauvaises saisons, mais c’est peu par rapport à d’autres États qui n’avaient pas de quoi nourrir leur population en raison de l’étroitesse de leur territoire, du relief de celui-ci, et devaient recourir à l’importation de blé, etc... Cette puissance française a su conquérir des territoires limitrophes, de langue française et avec des habitudes françaises, mais pas les autres. Pour Charles VIII, on a pu parler d’inexpérience pour Naples. Pour Louis XII, le problème fut presque le même dans le même royaume. À Milan et à Gênes, en revanche, cela fonctionna mieux, si l’on se place d’un point de vue impérialiste, malgré l’autoritarisme des Français. Il est intéressant de voir que Louis XII n’a jamais été critiqué directement ni à Gênes, ni à Milan  ; il y avait un vrai respect pour le personnage mais aussi une vraie opposition envers les Français sur le terrain : leur violence, leur grossièreté, et cette manière de se comporter avec un rapport de dominant à dominé...

Le fonctionnement très hiérarchisé de la société française ne pouvait être accepté dans des cités qui, malgré leur imperfection, avaient tout de même installé une forme de régime avec des pouvoirs partagés. Ce système français, qui prévalait partout sur le territoire national, va être imposé avec peu de finesse dans les territoires conquis, parce qu’il était considéré, par ces mêmes Français, comme le meilleur. Mais, comme je vous le disais tout à l’heure, ce qui peut fonctionner pour supprimer des factions dissidentes au sein d’un État montre aussi ses limites, parce que cela coûte cher d’entretenir une armée d’occupation, et qu’on n’impose pas impunément une domination extérieure à des peuples habitués à des formes de liberté où ils trouvent leur compte...

 

De ce point de vue, c’est bien expliqué dans le livre, Charles Quint et les Habsbourg ont fait preuve de davantage de compréhension, et de finesse...

Parce qu’eux vivaient avec cet empire aux pouvoirs partagés. Regardez Maximilien Ier, souvent il ne put monter une armée conséquente parce que la Diète (assemblée réunissant les États et cités membres du Saint-Empire, ndlr), lui refusait l’argent. Pourtant la puissance de l’empire germanique à cette époque est réelle. L’empire est aussi grand que la France démographiquement parlant, il est relativement riche aussi, il y a du commerce, de quoi nourrir la population... Si son fonctionnement avait été à l’égal de la monarchie française, il y aurait largement eu de quoi concurrencer le roi de France, voire l’empêcher sérieusement dans ses ambitions expansionnistes. Mais privé du soutien financier de la Diète et des revenus  personnels insuffisants pour mener une guerre sur le long terme, les tentatives  de Maximilien Ier ont rapidement tourné court. Les hispano-impériaux ont eu cette intelligence pragmatique consistant à respecter les libertés, notamment la liberté de commerce en Italie. Ils n’ont pas imposé une autorité politique sévère.

 

Quand on regarde l’état de l’Europe à la fin des guerres d’Italie on se dit : tout ça pour ça ? La France n’aurait-elle pas eu meilleur compte à pacifier et à développer son domaine plutôt que de chercher querelle à d’autres ?

(Rires) C’est ce qu’on a répété cent fois à Charles VIII, à Louis XII, à François Ier, à Henri II... Il y a une jolie phrase qui avait été adressée à ce dernier, quelque temps avant qu’il ne signe la paix du Cateau-Cambrésis (1559) et qui disait en substance : "Vous allez avoir 40 ans, vous commencez à avoir des cheveux blancs, occupez-vous de vos châteaux, occupez-vous de vos affaires et de votre famille, ces guerres ne servent à rien..."

 

D’autant que les gains semblent avoir été très faibles...

bilan globalement...

Sur le plan territorial, et toujours si l’on se place d’un point de vue impérialiste, le bilan fut pratiquement nul. Sauf les cités de Toul, Verdun et Metz qui ont été conservées après le traité du Cateau-Cambrésis, parce que la paix s’est faite avec l’Espagne, non avec l’empire. Calais et Thionville furent, quant à elles des villes reprisent à l’Angleterre. Mais il faut considérer toutes les souffrances endurées par la population pendant ces années. Songez à Alexandrie, ville du duché de Milan ravagée à chaque fois que les Français franchissaient les monts, songez aux sièges et aux pillages de Milan, Pavie, et bien d’autres villes encore en Toscane ou dans le royaume de Naples, à ces hommes et ces femmes qui payèrent de leur vie les ambitions de quelques uns. Cette violence française, ces destructions, ont été zappées de notre imaginaire et de nos souvenirs. Alors que ce fut terrible. Et je ne parle même pas des épidémies, des problèmes alimentaires, de la destruction de terres agricoles qui s’y ajoutèrent... Ce fut là un appauvrissement incontestable de la péninsule, que les Italiens mirent des années à relever.

De tout cela, les Français furent responsables parce que conquérants, d’ailleurs cela faisait partie de leur stratégie. Avancer en force, semer la terreur pour que les autres villes ensuite obéissent et se rendent. Ils n’ont pas vu les conséquences d’une telle stratégie, mais sans doute aussi, à leur corps défendant, savaient-ils qu’une conquête éclair, une bataille victorieuse et un traité de paix imposé rapidement pouvaient tout changer. C’était tellement vulnérable, tout ça...

Ce qui est intéressant, c’est ce qui se construisit alors : de plus en plus, des nations vont s’entendre pour lutter contre un ennemi commun. Auparavant l’ennemi commun, c’était le Turc. L’idée d’union de pays chrétiens contre un ennemi de la Foi était une évidence depuis des siècles. Mais que des États chrétiens s’unissent contre un autre État chrétien pour le détruire, ou pour l’empêcher de nuire, ça c’était nouveau. C’est Louis XII qui va contribuer à faire de ces conflits italiens un conflit européen, notamment dès les problèmes avec Naples et Ferdinand II, en essayant de monter une armée sur les Pyrénées et la côte de Barcelone. Il va échouer mais l’idée resta. L’union qu’il établit en 1508 contre Venise avec Maximilien Ier et Jules II en est la preuve. Reste que cette stratégie se retourna bientôt contre lui et la France. Sous François Ier, peu à peu, les conflits vont se déplacer de la péninsule - où les Français pourront de moins en moins rentrer - vers les territoires de France. Cette guerre de François Ier avec Charles Quint passe pour une guerre dont l’enjeu serait le contrôle du territoire de l’autre, or, ce n’est qu’un déplacement des conflits, dont l’origine reste l’Italie. Si François Ier n’avait pas été obsédé par l’idée de conserver Milan, pour lui ou pour l’un de ses fils, tout se serait arrangé après 1525.

Il faut observer aussi qu’alors, la querelle d’un prince, si elle n’était pas conclue, se transmettait à son successeur. Et finalement, entretenir les querelles faisait partie du devoir des souverains. C’est un élément important dans cette idée de continuité, dans cette lenteur et dans cette langueur de ces guerres.

 

Et comme vous le suggérez, la France s’est abîmée moralement à force de chercher querelle à ses voisins, avec qui elle aurait pu établir d’autres types de relation...

Oui, c’est sûr et certain. Les frontières n’ont quasiment pas bougé, pour de folles sommes d’argent dépensées, surtout pour de grandes souffrances humaines et des ravages territoriaux. Pour rien comme vous le dites, ou pour si peu. Mais quand on regarde, aussi, le bilan de toutes les prétentions napoléoniennes, hitlériennes ou autres, finalement on en arrive toujours un peu au même résultat  : le pouvoir de la nation, de la frontière. Ce sont des sujets sur lesquels on avait pas mal travaillé dans les années 1970. Puis ces sujets ont été délaissé été, peut-être parce que l’union Européenne avait abattu la puissance de l’idée de nation et muée la symbolique de la frontière. On ne faisait plus la guerre en Europe, on pensait être protégé, donc travailler ces questions ne servait plus à grand-chose, avait même des relents nationalistes pas très heureux. Or, ce problème nous revient là comme un boomerang, en pleine figure avec la guerre russo-ukrainienne. Songez aussi au discours du président chinois il y a quelques semaines en direction de Taïwan. Cette fragilité du monde, on était convaincu d’en être protégé, nous européens. Les rapports indirects d’un conflit russo-ukrainien  voire d’une asiatique nous touchent aussi, financièrement et économiquement certes, mais peut-être aussi politiquement un jour.

 

À la fin des guerres d’Italie, l’empire Habsbourg a l’ascendant sur les royaumes ibériques et sur une bonne partie de l’Europe allemande, tandis que l’Angleterre commence à regarder sérieusement du côté des mers qui feront sa gloire - Elizabeth I n’est pas loin. La France a-t-elle repensé son positionnement européen et mondial à ce moment-là, et n’a-t-elle pas raté une entente qui, dans un esprit de revers, eût été naturelle, soit avec les impériaux, soit avec les Anglais ?

les yeux tournés vers les mers

La concurrence, la haine même avec les Habsbourg était tellement énorme qu’il était compliqué d’envisager une entente. Si la paix des Dames (1529) a existé (elle mit fin à la septième guerre d’Italie et fut signée par la mère du roi de France et la tante de l’empereur, ndlr), c’est parce que François Ier et Charles Quint étaient incapables de se retrouver l’un l’autre en face à face. Évidemment que dans les faits, les souverains étaient à la manoeuvre, la paix est une question trop importante qui implique des territoires, il était inconcevable de laisser une paix se faire entre personnes n’ayant pas officiellement de pouvoir.

Il est évident que, jusque dans les années 1530, ce qui se passait de l’autre côté de l’Atlantique n’était pas la chose la plus importante, tant pour les Français que pour la très grande majorité des autres États d’Europe : dominer l’Europe c’était dominer le monde. Ces conquêtes étaient vues comme subsidiaires  ; en France, on ne savait pas trop d’ailleurs ce que ça rapportait. Par ailleurs, le royaume avait été exclu du partage des terres nouvelles du continent américain par la papauté d’Alexandre VI  ; certes, depuis Louis XII, il y avait bien des armateurs privés qui s’y aventuraient, quelques voyages réguliers furent même entrepris par des armateurs rouennais notamment, mais cela restait marginal. D’ailleurs, à cette époque les côtes africaines restaient souvent plus attractives pour les Français, tout simplement parce qu’avec le cabotage on a moins besoin de navires. Il ne faut pas oublier que la France n’était pas encore un pays maritime. Preuve en est que, pour la campagne de Naples de Charles VIII, celui-ci fut obligé de construire en vitesse des bateaux, d’en louer au Portugal et à la république de Gênes. La France n’avait pas le matériel pour faire de grandes expéditions, et pour tout dire elle n’en avait pas l’ambition. La France regardait vers les terres, pas encore vers la mer.

À partir des années 1530, il y eut ces voyages de Jacques Cartier, qui honnêtement ont été largement magnifiés par les historiens français, et notamment après 1830, parce qu’il fallait bien qu’on ait nous aussi un découvreur comme les Portugais, les Italiens et les Espagnols, mais l’homme prit une route connue des pêcheurs de morue depuis longtemps. Rien de vraiment exceptionnel. D’autre part, il n’était pas noble. Or, pour faire une conquête et prendre le pouvoir sur un territoire au nom du roi, la personne se devait d’être noble pour pouvoir réunir le ban et l’arrière-ban (convoquer les vassaux et arrières vassaux, ndlr) et exercer la justice royale. Jacques Cartier fut financé, certes, encouragé, bien sûr, mais il fut surtout un éclaireur. L’aventure canadienne fut un fiasco. L’expérience brésilienne dont on parle bien moins, eut plus d’ampleur. Elle fut encouragée par les marchands rouennais dont on a déjà parlé qui avaient développé un commerce avec l’Amérique du sud, et qui incitèrent Henri II à tenter l’aventure. C’est l’épisode de la baie de Rio. Un projet politique aussi, puisqu’il fut envisagé d’y envoyer les protestants. Mais les rivalités, les ignorances, là encore à faire une conquête loin du territoire national s’avérèrent désastreuses. Quant la tentative de colonisation de la Floride, elle s’acheva piteusement en 1565, sous Charles IX (1560-1574). Des expériences qui pouvaient être utiles à l’idée de monarchie universelle que les rois de France entretenaient par ailleurs pour justifier leurs combats en Italie, mais dans lesquelles ils ne s’investirent jamais autant que pour les territoires de la péninsule. Ce ne fut que sous le règne d’Henri IV (1589-1610), qu’il fut reparlé plus sérieusement de nouvelles aventures vers le Canada...

 

J’avais lu d’ailleurs quelque chose de très intéressant à propos des Français qui, contrairement à d’autres peuples, ne s’expatriaient pas, et que cela avait beaucoup joué dans l’échec de ces colonies : contrairement notamment aux Anglais ou aux Hollandais, les Français ne s’installaient pas massivement outre-océan.

Oui, furent embarqués d’abord les plus pauvres. Ceux qui firent le voyage au début du XVIIème siècle étaient des paysans du Poitou, de la Charente, et des régions montagneuses sans guère de revenus. Ceux qui vivaient en ville, dans les plaines fertiles, qui avaient de l’argent où seulement de quoi se nourrir avec leur lopin de terre et leurs animaux n’étaient pas franchement intéressés par ce type d’aventure. L’intérêt de la bourgeoisie et d’une partie de la noblesse désargentée pour les colonies n’apparut réellement qu’au XVIIIème, lorsqu’ils se rendirent compte des profits qu’ils pouvaient tirer.

 

Nous commémorons cette année, à l’occasion de son 450e anniversaire, le massacre de la Saint Barthélémy. Peut-on établir des liens évidents entre ces guerres d’Italie et l’explosion des conflits religieux en Europe ?

après les guerres d’Italie, la guerre civile ?

Justement, en mettant ces guerres d’Italie de côté, on a oublié quelque chose d’important  dans l’explication du développement du calvinisme, de loin la religion réformée la plus répandue en France - le luthéranisme n’a pas vraiment marché dans le royaume au XVIe siècle, sauf en Normandie. On a souvent expliqué ce phénomène - c’est en tout cas l’explication qu’on m’avait apportée à l’école, et longtemps après aussi - par l’influence des commerçants, notamment allemands et suisses, qui venaient aux foires de Lyon et qui avaient peu à peu converti, par leurs ouvrages et les liens d’amitié sceller avec la population française, de plus en plus de monde, notamment tout long de ce croissant qui de Provence, passe par le Languedoc, se prolonge en Guyenne, et s’achève aux limites de la Normandie. Or, c’était oublier que la plupart des soldats de l’armée royale d’origine française était de ces régions, et que, quand on est en guerre, le commerce s’appauvrit considérablement, que les échanges avec les États avec lesquels on se bat sont stoppés. Par ailleurs, les personnes de nationalité étrangère vivant en France, et alors que leur pays étaient en guerre contre le royaume étaient expulsés  ; il fallait attendre un, deux, trois ans parfois pour pouvoir recréer les liens. C’était bien trop irrégulier pour engendrer ce courant qui ne cessa de se développer à partir des années 1540, et plus encore après 1550.

À la fin du règne d’Henri II, près de 20% de la population française était susceptible d’avoir adhéré à la Réforme, ce qui est beaucoup quand on voit le système d’information, le temps mis pour le courrier, la faible diffusion des textes, etc. Et ça a touché toutes les classes de la société, notamment la noblesse. Or parmi cette dernière, beaucoup ont participé aux guerres de François Ier et d’Henri II : c’est un point qu’on a oublié, et qui pourtant est très clair dans des tas de récits, notamment italiens, dont on à pas fait cas. 6000 Suisses des cantons protestants, 6, 9 ou 12000 lansquenets ou reîtres allemands, protestants eux aussi, étaient avec les armées françaises, en Champagne, en Picardie, pendant des mois. En Savoie ils ont été là pratiquement tous les jours pendant près de 20 ans. Tout cela a incontestablement eu une influence. Ces protestants qui vivaient avec leurs pasteurs, à proximité de catholiques, même séparés par nations, échangeaient, forcément. Y compris bien sûr entre officiers. À la fin de ces guerres d’Italie, une grande partie de la noblesse française s’était convertie. Si cela n’avait été que le fait de commerçants ou de paysans, voire même de simples soldats, ça n’aurait jamais marché. Il aurait été facile de circonscrire, comme le pouvoir royal avait pensé le faire, les mouvements réformés  par des punitions violentes, des expulsions... À partir du moment où des gens de pouvoir ont mêlé la religion à la politique, comme cela fut sous François II et Charles IX jusqu’à la Saint Barthélémy, la force de la réforme en fut décuplée, et la résistance royale mise à défaut, au moins au début. C’est vraiment un point important : je suis totalement convaincu que ce temps de guerre et les zones des conflits ont participé fortement à la diffusion du calvinisme en France.

 

On associe beaucoup ce seizième siècle à une Renaissance culturelle foisonnante, à des histoires de gentilshommes aussi. On n’a pas vraiment ce ressenti quand on vous lit. En ce temps-là, il y a eu à la fois de la violence, des pillages culturels, ou bien aussi de véritables patronages d’artistes par les grands princes ?

renaissance et récits politiques

Il y a beaucoup de questions dans votre question. On l’a dit, l’échec politique fut total, et jusqu’au XVIIIème siècle il a été entretenu par les historiens. Ces guerres furent considérées comme un ratage, une illusion, une chimère exorbitante pour aucun bénéfice. Ces jugements sont aussi à replacer dans le cadre de la lutte Bourbon-Valois : les Bourbon sont arrivés au pouvoir à la disparition des Valois, une succession qui fut justifiée comme étant un choix de Dieu, afin de mettre de meilleurs rois sur le trône. C’est toute la propagande du règne de Henri IV pour expliquer son avènement, et qui grosso modo va durer jusqu’à Louis XVI dans les livres d’histoire. Sous Napoléon Ier, les critiques des guerres d’Italie sont toujours là, sans doute, pour condamner indirectement les guerres de l’empereur. Dans son ouvrage, Anquetil, s’il ne critique pas ouvertement les campagnes napoléoniennes, il ne se retient nullement pour condamner celles menées trois siècles plus tôt par les rois de France, sous-entendant que l’on dépense beaucoup d’argent, que l’on ruine la vie de milliers d’hommes pour quelque chose qui sera probablement éphémère.

La monarchie restaurée, à partir de 1814-15, ne pourra évidemment pas reprendre à son compte l’imaginaire d’avant 1789. La monarchie de Louis XVIII se voulut comme un régime d’avant l’absolutisme. Pour cette raison, la propagande royale invoqua des figures royales populaires, dont la réputation fut toujours bonne, et dont le souvenir est marqué par une politique modérée, et aussi assez éloignées dans le temps. Si Louis XII a fait ses guerres d’Italie, pour lequel il était critiqué, sa politique intérieure était considérée depuis la seconde moitié du XVIème siècle comme exemplaire  ; outre qu’il aurait été un bon roi, économe et parcimonieux, il portait avec lui cette gloire d’avoir fait baisser la taille de manière significative, chose extrêmement rare. Cette image de bon gestionnaire, de roi père du peuple qu’il s’était construite pour expliquer de son vivant qu’il pouvait gérer sinon le monde au moins la chrétienté, dans son ambition impérialiste, avait traversé les siècles, et n’était plus regardé que par le prisme national. Une politique fiscale qui, par ailleurs avait été rendue possible seulement parce que les états italiens sous sa domination payaient le manque à gagner en France. Il fut donc une figure essentielle au règne de Louis XVIII, tout comme le fut Henri IV, autre père du peuple, autre roi modéré et qui plus est, père de la dynastie Bourbon. Il faut aussi avoir en tête qu’en 1815, la France était occupée et donc dans l’impossibilité de faire la guerre. La France de Louis XVIII, en son commencement, ne pouvait se regarder impérialiste. Par ailleurs, sa situation économique n’était pas brillante. Et parce qu’il fallait toujours espérer autant dans l’avenir que dans le nouveau régime et tenter de rassembler ces Français déchirés, la propagande royale misa sur un élement qui pouvait unir tout le monde, l’existence d’un «  génie français  ». Un génie qui se serait exprimé autant par la création artistique, que par les sciences, etc.. et qu’il était plus aisé de développer alors, voire même de perfectionner.. Des thèmes qui étaient à la base de l’idéologie du progrès, à laquelle tous les régimes politiques adhérèrent au XIXe siècle puisque fédérateurs, cultivant ainsi et toujours cette «  particularité française  ». Par ailleurs, au même moment on vidait le Louvre, par la restitution de plus de 6000  œuvres pillées, lors des guerres napoléoniennes.  Dans ce contexte, fut entreprit une véritable politique culturelle devant prouver l’existence antérieur de ce «  génie  ». Le Louvre servit de pierre angulaire à ce courant. Car en plus de rassembler les œuvres françaises au Louvre, qui devint par ce biais le temple de la création française, fut commandé par le pouvoir des peintures devant illustrer les grands moments de ce «  génie  ». Ce fabriqua ainsi, peu à peu, deux récits  : celui de la «  civilisation française  » née de toutes les autres «  civilisations  » et que le Louvre allait désormais protéger, et celui d’une histoire de France en peinture, figurant les grands moments qui firent la gloire de cet état depuis ses origines, récit qui sous Louis Philippe sera définitivement installé au château de Versailles.

