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Paroles d'Actu
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4 mai 2012

Michel Dinet : "Ce quinquennat aura fragilisé comme jamais les fondements mêmes de notre République"

En 2008, j'étais encore étudiant à l'université Lyon 2. En Master 2 Action économique et coopération des collectivités territoriales en Europe, une formation très enrichissante. Je profite de l'occasion pour rendre hommage à cette université de qualité, à ses enseignants surtout. Ils m'ont beaucoup appris, et j'en garde pour l'essentiel un très bon souvenir. J'ai la joie et le privilège d'être toujours en contact avec certains d'entre eux. Dans le cadre de cette formation, donc, il y avait notamment un cours d'introduction aux coopérations transfrontalières impliquant des collectivités territoriales françaises et des acteurs étrangers. Chaque étudiant devait traiter une frontière en particulier. J'avais été chargé de traiter le Luxembourg. Dans ce cadre, parallèlement à mes recherches, j'avais eu envie de compléter mon travail en utilisant les mêmes méthodes que celles qui avaient été les miennes depuis 2003 pour garnir mon webzine, mon forum puis, plus tard, ce blog. Essayer de contacter par internet une personnalité que je ne connais pas personnellement pour lui demander si elle accepterait de me livrer un témoignage, de répondre à mes questions.

 

Monsieur Michel Dinet, président socialiste du Conseil général de Meurthe-et-Moselle (code : 54, région : Lorraine, préfecture : Nancy) avait accepté de me répondre, avec une grande implication, une grande générosité. Il avait longuement évoqué pour moi les relations « déséquilibrées, difficiles à organiser et nécessaires » entre la Lorraine et le Luxembourg, l'interdépendance de ces territoires, les grands projets en cours et l'importance d'une redéfinition des rôles des acteurs français. Je publierai certainement, prochainement, cet entretien sur le blog, car il était très instructif. Quelques années plus tard, j'ai souhaité lui proposer un nouvel échange, pour Paroles d'Actu, cette fois. L'acceptation a été immédiate, la bienveillance inchangée. Un grand merci à Monsieur Dinet ainsi qu'à ses équipes. Nous sommes entre les deux tours de la présidentielle de 2012... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil DeferEXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

MICHEL DINET

Président du Conseil général de Meurthe-et-Moselle (depuis 1998).
Premier vice-président de l'Assemblée des Départements de France (depuis 2008).

 

« Ce quinquennat aura fragilisé comme jamais les fondements mêmes de notre République »

 

(Photo : L'Express.)

 

Q. : 26/04/12 ; R. : 04/05/12

 

Paroles d'Actu : Quel bilan faites-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy ? Je pense notamment à une thématique qui touche particulièrement votre région, la Lorraine, à savoir : l'industrie ?

 

Michel Dinet : Le bilan du candidat sortant est lourd. Sur deux thèmes aussi majeurs que l’emploi ou les finances publiques, les échecs sont, hélas, retentissants.

 

Sur le front de l’emploi :

En cinq ans, le pays compte un million de chômeurs en plus, touchant désormais 10% de la population active. La Lorraine n’aura pas été épargnée, puisque l’emploi industriel a fortement reculé au cours de ce quinquennat, avec la perte de près de 20 000 postes. Sur les dix dernières années, 45 000 emplois industriels ont été détruits dans notre région. Sur ce point, la politique du candidat sortant aura été celle du renoncement, symbolisé par la plaque des promesses non tenues du président, installée par les salariés d’ArcelorMittal à Gandrange.

 

Sur la question des finances publiques :

Entre 2007 et 2010, la dette est passée de 64,2% à 82,3% du PIB. En 2012, après dix ans de gestion par le parti au pouvoir, le niveau de la dette atteint un record historique : la dette atteindra 1 800 milliards d'euros, deux fois plus qu'en juin 2002 (900 milliards).

 

En plus de l’échec des politiques menées depuis cinq ans, ce que je reproche avec force au président sortant est le soin porté au cours de ces années à susciter les clivages et les divisions, à désigner des boucs émissaires, à détricoter ce qui fait solidarité et lien entre nous. Ce quinquennat aura fragilisé comme jamais les fondements mêmes de notre République. La fin de la campagne ne fait que confirmer ce malaise lorsque, sous prétexte de parler aux électeurs, du Front national, le candidat sortant en légitime les thèses.

 

PdA : Dans notre système administratif, les départements sont en première ligne en matière d'interventions à caractère social. En tant que président du Conseil général de Meurthe-et-Moselle, en tant qu'élu local, en tant que simple citoyen, comment vivez-vous la crise que nous traversons actuellement ? Quels sont ces "signes qui ne trompent pas" ?

 

M.D. : Vous faites bien de préciser que les départements sont en première ligne lorsque la situation économique et sociale se dégrade. C’est le cas depuis le début de cette crise en 2008, hier financière et, désormais, économique et sociale.

 

Les signes en effet ne trompent pas. La demande sociale est en forte augmentation. Le poids des trois allocations individuelles de solidarité ne cesse de progresser depuis le transfert de l’APA (allocation personnalisée d'autonomie, ndlr), du RSA (revenu de solidarité active, ndlr) et de la PCH (prestation de compensation du handicap, ndlr) vers les départements. Entre les recettes assurées par l’État (au moment du transfert) et la réalité des dépenses engagées par le département (dépenses obligatoires fixées par la loi), le décalage, à ce jour, est de 245 millions d’euros, à la charge du département - l’équivalent du tiers d’un budget annuel pour notre collectivité.

 

D’autres dispositifs, que nous pouvons qualifier de « témoins », sont depuis longtemps passés au rouge. Il s’agit de dispositif comme les aides d’urgence, en forte augmentation, les demandes d’intervention du Fonds de Solidarité Logement, avec une recrudescence des impayés de loyers ou d’énergie, une augmentation forte de bénéficiaires du RSA, mais aussi un accroissement de placements d’enfants mineurs. Nous oublions trop souvent que les premières victimes d’une crise sont les enfants. L’accroissement du nombre d’enfants placés témoigne ainsi des difficultés de nombre de parents et de familles fragilisés. Ces situations dramatiques sont le lot quotidien de nos travailleurs sociaux. Le poids des allocations individuelles de solidarité progresse aussi fortement...

 

En tant qu’élu local, ma responsabilité est de tout mettre en œuvre pour répondre aux besoins de nos concitoyens en difficulté. En tant que citoyen, je suis révulsé par cette dérive verbale faisant des chômeurs, des pauvres ou des immigrés les responsables de nos difficultés.

 

PdA : Le 22 avril, Marine Le Pen a réalisé un score historique pour le Front national : 6,4 millions d'électeurs. En Lorraine, elle dépasse nettement sa moyenne nationale, à quasiment un quart des suffrages exprimés. De par votre expérience sur le terrain, de par le dialogue que vous pouvez avoir avec vos administrés, comment expliquez-vous un tel score ? Vous inquiète-t-il ? Quelles peuvent être les solutions, d'après vous, pour faire baisser l'extrême-droite en France ?

 

M.D. : Je ne veux pas stigmatiser ceux qui ont choisi Marine Le Pen au premier tour. Il y a ceux qui sont sensibles aux thèses xénophobes et égoïstes. Il faut absolument combattre leurs idées. Il y a ceux qui sont en désarroi total. Après ce quinquennat, force est de constater qu’ils sont plus nombreux... Il faut les écouter, les entendre et parler avec eux, sans être démagogue. Il faut répondre au sentiment d’abandon et de déclassement qu’ils expriment.

 

Plus fondamentalement, il est impératif d'établir des liens étroits et plus dynamiques entre la politique nationale et les citoyens, pour que ceux-ci aient une compréhension du pouvoir national et de son lien avec leur quotidien. Dans une République décentralisée, cela passe par plus d'harmonie et de cohérence entre les politiques nationales et les politiques locales, entre État et collectivités locales. Le gouvernement actuel a fait l'inverse : haro contre les collectivités locales, les compétences locales, la fiscalité locale, etc…

 

Une République rassemblée, un État respecté parce que respectable (faut-il redire combien le vocabulaire même du président sortant a abîmé cette respectabilité...), des collectivités à qui l’État fait confiance, des citoyens écoutés et auxquels il est proposé de s'engager au service du bien commun... c'est la seule manière, à la fois, de répondre au désarroi qu'expriment les gens qui votent Front national, et de retrouver la sérénité dont notre République a besoin.

 

PdA : Cette élection présidentielle et ses résultats sont l'occasion de nous poser un certain nombre de questions sur l'état de notre société. Quels sont aujourd'hui, pour vous, les problèmes majeurs auxquels est confronté notre pays ? Comment y remédier ?

 

M.D. : Nous connaissons globalement les principaux problèmes auxquels notre pays est confronté. Les solutions préconisées par la gauche sont différentes de celle de la droite et, a fortiori, très éloignées de celles de l’extrême droite. Ceci dit, le candidat que je soutiens (François Hollande, ndlr) a placé au cœur de cette campagne présidentielle trois axes majeurs.

 

Le premier concerne la jeunesse. En permettant à la nouvelle génération de vivre mieux que la précédente, nous remettons au cœur de cette campagne l’idée de progrès. En d’autres termes, il s’agit de redonner confiance en l’avenir, en permettant à chacun de se projeter non pas dans un futur incertain mais dans un futur plus serein. Après ces cinq années passées, nous avons besoin d’apaisement et de sérénité pour « retricoter » tout ce qui a été abîmé, brutalisé. Ce premier axe touchera autant l’éducation nationale que les politiques de l’emploi.

 

Le second élément relève de la justice fiscale. Nos concitoyens sont prêts à faire des efforts pour peu qu’ils soient partagés et justes. La question fiscale est au cœur de la citoyenneté. Chacun doit ainsi pouvoir contribuer à la chose publique à la hauteur de sa capacité contributive. Cette réforme est donc impérative pour mettre fin à une inégalité fiscale devenue insupportable pour la majorité de nos concitoyens, qui ne peuvent échapper à l’impôt par divers dispositifs « d’optimisation fiscale » utilisés par les fortunés.

 

Le troisième axe touche à l’emploi. Avec plus d’un million de chômeurs supplémentaires, le pays souffre d’un chômage structurel qui n’est pas une fatalité. Il y a urgence à soutenir l’activité en réorientant une part importante des exonérations octroyées sans que les résultats soient au rendez-vous (heures supplémentaires défiscalisées devenues un frein à l’embauche, allégement de la TVA dans la restauration sans création d’emplois, etc...). Nous savons qu’une partie des solutions se décideront aussi au niveau européen. En indiquant qu’il renégocierait le traité européen avec la volonté d’y inclure une clause de croissance, François Hollande fait bouger les lignes des principaux acteurs européens.

 

PdA : "Retour" à l'économie... La crise de la sidérurgie ne cesse de faire partie intégrante de la vie de votre région, entraînant souffrances sociales et déséquilibres économiques. Quelle est la situation aujourd'hui ? Y'a-t-il de nouveaux grands projets en cours ? Quelles sont, à vos yeux, les clés pour recréer du dynamisme, produire à nouveau de la richesse, y compris industrielle, sur nos territoires ?

 

M.D. : La situation économique de la Lorraine reste particulièrement fragile. Je l’ai dit précédemment, l’emploi industriel a souffert, mais d’autres secteurs ont été touchés. Dans l’éducation nationale, par exemple, l’académie de Nancy-Metz a été la plus touchée de France, avec la suppression de 841 postes (dont 822 d’enseignants) en 2011. À cela s’ajoutent aussi les restructurations militaires opérées à partir de 2008 et ayant entraîné la perte de plusieurs milliers d’emplois, mettant à mal l’économie locale de proximité.

 

Malgré ces chocs, la Lorraine continue à posséder d’indéniables atouts. C’est tout le sens du travail que j’ai engagé, à la demande du président Masseret, au sein du Conseil Régional, à travers Lorraine 2020. Cette démarche a pour ambition de fixer un cap à atteindre pour la Lorraine, en s’appuyant sur ses atouts tout en essayant de traiter ses faiblesses. Plutôt que d’essayer de résumer imparfaitement tout le travail que nous avons engagé dans le cadre de Lorraine 2020 pour créer les conditions d’un autre développement pour demain, je vous invite à prendre connaissance de deux documents importants : les actes du séminaire de novembre 2011 et le programme d’actions qui en découle (en pièce jointe).

 

(M. Dinet m'a transmis deux documents, ne pouvant les joindre à ce texte, je vous propose le lien du site de la région traitant de Lorraine 2020, ndlr)

 

PdA : Pourquoi est-il souhaitable, à vos yeux, que François Hollande soit élu président de la République le 6 mai prochain ? Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs pour les en convaincre ?

 

M.D. : Nous avons le besoin impératif d’une action publique redevenue sereine et attentionnée à chacun de ses citoyens et de ses territoires. Plus que jamais, notre beau pays de France, a besoin de fonder sa solidité sur trois piliers :

 

- celui d’un État respecté parce que respectable ; 

- celui des collectivités locales, mobilisées dans la diversité des territoires et considérées à nouveau comme acteurs du redressement de notre pays ;

- un troisième pilier dont on ne parle pas assez, celui de l’initiative et de l’engagement des citoyens, rassemblés pour que la solidarité d’engagement fasse écho à une solidarité de droit.

 

 

Je tiens à remercier de nouveau Monsieur Michel Dinet, ainsi que ses collaborateurs, pour ces réponses qui ont été rédigées et m'ont été transmises très rapidement, ce qui est d'autant plus remarquable que la période est politiquement intense... Merci pour tout ! Une réaction ? Un commentaire ? Nicolas alias Phil Defer

 

 

Times New Roman > Georgia : 30/09/12. Présentation remaniée : 30/03/14.

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9 septembre 2011

Maxime Verner : "Les jeunes sont un espoir dans ce monde de plus en plus fou"

Maxime Verner se présente à l'élection présidentielle de 2012 avec un objectif clair : y porter "la voix de la jeunesse". Une jeunesse dont on dit souvent qu'elle se désintéresse de la politique, souvent d'ailleurs parce que la politique donne, à tort ou à raison, l'impression de se désintéresser d'elle. M. Verner a accepté de répondre à mes questions, je l'en remercie. Une exclusivité F21-PdA, par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

MAXIME VERNER

Candidat à l'élection présidentielle

 

"Les jeunes sont un espoir dans ce monde

 

de plus en plus fou"

 

https://storage.canalblog.com/41/77/871067/68098312.jpg

(Photo : Fournie par Maxime Verner)

 

 

Q : 27/07/11

R : 31/08/11

 

 

 

Paroles d'Actu : Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

 

Maxime Verner : Je suis un étudiant de 21 ans, qui n'a eu de cesse de m'engager depuis mon plus jeune âge. Militant associatif, je préside l'association des Jeunes de France et porte la voix de la jeunesse à l'élection présidentielle de 2012.

 

 

PdA : Qu'est-ce qui a fait naître en vous cet engagement politique ?

 

M.V. : Les injustices m'ont toujours révolté, et je voyais tellement de talents et de forces dans mon environnement, à la campagne puis en banlieue, qui étaient sous-estimés et sous-utilisés, que j'ai voulu partir à la rencontre de chacun de mes concitoyens pour les connaître, les comprendre, les rendre plus épanouis. Et je me suis engagé tout naturellement en politique, avec mon esprit d'indépendance et mon sens des responsabilités.

 

 

PdA : Quel cheminement personnel vous a conduit à briguer aujourd'hui la présidence de la République ?

 

M.V. : J'ai commencé par inscrire par procuration sur les listes électorales les citoyens de mon quartier, ma ville, ma région... Puis je me suis porté candidat, le jour de mes 18 ans, aux élections municipales et cantonales de Bron (Rhône, 40 000 habitants). Avec ma liste de 39 citoyens, avec nos 23 ans de moyenne d'âge, nous avons transformé les idées reçues sur les jeunes des quartiers populaires. Nous avons d'ailleurs recueilli 8 à 15 % dans ces quartiers. Puis j'ai été à l'origine de la loi sur l'éligibilité à 18 ans à toutes les élections, pour laquelle je me suis battu de 2007 à 2011. Elle a été adoptée et promulguée en avril dernier, et depuis décembre 2010, je porte la voix de la jeunesse, cette générosité envers l'avenir, à l'élection présidentielle. J'ai publié le 9 juin dernier mon manifeste, "Jeunes de tous les âges, unissons-nous ! " (Ed. Max Milo) pour présenter mes 89 propositions.

 

 

PdA : En quoi consiste votre programme, et quelles sont vos idées principales ?

 

M.V. : Elles sont nombreuses, mais ont pour objectif de donner plus d'autonomie et de confiance aux jeunes, de les rapprocher des aînés, de leur faire accéder à un premier emploi durable et à une liberté pour tous, de faire d'eux les moteurs de nouvelles solidarités entre les territoires, les générations et les classes, et enfin que notre jeunesse soit innovante, ambitieuse. Par exemple, je propose le permis gratuit, financé par les grands acteurs du marché de la route, et des résidences intergénérationnelles.

 

 

PdA : Comment comptez-vous vous y prendre pour être effectivement présent au premier tour ?

 

M.V. : Je vais à la rencontre des élus dans toute la France. J'ai déjà obtenu 113 parrainages en un été, et je vais mettre les bouchées doubles. Je souhaite porter une alternative indépendante et républicaine au premier tour, et je ferai tout pour y être présent. Je suis confiant.

 

 

PdA : Quels sont vos arguments pour obtenir vos parrainages ? Qu'est-ce qui convainc les élus ? (Q.-R. en plus, en septembre)

 

M.V. : Je parle simplement aux élus, des problèmes de la jeunesse, de la solution que je propose : le lien entre les générations. Et j'écoute les problématiques locales qui les concernent. Et ils sont convaincus par la simplicité, l'honnêteté de la démarche, et la relation que l'on noue.

 

 

PdA : Un peu de politique fiction. Nous sommes au lendemain de votre victoire au second tour de la présidentielle. Ce fut serré, mais c'est acquis ! Quelles sont vos premières mesures ?

 

M.V. : Ma première mesure serait de faire voter la politique publique de la jeunesse pour laquelle j'ai été élu. Et je commencerai par l'autonomie, pour soulager les jeunes et leurs familles, et mettre en place une société plus horizontale, où chacun aurait sa chance d'apporter tout son potentiel, toutes ses idées.

 

 

PdA : Que vous inspire la situation socio-économique actuelle de notre pays ? Que proposez-vous pour améliorer les choses ?

 

M.V. : Beaucoup d'inquiétudes, car les écarts se creusent et la France ne semble plus être un pays qui a des idées. Les jeunes ont peur de la mondialisation, alors qu'elle est une chance pour eux. Nous devons redevenir un modèle, un exemple, un fer de lance, et cela passera par nos gardiens de la République, nos générations futures. Je propose donc d'investir sur nos jeunes pour qu'ils donnent un nouveau souffle à une démocratie en crise.

 

 

PdA : Même question pour la situation du monde (crises financières et économiques, révolutions, tensions...).

 

M.V. : Je pense que les jeunes sont en train de mettre en place le mouvement de masse qui transformera le plus la société au XXIe siècle. Dix ans après le 11-Septembre, les jeunes renversent les régimes autoritaires pour accéder à plus de justice sociale, ils prennent des risques et donnent l'exemple à tous. Ils sont un espoir dans ce Monde de plus en plus fou, qui va de crise en crise et dont on ne se rappelle plus le nombre de guerres en cours. Je crois en l'Europe, et je pense que nous avons un rôle à jouer, nous les jeunes, pour réveiller l'idéal de paix et de coopération.

 

 

PdA : Politique-fiction (encore)... Vous êtes à l'Elysée. L'Iran, qui vient de se doter de l'arme atomique, menace de lancer un missile sur Tel Aviv si les Israéliens n'évacuent pas les territoires sous 48 heures. En tant que Chef de l'Etat, que faites-vous ?

 

M.V. : Là encore, la jeunesse iranienne s'organise pour accéder à une démocratie plus libérale. J'ai vécu en Turquie de février à mai 2011 et je me suis posé souvent la question. Je crois que le travail fait sur la reconnaissance d'un Etat palestinien par la communauté internationale nous préservera de cette catastrophe, mais devant une telle menace il faudrait être intraitable, si le dialogue est rompu. Et ce que je ferai, ce serait un appel à toute la jeunesse et au peuple iranien pour renverser celles et ceux qui lanceraient une telle menace.

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur Nicolas Sarkozy en tant que président ? Sur quels points vous inspireriez-vous ou vous démarqueriez-vous de lui ?

 

M.V. : Il a été un président dynamique, mais qui n'a pas su enrayer les effets de la crise. Son énergie et sa conviction sont des modèles, mais sa vision de la politique, celle de la décision sur l'opinion et du rythme au quotidien, ne me conviennent pas. Cette logique de professionnels de la politique déstabilise la démocratie, il faut des citoyens plus représentatifs dans le jeu politique.

 

 

PdA : Qu'avez-vous ressenti au soir du 21 avril 2002 ? Croyez-vous que cela puisse se reproduire ?

 

M.V. : Je n'ai pas été si surpris, je savais que la France mettrai un jour l'extrême-droite au second tour, mais je pensais le voir plus tard dans ma vie. Cet électrochoc a lié les générations, pour défendre la République. Mais depuis, personne n'a su rendre le sens de la République à nos concitoyens, donc cela peut bien sûr se reproduire. Je me présente d'ailleurs en partie pour être une alternative à ce vote de contestation, qui peut encore une fois déstabiliser la République en 2012.

 

 

PdA : Quels sont, pour vous, les grands enjeux de ce XXIè siècle, et comment y faire face ?

 

M.V. : La liberté, l'égalité, la fraternité. Je pense que ce sont les jeunes, et leur capacité à résister, à construire, leur énergie, qui nous permettra de retrouver du sens et une réalité à nos aspirations.

 

 

PdA : On a tous été marqués par des évènements d'actualité, pour telle ou telle raison. Quels ont été les vôtres ?

 

M.V. : Evidemment la chute de Kadhafi. Cette vague d'espoir porté dans le monde arabe depuis neuf mois est un enfantement sans précédent. Voir la démocratie en gestation, c'est intéressant, et ca devrait montrer aux Français tous les sacrifices qui ont été ceux de nos aînés pour que nous puissions vivre en démocratie aujourd'hui.

 

 

PdA : Quelle est votre "vision de la France" ?

 

M.V. : Je pense au passé et à l'avenir de notre pays, et ma vision est celle d'un pays qui donne l'impulsion, la direction, qui voit loin, qui a des idées et le courage de les mettre en oeuvre. C'est finalement l'idée d'un arrière-petit-fils d'immigrés, qui voit la France comme la terre d'accueil parfaite, celle de tous les possibles, du vivre-ensemble.

 

 

PdA : Quels sont les personnages historiques, ou plus simplement les personnalités, connues ou inconnues, qui vous inspirent, vous portent ?

 

M.V. : Mes parents, et toutes les personnes que je rencontre, partout en France. Leur bon sens et leur amour de l'autre m'ont toujours donné la confiance de porter leur voix, de me battre pour eux, pour leur vision de la France.

 

 

PdA : En privé, qu'aimez-vous faire, que ce soit en terme de culture (cinéma, musique, télévision...), de loisirs, etc ?

 

M.V. : J'aime sortir avec mes amis, et j'ai toujours été un passionné de littérature et de musique. J'ai pratiqué, mais sans grand succès, je suis meilleur en lecture et en écoute (rires)

 

 

PdA : Avez-vous une devise dans la vie, et si oui quelle est-elle ?

 

M.V. : J'en ai plein. Mais je veux surtout voir la vie comme je la voudrai, et non telle qu'elle est. Tout est possible.

 

 

PdA : Quel usage faites-vous des nouvelles technologies et notamment d'Internet ? Chats, forums, sites communautaires, actualités, achats en ligne...?

 

M.V. : J'achète des livres en ligne et je suis sur Twitter et Facebook. Je tiens mon blog et ma webTV et je réponds à mes mails. Je consulte plus l'Internet sur mes smartphones que sur mon ordinateur.

 

 

PdA : Finalement, pourquoi VOUS plus qu'un(e) autre à la présidence ? Donnez-nous un argument infaillible !

 

M.V. : Car je défends une politique d'avenir, car je n'ai pas un programme fait pour un mandat ou pour l'électeur moyen, mais pour les générations futures.

 

 

PdA : Dernière question, qui n'en est pas une, puisqu'elle est "libre". Je vous invite à l'utiliser pour compléter cette interview, par tout ce qui vous passe par la tête. Un petit message, une anecdote inédite... N'hésitez pas !

 

M.V. : Merci de l'invitation, je vous invite à poursuivre le dialogue sur http://www.facebook.com/verner2012.

 

 

Merci encore à Maxime Verner pour ses réponses. Je lui souhaite bon courage pour l'obtention de ses parrainages, espérant pour la démocratie qu'il puisse effectivement être présent lors du premier tour, le 22 avril 2012 ! Phil Defer

 

 

 

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Modification de la présentation de l'article le 8 juillet 2012

 

Times New Roman > Georgia : 02/10/12

29 mai 2012

Elizabeth II - Reine de Diamant

"Je déclare devant vous tous que je consacrerai toute ma vie, qu'elle soit longue ou courte, à votre service et au service de la grande famille impériale à laquelle nous appartenons". Nous sommes en 1947. La princesse héritière du trône britannique, Elizabeth, n'a que 21 ans. Cette jeune femme, qui n'aurait normalement jamais dû être couronnée, deviendra pourtant, cinq ans plus tard, la Reine. À la mort de son grand père, le roi George V, c'est son oncle, l'aîné, le futur Edward VIII, qui monte sur le trône. Un an de règne à peine : l'Angleterre de l'époque n'acceptant pas les désirs de mariage du chef de l'Église anglicane avec l'Américaine divorcée Wallis Simpson, il décide d'abdiquer. C'est son frère Albert, le père d'Elizabeth, qui guidera, de son autorité de monarque constitutionnelle et sous le nom de George VI, l'Empire et le Commonwealth durant l'une des périodes les plus dramatiques de l'Histoire, la Seconde guerre mondiale.

 

Le 6 février 1952, la princesse Elizabeth est au Kenya avec son époux Philip. Il est celui qui lui annonce la nouvelle : le Roi George VI vient de mourir. À 25 ans, elle pleure son père et est consciente de ce qui l'attend, désormais. Sur sa tête, bientôt, l'une des couronnes les plus prestigieuses du monde. Elle sera le chef d'État, le symbole de l'unité d'une multitude de nations, dont le Royaume Uni, le Canada, l'Australie. God save the Queen !

 

C'était il y a soixante ans... La reine Elizabeth II est toujours là. Peu de souverains ont régné aussi longtemps qu'elle dans l'histoire. Elle n'est battue que par la Reine Victoria, pour ne considérer que les monarques britanniques. Sous son règne, douze Premiers ministres (de Sir Winston Churchill à David Cameron en passant par Margaret Thatcher et Tony Blair) et présidents américains (de Harry Truman à Barack Obama) se sont succédés. Neuf présidents français, de Vincent Auriol à François Hollande. Un nombre considérable d'événements, de bouleversements majeurs sont intervenus dans la vie de son pays et de notre monde depuis son avènement en tant que monarque constitutionnel de seize pays (elle n'a pas de pouvoir politique réel mais symbolise la continuité historique et l'unité nationale).

 

60 ans... Trois générations... et un Jubilé de Diamant. Presque 140 millions de sujets aujourd'hui. Et une question légitime : sont-ils tous "derrière" elle ? Il y a six ans, l'année des 80 ans de la reine, j'avais décidé d'enquêter. J'étais alors un jeune étudiant français de 21 ans. Avec curiosité, mais sans préjugé, j'avais décidé de poser quelques questions, en anglais, à M. Graham Smith, responsable de l'organisation Republic. Cette année, à l'occasion du jubilé, j'ai contacté une Britannique parmi tant d'autres pour l'interroger sur la souveraine. Deux documents que je traduis pour la première fois en français. Une exclusivité Paroles d'Actu, par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIENS EXCLUSIFS - PAROLES D'ACTU

 

ELIZABETH II

 

Reine de Diamant

 

(Photo : Gala.fr)

 

 

 

 

GRAHAM SMITH

(Republic)

 

Q : 30/06/06

R : 05/07/06

 

 

Paroles d'Actu : Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

 

Graham Smith : Je m'appelle Graham Smith, je suis responsable de l'organisation Republic, qui fait campagne pour une alternative démocratique à la monarchie.

 

 

PdA : Pourquoi Republic, à la base ? Quelles sont vos revendications principales ?

 

G.S. : Republic existe depuis plus de vingt ans. Ces dernières années, nous avons évolué, passant d'un petit club à une organisation de campagne sérieuse.

 

Notre seule et unique revendication est de dire que la monarchie est antidémocratique et inacceptable. Nous demandons son abolition pour la remplacer par une république démocratique.

 

 

PdA : Vos revendications sont-elles largement partagées au Royaume Uni ?

 

G.S. : Au Royaume Uni, environ 20% des gens sont constamment en accord avec Republic. En Écosse, ce chiffre est plus proche des 50%. La plupart des habitants du Royaume Uni n'ont pas d'avis tranché sur la question.

Notre mission, ainsi qu'exposée dans notre constitution, est la suivante :

1. Mettre en place une campagne pour persuader une majorité d'électeurs de soutenir le remplacement de notre monarchie héréditaire par un chef d'État élu.

2. Après avoir fait cela, participer au processus, et essayer de guider le mouvement du changement.

3. Promouvoir des formes de gouvernement républicaines et démocratiques, et organiser un débat sur le meilleur modèle à adopter pour une république future.

 

 

PdA : Vous ne voyez rien de positif dans la monarchie britannique, dans son passé, son présent ?

 

G.S. : Non, Republic considère que le fait d'hériter d'une fonction publique, quelle qu'elle soit, est non seulement immoral sur le principe mais également mauvais en pratique. En démocratie, le pouvoir doit rendre des comptes. Ce n'est pas le cas dans une monarchie. La famille Windsor est la seule bénéficiaire de la monarchie.

 

 

PdA : Ne croyez-vous pas, comme le philosophe Edmund Burke, que la monarchie constitue un moyen de maintenir une certaine continuité dans les traditions et l'histoire britanniques, un lien entre le passé et la modernité ?

 

G.S. : Non, la Grande Bretagne est capable de maintenir ses traditions et son histoire sans que la famille Windsor ne s'immisce dans notre constitution. La continuité - pour ce que cela vaut - est maintenue par les coutumes et les valeurs du peuple, non par l'existence de la monarchie.

 

 

PdA : Vous êtes contre le système de la monarchie, mais avez vous quoi que ce soit à reprocher, à titre personnel, à la reine, à la famille royale ?

 

G.S. : Nous sommes très clairement opposés à l'institution. Nous ne critiquons les individus que s'ils se conduisent mal dans le contexte de leurs positions constitutionnelles.

 

 

PdA : Que pensez-vous de la reine Elizabeth II en tant que personne ? Quid de sa famille ?

 

G.S. : Je n'ai jamais rencontré qui que ce soit de cette famille. Et, comme je l'ai dit lors de la réponse précédente, leur personnalité n'entre pas en compte dans le débat.

 

 

PdA : Qu'aimeriez-vous lui souhaiter à l'occasion de son 80è anniversaire ?

 

G.S. : Une longue et heureuse retraite.

 

 

PdA : Vous semblez penser qu'un président élu constituerait la solution à tous les problèmes. Mais que pensez-vous des dérives qui peuvent conduire à la "monarchisation" de certains régimes à fort pouvoir présidentiel comme en France (reproches faits par exemple à François Mitterrand et à Jacques Chirac) ?

 

G.S. : Nous ne suggérons certainement pas que la république résoudrait tous les problèmes. Pour reprendre les mots de notre site, "Republic ne se fait pas d'illusion quant à la création d'une sorte d'Utopie, mais nous croyons dans la capacité du peuple britannique à remplacer une constitution antidémocratique, passéiste, par une constitution qui soit démocratique, juste et ouverte, orientée vers l'avenir".

 

Si les Français s'inquiètent de la "monarchisation" de leur présidence, ils ont toujours un contrôle démocratique sur le système. S'il ne fonctionne pas, réparez-le. Dans ce pays, nous ne disposons pas d'un tel moyen de contrôle.

 

 

PdA : Si vous réussisiez, qu'adviendrait-il de la famille Windsor ?

 

G.S. : Dans une république britannique, la famille Windsor serait libre, ils seraient des citoyens normaux, égaux par rapport au reste de la population. Ils décideraient eux-mêmes de leur avenir.

 

 

PdA : Quel système politique désirez-vous pour le Royaume-Uni ? Un président avec un Premier ministre, comme en France, ou bien un président ayant davantage de pouvoirs, etc... Quid du parlement ?

 

G.S. : Nous proposons un système assez proche de celui de l'Irlande (on le trouve également en Allemagne, en Autriche, en Italie, en Israël...), où le parlement et le gouvernement ont le pouvoir et le président n'a qu'un rôle cérémonial.

 

 

PdA : Quel serait le siège de la présidence ?

 

G.S. : Si vous parlez de la résidence officielle, je ne sais pas. Sans doute quelque chose d'assez humble, mais qui serait bien sûr adapté pour les occasions d'État.

 

 

PdA : Quelque chose à ajouter ?

 

G.S. : Simplement, j'espère que le peuple britannique pourra un jour jouir de la même liberté que les Français et la plupart des Européens, de pouvoir choisir leur chef d'État, et d'être maîtres de leur propre système politique. La démocratie n'est jamais parfaite, mais elle l'est bien davantage que ne pourra jamais l'être la monarchie.

 

 

 

 

JANE CUNNINGHAM

  

Q : 07/02/12

R : 07/02/12

 

 

Paroles d'Actu : Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

 

Jane Cunningham : Mon nom est Jane, je vis à Londres avec mon époux et nos deux enfants. J'écris sur le monde de la beauté, je tiens d'ailleurs un blog sur ce sujet, http://www.britishbeautyblogger.com.

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur la monarchie britannique ? La famille, les coûts occasionnés pour le peuple britannique, son rôle dans le gouvernement et la société...

 

J.C. : Je crois que la famille royale a toujours un rôle à jouer pour donner une bonne image de notre pays. Les autres nations (avec de rares exceptions !) ont l'air d'aimer notre famille royale, et tout ce qui présente la Grande Bretagne sous un jour positif est une bonne chose.

 

En ce qui concerne les coûts, la famille royale semble être devenue bien plus consciencieuse en terme de budget. Ceci dit, puisqu'ils passent leur vie à recevoir des ambassadeurs et des têtes couronnées, mieux vaut le faire avec un certain style.

 

Je ne pense pas qu'ils aient d'influence sur le gouvernement, mais le prince Charles en particulier fait entendre sa voix quant à la manière dont il aimerait voir évoluer la société. Ce n'est pas courant, les autres sont plus discrets.

 

 

PdA : Quels sont vos sentiments à l'endroit de la reine Elizabeth II ? Peut-être l'associez-vous à des moments décisifs pour le monde, le Royaume-Uni ou bien votre propre vie ? Est-elle clairement "votre" reine ?

 

J.C. : Je crois que la reine contribue à me rendre fière d'être britannique, mais je n'ai jamais connu la vie sans elle, donc je ne sais quel serait alors mon état d'esprit. Je me souviens qu'à l'école primaire, on m'avait donné un mug de jubilé, on m'avait dit que c'était quelque chose de très spécial. J'étais fière de l'avoir.

 

Quand mon petit frère est né, ma soeur et moi avons insisté pour que son deuxième prénom soit Charles, en hommage au prince Charles. Je ne sais plus vraiment pourquoi !

 

 

PdA : Imaginez que vous en ayez la possibilité... Voteriez-vous pour ou contre l'abolition de la monarchie, le remplacement du monarque comme chef d'État par un président élu (directement par le peuple ou par ses représentants) ?

 

J.C. : Contre.

 

 

PdA : Qui préféreriez-vous voir succéder à la reine Elizabeth en tant que prochain roi, Charles ou William ? Pourquoi ?

 

J.C. : Je n'ai pas de préférence, mais je pense que le prince Charles serait un choix moins populaire dans le pays.

 

 
PdA : Une question plus générale... Que pensez-vous de l'état actuel de la société britannique ? Diriez-vous que le pays évolue dans la bonne direction ?

 

J.C. : D'une certaine façon, nous sommes une meilleure société, d'une autre, non. Je crois que nous avons réussi à maîtriser de nombreux problèmes comme le racisme, appris que la tolérance et l'intégration étaient meilleurs; il y a toutefois des pans de la société qui ne mettront jamais de côté leurs préjugés, c'est la vie...

 

Quelque part, nous sommes une société plus égoïste, certainement plus consumériste. Dans le passé, j'ai le sentiment que les gens s'intéressaient davantage aux autres. Il y avait un plus grand esprit de communauté. Nous sommes plus attentifs à la lutte contre la pauvreté infantile, pour l'éducation et la santé, mais il y a des gens qui se faufilent entre les mailles du filet, qui ne veulent pas se conformer aux valeurs de cette société.

 

Nous sommes certainement dans une situation plus mauvaise s'agissant de la nourriture, de la nutrition. L'obésité est aujourd'hui un problème énorme au Royaume-Uni.

 

 

 

 

 

JULIA MARGARET HENDERSON

 

Q : 21/04/12 

R : 27/06/12

 

 
Notre reine est une dame charmante, elle est un atout pour le pays. Je voterais avec conviction contre tout projet visant à abolir la monarchie. Avoir un souverain fait partie de notre identité collective. Vous savez, tout le monde ne trouve pas les Américains formidables, et je ne voudrais certainement pas les imiter.

 

Je préférerais voir William accéder au trône après la reine. Il nous faut un jeune roi, une jeune reine, avec des idées fraîches. À vrai dire, ça ne me dérangerait pas, que Charles devienne roi. Simplement, je ne veux pas que cette briseuse de ménages, avec son visage en lame de couteau, soit reine. Le roi William et la reine Catherine. Ça sonne bien, vous ne trouvez pas ?

 

Le pays va dans la bonne direction, oui... tout droit vers la ruine, avec le gouvernement actuel. Cameron doit partir ! Merci.

 

 

 

Un grand merci à mes trois intervenants ! Mes souhaits de bonheur pour l'ensemble du peuple britannique à l'occasion de ces célébrations, et d'abord pour la première d'entre eux. "Long live the Queen !" (ou en tout cas, Elizabeth Windsor, selon les préférences) Phil Defer

 

 

 

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Le site de Republic

 

Le blog de Jane Cunningham

 

Le site de la monarchie britannique

 

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Modification de la présentation de l'article le 21 juin 2012. Nouvelle contribution le 31 juillet 2013.

