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Paroles d'Actu
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20 février 2013

Julien Diez : "L'erreur de l'UMP est historique"

Le 12 février, l'Assemblée nationale adoptait en première lecture le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels. Une première victoire tangible pour ses partisans, après des semaines de débats intenses, pas toujours de haute tenue de part et d'autre... Le clivage sur cette question de société se fait - pour faire très simple - entre "progressistes" et "conservateurs", tous étant persuadés, souvent de bonne foi, d'être dans le vrai s'agissant de défendre la famille, de protéger l'enfant. 329 voix pour. 229 voix contre. La majorité parlementaire a globalement fait bloc autour du "oui", l'opposition a largement défendu le "non". Seuls deux députés UMP ont voté le texte. Après l'interview de Frédéric Gal, directeur général du Refuge, après celle de Pierre-Henri Bovis, voici Julien Diez. Il est membre du bureau politique de GayLib, une association associée à l'UMP. À l'heure de nos premiers contacts, au mois de décembre, il est conseiller national auprès du parti. Mais ça, c'était avant... Merci à Julien Diez pour ses réponses à coeur ouvert ! Bonne lecture. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JULIEN DIEZ

Membre du bureau politique de GayLib

Ex-conseiller national de l'UMP

 

"L'erreur de l'UMP est historique"

 

Julien Diez

(Photos fournies par Julien Diez)

 

 

Q : 09/02/13

R : 14/02/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Julien Diez. Qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent à votre sujet avant d'aller plus loin ?

 

Julien Diez : La question me paraît piège. Disons que j'ai pour blason un triptyque de valeurs : la Disponibilité, l'Enthousiasme et l'Endurance. Je suis disponible pour tous les échanges, tous les débats. Je vis mon travail d'artiste et mes actions militantes avec un enthousiasme qui rend les choses bien plus faciles. Et je n'ai pas pour habitude de m'essouffler quand une chose me tient à coeur...

 

 

PdA : Lors de notre premier échange, au mois de décembre, vous êtes conseiller national de l'UMP, en charge des sujets de société et de l'économie créative... Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager de la sorte ?

 

J.D. : Je tiens à apporter une précision : les conseillers nationaux n'ont pas de charges précises. Ils peuvent être spécialisés dans certaines questions, certains aspects, mais ils ne sont pas "en charge de...".

 

Précisions à part, mon engagement libéral et humaniste, dans sa forme actuelle, a pris source lors de mes études aux beaux-arts de Londres en 2006-2007. La situation sociale de certains Londoniens, l'état des services de santé, le communautarisme à la carte... ont fini de m'ouvrir les yeux sur les valeurs et la grandeur du modèle républicain français.

 

En rentrant en France, je ne pouvais pas occulter la prise de conscience qui avait été la mienne en Grande-Bretagne. Artiste de métier, l'engagement, le partage, la communication, l'échange font partie de ma vie. Le déplacement de cet engagement vers un engagement politique et militant s'est fait assez naturellement. Aujourd'hui, je ne puis même plus parler de glissement tant l'action d'artiste et l'action politique sont pour moi forgées dans une même démarche.

 

 

PdA : En parallèle, vous êtes membre du bureau politique de GayLib, un mouvement alors associé à l'UMP et qui, d'après votre site, "œuvre en faveur de l’égalité pour les personnes LGBT, dans un esprit républicain et humaniste". Pouvez-vous nous en dire davantage ?

 

J.D. : GayLib est pour moi un engagement supplémentaire, je ne puis exclure ce que je suis dans ma vie intime et amoureuse.

 

Gaylib, c'est aussi pour moi l'idée qu'il n'y pas de différences entres les citoyens français, quels que soient leur sexe, leur ethnie, leur confession. J'avais complètement adhéré au slogan de l'UMP lors de son université d'été 2011, "le parti des droits et des devoirs". Mais encore faut-il que ceux qui ont les mêmes devoirs, aient les mêmes droits.

 

Plus jeune, j'ai eu des amis qui en ont fini avec la vie du fait d'être homosexuel(le)s, et de ne pas pouvoir assumer le rejet social, de leur famille, et/ou de leur entourage. Ce sont des événements qui marquent l'histoire d'un individu. Cette histoire, c'est aussi la mienne, comme beaucoup d'homos qui en ont vu d'autres se détruire du fait du rejet des autres. Le suicide comme les phénomènes d'auto-destruction sont des fléaux dont la responsabilité est (au moins partiellement) une responsabilité collective.

 

Pour autant, l'adhésion à un mouvement LGBT n'allait pas de soi, pour moi. Je ne voulais pas devenir le "Gay de droite" ou entrer dans une case bien établie. Je ne voulais pas devenir la caution homosexuelle de ma famille politique, comme il peut en exister à gauche à Bordeaux et qui, malheureusement, sont loin de se distinguer par de brillantes interventions.

 

Ce qui m'a conduit à adhérer à Gaylib, puis à monter la délégation Aquitaine du mouvement, c'est la conviction qu'ici, à Gaylib, il n'y a pas de place pour les communautarismes à la carte.

 

L'idée première est celle d'une France plus juste, plus belle, méritocratique et qui respecte sa devise républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité. À la différence de quelques autres associations LGBT, nous ne débattons pas qu'avec ceux qui sont préalablement d'accord avec nous, bien au contraire, nous allons à la rencontre de ceux qui nous sont les plus hostiles. On ne fait rien avancer à cultiver l'entre-soi.

 

Mon engagement à Gaylib pourrait se résumer par une phrase de Roselyne Bachelot devant l'Assemblée pour défendre le PACS : "La France ne reconnaît qu'une communauté, la République".

 

J'invite d'ailleurs tous ceux qui ont un profond respect pour notre devise républicaine à nous rejoindre. S'il n'y a pas besoin d'être noir pour se battre contre le racisme, il n'y a évidemment pas besoin d'être lesbienne, gay, ou trans pour se battre contre l'homophobie ou la transphobie.

 

 

PdA : Les jours passent... Quelques déclarations controversées sur le mariage pour tous et l'ouverture du droit d'adopter aux couples homosexuels en tant que tels... Une participation visible à la manif nationale également estampillée "pour tous". Janvier 2013 : "GayLib quitte l'UMP". Le communiqué dénonce un "parti réduit à son expression la plus rétrograde". Vous vous dites quoi, à ce moment-là ? "Trop, c'est trop" ?

 

J.D. : Tout d'abord, je tiens à vous remercier de citer cet excellent communiqué de la présidente de Gaylib, Catherine Michaud. Il me semble qu'il en dit long sur ce qui a mené à cette dénonciation des accords qui nous associaient à l'UMP. Il traduit aussi un consensus chez les Gaylibiens. Notre mouvement avait pour devoir de quitter l'UMP, nous n'avions plus d'espace pour y travailler plus longtemps.

 

Il y a bien des personnes qui ne sont pas (encore) favorables au mariage, et pour qui j'ai de la considération. Il y a bien des élus qui sont hostiles à l'adoption par des couples de même sexe et pour qui j'ai du respect, et avec qui j'ai pu travailler en bonne intelligence. Tout le monde n'évolue pas à la même vitesse sur ces sujets.

 

Par contre, ce que je ne supporte pas, c'est que la démagogie devienne un processus idéologique. Comme celle qui consiste à dire que l' Union civile, qui était au programme de Nicolas Sarkozy en 2007, est abandonnée sous couvert d'une prétendue inconstitutionnalité en 2009. Et retomberait dans le passage clouté de la Constitution avec la perte de toutes les élections intermédiaires par ceux qui l'avaient mise dans leurs programmes. L'UMP veut nous faire croire que ce qu'ils n'ont pas fait étant au pouvoir, ils le feraient en étant dans l'opposition ?

 

Au delà de la médiocrité qui qualifie, à mon sens, la démarche précédemment citée, la ligne rouge a été franchie quand mon ancien parti politique a appelé à manifester, main dans la main avec le FN, pour que des citoyens français aient moins de droits que d'autres. Ce type d'appels à la manifestation ne correspond pas à ma conception d'un mouvement politique responsable, ni à ma vision de la République.

 

Quand des centaines de milliers de personnes défilent en famille, avec de jeunes enfants, des pré-adolescents, avec des slogans haineux à l'endroits des homosexuels, sous prétexte de la défense des enfants à venir... ceux-là pensent-ils que statistiquement, au moins 8% de ces enfants seront eux aussi des homosexuels ? Ceux-là même qui ont défilé en janvier contre le mariage pour tous avec ces discours ségrégationnistes, pensent-ils au séisme que cela produira quand ces enfants se rendront compte de leur propre homosexualité ? Ils disaient défendre les enfants en refusant des droits à d'autres, ce qui est certain, c'est que beaucoup ont détruit leurs enfants, durablement.

 

Je ne suis pas partenaire de cette démagogie, de ces manifestations haineuses ou de ce mépris pour le principe de réalité. Et puisque je parle souvent de responsabilité, je me devais à moi-même de me l'appliquer. Voulant demeurer intègre, je n'avais plus que le choix de la démission et du départ.

 

 

PdA : L'UMP, dont vous étiez membre il y a encore quelques semaines, est un parti essentiellement conservateur. Espériez-vous sincèrement que ses membres allaient épouser majoritairement cette cause, clairement libérale au plan sociétal ? Avez-vous réellement été déçu par l'UMP ?

 

J.D. : Je n'ai pas feint ma déception. Si je m'attendais à quelques dérapages (il serait faire preuve de langue de bois que de ne pas le dire), j'imaginais que l'UMP saurait tirer l'expérience du PACS... Mais il est vrai que je ne m'attendais pas à ce que l'UMP tombe dans cette course à l'horreur.

 

Ce qui continue de m'étonner depuis mon départ de l'UMP, c'est qu'aucune sanction n'ait été émise contre les députés qui ont entaché leurs écharpes de gras et de honte pour la fonction qu'ils représentent.

 

Pour moi, l'erreur de l'UMP est à la fois historique et politique, comme l'avait dit Emmanuel Blanc, ancien président de Gaylib, dans d'autres circonstances.

 

Une faute historique, d'abord. Que sont devenus ceux qui étaient contre la fin de l'esclavage, contre la fin de la ségrégation, contre le droit de vote des femmes, contre le droit à l'IVG, contre la fin de la peine de mort... ? Peu de choses, sinon des personnalités dont on rit, et dont on a oublié le reste des travaux, occultés par le ridicule de leur opposition d'alors. Concernant le mariage pour tous, l'Histoire ne fera probablement pas exception, rieuse de ceux qui n'ont pas vu qu'ils avaient déjà 15 ans de retard.

 

Une faute politique ensuite. L'UMP est ce mouvement qui a permis les journées de lutte contre l'homophobie en milieu scolaire grâce à Xavier Darcos, qui a permis la journée mondiale de lutte contre l'homophobie avec l'IDAHO (International Day Against HOmophobia, ndlr) et Rama Yade. L'UMP a aussi permis l'inscription de la réalité des familles homoparentales, de la théorie du genre dans les livres scolaires. Pour ne parler que de l'aspect éducatif du bilan de Gaylib et de l'UMP lors de la dernière législature, c'est un bilan qui a durablement préparé la société française à être favorable à l'Egalité des droits pour tous, et y compris pour les homosexuels.

 

Je suis aussi déçu de ce manque de clairvoyance. Je ne pensais pas que les cadres de l'UMP allaient commettre cette double erreur, qui les coupe d'une partie importante de la population française.

 

 

PdA : Vous imaginez-vous adhérer à nouveau à l'UMP un jour ? Auriez-vous un message à adresser à vos anciens camarades ?

 

J.D. : Je pense pouvoir faire à nouveau la campagne d'élus de droite un jour, oui. Je le souhaite pour les municipales, avec une exigence bien plus pointue envers celles et ceux auxquels j'apporterai mon soutien. Je ne suis pas devenu un homme de gauche en 15 jours, mes valeurs n'ont pas changé. De là à reprendre une carte à l'UMP aujourd'hui, cela me paraît inconcevable... J'ai d'ailleurs adhéré à l'UDI, comme beaucoup d'humanistes qui ont quitté l'UMP.

 

Pour mes anciens camarades, à Bordeaux, il règne un climat politique plus paisible, la figure tutélaire d'Alain Juppé n'y est certainement pas pour rien. Ils sont cependant nombreux à ne pas renouveler leur adhésion à l'UMP, lassés de se voir passer pour des extrémistes. Je les invite alors à faire une démarche de militant, à ne pas épuiser leurs énergie à écoper le Titanic avec une bouteille de 50 cl, et à rejoindre l'UDI.

 

En disant cela, je ne puis m'empêcher d'avoir une pensée pour nombre d'entre eux dont je connais le talent, et en particulier à quelques élus de la région bordelaise qui ont su grandir ma vision de l'UMP et pour qui je garde une amitié sincère. Je pense à Anne-Marie Cazalet, Laetitia Jarty, Pierre de Gaétan ou Nicolas Florian, par exemple. Pour moi, ils n'ont en rien perdu de leurs superbe, malgré les événements récents.

 

Il y a maintenant une force de droite à construire avec les énergies libérales, humanistes et républicaines. Cette force, c'est l'UDI, et c'est là que se porte mon engagement aujourd'hui.

 

 

GayLib

 

 

PdA : Revenons au fond, au coeur du sujet... Vifs, les débats l'ont été, et cela continue... Dans la société, au parlement... Dignes ? Pas toujours... Que vous inspire cette "séquence" de la vie publique ?

 

J.D. : Souvent, j'espère des coupures électriques dans les antennes d'émissions de nos chaînes de radio, de télévision. Des panne de rotative chez les imprimeurs... J'espère secrètement... Puis, je me dis que l'information libre, c'est la force d'une Démocratie saine.

 

Parfois, je suis tellement affligé par ce que je peux entendre... que j'en deviendrais grossier. Alors, je coupe la télévision ou ferme mon journal.

 

Les Français n'ont pas la mémoire courte. Je "crains" le même avenir qu'aux anciens députés de la "droite populaire", décimés par les urnes aux dernières législatives. Il y a ici des députés indignes de porter l'écharpe tricolore.

 

 

PdA : Quelle sont, à titre personnel, vos positions sur les questions du mariage pour tous, de l'ouverture du droit à l'adoption pour les couples homosexuels en tant que tels ? Quid de la procréation médicalement assistée (dont la gestation pour autrui), serait-il légitime, d'ailleurs, de traiter ce sujet en même temps que les autres ?

 

J.D. : Je suis favorable à tout cela. Au mariage pour les couples de même sexe. À l'ouverture du droit à l'adoption pour les couples homosexuels. Pour la procréation médicalement assistée et pour la gestation pour autrui encadrée.

 

Je distingue la PMA (Procréation Médicalement Assisté) et la GPA (Gestation pour autrui). La procréation médicalement assistée existe déjà depuis 30 ans en France, elle ne justifiait donc pas une ouverture du conseil d' éthique dans la mesure où la technique n'a pas changé. Dans la mesure où l'on accepte la France comme étant réellement le pays des Droits de l'Homme et des libertés, si les homosexuelles sont des citoyennes comme les autres, alors oui, elles doivent avoir droit à cette ouverture aux mêmes dispositifs que ceux que peuvent avoir les hétérosexuelles. La PMA pouvait, pour moi, être traitée en même temps que la question du mariage.

 

Pour la GPA, il en va autrement. Le risque demeure que la marchandisation du corps, contraire au droit français, soit amorcée par ce biais. Le gestation pour autrui nécessite donc un encadrement bien spécifique, avec des structures, et des parcours à établir, en cela ce dispositif nécessite un débat à part. J'y suis favorable. Regardons, par exemple, du côté de la Grande-Bretagne, où les femmes qui l'utilisent le font surtout par générosité, altruisme, envie d'aider, et libération de leur corps. Si je suis pour la GPA, je ne le suis pas à n'importe quelles conditions.

 

 

PdA : Sur la base de quels témoignages, de quels arguments souhaiteriez-vous tenter de convaincre les sceptiques sur l'ensemble de ces points ? Vous avez la parole...

 

J.D. : Cela pourrait être long. Le plus simple est encore de venir à notre rencontre. Chaque exemple, chaque argument se doit d'être personnalisé. Je vais simplement tenter d'être le plus synthétique possible.

 

Je pense avant tout que la parole de l'Amour est celle qui a la plus grande valeur. Celle d'une femme qui aime profondément une autre femme. Celle de ces dizaines de milliers d'enfants qui vivent déjà dans des familles homoparentales, et qui sont dans un consensus extrêmement large sur leurs modèles familiaux.

 

Il y a aussi le fait qu'en août 2011, l'Association internationale de (pédo-)psychiatrie a conclu la plus longue étude de son histoire, statuant que rien ne s'opposait dans le développement de l'enfant à ce qu'il soit éduqué par un couple de personnes de même sexe. Cette année, en France, l'association des psychanalistes a également rédigé une lettre ouverte dans ce sens. Ceux qui s'inquiètent du développement de l'enfant sont-ils réellement plus savants que ceux-là ?

 

 

PdA : Vous vous êtes impliqué sans compter dans cette bataille. Une vidéo l'illustre... Ce combat est presque gagné. Il y a des images, des instants, des rencontres qui resteront gravés en vous ? Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui ?

 

J.D. : Des images, des rencontres, il y en a évidemment beaucoup. D'autant plus que ce n'est pas un combat récent. Je pense à cette dame de l'âge de ma propre mère qui est venue me voir en marge d'une manifestation pour me remercier de ce que je faisais pour son garçon, me disant qu'elle avait mis longtemps à comprendre à quel point c'était difficile pour lui, et son besoin de soutien familial, comme tout un chacun. Une rencontre confession, extrêmement émouvante.

 

Au milieu de ces instants, il y a évidemment plusieurs discours de Madame Taubira, plusieurs de ses réponses à l'Assemblée Nationale, qui marqueront l'Histoire. Je ne partage pas ses positions politiques, mais comme il est permis à un homme de gauche de saluer le travail de Madame Veil, je n'ai aucun mal à applaudir le travail et le courage de Madame Taubira.

 

Je pense aussi à ce journaliste un peu brusque, qui interviewant un couple de mères avec leur petite fille, tend le dictaphone à la petite pour lui demander si elle sait pourquoi elle manifestait ce jour là, et la petite fille de répondre, "Oui, pour que ma maman là, ça soit aussi ma maman pour de vrai"... Une émotion m'avait alors parcouru tout entier devant la vérité de cette spontanéité.

 

Concernant mon état d'esprit, il demeure combatif. L'ouverture du mariage aux couples de même sexe a été voté hier. Le moment est historique, mais les combats qu'il reste à gagner ne sont pas des défis à la marge pour moi.

 

 

PdA : Vous êtes un spécialiste de ce que l'on appelle la transidentité au sein de GayLib. Un problème dont on entend peu parler...

 

J.D. : La transidentité est pour moi un volet extrêmement important. Il montre aussi comment parfois au sein de la communauté LGBT, (lesbiennes, gays, bi, trans) le "T" peut être oublié par les autres. La situation des trans, que se soit vis-à-vis des parcours de santé ou de l'accès aux papiers d'identités est souvent proche de l'inhumanité. Il y a un travail immense à abattre ici.

 

Roselyne Bachelot, avec la dépsychiatrisation des trans, a profondément changé la perception de ces personnes. Michèle Alliot-Marie a elle permis une plus grande liberté pour que les juges puissent accorder des papiers d'identité dans des parcours de dignité. Plus qu'une directive ministérielle, nous avons aujourd'hui besoin de lois pour protéger ces citoyens.

 

Il est vrai que les embûches mise au devant des trans pour les ralentir dans leurs processus est inacceptable. Leurs interlocuteurs comprennent hélas rarement qu'il en va de leurs survie que de rétablir une identité conforme à ce qu'ils sont au fond d'eux, et le rejet de leur accès à de nouveaux papiers d'identité ne peut que les pousser dans des situations de détresse sociale inacceptable.

 

 

PdA : Quelles devront être, demain, les barrières à abattre pour tendre à l'accomplissement de ce principe qui vous tient tant à coeur, celui d'égalité ?

 

J.D. : Aujourd'hui, je vous propose de prendre quelques jours pour savourer le vote du mariage. Pour ma part, le combat ne s'arrête pas là, notamment vis-à-vis de la question "trans" dont on a abordé certains des problèmes quotidiens. Si la solidarité de tant d'hétéros envers l'égalité des droits me ravit, je ne puis me défausser. Je ne suis pas trans moi-même, mais je tiens à me battre contre cette injustice qui me révolte profondément.

 

Concernant l'égalité, il y aura la gestation pour autrui à encadrer, la procréation médicalement assistée à faire voter, la question du don du sang dont les homosexuels sont toujours exclus... L'exclusion familiale, les maisons de retraites peu ou pas adaptés pour les couples de personnes de même sexe, la prévention contre les violences homophobes... les trans.... Sur tous ces sujets, il y a encore énormément à faire.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, Julien Diez ?

 

J.D. : Il y a quelque temps, on m'avait fait une demande en mariage, non sans humour. Une jolie alliance et un costume de cérémonie ne serait pas de refus. Dans un village perdu ou dans une petite capitale régionale faisant face à la mer... 

 

Ceci dit, suite à ce combat, j'ai quelque peu délaissé mes expos, mon travail d'artiste et mes créations. Les retrouver avec le même succès que le vote d'hier ne me déplairait pas.

 

Vous pourriez aussi me souhaiter de voir disparaître Gaylib, parce que, tous autant que nous sommes, nous n'accepterons complètement cette disparition que quand nous aurons la conviction que nous avons mené toutes nos missions à bien. Je conçois que ça soit quelque peu utopique, mais on ne se bat pas pour que les choses ne soient qu'à moitié réalisées.

 

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ? Pour quelqu'un en particulier ?

 

J.D. : Oui. Un mot pour le lecteur qui aura eu la patience et l'envie de lire cette interview jusqu'au bout. Je lui note un intérêt dont je ne peux que le remercier. Merci de ce temps.

 

S'il le souhaite, il peut continuer à suivre Gaylib depuis notre site www.gaylib.org. Il peut y adhérer pour nous aider à continuer notre combat.

 

Ce lecteur peut aussi nous rejoindre sur les réseaux sociaux, sur Facebook, sur le groupe Gaylib Aquitaine pour mes voisins régionaux, ou sur Twitter @Gaylib.

 

Par ailleurs, mon site retrace et développe bien des éléments abordés ici www.juliendiez.fr. Il est ouvert aux commentaires et à l'appréciation de chacun.

 

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment !

 

J.D. : Mon dernier mot, de mon côté, consistera naturellement en un renouvellement de mes remerciements pour m'avoir donné la parole avec tant de précision dans vos questions.

 

À bientôt !

 

 

 

Merci encore, Julien Diez, pour votre témoignage touchant. Pour l'enthousiasme avec lequel vous défendez les causes qui vous sont chères ! Phil Defer

 

 

 

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5 février 2013

Mathieu Rosaz : "Un plaisir physique, instinctif... un exutoire, aussi"

À l'automne dernier, j'avais souhaité converser avec Monsieur Didier Millot, biographe de Barbara et membre fondateur de l'association Barbara Perlimpinpin à l'occasion du quinzième anniversaire de la disparition de la grande « dame brune ». Avec générosité et une passion communicative, il s'était prêté au jeu, pour Paroles d'Actu. Nous y évoquâmes longuement la vie, la carrière de l'artiste. Et celles et ceux avec lesquels, d'après la jolie expression de Didier Millot, « les chansons de Barbara traversent le temps ».

Plusieurs noms illustres sont cités : Marie-Paule Belle, Jean-Louis Aubert, Calogero, Raphaël... Daphné... Et un nom qui, alors, ne me parle pas. Mathieu Rosaz. Depuis, je me suis renseigné sur lui. J'ai lu, un peu. Écouté, surtout. Si vous aimez Barbara et plus généralement la belle chanson française, vous allez l'aimer, c'est sûr... Mathieu Rosaz, notez bien son nom. Vivants poèmes - Mathieu Rosaz chante Barbara, son tout nouvel album. Il a accepté de répondre à mes questions, de se livrer sincèrement, je l'en remercie mille fois. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

MATHIEU ROSAZ

Auteur-compositeur-interprète

 

« Un plaisir physique, instinctif...

un exutoire, aussi »

 

Mathieu Rosaz

(Photo de Philippe Matsas, fournie par Mathieu Rosaz)

 

Q : 30/01/13

R : 05/02/13

 

Paroles d'Actu : Bonjour Mathieu Rosaz. Né en 1975, vous vous êtes fait un nom avec vos hommages et vos apports à la belle chanson française. Comment cette histoire d'amour est-elle née ?

 

Mathieu Rosaz : Bonjour Nicolas. Je ne viens pas d'un milieu de musiciens et je crois que la chanson est l'art que l'on peut le plus facilement recevoir et apprécier, sans avoir une instruction musicale particulière. C'est un art avant tout populaire, ce qui lui vaut peut-être à tort cet injuste surnom de "parent pauvre" des arts…

 

J'ai d'abord aimé la chanson dite commerciale, celle qu'on entendait à la radio ou à la télévision, la plus accessible, a priori. Ma curiosité m'a ensuite tout naturellement poussé à creuser et m'a donné envie de connaître l'histoire des chansons et de la chanson en général. Et puis, il y a eu, très tôt le plaisir du chant. Un plaisir physique, instinctif et un exutoire aussi.

 

PdA : Barbara a rejoint le paradis des poètes, c'était il y a un peu plus de quinze ans... Sa place est centrale dans votre univers artistique. Vous lui avez consacré deux albums et plusieurs spectacles, dont l'actuel. Que représente-t-elle pour vous ? Qu'a-t-elle apporté à la chanson française ?

 

M.R. : Barbara n'aimait pas qu'on la dise poète, même si elle reconnaissait la couleur poétique de certains de ses textes. Je ne suis pas certain qu'elle serait ravie d'être au paradis des poètes. Je préfère l'imaginer au paradis tout court si toutefois il existe…

 

J'ai découvert les chansons de Barbara à l'adolescence, vers 15 ou 16 ans. Barbara était peu diffusée à la radio et ne passait plus à la télévision par choix. Il fallait donc qu'il y ait une sorte de rencontre puisqu'on ne nous l'imposait pas. La première image que j'ai vue d'elle est celle du clip de la chanson Gauguin (lettre à Jacques Brel) en 1990, son unique clip. Ce clip était diffusé sur la chaîne M6, de temps en temps. J'ai d'abord été intrigué. À l'époque je devais être encore fan de Jeanne Mas, dont la carrière s'effondrait… Puis, je suis tombé, dans un livre, sur un extrait du texte de L'Aigle noir. J'avais l'impression d'en connaître la musique. J'avais dû l'entendre tout petit et elle avait dû marquer mon inconscient. Je me suis ensuite tout simplement procuré une compilation de Barbara et là, cela a été le coup de foudre intégral. L'impression de rencontrer une âme soeur, quelqu'un qui me comprenait, que je comprenais et qui pansait mes plaies. Elle parlait à l'humain, pas au "consommateur". C'est ainsi qu'elle a déjoué toutes les stratégies commerciales et toutes les lois de ce métier.

 

Barbara est un formidable contrexemple de la société de consommation des années 1960 à 1990. C'est une exception culturelle à elle toute seule ! Elle représente pour moi l'exigence et la liberté. Dans la chanson française, Barbara a participé plus activement que l'on pense au mouvement de libération des femmes des années 60 et 70, par le simple fait de son existence, sans pour autant insister sur un quelconque engagement. En partant de son histoire personnelle, elle a touché à l'universel.

 

Son oeuvre est aussi avant tout un acte de résilience, le moyen de sublimer l'irréparable pour survivre et vivre. Avec les années, ses chansons d'amour adressées à l'autre sont devenues des chants adressés aux autres en général : Perlimpinpin, Mille chevaux d'écume, Le jour se lève encore, Vivant poème… C'est une oeuvre résolument moderne, intemporelle et transgénérationnelle.

 

PdA : Quel est, s'agissant de Barbara, le sens de votre démarche artistique ? L'interpréter avec le respect et la conviction qui sont les vôtres, c'est une façon de perpétuer son oeuvre, de continuer à la faire vivre ?

 

M.R. : C'est tout cela à la fois, et j'essaie de le faire du mieux que je peux, comme je peux. Je me sers bien sûr de ma propre histoire, je choisis les chansons en fonction de mon vécu. Je ne chante rien par hasard. C'est pour cela qu'il m'a parfois fallu des années avant de pouvoir chanter tel ou tel titre. Il me fallait attendre de l'avoir vécu pour mieux le comprendre. J'ai en face de moi une oeuvre écrite par une femme depuis ses 30 ans environ, jusqu'à ses 66 ans. Et je suis un homme de 37 ans. Je dois tenir compte d'un souci de crédibilité d'ordre physique, une crédibilité liée à mon apparence, et une autre beaucoup plus intime, liée à mon évolution personnelle, à ma vie intérieure. Il faut que tout cela coïncide, pour que ça sonne et que le message passe. Cela peut paraître compliqué, mais c'est finalement très simple, très instinctif comme travail. Plus simple à exécuter qu'à expliquer.

 

J'y ai ajouté une autre exigence : celle de tenter de faire découvrir, au milieu des succès, des titres méconnus. C'est le cas actuellement de chansons comme Je t'aime, Pleure pas, Le minotaure, entre autres, que je chante sur scène et que je viens d'enregistrer. Je ne cherche pas à révolutionner le son de Barbara mais juste à prolonger, à ma manière, la vie de chansons que j'aime, à travers le prisme de la scène, avant tout. Les enregistrements de Barbara sont là et si un public les découvre ou les redécouvre grâce à moi, c'est mon plus grand bonheur. J'essaie d'être un passeur.

 

PdA : J'ai lu que, peu avant sa disparition, elle avait soutenu très symboliquement dans la poursuite de vos rêves - on pourrait presque parler de passage de flambeau - le tout jeune homme que vous étiez alors. Voulez-vous nous en parler ?

 

M.R. : Non, non, Barbara ne m'a passé aucun flambeau, on ne peut pas dire ça. Elle m'a envoyé un télégramme en septembre 1997 dans le cabaret où je chantais, ce qui m'a infiniment touché. Je lui avais fait parvenir une vidéo de mon spectacle, dans lequel je chantais une ou deux de ses chansons, et elle m'a fait ce petit signe. Elle était très à l'écoute de ce qui se faisait, que cela ait un rapport ou non avec elle. Elle vivait recluse mais était restée en contact, à sa manière, avec le monde extérieur, ce qui est finalement assez rare chez les artistes de cette dimension. Elle avait gardé la curiosité et le goût des autres.

 

PdA : Nous célébrions il y a quelques jours le cinquantième anniversaire du Traité de l'Élysée, qui marqua une nouvelle étape dans la réconciliation franco-allemande. Vous avez chanté Göttingen à Göttingen, un moment très fort, j'imagine ?

 

M.R. : Un moment intense. C'était le 9 juin 2007, jour de l'anniversaire de Barbara, qui aurait eu 77 ans. C'était au Junges Theater, rebaptisé le cinéma Lumière, là où Barbara est venue chanter en 1964 et là où elle a créé la fameuse chanson, après l'avoir écrite en une demi-heure dans le petit jardin qui jouxte le théâtre. J'ai l'impression que le théâtre n'a pas changé depuis les années 60. C'est fou le chemin de cette chanson. Le public la savait par cœur et j'ai dû la chanter deux fois dans le spectacle. Elle est vraiment devenue l'hymne de cette réconciliation franco-allemande. Le lendemain, j'ai visité l'ancien camp de concentration de Dora, pas loin de Göttingen. Une "Rose Barbara" est discrètement et symboliquement plantée près de l'entrée du réseau de tunnels dans lesquels les détenus travaillaient et mouraient…

 

PdA : Vous venez de vous produire au Vingtième Théâtre, à Paris, pour Mathieu Rosaz chante Barbara. Quel bilan en tirez-vous ? Quel est votre rapport à la scène, au public ?

 

M.R. : D'abord, je constate que, même sans tapage médiatique, le public est là, avec les fidèles qui viennent et reviennent et les nouveaux, entraînés par le bouche à oreille. Je retiens l'intensité de l'échange avec certains après le spectacle, la sincérité évidente de leurs témoignages. C'est ce qui me donne envie aussi de continuer. Je constate que, pour l'instant, le temps joue en ma faveur. J'ai gagné en sobriété, en puissance et en intériorité. Je me sens de plus en plus dans l'épure et dans le détachement par rapport au "modèle", de plus en plus connecté à moi-même, à la fois plus perméable mais aussi plus fort, plus solide. Je force moins la main, je laisse les gens venir à moi. Je ne cherche pas à les regarder par exemple, ni particulièrement à leur plaire. Je ne suis plus trop dans la tentative de séduction. En quelque sorte, je laisse au public un plus grand droit de regard. Je n'impose rien, je propose. Ils prennent ou pas, ils se servent, nous partageons les chansons. Et nous respirons mieux qu'avant, je pense.

 

PdA : Parmi ces références que vous reprenez, je note qu'il y a également quelqu'un que j'aime beaucoup, Véronique Sanson...

 

M.R. : Véronique Sanson est, avec Barbara, l'artiste qui m'a le plus touché. C'est aussi quelqu'un qui est allé très loin dans l'intime. Presque trop loin, parfois, car elle se protège moins que Barbara, ou, du moins, différemment. Elle s'expose beaucoup plus aussi, notamment sur le plan médiatique, à une époque où ce qu'on appelle le "buzz" règne… C'est avant tout une grande musicienne de la période post-Beatles, au carrefour de beaucoup d'influences, que ce soit dans la pop, la musique brésilienne, le jazz, le blues, la musique classique où la chanson française traditionnelle. Une personne d'un grand magnétisme. Bref, je l'aime.

 

PdA : Quels sont, dans le patrimoine comme sur la nouvelle scène, les artistes que vous aimez, que vous suivez ?

 

M.R. : Comme je le dis plus haut, la chanson française (et internationale) me passionne. Avec une nette préférence pour les musiciennes. Donc, je peux m'intéresser autant à l'apport d'une Yvette Guilbert  il y a plus de cent ans, qu'à celui d'une Camille aujourd'hui. Sans pour autant connaître absolument toutes leurs chansons. Mais ce sont deux artistes qui ont, entre autres, fait avancer les choses et qui, tout en restant fidèles à une tradition, renouvellent ou ont renouvelé le genre scéniquement.

 

J'ai, avec un ami, créé une page Facebook qui s'appelle "Les chanteuses échevelées" et qui nous permet d'évoquer toutes ces figures connues ou méconnues. Nous avons choisi une marraine virtuelle : Marie Laforêt. Marie Laforêt est un véritable cas, pas toujours connue pour les bonnes raisons. Elle a dit un jour : « Je suis la fille légitime de Sheila et Barbara » ! Du pain béni pour nous! Laforêt fut, on le sait peu, une pionnière de la world music en France. L'une des premières notamment à importer en France et à faire voyager dans le monde des chants d'Amérique du Sud, des musiques Yiddish, à chanter dans 5 ou 6 langues, bref, à prendre des risques, quitte à brouiller bien des pistes ! C'est ce qui nous intéresse. Sur cette page Facebook, vous entendrez parler aussi bien de Brigitte Fontaine que d'Isabelle Mayereau, Maria Bethania, Blossom Dearie, Dusty Springfield, Marie-Paule Belle, Marie-José Vilar, Anne Sylvestre, Juliette Gréco, Claire Diterzi, Ute Lemper, Anna Prucnal, Amalia Rodriguez, Mercedes Sosa, Barbara Carlotti, Ingrid Caven, Elisa Point, Cora Vaucaire, Michèle Bernard, Pascale Borel, Françoise Hardy... et beaucoup d'autres ! 

 

PdA : Nous avons beaucoup parlé de vos hommages à d'autres artistes jusque là. Il serait injuste de ne pas évoquer vos créations originales, qui gagnent réellement à être connues. Comment définiriez-vous votre univers, Mathieu Rosaz ?

 

M.R. : Mon univers découle d'une multitude d'influences musicales, bien sûr, mais aussi cinématographiques, car je suis devenu assez cinéphile, au fil du temps. J'ai ainsi écrit, il y a quelques années, une chanson en hommage à Éric Rohmer, Comme dans un film de Rohmer, qui est une de mes chansons préférées de mon répertoire, mais pas forcément la plus représentative.

 

Et puis, j'essaie, tout simplement, de mettre des mots et des notes sur ce que je vis, rêve ou vois, quand ça vient… Je suis en quête de mélodies et j'aime les textes clairs, concis, précis. Je crois au mot juste, et je le cherche. Je ne le trouve pas toujours. J'aime les formes classiques pour pouvoir aussi mieux m'en éloigner, parfois. J'aime les univers feutrés, je refuse le clinquant, le "bling-bling musical". J'écris peu, par paresse, doute, et démotivation aussi. Je me sens encore écrasé par certaines influences. Si j'ai une idée, je me dis souvent qu'untel l'a déjà très bien traitée, et je trouve cela vain de recommencer, en moins bien. Mais je me soigne ! Il faut qu'une chanson s'impose à moi, que je ne puisse plus lui résister. Je crois que j'ai peur d'écrire. Je m'interdis encore beaucoup trop de choses !

 

PdA : Quelles sont, dans votre répertoire, les chansons pour lesquelles vous avez une tendresse particulière ? Ces cinq ou dix titres que vous aimeriez inviter nos lecteurs à écouter pour mieux vous découvrir ?

 

M.R. : Mon album La tête haute quitte à me la faire couper !, paru en 2009, est mon disque le plus abouti. Particulièrement des titres comme Banale, Pour ne plus retomber, À tes côtés, Fils de famille, Comme dans un film de Rohmer, Promeneur solitaire. Ce disque doit beaucoup aux arrangements musicaux d'Elvire Aucher. Dans mon album de 2005, Je préfère les chansons tristes…, je suis assez fier d'un texte qui a mis certains mal à l'aise car il évoque un sujet délicat, traité à la première personne du singulier (même si ce n'est pas mon histoire personnelle) : Banquette arrière. J'aime les chansons-portraits comme Madame vit à Paris ou les chansons carte-postale comme Je respire à Buenos-Aires ou Triste à Saint-Tropez. Il y a aussi Fragile équilibre, dans une veine romantique que je ne peux renier, ou encore la Chanson de l'acrobate, qui tente de parler de la scène…

  

PdA : La crise de l'industrie musicale, on en entend régulièrement parler. C'est quelque chose qui vous inquiète, qui vous touche ? À quoi votre "modèle économique" (l'expression est laide lorsque l'on parle d'art, mais elle est parlante) ressemble-t-il ?

 

M.R. : J'ai l'impression d'avoir toujours été en crise donc, en fait, la situation actuelle ne change pas grand chose pour moi. Le nouveau disque et le spectacle actuel ont été produits par les Concerts parisiens (agents et producteurs) qui sont, à la base, spécialisés dans la musique classique. Ils ont un réseau de diffusion qu'ils ont développé au fur et à mesure de ces vingt dernières années, mais rien n'est simple. Il y a des artistes pour qui l'agent organise et gère les propositions. En ce qui me concerne, c'est l'inverse, ou presque. Il faut aller au charbon, co-réaliser le spectacle à Paris, louer les espaces publicitaires, trouver et engager une attachée de presse assez courageuse pour défendre un cas pas évident. C'est un réel investissement sur le plan financier, et un vrai risque. Ensuite, il faut vendre le spectacle en démarchant les salles, en les relançant. C'est aussi un gros investissement en terme de temps, d'énergie, de ténacité.

 

En ce qui concerne ce que j'ai chanté en dehors de Barbara, j'en ai toujours été aussi le producteur (3 albums, un single, plusieurs spectacles). Aujourd'hui, il est vrai que je n'ai personnellement absolument plus les moyens financiers de produire un disque, sachant qu'il se vendra peu et de moins en moins physiquement, et que le numérique est très loin de combler pour le moment le manque à gagner de la dématérialisation. Si j'écris de nouvelles chansons, je crois qu'elles prendront vie sur scène, quitte à ne publier ensuite que des versions enregistrées en public, on verra…

 

À mon sens, l'unique moyen de nous sortir de cette crise de l'industrie musicale est de prélever enfin une taxe sur les abonnements aux divers fournisseurs d'accès à internet et sur les disques durs. Taxe reversée proportionnellement aux différents ayant-droits de ce métier. C'est le principe de la licence globale. J'ignore pourquoi nous n'en sommes pas encore là. De toute évidence, en raison d'histoires de très gros sous dans de très hautes sphères. Mais je ne vois aucune autre solution.

 

PdA : Où pourra-t-on vous applaudir prochainement ?

 

M.R. : À Mâcon les 22, 23 et 24 mars, et puis dans diverses salles (programmation en cours), pendant la saison 2013-2014. Et sans doute au Festival d'Avignon, en 2014 !

 

PdA : Quels sont vos projets, vos rêves pour la suite ?

 

M.R. : De la scène avant tout et, un jour peut-être, avoir mon propre théâtre, ou du moins un lieu où l'on chante et où l'on puisse aussi parler, se rencontrer. On a beau tout dématérialiser, on aura toujours besoin des autres en chair et en os !

  

PdA : Un dernier mot, pour conclure ? Merci infiniment !

 

M.R. : Merci à vous !

 

 

Merci encore, cher Mathieu Rosaz, pour cet échange. Bravo pour votre talent, pour votre travail que j'ai eu grand plaisir à découvrir - et que je vais désormais suivre. J'ai pris le temps d'agrémenter le texte de notre entretien de nombreux liens pour vous permettre, amis lecteurs, de rencontrer vous aussi cet artiste qui, définitivement, gagne à être connu. Parcourez sa chaîne YouTube, suivez son actu, achetez son dernier album, si vous êtes séduit(e) ! Merci à vous ! Phil Defer... Un commentaire ?

 

 

Vous pouvez retrouver Mathieu Rosaz...

 

27 août 2012

Jonas Haddad : "Pour entreprendre son avenir, il faut pouvoir le choisir"

Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP depuis 2010, vient de rendre officielle sa candidature à la présidence du parti. Les sondages, eux, sont plutôt favorables à François Fillon, pour le moment. En attendant, poursuivons notre dossier consacré à la reconstruction de la droite. Les ténors de l'UMP s'expriment sans arrêt, mais qu'en est-il des jeunes ? Quel projet souhaitent-ils pour la France ? Benjamin Lancar, Camille Bedin, Aurore Bergé et Robin Pretot se sont déjà confiés à Paroles d'Actu. C'est maintenant au tour de Jonas Haddad, secrétaire national de l'UMP en charge de l'entrepreneuriat, de se prêter à l'exercice. Il a accepté de répondre à mes questions, je l'en remercie. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Phil Defer  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JONAS HADDAD

Secrétaire national de l'UMP en charge de l'entrepreneuriat

 

"Pour entreprendre son avenir,

 

il faut pouvoir le choisir"

 

Jonas Haddad

(Photo empruntée à Jonas Haddad sur ses albums Facebook)

 

 

Q : 20/08/12

R : 27/08/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ? (ce que vous faites, aimez, vos références dans la vie, ce qui vous a conduit à vous engager...)

 

Jonas Haddad : À 24 ans, je suis avocat et originaire de Bagnolet en Seine Saint Denis.

 

Secrétaire national de l’UMP, je suis en charge de l’entrepreneuriat. Cette mission m’a été confiée après de nombreuses années d’engagement au sein des Jeunes Populaires, le mouvement des jeunes de droite.

 

J’ai débuté mon engagement en 2007 en allant tout simplement écouter, comme auditeur, le discours de Nicolas Sarkozy à la jeunesse. Passionné de politique depuis longtemps, rien ne me prédestinait dans mon cercle familial à suivre cette voie.
Ça a été la force de Nicolas Sarkozy d’attirer à la politique des gens qui n’y voyaient pas d’intérêt.

 

Mes fonctions me permettent aujourd’hui de rencontrer dans toute la France les jeunes qui créent, inventent ou réinventent des produits, des concepts, des associations ou qui simplement envie de s’engager pour leurs valeurs.

 

 

PdA : Quel bilan faites-vous de la présidence de Nicolas Sarkozy ?

 

J.H. : Résumer le bilan d’un quinquennat si particulier n’est pas chose aisée. Je pense très simplement que notre pays a pu avancer alors que nous étions dans des tempêtes violentes qui ont secoué les économies de tous les pays.

 

Le régime de l’auto-entrepreneur, la réforme du lycée, l’autonomie des universités sont des acquis précieux pour ma génération et celle qui nous suivra.

 

L’histoire dira que Nicolas Sarkozy fut le premier président du XXIème siècle car il en avait compris les enjeux. L’inertie n’est pas une solution dans un monde en mouvement, l’autosatisfaction n’a jamais été la boussole de ce président.

 

 

PdA : Comment avez-vous vécu sa défaite du 6 mai, et comment l'expliquez-vous ? Quelles leçons tirez-vous de ces échecs électoraux de 2012 ?

 

J.H. : J’ai vécu cette défaite comme une énorme déception. Le premier réflexe était de s’étonner de tant d’ingratitude de la part de certains de nos concitoyens envers un homme qui avait tout entrepris pour sauver la France de périls importants et qui y était parvenu.

 

Aujourd’hui, je ne pense pas qu’il faille débuter un quelconque inventaire car les inventaires n’ont de sens qu’en des circonstances normales. Comment faire la fine bouche sur telle ou telle mesure quand ce président a connu quelques mois après son arrivée l’effondrement d’un système voire le déplacement du centre de gravité de l’économie moderne.

 

Nous devons tirer une leçon de cet échec : le service de son pays n’est pas une chose aisée et représente un engagement permanent. Malgré cet engagement permanent, il existe aujourd’hui des interactions, des connexions, des impératifs qui peuvent supplanter la politique. C’est donc à la politique de garder sa grandeur si la politique souhaite continuer à dicter les choix d’une société.

 

 

PdA : Avec le recul, avez-vous des regrets par rapport à cette campagne ? Certaines choses auraient-elles dû être faites différemment ? Avez-vous toujours été totalement à l'aise avec la campagne menée ?

 

J.H. : Pas vraiment si ce n’est le temps qu’il nous a manqué. Nicolas Sarkozy a dû rentrer plus tard que les autres en campagne car sa fonction exigeait un investissement maximal.

 

Les données sont simples : les sondages annonçaient régulièrement une défaite à 60/40 et au final tout ne s’est joué qu’à quelques milliers de voix.

 

Je dois dire que je me suis retrouvé dans cette campagne dans laquelle j’ai trouvé un Sarkozy totalement libéré de tous les artifices politiques et de la langue de bois. Europe, compétitivité de nos PME, modernisation de l’éducation, tout a été mis sur la table de façon très claire.

 

 

PdA : Qu'est-ce qui vous révolte, vous donne envie d'agir dans le monde d'aujourd'hui ?

 

J.H. : Je déteste deux choses : le déterminisme et l’injustice. Je déteste l’injustice qui fait qu’une famille dont les membres travaillent beaucoup plus qu’une autre doivent faire face aux difficultés de la vie. La notion de mérite est cardinale et toute violation de cette notion m’est difficilement acceptable.

 

Je déteste aussi le déterminisme qui mène à la culture de l’excuse. Beaucoup de facteurs expliquent qu’un jeune d’un quartier difficile puisse percevoir l’inégalité mais à mon sens rien n’est bon dans le ressentiment dans l’aigreur.

 

 

PdA : Que vous inspire la situation de notre pays ?

 

J.H. : Pour vous dire les choses franchement, j’ai parfois l’impression que notre pays et ses habitants n’ont pas conscience de nos atouts et qu’il en résulte une fatigue mêlée à une crainte du lendemain.

 

A mon sens la situation s’aggrave pour les jeunes car ils ne perçoivent plus l’effort comme un épanouissement. Il est vrai que notre pays ne leur donne pas toujours leur chance mais parfois j’ai l’impression qu’ils hésitent même à la saisir.

 

La France ne peut pas se contenter d’être une puissance de second rang, c’est dans l’ADN de ce pays. Parfois, j’ai l’impression que la tâche est si grande qu’elle effraie nos concitoyens alors que les jeunes Chinois, Brésiliens voient ce monde comme une belle opportunité.

 

 

PdA : Quels sont pour la France les enjeux majeurs de cette décennie ? Êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste quant à notre avenir collectif ?

 

J.H. : Je vois trois enjeux majeurs pour la France :

 

1. Ne pas décrocher dans la compétition économique en conservant son atout le plus précieux : la qualité de notre offre de produits et de services. Nos PME doivent voir plus grand sinon elles ne seront que des supplétifs.

 

2. Rétablir la confiance chez les jeunes : en arrêtant de leur parler de toutes les perfusions possibles (les emplois aidés, les drogues qui adoucissent la dureté de la vie)

 

3. Répondre aux changements démographiques : la France ne peut éluder l’accroissement massif des populations dans certains continents qui va bouleverser la donne des échanges économiques et des besoins premiers : l’eau, la nourriture, la santé.

 

En définitive, beaucoup de choses me pousseraient à être pessimiste mais je suis un éternel optimiste et la France a de merveilleux atouts.

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur les débuts du président Hollande, de l'assemblée rose et du gouvernement Ayrault ? J'imagine que votre réponse ne sera pas totalement favorable, mais y'a-t-il au moins des points sur lesquels vous considérez qu'"à la limite", de bonnes choses sont réalisées ou en passe de l'être ?

 

J.H. : J’aurais une expression pour les qualifier : pas à la hauteur. Ma conviction c’est que les défis posés à la France effraient profondément le gouvernement actuel.

 

Néanmoins, pour ne pas être taxé d’immobilisme, il a trouvé un remède : défaire ce qui avait été mis en place. Il est rare que je le pense mais je trouve que Mélenchon a plutôt raison quand il dit que ce n’est pas parce que M. Hollande trouvait que la politique de M. Sarkozy était trop énergique qu’elle doit maintenant devenir chloroformée.

 

J’aimerais accorder un point positif à ce Gouvernement mais comprenez mon embarras : ils sont encore dans l’antisarkozysme infantile. Je n’hésiterai pas à reconnaitre à la Gauche un mérite si elle arrive à surpasser ses barrières idéologiques pour maintenir l’auto entrepreneur ou réaliser la mise à jour de son logiciel sur les questions de sécurité.

 

 

PdA : Après la défaite, et avant la reconquête... la réorganisation. Celle d'un appareil, et celle des idées. Qui aimeriez-vous voir élu(e) à la tête de l'UMP à l'automne prochain, et pourquoi ?

 

Quelle doit être, de votre point de vue, la "ligne politique" de l'UMP des cinq années à venir ?

 

 

J.H. : La droite française a toujours eu tendance à faire table rase de tous les acquis à chaque fois qu’elle connaissait une défaite. L’UMP a permis de cimenter des familles qui finalement se ressemblaient beaucoup dans leur approche de la responsabilité, de la fierté nationale.

 

L’UMP doit pouvoir garder ses fondamentaux tout en attirant des citoyens qui n’y croient plus.

 

Les créateurs sont persuadés qu’ils sont le moteur de notre société, c’est vrai mais ils ne peuvent ignorer qu’il y a d’autres impératifs pour toute société : des valeurs, des règles, des choses en partage.

 

Les personnes qui connaissent la difficulté se disent que la politique ne peut rien car elle ne va pas régler leur cas personnel, ils oublient les conséquences énormes que peuvent avoir une décision prise dans un hémicycle qui remet en cause l’équilibre de toute une filière, l’aménagement de tout un territoire.

 

 

PdA : Jusqu'où, et sur la base de quels piliers programmatiques la majorité bleue de demain aura-t-elle vocation à s'étendre ? Quid d'un hypothétique rapprochement avec le Front national ?

 

J.H. : Rien de tout ce que nous proposons ne peut être comparé au Front National car notre approche est foncièrement positive : l’UMP c’est le parti qui aime voir la France en haut du podium et qui veut que chacun où qu’il soit ait la place qu’il mérite car rien de pire qu’une personne qui se sent inutile.

 

 

PdA : Êtes-vous favorable à l'instauration d'une dose de proportionnelle à l'Assemblée ? Dans quelle mesure ?

 

J.H. : Non je n’y suis pas favorable.

 

 

PdA : La crise des dettes souveraines européennes, couplée à une croissance anémique sur le continent poussent nombre de voix à s'élever pour réclamer une intégration communautaire accrue pour mieux coordonner les politiques financières et économiques. Quelle est votre position sur cette question ?

 

J.H. : Ca devient une évidence. Nous avons choisi une monnaie commune, difficile de penser que les politiques économiques et sociales ne doivent pas être harmonisées.

 

 

PdA : Existe-t-il des sujets, de société notamment, sur lesquels vous souhaiteriez, à titre personnel, voir notre pays "bouger" peut-être un peu plus vite que ne le désirerait votre parti, qui reste essentiellement "conservateur" ? Des thèmes qui pour x ou y raison vous tiendraient à cœur alors qu'ils ne seraient pas prioritaires pour votre parti, voire pas opportuns du tout ?

 

J.H. : D’abord, je veux dire que ce que j’entends par sujets de société ne doit pas se réduire aux sujets traités tous les jours dans les médias. Bien sûr que la question de l’euthanasie, que la question du mariage homosexuel sont importantes mais je trouve qu’on sous-estime les autres questions : Quelles relations entre les enfants et les parents quand les familles changent de forme ? Quelle relation entre les générations quand l’espérance de vie s’allonge et que les jeunes connaissent tout parfois très jeunes ? Comment lutter contre toutes les nouvelles dépendances qui ruinent des vies : cyberaddictions, nouvelles drogues...

 

L’UMP doit avoir un coup d’avance sur les autres partis sur ces sujets quand le mariage va bientôt être autorisé pour tous et que ce sujet sera derrière nous.

 

 

PdA : Un petit bond dans le futur... 2017 est en vue. Souhaitez-vous que des primaires ouvertes soient organisées par l'UMP et ses alliés ? Qui serait, dans l'idéal, VOTRE candidat(e) ? Croyez-vous en l'hypothèse d'un retour de Nicolas Sarkozy ? Le souhaitez-vous ?

 

J.H. : Avec 10 jeunes secrétaires nationaux de l’UMP, nous avons fondé la nouvelle donne qui a demandé aux candidats à la présidence de l’UMP de prendre un engagement : accepter la primaire ouverte en 2017.

  

Ne nous mentons pas, le PS a su intéresser les Français en rendant accessible le choix de son candidat pour créer une dynamique cela doit nous inspirer.

 

J’ai beaucoup aimé la déclaration de Jean-François Copé lorsqu'il a affirmé qu'il serait aux côtés de Nicolas Sarkozy, quelle que soit sa décision pour l'avenir. Je partage cette vision pour 2017.

 

 

PdA : Question "ouverte". Auriez-vous un message à faire passer à quelqu'un ? Une personnalité, un groupe... Profitez-en !

 

J.H. : J’encourage tous les jeunes à s’engager politiquement et tous les jeunes d’esprit à donner envie aux jeunes de le faire. Pour entreprendre son avenir, il faut pouvoir le choisir. Restons en contact par les réseaux sociaux et sur le terrain.