Parallèlement à cela, la monarchie entendit préserver ses principes moraux, ses valeurs, qui restaient catholiques. Elle développa ainsi tout un imaginaire d’avant le temps des hérésies, des luttes diverses et variées entre Français pour faire oublier les guerres civiles et les autres. Par l’intermédiaire des valeurs chevaleresques qui correspondaient si bien à l’idéal monarchique, on exalta aussi ce qui fut nommé l’esprit français. Et pour illustrer cette idée, il fut recherché dans le passé des figures qui auraient rassemblé en elles toutes les valeurs humaines et spirituelles encouragées par le nouveau régime. On trouva certes des capitaines, mais il fallait un souverain pour mieux assoir l’idée. Le chevalier Bayard, dont la popularité avait été remarquable depuis le début du XVIIe siècle, n’avait jusque là jamais été attaché à François Ier  ; on préférait se souvenir de lui sous le règne de Louis XII. Quant à François Ier, il avait été déclaré mauvais roi depuis le règne d’Henri IV, pour ses guerres perdues en Italie, justement, mais aussi pour sa prétendue légèreté et sa soumission aux femmes. Reste que l’homme avait fait bâtir des châteaux toujours debout et que l’on commençait à les restaurer. C’est alors qu’on se souvint de l’épisode de l’adoubement du roi par Bayard inventé par Symphorien Champier en 1525, et qu’il situa au soir de la bataille de Marignan. La popularité de l’un aida à la réhabilitation de l’autre. Par ce qu’il avait laissé à la France comme bâtisseur, mais aussi par son esprit chevaleresque recréé qui impliquait bravoure toujours indispensable, et le souvenir du faste d’une cour qu’il avait considérablement augmenté, preuve d’un état prospère, il devint rapidement un excellent roi, digne de servir de modèle au nouveau régime, incarnant à lui seul ce génie français. Ses frasques sexuelles devinrent de la galanterie civilisée, et ses dépenses, de la magnificence. Son temps fut redécouvert, les artistes de son époque sortirent de l’oubli. Tout cette mythification de cette époque va littéralement faire oublier, ou au moins rendre secondaires, ses échecs politiques et impérialistes. L’idée fut continuée sous la monarchie de Juillet et les autres régimes ensuite. Et fut inventé, toujours en rapport avec cette idéologie du progrès, ce temps de "renaissance", celle d’une nouvelle prise de conscience de l’Homme par rapport à son destin. L’historien Jules Michelet fut celui qui constituera le mieux ce concept, qui vit toujours. Alors certes, les guerres d’Italie dans ces nouveaux livres d’histoire ne seront pas oubliées, mais elles ne seront plus expliquées, justifiées, elles deviendront un décor pour argumenter cette révolution. Elles ne seront considérées que comme l’étincelle qui fit naître la «  Renaissance  », un prétexte,  et vont peu à peu disparaître de l’imaginaire collectif au profit d’un temps d’élévation de l’homme vers sa perfection. Les Français, dans cette affaire étant bien évidemment supérieurs aux autres, d’où l’invention à la même époque de la notion de «  civilisation française  » dont nous avons parlé tout à l’heure. Ce temps de guerres, de violences et d’échecs, mué en une nouvelle naissance devint un moment crucial et positif de l’histoire de France et des Français.

 

Pour le coup c’est une construction de récit politique, mais vous, avec votre regard d’historien, dans quelle mesure pensez-vous que c’était une manipulation des faits, et dans quelle mesure y a-t-il eu du vrai là-dedans ?

Il y a du vrai. Quand Louis XII arrive en Italie, il récupère toute la bibliothèque de Pavie. Les bibliothèques Sforza et Visconti sont à Paris, il faut le savoir... Il y a aussi tout l’imaginaire antique qui avait été délaissé et qui renait non pas seulement parce que les rois de France partent en Italie, mais aussi parce que cela convient parfaitement à leur propagande impériale, et peut illustrer visuellement la théorie des transferts des empires. Par ailleurs, la découverte des jardins, d’une autre forme d’architecture à influencée une forme de création en France, c’est incontestable. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’Italie était ravagée, et tout peintre, architecte, jardinier avaient besoin de commanditaire ou de mécène pour vivre. La France était un pays vaste et riche,  certains italiens ont été appelés, d’autres sont venus tenter leur chance.  Mais cette vague n’est pas si importante. Par ailleurs, l’idée de la collection a toujours existé. Elle était la preuve soit d’une érudition, soit d’un haut niveau de vie ou d’une élévation sociale.  Des Français ont enrichis leurs collections, certes, mais essentiellement des nobles, et souvent par le pillage, plus rarement par la commande ou l’achat. Mais ce sont des choses, je le répète extrêmement secondaires au regard de l’action politique.

 

Charles Quint a-t-il été un prince plus intelligent que la plupart des rois de France de cette époque ? Doit-on d’abord à son caractère l’échec de ses ambitions de constituer un empire chrétien universel et durable, à supposer qu’il l’ait eue ?

le mystère Charles Quint

"À supposer", comme vous dites en effet. Entre des thèmes de propagande qui justifient des levées d’impôts, des guerres et des conquêtes, et la réalité il y a parfois un monde. Mais ce fut pareil pour les Français : les rois qui se voulaient-ils eux aussi empereurs universels, y croyaient-ils vraiment ? Je ne sais pas et ne faisons pas de politique fiction...

Charles Quint était-il intelligent ? Je n’en sais strictement rien. Il se trouve qu’il a bénéficié dans sa vie de jeune homme d’une chance immense. En héritant de l’Espagne, puis en se faisant élire roi des Romains, il a presque sans rien faire acquis une puissance colossale, en Europe et de l’autre côté de l’Atlantique. Je pense qu’il était très bien conseillé. Comme je l’ai dit précédemment, les Allemands savent vivre dans des États composites alors qu’en France, avec cette idée d’unité territoriale et de centralisation du pouvoir monarchique l’imaginaire n’est pas le même. Les conquêtes impériales n’étaient pas moins autoritaires que les conquêtes françaises, mais les compromis que Charles Quint accepta pour conserver ses conquêtes furent bien plus grands que ceux envisagés par les Français.

Quant à cette idée de monarchie universelle, la propagande tant en France que dans l’empire, elle l’a entretenue dès le départ. Pour Charles Quint, elle se développa après son élection de 1519, puis après sa victoire à Pavie et la défaite de François Ier (1525), et le sac de Rome (1527) et d’avantage encore jusqu’à son couronnement comme empereur. N’oublions pas que coup sur coup Charles Quint était parvenu à mettre à genoux ses principaux rivaux chrétiens François Ier et Clément VII. Ces deux là vont ensuite, par un réflexe de survie, s’allier (la ligue de Cognac, etc...) sans plus de résultat. Il est un fait incontestable, en 1530, lorsqu’il se fait couronner empereur, Charles Quint est l’homme chrétien le plus puissant du monde et le rêve de la monarchie universelle sous son contrôle, une possibilité avec laquelle ses publicistes ont su jouer alors très intensément. Mais, dès 1531, il fera de son frère Ferdinand un roi des Romains. Dans le même temps, il donnera à sa sœur, Marie de Hongrie la régence des Flandres, en remplacement de leur tante Marguerite d’Autriche, décédée. Puis, dès qu’il en aura l’âge donnera à son fils Philippe II les Flandres et l’Espagne. Finalement, il n’y aura pas d’empire universel sous un seul homme. Politiquement et sur le plan matériel, ce n’est pas tenable. En revanche, le partage de cet immense territoire entre une même famille fonctionna. En fin de compte, le résultat de ces guerres d’Italie est bien là : c’est maintenant une famille, les Habsbourg, qui domine l’Europe chrétienne, avec à sa tête Charles Quint, soutenu par son frère, sa sœur et son  fils ; une domination qui va durer plus d’un siècle.

 

Mais donc, je reviens là-dessus, face à cette rivalité amère, et alors que les Tudor n’avaient plus vraiment d’ambition territoriale en France, on ne pouvait pas s’entendre avec les Anglais, même si de puissance moindre ?

Tout de même, dans les années 1520, Henri VIII rêve toujours de revenir en France. C’était sans doute impossible à faire, mais il pouvait y croire. La reprise de Calais par les Français en 1558 est restée dans le coin de la gorge de Mary Ière  puis d’Elizabeth Ière. Les ententes quand elles ont eu lieu ont toujours été ponctuelles, encore une fois parce que la puissance anglaise d’alors était secondaire. L’historiographie récente  a mis Henri VIII au même niveau que les autres, un peu comme on a fait pour certains intellectuels de ces temps.  Par ailleurs, Henri VIII, François Ier et Charles Quint ont tous eu de très longs règnes. Mais je le redis, l’Angleterre ne peut alors, par ses moyens et par ses hommes, qu’être un soutien. Elle a très bien joué ce rôle du reste, et  fit capoter à chaque fois les ambitions de l’un et de l’autre, un peu comme la papauté au même moment. Mais elle n’a rien gagné non plus. Ce n’est qu’avec la guerre contre l’Écosse, sous Elizabeth Iere que ce royaume prit une autre dimension. Notez qu’à la fin de sa vie (une fin de vie qui n’était pas prévue) Henri II envisageait très sérieusement une invasion de l’Angleterre et placer Marie Stuart à la place d’Elizabeth... Mais voir les rois de France quitter l’Italie pour mettre la main sur l’Angleterre et l’Écosse n’était pas du tout, non plus, dans l’intérêt de Philippe II...

 

La guerre de Cent-Ans n’était pas encore complètement terminée donc...

Tout cet imaginaire fait de rancunes et de rivalités va durer jusqu’au XXème siècle.

  

L’Italie n’a pas été unie sous bannière italienne avant la moitié du XIXe siècle. Les plus grandes occasions manquées en la matière sont-elles à rechercher du côté de l’État pontifical ?

le pouvoir temporel du pape

Non parce que les papes de l’époque, Jules II et Léon X, ont tous caressé cette idée d’une possibilité d’unification de l’Italie sous la papauté. Elle avait pour elle ce pouvoir spirituel grâce auquel elle a pu menacer ces rois français qui cherchaient à la déstabiliser. Quand Charles Quint prendra en main, soit sur le plan militaire, soit sur le plan diplomatique, cette péninsule italienne, son souci sera aussi de limiter cette puissance pontificale. Non pas en cherchant à amoindrir le pouvoir spirituel du pape, dont il eut besoin pour se faire couronner empereur, mais en lui interdisant ses prétentions expansionnistes.

Nous évoquions tout à l’heure l’Angleterre qui avait empêché l’un et l’autre en tant qu’arbitre ou soutien temporaire à une des deux puissances, et bien la papauté a fait la même chose. Elle a entravé les ambitions de Louis XII qui, sans cela, aurait bien pu réussir son pari. Et par ce pouvoir spirituel, elle a aussi empêché Charles Quint de dominer complètement l’Italie. Mais là encore, ce dernier a été plus habile que les Français, qui se sont risqués à invoquer la validité même du pouvoir spirituel du pape, principalement sous Jules II, en envisageant de le déposer par un concile. L’empereur a lui mis le doigt sur le pouvoir temporel qui était toujours discutable : tout le monde savait alors que la donation de Constantin (en vertu de laquelle Constantin Ier était censé avoir donné l’imperium sur l’Occident, ndlr) était un faux, et les dons territoriaux faits à la papauté dataient essentiellement de Charlemagne, donc de l’Empire. Si Charles Quint a laissé à la papauté son territoire, il a également circonscrit les prétentions temporelles de la papauté. L’erreur française, celle de Louis XII en particulier, fut de vouloir jouer avec le feu du pouvoir spirituel : on prétendait pouvoir changer de pape à sa convenance. Il faut dire aussi que Charles Quint eut des papes bien plus souvent favorables à l’Empire qu’à la France dont ils limitèrent, même alliés les possibilités dans la péninsule. Les Français n’étaient acceptés que comme libérateurs, non comme conquérants.

 

Et donc, on peut considérer que, jusqu’au milieu du XIXè siècle, c’est en grande partie l’Empire, et notamment la Maison d’Autriche, qui va tenir l’Italie...

Incontestablement. Jusqu’à son unification, ce sont bien en effet les Habsbourg de la Maison d’Autriche qui vont dominer l’Italie.  Avec quelques nuances parenthèses toutefois : il y a eu l’époque napoléonienne,...

 

Cette question-là sera un peu plus fantaisiste. Dans une série de jeux vidéo, Assassin’s Creed, on déambule dans l’Italie de ce XVIè siècle et on peut rencontrer des personnages de l’époque, interagir avec eux : De Vinci, Machiavel, César Borgia, etc... Si vous pouviez faire un tour en ce temps-là, quelle question poseriez-vous à l’un des personnages de ce temps, quel conseil lui donneriez-vous ?

fantaisie historique

J’avoue que je serais très curieux d’aller voir Louis XII ! Parce que finalement, il a été le plus malin et le plus brillant. Il s’est conduit de manière très autoritaire, personne ne le conteste, mais il a eu une vraie intelligence  ; avec des publicistes, il s’est forgé une image de roi idéal, qui perdurera longtemps. J’aimerais essayer de comprendre ce temps que j’ai toujours eu du mal à concevoir, et qui détermina le début de la fin, pour l’historien, de la réussite de l’aventure impérialiste dans la péninsule. Ce temps où il s’attaqua au pouvoir spirituel du pape, en essayant de le faire déposer par un concile, emportant avec lui un Maximilien Ier qui rêva alors de porter la tiare. Parce que fut un échec, tant en France qu’en Allemagne, il n’en fut guère parlé de cette union franco-allemande où l’un le Français se ferait empereur, et l’autre, le Germain se ferait pape. C’est comme un trou noir dans l’Histoire de cette époque, qui pourtant fut essentiel. Là serait ma curiosité. Les autres ? Pas vraiment...

 

Quels sont vos projets, vos envies pour la suite ?

Le projet est déjà bien entamé, c’est un travail sur Charles IX qui permettra définitivement de conclure les guerres d’Italie. En 1559, les Italiens croient que les Français vont revenir, ils le croiront longtemps d’ailleurs. On va finalement passer d’une succession de guerres expansionnistes à une succession de guerres civiles. Je voulais travailler sur Charles IX depuis longtemps, parce que sans lui, on ne peut pas travailler sur d’autres personnages, notamment les Guise. Après, je travaillerai sur d’autres sujets. Et comme je vous l’ai dit, j’ai aussi envie de me pencher sur ces notions si actuelles de nation, et d’empire...

 

J’espère bien évoquer ces sujets avec vous en temps voulu ! Un mot pour conclure ?

Je n’ai jamais su faire de conclusion de ma vie, ça va être difficile (rire). Je vous laisse libre de la faire !

 

Didier Le Fur

 

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18 janvier 2021

« Ma présidence de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe », par J.-C. Mignon

Suite au décès de l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981) le 2 décembre dernier, j’ai offert à Pierre-Yves Le Borgn, contributeur fidèle de Paroles d’Actu, une tribune pour s’exprimer sur la vie et le parcours de celui avec lequel il partageait de nombreuses valeurs, et un inaltérable engagement européen. Après réflexion, l’ancien député des Français de l’étranger (2012-2017) m’a répondu qu’il avait quelqu’un à me suggérer pour l’exercice : « Jean-Claude Mignon, l’ancien président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, député LR de Seine-et-Marne depuis près de 30 ans. Un ami, ayant travaillé avec Valéry Giscard d’Estaing à l’Assemblée, et aussi avec son fils Louis. » Profil intéressant : aussitôt proposé, aussitôt contacté.

 

JC Mignon et PY Le Borgn'

Jean-Claude Mignon et Pierre-Yves Le Borgn’, à Sarajevo.

 

L’échange avec M. Mignon fut, d’emblée, agréable et fructueux. Le texte qu’il m’a soumis évoquait VGE en des termes tout autant respectueux (« Je garde le souvenir d’un grand homme d’État, affable et très courtois avec ses jeunes collègues impressionnés par sa stature et ses connaissances ») et affectueux (« Le Président Valéry Giscard d’Estaing et moi sommes nés un 2 février, pas de la même année comme il ne manquait pas de me le rappeler, et dans l’hémicycle ou en réunion de la Commission des Affaires étrangères, c’est avec plaisir et respect que je lui souhaitais son anniversaire ce qui me valait en retour un aimable petit mot manuscrit me souhaitant réciproquement le mien »). Il y était beaucoup question, aussi, d’Europe, et notamment de ce Conseil de l’Europe si méconnu, et de son assemblée, qu’il présida entre 2012 et 2014, et dont il souhaitait qu’elle rende un hommage solennel au leader défunt.

J’ai recontacté M. Mignon pour lui suggérer d’enrichir un peu son texte afin, précisément, de mettre en lumière, de par son expérience, l’action du Conseil de l’Europe et de son assemblée parlementaire. La nouvelle version qui m’est parvenue un mois après est un article bien différent, et fort éclairant quant à un outil important dont disposent les Européens (47 États membres, contre 27 pour l’Union européenne) pour promouvoir, sur l’ensemble du continent et toutes ses zones de voisinage, la paix et les droits de l’Homme. Je remercie Pierre-Yves Le Borgn, sans qui cet article n’aurait pas vu le jour. Et je remercie M. Mignon pour la confiance qu’il m’a accordée, pour ses engagements, et tous les combats menés. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

EXCLU PAROLES D’ACTU

« Ma présidence de l’Assemblée parle-

mentaire du Conseil de l’Europe »

Jean-Claude Mignon

par Jean-Claude Mignon, le 13 janvier 2021

 

 

L’AVENIR DU CONSEIL DE L’EUROPE À LA LUMIÈRE

DE SES SOIXANTE-DOUZE ANNÉES D’EXPÉRIENCE

 

Plus ancienne organisation paneuropéenne, le Conseil de l’Europe est en même temps la plus méconnue. La richesse et la diversité des politiques menées par le Conseil de l’Europe sont exceptionnels. Les travaux menés par son Assemblée parlementaire sont exemplaires malgré sa faible exposition médiatique, notamment en France, qui l’enferme dans une certaine obscurité.

La France, État du siège, est assez indifférente à cette organisation, dont elle devrait au minimum reconnaître l’intérêt économique : 2000 emplois à Strasbourg, 47 ambassades, etc…

 

LE RÔLE MOTEUR DE L’ASSEMBLÉE

PARLEMENTAIRE DU CONSEIL DE L’EUROPE

On oublie trop souvent le rôle moteur joué par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) dans la conception de la Convention européenne des Droits de l’Homme (CEDH), ou plus récemment dans celle tendant à criminaliser la contrefaçon des médicaments ou dans le domaine de la bioéthique, parmi beaucoup d’autres exemples.