 

Times New Roman > Georgia : 01/10/12

19 février 2014

Jonas Haddad : "La droite doit se reconnecter aux réalités du pays"

Le secrétaire national de l'UMP (en charge de l'entrepreneuriat des jeunes) et délégué national des Jeunes populaires Jonas Haddad est devenu, je l'en remercie, un habitué de Paroles d'Actu. Il a participé à trois articles avant celui-ci, m'a accordé trois interviews correspondant, chacune, à un moment de la vie de sa formation politique. Il a exprimé avec force ce qu'étaient ses convictions après les défaites de la droite en 2012, s'est clairement engagé en faveur de Jean-François Copé dans le cadre de l'élection à la présidence de l'UMP et a fait, comme d'autres, un premier bilan négatif de la présidence de François Hollande, un an après son investiture.

 

L'UMP bénéficiera-t-elle de l'impopularité record de l'exécutif national pour gagner quelques positions lors des élections locales et européennes qui se tiendront ce printemps ? Chacun l'espère, en tout cas, rue de Vaugirard... Dans ce contexte préélectoral intense, Jonas Haddad a accepté, une nouvelle fois, de répondre à mes questions. Parmi les sujets évoqués : l'entrepreneuriat et la politique économique de François Hollande, l'hypothétique retour de Nicolas Sarkozy et la nouvelle direction des Jeunes pop'... À propos de la branche junior de l'UMP, il affirme - Julien Rochedy ne sera pas forcément d'accord avec lui - qu'elle est aujourd'hui le premier parti jeune de France. Son dernier livre, Droite 2.0 (coécrit avec son camarade Michael Miguères, préfacé par Jean-Pierre Raffarin et publié aux éditions L'Harmattan), vient de sortir, il nous en dit quelques mots, en ouverture de l'entretien... Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JONAS HADDAD

 

« La droite doit se reconnecter

aux réalités du pays »

 

Jonas Haddad 2014

(Photo proposée par Jonas Haddad.)

 

Q. : 13/02/14 ; R. : 19/02/14

  

Paroles d'Actu : Bonjour Jonas Haddad. L'été dernier, vous avez fait parvenir à Nicolas Sarkozy, qui vous a reçu en privé, une note sur la notion de « progrès », une thématique à laquelle vous avez consacré un livre, Droite 2.0, cosigné avec Michael Miguères... Pouvez-vous nous en dire davantage à propos de cet ouvrage ?

 

Jonas Haddad : C'est un ouvrage qui a nécessité deux ans de travail, mais qui se fonde surtout sur un constat implacable, issu de nos réunions dans toute la France : si la gauche est intégralement décrédibilisée, toute une frange de la population ne voit pas dans la droite une alternative innovante. C'est une condition sine qua non à tout retour au pouvoir que de remettre notre logiciel idéologique à jour.

 

L'objectif de ce livre est de redonner des boussoles claires à la droite, le « progrès » et le « patriotisme », pour qu'elle soit enfin le rempart au déclin de notre pays, qu'elle incarne un espoir pour les jeunes, les entrepreneurs.

 

PdA : Ces derniers mois, je le suggérais à l'instant, Nicolas Sarkozy a multiplié les rencontres avec les « jeunes pousses » les plus en vue de l'UMP, celles en lesquelles il croit pour l'avenir et sur la fidélité desquelles il compte sans doute dans l'optique d'un retour éventuel pour 2017. Voulez-vous nous révéler ce qu'a été la teneur de votre conversation, de ses interrogations ? Quels ont été vos sentiments quant à cet entretien ?

 

J.H. : Notre conversation a d'abord porté sur la France. En me rendant à ce rendez-vous, j'avais beaucoup entendu dans la presse cette conviction des journalistes que Nicolas Sarkozy voulait s'attacher la jeune génération. Sauf qu'une fois rentré dans son bureau, celui d'un président de la République, j'ai sincèrement oublié tout cela. Je ne fais pas partie de ces blasés de la politique et, conscient de l'importance de l'instant, j'ai évoqué tous les sujets qui me semblaient à la hauteur de l'importance du moment.

 

Nous avons évoqué le sort des jeunes générations, leur capacité à croire en l'avenir de la France, comment le pays pouvait redevenir une terre de progrès. Pour le reste, cela tient du privé.

 

PdA : Quelle est votre intime conviction ? Reviendra-t-il sur le devant de la scène ? Le souhaitez-vous, ou bien est-il temps pour l'UMP de passer à autre chose, de favoriser l'émergence de nouvelles idées, de nouvelles têtes ?

 

J.H. : Vous me permettrez de laisser à un ancien président de la République la décision de revenir ou pas. J'ai déjà dit clairement que son retour était souhaitable, et surtout que ce n'était pas incompatible avec l'émergence de nouvelles têtes... La preuve, vous m'avez évoqué parmi les « jeunes pousses » dans votre question précédente.

 

PdA : L'UMP continue tant bien que mal de panser les plaies nées du scrutin calamiteux qu'elle a tenu pour sa présidence au mois de novembre 2012. Des directions collégiales - et pléthoriques - ont été mises en place pour essayer de contenter les deux parties, à la tête du parti et de sa branche junior, les « Jeunes populaires ». Plusieurs jeunes responsables de la Droite sociale de Laurent Wauquiez, présidée par Mickaël Camilleri - pour ne parler que d'eux - ont fait savoir à l'automne dernier qu'ils se sentaient marginalisés, voire, pour certains, sciemment floués par le montage d'alors. La composition du nouveau bureau national transitoire, annoncée il y a quelques jours, semble répondre en partie à ces inquiétudes. Les « Jeunes populaires » sont-ils pour de bon en ordre de bataille ? N'en êtes-vous pas, de facto, le nouveau chef ?

 

J.H. : Je ne partage pas votre pessimisme. Malgré les difficultés de novembre 2012 - qui commencent d'ailleurs à dater, nous sommes en 2014 - nous avons réussi à promouvoir une nouvelle génération qui va partir à la reconquête des territoires avec une foi inébranlable dans nos valeurs, dans notre pays.

 

Quant à moi, je me contente, à la place qui est la mienne, de mettre toute mon énergie au service des Jeunes Populaires qui, au nombre de 20 000, sont aujourd'hui le premier parti jeune de France.

 

PdA : Lors de sa conférence de presse du 14 janvier, le président de la République a affirmé, sans ambiguïté, son appartenance au courant de pensée social-démocrate. Il a dévoilé son intention de procéder à une baisse massive des charges incombant aux entreprises au titre de la politique familiale en échange d'engagements en matière d'embauches. Ces annonces ont été globalement bien accueillies, y compris par certaines personnalités de l'UMP. Ne vont-elles pas, à votre avis, dans le bon sens ?

 

J.H. : Tout ce qui va dans le sens de sortir nos entreprises de l'étranglement provoqué par l'empilement des impôts est positif, si cela produit des emplois. Cependant comment s'enthousiasmer sur un virage sémantique, un débat interne à la gauche sur la ligne à adopter ? Trop de temps a été perdu par ce gouvernement pour se rendre enfin compte des réalités économiques, des besoins profonds du pays.

 

PdA :  L'entrepreneuriat, c'est votre sujet de prédilection au sein de l'UMP et, à l'évidence, l'une des clés maîtresses pour l'avenir de notre économie, de notre pays. Quelles actions d'ordres législatif - budgets compris - et réglementaire devraient, de votre point de vue, être conduites pour favoriser au maximum l'éclosion et le développement d'entreprises en France ?

 

J.H. : Depuis des années, bien avant que ce sujet ne soit à la mode, j'ai rencontré des associations, des entrepreneurs de tous âges pour m'imprégner des aspirations de cette nouvelle économie. J'ai proposé de façon claire de supprimer l'impôt sur les sociétés pour les moins de 25 ans. Ce n'est pas une mesure qui va plomber les finances de la France - déjà bien dégradées. C'est un signal puissant envoyé à tous ces jeunes qui ne croient plus en l'avenir de notre pays, qui pensent que le système est plus porteur d'espoir ailleurs.

 

PdA : Au vu de l'impopularité record de l'exécutif actuel, l'UMP paraît être en mesure d'aborder - au moins sur le papier - les échéances électorales de 2014 (les municipales au mois de mars, les européennes en mai) dans une position relativement favorable. Vous travaillez à titre personnel sur le fond des sujets, nous l'avons vu avec l'entrepreneuriat. Les interventions des différents ténors de votre parti semblent, elles, être riches davantage de critiques que de propositions concrètes ou prospectives. L'UMP, qui a exercé le pouvoir au plan national pendant dix ans, se veut toujours l'alternative naturelle à François Hollande et aux socialistes. Quand aura-t-elle un projet pour la France et les Français ?

 

J.H. : L'UMP décline depuis plusieurs mois des conventions destinés à bâtir un projet alternatif à la société divisée que produit la gauche. Je comprends de votre propos que nous ne sommes pas assez entendus sur les propositions, davantage sur l'opposition. Mais quand un président de la République est au plus bas niveau historique d'adhésion des Français, ces derniers comprendraient-ils qu'on ne dénonce pas, qu'on ne pointe pas toutes les failles du système ?

 

Si l'UMP ne fait pas ce travail d'opposition pied à pied, elle laissera prospérer ceux qui préfèrent la contestation à l'opposition républicaine.

 

PdA : Quelque chose à ajouter ?

 

J.H. : 2013 a été l'année de la société civile, 2014 doit être l'année de la droite 2.0, celle qui se reconnecte aux réalités du pays, à ses aspirations profondes.

 

PdA : Merci !

 

Droite 2

 

 

Et vous, que vous inspirent les propos, les propositions de Jonas Haddad ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Jonas Haddad...

  

15 juin 2012

Ahmed Laaraj : Ségolène Royal ? "Elle panse et repense la société"

Entre les deux tours de la présidentielle, j'avais pris l'initiative de contacter un certain nombre de jeunes, de sensibilités diverses, pour les interroger sur le duel à venir et, au-delà, sur leurs inquiétudes, leurs espoirs pour la France de demain. Parmi eux, Ahmed Laaraj, un étudiant montpellierain. Lors de la présidentielle de 2007, il n'a pas 17 ans. Pas encore l'âge de voter. Mais, il le dit lui-même, "la ferveur de la campagne a fait naître une flamme en moi". Il rejoint Désirs d'avenir, le mouvement de Ségolène Royal, "où très vite on faisait place aux jeunes". Il anime aujourd'hui le comité local et a participé à la fondation du collectif des jeunes du mouvement. Avec le comité, il s'est pleinement engagé derrière Ségolène Royal dans le cadre des Primaires citoyennes. Le résultat n'a pas été à la hauteur de cet enthousiasme (voir mon interview exclusive avec Najat Vallaud-Belkacem). La suite, chacun la connaît. François Hollande a gagné les primaires. Puis la présidentielle. Le 10 juin avait lieu le premier tour des élections législatives. Une dynamique de gauche. Tout semble indiquer qu'elle sera nettement majoritaire au sein de la nouvelle Assemblée nationale. Pas de vrai suspense quant au résultat global. En revanche, un certain nombre de batailles locales seront très disputées. D'autres très suivies parce qu'éminemment emblématiques. Ce sera le cas de la première circonscription de Charente-Maritime (La Rochelle). Ségolène Royal, qui n'a pas caché qu'elle souhaiterait, si elle était élue, briguer le "perchoir", est opposée au second tour à un socialiste dissident, l'élu local Olivier Falorni. Arrivée en tête le 10 juin, la candidate, seule dans la circonscription à bénéficier du soutien du président de la République et du Parti socialiste, espérait un désistement. Olivier Falorni a très tôt décidé de se maintenir. Pas de candidat de droite au second tour, il s'agit donc d'un duel. L'enjeu se nationalise quand, tacitement, Falorni devient l'instrument du "Tout sauf Ségolène". D'après un sondage, il obtiendrait un large report des voix de droite dans la circonscription. L'UMP s'attend à perdre la majorité parlementaire, mais se consolerait sans doute en contribuant à faire battre cette personnalité importante mais controversée. Le scrutin prend un autre tournure quand la compagne du chef de l'État, Valérie Trierweiler, "tweete" ses encouragements à l'adversaire de la mère des quatre enfants du président. Choix d'une femme libre et indépendante ? Expression publique d'une affaire... privée ? Les médias n'ont pas fini de chercher des réponses à ces questions. En tout cas, d'après plusieurs sondages, la présidente de la région Poitou-Charentes partirait largement battue... Qui sera élu ? Réponse le 17 juin. En attendant, j'ai décidé de poser quelques questions à Ahmed Laaraj. Je le remercie pour les réponses qu'il a bien voulu m'apporter. Une exclusivité Paroles d'Actu, par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

AHMED LAARAJ

Animateur du comité Désirs d'avenir de Montpellier
Soutien de Ségolène Royal lors des Primaires citoyennes

 

Ségolène Royal ? "Elle panse

 

et repense la société"

 

https://storage.canalblog.com/48/34/871067/76706323.png

(Photo fournie par M. Ahmed Laaraj)

 

 

Q : 15/06/12

R : 15/06/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Quel regard portez-vous, globalement, sur le premier tour de ces élections législatives ?

 

Ahmed Laaraj : Sur le premier tour des élections législatives, qui dans l'ensemble s'est bien déroulé, je constate une chose : une forte abstention! Alors que nous élisons nos représentants pour le pouvoir législatif. Dans notre République, il y a une séparation des pouvoirs, le citoyen et le ou la candidat(e) doivent faire preuve de plus de mobilisation pour ce scrutin.

 

Il ne doit pas y avoir dans notre république une forte participation uniquement pour l'élection du chef de l'éxecutif. Alors que c'est là où par la proximité du (de la) député(e) et du citoyen que la démocratie participative peut se faire, et ainsi remettre le citoyen au coeur de la décision politique, en remettant le pouvoir au parlement.

 

Pour ce second tour, il faut se mobiliser et aller voter pour donner du sens à la démocratie et à la république.

 

 

PdA : Membre de son mouvement Désirs d'avenir, vous avez été un des coordonninateurs de la Campagne jeunes de Ségolène Royal durant les Primaires citoyennes de 2011. Elle est en difficulté aujourd'hui. Que vous inspire la situation à laquelle elle est confrontée dans la première circonscription de Charente-Maritime ?

 

A.L. : Je suis indigné par cette situation, je vous parlais d'abstention, ces méthodes et ces pratiques en sont la raison. Ils dégoûtent le citoyen du monde politique.

 

Ségolène Royal, arrivée en tête à La Rochelle, subit une fois de plus des méthodes et des techniques de caniveau qui n'honorent pas O. Falorni et les gens le soutenant. Il a reçu le soutien de Dominique Bussereau et drague les voix de la droite et du FN avec comme seul objectif de faire barrage à Ségolène Royal.

 

Pour rappel, Ségolène Royal est la première femme à avoir accédé au second tour de l'élection présidentielle, elle a réformé la gauche et a redonné aux socialistes l'espoir perdu en 2002, et si la région Poitou-Charentes devient une région de gauche, c'est bien par le travail de Ségolène Royal depuis 24 ans, où elle avait remporté la seule circonscription a être passé à gauche lors du raz-de-marée bleu de 1988, elle avait fait venir le Président François Mitterrand dans la Région et ils s'étaient entretenus à l'époque avec Michel Crépeau à La rochelle en tant qu'amis de longue date.

 

Présidente de la région Poitou-Charentes, elle y fait un travail profond et qui est salué dans toute la France et en Europe, son travail a été récompensé par plusieurs prix internationaux et elle est actuellement présidente de l'AIRF (Agence internationale des régions francophones ).

 

Alors, pour donner du sens à l'histoire et à cette bataille des législatives, militants de gauche, militants de vérité, il faut agir, pour ne rétablir que vérité et justice!

 

 

PdA : Qu'est-ce qui justifie votre engagement à ses côtés ? Pensez-vous, notamment, qu'elle aurait davantage mérité d'être à l'Elysée aujourd'hui que le président François Hollande ? Si oui, pourquoi ?

 

A.L. : C'est une femme visionnaire et battante, elle prend les sujets à bras le corps et essaye de trouver la solution la plus simple, la plus efficace, qui respecte le mieux l'être humain et son environnement, tout en contribuant à une nouvelle société en insérant ces solutions politiques dans un programme global de nouvelle société. Elle panse et repense la société. Être une femme ou un homme politique, y passer du temps, faire des sacrifices n'est pas une chose facile, on ne lui a rien épargné!

 

Si François Hollande est aujourd'hui président, c'est que les Français ont pensé qu'il méritait de devenir président de la République. Ensuite il faut voir l'action et les politiques qu'il va mener, son bilan, et la société dans laquelle il nous projette. Pour Nicolas Sarkozy, en voyant son quinquennat, je peux dire qu'il ne méritait pas la victoire au vu de ce qu'il a fait de la confiance des Français.

 

Mais puisque vous voulez entendre de moi une comparaison entre F. Hollande et S. Royal, moi j'ai soutenu Ségolène Royal lors des primaires. Et donc, à titre personnel, j'estime qu'elle méritait plus la présidence. Mais nous sommes loyaux, F. Hollande est issu de notre famille politique, quand un socialiste de cœur gagne, c'est comme si c'était tous les socialistes qui gagnaient.

 

 

PdA : Pourquoi, de votre point de vue, Ségolène Royal doit-elle être élue députée de la République, dimanche ? Comment vous impliquez-vous dans cette campagne ? Quel message souhaiteriez-vous adresser aux électeurs de sa circonscription ?

 

A.L. : Parce qu'elle est la responsable de la victoire de François Hollande! On ne peut pas lui enlever d'avoir rassemblé en 2007, d'avoir remis la politique au coeur de la société, jusqu'à la remettre au sein des quartiers populaires qui avaient encore l'image de la présence de Jean Marie Le Pen au second tour. Elle est la conquérante de gauche, qui a osé se préoccuper des thèmes dits de droite : sur la sécurité, sur la nation, sur la République. Dans les lieu les plus isolés, les plus délaissés, elle a su ramener une politique intelligente, une politique qui allaient revaloriser tous les citoyens, égaux en droits et en devoirs. Sans toutes ces conditions, F. Hollande n'aurait peut-être pas gagné. Le changement ne peut se faire sans celle qui lui a donné l'élan et la force! Elle doit gagner, les citoyens sont intelligents, il ne seront pas instrumentalisés par la droite, c'est pourquoi elle gagnera!

 

Aujourd'hui cette situation est terriblement injuste, on ne peut rester assis les bras croisés, c'est une vraie dynamique qui s'est mise en place dans cette circonscription, pour inciter les électeurs à aller voter, et les informer que si ils votent O. Falorni, ils sont d'abord les instruments de la droite de Bussereau et de Raffarin qui ne font que distiller de la haine envers Ségolène Royal.

 

J'ai envie de dire aux électeurs de ne pas faire cet accident historique. Rien n'est joué, S. Royal est rochellaise de coeur, elle en parle avec passion, et qu'elle portera de manière efficace la parole des citoyens de La Rochelle et de l'ïle de Ré. Et contribuera comme pour la région Poitou-Charentes à un rayonnement de ce territoire.

 

 

PdA : Quel est votre "désir d'avenir" pour Ségolène Royal ? Quid de votre engagement personnel en politique ?

 

A.L. : Mon désir d'avenir pour Ségolène Royal, il ne m'appartient pas, il me dépasse, puisque son action s'insère au service de l'intérêt général. Elle n'est pas là par amour du pouvoir ou pour les Ors de la république comme certains, son désir c'est son engagement, c'est de servir son pays en proposant de nous projeter dans une nouvelle société.

 

Son désir est que nous provoquions une révolution dans les pratiques et les moeurs politiques, d'ailleurs j'aime bien une phrase d'elle : "Les dernières bastilles sont dans nos têtes". Nous avons acquis la démocratie, nous vivons en république, mais notre régime doit toujours tendre vers le mieux, puisque tous les combats politiques doivent servir l'intérêt général et doivent permettre la dimension perfectible de la société dans laquelle nous vivons.

 

 

PdA : Sur quels critères vous baserez-vous pour juger du succès (ou de l'échec) de l'actuel quinquennat ?

 

A.L. : Sur l'action, sur le travail accompli, sur la capacité à bouleverser certains sujets de société, sur la capacité à remettre le citoyen au coeur de la politique... RDV dans 5 ans.

 

 

 

 

Une photo de Ségolène Royal choisie à ma demande par Ahmed Laaraj. Pourquoi ce choix ? Pour lui, "elle montre que, déjà à l'époque, il y a 24 ans, Ségolène Royal servait les habitants de La Rochelle."

 

 

 

Merci encore à Ahmed Laaraj pour ses réponses, qu'il m'a fait parvenir très rapidement ! Bon courage à Ségolène Royal ainsi qu'à tous les candidats qui dimanche solliciteront les suffrages des Français ! Phil Defer

 

 

 

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9 mars 2012

Jean-François Debat : "Nous n'avons pas de leçons à recevoir en matière de gestion publique"

Il y a un peu plus d'un an, j'ai pris l'initiative - pour des raisons personnelles non liées à ce blog - de contacter Monsieur Jean-François Debat. En suivant mes méthodes habituelles, celles employées pour la réalisation de Paroles d'Actu : écrire par la voie d'internet à quelqu'un que je ne connais pas personnellement, qui ne me connaît évidemment pas. En l'occurrence, le maire de Bourg-en-Bresse dans l'Ain, mais surtout dans mon esprit, le vice-président en charge des finances du Conseil régional de Rhône-Alpes, qui est ma région. Je précise alors, dans ce message que je lui adresse, que je vis dans le Rhône, et ne fais donc pas partie de ses administrés burgiens. Cela ne changera rien à l'affaire. Il a pris la peine et le temps de me répondre avec beaucoup de courtoisie et de bienveillance. Cela m'a touché. Je me suis dès lors promis d'essayer de le recontacter, plus tard, en tant qu'élu local important, ouvert et ayant ma sympathie, mon respect. Pour une interview. Je lui ai soumis l'idée au mois de janvier 2012, après lui avoir présenté, toujours par mail, mes voeux de bonne année. En cette année très riche en événements politiques, il m'a semblé intéressant de recueillir l'opinion, sur la présidentielle notamment, d'un élu local influent dans sa région. J'ai appris quelques jours plus tard, par hasard, en me renseignant sur l'organigramme de campagne de François Hollande, que Jean-François Debat était davantage qu'un "élu local influent" : un membre important de l'équipe du candidat socialiste à la présidence de la République. En charge, notamment, des questions de décentralisation. Après avoir eu son accord de principe, j'ai rédigé pour lui un questionnaire, évoquant la présidentielle, la décentralisation, les finances publiques, sa vie d'élu, son avis sur le libéralisme sociétal. Je le lui ai transmis le 4 mars, sa réponse m'est parvenue - cela mérite d'être souligné - le 9 mars. Une exclusivité Paroles d'Actu, par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JEAN-FRANCOIS DEBAT

Maire de Bourg-en-Bresse (Ain)
Vice-président de la Région Rhône-Alpes, en charge des finances

 

"Nous n'avons pas de leçons à recevoir

 

en matière de gestion publique"

 

(Photo fournie par Monsieur Jean-François Debat)

 

 

Q : 04/03/12

R : 09/03/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Membre du Parti socialiste, vous êtes vice-président de la région Rhône-Alpes en charge des finances depuis 2004  et maire de Bourg-en-Bresse, dans l'Ain depuis 2008. Soutien de François Hollande lors des Primaires citoyennes de 2011 en tant que responsable de la décentralisation, c'est tout naturellement que vous êtes resté à ses côtés pour l'élection générale.

 

La notation semble être une activité à la mode en ce moment. Quelle serait la note, sur 10, que vous accorderiez à Nicolas Sarkozy pour sa présidence, et pourquoi ?

 

Jean-François Debat : Je ne suis pas un correcteur dans l'âme ! Ce qui est sûr, c'est qu'il est très en dessous de la moyenne pour au moins trois raisons.

 

D'abord, il a mené avec obstination une politique économique et fiscale complètement inadaptée à la crise que nous traversons depuis 2008: diminuer l'impôt des entreprises, sans distinction entre celles qui sont exposées à la concurrence extérieure et les autres (ex: restauration), il a fait exploser la dette sans aucun impact sur la croissance: c'est une énorme erreur d'analyse.

 

Ensuite, il a accru considérablement les inégalités, déjà fortes, en France: 55% des baisses d'impôts pour les ménages ont bénéficié aux 10% les plus aisés; ce chiffre suffit à confirmer qu'il a bien été "le Président des plus riches".

 

Enfin, il a cherché, sciemment, à opposer et diviser les Français au lieu de les rassembler : débat sur l'identité nationale, polémique sur l'assistanat, stigmatisation des fonctionnaires et des chômeurs, dénonciation des contre-pouvoirs et des élus locaux. C'est grave pour un Président, le pays sort vraiment rabaissé de ce quinquennat et les Français rejettent de ce fait de plus en plus les institutions et leurs dirigeants.

 

 

PdA : Qu'est-ce qui vous a convaincu, assez tôt dans la campagne des Primaires citoyennes, de vous engager auprès de François Hollande ? Quel est votre rôle à ses côtés aujourd'hui ?

 

J.-F.D. : J'ai considéré que François Hollande s'était préparé, très tôt, à cette élection et que son analyse (notamment sur la réforme fiscale qu'il a été le premier à mettre en avant) était adaptée à la situation et aux attentes de notre pays. En outre, son expérience est réelle et la manière dont il mène campagne confirme, à mes yeux, ce choix.

 

Il m'a fait la confiance de me placer, auprès de Pierre Moscovici, au coeur de la direction de campagne: je prépare pour lui les arbitrages sur le fond des propositions, en m'appuyant sur celles qui émanent des groupes thématiques. J'ai ainsi pu, par exemple, travailler sur le discours du Bourget et le projet du candidat, à ses côtés.

 

 

PdA : Le pouvoir actuel a pris concernant la décentralisation un certain nombre de décisions durant le quinquennat. L'objectif affiché était d'aller vers une plus grande rationalisation, clarification de notre organisation territoriale. Que vous inspirent ces choix en la matière ?

 

J.-F.D. : Qu'ils iraient dans le bon sens si c'était bien le sens des réformes engagées! Mais ce n'est nullement le cas. Il n'y a pas eu de rapprochement ou de coopération accrue entre départements et régions, mais la fusion du conseiller général et du conseiller régional en un conseiller territorial d’un super canton: C'est en aucun cas une réforme de fond, mais uniquement une mesure électorale, laquelle vous le noterez est totalement contradictoire avec l’annonce récente du candidat Sarkozy d’instiller de la proportionnelle dans le scrutin majoritaire, c’est également un enterrement de première classe pour la parité entre les femmes et les hommes, dont le seul objectif est que l’UMP dirige à nouveau les Régions ! Pour le reste, les décisions prises ont consisté à réduire les impôts perçus par les collectivités (ex: la Taxe Professionnelle) et à montrer du doigt la soi-disante incurie des élus, de gauche comme de droite; en oubliant que nos budgets sont tous votés en équilibre et que les collectivités financent 75% de l'investissement public en France...

 

 

PdA : François Hollande a quant à lui promis de mettre en chantier, s'il est élu, un "nouvel acte de décentralisation". Qui renforcera les régions et les grandes villes, apportera de nouvelles garanties financières aux collectivités et mettra fin, avant sa naissance effective, au concept de conseiller territorial. De par votre expérience d'élu local, membre de l'exécutif de deux grandes collectivités, que pensez-vous de ces propositions ? En quoi le projet de François Hollande en matière de décentralisation conduira-t-il à une meilleure organisation de nos territoires ?

 

J.-F.D. : Le point le plus important est de rétablir des conditions de confiance entre Etat et collectivités, aujourd'hui anéanties. Nicolas Sarkozy n'a jamais, contrairement à Jacques Chirac, aimé être un élu local : il ne comprend pas les élus, qu'il considère avec méfiance. François Hollande est un élu local, il connait nos réalités, il sait de quoi il parle. C'est extrèmement important pour pouvoir, ensuite, réformer avec les élus, mais non pas contre eux.

 

Sur le fond, notre projet consiste à clarifier les compétences des collectivités territoriales: aux Régions la préparation de l'avenir (grands enjeux économiques, formation, innovation, environnement, aménagement du territoire, etc); aux Départements les services essentiels qui structurent le territoire et la solidarité (action sociale, économie, transports, etc), enfin au pôle local (communes et intercommunalités) l'action de proximité, à la fois quant à la vie locale et à l'organisation du territoire. L'idée de limiter les interventions croisées n'est pas mauvaise en soi, mais nécessite d'être travaillée avec les élus et non pas de dégringoler, comme cela a été le cas, de Paris par la loi.

 

 

PdA : L'État a connu ces dernières années des déficits records, liés en partie à la crise financière et économique qui frappe le monde depuis 2008. Pourtant, il n'est pas rare d'entendre des membres de la majorité actuelle opposer la soi-disant bonne gestion de l'État (non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux notamment) à une certaine fuite en avant en matière de dépenses du côté des collectivités. Vous êtes, encore une fois, en charge des finances de la région Rhône-Alpes, une grande collectivité au budget de près de 2,5 milliards d'euros. Et maire de Bourg-en-Bresse, ville de 40 000 habitants. Que souhaiteriez-vous répondre à ces accusations ?

 

J.-F.D. : C'est une arnaque, une escroquerie intellectuelle!! En 2002, la dette publique représentait 52% du PIB, en 2007, 62% et en 2011, 86%! Plus 40% en 4 ans, et on voudrait nous faire croire que c'est la gauche qui vide les caisses?! Les collectivités, c'est 75% de l'investissement, mais 11% de la dette: pour financer une partie des investissements, et jamais pour payer les fins de mois.

 

Quant à l'évolution globale des dépenses, elle est largement due aux transferts de compétences décidés par l'Etat; pour le reste, je pose la question: fallait-il que la région augmente les dépenses pour former 43.000 apprentis par an au lieu de 32.000? Fallait-il accroître l'offre de TER de 40%, face aux enjeux énergétiques? Si on dit "oui", on ne peut pas critiquer les collectivités de l'avoir fait. Et depuis 2010, le budget de la Région est stable, sans hausse. N’oublions pas non plus qu’en dix ans, la population française s’est significativement accrue et seules les collectivités ont dû faire face à des besoins croissants et des demandes très concrètes des habitants à tous les âges de la vie.

 

En revanche, il est évident que les collectivités sont, d'ores et déjà, associées aux efforts: dans ma ville, les dotations de l'Etat ont baissé de 8% en 4 ans et j'ai réduit la dette de 25% dans le même temps! C’est donc bien que les dépenses ont été maitrisées. Nous n'avons pas de leçons à recevoir en matière de gestion publique.

 

 

PdA : Vous êtes aujourd'hui un expert en matière de finances publiques, de par cette expérience au niveau local...

 

Une grande partie des recettes propres des collectivités proviennent d'impôts assis sur des indices archaïques (la valeur locative cadastrale), souvent douloureux et éloignés des réalités de la vie économique. L'État, lui, tire ses recettes d'impôts liés à l'activité, qu'il s'agisse de la production (IS), du travail (IR) ou de la consommation (TVA). Ces questions, à ma connaissance, ne sont pas vraiment abordées dans le projet de François Hollande. Seriez-vous favorable à de réels changements, notamment une remise en cause de la VLC en tant qu'alpha et oméga des finances locales, ou encore une possibilité pour les collectivités de voter, à la marge, un taux de l'un des trois impôts d'État précités ?

 

J.-F.D. : Oui, je pense que c'est nécessaire pour deux raisons. Une raison économique: nos impôts n'ont pas de lien avec les bases réelles de la richesse créée et des capacités des ménages; or, ce lien est nécessaire. Une raison de justice: nos impôts "ménages" sont largement forfaitaires et donc inégalitaires. Je suis favorable, pour ma part, à ce que les collectivités locales disposent d'un panier fiscal, qui repose sur les quatre grandes bases de contribution qui existent: la consommation, la valeur ajoutée des entreprises, le patrimoine des ménages et leurs revenus. L'Etat pourrait baisser ses taux en contrepartie d'une baisse de ses dotations et les élus voteraient des "centimes additionnels". On pourrait concevoir des marges laissées aux collectivités, avec des liens entre les taux pour éviter de concentrer l'impôt local sur une seule contribution.

 

 

PdA : La dette de l'État est aujourd'hui colossale. Cela vous inquiète-t-il ? Qu'est-ce qui, d'après vous, doit être fait pour retrouver l'équilibre en matière de finances publiques nationales ?

 

J.-F.D. : L'UMP est largement responsable - bien plus que François Mitterrand, pourtant mis en accusation par Nicolas Sarkozy...!-  de cette situation, mais elle existe et s'imposera à tout nouveau gouvernement. Il faudra retrouver des recettes: la droite s'est privée de 20 Mds€ de recettes par an, essentiellement au profit des entreprises et des ménages aisés. C'est un impératif de justice et d'équilibre. Il faudra également stabiliser globalement, et réduire dans des domaines moins priopritaires, les dépenses d'intervention et de fonctionnement. Il faudra aussi investir dans l'innovation, la recherche, pour stimuler l'activité et la croissance.

 

 

PdA : Un élément de votre blog m'a interpellé. Vous dites n'être libéral "ni en matière économique, ni en matière de questions de société". Si le rejet d'un libéralisme économique débridé n'étonne personne de la part d'un membre du Parti socialiste, celui d'un certain libéralisme sociétal est sans doute moins fréquent. Je pense notamment à l'interview que m'avait accordé Najat Vallaud-Belkacem. Souhaiteriez-vous m'en dire davantage ? Qu'est-ce qui vous différencie d'elle en la matière ?

 

J.-F.D. : Je considère effectivement que tout ce qui est techniquement possible en matière de bioéthique n'est pas forcément acceptable et que toute aspiration individuelle, même si elle est compréhensible et que je n'ai pas à la juger, ne peut pas forcément être satisfaite par la société.

 

Ces conceptions ont des conséquences sur mon analyse de certaines questions de société: je ne suis favorable ni aux mères porteuses (que je considère être une atteinte à la fois aux droits des enfants et de la femme), ni à la conservation des embryons pour une insémination post-mortem -pour moi le projet ne peut plus exister après le décès d'un parent. Sur le fond, je ne conteste évidemment pas qu’on puisse aider les couples à avoir eux-mêmes un enfant, mais je considère qu’il n’y a pas de droit à l’enfant, de la part d’aucun couple quel qu’il soit. C’est ce qui m’amène d’ailleurs à ne pas être favorable à l’adoption plénière par des couples homosexuels, adoption qui, contrairement à l’adoption simple, crée un lien de parentalité. Je suis absolument favorable à la reconnaissance complète des couples -y compris au travers d'une cérémonie républicaine en mairie- du point de vue des droits encore à conquérir en matière de sécurité sociale ou de successions entre couples pacsés; en revanche, pour moi, l’adoption n’est pas un droit pour un couple –quel qu’il soit : l’adoption, c’est au contraire le droit pour l’enfant privé de ses deux parents et confié à la société de se voir confier à de nouveaux parents : au nom de quoi déciderait-on, pour satisfaire une envie d’adulte (que je considère par ailleurs comme tout à fait compréhensible) de le priver d’un papa et d’une maman ? Toute autre est la situation d’enfants nés d’un parent engagé dans une relation homosexuelle : ils ont un père et une mère et vivent, comme tant d’autres, avec un seul de leurs parents et le conjoint de celui-ci. Pour moi, il faut donner un statut au beau-parent –que ce soit dans un couple homosexuel ou hétérosexuel ; je pense qu’il faut rendre possible un lien juridique entre un adulte qui vit sous le même toit que l’enfant de son conjoint et qui participe à son éducation, pour lui permettre de réaliser des démarches, de prendre certaines décisions le concernant, mais aussi reconnaître le lien affectif qui les lie. L’adoption simple peut constituer ce cadre.

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur votre expérience d'élu ? Qu'avez-vous appris au contact des citoyens, de leurs difficultés, et de grandes questions qui parfois nous dépassent tous ? Vos meilleurs, vos plus mauvais souvenirs en tant qu'élu ?

 

J.-F.D. : J’aime le contact avec les gens qu’implique le mandat d’élu, ainsi que la capacité d’action qu’il confère. Au-delà, c’est un extraordinaire poste d’observation de la société, avec ses enthousiasmes, ses passions, ses petites bassesses, ses contradictions : un maire voit fonctionner la société, les entreprises, les rapports sociaux. J’y trouve beaucoup de richesse humaine.

 

Mon meilleur souvenir date des années 1999-2000 : une dame voilée était venue me solliciter pour une question de logement lorsque j’étais président de Bourg Habitat (l’office d’HLM), et m’avait dit : « j’ai osé venir vous voir car on m’a dit que vous ne faites pas de différence entre les gens ». C’est mon plus beau souvenir parce que c’est exactement ce que j’aimerais qu’on retienne de moi, si j’avais une idée à formuler à ce sujet.

 

Mon plus mauvais souvenir c’est notre défaite aux municipales de 2001, de 200 voix, après une campagne dure, voire hargneuse, basée sur l’insécurité ; c’est le sentiment que tout le travail accompli pendant 6 ans est balayé d’un revers de main. J’en ai tiré deux leçons : d’abord, je ne perdrai plus jamais en ayant le sentiment de ne pas m’être battu assez ; ensuite, c’est la dureté mais les règles du suffrage universel : ne faites pas de politique pour en attendre de la reconnaissance !

 

 

PdA : Revenons à la présidentielle. Quel message souhaiteriez-vous adresser à un inscrit qui ne saurait pour qui il va voter ni même s'il va voter ? Quels sont vos arguments pour le convaincre de donner sa voix, le 22 avril et le 6 mai, à François Hollande ?

 

J.-F.D. : Plus de justice, c’est la gauche. Et, vraiment, il est temps de changer, vous ne croyez pas ?

 

 

PdA : Dernière question... qui n'en est pas une. Il s'agit d'une carte blanche. Pour vous permettre de compléter cet entretien comme il vous plaira. Vous pouvez revenir sur un point de l'interview, développer un sujet qui vous tient à cœur, nous faire part d'un coup de cœur, adresser un message... Bref, cette dernière question est la vôtre.

 

J.-F.D. : Voyez la réponse a la question précédente : elle résume l’enjeu qui m’occupe complètement pour le moment. Pour la France et pour les Français, il est important que François Hollande l'emporte et ouvre une nouvelle ère.

 

 

 

Merci encore à Monsieur Jean-François Debat pour la générosité dont il a fait preuve, à plusieurs reprises, à mon égard ! Je souhaite pouvoir lui poser d'autres questions à l'avenir. Merci également à lui, ainsi qu'à ses collaborateurs, de m'avoir fait parvenir, à ma demande, deux photos de lui afin d'illustrer ce document ! Phil Defer

 

 

 

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Modification de la présentation de l'article le 26 juin 2012

 

Times New Roman > Georgia : 01/10/12

19 juillet 2020

Eric Teyssier : « La thèse de l'esprit de jouissance coupable ne tient plus à propos de la défaite de 1940 »

Il y a 80 ans, en juillet 1940, les pleins pouvoirs venaient d’être confiés au Maréchal Pétain tandis que s’ouvrait à Vichy, siège du nouvel « État français », une des pages les perturbantes de notre histoire nationale. On parle beaucoup, en connaissant plus ou moins lépoque, de ce gouvernement de collaboration avec - et en partie contraint par - l’occupant nazi, mais tellement peu finalement de la bataille de France qui a précédé ces développements. Parce que oui, même si au bout ce fut la défaite, et même une défaite traumatisante, on s’est battu, et même plutôt bien battu, avec honneur et parfois héroïsme, côté français, en mai et en juin 1940. S’il y a des responsabilités à rechercher du côté des militaires, et clairement il y en a, il semble falloir regarder du côté du commandement, ou plutôt du haut-commandement.