 

 

 

Une nouvelle fois, merci à Jonas Haddad pour ses réponses ! Phil Defer

 

 

 

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Times New Roman > Georgia : 30/09/12

26 août 2012

Stéphanie Fugain : "Merci Laurette de m'avoir guidée"

Après le départ bien trop prématuré de sa fille cadette, emportée à l'âge de vingt-deux ans par une leucémie aigüe, Stéphanie Fugain aurait pu laisser le désespoir l'envahir. Elle a finalement réussi à tirer de ce chagrin intense une formidable énergie, celle de la volonté. Elle a trouvé la force de se relever pour embrasser la vie, se battre pour elle. En mémoire de Laurette, elle s'est engagée corps et âme pour tenter, par tous les moyens, d'épargner d'autres familles du calvaire que la sienne venait d'endurer. L'Association Laurette Fugain a vu le jour en septembre 2002. Présidée depuis lors par Madame Fugain, elle a pour objet la lutte contre la leucémie. Un engagement qui se traduit par la mise en oeuvre de trois types d'actions : l'information et la sensibilisation du grand public "sur l'importance des Dons de Vie (sang, plaquettes, plasma, moelle osseuse, sang de cordon et organes)", le soutien et le financement de "la recherche sur les maladies du sang", et enfin l'apport d'un soutien, d'un réconfort "aux malades et à leur famille". (Voir le dossier de presse de l'Association)

 

C'était il y a dix ans... Madame Stéphanie Fugain, que j'ai contactée quelques semaines avant l'anniversaire de l'Association, a accepté de répondre à mes questions. J'ai pour habitude d'inclure dans mes introductions un petit mot de remerciement pour chacune des personnes qui ont bien voulu jouer le jeu pour Paroles d'Actu. Celui-ci sera un peu particulier, un peu plus appuyé... J'ai été très touché par la gentillesse et la générosité dont a fait preuve Stéphanie Fugain à mon égard. Et très ému par ses réponses, très belles, pleines d'espoir, pleines de vie... Merci, Madame ! Une exclusivité Paroles d'Actu, par Phil Defer  DOCUMENT

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

STÉPHANIE FUGAIN

Présidente de l'Association Laurette Fugain

 

"Merci Laurette de m'avoir guidée"

 

Stéphanie Fugain

(Photos empruntées à Madame Stéphanie Fugain sur ses albums Facebook)

 

 

Q : 21/08/12

R : 25/08/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Vous présidez depuis sa création, en septembre 2002, l'Association Laurette Fugain. Quel bilan tirez-vous de son action depuis dix ans ?

 

Stéphanie Fugain : Un bilan extrêmement positif même si, bien sûr, il reste encore tant à faire. Il y a dix ans, grâce à ma fille Laurette, je prenais conscience de l’importance de ces dons de vie. Je connaissais le don de sang et j’étais donneuse mais j’ai découvert les dons de plaquettes et de moelle osseuse en étant confrontée à la maladie de ma fille.

 

Au départ de l’Association nous étions quelques personnes, amis, famille et puis j’ai très vite souhaité monter une équipe de travail pour aller au combat tous les jours, en parallèle de celui des malades. J’ai fait des rencontres humaines extraordinaires, nous avons travaillé encore et encore, sillonné la France pour essayer d’expliquer l’importance de ces dons pour les malades, pour trouver des partenaires financiers et des partenaires désireux de s’engager à nos côtés.

 

Aujourd’hui, à l’aube de nos dix ans, je peux dire « Merci Laurette de m’avoir guidée, montré le chemin qu’il fallait suivre en me transmettant ta force. Le combat continue grâce à toi. » J’ai aussi envie de profiter de l’occasion pour remercier tous ceux qui se sont engagés à nos côtés d’une manière ou d’une autre.

 

 

Paroles d'Actu : Quel regard portez-vous sur cette décennie ? Quels sont les moments de la vie de l'Association qui resteront gravés dans votre coeur ?

 

Stéphanie Fugain : La 1ère Marche en 2003 restera gravée en moi comme un temps fort incontestablement. C’était en mai, il pleuvait à torrents et je me suis retrouvée à arpenter les rues de Paris avec une foule d’amis et de gens pour dire au plus grand nombre combien la vie doit être partagée quand on est en bonne santé. Me retrouver sur scène, à l’issue de cette première marche, devant des malades, des familles de malades, des donneurs et des gens qui ne savaient pas encore qu’ils pouvaient aider, a fait jaillir en moi une émotion intense.

 

Ensuite il y a eu toutes ces rencontres avec des malades extraordinaires qui se battent avec une grandeur d’âme et une ténacité incroyables. Je pense, par exemple, à ce petit Valentin qui, du haut de ses 4 ans, à l’époque, avait décidé de mener la bataille à nos côtés. Aujourd’hui, c’est un grand qui va bien.

 

Je pense aussi à toutes les personnes pleines d’amour qui mènent le combat à mes côtés. C’est une véritable famille de coeur. On partage tellement. Mais je pense bien sûr et avant tout a tous ceux qui comme Laurette n’ont pas eu la chance de vaincre cette maladie.

 

 

Paroles d'Actu : De quoi l'Association a-t-elle besoin actuellement ? Quel appel souhaiteriez-vous lancer ?

  

Stéphanie Fugain : L’Association a toujours besoin de soutien. Nous avons, en permanence, besoin de partenaires qui nous offrent leurs services de manière à pouvoir consacrer la majeure partie de notre budget à la recherche médicale. 500 000 euros sont reversés à des projets de recherche que nous selectionnons avec notre comité scientifique chaque année.

 

Comme vous pouvez l’imaginer, l’argent est le nerf de la guerre, alors il nous faut sans cesse trouver des partenaires financiers désireux d’investir dans notre combat et de faire confiance aux projets que nous menons, des mécènes qui croient en la vie et ont envie de la porter toujours plus haut. Et bien sûr des donneurs, des jeunes, d’ethnies différentes pour couvrir tous les besoins pour tous les malades qui se battent.

 

 

Paroles d'Actu : Le 24 septembre prochain se déroulera à l'Olympia le spectacle "Départ Immédiat !", une création originale pour l'Association Laurette Fugain.

 

Stéphanie Fugain : L’Olympia est une salle mythique qui a une âme et que j’aime profondément. C’est aussi et surtout la grande maison que j’ai connue avec le Big Bazar, la 1ère grande troupe qu’avait créée Michel Fugain. C’est un peu ma seconde maison j’y ai passé de très longs moments dans les studios de danse mais aussi sur scène. J’ai eu l’immense chance de connaître Bruno Coquatrix et la famille qui dirigeait ce temple de la musique.

 

Aujourd’hui, une loge à été baptisée Laurette, j’ai été très émue ce jour là. C’est vous dire l’importance de ce lieu à mes yeux et dans mon cœur.

 

 

Laurette Fugain Olympia

 

 

Paroles d'Actu : Pourquoi la célèbre salle parisienne sera-t-elle ce soir-là, pour reprendre l'expression que vous avez utilisée sur Facebook, "The-Place-To-Be" ? Qu'éprouvez-vous à la vue de l'"affiche" impressionnante du show ?

 

Stéphanie Fugain : De la fierté de voir tous ces artistes, ces musiciens et techniciens se mobiliser pour notre cause et également une grande émotion à l’idée de remonter sur cette scène mythique, tant d’années après le Big Bazar.

 

 

Paroles d'Actu : Votre premier roman, "Tu n'avais peur de rien" (Flammarion), sortira un peu plus tôt dans le mois, le 5 septembre. Voulez-vous nous en parler ?

 

Stéphanie Fugain : Je peux vous dire que c’est un cadeau pour ma Laurette. Elle voulait voyager, écrire. Mais son bateau est resté à quai. Pour elle j’ai pris la plume et le vent. J’ai raconté ses rires, ses envies, ses passions, ses rêves, ses voyages... Chut je n’en dirai pas plus !

 

 

Laurette et Stéphanie Fugain

 

 

Paroles d'Actu : L'écriture, c'est quelque chose que vous avez en vous depuis longtemps ?

 

Stéphanie Fugain : Ce roman est une première pour moi, un premier exercice à la fois passionnant et difficile. C’est un corps à corps avec soi-même et j’y ai pris beaucoup de plaisir.

 

 

Paroles d'Actu : Que représente l'écriture, à vos yeux ?

 

Stéphanie Fugain : On met toujours un peu de soi dans l’écriture. L’écriture c’est un vécu, une émotion, un ressenti, une envie. C’est aussi fort que porter et mettre un enfant au monde.

 

 

Paroles d'Actu : Qu'est-ce qui vous "porte" aujourd'hui ?

 

Stéphanie Fugain : La vie, l’amour, la passion, Imaginer que demain les citoyens auront envie, compris que donner de soi, pour les autres, est le plus bel acte qu’il soit, celui qui nous fait grandir le plus. La vie est courte, on le comprend davantage lorsque l’on est confronté à la maladie. L’instant présent doit être savouré au quotidien.

 

 

Paroles d'Actu : Quels sont vos projets ? Que peut-on vous souhaiter ?

 

Stéphanie Fugain : Tellement de choses simples, légères, bourrées d’humanité et de justice. Un retour aux valeurs fondamentales.

 

Découvrir encore et toujours la vie jusqu’à mon dernier souffle.

 

 

Paroles d'Actu : Quel message aimeriez-vous adresser à nos lecteurs ?

 

Stéphanie Fugain : Aimez chaque seconde de la vie, savourez-la, si vous êtes en bonne santé partagez-la, offrez vos précieuses cellules remplies de vie. Des dons il y en a tellement à faire tout au long de sa vie.

 

 

Paroles d'Actu : La dernière question. En fait, il s'agit d'une tribune libre. Pour vous permettre de conclure l'interview comme il vous plaira. Vous pouvez approfondir un sujet que nous avons traité ensemble, ou bien parler d'autre chose. Vous êtes libre... Merci infiniment !

 

Stéphanie Fugain : La liberté, la simplicité, le souffle de la vie c’est aussi ce que j’aime par-dessus tout. Et si je reprenais simplement une petite phrase de la chanteuse Zaz pour finir en beauté cette interview ? « Je veux d’l’amour, d’la joie, de la bonne humeur ». Et si, en ces temps de crises, nous prenions la peine de poser nos regards différents, de nous sourire davantage, d’être encore plus solidaires, de nous dire que demain ça ira forcément mieux ?

 

 

 

Tout est dit... Je ne peux que m'associer à ce beau message d'espoir, à cette formidable leçon de vie. Non sans avoir adressé de nouveau mes remerciements, toujours insuffisants tant cet échange m'aura apporté, à Madame Stéphanie Fugain. Phil Defer

 

 

 

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L'Association Laurette Fugain

 

"Départ Immédiat !" à l'Olympia : pour réserver votre place

 

Avec : Anggun, Archimède, Tina Arena, Laurent Baffie, Jean-Marie Bigard, Michel Boujenah, Jeanne Cherhal, Julien Clerc, Gérard Darmon, Gad Elmaleh, Sofia Essaidi, Liane Foly, Alexis Fugain, Marie Fugain, Steve Hewitt, Imany, Yves Jamait, Le Jeune Ballet Européen, Claire Keim, Norbert Nono Krief, Maxime Le Forestier, Nolwenn Leroy, Lys, Mimie Mathy, Maurane, Yannick Noah, Pascal Obispo, Ours, Pauline, Sanseverino, Elie Semoun, Hubert-Félix Thiéfaine, Zaz, Julie Zénatti, Alexandra Lamy, Jean Dujardin, Alain Delon, Pierre Richard, Stéphanie Fugain... (Au 17/09/12)

 

Pour précommander le roman de Stéphanie Fugain, "Tu n'avais peur de rien"

 

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Times New Roman > Georgia : 30/09/12

17 février 2013

Samuel Grzybowski : "D'abord se parler..."

À la mi-janvier, j'ai proposé à Samuel Grzybowski de l'interviewer pour Paroles d'Actu. Il m'a donné son accord, avec enthousiasme. Mes questions, qui lui ont été transmises le 20 janvier, portent sur l'objet, l'organisation et les activités de l'association Coexister, qu'il a fondée et qu'il préside. Sur le grand "tour" interreligieux qu'il entreprendra bientôt. Sur l'Église, celle de Vatican II, celle de demain. Fervent Catholique, Samuel Grzybowski plaide inlassablement pour que dialogues et échanges s'établissent entre les différentes religions. Un véritable sacerdoce. Peu après l'envoi de mes questions, une décision vécue comme "injuste, incohérente et scandaleuse" est intervenue. Une décision relayée par la presse : l'association Coexister perd son statut d'intérêt général. Un nouvel obstacle qui n'entamera pas la détermination sans faille de ce jeune homme d'à peine 21 ans...

 

Ses réponses, Samuel Grzybowski me les a transmises oralement, le 10 février (j'ai souhaité retranscrire l'enregistrement en en conservant la spontanéité). Quelques heures plus tard, une nouvelle est annoncée, elle fera réagir bien au-delà des frontières du monde catholique : le pape Benoît XVI renonce à sa charge, estimant qu'étant donné l'avancement de son âge, ses forces ne lui permettent plus de l'assumer convenablement. Une décision sage, empreinte de lucidité et d'humilité venant d'un homme, Joseph Ratzinger, qui a eu le courage de reconnaître, tout pape qu'il était, qu'il était humainement faillible. Samuel Grzybowski a accepté de me confier sa réaction (17 février), en marge de notre entretien : "Je suis particulièrement admiratif de cette décision. Sa capacité a surprendre révèle la force d'une Église éternellement jeune, toujours renouvelée !" Voilà pour l'actualité. Place à Samuel Grzybowski, 21 ans à peine. Place à demain, un demain résolument optimiste quant à une coexistence pacifique des Hommes... Merci ! Bonne lecture. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

SAMUEL GRZYBOWSKI

Président-fondateur de l'association Coexister

 

"D'abord se parler..."

 

Samuel Grzybowski

(Photo fournies par Samuel Grzybowski)

 

 

Q : 20/01/13

R : 10/02/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Samuel Grzybowski. Avant d'aller plus avant, qu'aimeriez-vous que nos lecteurs sachent à votre propos ? Quelle place la foi tient-elle dans votre vie ?

 

Samuel Grzybowski : Je suis étudiant en double licence Science Politique - Histoire politique à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Cela fait trois ans que j'étudie au sein de cette université, je suis en troisième année de licence.

 

Je suis également et surtout le président et fondateur de Coexister, le mouvement interreligieux des jeunes dans lequel je me suis engagé il y a maintenant quatre ans et dans lequel je crois discerner une part importante de ma vocation.

 

La foi tient une place fondamentale dans mon existence. C'est en m'engageant que je donne corps, que je donne cohérence à cette foi.

 

 

PdA : Vous êtes le président de l'association Coexister, que vous avez créée en 2009. Racontez-nous ce cheminement personnel qui vous a conduit à vous engager ainsi, pour cette cause ?

 

S.G. : Mon cheminement, je le décrirais en trois temps.

 

D'abord, l'école primaire dans laquelle j'étais. Sur 300 élèves, 42 nationalités étaient représentées. 7 religions, et trois principales sphères sociales. Des enfants d'ambassadeurs, qui étaient là puisqu'il y avait un internat pour les jeunes d'écoles primaires. Des enfants placés par la DDASS. Des enfants de la petite bourgeoisie du 15è, dont j'étais issu. Dans cet établissement, les jeunes de toutes sensibilités, de toutes religions, de toutes cultures coexistaient de façon pacifique. Du coup, j'ai eu la chance de pouvoir banaliser, dans le bon sens du terme, la diversité dès mon plus jeune âge comme quelque chose de constructif et de favorable à l'épanouissement. J'avais créé un club des cinq dans lequel il y avait deux Asiatiques, un Arabe et deux Occidentaux. Je leur rends hommage encore aujourd'hui, ils m'ont beaucoup apporté pendant cinq ans. On était une bande d'amis inséparables. J'ai pris conscience que les liens se tissaient notamment sur l'importance de la différence.

 

Un deuxième évènement fondateur, c'est le scoutisme. J'ai été scout pendant plus de huit ans. J'ai participé au Jamboree mondial en 2007 à Londres, qui avait lieu pour les cent ans du scoutisme sur les traces du premier camp scout. Celui-ci était sur Brownsea Island, juste en face de Londres, dans la mer, évidemment. Là-bas, j'ai fait une autre rencontre, une autre prise de conscience assez fondamentale. Déjà, que le scoutisme n'était pas chrétien, il était d'abord musulman. Il y a plus de scouts musulmans sur terre que de scouts chrétiens. Et que le scoutisme abritait une diversité phénoménale. On prenait conscience, une fois sur place, qu'il y avait des scouts du monde entier, unis par le foulard, unis par la chemise, unis par des valeurs communes, comme celles de Baden-Powell. Unis par des citations, des phrases affichées en grand au-dessus de la scène principale. Je me souviens de cette phrase, "Essayez de repartir de ce monde un peu plus beau que vous ne l'avez trouvé en arrivant" ou "Soyez le changement que vous voulez voir advenir pour le monde". Et en même temps, au-delà de cette unité très forte, il y avait une très grande diversité. Beaucoup de religions, beaucoup de cultures. Évidemment des milliers d'origines géographiques. 50 000 scouts qui venaient de 195 pays, de mémoire. Quelque chose de colossal. Ce paradoxe entre l'unité et la diversité m'a beaucoup appris. J'ai découvert très tôt que c'est par le caractère irréductible de nos différences que l'unité devient, elle, indestructible. L'unité ne peut pas s'appuyer sur des ressemblances, parce que les ressemblances ont tendance justement, parfois, à oublier la différence comme quelque chose de coercitif. Et à tort, on considère que la différence est inférieure ou subordonnée à la ressemblance. Je pense que c'est un risque, puisque la différence, les identités singulières reviennent souvent sur le devant de la scène. Si l'on n'apprend pas très tôt à les appréhender comme quelque chose de favorable à l'unité, ça pose problème. Très sincèrement, je dirais, de par mon expérience que c'est justement l'irréductibilité de nos différences qui rend indestructible l'unité.

 

Troisième évènement dans ce cheminement, la participation au train de la mémoire. Vers Auschwitz, en novembre 2008. J'ai participé à une expédition hors du commun. 28 heures de train dans un sens, 28 heures de train dans l'autre. Avec deux amies, une amie juive, une amie musulmane. Avec elles, j'ai eu la chance de lire les noms, en plein milieu du camp d'Auschwitz-Birkenau. Cette lecture à trois voix a aussi changé ma vie. C'était juste trois mois avant la création de Coexister. C'est donc en janvier 2009, trois mois plus tard, au moment de l'Opération Plomb durci que je participe à une manifestation contre l'importation du conflit en France. C'est au sein de cette manifestation que je lance un appel, un peu improvisé. Je propose alors aux jeunes de se joindre à moi pour créer une initiative interreligieuse entre jeunes.

 

 

PdA : À quoi la vie de l'association ressemble-t-elle ? Quelles sont ses activités au quotidien ?

 

S.G. : La vie de l'association au quotidien, c'est du travail ! (Rires) D'abord. Du travail, beaucoup de travail, encore du travail. Il y a beaucoup de projets à organiser. Il ne se passe pas des choses tous les jours mais il y a de gros évènements, plusieurs fois par an. Coexister oriente son action autour de cinq domaines :

- le dialogue interreligieux. Comment est-ce qu'on se parle, comment est-ce qu'on se respecte... ;

- la solidarité interreligieuse. Le fait d'agir ensemble avec des personnes de provenances différentes mais avec une destination commune ;

- la sensibilisation interreligieuse. Éveiller les consciences des lycéens, des collégiens, des étudiants... ;

- la formation interreligieuse. Pour donner des outils concrets, des savoirs, des savoir-faire, des savoir-être ;

- les voyages interreligieux. Pour mettre dans un même "panier de crabes" des jeunes de différentes religions, ensemble, H24, nuit et jour, et les laisser appréhender, apprendre ce que cela implique.

 

Pour mener de front ces cinq domaines d'actions qui sont réalisés par nos dix groupes locaux aujourd'hui, nous avons une équipe nationale avec 37 jeunes actifs dont 10 qui constituent le comité de direction de l'association. Chaque groupe local est dirigé par un comité de pilotage d'au moins 7 jeunes aidé par un service civique volontaire à plein temps. Au niveau national, nous avons 9 temps partiel et un temps plein qui travaillent. Tous ces jeunes qui travaillent participent à donner du corps au mouvement. Je suis frappé au quotiden par ce travail, toujours dans la bonne humeur, parfois l'humour. Certains observateurs qui viennent nous voir disent qu'ils ont l'impression de voir une start-up, c'est-à-dire le contraste entre beaucoup de sérieux, beaucoup de professionalisme et en même temps beaucoup de déconnade. Il y a du café qui traîne, il y a de quoi manger partout... On est vraiment dans une logique de création et de croissance.

 

 

PdA : Quel bilan établissez-vous de la vie de Coexister depuis sa fondation ?

 

S.G. : Il faut laisser les chiffres parler, quatre ans plus tard. On était 11 au départ, on est 300 maintenant. Il n'y avait qu'un seul groupe, on en a 10. On n'avait réalisé qu'un seul projet, on en a réalisé plus d'une cinquantaine. On a rencontré 7000 jeunes. On en a formé 150. Emmené 75 en voyage. Pratiquement 500 jeunes ont participé à des programmes de dialogue. Le budget de l'association est également révélateur, il est passé de 900 à 30.000€ en trois ans. On a un prévisionnel de 100.000 cette année.

 

Au-delà des chiffres, pour moi, le bilan est très positif. On constate que l'avion décolle et qu'il est loin d'avoir atteint sa vitesse de croisière. Surtout, on a le sentiment de répondre à une vraie demande. Coexister n'a rien provoqué pendant trois ans, rien. On n'a fait que répondre à des demandes, à des besoins. Quand on crée un programme de dialogue, c'est parce que sur place, des jeunes ont envie de se rencontrer. Les opérations de solidarité marquent peut-être l'exception dans le sens où c'est vraiment le seul type de projet que l'on initie nous-même. Les 150 sensibilisations réalisées en deux ans ne sont que des réponses à des sollicitations d'établissements. Nous n'avons jamais fait de pub auprès d'un établissement. C'est toujours eux qui viennent nous chercher parce qu'il y a besoin de sensibiliser les jeunes sur place. Nos formations répondent à une demande en interne. Nos voyages également.

 

 

PdA : Vous vous apprêtez à entreprendre un tour du monde interreligieux (InterFaith Tour) visant à encourager des initiatives d'échange et de coopération entre les grandes fois monothéistes. Parlez-nous de cet ambitieux projet ?

 

S.G. : Il ne s'agit pas tout à fait d'encourager les initiatives d'échange et de coopération entre les grandes fois. C'est plutôt aller rencontrer ce qui existe déjà dans le monde. Nous, on pensait qu'on allait galérer comme des oufs pour chercher des initiatives. En fait, le plus difficile n'a pas été de les chercher mais de les choisir. Il y en a partout. Dans tous les pays, dans tous les continents, il se passe des choses interreligieuses. On sent que notre génération a cette double spécificité d'être à la fois engagée sur le terrain du social, l'action sociale - ce sont des projets qui rassemblent, donc le but n'est pas de s'accorder sur nos fois mais d'accorder nos fois sur la paix. Ça, c'est la première spécificité. La deuxième, c'est que ce sont les jeunes qui se munissent souvent de ce dialogue, sous différentes formes. J'en relève trois, de mes observations internationales :

- les sections jeunes de mouvements internationaux d'adultes, très important. Je voudrais rendre hommage, en particulier, à l'International Council of Christians and Jews (ICCJ), qui est en fait l'Amitié judéo-chrétienne mondiale. Sa section Jeunes, le Young Leadership Council, est très active. Elle rassemble des Juifs et Chrétiens du monde entier, une fois par an, dans une ville. D'ailleurs, cette année, c'est plutôt étonnant, c'est à Aix-en-Provence que ces jeunes se rassemblent. Coexister est heureux et fier d'accueillir le bureau de cette Amitié judéo-chrétienne mondiale des jeunes, une semaine en mars pour les préparatifs. Voilà, pour l'actualité.

- les organisations "umbrella" (parapluie). Elles rassemblent des représentants. Les jeunes ne sont pas là en tant qu'eux-mêmes, ils sont là pour représenter des organisations juives, musulmanes, chrétiennes.

- la typologie Coexister. Des jeunes sont là en tant qu'eux-mêmes, qui ne sont pas une section d'un mouvement plus grand. Là où il y a vraiment une vie associative indépendante et autonome. Sur Terre, on en relève seulement deux. Interfaith Youth Core, à Chicago, fondée et dirigée par Eboo Patel, un Musulman américain très connu. Et Coexister, en France.

 

Le projet va durer 12 mois. Nous partons vers l'est. Nous nous arrêterons un mois dans chacun des pays suivants : Israël-Palestine, Turquie, Inde, Malaisie, États-Unis. Nous ferons des road-trips de deux mois en Europe, un mois en Afrique, un mois en péninsule indochinoise, un mois en Amérique du sud. Nous finirons ce tour, après dix mois de globetrotting, par deux mois de tour de France. Le programme est déjà prêt. Si vous voulez nous inviter chez vous, c'est avec grand plaisir, partout où vous êtes, partout où on nous le demande. Nous allons passer à peu près une demi-journée ou un jour par département en France. Nous ferons tous les départements. Donc, n'hésitez pas à nous prévenir et nous dire que vous êtes intéressé, que vous soyez une collectivité territoriale, une association, une entreprise, un établissement scolaire...

 

 

PdA : Quels sont, d'après vous, les obstacles majeurs à l'harmonie interreligieuse à travers le monde ? Ces troubles trouvent-ils essentiellement leur origine dans une incompréhension de la foi d'autrui, d'ailleurs ? Les religions ne sont-elles pas, souvent, instrumentalisées par quelques excités extrémistes, utilisées à dessein, sans scrupule et sur le terreau de problèmes politiques, économiques, sociaux, identitaires pour imposer leurs idées ?

 

S.G. : La réponse est dans la question : c'est évident que oui. Les problèmes sont souvent liés, dans leur immense majorité, à des problèmes politiques, sociaux, économiques.

 

Les obstacles, on les connaît. J'en relève deux, en fait :

- le premier obstacle regroupe, à mon avis, tous les autres. C'est celui de vouloir imposer son identité à l'autre parce que c'est la bonne, c'est la vérité, le droit chemin... ;

- le deuxième écueil, tout aussi dangereux à mon avis, c'est celui de vouloir se dissoudre dans l'autre. C'est un peu la mode actuelle... On entend beaucoup dire que la différence est un problème... Comme si la ressemblance était plus élevée que tout. Je ne suis pas d'accord avec cette conception. Je pense que la différence a une place noble dans les relations entre les gens. Qu'il faut respecter cette place, justement pour respecter les identités singulières et dépasser cette logique selon laquelle seule la ressemblance rassemblerait. La différence rassemble, il faut qu'on arrête de vivre ensemble "malgré" les différences. Il faut vivre ensemble "grâce" aux différences." La différence est coercitive quand on décide de l'appréhender ainsi.

 

Le terrain politique, économique, social, c'est évident. On fait toujours ce rapprochement entre la carte de la liberté religieuse sur Terre. On voit une coïncidence entre les zones rouges de l'absence de liberté religieuse qui correspondent aux zones vertes, où l'Islam est le plus dense. Le problème, c'est que cette carte coïncide avec une autre carte, qui est la véritable cause du problème. Celui-ci n'a rien à voir avec l'Islam. Cette carte coïncide avec le taux d'éducation. Les zones rouges de la carte des libertés religieuses correspondent à celles du manque d'éducation. D'ailleurs, certains pays hautement musulmans, pour ne pas dire les premiers pays musulmans - un Musulman sur deux est asiatique - sont des pays où la liberté religieuse est totalement respectée. Mais le niveau d'éducation y est plus haut. Je pense notamment à l'Indonésie. Voilà, tout simplement, l'explication est là.

 

 

PdA : Quelles sont les petites et les grandes actions qui, d'après vous, devraient être entreprises par les différents acteurs concernés pour apaiser les tensions interreligieuses ?

 

S.G. : D'abord se connaître. Se dire bonjour. On a tous des voisins de différentes religions maintenant, un peu partout sur Terre. Il faut leur parler. Il faut les inviter à boire le thé. Je voudrais saluer cette initiative incroyable des Musulmans de Norvège. Ils ont invité l'ensemble de leurs concitoyens, un jour. Chacun, chaque famille musulmane a ouvert les portes de son domicile pour inviter les familles norvégiennes à boire le thé. Je pense que c'est ce genre d'initiatives qui favorisent incroyabement la paix entre les individus. Il faut commencer par là, et ensuite, pourquoi pas, aller plus loin. Mais d'abord, se parler, ça, c'est une initiative de taille abordable.

 

 

PdA : Les dialogues œcuméniques et interreligieux ont été largement encouragés à l'occasion du Concile Vatican II, à partir duquel les messes en langue locale ont supplanté celles, traditionnelles, en latin. Sur d'autres sujets tels le contrôle des naissances, Paul VI et la curie ont choisi le statu quo. Cinquante ans après, quel est l'héritage de Vatican II ?

 

S.G. : Oulà, là, on touche à un autre domaine ! Je ne suis pas sûr d'être habilité à m'exprimer sur la question. Je voudrais juste citer ce passage du Concile Vatican II, que je trouve incroyable... Sur les différentes religions, l'Église rappelle qu'elle exhorte les croyants à faire grandir, mûrir les valeurs spirituelles, morales, sociales, culturelles qui se trouvent chez les croyants d'une autre religion. C'est quelque chose de très fort. L'Église ne se contente pas de dire, "Vivez ensemble parce que c'est important", elle dit aux Chrétiens, "Permettez aux autres religions de s'exprimer, de grandir en humanité". Et ça c'est très fort.

 

J'ai 100 000 raisons d'espérer pour l'Église de demain, et même l'Église d'aujourd'hui. Je ne suis pas sûr d'avoir envie de parler de "statu quo", de problèmes quelconques... Il y a des difficultés, comme partout. Je ne suis pas sûr que ce soit forcément lié à la question de l'interreligieux... Moi, j'applaudis l'Église à deux mains pour le travail incroyable qu'elle fait sur l'interreligieux. En particulier Monseigneur (Jean-Louis) Tauran, qui dirige le Conseil pontifical pour les Relations interreligieuses.

 

  

PdA : Récemment, Rome a décidé de réintégrer au sein de l'Église les prêtres de la Fraternité Saint-Pie-X (les lefebvristes), dont l'un des membres, M. Williamson avait tenu des propos assez difficilement compatibles avec l'esprit de réconciliation de Vatican II. D'autre part, Benoît XVI a libéralisé, de nouveau, la messe en latin. Franchement, au vu de votre combat, quel est votre sentiment face à ces gages apportés sans concession aux mouvement les plus réactionnaires de l'Église catholique ?

 

S.G. : Je ne suis pas d'accord avec cette affirmation. Je ne crois pas que Benoît XVI ait donné de gages aux mouvements les plus réactionnaires de l'Église. Ou en tout cas, il en a donné autant aux autres. J'ai été invité et reçu très tôt par Monseigneur Tauran à la Curie romaine pour soutenir l'engagement de Coexister. Le Saint Père nous a fait l'honneur de nous inviter aux rencontres d'Assise, en novembre 2011.

 

Je crois que Benoît XVI est un pape formidable, qui travaille à l'unité des Chrétiens. Non sans peine. Il a beaucoup de difficulté à communiquer et à gouverner. Ce ne sont pas ses atouts. C'est d'abord un intellectuel, un homme de grande envergure avec un esprit profond et large. Je pense qu'on ne peut pas lui demander ce qu'il ne sait pas faire. Je trouve qu'il fait un travail extraordinaire sur le rapprochement avec les autres religions et l'ouverture de l'Église. Il prépare l'Église de demain. Je crois qu'il rend un grand service à ses successeurs, qui n'auront pas à faire le sale travail qu'il a fait.

 

Maintenant, effectivement, il y a des choses sur lesquelles il faut des garde-fous. Je trouve très positif que Benoît XVI ait refusé au final la réintégration de la Fraternité Saint-Pie-X. Ceux-ci se refusaient en effet à reconnaître le Concile Vatican II. L'argument est clair : le Concile est donc le point de rassemblement de tous les Catholiques du monde. En dehors de Vatican II, pas d'Église.

 

 

PdA : Un point d'unanimité entre les différentes religions : le rejet du mariage pour tous, et de ce qui va avec. Mon idée n'est pas de vous inviter à un énième débat sur le sujet. J'aimerais par contre vous faire réagir à propos d'une déclaration faite par Frédéric Gal, directeur général du Refuge, lors de notre interview. "Le fait religieux est (...) extrêmement présent avec une référence régulière à l'homosexualité comme un véritable péché impardonnable". Évidemment, l'Église ne va pas, demain, célébrer de mariage homosexuel, c'est compréhensible, personne ne le lui demande, d'ailleurs. Mais ce sentiment que peuvent avoir certains homosexuels, parfois croyants, d'être rejetés, voire stigmatisés pour un amour, un mode de vie qu'ils n'ont pas choisis, ça vous inspire quoi ?

 

S.G. : Je ne suis, là encore, pas sûr d'être compétent sur le sujet. Pour rebondir, je voudrais souligner et applaudir le Conseil pontifical de la Famille qui vient de lancer un ultimatum aux grands pays du monde qui n'ont pas encore dépénalisé l'homosexualité.

 

 

PdA : Nous parlions de Vatican II tout à l'heure. Le mot d'ordre du pape de Jean XXIII à l'époque : "Aggiornamento". Mise à jour. Quelles mesures un Aggionamento des années 2010-2020 devrait-il comprendre, à votre avis ? Encore une fois, que l'Église refuse le mariage religieux de deux hommes ou de deux femmes, cela se conçoit. Quid, en revanche, de l'adoption d'une position de neutralité, sinon de bénédiction de la contraception dans un monde toujours rongé par le Sida (pour, in fine, préserver la vie, si chère à l'Église). Quid de l'ordination de femmes à la prêtrise ? Quid de la fin du célibat imposé pour les prêtres ? En un mot comme en cent : quel Vatican III appeleriez-vous de vos voeux ?

 

S.G. : Aucun ! D'abord, Vatican II n'est pas qu'un Aggiornamento. Il l'a été dans les voeux de Jean XXIII, mais l'a-t-il été réellement ? Pour moi, Vatican II, c'est d'abord une continuité de l'Église après 2000 ans d'histoire. Le Concile vient puiser à la source des pères de l'Église, à la source des Apôtres. Il en fait ressortir toute la splendeur pour le 21è siècle. L'Église prend conscience avec Vatican II que Dieu n'est pas seul à rentrer dans l'Histoire. Elle le fait elle-même. Elle n'est pas immuable, elle n'est pas absolue. Elle n'est pas éternelle. Elle est relative, construite par les individus. Et en même temps, elle a cette double identité d'être l'Église du Ciel et le corps du Christ.

 

L'Église a certainement beaucoup de progrès à faire, puisque l'Église est humaine. Ce sont en tout cas les hommes qui la composent qui ont des progrès à faire et doivent marcher vers la sainteté. Ces progrès passent-ils par des questions aussi simples que celles de l'ordination des femmes, du mariage des prêtres... peut-être ! Peut-être pas. Je ne suis pas sûr que ce soit la priorité aujourd'hui.

 

Si l'on devait réfléchir, pour moi, à des mesures pour les années 2010-2020, ce serait d'abord d'approfondir tous les textes, tout l'esprit du Concile Vatican II. Il faudrait aller plus loin dans l'ensemble des chantiers entrepris après le Concile. J'en vois douze, d'après le travail que j'ai accompli dans le cadre de l'association Youcoun (Vatican II pour les jeunes, ndlr). Douze grands chantiers sur lesquels les Chrétiens et l'Église peuvent encore travailler pour les dix années à venir.

- la lecture régulière de la parole de Dieu et sa compréhension ;

- la formation à la célébration liturgique ;

- l'engagement dans la vie de l'Église, qui va également avec l'amour pour l'Église ;

- l'engagement pour l'unité des Chrétiens, avec Taizé ;

- des espaces de discernement pour les vocations, et peut-être adapter de nouvelles vocations... comprendre qu'il y ait d'autres vocations que celles que l'on connaît déjà ;

- former les Chrétiens à leurs responsabilités de croyants ;

- former les Chrétiens à leurs responsabilités de citoyens, c'est l'engagement politique ;

- former ces derniers, chantier évidemment très important, à leurs responsabilités de citoyens s'agissant cette fois de la solidarité et du service du Pauvre ;

- la dignité de l'être humain, sur laquelle l'Église a ouvert un chantier phénoménal d'anthropologie au nom du Concile et dans lequel il y a encore tant à faire ;

- la Mission, qui prend un jour neuf et dynamique avec la nouvelle évangélisation ;

- l'usage des médias et des réseaux sociaux ;

- l'interreligieux, douzième chantier, pour moi.

 

Effectivement, si ces douze chantiers, avec leurs chantiers parallèles (l'engagement des laïcs, etc...) sont approfondis, je pense que l'Église a encore de belles heures et de beaux siècles devant elle.

 

 

PdA : Êtes-vous optimiste quant à un futur où les différences de religions ne seraient plus un motif de conflits, de souffrances, de malheur, mais peut-être, finalement, de richesse culturelle ?

 

S.G. : Bien sûr que je suis optimiste ! J'en suis même convaincu. La question, c'est "Quand ?". Demain. À la fin du mois. L'année prochaine. Dans un siècle. (Rires) J'espère voir un petit bout de ce monde où les religions s'apportent les unes aux autres avant de mourir.

 

 

PdA : En cette période de voeux, que peut-on vous souhaiter pour 2013 et pour la suite, cher Samuel Grzybowski ?

 

S.G. : D'entendre l'appel. Le bon.

 

 

PdA : Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs ?

 

S.G. : Cessez la coexistence passive pour passer en mode "coexistence active".

 

 

PdA : Souhaiteriez-vous en adresser un à quelqu'un, à un groupe en particulier ?

 

S.G. : Oui. Je voudrais souhaiter des voeux sincères, amicaux, et surtout d'estime à tous mes amis qui travaillent dans Coexister, ces 300 jeunes militants dans toute la France. Ils font un travail extraordinaire. Ils portent aujourd'hui les valeurs de la coexistence active et ils en défendent le message. Un message neuf, un message extrêmement dynamique. Je pense qu'ils portent une très grande vitalité, que nous espérons défendre encore pendant longtemps longtemps. Merci beaucoup !

 

 

 

Merci à vous, Samuel Grzybowski, pour vos réponses enthousiastes et passionnées. Et bravo pour votre engagement au service d'un monde un peu plus fraternel. Longue vie à Coexister ! Phil Defer

 

 

 

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10 septembre 2012

Alain de Greef : "Canal ? J'envisage de me désabonner"

« Il avait une qualité de contact avec les gens qui était formidable (...) Il fait partie de la trentaine de personnes extraordinaires que j'ai côtoyées à Canal+. » C'est en ces termes qu'Alain de Greef a rendu hommage à Jean-Luc Delarue après la disparition de l'icône du PAF. Quelques heures avant l'annonce de ce triste évènement, survenu dans la nuit du 23 au 24 août, j'avais contacté M. De Greef pour lui proposer de lui poser quelques questions. L'ancien directeur des programmes de la chaîne cryptée m'a fait parvenir, très rapidement, son accord de principe. L'échange s'est réalisé dans la foulée.

 

La retraite ? Canal ? La télé d'aujourd'hui ? Celui qui fut, aux côtés de Pierre Lescure, l'un des piliers historiques de la 4 jusqu'à la page Vivendi se livre en toute liberté et sans langue de bois. La parole à un jeune retraité. À une voix qui compte dans l'univers de la télé... La parole à un pionnier... Merci infiniment, cher Monsieur de Greef, merci d'avoir accepté, avec bienveillance et générosité, mon invitation... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer  EXCLU

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

ALAIN DE GREEF

Directeur des programmes de Canal+ (1986-2000)

 

« Canal ? J'envisage de me désabonner »

 

Alain de Greef

(Photo fournie par M. Alain de Greef)

 

Q. : 24/08/12 ; R : 03/09/12

  

Paroles d'Actu : Comment allez-vous, Alain de Greef ? Que devenez-vous ?

 

Alain de Greef : Très bien ! Comme un retraité qui en ce moment précis se la coule douce dans la chaleur provençale…

 

PdA : Sans faire dans la nostalgie (je ne pense pas que vous soyez homme à vivre dans le passé), quel regard portez-vous sur vos années Canal ?

 

A.d.G. : Sans doute la plus belle période de ma vie, même si je ne crache pas sur mes années ORTF, puis Antenne 2, qui ont été formidablement formatrices.

 

PdA : De quoi êtes-vous le plus fier s'agissant du temps - de 1986 à 2000 - où vous avez été en charge des programmes de Canal + ? Qu'est-ce qui guidait vos choix ?

 

A.d.G. : Je pense que ma première fierté fut, en 1984, deux ans avant de devenir patron des programmes, d’avoir inventé la multidiffusion des films, au contraire des rediffusions sans fin qui étaient le lot des chaînes à péage américaines qu’on me demandait de prendre pour modèle. Puis, bien sûr, Les Nuls, même si je n’y étais pas pour grand chose, si ce n’est de les avoir réunis. Nulle Part Ailleurs, parce que c’était beaucoup plus qu’une émission. Les Guignols, parce que, 25 ans plus tard, c’est toujours unique dans le Paf. Le Vrai Journal, parce que la bonhomie de Karl Zéro a permis à des reportages pointus d’être vus par dix fois plus de monde que les actuelles émissions politiques sur Canal+. Et encore tous ces gens exceptionnels avec lesquels j’ai bossé pendant quinze ans…

 

PdA : On a beaucoup entendu parler, sous Pierre Lescure et Alain de Greef, de l'"esprit Canal". A-t-il jamais réellement existé ? Si oui, il est mort depuis longtemps, non ?

 

A.d.G. : Ce n’est pas nous qui en parlions, mais les gens qui regardaient et trouvaient que cette télé n’était pas comme les autres. En tous cas c’était une question de personnes et nous sommes presque tous partis. Restent Groland, Les Guignols et Le Zapping

 

PdA : Vous regardez toujours Canal, aujourd'hui ? Quels sont, en tant qu'ancien directeur des programmes, mais aussi en tant que téléspectateur (abonné ?), les programmes de la chaîne que vous applaudissez ? Ceux que vous n'auriez pas validés ?

 

A.d.G. : Je regarde très peu en fait, juste Le Zapping et Les Guignols, quelques films, de moins en moins de foot, je regarde surtout L’Équipe du dimanche, malgré son présentateur souvent lourdingue. Je regarderai ce qui se passera dans les prochains mois, mais j’envisage de me désabonner de cette chaîne qui ne donne plus grand chose à mettre sous la dent de mes goûts marginaux…

 

PdA : Question liée. Quels sont, toutes chaînes confondues, les programmes qui trouvent grâce à vos yeux ? Je pense notamment aux chaînes étrangères. Vous les regardez ? Que peut-on en apprendre ? 

 

A.d.G. : Je regarde assez peu la télé. Mes principaux centres d’intérêt sont le jazz et je suis abonné aux deux canaux de Mezzo, la comédie pas trop beauf et là, faut faire le tri. Et enfin, surtout les émissions consacrées aux arts plastiques, au patrimoine, à la création, donc plutôt sur le service public, Arte compris. Je ne regarde que très peu les chaînes étrangères…

 

PdA : Vous avez écrit en 2005 Vous regardez trop la publicité (Flammarion), un livre très critique sur le Paf de l'époque, visant surtout la course à l’Audimat et aux annonceurs, au détriment parfois de la qualité des programmes. Les choses ont-elles changé ? 

 

A.d.G. : Je crois que c’est pire ! Il y avait dans ce livre l’idée de supprimer la pub sur le service public. Sarkozy l’a fait, mais sans fixer de nouveaux objectifs à ces chaînes. Surtout, sans reprendre mon idée principale, qui était de privatiser la 2 pour pouvoir financer France Télé sans pub et faire baisser la part de marché exorbitante des chaînes privées. Aujourd’hui, personne ne sait comment France Télé se financera dans les années à venir, et personne ne veut augmenter la redevance !

 

PdA : Que vous inspire la télé d'aujourd'hui ?

 

A.d.G. : Sur la télé d’aujourd’hui, je crois qu’il y a deux choses bien distinctes. Les gens qui ne reçoivent que la TNT et qui ont un choix indigent de chaînes qui diffusent presque toutes les mêmes choses, à quelques années de distance, hors le service public. Et puis ceux qui peuvent vraiment se composer un programme en ayant accès à un bouquet fourni, tel CanalSat.

 

PdA : Les Qataris, en pleine frénésie d'achats parisiens en ce moment, ont remporté avec Al Jazeera une victoire contre Canal dans le domaine des droits du foot. C'est inquiétant, pour la chaîne cryptée, et peut-être à terme pour le cinéma français ? L'argent n'a-t-il pas pris trop d'importance dans la balance des décisions d'attribution ?

 

A.d.G. : Nous vivons dans un monde libéral et il faut en accepter les règles, ou alors changer d’univers ! L’argent a longtemps été le moteur du succès de Canal +, notamment contre TPS. Aujourd’hui, Canal + serait plutôt la vitrine luxueuse de CanalSat, qui n’est pas près du gouffre, loin de là !  

 

PdA : Imaginons que le patron d'une chaîne naissante vous appelle demain pour vous proposer la direction de ses programmes, avec les mains totalement libres. C'est une offre que vous pourriez accepter ? À quoi ressemblerait votre grille ?

 

A.d.G. : Je n’ai vraiment plus la volonté de travailler, il y a des jeunes gens qui feraient ça mieux que moi. Ma devise depuis le précédent président est : « Travailler moins pour vivre mieux ! ». Je vis mieux…

 

PdA : Avez-vous en tête des concepts d'émissions dont vous rêvez, ou bien d'ex-projets avortés pour x ou y raison mais qui vous tenaient à coeur ? Vous aimeriez nous en parler ?

 

A.d.G. : Malheureusement non ! J’aurais aimé trouver le cadre nécessaire pour avoir des émissions qui parlent de jazz ou d’art plastique de manière populaire, mais je n’ai pas trouvé. J’ai bien deux trois idées pour d’autres types de programmes, mais c’est une question à plusieurs millions d’euros… ;-)

 

PdA : Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui croirait, justement, avoir en tête un concept révolutionnaire mais ne saurait comment s'y prendre ? Comment les choses se passaient-elles, lorsque vous étiez le patron des programmes ? 

 

A.d.G. : Pour ce qui me concerne, nous inventions nos émissions de flux avec mon équipe. Nous avions peu recours à d’autres. Mais si l’idée était lumineuse, nous pouvions partir au quart de tour. Par exemple, quand Hervé Chabalier de Capa m’a proposé le magazine 24 heures, je lui ai tout de suite dit « Ok ! ». Trois jours plus tard, je discutais le devis une petite heure avec lui. Plus de tournages en France, moins à l’étranger, donc moins cher et plus attractif (les Français s’intéressent surtout à ce qui se passe chez eux), et hop, nous étions d’accord ! Malheureusement c’était rare !

 

PdA : Votre popularité est aussi due, en grande partie, à votre marionnette mythique des Guignols. J'ai le souvenir d'un sketch très drôle concernant, justement, l'humour et le CSA (le sérieux de ce blog m'interdit de retranscrire la phrase que répétait votre personnage... lol) J'ai aussi en tête une saison où, en plein Festival de Cannes, votre fêtard de Guignol faisait tout pour éviter Pierre Lescure, terrorisé par ses questions sur les programmes de l'année suivante. C'était vraiment un calvaire, de décider de la grille de rentrée ? Vous l'aimiez bien, votre marionnette ?

 

A.d.G. : La grille de rentrée n’était pas un calvaire, bien au contraire. Mais oui, j’aimais bien cette marionnette, qui était plus que sympathique à mon égard !

 

PdA : Les Guignols vous font-ils toujours autant rire ?

 

A.d.G. : Je regarde les Guignols presque tous les soirs, et avec le même plaisir depuis le début. Même si je suis bien placé pour savoir qu’on n’est pas Molière tous les jours, je trouve les auteurs très pertinents.

 

PdA : Un élément connu de votre vie : vous aimez la musique (pas seulement The Rhythm of the Night de Corona) et le cinéma. Quel est votre top 5 dans ces deux domaines, ce que vous aimeriez que nos lecteurs découvrent ou redécouvrent ?

 

A.d.G. : Top 5 en musique... C’est trop peu pour quelqu’un qui, comme moi, écoute du jazz à longueur de journée, mais bon allons-y :

Top 5 des albums de ces derniers mois (ceux qui n’aiment pas le jazz instrumental circulez, y a rien à voir !)

- The Well, Tord Gustavsen.

- Knee-Deep In The North Sea, Portico Quartet.

- 301, Esbjörn Svensson Trio.

- The Art of Dreaming, Jacques Schwarz-Bart Quartet.

- Accelerando, Vijay Iyer Trio.

 

Pour le Top 5 du cinéma, j’aime autant montrer une liste de cinq films anciens que j’aime plutôt que des films de l’année, ce qui aurait un caractère promotionnel… Sans aucun ordre de préférence, et sachant que demain ma liste serait différente :

- La Dame de Shangaï, Orson Welles.

- All That Jazz, Bob Fosse.

- Philadelphia Story, George Cukor.

- L’homme qui tua Liberty Valance, John Ford.

- Lost in translation, Sofia Coppolla.

 

PdA : Quels sont, aujourd'hui, vos rêves ? Vos projets ?

 

A.d.G. : Vivre au soleil l’hiver, comme souvent les retraités !

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter ?

 

A.d.G. : Une santé d’enfer !

 

PdA : Souhaiteriez-vous adresser un message à nos lecteurs ? À quelqu'un en particulier ?

 

A.d.G. : Ma devise, « Travailler moins pour vivre mieux ».

 

PdA : La dernière question. En fait, une tribune libre, pour vous permettre de conclure l'interview. Comme vous le souhaitez. Vous êtes... libre ! Merci infiniment...

 

A.d.G. : Je suis profondément choqué par ce qui s’est passé en Tunisie, en Libye et en Egypte, et qui risque de se transmettre à l’ensemble des pays musulmans. Une révolution menée par des élites qui met à bas une dictature sanguinaire, suivie d’un suffrage universel où une majorité d’analphabètes s’expriment pour mettre au pouvoir une dictature religieuse non moins sanguinaire. Mais je suis également choqué de voir dans nos contrées les affrontements politiciens se passer à un niveau d’une bassesse révoltante. Donc, je suis pour la modération du suffrage universel par l’instauration d’un permis de voter. Il reposerait sur une connaissance correcte des institutions pour lesquelles on vote, avec une brève dissertation sur la démocratie qui permettrait de juger de la qualité d’expression, orthographe et grammaire compris, de l’aspirant citoyen…

 

 

La « santé d'enfer », je vous la souhaite de tout coeur, cher Alain de Greef ! Merci encore ! Phil Defer. Un commentaire ?

 

 

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Times New Roman > Georgia : 30/09/12. Présentation remaniée : 04/11/13.

19 juillet 2012

Camille Bedin : "Une opposition crédible et constructive"

Alors que le nouveau Parlement détricote une bonne partie des mesures fiscales phares de l'ère Sarkozy, l'UMP "orpheline" tente de faire front uni. Dans l'opposition pour la première fois depuis sa création, il y a dix ans, le parti sait qu'il devra, avant d'espérer reconquérir le pays, se remettre en ordre de bataille. Autour d'un projet. Derrière un chef. L'ancien Premier ministre François Fillon a annoncé qu'il briguera à l'automne prochain la présidence de l'UMP. Son chef actuel, Jean-François Copé, sera sans doute lui aussi candidat. Deux styles, à défaut d'incarner des chemins réellement différents. J'ai souhaité, à l'occasion de cette réorganisation de la droite, donner la parole à plusieurs jeunes membres du parti. Après Benjamin Lancar, président des Jeunes Populaires, voici les réponses qu'a accepté de me communiquer Camille Bedin, la secrétaire nationale de l'UMP en charge de l'égalité des chances. Je l'en remercie. Une exclusivité Paroles d'Actu, par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

CAMILLE BEDIN

Secrétaire nationale de l'UMP en charge de l'égalité des chances

 

"Une opposition crédible et constructive"

 

(Photo fournie par Camille Bedin)

 

 

Q : 17/07/12

R : 19/07/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases ?

 

Camille Bedin : Secrétaire nationale de l’UMP en charge de l’égalité des chances, 27 ans, de Nanterre, je suis avant tout responsable associative, et engagée dans les quartiers pour permettre aux jeunes de réaliser leurs ambitions.

 

J’ai publié en février dernier un livre chez Plon, Pourquoi les banlieues sont de droite.

 

Je me bats aujourd’hui à l’UMP pour que notre génération, la « Génération Sarkozy », poursuive le travail des réformes accomplies et parte à la conquête des territoires.

 

 

PdA : Quel bilan faites-vous de la présidence de Nicolas Sarkozy ?

 

C.B. Quelques mots : volontarisme, réforme, détermination, courage. Si nous ne continuons pas les réformes entreprises (pour l’école, la formation, la compétitivité, les retraites,…), nous courrons droit dans le mur et c’est notre génération qui paiera.

 

 

PdA : Comment avez-vous vécu sa défaite du 6 mai, et comment l'expliquez-vous ? Quelles leçons tirez-vous de ces échecs électoraux de 2012 ?

 

C.B. : Tristesse, émotion. Une défaite en grande partie due à la situation économique et internationale très difficile et au rejet de la politique (2 millions d’abstentionnistes).

 

Nous sommes la Génération Sarkozy. C’est lui qui a guidé une grande partie de l’engagement des jeunes de ma génération. À nous de faire de ce tournant un rebond ! (voir ma tribune dans le Figaro du 5 juillet)

 

 

PdA : Avec le recul, avez-vous des regrets par rapport à cette campagne ? Certaines choses auraient-elles dû être faites différemment ? Avez-vous toujours été totalement à l'aise avec la campagne menée ?

 

C.B.Oui, très à l’aise ! C’était une formidable campagne. Et le score est très important dans le contexte de crise actuel. Aucun regret ! et je ne me reconnaîtrai jamais dans ceux qui n’assument pas l’action à laquelle ils ont eux-mêmes participé.

 

 

PdA : Qu'est-ce qui vous révolte, vous donne envie d'agir dans le monde d'aujourd'hui ?

 

C.B.L’inégalité des chances : le fait que les jeunes, selon l’endroit d’où ils viennent, où ils ont grandi, leur milieu social, etc… n’ont pas les mêmes chances de réussir selon leur travail. Seul le travail devrait compter et non l’origine sociale ! Et il y a tellement de jeunes qui le méritent !

 

 

PdA : Que vous inspire la situation de notre pays ?

 

C.B. : De la crainte, au regard des mesures socialistes. De l'espoir pour notre génération si nous nous prenons en main et si nous rebâtissons notre modèle économique, social, et notre vivre-ensemble.

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur les débuts du président Hollande, de l'assemblée rose et du gouvernement Ayrault ? J'imagine que votre réponse ne sera pas totalement favorable, mais y'a-t-il au moins des points sur lesquels vous considérez qu'"à la limite", de bonnes choses sont réalisées ou en passe de l'être ?

 

C.B.Ils m’inspirent le retour en arrière et l’inquiétude. Aucune réforme structurelle, aucune restriction des dépenses, que des hausses d’impôts. Ce sont toujours les mêmes qui vont payer : ceux qui galèrent, ceux qui travaillent, ceux qui cherchent à travailler.

 

 

PdA : Après la défaite, et avant la reconquête... la réorganisation. Celle d'un appareil, et celle des idées. Qui aimeriez-vous voir élu(e) à la tête de l'UMP à l'automne prochain, et pourquoi ?

 

C.B.Jean-François Copé, parce que c’est un militant, un battant et un vrai leader capable de s’engager corps et âme pour sa famille politique et ses convictions. (voir l'article sur mon blog)

 

 

PdA : Quelle doit être, de votre point de vue, la "ligne politique" de l'UMP des cinq années à venir ?

 

C.B. : Une opposition crédible et constructive, une force de propositions, fière de ses valeurs, ancrée dans ses territoires.

 

 

PdA : Jusqu'où, et sur la base de quels piliers programmatiques la majorité bleue de demain aura-t-elle vocation à s'étendre ? Quid d'un hypothétique rapprochement avec le Front national ?

 

C.B. : Pas d’alliance avec le FN ! Pas d’appel non plus, lors de triangulaires, à voter pour la gauche alliée à l’extrême gauche. Une UMP forte, une droite forte.