On oublie le rôle historique qu’elle a joué dans la réunification de l’Europe dans les années 1990 en créant en particulier le statut d’invité spécial pour les nouvelles démocraties d’Europe centrale.

De même, méconnaît-on souvent le rôle qu’elle joue dans l’élection des juges à la Cour européenne des Droits de l’Homme. Rôle direct de choix, mais aussi indirect d’élaboration de critères additionnels de sélection, ains l’exigence qu’il y ait au moins un représentant du "sexe sous-représenté" dans chaque liste de trois candidats pour un poste de juge.

L’observation des élections est également une mission importante de l’APCE. Il n’y a en effet pas de démocratie sans élections honnêtes. Cette action est complétée par celle de la Commission de Venise, autre organe du Conseil de l’Europe qui apporte son expertise technique aux États parties en matière de règles constitutionnelles ou électorales.

Pour autant, le Conseil de l’Europe a été créé en 1949 et il se doit de s’adapter aux exigences contemporaines. Il doit être encore plus performant, plus lisible et plus cohérent.

L’Assemblée parlementaire est un lieu privilégié d’expression de la diplomatie parlementaire. Tout d’abord parce qu’elle permet à des parlementaires de 47 États membres de discuter de manière informelle, même quand de lourds différents les séparent, ainsi les Chypriotes grecs et les Turcs. L’exercice atteint parfois ses limites lorsqu’il concerne les États du Caucase. Cette diplomatie parlementaire s’est traduite notamment par l’octroi du statut de "Partenaire pour la démocratie" au Parlement marocain, au Conseil national palestinien, et aux Parlements de Jordanie et du Kirghiztan. Le simple fait de participer à la vie parlementaire de l’APCE ne peut qu’encourager à aller vers plus de démocratie.

 

LE CONSEIL DE L’EUROPE PEUT REDONNER

TOUT SON SENS À L’IDÉE EUROPÉENNE

Alors que l’idée européenne ne cesse de reculer dans l’opinion, le Conseil de l’Europe peut redonner un sens à l’idée fondamentale, celle d’un destin commun des peuples de ce continent, de l’Atlantique à l’Oural, tant il est vrai que l’Union européenne, de par ses lourdes responsabilités économiques et financières, a parfois perdu de vue les valeurs qui la fondent.

La défense des droits de l’Homme et la promotion de la démocratie et de l’État de droit, valeurs qui sont au centre de l’action du Conseil de l’Europe ne sont-elles pas à l’origine de la construction européenne, alors que l’Europe, engluée dans une crise économique et monétaire dont elle ne voit pas la fin, semble les avoir reléguées au second plan ? N’est-ce pas, d’ailleurs, à ce titre, que le Conseil de l’Europe apparaît être ce supplément d’âme dont l’Europe a besoin pour redonner du sens à un projet dont les peuples européens se détachent ?

Le choix d’établir une Charte des Droits fondamentaux au fronton des traités européens a été en quelque sorte une première réponse à ce déficit de sens dont souffre actuellement l’Union européenne. Ces valeurs se trouvaient déjà, néanmoins, au cœur de la construction de l’Europe des droits de l’Homme, gravées dans le marbre de la Convention européenne des Droits de l’Homme, dont la Cour européenne des droits de l’Homme assure le respect.

Aussi la future adhésion de l’Union européenne à la Convention européenne des Droits de l’Homme, rendue juridiquement possible par la ratification du Traité de Lisbonne, ne marque-t-elle pas, dès lors, le début d’une nouvelle ère, porteuse pour le citoyen européen d’un meilleur respect de ses droits ?

 

« L’adhésion de l’UE à la Convention européenne

des droits de l’Homme ne serait-elle pas l’achèvement

de la construction de l’Europe de la paix, de la prospérité

et de la protection des droits de l’Homme ? »

 

Le Conseil de l’Europe et l’Union européenne ne sont-ils pas en effet, les deux fils d’un même rêve de prospérité, de solidarité et d’humanité ? Le rêve des pères de l’Europe n’est-il pas, enfin, en train de prendre corps sous nos yeux ? L’adhésion de l’Union européenne à la Convention européenne des droits de l’Homme ne serait-elle pas, en effet, l’achèvement de la construction de cette Europe de la paix, de la prospérité et de la protection des droits de l’Homme dont les pères fondateurs osaient à peine caresser la réalisation de leurs vœux ?

 

VERS UNE UNION PLUS ÉTENDUE ENTRE L’EUROPE DE

L’ÉCONOMIE ET L’EUROPE DES DROITS DE L’HOMME

Le Conseil de l’Europe est plus que jamais indispensable à l’Union européenne car il est bien l’incarnation du sens du projet européen dont elle a cruellement besoin pour répondre à la désaffection actuelle des peuples à son endroit.

Nous pourrions avoir la chance irremplaçable, grâce au processus d’adhésion, de renforcer nos liens avec le Parlement européen. Cette adhésion ne sera pas sans embûches. Les difficultés techniques, en particulier, le risque de jurisprudence divergente des deux cours, celle de Luxembourg et celle de Strasbourg, ne sont souvent que la face cachée d’une mauvaise grâce politique qu’il faudra lever.

L’optimisme doit être de mise. La construction de l’Europe du droit et le projet communautaire ont nécessité une forte dose de propension à l’idéal sans laquelle les deux organisations que sont le Conseil de l’Europe et l’Union européenne ne seraient pas nées. Ce ne sont pas ces quelques obstacles qui sauraient nous faire reculer maintenant que la voie se dessine vers une possible union plus étroite entre l’Europe économique et celle des droits de l’Homme.

La coopération entre ces deux institutions, renforcée par ces synergies nouvelles, ne saurait, néanmoins, se limiter à la construction d’une Europe du droit renforcée.

Le Conseil de l’Europe a clairement établi une politique de coopération envers toutes les démocraties émergentes. Coopération qui ne se limite pas au nouveau statut de "partenaire pour la démocratie", mais également à la possibilité d’adhérer à des organes du Conseil de l’Europe tels que la Commission de Venise dont la mission est d’assurer un conseil en matière constitutionnelle. L’Union européenne pourrait bénéfiquement profiter de cette nouvelle politique de voisinage.

La question du droit des femmes n’est-elle pas une question fondamentale pour nos démocraties ? À ce titre, ne paraît-il pas opportun de développer des partenariats pour que l’égalité entre les femmes et les hommes soit partout effective ? Favoriser la démocratie dans son voisinage immédiat ne peut en tout cas que constituer une priorité pour l’Europe.

Malgré une réussite apparente, la protection des droits de l’Homme reste plus que jamais d’actualité. Les difficultés engendrées par la crise économique et financière ne se manifestent pas uniquement à travers les sirènes du nationalisme et du protectionnisme mais également parfois par un recul de la protection de ces droits élémentaires.

 

MA PRÉSIDENCE DE L’ASSEMBLÉE

PARLEMENTAIRE (2012 - 2014)

 

Dés mon élection, le 23 janvier 2012, j’ai indiqué que mon action s’articulerait autour de trois grands axes :

  • Donner toute sa place à notre assemblée parlementaire dans l’architecture européenne et internationale, en particulier en s’appliquant à ce que l’APCE et l’Union Européenne aient de vraies relations fondées sur le souci de réaliser des objectifs communs et en resserrant les liens avec les organisations parlementaires régionales.

  • Contribuer à créer un climat de confiance en Europe qui soit propice à la résolution des situations de crise, des conflits gelés et plus généralement au développement de relations constructives entre les États membres du Conseil de l’Europe. La diplomatie parlementaire est le meilleur instrument dont dispose l’APCE pour atteindre ces objectifs.

  • Rendre l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe plus "collective", plus participative et plus visible.

 
Le bilan de mon action s’inscrit donc autour de ces trois axes majeurs.
 

I - DONNER TOUTE SA PLACE À L’APCE SUR LE CONTINENT

EUROPÉEN ET DANS L’ARCHITECTURE INTERNATIONALE.

Donner toute sa place à l’APCE dans l’architecture européenne et internationale, c’est avant toute chose promouvoir nos outils auprès de nos partenaires internationaux, par exemple la Commission de Venise, afin de dégager des synergies et lancer des initiatives communes pour répondre aux défis auxquels l’Europe des 47 doit faire face.

Naturellement, je me suis concentré en premier lieu sur le développement de vraies relations de partenariat avec l’Union européenne, basées sur la complémentarité et l’harmonisation de nos positions politiques sur les dossiers clés. En même temps, je me suis efforcé de resserrer les liens de coopération avec les organisations internationales, notamment celles à vocation régionale.

Parallèlement, j’ai souhaité nouer des contacts solides et réguliers avec les 0rganisations non-gouvernementales internationales en général, et en particulier Human Rights Watch et Amnesty International.

 

AVOIR DE VRAIES RELATIONS AVEC L’UNION EUROPÉENNE

À l’occasion de mes nombreuses rencontres avec le président du Parlement européen, les présidents des groupes politiques, le président de la commission des Affaires étrangères, ainsi que les présidents des délégations nationales du Parlement européen, mon objectif était de comprendre la vision de nos collègues du Parlement européen, afin de mieux l’intégrer dans l’approche paneuropéenne de la coopération qui est celle du Conseil de l’Europe, et préparer au mieux mes visites sur le terrain dans nos 47 États membres.

J’ai aussi développé une relation de partenariat avec la Commission européenne, et plus particulièrement avec le commissaire européen en charge de la politique de voisinage et de l’élargissement.

 

DÉVELOPPER DES RELATIONS DE COOPÉRATION

AVEC LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES

AVEC L’ONU

J’ai rencontré à trois reprises, à New-York et à Strasbourg, le secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-Moon. Nous avons, à ces occasions, exprimé notre attachement à l’existence d’un partenariat fort entre le Conseil de l’Europe et les organes de l’ONU dans la protection et la promotion des droits de l’Homme universels, dans la gestion des crises et dans la recherche de la paix, en particulier sur les conflits gelés. Nous avons également souligné tous deux notre attachement à la défense des droits des femmes, sujet également abordé avec Mme Michelle Bachelet, secrétaire générale adjointe des Nations Unies chargée de l’égalité et de l’autonomisation des femmes.

 

JC Mignon avec Ban Ki-moon

 

Lors de chaque rencontre avec le secrétaire général des Nations unies, j’ai fait la promotion des campagnes du Conseil de l’Europe, à savoir la campagne "UN sur CINQ" du Conseil de l’Europe pour combattre la violence sexuelle à l’égard des enfants, ou encore la dimension parlementaire de la campagne visant à combattre la violence à l’égard des femmes. Mes interlocuteurs onusiens étaient unanimes pour saluer l’APCE comme un allié important dans la promotion de nos valeurs communes.

J’ai prôné une coopération renforcée sur des sujets d’intérêts communs et la recherche de synergies, afin de renforcer l’impact de nos organisations sur le terrain.

J’ai particulièrement salué la procédure d’examen périodique universel du respect des droits de l’Homme de l’ensemble des États membres des Nations Unies, conduite par le Conseil des droits de l’Homme, et souligné la nécessité d’une plus grande complémentarité entre les différentes procédures de suivi du Conseil de l’Europe et des Nations unies. Ces procédures existantes au niveau des Nations unies ont ainsi pu être adaptées et mise en place dans le cadre des procédures de suivi de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

J’ai également soutenu la proposition du haut-commissaire aux droits de l’Homme de créer une base de données communes, afin de "mutualiser" la jurisprudence en matière de droits de l’Homme des institutions des Nations Unies et du Conseil de l’Europe, ceci pour renforcer notre coopération afin d’assurer une meilleure cohérence d’approche entre les organes de monitoring thématiques du Conseil de l’Europe et des Nations unies.

 
AVEC L’ORGANISATION POUR LA SÉCURITÉ ET LA COOPÉRATION EN EUROPE (OSCE)

À l’occasion de la 21ème session annuelle de l’assemblée parlementaire de l’OSCE, j’ai eu l’occasion d’insister sur l’évidente complémentarité des deux assemblées en ce qui concerne l’observation des élections et la résolution des conflits gelés.

J’ai aussi invité nos partenaires à rechercher des synergies communes pour relever les défis auxquels nous sommes confrontés dans la région du voisinage sud : la situation des réfugiés, nombreux, qui arrivent dans des conditions très précaires sur les côtes de la Méditerranée, les conséquences de la guerre en Syrie, les transformations démocratiques dans le sud de la Méditerranée et le Proche-Orient.

 

AVEC L’ASSEMBLÉE PARLEMENTAIRE DE LA COMMUNAUTÉ DES ÉTATS INDÉPENDANTS (CEI)

Pour la première fois, un président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a rencontré le bureau de l’Assemblée interparlementaire (AIP) de la CEI, composé des présidents des parlements membres, à l’occasion de sa session plénière qui s’est tenue à Saint-Pétersbourg du 10 au 12 avril 2013.

À cette occasion j’ai participé à une conférence organisée par l’APCE et l’AIP de la CEI sur le thème "Le rôle des organisations parlementaires dans la construction d’une Europe sans clivages".

J’ai tenu une rencontre bilatérale avec Mme Valentina Matvienko, présidente du Conseil de la Fédération de l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie et, également présidente de l’AIP-CEI, notamment pour discuter des différents aspects de la coopération entre l’APCE et le Conseil de la Fédération. Dans une déclaration faite conjointement avec Mme Valentina Matvienko à l’issue de la conférence, nous avons salué la coopération entre nos deux assemblées parlementaires, qui constitue un excellent exemple de diplomatie parlementaire. Parmi d’autres choses, nous avons également salué le fait que des consultations régulières soient désormais organisées entre les chefs des missions d’observation des élections de l’AIP-CEI et de l’APCE pour permettre des échanges de vues sur la campagne électorale et sur le déroulement du processus électoral.

En marge de la conférence, j’ai pu avoir des réunions bilatérales avec les présidents des parlements du Kirghizistan et du Kazakhstan, afin de faire le point sur l’état de la coopération avec ces deux parlements. J’ai également eu une réunion informelle avec la délégation du parlement du Bélarus qui participait à la conférence conjointe. J’ai souligné l’importance d’un dialogue, tout en précisant que tout avancement sur ce chemin n’était possible que si les autorités du Bélarus s’engageaient à respecter nos valeurs et nos standards.

Première retombée concrète de cette rencontre informelle : l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a été invitée à participer à Minsk à une réunion sur le thème "Religion et peine de mort".

 

AVEC LE CONSEIL NORDIQUE

À Oslo, le 4 avril 2013, j’ai eu un premier contact avec la présidente du Conseil nordique afin d’engager des actions concrètes pour dynamiser notre coopération.

Nous avons évoqué l’extrême importance du changement climatique du point de vue de l’environnement et de l’économie mondiale. Ainsi, l’ouverture à la navigation du passage du Nord-Est est de nature à réduire considérablement les temps de transport et donc à bouleverser l’économie mondiale. De même, il est évident que l’Artique est une région potentiellement extrêmement riche en ressources naturelles et que l’impact de leur exploitation sur l’environnement peut être fondamental. Sur toutes ces questions, le Conseil nordique possède une expertise de première main, très utile pour l’APCE dans ses travaux sur la question du changement climatique et du développement durable.

 

AVEC L’ASSEMBLÉE PARLEMENTAIRE DE LA COOPÉRATION ÉCONOMIQUE DE LA MER NOIRE

A l’occasion de sa 41ème assemblée générale à Sofia, j’ai pu intervenir devant cette assemblée parlementaire et mettre l’accent sur l’intérêt d’une coopération entre nos deux assemblées, ainsi que sur la coopération dans le domaine culturel, ou la résolution des conflits gelés.

 

II - UNE DIPLOMATIE PARLEMENTAIRE ACTIVE

À l’origine, en 1949, le Conseil de l’Europe avait été créé pour assurer la paix sur notre continent, pour que les horreurs de la Seconde Guerre mondiale ne se reproduisent plus jamais. Il me semble donc qu’essayer d’apporter notre contribution à la résolution des conflits gelés - en appui de la diplomatie intergouvernementale et en concertation étroite avec celle-ci - relève de l’essence même de notre mission.

En même temps, une des missions principales du Conseil de l’Europe et de son assemblée est d’apporter à nos États membres un soutien et une expertise précieuse dans le processus de mise en œuvre des standards qui sont les nôtres, tout particulièrement au moment où nos États membres doivent faire face à des situations institutionnelles et politiques compliquées. Par conséquent, il est de notre devoir d’essayer, par la voie du dialogue, de trouver ensemble avec les autorités, ainsi qu’avec toutes les forces politiques, les solutions les plus adaptées au contexte local. C’est ce que j’ai essayé de faire à l’occasion de mes nombreux déplacements sur le terrain, souvent avec la précieuse assistance de mes collègues présidents des groupes politiques et rapporteurs de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

Par ailleurs, je me suis efforcé de poursuivre et valoriser les travaux de l’APCE dans la région de notre voisinage Sud de la Méditerranée et au Proche-Orient, afin de promouvoir un engagement politique avec les États concernés et apporter un soutien à tous ceux qui partagent les valeurs qui sont les nôtres et aspirent à adhérer aux standards développés au sein du Conseil de l’Europe.

De manière générale, au-delà de toute situation critique, je me suis efforcé d’entretenir un dialogue régulier avec tous les États membres et de poursuivre la politique de voisinage dynamique de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

 

LES CONFLITS GELÉS

Alors que le Conseil de l’Europe a été fondé pour garantir la paix et les droits de l’Homme en Europe, alors que le mur de Berlin est tombé en 1989, il m’est insupportable que des situations aussi inacceptables perdurent dans une relative indifférence...

 

LA TRANSNISTRIE

Je me suis rendu à trois reprises à Chisinau et à Tiraspol, en avril et décembre 2012, ainsi qu’en septembre 2013. Lors de mes déplacements, j’ai fait en sorte de rencontrer les autorités de facto de cette région de Transnistrie. À chaque reprise, mon souci a été, sans interférer d’aucune manière avec les travaux du groupe "5 + 2", de faciliter par la diplomatie parlementaire le développement des relations entre les deux parties. C’est pour cette raison que mes déplacements en Transnistrie ont été organisés dans le cadre de mes visites de travail en République de Moldavie, lors desquelles j’ai rencontré à Chisinau les autorités du Pays, les représentants de toutes les forces politiques, la Mission de l’OSCE ainsi que les représentants de la communauté internationale.

Mon objectif était de contribuer à relancer un dialogue entre les élus des deux rives du Dniestr, en utilisant la plateforme de l’APCE. Mes discussions m’ont convaincu qu’il y avait une opportunité devant nous, notamment, grâce aux efforts de la présidence ukrainienne de l’OSCE.

 

LE CONFLIT DU HAUT-KARABAKH

Je me suis naturellement attaché à apporter ma contribution à la résolution de ce conflit en organisant tout d’abord, sous mon égide, des rencontres régulières entre les présidents des délégations azérie et arménienne. Lors de la session de juin 2013, j’ai pu, pour la première fois depuis l’adhésion de leurs pays au Conseil de l’Europe, réunir les deux délégations parlementaires.

Je tiens à féliciter tout particulièrement les deux présidents des délégations concernées, ainsi que tous les membres de leurs délégations respectives, de leur attitude constructive et de leur ouverture au dialogue. Bien évidemment, de nombreux désaccords existaient encore entre les délégations et certaines questions sensibles suscitaient beaucoup d’émotion. Cependant, le fait que les membres des deux délégations aient accepté d’évoquer ces questions, de manière ouverte et courtoise, démontrait leur souhait d’avancer malgré les divergences d’opinions.

La principale conclusion de cette rencontre : l’accord des deux délégations de se rencontrer de nouveau en marge des prochaines parties de session de l’APCE. Ainsi notre assemblée aurait pu apporter sa contribution au rétablissement du climat de confiance et de dialogue entre les élus d’Arménie et d’Azerbaïdjan, nécessaires pour avancer dans la recherche d’une solution pacifique au conflit du Haut-Karabakh...