Je suis heureux de vous proposer aujourd’hui, sur ce thème, une interview avec l’historien Éric Teyssier, qui a publié en début d’année L’an 40 : La bataille de France (Michalon), un roman passionnant qui nous raconte, dans toute sa complexité, ce que représenta, côté français, pour les militaires de terrain, pour les civils des régions du nord, et pour les dirigeants politiques et militaires, cette tragédie des mois de mai et juin 1940, qui n’était décidément pas écrite par avance. Je vous recommande chaleureusement cette lecture et remercie M. Teyssier pour sa collaboration. Je dédie cet article à la mémoire de mon ami Bob Sloan, disparu il y a un mois tout juste : il était passionné d’Histoire et notamment de cette histoire-là, bien qu’Américain, et surtout, un homme délicieux. Nicolas Roche

 

EXCLU PAROLES D’ACTU - 80 ANS 1940

Éric Teyssier: « La thèse de l’"esprit de jouissance"

coupable ne tient plus à propos de la défaite de 1940... »

L'an 40

Des reconstituteurs de l’armée française de l’association France 40.

 

Éric Teyssier bonjour, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions pour Paroles d’Actu, qui porteront sur votre roman L’an 40 : La bataille de France (Michalon, 2020). On vous connaît principalement pour vos écrits et vos activités (reconstitutions historiques notamment) sur les époques Révolution, Premier Empire, et surtout Rome antique. Pourquoi avoir choisi, ici, d’écrire sur ces mois de mai-juin 1940, parmi les plus tragiques de notre histoire ?

pourquoi l’an 40 ?

En fait deux films anglo-saxons récents sont à l’origine de ce roman, Les heures sombres et Dunkerque. Dans les deux cas, il est question de la bataille de France mais sous un angle exclusivement britannique. Les Français y sont présents mais comme des silhouettes dans l’arrière-plan d’un drame où seuls les Anglais semblent vouloir se battre. Bien sûr, beaucoup de Français, parmi ceux qui connaissent encore leur Histoire, ont été choqués et l’ont dit. Pour ma part, j’ai apprécié ces deux films et je me suis dit qu’il ne fallait pas faire le reproche aux Anglais de raconter leur Histoire de leur point de vue mais qu’il incombait aux Français de faire valoir le leur. C’est pour cela que j’ai pris ma plume. 

 

Cet ouvrage, dont on sent bien qu’il vous tient à cœur, vous le dédiez, je reprends vos mots, « aux 58 829 soldats français morts au combat, et aux 21 000 civils français tués pendant les 45 jours de la bataille de France, pour ne pas oublier leur courage et leur sacrifice ». L’idée centrale de ce roman, c’était de raconter ces heures sombres, mais aussi vous l’indiquiez à l’instant d’expliquer, par l’exemple, que oui, elles ont aussi été héroïques de la part de Français, là où on ne conçoit, trop souvent, que le rouleau compresseur allemand écrasant la France sans résistance ? N’a-t-on pas même oublié qu’on s’est battu, en 40 ?

la France combattante

Oui, on a très vite oublié le sacrifice de ces héros et il y a depuis un « french bashing » entretenu sur ce point dans le monde anglo-saxon et, il faut bien le dire, par certains Français qui éprouvent un plaisir masochiste à dénigrer systématiquement leur propre histoire. Il faut dire que l’exemple vient de loin avec Céline qui décrivait la drôle de guerre et la Bataille de France par une formule à l’emporte-pièce : « Neuf mois de belote, six semaines de course à pieds ». S’il a en partie raison pour la belote, l’ancien combattant de 14 se trompe pour la course à pied. En effet, les fils des poilus de 14 se sont bien battus. Il se sont parfois sacrifiés avec un courage d’autant plus étonnant qu’ils luttaient au milieu de l’effondrement moral des élites et de la population qui s’enfuyaient sur les routes de l’Exode.

 

GP Teyssier

Mon grand-père Adrien Teyssier devant son char Renault FT17.

 

Quelle est votre part personnelle, familiale, j’ai envie de dire « intime », dans cette histoire de la campagne de France, de l’Exode, de l’effondrement de l’État, et de l’Occupation ? Quels souvenirs forts vous ont été transmis par vos aïeux, vos proches, et dans quelle mesure avez-vous été habité par cette mémoire-là ?

histoire familiale

Je suis né dix-sept ans après la fin de la guerre, mais j’ai eu l’impression de la vivre par procuration. Mon père avait dix ans en 1944, et j’ai eu la chance de grandir en étant entouré de mes quatre grands parents qui avaient connu et parfois fait la seconde guerre mondiale, et même la première pour mon grand-père paternel. Le sujet revenait souvent sur le tapis et comme je suis tombé tout petit dans le chaudron de l’Histoire, je n’arrêtais pas de les questionner. Il y a beaucoup de leurs récits dans ce roman et cela m’a donné l’envie d’en rechercher d’autres, car rien ne vaut la réalité qui dépasse toujours, et de loin, la fiction.

 

Je laisse au lecteur le plaisir de découvrir, dans le détail de leur être, chacun de vos personnages. On suit le déroulé du récit, entre mai et juillet 40, à travers les destins de l’équipage (aux origines sociales et géographiques très variées) d’un char d’assaut français, de la famille d’un de ses équipiers vivant à Dunkerque, et du haut-commandement politique et militaire de la France et du Royaume-Uni. Comment s’est opéré votre travail de documentation, que l’on devine très conséquent ? Où est le vrai, où est le romancé chez tous ces personnages, dans tous ces moments de vie ?

écrire un roman historique

L’historien précède toujours le romancier chez moi. Je suis donc parti de mes connaissances sur la période car je l’enseigne à l’université de Nîmes. J’ai ensuite approfondi en relisant les mémoires des décideurs que j’avais dans ma bibliothèque. Cependant, ces derniers ont à cœur de justifier leurs actions passées et ont souvent un point de vue « personnel » sur les évènements. Je suis donc allé chercher à l’échelon juste au-dessous, chez les chefs de cabinets. Ces derniers ne sont pas des politiques, mais plutôt des serviteurs de l’État. Ils ont souvent pris des notes au jour le jour et ont publié leurs mémoires plus tard, parfois même après leur mort. Je pense notamment à Roland de Margerie, le conseiller diplomatique de Paul Reynaud qui est une source de renseignements et d’anecdotes étonnantes.

Pour l’aspect militaire, je suis allé du côté des journaux de marche des bataillons de chars. Pratiquement toutes les actions vécues par mon équipage de B1 bis correspondent à des fait d’armes réellement vécus par des équipages français. Ces exploits montrent à quel point ces soldats se sont battus avec courage. Pour les civils, il y a aussi de nombreux témoignages, mais j’ai également eu recours à la presse qui donne à voir la façon de présenter les choses au jour le jour à une population déboussolée, et souvent terrifiée par l’idée que des centaines d’espions étaient parmi eux pour préparer l’invasion, la fameuse « cinquième colonne ». Parmi les sources, l’hebdomadaire Match est très intéressant car il était très lu à l’époque. Bref, au total c’est un roman très historique, où tout ce qui n’est pas strictement authentique est parfaitement vraisemblable.

 

B1 Bis

Le char B1 Bis L’Eure, dont l’histoire a en partie inspiré mon roman.

 

On est surpris effectivement, quand on vous lit, par la combativité de l’équipage du Stonne (éléments vous le disiez inspirés de faits réels), et par la puissance de leur char français, un B1 bis qui semblait n’avoir pas grand chose à envier aux panzer allemands. On est effaré, surtout, quand on découvre, suivant les routes de la débâcle, des chars et des avions flambant neufs dans des dépôts.

Nous parlerons choix politiques dans un instant mais pour vous, s’agissant des opérations de terrain, la faillite, c’est d’abord celle du commandement militaire, de la doctrine défensive statique, de Gamelin ? Est-ce qu’avec un De Gaulle (qui portait depuis longtemps l’idée d’unités mécaniques cohérentes), un Huntziger, ou même un Weygand comme généralissime dès septembre 39, les choses auraient été bien différentes ?

les choix de Gamelin

De Gaulle n’est qu’un simple colonel jusqu’à la fin mai 1940. Personne ne l’imagine à la tête de l’armée en 1940, pas même lui. Huntziger n’aurait pas fait mieux que Gamelin, il commandait les troupes stationnées dans la région de Sedan le 10 mai 1940… avec le succès que l’on sait. Weygand, malgré ses 73 ans aurait eu plus de mordant que Gamelin qui était un général de salon, qui doit surtout sa place à ses accointances avec le ministre Daladier. Malgré tout, il est difficile de dire s’il aurait changé le cours de l’Histoire.

En tout cas, il est probable que Weygand aurait conservé une masse de manœuvre en réserve derrière la ligne de front. Cette réserve stratégique existait. En l’occurrence, il s’agissait de l’excellente VIIe armée du général Giraud. Placée en réserve à Reims, elle aurait pu barrer la route à la percée de Guderian. Mais au lieu de ça, en avril Gamelin l’a envoyé dans la région de Lille pour aller soutenir… la Hollande. C’est ce qu’elle tentera de faire, en vain. Cette décision aberrante aurait dû valoir le peloton à Gamelin, le pire généralissime que la France aura connu dans sa longue histoire militaire.

 

Quel regard portez-vous, comme historien connaissant bien les batailles, la vie et la mort des empires, sur les causes profondes des succès foudroyants de l’Allemagne nazie au printemps 1940 ? Faut-il pointer une politique diplomatique et militaire des démocraties ayant manqué d’audace dans la seconde moitié des années 30, parce que trop empreinte de pacifisme ? Un esprit de jouissance l’ayant emporté sur l’esprit de sacrifice, d’après le mot de Pétain ? Ou bien tout simplement, et avant tout, comme le défend François Delpla, l’excellence du coup allemand ?

les raisons de la défaite

Pas plus que pour la chute de l’empire romain, il n’y a une cause unique pour la défaite de la France en 1940.

Pour comprendre les choses, il faut surtout garder en mémoire l’effroyable saignée causée par la guerre de 14-18. Huit millions de mobilisés pour quarante millions d’habitants et 1,4 millions de morts sur les huit millions de mobilisés… Le « plus jamais ça » n’était pas dû à la couardise des Français ou à « l’esprit de jouissance » mais à la conscience du fait que le pays ne pouvait pas se permettre une autre hécatombe de ce genre. De là vient « l’esprit Maginot ». De l’autre côté du Rhin les choses étaient différentes. Le désir de revanche, une natalité forte, une armée remise à neuf et Hitler, tout cela portait un peuple de 80 millions d’individus vers la guerre. Pour autant l’historiographie a liquidé l’idée de « l’esprit de jouissance ». La France se réarme dès 1937 et consacre la même part de son budget à l’armement que le IIIe Reich, mais l’Allemagne est plus riche et plus peuplée.

Cependant, une autre cause est moins souvent évoquée : la méfiance de l’Angleterre vis-à-vis de la France victorieuse. Londres qui se méfie d’une France redevenue la première puissance militaire mondiale en 1918. Très vite le naturel antifrançais revient au galop. Deux exemples parmi d’autres illustrent cet état d’esprit chez nos voisins d’outre-Manche. En 1935, les Britanniques autorisent unilatéralement l’Allemagne à reconstruire une flotte de guerre égale à un tiers de la Royal Navy. Cette trahison donne pleine satisfaction à Hitler qui peut ainsi considérer que le traité de Versailles est mort et enterré. Le second exemple se passe en 1938 à propos de la Tchécoslovaquie. Les Tchèques ont une excellente armée et des lignes de défenses solides. Face aux appétits d’Hitler, Daladier serait prêt à la guerre pour défendre notre alliée d’Europe centrale, mais il ne peut y aller seul sans l’appui britannique. Hélas, Chamberlain fait confiance au Führer et refuse de soutenir les Français et les Tchèques. Préférant « l’apaisement » à la guerre, il signe les accords de Munich en septembre 1938. C’est Churchill qui voit clair dans cette affaire avec sa formule : « Vous avez préféré le déshonneur à la guerre, vous aurez le déshonneur et la guerre ». On connaît la suite, un an plus tard, l’Histoire lui donne raison.

Enfin, il faut aussi tenir compte de l’extraordinaire culot de Guderian qui va bien au-delà du plan allemand en fonçant devant lui en profitant de la situation. Plus que l’état-major allemand, c’est lui qui emporte la décision, grâce à un coup d’œil et une audace d’une efficacité rare dans les annales de l’histoire militaire.

 

Reynaud et Pétain

Le général Weygand, Paul Baudouin, Paul Reynaud et le maréchal Pétain, mai 1940.

Photo : © Getty / Keystone-France.

 

Deux éléments de détail, mais cruciaux, que j’aimerais développer avec vous...

Premier point : Comment expliquez-vous l’ordre donné par Hitler à Guderian de stopper net sa course triomphale vers Dunkerque, rendant par la même le ré-embarquement quasi-miraculeux de plus de 330 000 soldats britanniques et français ? Crainte réelle de s’exposer dangereusement ? Volonté par le Führer d’affirmer son statut de chef suprême ne goûtant que modérément les initiatives personnelles ? Voire gage de bonne volonté envers Londres pour faire flancher le cabinet britannique ? 

Dunkerque

Le gage de bonne volonté est un mythe forgé par Hitler lui-même après coup. Sa volonté de s’imposer face à ces junkers prussiens que le « caporal de Bohème » déteste pourrait être une explication, sauf que dans ce cas précis, Hitler se rallie à la prudence que prêche les généraux de son état-major. Je pense en fait, qu’Hitler a eu peur de son propre succès dont l’ampleur n’a été prévu par personne. Il a aussi peur d’une réaction des alliés. En cela les réactions des Français à Stonne et à Montcornet ou des Anglais à Arras, ont joué leur rôle. Même si elles n’ont pas été suffisantes pour freiner l’invasion, elles ont semé le doute dans l’esprit d’Hitler. L’ancien combattant de la première guerre connait la valeur de ses adversaires et il redoute un nouveau miracle de la Marne. Aussi joue-t-il la prudence en permettant, malgré lui, le miracle de Dunkerque. Ce dernier est aussi dû à l’échec de Goering qui lui avait assuré que la Luftwaffe pourrait noyer l’armée anglaise dans une mer de sang. Il est également dû à la résistance héroïque des Français qui retiennent les Allemands pendant une semaine autour de Dunkerque. Une résistance qui a fait dire aux Allemands qu’ils avaient devant eux les dignes héritiers des défenseurs de Verdun.

 

Deuxième point : Dans votre récit, la comtesse Hélène de Portes, maîtresse du président du Conseil Paul Reynaud, est omniprésente et fait lourdement pression, jusqu’au harcèlement, sur son amant à bout de nerfs, pour lui faire accepter une demande d’armistice. A-t-elle été pour vous, un acteur décisif de ces temps des plus troublés ?

le cas Hélène de Portes

Difficile de dire si elle a été décisive, mais sa petite musique a toujours joué en faveur de l’armistice à tout prix auprès du faible Reynaud. Ce dernier a passé ces semaines tragiques entre volonté de combattre et désir d’abandon. Et la musique lancinante de sa maîtresse a scié les nerfs du versatile chef du gouvernement français. De toute évidence, Reynaud n’était pas l’homme de la situation. En tout cas, la comtesse est si omniprésente que tous les témoins, Churchill, de Gaulle, Weygand, de Margerie, Villelume… parlent d’elles dans des termes souvent cinglants. Tous, sauf un, Reynaud, qui ne cite même pas son nom dans l’épais volume de ses mémoires. Un silence qui ressemble à un aveu…

 

Weygand devenu généralissime a beaucoup reproché aux Britanniques d’avoir économisé leurs forces, et surtout leurs avions, là où des contre-attaques efficaces pouvaient encore, selon lui, être engagées. Ont-ils pensé trop tôt à l’étape d’après, la défense de leurs îles, ou bien leur décision fut-elle clairement la bonne au vu de la situation déjà très compromise sur le territoire français ?

la part des Anglais

Cette histoire constitue une tragédie grecque où tout le monde à raison. Weygand a raison de reprocher aux Anglais de se replier vers Dunkerque alors qu’il espère encore contre-attaquer. Il a raison d’exiger une aide massive de la R.A.F. au moment où l’aviation française, malgré le courage de ses pilotes, est submergée. Mais Weygand arrive trop tard à la tête des armées alliées. Le 16 mai, l’impression donnée par Gamelin, encore généralissime, est désastreuse. Il n’a pas de plan de contre-attaque, pas de réserve et surtout aucune volonté de combattre. C’est un spectateur passif de l’effondrement et le pouvoir politique hésite encore à le chasser. À partir de là, pour Churchill, la messe est dite. Il faut sauver ce qu’il peut de ses trop rares soldats et sauvegarder la R.A.F. pour tenter de défendre son île. La suite lui a donné raison, mais l’impression d’abandon ressentie par les Français a fait le lit de la demande d’armistice, et donc de Pétain.

 

J’aimerais votre sentiment sur cette question : imaginons un instant que Paul Reynaud soit resté à la barre, après le 16 juin, que le gouvernement ait choisi de continuer la lutte, de partir pour l’Afrique, voire d’aller effectivement vers l’union franco-britannique. Est-ce que ça aurait pu marcher ? Qu’est-ce que ça aurait changé ?

no surrender !

C’est une question qui me tracasse depuis longtemps et mon opinion à varié suivant les époques et mes lectures. Dans mon livre, c’est une question qui est au cœur des débats entre les responsables civils et militaires. C’est pour moi l’occasion de donner les arguments des uns et des autres sans pour autant trancher ce débat. Un débat qui ne le sera jamais car on ne peut pas refaire l’histoire. 80 ans après, mon avis personnel est qu’au moment de l’armistice, les faits donnent raison aux partisans de l’arrêt des combats. Rien ne peut laisser supposer que Churchill va continuer la guerre. L’URSS est alliée avec Hitler, les USA détournent le regard et l’Angleterre n’a plus d’armée. Pourtant, la volonté de fer et le jusqu’auboutisme du Premier ministre britannique demeurent inébranlables. Il faut être visionnaire comme de Gaulle pour le percevoir. Si Reynaud avait eu le même courage, je pense qu’une décision de continuer la lutte en Afrique aurait tout changé. Hitler aurait alors concentré ses efforts contre l’Angleterre et aurait subi le même échec. L’Italie aurait été chassé d’Afrique du nord dès la fin de 1940 et on n’aurait jamais entendu parlé de l’Afrika Korps de Rommel. Il est possible que la guerre aurait été raccourcie d’un an et Reynaud, donc la France, aurait été sur la photo de Yalta. Mais tout cela n’est que le reflet de mon opinion, car on ne refait pas l’Histoire… hélas.

 

Antichar

Des soldats français autour d’une pièce antichar.

 

Y a-t-il encore, 80 ans après, un traumatisme vivace quant à l’effondrement national de mai-juin 1940 ? Des séquelles, jamais complètement guéries (et je ne parle même pas de l’après, de Vichy) ?

les séquelles

Oui, je pense que ce traumatisme est fondateur, d’une forme de manque de confiance dans la France et son avenir. Cette période a vu l’effondrement des élites qui se sont souvent enfuies avant de capituler alors qu’il fallait encore se battre. Elle a vu aussi la défaite d’une nation qui passait pour l’une des toutes premières au monde. Vichy a accentué ce phénomène en martelant que c’était « l’esprit de jouissance » des Français qui était la cause du mal. Pourtant, le personnel politique de Vichy, à commencer par Laval, faisait bien partie de ces élites qui ont mené la France à la catastrophe. Il ne faut pas oublier que c’est le parlement de 1936, à 80 exceptions près, qui donne légalement les pleins pouvoir au maréchal Pétain dès le mois de juillet 1940. L’occupation allemande et l’humiliation qu’elle entraîne pendant quatre ans constitue également un traumatisme profond que de Gaulle n’a que partiellement apaisé. S’il n’avait pas été là pour sauver l’honneur, les séquelles en seraient encore plus graves.

 

Quelles leçons tirez-vous de mai-juin 40 ? Les recherches effectuées pour ce livre, et son écriture, ont-elles affermi certaines de vos convictions en la matière ?

résonances actuelles

Paradoxalement, j’en tire un regain de confiance dans l’avenir de la France. Ce vieux pays a connu des catastrophes incroyables mais c’est toujours relevé grâce au courage de son peuple. J’en retire également la conviction que des élites déconnectées des réalités du pays qu’elles dirigent sont dangereuses. Leur fonctionnement en circuit fermé dans une sorte d’entre-soi confortable peut révéler au grand jour une incapacité de réaction face à une crise sans précédent. Je trouve sur ce point de vue, que la « gestion » de la crise du Covid a eu de grandes similitudes avec mai-juin 1940. Le fameux « les masques ne servent à rien » m’a fait penser au non moins redoutable « les divisions blindées ne servent à rien ». On a également assisté à la même auto-satisfaction malgré une impréparation totale. On a vu une communication désordonnée, une incapacité de tenir un cap, les mêmes disputes entre les « experts » devant des décideurs qui ne décident plus grand-chose, les mêmes rumeurs qui agitent l’opinion… Tout cela avait un parfum de Troisième République finissante. Mais on a vu aussi « ceux qui ne sont rien » et autres « sans dents » qui étaient sur le « front ». Ils ont fait tourner le pays de la même façon que les héros de mon roman se battent avec courage face à la catastrophe. C’est cela qui doit être retenu.

 

Pomier

Le lieutenant Pomier qui a abattu l’as allemand Molders. Je consacre un chapitre

à ce duel pour ne pas oublier non plus ceux qui se sont battus dans les airs.

 

Je le rappelais tout à l’heure, vous êtes un grand spécialiste des reconstitutions historiques, qui ré-insufflent de la vie à l’Antiquité ou à l’épopée napoléonienne. On imagine assez peu, en revanche, des reconstitutions sur la Première Guerre mondiale ou, a fortiori, sur le front occidental de la Seconde (je me trompe peut-être). Parce que trop proches, trop sujettes à passions, trop « sombres » aussi ?

histoire vivante

Pas du tout, il existe des associations très vivantes de reconstitutions sur les deux guerres mondiales, pour n’en citer qu’une sur 1940, je parlerais de l’association « France 40 » qui s’attache notamment et restaurer et à faire revivre les véhicules de l’armée française de cette époque. Cette association et beaucoup d’autres font un énorme travail de conservation du patrimoine et de transmission de la mémoire. Elles participent pleinement aux commémorations qui malheureusement pour mai-juin 1940 ont été zappées à cause du Covid. De plus, ces associations d’histoire vivante attirent de plus en plus de jeunes venus de milieux très différents, ce qui est une très bonne chose.

 

Que vous inspirent ces temps, pas mal troublés aussi dans leur genre, où l’on abat les statues assez facilement, et sans guère s’encombrer de complexité historique ?

les nouveaux iconoclastes

Rien ne peut justifier d’abattre une statue qui témoigne d’une époque passée. Au-delà de l’acte barbare, il s’agit d’un crime contre la mémoire d’une nation et donc d’un véritable acte de « populicide ». Le pire dans tout ça, demeure l’inaction voire la complicité des politiques, mais aussi le silence assourdissant des historiens universitaires qui vont parfois jusqu’à cautionner ces actions hallucinantes. Écrire « raciste » sur la statue de Churchill relève en effet de la maladie mentale, lorsque l’on sait que cet homme a été le principal acteur de la défaite du nazisme en Europe… Où seraient ces nouveaux vandales si Hitler avait vaincu ? Mais la bêtise n’a pas de limite puisque même le roi d’Écosse Robert Bruce (mort en 1329) a eu droit lui aussi à son « raciste » sur sa statue… alors même qu’il n’a sans doute jamais croisé un homme noir de sa vie… Je constate en fait que l’histoire est prostituée à des intérêts politiques et « racialistes » (comme on dit) très inquiétants, en voulant opposer les gens les uns contre les autres. Chaque fois que l’on a fait tomber des statues dans l’Histoire, on ne tarde jamais à faire tomber des têtes.

 

Votre deuxième tome de L’An 40 est-il en bonne voie ? Vos autres projets et envie pour la suite ?
 
Il est bien avancé en effet, c’est l’objectif de l’été. J’ai aussi des projets de documentaire sur la Seconde Guerre mondiale et sur Rome. D’autres projets de livres et de spectacles également. Je ne manque jamais de projets.

 

Un dernier mot ?

Oublier, jamais…

 

E

  

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20 novembre 2015

« La cybersécurité, un enjeu majeur face au terrorisme », par Vincent Joubert

Vincent Joubert, chargé de recherche auprès de la Fondation pour la Recherche stratégique, est spécialiste des questions relatives à la cybersécurité et à la cyberdéfense. Deux thématiques dont les tenants et aboutissants demeurent relativement méconnus mais qui pourtant pèsent d’un poids non - et de moins en moins - négligeable en ce qui concerne la lutte contre la grande criminalité et le terrorisme. Le 16 novembre, soit, trois jours après les attentats qui ont endeuillé la capitale, je l’ai contacté et lui ai soumis quelques questions visant un éclaircissement de tous ces points. Ses réponses, qui me sont parvenues le 20 novembre, sont très instructives et fort intelligibles malgré la complexité du sujet - ce dont je vous remercie, Vincent. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« La cybersécurité, un enjeu majeur

face au terrorisme »

Interview de Vincent Joubert

 

Anonymous

Illustration évoquant le collectif Anonymous ; source : www.maxisciences.com

 

Paroles d’Actu : Bonjour Vincent Joubert, merci davoir accepté mon invitation. Votre spécialité détude au sein de la Fondation pour la Recherche stratégique,  cest la double problématique de la cybersécurité et de la cyberdéfense...

 

Vincent Joubert : Bonjour, merci à vous de votre sollicitation. Je travaille effectivement au sein de la FRS, fondation reconnue d’utilité publique dont le rôle est de conseiller et proposer des analyses sur les questions de défense et de géopolitique. Je termine également une thèse en géopolitique sur les enjeux de la politisation de cyberdéfense en Europe, sous la direction de Mme Frédérick Douzet à l’Institut français de Géopolitique, et secrétaire scientifique de la Commission TIC de l’Académie des Technologies.

 

PdA : Quels sont, en matières de cybersécurité et de cyberdéfense, les enjeux dont il est question sagissant, dune part, des activités de lÉtat islamique, dautre part de la lutte contre cette organisation terroriste ?

 

V.J. : L’État islamique, en tant que groupe armé hiérarchisé et organisé, a très vite identifié le rôle majeur des technologies de l’information et de la communication dans la mise en œuvre de sa stratégie. Les actions dans le cyberespace, qu’elles soient défensives ou offensives, font aujourd’hui partie intégrante des opérations militaires étatiques ; depuis quelques années cependant, la question se pose de savoir dans quelle mesure les groupes non-étatiques peuvent utiliser des capacités cyber pour mener à bien leurs opérations, qu’il s’agisse de criminalité organisée transnationale, de terrorisme, ou de soutien à une action étatique. L’enjeu est de savoir si ces groupes peuvent avoir accès à des capacités offensives susceptibles de constituer une menace réelle et probable pour les États, en lançant par exemple des cyberattaques contre des opérateurs d’importance vitale (OIV) tels qu’identifiés à l’article R1332-2 du Code de la Défense : les infrastructures contrôlant la gestion des réseaux et systèmes de transports en commun, des systèmes industriels connectés assurant la distribution en énergie, etc.

 

Dans le cas d’un groupe terroriste tel que l’ÉI, il existe plusieurs moyens d’agir dans le cyberespace, qui renvoie à ce que l’on appelle « cyberterrorisme » : utilisation de cyberattaques à des fins criminelles (financement du groupe par le vol d’argent en ligne), l’utilisation du cyberespace à des fins d’organisation et de planification des activités du groupe (dans le sens d’un C2 militaire), l’utilisation du cyberespace comme outil de propagande (pour de la revendication, de la « justification » idéologique, mais également du recrutement passif et actif) et enfin, cas extrême, l’utilisation de cyberattaques à des fins destructrices (que l’on pourrait maladroitement qualifier de « cyber-attentat »). L’ensemble de ces actions servent la stratégie globale du groupe terroriste, qui peut ainsi étendre son réseau à l’échelle internationale en raison de l’accès quasiment universel à ces technologies.

 

En ce qui concerne l’ÉI, les activités dans le cyberespace dont nous pouvons avoir connaissance en sources ouvertes sont bien évidemment les activités de propagande d’une part, et celles d’organisation et planification d’autre part. Les exemples de propagande (vidéos et sites internet) sont nombreux et constituent un outil essentiel pour l’ÉI, notamment pour l’endoctrinement et le recrutement de nouveaux djihadistes. En matières d’organisation et de planification, outre les technologies classiques de communication (logiciels et applications de messagerie, notamment), les technologies de cryptologie permettant de chiffrer les échanges ont récemment été pointées du doigt par certains responsables politiques. En la matière, il ne faut pas être dupe et ne pas sous-estimer les organisations telles que l’ÉI : l’utilisation de technologies et de capacités permettant de camoufler leurs échanges sera privilégiée dès que possible. Concernant les activités de type cybercriminalité, destinées à voler des fonds pour financer l’organisation, si de telles actions ont eu lieu, seules les personnes ayant besoin d’en avoir connaissance (institutions bancaires ciblées, autorités étatiques de cybersécurité) peuvent confirmer ou infirmer que l’ÉI y a recours. Cette hypothèse reste toutefois possible. Enfin, aucun « cyber-attentat » n’est à déplorer pour l’instant, et ce scénario, qui constitue une crainte majeure des autorités publiques, reste encore peu probable.

 

Autre point notable, les réseaux plus ou moins organisés de sympathisants à la cause du groupe, qu’on appelle hacktivistes. Ces individus ne sont pas officiellement affiliés au groupe terroriste, mais prennent parti pour leur cause soit par sympathie, soit par opposition aux contradicteurs du groupe. Ils décident alors d’agir en soutien au groupe terroriste, de manière plus ou moins organisée, par des techniques souvent peu sophistiquées.

 

Pour les autorités publiques, l’enjeu est d’empêcher l’ÉI de bénéficier des avantages stratégiques que procure le cyberespace. Pour cela, il faut décrédibiliser les discours de propagande, renforcer la sécurité des OIV, empêcher l’accès aux sources financières dans/par le cyberspace, et disposer de capacités permettant d’intercepter les communications. La mise en œuvre de telles capacités requiert une action concertée de l’ensemble des institutions de sécurité et de défense engagées dans la lutte contre le terrorisme et dans la cybersécurité, et doit s’inscrire dans un cadre juridique approprié.

 

PdA : Les frontières entre cyberterrorisme et cybercriminalité sont-elles aussi poreuses quon le dit ?

 

V.J. : Comme nous l’avons exposé, la cybercriminalité peut servir le terrorisme (et le cyberterrorisme). Si nous avons évoqué l’intérêt que représente pour un groupe terroriste le recours à des cyberattaques pour financer l’organisation, il convient d’évoquer le recours à des « cyber-mercenaires » par des groupes terroristes.

 

Il existe un réseau mondial appelé le « dark web » qui constitue une plateforme d’acquisition de biens et de services illégaux  : armes, drogues, etc. De nombreuses études ont démontré que les offres de produits et de services de cyberattaques se sont multipliées de manière exponentielle au cours des cinq dernières années. Ces attaques sont soit destinées à de la cybercriminalité, à du cyberespionnage, ou à des fins destructrices. Énormément de groupes proposent ainsi leurs services ou des solutions « plug-n-play » permettant de mener des cyberattaques contre des infrastructures avec comme objectif d’empêcher leur fonctionnement voire de les détruire. Ces services s’acquièrent de manière anonyme moyennant un prix adapté à la cible et la sophistication de l’outil.

 

Si une grande majorité des logiciels de cyberattaque vendus sur le dark web sont destinées à la recherche de gain financier (fraude à la carte bancaire, accès au compte en banque en ligne, etc.), l’amélioration croissante des techniques d’attaques proposées poussent aujourd’hui les observateurs à réévaluer le risque posé par le recours à des cyber-mercenaires par des groupes terroristes.

 

PdA : Les gouvernements, et notamment le gouvernement français, prennent-ils à votre sens la pleine mesure de ces enjeux, en ce qui concerne en particulier la formation et les moyens alloués aux forces de sécurité et de défense ? Les annonces que vient de faire le président de la République devant le Parlement réuni en Congrès vous paraissent-elles de nature à rattraper un retard - si retard il y a ?

 

V.J. : La France a parfaitement pris conscience des enjeux de cybersécurité et de cyberdéfense. Le Livre blanc 2008 évoquait déjà la menace posée par les cyberattaques, et a mené à la création de l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’information (ANSSI) en 2009. Dans le même temps, le ministère de la Défense a intégré la cyberdéfense à ses activités sur le plan opérationnel et en matière de formation, de R&D et de coopération avec l’industrie ; le Pacte Défense Cyber présenté par Jean-Yves Le Drian en février 2013 expose les actions allant dans ce sens.

 

Les actions de cybersécurité des autorités publiques dans le cadre de la lutte contre le terrorisme comprennent cependant autant d’actions de cybersécurité/cyberdéfense que de renseignement. À ce titre, les actions de la DCRI et de la DGSE viennent compléter en tant que de besoin les actions de l’ANSSI et du ministère de la Défense. La Loi de Programmation militaire adoptée en novembre 2014 a défini un cadre juridique des opérations de renseignement qui, bien qu’il ait soulevé plusieurs controverses, s’avère essentiel pour permettre aux autorités de disposer des moyens nécessaires à la lutte contre le terrorisme.

 

Par rapport à ses partenaires et alliés (États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne), la France n’est pas en retard. Elle est une puissance dans le cyberespace reconnue sur la scène internationale, notamment pour ses capacités de gestion de crise ; les attaques contre les systèmes d’information de TV5 Monde ont à ce titre constitué une illustration du savoir-faire des institutions françaises en matière de cybersécurité.

 

PdA : Quelles avancées appelez-vous de vos vœux dans ces domaines ?

 

V.J. : D’un point de vue technico-opérationnel, la France s’affaire à maintenir ses capacités à l’état de l’art. C’est un aspect positif et nécessaire au maintien d’un niveau de cybersécurité répondant aux risques actuels. Les autorités publiques n’ont cependant que peu de moyens à disposition pour lutter contre les discours de propagande largement diffusés par Daesh et les quelques initiatives lancées n’ont pas encore fait preuve de leur succès. La contre-narration des messages de Daesh sur les réseaux sociaux constitue un des enjeux prioritaires dont la mise en œuvre s’annonce difficile.

 

PdA : Le collectif hacktiviste Anonymous a dit sa ferme intention, juste après les tragiques attentats de Paris, de prendre sa part dans la cyberguerre contre l'État islamique. Le citoyen est-il et a-t-il vocation à être un acteur à part entière de la part des conflits d'État amenée à se tenir sur internet ?

 

V.J. : L’implication de citoyens dans une action contre l’ÉI dans le cyberespace n’est pas un phénomène nouveau ; les réactions partisanes d’hacktivistes sont aujourd’hui quasiment systématiques et constituent un élément des conflits internationaux. Les attaques contre l’Estonie en 2007, contre la Géorgie en 2008, contre les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Iran, Israël, celles contre la France suite à l’entrée en guerre au Mali puis aux attentats de janvier 2015 sont autant d’exemples qui illustrent cette réalité. Toutefois, dans une très grande majorité des cas, le niveau technique des attaques reste faible et les effets produits ne sont que de l’ordre de l’interruption temporaire d’accès.

 

Il convient néanmoins de prendre en considération les effets de l’action volontaire et spontanée de citoyens dans le cyberespace dans le cadre de situations conflictuelles sur la scène internationale. En effet, bien que les effets, comme nous l’avons dit, ne sont que rarement conséquents (la suppression de comptes Twitter, le défacement de sites web du ministère de la Défense, etc.), ces actions peuvent monopoliser l’attention du public et contraindre les autorités à communiquer plus rapidement sur une situation au risque d’affecter le bon déroulé d’une opération militaire sensible. L’exemple de la Géorgie est parlant : les attaques ont empêché la population d’accéder à des sources d’information et les rumeurs entourant les opérations militaires russes sur le territoire géorgien ont contraint le gouvernement Saakachvili à rassurer les populations par une communication réactive, au détriment de la gestion de l’intrusion militaire sur le territoire.

 

La gestion de crise dans le cyberespace est un sujet extrêmement compliqué qui souffre encore de précédents pour guider les autorités politiques. La participation spontanée de citoyens, plus ou moins organisés (les structures vont de lindividu isolé aux groupes hiérarchisés qui peuvent être en lien avec les autorités étatiques), doit donc être systématiquement prise en compte lors de la planification et de la gestion des crises afin d’anticiper au maximum les interférences pouvant émerger d’actions inattendues. Les actions des groupes tels qu’Anonymous contre des comptes Twitter peuvent ainsi nuire aux opérations des services et des institutions de sécurité, qui peuvent utiliser ces médias pour surveiller, infiltrer, et démanteler des réseaux. De plus, dans le cyberespace, les suppressions de comptes sur des réseaux sociaux, de vidéos, de contenus multimédias quel qu’il soit n’aura qu’un effet temporaire. De très nombreux moyens de contourner les blocus, les interdictions, les pare-feu, ou de retrouver des médias supposément effacés existent, et pour un compte supprimé sur un réseau social, trois autres seront créés.

 

La participation des citoyens dans les « cyber-conflits » peut s’inscrire dans le cadre de réserves citoyennes cyber, comme c’est le cas en France ou dans d’autres pays (Estonie, États-Unis, Royaume-Uni). Ces structures permettent aux citoyens « sachant » de proposer leur expertise sur demande des autorités dans le cas d’une crise de grande envergure dans le cyberespace. Outre ce type de participation active, volontaire et encadrée, le coopération des autorités publiques avec le secteur privé reste de toutes façons cruciale ; les entreprises du numérique, de la cybersécurité, de la défense, disposent généralement des expertises les plus recherchées ainsi que de capacités techniques de qualité. Les équipes de techniciens peuvent ainsi compléter celles des agences gouvernementales afin d’accélérer une sortie de crise puis une identification des auteurs (comme ce fut le cas lors des attaques en Estonie, par exemple).

 

PdA : Un dernier mot ?