 

 

PdA : Existe-t-il des sujets, de société notamment, sur lesquels vous souhaiteriez, à titre personnel, voir notre pays "bouger" peut-être un peu plus vite que ne le désirerait votre parti, qui reste essentiellement "conservateur" ? Des thèmes qui pour x ou y raison vous tiendraient à cœur alors qu'ils ne seraient pas prioritaires pour votre parti, voire pas opportuns du tout ?

 

C.B. : L’éducation.

 

La droite peut être, je crois, profondément réformiste, voire révolutionnaire sur ce sujet, mais elle doit l’expliquer, l’approfondir, en débattre. C’est un sujet d’avenir majeur. Sans une école qui fonctionne, on peut faire toutes les réformes du monde, la France n’ira pas mieux.

 

 

 

Merci encore à Camille Bedin pour ses réponses ! Phil Defer

 

 

 

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Le site de Camille Bedin

 

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Times New Roman > Georgia : 30/09/12

28 février 2012

André Santini : "Mon soutien au Président de la République est clair"

À l'été 2004, Monsieur André Santini, député-maire d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) avait accepté de répondre à un questionnaire que je lui avais adressé par mail. Il y évoquait pour moi des sujets dont certains restent largement d'actualité aujourd'hui. La situation de l'économie française ("Ne pas réagir, c'est abdiquer devant le déclin annoncé de notre pays", et la Chine ("Un marché formidable et un empire fascinant") pour ne citer qu'eux. La situation politique de l'époque est également abordée... Il est alors un membre éminent de l'UDF, formation de centre-droit alliée à l'UMP. Jacques Chirac est président, et son parti domine largement la vie politique depuis 2002. L'UDF est présidée par François Bayrou qui va, petit à petit, prendre ses distances avec les gouvernements successifs du quinquennat.

 

En 2006, le parti, par un vote massif de ses militants, se définit comme "libre". Bayrou se rêve un autre destin que celui d'allié naturel, presque automatique, de la droite. Une troisième voie pour la France. Beaucoup de gens vont y croire, et il n'est pas loin de gagner son pari. Lors de la présidentielle de 2007, il réalise un score exceptionnel pour un candidat "tiers", près de 19% des suffrages exprimés. Mais il n'est que troisième. C'est le début de la "refondation". Le Mouvement Démocrate (MoDem) est créé pour porter cet espoir d'une troisième voie à l'occasion des législatives. Il n'en sera rien. Le mode de scrutin de ces élections, en cohérence avec l'esprit de la Cinquième République, encourage cette bipolarisation de la vie politique que rejette Bayrou. Dans 86% des cas, les députés seront UMP et soutiendront le nouveau président Sarkozy, ou PS et constitueront la force principale d'opposition. Des implantations locales particulières ou bien des accords électoraux permettent à d'autres forces de rejoindre le nouvel hémicycle. Le groupe UDF n'existe plus.

 

Le MoDem ayant rompu avec l'UMP, les accords électoraux ne sont plus de mise. Les rangs des fidèles à François Bayrou sont décimés. Dans le Rhône, Anne-Marie Comparini (qui m'a accordé plusieurs entretiens dont je publierai prochainement un recueil sur le blog) est battue, son siège revient à l'UMP Michel Havard. Le troisième homme de mai n'a plus que trois députés en juin... Malgré l'aura dont il disposait après la présidentielle, il vient de perdre une grande partie de sa capacité à peser sur la vie politique des cinq années à venir. Cette situation, d'autres au sein de l'UDF l'avaient anticipée. Pour eux, la stratégie de François Bayrou conduira l'UDF à l'isolement, à l'impuissance. La meilleure façon de peser, de faire avancer ses idées, dans cette Cinquième république qui écrase les petits, c'est encore l'alliance.

 

Le Nouveau Centre est créé et rejoint la majorité présidentielle. Hervé Morin, lieutenant de Bayrou durant la campagne présidentielle, en est l'un des membres fondateurs. André Santini aussi. Tous deux entrent au gouvernement. Morin est ministre de la Défense, Santini a la charge de la Fonction publique. Les années passent. La majorité présidentielle est solide. L'UMP domine largement le partenariat mais le Nouveau Centre est respecté et a le sentiment de faire entendre sa voix. Arrive la présidentielle de 2012... Contre une bonne partie des cadres du Nouveau Centre, son président Hervé Morin annonce sa candidature. Les sondages sont calamiteux. André Santini et d'autres personnalités majeures du parti publient une tribune dans le Figaro dans laquelle ils annoncent clairement que leur candidat, c'est Nicolas Sarkozy.

 

J'ai rédigé l'interview qui suit le 26 janvier, deux jours après la publication de cette tribune. Monsieur Santini m'a envoyé sa réponse le 27 février. Entre temps, Nicolas Sarkozy a déclaré sa candidature, Hervé Morin a retiré la sienne et annoncé son soutien au président sortant. Lequel a repris dans l'un de ses premiers discours un thème cher aux centristes : l'introductions d'une dose de proportionnelle pour les élections législatives. Un grand merci à Monsieur Santini pour les réponses qu'il a bien voulu me faire parvenir, je lui en suis très reconnaissant, et j'ai été sensible à ce geste. Une exclusivité Paroles d'Actu. Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

ANDRE SANTINI

Député-Maire d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine)
Vice-président du Nouveau Centre

 

"Mon soutien au Président de

 

la République est clair"

 

(Photo fournie par Monsieur André Santini)

 

 

Q : 26/01/12

R : 27/02/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Vous avez cosigné, avec plusieurs députés du Nouveau Centre, une tribune dans laquelle vous dites clairement faire "le choix de l'unité et du rassemblement" derrière Nicolas Sarkozy. Notamment pour éviter, comme en 2002, "de voir (...) les Français privés de leur choix".

 

Quel bilan faites-vous de la présidence de Nicolas Sarkozy ? Pourquoi doit-il remporter l'élection présidentielle au mois de mai prochain, d'après vous ?

 

André Santini : Le Président de la République a prouvé ces 5 dernières années qu'il a les capacités et la stature d'un chef d'Etat. D'une part, il a su conduire avec fermeté des réformes difficiles mais indispensables. Je pense notamment aux réformes des retraites, des universités, ou de la carte militaire... Autant de réformes qui étaient toujours remises au lendemain par les gouvernements précédents, et dont personne aujourd'hui ne remet en cause le bien-fondé.

  

D'autre part, Nicolas Sarkozy a maintenu la puissance française et l'équilibre européen, en traversant toutes les crises économiques et politiques. La crise en Géorgie, en Libye ou les « subprimes »... Il était essentiel que nous ayons un Président déterminé dans ces situations difficiles, où notre pays a pleinement consolidé son rang d'acteur international majeur.

 

La seconde crise financière n'est pas encore finie et des réformes doivent encore être conduites. Il me paraît donc imprudent de vouloir remplacer le chef de l'Etat, de ne pas assurer la continuité du travail entrepris pour que notre pays renoue rapidement avec la croissance et l'emploi. Les Français le savent, et je crois qu'ils ne prendront pas le risque d'une aggravation de la situation.

 

 

PdA : La candidature de M. Hervé Morin peine à décoller. Doit-il la retirer ? Regrettez-vous la non-candidature de Jean-Louis Borloo ? Comment comptez-vous, au Nouveau Centre, faire entendre votre voix et votre différence en renonçant à la présidentielle, élection ô combien centrale dans le paysage politique français ?

 

André Santini : Hervé Morin a enfin retrouvé la lucidité et a retiré sa candidature, c'est une bonne chose, la majorité des élus et militants du Nouveau Centre le réclamaient depuis longtemps, je regrette que nous n'ayons pas été entendus plus tôt.

  

Cette candidature solitaire et égoïste, décidée sans l'accord du Nouveau Centre, a menacé l'existence de notre parti, mis en difficulté nos élus et, au final, porté préjudice à nos idées en affaiblissant le poids politique et la crédibilité qui nous permettent de les défendre et les valoriser au sein de la majorité présidentielle.

 

 

PdA : Vous le dites dans votre tribune, le pouvoir actuel semble avoir repris pour son compte des questions chères aux centristes depuis longtemps, comme la maîtrise des déficits ou le renforcement de l'intégration européenne. Sur ces questions, et sur d'autres, quelles avancées, quels engagements exigerez-vous pour maintenir votre soutien à M. Sarkozy ? (Je pense notamment à votre souhait d'introduire "la proportionnelle" : cela ne fait pas à ma connaissance partie ni de la philosophie, ni du projet de l'UMP, comment comptez-vous "pousser" cette question en particulier ?)

 

André Santini : Évidemment que nos idées sont reprises, puisqu'elles sont justes et pragmatiques ! Depuis 30 ans, les Centristes ont souvent eu raison, en particulier sur la dette, mais on nous a toujours écouté trop tard. Nicolas Sarkozy est le premier a avoir compris que nous n'étions pas des Cassandre illuminées ! Les Centristes sont des gens réalistes qui refusent la facilité de l'idéologie et de la démagogie.

 

Concernant la proportionnelle, je me réjouis de l'annonce du candidat Nicolas Sarkozy lors du discours de Marseille. En effet, l'introduction d'une dose de proportionnelle aux élections législatives permettrait à l'Assemblée nationale d'assurer une meilleure représentation des différents courants de pensée qui existent dans notre pays.

 

 

PdA : Vous avez choisi, avec Hervé Morin et d'autres personnalités, de rester résolument dans la majorité pour affirmer votre différence mais aussi pouvoir peser dans ses choix. Avez-vous eu le sentiment de réellement peser au cours de la présente législature ? Quel regard portez-vous sur le parcours de votre ancien camarade François Bayrou qui, après son score remarquable de 2007, ne sera sans doute pas très éloigné de la qualification pour le second tour ?

 

André Santini : Les Centristes ne sont pas aujourd'hui en capacité d'agir seuls. Même au temps de l'UDF, nous avons toujours refusé une position d'isolement. Grâce aux Nouveau Centre, la voix centriste a été présente dans nos institutions ces 5 dernières années. A l'Assemblée nationale, mais aussi au Sénat ou dans les Conseils régionaux, et nous avons gagné des élus à toutes les élections intermédiaires.

 

Comme en 2007, la démarche de François Bayrou est vaine et stérile. Privé de la force centriste qu'il avait à ses côtés à la précédente élection présidentielle, il ne sera pas cette fois-ci le 3ème homme mais un petit candidat parmi tant d'autres.

 

 

PdA : Justement... question piège ! Hypothèse peu probable, mais intéressante. Imaginons que le second tour (pour une raison que, je vous l'accorde, je peine à visualiser) se joue entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Que faites-vous dans ce cas ?

 

André Santini : La fiction politique est quand même limitée par le principe de réalité ! Voulez-vous aussi me demander qui je soutiendrais dans un second tour Eva Joly / Nicolas Dupont-Aignan ?

 

Mon soutien au Président de la République est clair, nous devons lui donner les moyens de poursuivre le travail entrepris, d'autant qu'il ne pourra pas prétendre à un 3ème mandat en vertu de la réforme constitutionnelle. Il pourra donc agir pleinement sans qu'on l'accuse de penser à sa réélection en 2017.

 

 

PdA : Vous avez dirigé plusieurs partis, plusieurs collectivités territoriales. Vous avez été ministre trois fois et êtes député de la République depuis plus de vingt ans. Vous êtes sympathique, populaire, indépendant d'esprit. Vous maîtrisez à merveille l'art des bons mots. N'avez-vous jamais souhaité briguer vous-même la présidence de la République ? Cette perspective vous séduit-elle, ou pas du tout ?

 

André Santini : Je connais mes propres limites et cela n'a jamais fait partie de mes objectifs. Je suis un homme de terrain, j'aime être auprès des gens au quotidien et je suis un bâtisseur. La gestion d'un État requière d'autres qualités et isole. Je préfère me consacrer entièrement à un petit territoire et avancer avec ses habitants vers le mieux-vivre. C'est peut-être mon âme corse...

 

 

PdA : J'ai un peu débordé sur le nombre de questions... j'en suis désolé... Celle-ci, je vous le promets, est la dernière. De ce questionnaire en tout cas. Et, en fait, elle n'en est pas vraiment une, puisque c'est une carte blanche : pour que vous complétiez cet entretien par ce que vous désirez. Un message, une anecdote, un bon mot ? …

 

André Santini : Vous savez, le bon mot c'est comme les truffes, c'est parce qu'ils sont rares qu'ils ont de la valeur. Le devoir de l'homme politique c'est aussi faire en sorte que les Français gardent le sourire, c'est pour cela que nous travaillons. Je le dis solennellement : je préfère que mes concitoyens meurent de rire plutôt que de faim ou de froid ! Cela résume assez bien mon action, tout faire pour améliorer la vie de mes administrés sans pour autant me prendre trop au sérieux.

 

 

 

Encore une fois, un grand merci à Monsieur Santini pour la générosité dont il a fait preuve en acceptant de répondre à mon questionnaire et en me faisant parvenir une photo pour l'illustrer, comme je le lui avais demandé ! Phil Defer

 

 

 

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Modification de la présentation de l'article le 26 juin 2012

 

Times New Roman > Georgia : 01/10/12

10 octobre 2013

Barthélémy Courmont : "N'oublions pas l'héritage d'Hiroshima..."

   En août 2015, le Japon et le reste du monde se souviendront, à l'occasion de leur soixante-dixième anniversaire, des deux uniques bombardements atomiques de l'Histoire : Hiroshima, le 6 août 1945, Nagasaki, le 9 août 1945. Deux noms qui resteront à jamais associés à l'horreur qu'inspire cette arme : ses retombées, ses images, terrifiantes... Ses victimes, innombrables... Jusqu'à quatre cent mille morts, peut-être davantage... Des dommages irréversibles. Des stigmates qui se sont perpétués, transmis, et qui se transmettent encore. Les leçons, le message aussi : « Plus jamais ça ! ».

   Barthélémy Courmont est professeur de science politique à l'Université Hallym, en Corée du Sud, il est également chercheur associé à l'I.R.I.S. Il fut il y a quelques années l'auteur de l'ouvrage Pourquoi Hiroshima ? (L'Harmattan). Il a accepté d'évoquer pour Paroles d'Actu les coulisses de la décision de Truman, quelques aspects méconnus de la Guerre froide, les enjeux, les périls liés au nucléaire militaire au 21ème siècle. Tantôt terrifiant, tantôt rassurant, un document passionnant, dont je le remercie chaleureusement. Bonne lecture ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

BARTHÉLÉMY COURMONT

Rédacteur en chef de la revue trimestrielle Monde chinois, nouvelle Asie

Chercheur associé à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)

 

« N'oublions pas l'héritage d'Hiroshima »

 

Hiroshima

(Hiroshima. AP)

 

Q. : 21/09/13 ; R. : 08/10/13

 

Paroles d'Actu : Bonjour Barthélémy Courmont... « Comme si la Lune, les étoiles, et toutes les planètes venaient de me tomber sur la tête ». Avril 1945. Franklin Roosevelt est mort. Harry Truman n'a que trop conscience du poids de la charge qui pèse désormais sur lui. Lorsqu'il est informé, quelques semaines plus tard, de la réussite du test d'une nouvelle arme surpuissante, il apparaît qu'il sera rapidement confronté à un choix extraordinairement lourd... Que sait-on de ses réflexions, de ses questionnements préliminaires ? A-t-il été sérieusement pris de doutes, de cas de conscience avant de valider l'utilisation du feu nucléaire contre le Japon ?

 

Barthélémy Courmont : Il convient de replacer le moment où Harry Truman est informé de l’existence du Projet Manhattan par Stimson (le secrétaire à la Guerre, ndlr), en avril 1945, dans son contexte. Roosevelt vient de disparaître et, en vertu de la Constitution, c’est le vice-président qui devient immédiatement président des États-Unis. Truman est alors aux antipodes de ce que fut Roosevelt. L’homme du New Deal, élu quatre fois (cas unique dans l’histoire des États-Unis), au fort charisme et garant d’une présidence forte, laissait sa place à un sénateur du Missouri, arrivé à la Maison Blanche consécutivement à l’élection de novembre 1944, et qu’il avait, aux dires des historiens, choisi comme co-listier pour ne pas être encombré d’une personnalité trop forte. Autant dire que rien ne prédestinait alors Truman à la présidence des États-Unis. Ajoutons à cela que la guerre n’était pas terminée, ni en Asie, ni en Europe, et qu’il lui restait donc non seulement à finir le travail, mais aussi et surtout à préparer les États-Unis au nouvel ordre mondial issu du conflit. Truman n’avait pas la moindre idée de l’existence du Projet Manhattan, que Roosevelt avait souhaité garder secret au point de ne pas en informer son vice-président. Trois semaines plus tard, l’Allemagne capitulait sans conditions, puis venait le temps des empoignades avec Staline à Postdam, tandis qu’exactement au même moment, le premier essai nucléaire était mené avec succès à Alamogordo, dans le désert du Nouveau-Mexique, le 18 juillet 1945. Ces premiers mois de la présidence Truman furent d’une richesse exceptionnelle, un véritable moment historique, et c’est sur les épaules d’un président peu expérimenté que des décisions d’une importance cruciale pesèrent. Il fit front avec détermination, et, si on peut bien sûr lui reprocher d’avoir été le seul homme d’État à utiliser le feu nucléaire, il convient de tenir compte de ce contexte très particulier.

 

Dès l’annonce officielle de la destruction d’Hiroshima, Harry Truman a reconnu avoir pris la décision seul, après consultation de ses conseillers militaires et diplomatiques, mais considérant qu’il s’agissait de la décision la plus sage. Dans ses Mémoires, Truman est revenu sur cette décision, qu’il reconnaît avoir été l’une des plus importantes de sa vie. S’il n’exprime pas le moindre doute sur le fait qu’il a pris la bonne décision, c’est en s’appuyant sur le lien de cause à effet entre le bombardement nucléaire et la capitulation japonaise (même s’il est difficile de savoir si le Japon n’aurait pas, de toute façon, capitulé à très courte échéance), et sur le fait que ce choix était selon lui le “moins pire”, notamment si on se réfère aux évaluations des pertes consécutives à une invasion du Japon, comparable à la campagne menée en Europe. N’oublions pas non plus le volet financier du projet, qui a coûté à l’époque deux milliards de dollars, en d’autres termes un immense sacrifice, d’autant que les États-Unis étaient en guerre sur deux fronts, et ne pouvaient dès lors se permettre des dépenses inutiles. En utilisant le résultat de ces recherches coûteuses, Truman justifiait ces dépenses, notamment auprès des membres du Congrès, dont il convient de rappeler qu’ils n’en étaient en rien informés. Dans ces conditions, il va de soi que, dans les réflexions du président américain, le sort des victimes japonaises n’entrait pas en considération.

 

Aux côtés de Truman, deux personnages jouèrent un rôle décisif : Henry Stimson et James Byrnes. Le secrétaire à la Guerre, qui fut le premier à informer Truman de l’existence du projet Manhattan, n’appréciait pas le principe du bombardement des villes, et fut celui qui demanda le retrait de Kyoto (l'ancienne capitale impériale, ndlr) des cibles nucléaires. Il accepta l’idée que la bombe atomique était un choix permettant l’économie de vies humaines, mais il serait erroné de considérer qu’il s’en accommoda pleinement. De son côté, Byrnes, que Truman nomma au Département d’État à la place de Stettinius, était plus concerné par la confrontation éventuelle avec les Soviétiques qu’avec la fin de la guerre du Pacifique. Pour lui, la bombe atomique permettait de porter un coup à Moscou autant qu’à Tokyo, et pour cette raison il fut dès le départ enthousiasmé par le projet. Notons en parallèle que les scientifiques ayant contribué au Projet Manhattan s’élevèrent contre une utilisation de leur engin une fois la capitulation allemande validée, par le biais d’une pétition, mais qui resta lettre morte. L’utilisation de la bombe atomique, c’est le passage de relais du monde scientifique aux décideurs politiques, qui deviennent les seuls maîtres du feu nucléaire.

 

Enfin, en août 1945, la haine vis-à-vis des Japonais atteignait aux États-Unis son paroxysme, avec notamment les douloureuses expériences d’attaques kamikazes, et si elle ne put influencer directement la décision d’utiliser l’arme nucléaire, elle joua en revanche un rôle important dans les préparatifs de l’attaque, notamment en laissant de côté des questions humanistes et moralisatrices qui auraient été soulevées dans le cas d’un bombardement atomique d’une ville allemande. Ainsi, là où l’utilisation de l’arme nucléaire contre l’Allemagne aurait sans doute été à l’origine d’un vaste débat de société, même a posteriori, de telles considérations ne furent jamais évoquées à un tel niveau dans le cas d’Hiroshima, et il fallut attendre la Guerre froide et la crainte d’une guerre nucléaire avec des pertes civiles potentiellement inacceptables pour que le souvenir des horreurs d’Hiroshima et de Nagasaki ne s’impose dans des débats sur la discrimination raciale.

 

PdA : Parmi les arguments invoqués pour justifier cette décision : la fanatisation de l'État-major japonais qui eût requis, pour l'obtention d'une paix sans condition par des voies conventionnelles, une victoire militaire totale, donc une invasion, forcément terriblement coûteuse au plan humain ; la volonté d'affirmer la puissance et la résolution des États-Unis face à une Union soviétique de plus en plus entreprenante en Europe de l'est. Quel est le jugement des historiens d'aujourd'hui, votre jugement s'agissant de l'éventuel "bien-fondé" de l'arbitrage final de Truman ?

 

B.C. : Comme sur de nombreux autres points, les historiens restent divisés sur cette question essentielle, et notamment en ce qui concerne les tentatives de négociation d’une capitulation honorable par la diplomatie japonaise dans les semaines qui précédèrent le double bombardement nucléaire. C’est cependant au milieu des années 1960, sous l’impulsion de jeunes historiens comme Gar Alperovitz ou Barton Bernstein (qui publièrent par la suite un nombre important d’ouvrages et d’articles scientifiques), qu’un nouveau regard, beaucoup plus critique, fut porté sur la décision d’utiliser la nouvelle arme et les premières semaines de l’administration Truman. Qualifiés de révisionnistes, ces historiens remirent en cause les arguments “officiels”, en apportant les preuve des efforts des diplomates japonais, et en replaçant la décision de Truman dans le cadre d’une Guerre froide qui ne disait pas encore son nom.

 

Nous avons vu que plusieurs membres de l’administration Truman, Byrnes en particulier, étaient incontestablement partisans d’une ligne dure vis-à-vis de Moscou. Le nouveau secrétaire d’État considérait ouvertement, en juillet 1945, alors que s’organisait la conférence de Postdam, que la confrontation avec l’Union soviétique était, d’une manière ou d’une autre, inévitable. Dès lors, s’il était décidé d’adopter une position de fermeté dans les négociations diplomatiques qui opposaient Truman à Staline, tous les moyens pouvant permettre de prendre un avantage décisif devaient être prises en considération. Ces éléments nous amènent à penser que l’arme nucléaire fut dès lors pensée comme une asymétrie dans ce qui deviendra officiellement la Guerre froide, offrait à Washington une avance dans sa rivalité avec Moscou. Il est nécessaire ici de revenir sur les conditions dans lesquelles les relations russo-américaines se détériorèrent après la conférence de Yalta, les points de divergence, ainsi que les questions relatives aux informations concernant l’utilisation de la bombe atomique, l’entrée en guerre de l’Union soviétique contre le Japon, et la stratégie « pré-Guerre froide » telle qu’elle fut développée à Washington.

 

Reste la question de l’estimation des pertes américaines consécutives à la prolongation du conflit, qui joua un rôle important dans le processus décisionnel. Elle mérite quelques éclaircissements sur lesquels je me suis penché. Dans les mois qui précédèrent la capitulation du Japon, et plus encore après la fin des hostilités en Europe, les autorités politico-militaires américaines se penchèrent sur les différents scénarios permettant de mettre un terme à la guerre du Pacifique. Après la fin des hostilités en Europe, les premières troupes américaines furent transférées sur le théâtre du Pacifique, en vue d’un éventuel débarquement sur les côtes japonaises, suivi d’une progression terrestre, à la manière de ce qui avait été effectué un an plus tôt en Europe.

 

Le 10 mai 1945, au lendemain de la première réunion de la commission provisoire chargée d’étudier les différentes options offertes dans la guerre contre le Japon, Henry Stimson assista à une réunion des chefs d’état-major dont l’objectif était d’étudier les différents aspects de l’invasion du Japon, et de préparer cette invasion. La première conclusion des chefs militaires était que l’entrée en guerre de l’Union soviétique n’était pas nécessaire au succès du débarquement, et que les troupes américaines avaient la capacité technique de faire plier les forces japonaises sans avoir besoin d’une assistance de Moscou. Cela supposait bien entendu un sacrifice important, mais celui-ci permettait d’éviter un partage des bénéfices une fois la victoire obtenue. D’un autre côté, les chefs d’état-major reconnaissaient qu’une invasion de la Mandchourie par l’Armée rouge pouvait être suffisante pour pousser le Japon à la capitulation, et ce avant même que les troupes américaines ne doivent s’engager dans un débarquement coûteux en vies humaines. S’opposaient ainsi deux conceptions, l’une favorisant une invasion et la non-participation de l’Union soviétique, l’autre privilégiant une économie de vies humaines et l’entrée en guerre de l’Armée rouge. Mais, tandis que les hostilités venaient de prendre fin en Europe, les dirigeants politiques américains continuaient d’espérer que Moscou se joigne rapidement aux opérations dans le Pacifique. La priorité des dirigeants américains, y compris des militaires, était de parvenir à une reddition du Japon à moindre coût humain, et, pour cette raison, la participation de l’Armée rouge était vivement souhaitée. Pour autant, la possibilité d’une invasion ne fut pas écartée, et les chefs d’état-major furent chargés de réfléchir aux différentes options.

 

Le 25 mai, le Joint Chiefs of Staff approuva un plan d’invasion du Japon prévu par un débarquement sur l’île de Kyushu le 1er novembre 1945, sous le nom d’opération Olympic. Considérant que la poursuite des bombardements conventionnels et du blocus maritime ne pouvait être suffisante pour faire plier l’empereur, les chefs militaires américains décidèrent de préparer un plan d’invasion comparable à ceux en Europe, qui apporterait des résultats significatifs malgré des pertes lourdes. Le président Truman donna son accord le 18 juin, considérant à ce moment que la situation politico-militaire du Japon justifiait un débarquement, qui malgré les pertes énormes aurait été un succès et aurait mis fin aux hostilités. Cette opération nécessitait la participation de l’allié soviétique qui, en attaquant la Mandchourie, aurait occupé le plus gros de l’armée japonaise, rendant le débarquement possible. L’opération Olympic supposait donc, comme cela avait été prévu à Yalta, la coopération de Staline contre le Japon. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la date du 1er novembre avait été retenue, soit trois mois après la date limite prévue pour l’entrée en guerre de l’URSS contre le Japon, c’est-à-dire à un moment où le gros des forces japonaises aurait été mobilisé en Mandchourie.

 

L’opération Olympic, dans l’hypothèse où elle n'aurait suffi à faire capituler le Japon, devait être suivie d’une autre opération, du nom de Coronet, qui consistait, à partir de Kyushu, à débarquer sur l’île principale de l’archipel, Honshu, puis de progresser jusqu’à Tokyo, à la manière de ce qui avait été fait en Allemagne. Le début de cette opération était prévu pour le 1er mars 1946, supposant au préalable le succès d’Olympic et l’implantation des forces américaines dans l’archipel.

 

Le général George C. Marshall était favorable au plan d’invasion, qu’il avait cautionné comme étant à son avis la seule possibilité de venir à bout des forces japonaises. Si certains, comme l’amiral Ernest J. King, souhaitaient multiplier les assauts sur les positions japonaises en Chine et en Corée avant d’attaquer l’archipel, Marshall considérait qu’un débarquement sur Kyushu était possible, et aurait été couronné de succès. Avant que la bombe atomique ne vienne s’installer comme un adversaire de taille à la stratégie de l’invasion, Marshall s’était imposé à Washington parmi les autres chefs militaires comme l’homme providentiel apportant enfin une solution à une guerre trop longue et coûteuse. L’Army prenait le dessus sur la Navy, profitant des effectifs mis à disposition de ces opérations après leur démobilisation en Europe, et offrant la solution la plus radicale, permettant à coup sûr un succès sur le Japon, même au prix de lourdes pertes.

 

Les principaux amiraux, King à leur tête, considéraient pour leur part que l’invasion du Japon n’était pas nécessaire, et en ce sens ne partageaient pas le point de vue des généraux de l’Army. Pour eux, les opérations Olympic et Coronet n’auraient jamais dû être préparées, puisque tout débarquement sur les côtes japonaises aurait été plus meurtrier que la poursuite des raids aériens et du blocus maritime. Cependant, et ce point est important, dans les discours qui ont immédiatement suivi le bombardement d’Hiroshima, aucune mention n’a été faite de la possibilité de poursuivre le blocus maritime, tandis que l’invasion était annoncée comme étant la seule alternative à la bombe. Il semble donc que les choix stratégiques de l’Army aient fortement influencé les dirigeants américains, tandis que les options de la Navy furent négligées. Cela s’explique en partie par l’image dont bénéficiaient les généraux de l’Army, auréolés de victoires en Europe, par rapport aux amiraux de la Navy.

 

Les options proposées par la Navy, qui reposaient sur une stratégie de long terme visant à affaiblir un Japon totalement isolé, et un usage limité de la violence, restèrent ainsi sans écho, et ne furent révélées que par la suite, notamment dans les mémoires des amiraux concernés. Intensifier le blocus maritime, et le poursuivre pendant plusieurs mois, aurait ainsi, selon la Navy, permis d’éviter Hiroshima et Nagasaki, et rendu inutile toute tentative de débarquement. Il convient donc de s’interroger sur les choix de l’état-major et de la Maison Blanche, qui dès leurs premières réunions concernant la préparation de la dernière phase de la guerre du Pacifique, semblèrent écarter des stratégies d’essoufflement. En fait, à l’inverse des généraux de l’Air Force, les officiers de la Navy n’estimaient pas indispensable une intensification des bombardements contre les villes japonaises, considérant que l’endiguement aurait pu être suffisant.

 

La conférence du 18 juin autour du président Truman rassembla les principaux acteurs militaires et politiques américains, les généraux Marshall et Ira C. Eaker (représentant le chef d’état-major des forces aériennes, Henry H. Arnold), les amiraux Leahy et King, le secrétaire à la Marine Forrestal et le secrétaire-adjoint à la Guerre John McCloy. Le secrétaire à la Guerre Henry Stimson était souffrant et avait au départ annoncé qu’il serait absent (et remplacé par McCloy), mais il se présenta pourtant à la Maison Blanche au début de la réunion. Si ce fut à l’occasion de cette rencontre que Truman donna son aval à l’opération Olympic, les différentes personnalités présentes montrèrent leurs divergences, et masquèrent leurs préoccupations concernant la participation de l’Union soviétique à l’effort de guerre. Les chefs militaires avaient été convoqués quatre jours plus tôt, le 14 juin, avec comme recommandation de présenter des estimations concernant les pertes humaines dans le cas d’une invasion terrestre du Japon, de l’intensification des bombardements, ou d’un blocus naval. Dans le memorandum conviant les participants à la réunion, Leahy notait ainsi que « Truman souhaite être informé de ce que nous souhaitons que les Russes fassent ». Illustrant l’importance de l’événement, Truman nota dans son journal la veille de la réunion : « Je dois prendre une décision concernant la stratégie à adopter au Japon. Devons-nous envahir le Japon ou le bombarder et préparer un blocus ? C’est la décision la plus importante à ce jour, mais je la prendrai une fois que j’aurais tous les éléments entre les mains ».

 

Stimson avait entretenu McCloy de ses préoccupations la veille de la réunion, et devant le silence du secrétaire-adjoint lors de la conférence, Truman lui demanda son avis alors que celle-ci se terminait. McCloy le lui donna, selon ces termes, qui restent l’un des témoignages les plus importants concernant les débats entourant l’utilisation de l’arme nucléaire : « Il suggéra alors une solution politique… Quelque communication au gouvernement japonais qui énoncerait nos conditions, où nous n’emploierions pas les mots de ‘reddition inconditionnelle’, mais qui nous procurerait tous nos objectifs. ‘Quelles seraient ces conditions ?’ me demanda le président. J’improvisai : nous ne menacerions pas leur existence en tant que nation ; nous les autoriserions à choisir leur propre forme de gouvernement, y compris le maintien du Mikado (l'institution impériale, ndlr), mais uniquement sur la base d’une monarchie constitutionnelle, etc. ‘Bon ! J’y avais pensé, dit le président. Pourriez-vous mettre cela en forme, le donner au secrétaire d’État pour voir ce que nous pourrions en faire ?’ ‘Je suis très heureux que cette question ait été soulevée’, observa M. Stimson. Je demandais alors s’il ne fallait pas leur dire que nous avions la bombe atomique. Le mot produisit comme un saisissement. On n’avait pas le droit de le prononcer, pas plus que de parler de tête de mort et de tibias dans un cercle distingué à Yale. Cela ne se faisait pas ! ‘Je pense que notre position morale serait meilleure si nous leur donnions un avertissement spécifique au sujet de la bombe’ ajoutai-je. Un désaccord se manifesta. ‘Nous ne savons pas si elle éclatera, objecta-t-on. En cas d’échec, notre prestige serait grandement atteint.’ ‘Mais, répondis-je, tous les savants assurent que la chose explosera ; il est précisément question de l’essayer, mais ils sont tout à fait certains, d’après les rapports que j’ai vus, de la réussite. L’avantage moral que nous prendrions devrait faire accepter le risque d’un essai raté. Parlons au moins en termes généraux de sa puissance. Annonçons qu’une seule bombe détruirait une ville entière. Ils comprendraient.’ ‘Envoyez votre mémorandum au Département d’État, dit le président ; nous étudierons la question.’ Le point de vue des soldats et des marins présents était intéressant. Ils se montrèrent tous soucieux d’employer leurs propres forces pour mettre fin à la guerre. L’amiral Leahy, qui était une sorte de conseiller général et ne commandait aucune force, me parut seul d’accord pour rechercher un règlement politique… Je m’en souviens très nettement… Le général Marshall prit position. L’utilisation de la bombe, dit-il, aurait des conséquences politiques si formidables qu’il laisserait les civils prendre toutes les décisions à son sujet. Il comptait n’y intervenir d’aucune manière. Cependant, je ne l’entendis jamais exprimer l’opinion qu’il ne fallait pas l’utiliser… ».

 

La réunion commença à 15h30. Après avoir présenté l’enjeu de la réunion, Truman donna la parole à Marshall, en tant que chef du Joint Chiefs of Staff. Celui-ci se montra favorable à un débarquement à Kyushu, considérant qu’il s’agissait de l’option la moins coûteuse en vies humaines. Marshall estimait que la conquète de Kyushu était essentielle à la bonne poursuite des bombardements des villes d’Honshu, et indispensable à l’éventuelle formation d’un blocus. Le chef du J.C.S. expliqua ensuite que le débarquement devrait être programmé avant le 1er novembre 1945, afin de ne pas laisser à l’industrie japonaise le temps de se réorganiser et de produire de nouvelles capacités de défense. S’attardant sur la question du calcul des pertes dans le cas d’une invasion, Marshall considéra enfin que toute projection était déplacée, mais qu’il ne pensait cependant pas que le nombre de victimes américaines puisse dépasser le chiffre de la prise de Luzon (Philippines), c’est-à-dire 31 000 morts et disparus. Les arguments de Marshall, appuyés par l’Army et la Navy, étaient que la victoire sur le Japon ne pourrait être obtenue uniquement depuis les airs, et qu’il fallait par conséquent se résoudre à considérer un débarquement comme la seule option permettant d’envisager la victoire finale. Marshall rappelait souvent que les bombardements n’avaient pas été suffisants pour faire définitivement plier l’Allemagne nazie, et qu’il avait fallu attendre le débarquement sur les côtes normandes, et la progression vers Berlin pour que la victoire finale se dessine enfin. L’amiral King se montra totalement favorable à la proposition de Marshall, considérant que Kyushu était la « clef de toute opération », et que l’invasion d’une des principales îles de l’archipel japonais aurait des effets importants, permettant même une éventuelle fin des hostilités avant même l’invasion d’Honshu.

 

Suite à ces présentations, l’amiral Leahy contesta les estimations de Marshall concernant le nombre de victimes, considérant que les pertes dans le cas d’un débarquement à Kyushu seraient comparables à celles d’Okinawa. Il avança donc le chiffre de 49 000 morts en opposition aux 31 000 de Marshall. King se montra immédiatement sceptique, considérant que la marge de manœuvre à Kyushu serait nettement supérieure à celle d’Okinawa, et que pour cette raison, le nombre de victimes ne dépasserait pas celui de Luzon, ou de très peu, mais en aucun cas ne serait aussi élevé qu’à Okinawa. En réponse à cette réaction, Leahy décrivit les différentes raisons rendant l’invasion de Kyushu difficile et particulièrement meurtrière, appuyant une fois de plus sur l’idée selon laquelle les pertes seraient plus proches de celles d’Okinawa que de Luzon.

 

Truman se montra nerveux, et conclua que, d’une façon ou d’une autre, l’opération proposée pouvait avoir pour conséquence, dans le pire des cas, de provoquer des pertes aussi lourdes qu’à Okinawa, ce à quoi les personnalités présentes ne purent que se montrer d’accord, notamment le général Eaker, qui mentionna au passage avoir également l’accord d’Arnold. Les personnes présentes tombèrent également d’accord sur le fait que le temps était favorable aux Japonais, et qu’il fallait dans ces conditions préparer un plan d’invasion dans les délais les plus brefs possibles, et sans retard. Le président Truman conclua la séance en considérant que, malgré le coût humain important d’un débarquement à Kyushu, à certains égards comparable à Okinawa, cette opération s’avérait être l’option la plus crédible, et c’est donc à cette occasion qu’il donna son feu vert à la préparation du plan d’invasion.

 

Enfin, et ce point est important, lors de la conférence, le général Marshall cita l’opinion du général MacArthur, qui n’était pas présent. Ceux-ci se présentaient ainsi : « Les risques et les pertes du débarquement seront grandement réduits si les Russes attaquent en Sibérie suffisamment à l’avance pour obliger l’ennemi à engager le gros de ses forces. A mon avis, rien ne doit être changé à Olympic ». Truman comprenait le désir des militaires de voir l’Armée rouge entrer en guerre, mais, d’un autre côté, souhaitait limiter autant que possible la participation de l’Union soviétique à la guerre contre le Japon, afin de se placer en position de force une fois l’armistice signée. Indiscutablement, dans l’esprit du président américain, du succès de l’essai nucléaire dépendait le choix de la stratégie à adopter pour remporter la victoire finale. Si, en juin, l’opération Olympic était l’option la plus acceptable, car elle permettait de conduire à la défaite du Japon, les conditions évoluèrent rapidement, et ,un mois plus tard, les perspectives d’un débarquement furent laissées de côté au profit d’une option nettement moins coûteuse, et plus rapide.

 

Cependant, considérer que, dès le départ, les considérations entourant le projet d’un débarquement étaient une fausse piste est une erreur dans la mesure où, malgré les rapports des scientifiques, rien n’indiquait que la bombe serait opérationnelle dans les délais prévus. Ce qui préoccupait Truman n’était pas de savoir si les États-Unis disposeraient un jour de la bombe atomique, et si celle-ci serait effectivement aussi puissante que prévu, mais à quel moment elle serait opérationnelle et utilisable. Dans le cas d’une entrée en guerre de l’Union soviétique, les États-Unis devaient être prêts à lancer une offensive permettant de remporter la victoire finale, même si cela devait supposer un coût humain excessivement important. Cependant, il convient de s’interroger sur les conditions dans lesquelles l’opération Olympic a peu a peu été abandonnée au profit du bombardement atomique, et les arguments qui furent avancés par les autorités américaines.

 

PdA : 6 août 1945 : Hiroshima... 9 août 1945 : Nagasaki... et leurs suites... Quels sont les chiffres, les images dont vous estimez qu'ils devraient rester gravés dans l'esprit de nos lecteurs comme ils le sont dans le vôtre ?

 

B.C. : Au-delà de son caractère sinistre, la question des chiffres concernant les victimes est intéressante en ce qu’elle continue de diviser, près de soixante-dix ans après les deux bombardements nucléaires, les historiens. La raison est propre à la nature même des engins utilisés, dont on sait que les victimes succombèrent à quatre catégories de facteurs : le souffle de l’explosion; l’extrême chaleur dégagée lors de l’explosion; les incendies qui se propagèrent dans des villes construites essentiellement en bois; et, bien entendu, les radiations. L’évaluation des victimes dues aux radiations est beaucoup plus difficiles que les trois catégories précédentes, en raison de la période d’étude, et de l’identification de conditions au-delà desquelles les victimes ne seraient pas considérées comme directement exposées.

 

Dans ces conditions, le nombre de victimes exact est difficile à déterminer, et varie de données dites “basses” (80 000 pour Hiroshima et 60 000 pour Nagasaki) à “hautes” (plus de 400 000 pour les deux bombardements réunis), selon la place qu’on accorde aux victimes de cancers des années après l’évènement, et pour lesquels le lien avec l’exposition aux radiations est hautement probable, mais ne constitue pas toujours une évidence. Prenons l’exemple d’Hiroshima. Plusieurs années après l’explosion atomique, les habitants se sont dispersés. Certains sont restés à Hiroshima, d’autres par contre ont quitté à jamais cette terre maudite. C’est notamment le cas de ceux qui avaient perdu biens et proches, ou plus simplement de ceux qui ont trouvé refuge dans d’autres régions, une fois la guerre finie. Il est par conséquent difficile de retrouver des traces de tous les habitants pour les comptabiliser parmi des victimes d’Hiroshima. De plus, rien ne prouve, malgré les soupçons, que ces personnes sont décédées des suites d’Hiroshima, et les nombreux cas de cancers peuvent, même pour une part infime d’entre eux, ne pas être dus aux radiations dégagées le 6 août 1945. Dans cette catégorie sont également comptés tous les enfants nés de victimes d’Hiroshima, et qui souffraient de maux transmis par leurs parents, et transmirent ces maux par la suite. Là encore, il est particulièrement difficile de compter combien de personnes sont décédées vingt, trente ou cinquante ans plus tard des suites des radiations dégagées. Enfin, cette catégorie souffre du rapport victimes/population qui n’est pas quantifiable. Si 300 000 personnes sont décédées directement ou indirectement des suites de la destruction d’Hiroshima depuis 1945, comme l’affirment certaines sources, la population de la ville reste difficile à connaître, à moins de faire une somme de tous les renouvellements de population depuis cette période, ce qui semble impossible.

 

Un chiffre mérite cependant à mon sens d’être retenu : 1. Il a fallu une seule bombe pour détruire chaque ville, là où le bombardement de Tokyo en mars 1945 (plus de 300 000 morts) a nécessité la mobilisation de milliers de bombardiers, et d’un nombre incalculable de bombes incendiaires. Ce chiffre est encore plus éloquent dans le cas d’Hiroshima, quand on sait que cette ville n’avait pas été victime d’un seul raid aérien avant le 6 août 1945. Une seule bombe fut donc nécessaire pour détruire à près de 90% une ville importante, et les images prises dans les jours qui suivirent les deux bombardements se passent à ce titre de commentaires. L’image d’une déshumanisation, qui contraste, quand on visite les magnifiques et terrifiants à la fois musées d’Hiroshima et de Nagasaki, avec l’humanisme que ces deux villes souhaitent désormais véhiculer.

 

Pourquoi H

 

PdA : Au-delà de l'horreur qu'elles évoquent, peut-on dire de ces dates qu'elles marquent le début de quelque chose de profondément nouveau, différent, dans la manière d'aborder les relations internationales notamment ?

 

B.C. : Incontestablement. La capacité de destruction de l’arme nucléaire ouvrit une nouvelle ère des relations internationales, dont la Guerre froide fut le catalyseur pendant plus de quarante ans, et dans laquelle les rapports de force sont totalement bouleversés.

 

De fait, depuis soixante-dix ans, l’arme nucléaire s’impose comme le symbole de la puissance par excellence. Avec elle, l’humanité a été mise en possession de sa propre mort car, si la planète a survécu à toutes les guerres, y compris deux à échelle mondiale, qu’elle a subies, chacun a conscience qu’elle aurait été anéantie par la troisième si celle-ci avait été nucléaire. Lancés dans une formidable course aux armements, qui les a conduit à posséder chacun jusqu’à plus de 13 000 armes nucléaires déployées, et autant en réserve, Moscou et Washington avaient de quoi faire disparaître trente à quarante fois le monde. Cependant, conscients de leurs responsabilités, les deux superpuissances ont toujours évité, depuis Hiroshima et Nagasaki, d’utiliser ces armes dont elles savaient qu’elles pourraient les entraîner au-delà de l’irréparable.

 

On peut considérer qu’avec l’arme nucléaire, l’Homme devint maître de son propre destin, mais cette maîtrise est placée entre les mains de certains. En d’autres termes, à partir de 1945, certaines personnes disposèrent du pouvoir de destruction de tous, eux-mêmes compris. La victoire était celle de l’État (et des théories réalistes des relations internationales), mais pas de l’individu, là où des armes plus simples restaient accessibles au plus grand nombre, comme le prouve l’importance des trafics d’armes de petit calibre. En ce sens, le progrès technique réalisé avec la bombe atomique ne peut être comparé avec les différentes évolutions dans l’histoire de la guerre, aucune arme n’ayant jamais eu de capacité décisive aussi marquée. C’est non seulement l’intensité de la destruction, mais aussi la nature de celle-ci, reposant sur le pouvoir décisionnel d’un petit nombre, qui furent totalement bouleversées. De même, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’Homme en possession de l’arme nucléaire pouvait avoir le contrôle de la terre, avec tous les risques que cela implique. La guerre restait la « poursuite de la politique par d’autres moyens », selon les termes de Carl von Clausewitz, mais l’arme nucléaire offrit la possibilité de contrôler l’avenir de l’humanité toute entière. Ces « moyens » devenaient quasi irrationnels, dans la mesure où ils pouvaient apporter une destruction totale et sans aucune distinction.

 

Admirée, redoutée, fascinante, terrorisante, déshumanisante aussi, l’arme nucléaire a ainsi été génératrices de sentiments contradictoires. Gage de paix et de sécurité pour les uns, annonce de l’apocalypse pour les autres ; partisans de la dissuasion nucléaire ou avocats d’un désarmement nucléaire général et complet convaincus de l’urgence absolue d’un tel programme ; pays dotés d’armes nucléaires ou pays qui par choix ou par impossibilité juridique, scientifique ou financière n’en sont pas pourvus ; responsables politiques, chefs militaires, essayistes ou experts, du Nord au Sud, tous restent persuadés du caractère absolu de l’atout nucléaire. Les pays qui en sont pourvus, qu’on les jalouse, les admire ou les condamne, restent malgré tout considérés comme au-dessus du lot, dotés d’un avantage incomparable à tous les autres. Ainsi, depuis soixante-dix ans, les pays nucléaires règnent sur l’Olympe de la puissance, et l’arme suprême sert de moteur aux relations internationales.

 

PdA : J'aimerais, pour cette question, faire appel à votre intime conviction. La possession par chacun des deux camps d'arsenaux pléthoriques, l'assurance qui en a découlé d'une destruction mutuelle certaine en cas de conflit nucléaire ont contribué à éviter, précisément, les conflits directs et à grande échelle entre les deux blocs. La situation aurait-elle été la même si l'arme nucléaire n'avait pas été développée ? La "guerre froide" serait-elle restée "froide", je pense en particulier au théâtre européen ?

 

B.C. : Il est bien sûr difficile de répondre à cette question sans tomber dans une forme de politique-fiction, ou d’extrapolations qui resteront de toute façon invérifiables. Il convient d’abord de rappeler que, si l’arme nucléaire a, de fait, réduit les risques de confrontation entre Washington et Moscou, elle n’est pas parvenue, selon la formule de Raymond Aron, à assurer la paix entre les deux blocs. Par ailleurs, plusieurs conflits, même par acteurs interposés, confirment que les deux blocs n’en restèrent pas à des rhétoriques et des politiques de dissuasion, mais n’hésitèrent pas en certaines occasions à passer à l’attaque. Le cas de la Guerre de Corée est à ce titre particulièrement intéressant, considérant que les deux puissances possédaient déjà le feu nucléaire (Moscou ayant procédé à son premier essai en 1949), et que la puissance de ces armes était suffisamment limitée (en comparaison avec les armes thermonucléaires développées plus tard) pour en « permettre » l’utilisation. La question fut évoquée côté américain, pour endiguer l’offensive des « volontaires » chinois, mais elle resta sans effet, et la déclassification des archives des deux pays n’indique pas une volonté d’utiliser l’arme nucléaire afin de prendre l’avantage sur l’autre bloc.

 

Cela signifie-t-il que l’opposition idéologique et politique entre Moscou et Washington n’aurait pas été au-delà de ce qu’elle fut sans l’équilibre de la terreur imposé par l’arme nucléaire ? Difficile de se prononcer, mais il serait erroné de considérer l’origine des conflits, et les motivations de ceux-ci, sur la simple base des capacités militaires à la fois offensives et défensives. La guerre est analysée de multiples manières, et les théories sur le dilemme de sécurité nous offrent un regard pertinent sur les risques de déclenchement d’un conflit. Mais de là à en conclure que, sans l’arme nucléaire et les capacités de représailles, la guerre froide aurait dégénéré en un conflit ouvert entre les deux blocs, il y a un pas. N’oublions pas que les deux pays disposaient, en marge de leur arsenal nucléaire, de capacités dites conventionnelles considérables, qui ne furent cependant jamais utilisées à grande échelle, et ce malgré l’existence de « plans », desquels étaient d’ailleurs exclues les armes nucléaires.

 

Vous faites cependant référence, dans votre question, à la possibilité de voir les deux grandes puissances s’affronter sur d’autres théâtres d’opérations, et cette question fait écho à la crise des euromissiles. Moins célèbres que les fusées de Cuba, les forces nucléaires intermédiaires (FNI), plus communément appelées euromissiles, ont cependant donné lieu à la plus grande controverse stratégique des années 1980, et à certains égards de toute la Guerre froide. L’Union soviétique avait déployé au milieu des années 1970 des SS-20, missiles nucléaires terrestres qualifiés d’« euromissiles », car leur portée ne leur permettait d’atteindre que le sol européen, et laissait le territoire américain à l’abri. Les dirigeants européens, au premier rang desquels les Allemands de l’Ouest, craignaient un « découplage » de la défense de l’Europe de celle des États-Unis. Si l’Union soviétique utilisait les SS-20, les Américains étaient certains de ne subir aucun dommage chez eux, ce qui ne devait pas nécessairement supposer que la puissance nucléaire américaine soit utilisée au même titre qu’elle le serait dans le cas d’une attaque contre le territoire américain.

 

Pour répondre au défi, les Européens demandèrent aux Américains de déployer leurs propres euromissiles, l’objectif étant de dissuader Moscou de se lancer dans une bataille nucléaire sur le sol européen, dont les conséquences auraient été aussi terribles de part et d’autre. En 1979, l’OTAN adoptait ainsi la « double décision ».

 

Les États-Unis déployèrent des missiles de croisière et des Pershing II à partir de 1983, mais entre temps, une négociation soviéto-américaine s’engagea et aboutit sur un accord mutuellement acceptable. Moscou choisit l’intransigeance en profitant du décalage entre l’ouverture des négociations et le déploiement des missiles américains. Les autorités soviétiques espéraient qu’en durcissant le ton, elles feraient peur aux gouvernements européens qui, du coup, renonceraient au soutien apporté par les missiles américains. Alors que Moscou avait déployé ses SS-20 plusieurs années auparavant, les Soviétiques accusaient Washington de relancer la course aux armements. Finalement, malgré une mobilisation d’une partie des opinions publiques ouest-européennes contre le déploiement des missiles, les Occidentaux gardèrent le cap et, devant l’échec de la négociation - que l’Union soviétique, jouant la carte de l’intimidation, n’avait jamais prise au sérieux -, les premiers déploiements de Pershing eurent lieu en novembre 1983. Les Soviétiques réagirent vivement en rompant les négociations nucléaires de Genève. Mais après une courte période de bouderie diplomatique, Moscou allait revenir à la table de négociation. De façon réaliste, elle enregistrait que son opération de découplage non seulement n’avait pas réussi, mais se retournait contre elle. Elle comptait obtenir un avantage stratégique, mais se retrouvait finalement sous la menace de missiles terrestres à dix minutes de Moscou. Les États-Unis, de par leur éloignement, n’étaient pas pour leur part dans la ligne de mire des euromissiles, ce qui était un avantage considérable. Cette crise est en ce sens révélatrice de l’absence de situation totalement symétrique, en Europe comme à Cuba vingt ans plus tôt, et c’est peut-être cette absence de symétrie qui fut, dans le cas de la Guerre froide, la meilleure garantie de non-utilisation de la force armée, et de sa composante nucléaire.

 

Tsar Bomba

La Tsar Bomba soviétique (1961) fut l'arme la plus puissante jamais utilisée par l'Homme.

Elle équivalut aux explosions combinées d'Hiroshima et de Nagasaki... multipliées par 1 400...

Elle représenta l'apogée d'une course folle aux armements. Le début d'une sérieuse prise de conscience...

 

PdA : Avançons un peu dans le temps... 2003 : l'Irak est envahi par l'Amérique de Bush. Le rapport de forces est totalement disproportionné, le régime écrasé. 2006 : la Corée du nord effectue son premier essai nucléaire. Une assurance-vie à l'efficacité redoutable... Un moyen d'entamer de sérieuses négociations, de pouvoir faire valoir son point de vue, en tout cas. L'appel d'air n'est-il pas préoccupant s'agissant de la non-prolifération ?

 

B.C. : Ce qui est intéressant dans cette question, c’est l’attitude de Pyongyang face à l’invasion de l’Irak en 2003. Le régime de Saddam Hussein ne disposait pas d’armes de destruction massive, ce qui précipita la campagne militaire américaine. De son côté, la stratégie du fou ou du pire de Pyongyang repose sur sa force nucléaire supposée et déclarée, et des capacités balistiques démontrées à l’occasion de plusieurs essais. Si elle n’est pas officiellement formulée, la stratégie de dissuasion nord-coréenne, qui doit assurer la survie du régime et favoriser les négociations avec les adversaires désignés, s’appuie sur deux piliers sans lesquels elle n’aurait aucune portée : la menace permanente d’une utilisation, et une opacité complète sur les réelles capacités nucléaires dont dispose ce pays. Cette double caractéristique est essentielle pour permettre à Pyongyang d’énoncer une stratégie pouvant être couronnée d’effet. Elle est fragile et dangereuse, mais si elle bien maniée, elle offre à ce petit pays exsangue une capacité de nuisance, et donc de marchandage, totalement disproportionnée.

 

Les États proliférants s’efforcent généralement, une fois qu’ils ont constitué un arsenal nucléaire, de définir une doctrine de dissuasion informant les agresseurs éventuels des réponses auxquelles ils devraient s’attendre. L’Inde et le Pakistan se sont ainsi échangé des signaux très clairs en ce sens après leurs campagnes d’essais en 1998, et instauré une sorte d’équilibre de la terreur calqué sur le modèle de la guerre froide. Pyongyang a pour sa part choisi de terroriser ses voisins en brandissant la menace de l’emploi, et allant même jusqu’à l’annoncer en réponse à ce qui serait perçu comme une provocation. Il s’agit là d’une nouvelle forme d’utilisation de l’arme nucléaire, qualifiée de stratégie du fou en ce qu’elle s’inspire de la Mutual Assured Destruction (MAD), et est renforcée par le caractère souvent jugé imprévisible du régime nord-coréen. Le message pourrait ainsi être caricaturé en ces termes : « Ne m’approchez pas de trop près où je fais tout sauter ! ». En terrorisant ses adversaires, et en utilisant à cet effet son arme nucléaire, là où ses capacités conventionnelles dépassées n’ont pas le même impact, Pyongyang pratique une forme de dissuasion par le chantage. Il faut remonter, toutes proportions gardées, à l’époque où les États-Unis détenaient le monopole du nucléaire, entre 1945 et 1949, pour retrouver une situation similaire, avant que l’équilibre de la terreur ne s’impose. La différence de taille est que la Corée du Nord place son existence dans la balance, ce qui a pour effet de bouleverser les comportements habituels qui définissent la dissuasion nucléaire.