Par ailleurs, je me suis rendu en Arménie et en Azerbaïdjan en mai 2013. À cette occasion, j’ai rappelé à tous mes interlocuteurs que la présidence arménienne du Comité des ministres du Conseil de l’Europe (16 mai - 14 novembre 2013), suivie en mai 2014, de la présidence azérie, devait représenter une chance pour la paix entre ces deux États membres. L’année 2013 marquant en outre le cinquantième anniversaire du Traité de l’Élysée, qui a scellé la réconciliation entre l’Allemagne et la France, exemple à suivre pour ces deux pays du Caucase du sud...

J’avais bien précisé qu’il n’entrait aucunement dans mes intentions de concurrencer de quelque manière que ce soit le groupe de Minsk de l’OSCE, avec qui j’entretenais un contact régulier, mais simplement d’accompagner son action au niveau parlementaire.

 

« Je reste convaincu qu’avec de la persévérance

et en privilégiant le dialogue, nous aurions pu trouver

une solution pacifique au conflit dramatiquement

meurtrier du Haut-Karabagh. »

 

J’ai quitté mes fonctions de président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe le 27 janvier 2014, avec beaucoup de regrets, estimant qu’une période de deux années est beaucoup trop brève pour mettre en place une politique dynamique et active à la tête d’une telle organisation. Je reste convaincu qu’avec de la persévérance et en privilégiant le dialogue, nous aurions pu trouver une solution pacifique à ce conflit dramatiquement meurtrier.

Il est vraiment regrettable qu’au terme de leurs mandats les anciens présidents de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ne puissent plus poursuivre leurs actions auprès de leurs successeurs. Un secrétaire général du Conseil de l’Europe et un secrétaire général de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ne sont pas limités en nombre de mandats successifs qu’ils peuvent exercés, contrairement aux Élus qui ne sont pas autorisés à assumer plus de deux années la présidence de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe !

 

LA GEORGIE

Je me suis rendu en Géorgie en mai 2013. Là également, j’ai appelé de mes vœux une résolution pacifique des conflits d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, en mettant l’accent sur les conséquences humanitaires, en particulier les personnes déplacées, compétence première de l’APCE.

 

UNE ASSEMBLÉE PARLEMENTAIRE DU CONSEIL DE L’EUROPE RÉACTIVE

Même si l’APCE ne se réunit en séance plénière que quatre fois par an, l’actualité exige des réponses immédiates. Il est donc important que les organes de cette assemblée, président, comité présidentiel, bureau, puissent réagir aux situations institutionnelles et politiques difficiles dans nos États membres, afin de leur apporter le soutien politique approprié et de s’assurer que les standards de notre organisation soient respectés. Je mentionne ci-après quelques exemples de réactions rapides de notre assemblée à des développements politiques dans nos États membres qui ont eu lieu au cours des deux années durant lesquelles j’ai présidé l’APCE :

- La crise politique en Roumanie de 2012

- La Grèce et la difficile et douloureuse question des migrants et des réfugiés

- L’Ukraine et l’indépendance de la justice

- La Serbie et le Kosovo

- L’ex-république yougoslave de Macédoine aujourd’hui enfin dotée d’un nom : la Macédoine du Nord

- La Bulgarie et les indispensables réformes nécessaires

 

POURSUIVRE UNE POLITIQUE DE VOISINAGE DYNAMIQUE

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a déjà accordé le statut de "partenaire pour la démocratie" au parlement du royaume du Maroc, au Conseil national de la Palestine, et aux parlements de la Jordanie et du Kirghizstan. Le Canada, Israël, le Mexique et le Vatican ont le statut d’observateurs. Cela démontre l’intérêt que nos voisins, et bien au-delà, portent à nos standards. Le Conseil de l’Europe et son assemblée doivent continuer une politique d’ouverture et d’engagement dans nos régions de voisinage afin de répondre de façon adéquate aux défis du XXIème siècle.

Dans ce contexte, j’ai effectué une visite officielle en Tunisie, du 28 au 31 octobre 2012, conjointement avec le président du Comité des ministres du Conseil de l’Europe et le président de la Commission de Venise. Suite à ma visite, le président de l’Assemblée constituante de Tunisie est venu à Strasbourg s’exprimer devant notre Assemblée.

J’ai également effectué une visite officielle au Maroc du 5 au 7 décembre 2012. Lors des rencontres avec les présidents des deux chambres, j’ai salué la coopération exemplaire du parlement marocain et de l’APCE. Nous avons aussi discuté de l’éventuelle contribution de l’APCE à la résolution du conflit du Sahara occidental.

J’ai effectué une visite officielle en Algérie du 17 au 19 juin 2013. J’ai notamment invité mes interlocuteurs à intensifier leurs relations avec les différents organes du Conseil de l’Europe et à réfléchir à l’intérêt que pourrait présenter pour eux le statut de "partenaire pour la démocratie". J’ai salué l’engagement de l’Algérie en faveur de l’égalité des sexes. Nous avons également abordé la situation en Syrie, en Libye ainsi qu’au Sahara occidental.

Dans un contexte plus général, c’est avec une conscience aiguë de l’importance de ce qui se passe au sud de la Méditerranée, qui nous concerne tous, que j’ai soutenu cette politique de voisinage et ai notamment participé, en novembre 2013, au Forum de Lisbonne organisé par le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe. À cette occasion, j’ai souligné notre rôle en tant que représentants de la plus ancienne organisation paneuropéenne, et rappelé que nous avions vocation à mettre notre expertise au service des États du sud de la Méditerranée, en prenant en compte les spécificités de chacun.

Par ailleurs, je suis convaincu que la politique de voisinage du Conseil de l’Europe ne doit pas se limiter au sud de la Méditerranée. Je pense en particulier à nos relations avec nos partenaires à l’Est.

En janvier 2013, c’est dans cet esprit que j’ai eu une rencontre de travail très fructueuse avec M. l’ambassadeur de Chine en France pour évoquer de possibles rapprochements entre l’Assemblée nationale populaire de la Chine et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe comme je l’avais déjà préconisé dans un Rapport que j’avais présenté en 2008.

 

« Notre organisation compte aujourd’hui parmi

ses membres tous les États européens, sauf un : le Bélarus.

Je suis convaincu que le Bélarus a vocation à faire partie

de notre projet paneuropéen. »

 

Notre organisation compte aujourd’hui parmi ses membres tous les États européens, sauf un : le Bélarus. Je suis convaincu que le Bélarus est un État européen qui a vocation à faire partie de notre projet paneuropéen. Par conséquent il est essentiel de dialoguer avec le Bélarus, en posant clairement nos exigences en termes de droits de l’Homme et de démocratie.

J’ai rencontré à plusieurs reprises le vice-président du parlement du Bélarus, ainsi que les parlementaires biélorusses participant aux réunions de la commission des affaires politiques et de la démocratie de l’APCE. Mon objectif était de persuader les autorités de s’engager sur la voie du rapprochement avec le Conseil de l’Europe, en prenant des mesures concrètes, comme par exemple la mise en place d’un moratoire sur la peine de mort et de coopérer pleinement avec l’APCE.

Compte tenu de l’importance des droits de l’Homme pour le Conseil de l’Europe et le Vatican, le Saint-Siège étant d’ailleurs observateur auprès de l’Organisation, il m’a semblé aller de soi d’essayer de renforcer les liens entre nous, afin de partager en particulier nos réflexions sur ces problématiques.

Je me réjouis de l’audience privée que le pape François m’a accordée le 11 octobre 2013 à Rome. À cette occasion, j’ai beaucoup insisté sur l’humanisme et les droits de l’Homme. Nous avons également abordé la question de la situation des migrants et des réfugiés. J’ai aussi invité le Saint-Père à venir s’exprimer devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, ce qu’il fit le 25 novembre 2014.

 

JC Mignon et le pape

 

RENFORCER LA COOPÉRATION AVEC TOUS LES ÉTATS MEMBRES

Même si j’ai privilégié certaines destinations en fonction de mes priorités, je me suis efforcé de me rendre dans pratiquement tous les États membres du Conseil de l’Europe.

Le 22 janvier 2018, le président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, M. Michele Nicoletti, m’a officiellement remis mon diplôme de président honoraire de cette assemblée.

 

CONCLUSION

 
En conclusion, je dirai que beaucoup d’initiatives ont été engagées durant mon mandat et que certaines ont porté leurs fruits. Je pense en particulier aux mesures tendant à associer plus étroitement les parlementaires au fonctionnement de leur assemblée, car celle-ci est bien LEUR assemblée, ainsi qu’aux efforts déployés en vue de la participation plus étroite des présidents de commission et des présidents de délégation nationale au processus de décision. Il est impératif de poursuivre dans ce sens.

En même temps, j’ai la conviction qu’ensemble - rapporteurs, leaders des groupes politiques et présidents des commissions, ainsi que chaque membre de l’APCE - nous sommes parvenus à rendre notre assemblée plus présente et plus pertinente en termes politiques sur le terrain, en réponse à de nombreux défis auxquels notre organisation est confrontée : le renforcement de notre système paneuropéen de protection des droits de l’Homme, la situation des migrants et des réfugiés, les situations institutionnelles et politiques sensibles auxquelles nos États membres doivent faire face.

Nos relations avec l’Union européenne demeurent à la fois un sujet de satisfaction et d’insatisfaction : des progrès ont été enregistrés, en particulier avec le commissaire européen pour le voisinage. Néanmoins il reste beaucoup à faire, afin de créer des véritables synergies entre les projets du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne. Je suis persuadé que les fondements de ce processus ont été posés et j’espère que la poursuite de ce rapprochement conduira, au fur et à mesure, les deux grandes organisations européennes à coopérer efficacement pour la réalisation de leurs objectifs communs au niveau paneuropéen.

S’agissant des conflits gelés, ma préoccupation constante a été de renouer le dialogue entre les différentes parties. Durant ces deux années nous avons réussi à favoriser la confiance mutuelle entre les différentes parties et de ce point de vue je suis certain que nous réaliserons d’autres avancées.. Même s’il est évident que nous souhaitons tous des progrès rapides, nous savons pertinemment qu’il faut donner du temps au temps afin d’avancer pas à pas.

Je suis convaincu que nous avons emprunté la bonne voie.

  

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27 janvier 2012

Nathalie Arthaud : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"

François Hollande, soutenu par le Parti socialiste, a aujourd'hui la faveur des sondages, qui le présentent comme le futur président de la République. Mais à sa gauche, des voix tentent de se faire entendre, et d'exprimer leurs différences. Parfois fondamentales. Il y a Jean-Luc Mélenchon, bien sûr, et puis il y en a d'autres, moins connus, moins médiatisés. J'ai souhaité, entre autres candidats, interroger Nathalie Arthaud, qui espère porter les couleurs de Lutte Ouvrière le 22 avril. Je lui ai soumis un premier, un long questionnaire par mail. Une militante de Lutte ouvrière, Madame Lucienne Plain, m'a répondu qu'il était trop long - ce que je comprends -, que Madame Arthaud n'avait "pas la disponibilité nécessaire pour toutes (mes) questions". Je lui ai donc proposé d'élaborer un questionnaire allégé, ce qu'elle a accepté sur le principe, et que j'ai réalisé quelques jours plus tard. Nathalie Arthaud a chargé Monsieur Martin Petit de répondre en son nom à mes questions. Le message m'est adressé "de la part de Nathalie Arthaud et de Lutte Ouvrière". Je précise que je n'ai à aucun moment souhaité évoquer le nom de Monsieur François Hollande dans ce questionnaire, tout simplement parce que je considère que chaque candidat a le droit d'être respecté pour ce qu'il est, pour ce qu'il défend. Et que son intérêt ne se limite pas au nom du candidat de second tour qu'il soutiendra. Merci à Madame Arthaud, à Monsieur Petit, et à Madame Plain pour leurs réponses et pour nos contacts ! Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

NATHALIE ARTHAUD

Candidate à l'élection présidentielle - Lutte Ouvrière

 

"Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"

 


(Photo : http://www.phototheque.org)

 

 

Q : 21/01/12

R : 27/01/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Comment vous présenteriez-vous à qui ne vous connaîtrait pas encore ?

 

Lutte Ouvrière : Comme une femme travailleuse et une candidate communiste à l'élection présidentielle de 2012.

 

 

PdA : J'aimerais savoir ce qui au fond vous différencie dans cette campagne de Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) ou encore de Philippe Poutou (N.P.A.) ? Que pouvez-vous répondre à celles et ceux qui, comme moi, se posent sincèrement la question ?

 

L.O. : Ce qui nous différencie de Mélenchon comme de Poutou, c'est que Nathalie Arthaud se revendique du communisme et qu'elle est la seule à le faire.

 

 

PdA : Quels sont les idées fortes que vous souhaitez mettre en avant durant cette campagne, ce qui fait le coeur de votre candidature ?

 

L.O. : Les idées centrales que nous mettons en avant dans cette campagne électorale, ce sont : l'interdiction des licenciements pour faire face à l'explosion du chômage ; l'échelle mobile des salaires pour défendre le pouvoir d'achat des classes laborieuses ; le contrôle des comptes des grandes entreprises par les travailleurs et la population.

 

 

PdA : Imaginons que vous remportiez l'élection présidentielle, et qu'un mois plus tard les Français vous accordent une majorité à l'Assemblée. À quoi ressemblerait une présidence Arthaud, et notamment vos cent premiers jours ?

 

L.O. : Cette façon d'imaginer une situation invraisemblable ressort de la politique fiction, et c'est un petit jeu auquel nous évitons de nous livrer. En revanche, nous disons dans cette campagne que nous défendons un programme pour les luttes, car les revendications que j'ai énoncées plus haut ne peuvent être réalisables que par une mobilisation consciente, dans les entreprises, dans la rue, dans les luttes, de l'ensemble du monde du travail.

 

 

PdA : Vous succédez dans cette candidature L.O. à la populaire Arlette Laguiller, dont vous avez été la porte-parole en 2007. Comment va-t-elle? Qu'avez-vous appris à ses côtés ? En quoi vous inspire-t-elle ? Est-il prévu qu'elle s'implique publiquement à vos côtés ? Fait-elle partie aujourd'hui de votre équipe de campagne ?

 

L.O. : Arlette Laguiller va très bien, fait partie de la direction de Lutte Ouvrière et contribue bien sûr quotidiennement à la campagne présidentielle de Nathalie Arthaud. Toutes les deux marchent la main dans la main pour défendre au mieux les idées communistes. Venez au meeting de lancement de campagne qui aura lieu le 3 février à Montreuil (adresse précise sur notre site) et que fera Nathalie Arthaud sous la présidence d'Arlette Laguiller.

 

 

PdA : Dernière question qui n'en est pas une... puisqu'il s'agit d'une tribune libre. Pour vous permettre de compléter cet entretien comme vous le souhaiterez. Une anecdote, un petit message, une dédicace, que sais-je...

 

L.O. : Un message : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous". Au moment où les idées nationalistes, de repli derrière les frontières, de racisme remontent, cet appel de Karl Marx est plus d'actualité que jamais !

 

 

 

Merci encore pour ces réponses. Et bon courage à Madame Arthaud et à toutes l'équipe de L.O. dans sa quête des 500 parrainages ! Phil Defer

 

 

 

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Le site de campagne de Nathalie Arthaud

 

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Modification de la présentation de l'article le 8 juillet 2012

 

Times New Roman > Georgia : 02/10/12

8 décembre 2015

« La sécurité et la défense collectives après les attentats de Paris », par Delphine Deschaux-Dutard

Après les attentats meurtriers perpétrés par des criminels proches de Daech à Paris le 13 novembre dernier, des manifestations de sympathie et de soutien à l’égard des victimes, de la France et de sa capitale sont intervenues des quatre coins du monde - citoyens, organisations non-gouvernementales et États compris. Quid dans ce contexte, au-delà de cette émotion partagée, de l’applicabilité des mécanismes internationaux qui œuvrent au maintien de la paix et promettent une réplique collective en cas d’agression d’un pays membre de telle ou telle structure?

Le 18 novembre, j’ai proposé à Mme Delphine Deschaux-Dutard, maître de conférences en science-politique à l’université Pierre-Mendès-France de Grenoble, spécialiste des organisations, de la sécurité internationales d’écrire pour Paroles d’Actu un texte autour de la thématique suivante : « ONU, OTAN, UE : implications et perspectives de la sécurité et de la défense collectives après les attentats de Paris. » Son article, très précis et qui constitue un riche élément de réflexion, m’est parvenu le 7 décembre. Je l’en remercie. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« ONU, OTAN, UE : implications et perspectives de la sécurité

et de la défense collectives après les attentats de Paris »

par Delphine Deschaux-Dutard

 

Conseil de sécurité

Illustration : Vote au Conseil de sécurité de l’ONU ; src. : Bebeto Matthews/AP

 

Les attentats du 13 novembre 2015 sont venus réactiver une réflexion déjà entreprise sous les auspices du 11 septembre 2001 autour de la sécurité collective face au défi du terrorisme contemporain. Comment la communauté internationale, entendue ici au sens de communauté des États, peut-elle faire face à cette menace protéiforme ? Quelles sont les perspectives qui semblent s’ouvrir pour l’avenir ? L’objectif de cette courte contribution est d’inviter à la réflexion sur la sécurité collective dans trois cadres précis (l’Organisation des Nations unies, l’OTAN et l’Union européenne) afin de clarifier les compétences de la communauté internationale et des organisations régionales de sécurité en matière de lutte contre le terrorisme.

 

Pour commencer avec une idée empruntée à l’amiral Dufourq, la communauté internationale fait face à un puissant paradoxe depuis la fin de la guerre froide : si les États sont, jusqu’à présent en tout cas, en sécurité entre eux et ont éliminé la guerre interétatique comme mode de gestion des différends (idée que l’on retrouve aussi chez Dario Battistella qui parle de « paix systémique »), les sociétés de ces États, dans les pays occidentaux mais pas seulement, se trouvent en revanche fragilisées par l’insécurité et le terrorisme qui invitent à repenser la question du rôle et de la place des forces armées aujourd’hui. Le meilleur exemple récent semble ici l’opération Sentinelle en France, qui mobilise près de 10 000 hommes sur le territoire hexagonal, soit bien davantage que le nombre de soldats déployés en opérations extérieures. Or, comme je vais tenter de le montrer ici, l’action de l’ONU et d’organisations régionales comme l’OTAN et l’UE s’avère ainsi limitée à la question des menaces qui pèsent sur les États tant par le droit international que par les compétences qui sont les leurs.

 

Au niveau universel tout d’abord, au cours du XXème siècle, la communauté internationale a pris conscience que la paix ne se décrète pas par des traités, mais qu’elle dépend au contraire de l’instauration d’une communauté internationale capable d’agir comme un acteur collectif. En effet, la création des organisations internationales a introduit une idée nouvelle : la guerre, et l’équilibre des puissances entre les États, ne constituent plus des instruments permettant de garantir une sécurité durable sur la scène internationale. Pour autant, cette communauté internationale reste fragile et fluctuante, comme le démontre l’absence de solution décisive et commune en vue du règlement de la crise syrienne depuis 2011. Il importe ainsi de revenir d’abord sur la notion de sécurité collective. La notion de sécurité collective n’est pas née de la fin de la guerre froide et de la logique des blocs. Existante dès le début du XXème siècle, la sécurité collective acquiert son sens moderne sous l’influence du Président Wilson après la Première Guerre mondiale. Il refusa, par ses Quatorze Points proclamés en janvier 1918, de cautionner la nature des pratiques diplomatiques du Concert européen d’avant 1914, qui reposait sur un système de concertation entre grandes puissances, une diplomatie secrète, et une politique d’alliances aux clauses ambiguës. Ainsi, la sécurité collective contemporaine trouva sa première définition dans l’article 10 du Pacte de la Société des Nations qui disposait que « les membres de la Société s’engagent à respecter et à maintenir contre toute agression extérieure l’intégrité territoriale et l’indépendance politique présente de tous les Membres de la Société ». La Société des Nations (SDN) et l’Organisation des Nations unies (ONU) sont les manifestations successives du même espoir de soumettre au droit les relations entre États, la première en bannissant le recours à la force, la seconde en mettant l’usage de la force sous la coupe du Conseil de sécurité. Que ce soit dans le cadre universel de l’ONU, ou dans le cadre régional de l’OTAN ou de l’Union européenne, la sécurité collective peut donc être définie de façon simple comme un mécanisme juridique, politique et militaire qui fait reposer la sécurité globale de la collectivité des États sur la sécurité de chacun des États. Cette idée va de pair avec la notion d’assistance mutuelle en cas d’agression (article V du Traité de Washington dans le cadre de l’OTAN, clause de solidarité mutuelle dans le cadre de l’Union Européenne, principe de légitime défense individuelle et collective à l’article 51 de la Charte des Nations unies). Or comment faire coïncider cette sécurité collective avec le principe de non-ingérence dans les affaires internes des États en matière de lutte contre le terrorisme ? C’est là un réel dilemme pour l’action internationale.