 

V.J. : La cybersécurité et la cyberdéfense sont des enjeux stratégiques majeurs pour les États, mais également pour les citoyens. Les sociétés sont aujourd’hui entièrement dépendantes des technologies de l’information et de la communication et sont donc vulnérables aux attaques qui pourraient être lancées contre les infrastructures permettant leur bon fonctionnement. Un travail de sensibilisation et de formation est nécessaire pour l’ensemble de la population ; ce n’est que par une connaissance des enjeux que les autorités publiques et la société civile trouveront le bon équilibre entre les mesures nécessaires à la sécurité et le respect des libertés individuelles.

 

Vincent Joubert

 

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8 décembre 2011

Nicolas Dupont-Aignan : "L'Europe va dans le mur"

Printemps 2005. Après celui des Pays-Bas, le peuple de France, autre membre fondateur de l'Europe communautaire, vient d'asséner un "NON" retentissant au Traité établissant une Constitution pour l'Europe. Alors qu'une grande partie de la classe politique y était favorable, et que le Parlement l'aurait sans doute largement voté. De multiples raisons ont poussé les électeurs à répondre par la négative à ce référendum voulu par le Président Chirac. Les observateurs se sont accordés à dire qu'il y avait non pas un mais plusieurs "NON", venus de familles politiques parfois très éloignées. Juste après le vote, j'ai cherché à avoir des réactions de la part de membres de ces familles politiques. J'ai en stock plusieurs archives concernant ce vote, j'en livrerai d'autres. Parmi ces retours, Nicolas Dupont-Aignan, qui a accepté de me répondre au début du mois de juillet 2005.

 

Cet article, une fois n'est pas coutume, est en deux temps. D'abord, donc, cette archive, à prendre comme telle : elle ne préjuge en rien de la position de Monsieur Dupont-Aignan aujourd'hui, sur telle ou telle question. Il l'a dit, il est candidat à l'élection présidentielle de l'année prochaine. Je lui ai fait parvenir, comme à d'autres candidats, un questionnaire. Il a accepté de me répondre. Ses réponses de 2011 suivent donc celles de 2005. Une précision : Paroles d'Actu n'existait pas en 2005, mais puisque ce blog succède à celui, aujourd'hui défunt, auquel je participais, je le présente comme l'interlocuteur de M. Dupont-Aignan. Je tiens à le remercier très chaleureusement de m'avoir répondu à deux reprises. Phil Defer. EXCLU

 

 

2005, 2011

 

 

ENTRETIENS EXCLUSIFS - PAROLES D'ACTU

NICOLAS

 

DUPONT-AIGNAN

Candidat à l'élection présidentielle - Debout la République
Député-maire de Yerres (Essonne)

 

"L'Europe va dans le mur"

 

 
(Photo : Francois Guillot, afp.com)

 

 

Q : 31/05/05

R : 05/07/05

 

 

 

Paroles d'Actu : Quel est, selon vous, le sens du 29 mai ?

 

Nicolas Dupont-Aignan : D’une manière générale, il y a incontestablement la volonté, l’impatience même, de se faire entendre. Les Français ont dit qu’ils refusaient désormais que l’Europe se construise sans eux et plus encore contre eux. Après les 13 ans pour le moins mitigés de l’Europe de Maastricht, il n’y a là rien que de très naturel. De ce point de vue, les Français ont montré qu’ils avaient compris combien la Constitution ne corrigeait pas les défauts de l’Europe actuelle, mais les consolidait, les aggravait et leur apportait une légitimité artificielle.

 

Plus profondément, le non traduit un attachement viscéral à un modèle social français qui n’est rien d’autre qu’un pan essentiel de l’identité nationale. Ainsi, si le non l’a surtout emporté à gauche, il n’est en rien un non de gauche pour une Europe à la fois plus sociale et plus fédérale, comme le prétendent ses ténors. L’Europe plus sociale et en même temps plus fédérale est une contradiction absolue. Les électeurs ont en réalité bien senti (notamment avec la directive Bolkestein) que l’Europe supranationale de Maastricht et de la Constitution européenne est fondamentalement incompatible avec leur modèle républicain, pour la simple raison que la France est pour l’instant minoritaire face à ses partenaires dans la défense de celui-ci. D’où l’importance du maintien de notre droit de veto sur les sujets essentiels.

 

En définitive, le non traduit bel et bien un attachement à la nation française, à sa spécificité, à ses valeurs et à son droit à disposer d’elle-même. Elément souvent ignoré : en votant non, le peuple français n’a pas seulement affirmé sa liberté de choix, il a refusé de s’identifier au peuple européen en formation, ce qui l’aurait conduit à s’incliner devant sa volonté supposée majoritaire à ratifier la Constitution. C’était le sens de l’ingérence et du discours des dirigeants européens qui se sont invités dans notre campagne référendaire, sans que les médias ni le gouvernement s’y opposent le moins du monde, tout au contraire ! Le vote du 29 mai est un vote historique, à l’occasion duquel les Français ont refondé, sans toujours s’en rendre compte, leur identité de nation souveraine et démocratique. Cet événement s’inscrit dans la lignée de 1789.

 

 

PdA : Que va-t-il se passer maintenant en Europe ?

 

N.D.-A. : La logique aurait voulu, après les non massifs en France et en Hollande, que les Chefs d’Etat et de Gouvernement proclament l’acte de décès de la Constitution. Hélas, il n’en est rien. Ils ont choisi à l’inverse de mettre la Constitution au congélateur dans l’espoir, manifestement, de la ressortir à un moment plus propice.

 

Ceci est très grave : c’est non seulement une violation caractérisée du droit international puisque la non ratification d’un traité par un seul de ses signataires conduit juridiquement à sa caducité. Mais c’est surtout une sorte de forfaiture en France, c’est à dire une sorte de coup d’Etat. Juridiquement et politiquement, le verdict d’un référendum a une valeur constitutionnelle suprême. En cherchant à le contourner, on viole le suffrage universel et donc la démocratie elle-même.

 

Le meilleur test de la volonté des dirigeants européens de respecter, ou non, le résultat des urnes, sera l’échéance du 3 octobre, date à laquelle les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE sont censées s’ouvrir. Chacun sait que cette question a beaucoup pesé dans le choix des électeurs français et hollandais. Si l’UE passe outre, on sera alors fixé.

 

 

PdA : Et en France ?

 

N.D.-A. : La nomination de Dominique de Villepin à Matignon annonçait la promesse d’un sursaut national. Hélas, les premiers pas du Gouvernement sur la scène européenne ont plutôt tendance à inquiéter. Au plan intérieur, il est encore trop tôt pour juger la politique du Premier ministre. Dominique de Villepin est un gaulliste mais saura-t-il dégager la marge de manœuvre nécessaire à l’action qu’attendent de lui les Français ?

 

Encore une fois, en votant non, les Français ont refusé le fatalisme qu’implique la construction supranationale de l’Europe et qui procède, à l’origine, d’une attitude délibérée de démission nationale dans chacun des pays membre de l’UE. Cela est particulièrement mal ressenti en France, qui est un pays à très forte tradition politique. Au cœur de la crise, les Français sont orphelins d’un projet national que l’on a rendu impossible au nom et au moyen d’une construction européenne aussi inefficace qu’irréaliste.

 

En refusant de tirer les conséquences du non à l’échelle de l’Europe, il y a de grandes chances que l’on en fasse autant au niveau intérieur. Les Français veulent que les frontières de l’Europe soient stabilisées (Turquie), que l’Europe soit un plus pour la croissance, l’emploi et les projets d’avenir et pas un frein, comme c’est le cas actuellement. Cela implique d’agir autrement à Bruxelles mais cela oblige surtout à prendre des mesures fortes en France sans trop se soucier du qu’en dira-t-on européen. Les problèmes sont connus : relance de la croissance et de la natalité, maîtrise de l’immigration, lutte contre les délocalisations, construction de logements, etc...

 

 

PdA : Sur tous ces sujets, Nicolas Sarkozy semble vouloir apporter des réponses très concrètes. Ses déclarations, par exemple sur la Cité des 4000 ou la responsabilité des juges, dénotent une volonté de reprise en main en matière de sécurité. Qu’en pensez-vous ?

 

N.D.-A. : Même si je ne partage pas toujours ses convictions (par exemple sur la discrimination positive, qui me paraît très dangereuse), Nicolas Sarkozy a le courage de mettre les pieds dans le plat sur les sujets qui fâchent. C’est ce qu’attendent les Français de leurs hommes politiques. Sur le fond, je suis d’accord avec lui sur la nécessité de rétablir l’ordre républicain. La fermeté est effectivement de mise là où un certain laxisme a pu se développer. Comment admettre, par exemple, que les peines prononcées contre ceux qui pourrissent la vie des quartiers soient appliquées avec plusieurs mois, sinon plusieurs années de retard (comme c’est le cas en Essonne, où je suis élu député) ? Mais ce n’est pas seulement une question de fermeté. C’est autant un problème de crise économique et sociale (ne laissons pas aux délinquants le prétexte du chômage) et de moyens pour la justice (les conditions de travail des juges comme les conditions de détention en France sont alarmantes).

 

 

PdA : Vous donnez parfois l’impression d’être à la marge de l’UMP. Ne seriez-vous pas plus à votre aise avec Philippe de Villiers ou Jean-Pierre Chevènement ?

 

N.D.-A. : Sur certaines questions, comme l’Europe, mes convictions s’accordent en effet davantage avec celles des personnalités que vous citez. Mais ce qui me différencie d’elles, c’est mon souci de maintenir une aile populaire et nationale à l’intérieur du parti de la droite modérée. Ce n’est pas seulement un problème d’efficacité pour notre combat d’idées. C’est aussi la préoccupation aiguë de ne pas abandonner tout un spectre de l’électorat aux partis protestataires. C’est l’alchimie complexe qu’avait su réaliser le gaullisme, en s’installant au cœur du paysage politique à droite. Il existe traditionnellement en France un courant de pensée favorable au rôle de l’Etat et à l’économie de marché, qui n’est incarné ni par Chevènement ni par de Villiers. Si l’UMP se contente d’une ligne centriste et libérale, elle se rétrécira et laissera durablement la place au PS d’un côté, à l’extrême droite de l’autre. Ce serait très négatif pour le pays.

 

 

PdA : Un sondage récent montre que Nicolas Sarkozy a toutes les chances de l’emporter en 2007. Quel est votre pronostic ?

 

N.D.-A. : Nicolas Sarkozy séduit par l’audace de ses convictions et son énergie. C’est un réel atout dans la course présidentielle. Néanmoins, je pense que rien n’est joué : en particulier, le spectre du 29 mai 2005 risque de hanter l’échéance de 2007, au risque de jouer des tours à ceux qui seraient tentés de s’affranchir du suffrage universel en niant la portée historique de ce scrutin et en refusant d’en tirer les conséquences qui s’imposent.

 

 

PdA : Et si, pure hypothèse, vous deveniez président de la République vous-même ! Quelle serait votre première mesure ?

 

N.D.-A. : La TVA sociale, que le Danemark a expérimentée avec grand succès ! Cette mesure qui redistribuerait les cartes en France, permettrait de basculer progressivement les charges sociales et patronales sur la consommation, ce qui aurait un effet puissant sur notre économie : diminuer fortement le coût du travail et relancer l’emploi, garantir le financement de notre système de protection sociale tout en mettant à juste contribution les produits importés (souvent à bas coûts de main d’œuvre), relancer nos exportations,… Bref, il serait alors possible de concilier l’adaptation à l’économie ouverte et la préservation de notre pacte social. N’est-ce pas ce que souhaitent les Français ?

 

 

 

Cinq ans et demi plus tard, Nicolas Dupont-Aignan est candidat. Quel regard porte-t-il aujourd'hui sur Nicolas Sarkozy, sur l'UMP et sa capacité à exister au sein de la majorité, sur l'Europe... Qui est-il ?

 

 

 

Q : 24/11/11

R : 28/11/11

 

 

 

PdA : Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases pour qui ne vous connaîtrait pas ?

 

N.D.-A. : Maire d’une ville de 30.000 habitants de la région parisienne, depuis 1995, j’ai été élu Député en 1997 et réélu depuis lors au 1er tour de scrutin, à chaque renouvellement de mandat ; j’en tire la conclusion que mes concitoyens considèrent que j’assume correctement mon mandat. Issu des rangs du RPR, j’ai fondé mon propre parti, Debout la République en 1997.

 

 

PdA : Qu'est-ce qui a fait naître en vous cet engagement politique ?

 

N.D.-A. : Pour des raisons que j’ignore, et qui ne tiennent en aucun cas à mon milieu familial, je suis passionné depuis l’adolescence par la vie politique.

 

 

PdA : Quel cheminement personnel vous a conduit à briguer aujourd'hui la présidence de la République ?

 

N.D.-A. : J’ai quitté l’UMP en 2007 lorsque j’ai considéré que ce parti s’éloignait des idées gaullistes qui avaient été à l’origine de la création du RPR. Par ailleurs, je n’ai jamais pardonné à l’UMP d’avoir méprisé la voix du peuple en ne tenant pas compte du non au référendum du 29 mai 2005 sur le projet de constitution européenne.

 

Depuis lors, je suis convaincu que l’Europe va dans le mur, qu’elle entraine la France dans sa chute, et l’UMP et le PS étant à cet égard sur la même longueur d’onde, je pense être le seul candidat crédible pour défendre la souveraineté de la France et restaurer au peuple le pouvoir pour enfin résoudre les problèmes des Français.

 

 

PdA : En quoi consiste votre programme, et quelles sont vos idées principales ?

 

N.D.-A. : Concernant mon programme, je vous invite à consulter le site de Debout la République et mon blog.

 

 

PdA : Quels sont vos arguments pour obtenir vos parrainages ? Qu'est-ce qui convainc les élus ?

 

N.D.-A. : Je suis le seul candidat Maire et j’ai la prétention, à ce titre, d’être plus proche des réalités locales que tous ces grands candidats qui font montre de parisianisme et d’arrogance.

 

 

PdA : Un peu de politique fiction. Nous sommes au lendemain de votre victoire au second tour de la présidentielle. Ce fut serré, mais c'est acquis ! Quelles sont vos premières mesures ?

 

&

 

PdA : Que vous inspire la situation socio-économique actuelle de notre pays ? Que proposez-vous pour améliorer les choses ?

 

N.D.-A. : Je vous invite à lire mon ouvrage l’Arnaque du Siècle. Ma première mesure sera de sortir la France de l’euro.

 

 

PdA : Quid de l'état du monde ? (crises financières et économiques, Europe, révolutions, tensions...)

 

N.D.-A. : Les institutions financières ont pris le pas sur l’action politique et instrumentalisent les gouvernements des pays. Dans ce jeu de dupes, c’est bien évidemment le peuple qui est le dindon de la farce. Mais le mouvement des indignés nous montre que la résistance des peuples à des limites et que l’on peut craindre de violentes explosions çà et là.

 

 

PdA : Politique-fiction (encore)... Vous êtes à l'Elysée. L'Iran, qui vient de se doter de l'arme atomique, menace de lancer un missile sur Tel Aviv si les Israéliens n'évacuent pas les territoires sous 48 heures. En tant que Chef de l'État, que faites-vous ?

 

N.D.-A. : Les Israéliens ne cèderont jamais au chantage de l’Iran et n’évacueront jamais les territoires palestiniens en 48 heures, même sous menace nucléaire. Je crains plutôt qu’Israël ne prenne les devants et attaque le premier. Le rôle de notre diplomatie est de l’en dissuader.

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur Nicolas Sarkozy en tant que président ? Sur quels points vous inspireriez-vous ou vous démarqueriez-vous de lui ?

 

N.D.-A. : Il faut à la France un capitaine à sang froid, qui ait une vision à long terme de la France et non des réactions spontanées au coup par coup.

 

 

PdA : Qu'avez-vous ressenti au soir du 21 avril 2002 ? Croyez-vous que cela puisse se reproduire ?

 

N.D.-A. : Hélas, peut-être...

 

 

PdA : Quels seront, pour vous, les grands défis de ce 21è siècle ? Comment y faire face ?

 

N.D.-A. : Les grands défis du 21ème siècle sont l’explosion de la démographie mondiale et la raréfaction des ressources naturelles.

 

 

PdA : On a tous été marqués par des évènements d'actualité, pour telle ou telle raison. Quels ont été les vôtres ?

 

N.D.-A. : J’ai été très frappé par les faits divers tragiques à la suite des crimes commis par des récidivistes, ce qui prouve qu’il faut refonder notre justice pénale.

 

 

PdA : Quelle est votre "vision de la France" ?

 

N.D.-A. : Concernant ma vision de la France, je vous renvoie à mes écrits.

 

 

PdA : Quels sont les personnages historiques, ou plus simplement les personnalités, connues ou inconnues, qui vous inspirent, vous portent ?

 

N.D.-A. : Je voue une admiration sans borne au Général de Gaulle et plus près de nous à Philippe SEGUIN.

 

 

PdA : En privé, qu'aimez-vous faire, que ce soit en terme de culture (lectures, cinéma, musique, télévision...), de loisirs, etc ?

 

N.D.-A. : J’aime la lecture, le cinéma et les balades en forêt.

 

 

PdA : Avez-vous une devise dans la vie, et si oui quelle est-elle ?

 

N.D.-A. : Ma devise est le poème de René Char : « Impose ta chance, serre ton bonheur, va vers ton risque, à te voir ils s’habitueront ».

 

 

PdA : Quel usage faites-vous des nouvelles technologies et notamment d'Internet ? Chats, forums, sites communautaires, actualités, achats en ligne...?

 

N.D.-A. : Internet est incontournable pour communiquer, en revanche, je ne suis pas favorable aux achats en ligne.

 

 

PdA : Un petit "scoop" vous concernant, quelque chose dont vous n'auriez encore jamais parlé en public mais que vous aimeriez aborder ici ? (une passion, que sais-je...)

 

N.D.-A. : Je n’ai pas de scoop à vous communiquer.

 

 

PdA : Finalement, pourquoi VOUS plus qu'un(e) autre à la présidence ? Donnez-nous un argument infaillible !

 

N.D.-A. : En reliant cette question à la réponse N° 5 : Parce que je suis le seul homme politique qui a fait ses preuves en faisant ce qu’il dit et en disant ce qu’il fait.

 

 

 

Merci encore à Nicolas Dupont-Aignan pour ses réponses. L'évolution est évidente, après son départ de l'UMP, il a pris ses distances avec Nicolas Sarkozy, et a perdu une bonne partie de ses illusions concernant le président, notamment sur l'Europe. Pour rappel : sous l'impulsion du chef de l'État, c'est le Parlement réuni en Congrès et non le peuple par voie référendaire qui a ratifié en 2008 le Traité de Lisbonne, très proche du texte rejeté en 2005. Quelle sera la prochaine étape pour le candidat de Debout la République, aura-t-il ses 500 parrainages ? Je lui souhaite bon courage pour les obtenir, et ainsi pouvoir être présent lors du premier tour de la présidentielle, le 22 avril 2012 ! Phil Defer

 

 

 

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Le site de Debout la République

 

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Modification de la présentation de l'article le 8 juillet 2012

 

Times New Roman > Georgia : 02/10/12

13 novembre 2021

François-Henri Désérable : « Ce roman m'a permis de faire passer mes poèmes en contrebande »

Mon premier article avec François-Henri Désérable date de juillet 2013 : je l’avais contacté immédiatement après l’avoir découvert dans On n’est pas couché, il présentait alors sa première oeuvre, Tu montreras ma tête au peuple (Gallimard), remarquable recueil de nouvelles ayant pour cadre la Révolution, époque Terreur. L’échange fut tout de suite agréable, on réalisa l’interview dans la foulée. Et j’ai plaisir, depuis huit ans, à suivre dans mon coin, le parcours de cet auteur dont le talent est de plus en plus reconnu. En 2013, il fut pour l’ouvrage cité plus haut lauréat du prix Amic de l’Académie française. En cette année 2021, il vient de recevoir le Grand Prix du Roman de cette même Académie française, ce qui on peut en convenir, n’est quand même pas mal !

Dans Mon maître et mon vainqueur (Gallimard), il aborde avec beaucoup de sensibilité, et de bonnes doses d’un humour qui le caractérise (aussi), la passion et ces raisons du cœur qui parfois, s’opposent frontalement à la raison elle-même. Je le remercie chaleureusement d’avoir accepté de m’accorder cette interview, et pour les confidences qu’il a bien voulu me faire. Je ne peux que vous recommander, comme tant d’autres l’ont fait avant moi, de vous emparer de ce roman qui vous touchera, et des autres ouvrages signés François-Henri Désérable ! Exclu, Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

EXCLU - PAROLES D’ACTU

François-Henri Désérable : « Ce roman

ma permis de faire passer mes poèmes en contrebande »

Mon maître et mon vainqueur

Mon maître et mon vainqueur (Gallimard, août 2021). Crédit photo : éditeur.

 

Tina est comédienne, elle est belle, désirable, aimée de deux hommes, son officiel, Edgar, père de ses enfants, et Vasco, son amant qui prend de plus en plus de place dans son cœur et dans sa vie. Et de manières différentes, les trois vont morfler...

François-Henri Désérable bonjour, et merci d’avoir accepté de m’accorder cette nouvelle interview. Ma première question, celle qui vient immédiatement à l’esprit quand on referme Mon maître et mon vainqueur (Gallimard), celle à laquelle, sans doute, tu ne répondras pas : dans quelle mesure le narrateur du récit, qui a des liens forts avec Venise, est-il toi, et dans quelle mesure mets-tu de ton vécu dans ce que lui vit et raconte ?

On sait très peu de choses du narrateur, il se livre assez peu, sauf sur son mariage à Venise – et ce mariage, c’est le mien. Je me suis marié à une fille formidable, et puis les circonstances de la vie ont fait que ce mariage n’a pas tenu. Ce narrateur, c’est bien moi. Mais il y a de moi dans chacun de mes personnages  : l’amour de Tina pour Verlaine et Rimbaud, c’est le mien  ; la mélancolie de Vasco qui va jusqu’à vouloir se tuer par amour pour Tina, c’est la mienne  ; et souvent, quand je me moque d’Edgar, le futur mari de Tina, c’est en réalité moi-même que je raille à travers lui. Ces personnages, je les aime jusque dans leur travers, et si j’ai pour eux de la compassion, c’est sans doute par complaisance envers moi-même.

 

Tient-on là ton roman le plus personnel ? Peut-être celui qui aura été le plus compliqué à écrire ?

Le plus personnel, c’est certain. Du moins pour ce qui touche aux poèmes, la plupart écrits parce que je me trouvais dans l’impossibilité d’écrire quoi que ce soit d’autre, à la fin d’un amour dont c’est peu dire qu’il fut passionnel. Mon intention était d’ailleurs de publier un recueil de poèmes… Mais si écrire de la poésie, c’est se mettre à nu, écrire des poèmes d’amour, c’est carrément sortir à poil dans la rue. Alors j’ai pris quelques-uns de ces poèmes, et je les ai enrobés de fiction – meilleur moyen de faire passer de la poésie en contrebande. Ce roman n’aura pas été le plus compliqué à écrire (le plus compliqué reste Un certain M. Piekielny, où j’ai connu de vraies périodes de découragement), mais il est celui pour lequel j’ai le plus ressenti l’impérieuse nécessité à écrire, sans laquelle on ne devrait jamais se lancer.

 

Un certain M

 

Sans surprise, la littérature est très présente dans le roman : le juge avec lequel se trouve le narrateur essaie de déchiffrer les haïkus de Vasco, qui bosse à la BnF, Tina aime lire et déclamer de la poésie, le tout sous le haut-patronage de Verlaine, de Rimbaud et de Voltaire qui, au vu des circonstances, s’en seraient peut-être bien passés. "La littérature, c’est la vie", comme aurait pu dire, peut-être, Jeanne Moreau ?

C’est la mienne en tout cas. J’ai pris conscience assez tôt que c’était là ma terre d’élection, mon terrain de jeu. Lire, écrire… Voilà comment depuis mes dix-huit ans j’emplis le cours de mon existence. Ça ne veut pas dire que je me retranche de la vie pour vivre pleinement dans les livres, non, ça veut dire que tout ce que je vis, tout ce que j’éprouve n’a qu’une seule vocation  : nourrir mon imaginaire et, in fine, mes livres.

 

À un moment de ton histoire, un des protagonistes entreprend de dérober, aidé du narrateur, une relique de philosophe, je n’en dis pas plus, pour épater celle qu’il aime. Quel serait-il, le Graal sur lequel toi, tu aimerais poser la main (et bim dans le sac) pour l’offrir à ta Tina à toi ?

Ma Tina à moi a dérobé pour me l’offrir – et c’est peut-être le plus beau cadeau que j’ai jamais reçu – un billet d’amour écrit par un grand écrivain suisse né en Céphalonie (je n’en dis pas plus, je ne voudrais pas lui causer de tort). Pour me montrer à la hauteur, il faudrait peut-être que je songe à dérober une relique de Prévert (son béret ?), pour qui elle a beaucoup d’admiration.

 

Si toi, tu devais commettre un crime passionnel, quelle serait ton arme ? On pense à la crosse de hockey, mais ce serait trop évident non ? ;-) Surtout, forcément, si tu l’écris dans cette interview...

Un Lefaucheux à six coups de calibre sept millimètres – le même que celui avec lequel Verlaine a tiré sur Rimbaud en 1873 à Bruxelles.

 

Je ressors, rien que pour toi, ma vieille machine à remonter le temps, celle avec laquelle, déjà en 2013, tu avais choisi de voyager dans le Paris du 14 juillet 1789. Là, tu as le droit d’aller où et quand tu veux, et même d’aller rencontrer un écrivain, ou quelqu’un, n’importe qui, et de poser à cette personne une question, ou de lui donner un conseil. Quel sera ton choix ?

J’irais voir Romain Gary le matin du 2 décembre 1980, et je lui dirais quel immense écrivain il est. Alors, peut-être…

 

Si tu avais dû, pu vivre dans une autre époque que la nôtre, plutôt le XIXe ?

Ma réponse varie en fonction de mes obsessions du moment. Là, je dirais à Montmartre, au début du XXè siècle… Traîner au Bateau-Lavoir, boire des coups avec Apollinaire et Picasso, être contemporain de la naissance de l’art moderne…

 

Dans Mon maître et mon vainqueur, au cours de tes multiples digressions, et non sans humour (les unes et l’autre n’abîmant pas ton charme), il y a une pointe d’ironie sur le fait que, finalement, être publié dans d’autres pays, traduit dans d’autres langues contribue aussi à accroître, par millions, le nombre de lecteurs qui ne liront pas un livre. Cette lecture cynique, c’est aussi un peu la tienne ou non ça va, tu es plutôt content à ce niveau-là ?

Je suis très heureux d’être traduit, vraiment. Mais c’est comme avec les chiffres de vente ou les prix littéraires  : on ne peut pas en tirer une quelconque vanité. Le succès d’un livre n’est pas gage de sa qualité. Il y a d’excellents romans qui se vendent à moins de cinq cents exemplaires, et d’autres, totalement ineptes, qui s’écoulent à des millions d’exemplaires et sont traduits dans le monde entier.

 

Et le Grand Prix du Roman de l’Académie française, que tu viens de recevoir pour Mon maître et mon vainqueur, comment le prends-tu ?

Cela m’a fait évidemment très plaisir, et pour plusieurs raisons. D’abord, des lecteurs qui n’auraient jamais lu mon livre vont le découvrir grâce au bandeau rouge qui le ceint désormais. Ensuite, si le palmarès du Grand prix du roman est loin d’être irréprochable (mais y a-t-il seulement un palmarès qui le soit  ?), y figurent plusieurs écrivains que j’admire – je songe entre autres à Modiano, à Littell, à Michon… Et puis j’ai commencé à écrire à dix-huit ans après avoir lu Belle du Seigneur, qui est un monument, qui est sans doute le grand roman de la passion amoureuse, et qui fut couronné du même prix en 1968. Alors me retrouver près d’un demi-siècle plus tard sous la Coupole, avec la même distinction pour un roman qui traite du même sujet, comment dire… c’est à la fois terriblement émouvant et follement intimidant.

 

Belle du Seigneur

 

Comment as-tu vécu, personnellement, cette crise du Covid qui quand même, nous embête bien depuis un an et demi ? A-t-elle fait bourgeonner en toi des remises en question ?

Les débuts du Covid, le premier confinement, etc… Il y avait un effet de sidération planétaire. Il fallait prendre des mesures fortes pour endiguer l’épidémie, rien à dire là-dessus. Mais je suis fasciné par la docilité avec laquelle la plupart des gens se sont par la suite accommodés des restrictions les plus drastiques à leurs libertés les plus élémentaires. Qu’on nous oblige encore à porter le masque quand on est vacciné me semble une absurdité. Et néanmoins nous y consentons sans trop protester  : nous sommes tous plus ou moins les valets serviles d’une idéologie liberticide qui sous prétexte de prolonger la vie en diminue l’intensité.

 

Quelle serait ta technique pour attirer un jeune ado, qui en serait éloigné, vers la littérature ?

Lui mettre entre les mains des romans dont la lecture m’a enchanté quand j’avais son âge : La Promesse de l’aube, La Vie devant soi, Le Parfum, Le Comte de Monte-Cristo, Le Crime de l’Orient-Express

 

La promesse de l'aube

 

Tes conseils pour quelqu’un, jeune ou moins jeune d’ailleurs, qui aurait envie, peut-être après t’avoir lu, d’écrire à son tour, et pourquoi pas, soyons fous, de chercher à être publié ?

Sommerset Maughan avait une formule que je pourrais faire mienne  : «  Il y a trois règles à suivre impérativement pour écrire un roman… Malheureusement, personne ne les connaît  ». Mais je dirais lire, lire beaucoup, tout le temps, pas seulement des classiques, mais aussi de la littérature contemporaine… Quant à être publié, il suffit d’envoyer son manuscrit par la Poste. Je ne crois pas au bon manuscrit qui passerait totalement entre les mailles du filet.

 

Tes coups de cœur littérature récents ?
 
Je pourrais en citer plusieurs, je vais en citer quatre  : le remarquable, l’incandescent Feu de mon amie Maria Pourchet (voilà plusieurs années que je ne cesse de répéter qu’il faut lire Maria Pourchet – notamment Champion, lisez Champion  : l’histoire d’un gamin de quinze ans, adolescent subversif et railleur qui raconte sa vie à sa psychiatre, sur des cahiers à carreaux. C’est drôle, émouvant, mélancolique, intelligent, drôle – je l’ai déjà dit, mais vraiment, c’est très drôle, aussi drôle que La vie devant soi de vous savez qui). J’ai aussi beaucoup aimé La plus secrète mémoire des hommes, de Mohamed Mbougar Sarr, roman ambitieux, érudit, porté par une langue inventive et lyrique – en voilà un qui n’a pas volé son Goncourt  ! Mais encore Sur les toits, de Frédéric Verger, dont j’envie l’imaginaire et les métaphores. Et enfin Le Voyant d’Étampes, d’Abel Quentin, peut-être le meilleur satiriste de notre époque, qui signe un grand roman désopilant sur (désolé pour les anglicismes) le wokisme, la cancel culture et les shitstorms à l’ère des réseaux sociaux – je l’ai terminé stupéfait, en me disant putain, quel talent  !

 

Champion

 

Si tu étais libraire, et que tu devais t’extirper un peu de François-Henri pour être objectif, qu’écrirais-tu sur un post-it pour présenter de façon désirable, Mon maître et mon vainqueur ?

Je ne sais pas ce que j’écrirais, mais j’aimerais qu’on dise de ce livre qu’il «  se glisse dans les interstices de la vie, dans ses gouffres, ses cruautés, ses étrangetés, ses supplices et ses beautés  ».

 

Tes projets et surtout, tes envies pour la suite ?

L’écriture avec Maria Pourchet d’un scénario autour de Romain Gary, et celle d’un récit de voyage en Amérique du Sud, sur les traces de Che Guevara.

 

Un dernier mot ?

Hasta siempre !

 

FH Désérable

Crédit photo : Claire Désérable.

 

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10 décembre 2017

Valéry Freland : « La francophilie est forte en Nouvelle-Angleterre »

Valéry Freland est depuis septembre 2015 Consul général de France à Boston, soit, le représentant des Français établis dans la région de Nouvelle-Angleterre (États-Unis), dont il doit à ce titre protéger et défendre les intérêts (et cette mission n’est pas vide de sens en ces temps de terrorisme globalisé et imprévisible). Il participe également un peu de ce qu’on appelle la « diplomatie d’influence » française, en ce qu’il est, à l’étranger, aux premières loges de causes aussi importantes pour le rayonnement national que la promotion de la langue et de la culture françaises. Il a accepté, un an et demi après mon interview de Gregor Trumel, ex-Consul général à La Nouvelle-Orléans (il est aujourd’hui rattaché à l’ambassade de France à Alger), de répondre à mes questions pour Paroles d’Actu. Je l’en remercie et salue M. Trumel, sans qui le présent article n’aurait sans doute pas vu le jour, et pour la fidélité de nos échanges. Trois objectifs, pour ces articles : 1/ connaître les Français établis à l’étranger et sonder l’état de la francophonie dans le monde ; 2/ positionner la lumière sur de hauts fonctionnaires méconnus mais dont l’action est utile à la nation ;  3/ donner au lecteur, via d’appétissants conseils touristiques, le goût du voyage, ou comme dirait notre regretté Johnny, l« envie » d’évasion. Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Q. : 03/10/17 ; R. : 04/12/17.

Valéry Freland: « La francophilie

est forte en Nouvelle-Angleterre »

Valéry Freland 13 novembre 2015

« Le 15 novembre 2015, cérémonie de recueillement à Boston après les attentats de Paris.

De g. à d. : le Gouverneur du Massachusetts Charlie Baker, la U.S. Sénatrice Elisabeth Warren,

le Consul général de France Valéry Freland, le Maire de Boston Marty Walsh, le Consul général

d’Allemagne Ralf Horlemann. Cette photo a été prise par le photographe Greg Cookland. » DR.

 

Paroles d’Actu : Valéry Freland bonjour, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions pour Paroles d’Actu. Vous exercez depuis plus de deux ans la charge de Consul général de France à Boston (Massachusetts) et opérez à ce titre sur le territoire des États dits de la « Nouvelle-Angleterre ». Quels furent vos premiers contacts, vos premiers échanges avec les États-Unis, et en quoi l’image que vous en aviez alors a-t-elle évolué au fil du temps ?

Nouvelle-Angleterre, premiers contacts

Valéry Freland : Bonjour et merci de vous intéresser à l’action du Consulat général de France à Boston ! Ma circonscription comprend toute la Nouvelle-Angleterre, à l’exception du Connecticut, rattaché à notre Consulat général à New-York. Je suis donc en charge à la fois de la communauté française et de notre diplomatie d’influence dans cinq États : le Massachusetts, qui, avec Boston pour capitale, est le principal État de la région sur le plan démographique et économique, le Rhode Island, le New Hampshire, le Vermont et le Maine. C’est une région qui, compte tenu de son histoire et de ses paysages notamment, a une forte identité.

Je suis en poste à Boston depuis septembre 2015, mais je suis déjà venu dans cette ville en 1987 et 1990, alors que j’étais encore étudiant, notamment pour un séjour linguistique d’un mois à Tufts University, l’une des principales universités de la région. A l’époque, j’étais tombé amoureux de l’architecture élégante de Boston et des splendides plages de Cape Cod et de l’île de Martha’s Vineyard, qui me rappellent celles de mon enfance, en Charentes. Outre le fait que Boston est souvent présentée comme la «  nouvelle Athènes  », ce qui est très attirant et stimulant, c’est également la magie de ces paysages que j’ai souhaité retrouver en postulant pour ce poste.

« La force de la réaction américaine après

les attentats de novembre 2015 en France m’a ému

et nous rappelle à quel point nous sommes liés. »

Mes premiers contacts avec les États-Unis, lors de ma prise de poste, ont été marqués par les terribles attentats de Paris de novembre 2015 : j’ai été impressionné et ému par la force de l’amitié américaine exprimée à l’égard du peuple français à cette occasion. Au-delà de nos différences culturelles, des différends qui existent parfois entre nos deux nations qui ont l’une et l’autre une prétention à l’universel – j’ai longtemps traité de cette question lorsque je travaillais sur la notion d’exception culturelle dans le domaine du cinéma – ces évènements tragiques et la réaction américaine nous ont rappelé la force des liens qui nous unissent et notre communauté de valeurs.

 

PdA : Plusieurs « clichés », quand on considère la Nouvelle-Angleterre : un des cœurs historiques de l’Amérique (Boston) ; de jolis paysages de bord d’océan ; quelques-unes des plus grandes universités du monde ; une population globalement plus « progressiste » que la moyenne nationale (en ce sens, relativement proche des Européens), plus aisée aussi (il y a entre autres l’image des Kennedy)... Dans quelle mesure ces clichés sont-ils vrais ou faux, et que manque-t-il pour une bonne première vision d’ensemble ?

clichés et réalités de terrain

« 250 entreprises françaises contribuent

au dynamisme de l’économie du Massachusetts. »

V.F. : C’est vrai, la Nouvelle-Angleterre, c’est un peu tout cela. Mais c’est aussi une autre dimension que l’on n’a pas forcément en tête en France : Boston n’est pas seulement une ville d’art et d’histoire, c’est également une cité à la pointe de la modernité. Elle dispose aujourd’hui d’un écosystème parmi les plus dynamiques au monde. Sur quelques km², vous trouvez à Boston – et Cambridge, de l’autre côté de la Charles River - parmi les meilleurs et les plus importants au monde centres de recherche, universités, incubateurs, entreprises, financeurs… Le quotidien Le Monde a ainsi titré récemment que Boston était «  la capitale mondiale de la biotech  » ! La ville accueillera d’ailleurs du 4 au 7 juin prochain le grand rendez-vous de ce secteur, le BIO International Convention, et la France compte bien y être représentée en masse  ! Boston est également un centre important de la High-Tech et une cité financière de premier rang (capital-risque, assurances…). Le Massachusetts peut ainsi se flatter d’être aujourd’hui l’État dont l’économie est la plus dynamique des États-Unis ! Et il y a ici environ 250 entreprises françaises qui contribuent à cette croissance et à la force du lien avec notre pays.

 

PdA : Quel est, à supposer que l’on puisse en établir un, le profil type du Français établi en Nouvelle-Angleterre ? Et combien sont-ils, notamment, à fréquenter ces universités d’élite (Harvard, MIT, Yale...) dont les noms rayonnent dans le monde entier ?

les Français en Nouvelle-Angleterre

V.F. : Nous avons aujourd’hui, pour les cinq États, près de 9000 Français inscrits au registre consulaire, ce qui laisse à penser que le nombre de nos compatriotes tourne autour de 20 000, une grande majorité d’entre eux étant concentrée dans la région de Boston. Nos compatriotes sont ici pour plusieurs raisons : pour y poursuivre des études (à Harvard, au MIT, mais aussi à Boston University, Brown, Tufts, Northeastern… il y a 150 universités et collèges dans la région – Yale étant dans le Connecticut), pour y enseigner, pour travailler comme expatrié dans une grande entreprise française (comme Sanofi, Ipsen, Veolia, Dassault Systèmes, Saint-Gobain, Natixis, Schneider Electric, Keolis, etc.), ou encore y développer leur startup. Cette population est en croissance : plus 4% entre 2016 et 2017.