 

L’autre pilier de la stratégie de dissuasion de Pyongyang est l’opacité de ses capacités. Les adversaires désignés du régime nord-coréen sont ainsi dans l’incertitude la plus totale, non seulement en ce qui concerne ses intentions, mais aussi et surtout les moyens permettant de les mettre à exécution. Or, dans un bras de fer de cette nature, le plus important n’est pas l’information dont on dispose sur le niveau de ses propres forces, mais l’information à laquelle l’autre n’a pas accès. Pyongyang joue sur cette incertitude, et l’alimente en permanence, à coup d’annonces et de tests dont les succès réels ne peuvent être démontrés et restent flous. Ici, le message serait : « Ne m’approchez pas de trop près car vous ne savez pas de quoi je suis capable ! ». Face à ce discours, la prise de risque est totale. Qui se lancerait ainsi dans une offensive militaire contre un pays dont on ne connaît que trop peu les capacités, et qui prétend par ailleurs disposer de moyens de riposte disproportionnés ?

 

L’opacité des capacités nucléaires de Pyongyang peut être interprétée comme la preuve de son manque de consistance. En d’autres termes, nous sommes en droit de nous interroger si la Corée du Nord dispose d’une véritable force de frappe nucléaire (à savoir des ogives pouvant être montées sur des missiles), et même si elle dispose de l’arme nucléaire tout court. Après tout, on pourrait tout aussi bien considérer que Pyongyang ne dispose pas de l’arme, ou en tout cas d’une arme utilisable, et pratique ainsi une forme inédite de dissuasion nucléaire sans le nucléaire. En ce sens, l’arme nucléaire nord-coréenne peut être qualifiée d’arme du pauvre, moins coûteuse que des capacités conventionnelles auxquelles le régime ne peut prétendre, mais qui lui permet par son potentiel destructeur de se hisser au niveau des grandes puissances. Et le résultat est plutôt spectaculaire pour un petit pays dont on imagine difficilement le régime capable de survivre sans l’arme nucléaire, ou plus exactement sans le doute qu’il laisse planer sur la possibilité qu’il la possède. À ce petit jeu, il y a de fortes chances que Pyongyang poursuive cette stratégie tant qu’elle sera en mesure de le faire, et on pourrait même imaginer d’autres régimes tentés par la même forme de dissuasion, suggérant un risque de prolifération de telles pratiques.

 

PdA : Il est difficile d'imaginer qu'un État, quel qu'il soit, utilise l'arme (thermo)nucléaire de nos jours, sauf en cas de péril mortel. Les retombées seraient incalculables, la désapprobation internationale unanime. Est-il réaliste, en revanche, de craindre que certaines ogives puissent tomber entre les mains de groupes extrémistes ? On a beaucoup parlé du Pakistan comme possible "maillon faible" du club nucléaire. Le club compte-t-il des "maillons faibles" évidents, aujourd'hui ?

 

B.C. : Il est évident que des groupes terroristes se dotant de l’arme nucléaire imposeraient une nouvelle grille de lecture de la dissuasion. Cette dernière repose sur le rôle central de l’État, et sur la rationalité qui l’accompagne. Il est ainsi de fait assez difficile d’imaginer un dirigeant s’exposer à des représailles massives, également qualifiées de disproportionnées, se mettre à dos la communauté internationale, sans même faire mention des effets possibles de l’utilisation de sa propre arme contre lui-même. Le scénario d’Hitler dans son bunker, prêt à toutes les extrémités pour entrainer avec lui sa propre population, reste heureusement très rare, mais il ne doit cependant pas être exclu, et sert de mise en garde contre ceux qui détiennent le feu nucléaire. Dans le cas des États, s’il est souhaitable que la dissuasion repose sur les épaules d’un individu, afin d’en assurer la crédibilité, elle doit également être entourée de garde-fous, afin d’éviter le pire. Dans le cas des groupes terroristes, de tels garde-fous n’existent pas nécessairement, selon la nature et les revendications du groupe terroriste bien entendu. Les attentats de New York et Washington du 11 septembre 2001 eurent pour effet de renforcer la crainte de voir des groupes terroristes se doter d’armes de destruction massive (il s’agissait notamment d’un des aveux d’Oussama ben Laden, enregistré en 1998), et d’imposer de nouveaux codes de conduite en matière de contrôle des activités pouvant être détournées par des groupes terroristes. C’est ainsi que le Conseil de Sécurité de l’O.N.U. adopta en 2004 une de ses résolutions les plus importantes de ces dernières années, la 1540, dont l’objectif est de réduire les risques de prolifération par des acteurs non étatiques, en imposant aux États de renforcer les contrôles et les dispositifs juridiques liés à la protection des sites dits sensibles.

 

Pour autant, les armes de destruction massive constituent-elles la principale menace à laquelle des puissances comme les Etats-Unis doivent faire face ? Utilisées de façon classique, à savoir par le biais d’un vecteur balistique, elles restent l’apanage des États, et la politique de dissuasion permet d’en limiter la portée. Dès lors, les regards se tournent vers la possibilité d’utiliser de façon à la fois efficace et asymétrique les armes N.B.C (nucléaire, biologique, chimique), et d’obtenir des résultats aussi « satisfaisants » pour leurs commanditaires que les attentats du 11 septembre 2001. Par ailleurs, des groupes terroristes peuvent-ils réellement atteindre une capacité de nuisance en matière d’armes N.B.C. sans l’aide d’un État ? Enfin, la couverture médiatique des nouvelles armes, comme les agents bactériologiques, n’a-t-elle pas pour effet de favoriser la prolifération, de fait que surestimer la puissance des armes biologiques pourrait inciter les terroristes à les acquérir ? En fait, il convient d’établir une distinction entre les armes nucléaires d’une part, et les armes chimiques et bactériologiques de l’autre, bien que toutes appartiennent à la catégorie des armes de destruction massive. Si les risques de prolifération des armes chimiques et bactériologiques sont plus importants que dans le cas des armes nucléaires, la capacité destructrice de ces dernières reste nettement supérieure, ce qui justifie une attention particulière.

 

La résolution 1540 tend vers une réduction des capacités de développement de telles armes en se procurant les matériaux nécessaires, reste l’hypothèse d’une « association de malfaiteurs » avec des États, ou des responsables dans des États ne bénéficiant pas de mesures de contrôle suffisamment strictes. C’est ici que le Pakistan est souvent montré du doigt comme un maillon faible, non pas en raison des dirigeants, mais du fait des difficultés relatives au contrôle de ses activités. En février 2004 (deux mois avant l’adoption de la résolution 1540), le Pakistan reconnaissait ainsi que le directeur de son programme nucléaire, Abdul Kader Khan, a transmis des informations à d’autres pays. Le « pays des purs », État fragile et menacé d’implosion, est sans aucun doute le maillon faible, malgré lui. Mais il ne faut pas exclure d’autres scénarios. Après tout, l’ex-U.R.S.S. fut, dans les années qui suivirent sa disparition, un territoire identifié comme à hauts risques en matière de possibilité d’accès à des matières fissiles et des composants nucléaires. Et la Corée du Nord, à l’agonie, pourrait très bien être tentée par la vente de quelques composants à des groupes terroristes transnationaux. Le risque est donc réel, il serait cependant exagéré de parler de menace pour les raisons évoquées.

 

PdA : Quels seront, à votre sens, les périls, les enjeux liés au nucléaire militaire dans les prochaines années  ?

 

B.C. : Ils sont de deux ordres, que j’estime en continuité avec la trajectoire de ces armes depuis 1945. D’abord, les risques liés à la prolifération, fut-elle horizontale (augmentation du nombre de pussances nucléaires) ou verticale (augmentation des stocks d’armes nucléaires). La possibilité de voir le nombre de puissances nucléaires augmenter reste entière, malgré des traités internationaux et des dispositifs de contrôle efficaces. Nous sommes certes très loin de la prolifération généralisée annoncée dans les années 1950, et le fait que le club des puissances nucléaires – officiellement reconnues par le Traité de non prolifération ou non – reste inférieur à dix est à mettre au crédit de ces initiatives multilatérales. Cela ne doit cependant pas nous écarter de l’impératif d’une mise en garde permanente adressée à tous les candidats potentiels, et quelles que soient leurs motivations.

 

En Asie, la question de la prolifération verticale reste d’actualité. La Chine continue d’augmenter son arsenal, et la rivalité Inde-Pakistan s’est traduite par une augmentation des arsenaux de ces deux pays. Tandis que les autres puissances nucléaires se sont engagées dans un processus de désarmement, ces trois pays continuent leur progression. La Corée du Nord est bien entendu un problème encore plus sérieux, compte-tenu des incertitudes concernant la rivalité avec le Sud et les réactions des États de la région, mais la prolifération de Pyongyang n’a, d’un point de vue légal, rien de différent de celle de New Delhi et d’Islamabad. Elle s’est effectuée au mépris du Traité de non prolifération et, quelle que soit la position que ces États aient manifesté à son égard, sa portée universelle en fait des actes de violation. Le problème nord-coréen est donc ailleurs. Si l’Inde et le Pakistan sont les principales puissances militaires en Asie du Sud, la nucléarisation de la Corée du Nord pourrait à terme entraîner celle de la Corée du Sud, du Japon, voire de Taiwan, ces trois entités disposant de la technologie et des matières fissiles (par le biais de leurs programmes civils) pouvant leur permettre de franchir le pas en l’espace de quelques mois, au point qu’on évoque parfois le principe de dissuasion virtuelle pour ces pays, à savoir des capacités indiscutables, mais sans que le seuil du nucléaire n’ait encore été franchi. C’est donc, assez logiquement, en Asie du Nord-est que les risques liés à la prolifération restent les plus sensibles, et ne sont pas forcément liés à la nature des régimes, mais à des réactions justifiées par une perception négative de leur propre sécurité.

 

L’autre risque est lié à une forme de banalisation de l’arme nucléaire, qui laisserait la porte ouverte à son emploi. Le souvenir d’Hiroshima et Nagasaki s’éloigne un peu plus de nous chaque jour, et le nombre de survivants – les fameux Hibakusha porteurs d’un message d’espoir, de tolérance mais aussi d’intransigeance face à la bombe – se réduit. Que restera-t-il de cet héritage une fois les derniers témoins disparus ? Quel regard porteront les générations futures sur un évènement appartenant au passé, et auquel se sont superposés une multitude d’autres évènements depuis ? Il est indispensable d’entretenir la mémoire des bombardements atomiques, au même titre que la mémoire de l’Holocauste, et à ce titre les efforts des municipalités d’Hiroshima et Nagasaki doivent être loués mais aussi encouragés, pour que leur drame ne soit jamais reproduit ailleurs.

 

PdA : Pour vous, le désarmement nucléaire doit-il être, à terme, un objectif ?

 

B.C. : S’il doit être un objectif, afin de s’assurer que plus jamais de telles armes ne seront utilisées ? Sans aucun doute. S’il est possible ? Je reste malheureusement très méfiant sur ce point. Les premiers appels au contrôle international des armes nucléaires ont été formulés par les scientifiques du Projet Manhattan, dès 1945, avant même la formulation de politiques de dissuasion et des pratiques proliférantes. Ces appels furent répétés un nombre incalculable de fois, mais ne reçurent qu’un faible écho, bipolarité oblige. La fin de la Guerre froide accéléra le processus de désarmement de Moscou et Washington, mais elle fut également marquée par l’intrusion de nouveaux acteurs proliférants. De fait, la prolifération ne s’est jamais si bien portée que depuis la fin de la Guerre froide, si on tient compte du fait que trois nouveaux États, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, ont procédé à des essais.

  

Le geste le plus fort, le plus symbolique aussi, en matière de désarmement nucléaire total ces dernières années est le discours de Barack Obama à Prague en avril 2009, en marge d’une tournée en Europe. Ce discours s’impose comme une mise en garde à l’attention des proliférants, mais aussi comme un appel à une réflexion considérant la possibilité de sortir du nucléaire. Le souhait de Barack Obama se heurte cependant à des limites qu’il convient de mentionner. Le principal défi vient du Congrès américain, qui pourrait contrecarrer les souhaits de ratifier le T.I.C.E., comme il l’avait fait en 1999, au grand dam de Bill Clinton, qui était alors favorable à un engagement plus net de Washington dans ce domaine. Les Républicains, pourtant nettement minoritaires, pourraient contrer les projets américains, et l’administration Obama devra convaincre de la nécessité du changement dans un domaine qui a sérieusement divisé la classe politique américaine ces dernières années. Sur la scène internationale, l’accord passé avec la Russie n’est que l’arbre qui cache une forêt touffue, et qu’il sera difficile de franchir sans encombre. Les points de désaccord restent ainsi nombreux, comme le bouclier antimissile, ou le traitement des États proliférants.

 

Mais c’est surtout sur la relation avec les États dits « voyous » que les regards se portent. Les souhaits de Barack Obama se heurtent en effet aux gesticulations de Pyongyang et Téhéran (et potentiellement d’autres États proliférants), mais également au bon vouloir de la Chine, puissance nucléaire reconnue par le T.N.P., et élève parfois dissipé de la lutte contre la prolifération nucléaire. En se replaçant sur la question du désarmement tout en gardant la main sur la lutte contre la prolifération, l’administration Obama donne de nouveaux espoirs au contrôle des armes nucléaires, et à la conférence d’examen du T.N.P., dont on craignait il y a encore peu de temps qu’elle perde en crédibilité. Mais les défis n’en demeurent pas moins importants, et à la bonne volonté de Barack Obama devra s’ajouter la complicité de l’ensemble des États, en vue de restaurer un environnement de confiance propice au désarmement et à une lutte plus efficace contre la prolifération. Un vœu aussi pieux que difficile à concrétiser, et le président américain n’est d’ailleurs jamais parvenu à transformer son discours en des actes concrets.

 

Dans l’hypothèse, pour l’heure improbable, où l’ensemble des puissances nucléaires – reconnues ou non par le T.N.P. – s’accordaient pour détruire tous les stocks, le problème ne disparaîtrait pas pour autant. L’arme nucléaire, c’est avant tout un savoir, une accumulation de techniques qui, en associant plusieurs composants, mettent au point l’arme la plus puissante jamais produite. Si les stocks disparaissent, le savoir ne s’effacera pas, et le risque de voir, pour des raisons multiples, des acteurs choisir de se lancer à nouveau dans des programmes nucléaires restera entier. On peut ainsi poser la question dans l’autre sens et se demander si les armes nucléaires ne sont finalement pas la meilleure garantie face à leur prolifération incontrôlée. La réponse à cette question serait de donner les clef du nucléaire à la communauté internationale dans son ensemble – en reprenant exactement les souhaits des scientifiques en 1945 – mais si l’espoir est permis, il convient de douter du succès d’une telle entreprise.

 

Sans doute faut-il donc se résoudre à vivre avec le nucléaire, comme nous n’avons fait depuis soixante-dix ans, et surtout s’assurer que les doctrines de dissuasion n’évoluent pas vers des doctrines d’emploi, tout en imposant un cadre multilatéral en matière de contrôle. Et partir du principe simple mais incontournable que le danger ne vient pas tant de l’arme elle-même que de celui qui la possède et pourrait être amené à l’utiliser.

 

PdA : Quels sont vos projets, Barthélémy Courmont ?

 

B.C. : En marge de mes activités universitaires, je travaille actuellement sur des projets de recherche très différents, mais qui traitent essentiellement des questions politiques et sécuritaires en Asie-Pacifique, ainsi que des stratégies des grandes puissances. Mon prochain livre, qui paraîtra en décembre, s’intitule Une guerre pacifique, et traite de la relation Pékin-Washington. J’ambitionne cependant, en vue de la célébration des soixante-dix ans du bombardement d’Hiroshima, de consacrer un nouveau travail à cette ville, portant sur une analyse du nucléaire par le biais de mes propres expériences en relation avec ce sujet pour lequel j’ai consacré ma thèse de doctorat en science politique présentée en 2005. Je proposerai un synopsis à plusieurs éditeurs, et espère pouvoir produire un petit essai invitant à un devoir de mémoire, mais aussi de réflexion sur le sens à donner à ces évènements tragiques des 6 et 9 août 1945.

 

Barthélémy Courmont

 

Merci infiniment, cher Barthélémy Courmont, pour votre investissement, pour vos réponses passionnantes. Et vous, quelle décision auriez-vous prise, à la place de Truman ? Quels seront, de votre point de vue, les périls, les enjeux liés au nucléaire militaire dans les mois, les années à venir ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Barthélémy Courmont...

 

26 novembre 2012

Libres ! ... "La liberté est en très grand danger"

Il y a ce plombier de Belgique. Cet économiste français. Cette secrétaire, basée en Suisse. Ce professeur vivant aux États-Unis. Ce qui les réunit tient en un mot. C'est un cri de ralliement. "Libres !" Ils sont cent. Certains sont d'éminents universitaires. Dans tous les cas, des individus dotés d'un solide bon sens. Ils ont pris part, bénévolement, à la rédaction de l'ouvrage "Libres !", produit par le collectif "La main invisible". Une ode à la liberté au travers de cent articles, cent thématiques concrètes. Un manifeste contre les idées reçues. Un appel à la réflexion, à la conscience de chacun. Leurs positions ne feront à l'évidence pas l'unanimité, mais les questions qu'ils abordent mériteraient toutes de faire l'objet d'une publicité accrue, de débats publics. Ulrich Genisson et Stéphane Geyres, co-fondateurs du collectif, ont eu l'idée de ce livre libre de droits il y a un an. Ils ont accepté, deux mois après sa sortie, de répondre à mes questions. Je les en remercie chaleureusement. Et je suis heureux, avec ce document, d'offrir à ma modeste mesure un espace d'expression supplémentaire à une initiative originale, qui gagne à être connue. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIENS EXCLUSIFS - PAROLES D'ACTU

ULRICH GENISSON

et

STÉPHANE GEYRES

Co-fondateurs du collectif "La main invisible"

Coordinateurs, co-auteurs de "Libres !"

 

"La liberté est en très grand danger"

 

Libres

(Photos fournies par U. Genisson et S. Geyres)

 

 

Q : 17/11/12

R : 25/11/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Stéphane Geyres, bonjour Ulrich Genisson. Avant d'aller plus loin, qu'est-il intéressant, utile que nos lecteurs sachent de vous ? Quels parcours individuels vous ont conduits à nous présenter aujourd'hui ce "bébé" commun, un livre intitulé "Libres !"?

 

Stéphane Geyres : J’ai depuis toujours trouvé bizarre que le système qui nous entoure soit à ce point plein d’incohérences et de malversations, sans que les gens semblent vraiment choqués. Un truc n’allait pas, mais quoi ? Ensuite, ingénieur, j’ai eu pour mon métier à me former à l’économie. Après pas mal de recherches infructueuses, où toutes les théories voulaient me mettre dans d’improbables équations, je suis tombé avec bonheur sur l’école autrichienne, puis sur la littérature libertarienne, et le puzzle s’est enfin mis en place. Depuis, pour mes filles et les jeunes, je milite sur Internet.

 

Ulrich Genisson : Passionné par l’économie depuis toujours pourrais-je dire, en quête permanente pour rassembler les éléments manquants, je suis arrivé au libéralisme à proprement dit, par Milton Friedman, qui, quoi qu’on puisse en penser, à largement participé à la vulgarisation des idées de la liberté économique, du libre échange et d’un état moins présent. J’ai ensuite pris la peine de remonter dans le temps pour lire les ouvrages incontournables du libéralisme classique. Restant toujours sur ma faim, avec une pièce de puzzle manquante, j’ai enfin découvert l’œuvre de Murray Rothbard, et alors tout s’est parfaitement emboité, avec une logique et une légitimité implacable : l’homme libre, propriétaire et responsable.

 

 

PdA : Racontez-nous l'histoire, tout à fait atypique, de "Libres !", de l'idée d'origine à sa sortie effective ?

 

Ulrich Genisson : L’idée à germé le 17 octobre 2011 et quelques minutes après, Stéphane me disait : banco ! Pourquoi autant de méconnaissance sur les idées de la liberté, pourquoi en est-on arrivé à qualifier à tort « d’ultralibérales » toutes les dérives du capitalisme de connivence et de la social-démocratie, pourquoi l’espoir de rendre aux individus les libertés que nous avions quelques décennies auparavant passent-elles pour une utopie ? Il n’y a je crois, que peu de sujets aussi mal connu que le libéralisme, et même pire, on lui prête des maux qu’il combat pourtant sans aucun doute possible. Nous avons la chance d’avoir quelques centaines d’excellents auteurs de par les siècles. Malheureusement ils sont très méconnus en France. Il suffit de demander dans la rue qui connait Frédéric Bastiat, député des Landes en 1850, pour s’en rendre compte, alors qu’il est mondialement connu (nul n’est prophète en son pays)! Nous avons donc eu l’idée de faire un livre à 100 auteurs, sur 100 sujets, très facile à lire, au prix le plus bas, pour mettre les idées d’un monde libre dans les mains du plus grand nombre, rien de moins. Nous avons fait un super best-of d’initiation à « la liberté rendue à chacun » avec pour ambition de donner envie, de susciter des vocations et surtout – l’esprit – de l’homme libre !

 

Stéphane Geyres : L’idée est d’Ulrich au départ, mais je l’ai tout de suite suivi, il fallait – il faut encore – secouer les libéraux qui sommeillent en chacun de nos amis, voisins, concitoyens. Pour ma part, outre le suivi de mes 50 auteurs, j’ai plus spécialement pris en charge la revue des articles, la maquette, l’assemblage et le respect des règles – 2 pages chacun – bref la préparation du livre. L’organisation de l’expédition des 2000 exemplaires de la pré-édition aux 200 auteurs et supporters a aussi été un grand moment – les postières s’en souviennent encore… Ulrich a été un grand marketeur.

 

 

PdA : Quel premier bilan tirez-vous de cette aventure, deux mois après la publication de l'ouvrage ? Quelles sont vos ambitions avouées le concernant ?

 

Stéphane Geyres : Je suis à la fois très heureux et fier, et très mitigé. Nous avons montré qu’il est possible de mobiliser 200 personnes sur le thème de la liberté, la simple existence du livre est en soi une satisfaction. Les retours sont tous très positifs. Mais – et je suis sûr qu’Ulrich le dira – nous espérions un démarrage plus flamboyant. Rien n’est joué, mais si un tel livre ne perce pas plus vite, c’est qu’il y a vraiment un grave problème en France en matière de perception de la liberté.

 

Ulrich Genisson : Dans mon esprit, le libéralisme souffre d’une de ses qualités. Dans les courants de pensées collectivistes, qu’ils soient marxistes, socialistes et autres joyeusetés de ce genre, il y a quelques « intellectuels » qui en sont les leaders et un énorme pourcentage de « veaux » à qui on fait faire n’importe quoi – y compris la guerre – des personnes qui ne sont pas là pour penser, mais pour agir. Chez les libéraux, la quasi-totalité des individus a pris le temps de lire beaucoup d’ouvrages et s’est donc forgé sa propre opinion. Effet pervers, depuis des siècles maintenant, les libéraux de tous les courants ont pris comme habitude, et même comme religion, d’être incapables de travailler ensemble sur les 95% qui les rassemblent, tout en prenant tout le temps et toute l’énergie nécessaire à s’éviscérer sur les 5% qui les opposent. Le bilan est pitoyable, car non seulement nous sommes totalement inaudibles aux yeux du grand public, mais si par chance une idée libérale venait à sortir du lot, elle serait immédiatement lapidée par des libéraux qui sont en opposition. Non seulement nous devons nous battre contre les ennemis de la liberté, mais nous devons aussi consacrer une large part de notre énergie pour nous bagarrer entre nous. Heureusement, je pense qu’avec LIBRES ! Nous avons prouvé qu’il était possible de collaborer, dans le respect des idées de chacun. Nous avons réussi en peu de pages, à faire travailler 100 auteurs, qui sont presque autant de courants de pensées, en formulant un message clair et cohérent : la liberté, pour tous, partout, maintenant !

 

 

PdA : Vous vous revendiquez tous deux de « l'anarcho-capitalisme ». Pouvez-vous nous en dire davantage à ce sujet ?

 

Ulrich Genisson : C’est très simple. Murray Rothbard disait : « La liberté, c’est le droit de faire ce qu’on désire avec ce qu’on a. » Quand on prend le temps de réfléchir à cela, on s’aperçoit qu’on a là un tout. Ne pas voler, respecter l’autre, pouvoir utiliser toute sa liberté dans le respect de la même liberté pour les autres, c’est-à-dire utiliser ce qu’on a et pas ce que les autres ont. L’anarcho-capitalisme se fonde sur la liberté pour chaque individu ainsi que son corolaire, qui est la responsabilité de ses choix, le tout dans un cadre de propriété privée. Ce terme désigne simplement la possibilité pour chacun de vivre sa vie pleinement, de pouvoir faire absolument tout ce qui ne crée pas de préjudice aux autres. Liberté de choisir ses mœurs, sa vie, de sa propre naissance à sa propre mort, son alimentation, ses vices et ses vertus, sa religion, où aller et avec qui, quoi faire comme métier, comment dépenser son argent… L’anarcho-capitalisme c’est aussi la mise en place d’une vie en société riche ! Christian Michel le résume parfaitement ainsi : « La société que nous construisons, inédite dans l'Histoire, est une société sans pouvoir, à la fois très modeste, car elle renonce aux grandes épopées des princes et des États, et très ambitieuse, car elle demande l’engagement de chacun au quotidien. C’est une société qui abandonne la politique pour la politesse, la citoyenneté et le civisme pour la civilité. » C’est donc une société concrètement humaine, une société qui permet à chacun d’aider la personne en détresse qui se trouve sur son chemin et pas une société équipée d’œillères qui demande à l’état de s’occuper de tout – hypocritement – mais qui laisse mourir des gens dans la rue avec bonne conscience. L’anarcho-capitalisme c’est simplement une société d’hommes et de femmes, libres, responsables, propriétaires, à commencer dans leur travail. C’est une société qui s’est débarrassée de ses politiciens, une société d’affranchis ! Nous n’avons pas besoin d’état, mais l’état à besoin de nous et nous le rappelle sans cesse. Arriver à se débarrasser des coercitions de l’état sera probablement l’évolution humaine la plus importante de toute histoire.

 

Stéphane Geyres : Ce terme d’anarcho-capitalisme est un peu barbare, mais en fait le concept est très simple. Il consiste à constater que la seule manière de réaliser une société juste et humaine parce que vide de privilèges indus et de dissymétries de pouvoir, c’est de s’appuyer entièrement sur l’équité que le marché de libre-échange seul garantit. Autrement dit, « l’anarcapie » est une société sans pouvoir ni bureaucratie où tout repose sur la propriété privée et le commerce – y compris pour les fameuses fonctions régaliennes. Vos lecteurs seront probablement choqués par une telle idée, car on nous explique depuis notre plus jeune âge que le marché, « c’est mal », mais en réalité, il n’en est rien – et les contre-exemples grouillent autour de nous. Le simple fait que le marché noir se mette spontanément en place lorsque l’état devient insupportable démontre le caractère naturel du marché – et malsain de l’état. Je tiens à rappeler que le livre n’est pas pour autant anarchiste, le libéralisme que vous y lirez vient de 100 personnes aux sensibilités variées et souvent très réalistes.

 

 

PdA : Imaginons un instant que, portés par une vague d'enthousiasme extraordinaire en faveur de vos idées libérales, vous arriviez au pouvoir en France. L'un de vous deux serait à l'Élysée, l'autre à Matignon, soutenu par un parlement acquis à vos idées. Certes, il y a des hypothèses plus réalistes. Et de toute façon, vous me direz sans doute que vous ne voulez pas du pouvoir... Mais vous avez compris le sens de ce scénario. Que feriez-vous de ce pouvoir ? Quel serait votre programme, votre plan d'action ?

 

Stéphane Geyres : C’est extrêmement simple – on y a déjà réfléchi, au cas où… :) Ce scénario est proche de ce que Ron Paul aurait je pense joué aux Etats-Unis s’il avait eu l’investiture républicaine. Il y a trois temps. Tout d’abord, on libéralise tout ce qui peut l’être immédiatement, c’est-à-dire ce qui n’affecte pas le social ni la sécurité. Par exemple, tous les services publics perdent leurs monopoles. Cela dégage vite assez d'économies pour permettre de peu à peu supprimer tous les avantages sociaux et de libérer tout le droit du travail. Chômage réglé. En cinq ans, on doit pouvoir même réduire à néant le plus gros du mille-feuilles des collectivités territoriales. C’est cela le courage libéral. Le livre propose une autre approche que votre scénario. Celui de la panarchie, où plusieurs régimes politiques sont en concurrence sur le même territoire.

 

Ulrich Genisson : Le seul pouvoir qui m’intéresse c’est celui que je veux sur moi-même. La seule chose utile à faire pour profondément libérer chaque individu est la mise en œuvre d’une liquidation de l’état. Quand on réalise au fond de quelle ruine les hommes de l’état vont nous plonger pour des décennies, on est en droit de se demander jusqu’à quand les peuples vont tolérer et supporter cela. Il existe une 3è voie entre continuer la fuite en avant et tout arrêter en souffrant pendant des dizaines d’années pour éponger les dérives d’hommes irresponsables. Cette voie est simple, facile à mettre en œuvre, ne piétine la liberté de personne et peut remettre les compteurs à zéro en quelques mois, tout en limitant très largement les pertes… Mais pour cela, il faut liquider l’état. Vivre sans état n’est pas le désordre comme beaucoup le pensent, bien au contraire. Une vie sans état, c’est le droit pour chaque individu de vivre librement, en sécurité et non sous le joug d’une classe dirigeante capable des pires injustices pour s’imposer de force !

 

 

PdA : Bon... Revenons à des considérations plus terre-à-terre. Plus réalistes, en tout cas. Imaginons maintenant qu'un gouvernement, quelle que soit sa "couleur", vous commande un rapport sur le thème suivant : "Libérer la société et l'économie françaises". Quelles seraient vos recommandations principales ?

 

Ulrich Genisson : Si on devait me commander un tel rapport, il serait favorable à la lutte contre la déforestation car il tiendrait sur une page, où serait inscrit simplement : « Cessez de vous occuper de nous ! » Plus sérieusement, je doute de l’utilité d’un tel rapport. Les peuples sont devenus des junkies de la dépense publique. On ne vote plus pour un bien-être collectif (défense, justice…) mais pour imposer aux autres ses propres choix. Quand dans un pays, plus de 50% des citoyens reçoivent de la part de l’état, alors que moins de 50% sont obligés de donner à l’état, comment voulez-vous espérer la moindre prise de conscience autrement que lors de la faillite du système ? Plus que jamais, Frédéric Bastiat avait raison : « L’état, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. »

 

Stéphane Geyres : Il faut bien voir que contrairement aux croyances ambiantes, il est naturel d’être libéral, on naît libéral et la société laissée à elle-même s’organise spontanément toujours selon les principes libéraux. Ce qui rend la France non-libre, c’est sa culture et son jacobinisme, enseignés à l’école. Je rejoins Ulrich, pour libérer la France, pas besoin d’un rapport, on en connaît la substance depuis Say, Turgot, Constant, Bastiat, Molinari et tous leurs héritiers : il faut et il suffit de retirer l’état de tout ce qui ne touche pas strictement à la justice et à la sécurité, et cesser de dire et d’enseigner que l’état est la solution légitime et unique à tous nos problèmes. Mon rapport se contenterait de rappeler que le seul rôle éventuellement légitime pour l’état, ce sont les fonctions régaliennes et rien d’autre, et qu’en gros tous les fonctionnaires et assimilés intervenant hors du champ de la police et de la justice doivent être remis sur le champ sur le marché du travail, où ils pourront trouver une fonction bénéfique.

 

 

PdA : Quels sont les pays, les territoires, les expériences historiques... qui font figure d'exemples à vos yeux ?

 

Stéphane Geyres : Les États-Unis à leur tout début étaient un espace proche de l’idéal de la société libre. Les micros-états et paradis fiscaux comme San Marin ou Andorre sont aussi de bons candidats. L’Europe médiévale avec ces multiples villes-états fut aussi proche de ce qui sera – indubitablement – l’avenir de l’organisation sociale libre.

 

Ulrich Genisson : À mes yeux, je ne vois que des bribes de libertés tantôt sociétales, tantôt économiques, car au fond partout dans le monde, les peuples sont soumis plus ou moins à la coercition de quelques-uns. Il est d’ailleurs caustique de voir qu’on jette des gens en prison dans certains pays pour une même pratique vue comme totalement légale dans d’autres, sans que ça ne choque personne. La France est devenue un pays de joueurs de loto qui détestent les riches tout en voulant le devenir. Schizophrénie ? Beaucoup l’ont déjà dit, mais le retour aux réalités sera dur !

 

  

Ulrich Genisson

Ulrich Genisson

 

  

Stéphane Geyres

Stéphane Geyres

 

 

PdA : Où devrait-on placer, de votre point de vue, les bornes de limitation de l'intervention des personnes publiques ? Quels secteurs l'État et ses assimilés devraient-ils évacuer ? Où se situe l'action publique souhaitable parce que nécessaire ?

 

Ulrich Genisson : Tout ce qui ne cause pas de préjudice à un autre individu doit être légal. La liberté d’établir des contrats devrait être totale. Aucune participation dans aucune activité économique ne devrait être possible pour l’état, ce qui implique par exemple la disparition de ce qui est qualifié de si précieux en France : le service public. Partant de là, les prérogatives de l’état seraient déjà réduites de 95%.

 

Stéphane Geyres : La liberté, ce n’est pas la loi de la jungle. Il y a classiquement deux façons de voir les choses. Les « minarchistes » pensent que l’état et ses bureaucrates doivent se limiter au strict périmètre régalien – justice et sécurité, mais aucunement ni santé, ni monnaie, ni éducation, ni routes. Les libertariens que nous sommes pensent que même justice et sécurité sont trop importantes pour être confiées et assurées par les hommes de l’état. Il faut bien voir que c’est une question de moralité. Quand on parle d’état, on entend en général bureaucratie et fonctionnaires au statut inamovible. Or c’est là qu’est le danger car ce statut rend le fonctionnaire irresponsable de ses actes. Le policier ou le juge fonctionnaire peut commettre la pire des erreurs judiciaires sans être remis en cause. Pour un juge privé, ce serait tout le contraire et c’est précisément cette pression du marché et de la responsabilité qui assurerait des services de police et de justice de bien meilleure qualité. L’anarchie n’est pas la jungle, c’est au contraire un havre de justice et de sécurité.

 

 

PdA : J'aimerais votre avis sur la Sécurité sociale à la française. Le dispositif est certes coûteux, mais il garantit un bon niveau de santé à la population. La prévention joue à plein, et nul n'est exclu, du fait d'un manque de revenus - sur le papier en tout cas - des soins les plus lourds. Il y a sur ce sujet un relatif consensus dans la société. Et vous, qu'en pensez-vous ?

 

Stéphane Geyres : Ulrich sera, je pense, d’accord, je conteste ce consensus que vous avancez et je le pense pour ma part tout à fait incertain. Comment savez-vous par exemple que le niveau de soin et de santé est bon ? Comment peut-on même imaginer savoir le mesurer ? Car la santé, c’est comme tout dans la société, une affaire individuelle. Mon besoin de soin n’est pas le même que le vôtre. Donc ma mesure de satisfaction a toute chance d’être différente aussi. Contrairement à tout ce qu’il est politiquement correct de dire en ce pays, la santé est un sujet qui relève strictement de l’économique, car il s’agit d’utiliser au mieux les ressources rares que sont les médecins, les laboratoires, les médicaments, les équipements. Il faut donc au contraire totalement la rendre au marché privé pour qu’elle soit « de bon niveau ». Patrick Casanove, médecin de nos auteurs, a rédigé un article et même un livre qui dénoncent cette croyance en nos Sécu et système de santé.

 

Ulrich Genisson : J’ai perdu ma grand-mère par manque de couvertures dans un hôpital public, on a refusé un traitement expérimental à ma mère parce que non encore validé par la sécurité sociale alors qu’il coûtait 10 fois moins cher que son traitement en cours. Alors celui qui vient me parler de « bon niveau », je pense qu’il faut simplement lui payer un billet d’avion, pour aller voir aux USA, en Suisse, en Asie, ce qu’on peut avoir comme qualité de soins et à quel prix. Il suffit de voir ce qui se passe à l’étranger pour s’apercevoir que nous avons un système de soin de plus en plus défaillant, qui use les personnels, qui démotive, et qui coûte de plus en plus cher. 

 

 

PdA : Arnaud Montebourg en ministre activiste du Redressement productif pour tenter de maintenir certaines activités sur le territoire, de promouvoir le "Made in France"... Plutôt pas mal ? Risible ? Carrément néfaste ?

 

Ulrich Genisson : Si j’étais libre de m’exprimer, je dirais : risible, carrément néfaste et j’ajouterais très dangereux. Mais comme je ne suis pas libre… Achille Tournier disait : « La politique est le seul métier qui se passe d’apprentissage, sans doute parce que les fautes en sont supportées par d'autres que par ceux qui les ont commises. »

 

Stéphane Geyres : Les Renseignements Généreux m’empêchent de dire ici ce que je pense du personnage et de son incompétence en économie, laquelle finit par le rendre catastrophique pour ces couches sociales mêmes qu’il prétend avoir à cœur. Juste une chose. Frédéric Bastiat, Député des Landes en 1848 et fin économiste, oublié depuis en France mais mondialement connu, l’a démontré dès cette époque – et bien d’autres auteurs depuis : le protectionnisme, sous quelque forme que ce soit, est néfaste pour toute économie, pour tout pays, pour toute commune. Il enrichit les mauvais industriels et appauvrit les consommateurs, c’est-à-dire ceux qui sont les plus nombreux. La prospérité passe par la mondialisation du libre-échange. L’enrichissement de tous suppose que les entreprises – y compris publiques – affrontent la concurrence et se tiennent compétitives. Montebourg devrait pousser à la compétitivité du pays et non à la protection courte-vue d’emplois déjà dépassés.

 

 

PdA : Les deux questions précédentes m'inspirent celle qui suit... La solidarité nationale... La patrie... Une attaque récurrente - ça ne la rend pas juste pour autant - lancée par leurs détracteurs aux "très" libéraux : ces valeurs leur seraient étrangères. Que vous inspirent ces notions ? Qu'aimeriez-vous répondre à cela ?

 

Stéphane Geyres : Il y a trois choses différentes je crois dans cette question. La solidarité, tout d’abord, est je crois un phénomène spontané. Contrairement à ce que beaucoup avancent, les gens s’entraident spontanément, la charité existe, elle est même énorme dans les pays anglo-saxons – là encore, il y a un article dans Libres !, par Alexandre Gitakos, sur ce sujet. Par contre, je ne vois pas en quoi la solidarité « nationale » aurait un sens. Faut-il être obligé d’être « solidaire » d’un inconnu sous prétexte qu’il a le même passeport ? Même s’il ne donne aucun signe de mériter un tel geste ? Patrie et nation sont en effet des notions très contestées par les libéraux, car elles nient la nature individuelle de l’homme et tentent de lui sur-imposer une abstraction arbitraire. J’ai moi-même écrit un article dans Libres ! qui explique ce point de vue sur la nation.

 

Ulrich Genisson : Le jour ou l’on m’expliquera ce qu’est la France, ce qu’est un français, par déduction on pourra peut-être définir ce qu’est la patrie. A ce jour, ma patrie c’est la liberté et tous ceux qui pensent que la liberté est une cause primordiale dans leur vie défendent la même patrie que moi. Un français, bientôt, ce ne sera rien d’autre qu’un individu obligé et soumis à l’état contrôlant les français. Je suis désolé, mais cette patrie là, je n’en veux pas.

 

 

PdA : Quelles restrictions au concept de "liberté" jugez-vous raisonnablement acceptables ?

 

Ulrich Genisson : Aucune restriction n’est recevable. Les droits naturels que nous recevons, la vie, la liberté, sont inaliénables. La propriété (concept expliqué simplement dans LIBRES !) est absolument centrale dans la vie de chaque individu, aussi bien envers son propre corps qu’envers ses biens c’est-à-dire son travail. Une nouvelle fois, Murray Rothbard nous l’explique si simplement : « Je considère la liberté de l’individu non seulement comme moralement excellente en elle-même, mais aussi comme la condition nécessaire de toutes les autres valeurs que chérit l'humanité : la vertu, la civilisation, les arts et sciences, la prospérité. Mais la liberté a toujours été menacée par les ingérences du pouvoir politique, pouvoir qui essaie de réprimer, de maîtriser, de paralyser, d’imposer et d’exploiter les fruits de la production. Le pouvoir ennemi de la liberté, est presque toujours concentré dans ce réceptacle de la violence qu’est l’état, et obnubilé par lui. »

 

Stéphane Geyres : Restrictions ? Aucune bien sûr. Mais votre question montre à mon sens une incompréhension chez bien des gens. On oublie souvent que la liberté suppose la responsabilité, car pour respecter celle d’autrui – et donc qu’autrui respecte la mienne – il faut que je sois conduit à assumer mes actes et mes éventuels irrespects. La responsabilité m’assure qu’autrui sera motivé à respecter ma liberté, et moi la sienne. A partir de cet équilibre de base, pourquoi chercher à limiter ? Au contraire, un des enjeux de notre société, où de nouvelles formes de relations sociales émergent – via Internet, les réseaux sociaux, demain le robots peut-être – c’est justement de tirer cet enseignement de la simplicité efficace de la liberté pour la voir appliquée à tous ces nouveaux espace. Un grand risque moderne, c’est la prise en main d’Internet par les bureaucrates. Il faut absolument conserver à Internet sa nature apolitique et apatride.

 

 

PdA : Quelles sont, finalement, ces libertés que vous revendiquez ?

 

Stéphane Geyres : Toutes donc. :) A commencer par celle de ne pas avoir à payer d’impôts, surtout pour des services que je n’utilise pas ni n’ai même souhaités. Celle de faire ce que je veux chez moi, y compris jeter dehors tout locataire qui ne respecterait pas son engagement à payer son loyer. Celle de rouler à la vitesse que je veux, pourvu que je m’assure que je ne heurte ni n’accidente personne. Celle d’embaucher ou de licencier sans avoir de comptes à rendre à personne à part ces employés eux-mêmes. Toutes.

 

Ulrich Genisson : Simplement la liberté de vivre à 100% sa vie ! Rien de plus, rien de moins. Si vous voulez vivre dans une cabane au fond du jardin en mangeant bio tout en travaillant 15h par semaine, libre à vous ! Si vous voulez sauter en parachute d’endroits improbables et risquer de perdre votre vie au quotidien, libre à vous ! Si vous voulez travailler dur pour sortir de la misère et donner un avenir à vos enfants, libre à vous ! Personne ne sait mieux que vous la route que vous devez suivre, car vous seul êtes légitime pour la tracer…

 

 

PdA : Pourquoi nos lecteurs devraient-ils acheter "Libres !" ? Quels sont vos meilleurs arguments ?

 

Ulrich Genisson : Les français et plus largement tous les citoyens occidentaux ont troqué leur liberté contre une hypothétique sécurité et une passion pour l’égalité. Victor Hugo disait : « En général, en France, on abandonne trop volontiers la liberté, qui est la réalité, pour courir après l’égalité, qui est la chimère. C’est assez la manie française de lâcher le corps pour l’ombre ». Nous sommes arrivé à la fin d’un cycle, l’état étant à bout de souffle et manque de carburant c'est-à-dire d’argent. Nous arrivons à la croisée des chemins où chacun va se retrouver devant un choix : d’un coté la liberté, de l’autre, l’esclavage le plus total. LIBRES ! a été initié, conçu pour attirer l’attention ce qu’est vraiment la « route de la liberté » pour ne pas que nous empruntions une fois de plus « la route de la servitude ». 100 sujets simples d’accès, chaque thème se lisant entre 3 stations de métro. 100 auteurs représentants toute la diversité possible d’âges, de professions, de niveaux possibles. Vous êtes une mère de famille inquiète pour l’avenir de ses enfants ? Ce livre est pour vous ! Vous êtes un motard qui en a ras-le-bol de se faire persécuter ? Ce livre est pour vous ! Vous êtes un jeune chef d’entreprise qui ne comprend pas pourquoi, malgré tout ses efforts, l’état vit très bien sur son dos alors que lui ne vit plus ? Ce livre est pour vous ! Personne n’est exclu dans ce livre, tout le monde y trouvera une résonance dans sa propre vie.

 

Stéphane Geyres : Ils sont libres eux-mêmes, mais ils l’ont oublié. Quand ils se seront rendu compte qu’ils sont en fait libéraux, que la liberté, c’est la vie, ils se rendront compte que cette liberté dont ils ont envie au fond d’eux est en réalité légitime et possible. Libres ! a été écrit pour que les gens se rendent compte que la liberté, ils l’ont en eux, que le droit libéral est une notion simple, naturelle et de bon sens. Que toutes – je dis bien toutes – nos difficultés sociales sont en réalité l’effet de quelque immixtion abusive et injustifiée des bureaucrates dans notre vie et nos affaires privées légitimes.

 

 

PdA : Quels sont vos projets ? Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

 

Stéphane Geyres : Pour l’instant, il s’agit de faire de Libres ! un succès, c’est-à-dire qu’on vienne à parler de Libres ! comme d’un événement politique et littéraire majeur.

 

Ulrich Genisson : Nous attendons sincèrement que ce livre soit repris massivement. Nous avons réunis toutes les conditions pour cela, que se soit par les courants représentés, le nombre d’auteurs, les textes libres de droits, les 550 journalistes et célébrités contactées qui ont reçu un exemplaire de LIBRES ! Nous avons tous offert ce travail à notre cause : La liberté !

 

 

PdA : Un message à adresser à nos lecteurs ?

 

Ulrich Genisson : La liberté est en très grand danger. Si vous la laissez tomber maintenant, ne vous plaignez pas un jour qu’elle vous laisse tomber à son tour.

 

Stéphane Geyres : Libres ! a été écrit pour tout le monde, pour les gens inconnus comme vous et moi. Il est facile à lire, il parle de sujets qui vous concernent. C’est votre livre.

 

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment !

 

Stéphane Geyres : Ces questions sont intéressantes, mais souvent mériteraient d’y consacrer du temps, tant on n’est peu habitué de parler de liberté. Une série d’interviews, sujet par sujet, me semblerait une bonne idée, une suite logique…

 

Ulrich Genisson : Je souhaite que nos lecteurs se posent cette question : On dit du peuple qu’il n’est pas assez lucide et intelligent pour décider de son destin. Mais alors pourquoi lui donner le droit de choisir les hommes et les femmes politiques qui le feront à sa place ? Un individu capable de choisir ses chefs, ne devrait-il pas plutôt voter pour lui-même ?

 

 

 

Merci encore à tous les deux pour vos réponses, tous mes voeux de succès pour "Libres !". Phil Defer

 

 

 

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15 avril 2013

Lionel Dutemple : "J'aimerais faire un film des Guignols pour le ciné..."

   Les Guignols... On est des millions à les suivre chaque soir, à rire du regard qu'ils portent sur l'actualité du moment. Mais savez-vous qui se cache derrière vos personnages préférés ? Après l'interview d'Alain Duverne, maman de centaines de marionnettes depuis sa rencontre avec Alain de Greef, Paroles d'Actu vous propose un entretien avec Lionel Dutemple. Depuis 2000, il fait partie du cerle très fermé des auteurs des Guignols.

   Il a accepté d'évoquer pour nous les coulisses de l'émission, ses relations avec le monde politique et l'équipe du Grand journal... Et, quelques jours après la diffusion de sketchs controversés en réaction aux drames Koh-Lanta, il expose sans langue de bois ses conceptions de l'humour, de ce qui est ou n'est pas moral. Je le remercie pour le temps qu'il a bien voulu m'accorder. Bonne lecture ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

LIONEL DUTEMPLE

 

« J'aimerais faire un film

des Guignols pour le ciné... »

 

Auteurs des Guignols

(Photo fournie par Lionel Dutemple, éditée par Paroles d'Actu.

De g. à d. : Lionel Dutemple, Julien Hervé, Philippe Mechelen, Benjamin Morgaine)

 

Q. : 29/03/13 ; R. : 13/04/13

 

Avant de lire cette interview, j'aimerais dire ce mot aux éventuels lecteurs : parler sérieusement de l'humour, c'est un exercice compliqué. Tout ce qu'on fait aux Guignols, avant toute chose, c'est essayer de faire rire. Tout ce qui est dit autour est secondaire. (Note préliminaire, signée Lionel Dutemple)

 

Paroles d'Actu : Bonjour Lionel Dutemple. Vous faites partie de l'équipe des auteurs des Guignols depuis 2000. Racontez-nous... comment est-ce que tout a commencé ?

 

Lionel Dutemple : Alors que j'écrivais sur la sérié H, j'ai été recruté avec Ahmed Hamidi et Julien Hervé par Canalidée, une structure mise en place à Canal à l'époque pour chercher de nouveaux talents, que ce soit en animation, en tant qu'auteurs, comiques, realisateurs, etc... Ils cherchaient de jeunes auteurs pour Nulle part ailleurs. Après un an passé à écrire pour Nagui, le Jamel Show, le Visiophon (ancêtre du SAV) et les Césars, Bruno Gaccio a pensé à nous pour succéder à Franck Magnier et Alexandre Charlot, qui quittaient alors l'équipe des Guignols.

 

Gaccio travaillait dans le même bureau que nous durant cette première année, il assistait à nos débordements, crises d'hystérie, jeux idiots dans les couloirs... Et au lieu d'être saoulé, il nous a pris sous son aile.

 

PdA : On est des millions à rire grâce à vous chaque soir, mais finalement, on ne vous connaît que très, très peu... Et si vous nous parliez de vous, de votre équipe, de votre organisation ?

 

L.D. : Nous sommes avant tout une bande de copains. Julien, Philippe, Benjamin et moi ne faisons pas que bosser ensemble sur les Guignols. Nous bossons sur d'autres projets, et nous partons même en vacances ensemble ! C'est un drôle de métier, auteur des Guignols. Nous nous retrouvons chaque jour pour dire des conneries, ce qui pourrait apparemment ne pas vraiment passer pour un travail. Mais nous disons des conneries avec sérieux et réflexions, ce qui fait la force des Guignols. Nous nous attachons autant à la forme qu'au fond.

  

PdA : À quoi ressemblerait, si vous deviez nous la décrire heure par heure, votre journée-type, un jour d'émission ?

 

L.D. : Perso, j'écoute les infos et lis le journal chez moi jusqu'à 8h30-9h00, puis je me rends au bureau. Le matin, on parle entre nous de l'actu du jour, des conneries qu'on a vues à la téloche, au ciné, en soirée, avec en fond les chaînes infos en boucle. Si on a quelques idées matinales, on les note, mais en général on attaque l'écriture vers 13H00, quand on a des idées !

 

Il faut rendre le texte vers 16H30. On relit alors en compagnie du directeur artistique, d'un marionnettiste, et on corrige les défauts éventuels du JT. Certains soirs, on écrit également les séries, qui sont les sketchs tournés en extérieur et qui ne sont pas en direct. Il en faut quatre nouveaux par semaine. Mais les Guignols ne s'arrêtent pas vraiment le reste du temps, on est toujours à l'affût d'une connerie... Ça m'arrive de me relever la nuit et de noter une idée.

 

PdA : Une séquence que j'aime particulièrement, celle du "film". Parfois, ce sont des chansons, souvent très réussies et qui feront immanquablement le buzz. (Je pense à Désolé, à Rappelle Sarkozy, à À l'UMP y'a un groupe..., aux chansons de Carla Bruni...) Comment ça se passe, l'élaboration et le tournage d'une telle séquence ? Peut-être accepteriez-vous d'en illustrer le récit, en en prenant une pour exemple ?

 

L.D. : Le texte est écrit sur la base d'une de nos idées ou de celles d'un auteur extérieur, qui sont au nombre de trois : Ludovic Bruneau, Patrick Lhonoré et Yvan Longuet. Vous dire comment une idée naît, c'est comme essayer d'expliquer le Big bang. Une idée drôle, ça vient, c'est tout. Une idée pas drôle, ça vient souvent aussi, mais celle là, on essaye de pas s'en servir ! :)

 

Une fois le sketch écrit, dans ce cas-là, une parodie de chanson, on le lit à un réalisateur, qui va le réaliser avec trois autres sketchs, et cela en moins de trois semaines. Une semaine de préparation, où le réalisateur fait son découpage, où nos équipes cherchent ou construisent un décor. On enregistre les voix des imitateurs. Les maquilleuses et habilleuses, les documentalistes s'occupent de rassembler l'ensemble des marionnettes pour qu'elles soient le plus raccord aux personnages existants. Une semaine de tournage, où un sketch est tourné en une journée en général. Pour un clip, ça peut aller jusqu'à deux jours. Une semaine de montage, enfin, on les visionne et on corrige d'éventuels défauts ou lenteurs.

 

PdA : Je suis impressionné par votre capacité à créer chaque jour presque dix minutes de sketchs totalement inédits. J'imagine la pression que cela doit représenter, la terreur de la page blanche que chacun pourrait ressentir dans de telles conditions... Est-ce que ça vous arrive, ou pas du tout ?

 

L.D. : Non. Ça arrive d'être un peu pressé par le temps, mais en douze ans de Guignols, soit environ 3 000 JT (putain de merde, j'en ai pas marre ???), il y a toujours quelque chose qui a fini par sortir, donc pas d'inquiétude. L'inquiétude, on l'a plus sur des périodes longues, si on trouve que ça ronronne, ou qu'on a pas été très bon pendant une semaine ou plus, là on se remet très vite en question, pour trouver des solutions...

  

PdA : Abordons maintenant deux critiques distinctes qui peuvent, de temps en temps, vous être faites...

 

Il arrive que certaines personnes soient, de bonne foi, parfois choquées par votre humour, jugé gratuitement méchant sur tel ou tel sketch. Très récemment, ce fut le cas à propos de votre réaction à la mort d'un jeune candidat de Koh-Lanta. Avez-vous des remords, des regrets à propos de certains sketchs ou traitements de personnages ? Quelles sont les limites que vous vous fixez ?

 

L.D. : Ce qui me choque (et attention, j'en dors très bien la nuit), c'est l'ensemble de cette vague de téléréalité où on est prêt à détruire la vie d'un inconnu pour faire des recettes publicitaires... deux morts en dix ans de téléréalité, c'est un miracle. Et on ne compte pas les tentatives de suicide, les dépressions, la descente aux enfers de 99% - ou à peu près - des candidats. Et je parle même pas de la morale de ces émissions inculquée aux plus jeunes : "le plus fort, le plus vicieux, le plus machiavélique" emporte les 50 000 euros promis au vainqueur, soit, 0,0000000001% des recettes publicitaires générées par ces vides cerveaux.

 

Sur Koh-Lanta, on a juste ri avec cette mécanique infernale qui brise la vie des candidats en reproduisant une de leurs séquences vedettes. Et c'est de l'humour, je rappelle ! L'humour, ça sert aussi à exorciser des peurs, des drames. Je ne suis pas sûr qu'un mort sur Koh-Lanta soit plus grave qu'un mort SDF, un mort syrien, un mort de... Si, y'a des catégories de morts plus cool que d'autres ???