 

Commençons d’abord par regarder comment l’ONU envisage la lutte contre le terrorisme. L’Organisation née des cendres de la Seconde Guerre mondiale fait face aujourd’hui à des difficultés liées tant aux fondements du droit international reposant sur les États (héritage des Traités de Westphalie de 1648 qui constituent le fondement de l’édifice de la souveraineté des États dans les relations internationales contemporaines) qu’à la difficile émergence d’une définition commune du terrorisme. D’une part, le droit international contemporain repose sur un principe clef de souveraineté étatique, qui se retrouve dans la Charte des Nations unies adossée au principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État (art. 2§4). Dans le cas actuel des frappes conduites en Irak et en Syrie par la coalition internationale contre Daech, le Conseil de sécurité légitime ces interventions par le biais du vote de résolutions adossées au Chapitre VII de la Charte, qui indique les exceptions possibles à la norme du règlement pacifique des différends. En clair, en cas de menace contre la paix et la sécurité internationale, de rupture de la paix ou d’acte d’agression (Chapitre VII), le Conseil de sécurité de l’ONU peut autoriser des actions allant jusqu’au recours à la force. C’est le cas de la résolution 2249 du 20 novembre 2015 qui incite les États à combattre le terrorisme en Syrie en redoublant « d’efforts et de coordonner leur action en vue de prévenir et de faire cesser les actes de terrorisme commis en particulier par l’EIIL, également connu sous le nom de Daech ». C’est sur ce fondement juridique que s’adossent les actuelles frappes françaises, britanniques et américaines entre autres. En revanche, en dehors des résolutions du Conseil de sécurité en cas de menace contre la paix et la sécurité internationale, l’ONU en tant qu’organisation de sécurité collective est encore assez limitée dans ses capacités de lutte contre le terrorisme, pour des raisons qu’il convient de rappeler à présent.

 

La lutte contre le terrorisme est devenue une priorité sur l’agenda de la communauté internationale depuis la fin de la guerre froide, et surtout depuis le 11 septembre 2001, tandis que la période bipolaire antérieure se caractérisait plutôt par une quasi absence de réaction collective de la communauté internationale face au terrorisme. Cette faiblesse de la lutte contre le terrorisme dans le cadre de l’ONU jusque dans les années 1990 s’explique largement par de profondes divergences entre pays du Nord et pays du Sud, par un corpus de textes nombreux mais sans réelle portée contraignante, et par le soutien apporté notamment par l’URSS au terrorisme anti-occidental et vice-versa (cf. la CIA et les moudjahidines afghans par exemple). Ainsi, pendant la guerre froide, si les États dans leur ensemble approuvent l’idée qu’il faut condamner le terrorisme, il n’existe pas d’accord entre eux sur la définition de ce même terrorisme. Schématiquement, deux conceptions s’opposent :

- Pour les pays occidentaux, qui sont les principales victimes du terrorisme pendant la période bipolaire, le terrorisme se caractérise par ses méthodes odieuses (chantage, violence aveugle, meurtre d’innocents). Il s’agit donc d’arrêter et juger tous ceux qui emploient ces méthodes, quelles que soient leur façon de justifier leurs actes.

- D’autres États, et notamment l’URSS et les pays du tiers-monde, considèrent que si de tels actes sont commis et sont bien sûr regrettables, il faut d’abord s’intéresser aux causes sous-jacentes, aux buts de ces terroristes : misère, injustice, désespoir. Ce sont ces causes qu’il faut d’abord résoudre, si on veut résoudre le problème terroriste. L’enjeu est ici, pour ces pays, la justification de mouvements de libération nationale face à des pays colonialistes et impérialistes.

Cette absence de consensus sur une définition internationale du terrorisme va de pair avec un foisonnement de textes internationaux sans réelle portée contraignante pour les États. Le 11 septembre 2001 a remis à l’ordre du jour la question de savoir s’il n’existait aucune loi internationale rendant impossible ce type d’attentat. En réalité, nombre de conventions anti-terroristes ont vu le jour entre 1960 et les années 1980 (comme par exemple la Convention de La Haye en 1970 réprimant la capture illicite d’aéronefs ou celle de New York de 1979 réprimant les prises d’otages) mais sans offrir une portée juridique globale et contraignante pour les États. Ainsi, si ces conventions internationales visent toutes un même objectif (condamner et réprimer le terrorisme), leur foisonnement de textes montre bien néanmoins la difficulté d’une définition commune de la réponse à apporter au terrorisme. Quant à l’Assemblée générale de l’ONU, si le terrorisme est fréquemment évoqué à partir des actes terroristes des jeux olympiques de Munich en 1972, aucune avancée significative ne voit pourtant le jour. Le problème est que les démocraties libérales semblent par nature, par le fonctionnement même et la philosophie qui les sous-tend, peu aptes à lutter contre le terrorisme en raison de leur tradition de protection des libertés établies et du cadre fort de l’État de droit. Et les réactions législatives des démocraties tant américaine (Patriot Act en 2001) que française (loi sur le renseignement, état d’urgence et question de sa constitutionnalisation en 2015) semblent bien mettre le doigt sur une limite à ces libertés au nom de l’enjeu de protection des citoyens (du moins en est-ce la légitimation politique, mais il s’agit là d’un autre débat dans lequel nous n’entrerons pas ici).

 

Ainsi jusqu’au début des années 1990, le problème crucial en matière de lutte internationale contre le terrorisme reste la divergence de fond sur la conception du terrorisme, dans la mesure où pour les partisans de la décolonisation par exemple, les États coloniaux sont des puissances terroristes. Cette accusation a souvent été lancée à l’encontre également d’Israël ou des États-Unis. Tandis que pour les États occidentaux, il existe une liste d’États terroristes différente : Iran, Libye de Kadhafi, Syrie… Ainsi dans la conception tiers-mondiste, l’idée de terrorisme d’État confond la répression exercée par l’État qui revendique sa puissance coloniale, et la violation du principe d’interdiction du recours à la violence contre les populations coloniales. Au contraire dans la perception occidentale, le terrorisme d’État se rattache plutôt au terrorisme individuel ou collectif qui s’attaque à l’État et à ses fondations, physiques ou symboliques. Donc le but est à la fois de prévenir les agissements individuels et de punir et juger les coupables, tout en cherchant à trouver le commanditaire de l’action terroriste derrière les coupables ponctuels.

 

« Depuis la fin de la guerre froide, la menace terroriste

est plus diffuse, plus éclatée »

 

La fin de la guerre froide a eu pour effet de modifier le phénomène terroriste en modifiant l’univers des menaces, désormais diffuses, globales, et largement non conventionnelles. Après l’effondrement soviétique en effet, les terroristes ont été privés du soutien accordé par l’URSS d’un côté, et les USA de l’autre, au nom de la lutté idéologique Est-Ouest. Cela a ainsi conduit à un morcellement du terrorisme du fait de la fragmentation des soutiens apportés aux groupes terroristes. Ce morcellement s’est accompagné d’un recul de la professionnalisation des terroristes, et de la montée de groupuscules plus mobiles, fanatisés et prêts à perpétrer des actes de violence aveugle y compris contre des populations civiles. Les terroristes n’hésitent plus dans les années 1990 à employer des armes de destruction massive, et la question devient non plus : les actions terroristes sont-elles possibles ? Mais bien plus : quand risquent-elles de se produire ?

 

Face aux mutations de la menace terroriste, les États ont saisi l’opportunité de renforcer la lutte contre le terrorisme au niveau international, puisque la menace terroriste est devenue très importante pour de nombreux États et constitue aujourd’hui un intérêt commun aux grandes puissances mais aussi aux plus petits États. Neuf conventions internationales ont ainsi émergé dans les années 1990 sous l’égide du système onusien. De la même façon, le terrorisme est entré dans le champ des menaces contre la paix reconnues par le Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui l’a conduit à décider des sanctions contre la Libye, le Soudan et l’Afghanistan à la fin des années 1990. En septembre 2006, afin de renforcer et d’améliorer ces activités, les États membres ont ouvert un nouveau chapitre de la lutte antiterroriste en convenant d’une Stratégie antiterroriste mondiale. Il s’agit de la première approche stratégique et opérationnelle commune à l’ensemble des États membres des Nations unies dans ce domaine de la lutte contre le terrorisme. Cette stratégie mondiale s’appuie sur le consensus exceptionnel auquel sont parvenus les dirigeants mondiaux lors de leur Sommet de septembre 2005, qui visait à condamner le terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations. Pour autant, ce texte n’a pas la force contraignante d’une résolution du Conseil de sécurité.

 

En matière de lutte contre le terrorisme à l’ONU, l’évolution la plus notable se situe au Conseil de sécurité suite aux attentats de 11 septembre : en effet, dès le 12 septembre 2001, celui-ci a reconnu à l’unanimité que les attentats du World Trade Center constituaient une menace à la paix et la sécurité internationale (résolution 1368), et ce faisant a franchi un pas par rapport à la guerre du Golfe de 1990 en abandonnant à la coalition ad hoc constituée autour de Washington les moyens d’employer la force armée pour faire la guerre au terrorisme (légalisation de l’usage de la force dans la guerre contre le terrorisme par les résolutions successives du Conseil de Sécurité de l’ONU). C’est à nouveau ce scénario qui apparaît suite aux attentats de Paris de novembre 2015. Ces résolutions finissent, de facto, par constituer une forme de convention mondiale de lutte contre le terrorisme que la communauté internationale n’avait jamais réussi à mettre en place jusque-là.

 

Autrement dit, par l’intermédiaire du Conseil de sécurité au sein duquel les cinq permanents pèsent de tout leur poids diplomatique, l’ONU s’est engagée dans la lutte contre le terrorisme alors même qu’une définition internationale et commune du terrorisme demeure encore inexistante, et que les intérêts des puissances permanentes demeurent à bien des égards divergents (le seul exemple du cas à faire de Bachar el-Assad en Syrie illustre ces divergences d’intérêt entre grands États qui donnent le « la » à l’organe exécutif des Nations unies).

 

Qu’en est-il à présent de la lutte contre le terrorisme au niveau régional européen, à travers l’OTAN et l’Union Européenne ? Dans le cas de l’OTAN, cette organisation régionale de sécurité, qui constitue à ce jour la plus grande organisation militaire du monde et totalise près de 70% du budget militaire mondial, il s’agit d’une alliance militaire née dans le contexte de la guerre froide, et qui a entrepris depuis les années 1990 une vaste réforme se traduisant par sa globalisation tant géographique (élargissement à l’est, partenariats de plus en plus divers avec des nombreux pays) que stratégique. Ainsi, l’OTAN a été amenée à s’engager dans la lutte contre le terrorisme suite aux attentats du 11 septembre 2001 puisque les États-Unis ont utilisé l’article 5 du Traité de Washington, traité fondateur de l’OTAN, qui prévoit une solidarité des Òtats-membres face à l’attaque armée de l’un d’entre eux dans le cadre de la légitime défense individuelle ou collective, elle-même reconnue par la Charte des Nations unies (art. 51). L’OTAN avait alors lancé entre septembre 2001 et mai 2002 la première opération antiterroriste de son histoire, la mission Eagle Assist, qui consistait en une surveillance de l’espace aérien américain. C’est également sur la base de cet article 5 que l’OTAN est intervenue en Afghanistan à travers la Force Internationale d’Assistance et de Stabilisation (FIAS) entre 2003 et 2014, et continue d’assurer une mission de formation des forces locales de sécurité afghanes dans le cadre de la mission Resolute Support depuis janvier 2015. En outre, l’OTAN a inclus la lutte contre le terrorisme dans son dernier concept stratégique en 2010. De même, l’opération Active Endeavour en Méditerranée vise depuis septembre 2001 à sillonner la Méditerranée en vue de prévenir les activités terroristes.

 

« Paris a choisi de ne pas recourir à l’article 5

du Traité Atlantique Nord pour ne pas froisser la Russie »

 

La question qui peut se poser au regard de la situation de la France en novembre 2015 est de savoir pourquoi le président Hollande n’a pas, comme le président Bush en septembre 2001, invoqué l’article 5 du Traité de Washington pour adosser sa riposte à l’encontre de l’Organisation Etat Islamique (OEI), puisque les attentats du 13 novembre pouvaient légitimement entrer dans le cadre des dispositions de légitime défense individuelle et collective prévues par cet article. En l’occurrence, la raison semble ici politique plutôt que juridique. Le choix français de s’appuyer sur l’autre clause de sécurité mutuelle, celle de l’Union européenne sur laquelle je vais revenir ci après, se justifie par la volonté de ne pas brandir l’épouvantail otanien dans la riposte contre l’OEI afin de ne pas s’exonérer de la participation russe à la lutte contre cette organisation. En outre, ce choix de ne pas recourir à l’Alliance atlantique s’inscrit également dans la volonté d’éviter de reproduire les gestions des conflits armés afghan et irakien en envoyant des troupes otaniennes au sol en Syrie. La stratégie actuelle reposant sur des frappes aériennes ciblées et intensifiées depuis les attentats de Paris vise, au moins jusqu’ici, à éviter le déploiement au sol. Nombreux sont pourtant les experts militaires qui incriminent cette stratégie timide et qui ne réglera pas la question de la menace terroriste sur le long terme. Là encore, il s’agit d’un débat dans lequel nous n’entrerons pas ici, mais qui est extrêmement documentés dans les médias français depuis quelques semaines (cf. notamment les nombreuses interventions médiatiques très pédagogiques et claires de Michel Goya). Pour résumer, si l’OTAN dispose juridiquement et matériellement d’importants moyens de lutte contre la menace terroriste posée notamment par Daech, encore faut-il que les États membres souhaitent faire usage de ces capacités, ce qui n’apparaît pas être le cas actuellement.

 

Dans le cadre de l’Union européenne enfin, la lutte contre le terrorisme est également, de facto, devenue une préoccupation importante, qui trouve sa première matérialisation à travers la Stratégie européenne de sécurité de 2003. L’Union européenne dispose entre autres d’instruments liés à l’espace de liberté et de justice (ex. troisième pilier du Traité de Maastricht) comme par exemple le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme (Gilles de Kerchove, nommé en 2007), d’une capacité militaire opérationnelle dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) et d’une clause de défense mutuelle figurant à l’article 42-7 du Traité sur l’Union européenne. C’est cette clause, introduite au corpus juridique des normes européennes par le biais du Traité de Lisbonne, que le président français a choisi d’utiliser en vue d’exhorter ses partenaires européens à se joindre à la lutte contre l’OEI. Cette invocation de l’article 42-7 le 17 novembre 2015 par le ministre de la Défense français Jean-Yves Le Drain auprès de ses partenaires européens est une première dans l’histoire de l’Union Européenne. La clause de défense mutuelle repose sur le même principe de défense individuelle et collective que celui de l’article 51 de la Charte des Nations unies et de l’article 5 du Traité de Washington. Mais là encore, si tous les Etats-membres doivent à l’Etat attaqué aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, aucun contrainte précise ne repose sur ces États quant à la forme de cette assistance. Le président français a d’ailleurs pris soin d’utiliser l’article 42-7, soit une solution intergouvernementale, plutôt que l’article 222 qui prévoit lui une clause de solidarité aux implications plus contraignantes pour les États européens et qui donnerait davantage de place aux institutions européennes. Cette solution intergouvernementale, dans laquelle les capitales gardent la haute main sur les décisions qu’elles prennent dans le cadre de la lutte anti terroriste, se traduit par des différences d’engagement notables. Par exemple dans le cas présent, si les parlements britannique et allemand ont bien donné leur feu vert à la participation de leurs institutions militaires à la lutte contre Daech en Syrie aux côtés de la France, cette participation ne revêt pas les mêmes costumes : frappes aériennes du côté britannique, envoie d’avions de reconnaissance mais qui n’effectueront aucune frappe du côté allemand. Ces différences de réponse doivent beaucoup à la culture politico-militaire encore très largement divergence dans les pays de l’Union européenne, divergence qu’aucun traité européen ne saurait réduire tant elle puise dans la construction historique de chaque État et dans la place que l’institution militaire a pu y occuper. Cette divergence explique également pourquoi il n’apparaît pas envisageable aujourd’hui de mobiliser les outils militaires développés par l’Union européenne (les groupements tactiques) qui requièrent l’approbation de tous les États participants à ces unités militaires multinationales. Là encore, ce ne sont pas tant les dispositions juridiques que les compétences et les stratégies politiques des États qui donnent le « la » et activent ou inhibent l’action européenne dans la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient.

 

Pour conclure, la lutte internationale contre le terrorisme pose à nouveau aujourd’hui la question cruciale de l’efficacité du dispositif juridique international existant d’une part, et de la volonté d’implication des États d’autre part. Il semble quoi qu’il arrive de plus en plus évident, et c’est notamment l’objet de l’approche globale ou holistique de la sécurité développée par nombre d’États et d’institutions depuis quelques années, que lutter contre le terrorisme consiste aussi à lutter contre ses causes profondes, notamment la pauvreté et l’absence d’instruction, la faiblesse des structures étatiques et la corruption, les failles de la cohésion sociale et les crises d’identités que traversent certains États. À négliger les causes profondes du terrorisme, le risque est de s’enliser dans une guerre sans fin contre celui-ci, dans la mesure où la répression ne suffit pas à enrayer le phénomène. Mais cette recherche d’une solution globale dépasse largement les dispositions du droit international contemporain, et ne peut passer que par un volontarisme politique de tous les États concernés, petits ou grands, occidentaux ou moyen-orientaux.

 

Delphine Deschaux-Dutard

 

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20 avril 2015

Pascal Cyr : "N'en déplaise aux Britanniques, ce fut Blücher qui vainquit à Waterloo"

   Le 18 juin prochain marquera, outre le 75ème anniversaire du fameux cri de ralliement que lança, depuis Londres, le général de Gaulle aux forces françaises désireuses de continuer la lutte contre l’Allemagne nazie, le bicentenaire d’une bataille épique, tragique et fondatrice d’un nouvel ordre européen - donc mondial. Revenu au pouvoir après un périple appelé à s’inscrire à jamais parmi les pages les plus romanesques de lhistoire nationale, Napoléon comprit fort bien que les couronnes européennes qui l’avaient combattu sans relâche des années durant n’étaient en rien disposées à le tolérer sur le trône à peine restauré d’un des leurs; qu’il ne pouvait être des plans tout juste conçus à Vienne d’une Europe de l’équilibre et de la conservation. LEmpereur connaissait l’état de fatigue de la France; il savait que, face à une ultime coalition des mers et du continent contre lui, il n’avait aucune chance de l’emporter. Son seul espoir : jouer contre la montre. Des victoires rapides et décisives contre des armées pas encore réunies pour pallier une infériorité numéraire criante. Après, il pourrait négocier. L’Autriche et la Russie ne seraient pas prêtes avant plusieurs semaines. Restaient les Prussiens et les Anglais, toujours les Anglais... La confrontation décisive se tiendra à Waterloo, en terre belge, le 18 juin 1815...