 

PdA : Comment se porte la francophonie sur ces terres, qui n’ont jamais été françaises ? Existe-t-il, dans le Massachusetts comme ailleurs, des communautés culturelles francophones vivaces qui réussissent à percer hors de leur cercle de base ? Des livres, des films, des chanteurs et artistes français ou francophones qui ont réussi, récemment, à se faire une place chez les Yankee ? Et de quel « jeu » la diplomatie culturelle française dispose-t-elle en la matière ?

empreintes et implantations « franco »

V.F. : En réalité, peut-être parce que cette terre se nomme la «  Nouvelle-Angleterre  », on n’imagine pas à quel point la mémoire «  française  », la francophilie ou la francophonie y sont présents. D’abord, n’oublions pas que le nord de la Nouvelle-Angleterre a été découvert par des Français, qui y ont fait souche : le premier établissement européen dans le Maine a eu lieu en 1604, sur l'île Sainte-Croix, par le saintongeais Pierre Dugua de Mons, et le nord du Maine a par la suite fait partie de la possession française de l'Acadie.

« 20 à 25% des populations du Vermont, du

New Hampshire ou du Maine ont des

origines "françaises". »

Ensuite, il existe dans la région une importante communauté de «  Franco  », c’est-à-dire de Québécois ou de Canadiens francophones, qui ont émigré dans toute la région de la fin du XIXème siècle aux années 1970, pour des raisons économiques : ils sont venus travailler dans les usines de textile notamment, important leur langue (le français) et leur culture (fortement marquée par le catholicisme). Et si la maîtrise de la langue française a progressivement décliné au sein de cette communauté, son attachement à ses racines reste très vif  : on peut le constater notamment dans la région de Lewiston-Auburn, dans le Maine, où existe un très actif «  Centre culturel franco-américain  ». On estime que 20 à 25% des populations du Vermont, du New Hampshire ou du Maine ont des origines «  françaises  », comme en témoignent de nombreux patronymes. Imaginez-vous que j’ai parlé français avec le Gouverneur du Maine, d’origine «  franco  »  !

Plus récemment, ont émigrés dans la région des populations francophones venues d’Haïti (100 000 Haïtiens à Boston), du Maghreb ou d’Afrique, notamment des Grands Lacs à Portland (Maine).

Il faut enfin ajouter à cela l’intérêt croissant des familles américaines pour l’enseignement bilingue, notamment français-anglais.

Par conséquent, il n’est pas rare d’entendre parler français dans les rues ou les taxis de Boston ! La vitalité de la francophonie en Nouvelle-Angleterre est le fruit de la profonde transformation, avec les mouvements migratoires contemporains notamment, de la géographie de l’espace francophone.

La francophonie est également un enjeu politique : chaque État la célèbre officiellement un jour de mars, en présence des plus hautes autorités locales et des représentants des communautés «  francophones  » ou «  franco  ».

Dans ce contexte, l’une des priorités de ce Consulat général est de faire vivre cette francophonie. Nous nous appuyons naturellement pour cela sur le patrimoine culturel français : à cet égard, les écrivains les plus connus dans la région demeurent les grands classiques de la littérature française, de Victor Hugo à Camus en passant par Proust. On observe également, compte tenu de la présence des universités, un intérêt pour certains penseurs français de la seconde moitié du XXème siècle (comme Foucault, Derrida ou Levi-Strauss…). Mais les écrivains français régulièrement invités au Boston Book Festival suscitent aussi l’intérêt, comme cette année Christine Angot, Christophe Boltanski et Édouard Louis.

En musique, si Aznavour et Piaf restent les références incontournables, certains jeunes artistes français se produisent avec succès à Boston, comme récemment Christine and the Queens, qui chante en français et en anglais. Et on attend Carla Bruni en février prochain !

Au-delà de la culture française, la francophonie vit aussi ici à travers la diversité des cultures du monde francophone.

 

PdA : Quelles perspectives entrevoyez-vous pour la francophonie aux États-Unis de manière générale ?

la francophonie aux États-Unis

« Nous manquons de professeurs pour enseigner

le français et en français. »

V.F. : Je constate un intérêt substantiel pour l’apprentissage de la langue française en Nouvelle-Angleterre, phénomène sans doute valable pour l’ensemble des États-Unis, en dépit de la forte concurrence d’autres langues, comme l’espagnol ou le mandarin. Cela se traduit notamment par le succès des écoles françaises – nous avons un lycée à Boston et une école dans le Maine et le Rhode Island – des cours en «  after school  » proposés par les alliances françaises notamment, ou des programmes bilingues des écoles publiques américaines. Le développement de cette offre d’enseignement français ou en français butte toutefois sur le manque de professeurs, enjeu majeur sur lequel nous travaillons.

 

PdA : Quelques-uns des épisodes les plus marquants de la Révolution américaine se sont déroulés dans la région - je pense notamment au fameux « Boston Tea Party  ». On sait quel a été le rôle tenu par la France, par La Fayette notamment, dans la lutte d’émancipation des colons d’Amérique face à la métropole britannique (ce qui au passage contribua à assécher les finances royales et à déclencher la Révolution française, mais c’est une autre histoire). Est-ce qu’on regarde toujours la France d’un œil particulier, par rapport à cela ?

la France et la révolution américaine

« La Fayette est certainement la personnalité

historique française la plus connue et

vénérée en Nouvelle-Angleterre. »

V.F. : Oui, et j’avoue que je ne m’y attendais pas. La Fayette est très certainement la personnalité historique française la plus connue et la plus vénérée en Nouvelle-Angleterre, plus qu’en France d’ailleurs ! Par exemple, chaque année en mai, nous célébrons sa mémoire au pied du monument qui lui est consacré dans le Boston Common, le grand parc du centre de Boston : quel symbole !

 

Timbre La Fayette

Timbre américain en l’honneur de La Fayette. Éd. in 1952.

 

Ceci m’a donné l’idée de confier à un jeune étudiant français le soin de reconstituer «  numériquement  » le grand voyage triomphal que La Fayette a fait aux États-Unis en 1824-1825 : vous pouvez retrouver ce trajet sur le site http://www.thelafayettetrail.com. L’objectif ici est double : promouvoir la mémoire de cette figure symbolique de l’amitié franco-américaine et contribuer à l’attractivité touristique de la Nouvelle-Angleterre. Ce projet, qui a vocation à se développer dans tous les États-Unis, a reçu un accueil enthousiaste de la part des autorités locales.

 

PdA : On reste sur l’Histoire. De qui se composerait votre panthéon des personnalités que vous admirez le plus, et pourquoi ?

références historiques

V.F. : Un personnage historique se distingue nettement pour mo : le général de Gaulle. C’est d’ailleurs sans doute parce que je me faisais, et me fais toujours, une certaine «  idée de la France  », de sa culture, de ses valeurs, de son rôle sur la scène internationale, que j’ai embrassé la carrière diplomatique. J’admire l’écrivain, l’homme d’Etat et le personnage historique. Je suis fasciné par l’intelligence de situation d’un homme qui, de formation très classique, a su faire entrer la France dans la modernité. Ses mémoires demeurent d’une étonnante actualité.

« Aurais-je été aussi brave que ces hommes ? »

Et puis, de manière générale, j’admire ceux qui par leur courage ont, au quotidien, pesé sur le cours de l’histoire. Je pense notamment à ces vétérans américains de la seconde Guerre mondiale à qui j’ai remis ces derniers mois les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur. À chaque fois, je me dis : aurais-je été aussi brave qu’eux ?

 

Valéry Freland Vétérans

« Remise de la Légion d’Honneur à trois vétérans de la deuxième Guerre mondiale

à Providence, Rhode Island, à l’occasion des fêtes du 14 juillet 2017. » DR.

 

PdA : On change de sujet, sans transition... un peu violent, mais la violence est tellement inhérente à ce sujet... C’est la question du terrorisme, malheureusement omniprésente dans les esprits aujourd’hui, au Moyen-Orient bien sûr, en Europe, et aux États-Unis notamment. Boston avait, elle, été touchée, on se rappelle les bombes lors du marathon de 2013 qui avaient fait trois morts. Est-ce que vous sentez que la peur du terrorisme tient aujourd’hui une place plus importante, lorsque vous échangez avec les Français dans le cadre de vos activités auprès du consulat, ou bien en général, dans les rues de Boston ou autre ? Et est-ce qu’en tant que diplomate, vous sentez sur vous le poids d’une responsabilité particulière en ces temps troublés ?

le consulat face au terrorisme global

V.F. : Un consulat général a toujours une responsabilité particulière vis-à-vis de la communauté française : celui de veiller à sa sécurité. C’est naturellement, dans le contexte actuel, une absolue priorité. Il ne s’agit pas d’entretenir un sentiment d’inquiétude, mais de redoubler de vigilance et de nous tenir prêts. C’est ainsi que nous mettons régulièrement à jour notre plan de sécurité, qui doit nous permettre de répondre aux risques naturels, industriels ou terroristes qui peuvent frapper une région comme la Nouvelle-Angleterre. Nous y travaillons avec les différents représentants de notre communauté et en lien étroit avec les autorités américaines.

 

PdA : Petit aparté : je lis dans votre bio que vous avez débuté votre carrière au CSA, il y a une vingtaine d’années. Est-ce qu’un outil comparable de régulation existe aux États-Unis, au niveau fédéral ou peut-être des différents États et, si non, diriez-vous que ce serait souhaitable ?

la régulation de l’audiovisuel

V.F. : J’ai effectivement commencé ma carrière comme juriste au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), de 1994 à 1997, et ai fait mon mémoire de DEA sur «  la notion de régulation audiovisuelle en droit public français  ». Mais tout cela me semble un peu lointain ! Il existe aux États-Unis une instance de régulation, la Federal Communications Commission, créée en 1934 et chargée de réguler les télécommunications ainsi que certains contenus. Son champ d’intervention couvre grosso modo celui du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel et de l’Autorité de Régulation des Télécommunications électroniques et des Postes (ARCEP). Au-delà, les modèles français et américains restent relativement différents : pour plus d’informations, je vous renvoie au site du CSA !

 

PdA : Retour à Boston, mais on va quitter un peu votre bureau... Pour cette question, j’aimerais comme je l’avais fait avec Grégor Trumel, qui était jusqu’à cet été consul général à La Nouvelle-Orléans, vous inviter à devenir l’espace d’un instant, pour Paroles d’Actu, un « guide de luxe ». Considérons quelqu’un, un Français, qui aurait envie de découvrir les États de la Nouvelle-Angleterre et se serait assigné une semaine pour ce faire : que devrait-il absolument voir et visiter ? Quelles bonnes adresses à ne pas manquer, à Boston et ailleurs ?

voyage en Nouvelle-Angleterre

V.F. : D’abord, une semaine c’est sans-doute trop court pour visiter toute la Nouvelle-Angleterre : n’oublions pas qu’il y a près de 600 kms entre Newport (Rhode Island), au sud de ma circonscription, et l’Acadia National Park, dans le nord du Maine, à la frontière canadienne. Et je pense que, lorsqu’on voyage, il faut prendre le temps de flâner, de rencontrer les gens, «  d’humer  le pays  ».

À Boston, mes lieux favoris sont les quartiers historiques – et élégants - de Beacon Hill et de Back Bay, le Museum of Fine Arts, qui dispose d’une remarquable collection, et le Isabella Stewart Gardner Museum, palais et cloître vénitiens d’un charme absolu. La Kennedy Library et l’Institute of Contemporary Art (ICA) sont également deux magnifiques bâtiments au bord de l’eau. Je vous engage aussi à faire du vélo le long de Charles River, afin d’admirer la silhouette de Boston et de découvrir Harvard et le MIT, mais aussi de suivre la piste cyclable «  Minute man  » qui vous conduira jusqu’à Concord, charmante ville historique à 20 milles de Boston. Je suggère également une étape au nord de Boston, du côté des villes historiques et charmantes de Salem – le Peabody Essex Museum et ses collections de porcelaine et sa traditionnelle maison chinoise - Marblehead et Rockport, et le long des plages de Cape Ann.

Depuis Boston, on peut se rendre en bateau à Provincetown, principale ville de Cape Cod : vous pourrez y louer des vélos et parcourir les pistes cyclables qui traversent les pinèdes et longent de magnifiques plages. Descendez vers le sud et rejoignez en bateau, depuis Woods Hole (Massachusetts), les îles de Martha’s Vineyard et Nantucket, ou visitez Providence, siège de Brown University, et Newport, et ses splendides mansions.

 

Marthas Vineyard Lighthouse

Phare de Martha’s Vineyard, DR.

 

Visitez également les Berkshire, dans l’ouest du Massachusetts : le Clark Museum, Williams College, le MassMOCA - pour les amoureux d’art contemporain - le Rockwell Museum - pour l’art POP américain - ou encore la demeure The Mount, pour les admirateurs d’Edith Wharton.

Dans le New Hampshire, arpentez le charmant village de Woodstock (pas celui du festival, ndlr) et les White Mountains et leurs lacs aux eaux limpides. Dans le Maine, visitez Portland et sa baie, puis longez vers le nord la côte déchiquetée, parsemée de villages de pécheurs, jusqu’au Acadia National Park. Là, visitez la maison de Marguerite Yourcenar à Mount Desert. Traversez le Vermont et ses paysages de collines jusqu’à Burlington, sur les bords du Lake Champlain, et arrêtez-vous au Shelburne Museum.

 

White Mountains

Les White Moutains, DR.

 

Enfin, n’hésitez pas à visiter les différents lieux de mémoire «  Franco  » (Woonsocket (RI), Lowell (MA) ou Lewiston (ME), pour découvrir la vie de cette communauté francophone de Nouvelle-Angleterre.

 

PdA : Quand vous regardez dans le rétro, vous êtes fier du parcours accompli jusqu’à présent ?

un bilan

V.F. : Je suis plus fier de ce que j’ai fait de concret, au cours de mes différents postes, que de mon parcours en tant que tel. Fier notamment de ce qu’avec mon équipe nous avons fait en Tunisie, où j’étais Conseiller de coopération et d’Action culturelle de 2010 à 2013, au lendemain de la Révolution, pour renforcer les liens entre les sociétés civiles tunisienne et française. Ici, encore, à Boston, nous avons organisé deux symposiums, l’un sur «  diversité et intégration  », avec des étudiants de la Harvard Kennedy School, l’autre sur «  l’éducation pour l’égalité femmes-hommes  », avec Wellesley College, afin d’apporter notre modeste contribution au dialogue franco-américain sur ces questions et au combat pour l’égalité.

 

PdA : Vos envies, vos projets pour la suite ? Que peut-on vous souhaiter ?

what’s next ?

V.F. : Je suis encore à Boston pour près de deux ans  : il y a encore beaucoup de choses concrètes à faire pour renforcer les liens économiques, universitaires et scientifiques entre nos deux pays, et promouvoir la francophonie dans la région. Souhaitez à mon équipe et moi-même plein succès dans nos projets !

 

Valéry Freland Ecole

« Lors de l’inauguration d’un nouveau bâtiment du Lycée International de Boston,

avec l’ambassadeur de France à Washington Gérard Araud, quelques élèves, des membres

du Conseil d’administration de l’école et des représentants de l’entreprise française

Dassault Systèmes, en octobre 2017. » DR.

 

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17 mai 2012

Grigori Michel : "Il faut porter un langage de vérité"

Le Président de la République François Hollande a nommé le 15 mai son Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault. La liste des membres du gouvernement (dont Najat Vallaud-Belkacem, qui avait répondu à mes questions à l'automne dernier) et a été rendue publique hier, le 16. Mais l'exécutif, bien loin de se reposer sur les lauriers de sa victoire, va devoir dès maintenant mener une nouvelle bataille décisive : celles des législatives. Et pour cause : sans majorité à l'Assemblée nationale, le président disposerait de marges de manoeuvre très réduites pour mettre en application les différentes mesures de son agenda. Une droite unie majoritaire en sièges ferait voler en éclat ce gouvernement. La gauche souhaite amplifier la "vague rose" du 6 mai. La droite appelle les Français à ne pas "donner tous les pouvoirs" au Parti socialiste, et se prend à rêver à une nouvelle cohabitation. La chambre basse sera renouvelée les 10 et 17 juin. J'ai décidé de donner la parole à cette occasion à quelques candidats. Le premier s'appelle Grigori Michel, il souhaite remporter le siège de la 6ème circonscription de la Haute-Garonne. Il est soutenu notamment par le Nouveau Centre (voir : l'interview d'André Santini en février). Il a 21 ans. Une exclusivité Paroles d'Actu, par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

GRIGORI MICHEL

Candidat dans la 6ème circonscription de la Haute-Garonne
 

"Il faut porter un langage de vérité"

 

Grigori Michel

(Photo fournie par M. Grigori Michel)

 

 

Q : 14/05/12

R : 17/05/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Pourriez-vous, Grigori Michel, vous présenter ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ?

 

Grigori Michel : Tout d’abord, j’ai 21 ans. Je suis actuellement en train de finir des études en master comptabilité et contrôle de gestion. Ensuite, je suis le président d’une association d’étudiants.

 

Dans le cadre de mon engagement associatif, j’ai été élu au conseil d’administration de l’IAE (Institut d’Administration des Entreprises).

 

 

PdA : Quel est le cheminement personnel qui vous a conduit à vous engager en politique et être aujourd'hui candidat à un siège à l'Assemblée Nationale ?

 

G.M. : Ma volonté de m’investir pour notre société, pour les générations à venir, guident mon engagement en politique. Ma génération n’a pas connu les Trente Glorieuses, nous n’avons pas connu non plus le plein emploi.

 

Il est temps pour nous de nous battre pour que la jeunesse et les générations à venir soient prises en considération. Je pense et je suis convaincu que cette bataille doit passer par un engagement citoyen tel que la politique et l’associatif.

 

 

PdA : Quelques mots sur la circonscription que vous souhaitez représenter pendant cinq ans ?

 

G.M. : Je me présente sur une circonscription rurale, agricole et péri-urbaine. Les attentes ne sont pas les mêmes en fonction de la zone habitée. Toutefois, je suis heureux de pouvoir trouver des points de convergence entre les uns et les autres.

 

 

PdA : Quelles sont les personnalités, célèbres ou non, vivantes ou non, françaises ou non, qui vous poussent, vous inspirent ? Qui constituent, en quelque sorte, "votre" Panthéon des grands hommes... et des grandes femmes ? Pourquoi ?

 

G.M. : Tout d’abord, je pense à Valéry Giscard D’Estaing qui a été le plus jeune président de la République française. Il a été aussi un grand réformateur.

 

Ensuite, je pense à Hervé Morin qui m’inspire au quotidien dans mon approche de la politique.

 

Je pense également à Barack Obama qui a eu le courage d’engager des réformes nécessaires pour son pays mais difficiles.

 

 

PdA : François Hollande vient d'être élu président de la République. Comment avez-vous vécu cette présidentielle ? Des réformes institutionnelles, notamment, touchant à l'organisation du pouvoir, vous paraissent-elles souhaitables ?

 

G.M. : François Hollande a été élu avec une importante participation des Français à ce scrutin. Toutefois, je ne crois pas en un vote d’adhésion au programme du candidat socialiste mais plutôt à un vote contre le président sortant.

 

De plus, je fais le constat que le paysage politique s’appauvrit face à ce bipartisme. Je pense qu’il est nécessaire de réintroduire une part de proportionnelle aux élections législatives afin que l’ensemble des sensibilités politiques puissent s’exprimer à l’Assemblée nationale. Il n’est pas normal que, dans une démocratie comme la nôtre, des citoyens ne soient pas représentés.

 

 

PdA : Comment concevriez-vous votre charge de député si vous étiez élu ? Sur quels critères devrions-nous, dans cinq ans, vous juger ?

 

G.M. : Tous les jours, je suis à la rencontre des citoyens en organisant des réunions publiques et en faisant du porte à porte. Tous les jours, je les écoute. Les Françaises et les Français ont besoin de s’exprimer.

 

Ils ont également besoin de réponses. C’est le devoir et la responsabilité des élus et des candidats d’aller à leur rencontre. Il est fini le temps où les politiques ergotaient entre eux derrières des bureaux. Je pense que l’on doit être évalué sur sa capacité à représenter les Françaises et les Français, par la présence à l’Assemblée nationale lors des débats et des commissions, et par la façon d’organiser la vie citoyenne sur sa circonscription notamment en sensibilisant les électeurs sur les lois votées et les rapports de commissions.

 

 

PdA : Finalement, pourquoi les électeurs de votre circonscription devraient-ils voter pour vous ?

 

G.M. : Les Françaises et les Français ont besoin de personnes qui incarnent une nouvelle façon de faire la politique. Il s’agit tout d’abord d’être proche des citoyens, sympathisants ou non. Ensuite, il faut porter un langage de vérité. La démagogie nuit à la politique et à l’institution républicaine. Je m’engage dans ce sens. De plus, ils ont besoin de changement. Ce changement s’exprime par la jeunesse.

 

 

 

Merci à Grigori Michel pour les réponses qu'il a accepté de me faire parvenir très rapidement. Bon courage, beau parcours ! Phil Defer

 

 

 

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Modification de la présentation de l'article le 21 juin 2012

 

Times New Roman > Georgia : 01/10/12

6 mars 2017

Olivier Da Lage: « Hier chantre du non-alignement, l'Inde se préfère aujourd'hui multi-alignée »

Olivier Da Lage, journaliste à Radio France internationale (RFI) depuis de nombreuses années, vient de publier chez Armand Colin L’Inde, désir de puissance, le troisième des ouvrages qu’il a consacrés à ce pays encore bien mystérieux, géant démographique et possible acteur de premier plan sur la scène mondiale demain, ou plus probablement après-demain, si et seulement si... Derrière ces "si", de multiples conditions, et des chantiers immenses. Dans ce livre, agréable à parcourir et bourré d’informations méconnues, Olivier Da Lage regarde ce qu’a été la politique étrangère de New Delhi depuis l’Indépendance de 1947, les leçons qui en ont été tirées et ses traits plus récents, sur tous les terrains du globe. Il fixe ce que sont, aujourd’hui et pour la suite, les grandes forces et les défis considérables auxquels l’Inde doit ou devra faire face. Un ouvrage à lire, vraiment.

Je remercie Olivier Da Lage d’avoir accepté de répondre à ma sollicitation pour une interview ; il s’était déjà prêté à deux reprises à un exercice similaire pour Paroles d’Actu : un échange principalement consacré à l’Arabie Saoudite et au Qatar en janvier 2016, puis une tribune au titre explicite, « La France et l’EI: vers une guerre perpétuelle ? », en juillet 2016, une semaine tout juste après l’attentat de Nice. Ainsi va le monde... si on veut essayer de le changer, d’abord, attachons-nous à au moins tenter de le comprendre. Pour l’heure, donc... bienvenue en Inde. Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche...

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Olivier Da Lage: « Hier chantre du non-alignement,

l’Inde se préfère aujourd’hui multi-alignée »

Interview réalisée le 5 mars 2017.

Inde

L’Inde, désir de puissance (Armand Colin, 2017)

 

Olivier Da Lage, bonjour, et merci de m’accorder cette nouvelle interview pour Paroles d’ActuL’Inde, désir de puissance (Armand Colin, 2017) est le troisième livre que vous consacrez à ce mastodonte qui compte 1,27 milliards d’habitants. Première question : pourquoi l’Inde ?

pourquoi l’Inde ?

On trouve une infinité de livres sur le Moyen-Orient, sur l’Afrique, sur les États-Unis, et à présent sur la Chine, mais curieusement, je trouve, il y en a relativement peu d’ouvrages en français sur l’Inde et sa politique étrangère et ceux qui existent datent pour la plupart déjà un peu.

Quelle est votre histoire avec ce pays ? Quand et comment l’avez-vous "rencontré" ? Qu’est-ce qui vous a marqué, de visu, la première fois, et s’agissant des évolutions perçues lors des séjours suivants ?

l’Inde et vous ?

J’ai mis les pieds en Inde pour la première fois au début des années 80 et j’y suis retourné plusieurs fois dans les années suivantes. Au risque d’aligner les clichés, j’ai été frappé par la vitalité et la diversité de l’Inde et de ses habitants, ses couleurs, ses odeurs, et aussi, sa bureaucratie !

On est frappé de voir à quel point, au vu du gigantisme et des potentiels énormes de l’Inde, la question de la rivalité avec le Pakistan a été sans discontinuer fondamentale pour la politique étrangère et de défense du pays depuis l’Indépendance. Pourquoi la question du Cachemire est-elle à ce point importante pour New Delhi et pour Islamabad ? L’équilibre nucléaire entre les deux puissances condamne-t-il à un statu quo, une paix froide pendant des années, des décennies, ou bien entrevoyez-vous, à titre personnel, des pistes de solution définitive acceptable par les uns et les autres ?

le Pakistan, le Cachemire

Le Cachemire était connu sous le nom de « Suisse de l’Himalaya ». Ses alpages, sa verdure, ses fleuves et ses lacs. C’était le joyau des Indes britanniques, situé géographiquement à la frontière indo-pakistanaise. Dirigé par un maharadjah hindou, le Cachemire avait une population majoritairement musulmane. Il n’est pas difficile de voir pourquoi les deux pays issus de l’empire ont voulu l’avoir. L’Inde a fini par l’obtenir en faisant pression sur le maharadjah qui croyait pouvoir obtenir l’indépendance pour le Cachemire, mais qui, bien davantage que d’être incorporé à l’Union indienne, redoutait les ambitions pakistanaises et l’influence du Pakistan sur sa population musulmane. C’est ce qui a donné la première guerre indo-pakistanaise qui dure de 1947 à 1949 et se traduit par la partition du Cachemire. En 1965, le Pakistan tente à nouveau de forcer le destin pour s’emparer de la totalité du Cachemire mais échoue dans son entreprise. Depuis lors, le Cachemire reste à la fois un enjeu et un symptôme de la rivalité indo-pakistanaise. Le Pakistan soutient et entraîne des groupes terroristes qui s’infiltrent dans l’État du Jammu et Cachemire (indien) à partir de ce qu’Islamabad appelle le « Cachemire libre » (Azad Kashmir) et les Indiens le « Cachemire occupé par le Pakistan ».

Cachemire

Source du document : http://ceriscope.sciences-po.fr

En ce qui concerne les tensions indo-pakistanaises, il est difficile d’envisager une sortie de crise dans un avenir prévisible. D’une part en raison de l’enjeu émotionnel et patriotique que représente le Cachemire pour les deux parties. Mais aussi parce que bien que les deux pays soient des puissances nucléaires ouvertes depuis les années 90, cela n’a pas empêché un conflit armé (la guerre de Kargil, sur les hauteurs de l’Himalaya) en 1999. Les gouvernements des deux pays ont bien tenté à plusieurs reprises de se rapprocher, mais à chaque fois, l’armée et les services pakistanais ont tenté de torpiller le processus en suscitant des attentats et en Inde, les médias et les réseaux sociaux sont prompts à dénoncer toute approche diplomatique comme de la faiblesse envers l’État terroriste qu’est à leurs yeux le Pakistan.

Ce qui ressort de l’examen détaillé que vous faites des politiques étrangères indiennes, c’est, avec son voisinage direct, des politiques un peu gauches, maladroites, et plus globalement, les premières années, une approche idéaliste, un peu naïve, celles des pères fondateurs Gandhi et Nehru. Sur ce point, le réveil brutal a eu lieu en 1962, lors d’une guerre catastrophique provoquée par la Chine. La Chine... puissance qui n’a cessé depuis de s’affirmer. Comment son intrusion (notamment économique) de plus en plus franche dans la sphère de voisinage de l’Inde est-elle perçue par les leaders politiques et économiques du pays, et par sa population ?

la Chine

La Chine fait peur aux Indiens (l’inverse n’est évidemment pas vrai). À la fois du fait de sa puissance militaire, mais aussi de sa force de frappe économique et de ses projets terrestres et maritimes de « nouvelles routes de la soie » qui sont perçues comme une stratégie d’encerclement de l’Inde en s’appuyant sur les voisins de cette dernière (Népal, Bhoutan, Sri Lanka, et bien sûr Pakistan). Certains admirent la hardiesse chinoise et la rapidité de son processus de décision et vont parfois même jusqu’à regretter que la démocratie indienne soit un frein à l’efficacité ! Mais la Chine n’est pas seulement une rivale, c’est aussi une partenaire désireuse, comme l’Inde, de remettre en cause la domination occidentale née de l’après-guerre. Inde et Chine coopèrent d’ailleurs dans toute une série de dossiers, par exemple celui de l’environnement. C’est aussi un partenaire économique très important (et de plus en plus), ce qui rend improbable une confrontation majeure car les deux pays auraient trop à y perdre.

D’abord non-alignée par principe, l’Inde s’est progressivement rapprochée de l’URSS, tandis que, dans la région, Washington choisissait de parrainer le Pakistan. Aujourd’hui, dans un monde post-guerre froide, les choses se sont équilibrées. Quid du Japon, le grand rival régional de la Chine : est-ce que la proximité des profils de leurs dirigeants actuels (deux nationalistes), les orientations stratégiques et le prévisible des circonstances peuvent augurer pour les années à venir un rapprochement plus net entre Tokyo et New Delhi ?

le Japon

L’Inde délaisse en effet progressivement le non-alignement qui, de son point de vue, n’a plus beaucoup de pertinence dans le monde actuel, même si le dire ouvertement relèverait du sacrilège car c’est encore un dogme officiel de la politique étrangère indienne. Elle s’est considérablement rapprochée des États-Unis depuis près de vingt ans, mais pas au détriment de sa relation privilégiée avec Moscou. Car les Indiens demeurent rétifs à tout système d’alliance et insistent pour conserver à tout prix leur « autonomie stratégique ». Ils préfèrent aujourd’hui se définir comme multi-alignés. La relation avec Tokyo est certes facilitée par la proximité idéologique des deux dirigeants actuels Shinzo Abe et Narendra Modi, tous deux nationalistes et religieux. Mais elle a des fondements plus profonds, à commencer par une méfiance partagée à l’égard de la puissance chinoise.

Narendra Modi

Narendra Modi, issu d’un grand parti nationaliste hindou, est l’actuel Premier ministre de l’Inde.

Source de l’illustration : http://indianexpress.com

J’ai, a priori, cette impression qu’on a, en Occident et en tout cas en France, une espèce de désintérêt assez net pour l’Inde, qu’on voit surtout comme un débouché pour nos industries de l’armement, tandis que chacun essaie de "conquérir" la Chine. Comme si l’Inde, bien que plus proche de nous, nous apparaissait plus lointaine, plus mystérieuse aussi que son grand voisin du nord-est. Est-ce que vous avez ce sentiment ?

la France

En partie oui. Pourtant, les Français sont nombreux à se rendre en Inde comme touristes, que ce soit au Rajasthan ou au Kerala. Mais on est un peu toujours dans l’exotisme. Les relations économiques se développent mais difficilement, car il faut bien dire que les Indiens sont des partenaires particulièrement coriaces, que la législation indienne, même si elle s’est beaucoup assouplie, recèle plein de pièges pour les investisseurs étrangers et qu’enfin, l’Inde n’est pas un pays où l’on fait un tour juste pour voir. Si on veut y faire des affaires, il faut avoir en tête le long terme et ne pas se décourager. Politiquement, malgré la volonté affichée des deux côtés, on peine à discerner que l’Inde soit en tête des priorités pour la diplomatie française et les Indiens aiment bien la France, mais ce n’est à leurs yeux qu’une puissance moyenne où l’on ne parle même pas anglais (je caricature un peu, évidemment).

Existe-t-il encore quelque chose, un lien particulier entre le Royaume-Uni, ancienne puissance coloniale, et l’Inde, toujours membre du Commonwealth ?

le Royaume-Uni et le Commonwealth

Un lien culturel, sans aucun doute. Un lien humain aussi, en raison de l’importante communauté indienne ou d’origine indienne présente sur le territoire britannique. Mais si à Londres on veut encore croire à une relation spéciale, cette impression n’est guère partagée vue de l’Inde, où l’on s’interroge principalement sur l’intérêt que représentera (ou non) le Royaume-Uni après le Brexit.

L’Inde, vous nous l’apprenez, entend parler avec tout le monde, sans dogme ni idéologie ; elle le faisait notamment avec la République islamique d’Iran quand c’était loin d’être bien perçu par tous. A-t-elle une influence quelconque, du jeu sur les régimes actuellement à la tête de la Syrie ? De la Corée du nord ?

l’Inde, État médiateur ?

Non, justement, et c’est un trait bien spécifique de la diplomatie indienne. À vouloir être amie avec presque tout le monde, l’Inde cherche à éviter tout ce qui pourrait fâcher ses nombreux amis. Elle évite soigneusement de s’entremettre entre des tiers en conflit et est par conséquent très largement absente du marché de la médiation. Cela lui permet de conserver voire de gagner des positions dans différents pays, mais elle renonce par là-même à influencer le cours des choses. Par ailleurs, la diplomatie indienne a horreur du changement et a vécu les « printemps arabes » comme une menace pour ses ressortissants (il est vrai qu’il y a des exemples, avec la crise du Koweït ou la guerre du Yémen) ou même un complot islamiste pour déstabiliser des régimes laïques, comme en Syrie.

Un des objectifs de politique étrangère et d’influence majeurs de l’Inde, c’est l’obtention d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Un tel élargissement paraît-il réaliste à moyen terme, et avec quelles réactions prévisibles de la part des cinq "grands" actuels ?

membre permanent du Conseil de sécurité ?

Cela devient un rituel lors de chaque rencontre diplomatique : le partenaire soutient officiellement le principe de l’appartenance de l’Inde au Conseil de sécurité en tant que membre permanent. Au point qu’à part la Chine ou le Pakistan, il y a peu de pays qui n’y sont pas officiellement favorables. En privé, c’est autre chose et j’ai entendu des diplomates de haut rang expliquer avec délectation que la négociation pour y parvenir ouvrirait une boîte de Pandore à tel point que cela n’est pas près d’arriver. Les Indiens n’en sont pas dupes et c’est pourquoi l’élection de Donald Trump a été très bien reçue par les cercles dirigeants indiens. Pas tant pour sa politique, que pour sa volonté de faire éclater le système international tel qu’on le connaît depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’Inde y discerne une opportunité pour participer à une réorganisation de ce système qui lui soit plus profitable et qui reconnaisse son statut de grande puissance du XXIe siècle.

Beaucoup de points passionnants sont abordés dans votre livre, je ne pourrais les évoquer tous : l’importance croissante de l’Inde sur les secteurs de l’agro-industrie, de la santé et du médicament par exemple, part importante de sa diplomatie d’influence notamment en direction de l’Afrique. La visibilité toujours plus grande du yoga et de la culture "Bollywood" participent également de cette diplomatie d’influence, qui a aussi pour but de sécuriser les amitiés éclectiques de l’Inde. Est-ce que les besoins énormes de l’Inde en énergie pour les années à venir sont "sécurisés", et de quelles ressources actuelles ou à développer dispose-t-elle en propre ?

développement et énergie

Non, pas suffisamment. C’est pourquoi l’Inde attache beaucoup de prix à la modernisation de sa marine afin de sécuriser les approvisionnements maritimes  des hydrocarbures. Qu’elle a noué de longue date avec l’Iran et la Birmanie, malgré les pressions internationales, car ces deux pays sont aussi producteurs d’énergie. L’Inde est aussi engagée dans la modernisation de son parc nucléaire avec la Russie et la France, notamment. Et enfin, elle s’est engagée dans l’alliance solaire internationale après la conférence de Paris. Mais tous ces projets suffisent à peine à suivre le rythme de sa progression démographique. Car si l’Inde a des ressources propres (charbon ou pétrole), c’est en quantités notoirement insuffisante.

Vous rappelez l’un des gros points noirs dans l’Inde d’aujourd’hui : la pauvreté, voire l’extrême pauvreté, qui y est encore massive. Les chantiers demeurent immenses sur les domaines notamment de l’éducation et de la santé. Est-ce qu’aux niveaux de l’État fédéral et des États fédérés, les budgets sont à la hauteur de ces priorités ? Plus globalement, comment ces deux types d’entité se portent-ils en s’agissant du poids de la fiscalité et de la dépense publique, et du niveau d’endettement ? Ont-ils des marges de manœuvre importantes pour favoriser des investissements, développer des politiques structurantes ?

budgets et investissements

Tout dépend de l’analyse que l’on fait. En arrivant au pouvoir, le BJP a opéré des coupes claires dans les subventions aux paysans et aux produits de première nécessité, convaincu que la bonne réponse consistait à favoriser les entreprises pour sortir de la pauvreté. Mais dès l’année suivante, le gouvernement Modi a renoué avec la politique qui était celle du parti du Congrès, car les résultats économiques se traduisent trop lentement en réduction de la pauvreté et les autorités ne peuvent faire face à une aggravation de la pauvreté de masse. Deux problèmes majeurs, identifiés par tous les analystes, sont les insuffisances dans le financement de la santé et de l’éducation.  Cela reste toujours vrai. Quant à la fiscalité directe, l’impôt sur le revenu est concentré sur une petite partie de la population (la classe moyenne supérieure salariée). Les pauvres ne payent pas d’impôts directs et les très riches arrivent à en payer beaucoup moins que ce qu’ils devraient. Les marges de manœuvres sont limitées et les gouvernements qui se succèdent tentent de les utiliser de la façon la plus lisible vis-à-vis de l’opinion publique et des marchés. Mais en dehors de quelques opérations spectaculaires, comme la démonétisation de 86 % des billets de banques en novembre 2016 afin de combattre la corruption et l’économie souterraine, les réformes menées ne peuvent produire leurs effets que dans le long terme.

La partie que vous consacrez à la démocratie indienne, "la plus grande du monde", est intéressante en ce qu’elle nous montre à quel point celle-ci paraît dynamique. Il y a bien sûr les problèmes de corruption, présents notamment dans l’administration. Mais cette démocratie que vous nous décrivez a l’air d’être sur de bons rails : des institutions dont les bornes sont respectées (l’armée subordonnée au politique, la justice indépendante par rapport à l’exécutif), une société civile vigoureuse. Est-ce qu’il y a des points de cette démocratie indienne dont on pourrait s’inspirer ? Et quels regards porte-t-on en Inde, pour ce que vous en savez, sur notre campagne pour la présidentielle si particulière de cette année ?

la plus grande démocratie du monde

C’est une démocratie très imparfaite, mais une démocratie quand même. Il me semble que sur certains points, la France pourrait s’inspirer de ce qui se fait en Inde, notamment de la loi sur l’accès aux documents administratifs (« le droit à l’information »). De même, en Inde, lorsque l’on critique un policier, on n’est pas systématiquement accusé d’outrage ou de rébellion. Pour le reste, les sociétés et l’histoire des deux pays sont vraiment trop différentes pour transposer purement et simplement les expériences de l’un à l’autre. Comme bien d’autres observateurs, les Indiens sont surpris des rebondissements que connaît la campagne électorale française, mais il serait très exagéré de dire que la vie politique française est au centre des préoccupations indiennes.