 

Et puis, on ne sera jamais d'aussi mauvais goût que ce qu'on critique. D'après le Canard enchaîné, qui est l'une de nos sources préférées, car indépendante, Denis Brogniart, attention, accrochez vos ceintuires, aurait remis, en souvenir à la famille, un vase de sable de la plage où le pauvre gars est décédé, et... un totem d'immunité !!! C'est qui, les plus drôles ???

 

On rit de tout sous peine de ne rire de rien. C'est là aussi le prix de la liberté chèrement acquise par les anciens des Guignols. Si on se fixe une limite, on est foutu. La seule limite que l'on ait, c'est de ne pas parler de vie privée. On ne parle pas non plus des rumeurs, on attend que l'information sorte pour en parler. On n'est pas des journalistes, mais des gagmen.

  

PdA : Alain Duverne, créateur des marionnettes des Guignols, me faisait part il y a quelques semaines de son admiration pour votre équipe d'auteurs, « bons, bûcheurs, acharnés », de son goût pour votre humour. Mais également de ses regrets quant à la ligne éditoriale, voire « politique », qui serait la vôtre lorsque vous vous engagez. Trop timide, trop « politiquement correct » face aux aberrations qui nous entourent.

Il pense que vous devriez employer vos talents à la mise à la lumière des « arthroses » de notre peuple et de notre société ; contribuer à élever le débat. Une idée, notamment : un spin-off dans lequel les leaders politiques guignolisés discuteraient autour d'un « monsieur ou d'une madame tout-le-monde en latex ». Qu'aimeriez-vous lui répondre ? C'est une idée qui pourrait vous intéresser ? Plus généralement, quelle conception vous faites-vous du "rôle" des Guignols ?

 

L.D. : Alain est un utopiste, un grand rêveur. C'est plus simple que ça en fait. On n'est pas là pour faire la morale, régler des comptes ou mener une guerre idéologique. On est là, tous les soirs à 19H52, pour divertir le public. On le fait d'une façon plutôt "intelligente", peut-être, puisqu'on cherche les travers de nos contemporains pour les caricaturer et que l'on cherche à savoir pourquoi telle ou tel personne a dit ça. Il y a une régle immuable pour tenter de trouver des idées : imaginer le pire. C'est ce qu'on fait, et malheureusement, on est souvent loin de la réalité.

 

Quand les équipes précédentes ont inventé la World Company, personne ne pensait alors que les grandes firmes, les grands financiers dirigeaient la planète. En imaginant une petite troupe d'hommes cyniques se partageant le pouvoir et les richesses de la planète, ils ne se doutaient pas qu'ils taperaient aussi juste. Et aujourd'hui, vingt ans après... C'est pire que ça !

 

PdA : Lors d'une interview accordée à Télé Câble Sat l'an dernier, vous déclariez que Nicolas Sarkozy « aurait adoré (vous) supprimer ». Avez-vous déjà reçu des réactions ouvertement exaspérées de la part de personnalités croquées, voire... subi des pressions ? (11/04/13)

 

L.D. : On ne subit aucune pression. S'il y en a, notre président Rodolphe Belmer (le patron de Canal, ndlr) ne nous en parle pas. Et honnêtement, les hommes politiques ont d'autres chats à fouetter que s'occuper d'une troupe de... bah, de guignols.

 

PdA : Parmi les personnages que vous égratignez - gentiment - en ce moment, Michel Denisot et Jean-Michel Aphatie. Franchement, où en sont vos relations avec l'équipe du Grand journal ? (13/04/13)

 

L.D. : Le Grand journal est traité de la même façon que les autres. S'il y a des choses qui nous amusent sur leur plateau, on n'hésite pas à en parler. De plus, on aime bien les marionnettes d'Aphatie et Denisot, donc, on ne se prive pas de les utiliser ! (13/04/13)

 

PdA : Quels ont été, jusqu'ici, vos moments les plus forts parmi ceux vécus avec les Guignols ? Ceux dont vous êtes le plus fier, parce que vous les trouvez franchement réussis, ou parce qu'ils sont devenus très populaires - ou les deux ?

 

L.D. : Ce dont je suis fier, c'est d'avoir fait perdurer cette machine de guerre que sont les Guignols. Je dirais que le plus dur, c'est aujourd'hui et demain, d'arriver à se renouveler sans cesse. Il y a quelques moments forts que j'ai vécus et que je trouve réussis. Supermenteur, le 11 septembre et notre traitement de Ben Laden, l'évolution et la transformation de Sarkozy, en fait, y'en a mille, et je vais pas vous faire un catalogue chiant de mes douze années ! Putain, j'ai la grosse tête !!!

 

PdA : Quels sont les réactions, les retours du public qui vous amusent, vous touchent le plus ?

 

L.D. : La réussite d'une blague, c'est quand les enfants en parlent à l'école, ou les gens au bureau. Entendre mes propres enfants reprendre des expressions des Guignols sans le faire exprès, ça me surprend toujours.

 

PdA : J'ai 28 ans. Je suis fan de l'émission depuis la présidentielle de 1995, j'avais 10 ans à l'époque. Et je vous suis resté fidèle depuis. Pour moi, et pour tous vos fans (et ils sont trèèès nombreux), pourriez-vous nous faire quelques révélations inédites, nous livrer quelques scoops à propos des Guignols ?

 

L.D. : Je crois qu'il n'y a rien de secret aux Guignols. On ne fréquente pas beaucoup le milieu des gens qu'on caricature, donc nos vies sont plutôt banales, en dehors du bureau.

 

PdA : Quels sont vos projets, vos rêves pour la suite ?

 

L.D. : J'aimerais qu'un film des Guignols voie le jour au cinéma. Et j'aimerais être de ceux qui vivront cette aventure.

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ?

 

L.D. : J'ai été roux jusqu'à 18 ans, et j'ai survécu. Tout obstacle peut être vaincu à force de volonté. (bon, moi, c'est grâce à une teinture, mais bon... :) )

 

PdA : Un mot... pour quelqu'un en particulier ?

 

L.D. : François Hollande, si tu me lis : fais gaffe, t'as repris trente kilos depuis mai.

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, cher Lionel Dutemple ?

 

L.D. : À moi, rien, tout va bien. Je souhaite aux gens le bonheur. J'aimerais aussi que les guerres s'arrêtent. Que la faim dans le monde soit éradiquée. Que le PSG achète Ronaldo. Que j'arrête de faire des fautes d'orthographe à toutes mes phrases. Que les épisodes 7, 8 et 9 de Star Wars ne soient pas des navets. Que Bayrou devienne président. Bref, j'aimerais que des trucs impossibles, en fait (à part Ronaldo au PSG).

 

PdA : Une tribune libre. Pour conclure cet entretien comme bon vous semblera.

 

L.D. : J'aimerais que vous ne lisiez pas cette interview sur un iPad tout en regardant un épisode des Anges de la téléréalité.

 

PdA : Merci infiniment...

 

 

Une précision : J'aurais souhaité agrémenter ce texte de quelques liens vers des vidéos de l'émission (les chansons citées, notamment). Mais Canal les bloque systématiquement sur les réseaux sociaux, donc... Merci encore, cher Lionel Dutemple, pour vos réponses, très intéressantes. Pour votre enthousiasme, votre créativité... Longue vie aux Guignols ! Un commentaire ? Phil Defer

 

  

Les Guignols : le site web, la page Facebook...

 

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Présentation remaniée : 07/11/14.

1 juillet 2016

Julien Holtz : « Il faut se fixer des challenges réalistes, c'est ainsi qu'on progresse... »

Les Jeux olympiques d’été 2016, qui se tiendront à Rio (Brésil), s’ouvriront dans un peu plus d’un mois. Une bonne occasion de se replonger dans la petite et grande histoire de l’Olympisme: ça tombe bien, c’est précisément ce que propose l’ouvrage 100 Histoires de légende des Jeux olympiques, paru chez Gründ il y a quelques semaines. Un beau livre écrit à quatre mains, par un père - le célèbre journaliste sportif Gérard Holtz, qui commentera à partir de demain son dernier Tour de France sur France Télévisions - et son fils - Julien Holtz, jusqu’ici largement méconnu. J’écris « jusqu’ici » parce que j’ai le sentiment qu’après publication de cette interview, ça risque de bouger un peu.

Un long et agréable échange dont je vous remercie, Julien. Le présent article, que je me suis efforcé de ponctuer d’une multitude de liens et visuels pour compléter l’expérience, est une plongée passionnante dans l’univers des JO et du sport de haut niveau en général. Expression d’une passion incontestable, d’une culture solide et de sentiments perso souvent touchants, parfois dérangeants, inspirants dans bien des cas... l’émergence d’un futur journaliste sportif populaire ? La suite le dira... Bonne lecture ! Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

PS : un grand merci, également, à Caroline Destais, sans qui rien cet article naurait pu être réalisé, ainsi qu’à Gérard Holtz, pour ses contributions précieuses (en P.II)

 

Exclusif - Paroles d’Actu

« Il faut se fixer des challenges réalistes,

c’est ainsi qu’on progresse... »

Interview de Julien Holtz

27-29/06/16

CV JEUX OLYMPIQUES indd pdf_00_P100

100 Histoires de légende des Jeux olympiques (Gründ, 2016)

 

Partie I : l’interview de Julien Holtz

 

Paroles dActu : Julien Holtz bonjour, merci de m’accorder cet entretien pour Paroles d’Actu à l’occasion de la sortie de l’ouvrage 100 Histoires de légende des Jeux olympiques, que vous avez coécrit avec votre père. On ne présente plus Gérard Holtz, votre père, mais vous, parlez-nous de vous ? de votre parcours ?

 

Julien Holtz : Bonjour ! Gérard n’a plus beaucoup de secret car tout ce qu’il fait est destiné au partage. La télévision, le théâtre, la réalisation, l’écriture. Et c’est vrai que les «  fils de » ont à se faire une place, dans l’ombre de leurs parents. J’avais choisi de faire mon propre chemin : prépa HEC, école de commerce (l’ESC Lille) puis une carrière qui de fil en aiguille m’a mené vers le web et le conseil en expérience utilisateur. Je ne voulais pas devoir mes réalisations et mon épanouissement d’adulte à mes parents. Je ne voulais pas qu’au jour de leur décès, je n’aie rien fait de constructif, et que je sois comme un oiseau tombé du nid avant d’avoir appris à voler… Alors je l’ai fait, j’ai déployé mes ailes. Puis au bout de dix ans de carrière, j’avais des doutes, envie de changer d’air. Gérard m’a écouté, il a eu une opportunité, une occasion en or qu’il a voulu partager avec moi et je l’ai saisie !

 

PdA : Ce florilège de grands moments et noms des JO, publié chez Gründ à quelques semaines de l’ouverture de ceux de Rio, vient à la suite d’une série de livres que vous avez ensemble consacrés, toujours chez le même éditeur, au Tour de France (2013), au sport français (2014) et au rugby (2015). Je ne vais pas vous demander comment vous est venue l’idée de ce dernier opus... mais plutôt comment est née celle de ces ouvrages réalisés avec votre père, et quelques éléments des coulisses de leur élaboration : qui fait quoi/quand/comment ? Est-ce que celui-ci avait une saveur, des traits particuliers par rapport aux autres ?

 

J.H. : Je vous parlais d’une opportunité. C’est tout simplement notre éditeur, Gründ, qui a contacté Gérard fin 2012 alors que la 100ème édition du Tour de France approchait. Gérard m’avait alors parlé d’un livre de photos du Tour à légender. Sans même y réfléchir, même si je n’avais jamais encore confronté ma plume au marché, j’ai dit « oui » ! Nous avons rencontré notre éditeur et découvert qu’il s’agissait en fait d’histoires à choisir et à raconter avec nos mots. D’un album de portraits, d’exploits et de scandales à butiner et picorer.

 

Sur ce premier livre, nous avons un peu tâtonné d’un point de vue méthodologique. Mais il s’avère que la méthode était la bonne et nous avons reproduit la recette sur les trois livres suivants ! Nous sommes « associés » à 50/50 tant sur la recherche d’idées, la liste des histoires, le choix des thèmes, la répartition des textes, le choix des photos, la promo. Un duo équilibré et complémentaire ! Gérard plutôt sur l’histoire et les petits secrets. Moi plutôt sur les scandales, les tragédies, les grands exploits et les images fortes. Gérard source son écriture dans les livres et moi je farfouille sur internet. YouTube est mon ami  !

 

PdA : Dans cet ouvrage riche et agréablement illustré, on retrouve, comme promis, tous les marqueurs qui ont fait l’histoire des Jeux olympiques au 20ème siècle : exploits incroyables et injustices terribles, portraits d’hommes et de femmes d’exception et incursions, souvent, de la grande Histoire dans celle de l’Olympisme. Quelles sont, parmi toutes ces histoires, que vous les ayez « vécues en direct » ou apprises après coup, celles qui, à titre personnel, vous ont le plus marqué et pourquoi ?

 

J.H. : Il y a l’image de Derek Redmond à Barcelone en 1992, foudroyé par un claquage en pleine course du 400m, qui veut passer la ligne quoiqu’il lui en coûte. Son père passe les cordons de bénévoles et saute sur la piste pour le soutenir !

Derek Redmond

Src. de la photo : www.athslife.com. Vidéo : cliquez sur la photo.

Il y a Elizabeth Robinson, championne olympique du 100m en 1928, promise au doublé à Los Angeles en 1932 et qui entre-temps frôle la mort dans un accident d’avion avec son cousin… Prise pour morte, elle avait même été envoyée au croque-mort  ! Figurez-vous qu’en 1936 elle glanera une nouvelle médaille, malgré une jambe raidie, avec le relais 4x100m !

Il a les japonais Nishida et Oe qui en 1936 refusent de se départager sur le podium du saut la perche. De retour au pays, ils couperont leurs médailles d’argent et de bronze pour en ressouder deux, mi-argent mi-bronze !

Il y a Károly Takács, le Hongrois qui mettait dans le mille au tir. Il devra franchir bien des obstacles pour parvenir au titre olympique. Jeune soldat, il n’avait d’abord pas le grade suffisant pour participer aux Jeux. Plus tard, une fois la condition remplie, il s’était blessé à la guerre et avait du apprendre à tirer de l’autre main ! Cela ne l’a pas empêché d’être double champion olympique !

Il y a les immenses exploits, comme Carl Lewis qui égale Jesse Owens aux Jeux de Los Angeles avec quatre titres lors d’une même olympiade. Les stakhanovistes comme Emil Zátopek ou plus récemment Steven Redgrave en aviron.

Dans le sport comme dans la vie, on n’a rien sans travail. Le plaisir est fade, la fierté est inexistante s’il n’y a pas eu de la souffrance pour y parvenir !

 

PdA : Combien d’athlètes présents sur ces pages ou lors de ces manifestations avez-vous pu rencontrer jusqu’à présent ? Que retenez-vous de ces rencontres et comment percevez-vous ces personnalités ? Les classeriez-vous « un peu à part » du commun des mortels ?

 

J.H. : À vrai dire, j’en ai rencontré assez peu. Les grands événements sportifs n’étaient pas mon quotidien, c’étaient mes récréations exceptionnelles. Il me faut reconnaître que j’ai eu une enfance particulièrement privilégiée de ce point de vue-là !

J’ai croisé récemment Marie-Jo Pérec dans un Monoprix du 17ème arrondissement de Paris. Une femme douce, gentille. Une timidité qui cachait certainement une rage de vaincre à toute épreuve. Marie-Jo c’était notre gazelle face aux félines sprinteuses.

À l’intronisation de Renaud Lavillenie à Grévin, j’ai pu échanger quelques mots avec lui et rencontrer aussi la fille de Colette Besson. Renaud est assez fidèle au portait que nous avons fait de lui : on sent sous ce masque de cire une impétuosité et un caractère de feu ! Un vrai voltigeur.

Renaud Lavillenie

Renaud Lavillenie aux J.O. de Londres en 2012. Src. de la photo : http://www.lejdd.fr.

Lors d’un spectacle de Michael Gregorio au Bataclan, j’étais assis derrière Teddy Riner, inutile de vous dire que je n’ai pas vu grand-chose du spectacle tellement le colosse est immense !

Enfin je connais intimement Thierry Rey et il est dans la vie comme il l’était sur les tatamis : un bosseur, un fonceur. Un gars authentique, fidèle et loyal.

 

« Tous ces champions ont eu en eux ce feu sacré

qui les poussait à ne jamais renoncer »

 

J’ai la conviction qu’on ne peut être un champion sans avoir une envie au-dessus de la moyenne. Vouloir réussir, c’est accepter l’idée de sacrifice. Que ce soit en sport comme en business ou dans n’importe quel art. Tous ces champions dont nous racontons l’histoire ont eu en eux ce feu sacré qui les poussait à ne jamais renoncer, ou en tout cas à renoncer plus tard que les autres !

 

PdA : Quels sont les sentiments qui vous habitent lorsque vous vous trouvez, devant votre poste de télé ou dans un stade, face à un exploit authentique ? De l’admiration certainement mais est-ce qu’il n’y a pas aussi, quelque part, une espèce, sinon de jalousie, en tout cas d’envie de se retrouver, à ce moment-là, dans la peau de l’athlète, à sa place ? Avez-vous jamais caressé cette envie, ne serait-ce qu’un temps, d’embrasser vous-même un parcours sérieux de sportif de haut niveau ?

 

J.H. : Je conseille à tout le monde d’avoir des rêves et des projets. De tracer un chemin pour s’approcher au plus près de ce qui vous guide. Je n’ai jamais éprouvé de la jalousie. C’est un sentiment négatif. A contrario l’envie est un élément moteur. Quand je suis dans mon canapé comme téléspectateur, je vis par procuration des émotions intenses. J’adore les retournements de situation, quand le petit dépasse le grand, quand le fort faiblit et que sa carapace se fendille.

 

Être un champion, un sportif de haut niveau ne m’a jamais fait envie. L’écart est bien trop grand pour qu’il fasse envie. C’est comme si je vous demandais, rêveriez-vous d’habiter l’Élysée ou le château de Versailles ? C’est tout simplement irréaliste. En revanche, monter un col mythique du Tour de France, gravir le Mont Blanc, courir un marathon, participer à une course de karting ou de vélo de 24h, ce sont des choses réalistes qui permettent de réaliser des exploits à sa portée. J’ai fait tout ça et à chaque fois, j’ai été fier de moi de le faire, d’y arriver et de progresser.

 

PdA : La question du dopage est omniprésente quand on parle de sport de haut niveau depuis des années et même... bien plus que ça. Est-ce qu’il n’y a pas aussi, là-dessus, une hypocrisie de la part du (télé)spectateur qui demande toujours plus de performances à l’athlète, quel que soit le sport concerné (et je pense évidemment en premier lieu au cyclisme) ? Le doping dans le sport n’est-il pas devenu inévitable au vu des masses financières impliquées ?

 

J.H. : Le téléspectateur n’a rien à voir dans le problème du dopage. C’est dans la nature humaine de chercher le petit truc qui va lui simplifier la tâche et lui donner les 5% ou 10% de performance en plus pour aller chercher la victoire. Astérix, un personnage de BD, en est le meilleur exemple ! Qui n’a pas fait une cure de vitamines avant de passer le bac ? Quel chanteur ne s’est pas saoulé avant un concert (pour ne pas dire pire) ?

Le problème en réalité c’est la suspicion entre les sportifs : Tiens, il marche à quoi lui ? Ben, je veux la même chose ou je veux mieux ! L’engrenage est rapide, au début on prend des petites médications pour récupérer, puis on arrive in fine aux transfusions sanguines, à l’Aicar, etc…

En cyclisme par exemple, il y a une énorme pression sur les coureurs. Leur carrière est tellement précaire et les sponsors veulent un retour sur investissement (qu’on cite le maillot). La tentation est grande de « passer du côté obscur de la force ». C’est presque culturel. Et plus on s’enfonce moins on a de scrupules. L’histoire de Lance Armstrong est le summum.

Le rugby a pris la même direction. Dans les années 80, c’étaient encore des gabarits comme vous et moi. Puis avec le professionnalisme, la multiplication des matches, les nouveaux gabarits de l’hémisphère sud aussi et ce nouveau style de jeu où on n’évite plus le défenseur et l’on cherche  l’impact… Il fallait se muscler, lever de la fonte. Tout cela nous donne des éléments pour comprendre la plongée vers le dopage.

 

PdA : Muhammad Ali, figure de légende par excellence, sur le ring comme à la ville, nous a quittés au début du mois de juin. Que vous inspire le personnage ? Qu’est-ce que vous auriez envie d’écrire sur lui si on vous ouvrait un espace pour le faire ?

 

J.H. : Il y a eu un magnifique film sur lui avec comme acteur principal Will Smith. Son caractère et son aura sont très inspirants. Maintenant écrire sur lui, il y a matière c’est sûr mais la question est « y-a-t-il un public pour ce sujet en France ? »

 

PdA : Lionel Messi, un des meilleurs footballeurs du monde, vient tout juste d’annoncer sa retraite internationale. Est-ce que vous l’intégreriez dans la catégorie des « légendes » du sport ? Question liée : comment définir ce concept de « légende » ?

 

J.H. : Messi est une légende, ne serait-ce que par son palmarès collectif et inviduel. Son histoire comporte tous les ingrédients pour en faire une de nos histoires de légende. Son enfance, sa petite taille, le Barça qui le recueille et l’aide à grandir tant physiquement qu’humainement. Son jeu, sa vista, ses records… Typiquement le genre de logique qui colle au concept des 100 Histoires de Légende !

 

Lionel Messi

Lionel Messi aux couleurs du F.C. Barcelone. Src. de la photo : CNN.com.

 

PdA : Justement... On vit aujourd’hui à l’époque de l’instantané, du trop-plein médiatique ; peut-être vit-on les événements avec moins de recul, peut-être néglige-t-on les vertus de la rareté et du silence. Les coulisses sont de plus en plus accessibles, on connaît davantage la vie des athlètes, eux-mêmes s’expriment sur Twitter, etc. Est-ce que, dans ce contexte, l’émergence de « légendes » est encore possible ? Les grands exploits sportifs font-ils rêver autant qu’avant ? Avez-vous à l’esprit des noms de sportifs ayant émergé dans les toutes dernières années et qui à votre avis porteraient bien (ou seraient susceptibles de bien porter) le qualificatif de « légende » ? Usain Bolt peut-être ?

 

J.H. : Usain Bolt est un champion hors normes. Laissons de côté les soupçons de dopage en Jamaïque, si un jour il devait tomber, il deviendrait un paria comme Lance Armstrong

Quelques journalistes triés sur le volet ont ces dernières années pu suivre le sprinteur à l’entraînement. C’est un sportif très bien entouré et qui sait se faire mal. Il a fait de sa taille (un handicap potentiel) un atout car il a travaillé sa puissance et sa fréquence de foulée.

 

« C’est souvent a posteriori qu’on dit d’untel

qu’il a été une légende »

 

Il faut être vigilant avec le qualificatif de « légende » car il y a une notion d’absolu. Or, un sportif en activité n’est jamais dans l’absolu, il se compare tous les jours aux autres. C’est souvent a posteriori qu’on dit d’untel qu’il a été une légende.

On peut dire de Bubka qu’il a été une légende du saut à la perche. Inversement, on ne peut pas encore le dire de Lavillenie car sa domination n’est pas absolue. Il lui arrive de faire « chou blanc » lors de quelques grands rendez-vous. On peut dire de Federer qu’il a été une légende du tennis tout comme Djokovic. Leur domination a été ou est absolue. Ils collectionnent les Grand Chelem.

En sports auto : Schumacher a été une légende, Loeb aussi. Alain Prost et Senna, des pilotes de légende mais pas des palmarès ahurissants. À mon sens la nuance est fine, c’est cette histoire de domination absolue.

 

PdA : « Votre » top 3 ou 5 des sportifs, passé/présent, toutes catégories et toutes disciplines confondues, que vous placeriez au-dessus de tous les autres, au top de votre palmarès personnel ?

 

J.H. : Mon Top 5  :

Michael Jordan
Carl Lewis
Michael Phelps
Lance Armstrong
Hicham El Guerrouj

 

PdA : Armstrong, malgré tout ?

 

Lance Armstrong

Src. de la photo : www.sportsinside.fr.

« J’ai malgré tout de l’admiration pour Armstrong »

J.H. : Ça peut vous étonner mais j’ai une certaine « admiration » pour Lance Armstrong. Malgré tout ce qu’il a fait. Malgré le tort qu’il a causé aux coureurs propres, à ceux qu’il a muselés. 7 Tours de France, 7 ans d’une domination absolue et mensonge de 14 ans. Comme toujours, les tricheurs ont un coup d’avance sur la police. Et à travers les livres L.A. Confidential de David Walsh et Pierre Ballester ou encore La Course secrète de Tyler Hamilton, on découvre le « Système Armstrong », cette mafia organisée autour de la victoire. La victoire à tout prix. Les menaces à ceux qui se plaignent ou veulent parler (Bassons, Simeoni, Betsy Andreu, etc...), le déni systématique de l’intéressé face aux médias (« pas positif donc pas dopé ») mais en réalité des moyens colossaux et des complicités à tous les étages. L’Américain aurait souscrit à toutes les méthodes, à tous les produits : corticoides, EPO... les microdoses pour ne pas être positif au contrôle... pire, les transfusions sanguines ! En 1999 lorsqu’il est positif aux corticoides, Armstrong répond à mon père que c’était une « skin cream » (une pommade pour son irritation sous les fesses). Face à ce crime de lèse-majesté que Gérard a commis, Armstrong répond par un boycott de son émission pendant quatre ans. Avec le nouveau thème du dopage mécanique, il serait même question qu’il ait déjà triché dès 1999, ce qui expliquerait sa cadence de pédalage folle en montagne... Telle est la face sombre du champion... Et dans la liste, Il y a Carl Lewis, qui n’est pas non plus le champion irréprochable qu’il affirmait être durant les années 80. On l’évoque dans notre livre, Les 100 Histoires de Légende des Jeux olympiques. Carl Lewis s’est dopé, lui aussi exerçait une certaine influence sur son sport. Le pouvoir et son exercice donnent des moyens et certaines libertés que l’on protège par tous les moyens.

Pourtant ces deux types font partie de mon Top 5 car ce sont des personnages hors normes, ils ont fait l’histoire de leur sport, l’histoire du sport en général. Êtres de conquêtes, assoiffés de victoires. Des exigeants, des champions du moindre détail qui ne laissaient rien au hasard. Ils programmaient leur victoire. Cela retirait le charme de l’imprévu mais cela dopait le spectacle de la performance. « Mais comment fait-il ? », « Comment est-ce possible ? ». Aujourd’hui on se pose la même question à propos d’Usain Bolt. Ce concours 1991 du saut en longueur pour Lewis face à Powell. Ce contre-la-montre de 2005 entre Fromentine et Noirmoutier-en-l’Île où Armstrong, parti une minute après Ullrich, revient comme un boulet de canon sur l’Allemand et le dépose en moins de 19km ! Grande image de télévision, sacré souvenir de passionné. Tout comme l’Alpe d’Huez 2001 dans une étape où il avait d’abord bluffé sur une possible méforme, ce qui tactiquement était intelligent (cela incitait l’équipe d’Ullrich et les autres concurrents à rouler à la place des US Postal), avant au pied de l’Alpe d’Huez de toiser l’Allemand du regard, de le jauger puis de la déposer. Intelligence tactique qui frisait l’humiliation. Mais Ullrich, l’éternel second de l’Américain, n’avait et n’aurait jamais les moyens de se défendre.

Ce que je retiens de ce type, c’est sa soif insatiable de victoire. Cette hargne qui vous mène aux grandes réussites et nourrit les palmarès. Un sportif de haut niveau ne peut prétendre devenir un grand champion et marquer son temps sans avoir cette envie qui vous aide à supporter et apprivoiser la souffrance. Entre art et business, il faut ajouter à cela une maîtrise absolue et certaine intelligence tactique. Chose qu’Armstrong avait et qu’Ullrich et Virenque n’avaient pas. L’Américain décidait de tout, dirigeait, organisait comme un entrepreneur. Alors que ses principaux concurrents n’étaient que des pions, parmi les meilleurs de l’échiquier, mais jamais ils n’auraient pu prétendre à être rois !

 

PdA : Quels seront les athlètes français, connus et moins connus, à suivre de près durant cette Olympiade 2016 ?

 

J.H. : Si Diniz est dans la forme de sa vie, il peut nous ramener la breloque comme on dit ! Je trouverais cela extraordinaire. Même si la marche athlétique n’a rien de spectaculaire, Yohann est garçon plein d’envie et ultra méritant !

 

Yohann Diniz

Yohann Diniz. Src. de la photo : www.sport.fr.

 

PdA : Peut-on raisonnablement espérer une récolte de médailles meilleure peut-être que les années précédentes (qui n’étaient déjà pas si mauvaises...) ?

 

J.H. : La France peut espérer une trentaine de médailles. Ce serait bien qu’en cyclisme sur piste, en escrime, en judo et en natation les Français respectent la tradition et fassent le plein ! Yannick Agnel n’était pas à son meilleur niveau aux championnats de France, espérons qu’il ait rattrapé son retard ! Sur piste, Greg Baugé et Pervis : des valeurs sûres.

 

« Ça va être compliqué cette année

pour l’athlétisme aux JO... »

 

En athlétisme, ça va être très compliqué. Le niveau mondial est très élevé. Jimmy Vicaut peut prétendre à une finale sur le 100m mais le podium, j’en doute. Et il est bien possible que l’âge d’or de Lemaitre soit passé aussi…

 

PdA : Gérard Holtz va quitter France Télévisions après avoir animé, cet été, son dernier Tour de France... qu’est-ce que ça vous fait à titre perso ?

 

J.H. : J’ai grandi en regardant « Papa » à la télé. Il fallait se faire une raison, l’âge fait son œuvre et il faut laisser la place. Depuis quelques années, avec cette aventure des livres, j’ai le plaisir de partager un peu de son aventure avec le public français. Des lecteurs passionnés, connaisseurs et parfois novices aussi.

 

C’est sûr que ça fait un vide dans mon quotidien mais maintenant c’est mon épouse que je regarde à la télévision ! Elle présente un magazine sur France 3 le matin !

 

PdA : Partagez-vous complètement la passion de votre père pour le vélo ou bien avez-vous une préférence pour d’autres sports ?

 

J.H. : Oui je la partage mais cela m’est venu « sur le tard ». Je faisais souvent du VTT au Parc de Saint-Cloud dans mon adolescence mais rien de plus. Puis en 2003, lorsque j’ai signé mon premier CDI au marketing chez Kärcher, Gérard a fait un exploit en faisant à vélo le parcours du Tour 1903. J’étais envieux de son aventure… et je me suis mis à la petite reine un an après !

On a souvent roulé ensemble à Longchamp et sur les jolies routes des Yvelines. On a même fait des cyclosportives comme la Ronde Picarde, la Look, et aussi les 24h du Mans en relais. Nous avions même fini 24ème de la première édition ! Nous avons aussi des passions communes pour le ski et le karting.

Et j’ai développé aussi un attrait particulier pour la course à pied, sport plus accessible et qui nécessite moins de temps. Du coup je peux m’entrainer la semaine et j’ai bouclé le Marathon de Paris en 2011 ! Je viens tout juste de courir ma 3ème Transbaie, une course nature à travers la Baie de Somme et je prépare pour octobre l’Ecorun de Vaucresson, un 20km 100% nature.

 

PdA : Un mot tout de même sur l’Euro de foot qui se joue actuellement en France: que vous inspire l’équipe nationale ? est-elle cette année au niveau des meilleures du continent ? votre pronostic pour la finale ? 

 

J.H. : L’Euro est en train de me réconcilier avec le football. On retrouve enfin du spectacle, de la bonne humeur et moins de vulgarité et de violence. Même le 0-0 des Bleus contre la Suisse était un beau match ! Le nombre de tirs sur les poteaux le prouve !

 

« Je ne me retrouve pas dans ce que sont

les Bleus d’aujourd’hui »

 

Je n’ai pas d’amour particulier pour notre équipe de France comme je l’avais dans les années 90. J’aimais nos joueurs, les Papin, Canto, Ginola, Pirès, Deschamps, Sauzée... Il y avait du talent avec Zidane et des valeurs aussi. De l’éducation et des principes. Aujourd’hui je ne me retrouve plus du tout dans le collectif des Bleus, dans l’image qu’ils renvoient, dans leur état d’esprit.

 

PdA : « Votre » anthologie du foot, c’est pour l’an prochain ?

 

J.H. : Nous aurions pu la sortir cette année mais nous avons pensé que le thème des JO se prêtait plus à notre concept et notre écriture romanesque… Il faudra probablement attendre 2018 et la Coupe du Monde ! Nous aimons bien nous adosser au calendrier des grands événements pour que notre travail soit dans l’ère du temps et correspondant aux envies ou besoins de notre public. L’année prochaine ce seront les sports mécaniques. Il y a là aussi matière à raconter plein de choses !

 

PdA : Quels sont vos projets, vos envies pour la suite, Julien Holtz ?

 

J.H. : Coté plume, poursuivre l’aventure avec Gründ et étoffer notre collection. Coté crayon et souris, prendre du volume dans mon métier de consultant en expérience utilisateur !

 

PdA : C’est tout le mal que je vous souhaite... ;-) Un dernier mot ?

 

J.H. : Tout simplement merci de votre curiosité ! Et à vos lecteurs : foncez en librairie, vous le verrez, vous serez surpris par nos histoires !

 

Partie II : Gérard Holtz, quelques mots...

Réponses datées du 3 juillet 2016... Merci !

 

Paroles d’Actu : Votre top 5 des grands sportifs ?

 

Gérard Holtz : J’en sélectionnerai six.

 

Killy, car notre triple champion olympique (dont nous parlons dans notre livre Les 100 Histoires de Légende du Sport français), est un champion d’une intelligence supérieure. Il a eu justement cette intelligence de savoir s’arrêter au sommet. Cette notion d’absolu dont on parlait. C’est exactement ça. Pas la compétition de trop. Et suite à sa carrière, il a poursuivi dans l’élite au sein du Comité international olympique, chez Coca-Cola et au comité d’organisation des Jeux d’Albertville notamment.

Bolt, qui a pulvérisé tous les records de vitesse sur piste et que m’a marqué par sa décontraction avant le départ de ses courses alors que d’autres ont besoin de faire le vide, de s’isoler. Barbara par exemple arrivait à midi au théâtre avant ses représentation du soir ! Lui, il ne se prend pas la tête !

Ali, champion olympique de boxe à Rome, dont nous dressons le portrait dans Les 100 Histoires de Légende des Jeux Olympiques, fait partie de mon top en vertu de son immense carrière et de sa personnalité. Au-delà de son palmarès et de son style unique, c’était un personnage public, un type qui avait du caractère et du courage. Le courage de dire haut et fort ce qu’une communauté pensait tout bas. Le courage de s’opposer, notamment, à la guerre du Viet Nam.

Muhammad Ali

Cassius Clay, futur Muhammad Ali, aux J.O. de Rome en 1960. Src. de la photo : rio2016.com.

Pelé est mon footballeur préféré, une véritable idole ! Je garde en mémoire sa Coupe du Monde 56 en Suède qu’il a survolée et son illustre « grand pont » lors d’un match au Mexique.

Coté tennis, Roger Federer, qui est pour moi le plus grand tennisman de tous les temps. Il a tout gagné et c’est un vrai gentleman.

Je ne pouvais oublier un 6ème : Eddy Merckx, le cannibale. Lui aussi dans son domaine, il a tout gagné. Il a dévoré tout le monde, la faim de victoire... Sept Milan-San Rémo, cinq Tours de France par exemple ! Et comme les autres de mon top, un gars gentil et simple.

 

« Mes pronos ? Allemagne-Portugal en finale

de l’Euro (2-1) et Froome pour le Tour » (G. Holtz)

 

PdA : Votre pronostic pour la finale de l’Euro 2016 (affiche et score) ? 

 

G.H. : Ma finale, ce sera Allemagne-Portugal. Et je pensais à l’Allemagne avant qu’elle ne gagne hier contre l’Italie !

Le score : 2-1 pour l’Allemagne.

 

PdA : Votre pronostic pour le nom du futur maillot jaune de cette édition 2016 du Tour ? 

 

G.H. : Je vois la 3ème victoire de Froome. Il est clairement au-dessus en montagne.

 

Partie III : l’album photos commenté

Julien Holtz a accepté, à ma demande, de nous livrer quelques photos... et de les « légender »...

 

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« Le Mont Blanc, en 2006. Je suis à gauche. Antoine, le cadet, est à droite. »

 

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« Entre mecs à la maison, en 2014. Je suis en bas et Antoine en haut. »

 

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« En plein effort durant la Gentleman du Cœur en 2009.

On a emmené les Sannier père et fils pendant deux tours... »

 

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« Août 2009, les 24h du Mans Vélo. J’ai dessiné la tenue ! Et on finit 24è de l'épreuve.

Je suis le troisieme en partant de la gauche. Antoine est derrière, Gérard à droite de la photo.

On court avec la famille Legeay. Roger a deux fils qui sont de gros rouleurs et se sont mis à l'ultra trail. »

 

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« Marathon de Paris, 2011. Coup de chaud à Bastille... cette édition était presque caniculaire. »

 

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« L’arrivée de la Paris-Saint-Germain-en-Laye 2012. »

 

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« 24h de karting du Circuit Carole. »

 

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« Essais en Formule France à Lohéac. »

 

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6 octobre 2014

Nicolas Marié : "La politique mérite mieux que des réactions émotionnelles"

   Dans la première saison des Hommes de l'ombre, la série de politique-fiction de France 2, Nicolas Marié incarnait Alain Marjorie, candidat socialiste à la présidence de la République. La seconde, dont la diffusion a débuté mercredi dernier, s'ouvre sur les scènes de liesse populaire d'une soirée de victoire - empruntées, pour l'anecdote, à celle de François Hollande en 2012. Dès la deuxième scène, on entre dans le vif du sujet. Un an après. Alain Marjorie est à l'Élysée. Et il va être confronté, bientôt, à de nombreuses, à de graves difficultés, tant aux plans politique que personnel.

   Nicolas Marié est de ces acteurs dont le visage nous est familier, sans pour autant réussir toujours à lui associer un nom. J'espère que cet article contribuera à pallier cette lacune imméritée, tant l'acteur est talentueux et l'homme attachant. Il a répondu tout de suite à ma sollicitation : je tiens à le remercier pour la gentillesse dont il a fait preuve à mon égard. Il nous livre quelques confidences à propos du tournage des Hommes de l'ombre ; nous parle de son personnage, du regard - affûté - que lui-même porte sur le monde politique. Surtout, il évoque pour nous son métier, avec une passion communicative. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

NICOLAS MARIÉ

 

« La politique mérite mieux

que des réactions émotionnelles »

 

Nicolas Marié 1

(Source des illustrations : Les Hommes de l'ombre, France 2.

Sauf : photo n°3, tirée du site Cinéma Passion.)

 

Q. : 04/10/14 ; R. : 06/10/14

 

Paroles d'Actu : Bonjour, Nicolas Marié. Ce mercredi étaient diffusés sur France 2 les deux premiers épisodes de la deuxième saison de la série de politique-fiction Les Hommes de l'ombre. On ne se dit à aucun moment, à propos du personnage que vous y campez, le président de la République, Alain Marjorie, qu'il "sonne faux". Comment vous êtes-vous préparé pour cette interprétation ?

 

Nicolas Marié : Je n’ai pas eu de préparation particulière pour incarner ce Président. Il m’est arrivé dans ma vie de côtoyer assez fréquemment des hommes politiques. Ajoutez à cela le déferlement quotidien d’images sur le monde politique. Avec un texte bien écrit et suffisamment évocateur quant à l’autorité qui doit présider à ce type de rôle, il n’y avait plus qu’à se laisser porter par son instinct…

 

PdA : L'action se déroule un an après l'élection de votre personnage. L'état de grâce, s'il a existé, est derrière lui. Les difficultés s'accumulent. Sa majorité de coalition, précaire, vient de survivre à une motion de censure à l'issue incertaine. Surtout, deux affaires menacent de ruiner sa présidence : un scandale politico-financier et un faits-divers tragique ; la seconde ayant pour protagoniste principal son épouse (qu'interprète par Carole Bouquet) et pour dissimulateur en chef l'ex-ministre de l'Intérieur, éclaboussé par la première affaire et "démissionné" depuis.

« On ment pour protéger les siens et on ment ensuite parce qu’on a déjà menti ». Cette réplique qui fait mouche est lâchée par un Alain Marjorie manifestement désabusé. Un homme dont on ne doute pas, parce que ça se sent, qu'il est honnête et qu'il voulait faire de la politique "autrement". Cet état d'esprit s'accorde-t-il au vôtre lorsque vous considérez le monde politique ?

 

N.M. : Je crois qu’il y a un grand espace entre le mensonge et la trahison. On a le droit de mentir. Bien mentir est une qualité. Un bon acteur est un bon menteur. Il se sert de la couverture d’un personnage et d’un texte pour exprimer une vérité. Sa vérité. Alors le mensonge devient un outil de vérité.

 

Pour Marjorie, comme pour tout homme politique, le mensonge est aussi un outil. C’est un bon outil s’il est un outil nécessaire dans un objectif légitime. L’histoire regorge de mensonges d’hommes politiques ou de militaires et de stratèges (l’opération « Fortitude » aura été l’exemple même du mensonge salutaire…) qu’il ne viendrait à l’idée de personne de condamner dès lors qu’ils ont permis de gagner des guerres, de sauver des vies humaines. « Mensonge » ne veut pas forcément dire « malhonnêteté »… Ici, Marjorie prend simplement conscience des vraies difficultés de l’exercice du pouvoir. Comme il y a un grand espace entre « mensonge » et « trahison », il y a un grand espace entre « compromis » et « compromission »…

 

Pour ce qui me concerne, je ne me voyais pas aborder ce Président sans une haute idée de ce que doit être la politique et l’idée que s’en ferait mon Président… Je suis issue d’une famille de résistants de la 2nde Guerre mondiale qui ont été déportés en Allemagne et qui ont été sauvés grâce au courage et à la détermination de ces grands responsables politiques qui nous ont libérés de la bête immonde. Quelquefois grâce à des mensonges meurtriers, qui n’en étaient pas moins nécessaires… Je ne pouvais incarner un de ces responsables sans avoir chevillé au corps leur sens aigu du patriotisme. Cette réplique n’aura donc été que la traduction d’une interrogation légitime. Un instant d’intimité, de doute. Un constat qui ébranle mais ne remet pas en question l’objectif de grandeur.

 

PdA : La politique, c'est un engagement qui, dans une autre vie, aurait pu vous séduire, vous tenter... ?

 

N.M. : Ma réponse à la question précédente implique forcément une réponse affirmative à celle-ci. La désillusion, le désenchantement, le refuge vers les extrêmes, ne sont que réactions émotionnelles. La politique (avec un grand P) mérite mieux que cela.

 

PdA : Revenons à la série. Pour cette nouvelle question, c'est à une sorte de numéro d'équilibriste que j'ai envie de vous inviter. Je le disais, pour l'heure, deux épisodes sur six ont été diffusés. À la fin du deuxième épisode, le président Marjorie est pris d'un malaise dont on avait déjà pu percevoir, ici ou là, des signes avant-coureurs... Parlez-nous de la suite de l'intrigue, sans rien en révéler, évidemment ?

 

N.M. : Le Président, très malade, ne va pas mourir. L’exécutif va être confronté à une courte période de vacance du pouvoir, qui sera prétexte à montrer au public comment nos responsables gèrent ce type de situation extrême.

 

PdA : Que retiendrez-vous de cette expérience ? Quels souvenirs en garderez-vous ?

 

N.M. : Ces six épisodes ont été tournés en crossboarding. Ce qui signifie que, dès le premier jour, nous tournions des scènes du 6 avec des scènes du 3, du 5 et du 1. Le lendemain, des scènes du 2, du 4, du 3, du 1 et du 5… et ce pendant trente jours… C’est un exercice exaltant, mais qui demande beaucoup de travail et une grande rigueur. Il faut dès le premier jour de tournage avoir construit la ligne générale de son personnage et en fonction des péripéties auxquelles il est confronté, avoir ajusté très précisément son évolution au fil des scènes de chaque épisode. Et respecter bien entendu scrupuleusement cette évolution pendant le tournage de chaque scène de ce grand puzzle.

 

Carole Bouquet, Bruno Wolkovitch, Aure Atika, Philippe Magnan, Yves Pignot, Emmanuelle Bach, sont des camarades de jeu délicieux, et nous avons été encadrés par un réalisateur talentueux et imaginatif et une production exigeante et attentive. Quelles qu’aient donc été les difficultés de ce type d’exercice, j’en garde un excellent souvenir.

 

Nicolas Marié 2

 

PdA : Quand on entreprend de regarder ce qu'a été votre parcours d'artiste jusqu'à présent, Nicolas Marié, on est impressionné, forcément. Vous êtes de ces visages, de ces voix que l'on a tous croisé au moins trois ou quatre fois, au détour d'un film, d'une série, sans forcément pouvoir mettre de nom dessus. Le nombre de pièces, de productions télé auxquelles vous avez participé force le respect. Vos voxo et filmographie noirciraient à elles seules pas mal de pages. S'agissant du cinéma, il conviendrait évidemment de citer 9 mois ferme, de votre ami Albert Dupontel, auquel on pourrait accoler 99 francs (J. Kounen), Micmacs à tire-larigot (J.-P. Jeunet), entre autres...

Quelles seraient, justement, sur l'ensemble des œuvres auxquelles vous avez collaboré, celles que vous aimeriez inviter nos lecteurs à découvrir ou redécouvrir, et pourquoi ?

 

N.M. : Comme une vie d’homme, la carrière d’un acteur est multiple. Je revendique cette multiplicité, elle m’a nourri au fil des années. Je l’ai encouragée, provoquée. Donc ce n’est pas une oeuvre en particulier que je mettrais en avant, mais la grande diversité des supports (théâtre, cinéma, télévision, radio, synchro..), des réalisateurs, des textes, qui a jalonné mon parcours.

 

PdA : Qu'est-ce qui vous rend fier, quand vous regardez dans le rétro et autour de vous ?

 

N.M. : Une vie d’adulte nourri d’abord par le bonheur d’aimer et d’être aimé.

 

PdA : Voulez-vous nous parler de vos projets ?

 

N.M. : Mon professeur d’art dramatique lorsque j’avais vingt ans disait toujours qu’on n’est pas sûr d’avoir le rôle tant que la dernière représentation n’est pas jouée… Les acteurs sont très superstitieux… Rares sont ceux qui dévoilent leurs projets… Je peux donc juste vous confier que mes projets sont multiples eux aussi… Dans les quatre mois qui viennent, il y a du théâtre, du cinéma, de la synchro et de la télé.

 

PdA : Des envies, des rêves, pour aujourd'hui ou demain ?

 

N.M. : Continuer de respirer à pleins poumons le grand air de la vie, en continuant de jouer avec le support du mensonge pour exprimer ma vérité…

 

PdA : « Au fond de moi, je n'ai pas le souvenir d'avoir voulu faire autre chose que comédien, c'est terrible ! D'une certaine manière, je n'avais pas d'autre choix ! (rires) J'ai toujours eu envie de faire ça. » Voici ce que vous déclariez lors d'une interview à Allociné, l'année dernière.

Quels conseils donneriez-vous à un(e) jeune qui se poserait aujourd'hui les mêmes questions que vous à l'époque, qui rêverait de devenir tragédien(ne) ou de jouer la comédie et, idéalement, d'en faire sa vie ?

 

N.M. : Un seul conseil : faire. Il n’y a que dans le « faire » qu’on apprend, crée, se grandit, vit. Faire. Faire. Faire. Un projet, aussi banal apparaît-il, sera plus fondateur pour un jeune acteur que tous les discours. S’il ressent donc l’appel de ce métier, qu’il embrasse avec avidité, avec gourmandise, tous les projets qu’il se soumet à lui-même, toutes les sollicitations qui se présentent à lui.

 

PdA : Un dernier mot ?

 

N.M. : Peter Brook termine un de ses livres (L’Espace vide) par : « Jouer sur une scène demande de gros efforts. Mais quand le travail est vécu comme un jeu, alors ce n’est plus du travail. Jouer est un jeu… ». Pour un acteur, la vie est un immense terrain de jeu. Vive la vie. Vive le jeu.

 

Nicolas Marié 3

 

 

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Vous pouvez retrouver Nicolas Marié...

 

28 juin 2013

Marc Touati : "Pour être très franc, je suis assez inquiet..."

Son "Dictionnaire terrifiant de la dette", paru en mars 2013 aux Éditions du Moment, vient d'être sélectionné, il obtiendra peut-être le prix du livre économique de l'année. Marc Touati préside le cabinet Aux Commandes de l'Économie et de la Finance (ACDEFI), qu'il a fondé en 2007. Outre cette activité, il intervient régulièrement dans les médias pour livrer ses analyses sur les questions d'actualité qui touchent à ses domaines d'expertise. La France et une bonne partie de l'Europe de 2013 sont les témoins - pas tout à fait extérieurs - de la résurgence de ce drame humain que constitue le chômage de masse. Les niveaux de déficits et d'endettements publics, la faiblesse des perspectives de croissance inquiètent, bien au-delà du continent. Les tout derniers chiffres pour la France, tombés au moment de la rédaction de ce texte, ne sont pas forcément de nature à rassurer... Vous l'aurez compris, Marc Touati a de quoi faire, en ce moment. Il a accepté de répondre à mes questions, s'appuyant en partie sur des tribunes qu'il avait livrées par ailleurs. Un regard éclairant, sans concession sur la situation économique et financière de notre pays. Ses prises de positions, engagées, (voir : sa pétition Sauvez la France) ne feront sans doute pas l'unanimité, c'est aussi une invitation au débat, les commentaires sont là pour cela. Merci. Merci à vous, surtout, Marc Touati. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

MARC TOUATI

Président du cabinet Aux Commandes de l'Économie et de la Finance

Auteur du "Dictionnaire terrifiant de la dette"

 

"Pour être très franc, je suis assez inquiet..."

 

Marc Touati

(Photos fournies à ma demande par Marc Touati)

 

 

Q : 12/04/13

R : 27/06/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Marc Touati. Depuis cinq ans, la "crise" s'est installée dans nos quotidiens. Je n'en développerai pas l'historique. Quelques points. Un retournement de l'immobilier - prétendument toujours ascendant - provoque une crise aigüe de l'emprunt hypothécaire aux États-Unis. La confection de produits dérivés et leurs échanges facilite sa propagation, comme une traînée de poudre. Une dilution ultra-toxique du risque, risque en partie encouragé par des politiques monétaires contestables et l'action d'organismes publics ou parapublics (garanties, etc...). Certains établissements tombent, d'autres, "too big to fail", "doivent" être sauvés, souvent par l'argent public, également mis à contribution pour sauvegarder la foi dans le système, éviter tant bien que mal de reproduire les erreurs des années 30. Limiter la casse... Cela ne suffit pas pour préserver la confiance dans l'avenir, donnée fondamentale... L'octroi de crédits bancaires se contracte, la frilosité, pour ne pas dire la peur, se généralise. La crise financière américaine devient mondiale (poids de l'Amérique et mondialisation des échanges obligent), économique (diminution de la consommation, de la production, du commerce, explosion du chômage... le cercle vicieux par excellence) et budgétaire (baisse des recettes fiscales et plans de relance conduisant à une explosion de l'endettement public). L'Europe, particulièrement touchée et handicapée par la bancalité des fondations de sa monnaie commune, peine à entrevoir le bout du tunnel... Voilà, pour le tableau, rapide, de la situation. Vous me direz sans doute que la dérive des comptes publics, qui a aggravé la crise en privant le politique de marges de manœuvre et en plombant la croissance, est bien antérieure à 2007-2008, mais nous y reviendrons un peu plus tard.

 

Pour cette première question, j'aimerais vous inviter à nous donner votre sentiment sur les cinq années qui viennent de s'écouler. Quelles leçons l'économiste chevronné que vous êtes tire-t-il de cette "Great recession", de cet enchaînement d'évènements dramatiques qui nous rappellent, sur bien des points, ce que fut la "Great depression" ?

 

Marc Touati : Au moins quatre grands enseignements peuvent être tirés de cette crise historique.

 

Premièrement, le pire n’est jamais certain. Ainsi, en dépit des points de ressemblances, la « great depression » des années 1930 a été évitée. Pourquoi ? Car, deuxième enseignement, la force de notre système économique, voire de l’être humain, réside dans le fait que l’on arrive généralement à tirer les leçons des erreurs passées pour ne pas les rééditer. Ainsi, en 2009, le monde économique a fait l’inverse de celui de 1929. A l’époque, c’était le vrai ultra-libéralisme : on a laissé les banques faire faillite, la Réserve fédérale n’a pas baissé ses taux directeurs au début de la crise et la relance budgétaire n’existait pas. Autrement dit, on a laissé la crise s’installer et devenir une grave dépression. En 2009, les banques ont été sauvées, les banques centrales ont baissé leurs taux directeurs et la relance budgétaire planétaire a atteint 5 000 milliards de dollars.

 

Troisièmement, les crises sont toujours des phases d’opportunités. Celui qui baisse les bras est sûr de perdre, celui qui ose regarder vers l’avenir en investissant et en innovant dispose d’une grande chance de gagner. La preuve ? De nombreuses entreprises sont plus fortes aujourd’hui qu’avant la crise. Et pour cause : elles ont pris les parts de marchés des entreprises qui n’ont pas fait les bons choix stratégiques et ont souvent disparu.

 

Quatrièmement, l’augmentation « bête et méchante » des dépenses publiques n’est pas la recette absolue contre la crise. Il ne faut pas plus d’État mais mieux d’État, la faiblesse de la croissance française en dépit de la forte augmentation des dépenses publiques en est la preuve parfaite.

 

 

PdA : La gestion de l'"après" par les acteurs d'influence (les États, les banques, les institutions internationales, etc...), les décisions qui ont été prises vous rassurent-elles quant à la prévention d'une nouvelle crise de ce type ?

 

M.T. : Si les réactions des États et des institutions internationales au début de la crise ont été bonnes, le cafouillage et les erreurs stratégiques sont malheureusement revenus très rapidement. On peut noter au moins trois grandes erreurs. Primo, la trop forte augmentation de la réglementation bancaire (appelée Bâle III) qui limite l’octroi de crédits aux entreprises. Secundo, le maintien d’un euro trop fort. Tertio, l’exacerbation de la pression fiscale, en particulier dans l’Hexagone. Trois évolutions qui empêchent le retour de la croissance, donc la sortie réelle et définitive de la crise.

 

 

PdA : Nous évoquions tout à l'heure le cas particulier de l'Europe. Plusieurs pays membres de la zone euro ont vécu ces dernières années une dégradation brutale de l'état de leur économie... et de leurs comptes publics. Pour certains d'entre eux, la "crise" a agi comme un révélateur, révélateur de structures économiques pas forcément saines ni durablement soutenables. Qui dit déficits et dettes dit prêteurs. Ceux-ci, souvent institutionnels et étrangers, ont exprimé leur inquiétude s'agissant de la capacité de ces États à les rembourser. Le risque perçu a été intégré, il explique le différentiel constaté dans les taux d'intérêt réclamés, bien plus importants que ceux attachés aux emprunts allemands par exemple, moins onéreux car jugés plus sûrs. Les peuples chypriote, espagnol, grec, irlandais, portugais... n'ont pas fini de payer la facture, elle est écrasante. La solidarité financière joue à plein entre pays de la zone euro, mais ce au prix de cures d'austérité très douloureuses... L'idée : éviter coûte que coûte un défaut de paiement, qui sait quel impact celui-ci pourrait avoir sur l'euro... Combien de sommets de la dernière chance ? On ne les compte plus...