   La thèse de doctorat de M. Pascal Cyr, intitulée Waterloo : origines et enjeux, a été publiée en 2011 aux éditions LHarmattan. Le 4 mai, son nouvel ouvrage, Grouchy est-il responsable de la défaite ? sortira en librairie (éd. Lemme edit). Début février, je lui ai demandé s’il accepterait d’écrire un article inédit pour le blog. Au départ, l’idée était d’évoquer la place de Waterloo, qui marque la fin de la prépondérance française en Europe, dans la psyché nationale. Puis nous avons convenu d’une alternative mutuellement considérée comme étant plus intéressante : une chronique mise en perspective de la prise de la Haye-Sainte, un point capital - et méconnu - de la bataille, qu’il a relativement peu traité dans son livre. Son texte, dont j’espère qu’il agira comme un trailer pour son ouvrage, m’est parvenu le 19 avril. Il est passionnant pour qui s’intéresse à la tactique et à lhistoire militaires, à l’Histoire tout court. Et aux grandes tragédies. Merci mille fois, M. Cyr, pour cette contribution d’exception. Une exclusivité Paroles dActu. Par Nicolas Roche.

 

PAROLES DACTU - LA PAROLE À...

Pascal Cyr : « N’en déplaise aux Britanniques,

ce fut Blücher qui vainquit à Waterloo »

 

Waterloo

 

« La Haye-Sainte, là où la bataille de Waterloo aurait pu être gagnée »

par M. Pascal Cyr, docteur en Histoire et enseignant

 

Au matin du 18 juin, dans son quartier général du Caillou, Napoléon établit son plan de bataille. Très simple comme toujours, il explique à ses subordonnés qu’il compte percer au centre. Mais pour forcer Wellington à dégarnir le centre de son dispositif, il compte effectuer une diversion sur la gauche où se situe la ferme fortifiée de Hougoumont. À ces mots, [le maréchal] Soult reste dubitatif. Il connaît bien le Mont-Saint-Jean puisqu’il s’est battu au même endroit en 1794. Mais à l’époque, si l’armée française l’avait pris d’assaut et repoussé les Autrichiens, il sait que les soldats anglais sont d’une tout autre trempe. Comme il réitère ses observations à Napoléon, celui-ci s’emporte et lui rétorque : « Parce que vous avez été battu par Wellington, vous le regardez comme un grand général. Et, moi, je vous dis que Wellington est un mauvais général, que les Anglais sont de mauvaises troupes, et ce sera l’affaire d’un déjeuner. » Si Napoléon sous-estime grandement les qualités professionnelles de l’ennemi, il en est de même de la position qu’il a choisie. Wellington s’est retranché derrière le plateau du Mont-Saint-Jean. Son dispositif de défense repose sur trois fermes fortifiées : Hougoumont, sur la gauche, Papelotte, sur la droite et la Haye-Sainte, au centre. Quelques minutes plus tard, alors que Napoléon donne ses instructions, le général Reille, commandant du 2e corps d’armée et Jérôme Bonaparte, le frère de l’empereur, entrent au QG du Caillou. Napoléon se retourne vers le premier afin de lui demander son avis sur l’armée anglaise. Vétéran des guerres d’Espagne, Reille connaît lui aussi la solidité des soldats anglais.

 

« Bien posté comme Wellington sait le faire, et attaqué de front, je regarde l’infanterie anglaise comme inexpugnable en raison de sa ténacité calme et de la supériorité de son tir. Avant de l’aborder à la baïonnette, on peut s’attendre que la moitié des assaillants sera abattue. Mais l’armée anglaise est moins agile, moins souple, moins manœuvrière que la nôtre. Si l’on ne peut vaincre par une attaque directe, on peut le faire par des manœuvres. »

 

Mais Napoléon ne fait pas attention aux observations de Reille et de Soult. À 11 h 30, il lance les hostilités. La grande batterie, composée de 80 canons, ouvre le feu sur les positions anglaises. Le général Reille lance ses troupes contre Hougoumont. Très vite, le boisé qui couvre la position anglaise est conquis. Or, Jérôme Bonaparte, qui commande la 6e division, décide de lancer ses troupes à l’assaut de la ferme. En ce sens, il désobéit aux ordres du général Reille. Depuis les hauteurs des murs et derrière les meurtrières qu’ils y ont préalablement percées, les Anglais ripostent furieusement. Les pertes sont lourdes. Après deux assauts, Jérôme comprend qu’il ne lui sera pas possible d’emporter la position. Même si le général Foy s’empare du verger sur la droite, même si Hougoumont est bombardée et incendiée, les Anglais ne cèdent pas. De son côté, Wellington n’a pas mordu à l’hameçon tendu par Napoléon. Il reste sur ses positions.

 

  1. Premier assaut contre la Haye-Sainte

 

À 13 h 30, Napoléon lance le corps de Drouet-d’Erlon à l’attaque. Formés en phalange, les hommes marchent vers le centre anglais. Seule la brigade du général Quiot est légèrement détachée de la phalange afin de se porter sur la gauche vers la ferme de la Haye-Sainte. C’est la première unité qui entre au contact de l’ennemi. Comme à Hougoumont, la ferme est fortifiée. Il aurait fallu battre en brèche les murailles or, Napoléon et l’état-major ont opté pour un bombardement des lignes anglaises. Par conséquent, Quiot et ses hommes se butent à la résistance opiniâtre de la King’s German Legion commandée par le major Baring. Malgré la grêle de projectiles qui s’abat sur eux, les hommes de Quiot tiennent bon et repoussent les compagnies allemandes qui sont en position dans le verger situé devant la ferme. Entre-temps, un bataillon de la brigade contourne le bâtiment principal, escalade le mur du potager et déloge les défenseurs qui battent en retraite vers les dépendances. Depuis sa position à l’ouest de la route de Bruxelles, Wellington constate que les Français entourent la ferme. Il comprend la réelle possibilité de voir cette position clef tomber entre leurs mains. Inquiet pour l’ensemble de son dispositif de défense, il ordonne au général Ompteda d’envoyer un autre bataillon de la K.G.L au major Baring afin qu’il puisse repousser les assaillants.

 

Les Allemands descendent la pente par la gauche et chassent les hommes de Quiot du potager. Ils poursuivent plus en avant afin de s’avancer vers le verger. C’est à ce moment qu’ils sont chargés par les cuirassiers du général Travers détaché du corps de Milhaud par l’Empereur afin de soutenir l’infanterie. Sabrés par la cavalerie, les soldats allemands doivent battre en retraite et rejoindre le plateau. Du même souffle, les cuirassiers les poursuivent jusqu’au bord de ce même plateau et sabrent les tirailleurs de la brigade du général Kielmansegge. Malgré cette belle action des cuirassiers de Travers, la Haye-Sainte reste aux mains des troupes de Wellington. Certes, le duc a fait décimer un bataillon, mais il a réussi à gagner du temps, ce qui manque le plus à Napoléon. Pendant que la brigade Quiot se bat autour de la Haye-Sainte, le corps d’armée de Drouet d’Erlon marche aux cris de « Vive l’Empereur » vers les positions anglaises. Leurs batteries ripostent et provoquent des pertes sensibles dans les rangs français. Néanmoins, les artilleurs anglais ne peuvent ajuster le tir de façon précise puisque les canons français opèrent eux-mêmes un tir de contrebatterie.

 

Mais les évènements commencent à mal tourner. Si Drouet d’Erlon progresse, les rangs qui composent sa phalange s’emmêlent et la confusion s’installe. Alors que les troupes de Picton résistent, Wellington lance la cavalerie qui attaque les Français par les flancs. Devant l’impossibilité de se former en carré, c’est la débandade. Les cavaliers poursuivent les fuyards jusqu’à la grande batterie, mais Napoléon fait intervenir les lanciers et la cavalerie anglaise, notamment les Scots Greys et les Life Guard, est presque décimée. Tout doit être recommencé. La situation est d’autant plus critique que les Prussiens sont signalés sur la droite, à Chapelle-Saint-Lambert.

 

  1. Deuxième assaut et prise de la Haye-Sainte

 

Alors que la brigade Quiot est toujours engagée devant la Haye-Sainte, la grande batterie intensifie le rythme de son tir sur les positions anglaises. À ce moment, les choses semblent mal tourner pour Wellington. Les blessés et les morts s’accumulent, les caissons de munitions se vident et de nombreux fuyards gagnent la forêt de Soignes par la route de Bruxelles. Afin de soustraire son armée aux tirs dévastateurs de l’artillerie française, Wellington ordonne à ses officiers de la faire reculer de cent pas. De l’autre côté de la plaine, alors qu’il observe le mouvement de repli de l’armée anglaise, Ney croit que Wellington se retire. Il estime que le temps est venu de lancer une charge de cavalerie. C’est à ce moment que survient l’un des épisodes les plus curieux de la bataille de Waterloo, car la question qui demeure consiste à savoir si l’Empereur était informé des intentions de Ney.

 

Selon le général Delort, l’aide de camp du maréchal s’est rendu auprès du général Farine pour lui ordonner de mettre ses deux régiments en marche. C’est alors que Delort intervient pour faire stopper le mouvement : « Nous n’avons d’ordre à recevoir que du comte Milhaud. » Très irrité de ne pas voir les cuirassiers se mettre en marche, Ney se rend lui-même auprès du général Delort et lui ordonne à nouveau de se mettre en marche. Delort objecte que cette manœuvre est prématurée et fort imprudente. Ney lui répond qu’il s’agit des ordres de l’Empereur. Suivies des lanciers rouges et des chasseurs à cheval de la Garde, les deux divisions de cuirassiers, soit 6000 cavaliers environ, partent au grand trot vers les lignes anglaises. Bien que l’Empereur ait eu l’intention de faire exécuter une charge de cavalerie pour briser définitivement l’armée anglaise, il n’a pas donné l’ordre à Ney de s’exécuter, mais contrairement à ce que certains disent, il est impossible que le déploiement d’une telle masse de cavaleries se soit effectué à son insu. Donc, même si l’initiative vient de Ney, Napoléon l’a sans doute approuvée puisqu’il n’a pas tenté de l’arrêter. Tout indique qu’ils ont tous deux sous-estimé la position de Wellington, car, dans le mémorial, Napoléon sous-entend que Murat aurait très certainement pu enfoncer les carrés anglais, ce qui jette le discrédit sur le maréchal Ney.

 

« Je ne me crus pas assez puissant pour l’y maintenir, et pourtant il nous eût valu peut-être la victoire; car que nous fallait-il dans certains moments de la journée ? Enfoncer trois ou quatre carrés anglais; or Murat était admirable pour une telle besogne; il était précisément l’homme de la chose; jamais à la tête d’une cavalerie on ne vit quelqu’un de plus déterminé, de plus brave, d’aussi brillant. »

 

Ney s’élance à la tête de la cavalerie dont les escadrons sont disposés en échelon, les cuirassiers à droite, les chasseurs et les chevau-légers à gauche. Il va tenter de percer le front ennemi entre le chemin d’Ohain et la ferme d’Hougoumont. Depuis les hauteurs qui dominent la plaine, les Anglais ne s’inquiètent pas outre mesure. Ils savent que la cavalerie française, sans appui de l’infanterie, n’a que très peu de chance d’entamer des bataillons qui n’ont pas encore été ébranlés. Wellington fait intervenir ses réserves et toutes les batteries pointent sur les cuirassiers considérablement ralentis par les terres grasses et détrempées. À ce moment, plus de vingt bataillons forment deux lignes de carré qui se positionnent en échiquier. Alors que Ney fait accélérer le mouvement, les canons anglais augmentent la cadence de tir. Alternant les tirs de shrapnels, de boulets ramés, de boulets ronds et de paquets de mitraille, les artilleurs anglais creusent des brèches béantes à l’intérieur des escadrons français. Sans se soucier des pertes, Ney et ses cavaliers réussissent à aborder les canons anglais et à sabrer les canonniers. L’artillerie se tait, mais les cuirassiers font maintenant face aux carrés. Disposés sur trois rangs, ne laissant aucune ouverture, les Anglais ouvrent le feu. Les balles frappent et ricochent sur les cuirasses, ce qui rappelle, selon les témoins de l’époque, le bruit de la grêle qui ricoche sur la tôle. Mais en dépit de leur vaillance et de leur rage de vaincre, les cavaliers français ne sont pas en mesure d’enfoncer les lignes anglaises. L’élan initial étant passé, ils doivent se contenter de tourbillonner autour des carrés afin d’y chercher une ouverture. Entre 15 h et 17 h, Ney a fait attaquer le plateau à quatre reprises sans obtenir d’autres résultats que de faire massacrer ses cavaliers.

 

De par son impétuosité à vouloir percer les lignes anglaises, Ney a oublié l’objectif principal, la ferme de la Haye-Sainte. Obéissant aux ordres de Napoléon, après avoir fait décimer sa cavalerie, le fougueux maréchal repart en avant et entraîne avec lui le 13e léger de la division Donzelot ainsi qu’un détachement du 1er régiment du génie qui se lance contre la ferme. À l’abri derrière les murs, à l’aide des meurtrières, les hommes du major Baring tirent sans discontinuer sur les assaillants. En quelques minutes, plus de soixante-dix Français tombent sous leurs feux. Les corps s’entassent en tas au pied du mur est. Sans échelles, les soldats de Donzelot grimpent sur les morts pour escalader l’obstacle. Depuis le sommet du mur, ils fusillent les chasseurs de Baring qui sont dans la cour tandis que d’autres se hissent sur le toit de la grange. Au même moment, de l’autre côté de la ferme, un détachement français s’attaque à la porte principale qui cède sous les coups de hache des soldats. Ceux-ci pénètrent dans la cour et acculent les Allemands aux bâtiments. Sans munitions, ceux-ci chargent à l’arme blanche.

 

Avec quarante-deux soldats, Baring réussit à s’extirper de la ferme pour rejoindre le plateau du Mont-Saint-Jean. Profitant de l’avantage, Ney fait établir une batterie à cheval sur un monticule près de la Haye-Sainte et d’un même élan, il dépêche un régiment à côté de la sablonnière toujours défendue par le 95e régiment anglais. Sous le feu de la batterie et des restes des divisions Allix, Donzelot et Marcognet, les hommes du 95e doivent abandonner leurs positions. À l’autre extrémité du champ de bataille, Durutte et ses hommes reviennent à la charge et repousse les Nassauviens du Prince de Saxe-Weimar. La ferme de Papelotte est de nouveau assiégée.

 

Dès lors, après la conquête de la Haye-Sainte vers 18 h, la ligne anglaise menace de s’effondrer. Les divisions sont rendues à l’état de brigades, et les brigades à l’état de compagnies. Sur le centre gauche de la ligne anglaise, les brigades Kempt, Pack, Lambert, Best et Winke tiennent toujours, mais Wellington n’a plus de réserve à lancer dans la bataille. Faute de servants et de pièces en état, l’artillerie ne tire presque plus tandis que les fuyards abandonnent le champ de bataille par centaines. Quant à la cavalerie, elle n’est guère mieux lotie que celle des Français, ses pertes sont énormes et ses chevaux sont fourbus.

 

Les officiers accourent auprès de Wellington afin de lui demander des ordres, mais ne sachant trop quoi faire, il se contente d’ordonner aux troupes de mourir sur place. S’il voit les Prussiens débouler sur le champ de bataille en direction de Plancenoit, ceux-ci n’arrivent pas à percer le flanc droit de l’armée française, ce qui n’atténue en rien son état d’anxiété de plus en plus persistant. De son côté, voyant la ligne anglaise vaciller, Ney réclame le soutien de l’infanterie pour donner le coup de grâce. Lorsqu’il reçoit le message porté par le colonel Heymes, Napoléon s’écrie : « Des troupes ! Où veut-il que j’en prenne ? Voulez-vous que j’en fasse ? » Or, Napoléon dispose toujours des bataillons de la Vieille Garde en réserve, mais sans cavalerie pour les appuyer, il hésite avant d’engager l’élite de l’armée. De plus, les soldats de Bülow mettent davantage de pression du côté de Plancenoit. Il lui faut d’abord stabiliser la droite avant de tenter un nouvel assaut.

 

  1. Les Anglais reprennent la Haye-Sainte

 

Avec des éléments de la Jeune Garde et de la Vieille Garde commandées par le général Duhesme, Napoléon réussit à contenir les Prussiens à Plancenoit. À 19 h, il en profite pour lancer la Garde contre Wellington afin de porter le coup décisif. Empruntant la même route que la cavalerie deux heures plus tôt, les Grognards marchent sur un sol labouré et encombré de cavaliers et de chevaux morts. Leur progression s’en retrouve par conséquent ralentie, ce qui permet à Wellington de gagner du temps afin de ramener au centre tous les bataillons qui lui restent. Alors que les grognards progressent avec assurance vers le sommet du plateau, Wellington donne l’ordre de passer à la contre-offensive. Sous les tirs anglais, les divisions Allix, Donzelot et Marcognet, du moins ce qui en reste, perdent pied et se retirent vers la Haye-Sainte. Appuyée par l’artillerie de la grande batterie, la Garde, enveloppée par la fumée, entreprend l’ascension du versant. Lorsqu’ils apparaissent au sommet du plateau, les grognards sont happés par un violent tir de mitraille.

 

Afin de faire face, ils se déploient en échelon et culbutent deux bataillons de Brunswick ainsi que les 30e et 73e régiments de la brigade du général Halkett, lui-même blessé en tentant de rallier ses hommes. Ce sera le seul succès de la Garde, car dès cet instant, elle tombe sur la brigade du général Maitland, alors embusqué dans les blés. Lorsque les grognards surgissent au sommet de la crête, Wellington, qui se tient près de Maitland, lui donne l’ordre d’ouvrir le feu. Aussitôt, près de trois cents hommes sont fauchés par les balles. Au même moment, lord Saltoum, lieutenant-colonel du 1er Foot Guard, ordonne à ses hommes d’attaquer à la baïonnette. Mais les grognards n’abandonnent pas le terrain aussi facilement. Ils reculent pied à pied vers le verger d’Hougoumont. C’est à ce moment que le 3e chasseur de la Garde reçoit le renfort de l’unique bataillon du 4e chasseur alors en position sur la gauche. Cette intervention permet au 3e chasseur de se soustraire au feu des hommes de Maitland. Les bataillons se reforment et les grognards reviennent à l’assaut. Mais, saisissant l’instant décisif, le lieutenant-colonel Colborne arrive à propos avec le 52e en soutien. Formés en potence avec la brigade Maitland, ils tirent sur les flancs du 3e chasseur et les chargent à la baïonnette.

 

Wellington fait soutenir Colborne par le 95e Rifles. Accablés de toutes parts, les chasseurs doivent revenir en arrière. Le duc profite de ce moment afin de déstabiliser la Garde et l’empêcher de reformer ses rangs. Il ordonne à la brigade du général Adam ainsi qu’à la cavalerie de Vandeleur de soutenir Halkett. Au moment où les grognards amorcent un nouveau mouvement de repli, le cri fatidique circule d’un bout à l’autre du champ de bataille : « La Garde recule ! » Tous savent que la bataille est perdue, car de gauche à droite, le mouvement de recul gagne toute la ligne de front. À la vue des troupes de Ziethen au lieu de celles de Grouchy, les soldats s’estiment trahis, c’est le sauve-qui-peut général. L’infanterie de Reille bat en retraite et abandonne ses positions près d’Hougoumont. Au même moment, la Haye-Sainte est abandonnée. Elle est reprise par les Anglais vers 20 h.