Comment voyez-vous l’Inde en 2050 ?

l’Inde en 2050 ?

Possiblement comme une puissance majeure, influente et en interaction avec la plupart des pays du monde. Mais il est possible aussi qu’elle retombe dans ses ornières si elle n’investisse pas massivement dans l’éducation et la santé, si  elle ne prévoit pas l’arrive massive à la retraite des jeunes actifs d’aujourd’hui et si elle ne parvient pas à gérer son conflit avec le Pakistan.

Quels conseils d’excursions donneriez-vous à quelqu’un qui souhaiterait découvrir l’Inde, la "vraie" et pas simplement celle des tours opérateurs ?

conseils à un touriste ?

Toutes les Indes sont vraies. Les couleurs du Rajasthan comme celles du Kerala, mais aussi la vie trépidante de Bombay ou Calcutta, ou au contraire très paisible du Sikkim. Il faut essentiellement être prêt, mentalement, à voir des choses et rencontrer des gens très différents.

Sikkim

Quelques images du minuscule État du Sikkim, histoire de rêver un peu...

Quels sont vos projets, vos envies pour la suite ?

Je travaille actuellement à la rédaction d’un guide de Bombay.

Un dernier mot ?

En Inde, on n’a jamais le dernier mot !

 

Olivier Da Lage

Olivier Da Lage

 

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23 octobre 2016

« Americans vote '16 : Tale of a fractured country ? »

Thirteen years ago, long before I would even think of creating this newsblog Paroles d’Actu, I decided to attempt to contact candidates to the 2003 California gubernatorial recall election : what was their background, why they were running, their feelings about France at a time of diplomatic tensions between our two countries over the Iraq war. I’ve always tried to find out how the Internet could be used to reach out to people from distant places, to chat, exchange with them about our countries, about politics and life. I was 18 and half at that time, and the U.S. ranked well among those places I hoped to see and « meet » oneday. I truly liked English courses at school ; politics and especially U.S. presidential politics have been of great interest to me for about the last twenty years. This 2003 experience strengthened my will to go on in my way of never giving up to a border/ocean or prejudice limit. I’ve still not seen the U.S. yet, but I have kept precious and faithful contacts from my several articles with voices from America. Some of them are still here, for this 2016 article ; letting people speak their mind, building altogether a patchwork of ideas which can tell the reader something about the state of a country, maybe the state of its union, this is what this article is about. Merci à vous tous, « old » or new contacts, for having, among the many persons I contacted, accepted to share your views about this... strange election, « starring » two massively disliked - yet in few ways comparable - candidates, something we can see pretty well here ! Paroles d’Actu exclusive report. Par Nicolas Roche.

To be read, also in Paroles d’Actu, the texts of the interviews I had in French (Google-translated here) with specialists of the U.S. Nicole Bacharan (january), Thomas Snegaroff (august), André Rakoto and Nicole Vilboux (september), and Lauric Henneton (october).

 

A PAROLES D’ACTU REPORT

AMERICANS VOTE ’16

Tale of a fractured country ?

Trump Clinton bis

Src. : http://www.capitalemonde.com

 

 

« A far too long electoral season... »

Could you please introduce yourself ?

I am 52 years old, single, a member of the Green Party of Ohio, self-employed, and a massive football (soccer) fanatic. I enjoy walking as often as I can. I am a sports fan in general, watching ice hockey, Formula One, baseball, horse racing, etc. as often as possible. I still watch the Tour de France, but only to see the spectacular countryside and the gorgeous little villages and old châteaux, not to watch the dopers ride their bicycles anymore. I listen to jazz mostly, but like old rock and classical music, as well as some reggae, Latin (salsa, bachata, etc.) and folk music, not just U.S. but African (Malian especially) and Irish, especially, also. I read the New York Times every day, and prefer Al Jazeera English and PBS (in the U.S.) for my world news. I studied Economic and Social Development (with a focus on Africa) in graduate school.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

6. He tried to improve the country, and got minimal help from Congress, and then (after the Republicans took full control of Congress) no help whatsoever from Congress. He is an intelligent, thoughtful man. I did not vote for him either time. Given the political climate in Washington, I doubt that anyone could do a much better job if he or she was of the minority party in Congress like he is. Having said that, his weakness on the issue of closing Guantanamo Bay prison was a major disappointment, and his expansion of the drone killing of suspected terrorists has been an abomination. For someone who professes to want to eliminate nuclear weapons, he did not expend much energy in opposing the shameful, wasteful renewal of the U.S. military’s nuclear arsenal. Obamacare has certainly helped some people, but it is a needlessly-super-complicated program, whose primary beneficiaries are the health insurance and pharmaceutical companies. He over-promised and under-delivered, just like most U.S. presidents have.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ?

Yes and no. There have been some improvements for certain Americans. Many of the already wealthy are now even wealthier. Many people who previously did not have health insurance now have it, but many of them are poorly covered and at great expense. Things have improved considerably for LGBTQ people (they can marry now, and are generally either more accepted (or perhaps tolerated is the better word) than they were 8 years ago, I believe). Our employment situation is better for a narrow band of Americans - far too many remain un- and under-employed. Race relations have worsened, we still have a monumental gun violence problem, and we have become, sadly, a more insular and frightened populace.

Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

No. That is a reflection of a number of systemic problems that we refuse to address. Our politics is extraordinarily dysfunctional, captured by a narrow band of wealthy individuals and numerous multinational corporations. We believe most world problems have a military solution. We have not gotten serious about climate change. We do not embrace collective responses to pressing world problems until we are backed into a corner. We, like many nations, have a vocal, selfish xenophobic minority that longs for days that never were, and ought never to be. We are not good at embracing diversity, and only do so grudgingly or when forced to (by a court order, for instance). I get the impression that many people outside America laugh at our love of guns.

How do you feel about the current electoral season ?

Embarrassed, depressed, exasperated, demoralized, disappointed. The season is also far, far too long. It should be six weeks at the most, probably more like one month.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

Clinton yes, Trump no. But we have had unqualified presidents before, like George W. Bush. Trump could succeed as president, because an awful lot of what goes into being president is the province of one’s cabinet, Congress, the states and municipalities, and of course, foreign actors. Bush was saved from making a total idiot of himself by 11 September 2001. Of course, many of his subsequent decisions were immoral and criminal, but no one was given much leeway to criticize him after that day, and it got to be where every terrible decision he made was accepted as being the work of almighty God himself.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

I believe Clinton will win, but Republicans will maintain control of both houses of Congress. In other words, almost the worst possible outcome, but not quite.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

Climate change, the refugee problem, intractable wars (in places like Syria, South Sudan, Afghanistan, Israel/Palestine), terrorism (especially by disaffected Americans inspired by “the Islamic State” and Al Qaeda), the unwillingness of the superwealthy to accept less so that our economic inequality problem can improve, race relations, gun violence.

by Tom Rizzo, Sep. 21

 

Then came election day...

« We weren’t together before

the election, why on earth would we

come together after it ? » 

How do you feel about the results of this November 8 elections ?

Depressed. The Republican agenda is not one that represents my political beliefs. Any day misogyny, bigotry, xenophobia, dishonesty, and personal attack wins is a sad day. I am an environmentalist. Most Republicans don’t even believe in global warming ! I am a human rights advocate. Trump expressed his fondness for waterboarding. How would you feel ?

Are you confident the nation will be able to come together without major hardships after this polarized election, and under a Trump presidency ?

Come together ? Are you serious ? We weren’t together BEFORE the election, why on earth would we come together after it ? Kentucky Republican Senator Mitch McConnell (the Senate Majority Leader) set the tone, I feel, when he said in 2010 that « the single most important thing we want to achieve is for President Obama to be a one-term president ». And in August 2016, speaking of President Obama’s nomination of Merrick Garland to the Supreme Court (to fill the vacancy caused by Antonin Scalia’s death in February 2016), he said, « One of my proudest moments was when I looked Barack Obama in the eye and I said, ’Mr. President, you will not fill the Supreme Court vacancy.’ » That’s the sort of “come together” I would hope the Republicans would practice. I want the Democrats to not participate in the confirmation of Trump’s nominee to the Supreme Court. But that isn’t like them. They got opposed at every turn when Obama was the president, I expect them to roll over like they did for George W. Bush now that they’ve lost the White House again.

In the most honest way possible, can you say now, as an American, that in spite of your feelings about him, Donald Trump can and "will" be your President ?

The President of the United States represents the wealthy people in the world and the corporate paymasters who provide the money which makes the political system work. Trump will be no more “my president” than any of the others were. Presidents pretend to represent the little people in America. The proof that they actually do not is rather abundant, and perhaps is the reason why so many American voters expressed “anger” about the state of affairs here. Trump has comported himself like a spoiled, juvenile blowhard ever since I first heard of him. Maybe the presidency will prompt him to finally grow up a little bit, but I won’t be holding my breath.

Nov. 10

 

*     *     *     *     *

 

Marianne_Dagher

« I’m a Conservative. But Trump

does not represent my party.

So, I have no party... »

(...) I am Marianne Dagher, I live in Plymouth, Massachusetts. I am 72 years old and live alone. My religion is Christian and my political leaning is Conservative.

I would rate Obama at a one. He has done nothing but harm to the country. We are at each other’s throats, and we just can’t be a country in this way.

The country is not better off than it was 8 years ago. We have lost respect for each other as a result of Obama’s divisiveness. We are poorer and our economy has not improved. We produce much less. The national debt is trillions of dollars which we can never repay and yet the government is on a spending tear. Welfare is at a peak before it will have to collapse. We cannot support over half the nation. Obama has fueled racist animosity which has spilled into the street. Looting and shooting police are the result. Moslems hold key positions in the government while Christianity is considered a plague. The US sovereignty is being eagerly given to a one-world government.

About global warming, no proof at all. About terrorist attacks, one a day nowadays. But we are to fear global warming and ignore Moslem terrorism if we are to be good little Americans.

I’m not very thrilled with the global stage either. But in many instances, Obama has been ridiculed and mocked. He apologizes for having to govern such a reprobate country everywhere he goes, and people say what ? What the heck ? Who is this guy ? Not good.

I was whole-heartedly behind Ted Cruz. Trump childishly concocted transparent lies about Cruz, which everyone should have recognized as a failure from a failure. Therefore Trump does not represent my party. So I have no party.

Hillary would be the worst president ever. She is not acquainted with truth in any way. She is startingly unwell and corrupt. She will sell this country to the highest bidder. I have no choice in this election.

Trump will win the election and we can rebuild. He is a liberal who will have to please Conservatives. He really only pleases himself.

Nicolas, the challenges this country faces are identity issues. Supreme Court justices. We have to regain sovereignty and defend it to the point of being xenophobic. Diversity is creating a disaster. Political correctness will destroy everything our founding fathers tried to establish. Thanks for letting me vent.

by Marianne Dagher, Sep. 21

Oct. 25 Update : I can now understand the need in our country for Trump in these times. As a Christian, I see hope in his strength. What was holding me back were his adherents on Facebook and people I’d meet who were harsh and strident and oppressive in their support for Trump. But I was able to think beyond that stumbling block and just concentrate on the pure issues. And it all fell into place. So now I will be proud to vote for and support Trump.

 

Then came election day...

« We are opposites, with Hillary,

but she has spoken words

that can unite us all if heeded »

I am very happy with the results Nicolas. But very surprised as well, because the polls had Clinton winning and the electoral college out of reach. But I hoped Trump would win. I voted for him but my state did not.

Right now the polarization is leading to riots, which is so foolish and harmful. Trump supporters would never behave this way. There’s nothing to do but accept Trump and try to make America great.

Hillary has been gracious in her congratulations and has spoken words that can unite us all if they will be heeded. Hillary ran a good campaign and many were deeply moved by her candidacy. She has had a long successful career and is very intelligent. As a person I don’t care for her at all. We are opposites and she wants to do everything I can never want done like abortion. Women’s rights and rights of illegals and those of different sexual predilections. The Constitution gives freedom to all. No need to make special conditions.

Nov. 10

 

*     *     *     *     *

 

Paul Broussard

« Economically, we are in a

very fragile position »

Could you please introduce yourself ?

Certainly. My name is Paul Broussard, and I’m a first year graduate student pursuing a Masters of Public Administration. Politically I’m an independent ; I tend to lean more Libertarian when it comes to the economy, and then a mix of Libertarian, Republican, and Democratic views when it comes to social issues.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

Assigning a numerical rating to a question as complex as that is certainly not easy. Relative to how other presidents in the past few decades or so have performed, I’d say he’s been average, so I’ll go with a 5. There are some things he has done that I absolutely support : pursuing alternative energy and being... reasonably restrained with foreign policy. On the other hand, he’s been shown to be disconcertingly corrupt in some very important dealings : with the exertion of executive privilege over Operation Fast and Furious documents as the prime example.

I’m also more than a little concerned with the direction the economy is heading : while employment is admittedly rising, the sheer amount of debt we’ve accumulated and the level which we’ve had to lower interest rates to in order to achieve recovery means we have very little wiggle room should another recession occur soon.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ? Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

Technically yes to the former, although that’s largely because the economy was tanking eight years ago after the mortgage market collapsed. I would say the amount of respect it has has remained the same, though its authority has diminished somewhat with recent pushes by both Russia and China.

How do you feel about the current electoral season ?

I honestly feel bad for ever thinking that we couldn’t do worse than Romney and Obama (the 2012 election). If there’s a silver lining, it’s that perhaps the sheer dislike Americans have for these two candidates will finally inspire a decent showing for a third party candidate such as Gary Johnson, which could pave the way for greater third party representation in the years to come.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

Absolutely not and absolutely not. Assuming you believe everything she has said, Clinton somehow managed to forget what the symbol for "confidential documents" was while serving as secretary of State and hired the person who admitted to attempting to rig the Democratic primary. Additionally, she has been shown to have lied on numerous occasions, such in regards to the number of mobile devices she kept, the types of emails she kept and sent on a private server, and whether she turned over all emails that were stored on said private server. And that’s not even taking into account the allegations of what her foundation has done. At the very least, she is a grossly incompetent liar with an extremely selective memory.

Meanwhile, Donald Trump has quite literally proposed to pay off the entire American debt by printing $20 trillion. I shouldn’t even have to elaborate past that point as long as post-World War I Germany hasn’t been erased from the history books, but I will. He publicly insulted a rival candidate’s wife, he somehow believes he will be able to force the Mexican government to pay for a wall spanning the US-Mexico border, and he’s repeatedly lied about some of the most easily checked things in existence (such as his claim that the NFL once wrote a letter to him regarding the presidential debates). At least Hillary has the intelligence to only lie about things that can’t be disproven within a few days.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

If I had to bet, I’d wager on Clinton winning the presidency, the Democrats retaking the Senate, and the Republicans retaining control of the House. I would not put much money on that, however.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

The next economic recession, provided it occurs in that timeframe. America (and much of Europe) has pushed and kept its interest rates as low as they can go. Should another recession occur, there is nothing that monetary policy can do to alleviate the circumstances. Economically, we are in a very fragile position, and I fear that while the 2008 collapse was bad, the next one will be much, much worse.

If the next recession does not occur in the next 8 years, I would argue our national debt, despite the fact that that will almost assuredly be ignored. Even if you believe that we will never have to pay it off (which certainly seems to be the attitude our politicians are taking across the board), the interest rate on the debt will begin to significantly cut into GDP over the next four years. At the present rate, the annual interest payment on debt will reach nearly $1 trillion in ten years time, and if no significant changes are made to that over the next 4-8 years, economic growth will be substantially hindered.

by Paul Broussard, Sep. 28

 

Then came election day...

« It’s hard to imagine anyone

being able to mend the deep divides

of the past few years »

How do you feel about the results of this November 8 elections ?

In regards to Trump winning, I’m pretty neutral, all things considered. Perhaps that’s something of an odd response in the midst of all the enthusiasm and despair that seems to be all over the news now, but having accepted that our next president was going to be utterly unqualified months ago, the fact that we know which unqualified person it is doesn’t affect my feelings much. However, I am disappointed is that third parties missed a golden opportunity to finally get themselves over the 5% threshold and begin receiving federal funding; I had hoped this would be the year where at least the Libertarian party finally started to move into the spotlight.

Are you confident the nation will be able to come together without major hardships after this polarized election, and under a Trump presidency ?

No, I’m not. As is the case with the UK and Germany, there’s a very deep political divide, but what I find most interesting is that there’s a large moral divide too. A number of very sensitive issues, such as abortion and transexual rights factored into this race, and on that level both sides are utterly convinced that the other is simply morally wrong. Compromise is extremely rare around these issues because both sides believe they are fighting against "evil". Some of the biggest Supreme Court cases over the next few years will be dealing with challenges to state-imposed abortion restrictions, and whether transexual students have the right to use the bathroom of the gender they identify with, so these controversial issues certainly going away anytime soon. And these issues breed resentment, making compromise on other issues that much more difficult. For what it’s worth, though, that would be the same under quite possibly any president. It’s hard to imagine anyone being able to mend the deep divides of the past few years, so at the very least, that part won’t be Trump’s fault.

In the most honest and balanced way possible, how would you assess Hillary Clinton’s impact and legacy on American politics, and how do you feel about her as a person ?

She’ll certainly be a divisive figure, with depictions changing depending on which side of the aisle you ask. To Republicans, she’ll always be a corrupt liar who should have at least been forced to deal with some impactful consequences for her various mistakes as secretary of state. To most Democrats, she’ll be a symbol to rally around, a martyr of sorts that was viciously attacked by the alt-right movement. Long term, however, I suspect that what she’ll best be known for is the DNC scandal that involved Debbie Wascherman-Schultz rigging the primary to have her elected over Bernie Sanders. While Clinton probably didn’t need the "help" to win the primary, as she had a sizeable lead with pledged superdelegates already, the very fact that the primary was being influenced by the party itself was enough to turn a large number of Sanders supporters away from Clinton and possibly cost her the election.

In the most honest way possible, can you say now, as an American, that in spite of your feelings about him, Donald Trump can and "will" be your President ?

Regardless of my feelings about him, yes, he will be my president. The presidency is not something that depends on whether you approve of the candidate, despite what Twitter might have you believe.

Nov. 10

 

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Katie White 

Could you please introduce yourself ?

My name is Katie White, 36 years ; I’ve been married for 14 years to my husband Scott, firefighter. I’ve been a teacher in the public sector for the last 13 years and all of my schools are « Title One ». I have 3 children : Eric 14, Macy 10, and Cami 4. I’m an avid supporter for health and exercise and encourage those around me to do the same. Religiously, I’m a faithful Roman Catholic. Politically, I consider myself a Constitutional Conservative.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?
1.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ? Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

No, we are far worse. And we are absolutely not respected anymore.

How do you feel about the current electoral season ?

I’m nervous ! Hillary is so corrupt and blatantly lies without remorse that I’m concerned she’s already figured out a way to rig this election.

I’m hopeful for Trump because he’s completely anti-establishment and not politically correct. I think it’s what this country needs. However, I’d like to see him articulate himself better.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

Hillary : absolutely NOT. She’s corrupt, lies, lies about lying, risks our national security, makes statements about American finances that are Communist in nature, allowed our men in Benghazi to die, deleted 33,000 emails that were on a fraudulent private server, etc. Her history with George Soros is frightening and alarming and that policy and thinking has no place in America. And the fact that she wants to bring three times as many Syrian refugees here as Obama causes great concern.

Donald Trump lacks tact and political correctness, but that has never bothered me. I like that he calls things as he sees it and without apology. I agree with his sentiment that we need a wall on our Southern border. He’s a successful business man and knows how to create jobs and make money ; both of which we need right now. He’s pro-Constitution and believes in growing out military and supporting our police force. I believe he values hard work and effort and thoroughly supports capitalism and Americanism. All of these things this country needs now.

When I vote, I consider 3 things : national security, national debt, constitutional rights. I do not care about social ideas or promise because without the above three, those things no longer matter.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

Unless Hillary has already rigged the election (which honestly frightens me) I believe Trump will be our President. I believe Congress will continue its Republican hold for 2 more years, maybe longer depending on who becomes President and what strides this country makes.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

Paying down our national debt and bringing together the divide that Obama has bred.

by Katie White, Sep. 30

 

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Vytas Aukstuolis

« The United States is at a point

where we can start discussing

better policing »

Could you please introduce yourself ?

Hi, my name is Vytas and I am an American born and raised in Ohio. In 2012, I had my first real political experience when I campaigned for President Obama at Ohio State University in Columbus, Ohio. I’ve always had liberal views, but I’ve been a Democrat since 2012.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

I would give President Obama a 9 on the scale. He has pushed for policies that have spurred economic growth in the United States such as the Affordable Care Act, the economic stimulus package of 2008, and has pushed for the Tran-Pacific Partnership which would increase trade with Pacific countries. There have been times when the country needed a leader such as after the shooting of an A.M.E. Church in Charleston, South Carolina where President Obama led those in attendance with “Amazing Grace”. There have been times when the country needed people with strong policy backgrounds, such as when the office of Secretary of State John Kerry halted the ability for Iran to develop a nuclear weapon. As president he was not perfect, including his policy on using drones. Even if an individual hasn’t been attacked by a drone, one can be traumatized by the stress of wondering if a drone may suddenly demolish their home.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ?

For most Americans, the United States is better off than where it was 8 years ago. The crime has been reduced, more jobs have been created, the unemployment rate has been reduced, the prison population has started to decline, and even the Cleveland Cavaliers finally won an NBA championship - this can’t be credited towards any governmental policies, but I believe the championship has benefited the United States and in particular my home state of Ohio. There are still major issues that need to be solved, but the United States is at a point where we can start discussing better policing, how to reduce the incarcerated population, how to reduce the wage differences among genders, how to reduce sexual harassment and assault, and how to start decreasing costs of higher education.

Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

8 years ago, many people in NATO countries were upset that they were dragged into wars in Iraq and Afghanistan. I like to think that amends have been made between NATO countries and the United States, especially with the United States contributing to the defense of some NATO allies in Europe. Other Pacific countries have felt that the United States deserved enough respect to enter into the Trans-Pacific Partnership, which may have not occurred 8 years ago. I believe that the United States lost few allies in the last 8 years, and gained many stronger relationships with many world countries.

How do you feel about the current electoral season ?

I am a fan of Secretary Hillary Clinton. I believe in a strong understanding of policy, and believe that she can lead a group of people to push for sound policy, even if it does not have popular support. For example, there is a move by some businesses to defer their property gains tax by using “like-kind exchanges”. It’s a confusing process, but I believe it benefits large businesses who can take advantage of the exchanges and hurts small businesses and average taxpayers. Essentially nobody cares about these exchanges other than the businesses who take advantage of these exchanges. Secretary Clinton took a stand against the exchanges and vowed to end them without having any political support behind her stance. She is just doing the right thing.

On the other hand, I would be shocked to learn that any of the other 3 presidential candidates know anything about these exchanges, and I know they have not made any statements regarding them. Essentially, Donald Trump, Jill Stein, and Gary Johnson do not understand real policy very well, and would never be able to lead Americans through complicated policy questions.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

Secretary Clinton is absolutely fit to be president, having spent many of the last 24 years close to the position. If the goal of government is to push policies that will reduce suffering and increase wealth, then Secretary Clinton will do a great job pushing those policies. Donald Trump is a reality TV start that does not understand policy, and would badly hurt the citizens of the United States and its economy.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress)

I hope Secretary Clinton will win the White House, but I am worried for the House and Senate. Many House seats have been rigged to keep a larger number of Republicans in power than Democrats, and this will not change for at least a decade. The Senate is close and I would like for Democrats to take control of the Senate, but I do not believe this will happen. Democrats need to win the presidential election by a landslide to pick up more seats such as in Ohio with Senator Portman vs Governor Strickland. Senator Portman is the current Senator, and would only lose to Governor Strickland unfortunately if Hillary Clinton won Ohio by a large margin. I do not see this happening across many of the competitive Senatorial races.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

The United States has increased its safety over the last several decades, but needs to do so much more rapidly. In Atlanta, there are populations with similar estimated levels of PTSD as soldiers returning from war. This is due to exposure to violent circumstances without psychological treatment to process the violence for youth, and policies need to be enacted to create a safe and prosperous environment for all, not just wealthier Americans. I think we will also see a stronger focus to prevent cyberattacks and provide affordable health care and education to more Americans.

by Vytas Aukstuolis, Oct. 5

 

Then came election day...

« Will the anti-establishment

Trump White House work

with an establishment Congress ? »

How do you feel about the results of this November 8 elections ?

I’m not excited about a Trump presidency to say the least. I think the country is still trying to figure out exactly what policies a Trump administration will and will not push, but there are immediate worries for many Americans who may be hurt, regardless of what policies are pushed. For example, individuals that have been disrespectful to women and non-white individuals might now feel justified in their rhetoric and actions by having a president that supports their rhetoric and actions. I remember once hearing a story of a Muslim girl in a car with her mom in Ohio who were both wearing their hijabs. They were on a highway, and a truck was merging on their lane trying to push them off the road once the driver saw their hijabs. Victims of this kind of hate need to be protected, especially now that these individuals have a leader who can justify their hateful actions according to them.

Are you confident the nation will be able to come together without major hardships after this polarized election, and under a Trump presidency ?

A lot of people have broken their friendships over this election. This election cycle gave a platform to people to debate ideas, and this platform has led people to take personal attacks towards each other. I doubt many of these friendships will be brought together again.

Otherwise, most of politics is done across partisan lines. The overwhelming majority of legislation pushed at the state and federal levels is passed nearly unanimously, or at least with a strong majority of votes. I think that in Congress, we can count on one hand how many votes have been taken either strictly on partisan lines or have been really close in the last several years. Most legislation from Congress will continue to be bipartisan, I just hope that there isn’t a fight between an establishment-Congress and the anti-establishment Trump White House that prohibit anything from getting passed. Phrases like “drain the swamp” from Trump worry me that there could potentially be heavy political stalemates between Congress and the White House.

In the most honest way possible, can you say now, as an American, that in spite of your feelings about him, Donald Trump can and "will" be your President ?

We elected him, so President Trump will absolutely by my president. I will just have to do what I can to limit any damage that might arise out of a Trump presidency.

Nov. 10

 

*     *     *     *     *

 

Michael Quillen

« We have never seen

the disapproval ratings of two

presidential candidates this low »

Could you please introduce yourself ?

My name is Michael Quillen. I am 23 years old and I currently reside in Arlington, Virginia – a suburb of the Washington D.C. area. Before my current job, I spent a number of months working for a digital media firm specializing in web optimization and e-marketing. By the time the Republican primaries rolled around, I found myself traveling to Des Moines, Iowa to work for Senator Rand Paul as his National Phone From Home Director. Although the outcome of the primaries was not particularly satisfying, I packed my belongings and headed to the nation’s capital for work.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

On a scale from 1-10, 10 being the most successful, I would classify President Obama’s tenure as a solid 6. Getting the Affordable Health Care passed through the Congress was no small task. And with that reason alone, I would give him the score I did.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ?

(...) As a Conservative - notice I did not use the term “Republican” to classify my political ideology - I think Obama’s economic policies have led to the turmoil we see around the country today. Higher taxes, more government expansion, with the same stagnant wages is a recipe for disaster and that is exactly what we are getting with President Obama. Don’t get me wrong, I think he is without a doubt, the most personable and down-to-earth President the United States has had since FDR.

I would also like to point out that the biggest issue for me in American politics right now is data collection and the government’s campaign for counterterrorism. Let’s begin with President Bush’s signature on the Patriot Act. When Americans were still grieving the losses of loved ones and fallen heroes, the President secretly passed the most vicious cyber warfare initiative in the nation’s history. Continuing with President Obama, who signed Presidential Policy Directive 21, which further clarifies the role of the American government as a state actor in creating, sharing, and ultimately collecting data on virtually every single person in the world. There have been numerous reports that the US had spied on heads of state and foreign diplomats. That doesn’t sound Constitutional to me. For this very reason, I give Obama an F-rating for transparency and overall government effectiveness in fighting terrorism.

Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

Stemming from that, I without a doubt believe that the world we live in today is worse off than 8 years ago. You can thank Secretary Clinton and President Obama’s failed foreign policy initiatives in Iraq, Syria and Iran. When will the United States realize that overthrowing foreign governments is not the way to make allies and ultimately not the way to create a stable country in the region. Would you like to know the reason as to why the United States has thrusted itself into virtually every single war in the world ? Because the government contractors stationed around the Capitol have such deep ties to the campaign pockets of the crooked politicians. Additionally, if the US would stick to domestic policy, that would mean CIA, FBI, NSA, and DoD officials would be out of jobs. We wouldn’t want that would we….

How do you feel about the current electoral season ? In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

This part is extremely hard to condense in just one to two paragraphs. In all likelihood, I could write a book on it. But overall, I am truly afraid of the current political situation the US is in. On one hand, we have a person who has lied REPEATEDLY to gain political capital. On the other, we have an egotistical maniac who is driven by bigotry and hatred. Just when you think the 1960s were over and discrimination had ended, we find ourselves choosing between candidates that have bashed minorities and used fear techniques to further their political career. This election is truly sickening. But you know, I don’t blame the people for this. I blame the institution, the government and the corrupt DNC and NRC for allowing this happen. Can we please go back to 2008 and see just how cruel the NRC treated Ron Paul and his supporters during the primaries. This is exactly why we can’t move forward and solve issues ACTUALLY pressing the country.

Come November, I think Hillary Clinton will ultimately win the presidential election. Here’s why : because who else will they vote for ? A walking, talking, more orange version of the KKK member or a rehearsed slime ball like herself. Chances are, people will choice the slime ball since it’s easier to swallow. Just look at the numbers, we have never seen the disapproval ratings of two presidential candidates this low in history. What does that tell you ? The American people are fed up with the way Washington is run. People are sick and tired of over-reaching government programs that harm the middle class turn millionaires into billionaires. People are sick of seeing the status quo. We need change.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

The most crucial challenges facing the US is getting people back to work, closing tax loopholes and helping those in need. As a country, we cannot survive too much longer if we do not begin to help each other. Social programs like feeding the homeless or providing textbooks to underprivileged kids have an impact not seen by most. Just think for a second, what life would be like if people took a step back and realized how fortunate they are to have the things they have. I am currently sitting in an office with air condition typing on a $500 computer. But if you go to countries like Africa, who have been the face of poverty, things like this just do not happen. As a nation, we need to come together and realize we are all in this together. No more wars, no more deaths, no more hatred.

It goes without saying that I am truly scared for what the next 4-8 years brings for the United States and the rest of the world.

by Michael Quillen, Oct. 5

 

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« As a woman, I do not want Clinton

to be our legacy as our

first female president »

Could you please introduce yourself ?

My name is Kate, I’m a 33-year-old female, of predominantly British heritage (third generation American). I was raised in Michigan. I’m a Christian, am married to my high school sweetheart. I’m a full-time, long-term employee of a growing, independent company, with no kids and two dogs. I’m politically engaged : libertarian, but not Libertarian.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

3. I feel that he has been a puppet for more powerful decision makers (I don’t hold that against him as a person, many politicians do the same). And, full disclosure, I wouldn’t rate any of our recent Presidents above a 5 or 6.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ? Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

Our country is, at best, the same as eight years ago ; at worst, far more economically/financially challenged, less respected internationally, more vulnerable to attacks from internal and external threats and more racially divided.

People are angry at the government and at each other. We are experiencing far too much violence in action and words ; threatened from outside and within. Our police are under attack as are our citizens ; by each other, by overzealous police/government, by radical Islamist terrorist, by lunatics who simply want to cause crisis. There is immense mistrust. While all of that is true, my daily experience is that of positivity, love and unity. I work with and live among a diverse group of people (race, gender, sexual orientation, religion, political views, wealth, etc) and, for the most part, all enjoy a peaceful community with one another. We all know there are these problems yet few of us are directly affected by the worst of it. Everyone has their opinions but that’s part of what makes us American. I feel quite proud of my fellow citizens with whom I regularly interact as the vast majority are amazing individuals.

Internationally, I feel we’ve become a joke and demonstrate our arrogance regularly. We’ve allowed countries like Iran to taunt our military, extort ransom, control our relationship and use our actions as propaganda. Our President felt it appropriate to tell the citizens of other countries how they should vote on important topics (Brexit). We’ve lost the respect and friendship of many countries.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

Independent of one another, no. I would prefer better options and neither Gary Johnson (Libertarian) nor Jill Stein (Green Party) are more fit. But we need to elect someone so I intend to vote for Trump, primarily for a change. Clinton is a political institution and things must change. I am also more concerned with her actions than his words. As a woman, I do not want her to be our legacy as our first female president.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

For President : Trump. I suspect far more people support him than are willing to admit in public, or in a poll.

About Congress : very little change in balance. There will be some new faces but essentially the same Democrat versus Republican balance.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

Economy and security.

We need to raise our GDP, create an environment that will encourage businesses to grow and create new jobs (government does not "create" jobs but their policies have a dramatic effect on the private sector). We also need to re-embrace the trades - the thinking that a college degree is the only path to "success" is a fallacy and partly responsible for our astronomically high costs (and debts) associated with higher education. We built this country on manufacturing and we need to bring much of it back to the states (again, would require lots of policy and tax reforms) while continuing to strive in the technical realm.

We need to honestly confront and name the world’s current greatest treat : radical Islamic terrorism (this is in no way a condemnation of the entire faith of Islam, a peaceful religion - just those sick individuals that choose to pervert it and use it as a tool in their terror). We need to know who is in our country and where they are. This includes Americans with sympathies for the terrorism cause. We need to work with our allies internationally to end this threat and work to defend each other. It will be difficult to find the right balance of protecting ourselves while not infringing upon the cherished freedoms Americans have been promised and demand.

by Kate Verbrugge, Oct. 9

 

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Patrick Sheehan

« I don’t like Hillary that much...

but Donald Trump litteraly makes me

feel nauseous »

Could you please introduce yourself ?

I work with Kate at Bell’s Brewery in Comstock, Michigan. I am the Packaging Materials Specialist so I am in charge of the procurement of the packaging for the brewery as well as dealing with any quality issues. 

I have lived most of my life in Michigan except for brief stints in Ohio and Chicago. I have a Bachelor’s degree from Michigan State University in Packaging as well as an MBA degree from a smaller university.

I consider myself agnostic. I grew up Catholic (in a pretty liberal family) but left the church in 2004 after the pedophilia scandals. Currently I attend a Universal Universalist Church when I can find the time.

I consider myself quite liberal and have always voted Democratic in the past. I have moved to a more libertarian viewpoint the past few years and am considering to vote for the Gary Johnson/Bill Weld ticket even though I think Weld should be the presidential nominee.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

I would give President Obama an 8 out of 10 for his term as President. While the economy is in no ways soaring right now, I think he has done a very good job bringing us out of what could have been a total collapse. I am also very happy how he projects the US to the rest of the world as well as his cool, calm demeanor.

The two things i would ding him on are use of drones as well as Obamacare. I think we need to gather more intelligence to make sure innocent civilians won’t be collateral damage before a drone strike. With Obamacare, I agree that something had to be done with our broken healthcare system but feel like the Affordable Care Act is a bastardized compromise that was originally implemented by Republicans. I also consider myself a mid-way intelligent person and I don’t understand all the nuances behind.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ? Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

I definitely think we are much better off than eight years ago. I was just graduating with my Master of Business Administration and had very few job prospects. My parent’s had lost a lot of money in their 401k as well as home value.

I believe that America is more respected on the world stage now compared to eight years ago. I felt like George W. Bush was a laughing stock and hurt us globally. 

My ex-girlfriend was from Tehran, Iran and confirmed that sediment. They saw GWB as a joke, the American version of their President Mahmoud Ahmadinejad. She said once Obama was elected, her country had hope again for relations with the US.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

I am very disappointed in this year’s election. While I don’t like Hillary all that much (I think she feels it’s her right and not privilege to be President), I am sickened by even seeing Donald Trump’s face. The idea that a racist, sexist bully can become the leader for this nation literally makes me feel nauseous at times.

While I don’t necessarily agree with the way that Hillary Clinton became the Democratic nominee, I do think she has the policy experience and temperament to be President.

Donald Trump is no way, shape or form, qualified to even hold local office ; much less to be President of the United States.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

I think that Clinton will win by around 6-8 percentage points in the popular vote and 180-200 electoral votes. I believe Democrats would narrowly win the Senate (I even see the possibility of 50/50 split with Vice President Tim Kaine casting tie-breaking votes). I also think Democrats will gain seats in the House of Representatives but control will stay with the Republicans.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

I think the most critical challenges for the next four-eight years will be to continue to keep the economy growing, refine the health care laws, and figure out a multi-nation solution to the crisis in Syria.

I also believe that diminishing the power of ISIS while making Americans feel safer, improving relations with Russia and Iran, and making sure that Kim Jong Un doesn’t fire nuclear weapons at either us or another country is critical.

by Patrick Sheehan, Oct. 9

 

Then came election day...

« As an American Trump will be

my President... but I won’t respect him »

How do you feel about the results of this November 8 elections ?

I feel disgusted by results of the election. I feel like America will be the laughing stock of the world. Already hate crimes are up here because people think that by electing a xenophobic racist, it is alright for them to act out in a similar fashion.

Are you confident the nation will be able to come together without major hardships after this polarized election, and under a Trump presidency ?

I don’t think America can come together after electing Trump. He has driven a wedge between us based on race, religion, sex, and education. I decided to not just complain about but actually do something about it. I am going to get involved with the local chapter of the Libertarian party as well as help out a Syrian family my church is sponsoring.

In the most honest way possible, can you say now, as an American, that in spite of your feelings about him, Donald Trump can and "will" be your President ?

Yes, as an American, he will be my President (until he is impeached or quits) but I will not respect him. He has already shown his true colors and they are not red, white, and blue.

Nov. 17

 

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Could you please introduce yourself ?

My name is Alex Tijerina, I’m 60. I was an only child and went to a private school and a State University. A practicing Catholic, I am married, with two children. A salesman, I live in San Antonio, Texas.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

Two.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ?

No.

A. U.S. Debt has increased from 10 Trillion to 20 Trillion

B. More people on Government assistance than in any time in history.

C. More racial strife than previously.

D. Cost of living has gotten higher.

E. More people off the grid who have stopped looking for jobs and are not counted anymore.

F. More government mandates on business has increased their costs and makes them less competitive.

Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

No.