 

M.T. : La rigueur pour la rigueur n’a pas de sens. Si on augmente trop les impôts, on aggrave la récession, donc le chômage flambe encore, les déficits publics s’accroissent et la dette s’envole de plus en plus haut. In fine, la zone euro est menacée jusqu’à son existence même.

 

Sur votre deuxième remarque, effectivement, cela finit vraiment par devenir lassant. Depuis la fin 2009, tous les six à neuf mois, nous avons droit à une nouvelle crise grecque, avec ses faux-semblants, ses dangers et ses « vraies fausses » solutions. À chaque fois, la majorité des économistes et des politiciens bien-pensants se répandent un peu partout pour annoncer que la crise grecque et, par là même, celle de la zone euro sont terminées. Malheureusement, rien n’a jamais été réglé. Bien au contraire. En fait, les dirigeants eurolandais ont simplement posé des gros pansements sur une plaie béante sans la cautériser. Si bien que lorsque le pansement s’effiloche, puis disparaît, la plaie est non seulement toujours là, mais elle s’est, de surcroît, infectée.

 

En effaçant la moitié de la dette grecque détenue par des agents privés, les Européens n’ont fait que gagner du temps. Car, dans la mesure où l’euro est resté trop fort et où rien n’a été mis en œuvre pour soutenir la croissance, la Grèce a continué de sombrer dans la récession et dans le malaise social. Depuis le début de la crise (c’est-à-dire depuis le quatrième trimestre 2007), le PIB hellène a plongé d’environ 30 %. Conséquence logique de ce marasme, le taux de chômage atteint désormais 27 %, et 62,5 % pour les moins de 25 ans.

 

Pour « couronner » le tout, la Grèce s’est engagée dans une crise politique qui rappelle de bien mauvais souvenirs, avec, qui plus est, une extrême gauche qui est toujours à deux doigts de prendre le pouvoir, ainsi qu’un parti néonazi qui est entré au Parlement et a même créé des « milices ». Dès lors, la moindre étincelle, comme la fermeture des médias publics par le gouvernement Samaras il y a deux semaines, réactive un incendie qui n’a en fait jamais été circonscrit.

 

Cela confirme que, sans union politique, la zone euro reste menacée par un pays qui ne représente que 2 % de son PIB.

 

 

PdA : L'erreur, majeure, n'a-t-elle pas été d'aller trop vite dans la constitution du dernier cercle communautaire, celui de la monnaie commune ? Ne fallait-il pas conditionner son intégration à un contrôle a priori bien plus poussé, coupler à sa création celle d'un véritable gouvernement économique ? Intégrer les pays petit à petit, quitte à n'en avoir que trois ou quatre, au départ, le temps de laisser aux autres celui d'assainir leur situation dans des conditions moins violentes... ? Quel est votre avis sur la question ? Comment sortir de ce long cauchemar par le haut, désormais ?

 

M.T. : Il faut arrêter de tourner autour du pot : l’Union Économique et Monétaire ne pourra sortir de la crise de la dette, et plus globalement de sa crise existentielle tant qu’elle ne sera pas une zone monétaire optimale. Cela signifie qu’il existe une parfaite mobilité des capitaux, des entreprises, mais aussi des travailleurs au sein de la zone en question. Pour y parvenir, les pays qui la composent doivent œuvrer à une harmonisation de leurs conditions fiscales, budgétaires et réglementaires, préparer le terrain à un marché du travail unique, sans oublier d’instaurer un budget fédéral conséquent, capable de supprimer les chocs asymétriques au sein de la zone. En d’autres termes, si un des États membres connaît une crise spécifique (que l’on appelle un choc asymétrique), le budget fédéral pourra y remédier directement, annihilant ainsi les risques de contagion à l’ensemble de la zone.

 

Ne l’oublions pas, la création de l’euro n’était qu’une étape visant à donner naissance à une union politique et fédérale. On peut être favorable ou opposé à cette dernière mais si on la refuse, il faut d’ores et déjà savoir que l’UEM finira par exploser, sortant donc de la crise de la dette par le bas, replongeant l’Europe dans un jeu non-coopératif et forcément destructeur.
Comme nous ne cessons de le répéter depuis le début de la crise, les plans de sauvetage de la zone euro ne font que colmater les brèches et continuent d’oublier l’essentiel : la croissance. Tant que l’euro ne passera pas sous les 1,15 dollar pour un euro, que les impôts augmenteront et qu’il n’y aura pas de budget fédéral, la récession perdurera et la crise de la zone euro empirera.

 

Le problème est que les dirigeants eurolandais continuent d’être dogmatiques et de se focaliser sur une faible inflation et une rigueur mal placée. Autrement dit, ils préfèrent « mourir guéri » que vivre avec un peu d’inflation. C’est vraiment dommage.

 

 

PdA : Zoom... sur la France. Dans votre dernier ouvrage, "Le dictionnaire terrifiant de la dette", vous dressez un état sans concession de la situation budgétaire de notre pays, de ses perspectives d'avenir. Quels chiffres, quelles données souhaiteriez-vous que nos lecteurs aient à l'esprit, à ce stade de notre entretien ?

 

M.T. : Lorsque l’on observe l’évolution récente de la dette publique des pays européens et en particulier celle de la France, une question revient souvent : comment en est-on arrivé là ? Autrement dit, comment la dette publique française a-t-elle pu passer de 20 % du PIB en 1980 à 59 % au milieu des années 1990 et à plus de 90,2 % en 2012 ? L’évolution de ce ratio est encore plus inquiétante depuis quelques années : 64,2 % en 2007, 79 % en 2009, 86 % en 2011 et certainement 100 % en 2013. Et encore, par convention comptable, la dette publique française (comme ses homologues européennes d’ailleurs) n’intègre pas le « hors-bilan », c’est-à-dire le paiement des retraites des fonctionnaires. Si tel était le cas, nous serions plutôt autour des 130 % du PIB.

 

En monnaies sonnantes et trébuchantes, le choc est encore plus effroyable. De 92 milliards d’euros en 1980, la dette publique a atteint 515 milliards en 1993, 1 000 milliards en 2003 et sera d’environ 2 000 milliards en 2013 ! Bien sûr, entre-temps, les prix ont également progressé de 172 %. Toujours est-il que de 1980 à 2013, la dette publique française a explosé de 2 073 % en valeur et de 1 901 % en volume (c’est-à-dire sans inflation). De quoi donner le vertige…

 

D’où une question incontournable : comment, en si peu de temps, la France a-t-elle pu passer d’une dette relativement normale à une dette aussi explosive ?

 

La réponse est malheureusement simple. La dette publique n’est que le cumul des déficits publics annuels. Plus ces derniers augmentent, plus la dette flambe. à partir du moment où la croissance économique ne suffit pas à rembourser les intérêts de la dette, alors cette dernière devient cumulative et auto-entretenue. Et encore, il faut noter que, dans son malheur, la France a bénéficié d’un atout incroyable, en l’occurrence des taux d’intérêt bas pour les obligations du Trésor. Lorsque ces derniers remonteront, ce qui se produira inévitablement en 2013, l’écart entre la croissance et la charge d’intérêts de la dette s’agrandira et la bulle de la dette deviendra encore plus explosive. Eh oui ! avec la dette publique, c’est un peu comme avec un célèbre liquide vaisselle jaune : « quand il n’y en a plus, il y en a encore… »

 

Le seul moyen de stopper l’hémorragie puis d’inverser la tendance serait déjà de restaurer une croissance durablement forte et ensuite d’obtenir un excédent des comptes publics. Seulement voilà, la dernière fois que la croissance française a été forte pendant plus de deux ans remonte aux années 1998-2000. Ce « phénomène » relativement court n’a pas permis de retrouver le chemin de l’équilibre budgétaire. C’est bien là que réside le mal principal de la puissance publique française : elle ne sait produire que des déficits sans réussir à relancer la croissance et à faire baisser le chômage. Le dernier excédent des comptes publics remonte à 1974.

 

Aujourd’hui encore, en dépit d’autant d’années de déficits sans croissance et de gaspillage des deniers publics, le gouvernement français n’a aucunement l’intention de renverser la vapeur, même s’il multiplie les efforts marketing pour essayer de faire croire le contraire. Plus grave, la plupart des Français jugent ce comportement normal. Il est donc urgent de réagir. Non, une dette publique de 100 % du PIB n’est pas acceptable ! Non, une croissance économique structurellement inférieure à la charge d’intérêts de la dette publique n’est pas supportable ! Non, il n’est pas sérieux et responsable de laisser encore filer la dépense publique et de se contenter d’augmenter les impôts !

 

Tant que nos dirigeants n’auront pas compris ces éléments de bon sens, la crise de la dette publique enflera. À ce rythme, cette dernière atteindra aisément les 2 500 milliards d’euros en 2017. Dans ces conditions, l’économie française ne connaîtra pas de rebond et les crises sociales et sociétales deviendront notre quotidien.

 

 

PdA : Vous avez lancé il y a quelques jours une pétition, que l'on retrouve sur SauvezLaFrance.com. Le gouvernement y est exhorté à agir à propos du poids de la dette, du niveau des prélèvements obligatoires et de la dépense publique dans notre pays. Si vous deviez attribuer de bons et de mauvais points au pouvoir actuel en matière d'économie et de finance, quel en serait le bilan ?

 

M.T. : La situation économique de la France est de plus en plus catastrophique : la croissance a été nulle au cours des cinq dernières années, la récession est de retour, le chômage flambe et la dette publique devrait atteindre 100 % du PIB d’ici la fin 2013. Pour ne rien arranger, la crise politique qui sévit depuis quelques semaines fait craindre un véritable chaos.

 

Bref, l’heure est grave et il est urgent de réagir. Pourtant, bien loin de prendre le taureau par les cornes et continuant de se voiler la face, le Président Hollande et le gouvernement Ayrault préfèrent le dogmatisme et la méthode Coué. Pis, ils veulent continuer à augmenter la pression fiscale et la dépense publique, qui atteignent déjà des niveaux pléthoriques. Soyons clairs : avec cette double erreur, la récession va encore s’aggraver, le chômage augmenter et la dette publique battre de nouveaux records. Est-ce vraiment cela que nous voulons pour notre douce France ?

 

Certainement pas. C’est pourquoi, il est grand temps de dire STOP ! et d’inverser la tendance. Aussi, devant la dictature du politiquement correct et face à l’omerta économique ambiante, je vous propose de crier tout haut la nécessité d’un véritable changement vers une politique économique plus pragmatique et plus efficace. Celle-ci devra notamment passer par moins d’impôts et moins de dépenses publiques superflues. Une fois que ces deux évolutions auront été engagées, la France pourra retrouver le chemin de la croissance, mais aussi celui de la crédibilité économique et, in fine, sortir par le haut de cette crise qui n’en finit plus.

 

Exigeons donc simplement du gouvernement français qu’il s’engage à abaisser au plus vite le poids des impôts et des dépenses publiques dans le PIB vers le niveau moyen qui prévaut dans la zone euro, en l’occurrence 41 % et 49 %, contre actuellement 46 % et 57 % dans l’Hexagone (estimations 2013). Ces poids sont devenus insupportables et ruinent l’avenir de la France.

 

Alors disons Non ! au dogmatisme et Oui ! au retour de la croissance dans notre beau pays. Signons donc la pétition pour que, d’ici 2017, en France, le poids des dépenses publiques dans le PIB passe de 57 % à 49 % et celui des prélèvements obligatoires reculent de 46 % à 41 % !

 

 

PdA : Quand vous songez à notre pays, à notre continent, là tout de suite, quand vous pensez à leur avenir, le sentiment qui prédomine, c'est plutôt l'optimisme ou le pessimisme ?

  

M.T. : Pour être très franc, je suis assez inquiet, car cela fait quinze que j’essaie de convaincre les dirigeants français de faire les réformes qui s’imposent, mais ils refusent systématiquement, préférant le dogmatisme et pensant surtout à leur réélection. C’est vraiment triste.

 

 

PdA : Imaginons un instant que le président de la République, ou le Premier ministre, peu importe, décide demain de vous confier, sur la base de votre expertise et de votre expérience sur ces questions, une mission. La rédaction d'un rapport destiné à être suivi d'actes. Son objet ? "La régénération durable et prospective de l'économie et l'assainissement structurel des finances publiques de la France". Quelles seraient vos recommandations ?

 

M.T. : Les rapports ne servent à rien. Ils finissent tous dans les oubliettes de la République. Les mesures structurelles à prendre sont simples, je les ai évoquées dans la pétition SauvezLaFrance.com ou encore dans « Le dictionnaire terrifiant de la dette ». Après, il faut simplement avoir du courage politique.

 

 

PdA : La dernière question, en fait une tribune libre. Pour conclure comme vous le désirerez notre entretien. Merci !

 

M.T. : Je terminerai en enfonçant le clou sur la dépense publique. Certes, un pays développé comme la France a besoin d’un État fort et de dépenses publiques importantes. Ces dernières doivent effectivement permettre d’assurer la sécurité du pays, de ses citoyens, de mettre en place une justice efficace, un système éducatif performant, le tout en garantissant une croissance économique durablement forte, un chômage faible, une réduction de la pauvreté et des inégalités. Si la dépense publique parvient à tout cela, alors oui, elle est non seulement justifiée, mais également indispensable.

 

Relevons-nous ce défi aujourd’hui dans l’Hexagone ? Sans vouloir jouer les Cassandre, nous en sommes loin. Certes, nos infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et aériennes sont exceptionnelles. Certes, l’école est gratuite, du moins jusqu’au Bac. Certes, le système de santé est plutôt performant.

 

Toutefois, depuis dix ans et a fortiori depuis cinq ans, nos « performances » économiques et sociales ont été déplorables. La croissance française n’a jamais été aussi faible. Le taux de chômage ne cesse de croître. La sécurité intérieure laisse de plus en plus à désirer. L’ascenseur social est bloqué au rez-de-chaussée depuis des années. L’égalité des chances à l’école et devant la maladie est loin d’être assurée. Le nombre de Bac +5 sans emploi devient affolant… Autant de piètres résultats malgré une débauche de moyens publics impressionnants. Ainsi, le poids de nos dépenses publiques dans le PIB atteint 56,3 % en 2012 (certainement plus de 57 % en 2013), contre 52,6 % en 2007. À l’exception du Danemark (avec un niveau de 58 %), aucun pays européen n’arrive à un tel sommet.

 

Loin de ces niveaux, la part des dépenses publiques dans le PIB atteint 49,3 % pour l’ensemble de la zone euro, 44,9 % en Allemagne, 42,7 % en Espagne. Même la Grèce a réduit la voilure, avec un niveau de 50 % en 2012, contre 54 % en 2009. Au niveau mondial, sur les 188 pays recensés par le FMI, seuls quatre font « mieux » que le Danemark et la France : l’Irak, les îles Kiribati, le Lesotho et la Monarchie des Tuvalu…

 

Bref, la France est bien le seul grand pays de la planète à s’engager dans une augmentation maladive de ses dépenses publiques et ce, sans parvenir à améliorer sa croissance. De la sorte, elle enregistre un déficit permanent, qui accroît continuellement la dette publique. Il est grand temps d’arrêter les dégâts.

 

 

Le dictionnaire terrifiant de la dette

 

 

Merci encore, Marc Touati. Bonne chance pour l'obtention du prix du livre économique de l'année pour votre "Dictionnaire terrifiant de la dette" ! Et vous, quel regard portez-vous sur la situation économique et financière de notre pays ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Vous pouvez retrouver Marc Touati...

 

Sur le site du cabinet Aux Commandes De l'Économie et de la Finance (ACDEFI) ;

 

Sur le site de sa pétition, Sauvez la France.

 

En librairie pour son "Dictionnaire terrifiant de la dette" ;

 

...et bien sûr, régulièrement dans les médias.

 

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23 août 2013

Nawel Ben Kraiem : "J'ai toujours soif de rencontres"

"Sur une île entre deux rives, des vocalises liant l'arabe à l'anglais, celles d'une jeune femme blonde comme les blés brouillent les pistes. Elle joue avec la voix, avec les langues, les émotions, drôles et profondes, puissantes et sensibles, enrobées par une musique tribale et actuelle. Une rythmique groovy, un guitariste aux riffs tribals ou progressifs, un contrebassiste aux influences jazz et world et des touches éléctroniques portent la voix rauque et suave de Nawel. Ces protagonistes nous racontent le sud et le nord, l'ancien et l'actuel, la vie d'hier et celle d'aujourd'hui." Je n'aurais pu ouvrir le présent article avec davantage de justesse. Cet extrait de la bio de l'artiste plante le décor, il esquisse un univers, son univers. Nawel Ben Kraiem est française et tunisienne, deux cultures dont elle se nourrit et s'inspire, sans exclusives. Sa musique, ses mots sont universels. Ses aspirations, ses combats, ceux d'une jeune femme résolument ancrée dans son époque, pétrie de contradictions et génératrice de doutes, de révoltes et d'espoirs... Nawel Ben Kraiem, une auteure-compositrice-interprète à découvrir et à suivre, je suis persuadé qu'après l'avoir entendue, vous serez d'accord avec moi... Pour m'en assurer, j'ai agrémenté le texte qui suit de quelques vidéos, dont celle-ci, le clip du superbe "Figurine". Écoutez-la, elle va vous envoûter... Merci, Nawel, de m'avoir accordé cette interview... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

NAWEL BEN KRAIEM

Auteure-compositrice-interprète

 

"J'ai toujours soif de rencontres"

 

Nawel Ben Kraiem 1

(Photos fournies par Nawel Ben Kraiem)

 

 

Q : 23/07/13

R : 21/08/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Nawel. Franco-Tunisienne, vous vous êtes installée à Paris à l'âge de 16 ans. C'est là que vous avez suivi une formation de comédienne, cherchant en parallèle à approfondir votre passion pour la musique. D'où vous vient-il, cet amour pour la musique ?

 

Nawel Ben Kraiem : Je suis depuis toute petite fascinée par la musique, et je l'ai d'abord été par les concerts, par la musique sur scène. À trois ans déjà, mes parents m'avaient emmenée voir Marcel Khalifa en concert, et je suis montée sur scène, comme aimantée par le pouvoir de cet endroit... La scène et la musique énergisent, rassemblent, émeuvent, font danser... Bref, mon amour de la musique remonte à loin et est assez instinctif !

 

 

PdA : Racontez-nous le début de votre aventure ?

 

N.B.K. : À quinze ans, en Tunisie, je chantais avec ma guitare, dans ma chambre ou pour des amis, plutôt des reprises anglo-saxonnes. À dix-huit ans, je me suis mise à avoir envie de mettre en "sons" et en mélodies mes mots à moi... C'est alors que j'ai commencé à chercher des musiciens, en collant et en relevant des annonces dans Paris, et à me mettre dans une dynamique de groupe et de travail, qui n'a depuis jamais cessé.

 

 

PdA : Quels ont été jusqu'ici, à vos yeux, les moments forts de votre parcours ?

 

N.B.K. : Ils sont nombreux ! Mon premier concert dans un bar parisien, tremblante de timidité, rue Mouffetard, à dix-huit ans. Lorsque le réalisateur Tony Gatlif, que j'admire beaucoup, m'a proposé de collaborer sur son film ("Indignados", ndlr). La rencontre avec le chanteur Christophe, et le duo que nous avons fait sur France Inter... Et bien d'autres rencontres, plus ou moins ponctuelles, et plus ou moins professionnelles, d'amis et partenaires de route, ont été des moments forts... Ma rencontre de la musique de Lhasa a aussi été un moment fort !!! Bref, la route de la musique est une route chargée... !

 

 

PdA : Quels sont vos morceaux préférés, ceux que vous aimeriez inciter nos lecteurs à écouter avec une attention particulière ?

 

N.B.K. : Je ne réécoute pas mes chansons, mais je crois avoir une affection particulière pour "Mama Please", qui figure sur le disque "Cirrus", pour "Figurine", pour "Den Den City"... pour parler de celles qui sont disponibles sur Internet...

 

 

PdA : Votre travail est salué, régulièrement, par les professionnels du métier. Est-ce suffisant pour se faire connaître ? Quelle est votre "stratégie" pour toucher le plus grand nombre ?

 

N.B.K. : Mon travail commence à rencontrer des médias, des professionnels, et j'ai depuis un an des partenaires solides sur qui je peux m appuyer. Mais mon CD reste autoproduit et distribué artisanalement, et je n ai pas de label.

 

Je n'ai aucune stratégie, si ce n'est celle de travailler à affiner les contours de mon univers artistique. Travail et sincérité ! Avoir une maison de disque ou un distributeur qui puissent m'offrir de meilleurs conditions de travail et m'aider à la diffuser tout en me laissant libre et indépendante dans ma démarche artistique pourrait m'aider à passer un stade et à toucher plus de monde, mais je pense que les vraies rencontres des partenaires de route se font naturellement et au bon moment, et j aurai beaucoup appris dans cette étape d'auto-production.

 

 

PdA : Quels sont les artistes, les groupes d'hier ou d'aujourd'hui qui, connus ou moins connus, vous inspirent ? Ceux que vous aimez et que vous voudriez nous faire découvrir à l'occasion de cette interview ?

 

N.B.K. : J'ai été marquée par des artistes femmes profondes et sensibles comme Lhasa et PJ Harvey et par des groupes comme Gnawa Diffusion et Soap Kills, specialistes du mélange des genres ! Plus récemment, je trouve l'album d'Azealia Banks très original.

 

 

PdA : En plus d'être une artiste, vous êtes une citoyenne, résolument engagée pour les causes qui vous tiennent à coeur : le progressisme, la démocratie. Quel regard portez-vous sur la Tunisie d'aujourd'hui, trois ans après le déclenchement de la "Révolution de Jasmin" ?

 

N.B.K. : La construction d'une vie politique démocratique va prendre du temps, et la situation n'est pas de tout repos... mais j'ai confiance en mon pays, la société civile est active et vigilante.

 

 

PdA : Quels sont vos projets, Nawel ?

 

N.B.K. : Je serai au théâtre à la rentrée, dans une pièce de Milka Assaf (à partir d'octobre, au Vingtième Théâtre). Je vais également retravailler mon live, qui devrait tourner davantage en France au printemps prochain. J'ai aussi des idées de clips qui devraient se concrétiser dans les mois à venir...

 

 

PdA : Vos envies ?

 

N.B.K. : J'aimerais prendre le temps cet hiver de finaliser mon album et de trier, finaliser et rassembler la vingtaine de titres que j'ai en cours... !

 

 

PdA : Vos rêves ?

 

N.B.K. : Continuer à collaborer, à me faire embarquer dans des univers musicaux et humains qui ouvrent de nouvelles portes à mon imagination et à ma sensibilité... J'ai toujours soif de rencontres, et il y a beaucoup de musiciens et chanteurs avec qui j'aimerais travailler.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

 

N.B.K. : Des voyages géographiques, humains et musicaux... Du partage... De la scène, de la scène et de la scène !!!

 

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment !

 

N.B.K. : Merci à vous, et faites passer le mot : www.nawelmusic.com !!!

 

 

 

Nawel 2

(Photo de Cyrille Choupas)

 

 

 

Merci encore, Nawel, pour tes réponses. Pour ta générosité, pour ta sincérité, pour ton enthousiasme ! Mes voeux de succès et de bonheur t'accompagnent pour la suite... Et vous, que pensez-vous de Nawel Ben Kraiem ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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8 août 2013

Clément Bénech : "L'écrivain est une miette..."

Lui aussi, il en vaut la peine... François-Henri Désérable ne tarit pas d'éloges à son endroit. Lors de l'interview qu'il m'avait accordée le mois dernier, l'auteur de l'émouvant Tu montreras ma tête au peuple (aux éditions Gallimard, je vous le recommande avec enthousiasme) eut ces mots pour celui qui, comme lui, compte parmi les révélations littéraires de l'année : "J’ai un ami, jeune (21 ans), talentueux, qui vient de publier son excellent premier roman, L’été slovène, chez Flammarion. Il s’appelle Clément Bénech, et il y a, chez lui, du Modiano, du Toussaint, du Parisis et du Chevillard. Ce qui n’est pas mal, tout de même…". Je n'avais alors jamais entendu parler de ce jeune auteur. Les critiques, elles, ne l'ont pas laissé filer, et c'est heureux. "Le Monde des livres", "Les Inrocks", "Télérama", pour ne citer qu'eux, ont salué la qualité de cette première oeuvre. L'histoire d'un amour mis à l'épreuve d'un cadre différent, d'un monde inconnu, le temps d'un été... Le lecteur se laisse prendre par le récit : il découvre, s'étonne, sourit, est ému. Il le vit. Et se dit que, décidément, il va falloir retenir ce nom : Clément Bénech. Rencontre avec un auteur de talent. Il a 21 ans. Il est mature, lucide. Il a l'avenir devant lui. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

CLÉMENT BÉNECH

Auteur de L'Été slovène, du blog Humoétique

 

"L'écrivain est une miette"

 

Clément Benech

(La photo de Clément Benech est signée Julie Biancardini)

 

 

Q : 25/07/13

R : 07/08/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Clément Benech. Vous avez 22 ans, êtes étudiant en Lettres et l'auteur d'un roman, L'été slovène, édité chez Flammarion depuis le mois de mars. Qu'aimeriez-vous ajouter pour que l'on vous connaisse mieux, à ce stade de l'entretien ?

 

Clément Benech : J'ai un chat très mignon qui s'appelle Sushi et qui adore faire des bêtises.

 

 

PdA : Vous m'avez dit avoir commencé à écrire après le bac. Quelques pensées, quelques poèmes, quelques nouvelles par-ci par-là avant, j'imagine ?

 

C.B. : Là-dessus, je n'ai pas menti. Mais en CM2, comme tout le monde, j'ai écrit quelques poésies sur la cour de récré ou les crayons de couleur...

 

 

PdA : Quelques mots sur votre blog, Humoétique ? Un post, chaque jour à midi... difficile de s'y tenir ? ;-)

 

C.B. : Merci de me rappeler à mon devoir, j'ai un retard monstre. C'est un blog que j'ai commencé en hommage à celui d'Éric Chevillard, et qui vit maintenant de sa vie propre. Il m'a fait rencontrer des gens qui sont devenus des amis, et il me procure une plate-forme de liberté totale.

 

 

PdA : Quels sont les livres, les lectures que vous érigeriez volontiers au rang de références ?

 

C.B. : La Salle de bain, de Jean-Philippe Toussaint, Le Portrait de Dorian Gray, puis Proust, Modiano et Chevillard. Emmanuelle Pireyre, qui a eu le prix Médicis cette année, m'intéresse aussi beaucoup.

 

 

PdA : L'été slovène, c'est l'histoire d'un couple un peu bancal pour lequel un séjour en Slovénie aura l'effet, disons, d'un révélateur... Sous votre plume, très talentueuse, le lecteur ira de découverte en découverte... Y a-t-il un peu de vous, de votre vie dans ce récit ?

 

C.B. : Un peu, oui. Mais je vous gâcherais la lecture en vous disant en quelle proportion...

 

 

PdA : De l'ébauche d'une idée... à une publication chez Flammarion. Vous nous racontez ?

 

C.B. : J'ai eu la chance d'intéresser la revue Décapage pour la publication d'une nouvelle. Puis, la revue étant chez Flammarion...

 

 

PdA : L'accueil critique qu'a reçu L'été slovène a été très bon jusqu'ici. Je pourrais citer "Le Monde des livres", "Les Inrocks", "Télérama"... Ou encore François-Henri Désérable, auteur de Tu montreras ma tête au peuple (à lire !), qui affirme qu'il y a chez vous "du Modiano, du Toussaint, du Parisis et du Chevillard". La canicule ambiante mise de côté, vous réussissez à garder la tête froide ? ;-)

 

C.B. : Je mentirais en vous disant que ça ne m'atteint pas. Mais il faut garder la tête froide, comme vous dites, se rappeler quelle suite de hasards a présidé à votre publication (au-delà d'un éventuel talent) et voir que de nombreux auteurs talentueux sont encore dans l'ombre. Et puis comme dirait Hervé Le Tellier, le marché du livre en France n'équivaut après tout qu'à 10 % du chiffre d'affaires de Renault... L'écrivain est une miette.

 

 

PdA : Je sais qu'un bon auteur ne fait pas nécessairement un bon commercial, mais bon, ça ne coûte rien d'essayer... Que souhaiteriez-vous dire à nos lecteurs pour leur donner envie de découvrir, de feuilleter, d'acheter "L'été slovène" ?

 

C.B. : Vous y perdriez moins que j'y gagnerais.

 

 

PdA : À part la lecture... vos loisirs, vos espaces d'évasion ?

 

C.B. : Le basket, le chant sous ma douche, et les œuvres complètes de François-Henri Désérable.

 

 

PdA : Quels sont vos projets pour la suite Clément ?

 

C.B. : Je suis sur un nouveau projet qui m'occupe beaucoup l'esprit, un portrait de femme qui se passe à Berlin. Et je vais étudier deux ans à Bordeaux, à l'IJBA (Institut de Journalisme Bordeaux-Aquitaine, ndlr), à la rentrée.

 

 

PdA : Vos rêves ?

 

C.B. : Faire un film avec mon frère. Et je ne serais pas fâché de voir la chute du régime nord-coréen avant ma mort.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter ?

 

C.B. : Bonne nuit.

 

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment.

 

C.B. : Du beurre, pour ne pas que le gratin colle. Merci à vous, Nicolas.

 

 

 

L'été slovène

 

 

 

Merci, Clément ! Tous mes voeux les plus chaleureux pour la suite... Et vous, qu'avez-vous pensé de cet ouvrage, L'été slovène ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Vous pouvez retrouver Clément Benech...

 

Sur le site des éditions Flammarion pour L'été slovène ;

 

Sur son blog Humoétique.

 

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27 février 2013

Thomas Misrachi : "BFMTV doit devenir incontournable"

Lors de l'interview qu'il m'avait accordée il y a quelques mois, Laurent Bazin me faisait part de cette réflexion à propos de l'information en continu : "C'est (...) une forme de zapping en continu... C'est la règle du genre. Je l'ai pratiquée.". Ce sentiment n'est pas nouveau. Sur les chaînes égrenant les titres de l'actu 24/24, une info chasserait l'autre, chacune étant traitée dans le feu de l'action, sans approfondissements ni véritables prises de recul... L'image est excessivement caricaturale, elle ne correspond évidemment pas à celle qu'avait à l'esprit le patron de la matinale de RTL. BFMTV, i>Télé, LCI ne manquent pas d'excellents journalistes et reporters, couvrant l'instantané et ses conséquences à moyen ou long terme. Sur chacune de ces antennes sont diffusés au quotidien des éditos, des débats de haute tenue. Il n'empêche, le cliché est tenace... Depuis l'automne dernier, BFMTV propose "7 jours BFM", un magazine d'information et d'investigations. Un regard différent, posé, sur l'actu de la semaine. À sa tête, un journaliste de talent, un parcours à suivre, sans le moindre doute... Thomas Misrachi a accepté de répondre à mes questions. Je l'en remercie. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

THOMAS MISRACHI

Rédacteur et animateur de "7 jours BFM", sur BFMTV

 

"BFMTV doit devenir incontournable"

 

Thomas Misrachi

(Photo fournie par Thomas Misrachi)

 

 

Q : 17/02/13

R : 25/02/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Thomas Misrachi. Vous êtes diplômé de Sciences Po Aix et de la London School of Economics. À cette époque, au milieu des années 90, vous vouliez déjà devenir journaliste ?

 

Thomas Misrachi : Non, pas nécessairement, même si j'étais intéressé par la presse et les médias, je ne me destinais pas forcément au journalisme. C'est arrivé un peu après. Un peu par hasard... Et il fait souvent bien les choses.

 

 

PdA : Vos débuts, vous les avez effectués dans des cadres assez originaux pour un journaliste français. Qu'avez-vous appris de vos expériences auprès de médias anglo-saxons tels que la BBC ou Bloomberg TV ?

 

T.M. : La rigueur et le travail. Dans notre métier, comme dans beaucoup d'autres, ces deux éléments sont indispensables. Chaque mot compte. Sortir ou bien comprendre une information prend du temps. De la persévérance. Et une très grande prudence.

 

 

PdA : En 2005, vous êtes de l'équipe qui lance BFMTV. Comment la rencontre s'est-elle établie ? Vous y croyez réellement, au départ ?

 

T.M. : Je travaillais à New York pour Bloomberg, à l'époque. Je faisais aussi les points bourses en direct du NYSE (New York Stock Exchange, la Bourse de New York, ndlr) pour BFM radio. J'ai eu l'occasion de rencontrer Alain Weill (le président du groupe NextradioTV) et Guillaume Dubois (directeur de BFMTV et à l'époque journaliste/présentateur sur BFM radio). Nous avions de bons rapports. Lorsqu'ils m'ont parlé du projet, j'ai été enthousiasmé. Malgré la présence de LCI et de i>Télé sur le PAF, il y avait, à mon sens, de la place pour un nouvel acteur, une chaîne info différente, un concept à l'anglo-saxonne en France. Je n'ai pas hésité bien longtemps. Et oui, j'y ai cru. Et j'y crois encore !

 

 

PdA : Quels sont les événements d'actualité qui vous ont marqué, que vous ayez été en leur temps journaliste ou simple téléspectateur ?

 

T.M. : J'étais à New York et sous les tours du World Trade Center le 11 septembre 2001. C'est quelque chose que je n'oublierai évidemment jamais.

 

Avant de devenir journaliste, de nombreux événements m'ont marqué. Parmi mes premiers souvenirs : l'élection de François Mitterrand, l'explosion de Challenger en 1986, la chute du mur de Berlin ou le "procès" du couple Ceausescu. Depuis, difficile de faire un choix. Je crois que récemment, les affaires DSK ou Merah ont marqué les esprits. La mort de Ben Laden et le printemps arabe sont aussi extrêmement importants à mon sens.

 

 

PdA : Quels ont été jusqu'ici, à vos yeux, les moments forts, émouvants de votre parcours ?

 

T.M. : Il y en a eu beaucoup, beaucoup trop pour en faire une simple liste, mais c'est précisément ce qui est formidable dans ce métier.

 

 

PdA : Quelles personnalités rêveriez-vous d'interviewer ? Quelles questions leur poseriez-vous ?

 

T.M. : La liste serait très, très longue ! Tous les gens qui, par leur démarche, leurs idées, leurs actes, réussissent à changer le monde, ou leur monde en tout cas. Tous les autres aussi, ceux, qui parfois, font des choses tellement terribles, tellement insensées que l'on peut se demander pourquoi. Les questions se feraient en fonction des personnes interrogées... En ce moment, je serai très curieux de savoir ce que pensent DSK ou Nicolas Sarkozy ! Je rêverais aussi d'aller interroger les preneurs d'otages du Cameroun. Mais cette réponse ne vaut que pour l'actualité de ces dernières heures !

 

 

PdA : Vous êtes à la tête de l'émission "7 jours BFM" depuis le mois d'octobre. C'est important de se poser, de s'offrir ce recul dans un monde où l'info en continu est reine ?

 

T.M. : 7 jours BFM est une autre façon de faire de l'info en continu. Ce qui est important à mon sens, c'est d'évoluer, de continuer a avancer dans une carrière, de ne jamais s'endormir. Depuis que je suis à BFMTV, j'ai présenté la matinale, le 12-15, le 15-18 puis, brièvement, le soir. J'ai fait du reportage et des opérations spéciales pendant près de 2 ans. Depuis octobre, 7 jours est une nouvelle aventure. J'y prends beaucoup de plaisir. J'y apprends aussi beaucoup. Mais il y a encore énormément à faire pour que cette émission soit un rendez-vous incontournable de l'actualité. Et nous y travaillons !

 

 

PdA : Accepteriez-vous de nous parler de l'élaboration de cette émission ? (votre rôle, le calendrier, ce qui motive le choix des sujets...)

 

T.M. : Nous travaillons le plus en amont possible, mais notre plus grande préoccupation, c'est de coller à l'actu de la semaine. Mon rôle est, principalement, un rôle de présentateur. J'écris et j'anime l'émission. Je propose aussi des thématiques de sujets sur certaines éditions. Pour le reste, il y a deux rédacteurs en chef, deux petites équipes dédiées aux 26 minutes. Pour les autres sujets, nous travaillons avec la rédaction de BFMTV.

 

 

PdA : BFMTV est née en 2005, nous le rappelions tout à l'heure. Quel regard portez-vous sur les huit premières années de la chaîne ?

 

T.M. : BFMTV est un très beau succès. C'est la preuve qu'en France, avec du travail, du sérieux et un peu d'audace, on peut encore créer, faire et réussir. Depuis 2/3 ans, nous sommes entrés dans une nouvelle phase de développement. Nous devons devenir LA référence incontournable de l'info télé en France. Nous débordons d'idées et de projets, et j'espère que les 8 prochaines années seront aussi riches que les (bientôt) 8 dernières.

 

 

PdA : La télé, vous la regardez ?

 

T.M. : La télé, je la regarde peu... Je regarde BFMTV et i>Télé. Les journaux de 20h des grandes chaînes en alternance et quelque émissions politiques comme C dans l'Air ou Dimanche plus, quand je le peux... Mais j'ai peu de temps à y consacrer...

 

 

PdA : Vous avez couvert les marchés actions U.S. à New York pour Bloomberg TV entre 2001 et 2005. Vous avez également produit et réalisé "Jim Maguire, A Life on Wall Street", un documentaire relatant la vie d'un trader du NYSE avec, en toile de fond, un demi-siècle d'histoire de la finance américaine. Comment avez-vous vécu, analysé les déflagrations qui ont ébranlé l'économie mondiale à partir de la fin 2008 ? En avez-vous été surpris ?

 

T.M. : Je n'ai pas été très surpris par la crise de 2007. De très nombreux spécialistes avaient mis en garde. Y compris ceux qui ont contribué à l'emballement général de la machine. Une partie du monde financier a perdu le sens des réalités. Malheureusement, cette partie-là a emporté avec elle un bon morceau de l'édifice. 

 

 

PdA : N'avez-vous pas tendance à penser, à propos de l'économie, qu'elle n'est pas assez enseignée en France, donc mal comprise par le public français ? Les médias pallient-ils efficacement ces insuffisances, à votre sens ?

 

T.M. : La formation et l'information (économique) existent. Et en France, elles sont de plutôt bonne qualité. Il suffit de s'en saisir. Faut-il en faire plus ? Peut-être... En revanche, je ne sais pas si c'est aux médias de "pallier" les lacunes éventuelles de l'enseignement en sciences économiques !

 

 

PdA : Êtes-vous optimiste quant au retour prochain d'une croissance solide et durable pour la France ? Les ingrédients sont-ils réunis pour ce faire ?

 

T.M. : Franchement, je n'en sais pas beaucoup plus que ce que peuvent dire la Commission européenne, le FMI, l'OCDE ou Bercy. J'espère que le plus difficile est passé. Visiblement, 2013 ne sera pas une bonne année. 2014 devrait être un peu meilleure. La situation est très compliquée. Il faut réduire les postes de dépenses (déficits, notamment... donc réduire le poids de la dette) sans pour autant peser sur la croissance. C'est un équilibre délicat, mais pas impossible. D'autres pays l'ont fait. Il faut avoir du courage politique. J'espère que nos dirigeants, présents et futurs, en feront preuve. Il faut aussi rester optimistes. Et ne pas penser que ce que l'on peut vivre est inéluctable. Il faut croire que les choses peuvent changer, s'améliorer, c'est un premier pas essentiel !

 

 

PdA : Vous coanimiez il y a quelques années une émission nommée "Aujourd'hui le monde", sur BFM TV. Quel jugement portez-vous sur celui dans lequel nous évoluons ?

 

T.M. : Aujourd'hui, le monde est passionnant. Les progrès techniques sont incroyables. L'humanité a tout pour réussir... Il ne reste plus qu'à se mettre d'accord... Visiblement, c'est ce qui pose problème à notre espèce. Il faut donc que chacun fasse sa part. Et espérer que les autres fassent de même !

 

 

PdA : Qu'est-ce qui, sorti de votre travail, vous détend, vous permet de décompresser ? D'ailleurs, réussissez-vous réellement à vous "déconnecter" ?

 

T.M. : Je sors avec des amis, vais au musée, au cinéma... Je profite de ma famille quand je peux... Bref, une vie normale... Même si j'ai un peu de mal à trop "décrocher", au bout de quelque jours, j'y arrive... C'est important de se laisser quelques plages de respiration...

 

 

PdA : Quels sont vos projets, vos rêves pour la suite ?

 

T.M. : Je travaille sur plusieurs projets d'émissions : qu'ils se réalisent !

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter ?

 

T.M. : De belles rencontres... et de beaux voyages !

 

 

PdA : Aimeriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

T.M. : Quoi que vous fassiez, soyez passionnés ! 

 

 

PdA : Un mot pour conclure ? Merci infiniment !

 

T.M. : Longue vie à "Paroles d'actu" !

 

 

 

Merci à vous, cher Thomas Misrachi. À mon tour d'émettre un double souhait : que votre parcours connaisse l'évolution que vous méritez ; que vos désirs se réalisent... Phil Defer

 

 

 

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31 août 2013

Marc-Antoine Le Bret : "Je rêve de faire l'Olympia"

Pas sûr que son nom vous parle, comme ça. Ça ne saurait durer... Sa voix, vous l'avez certainement déjà entendue. "Sa", ou devrais-je dire, "ses" voix. Marc-Antoine Le Bret en maîtrise plus d'une soixantaine, un nombre que ce gros bosseur fait constamment évoluer. C'est dans sa Bretagne natale (il est originaire de Saint-Brieuc) qu'il a développé son goût de l'imitation, rencontré ses premiers publics. Les premiers cercles... Les petites scènes locales, les événements un peu plus conséquents... Les cabarets... Et puis Paris. Un début de parcours, d'ascension remarquables pour ce jeune artiste (il n'a pas vingt-huit ans) très talentueux qui, en dépit des succès qu'il connaît actuellement, garde résolument les pieds sur terre. "Ce métier peut s’arrêter très vite..." Une sagesse qui ne l'empêche heureusement pas d'entretenir un rêve, une ambition : "faire un jour une tournée partout en France qui se terminerait à l’Olympia".

 

Ses imitations sont franchement réussies, souvent irrésistibles... On le retrouve avec bonheur à la radio et à la télé, tous les jours, du lundi au vendredi : le matin sur Europe 1 ("Le Tweet-Répondeur" dans "Le Grand direct des médias"), le soir sur Canal + ("Les Guignols de l'info"). Laurent Ruquier, David Pujadas, l'ex-directeur sportif du PSG Leonardo, Cyril Hanouna, Yann Barthès, Lorànt Deutsch, le chef gourmand croquant Cyril Lignac... : quelques uns de ses personnages favoris. Servi par des textes de grande qualité, il les incarne avec une bonne humeur et une bienveillance communicatives. Un artiste à découvrir, vraiment... À ne pas manquer, pour le voir en "live" : son spectacle, "Marc-Antoine Le Bret fait des imitations". Il reprendra à la mi-septembre, au Théâtre BO Saint-Martin. Avant une tournée en province, avant un Olympia ? C'est tout le mal qu'on lui souhaite... Merci, Marc-Antoine... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

MARC-ANTOINE LE BRET

Humoriste à voix...

 

"Je rêve de faire l'Olympia"

 

Marc-Antoine Le Bret

(La photo est de Véronique Constance.

Marc-Antoine Le Bret est ici en compagnie de Yann Barthès, ou presque...)

 

 

Q : 19/06/13

R : 27/08/13

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Marc-Antoine Le Bret. Vos chroniques sur Europe 1, votre participation aux Guignols de Canal, votre spectacle... Pas trop dur de tenir des plannings aussi chargés ? ;-) À quoi ressemble l'une de vos journées rassemblant les trois activités ?

 

Marc-Antoine Le Bret : C’est un rythme à prendre, je me couche tard et je me lève tôt, du coup, je fais une sieste dans la journée et je fais du sport pour m’entretenir. Le matin, je me rends à Europe 1. Je répète à 09h30 et le direct est à 09H55. Ensuite, je rentre à mon domicile, pour travailler de nouvelles imitations. Je me repose un peu puis je file aux Guignols, de 16H30 à 20H. Le soir, en semaine, je vais tester des sketches dans des scènes ouvertes. Les vendredis et samedis soirs, je joue mon spectacle au théâtre BO, à Paris.

 

 

PdA : "Le Tweet-Répondeur" dans "Le Grand direct des médias" de Morandini (du lundi au vendredi, de 09h00 à 10h30 sur Europe 1). "Les Guignols de l'info" (du lundi au vendredi, de 19h50 à 20h00 sur Canal +). Deux expériences très différentes, j'imagine. Des exercices, des plaisirs qui se complètent ?

 

M.-A.L.B. : Ce sont deux émissions différentes, car il y a d’un côté la radio, et de l’autre la télé, même si au fond mon travail est le même : aux Guignols, je ne montre pas mon visage, les stars, ce sont les marionnettes. Dans les deux cas, je suis derrière un micro et j’interprète, en lisant les textes des auteurs.

 

 

PdA : Comment vous y prenez-vous pour travailler vos voix, vos textes ? Vous nous présentez vos coauteurs ?

 

M.-A.L.B. : Pour la radio et le spectacle, j’ai deux auteurs qui travaillent avec moi : Arsen et Grégoire Dey. Pour les voix, nous décidons ensemble, en fonction de l’actualité ou par critères (sportifs, journalistes…). Par exemple, quand le PSG a été racheté par les Qataris il y a deux ans, j’ai entendu le directeur sportif Leonardo parler en conférence de presse. Sa voix m’a fait rire. Je l’ai proposé aux auteurs, puis ils ont trouvé un axe.

 

 

PdA : Votre répertoire compte déjà une grosse soixantaine de voix. Souvent originales car peu faites auparavant. Et souvent très réussies ! Quelles sont celles que vous préférez, pour lesquelles vous avez une tendresse particulière ?

 

M.-A.L.B. : Je travaille en permanence de nouvelles imitations, originales si possible, et pas ou peu entendus. J’ai horreur de faire des voix qui ont déjà été faites par un imitateur, comme par exemple l’imitation de Sarkozy. Je ne l’ai jamais travaillée, puisque Yves Lecoq l’imite très bien. Si je fais une voix qui a déjà été imitée, j’essaie d’apporter un plus, sinon j’abandonne. Il faut aussi que le personnage me plaise. J’ai une préférence pour les voix pour lesquelles j’ai créé ou accentué une expression, comme le rire de Cyril Lignac.

 

 

PdA : Il y en a que vous avez eu du mal à dompter ?

 

M.-A.L.B. : Jean Dujardin, je l’imite très bien dans son rôle dans « OSS 117 », mais je n’ai pas le timbre pour sa voix "normale". Je suis plus à l’aise dans les médiums-aigus que dans les voix graves.

 

 

PdA : Quel message adresseriez-vous à tous les petits Marc-Antoine - ou à toutes les petites Marie-Antoinette, il n'y a pas de raison ! - qui s'amusent aujourd'hui à imiter leurs potes, leurs profs. Et qui se prennent à rêver, en écoutant vos aînés, en vous écoutant, que peut-être, un jour...

 

M.-A.L.B. : Eh bien de croire en soi, déjà. De ne pas faire comme les autres imitateurs. Et enfin, comme me l’a très bien résumé le journaliste Patrick Montel, il y a cinq ans : « Travail et patience ». Je l’ai écrit en gros sur une feuille dans ma chambre quand j’étais en Bretagne.

 

 

PdA : J'ai écouté, lu plusieurs de vos interviews pour préparer celle-ci. On sent que vous avez les pieds sur terre, que vous gardez la tête froide par rapport au succès. Que voulez-vous nous dire, malgré cela, de vos envies, de vos rêves pour demain... ou après-demain ?

 

M.-A.L.B. : Je me dis souvent que ce métier peut s’arrêter très vite, et donc que les professionnels et le public peuvent très vite vous oublier. Quand je suis moins bon sur scène ou à la radio, c’est que je n’ai pas assez travaillé, ou pas suffisamment bien. Je rêve de faire un jour une tournée partout en France qui se terminerait à l’Olympia ! 

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter pour la suite, cher Marc-Antoine Le Bret ?

 

M.-A.L.B. : "Travail et santé", comme on dit au réveillon de la Saint-Sylvestre !

 

 

 

Merci encore, Marc-Antoine, pour tes réponses. Bonne route... Et que tes rêves se réalisent ! Et vous, que pensez-vous des imitations de Marc-Antoine Le Bret ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Au Théâtre BO Saint-Martinbientôt...

 

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25 février 2013

Jean-Claude Dreyfus : "Avec Devos, nous sommes d'une même famille..."

Très vite, Jean-Claude Dreyfus a accepté, sur le principe, de se prêter au jeu des questions-réponses, pour Paroles d'Actu. Gracieusement, le grand acteur a bien voulu me parler de ses débuts, des gens qu'il aime bien, de son parcours. Parmi les figures qui l'ont émaillé jusqu'ici, il y a évidemment Jean-Pierre Jeunet. Dreyfus en parle avec pudeur, sans mentionner, à aucun moment, le drame qui vient de secouer le réalisateur du film Un long dimanche de fiançailles. Sans doute l'aurez-vous lu dans les pages les plus sérieuses de la presse people, sa chère Amélie Poulain vient en effet d'être retrouvée dans une barquette de lasagnes, mystérieusement estampillée « Trouvez-nous ». Chacun se souvient, cruelle coïncidence, de l'inquiétant boucher qu'interprétait Jean-Claude Dreyfus dans le film de Jeunet, Delicatessen. Troublant... D'ailleurs, n'a-t-il pas fait de pub pour...   STOOOP !!! On arrête ! Fin du cirque... De toute façon, J.-C.D. est davantage cochons que chevaux. Pas les « cochons » qui portent des récits à hauuute valeur informative et en assurent la médiatisation, non. Les vrais. Ceux auxquels il voue une vraie, une belle tendresse.

 

Cet entretien, dans l'idéal, nous aurions dû le réaliser, au départ, attablés à la terrasse d'un bistrot parisien. Des contraintes, principalement géographiques, ne l'ayant pas permis, l'échange s'est fait par textes. Ce n'est que partie remise... Je tiens ici à faire part à Monsieur Jean-Claude Dreyfus de mon amitieuse reconnaissance pour le temps qu'il a bien voulu me consacrer. Pour son humour, sa gentillesse à mon égard. Il vient de sortir le premier tome de son autobiographie, Ma bio dégradable : J'acte I. Et sera bientôt sur la scène du Théâtre du Petit Hébertot pour un hommage très vivant à Raymond Devos. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JEAN-CLAUDE DREYFUS

Acteur... Auteur... Et bien plus enqueur...

 

« Avec Devos, nous sommes

d'une même famille... »

 

Jean-Claude Dreyfus 1

(Photos fournies par M. Jean-Claude Dreyfus ;

Portrait ci-dessus réalisé par Patrice Murciano.)

 

Q. : 13/02/13 ; R. : 25/02/13

 

Paroles d'Actu : La première question que j'aurais envie de vous poser aujourd'hui, c'est « Quand est-ce que la chaleur va revenir ? Vous avez des infos là-dessus ? L'hiver, c'est dur quand ça dure ! » Mais bon... tout bien réfléchi, je m'en tiendrai à un plus traditionnel « Comment allez-vous ? » (Vous avez sorti un bouquin intitulé Les Questions à la con il y a quelques années, j'espère que vous ne penserez pas ça des miennes... ouch... trop tard ?)

 

Jean-Claude Dreyfus : La chaleur chez moi est permanente. Pour éviter de dire, « Les chaleurs n'ont pas besoin de saisons, mes quatre saisons ne vivent pas chez Aldi »... Wouaf wouaf... c'est bien mauvais, mais effectivement, question à la con entraîne réponse très con. Mais vraisemblablement, ça réchauffe en rude hiver, et ça ne dure jamais, malgré les fameuses couches d'ozone qui répartissent bien les zones, qui dans nos pays d'Europe ponctuent les couleurs de l'année.

 

PdA : Votre bio, enfin, sa première partie, est parue au mois de septembre : Ma bio dégradable : J'acte I, au Cherche Midi. Comment l'idée vous est-elle venue de vous raconter ainsi ?

 

J.-C.D. : Après une série d'entretiens avec un monsieur qui m'entreprit pour raconter ma vie à son propre chef et désirant paraître "entretien avec" sur la couve première, et après avoir compris que lui ne comprenait jamais là où je voulais aller dans l'humour de mon parcours désuet... Après l'avoir gentiment "fait piquer", donc m'en être débarrassé, je repris tout a zéro, me pris au jeu de l'écriture. Vraiment, j'ai décidé de prendre mon pied, et même les deux, du plaisir de conter, de compter sur moi même, ce qui me paraît plus sûr pour m'entendre dire les vérités mensongères que je gère et digère, avec un petit verre de Fernet-Branca...

 

PdA : De quelle manière vous y êtes-vous pris pour mener cet ouvrage à terme ? A-t-il été long à écrire, éprouvant à composer par moments ? Sans doute a-t-il fait rejaillir en vous des souvenirs plus ou moins heureux ?

 

J.-C.D. : N'ayant pas relu l'ordre des questions, je pense avoir joliment répondu à celle-ci... Dans la mesure où les souvenirs « plus ou moins heureux » chez moi rejaillissent souvent travestis, trans-déformés en simple mémoire de moments revus et corrigés, à l'amiable.

 

PdA : Votre fibre écolo, on la retrouve dans le titre. À moins qu'il ne s'agisse d'une réflexion plus personnelle sur la biodégradation, celle qu'a priori nous connaîtrons tous (à échéance raisonnable évidemment !). Histoire d'être un peu sombres deux minutes, c'est une idée à laquelle vous pensez souvent ?

 

J.-C.D. : Vous voulez dire la mort... ? Moi, je ne songe qu'à l'amor qui mène ma vie et mon vit par ma main ou celle des autres... ou plus si raffinement. Et là, j'en viens au titre de mon livre, où je livre avec ambiguïté mon rapport éternel pour les bons produits mais aussi pour l'éphémère modasse et modeste de nos envies...

 

PdA : Qu'aimeriez-vous dire à nos lecteurs pour leur donner envie de lire votre livre ? Y retrouve-t-on de savoureux récits, voire... de croustillantes anecdotes ? ;-) Quelques exemples ?

 

J.-C.D. : Je leur dis qu'une bière et un morceau de pain autour d'une tranche de mon animal fétiche va leur coûter le même prix que mon appétissant bouquin, et que, même dégradable, celui-ci les nourrira d'amour et d'humour sans les alourdir...

 

Bio dégradable

(Photo : Dominique Desrue)

 

PdA : Le tome 2, c'est pour bientôt ?

 

J.-C.D. : J'ai déjà commencé J'acte II, bien sûr, et puis un roman, mais le tome 2 ne viendra que si mes spectateurs et lecteurs se privent de sandwichs au jambon pour que le Cherche Midi, autrement dit l'éditeur, ait l'envie de me rééditer...

 

PdA : Je vous propose maintenant d'évoquer ensemble quelques points de votre vie publique. Commençons par le commencement... J'ai découvert qu'avant de faire l'acteur, vous aviez été magicien. De belles images vous viennent à l'esprit en repensant à cette époque, j'imagine...

 

J.-C.D. : Oui, je fus magicien, mais je ne me faisais aucune illusion, la magie n'était pas vraiment mon "truc". Ce que j'adorais, c'était de voir les autres prestidigitateurs, qui me fascinaient. Savoir les moyens de créer l'illusion me paraissait illusoire. L'envers du décor gâchait mon envie... Alors, je suis passé a une autre forme d'allusion, celle du théâtre...