 

L'assaut de la Haye-Sainte

L'assaut de la Haye-Sainte, par Richard Knotel

 

  1. Conclusion

 

Sous la pression des Prussiens et de ce qui reste de l’armée anglaise, l’armée française s’effondre. C’est la déroute. Napoléon quitte le champ de bataille vers 21 h 15. Dans la précipitation, ses bagages seront pris. Il laisse sur le terrain 7000 morts, 18 000 blessés et 7000 prisonniers. Devant l’ampleur du désastre, la Chambre des représentants, conduite par Fouché, demande son abdication. Il s’exécute le 22 juin.

 

Au cours de cette journée où les erreurs se sont enchaînées, Napoléon, lors de la prise de la Haye-Sainte vers 18 h tenait la victoire du bout des doigts. Les Anglais étaient sur le point de céder. À cette heure, Wellington sait que si les Prussiens n’arrivent pas en masse sur le champ de bataille, il devra ordonner la retraite. Les officiers et les hommes de troupe sont démoralisés, les fuyards se multiplient dans la forêt de Soignes, sa cavalerie est presque décimée et son artillerie, sans pièces et sans servants, est réduite au silence. Il suffisait à Napoléon de donner le coup de grâce. Mais, comme une bouffée d’oxygène, Blücher est arrivé sur le champ de bataille. Napoléon a dû parer à cette menace du côté de Plancenoit. Un temps précieux perdu par l’empereur que Wellington a mis à profit afin de renforcer son centre. Lorsque la Garde attaque les Anglais vers 19 h, progressant entre La Haye-Sainte et Hougoumont, il est trop tard. Il n’est plus possible de percer. Ainsi, quoi qu’en disent certains auteurs britanniques, Blücher a sauvé l’armée anglaise de la défaite et par conséquent, il est le véritable vainqueur de la bataille de Waterloo.

 

Pascal Cyr

Photo : Marianne Deschênes

 

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29 août 2013

FirKraag : "Avec Andemik, nous tentons l'effet boule de neige"

"Un mélange unique de rock, de néo-metal avec un parfum d'années 80, de garage et de punk, et des flow Hip Hop." Andemik a vu le jour en 2008. Une histoire de potes, de rencontres. Deux, puis trois, puis quatre garçons, quatre passionnés de musique, quatre talents mis au service du groupe. Des textes "à l'origine personnels" mais qui, souvent, décrivent fort bien "le mal d'être de toute une génération". Un univers musical surprenant, remarquable. Remarqué, de plus en plus. Ils ont fait partie des finalistes de l'édition 2013 du tremplin Génération Réservoir. Ils se sont déjà produits au Gibus, au Batofar, à l'Olympia... "Le Live, (...) la meilleure expérience musicale qui soit". Ils seront à la Flèche d'Or le 28 septembre, au Bataclan le 12 octobre. Rencontre avec Loïc Besson, alias FirKraag, un leader qui, à l'image de son groupe, a une personnalité bien affirmée, des ambitions légitimement élevées. Andemik, un talent énorme, une énergie, un enthousiasme communicatifs. À découvrir, vraiment... Merci Loïc ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

FIRKRAAG - ANDEMIK

Auteur-compositeur-interprète. Frontman et guitariste du groupe Andemik.

 

"Avec Andemik, nous tentons

 

l'effet boule de neige"

 

Andemik 1

(Ci-dessus : Je2F, LUCKY, ECINA. FirKraag au premier plan.

Photos fournies par Lucky Charm Media.)

 

 

Q : 16/08/13

R : 24/08/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Loïc... ou devrais-je dire "FirKraag"... (Pourquoi ce pseudo, d'ailleurs ?) Qu'aimerais-tu que nos lecteurs sachent à ton sujet, avant d'aller plus loin ?

 

FirKraag : Bonjour! Eh bien, tout d'abord, j'aimerais simplement les remercier de nous lire (sourire) ! Et sinon, le principal à savoir sur moi, je pense, c'est que je suis doté d'une volonté sans faille et que je suis très (trop ?) honnête. Pour le pseudo, ça vient d'un personnage de jeux vidéo qui m'a beaucoup parlé, à l'époque ou j'étais Gamer (quand j'avais le temps, avant la musique...). Je ne vous en dis pas plus, sinon ce serait trop facile ! ;)

 

 

PdA : Tu es le frontman et guitariste du groupe Andemik, fondé en 2008 et aujourd'hui composé de quatre membres (cinq si l'on compte votre producteur). Une belle bande de potes partageant les mêmes passions. D'où te viennent les tiennes pour la musique, l'écriture, la chanson ?

 

F. : J'ai toujours voulu exprimer mes sentiments, mais je ne savais pas comment faire. Lorsque j'ai découvert la musique, que je me suis mis à la guitare, cela a été comme une révélation pour moi : avant, je n'avais pas de raison d'être, d'agir, et du jour au lendemain, tout devenait plus clair et limpide à ce niveau-là. J'avais enfin le sentiment de pouvoir concrétiser toutes mes émotions, et surtout de pouvoir les transmettre et les faire comprendre à un public ! C'est une sensation vraiment incroyable. Par la suite, je me suis mis tout naturellement à composer mes propres musiques et à écrire mes propres textes.

 

 

PdA : Andemik, je le disais à l'instant, c'est une équipe de cinq personnes. Il y a, à tes côtés, donc, Ecina, le bassiste, Lucky, le batteur, JE2F, le deuxième guitariste, et votre producteur, Olivier Jollet. Tu veux bien nous les présenter, nous dire ce que chacun d'eux représente pour toi, pour le groupe ?

 

F. : Dans le groupe, nous sommes quatre, donc, et tous musiciens autodidactes.

 

Ecina est tout simplement mon meilleur ami. Je l'ai connu à l'époque du lycée : lui venait de se mettre à la basse et moi à la guitare. C'est un instrumentiste au niveau hors pair...

 

Lucky faisait parti d'un autre groupe lorsqu'on l'a rencontré. C'était au Gibus, le 22 novembre 2008, très exactement (rires) ! Nous avons accroché direct et sommes restés en contact. Par la suite je l'ai appelé et lui ai proposé de rejoindre la formation. Je pense que les gens ont une aura... Et lui, c'est vraiment quelqu'un de bon.

 

Pour ce qui est de JE2F : c'est tout simplement un petit génie de la guitare... Le genre de jeune homme limite un peu ignorant de sa maîtrise et de ses connaissances prématurées ! Je recherchais un deuxième guitariste : j'ai fini par le rencontrer via le contact d'un ami et nous avons jamé ensemble dans son appartement. Dès les dix premières secondes, j'ai su que c'était lui.

 

Enfin, j'ai rencontré Olivier peu de temps après ma rencontre avec JE2F : c'était en novembre 2010. Après plusieurs échanges par mail, nous avons finalement décidé de nous rencontrer à Paris. Olivier Jollet est un cas rare. C'est un producteur indépendant comme on n'en trouve plus aujourd'hui : avant tout un passionné de musique qui se démène vraiment dans tout ce qu'il entreprend. De plus, c'est quelqu'un de respectueux et de sincère. J'ai une très grande reconnaissance envers lui. Il m'a "trouvé" au moment où j'étais seul, et a tout de suite cerné qui j'étais vraiment, alors qu'on ne se connaissait même pas ! Je lui dois beaucoup. Dès le départ, nous étions sur la même longueur d'ondes.

 

 

PdA : Question un peu décalée, un brin indiscrète. Sex, drugs, Rock 'n' roll... Le troisième élément, ok. Pour le reste, vous vous retrouvez dans ce cliché ?

 

F. : JE2F c'est un peu ça oui ! (rires). Il est très rock 'n'roll comme mec, et c'est pour ça qu'on l'aime ! Moi je suis plus du style "un esprit sain dans un corps sain", je pense. Mais d'une manière générale oui, on s'y retrouve tous plus ou moins ! La musique, c'est notre passion, c'est une vocation. On ne se prend pas la tête en général, on essaie de s'éclater le plus possible quand on est ensemble.

 

 

PdA : Je sais qu'il est plus facile de le vivre que de le décrire, que ces choses-là se font plus facilement avec des notes qu'avec des mots... mais l'exercice est toujours intéressant. Comment définirais-tu votre univers ?

 

F. : Quand on écoute nos titres, on se rend tout de suite compte du bon nombre d'influences musicales venant agrémenter notre univers. On manie aussi bien le Néo-Métal que le Hip Hop du début des années 90, en passant par le Rock des années 70 et 80... On va même jusqu'à puiser pour certains titres dans le courant Techno de la fin des années 90, notamment pour les effets de guitares et autres mélodies entêtantes.

 

En fait, notre univers est un subtil mélange entre le personnel... et l'impersonnel. Je veux dire par là que nous essayons toujours d'extérioriser des sentiments qui nous sont propres, mais tout en faisant bien attention à ce que le public puisse capter ces émotions, comprendre ces messages. En effet, notre monde musical est froid, incisif. Il traite des troubles du passé, d'expériences fortes et lourdes à porter. Nous mettons vraiment l'accent sur la sensibilité, l'interprétation de notre musique.

 

 

PdA : Tu as déclaré lors d'une interview donnée à Nothing but dreams il y a un an vouloir "rallier (tes) idées, (ta) philosophie en musique." Tu veux nous en dire davantage ?

 

F. : Le but, c'est de partager notre expérience et notre ressenti avec notre public. Nous désirons le rallier, l'unifier, et non le perdre ou le séparer. Cela passe donc par un travail approfondi sur les textes, les ambiances musicales et autres atmosphères, le choix des accords etc... Car même si nos textes sont à l'origine personnels, nous faisons néanmoins en sorte de les axer de manière à décrire le mal d'être de toute une génération. Nous voulons que le public puisse ainsi vraiment s'identifier, se reconnaître à travers notre musique. Nous revendiquons toujours l'authenticité. Je pense que quand un sentiment est véritable, il est universel.

 

 

PdA : Quelles sont, parmi vos chansons (créations originales ou reprises), parmi vos performances, celles qui comptent le plus à tes yeux ? Et que tu souhaiterais que nos lecteurs prennent le temps de découvrir, avec une attention particulière ?

 

F. : Toutes les chansons que j'ai écrites sont une partie de moi. Il m'est donc assez difficile d'en choisir une plutôt qu'une autre. Cependant, Point Final et La Faille possèdent deux textes vraiment intéressants.

 

La Faille traite d'un sujet nettement majeur : la Mort. Une fatalité en somme, thème assez récurrent dans mes chansons en général. Ma réflexion, mon expérience de la vie ont fait que je me devais de consacrer une oeuvre à ce sujet: que j'aborde bien évidemment de manière subtile.

 

Point Final, quant à elle, met en avant d'autres aspects psychologiques bien définis : l'esprit d'équipe, la force d'impact, la détermination... C'est un titre très efficace.

 

De ce fait, je pense qu'il est bon de découvrir tous les aspects mis en avant dans nos musiques afin de ne pas passer à coté d'un point en particulier. En effet, celles-ci gravitent autour d'une couleur musicale relativement similaire : c'est notre marque. Mais chacune d'entre elles abordent un ressentiment, un message bien précis : une autre facette, donc. Il serait dommage de passer à côté ;) De plus, j'ai émis comme des sortes de "codes" dans les musiques : souvent, les messages sont implicites ou comportent un double sens. Afin de bien tout assimiler, il est donc nécessaire de se référer à un autre titre. Comme si au final, tout était lié...

 

 

PdA : Quelle place le groupe occupe-t-il dans vos emplois du temps, dans vos vies ?

 

F. : Avec le temps, on a bien appris à se connaître, et donc s'organiser par rapport à Andemik. Nous répétons une fois par semaine dans un studio perso. Chacun travaille chez soi sérieusement, on se fixe les objectifs et directives par mail et ça fonctionne très bien. Même si nos relations sont étroitement liées au groupe, on se voit régulièrement en dehors du projet car nous sommes avant tout une bande de potes !

 

 

PdA : Tu disais dans la fameuse interview citée tout à l'heure ambitionner de "vivre de la musique". Il y a du mieux, aujourd'hui ? Tous frais déduits, vous réussissez à gagner un peu d'argent ?

 

F. : Une chose est sûre, depuis le commencement : le Live est pour nous la meilleure expérience musicale qui soit. C'est totalement une autre façon de vivre, et je pense que cela fait partie de ces choses que l'on ne peut réellement comprendre que lorsqu'on en fait l'expérience soit même.

 

Pour ce qui est de l'aspect financier, en fait cela dépend de beaucoup de facteurs ! Quelle prod nous programme, dans quel cadre, par le biais de qui, etc... C'est encore assez irrégulier. Alors oui, comparé à nos débuts, c'est déjà le jour et la nuit : rien que dans le fait que l'on commence à être davantage pris au sérieux vis à vis des professionnels, des salles... Mais la seule "vraie" solution pour gagner des cachets et ce de manière régulière, c'est de signer avec un tourneur ! On y travaille pour cette année... ;)

 

 

PdA : Quelle est (si vous en avez une !) votre stratégie pour vous faire connaître du plus grand nombre ?

 

F. : Ce qui est certain, c'est que la plus mauvaise des stratégies, c'est de ne pas en avoir une justement !

 

En ce qui nous concerne, nous préférons opérer de la sorte : lentement mais sûrement ! Cela va faire trois ans que l'on travaille avec notre producteur, trois ans que nous passons à peaufiner nos textes, mûrir notre son, travailler nos visuels et notre expérience scénique... Dans la musique, tout peut aller très vite : aussi bien en montant... qu'en descendant ! Il ne faut donc pas se presser !

 

Nous avons pris notre temps avec notre label pour vraiment créer une identité visuelle et musicale, quelque chose de puissant et bien produit. Et nous avons acquis assez d'expérience pour pouvoir enfin prétendre nous mesurer concrètement au milieu. De plus, notre expérience à l'Olympia nous aura beaucoup servi !

 

Pour résumer : nous tentons "l'effet boule de neige". Nous préparons méticuleusement le terrain, en plaçant soigneusement les pions au bon endroit, et ce afin de provoquer au final une réaction en chaîne. Voilà notre stratégie.

 

 

PdA : Vous avez déjà joué au Gibus, au Batofar, à l'Olympia... Bientôt, ce sera la Flèche d'Or. Une excitation particulière ?

 

F. : Cela faisait longtemps que nous voulions monter sur cette scène mythique, mais ne l'espérions pas de sitôt ! Ce n'est pas évident d'être programmé dans ce genre de salle. On dit que c'est quand on s'y attend le moins, que les choses arrivent : il faut croire que c'est notre cas, donc... En tout cas, le travail paie toujours !

 

 

PdA : Pour la troisième et dernière fois, je te cite lors de l'interview Nothing but dreams : "[Enfant], je voulais simplement être quelqu'un d'autre, dans une autre vie." C'est toujours le cas ?

 

F. : Oui oui, c'est toujours le cas ! Pour être honnête, je crois bien que c'est, justement, le travail de toute une vie... Mais je me suis accoutumé à cela...

 

 

PdA : Quels sont vos projets ?

 

F. : Les projets pour Andemik sont les suivants : sortir notre premier EP, être programmés sur les radios nationales (soyons fous), trouver un tourneur afin d’enchaîner les salles, premières parties et festivals, tourner notre premier clip à Berlin, et signer notre premier album en maison de disque. Rien que ça ! ;)

 

 

PdA : Vos rêves ?

 

F. : Bah... être quelqu'un d'autre dans une autre vie quoi... normal ! (rires) Plus sérieusement : réussir à percer dans la musique, parce que ça englobe tout ! Pour ma part, c'est plus universel : je cherche à être heureux...

 

 

PdA : Les critiques sont bonnes, elles saluent votre énergie, votre enthousiasme, votre univers. Vous êtes régulièrement présents, bien placés, dans les concours, les listes de jeunes talents à découvrir. Le public est là, toujours plus nombreux. Que peut-on vous souhaiter ?

 

F. : Qu'il grossisse, à en devenir une armée pour conquérir le monde MOUHAHAHAAA ! Nan je déconne... lol

 

Pour être honnête, nous souhaitons tout simplement faire connaitre notre musique à un public aussi large possible. Notre pari est de faire une musique accessible aux gens, de 7 à 77 ans !

 

 

PdA : Quelque chose à ajouter ?

 

F. : La Vérité est la seule clef universelle.

 

 

PdA : Merci infiniment !

 

F. : Merci à toi !

 

 

Andemik 2

(Je2F, FirKraag, ECINA, LUCKY)

 

 

Je te remercie à nouveau, Loïc, pour tes réponses enthousiastes, sincères, souvent touchantes. Tous mes voeux de succès et de bonheur vous accompagnent, toi et toute la team ! Et vous, que pensez-vous de Andemik ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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En concert, notamment @ La Flèche d'Or, le 28 septembre, au Bataclan le 12 octobre !

 

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26 juin 2013

Julien Alluguette : "Ce jour où Bernard Giraudeau m'a pris dans ses bras..."

Avec sa "Troupe d'un soir", dont elle a retransmis le show en direct, il y a quelques semaines, France 2 s'était fixée un objectif : tenter d'attirer un public plus large que celui habituellement présent devant les pièces de théâtre télédiffusées. Quelques saynètes et interventions visant à vulgariser les termes inhérents à cette forme d'expression, et des extraits en "live" de spectacles du moment - donc celui de l'excellent Jean-Claude Dreyfus, en hommage à Raymond Devos -. La bonne humeur, la bonne volonté des artistes n'ont pas fait de miracle : l'audience fut faible, bien faible. Plusieurs voix se sont faites entendre, dans les jours qui ont suivi. Celle de Bruno Solo, notamment. Pour lui, le service public est légitime et louable dans sa volonté de rendre "populaire" cet art trop longtemps considéré comme élitiste. Mais les programmes doivent être exigeants, sans forcément chercher à être facilement accessibles, à plaire à tout le monde. Si la qualité est là, le public qui en fera l'effort suivra. Et ses rangs, petit à petit, grossiront. Devant le poste. Dans les salles de spectacle.

 

"Je crois juste que le théâtre est fait pour être vécu en vrai, avec ce qu'il y a d'unique dans chaque représentation..." C'est l'essence même du théâtre. Un moment de partage, intense, unique, quand les deux parties - sur scène mais aussi dans le public - sont "bonnes". C'est le jeune comédien et metteur en scène Julien Alluguette qui m'a fait part de cette pensée, en marge de notre entretien. Il a notamment interprété Alan Strang dans "Equus" -, la pièce de Peter Shaffer mise en scène par Didier Long au Théâtre Marigny. Une version forcément moins médiatisée que l'anglo-saxone, dirigée par Thea Sharrock avec Daniel Radcliffe dans le rôle de Strang, mais une version qui n'en fut pas moins saluée par la critique, par le public. Rencontre, donc, avec Julien Alluguette, un garçon bourré de talents et d'idées, et dont on n'a pas fini d'entendre parler. J'ai souhaité parsemer ce document de liens, nombreux, pour vous permettre de compléter cette découverte, de la rendre plus vivante. Merci à lui. Merci à vous. Allez au théâtre ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JULIEN ALLUGUETTE

Comédien, metteur en scène

 

"Ce jour où Bernard Giraudeau

 

m'a pris dans ses bras..."

 

Julien Alluguette

(La photo m'a été envoyée, à ma demande, par Julien Alluguette)

 

 

Q : 15/06/13

R : 24/06/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Julien Alluguette. Vous êtes jeune et avez vécu de beaux débuts, prometteurs, à votre parcours d'acteur. Une formation au long cours, vous êtes notamment passé par la fameuse École Florent. Qu'est-ce qui vous a donné envie de suivre cette voie, au départ ?

 

Julien Alluguette : Petit, je rêvais d'avoir des pouvoirs magiques... À chaque fois que je pouvais faire un voeu, je faisais celui d'avoir la capacité de me transformer en un autre, ou de voler, et que mes camarades de classe se disent "Waouh, ce mec a l'air trop cool !". Ça répondait certainement à une enfance assez solitaire et une grande timidité. Du coup, j'ai demandé à mes parents de m'inscrire dans un cours de théâtre à l'âge de 9 ans. Pour vaincre ma timidité, exister et développer mes pouvoirs magiques !