A. Israel does not trust Obama.

B. Debacle in Libya (Civil War) and outcome of Benghazi.

C. Supports Assad in Syria, and then rebels.

D. Indecision about pulling troops in Iraq and then reversing course.

How do you feel about the current electoral season ?

Not good. Don’t find either candidate appealing.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

No. I don’t think that either candidate is qualified to be president. Trump has no experience in the political arena and Hillary has too much garbage from previous political positions and those of her husband. We as a country are more divided as ever.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

I would hope Trump would win but see Hillary taking the presidency. The Senate and Congress will stay in GOP hands.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

A. Unifying the big political divide that this country is now facing and the resentment because of it.

B. Stopping the flows of illegal aliens on our Southern borders.

C. Bringing racial harmony where little exists today.

D. Bringing down the deficit.

E. Increasing the family structure, "one man and one woman".

by Alex Tijerina, Oct. 9

 

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« Obama has bombed more countries

than Bush... and Clinton’s a hawk »

Could you please introduce yourself ?

(...) I do not wish to have my name out there because of my employer.

I am a graduate student studying International Relations : Security and Peace with a minor in Russian studies. My focus is on understanding Central and Eastern Europe (primarily the Slavic states such as Slovakia, Czechia, and Russia).

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

I would give President Obama a 5. He is an average US politician. There is hardly anything special about him if you ignore identity politics. Now some would say how great he is about his healthcare bill. However, if you look at the logitc of the law it forces people to buy private health insurance. If one doesn’t they are taxed/fined. That is very pro-choice, isn’t it. You could also read Paul Krugman’s piece on the law. Plus, Robert Murphy has done a great job predicting what has happened.

What is quite interesting about Obama, is that he took some of President’s Bush’s laws such as National Defense Authorization Act (NDAA), Authorization for Use of Military Force (AUMF), The War Powers Resolution and expanded them. For example, the NDAA has the indefinite dentition clause which allows the government to arrest someone based on a suspicion and hold that person indefinitely. According the White House Press Secretary, their version of the AUMF was recreated to be imprecise. The allows the President to have no geographic limits on the use of military. The War Powers Resolution gave the President a limit on how long the military can wage war without congressional approval. President Obama used this resolution to justify his intervention is Libya. The problem is the President’s intervention was seven months not sixty days. His rationale was that his war, “which decimated Libyan forces, which killed hundreds and hundreds of people, which removed a leader from power, didn’t count as ‘hostilities,’ and therefore the statute just wasn’t implicated.” (source)

In fact, if you look at the number of nation-states the USA bombed, between the previous two leaders, you will find that President Obama has bombed more that Bush. That fact boggles my mind. In the article I quoted they say that President Obama has taken the brakes off of the War Machine. This was supposed to be the anti-war candidate not a hawk.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ? Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

That depends on who you talk to. If you look at the stock market and unemployment numbers things would seem fine. Yet we still have 45 million people on food stamps. The Median Real House Household income is 5% lower than it was in 2007. Plus, the US only has 71.3 million full-time breadwinner jobs (above $50,000 per year) which is 1.4 million fewer since 2000.

What is also concerning for Americans is the increasing polarization of politics. I am sure you are aware of the alternative right (alt-right). It has been a new movement that has surprised establishment people around the world. These people are from across the political spectrum.

Plus, we have the police shootings that has dominated the news cycle. If you look at the crimes these people have committed such as selling cigarettes or CDs, it makes it very frustrating. These laws are stupid and should be repealed but all we hear is police reform and nothing about the law.

I would say we are slightly worse off. 

How do you feel about the current electoral season ?

The current election cycle is hilarious because someone as bad as Trump still has a chance. Hillary Clinton is such a bad candidate. She has surrounded herself with people who believe the US has some moral mission to help the morally improvised (a professor at top university actually said that). She is actually more hawkish than Trump. She wants to paint Putin as some boogeyman and have a Syria “reset” with removing Assad as a number one priority. She is not even concerned about Arar al Sham and al Nusra. They are just rebel groups we armed to her. In her leaked email she said her policy would “kill a lot of Syrians”. Plus there is this which raises question who knew where our weapons were going. Granted who knows what she is going to do domestically given that she has a private and public position. I like her email about open trade and borders but who knows what she will do.

Trump and Bernie Sanders both represent an anti-establishment wing. Both are against open borders (source and another) because they view immigration as negative. Their positions are the immigrants take jobs away from citizens and immigrants drive wages lower. Both are for protectionists who want to keep jobs in the USA. The only difference between these two people is that Sanders is nicer and Trump is bombastic.

I mentioned the alt-right above but if you look at the demographics of supporters for Sanders and Trump you notice that there is a trend. Most of these people are white. Trump gained the votes of union workers and people of lower skill labor. Sanders gained the vote of younger people. When you look at this alt-right movement around the world you notice that most of the people are white. As someone who is mixed I don’t want to say that white people are racists but I want to say that some whites have become disenfranchised with the system. That either could be the change in demographics in the USA, but that is just speculation.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

No.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

I think Clinton will win. Trump will bring the GOP down with him, which I think will be a good thing. There has been a growing number of classic liberals that are becoming influential. These people might take the opportunity to rebuild the GOP from the ashes.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

The regressive left will be a major challenge. If you have watch Majid Nawaz and Dave Rubin’s definition of these people. They are authoritarians that want to impose their values on other people. They are like social conservatives but on the left. They don’t represent progress. They represent regression. In a California college a university is now segregating blacks and whites again. Martin Luther King Jr. would be ashamed of seeing people segregating so each race can have a safe space.

The economy is another major challenge. As I mentioned before income is still below 2007 levels and breadwinner jobs are fewer. There is also some fear of another recession.

Foreign policy is another challenge. Granted the policy for a while has been horrible. As you can tell I am concerned about Clinton becoming president because I think she might want to start a fight with Russia over Syria or something. Clinton is going to be interventionist which I think is dangerous. The term “blowback” exists for a reason but she probably doesn’t care. With Trump who knows what we will get.

by "Daniel Arevalo", Oct. 9

 

Then came election day...

« People have to listen to those

who are struggling in the Rust Belt »

How do you feel about the results of this November 8 elections ?

Not surprising. As I said earlier with the pre-election questions there was a movement going. It turns out that my view of this movement was underestimated. I still assumed many people would still vote Clinton. I was wrong. Trump appealed to the union workers and lower income workers in the Rust Belt. Those people are usually assumed to be Democrat voters. Considering that Trump is a New York liberal combined with Alt-Right views, this was a perfect combination. Those people have lost manufacturing jobs either to immigration or globalization. They came out in anger.

What was surprising is how stupid people are not to realize it. The same applies to Europe as well, Alt-Right first appeared in Europe (in Russia as National Bolshevism). This movement has been sweeping across the West in the recent years (first becoming noticeable in Russia and then it went westward). Some people just focus on the identity politics (racism, sexism, etc) but as political science research has shown that it is something else that sparks conflict. It is superficial to blame identity politics, especially when they are just social constructs.

Are you confident the nation will be able to come together without major hardships after this polarized election, and under a Trump presidency ?

That depends if people will be willing to listen to those in the Rust Belt. People need to be willing to listen to the manual labor worker. Those people are struggling. It really depends but I think some people are so stupid they can’t see reality in their face. They will be blinded by their ignorance, their ideology, and their ego. They live in a world with confirmation bias, completely out of touch with reality.

I suggest you watch Dave Rubin’s interview of Scott Adams. It shows how genius The Donald, now president-elect Trump, is with the tactics that he used. Even Hillary changed her strategy and adopted similar tactics.

In the most honest and balanced way possible, how would you assess Hillary Clinton’s impact and legacy on American politics, and how do you feel about her as a person ?

Her brand is dead. She represents that past (doesn’t mean Chelsea’s isn’t however). As my professor said “the world Clinton lives in ceased to exist decades ago, and the stubborn refusal to accept this fact could lead American foreign policy into a dangerous dead end”. Does that mean Trump is any better ? Of course not. With all that we know she is a politician that knew who to work the machine.

She was destined to win the White House and she lost to an orange umpa lumpa. She lost to Donald Trump even with all the controversies surrounding him. But it also shows how out of touch the mainstream politics is with the people. The Left lost their base of the blue collar worker for now. The Right who were purist like Ben Sharpio were baffled to Trump win.

Hillary Clinton will be fine. She has lots of money to live off of for just being a public servant and running a charity. Some people think that she is the most damaged politician since Richard Nixon. This election exposed her. As a person sitting on the sidelines it was wonderful to watch.

In the most honest way possible, can you say now, as an American, that in spite of your feelings about him, Donald Trump can and "will" be your President ?

We aren’t a banana republic. Even if I disagree with President-elect Trump, I must respect that the majority of states and people voted for him. You know, as much as I dislike Trump, I find it so rich to see people do the very thing Trumpkins were doing before the election (Not my president).

Nov. 11

 

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Paul Samaha

My name is Paul. I am 22. I am a senior (fourth and final year in school) at the University of Southern California. I study public relations with focuses on entertainment and politics.

I would rate President Obama’s tenure as president an 8.

From an economic standpoint, America is much, much better off than it was 8 years ago. We have bounced back to a standard economy after having be worst recession in decades in 2007. From a security standpoint, I think we are better off than we were 8 years ago, but we could improve. From a human rights standpoint, I also think we are better off now. I think we are much more respected on the global stage under President Obama than we were under George W. Bush.

(...) It is a very wild electoral season. I think some of the worst in Americans have come out because of it. I know there will be many informative dissertations and books written after the election that will dissect what the election says about our society.

Hillary Clinton : Extremely fit and qualified, if not the most qualified candidate in U.S. history.
Donald Trump : Not fit in any way possible.

I believe that Hillary Clinton will win. I think the Democrats will win a good amount of congressional seats. My congressional prediction would be that the Democrats win back control of the Senate, while the Republicans will still have control of the House but by a much smaller margin.

The biggest challenges facing America in the next four or eight years ?

• First and foremost, finally appoint a Supreme Court justice on the first day of the new term.

• Make sure that the continued amount of economic equality in the country stops and allows for more social mobility.

• Unite our country, especially after an incredibly decisive election. Race relations must be restored. This includes reforming the criminal justice system and community policing.

• Instill common sense gun reform like universal background checks.

• Surging intelligence operations to prevent terrorist attacks on any scale against us and our allies.

• Continue diplomacy around the globe.

• Do everything we can to restore peace in Syria.

by Paul Samaha, Oct. 11

 

Then came election day...

« We shouldn’t normalize Trump :

he is not normal »

Hi Nicolas,

As you can imagine I am very disappointed and distraught over the November 8 elections. The unthinkable happened, and it is getting scarier by the day. I am first and foremost heartbroken on Hillary’s second run at the presidency being shattered. She would have been an incredible leader for our nation in a very urgent time, and we needed her more than ever. Donald Trump not only is a temperamentally unfit president-elect, but the staff he is hiring is showing to be even more terrifying. Just yesterday he hired an anti-Semitic, white supremacist – Stephen Bannon – as his top adviser.

I do not have much confidence in our nation coming together. I am from Virginia, a moderate state that voted for Hillary by a small margin, and those who live in urban areas are upset. But I currently live in California, a very democratic state that voted for Hillary by more than 60%. The citizens here are furious. There has been protests with thousands of people every day and night. Rural white America is celebrating, but the rest of us are terrified and angry. We do not feel that we will be represented under a Trump administration. That especially includes minorities that Trump and his team have continuously attacked – women, muslims, Jews, black folks, the LGBTQ community, Mexicans and more.

I realize that Donald Trump is our president-elect through the electoral college process we have in the U.S. However, this process is not democratic. If our elections were truly democratic, Hillary would have won. She won the popular vote. It is estimated that she will win the popular vote by more than 2 million votes. This is incredibly noteworthy when we say that Donald Trump does not represent us – the majority of our country did not vote for him. I have little faith in how Trump and his team will lead America, let alone unify. I cannot imagine him responding to terror attacks, to police brutality, or to mass shootings. I am even more frustrated with Americans and the media for continuing to "normalize" him. This isn’t normal. This presidency, this administration, this platform isn’t normal. Nothing can take that away until he is out of office. The further this presidential transition goes, the more and more I see striking similarities between the U.S. under Trump, and Germany under Hitler. We must not forget history, for it will repeat itself.

Nov. 16

 

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Frank McEnulty

« We have over 300 million people

in this country... and this is

the best we can do ? »

Could you please introduce yourself ?

My name is Frank McEnulty and during the 2008 Presidential election cycle I ran as an independent candidate for president of the United States. I was the New American Independent Party presidential candidate and the vice presidential candidate for the Reform Party. Currently I am a full-time Finance and Management Professor at CSULB and CSULA as well as a Financial and Management Consultant.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

I would rate President Obama fairly low on the scale of Presidents. He came into office making more promises than most and failed to deliver on very few of them. Many blame that on the Republicans, but if he was a true statesman and politician he would have figured out a way to work with the opposition and get things done just as past Presidents have done.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ?

No, I do not think we are better off than we were 8 years ago. Yes, the economy may be in better shape, but as a nation we are far more divided than we were 8 years ago and while that is not all the President’s fault, as our leader, he has done very little to make Americans feel better about the direction the country is perceived to be going.

Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

Most Americans have no clue how the world views us and don’t really care, which is a shame as we are all part of the same world and what happens in one part of the world is far more likely to affect where one lives than it ever used to in the past. I believe we are less respected on the world stage than we used to be for two reasons. One, we are seen as having a fairly weak and ineffectual leader and you are judged by the one in charge. Second, the clowns we have as our two main candidates must have most of the world wondering just what the heck is wrong with the U.S. these days.

How do you feel about the current electoral season ?

See above and, quite honestly, it is a disgrace. Our news media no longer wishes to report the news, but help make it. Both of our main candidates (and quite honestly most of the candidates this year) are a complete and utter joke. We have over 300,000,000 people in this country and this is the best we can do. Obviously something is very, very wrong with the system and the electorate.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

Although I would prefer Trump to be President because of the current and upcoming vacancies in the Supreme Court, he also makes one worry that he truly is crazier than a loon. Hillary on the other hand is a criminal and should be prosecuted, but she is the anointed one of the Democratic Party and the news media so no one will touch her. So no, neither on is fit.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

Hillary will become President and little will change in Congress. The Congressional districts are so well Gerrymandered that it is extremely hard for any real change to occur and people really aren’t mad, upset or uncomfortable enough right now to demand real change.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

Having a President who truly represents all Americans and works for what is best for all Americans and not just what is best for their party to get more votes.

by Frank McEnulty, Oct. 15

 

Then came election day...

« The office of President

changes people immediately.

Let’s give him a chance ! »

How do you feel about the results of this November 8 elections ?

My first thought was one of surprise. Never thought Donald Trump would win given that most of the media in the country were doing everything possible to get Hillary Clinton elected. What is sad now, however, is that people are acting like babies throwing a tantrum. They didn’t get their way so they are going to scream and shout.

Are you confident the nation will be able to come together without major hardships after this polarized election, and under a Trump presidency ?

Sure, it always does. This is America, people still want to be here and the people of the country are what makes America what it is, not the politicians. There are hateful people on both sides of the aisle, but the vast majority of people just want to get on with their lives and want a government that they feel works for them. Beyond that, who’s in charge is far from the most important thing in their life.

In the most honest and balanced way possible, how would you assess Hillary Clinton’s impact and legacy on American politics, and how do you feel about her as a person ?

Her impact will take time to judge. Granted she lost the most easily won election for President in recent history so they are really going to have to look at trying to get more in touch with the country before the next election. Hillary Clinton is, in my opinion, one of the most damaged candidates ever foisted on the American people by a major party. I say foisted, because the fix was in from the very beginning that she was going to be the candidate. There was no way the Democratic powers that be were going to let anyone run except her. She is also extremely unlikable and went out of her way to talk bad about large parts of the electorate making sure that they would be galvanized into voting against her.

In the most honest way possible, can you say now, as an American, that in spite of your feelings about him, Donald Trump can and "will" be your President ?

The office of President changes people immediately. I think everyone just needs to give him a chance, just like everyone was asked to do when Obama was first elected.

Nov. 10

 

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« A big bully, and someone who could

make things right again »

(...) I was very strongly against Obama. Not because he was a black-skinned man, but because of his character and beliefs. I knew he’d be bad for our country and was right. Never will I understand how he got re-elected to another four-year term. I also knew Obamacare would ruin lives for Americans and was too expensive and would never work... and I was right about that as well.

America is now 20 trillion in dept thanks to Obama. One of my close friends, who worked in a computer job for 15 years, lost his job. My husband's job has never been more stressful. Businesses everywhere are going out and people are losing jobs. The low oil prices are also hurting everyone in the oil industry, inducing more jobs losses. (...) Where my husband works, they just laid off several more people... Also, we were talking with a cell phone company, and its office is closing the first of November... she was helping us while knowing she had lost her job.

(...) I feel threatened by the Clinton and Democratic machine. My husband would lose his job if I told you everything. As for Obamacare, our Blue Cross Blue Shield insurance skyrocketed, and you wouldn’t believe how much more it costs each month to the company my husband works for as an accountant. They had to switch insurance companies and we got a very, very crappy one. They were still more in cost, but not as bad as Blue Cross. Thus, they wouldn’t cover anything ! If you needed something done, they would find every reason not to cover it. They said it was why they were affordable. Our out of pocket tripled !

Our daughter was in pain after having had her ACL knee surgery a year earlier, but the crappy insurance company refused to cover an MRI, even though it was recommended. Instead, she was told to go on crutches and pain killers. Eventually, our kind physical therapist did an ultrasound (for free) and could see that nothing seriously was wrong like a pin out of place, etc. from the surgery. She was given a shot many months later and of course, the insurance company wouldn’t cover it. Our local hospital increased the room charge from 50 to 500 dollars because she was administered a shot by a pa from another clinic and it took 15 minutes. The hospital said they have to charge more because they have to find ways to cover their money losses. Anyway, the good news is, that the company switched insurance companies yet again because of how bad the last one was.

Many people don’t have insurance through Obamacare because they "don’t qualify" but are in the most need of coverage. My friend, who is a single mother, makes too much money substitute teaching to qualify. She is too young, and yet is a cancer surviver who needs cat scans once or twice a year. If she didn’t work, then she might qualify for Obamacare. The cost for her alone (her son is taken care of by the state) is 400 per month. Her out of pocket is 8,000. Thus, why would she ever use her insurance ? So, she isn’t getting the cat scans and she is having to pay the penalty for not having insurance...

A girl we know lost her mother to cancer while in high school. Her father was an alcoholic and not part of her life ; he did pass away this winter. Anyway, she has to pay for her health insurance. Obamacare demands that the parents’ insurance covers kids up to the age of 26, but fails those kids who don’t have parents ! It’s insane... it’s falling apart, and the prices are continuously rising... this is the real consequence to idealism... this is the result of having Obama in office.

(...) On a scale of 1 to 10, I’d say Obama gets a 1, and is easily one of the worst presidents.

(...) All the crap that comes from Clinton, I can’t even tell you how scared and threatened for our livelihood in America... as a Catholic, as a conservative, as a female, as an American, as a mother worried about her kids and their future... too much to type... too much to say in a few words.

(...) I also do believe the media is corrupt, obviously. I can’t stand watching the lies and the cover ups and smears and hate coming from the leftists, elitists and media.

(...) I find comfort in knowing many democrats locally are voting for Trump. They can’t stand Clinton. I just know the heartland will vote for Trump. I believe the election is already rigged (voters who are dead voting Democrat, or voting several times, etc.), and that only those uninformed, those who want the free stuff promised, or the elitist and politicians and CEOs who want to stay in control of the country for continued power, and money, and to get God out of the way so they can feel even more powerful, will vote for Clinton.

(...) Donald Trump is the most fit to be president. (...) I don’t know the outcome for the election because there are so many factors and the devil is very powerful... evil truly exists.

Have you seen the movie 13 Hours about Benghazi ? Worth watching, this movie, so you realize that Clinton was at fault for what happened there... and the 4 lives lost. And Clinton’s emails were lost, and the coverup... and the corruption by Obama to help, and Clinton lying about the attack being because of a video... lying directly to the mothers who loss their sons, and Obama lied to the nation saying the attack was because of a video... all of it is one reason why one of my friends is voting for Trump. She also is a Christian and feels her faith is under attack. However, she works at a school and the teachers’ unions are of course against anyone who doesn’t conform to the Democratic party, so she could lose her job if she is outspoken as well.

(...) I always wondered how someone like Hitler came to power... wondered how come the people didn’t speak up for what is right and human respect. Unfortunately, I understand it better now. First, "they" discriminate against you through the media and your jobs/livelihood are threatened. Second, they take away God from your life. Remove God and prayers from schools, tell you that all religions are fanatical and no one is real ; then, they also take away your voice and your guns, so you can’t defend yourself. They elect governmental officials who dictate like a king and not a president and they of course go against the constitution of the people so that they can write their own laws as they are "better" than the people.

(...) We do not have respect globally, just look at the way the other countries, and especially terrorists, are behaving. Look at the true mass scales of human suffering, killings, truly horrific and inhumane... yet our Obama says things are just fine and even better... Clinton says the same... she is so fake, so phony, so weak, and is paid for every dishonest trade deal and does not care about human life. Anyone who can kill a baby as the head is coming out and call it a justified abortion has no conscience. She does not attend church. She is selfish and dishonest. She is evil and the people working for her are as well.

(...) Also... I don’t believe in man-made global warming ! The current electoral season is corrupt by the media, elitists, celebrities, and lazy fools.

(...) I have gay/lesbien friends... I respect Muslims (worked with one last year as she did an internship at the school) and I find most people very good... yet, I’m so scared Nic... I would never have thought people could be led astray as much as they have all around the world... but this is what it’s come to. A big bully, and someone who could make things right again...

by "J.", Oct. 16

 

Then came election day...

« Let’s stop with the lies about Trump now »

How do you feel about the results of this November 8 elections ?

I am very glad and relieved that Trump won the election for the president of the U.S. The Republicans also now control both houses as well.

Are you confident the nation will be able to come together without major hardships after this polarized election, and under a Trump presidency ?

The only way our country will come together is if the "press" or news media change their coverage of Donald Trump. The lies about his bad behavior need to come out. For example, he is not a racist. He has had friends that are black for many, many years. It was only when he ran for president did he get labeled a racist. Ben Carson, Herman Cain, David Clarke and many others have been his biggest supporters. Lie number 2, he was not mocking a disabled journalist. The few seconds they show Trump waving his arms was when he was talking about being flustered. The journalist who claimed to have been mocked is actually unable to raise his arms so there’s no way that Trump was mocking him, yet the media keeps saying he makes fun of disabled people. Lie number 3, he does not have bad temperament. He is simply not a politician and is not fake. He speaks like most of us do when we are passionate about making things better and he calls people out for being crooked or wrong. Thus, the truth is hard to face about the press, so they have made up so many smears and lies and unfortunately, people believe them.

A reporter would ask the question about Hillary Clinton and somehow, the lists of lies about Trump being a bigot, sexual predator, etc. came out in a list. It would have nothing to do with the answer about Clinton, in fact, there never was an answer many times. All the left would and could do was smear Trump and make up stuff. Another example is that 12 women made up stories about Trump sexually assaulting him, but none of them have been proven true. In fact, many of their stories have been disproved, but the press and the leftists continued to bring the women up. One woman claimed Trump bothered her on a plane that didn’t even take flight that day. There were many, many women who celebrated and supported Trump but were never mentioned. Did you know that Trump helped save the life of a former beauty contestant ? I watched her video about how amazing Trump was to her, but never did I see the coverage by the press, except one brief time on Fox News. Even Fox News would have guests (to keep it balanced) that would list off the litany of lies every chance they could get.

Thus, Trump is not a sexist, not a rapist, not a bigot or hater of women, not a deplorable person. Yet, we have college professors spewing the lies as well as the press so these people rioting in the streets have no idea on the truth. They are told to never watch Fox News and to believe the left and celebrities and movie stars and elitists and etc. Black Lives Matter is an example of true hate and racism. Most of the members of the riots will do anything for a chance to be in a riot and to yell and scream and claim to be victimized and are selfish and don’t even have a clue what they are doing. They have drank the Koolaide and probably paid to protest... their peers judge them if they don’t feel the same... their professors will be against them if they don’t conform and so the hate goes on and on... so very sad.

Thus, until these people get the truth and are no longer misinformed, then they will be causing problems and instead of being part of the solution.

In the most honest and balanced way possible, how would you assess Hillary Clinton’s impact and legacy on American politics, and how do you feel about her as a person ?

I’ve already described my feeling about Hillary Clinton. She is evil in my eyes. I hope she is brought to justice for the wrongs she has done, but ultimately, she will have to face God someday. I hope Bill Clinton and Hillary Clinton don’t ruin any one else’s lives and the Clinton Foundation be closed with the remaining money actually used for true charity only.

(...) Hope you can watch 13 Hours and then write me back on your thoughts about what happened at Benghazi while Clinton was the Secretary of State and Obama was the president. Then, realize that they lied about a video that caused it, Obama campaigned in Las Vegas, Clinton was sleeping and then more concerned about the rescuers upsetting the people in Benghazi by wearing American uniforms and also told them to stand down while the four Americans (including our Embassador) were brutally killed. Watch the soldiers heroic rescue mission they did by themselves in the movie and then know how they were discredited and silenced until Obama was reelected. Even now, very few know the truth about Benghazi which ultimately is why Clinton’s emails went missing.

Nov. 10

 

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Sarah Collins

« This electoral season has been

frightening... and I fear the next ones

could get even worse »

Could you please introduce yourself ?

My name is Sarah Collins. I am 21 years old and live in Los Angeles, California. I am a fourth year student at the University of Southern California studying broadcast journalism and political science. I attended the Democratic and Republican National Conventions this summer for a journalism course.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

8.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ? Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

America is significantly better off now than it was eight years ago. Obama took office right before economic collapse, which was in large part due to the Bush administration and a lack of governmental oversight of the American banking and real estate industries. Given the circumstances, he did a considerable job of helping to improve the economy, even when he made decisions that were not always the most popular. He revitalized the auto industry and cracked down on Wall Street with the Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act.

Concerning Obamacare, yes it has some major glitches, but its effort is commendable. The next administration should continue to improve it so that all Americans can benefit from single-payer healthcare.

The Obama administration has also done much to combat discrimination. It struck down the Defense of Marriage Act and "Don’t Ask; Don’t Tell", signed the Fair Pay Act, and passed the Fair Sentencing Act. However, I think it could have done considerably more to address police brutality.

It has also made great efforts to make our nation more sustainable and environmentally friendly. Obama signed the Omnibus Public Land Management Act, created a National Ocean Policy, amended the Clean Water Act, rejected the Keystone XL Pipeline, raised fuel efficiency standards, and invested in green energy.

He has also done much to make the role more relatable. Obama lives in this kind of perfect balance in which he is both respectable and relatable simultaneously.

Discounting this entire election season, I think America is much more respected now than it was eight years ago. Bush led the nation into two highly unpopular wars when we had no right to enter them in the first place. Obama has been far more cautious and judicious in his international relations policies, resulting in more strategic and less harmful methods of foreign policy.

How do you feel about the current electoral season ?

This electoral season has been frightening. It is an example of how a Presidential Democracy can be usurped by a populist movement. Obviously, I would have been ok if that populist movement moving toward power were that of Bernie Sanders’ camp, but we are facing a possibly authoritarian type leadership that imposes the dangerous "us vs. them" mentality, them being women, people of color, non-Christians, and Democrats. I hope that this will serve as a wake up call for Americans, but, more realistically, this will be the first in a series of dangerous demagogues attempting to rise to power, and I imagine Donald Trump will look relatively mild in comparison.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

Hillary Clinton obviously. She is the most qualified candidate in history to be President. The black marks on her record are obviously not good, but they are unfortunately the norm for run of the mill politicians. I personally voted for Bernie Sanders in the California primary, but I am still more than happy to vote for her in November. I have confidence that she will do a superior job of running the country.

To put it nicely, Donald Trump is a sexist, racist, elitist, horrific pig, and a moron. He does not do conservatives justice and is not at all representative of mainstream G.O.P. values. Unfortunately, his candidacy has pulled many Americans further to the right. The G.O.P. has a serious identity crisis to fix come post-November.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

I think Hillary will be elected President, and I think the House of Representatives will turn blue. I think the Senate will remain in the hands of the Republicans.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

America needs to find a way to re-invigorate the middle class, create more governmental transparency, improve public education, take significant steps to help the environment and move toward renewable energy sources, get big money out of politics, crack down on corporations, figure out ways to productively use the Internet of Things, strengthen domestic and international security, improve race relations, narrow the gap in gender inequality, de-polarize politics, and create sensible gun control laws.

(...) I hope that the Obamas, Joe Biden, Bernie Sanders, and Elizabeth Warren continue to play an important role in domestic and international affairs.

by Sarah Collins, Oct. 17

 

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Tiana Lowe

« The DNC actively colluded

with the media to push Trump forward

as the GOP candidate »

Could you please introduce yourself ?

I’m studying economics and mathematics at the University of Southern California. I’m also the editor of The Tab at USC and the USC Economics Review, as well as a freelance journalist.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

I would consider Obama’s presidency an overwhelming failure on three main counts. First and most importantly, his evacuation of the Middle East following by support for certain Arab Spring dissidents crafted the power vacuum and sociopolitical destabilization which led to the rise of ISIS. Second, Obamacare has been an undeniable failure practically by design, as mandating the purchase of goods from an industry already headed towards collusion and oligopoly is structurally bound to enforce skyrocketing premium prices and thus the dominance and control of the insurance cartel over the American populace. Finally, Obama’s use of executive orders and politicization of the DOJ and FBI, as well as his unwillingness to compromise with Republicans, directly led to the most divisive and socially destructive election in American history.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ? Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

America currently has the lowest labor force participation rate in 38 years. He blew out the deficit in his first year in office. GDP growth is close to stagnant. More than a million Americans are about to lose their Obamacare because insurance companies are pulling out of the market. Obama has done nothing to halt or even slow the the countdown to the Social Security time bomb, in which only two Americans will have to pay for a single Social Security recipient. In addition, our foreign policy weakness and blunders have allowed Putin to reestablish the Russian Federation as a global superpower, and ISIS (which Obama once referred to as the “JV” or junior varsity team) has committed massive human rights violations including murder, torture and rape against millions, mainly Muslims in the Middle East. I think that America is not better off, and according to Real Clear Politics, approximately seven out of ten Americans agree with me.

How do you feel about the current electoral season ?

In both George Washington’s Farewell Address and Alexander Hamilton’s Federalist Paper No. 9, the Founding Fathers warned us of the dangers of factionalism over principle. This election cycle has demonstrated a complete institutional disregard for honesty, principles and the rights of the people. The DNC and Podesta WikiLeaks have demonstrated that not only did the DNC effectively rig the election to edge out Bernie Sanders, but it also actively colluded with the media to push Donald Trump forward as a “Pied Piper candidate”, because they knew they could beat him. Instead of accepting the far more publicly popular Sen. Marco Rubio, the natural frontrunner and principled politician of the race, the DNC likely used their demonstrable power over the media to supply Donald Trump with the equivalent of $1 billion in free media coverage during the primaries.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

I believe that both Hillary Clinton, on the grounds of breaching federal protocol and compromising our national security, and Donald Trump, on the grounds of multiple counts of sexual assault, both belong in prison, not the White House.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

Hillary Clinton will be the 45th president of the United States. Republicans will lose the Senate, but likely keep the House.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ? Would you like to be a part of it ? Please tell me.

The U.S. Supreme Court and the States must protect the dissolution of our Constitution as the Clinton administration follows Obama’s trend of expanding the powers of the Executive Branch. Congress must replace Obamacare with a free market alternative which incentivizes health care providers on a local level to enter concierge care collaboratives to promote preventative and holistic care and encourages more insurance providers (as opposed to Obamacare, which drives providers out of the market) to enter the market and provide disaster coverage with low premiums and high deductibles. Both the federal and state governments must repeal damaging regulations which greatly inhibit long-term job creation. The Middle East must be stabilized, and the federal government must phase out our current Social Security bubble as to not bankrupt future generations. In addition, other states would be wise to observe Washington state’s bipartisan carbon tax initiative and appropriate it if it’s found to be successful to help halt global climate change.

by Tiana Lowe, Oct. 18

 

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« Hillary Clinton should not even be

a free woman »

I am a 54-year-old, white-collar working woman. I have a family I adore and a grandson, who is a huge blessing to me and my family. I have worked at my job for 23 years and counting. I am a homeowner, divorced (15 years), with two grown children. I am currently, in a relationship with an amazing man with many similar interests. I am a Catholic, and proud of my faith. I am a very opinionated woman who can be brutally honest. I believe life is a journey, with many bumps and curves along the way. It is only through faith and tenacity that we survive it at all. My ultimate goal is to one day meet my lord and savior and see my dad again !

I am currently registered as a Democrat. I honestly went that route in the 80’s and have never changed affiliations. (...) I was a senior in High School (12th grade) and as part of our Government class, we registered to vote. I chatted with my dad - honestly I HATED Government class... lol. And at the time, he was a Democrat too. My dad was a strong, faithful man that I looked up too for his knowledge about life and country and his beliefs in God. I was born in ’61 and there’s one event in our history I still carry with me. When President Kennedy was assassinated in 1963 I was not quite 2 years old and I remember my dad crying about it. I’ve asked myself WHY I remember that so vividly when I can’t remember yesterday... It obviously touched my core to see tears in my dads eyes. He has passed on and I guess it was still a part of me for some reason... Quite a while before he died too he had registered as a Republican... I just never did. Sometime soon I will re-register and become an independent. I think the Rep/Dem parties are ridiculous and I just follow my heart when I vote anyway. I’m NOT one to vote STRICTLY with party affiliation. I’m more conservative than the Democratic Party, for sure.

My country, who is now led by President Barack Obama, has an election coming up soon ! I thought that 8 years ago, we would see a bright future, with President Obama ; I was sadly mistaken. Washington has thrived on its corruption and has divided this country regarding race, religion and the liberty of its people. We have a failed national health care plan that cost this country billions to introduce. Premiums are beyond affordable for most if not all Americans. A typical monthly premium is approx. $1500.00, with exorbitant deductibles ! I would say on a scale of 1-10, this man has failed big time, and sadly I’d say he’s about a 2 on the scale of success in his presidency. He has divided this country’s people according to race, gender and employment. His acceptance of illegal immigrants who get a higher education for free over our citizens is appalling ! Our country teaches them to fly planes to destroy people’s lives. I could go on and on, but I will spare you the gory details.

I personally lost a relative in the 9-11 terrorist attacks. This man and his Secretary of State Hillary Clinton have made this nation a laughing stock to the rest of the world. We deny support for our troops both in battle (Benghazi) and on our home turf. With the elections coming up this November, we have seen the remanents of corruption at its finest within our Washington elitists. Any American, who would have done the very same thing, as President Obama and Hillary Clinton did during their tenure would have been sitting in prison !

So I guess you can understand, that I believe Hillary can’t and should not even be a free woman, and certainly not be allowed to run for the highest office of my country. Donald Trump is an arrogant ass, but he owes no favors. He has no agenda except to make this nation great again. He truly, in my opinion, wants to make our economy strong, our borders secure, and our businesses brought back to the states and create job growth ! I truly pray Mr Trump wins this election. However, corruptness will stand in his way, re: voter fraud.

Our nation faces a very crucial time. Our freedoms of religion, speech, and our right to bear arms are all being attacked. The human sanctity of life is on the fence, re: abortion at 36 weeks (?!?). I was a preemie myself, born at 28 weeks gestation. But we are talking, if a mother wants to abort her child at delivery, it could be allowed. God help this nation ! 

by "Madisyn Justice", Oct. 19

 

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« To see even one face of a woman

amongst the presidential portraits

would have a ripple effect on little girls »

Could you please introduce yourself ?

I’m 31, a single mother working as an Account Director for a digital marketing agency in the U.S.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

I would probably rate him as an 8. He has accomplished quite a lot in the context of difficult circumstances. I would say his greatest achievement is the improvement in our diplomatic relations. He stepped into the Oval Office after it was vacated by a president who often didn’t seem 100% sure of what he was doing. Obama is level-headed, rational, and intelligent, and I feel he has improved America’s reputation overseas.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ? Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

Yes. Absolutely. But I feel there is still a need for improvement. The world is not going to forget about America’s missteps just because we had a good 8-year run.

How do you feel about the current electoral season ?

I feel awful, haha. I keep thinking that it is a nightmare from which I will awake at any moment. I cannot believe that Trump is the basket into which the Republicans decided to put all of their eggs. He is sexist, racist, and xenophobic. He is an unchecked capitalist, pompous and easily angered. I believe that the strength of our country lies in our diversity, and Trump seems to wish everyone was like him.

I’m sure there must be a worse candidate for president than Donald Trump, but I can’t think of one offhand.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

As The Atlantic has already said, rather eloquently, Hillary is one of the most prepared candidates ever. Due to some of the scandals she’s been associated with, she is not my first choice for president. However, she is extremely experienced, thoughtful, composed, and deliberate. I believe she will continue to improve our diplomatic relations, and that she will surround herself with expert advisors that will help her steer our country for the next four years.

Additionally, while I would never vote for someone based soley on his or her gender, if Hillary is elected, this will be a win for girls everywhere. Think about the stark contrast in experiences between a little girl and a little boy when they are looking at portraits of all our presidents. To see even one face of a woman amongst those portraits will have a ripple effect.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

Hillary will be president. It has to be Hillary. This is the first time I have ever truly worried about what would happen if the opponent opposing my own pick were to win. In the past I thought, "I hope my candidate wins, but if the other candidate wins, things will be more or less okay."

I do not foresee America even being "okay" if Trump were elected - let alone "great."

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

The gap between the "haves" and "have nots", the rich and the poor, is extremely concerning. We have to do more to level the playing field in America for women, minorities, and low-income and no-income citizens. If you systematically oppress a group of people for years upon years, revolution is inevitable. We need immediate and tangible actions from our government and society as a whole. Otherwise, the violence in this country will continue to grow.

The American dream may still be alive, but it is coughing and choking and stumbling around on the days it can even manage to get out of bed.

by "H", Oct. 21

 

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Beth Gearhart

Beth Gearhart with her husband Roger.

« People excuse Trump’s behavior

because they hope he will do what he

abruptly says and change things »

Could you please introduce yourself ?

I am almost 73. We have been evangelical missionaries for years. First with American Indians, then a year in language school in Annecy, France, then 4 years in Abidjan, Ivory Coast, West Africa. Back in the States, we continued in ministry and began a food ministry we ran for 15 years, feeding 10,000 a week. We retired 9 years ago and moved 50 miles south of Colorado Springs, CO. I now mentor young women and counsel at church. My husband is now disabled.

We have lived a full and active life.

We have always been very involved in politics and very informed. Our kids have also been informed and active.