 

PdA : C'est évidemment d'abord pour votre parcours - le terme de carrière est assez laid dans ce cas - d'acteur que le public vous connaît, vous aime. Parlez-nous de vos débuts ? Quel a été le déclic qui a pu vous faire penser, à un moment donné, "Oui, décidément, c'est ça que j'ai envie de faire" ?

 

J.-C.D. : Mon chemin, de jeux, et non de croix, a toujours été sur les planches, essence de ce "métier", car même si l'on ne parle pas de carrière mais de long chemin à parcourir, de continuité, c'est le plaisir et l'envie de jouer qui m'ont sans cesse mené par le bout du nez. Bien sûr, il faut en avoir, "du nez", pour les textes et les aventures de saltimbanque. On est loin de la roulotte, mais la roulette chance m'a porté, souvent, vers de superbes projets...

 

PdA : Sur la base de votre expérience, justement, quels conseils pourriez-vous donner à un(e) jeune qui rêverait de vivre pleinement sa passion pour la comédie, voire d'en vivre ?

 

J.-C.D. : Pour une personne qui, comme moi, passe son temps à repartir de zéro, à éviter toute routine, il est complexe de donner des conseils à qui que ce soit. Le doute est permanent, le trac subsiste. La seule recommandation est de faire, défaire et refaire, et surtout savoir faire, avec un caractère de fer...

 

PdA : Tenter d'aborder l'ensemble de votre "carrière" serait vain, tant elle est conséquente. S'agissant du cinéma, vous avez tourné sous la direction des plus grands noms : Audiard, Lelouch, Mocky, Pinoteau, Rohmer, Annaud... Je vais peut-être m'attarder un peu sur une collaboration, peut-être la plus importante de votre filmo, je pense à Jean-Pierre Jeunet. Delicatessen, La Cité des enfants perdus puis, plus tard, Un long dimanche de fiançailles. Trois films qui ont fait date. Quelle place tient-il, à vos yeux, dans votre parcours, peut-être dans votre vie ?

 

J.-C.D. : J'ai une denture petite, de bébé, écartée devant au milieu. La chance donc m'accompagne dans des histoires belles et de qualité. Ma vie a pris souvent les chemins de traverse, qui mènent à certains succès sans pour autant vraiment en changer le cours...

 

PdA : Quelles ont été les expériences, les rencontres qui vous ont le plus marqué, touché durant les quarante premières années de votre petit bonhomme de chemin (théâtre, cinéma, télévision...) ?

 

J.-C.D. : La liste serait bien longue de décrypter ce qui aurait marqué quarante années de rencontres et expériences, entre l'éducation offerte par mes parents, celle de mes professeurs et aussi des partenaires côtoyés tout au long d'une, sans cesse, densité d'activités. Le mieux, je crois, est de lire mon premier livre, ma bio.

 

PdA : Une partie de la population - certes pas parmi les plus cinéphiles - aura immanquablement une réaction en voyant votre visage apparaître dans les médias, pour telle ou telle raison. "Oh, mais c'est Monsieur Marie !" Je sais que vous avez beaucoup d'humour. Mais ça n'est pas un peu agaçant, parfois, d'être à ce point populaire pour ce rôle-là alors que tant d'autres auraient davantage mérité une telle reconnaissance ?

 

J.-C.D. : Ça m'est complètement égal qu'il y ait des crétins réducteurs et incultes. Je reste, d'une façon ou d'une autre, un culte vivant...

 

PdA : Justement... On va essayer de remettre un peu de justice dans tout ça ! Quels sont, parmi vos films, - courts comme longs métrages - ceux pour lesquels vous avez une tendresse particulière, même s'ils ne sont pas forcément objectivement les meilleurs ? Ceux que vous aimeriez recommander à nos lecteurs ?

 

J.-C.D. : Mis a part les films de Jeunet et (Marc, ndlr) Caro, puis Jean-Jacques Annaud (Deux frères, ndlr), ou Mocky (Bonsoir, Le deal, Le bénévole, ndlr), justice serait faite auprès de vos lecteurs de s'emparer du sublime film de Rohmer, L'Anglaise et le Duc.

 

PdA : Ce que l'on demande entre autre au cinéma, c'est de nous faire oublier nos soucis, l'espace d'un film. De nous faire rêver, un peu... Quel est le cinéma qui vous fait rêver ? Le fait-il toujours aussi bien aujourd'hui qu'hier ?

 

J.-C.D. : Bien sûr, les films d'antan, avec tous ces acteurs hauts en couleurs. Et puis certaines grandes fresques cinémato et très graphiques, tournées dans des espaces et des lieux au sein d'histoires auxquelles je ne serai jamais confronté. Celles-ci me ferons toujours partir dans des rêves dont on ne voudrait jamais sortir...

 

PdA : Questions évidemment liées. Quels sont, hors les vôtres et toutes époques confondues, vos films préférés ?

 

J.-C.D. : Le Golem, Freaks, Sous le plus grand chapiteau du monde...

 

PdA : Vos acteurs de référence ?

 

J.-C.D. : Visconti, Michel Simon et Serrault, Madeleine Renaud, Annie Cordy... Merde, trop dur et compliqué comme question... Je n'aime pas les références, ma devise est de ne pas en avoir.

 

PdA : Vous serez bientôt sur la scène du Théâtre du Petit Hébertot - du 28 février au 27 avril 2013 - pour Devos - Dreyfus, d'Hommages sans interdit(s). Avec le maître Devos, vous vous attaquez à un monument de l'humour. Devos, c'est quelqu'un qui vous inspire ? Who else, comme pourrait dire l'un de vos confrères également star de pub ?

 

J.-C.D. : Pierre Desproges, Zouc, Muriel Robin, Pierre Palmade, Joly (Sylvie, pas Eva, ndlr), Jonathan Lambert, Gerra, Fernand Raynaud, Louis de Funès, Bourvil, Jacqueline Maillan... Et Raymond Devos.

 

PdA : Une question pour inciter nos lecteurs à vous découvrir dans cette pièce... Qu'apportez-vous de votre univers à celui de Raymond Devos ? Pourquoi faut-il absolument voir ce spectacle ?

 

J.-C.D. : Je pense profondément que nous sommes d'une même famille. L'oeil sur la scène. En coulisse, de l'absurde poétique...

 

Dreyfus-Devos

 

PdA : Vous avez été nommé sur les listes de 2010 et 2011 pour le Molière du comédien pour la pièce Le Mardi à Monoprix. Quatre fois en tout, ce qui est exceptionnel... Si vous aviez un choix à faire entre ciné et théâtre, votre coeur pencherait davantage vers les planches, vers le vivant, j'imagine ?

 

J.-C.D. : Oui. OUI, quatre fois, pour ne jamais repartir avec. Ils ont spurement peur que ce trophée soit perdu dans mon immense collection de cochonneries, et puis sans doute s'attendent-ils à ce que je ne puisse plus le porter, à ce que je n'en aie plus ni la force, ni l'envie... ?

 

Quant à mon choix entre César et Molière... Quand je fais du théatre, je meurs d'envie de faire du cinéma et lycée de Versailles... car les vices sont ô combien versatiles…

 

PdA : J'écoutais récemment l'une de vos interviews, dans laquelle vous déploriez un certain manque de prises de risques de la part des producteurs et du public. Ce qui, in fine, tend à brider la création, à auto-alimenter un système dans lequel la qualité n'importe pas tant que la rentabilité. Êtes-vous malgré tout optimiste quant à l'avenir d'une création artistique de qualité ?

 

J.-C.D. : Moi je reste optimiste. Quand je choisis un auteur, par exemple Devos, j'arrive à trouver les moyens de le monter. Mais il faut bien savoir que deux personnes sur un plateau ne coûtent pas trop cher (je suis avec Thomas Février au piano). Mais arriver aujourd'hui à réaliser une création avec de nombreux comédiens devient de plus en plus complexe, voire impossible. Donc optimiste, mais pas rose comme l'on pouvait le croire pour la culture à gauche...

 

PdA : Ma prochaine question, ça ne sera pas celle du portrait chinois, non. D'ailleurs, je sais que vous avez déjà répondu à ce genre de sollicitations. J'aimerais inviter le comédien que vous êtes, qui a joué plus qu'à son tour en costume, à répondre à une question que je pose souvent, parce que je l'aime bien. Imaginons qu'un vieux type un peu fou, un savant fou en quelque sorte, que l'on appellerait, bah... "Doc", disons, invente une machine à voyager dans le temps, en avant ou en arrière. Je sais pas, un truc complètement loufoque. Une DeLorean qui nous permettrait de choisir le lieu et la date (pas mal mon idée, je devrais la proposer à un producteur). Un seul voyage par personne. Aller-retour, ou simple aller, c'est vous qui voyez... Alors, quel est votre choix ? 

 

J.-C.D. : Le voyage, à vrai dire, n'est pas complètement mon trip, même si je viens de faire 24h de vol pour Nouméa avec mon Devos. Et comme, à ce jour, j'ai plus de 24h de vol, le trajet, dear Doc', qui me paraîtrait le plus dépaysant serait de me faire tout petit et de rentrer dans la Batmobile Playmobil et de me rendre dans la Batcave pour repérer les meilleurs vins "pinard", crus... d'un autre monde...

 

PdA : Du Cochon considéré comme l'un des beaux-arts, c'est le titre de votre livre de 2005. Une bien belle passion, ma foi, même si elle étonne certaines personnes ! En avez-vous d'autres, moins connues ?

 

J.-C.D. : Ah oui, j'ai une nécessaire passion, à ce jour, pour les vitrines, avec plus de cinq-mille cochons. De port en porc, je dois enfermer, emprisonner cette énorme batterie porcine pour qu'elle ne me fasse pas partir en eau de boudin... et que je ne devienne pas le "mâle des truies" ou le "mal détruit"...

 

PdA : Un scoop, une info inédite pour Paroles d'Actu ?

 

J.-C.D. : Roseline Bachelor serait-elle un homme ? Ne serait-ce pas une idée folle, démente ou démentie... ? ...

 

PdA : Qu'est-ce qui, dans notre société, dans le monde, vous donne envie de réagir, de vous engager ?

 

J.-C.D. : Trop vaste cette question... il fallait la poser au début. Là, je suis fatigué du monde et de sa société. Je ne m'engage pas... mais je vais réagir…

 

PdA : Un message pour nos lecteurs ?

 

J.-C.D. : Plus de crise, faisons comme si... Ah oui, une crise de nerfs, de temps en temps, gratuite.

 

PdA : Un message pour quelqu'un en particulier ?

 

J.-C.D. : J'aime la personne que j'aime…

 

PdA : Quels sont vos projets, vos rêves pour la suite ?

 

J.-C.D. : Je projette des rêves pour les suites de chacun de nous tous... (il tousse)

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, cher Jean-Claude Dreyfus ?

 

J.-C.D. : D'être contraint au carcan de sa liberté !

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment !

 

J.-C.D. : Amitieusement à tous…

 

Jean-Claude Dreyfus 2  

Très heureux et flatté de cet échange, cher Jean-Claude Dreyfus... Merci encore ! Amitieusement... Phil Defer Et vous, quels rôles, quelles images vous viennent à l'esprit en pensant à ce grand acteur ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Jean-Claude Dreyfus...

 

Présentation remaniée : 15/01/14.

25 février 2013

Alain Duverne : "Les Guignols devraient aller plus loin"

   Pour introduire ce nouvel entretien, je vais - une fois n'est pas coutume - laisser parler mon invité. Voici comment Monsieur Alain Duverne, concepteur en chef des Guignols depuis l'origine, avait répondu à ma sollicitation, à la fin du mois de janvier. Des mots que je ne pouvais pas ne pas inclure dans le présent document...

   « J'entends des gens remercier l'école républicaine, ils disent qu'il lui doivent tout. Moi, elle a mis mon enfance dans la grisaille, mais je dois beaucoup à des gars comme Alain de Greef. Il aurait dû rester avec ses nombreux enfants, que nous avons élevés ensemble. Lui était le papa des Guignols, moi la maman. Ce n'était pas le mariage pour tous mais le mariage de l'intelligence et du fin bricolage. On marie aussi le cuivre et le zinc pour faire du bronze et je marie la sculpture d'un Guignol, avec l'écoute de livres audio, pour rendre le travail manuel aussi très intelligent. Il n'y a pas besoin d'utiliser le mot "mariage" venu des religieux au 11ème siècle pour un contrat civil d'union avec deux mêmes entités. Les responsables politiques qui tiennent à tordre ainsi le mot "mariage" touchent le fond de la démagogie chafouine... à moins que cela ne présage l'une des plus grandes conquêtes de l'histoire... ».

   Le décor est posé, place à l'Artiste ; un artiste engagé, un artiste passionné et passionnant... Après celle du papa, j'ai l'honneur et la joie de vous présenter mon interview de la maman des Guignols. Une bien belle famille... Et pour moi, un rêve de gosse... Merci infiniment, cher Alain Duverne, pour ce beau cadeau. Bonne lecture ! Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

ALAIN DUVERNE

 

« Les Guignols devraient

aller plus loin »

 

Alain Duverne 1

(Photos fournies par Alain Duverne)

 

Q. : 17/02/13 ; R. : 22-25/02/13

 

Paroles d'Actu : Bonjour Alain Duverne. Comment allez-vous ?

 

Alain Duverne : Je vais à pieds, en vélo, en taxi, en métro, en bus... selon les lieux, selon les heures, selon les manifs, selon la pluie ou le beau temps. Je suis souple, je m'adapte.

 

PdA : C'était quoi votre vie, avant de construire des marionnettes, avant le Bébête Show ?

 

A.D. : Tu es une « petite nature », disait avec tendresse mon père, quand j’étais réfugié dans le giron de ma mère, pour conjurer mes chagrins scolaires. Tant qu’il y avait de l’encre dans le stylo des autorités éducatives, ces deux mots s’inscrivaient à répétition d’une année sur l’autre à travers les trimestres : « agité et bavard », « agité et bavard »... Petite nature, agité et bavard.

 

Après un service militaire marqué par la découverte d’un large échantillon de mes contemporains, j’ai passé quelques années en laboratoire de fiabilité de composants électroniques chez Ericsson pour travailler à l’obsolescence programmée. J’ai vite quitté ce bateau naufragé d’avance. J’ai commencé alors à vivre dans le maquis de l’existence pour apprendre à faire “ mon devoir d’être heureux ! ”.

 

Je découvre l’incroyable pouvoir d’expression des marionnettes de Philippe Genty. J’ai vu là les instruments qui me tombaient du ciel pour “ dire ”. Dire des réalités… Des vérités, celles qui sortent de la bouche des enfants ! Avec ces instruments, je peux m’amuser à mettre en lumière les surplus de tartuferies, construire des passerelles, échafauder des thèses… Mon luxe est caché là : par l’activité manuelle dans les fabrications, intellectuelle dans l’écriture, physique et expressive dans la mise en scène et manipulation.

 

La suite, en quelques mots : plus de 200 représentations des “ Œufs de Hasard ”, spectacle théâtral visuel et musical (qu'il a créé, ndlr). Sociétaire de la S.A.C.D. Nombreuses créations de marionnettes et écriture pour les programmes jeunesse de TF1 et Antenne 2. Puis le célèbre Bébête Show...

  

PdA : Le Bébête Show, c'est un concept très novateur pour l'époque... Une belle aventure ?

 

A.D. : C'était une première mondiale. Les chansonniers, humoristes... disparaissaient derrière les politiciens sculptés en mousse de polyuréthane. Depuis, une vingtaine de pays ont suivi cette comédie manipulable populaire. Je n'avais jamais fait que des marionnettes pour les enfants. Avec les playmates aux seins nus, j'étais servi, dans le programme de Stéphane Collaro ! À la télé, on acquiert la célébrité et on gagne de l'argent. J'ai pu me payer un atelier. L'estime, on la gagne au théâtre.

 

PdA : Dans les années 80, Français et Anglais rivalisent de bonnes idées en matière d'humour satirique. Le Bébête leur inspire Spitting Image. Le concept va intéresser un certain Alain de Greef... Les Guignols sont sur le point de naître, ou presque... Au départ, ça s'appelle Les Arènes de l'info...

 

A.D. : C'est le départ des Nuls qui amène Alain de Greef à tenter l'aventure des Guignols, inspirée de Spitting Image. En janvier 1988, j'ai fait les 10 premières marios, pour tourner un pilote. J'avais déjà mon équipe de manipulateurs, seulement, les auteurs entraînés au style humour anglais manquaient dans l'équipe. Les Arènes de l'info ont donc été écrites par les auteurs qui écrivaient pour les Nuls. Mais une marionnette ne sait pas jouer la finesse que pouvait faire passer la bande à Alain Chabat. L'écriture s'est améliorée par la suite pour culminer en 95 pendant les présidentielles.

 

PdA : Vous m'avez dit, évoquant les Guignols et Alain de Greef, « Lui était le papa, (...) moi la maman ». La suite, chacun la connaît : un couple heureux avec de beaux, de nombreux enfants. Des précurseurs ! Mais avant toute histoire d'amour, il y a une rencontre... Vous nous la racontez ?

 

A.D. : Ayant approché les arrogants énarques - ou équivalents - qui dirigeaient TF1 ou Antenne 2, mes premières rencontres avec Alain dans la tour Olivier-de-Serres, où l'équipe de Canal + oeuvrait à l'étroit, j'avais du mal à les prendre au sérieux. Ils ressemblaient à mes potes. Quant Alain de Greef m'apprit qu'il voulait faire Spitting Image, que je connaissais pour être allé les voir lors d'enregistrements, j'ai tout de suite dit, « Vous savez qu'un programme comme cela coûte au moins 80 000 francs la minute ? ». Il m'a répondu « oui ».

 

Sachant que la grosse chaîne française TF1 mégotait pour le Bébête Show, qui devait coûter dix fois moins, j'ai d'abord pensé qu'Alain s'était trompé d'un zéro ! Pas du tout, passé la porte de Canal, je changeais de pays. Pour la première fois, un dirigeant prenait la marionnette au sérieux. À l'époque, les émissions de variétés anglaises avaient quinze ans d'avance sur les françaises.

 

Nos enfants de caoutchouc ? Tous des fanfarons qui s'agitent dans la lumière et qui nous disent ce qu'on veut entendre. Si ce sont des présentateurs, des artistes ou des journalistes, pourquoi pas... mais les politiques sont pareils.

 

PdA : PPD, évidemment... Chirac... Johnny... Trois marionnettes, parmi les plus emblématiques. Leur design est-il venu naturellement ?

 

A.D. : En démocratie, nous sommes à peu près égaux devant la loi, mais en caricature nous ne le sommes pas du tout. Ces trois-là sont évidemment de bons clients, les présidents ou les premiers ministres de droite le sont aussi. Thatcher, Aznar en Espagne, Chirac, Sarkozy... leur dessin, je dirais que ça s'écrit comme ça se prononce. Ils ont des gueules qui marquent, une voix aussi. Il suffit de recopier en en retranchant là on il y en a le moins et en en rajoutant là où il y en a plus.

 

Plus ou moins, c'est pas rapport à un visage moyen, où toutes les parties sont moyennes. Si le front d'un sujet est large, il sera modelé encore plus large. Si les lèvres sont minces, elles seront encore plus minces. Si le menton est petit, il sera encore plus petit. Cela pour toutes les parties du visage. Le moindre détail qui sort de la moyenne, il faut lui faire un sort.

 

PdA : Sans faire de mauvais esprit... vous vous êtes arraché les cheveux, pour certaines réalisations ?

 

A.D. : J'ai perdu mes cheveux pendant les six ans d'un procès, au début des Guignols, suite aux manigances d'un producteur un peu trop audacieux... Et je me suis arraché ceux qui restaient avec Ségolène Royal, avec Strauss-Kahn, récemment avec Montebourg. Difficile de dire pourquoi, les stars de la caricature ont aussi des difficultés avec des têtes qui résistent et ne laissent pas montrer le bout par lequel il faut les prendre.

 

PdA : Je sais qu'on ne demande pas à une maman d'émettre ouvertement des préférences lorsque l'on parle de ses enfants... Quelles sont, malgré cela, les marionnettes pour lesquelles vous avez une tendresse particulière, et pourquoi ?

 

A.D. : Rien de très différent, comparé avec les stars reconnues par tous. Les auteurs ont su trouver des jeux fabuleux pour Jean-Paul II, une faconde craquante pour de Villiers, des dialogues dignes de Marcel Pagnol pour Papin et Cantona...

 

PdA : Pauvre Stallone... Il incarne, bien malgré lui, tout ce que l'Amérique, le business, la religion comptent d'excès, de cynisme éhontés. Vous n'avez pas honte ? ;-) Vous saviez à quelle sauce il allait être mangé avant de créer son Guignol ?

 

A.D. : Personne ne le savait, sauf que chacun tombe du côté de son penchant. C'est-à-dire que les auteurs ont la finesse de trouver le juste penchant de nos créatures.

 

PdA : Est-ce qu'il vous est déjà arrivé, d'ailleurs, de livrer telle ou telle marionnette avec à l'esprit, au-delà du physique, un trait de caractère, une personnalité ? "Je le vois bien comme ça, d'ailleurs j'ai accentué ce trait du visage pour souligner cet aspect du personnage". Vous êtes écouté par l'équipe, s'agissant de la vie post-création du Guignol ?

 

A.D. : Les auteurs n'ont pas souvent trop d'a priori, le personnage s'épure avec la voix, de sketch en sketch.

 

PdA : Combien de marionnettes avez-vous créées, à ce jour ?

 

A.D. : Je ne sais pas exactement... Entre 5 et 700. Il n'y a pas que les Guignols.

 

PdA : De quoi remplir un Musée des Guignols... Je vous garantis que ça marcherait ! Fantasme - assumé - de ma part... Réalisable, à votre avis ?

 

A.D. : Il ne s’agit ni d’une sculpture, ni d’une œuvre d’art mais d’un “ instrument de comédie ”. La musique a aussi les siens. Voir ces marionnettes immobiles, ça les tue un peu. 4 ou 5 footballeurs sont visibles au Musée des Sports.

 

PdA : Revenons à leur conception. Combien êtes-vous à créer les Guignols ? Vous nous parlez de votre équipe ?

 

A.D. : Franck Demory, au cheveu dru argenté, est devenu spécialiste des mécanismes. Il doit y avoir une trentaine de petites pièces par mécanisme des yeux - gauche, droite, et paupières. Avec ses deux bras, il fait comme s'il en avait quatre pour ajuster les iris, au dixième de millimètre près. Il est le maître de tous les accessoires et effets spéciaux qui rendent magiques les sketchs.

 

Bénédicte Fay, fine madone discrète au regard doux et mélancolique, fait les moules en résine stratifiée et les tirages en mousse de latex. C'est une cuisine délicate à mettre en oeuvre et à digérer.

 

L'énergique Alex Leseur chante et rit avec gourmandise. Elle peint à l'aérographe le maquillage avec du latex teinté. Elle a les nerfs solides, parce qu'il ne faut pas s'énerver, avec cette émanation gluante élastique, et néanmoins naturelle.

 

Annaïc Penon, taille mince comme un modèle haute couture et hauts talons, taille dans les perruques pour les ajuster sur des têtes patatoïdales et taille les bustes dans la mousse de polyuréthane.

 

L'air qui entoure la grande Sophie Coeffic n'a pas la même densité qu'ailleurs, sans qu'elle perde sa belle énergie, tous ses mouvements ondulent. Elle ne rate pas une occasion pour nous éclairer de son rire mais, a contrario, elle n'en rate pas une, cinglante, pour terroriser la bêtise et l'orgueil mal placé. Sophie est la première personne qui, arrivant ici, connaissait déjà 80% des secrets pour créer une marionnette. C'est normal, elle ondule aussi en rythmes dans l'atelier de mon maître Philippe Genty.

 

Laetitia Calzetta passe de Photoshop à l'imprimerie ; elle s'occupe de toutes les affiches, couvertures de presse, jaquettes de DVD guignolisés. Elle fabrique aussi tous les insolites accessoires. Elle est la dernière arrivée. Elle habite avec d'autres artistes et artisans, dans une usine en grande banlieue. Les trajets sont longs, elle organise méticuleusement son temps.

 

Corinne Bron est la patience, la gentillesse, la grâce et le savoir administratif qui font dormir le gérant d'Images et Mouvement comme un bébé. Elle fait aussi les mystiques feuilles de paie. Carolle et Léo sont restés plus de dix ans. Seb, Laurent aussi. Ils et elles continuent, à leur gré, notre artisanat particulier, plutôt en période de développement. Stéphane, pilote d'avion amateur, est mort d'une chute de ski... Philippe est parti dessiner des voiliers au Maroc. Christian, Sami sont les plus doués de tous. Thierry, Cyril, Véronique, Stéphane, Monique sont passés de l'atelier à la manipulation.

 

Tant d'autres sont passés au troisième étage de notre usine parisienne. Surtout des filles. Sur 100 CV reçus à la société, de gens venus globalement d'écoles d'Arts appliqués, plus de 95% sont des filles ! Cherchez l'erreur ou la juste conjugaison... J'ai aussi recruté une vingtaine d'autres manipulateurs, pour les Guignols.

 

Alain Duverne 2

 

PdA : Accepteriez-vous de nous narrer, en quelques étapes clés, la confection d'un personnage, celui de votre choix ?

 

A.D. : Beaucoup d’indices entrent en jeu pour dégager la vérité du personnage. Globalement, il s’agit des proportions du dessin du visage et de la disposition de chaque élément par rapport à l’ensemble. Tout ce qui se passe autour du regard est capital : la profondeur, la place et la grosseur des yeux par rapport à l’arcade sourcilière et aux joues ; l’écart entre les yeux, la grandeur de l’iris ; la position de l’axe des paupières vis-à-vis de l’iris ; la direction des lignes hautes et basses qui coupent l’iris ; l’épaisseur des paupières et des cils ; le dessin et le volume des sourcils. Chacun de ces éléments doit être chargé en fonction de leurs caractéristiques.

 

Pour tout le reste, c’est centimètre- cube par centimètre cube qu’il faudra négocier. Prenons le cas du nez, et de ses narines : à tout vent, auguste, timide, sec, busqué, tourmenté, dodu, pointu, poilu, aguicheur, retroussé, épais, épaté, moqueur, proéminent... ou le pilier en bas-relief du front, précieux, ornementé, strict, solide, crochu m’as-tu-vu. La nature est ainsi, son choix n’est pas si mal... le seul nez imbécile serait le nez normal.

 

C’est la position la plus caractéristique des lèvres pendant l’élocution qui sera choisie. Tout ce qui est poil et cheveux, quand c’est fait d’un manière très soignée, ajoute une touche très réaliste au Guignol. Les modifications apportés aux parties poussent à des corrections dans l’équilibre du tout. Si je grossis les joues et les maxillaires, le front et l’espace des yeux seront logiquement réduits. Si la bouche doit être agrandie, il faudra bien réduire l’épaisseur des joues si la mâchoire n’a pas à être élargie. Ces simples règles ont évidemment des exceptions.

 

Notre Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, est un épais aux petit nez tordu et petites narines. Il n'entre pas assez d'air dans ce corps rigide. Les lèvres et les joues sont plutôt petites mais épaisses aussi. C'est l'avancée du front et celle des arcades sourcilières touffues et proéminentes qui sont sa principale caractéristique. J'aurais pu en faire davantage, sur ce point. Nous sommes plutôt, aux Guignols, dans des charges caricaturales modestes.

 

PdA : Qu'est-ce qui différencie, techniquement parlant, les Guignols de la fin des années 80 de ceux de 2013 ?

 

A.D. : Tout est plus précis, plus soigné, plus sécurisé, plus solide, plus confortable pour la manipulation. Il n'y a que la mousse de latex que l'on connaît un peu mieux, mais c'est un produit naturel dont on ne maîtrise pas tous les caprices. Des têtes fonctionnent depuis quinze ans, d'autres deviennent bisquottes beaucoup plus tôt, malgré les anti-oxydants.

 

PdA : Êtes-vous, globalement, toujours en phase avec leur humour ? D'accord, à l'aise avec ce que les auteurs font dire à vos bébés ? ;-)

 

A.D. : Avec leur humour, je suis en phase. "La critique est aisée mais l'art est difficile". Ils sont bons, bûcheurs et acharnés. A contrario, c'est sur leur penchant politique que je souffre. Deux exemples :

1. Aux 9 suicides de France Télécom, il faut répondre par les 70 suicides de paysans, mais ne pas surjouer sur ce qui a été déjà dit par le PS.

2. Concernant l'eau de javel jetée sur tous les restes des cantines scolaires et des restaurants pour qu'ils ne soient pas réutilisés, il faut se révolter violemment contre ce gâchis organisé et décadent, mais les Guignols de Canal + approuvent ? J'ai bu toute mon enfance de succulents jus venant d'oranges abîmées dans des cageots que mon père, petit fonctionnaire libre d'esprit, ramenait régulièrement des Halles. Ce geste de mon père a été formateur pour la vie.

 

J'ai toujours pensé que le pouvoir des marionnettes autorisait, en visant juste, à blâmer les corruptions des pouvoirs mais plus encore, à dérouiller les conservatismes fâcheux des gentils mammifères humains grincheux autant acclimatés en France à la chicane qu’a la servitude volontaire, peu soucieuse de son avenir. Il n’y pas que les saillies capitalistes de l'Américain Mr Sylvestre qui coincent un pays, la lente avancée de ses propres arthroses est aussi très efficace. Nos fanfarons de caoutchouc pourraient afficher dans la rigolade ces stigmates de la décadence pour mieux les ringardiser. Mais voila, la machine Guignols, malgré son grand pouvoir pédagogique, agit comme les communicants et les chansonniers ; elle ne rebondit que sur des opinions et des croyances déjà entendus. "On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde", c’est la loi de la séductrice TV.

 

N’imaginez pas pour autant qu’un directeur d’édition à Canal + censure les auteurs, les auteurs des Guignols ont le génie d’écrire et d’inventer ce que nos spectateurs veulent entendre. C’est-à-dire, rester dans le politiquement correct, forme acceptée auprès d’un large public, au risque de s’attarder un peu trop dans la pensée unique bobocrate. Notre public, ce sont les 15-30 ans. Ceux qui s’éclatent dans le théâtre bondé de l’humoriste Dieudonné-le-proscrit, sont plutôt les 20-35 ans. Déjà, en son temps, Fernand Raynaud était beaucoup plus cinglant pour tout le monde en cabaret qu'à la radio. Coluche tapait autant sur les flics, les Belges, les syndicalistes, les juifs, les chrétiens, les musulmans. Tous les biens-pensants soumis aux maîtres obscurs le jugeaient raciste.

 

Maintenant, les ouvriers des groupes internationaux se font licencier. Ils aimeraient bien rester en place, puisque le groupe est bénéficiaire ? En fait, ces ouvriers français voudraient bien partager les bénefs que leurs patrons font sur le dos des ouvriers des usines du tiers-monde ! Un proverbe dit : "Le receleur est pire que le voleur"... Donc aujourd'hui, motus. Quel humoriste oserait rire de cela dans les grands médias ?

 

PdA : Les Guignols ont 25 ans... Quel regard portez-vous sur leur évolution depuis une génération ? Les points positifs ? Ce qui l'est un peu moins ?

 

A.D. : En 1973, le subtil observateur Alain Peyrefitte a écrit Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera. Un document des archives de l’INA montre, la même année, un autre ministre de Pompidou, Michel Debré, expliquer, suite au  premier choc pétrolier , à quel point utiliser le terme de crise était un contre-sens. Car, par définition, une crise connaît une montée, un pic paroxysmique puis, un retour à la normale. Mais, cette fois, le monde entier, dit-il, entre dans une “ guerre économique sans fin .

 

Plus le peuple découvre les quarante ans de mensonges politiques, plus il comprend l'état de décadence du pays... Les Guignols, eux, continuent d'avancer sur des oeufs... ils n'osent pas.

 

Le mariage pour tous est une extravagante mine d'humour. L’objectif est clair, il mettra sur le marché le futur bébé garanti par l’État et produit en utérus d’élastomère, bébé pour tous et pour toutes les bourses des papas pédés. Après « Tu n’accoucheras plus dans la douleur », qui rayait de la Bible « Tu accoucheras dans la douleur », et pour faire vraiment la nique aux catholiques, le bouquet de la mariée arrive ; « Tu n’accoucheras plus du tout, la techno-science s’occupera de ta ligne ». Les industriels sont bien sûr partants pour concrétiser cette utopie, les jeunes que j’ai interrogés dans la manif du mariage pour tous aussi et, à terme, beaucoup de femmes seront intéressées. Le marché de l'embryogénie du bébé est là.

 

Ce qui est positif, dans les Guignols comme dans mon atelier, c'est d'avoir toujours plus de perfectionnements techniques ; je pense aux costumes, aux lumières, aux perruques, aux trucages, aux réalisations des petits films... Les voix sont parfaites depuis le début, le plus-que-parfait n'existe pas chez nous. Le “ plus-que-parfait ” n'est qu'une bêtise qui emmerde les enfants à l'école, alors qu'avant 5 ans, ils ont déjà instinctivement intégré la grammaire.

 

En philosophie politique, je dirais que les Guignols, comme nos spectacles, sont du divertissement d'avant-guerre. C'est ainsi. Mais dormez tranquilles, il n'y aura pas de guerre, seulement un long carême venue de l'économie ; cette fois, la religion n'est pas dans le coup.

 

PdA : Quels sont, sur toutes ces années, vos grands moments avec les Guignols ; en coulisses comme en tant que spectateur ?

 

A.D. : En coulisses, les fêtes de l'époque d'Alain de Greef. En tant que spectateur, Le monsieur te demande... et Mangez des pommes (la campagne de J. Chirac pour 95, ndlr). Le couple Papin-Cantona...

 

PdA : Quels secrets, quels scoops pourriez-vous nous dévoiler à propos des Guignols ? Quelque chose qui n'aurait jamais été révélé au public... ?

 

A.D. : Une marionnette de Chirac a été volée... une de Stallone perdue. Pour le détail.

 

Pour beaucoup plus gros : Canal + a dû verser 3 millions de francs à un producteur, celui avec qui j'ai été longtemps en procès. Cet escroc avait déposé le projet du programme des Guignols, à son nom, à une société de protection industrielle. Il pouvait faire chanter Canal + en disant, "Vous faites mon programme". Canal + a payé, ne voulant pas être éclaboussée par un procès.

 

À cette époque, Mitterrand disait à ses ministres, "N'allez jamais en justice, surtout si vous n'êtes pas dans votre tort !". La maison de production a pris ses 3 millions de francs, et plus personne n'a jamais entendu parler d'elle. Elle était sur liste noire pour toutes les chaînes françaises et d'Europe.

 

PdA : Revoyez-vous toujours Alain de Greef ? Les "historiques" de Canal ? Êtes-vous, vous aussi, nostalgique d'un certain esprit dont on a dit qu'il avait animé la chaîne à ses débuts ?

 

A.D. : Depuis que j'ai l'imail d'Alain, je vais reprendre contact. Philippe Genty et lui sont mes deux mentors. Je ne suis pas nostalgique d'un certain esprit, mais plus d'une volonté collective de faire des choses avec amour pour une bonne cause. Faire des marios pour une TV tunisienne qui pense amener, grâce à elles, de la laïcité au Maghreb... ça, ça a de la gueule !

 

PdA : Quels programmes aimez-vous regarder, sur Canal ou ailleurs ? Quel jugement de téléspectateur portez-vous sur la télé d'aujourd'hui ?

 

A.D. : Parfois Paris Première, le soir. Les chaînes d'info en continu, LCP, en particulier, avec Bibliothèque Médicis. Des films sur le bouquet Canal +, des chaînes thématiques sur la nature... Le  gros du reste me fait penser au mot anglais “ entertainement ”, traduit par divertir, ou distraire.

 

Ce flot ininterrompu de gens en couleurs, agités et bavards, semble maintenir en survie une moitié de  France en léthargie. Si ça s'éteint, j'imagine cette demi-France s'avachir sur elle-même, en compote sur les canapés. Mais l'autre moitié de la France est en pleine santé. Il y a toujours deux France qui se regardent en chien de faïence, depuis Jeanne d'Arc, depuis l'édit de Nantes, depuis la Révolution, depuis la dernière guerre. Quand je vote, je vote Bayrou. 

 

PdA : Quelles sont vos autres passions, celles que l'on ne connaît pas forcément de vous ?

 

A.D. : Mon paradis est de modeler un Guignol en écoutant un livre audio ; le dernier, c'était Ayrault au modelage, et Chagrin d'école, de Daniel Pennac, à l'écoute.

 

PdA : Vos grandes fiertés ?

 

A.D. : Ma fierté, c'est d'avoir regroupé dans mon atelier des gens qui s'aiment, qui aiment travailler ensemble et partent en vacances ensemble.

 

PdA : Des sentiments d'échec ?

 

A.D. : Ce que j'ai raté, magistralement, c'est de n'avoir pas su défendre, à Canal +, l'intégrité de l'activité liée à la marionnette face aux corporatismes, potentiellement virulents à la TV. Les voix sont faites par d'excellents comédiennes et comédiens-imitateurs. Leurs talents contribuent étroitement aux succès des Guignols. J'aurais voulu former une grande équipe de marionnettistes pouvant passer de la fabrication à la manipulation des marios. Les auteurs de Spitting Image s'amusaient à manipuler. Les manipulateurs que j'ai recrutés ou qui sortent de mon atelier n'ont donc qu'à suivre les voix des comédiens-imitateurs. Mais face à des producteurs délégués lambda de la TV... Ils ont réussi à installer une mini-corporation d'“ artistes-interprètes ”, payés le double des gens - beaucoup plus longs à former - qui travaillent dans mon atelier.

 

C'est ma honte, parce ce que, ce que je reproche le plus au diplodocus éducatif, c'est sa faculté à classer les humains en deux infirmités : les manuels et les intellectuels. J’affirme que se résigner à ces deux “ infirmités ” est une calamité pour le genre humain, et cette dislocation est très vivace dans les traditions culturelles françaises. Ces “ mutilations ” sont souvent subies, mais aussi très souvent choisies. Car on ne peut pas ignorer le fait que les postes enviés de pouvoirs, petits et grands, et les postes administratifs qui servent ces pouvoirs, sont concentrés principalement dans les “ mains maladroites ” de ceux qui se sont laissés enfermer étroitement dans le moule de l’intelligence d’adaptation au microcosme scolaire.

 

PdA : Quels sont vos projets, vos rêves pour la suite ?

 

A.D. : J'ai écrit un film, aidé des frères Ringer, producteur et réalisateur, et j'ai créé une trentaine de personnages d'animaux humanoïdes pour ce film. Il s'agissait de démontrer que la décadence de notre démocratie n'est pas due qu'aux saillies capitalistes... Mais que la lente avancée de ses propres arthroses, inhérentes à sa culture de monoglote orthographeur assisté, plus cigale que fourmi dans sa non-anticipation, est aussi très efficace. Ce film est en stand-by pour l'instant, j'écris un livre audio pour le remplacer.

 

Alain Duverne 3

 

PdA : Aimeriez-vous adresser un message à nos lecteurs ?

 

A.D. : Pour vos enfants : n'attendez surtout pas grand chose de l'école, qui fait ce qu'elle peut, mais pensez bien que "c'est un devoir d'être heureux". C'est surtout valable pour les enfants qui n'ont pas une prédisposition naturelle pour le microcosme scolaire.

 

PdA : Un message... pour quelqu'un en particulier ?

 

A.D. : Pour Rodolphe Belmer, directeur de la chaîne Canal + :

 

Pourquoi ne pas faire un module de “ Guignols bis ” ? (plus tard dans la soirée, sur Canal Décalé, ou en rubrique spéciale dans les Guignols, avec éventuellement d’autres auteurs : “ La face cachée des Guignols ” ? “ L’antichambre des Guignols ” ?...)

 

Sous la forme d’une caméra cachée, dans des réunions privées. On y verrait, autour d’une table ronde (dans une cave à vin ?), autour d'un monsieur ou d'une madame tout-le-monde en latex, les hommes et les femmes politiques, chefs de partis et présidentiables, défaits de leur apparence publique, préparant un gouvernement d’union nationale. Ils chercheraient maladroitement les idées pour sortir par le haut des déclins du futur et chercher à refonder réellement la salle de classe.

 

Même si c'est faux, enfin montrer une capacité d'anticipation et d'innovation à la France...

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, cher Alain Duverne ?

 

A.D. : D'avoir moins mal aux genoux !

 

PdA : Quelque chose à ajouter avant de conclure ? Merci infiniment !

 

A.D. : Dario Fo sortirait, "Nous sommes dans la merde jusqu’aux narines, que personne ne fasse de vagues !"...

 

 

MERCI, merci encore, cher Alain Duverne, pour ce témoignage exceptionnel, pour votre enthousiasme hors du commun. Continuez, avec votre merveilleuse équipe, à nous faire rêver. En espérant que les Guignols prendront le parti de nous faire, à l'avenir, davantage réfléchir. Phil Defer. Un commentaire ?

 

 

Les Guignols : le site web

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Présentation remaniée : 04/11/14.

14 août 2012

Jérémy Coste : Une troisième voie ? "J'y crois encore"

Cent jours après l'élection de François Hollande, où sont passés les centristes ? Les Bayrou, les Morin... ? Comment vont-ils, ces hommes et ces femmes de convictions, ceux-là même qui refusent d'être étiquetés à gauche ou à droite et les dogmes qui, parfois, s'y rattachent ? Plutôt pas mal, merci pour eux ! Certes, l'Élysée n'est toujours pas occupé par l'un des leurs. Ils restent très minoritaires à l'Assemblée. Mais qu'on se le dise... le centre est en mouvement. La nouvelle '"Union des démocrates et indépendants", groupe parlementaire présidé par Jean-Louis Borloo, rassemble à ce jour 29 députés. Leurs couleurs : Parti radical valoisien, Nouveau Centre, Force européenne démocrate... Force européenne démocrate ? Une autre nouveauté, un parti qui "se donne pour objectif premier de contribuer à la création d’une confédération des mouvements centristes qui y sont favorables". Il compte parmi ses rangs des figures du Nouveau Centre : Jean-Christophe Lagarde, André Santini (voir : l'interview qu'il m'avait accordée au mois de février), notamment... Entretien avec l'un de ses adhérents. Jérémy Coste, porte-parole des Jeunes forces démocrates, a 25 ans. Et, à n'en pas douter, un bel avenir devant lui... Je ne prendrai pas la peine de le présenter davantage, il s'en charge tout de suite, et bien mieux que moi... Je le remercie pour les réponses, passionnées et très élaborées, qu'il a bien voulu m'apporter. Une exclusivité Paroles d'Actu. Phil Defer  EXCLU 

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JEREMY COSTE

Porte-parole des Jeunes forces démocrates

 

Une troisième voie ? "J'y crois encore !"

 

Jérémy Coste

(Photo fournie par Jérémy Coste)

 

 

Q : 26/07/12

R : 14/08/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Que faut-il savoir sur vous avant d'aborder cet entretien, Jérémy Coste ? Qui êtes-vous ? Comment votre engagement actuel est-il né ? Qu'aimez-vous dans la vie ?

 

Jérémy Coste : Bonjour à tous. Je tiens d’abord à vous remercier de m’exprimer sur votre blog.

 

Je suis né à Lyon en 1986. J’ai grandi dans une famille populaire dans laquelle le sport tenait une grande place. Chez nous, le sport était obligatoire. Mes parents tenaient à ce que ma sœur, mon frère et moi ayons une activité extra-scolaire. C’était important pour eux car le sport représente à leurs yeux (et aux miens) de nombreuses valeurs telles que l’apprentissage du goût de l’effort, le respect, la compétitivité, la précision, la rigueur, la performance… Gymnaste pendant près de 16 ans, j’ai terminé ma carrière de sportif sur un titre de champion de France. C’était en quelque sorte l’aboutissement de plusieurs années d’efforts et d’investissement. Je parle de cette expérience car c’est elle qui m’a donné le goût de la politique.

 

En effet, parallèlement à mes activités sportives, j’ai souhaité dès l’âge de 16 ans prendre des responsabilités au sein de mon club. D’abord en entrainant moi-même des juniors puis en intégrant le bureau de mon club. Les jeunes étaient rares alors mon président m’a encouragé à participer à une formation « jeunes dirigeants » organisée par le Comité olympique français et rhônalpin. J’en suis ressorti des projets plein la tête. J’ai donc poursuivi ma carrière sportive jusqu’à 22 ans tout en faisant une licence de science politique mention « relations internationales » à Lyon 3 et en dirigeant la commission jeune du comité olympique de la région Rhône Alpes. J’ai eu la chance d’y rencontrer des personnes exceptionnelles comme Daniel TRONTIN, le président de mon club ou Guy MARGOTTON, le président du CROS Rhône Alpes.

 

Cet engagement associatif et sportif m’a fait prendre conscience de l’importance de la politique. A 16 ans, j’ai donc décidé de m’engager en politique. Mes parents m’ont d’abord découragé. Selon eux, « ce n’était pas notre monde ». Je crois avec le recul que cette phrase m’a profondément marqué. A 16 ans, on croit au principe d’égalité alors quand tes parents te disent cela, tu déchantes. Mais je ne me suis pas découragé pour autant. J’ai donc fait un « deal » avec eux. Je leur ai dit que pendant 1 an, je me renseignerais sur les valeurs de chaque parti. Après plusieurs mois, je me suis donc engagé à l’UMP. J’hésitais beaucoup avec l’UDF car je suis profondément européen mais l’énergie de Nicolas SARKOZY à cette époque m’a convaincu. J’en profite d’ailleurs pour raconter une anecdote. Lorsque je suis allé pour la première fois au siège de la fédération UMP 69, les jeunes m’ont accueilli en me disant qu’il n’y avait rien à faire. Ils m’ont gentiment encouragé à contacter mon député de circonscription. Avec du recul, mon allure lycéenne de jeunes sportifs en jogging ne coïncidait visiblement pas avec le « style » des jeunes de l’UMP du Rhône. Je suis donc allé voir mon député. Il se trouvait que je connaissais sa déléguée de circonscription car elle représentait souvent le député lors des réunions de mon club. J’ai donc tout de suite sympathisé et je me suis investi aux cotés de Jean-Michel DUBERNARD pour animer les jeunes UMP de sa circo. Cela a duré 2 ans puis je me suis rendu compte, malgré les amitiés que j’ai développé et entretenu, que je n’étais pas à ma place. On m’appelait « le petit européen »… LOL.

 

Voilà, j’ai donc interrompu mon engagement partisan et j’ai fondé une association de promotion de l’identité européenne avec une jeune socialiste. Cela a duré le temps de nos études à l’Université. C’était passionnant car nous allions à la rencontre des écoliers pour monter des projets culturels avec eux pendant une année. Nous avons associé des étudiants de l’Union européenne… une expérience formidable. Arrive 2007 et l’élection présidentielle. Je rejoins le Nouveau Centre. Puis les choses s’enchainent. Je rejoins Damien ABAD, premier président des jeunes du Nouveau Centre, je prends des responsabilités régionales et locales au sein du mouvement et en juin 2010, je suis élu président des Jeunes centristes.

 

Parallèlement, je reste engagé au Comité olympique où je suis toujours membre de la commission jeune nationale. En ces temps olympiques, je rappelle que le sport et les sportifs de haut niveau réussissent grâce à leur talent avant tout mais aussi grâce à l’engagement de millions de bénévoles dans nos clubs. Je salue la force du bénévolat français. Au CNOSF, je contribue à la formation de tous ces jeunes sportifs qui veulent diriger nos clubs et nos structures partout en France.

 

Enfin, professionnellement, je suis conseiller parlementaire d'un établissement public après avoir travaillé pour André SANTINI pendant deux ans à l’Assemblée nationale.

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur les premiers pas de la présidence Hollande ?

 

J.C. : Selon moi, François HOLLANDE est un président qui correspond assez bien aux critères de la présidence. Il dégage une certaine sérénité et semble attaché à prendre de la hauteur sur les questions de politique intérieure. Ne pas trop parler, sur tout et tout le temps, ne pas trop agir pour éviter les confusions. Pour le moment, son attitude est appréciable. Cela concerne la forme. On a le sentiment de souffler après 5 ans d’hyper présidence où le gouvernement et le premier ministre semblaient être relégués au second plan.

 

Pour moi, le président de la République doit agir avec sagesse, intelligence, consensus. Il doit consulter puis impulser et définir les orientations stratégiques de notre pays. Charge au gouvernement de proposer et exécuter.

 

Sur le fond, je suis beaucoup plus critique. François HOLLANDE ne m’inspire pas confiance. Son équipe agit avec hésitations et contradictions. En pleine crise européenne, le cap n’est pas fixé. Sur le plan international, c’est le néant politique. Que dit, et surtout que fait la France concernant la Syrie ? Je suis stupéfait de voir chaque jour ce peuple qui se bat seul sans que la France et l’Europe ne les aident. On parle tout de même de vies d’enfants… Rappelons-le !

 

Je suis donc inquiet. Je trouve que ce gouvernement mis à part quelques ministres, manque de professionnalisme et d’ambition pour notre pays, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

 

 

PdA : En 2007, François Bayrou a recueilli sur son nom près de 7 millions de suffrages (18,57% des exprimés), suscitant l'espoir massif d'une troisième voie possible. Aujourd'hui privé de son siège à l'Assemblée, il lutte pour sa survie politique. Que vous inspire sa situation ? Est-il une voix qui compte à vos yeux ?

 

J.C. : François BAYROU est et restera une voix qui compte. Sa grande culture et sa connaissance profonde de l’histoire de notre pays sont des qualités essentielles pour bien gouverner. On sent une sincérité dans son engagement et dans ses combats politiques. En revanche, je regrette que ses qualités de stratège ne soient manifestement pas à la hauteur de ses qualités intellectuelles. François BAYROU est une sorte de philosophe qui aspire à rendre concrètes ses idées et ses ambitions pour la France et l’Europe mais son incapacité à faire les bons choix stratégiques l’empêchera vraisemblablement d’y parvenir. C’est terrible car cela démontre qu’en politique, ce n’est pas le plus brillant et le plus visionnaire qui gagne mais celui qui est capable de faire le plus de compromis.

 

François BAYROU est selon moi le président qu’il nous faut mais que nous n’aurons probablement jamais. A présent, je crois qu’il doit continuer à participer au débat politique mais laisser une nouvelle génération poursuivre son combat pour une troisième voie. Personnellement, j’y crois encore…

 

 

PdA : De voix, il sera également question dans cette nouvelle question. Considérez-vous que le Nouveau centre, allié de l'UMP, a réellement pu faire entendre la sienne durant les cinq dernières années (campagne 2012 comprise) ? Et qu'il a été un partenaire respecté du parti majoritaire ? Quel bilan tirez-vous de cette législature, s'agissant de vos idées, de vos valeurs ?

 

J.C. : Le Nouveau Centre n’a pas démérité. Nous nous sommes battus au Parlement pour défendre notre vision de la société. Nous avons défendu de nombreuses propositions de lois visant à rendre l’action du gouvernement plus juste. Malheureusement, ce ne sont pas 22 parlementaires qui peuvent bousculer les lignes. Concrètement, nous avons toujours été attachés à décentraliser davantage notre pays en faisant confiance aux régions, nous avons défendu la règle d’or qui prévoit des budgets en équilibre. Nous avons également alerté le gouvernement lorsque celui dérivait trop à Droite et notamment concernant Edwige ou l’affaire des Roms. A ce sujet, c’est nous qui avons été les premiers à dénoncer cette attitude irresponsable et scandaleuse. Nous défendons une société apaisée. Nous ne tolérons pas la stigmatisation, encore moins lorsqu’elle est à visée politicienne et électoraliste. Nous n’avons donc pas accepté que les Roms, citoyens européens, soient traités avec tant de méprise et de violence.

 

Alors effectivement, je crois que nous avons fait ce que nous devions faire mais que notre division (je parle de la division des centristes) ne nous a pas permis d’être suffisamment entendus au point de faire reculer ou accélérer le gouvernement précédent sur des sujets essentiels.

 

Quant à l’UMP, il est évident que face à notre division et donc notre poids politique marginal, nous étions le dernier de ses soucis. Le résultat, c’est qu’en 2012, les français n’ont pas entendu notre message et notre projet.

 

 

PdA : Vos idées, vos valeurs, justement, parlons-en. Vous vous définissez volontiers comme étant un "centriste". Qu'est-ce que cela signifie pour vous, s'agissant des valeurs (nous reviendrons sur les idées plus tard dans l'interview) ? Qu'est-ce qui vous différencie sur ce plan de l'actuelle UMP, par exemple ?

 

J.C. : C’est très simple. 3 choses :

  • L’Europe. Selon nous, il est évident que seule l’union des nations européennes est en mesure de garantir la survie de nos principes fondamentaux. On le voit bien, plus nous tardons à concrétiser la création d’une Europe politique et donc fédérale, plus nous sombrons et plus les autres puissances avancent et nous dépassent. Qui peut raisonnablement croire que 70 millions de français, seuls, peuvent concurrencer 1 milliards 400 millions de Chinois, autant d’Indiens… L’UMP reste enfermée dans les vieux schémas. Elle croit encore à la grandeur de la France. Je ne renie rien de notre histoire mais je considère que le principe de nation évolue et qu’il est temps d’offrir à la France et aux français une nouvelle grandeur. Seule la construction d’une Europe politique, populaire et démocratique nous permettra d’y arriver.

  • La décentralisation ensuite. Il faut en cesser avec la centralisation qui asphyxie notre économie. Nous devons faire confiance aux territoires et prendre conscience que chaque terroir est détenteur d’une histoire, d’une richesse, d’un rapport à ses acteurs locaux, d’un patrimoine. Nous devons donc donner aux régions une large autonomie et les encourager à innover avec des entreprises, des hommes, des femmes, des jeunes qui veulent contribuer au développement de leur territoire local qu’ils connaissent bien et auquel ils sont attachés.

  • La responsabilité de l’Etat. Il faut agir avec courage et ambition. Il faut cesser de mentir aux français pour être réélu. L’environnement doit être une priorité, la gestion responsable de nos finances publiques doit être garantie, la moralisation de la vie publique assurée. L’UMP agit avec le souci principal d’être au pouvoir, comme le PS. Et si pour cela, il faut mentir et dépenser sans compter, ils le font. Le résultat, la banqueroute et le désengagement des citoyens car ces derniers finissent par perdre espoir.

 

Voilà 3 idées principales sur lesquelles il y a des différences majeures avec l’UMP et le PS. Nous sommes prêts à défendre une 6ème République qui mettrait tout à plat !

 

 

PdA : L'idée centriste semble reprendre du poil de la bête avec l'organisation de députés d'horizons divers sous la bannière Union des démocrates et indépendants à l'Assemblée. Diriez-vous qu'il s'agit là d'une amorce de reconstitution d'un pôle centriste réellement indépendant ?

 

J.C. : Les centristes ont toujours été indépendants. Ils n’avaient en revanche pas suffisamment de poids pour peser et se faire entendre, d’où cette impression de soumission. En réalité, le groupe UDI est le prolongement de que fut l’UDF puis le NC. Nous rassemblons des députés qui souhaitent agir et réagir avec justesse dans un souci de justice pour les français. Quand nous estimerons que les orientations sont bonnes, nous le dirons. Nous voulons incarner une opposition vigilante et constructive. Le pays ne peut plus se permettre de jouer la comédie. Nos élus doivent faire tomber le masque.

 

Ensuite, j’espère que ce groupe inspirera nos élus et que les forces centristes (je parle des militants) de toutes les chapelles sauront se retrouver. D’abord pour peser et ensuite pour que les français entendent enfin notre projet. J’ai fait tout ce que je pouvais quand j’étais à la tête des Jeunes centristes. Aujourd’hui, je prends un peu de recul tout en continuant ce combat.