 

 

PdA : C'est sans doute votre interprétation d'Alan Strang, le garçon au coeur de l'intrigue d'"Equus" - pièce écrite par Peter Shaffer et mise en scène par Didier Long à Marigny - qui a le plus marqué. Sort-on indemne d'un tel rôle ? Quelles "traces" gardez-vous de cette expérience ?

 

J.A. : Effectivement, c'est sans doute la plus belle et intense expérience théâtrale que j'ai vécue à ce jour. Artistiquement et humainement. Je n'en revenais pas quand on m'a annoncé que c'était moi qui avais été choisi après les auditions, et jusqu'au jour où j'ai vu mon nom sur les affiches devant le Marigny, je n'y croyais pas. C'est un rôle d'une force et d'une complexité folles, dans lequel il faut se jeter tout entier, sans filet. Mais j'avais confiance en mes partenaires, en Didier Long (le metteur en scène), et même s'il fallait que je m'abîme, je n'ai pas hésité une seule seconde. Le plus difficile, c'est ensuite de dire au revoir à ce théâtre, à son équipe, à ce rôle, à ces acteurs avec lesquels on a partagé ce que l'on sait être un évènement marquant de sa vie.

 

 

PdA : Cette composition vous a valu - pour ne citer qu'elle - une nomination au Molière de la Révélation Théâtrale en 2009. Sincèrement, quelle est l'importance que vous prêtez au jugement de vos aînés, de vos pairs du "métier" ?

 

J.A. : J'ai été très touché d'être nommé aux Molières, mais au-delà de mon travail, ça récompensait aussi et surtout les croyances d'un metteur en scène (Didier Long) et d'un directeur de théâtre (Pierre Lescure, qui venait d'arriver à la tête du Marigny) en un jeune comédien que personne ne connaît pour endosser un rôle principal dans une salle de 1000 places. C'est devenu tellement rare aujourd'hui...

 

 

PdA : Cette nomination a-t-elle constitué un tournant dans votre carrière ?

 

J.A. : Il y aura effectivement pour moi un avant et un après "Equus", mais la nomination n'a pas changé grand chose, au contraire, je suis resté sans travail pendant plus de 9 mois après les Molières...

 

 

PdA : Comment vous y prenez-vous, en général, pour vous imprégner d'un personnage ?

 

J.A. : Tout dépend du rôle, et du metteur en scène ou du réalisateur... J'essaie surtout de trouver le juste milieu entre le personnage et moi. Me nourrir du rôle tel qu'il est écrit, son fonctionnement, ses ruptures, et lui donner de ce que je suis. C'est à ce point de rencontre, je crois, que l'on devient le seul à pouvoir l'interpréter de cette manière tout en restant sincère.

 

 

PdA : Y'a-t-il, justement, des personnages ou types de personnages que vous aimez ou rêveriez d'incarner ?

 

J.A. : On me confie souvent des rôles de mecs un peu tarés, à vrai dire ! Mais j'adore aussi les rôles plus fantaisistes... Et surtout quand il y a un défi physique. J'ai toujours eu le désir d'utiliser mon instrument de travail sans le limiter juste au visage. Un peu à l'américaine, où le corps vit tout autant.

 

J'aimerais beaucoup jouer dans un film musical, un "Moulin Rouge" à la française.

 

 

PdA : "Equus", un élément parmi tant d'autres de votre CV artistique. Je pourrais citer "Les Muses orphelines" et "Ma vie avec Mozart", au théâtre, "L'échappée belle", "Mystères de Lisbonne", "I bambini della sua vita" ou encore "Louise Wimmer" pour le cinéma. Quels ont été vos grands moments jusqu'ici, les rencontres, les collaborations qui resteront dans votre palmarès perso et dont vous aimeriez inviter nos lecteurs à découvrir le fruit, si bien sûr il en existe une trace ?

 

J.A. : Chacun de ces projets m'a marqué. J'essaie d'ailleurs de toujours aller là où il y a de l'enjeu, de l'originalité et du danger.

 

"Les muses orphelines", ça a été pour moi l'une des premières pièces où j'ai compris quel comédien j'étais et qui m'a donné la confiance pour avancer.

 

"Equus", c'est vraiment le projet qui aura toujours une place importante dans mon coeur et ma tête. Je me souviens surtout de deux moments : un soir où il y a eu une coupure de courant au Marigny, excepté un projecteur qui est mystérieusement resté allumé... Et on a continué à jouer la pièce, dans un carré de lumière de 2 mètres carrés, puis avec des torches électriques. Et à la fin, personne n'avait vu qu'il y avait eu un problème. C'était incroyable à vivre. Il y avait un sentiment de "Show must go on" où il faut y aller, coûte que coûte... L'autre souvenir marquant lié à "Equus", c'est ce jour où Bernard Giraudeau a frappé à ma loge après avoir vu le spectacle, m'a pris dans ses bras en me disant "Je sais pas si j'aurais réussi à le faire...", ça m'a bouleversé.

 

"Louise Wimmer", c'est le premier long métrage d'un réalisateur plein de talent pour lequel j'ai beaucoup de respect (Cyril Mennegun) et avec qui je rêve de retravailler. Il a un regard très humain sur la société, et sur les acteurs. J'étais ravi qu'il me propose ce petit rôle qui a son importance sur la route du personnage que joue Corinne Masiero. J'ai éclaté de joie quand on a reçu le César du Meilleur Premier Film !

 

"Mystères de Lisbonne", je me rendais pas compte de l'énorme machine que c'était... J'ai le souvenir de la projection d'équipe, j'étais assis entre Catherine Deneuve, Isabelle Huppert et Fanny Ardant, impressionnant... Je découvrais ce chef d'oeuvre de 4h30, avec une direction photo incroyable. Un cadeau de Raoul Ruiz, son dernier film...

 

 

PdA : Quels conseils donneriez-vous à un(e) jeune qui, séduit(e) par l'une de vos performances, serait irrépressiblement tenté de suivre une voie similaire à la vôtre ?

 

J.A. : Chaque parcours est propre à chacun, alors c'est dur de donner un conseil. Je crois que l'une des clés, pour durer, c'est de garder sa flamme toujours allumée, ses utopies, ses rêves. Mais aussi de savoir se protéger, car c'est aussi un métier d'attente, de déception, qui peut être parfois très violent. En gros, garder sa sensibilité pour la scène et les plateaux, et savoir remettre sa carapace en dehors.

 

 

PdA : Nous avons longuement évoqué votre expérience d'acteur. Vous vous essayez également, depuis quelques années, à la mise en scène. Il y a eu "Cendrillon", "Alpenstock", et tout récemment "La piste aux ordures". Passer de l'autre côté, organiser, diriger... Une position que vous avez appris à apprécier, que vous voudrez tenir à nouveau, j'imagine ?

 

J.A. : J'adore ça. Être dans l'ombre, et mettre en lumière d'autres comédien(ne)s en qui je crois, qui me touchent ou me font rire. Tenir les ficelles, faire se rencontrer plusieurs corps de métier, proposer et être à l'écoute du talent de chacun, pour arriver à un projet qui appartienne à tous et qu'on veut faire découvrir. Créer des souvenirs pour les yeux, les oreilles, la tête et le coeur. Maintenant que j'y ai goûté, oui, j'ai beaucoup de mal à m'en passer...

 

 

PdA : Parlez-nous de vos dernières créations. Vous avez carte blanche, pour donner à nos lecteurs l'envie de les découvrir.

 

J.A. : Je viens de reprendre "Cendrillon" (ma première mise en scène) à la Manufacture des Abbesses, une version décalée et drôle du conte de Perrault. On a eu la chance d'avoir d'excellentes critiques, du coup on reprend de fin septembre à début janvier 2014.

 

La dernière création c'est un spectacle de rue, "La piste aux ordures" qu'on joue cet été au festival d'Aurillac. Un face à face entre une caisse en bois et une danseuse, deux anciennes bêtes de foire qui se retrouvent dans la rue, suite à l'incendie de leur cirque, et qui vont nous raconter leur histoire et essayer de s'enfuir avant que le camion poubelle ne vienne les broyer... Un journal a parlé récemment de "conte poétique à donner des frissons...", ça correspond bien je trouve !

 

 

PdA : Quels sont vos projets ? Vos envies pour la suite ?

 

J.A. : Je vais bientôt tourner avec Muriel Robin le téléfilm "Manta corridor", réalisé par Jérôme Foulon, j'y interprèterai Louis Manta. J'ai également un nouveau projet de mise en scène, et je reviendrai certainement en janvier au théâtre pour interpréter Rimbaud. Et je l'espère, en attendant, un peu de cinéma... Ça me manque. (Éd. : 01/07/13)

 

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ? Pour quelqu'un en particulier ?

 

J.A. : J'espère que je n'aurais pas été trop bavard... C'est le défaut des anciens grands timides ! :)

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter pour la suite, cher Julien Alluguette ?

 

J.A. : Du bonheur, du travail, des rêves, de la vie...

 

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment.

 

J.A. : Merci.

 

 

 

Merci encore, Julien. Bonne route... avec tous mes voeux ! Et vous, quel est votre rapport au théâtre ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Bientôt au cinéma, à la télévision... ;

 

...et bien sûr au théâtre.

 

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1 novembre 2013

Virginie Duby-Muller : "Nous aurions dû instaurer l'union civile"

On ne les voit pas souvent, sur les plateaux télé, hors LCP. Ils ne comptent pas, chez les jeunes pousses de l'Assemblée, parmi les plus médiatisés, les plus media-friendlyIls n'ont jamais fait le News Show mais ils sont mus, eux aussi, par des valeurs, par des convictions profondes. Eux aussi ont reçu l'onction du suffrage universel. Leurs idées, ils les avancent avec, peut-être, un focus un peu plus localisé, un brin d'ego en moins. Quelques mois après le socialiste Pierre-Yves Le Borgn', voici Virginie Duby-Muller (UMP). Élue depuis l'année dernière de la quatrième circonscription de la Haute-Savoie (Annemasse, Saint-Julien-en-Genevois, Seyssel, Frangy), elle est, à 34 ans, l'une des benjamines de la chambre basse. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

VIRGINIE DUBY-MULLER

Députée UMP de la quatrième circonscription de la Haute-Savoie

 

« Nous aurions dû instaurer

l'union civile »

 

Virginie Duby-Muller

(Source de la photo : Virginie Duby-Muller)

 

Q : 31/08/13

R : 31/10/13

  

Paroles d'Actu : Bonjour Virginie Duby-Muller. En juin 2012, les électeurs de la Quatrième circonscription de la Haute-Savoie vous ont désignée pour siéger en leur nom à l'Assemblée Nationale, hémicycle dont vous êtes l'une des benjamines. Vous n'avez pas trente-quatre ans, à ce moment-là... Qu'avez-vous ressenti, lorsque vous avez eu connaissance de ce résultat ? À quoi, à qui avez-vous pensé ?

 

Virginie Duby-Muller : J’ai pensé à Claude Birraux, mon mentor, qui m’a passé le relais (elle fut sa collaboratrice entre 2007 et 2012, ndlr). Il a fait un choix qui a pu paraître audacieux en choisissant une femme, jeune, devenue mère de famille quelques mois auparavant et, qui plus est, blonde. L’opération a été réussie, au nom d’un renouvellement nécessaire du personnel politique et d’une représentation accrue de la jeunesse et des femmes !

 

J’ai pensé à ma famille, également, et tout spécialement à ma grand-mère, qui était de caractère, engagée, conseillère municipale et sage-femme. J’ai enfin pensé aux électeurs et aux électrices qui m’ont fait confiance, et à la responsabilité qu’ils m’avaient confiée.

 

PdA : Votre engagement à droite est ancien, vous avez adhéré au RPR l'année de vos dix-huit ans et citez parmi les valeurs qui vous sont chères « le travail, la méritocratie, la liberté et la responsabilité des individus ». Ces valeurs-là sont-elles, de votre point de vue, réellement mises à mal par les orientations suivies depuis un an par la majorité, par le gouvernement et par le président de la République ?

 

V.D.-M. : La France va mal. Les Français souffrent. Je reprendrai volontiers les propos de mon collègue UMP Hervé Mariton : « En 1981, la volonté était de changer la France, en 2013, l’objectif est de défaire la France ».

 

François Hollande avait promis un « changement » fondé sur soixante engagements. Souvenez-vous du « Moi, Président... » ! On assiste plutôt à la succession de soixante ratés, couacs et reniements. À force de renoncements, d’inélégances, d’ambiguïtés, de mauvaises décisions, le président de la République a perdu toute crédibilité et a aggravé la crise de notre pays, qui décline, tant d’un point de vue économique que sur le plan des valeurs.

 

Regardez les réformes imposées sans concertation, sur les rythmes scolaires, la remise en cause des auto-entrepreneurs, de la politique familiale, le matraquage fiscal... Pigeons, poussins, tondus, les Français sont étouffés !

 

PdA : Parmi vos combats récents, il y a ceux qui touchent à la famille. Vous vous êtes opposée à l'ouverture du droit au mariage pour les couples homosexuels et combattez toute banalisation de ce que l'on appelle communément la « théorie du genre ». Quel message adresseriez-vous à un(e) jeune homosexuel(le) ayant du mal à s'assumer, souffrant du regard des autres, et qui vivrait de bonne foi ces prises de positions comme une attaque portée contre ce qu'il (elle) est ?

 

V.D.-M. : Je me suis opposée au projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe car il s’agissait d’une question sociétale dont l’ampleur est telle qu’elle méritait un référendum, et non une loi. Pour moi, le mariage doit rester celui d’un homme et d’une femme : c’est lié à la notion de famille. Mais ce qui m’inquiète plus, c’est l’instauration d’un droit à l’enfant, avec la PMA et la GPA. Avec cette loi, le gouvernement socialiste a obéi à un lobby, il a voulu réaliser une promesse de campagne qui a profondément clivé la société française.

 

Et, pour en revenir à votre question, je dirais à ce jeune homosexuel de s’en prendre au gouvernement socialiste qui a stigmatisé les homosexuels avec l’adoption d’une loi maladroite, alors que ce n’était pas le cas auparavant !

 

PdA : Sans transition... Je reprends l'une de vos déclarations récentes. « Beaucoup de gens ne connaissent pas le travail de député. Parfois, j'ai envie de leur dire, suivez-moi, une journée, une semaine. Le soir, on est sur les rotules... » À quoi ressemblent-t-ils, justement, votre quotidien, votre semaine de parlementaire ?

 

V.D.-M. : Je me suis imposée comme rythme de siéger à Paris les mardis et mercredis de façon incompressible. Le reste de la semaine, je rencontre les gens qui le souhaitent à mon bureau parlementaire, à Paris, ou à ma permanence, à Annemasse. Je travaille sur les dossiers en cours, je participe à des réunions, aux différentes manifestations ou visites de terrain. D’après la Constitution, notre rôle consiste à siéger à l’Assemblée nationale, mais il est essentiel de garder de la proximité avec son territoire.

 

PdA : Trouvez-vous quelques vertus au fait de siéger dans l'opposition à l'Assemblée ?

 

V.D.-M. : Le fait d’être dans l’opposition permet de ne pas être noyé dans la masse, surtout lorsque vous êtes primo-député, d’avoir plus de temps de parole, d’être mieux identifié. Même si j’aurais préféré que notre programme politique l’emporte, pour l’avenir de notre pays.

 

PdA : La pertinence ou non d'un « inventaire » sur la présidence Sarkozy fait débat actuellement au sein de l'UMP. Quel est votre avis sur la question ? Nourrissez-vous, en tant que militante, quelques regrets quant au quinquennat précédent ?

 

V.D.-M. : Jeudi 17 octobre 2013 s’est tenue, au siège de l’UMP, une convention sur l’évaluation de son action entre 2007 et 2012. Il ne s’agissait pas d’être dans l’inventaire, mais plutôt de définir les priorités à défendre pour l’alternance. Il s’agit de reprendre le fil des réformes engagées en 2007, plutôt que de le rompre. Car, on le voit bien, la politique conduite par les socialistes mène le pays au chaos ! Concernant le « mariage pour tous », par exemple, qui a clivé la société, il est peut-être dommage que nous n’ayons pas mis en place une « union civile » ?

 

PdA : Je laisse de côté la question des personnes, finalement assez secondaire et peu intéressante pour l'instant. Quelle doit être la ligne politique de l'UMP pour les années à venir ? Autour de quels grands axes, de quelles idées novatrices souhaiterez-vous articuler le projet d'alternance que vous proposerez aux Français ?

 

V.D.-M. : Nous devons faire preuve de courage en matière économique, d’autorité en matières de sécurité, de justice, d'immigration et de laïcité, et, enfin, de générosité sociale, sans assistanat.

 

La gestion du pays par les socialistes est calamiteuse. Cela fait plus d’un an et demi que la gauche est au pouvoir, et tous les indicateurs sont au rouge vif. Jamais la dette, les dépenses publiques et le matraquage fiscal n’ont été aussi élevés, et le pouvoir d’achat baisse. Face à cela, nous devons reprendre la main pour un sursaut français ! Les prochaines élections en seront la première occasion.

 

PdA : Retour à 2013... À l'Assemblée, à votre circonscription. Parlez-nous de la 4ème de Haute-Savoie ? Quelles sont ses spécificités ? Les priorités, les inquiétudes particulières de ses habitants ?

 

V.D.-M. : La 4e circonscription de la Haute-Savoie, qui a été remodelée en 2012, est un territoire varié, composé de 53 communes, à la fois rurales et urbaines. Sa spécificité est d’être une circonscription transfrontalière proche de Genève et de la Suisse. D’ailleurs, je me bats actuellement pour le maintien du droit d’option pour l’assurance maladie des travailleurs frontaliers, remis en cause par le gouvernement sans se soucier des conséquences économiques, sociales et humaines que cela va entraîner.

 

PdA : Quels sont les sujets sur lesquels vous aurez à cœur de faire entendre votre voix au sein de l'hémicycle ?

 

V.D.-M. : Les problématiques frontalières, la défense des classes moyennes, de la famille et de l’égalité hommes-femmes me tiennent à cœur. Mais les questions éducatives, l’audiovisuel, le numérique m’intéressent également. On ne peut pas intervenir sur tout, mais j’essaie de rester dans une démarche d’opposition constructive.

 

PdA : Quelles leçons avez-vous tirées de votre - déjà long ! - parcours politique jusqu'ici ?

 

V.D.-M. : La politique révèle les personnalités. Si je ne suis pas quelqu’un de rancunier, en revanche, je ne suis pas amnésique… Il faut que, seuls, vos convictions et votre sens de l’intérêt général guident vos décisions.

 

PdA : Qu'est-ce qui, finalement, fonde votre engagement dans la vie publique ?

 

V.D.-M. : Je suis optimiste. Il ne faut jamais se résigner, et rester fidèle à ses convictions !

 

PdA : Quels sont vos projets, vos envies, Virginie Duby-Muller ?

 

V.D.-M. : Je souhaite que l’on aide davantage les femmes à concilier vie professionnelle et familiale.

 

Je souhaite que les politiques publiques conduisent à une amélioration du niveau de vie lié au bonheur des gens, tel qu’il est intégré dans certains pays, comme le Bhoutan. Aujourd’hui, je trouve que le gouvernement manque de vision et qu’il nivelle notre pays par le bas.

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Vous avez carte blanche. Merci infiniment...

 

V.D.-M. : Aux jeunes : engagez-vous en politique ! Nous avons besoin d’oxygène !

 

 

Merci à vous, Virginie Duby-Muller, pour vos réponses, pour avoir respecté votre engagement. Merci également à Catherine Hurstel, sa collaboratrice parlementaire. Et vous, que vous inspirent les propos de Virginie Duby-Muller ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Virginie Duby-Muller...

 

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