 

 

PdA : Longtemps patron des jeunes du Nouveau centre, vous avez tout récemment rejoint, avec André Santini, le parti Force européenne démocrate, fondé par Jean-Christophe Lagarde. Pourquoi cette rupture ? Quelle est la vocation de cette nouvelle formation ?

 

J.C. : La FED a pour objectif premier de contribuer au rassemblement de la famille centriste. Pour témoigner notre bonne foi, nous avons même décidé de permettre la double appartenance à tous ceux qui appartiennent à une autre formation centriste. Ainsi, nous démontrons notre volonté de travailler avec tout le monde, sans exclusive. Concernant les valeurs que nous défendons, pas de langue de bois. Il s’agit pour l’essentiel des mêmes que tous les autres partis. A la différence que nous offrons enfin aux Démocrates-sociaux une maison dont les alliances sont claires. La FED encouragera donc les partis du Centre à se rassembler en portant ce message partout. Ceux qui nous rejoignent sont clairement engagés dans cette voie, c’est notre cap politique. Plus largement, nous continuerons avec les jeunes, les militants et les élus à défendre notre projet de société.

 

 

PdA : Question liée aux deux précédentes. Sous quelle forme souhaitez-vous voir s'organiser à terme cette famille centriste éclatée ? Une confédération de partis indépendants mais unis lors des élections ? Un parti unique mais acceptant les "tendances" ?

 

J.C. : Le Centre est pas nature complexe. Il réunit des sensibilités de centre-droit, de centre-gauche, des démocrates-chrétiens, des libéraux… cette diversité ne peut donc pas se réunir dans une structure intégrée. Nous devons faire vivre notre famille dans le respect des opinions de chacun.

 

Notre défi est donc de faire vivre la diversité. C’est pourquoi, je suis favorable à la création d’un parti dans lequel les sensibilités cohabiteront. Concrètement, chaque parti adhèrera à la confédération, les militants feront donc partie de la même formation. Puis tous réunis, ils désigneront une équipe dirigeante du parti confédéral. Les décisions stratégiques se prendront à ce niveau. Les partis membres devront s’engager à respecter et suivre les décisions prises majoritairement ou quitter la confédération après une consultation des militants pour qu’un dirigeant ne prenne pas en otage l’ensemble des adhérents.

 

Quant aux choix des alliances, même chose. L’équipe dirigeante composée d’une partie des dirigeants de chaque formation et d’une partie élue directement par l’ensemble des militants, définira la ligne politique à suivre. En revanche je n’exclus pas par principe une alliance à gauche si un jour celle-ci évolue et se rapproche de notre projet politique plus que la Droite ne le ferait.

 

 

PdA : La viabilité d'une alternative dite centriste, vous le savez mieux que moi, se heurte à la logique implacable de l'affrontement des blocs en vigueur sous la Vè République. Valéry Giscard d'Estaing n'a été élu président que parce qu'il avait été soutenu par une bonne partie de la droite. Quel jugement portez-vous sur cette Vè République ? Pensez-vous sincèrement qu'un mouvement centriste indépendant puisse réellement exister dans ce cadre ?

 

J.C. : Je crois simplement que notre faiblesse nous incombe. Si nous parvenons à nous réunir, former une nouvelle génération, parler avec simplicité et sincérité des problèmes que notre pays rencontre, et qu’enfin, nous parvenons à faire émerger un leader (je dis bien que NOUS parvenons à faire émerger COLLECTIVEMENT un leader), nous pouvons être en mesure d’inspirer confiance aux français. Si nous inspirons confiance, nous serons en mesure de gagner et qui sait, de mener une coalition avec ceux qui se sentiront le plus proche de nous. Si VGE l’a fait, c’est possible de le refaire !

 

A ce moment-là, il faudra réformer le pays en profondeur et permettre dans nos institutions l’expression de tous au Parlement. Clairement, instaurer un système en partie proportionnel.

 

 

PdA : Cette question nous amène naturellement vers celle, fondamentale, de la proportionnelle. Êtes-vous favorable à la proportionnelle intégrale ou partielle ? Sur la base de listes locales ou nationales ? Et celle-ci serait-elle "pure" ou bien tempérée par un système de prime au parti majoritaire ? Derrière ce dernier point, il y a bien sûr la question de l'instabilité (dans une période déjà fort troublée), le souvenir de la IVè République avec les coalitions qui se font et se défont. Quelle est, le plus complètement possible, car l'enjeu est majeur, votre vision sur cette question ?

 

J.C. : Je souhaite une proportionnelle partielle qui garantisse justement une stabilité gouvernementale. Le système actuel où les députés sont élus au suffrage universel direct me convient. Il est important que chacun puisse s’adresser à quelqu’un en cas de besoin. La république doit avoir un visage. Les partis majoritaires seront bien entendu avantagés pour que se dégage une majorité claire qui puisse gouverner efficacement. A travers cette question il s’agit plus de permettre à chaque français d’être représenté que de donner à tout le monde la possibilité de bloquer ou de gouverner. La démocratie, c’est l’expression d’une confiance populaire à un tiers.

 

 

PdA : Quelles sont, pour rester sur l'organisation des pouvoirs, les autres réformes institutionnelles qui vous paraissent être fondamentales ? Souhaitez-vous qu'il y ait une modification du calendrier électoral (qui voit les législatives succéder directement à la présidentielle pour une même durée de mandats) ? Souhaitez-vous la fin de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct, que suivrait l'instauration d'un véritable régime parlementaire ? D'autres choses ?

 

J.C. : C’est une question très intéressante qui me permettra de vous dire sincèrement et profondément quelles sont mes convictions. Personnellement, je suis favorable à la suppression du poste de Président de la République. Je m’explique. Européiste, convaincu que seule l’Union européenne (dans un format plus populaire et démocratique) pourra garantir la survie de nos valeurs et de notre histoire, je crois que nous devons donner une voix politique à l’Europe. Cette voix ne doit souffrir d’aucune contradiction institutionnelle. C’est pourquoi, si nous voulons donner une existence réelle à l’Europe, nous devons selon moi supprimer le poste de président de la République et confier les affaires de notre Etat au gouvernement qui serait alors dirigé par un Premier ministre. Cela fonctionne partout en Europe, nous pourrons nous y faire également. Mais cette suppression n’est envisageable que si nous avons un Président de l’Union européenne qui ait un rôle important et qui soit le fruit d’un processus démocratique direct ou indirect. En effet, je pense que l’importance du président de la République française liée à la confiance qu’il reçoit de manière directe de tout un peuple empêche toute émergence d’une forte personnalité politique européenne.

 

 

PdA : La famille centriste s'est illustrée depuis longtemps, souvent en solitaire, dans sa mise en garde contre les déficits publics excessifs. Nous voici parvenus à une situation où la dette est devenue écrasante. Quelles sont, dans les grandes lignes, vos solutions pour faire repartir la croissance et contenir les déficits ?

 

J.C. : Je le disais plus tôt, il faut décentraliser notre pays réellement et adopter la règle d’or. Ces deux réformes sont les préalables à toute politique d’investissement et de croissance. Sans responsabilité et sans confiance dans nos territoires, nous ne sortirons pas de la crise. Ensuite, il faut révolutionner notre système éducatif et adapter notre système de formation et d’accompagnement vers le retour à l’emploi au 21ème siècle. Un exemple concret, nous devons absolument faire en sorte qu’un agent du Pôle Emploi ait une expérience professionnelle dans le privé et/ou le public. Comment bien orienter un chômeur sans connaissance concrète du monde du travail. Même chose pour les enseignants, je crois que le parcours d’un enseignant doit comprendre avant ou pendant sa carrière une expérience dans le monde du travail. Comment enseigner les bases des connaissances nécessaires à la formation professionnelle sans connaître le monde du travail (je parle des enseignants du secondaire) ?

 

Si tout cela peut sembler éloigné des questions liées au déficit public, il n’en est rien. Nous n’en sommes plus aux petites réformes. Le pays a besoin de réformes structurelles. Nous devons traiter le mal par la racine. Si la France entre en récession, si les entreprises ne produisent plus assez, si les jeunes sont moins compétitifs, c’est parce que notre formation et notre administration ne sont plus efficaces. Il faut donc réformer notre pays en profondeur pour récréer la confiance. Pour cela, il faut oser s’inspirer de l’étranger tout en conservant nos valeurs.

 

Enfin pour donner un coup de pouce aux finances publiques, il ne faut surtout pas hésiter à taxer les transactions financières. Mais là aussi, ce serait plus efficace si l’Europe toute entière adoptait cette mesure…

 

 

PdA : Un autre grand pilier du centrisme, c'est celui de la construction européenne. Il en est beaucoup question en ce moment, alors que le niveau des dettes publiques européennes semble mettre en péril la monnaie unique elle-même. Nombre de voix s'élèvent pour réclamer une intégration communautaire accrue, notamment en matière budgétaire. Peut-être un pas de plus vers un fédéralisme européen, une idée au cœur de l'idéal centriste. Quelle Europe souhaitez-vous, à terme ?

 

J.C. : Je l’ai dit tout au long de l’interview car pour moi, la question européenne n’est pas une question à traiter séparément. L’Europe est notre cadre, nous avons besoin de règles justes et claires. Sans règles, on obtient vite un brouillon. Il faut fixer des règles et définir des limites. Les règles sont guidées par la solidarité et doivent découler d’un processus majoritaire. Le consensus tue l’Europe. Nous devons donc créer une Europe politique davantage populaire et démocratique. Nous devons également procéder à l’élection directe ou indirecte d’un président de l’Union européenne qui serait notre représentant dans toutes les instances internationales. Bien entendu, on ne peut pas laisser un homme décider et parler librement au nom de 27 nations. Nous devons donc avoir un parlement fort et des commissaires européens (l’équivalent de nos ministres) réellement compétents.

 

Je milite également pour que cette Europe fédérale clarifie son fonctionnement. Personnellement je souhaite que l’Europe et les régions de l’Union européenne (il existe d’ailleurs un comité des régions de l’UE) agissent de concert sur les sujets stratégiques notamment concernant le développement économique et la formation. Concernant les questions sociales, au-delà la nécessité évidente de fixer un cadre concernant les prestations sociales, les salaires, le prix des produits de première nécessité, je considère que c’est aux nations et aux échelles départementales/locales de décider car ce sont elles qui connaissent le mieux les réalités sociologiques et sociales.

 

Il faut donc clarifier les compétences. La stratégie et de le développement pour l’UE et les Régions et l’accompagnement social pour les nations et leurs échelons locaux.

 

 

PdA : Avez-vous à l'esprit des sujets de société qui mériteraient pour vous de faire l'objet de "réformes" ?

 

J.C. : L’Education et nos institutions… Il faut également valoriser nos Outre-Mer qui ont tant de choses à nous apprendre…

 

 

PdA : L'ensemble de vos priorités n'ont sans doute pas été abordées ici. Que souhaiteriez-vous ajouter en la matière ?

 

J.C. : Que sans espoir, nous ne parviendrons pas à retrouver le chemin de la croissance et de la prospérité qui, jadis, ont fait la gloire de la France et de l’Europe. Nous devons donc nous remettre en question pour adapter notre vision du monde aux réalités du 21ème siècle et bâtir tous ensemble une Europe puissance qui soit à nouveau un modèle pour le monde.

 

 

PdA : Êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste aujourd'hui quant à l'avenir de la France et de l'Europe ?

 

J.C. : Je suis inquiet quand je vois l’état du monde mais je demeure un éternel optimiste car l’Homme est avant tout génie.

 

 

PdA : Si vous désirez adresser un message à nos lecteurs ou à quelqu'un en particulier, lancer un appel... profitez-en, c'est ici, c'est maintenant !

 

J.C. : Je lance un appel à tous ces jeunes qui au fond d’eux-mêmes souhaitent construire une société alternative. Tous ceux qui prennent conscience que nous devons modifier notre regard sur le monde et retrouver plus de simplicité dans notre rapport aux autres et à notre environnement.

 

Je les invite donc à se parler et s’unir pour créer une force militante qui défendra à la fois notre histoire et nos valeurs mais qui dans le même temps sera ouverte au changement tant que celui se fonde sur le respect et le dialogue. Mettons fin aux barrières partisanes et créons plutôt des digues qui séparent ceux qui veulent un monde nouveau de ceux qui veulent conserver et défendre celui-ci, qui clive et nous appauvrit. Nicolas HULOT disait : « Je veux mettre fin à mes illusions, réaliser mes rêves » et j’ajouterai à cela : notre système est une illusion confortable ! A méditer…

 

 

PdA : Dernière question, qui n'en est pas une... Pour vous permettre de conclure l'interview comme il vous plaira. Vous pouvez approfondir un sujet pas suffisamment traité, ou bien en aborder un autre...

 

J.C. : Comme en son temps où ceux qui voulaient philosopher sur le monde se retrouvaient dans des cafés, j’invite ceux qui me liront à me contacter pour prendre un café et rêver à un monde nouveau… ;)

 

 

 

(Question supplémentaire, posée à Jérémy Coste le 14 août. Réponse reçue le même jour, quelques minutes plus tard)

 

PdA : Quelques mots sur les Jeux olympiques de Londres ?

 

J.C. : Les Jeux olympiques sont d'abord une exceptionnelle démonstration d'humilité. Ces champions soulèvent des foules, relèvent des défis, remportent des records et restent souvent simples et respectueux. Ces athlètes, qui pendant 17 jours nous ont fait vibrer, rêver et parfois pleurer, se sont battus en donnant le meilleur d'eux-mêmes.

  

L'olympisme que notre baron Pierre de Coubertin a remis au goût du jour représente ces valeurs de respect et de combativité. Les athlètes du monde entier se sont battus contre eux-mêmes et pour leur famille, mais cette famille s'agrandit le temps d'une épreuve et c'est tout un pays qui est derrière eux. Dès lors, ils ne se battent plus uniquement pour eux mais pour offrir de la fierté à leurs compatriotes. Le temps d'une course, d'un plongeon, d'un saut... toute une nation se surprend à espérer l'or ou la performance. A ce moment, il n'y a plus d'hésitation, on appartient tous à la même nation. Plus de division, plus de suspicion, on ressent tous ce formidable frisson qui envahit notre corps et nous donne la rage de la victoire. On aspire à la fierté et au spectaculaire. Voilà les sensations des jeux olympiques. On y croit, on encourage, on espère, on rit, on pleure, on explose de joie... pour une médaille ou pour l'exploit, ce qui compte c'est uniquement de prendre du plaisir. Et finalement, peu importe la médaille ou sa couleur, on ne retient que l'essentiel : l'effort.

 

Notre équipe de France a été formidable. 11 belles médailles d'or, autant de champions. C'est en tout 34 exploits que le sport français a réalisé. En revanche, cette aventure de Londres 2012 ne doit pas nous faire oublier la nécessité pour la France d'investir davantage sur le sport comme vecteur d'éducation. Autrefois, le sport était populaire, il réunissait des foules immenses. Aujourd'hui, il n'y a guère que le football qui remplit des stades, et pas toujours pour de nobles intentions. La France doit donc encourager les étudiants à faire du sport dans les championnats scolaires et universitaires. C'est la première marche vers un club ou une fédération lorsqu'on a pas la chance d'avoir une famille de sportifs. Le sport est également un outil de santé publique que l'on ne développe pas suffisamment. Bref, le sport c'est la santé, la vitalité, l'effort, le respect. Le souffle de Londres ne doit pas disparaître... Il faut revoir le temps scolaire et permettre aux jeunes de pratiquer obligatoirement une activité culturelle ou sportive l'après midi. C'est une proposition que je défends depuis des années. Tout comme le défilé des nations lors de la cérémonie d'ouverture des jeux derrière la bannière européenne et l'envolée du drapeau européen au coté du drapeau national à chaque fois qu'un sportif de l'Union européenne monte sur un podium... Rêvons ! 

 

 

 

Je tiens à remercier, une fois de plus, Jérémy Coste pour ses réponses et pour nos échanges ! Phil Defer

 

 

 

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Times New Roman > Georgia : 30/09/12

6 janvier 2012

François Hollande (2003) : "Assumer la responsabilité d'agir pour transformer la société"

Je n'ai pas de doute là-dessus : je n'obtiendrai pas d'interview de M. François Hollande pour Paroles d'Actu d'ici à l'élection présidentielle de 2012. Parce qu'il réserve sa parole, qui est rare, aux médias susceptibles de relayer son message le plus largement, le plus efficacement possible. Surtout, parce qu'il est aujourd'hui un homme ô combien occupé. Sorti largement vainqueur des Primaires citoyennes d'octobre 2011, il est depuis lors le candidat soutenu par le Parti socialiste et le Parti radical de gauche pour accéder à la magistrature suprême. Les sondages le présentent comme le challenger numéro 1 de Nicolas Sarkozy. Si l'on en croit ces études d'opinion, il battra le président sortant. Sur le papier, François Hollande est et sera le prochain président de la République.

 

En 2003, alors que Paroles d'Actu n'existait pas encore, j'étais déjà, à 18 ans, très intéressé par la politique. Je m'occupais depuis un an du forum d'actualité que j'avais créé, le Forum 21. Et j'écrivais pour un webzine aujourd'hui disparu. À cette époque, François Hollande est le Premier secrétaire d'un Parti socialiste encore sous le choc de l'élimination de Lionel Jospin en 2002. Avec la réélection de Jacques Chirac, et une majorité UMP écrasante au Parlement, François Hollande se retrouve à la barre d'un parti résolument ancré dans l'opposition. Je lui avais envoyé un mail à l'époque pour chercher à lui poser quelques questions. C'est avec beaucoup de générosité qu'il avait accepté de me répondre. Une précision : je n'ai pas demandé à la campagne de François Hollande l'autorisation de publier de nouveau ce texte après tant d'année. Il va sans dire que les mots du François Hollande de 2003, s'ils fournissent un éclairage intéressant sur le présent, sont à prendre pour ce que constitue cet article : une interview d'archive. Rien de plus. Une exclusivité F21-PdA, évidemment. Phil Defer. EXCLU

 

(Edition du 8 juillet 2012, par Phil Defer) : François Hollande est, chacun le sait, le nouveau président de la République. Une bonne partie des réponses qui m'avaient été apportées lors de cet échange de mails en 2003 concernaient des sujets (la politique menée par Jean-Pierre Raffarin, etc...) qui ne sont plus d'actualité aujourd'hui. Surtout, elles étaient en grande partie tirées mot pour mot, et pas toujours de manière très heureuse, de la motion "Pour un grand Parti socialiste" qu'avait présentée le Premier secrétaire d'alors lors du Congrès national de Dijon de mars 2003. Cela n'enlève rien à la générosité d'esprit qui a conduit M. Hollande à me répondre. Pour autant, étant donné que je ne souhaite que de l'inédit sur ce blog, je ne garderai ici que sa conclusion, qui résume bien les idées, la philosophie de François Hollande. Ces quelques phrases n'apparaissent nulle part ailleurs. Merci encore.

 

 

ARCHIVE EXCLUSIVE DE 2003 - PAROLES D'ACTU

FRANCOIS HOLLANDE

Premier secrétaire du Parti socialiste

 

"Assumer la responsabilité d'agir

 

pour transformer la société"

 

https://storage.canalblog.com/70/11/871067/71658644.jpg

(Photo : RTL.fr)

 

 

Q : 02/08/03

R : 22/10/03

 

 

 

(...)

 

Nous, socialistes, avons le souci d'être utiles aux Français. C'est-à-dire aller au-delà de la nécessaire opposition critique en montrant sur chaque grand sujet (éducation, protection sociale, emploi) qu'une autre voie est possible. De même, le renouveau de l'engagement altermondialiste, les aspirations à un monde plus juste, l'exigence écologique, le souci de défendre les services publics et le refus de la « marchandisation » de l'éducation, de la santé, de la culture sont autant de nouveaux thèmes de réflexion pour la gauche.

 

Notre démarche est ouverte, sans exclusive et s'adresse à tous ceux qui partagent avec nous l'ambition d'assumer la responsabilité d'agir pour transformer la société.

 

Je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de toute ma considération.



François HOLLANDE

Premier Secrétaire

 

 

 

Merci à François Hollande pour ces quelques mots qu'il avait bien voulu m'accorder, il y a de cela huit années. Deviendra-t-il le septième président de la Cinquième république ? L'avenir, cet avenir que seul le peuple français est à même d'écrire, nous le dira... Merci pour votre lecture. Belle et heureuse année 2012 pour toutes et tous ! Phil Defer

 

 

 

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Modification de la présentation de l'article le 8 juillet 2012

 

Times New Roman > Georgia : 02/10/12

19 avril 2012

Xavier Collet : "Je suis un homme libre"

Il y a près d'un an, M. Xavier Collet avait accepté de répondre à mes questions pour Paroles d'Actu. Dans le cadre de cet entretien daté de juillet 2011, il avait évoqué pour moi sa philosophie, le libertarianisme. Les libertariens, d'après lui, se distinguent des libéraux (au sens où ce terme est généralement entendu en France) dans la mesure où les libéraux sont en général, précisément, libéraux en matière d'économie, mais conservateurs dans la plupart des autres domaines. Les libertariens eux, prônent un "libéralisme total", un exercice des libertés individuelles uniquement entravé par la notion de responsabilité de chacun et auquel l'État, notamment, ne devrait pouvoir faire obstacle. "L'État n'est pas la solution à notre problème, l'État est le problème" disait Ronald Reagan en 1981. Les libertariens souscrivent largement à cette phrase, même si son auteur a été beaucoup plus libéral (au sens français, conservative américain) que libertarien. M. Collet me disait aussi, dans cet entretien, ce qu'il pensait de la façon dont la France était gérée par sa classe politique. Il a accepté, une nouvelle fois, de me consacrer un peu de son temps pour aborder, en pleine saison électorale, les scrutins présidentiel et législatifs de la France de 2012. Je l'en remercie. Une exclusivité Paroles d'Actu, par Phil Defer.  EXCLU

  

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

XAVIER COLLET

Président du CEDIF
Secrétaire général de l'Association des libertariens

 

"Je suis un homme libre"

 

(Photo fournie par Monsieur Xavier Collet)

 

 

Q : 17/04/12

R : 18/04/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Dans les deux mois à venir, le peuple français va tracer de façon cruciale le chemin qui sera le sien pendant les cinq prochaines années. Cinq années. Largement déterminées sur deux mois (présidentielle puis législatives). Quel regard portez-vous sur cette question en particulier, et sur nos institutions en général ? Avez-vous à l'esprit un autre mode d'organisation pour notre démocratie ?

 

Xavier Collet : Je ne pense pas que les élections changent en profondeur notre quotidien. Ceci est comme vous le dites profondément lié au fonctionnement même des institutions françaises, lesquelles sont un simulacre de démocratie.

 

J’ai développé cette analyse dans un article sous le titre « De la réalité du pouvoir politique en France » (http://libertariens.wordpress.com/2011/11/13/de-la-realite-du-pouvoir-politique-en-france), pour résumer j’y considère que le véritable pouvoir se trouve entre les mains des bureaucrates intermédiaires et plus largement des syndicats. Claude Allègre avait d’ailleurs expliqué qu’il ne pouvait pas dégraisser le mammouth et que c’est la FSU qui faisait la loi dans l’éducation nationale. Ceci est vrai et pas seulement pour l’éducation nationale.

 

 

PdA : Quels sont, pour vous, les enjeux principaux auxquels la France va devoir faire face durant le quinquennat 2012-17 ?

 

X.C. : Nous vivons une crise de l’État impressionnante avec une dette jamais vue et une part des dépenses publiques qui dépasse les 54 % du PIB. Cette situation entraîne une crise sociale gravissime sur fond de faillite de la pyramide financière dite Sécurité Sociale.

 

Les Français sont drogués à l’État providence et avec son écroulement déjà perceptible en Grèce, sur fond de malaise du vivre ensemble, je n’exclus pas des événements de type insurrectionnels.

 

Face à cette situation les politiques nous proposent d’aller dans le mur avec un renforcement du tout État et un protectionnisme que certains appellent démondialisation. Le sursaut est possible mais il sera douloureux comme n’importe quel sevrage.

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur la campagne telle qu'elle s'est déroulée jusqu'à présent ? Les vrais sujets, ceux dont vous venez de me parler, ont-ils pour vous été abordés de façon sérieuse ?

 

X.C. : Je ne prends pas tellement au sérieux ces élections dans lesquelles chaque candidat émet sa profession de foi antilibérale. Il faut changer de logiciel et aucun politique n’a intérêt à le faire, leur vision est à 5 ans et je ne suis pas certain qu’ils soient conscients de la situation d’urgence.

 

 

PdA : Que pensez-vous des différents candidats ? (Si possible, j'apprécierais que vous vous livriez, selon votre propre grille de lecture, à un "examen" des cinq "grands" candidats, à savoir Sarkozy, Hollande, Mélenchon, Le Pen et Bayrou, pourquoi pas avec une note générale sur 10 et un petit commentaire sur chacun)

 

X.C. : Aucun n’a la moyenne, mais si je donnais une meilleure note à l’un plutôt qu’à l’autre alors on pensera que j’en soutiens un, même du bout des lèvres.

 

Sarkozy a trahi ses électeurs une fois et a partiellement mis en place le programme d’Attac avec son pote Stiglitz. Hollande a un programme économique qui date de plusieurs décennies, il n’est même pas crédible au sein de son propre camp. Mélenchon est un pitre pathétique, admirateur de Robespierre et du premier génocide de l’histoire, celui des Vendéens. Marine Le Pen a un programme économique qui ne tient pas la route et joue à une surenchère anticapitaliste, Bayrou est un opportuniste inconsistant.

 

Je me permets aussi de balancer sur Eva Joly, réalisez un peu que cette bonne femme qui dit n’importe quoi a été magistrate et a dit le droit en France, il y en a malheureusement plein d’autres comme elles qui ont eu et ont encore un pouvoir sans contrepoids, le pouvoir des juges.

 

 

PdA : Imaginons un instant que vous soyez vous-même candidat à la présidence de la République. En quoi votre programme serait-il fondamentalement différent de tout ce que l'on entend actuellement ?

 

X.C. : Je n’ai pas cette vocation, élu je ne serais que le prisonnier de ma fonction. Mais si je pouvais enfreindre un certain nombre de règles implicites, je casserais le pouvoir syndical et celui des lobbies tout en rétablissant le délit de forfaiture. Pour cela il suffirait de lancer un grand programme de réduction des dépenses publiques et d’affronter avec la plus grande vigueur le « pouvoir de la rue ». Ensuite alors les réformes pourront commencer, mais elles seraient forcément douloureuses car j’appliquerais à la lettre ce principe d’Ayn Rand qui veut qu’il n’est de plus grande injustice que de donner à celui qui ne mérite pas.

 

Je restaurerais ainsi la démocratie selon le principe de subsidiarité, celui qui veut que les prérogatives exercées par les hommes de l’Etat soient strictement limitées à celles qui ne peuvent pas être exercées à la base. Très honnêtement je pense qu’ainsi je pourrais réduire à rien ces prérogatives.

 

 

PdA : Finalement, l'heure du choix approche... Savez-vous ce que vous allez faire ? Vous abstenir, voter blanc, voter pour un candidat ? Pour qui ? Pourquoi ? (Précision : le vote était évidemment une action éminemment privée, et ce n'est pas à vous que je vais l'apprendre, je comprendrais parfaitement que vous décidiez de ne pas répondre à cette question)

 

X.C. : Mon choix a malheureusement moins d’importance que le film que je pourrais choisir de regarder ce soir. Si je devais émettre un vote parlant j’écrirais : « Je dénie tout pouvoir de me représenter à la personne issue du scrutin. » Mais ce serait très vilain à ce qu’il parait de réagir ainsi, ce ne serait pas très citoyen. Mais justement je ne suis pas un citoyen, je suis un homme libre.

 

 

PdA : Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour compléter cet entretien ?

 

X.C. : Oui, comme nos politiques m’exaspèrent et qu’ils sont de toute façon assez impuissants face aux forces du statu quo, je voudrais plutôt inciter les français à se mobiliser à la base comme je le fais pour la défense des familles, pour celle des enfants broyés par les sévices publics.

 

Mon activisme libertarien a beaucoup moins d’importance que le combat que je mène pour des enfants, des femmes, des hommes sacrifiés à la création d’emploi publics et abandonnés à la perversité des hommes de l’État. Pour mieux comprendre à quoi je fais référence, je vous invite à vous mobiliser plutôt pour le CEDIF (http://comitecedif.wordpress.com) et à vous tenir prêt à prendre votre vie en main.

 

 

 

Je remercie de nouveau Monsieur Xavier Collet pour ses réponses, très intéressantes, et qu'il m'a fait parvenir très rapidement. Il exprime des idées dont on entend rarement parler en France. Elles méritent certainement d'être invitées au débat ! Phil Defer

 

 

 

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Modification de la présentation de l'article le 26 juin 2012

 

Times New Roman > Georgia : 01/10/12

29 janvier 2012

Who wants to abolish the Monarchy ?

On February the 6th, 1952, Princess Elizabeth, the King's eldest child, was in Kenya with her husband Philip. It was him who had to tell her the news : her father, King George VI had just died. Past the grief of a 25-year-old daughter, Elizabeth knew from then what would soon be upon her head : one of the world's most prestigious crowns. Being the head of state, the figurehead of dozens of nations, including the United Kingdom, Canada and Australia. From now, she would be The Queen. This was 60 years ago. Queen Elizabeth II is still here, one of the world's longest-reigning monarch, and the second only to Queen Victoria (nearly 64 years) considering British monarchs. Her reign has seen (as of Jan., 2012) twelve Prime ministers (from Sir Winston Churchill to David Cameron, including Margaret Thatcher and Tony Blair) and U.S. presidents (from Harry Truman to Barack Obama). Eight presidents of France, from Vincent Auriol to Nicolas Sarkozy. Many major events have occurred in her country and in the world during her tenure as the constitutional monarch of 16 countries (she doesn't have any real political power but is a symbol of historical continuity and national unity).

 

60 years... It means... three generations... and a Diamond Jubilee. Nearly 140 million subjects today... And a legitimate question : will they all rejoice ? Six years ago, the year of the Queen's 80th birthday, I decided to find out. I was then a 21-year-old student from France - so please forgive any misformulation or error in English since it isn't my mother language. I read several articles about the monarchy. Including one about an organization called Republic. And I decided to e-mail questions to Mr Graham Smith, their campaign manager. With no prejudice, but curiosity. Here's the text. Exclusive F21-PdA report. Phil Defer. EXCLU

 

 

EXCLUSIVE - PAROLES D'ACTU

WHO WANTS TO ABOLISH

 

THE MONARCHY ?

 

 

(Photo : Gala.fr)

 

 

 

Q : 30/06/06

A : 05/07/06

 

 

 

Paroles d'Actu : Could you please introduce yourself ?

 

Graham Smith : My name is Graham Smith, I am Campaign Manager for Republic, which campaigns for a democratic alternative to the monarchy.

 

 

PdA : What's at the origin of REPUBLIC ? What are your main claims ?

 

G.S. : Republic has been around for over twenty years. In the past few years it has been transforming itself from a small club into a serious campaign organisation.

 

Our one and only claim is that the monarchy is undemocratic and unacceptable. We call for its abolition in favour of a democractic republic.

 

 

PdA : Are your claims widespread in the United Kingdom ?

 

G.S. : In the UK about 20% consistently agree with Republic. In Scotland that figure is closer to 50%. Most people in the UK do not have strong views on the issue.

 

Our mission, as set out in our constitution is as follows :

 

1 - to mount a successful campaign to persuade a majority of voters to support the replacement of our hereditary monarchy with an elected head of state.

 

2 - having done so, to participate in and try to guide the process of change.

 

3 - to promote democratic republican forms of government, and to facilitate a debate on the best model for a future republic.

 

 

PdA : Can't you find any positive aspect about the British monarchy, in its past and present ?

  

G.S. : No, Republic believes that the inheritance of public office is not only wrong in principle but also bad in practice. Democracy provides accountability of power that monarchy cannot provide. The only benefits of monarchy are enjoyed by the Windsor family.

 

 

PdA : Don't you think, like (philosopher Edmund) Burke said, that monarchy is a way of maintaining a certain continuity in British traditions and history, between past and modernity ?

 

G.S. : No, Britain is quite capable of maintaining its traditions and history without the Windsor family taking a place in our constitution. Continuity - for what it's worth - is maintained by the practices and values of the people, not the existence of the monarchy.

 

 

PdA : You are against the system of the monarchy, but do you have anything to reproach to the Queen and the Royal family personally ?

 

G.S. : We are very definitely against the institution. We only criticise the individuals if they do something wrong in the context of their constitutional position.

 

 

PdA : What do you think about Queen Elizabeth II as a person ? What about her family ?

 

G.S. : I've never met any of them and - as I implied in answer to the last question - we don't regard their personalities as part of the issue.

 

 

PdA : What would you wish her for her 80th birthday ?

 

G.S. : A long and happy retirement.

 

 

PdA : You seem to imply that an elected president would be the solution to everything. But what do you think on what is sometimes said about the "monarchisation" of regimes with strong presidents, like in France, with François Mitterrand and Jacques Chirac ?

  

G.S. : We certainly don't suggest that a republic would be the solution to everything. To quote our website, "While Republic has no illusions about creating some sort of Utopia, we are confident that the British people are capable of replacing an undemocratic constitution, stuck in the past, with one that is democratic, fair and open, and looks towards our future."

 

We propose a system closer to that of Ireland, where the parliament and government have the power and the president is ceremonial. If the French are concerned about the 'monarchisation' of the presidency they do still have democratic control over the system. If it's broke, fix it. In this country we have no such control.

 

  

PdA : If you succeeded, what would be the future of the Windsor family ?

 

G.S. : In a British republic the Winsor family would be free and equal citizens just like the rest of us. Their futures would be up to them.

 

 

PdA : What political system do you want for the U.K. exactly ? A ceremonial president with a P.M., a president with most executive powers, etc... ? What about the Parliament ?

 

G.S. : As I said to an earlier question, we propose a system like in Ireland, where we have a president and PM, but where the president is almost entirely ceremonial. (similar systems can be found in Germany, Austria, Italy, Israel etc)

 

 

PdA : What would be the seat of the presidency ?

 

G.S. : If you mean where would their official residence be - I don't know. I personally hope it would be somewhere suitably humble but also fitting for state occasions.

 

 

PdA : Free question, if you want to add anything.

 

G.S. : Only that I hope the British people can one day enjoy the same freedom as the French and most Europeans, of choosing their own Head of State, and of being masters of their own political system. Democracy is never perfect, but it's a lot more perfect than monarchy can ever be.

 

 

 

I want to thank again Mr Graham Smith for his answers. I tried to contact him for another set of questions recently, but sadly had no response. I'd be happy to ask questions to other people, British or not, on the issue. If you're reading this article and are willing to answer my questions, please feel free to contact me. What the questions are, basically : 1. Who are you ? 2. How do you feel about Queen Elizabeth II ? 3. Would you be given the choice between keeping the monarchy or being able to elect your head of state, what would you vote for ? I won't conclude before wishing the primary subject of my article, whether you want her to be called Her Majesty the Queen or Elizabeth Windsor, a happy jubilee celebration, and many additional years of healthy life ! A happy new year to you all !!! Merci !!! Phil Defer

 

 

 

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Article edition on June the 26th, 2012. New edition on July 31, 2013.

 

Times New Roman > Georgia : 02/10/12

28 décembre 2013

Thierry Lentz : "Napoléon a manqué l'Allemagne"

   En août dernier, j'avais pris l'initiative d'inviter M. Thierry Lentz, auteur de L'assassinat de John F. Kennedy : Histoire d'un mystère d'État (Nouveau monde), à évoquer pour Paroles d'Actu la funeste journée du 22 novembre 1963 et ses nombreuses zones d'ombre, la présidence de J.F.K. et l'évolution qu'a connue l'Amérique depuis lors. Son accord de principe me parvint rapidement. Le 26 août, trois mois avant le cinquantième anniversaire de la tragédie de Dallas, l'entretien était en ligne.

   Thierry Lentz dirige depuis 2000 la Fondation Napoléon ; il compte au rang des spécialistes les plus éminents du Consulat et de l'Empire. Parmi ses projets tels qu'évoqués lors de notre première interview : la sortie prochaine d'un nouvel ouvrage consacré à Bonaparte, une étude extrêmement fouillée et franchement novatrice de l'épisode dit de l'« agonie de Fontainebleau » (1814). L'idée fut lancée d'un deuxième échange, finalement concrétisé au mois de décembre et dont le texte est reproduit ci-dessous. Un point, notamment, à lire absolument : le développement passionnant qu'il nous livre quant aux politiques allemandes de Napoléon et à leurs conséquences pour la suite de l'histoire... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

THIERRY LENTZ

Directeur de la Fondation Napoléon

 

« Napoléon a manqué l'Allemagne »

 

Tableau Napoléon

Les Adieux de Napoléon à la Garde impériale, le 20 avril 1814

(Antoine Alphonse Montfort, d'après Horace Vernet)

 

Q. : 18/12/13 ; R. : 23/12/13

  

Paroles d'Actu : Bonjour Thierry Lentz. Qu'est-ce qui, dans votre parcours, dans votre vie, a fait naître et nourri l'intérêt marqué que vous portez à Napoléon ?

 

Thierry Lentz : Je me suis toujours passionné pour l’histoire, depuis mon enfance. Mon grand-père, Charles Lentz, était abonné à toutes les revues historiques et m’a beaucoup raconté ce qu’il y lisait. Et puis, en 1969 - j’avais dix ans -, la France a célébré en grand le bicentenaire de la naissance de Napoléon. Cela m’a passionné. Une voisine m’a alors offert le livre que toute ma génération « napoléonienne » a lu : Napoléon raconté à tous les enfants, édité par Fernand Nathan. C’était un très grand livre avec des textes simples et de très belles illustrations. Je crois que tout est parti de là. Il y a eu ensuite le Napoléon d’André Castelot et d’autres lectures, toujours plus nombreuses.

 

PdA : Quels sont l'objet et les activités de la Fondation Napoléon, dont vous êtes directeur ?

 

T.L. : La Fondation Napoléon a un double objet : aider au développement des études napoléoniennes au sens le plus large et pour tous les publics, d’une part ; aider à la préservation du patrimoine napoléonien, d’autre part. Pour la première mission, nous créons des outils pour le public : sites internet, livres, conférences. Nous touchons, grâce au site napoleon.org, environ 3,5 millions de personnes par an, dans le monde entier. Nous avons aussi des activités historiques plus pointues : édition de la Correspondance générale de Napoléon (dix volumes parus sur quatorze aux éditions Fayard), organisation de colloques scientifiques. Dans la même veine, nous donnons chaque année sept bourses de 7 000 euros à des étudiants de doctorat sélectionnés par un jury indépendant et, pour les auteurs plus chevronnés, trois prix d’histoire.

 

Concernant le patrimoine, nous conservons nous-même une grande collection d’objets historiques dont une partie est actuellement exposée à Astana, capitale du Kazakhstan. Notre collection a plus de 1 200 numéros d’inventaire. Par ailleurs, nous subventionnons parfois des projets de restauration, dont celui des Domaines nationaux de Sainte-Hélène.

 

PdA : Justement. Vous vous trouvez, à l'heure de notre entretien, sur l'île de Sainte-Hélène. Le cadre de l'ultime exil forcé de l'ex-empereur, celui de ses dernières années... Quel est votre ressenti quant à ce séjour ?

 

T.L. : J’étais déjà venu à Sainte-Hélène en 2003, pour un voyage purement historique et de mémoire. Comme j’ai un assez bon souvenir de ce premier voyage, l’émotion est moindre cette fois-ci. De plus, je suis ici pour travailler, puisque la Fondation Napoléon et le ministère des Affaires étrangères conduisent depuis deux ans une vaste opération de restauration et de mise en valeur des Domaines nationaux de Sainte-Hélène, afin qu’ils soient prêts pour l’ouverture de l’aéroport, en 2017.

 

Mon séjour de douze jours, sans compter les onze jours de bateau, est l’occasion, d’une part, de vérifier le chantier, et d’autre part, de travailler avec le directeur des Domaines, M. Dancoisne-Martineau, à l’avenir de cet établissement si émouvant et important pour la mémoire nationale et même mondiale. J’ai pratiquement une réunion de travail par jour pendant mon séjour, avec les différentes autorités de l’île. Notre but est d’augmenter à la fois la fréquentation et les ressources des Domaines, pour les mettre à l’abri autant que ce sera possible des économies budgétaires de l’État.

 

PdA : Opérons, si vous le voulez bien, un petit retour en arrière... 1805 fut une année de contrastes pour l'Empire, une année charnière pour l'Europe. Il y eut le chef d’œuvre tactique de Napoléon : la victoire retentissante remportée à Austerlitz, en terre autrichienne. Quelques semaines auparavant, un désastre, celui de Trafalgar. Une défaite franco-espagnole qui marqua la fin de ses rêves de conquête des îles britanniques, le point de départ d'une suprématie maritime qui allait durer un siècle...

 

T.L. : 1805 est une année paradoxale, en effet. D’un côté, Napoléon rend inéluctable la prépondérance continentale de la France. De l’autre, il perd quasiment toute chance de vaincre l’Angleterre sur mer. Il en conclut qu’il faudra que « la terre vainque la mer », donc assurer à l’Empire français une domination totale du continent pour assécher le commerce britannique.

 

PdA : On a souvent dit de Bonaparte qu'il n'entendait pas grand chose aux questions navales, mais comment expliquer, au vu de son génie organisationnel et du statut assumé d'« âme des coalitions » du Royaume-Uni, qu'il n'ait pas cherché avec davantage de conviction à bâtir une flotte offensive réellement capable de rivaliser avec celles que dirigeait Nelson ?

 

T.L. : Il n’a cessé de construire une flotte, et même plutôt deux fois qu’une après Trafalgar. Mais on ne construit pas des dizaines de vaisseaux en quelques années. Selon les plans très optimistes qu’il avait élaborés, il pensait pouvoir rivaliser vers les années 1811-1812 avec la Royal Navy. Il s’aperçut bien vite que c’était impossible. Et puis, depuis l’émigration massive des capitaines de vaisseaux pendant la Révolution, il ne disposait pas des marins nécessaires à la manœuvre, si tant est qu’il aurait pu disposer des bateaux nécessaires. Il consentit donc un grand effort de formation, qui porta ses fruits au milieu des années 1820 : ce sont les amiraux et capitaines formés sous l’Empire qui redonnèrent du lustre à la Royale… de Charles X et Louis-Philippe.

 

PdA : Après avoir renoncé à les atteindre sur et par les mers, Napoléon a déployé des efforts colossaux pour frapper les Britanniques via un terrain ultra-sensible, celui du commerce, donc de l'industrie. Son intransigeance sur la question du « blocus continental » l'a contraint à des entreprises de plus en plus démesurées, l'exposant à des revers - des difficultés rencontrées dans la péninsule ibérique jusqu'à la catastrophe russe - qui allaient précipiter sa chute...

 

T.L. : Le calcul n’était ni neuf, ni mauvais. Depuis toujours, les continentaux essayaient non pas de rivaliser avec l’Angleterre sur les mers, mais de perturber sa puissance commerciale. Napoléon faillit y parvenir, autour de l’année 1811. Il y eut une grave crise économique et sociale en Angleterre, qui fut réprimée avec violence par les autorités. L’année suivante, il partait en Russie et risquait tout sur ce qu’il appela lui-même « la guerre suprême ». Ce faisant, il donna un répit inattendu à l’industrie et au commerce britanniques. La « cavalerie de St George », c’est-à-dire la puissance financière de Londres, maintenue à grands coups d’emprunts, fit le reste : c’est avec l’argent anglais que les autres puissances européennes purent financer les coalitions qui mirent l’Empire à genoux.

 

PdA : Londres craignait un déséquilibre trop marqué des rapports de force sur le continent, elle redoutait la perte des marchés européens - ce qui l'a conduite à refuser toujours, avec acharnement, le contrôle par la France de la Belgique et des Pays-Bas -. Paris, quant à elle, ne pouvait tolérer sans s'en inquiéter la suprématie de sa rivale sur les mers, les océans et, donc, les colonies. Une entente sincère et durable entre ces deux géants était-elle réellement hors de portée, sur des bases acceptables par chacune des parties ?

 

T.L. : Dans cette lutte de titans, personne n’a joué le jeu de l’apaisement. On en veut pour preuve les négociations de 1806, qui faillirent aboutir à une paix souhaitée par les deux peuples, mais pas forcément par leurs gouvernements. L’histoire complexe de cette négociation le montre : les deux parties ont perdu une belle occasion de s’entendre. Mais ni l’un ni l’autre ne souhaitait partager la puissance.

 

PdA : Les stratégies adoptées par Napoléon en Allemagne se sont, sur bien des aspects, inscrites dans la continuité de traditions dont les origines remontaient aux Bourbon : une volonté d'abaisser l'Autriche des Habsbourg ; une bienveillance à l'égard de la Prusse, celle, toujours, du mythe Frédéric II. La destruction du Saint-Empire et de l'ordre établi au sein du monde germanique, l'affaiblissement de l'Autriche au profit de la Prusse puis, in fine, la poussée des nationalismes en réaction aux subjugations napoléoniennes n'ont-ils pas été autant d'éléments ayant favorisé un processus - l'unité allemande autour de la Prusse des Hohenzollern - portant en lui de nouveaux déséquilibres et, bientôt, de nouveaux malheurs pour les peuples d'Europe ?

 

T.L. : Ce thème est un de mes favoris, aussi répondrai-je un peu plus longuement à cette question. Napoléon manqua avec les États allemands une alliance stratégique, en raison d’une sorte de préjugé qui voulait que la France soit plus forte contre l’Autriche ou la Prusse si l’Allemagne restait divisée. Mais ce qui était vrai en un temps où aucune force n’était en mesure de fédérer la « tierce Allemagne », l’était moins lorsque la France dominait à ce point l’Europe. Napoléon aurait pu créer puis soutenir une entité politique solide dans la partie sud de l’espace germanique, avec les États les plus ouverts à l’influence française : Bavière, Bade, Wurtemberg, les deux Hesse, voire la Saxe. Il eût fallu pour cela assigner des buts finis au système napoléonien et avoir une vision de l’Europe future. Napoléon n’avait pas clairement cette vision et c’est pourquoi il ne s’éloigna pas des traditions diplomatiques, alors même que les États qui auraient pu constituer le socle d’un accord de grande ampleur ne demandaient qu’à se rapprocher de lui.

 

Leur premier objectif était de se débarrasser du Saint-Empire, ressenti comme un obstacle à leur indépendance. Mais l’empereur ne sut pas approfondir les rapprochements franco-allemands. Il voulut seulement les mettre au service de ses propres desseins. Le renoncement à la couronne impériale par François d’Autriche (1806) permit pourtant une redistribution des cartes : Vienne était exclue de l’Allemagne, avec la complicité des États moyens. C’est alors que Napoléon tenta d’organiser la coopération au sein de la Confédération du Rhin créée par le traité du 12 juillet 1806. Elle compta une quarantaine d’adhérents autour de la France. L’empereur en était le « protecteur ». Les premiers fruits de l’accord furent récoltés sur le terrain de la guerre franco-prussienne (1806) et de la paix de Tilsit (1807) : après avoir confiné l’Autriche au sud, l’empereur des Français rejeta la Prusse vers le nord.

 

Un espace politique et géographique s’ouvrait. Il aurait fallu l’occuper et en renforcer les composantes. On put le croire avec cette Confédération, dont le texte fondateur prévoyait des institutions politiques communes : l’archevêque de Mayence, Dalberg, fut désigné prince-primat et président d’un « collège des rois », d’une diète confédérale qui aurait dû s’assembler à Mayence… mais ne fut jamais réunie. La Confédération du Rhin ne fut qu’un outil militaire, permettant certes aux alliés de se protéger les uns les autres mais servant surtout à appuyer les projets napoléoniens : il y eut environ 125 000 Allemands dans la Grande Armée de 1812. L’historien Michel Kerautret a pertinemment comparé ce montage à l’Otan. Les autres domaines de coopération restèrent du ressort des relations bilatérales, ce qui avec l’empereur des Français était synonyme de dialogue entre fort et faible.

 

Finalement, Napoléon se servit surtout de la Confédération du Rhin pour maintenir la division de l’Allemagne, désormais sous autorité française, et non tenter une « union » politique autour de la France. La dureté des règles du Blocus continental, le favoritisme commercial, les tentatives d’imposer des solutions juridiques et administratives auxquelles toutes les élites allemandes n’étaient pas favorables, le mépris manifesté aux princes confédérés n’étaient sans doute pas de bonne politique pour souder la tierce Allemagne à la France. L’effondrement de l’Allemagne « napoléonienne » en 1813, le retour à l’incertaine bascule entre l’Autriche et la Prusse allaient s’avérer à long terme une calamité pour le continent. En ayant sanctionné aussi durement la Prusse après 1806 et en ayant manqué l’Allemagne, Napoléon en porte une part de responsabilité.

 

PdA : Votre prochain ouvrage, prévu pour le mois de janvier, sera consacré aux « vingt jours de Fontainebleau », qui précédèrent la première abdication de l'Empereur, en 1814. Qu'avez-vous appris de vos recherches à propos de cet épisode plutôt méconnu de sa vie et de notre histoire ?

 

T.L. : Ce que de nombreux historiens ont appelé l’« agonie de Fontainebleau » tient en deux tableaux célèbres. Le premier, conservé au Musée de l’Armée, a été peint en 1840 par Paul Delaroche. Il représente Napoléon à Fontainebleau, le 31 mars 1814. Le second, intitulé Les Adieux de Napoléon à la Garde impériale, le 20 avril 1814, est une composition d’Horace Vernet, réalisée en 1825. Les deux œuvres illustrent la légende de l’agonie : Napoléon seul et prostré, les bras presque ballants, son arme inutile, son chapeau tombé comme sa couronne ; puis le même, vingt jours plus tard, redevenu ferme et droit, contenant son émotion et forcé de se dégager avec dignité de l’étreinte de ses soldats que symbolise le baiser de leur général. Les historiens du Consulat et de l’Empire peinent à détacher leurs regards de ces deux représentations postérieures aux événements. Ils racontent ces vingt jours comme la tragédie du héros abandonné de tous mais qui accepte son destin.

 

J’ai voulu rouvrir ce dossier en revenant sur ce qui s’est passé entre les deux tableaux. Mon récit provoquera peut-être quelques surprises chez certains lecteurs. Car même si mon projet n’est pas de s’opposer par principe aux mythes qui embrument ces vingt jours tragiques, tout ne s’est pas toujours passé comme on le dit ou comme on le croit.

 

Dans mon ouvrage, j’ai tiré plusieurs remises en cause, parfois profondes, quelquefois anecdotiques, de ce que l’on croit savoir sur ces vingt jours : réévaluation du rôle de Caulaincourt, un des « préférés » des napoléonistes mais qui fut sans doute celui qui poussa le mieux à l’abdication ; contestation de la vulgate sur le rôle des maréchaux, autour de ce que nous appelons « la grande scène » du 4 avril 1814 où, nous a-t-on dit, ils forcèrent la porte de l’empereur pour l’obliger à abdiquer ; confirmation de la tentative de suicide de Napoléon, dans la nuit du 12 au 13 avril, grâce à un exceptionnel témoignage inédit ; atténuation du reproche fait au major-général Berthier d’avoir « lâchement » abandonné son chef ; déroulement revisité de la négociation et de la ratification du traité de Fontainebleau qui attribuait l’île d’Elbe au vaincu ; circonstances revues et corrigées de la signature des deux versions de l’abdication ; rejet du texte habituel du discours d’adieu prononcé par Napoléon au matin du 20 avril, etc...

 

PdA : Des zones d'ombre subsistent-elles encore s'agissant d'un sujet auquel tant d'études et d'ouvrages ont déjà été consacrés ? Entrevoyez-vous de nouvelles perspectives de recherche ?

 

T.L. : On n’a pas fini de parler et d’écrire de et sur Napoléon. Chaque génération, chaque école historique, chaque historien a sa propre vision, c’est ce qui fait l’exceptionnalité des études napoléoniennes. Par exemple, le Bonaparte de Patrice Gueniffey, qui vient de paraître chez Gallimard, ouvre de nouvelles pistes, amène à de nouvelles conclusions et hypothèses sur un sujet biographique que l’on croyait pourtant clos. Et je puis vous dire que ça n’est pas fini.

 

PdA : Quel regard l'historien honnête et objectif devrait-il, de votre point de vue, porter sur Napoléon ?

 

T.L. : Tout mon travail se fonde sur le refus des anachronismes et des comparaisons d’actualité. Napoléon est un personnage historique qui doit être traité comme tel. Rien ne m’agace plus que ceux qui parlent à tort et à travers, le comparent à Hitler, voient du Napoléon en Sarkozy, et je ne sais quoi d’autre dans les événements de la vie quotidienne. Si l’histoire n’est pas seulement le passé, le grand saut vers les comparaisons doit être fait avec prudence, retenue, j’oserais dire « avec intelligence ». C’est à ce prix que nous pouvons évaluer le rôle de Napoléon dans notre histoire et à quel point l’étape de son passage aux affaires a été essentiel pour la France, et même pour l’Europe. En clair, je milite pour que nous étudions cette période historique de la même façon que les autres, sans aucun excès, ni dans la passion, ni dans le dénigrement.

 

PdA : Je n'ai pas pour habitude de chercher à faire parler les morts... mais je suis sûr que vous vous êtes déjà posé la question, je me permets donc de vous la proposer. Que penserait-il de la France d'aujourd'hui ? De l'Europe telle qu'elle s'est (ré)organisée ?

 

T.L. : Pour les raisons évoquées ci-dessus, je me garderai bien de vous dire ce qu’il dirait. Son Europe n’était pas la même que la nôtre et sa France, n’en parlons pas. Sans doute serait-il surpris par l’inconsistance d’une grande partie du personnel politique, le manque d’enthousiasme des citoyens et de courage des dirigeants. Mais, ceci est une autre histoire… qui n’est pas de l’histoire.

 

PdA : 2014 et 2015 seront riches d'occasions de commémorations relatives à l'épopée napoléonienne. Ce sera le bicentenaire de nombreux événements : la Campagne de France, l'invasion, l'abdication et l'exil sur l'île d'Elbe, les Cent jours, la bataille de Waterloo, la seconde abdication de l'Empereur et son ultime déportation, sur l'île de Sainte-Hélène. Comment la Fondation Napoléon entend-elle aborder ces deux prochaines années ?

 

T.L. : Comme nous le faisons toujours, nous serons en retrait des commémorations proprement dites, sans les rejeter, bien sûr. Nous resterons dans notre domaine d’expertise : l’histoire et le patrimoine. Nous aurons donc un colloque en mars 2014 sur la diplomatie au temps de Napoléon ; nous consentirons des prêts d’objets aux expositions ; nous assisterons à des événements et organiserons des conférences, tout en poursuivant notre travail de fond. La seule exception sera l’inauguration de la « nouvelle » maison de Longwood, entièrement restaurée, en octobre 2015, et peut-être un événement surprenant à Waterloo… mais je ne vous en dirai pas plus.

 

PdA : Quels sont vos projets, Thierry Lentz ?

 

T.L. : Continuer à diriger le mieux possible la Fondation et poursuivre mon travail d’écriture sont au programme des dernières années de ma vie professionnelle. J’ai plusieurs projets de livres dont nous reparlerons probablement.

 

Thierry Lentz

 

Mille mercis, cher Thierry Lentz, pour vos réponses et votre bienveillance à mon égard. Heureux et honoré que vous ayez accepté, une nouvelle fois, de m'accorder un peu de votre temps. Et vous, que vous inspire la figure de Napoléon ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Thierry Lentz...

 

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