I speak enough French to get along, but write terrible. I also read fairly well. It has been 25 years since we were actively speaking French, so have sadly lost a lot.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

1 - if that high !

I believe he became President because he is black. I would vote for a Black, but would not vote Black just for color. I vote principal and character ! Sadly, most American Blacks voted 'Black'.

Obama never even worked ! A community organizer and politician !

He has done nothing but divide our country. We had come a long way with race relations and he has thrown us back to before civil rights. From the beginning he pitted group against group. Rich against poor, Black against White, Christian against Non-Christian. There were obvious prejudices.

There were Black thugs intimidating Blacks and Whites at the polls and his Justice Department threw out the charges. We have had lots of riots and burnings of Black businesses and looting, by Blacks. Each time a policeman shoots a Black, the Blacks riot. Even if it is a Black policeman and even when their actions are justified. Yet the Black on Black crime is totally out of control. It is like that doesn't matter. Look up Chicago, Illinois statistics on Black on Black crime.

Obama is for gun control ! Chicago has just about the strictest gun control in the country and yet the murder rate is one of the highest in the country ! Because they are mostly black, no white dare touch it. Only Blacks can talk about Black on Black crime. If I talked like this to our media, I would be called a racist ! (Yet we were missionaries in Africa, we are not prejudiced !)

I find this politically correct speech a way to control free speech ; sadly, it works !

Obamacare is a huge mess. Government is now saying it will implode in 2017. Clinton says she will fix it ! So, government creates it, now will fix it ? Prices and deductions have increased a lot ! It really is a way to redistribute money ! The workers provide for those who do not work. Either by choice or not !

We need to give hands up, not hands out! Help those who need help, not those who choose to not work.

Obama has spent more money than ALL our past Presidents combined. How long can we sustain this debt ! If China calls in our loans, we will bankrupt. I believe something will happen to make us like Greece. We are being warned constantly. Something will cause us to go over a cliff. The whole world will then suffer.

The illegal immigration problem is another whole set of issues. Rampant crime, our border guards are made to release illegals, all the time handing out our resources. Not vetting Muslims, you should know about that ! The religion of peace ? If only 10% are terrorists, that is millions !

Obama has no respect for our laws. He either works around them or issues executive orders or just ignores the law and goes to court ! It takes years to settle, meantime people suffer under his orders. Take bathrooms in public schools and military and any public building. No separation of the sexes in bathrooms or showers. If you 'feel' you are a woman, even though you have male genitalia, you can shower and use women/girls bathrooms. The military is now with NO divisions.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ? Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

Absolutely not on both questions. More people out of work than in the Great Depression in the 1930’s. More people on food stamps and entitlements ever. Morality is almost non existent. Everything goes now days with absolutely no concept of right or wrong. We live in hypocrisy. Can’t give an aspirin to a sick kid without all kinds of legalities, but you can take a young girl for an abortion. A sexual abuser goes to prison, but CAN use the same bathroom as young girls. It is crazy !

America is laughed at globally. Our word is no longer valid and Obama is weak and has no respect. Our military has been degraded and demoralized to where I wonder if we could even defend ourselves.

How do you feel about the current electoral season ?

Ashamed and embarrassed. America is a divided country between Liberals/progressives and Conservatives. Most of us are sick of an entire year of lies, distortions and monopolizing of all media.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

Neither. Clinton especially. She has a record of lying, the whole Benghazi episode was disgraceful. Records indicate she knew the facts and still lied. The Clinton Foundation is a bribe scheme. Financial reports indicate around 9 percent goes to actually help people. The Clintons have enriched themselves with bribes for contracts. There are literally over 50 deaths associated with Clintons, mostly suicides (supposedly). She is pro-abortion even up to the day of birth. She is also anti-guns (except for HER protection). She constantly lies and Wikileaks is now proving that almost daily. There is more, but I won’t bore you further. I will never vote for a murderer of babies.

Trump says he is anti-abortion and will straighten out the economy and also vet illegals more and stop Muslims. Because he has never been a politician, how do we know ? He is an arrogant buffoon. I am really concerned about his NOT being able to accept criticism in any way. He appears vengeful and unforgiving. To me he is another dictator like Obama, only white and on the Right. I may like some of what he will do, but he scares me.

Both are scary !

I will hold my nose and vote for Trump. He will offer the most freedoms to Christians. (...) My most important reason for voting Trump ? The Supreme Court ! He has already submitted constitutional judges names ! Clinton will appoint Liberal judges who do not interpret the constitution, but legislate from the bench ! These choices will change the direction of our country for decades !

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

I think Clinton will win. Many things Trump says are true. The media is 96% Liberal and endorse her. I also know of the cheating in elections, we even had it in our small town of 40,000. What people like about Trump is that he says it like it is ! No finesse and blunt. People are sick of lying politicians and government corruption. They excuse his terrible behavior because they hope he will do what he abruptly says and will change things.

Congress may continue to be Republican, but they seem afraid to do their job ! They rarely stopped Obama. He operated like a dictator who ruled by executive fiat and they bowed down.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

Depends on who wins. More and more corruption with her. More and more illegal immigrants, more terrorism in the US and more and more entitlements, which are traded for Democrat votes ! I look for the economy to crash, more and more debt and less and less people working.

Trump might give us a small reprieve but I believe we are headed down. I believe he would help our country the most, but would not bet on it !

Pretty sad ! I have zero faith in our present government. But truthfully, I don’t think our answers are more or less government. My faith is only in God.

You certainly don’t have to wonder what I think ! I defiantly have strong opinions, but no power except for my voice and vote !

"Je voulais vous remercier pour votre gentillesse."

by Beth Gearhart, Oct. 24

 

Then came election day...

« I’m most excited about what

will happen with the Supreme Court... »

How do you feel about the results of this November 8 elections ?

Ecstatic, excited, hopeful ! Like most others, I was surprised when Trump won the election and yet why was I ? Because our media (newspapers, television and internet) all were convinced that Clinton would win. They espoused these beliefs for the last year, even though Trump drew bigger crowds consistently with thousands who stood outside. The ONLY ones I heard that repeatedly said to : "Not believe these reports" were conservative radio personalities. They explained how the outlook was rigged and reporting and polling were dishonest (and why). Guess they were right !

I am most excited about the Supreme Court possibilities ; judges who actually follow the constitution instead of legislating from the bench. With the number of judges that Trump will have to replace, this should protect our country for the next 40-50 years.

I am excited that many of Obama’s executive orders will be thrown out. Such things as opposite sexes sharing bathrooms, putting our most vulnerable at risk.

I am excited to see new jobs produced, the pipe line completed, fracking restored, infrastructure actually repaired, taxes reduced, the EPA reined in, illegal criminals and gang members exported, a border wall constructed, and our armed services built back up. To name a few !

Trump says he will take few vacations and NO salary ! This shows that he is truly wanting to represent ’We the People’ and "Make America Great Again !"

Are you confident the nation will be able to come together without major hardships after this polarized election, and under a Trump presidency ?

Confident, No. We are seeing demonstrations that are sometimes turning into riots, fires and destruction. As a nation we have coddled some of our young people and many are living by emotion rather than by their brains ! When many are interviewed they express fear of ’tomorrow’. They don’t seem to realize that 50% (or more) of the United States went through the same emotions when Obama was elected twice and yet Republicans did not demonstrate or become destructive. We just put on our big boy pants and got on with life. We certainly did not like many, many things that Obama did - but we survived. They too will survive. When we hear of therapists, therapy dogs and arts and crafts being provided to ’soothe’ them, most of us laugh. Ridiculous ! I can’t imagine how some of these young people can survive and wonder how they have been raised to believe they can always have what they want and throw temper tantrums when they don’t get it.

As a nation, we need to give Trump a chance ! Most young people remember nothing except Obama and have been raised and coddled in our liberal schools and colleges and they may find out they will like a lot of what Trump does !

Time and history always show us which way is the right way. We will all wait and see.

In the most honest and balanced way possible, how would you assess Hillary Clinton’s impact and legacy on American politics, and how do you feel about her as a person ?

I can be honest about my perspective, but I doubt very balanced. I am sorry to say I do not have one good thing I can think of to say about her or her legacy and believe history will show my perspective to be true. Investigations are not complete and I imagine much more will come out regarding her behavior and dishonesty. WikiLeaks have almost daily produced the truth via e-mails hacked, which prove what we’ve always suspected to be true. I find it ’normal’ that the Democratic party make the issue ’who hacked’ rather than the truth of ’what they hacked’.

Obviously, I regard Hillary Clinton from a Republican perspective. I am so glad she is GONE. I remember nothing but bad things, the lies and manipulations. The lie about the helicopter she was on and she claimed she had to dodge bullets (proved to not be true) the lies about Benghazi she told grieving parents, the lies about her server and e-mails and the manipulation of a foundation/charity that the Clintons used to enrich themselves by accepting huge donations and speaking fees from foreign countries.

She is what I would call an elitist who believes she is better than anyone else and ’we the people’ are just here to serve her. She claims she is for children and women, but she would allow a child to be murdered in the womb the day before it is delivered. She had no problem taking money from Middle Eastern countries who give women NO rights and we never heard her talking out against the horror some Middle Eastern women experience. She claims she is for the LBGT community and yet I never hear her speak out against the treatment they experience in the Middle East.

I hope this woman is gone from the political scene forever.

Nov. 16

 

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Eileen Bastianelli

« America never stopped being great »

Could you please introduce yourself ?

My name is Eileen Horowitz Bastianelli. I’m American and have been living in Paris for soon to be 29 years.

I grew up in Los Angeles and came to Paris right after I graduated from Berkeley. I am an advisor to C-suite executives in Entertainment, Advertising and Tech. And I produce content from time to time. In 2008, I was asked to produce a PSA to get Americans outside the US to vote. There are 8.7M of us.

In 2012, I set up and ran the Social Media initiative for Democrats Abroad worldwide. Democrats Abroad is the official arm of the Democratic Party outside the US. I stepped down in 2014 but remain very involved in rallying those of us overseas to make our voices heard. Those of us living outside the US have a very different perspective on what goes on back at home. What happens in the US affects us all. And I believe that in this election cycle it is more the case than ever before.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

9 - but I was always told never to give a 10 out of 10.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago? Is America more respected now on the global stage than itwas 8 years ago ?

In my opinion, America is clearly better off now than 8 years ago. When Obama took office, the US was in a terrible state.

He inherited the worst financial crisis since the Great Depression. Since that time, there have been 75+ months of economic growth. The stock market has reached record highs. The Federal budget deficit has shrunk by nearly 2/3. Unemployment has been cut in more than half. Income taxes are as low for the vast majority of Americans as they have been in more than 50 years. America is no longer dependant on foreign oil. And while many complain about terrorism, which has become a major issue on a global scale these past years, there has not been one successful attack by Al Qaeda on US soil since Obama was elected. And there are fewer American troops on the ground outside the US than in decades. The US car industry was about to become defunct in 2008 and today it is flourishing. And shall we talk healthcare ? While the Affordable Health Care Act has a long way to go until it is running efficiently and smoothly, millions of Americans are now insured and healthcare costs have stopped spiralling out of control.

And as an American living overseas, I became proud again to say be an American. That is, until Trump came onto the scene.

How do you feel about the current electoral season ?

I am embarrassed. I am sad. I am frightened. I am horrified to see Americans looking at one another with distrust. And I am angry that this has turned into a reality show with the whole world watching.

In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President : Hillary Clinton ; Donald Trump ?

I think that Hillary will make an incredible President. She is qualified. She is tough. She has withstood 30 years of vicious, sexist attacks from all ends. And not only is she still standing, she is going to make one incredible President. And her policies are sound. She has incorporated essential elements from Bernie’s platform while retaining a realistic and solid economic vision.

As for Trump, I think is he an utter disgrace. Incompetent. And has brought out hate in a way I had never imagined we would ever see again in America. I would add that this is what makes the 2016 electoral cycle drastically different than any other before. Usually, there are two candidates with two more or less different political viewpoints. Differences on policy. And with my Republican peers, we could simply “agree to disagree” on X or Y issue. That is not the case in this election.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

No presidential race is ever over until the day after the elections. But as the mother of two daughters (who are both voting for the first time in this election !) I am hopeful we will be able to, for the first time in US history, speak about Madam President.

As for the Senate, Trump’s shenanigans will likely have major impact all the way down the ticket and I am confident that we will take back the Senate.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

The first challenge, in my view, will be to heal from this insane campaign. Learn to love and trust each other again. Also to hope that the voice of the people with regards to the “status quo” will be heard. Trump based his campaign on “making America great again.” America never stopped being great but we will have to heal again as a nation to be able to deal with the challenges that face us as a country including terrorism, education, healthcare, equal pay, and healing our reputation outside the US from the events of this electoral campaign.

by Eileen Horowitz Bastianelli, Oct. 27

 

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« The media have become Democratic

Party operatives with bylines. »

Could you please introduce yourself ?

I am a lawyer, age 55, with three kids. I live in Atlanta, Georgia.

On a scale of 1 to 10, how would you rate President Obama’s tenure as President ?

1. He would get a zero except that he was the first person to break the race barrier as President, and he killed Osama bin Laden. Beyond that, he has been a total failure. He hates America in his heart, which means that he always takes sides against America. He hates freedom, the rule of law, free enterprise, individual responsibility. By design, he has manipulated and engineered every situation to make people believe that only Democratic Party-led government is a solution. He has no respect for political principles, and turns everything into partisan warfare. Isolating people with whom he disagrees, like a Saul Alinsky militant. He has encouraged racial tensions. He is a deliberate divider, to turn American against American, and make everyone hungry for handouts from the State. He is not a uniter. He is a crusading egotist, who cannot let one public moment pass without referring to himself in the first-person as the great change agent. He stands for nothing except total Democratic power and control over every aspects of life.

In your opinion : Is America better off now than it was 8 years ago ?

Worse. See above. Our economy spent another 8 years in recession. We have withdrawn from the world stage. Our military is degraded. We do not stand for freedom and opportunity. We do not take necessary steps to defeat ISIS. We dislike and distrust each other. The media have become Democratic Party operatives with bylines.

Is America more respected now on the global stage than it was 8 years ago ?

Less.

How do you feel about the current electoral season ? In the most honest way possible, do you believe the two following persons would be fit to be President: Hillary Clinton ; Donald Trump ?

It is horrible. Clinton and Trump are both disqualified from being President. Hillary is corrupt. She released state secrets through her e-mails, and laughed at the need to keep intelligence secret. She and her husband enriched themselves, selling government access and influence to the highest bidder. Hillary stands for nothing except Democractic Party power. Trump is a moron. He does not understand the first thing about politics, statesmanship, grace, or dignity. He is a comic book figure. It is a choice between two evils. In this battle, I will be voting for Trump, for three basic reasons : He seems to believe in American power and righteousness, to deal a death blow to ISIS (the number one danger). Second, he will appoint conservative Supreme Court justices. Third, and most important, he will be passionately investigated, reported on, and opposed by the American media. For the first time in a long time, we might have a press which actually does journalism and leads to a national discussion on the proper powers of the Presidency.

What do you think will be the outcome of this November’s Elections (for President and Congress) ?

Hillary will win the Presidency. The Senate and the House of Representatives will remain Republican.

What do you feel will be the most crucial challenges facing America during the next four or eight years ?

1. Fight against Islamic terrorism.

2. Ceding influence to China and Russia all over the world, leading to global chaos.

3. Orwellian government led by corrupt mandarins chosen from among the Democratic-crony capitalist-media elites.

4. “Open borders” immigration leading to an influx of people who have no identification with American principles of limited government, free markets, individual responsibility, and the rule of law.

5. A stagnant or declining economy caused by high taxes, low interest rates, government control, anti-business ideology.

by "M.A.", Oct. 28

 

What about YOU ?

If you wanna write your own story, the comments are open ! ;-)

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2 août 2016

Thomas Snegaroff : « Trump propose de rompre avec le "Siècle américain" »

Thomas Snegaroff, historien spécialiste des États-Unis, auxquels il a consacré de nombreux ouvrages, a accepté de répondre aux quatre questions que je lui ai proposées peu après la conclusion de la Convention démocrate. L’échange s’est réalisé oralement, le 1er août ; j’en ai retranscrit ici l’essentiel. Je le remercie pour ces quelques éléments précieux d’analyse, fort utiles pour une bonne compréhension de la politique américaine et des enjeux de cette présidentielle 2016 qui, à bien des égards, sera hors norme. À lire ou relire également, toujours sur Paroles d’Actu, l’interview que m’a accordée Nicole Bacharan au mois de janvier. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« Donald Trump propose de rompre

avec le "Siècle américain" »

Interview de Thomas Snegaroff

Trump Clinton

Source de l’illustration : http://www.atlasinfo.fr

 

Le match Trump/Clinton sera-t-il le match du « peuple » contre les « élites » ?

Non, c’est plus complexe que cela. Donald Trump n’est pas franchement un « homme du peuple » et Hillary Clinton n’est pas uniquement une personne de « l’élite ». Mais il y a de cela, dans la mesure où il y a en ce moment, aux États-Unis, et Donald Trump en est l’émanation, un rejet des élites, non d’ailleurs de toutes les élites, on parle essentiellement ici des élites politiques. Et par « élites politiques », il faut entendre « insiders », à savoir « establishment » ou « système » comme on dit en France. C’est un rejet réel, qui se manifeste notamment par la désaffection profonde qui frappe le Congrès - moins de 15% d’opinions favorables pour le travail du Congrès. « Washington » est devenu un gros mot aux États-Unis parce qu’il symbolise, outre la Maison-Blanche, avant tout ce Congrès honni.

Si les élites politiques font clairement l’objet d’un rejet, tel n’est pas le cas des élites économiques. D’ailleurs, Donald Trump s’attache à mettre en avant sa réussite économique, qui passe pour positive et est un atout en sa faveur. Toutes les élites ne sont donc pas rejetées, mais encore une fois le phénomène est parfaitement clair s’agissant des élites politiques et du « système » qu’elles représentent. Ce n’est pas nouveau aux États-Unis : ce rejet a des racines profondes et anciennes, mais on est certainement à l’heure actuelle à un point haut du phénomène, qui se traduit, à droite comme à gauche d’ailleurs, par la résonnance des milices, par exemple suprématistes blanches à l’extrême droite, ou encore de l’autre côté de l’échiquier, « Occupy Wall Street », il y a quelques années. Le succès de Bernie Sanders procède de la même logique : il traduit cette volonté de reprendre le pouvoir, prétendument confisqué des mains du peuple par une élite. Même si, pour ce qui la concerne, « Occupy Wall Street » rejetait davantage les élites économiques plutôt que politiques.

 

Trump président, ce serait vraiment le retour à une certaine forme d’isolationnisme, de retrait relatif de l’Amérique par rapport aux affaires du monde ?

Il y a effectivement un vrai fond isolationniste dans la politique qu’entend mener Donald Trump. Sur la politique étrangère, c’est assez clair, au moins en apparence. Il y a l’idée qu’il faut désormais faire payer les alliés de l’OTAN pour la préservation des bases américaines - la logique est très comptable et très peu « géopolitique » mais c’est ainsi qu’il voit les choses. L’idée également de passer par des alliances, y compris contre-nature, pour ne pas avoir à s’engager sur des terrains d’affrontement trop éloignés et mal maîtrisés.

America First

Logo du puissant comité isolationniste America First qui s’opposa avec véhémence à l’implication

souhaitée par le Président Roosevelt de l’Amérique dans la guerre contre l’Allemagne nazie, ce jusqu’à

l’attaque japonaise contre la base navale de Pearl Harbor, en décembre 1941.

Tout cela dessine effectivement les contours d’un isolationnisme. Avec tout de même, à mon sens, plusieurs choses à préciser. Ce qui est intéressant surtout en matière de politique étrangère avec Donald Trump, c’est qu’il est en train de proposer de clore ce qu’on appelle le « Siècle américain » né en 1941 sous la plume d’Henry Luce (influent magnat de la presse, il fonda et façonna notamment les magazines Time et Life, ndlr). En vertu de cet « American Century », l’idée était d’intervenir partout dans le monde pour diffuser les valeurs américaines, assurer la sécurité nationale. Désormais, l’idée, c’est qu’au contraire l’interventionnisme américain crée des insécurités sur le sol américain - ce qui n’est pas faux - et que finalement, c’est le message de Trump, les Américains ont plus intérêt à s’occuper de leurs problèmes chez eux plutôt que d’essayer de diffuser leurs valeurs. Ce qui signifierait aussi, au passage, que les valeurs américaines n’ont pas nécessairement à être diffusées partout et à tout moment, ce qui en soi constitue une vraie rupture historique, idéologique voire même philosophique.

Et puis, clore le « Siècle américain » c’est aussi, finalement, clore la Guerre froide. Avec à cet égard des propos très ambivalents sur l’OTAN, sur un rapprochement avec la Russie. Vraiment, on change là de logiciel, de grille de lecture. Le clivage avec Hillary Clinton est net : la candidate démocrate demeure elle très accrochée à l’actuelle grille de lecture, née il y a 70 ans voire davantage aux États-Unis.

 

L’Ohio se colorera-t-il du rouge des Républicains ou de bleu des Démocrates en novembre ? Quid de la Floride, à votre avis ?

Ohio

L’Ohio, c’est effectivement un État qui hésite souvent : 2012, 2008 il vote pour le Démocrate ; 2004, 2000 pour le Républicain ; 1996, 1992 pour le Démocrate ; 1988, 1984, 1980 pour le Républicain ; 1976 pour le Démocrate... On se rend compte assez vite que, quand l’Ohio se choisit un camp, c’est ce camp qui l’emporte à l’échelle nationale. Donc oui vous avez raison, cette question de l’Ohio est utile et nécessaire à analyser. Très souvent, on l’a vu, l’Ohio donne le vainqueur de la présidentielle.

En l’occurrence, cette année, on s’est imaginé que l’Ohio était promis à Hillary Clinton. D’abord parce que Donald Trump est fâché avec le gouverneur de l’État, John Kasich, avec le parti républicain de l’Ohio, on l’a vu à Cleveland lors de la Convention. Tout cela effectivement dessine un État qui pourrait paraître à la portée d’Hillary Clinton. Mais ce qu’on voit aussi, sachant qu’il y a eu beaucoup d’études sur l’Ohio récemment, c’est que l’Ohio pourrait finalement, et contrairement aux attentes - cela tient aussi au rejet de l’establishment que j’évoquais tout à l’heure - tomber dans l’escarcelle de Donald Trump. Celui-ci pourrait même convaincre des électeurs traditionnellement démocrates - des ouvriers en particulier. Un peu comme au temps de Reagan, on pourrait avoir, après les Reagan Democrats, les Trump Democrats.

À cette heure, les sondages restent très serrés. C’est forcément l’un des États qui seront le plus scrutés et analysés. Il représente 18 grands électeurs. On est en tout cas dans l’expectative... mais il n’est pas du tout impossible que Trump l’emporte et même que ce soit un peu à front renversé. En effet, on a vu récemment dans les sondages que les districts et les comtés qui étaient les plus acquis aux Républicains (et qui souvent sont très peuplés), les quartiers d’affaires et les quartiers plutôt chics, étaient plutôt du côté d’Hillary Clinton. Il y a donc une espèce d’inversion des valeurs. On pourrait avoir une inversion totale par rapport à 2008 ou 2012. En tout cas ce sera un État essentiel.

Floride

Source des cartes : http://www.50states.com

La Floride aussi sera un État crucial. Là, le vote latino sera nécessaire, essentiel pour Donald Trump, et aujourd’hui il se situe entre 18 et 23% du vote latino à l’échelle nationale, c’est insuffisant pour gagner la Floride : il doit faire mieux que Mitt Romney (le candidat républicain lors de la présidentielle de 2012, ndlr)... pour l’instant ça n’est pas le cas. D’autant que le candidat démocrate à la vice-présidence, Tim Kaine, est très apprécié des Latinos, et pas simplement parce qu’il est parfaitement bilingue. Aujourd’hui, Trump est un repoussoir pour le vote latino. Ce sera difficile pour lui en Floride... un enjeu forcément important en tout cas (29 grands électeurs, ndlr).

 

Trump président en janvier 2017 : quelle probabilité, à ce jour ?

Clairement, aujourd’hui, c’est une possibilité qui existe. Si je me fie aux analyses de Nate Silver, dont le site fivethirtyeight.com, qui est peut-être le meilleur site d’agrégats de sondages, d’enquêtes et opinions, etc., il considère, avec beaucoup d’honnêteté, que son modèle d’analyse des élections est absolument inopérant pour comprendre Trump. On se trompe souvent sur Trump, mais la probabilité est réelle. Il est aujourd’hui quasiment au coude-à-coude avec Hillary Clinton. Mais on hésite encore à le créditer d’une probabilité de victoire, tant elle semblerait tout même surprenante. Mais, effectivement, comme je l’évoquais sur l’Ohio, Trump parvient à séduire des démocrates, il parvient à séduire des indécis...

Cela dit, les derniers développements autour de ses propos sur la famille d’un vétéran musulman tué sur le front sont de nature à décrédibiliser le personnage, mais on a l’impression que tout lui glisse sur la peau, qu’il est une sorte de « Teflon candidate », un peu comme Reagan en son temps. Que quoi qu’il fasse, rien n’a de conséquence. Lui-même commentait cela il y a quelques mois, prédisant que s’il se positionnait sur la Cinquième Avenue et tirait sur quelqu’un, il ne perdrait aucun point dans les sondages. On a un peu cette impression effectivement. Mais la campagne est encore longue. Il y a des meetings tous les jours, l’argent va manquer... On a vu que les frères Koch (de gros financeurs de causes et candidats conservateurs, ndlr) étaient plutôt voire même totalement réticents à l’idée de soutenir sa campagne. D’autres, comme un Robert Mercer, pourraient le faire ; des fonds il y en aura mais peut-être un peu moins que pour Hillary Clinton, et on sait que c’est le nerf de la guerre.

On sait aussi que l’un des enjeux, ce sera les débats, il y en aura trois, en septembre et en octobre. On n’est pas à l’abri d’une nouvelle gaffe de Trump mais, encore une fois, on a l’impression que, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, rien ne l’affecte. On attend également les derniers chiffres du « rebond » Clinton après la Convention ; il ne faut en général pas en faire trop là-dessus mais, tout de même, il semblerait qu’elle ait gagné pas mal de points après la Convention - l’impact d’Obama, l’impact de Michelle, l’impact de Bill Clinton... Tout cela a des conséquences. (Note : les premiers sondages publiés dès le lundi 1er août confirment en effet cette tendance, ndlr)

 

Thomas Snegaroff

 

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8 janvier 2016

Nicole Bacharan : « Donald Trump donne des sueurs froides à l'appareil républicain »

Le 1er février prochain, l’Iowa, petit État du Midwest des États-Unis, se retrouvera comme tous les quatre ans au centre de l’attention nationale : c’est comme d’habitude dans l’Iowa que s’ouvrira le bal des primaires pour la désignation par chacun des partis des candidats à la présidentielle américaine. Le point de départ d’une année électorale longue et intense qui s’achèvera en deux temps : le 8 novembre, jour des élections générales ; le 20 janvier 2017, date de la prise de fonction du successeur de Barack Obama (empêché par la Constitution de candidater à un troisième mandat) et de l’ensemble des élus de novembre.

J’ai souhaité inviter Nicole Bacharan, politologue de renom qui compte parmi les meilleurs experts des affaires américaines, à nous livrer son analyse autour de trois questions que je lui ai envoyées (05/01). Je tiens à la remercier pour ses réponses (08/01), claires et éclairantes, et au-delà pour la bonté, la fidélité qu’elle m’a témoignées. Je signale que son prochain ouvrage, Du sexe en Amérique, sortira chez Robert Laffont le 4 février. Et profite de cet article, le premier de 2016, pour vous souhaiter à toutes et à tous, pour vous et vos proches, une bonne année. Qu’elle vous soit favorable... Nicolas Roche

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

« Donald Trump donne des sueurs froides

à l’appareil républicain »

Interview de Nicole Bacharan

 

Donald Trump

Donald Trump en campagne. Photo : Mandel Ngan/AFP/Getty Images.

 

Paroles d’Actu : Est-ce que la position de domination d’un Donald Trump dans les sondages pour la primaire présidentielle républicaine nous dit quelque chose de l’évolution, de l’état du parti qui fut, à l’origine, celui de Lincoln ?

 

Nicole Bacharan : L’engouement suscité par Donald Trump nous révèle un parti républicain en pleine crise. Depuis les années 90, le parti a dérivé de plus en plus vers la droite. L’élection de Barack Obama en 2008 a provoqué un rejet violent de la part de l’électorat le plus conservateur, et donné naissance au mouvement des Tea Parties, frange certes marginale, mais très virulente. Le racisme n’était pas absent de cette révolte conservatrice. Cet électorat militant, en colère, a élu au Congrès de jeunes représentants très radicaux, opposés à tout compromis. Le leadership républicain traditionnel est la première cible de ces jusqu’au-boutistes. Alors que le système institutionnel américain est construit de manière à obliger les différentes branches du gouvernement (exécutif, législatif, judiciaire) à négocier entre elles, le refus systématique du compromis aboutit à des blocages répétés, à une inefficacité générale, et provoque une grande frustration dans l’opinion américaine.

 

« Le parti républicain fait peur à beaucoup d’Américains »

 

Le parti républicain, à la merci des radicaux, est ainsi devenu un parti qui fait peur à beaucoup d’Américains, qui se révèle capable de gagner des élections locales et régionales, mais est voué à l’échec dans les élections nationales. En 2012, le candidat « modéré » Mitt Romney a ainsi terminé les primaires très affaibli par les attaques de son propre parti. Il avait adopté des positions ultra-conservatrices pour tenter de plaire aux plus militants, qui votent beaucoup plus que les autres électeurs, et quand il a tenté de revenir au centre dans l’élection finale, il avait perdu toute crédibilité.

 

En 2015, Donald Trump a donné une voix tonitruante à cet électorat en révolte. La majorité de ses soutiens se trouvent parmi des hommes blancs, d’âge mûr, non diplômés, aux revenus plutôt modestes. Ces « hommes blancs en colère » (même si, bien sûr, on trouve aussi des femmes, des jeunes, des diplômés, des personnes fortunées parmi les enthousiastes de Trump) ont le sentiment d’être laissés pour compte, ils pensent que le gouvernement est tout occupé à favoriser les minorités - Noirs, Latinos, immigrants - à leur détriment. Donald Trump leur dit en substance : « On veut vous faire taire ? Moi je vais parler pour vous ! »

 

Quel que soit le futur candidat républicain en novembre 2016, il se sentira obligé de courtiser la frange « Trump ». Mais il risque ainsi de faire fuir les électeurs modérés, indispensables à une victoire présidentielle. Donald Trump représente le cauchemar des élites républicaines déterminées à reconquérir la Maison Blanche.

 

PdA : L’Amérique qu’on qualifiait sans grand doute d’hyperpuissance il y a vingt ans n’a cessé depuis de se trouver en proie à des remises en question de tous ordres, souvent à la suite d’épisodes de vie collective traumatisants : l’horreur du 11 septembre bien sûr ; les guerres terriblement coûteuses à tous niveaux d’Afghanistan et d’Irak ; la tragédie Katrina ; le choc financier et économique de la fin des années 2000 ; la persistance à peu près inébranlée des fléaux que constituent la criminalité, le racisme. Vous connaissez bien le peuple américain : est-ce que vous percevez des traits distincts qui, depuis vingt années, seraient venus se greffer à l’âme, à l’identité américaine (à considérer qu’une telle chose existe) pour, finalement, en former une nouvelle, un peu différente ? Posé autrement : est-ce que l’Américain de 2016 a quelque chose qui le caractérise par rapport à celui des années Clinton ? des années Reagan ?

 

N.B. : Contrairement à ce que l’on entend souvent, l’Amérique de 2016 n’est pas en déclin. Son économie, même si elle garde des fragilités, est de loin la plus prospère et même la plus stable du monde développé. Sa capacité d’innovation reste intacte, ainsi que l’attraction qu’elle exerce sur les inventeurs et les entrepreneurs étrangers. La force militaire américaine demeure la première du monde, loin devant tout autre pays. Mais les États-Unis n’ont ni la volonté ni la possibilité réaliste de jouer le rôle de « gendarme du monde ». Leurs adversaires ne les redoutent plus, leurs alliés ne les suivent plus guère.

 

« Les États-Unis de 2016 sont un gendarme fatigué »

 

La Russie a réussi à imposer un statu quo précaire et tout à son avantage en Ukraine. Elle bombarde les cibles de son choix en Syrie sans être inquiétée. La Chine défie les États-Unis sur les mers d’Asie du Sud-Est. La Corée du Nord continue ses provocations. Le Moyen-Orient est plongé dans une tourmente que les États-Unis savent ne pas pouvoir maîtriser. Barack Obama n’aurait pas le soutien de son opinion pour des aventures militaires lointaines, que beaucoup ressentent comme vouées à l’échec. Il agit à travers les sanctions, les frappes de drones, les opérations spéciales, la guerre cybernétique. Il a fait un pari risqué avec l’accord nucléaire avec l’Iran, dont le succès ou l’échec mettra longtemps à apparaître. Les États-Unis de 2016 sont un gendarme fatigué, qui rêve de désengagement, et ne parvient pas à développer une vision claire du rôle qu’il devrait jouer dans un monde éclaté.

 

PdA : Qu’est-ce qui, parmi les points que l’on peut anticiper aujourd’hui, posera défi aux citoyens américains, aux parlementaires qui les représenteront et aux administrations qui les gouverneront dans les huit années qui suivront les élections de novembre ?

 

N.B. : L’Amérique, comme l’Europe, continuera à être confrontée à la question de la sécurité à l’époque du terrorisme mondialisé, qui peut venir de l’extérieur comme naître directement de l’intérieur du pays.

 

Sur le plan de l’économie, les inégalités croissantes, l’absence de progression des salaires, et le montant disproportionné de la dette étudiante constituent les plus grandes difficultés. Même si la réforme de la santé continue à être remise en cause, même si elle peut certainement être améliorée, je ne pense pas que l’on puisse revenir sur son principe, ni enlever leur assurance médicale à des millions d’Américains qui y ont accès pour la première fois.

 

La réforme de l’immigration - dont chacun sait les contours qu’elle devrait prendre, sous la forme d’une légalisation progressive des « sans papiers » qui n’ont pas eu maille à partir avec la justice - reste indispensable, mais fait toujours l’objet de débats partisans très violents.

 

« L’Amérique ne pourra se passer

d’un débat sur le contrôle des armes à feu »

 

Enfin, le président tente de mettre la question du contrôle des armes à feu au cœur du débat de l’élection, et même de la présidence à venir. Même si, comme il le dit lui-même, il faudra certainement beaucoup d’années pour progresser sur ce sujet, c’est un problème majeur pour l’avenir du pays.

 

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12 août 2015

Jean-Vincent Brisset : ’Lutter contre le terrorisme suppose la mise à plat de tous les circuits financiers’

J’ai le privilège de recevoir aujourd’hui dans les colonnes de Paroles d’Actu un grand connaisseur des affaires de défense et de relations internationales. Général de brigade aérienne en retraite, Jean-Vincent Brisset est depuis 2001 directeur de recherches à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS). Il a accepté rapidement de donner suite à ma sollicitation, ce dont j’entends ici le remercier.

Il est question, dans cet entretien, de quelques uns des points chauds de l’actualité du moment : les rapports entre la France et la Russie ; les tensions entre la Chine et le Japon ; le casse-tête Daesh et la problématique de la nébuleuse terroriste, de plus en plus globalisée. Ses réponses me sont parvenues le 12 août, quatre jours après l’envoi de mes questions. Une lecture très enrichissante pour qui aurait le désir d’appréhender un petit peu mieux les réalités de notre monde. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche.

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU

Jean-Vincent Brisset : « Une lutte efficace contre le terrorisme

suppose la mise à plat de tous les circuits financiers »

 

Jean-Vincent Brisset

 

Paroles d'Actu : Bonjour Jean-Vincent Brisset. Vous avez exprimé à plusieurs reprises, ces derniers jours, disons, votre désapprobation quant à la manière dont l’affaire des Mistral initialement destinés à la Russie a été conduite par Paris. Est-ce que, de votre point de vue, s’agissant notamment des intérêts géopolitiques et économiques de notre pays, la diplomatie française est, pour parler trivialement, « à côté de la plaque » sur la question de la Russie ? Quelles relations avons-nous vocation à entretenir avec Moscou ; avec Kiev ?

 

Jean-Vincent Brisset : La diplomatie française a choisi de ne pas livrer les Mistral en se basant sur des sanctions contre la Russie justifiées par des violations du droit international. Il aurait pourtant été possible de procéder à cette livraison, en affirmant l’indépendance de la France sur ce dossier et en profitant du créneau ouvert par la conclusion des accords de Minsk II. En ne le faisant pas, Paris s’est délibérément placé en position de dépendance vis-à-vis des États-Unis et a, une fois de plus, affadi l’image du pays sur la scène internationale.

 

Plus globalement, le soutien sans restriction au régime ukrainien, dont il est nécessaire de rappeler qu’il est issu d’un coup d’État, méconnaît la présence au sein des instances dirigeantes de personnages qui, en d’autres circonstances, seraient infréquentables. On se souvient de la vertueuse indignation de l’Europe après l’élection de Jörg Haider en Autriche. Les unités combattantes non régulières qui secondent, et parfois précèdent, les forces de Kiev sont souvent aussi peu recommandables. Le fait de considérer que les seules vraies frontières de l’Ukraine sont celles de 1954 et qu’elles ne sont pas discutables relève davantage du dogmatisme que d’une analyse simple de l’histoire d’une nation dont la géométrie a beaucoup varié au cours des siècles. De son côté, la Russie, en pleine phase de reconstruction nationale et de tentative de retour à la puissance passée, a utilisé des méthodes qui ont attiré la stigmatisation.

 

Pour aller plus loin, deux questions se posent. La première est celle de l’intérêt de la France (et de l’Europe) à intégrer l’Ukraine dans l’Union et, allant plus loin, dans un dispositif militaire. Quel serait le bénéfice, sachant que ce pays ne remplit pratiquement aucun des critères permettant une telle adhésion ? La seconde est celle de la relation avec la Russie. L’Europe de l’Atlantique à l’Oural est tout aussi irréaliste que celle de l’Ukraine membre de l’UE. Mais, sans aller jusqu’à une union, la mise en place de bonnes relations avec Moscou, basées sur la confiance, la vision à long terme et la complémentarité ne pourrait qu’être bénéficiaire pour l’Europe et lui permettraient de bénéficier d’un contrepoids vis à vis des États-Unis. On constate d’ailleurs, jour après jour, que les sanctions décidées contre la Russie pénalisent surtout les Européens, à un tel point qu’on en vient à se demander si les seuls bénéficiaires ne sont pas les États-Unis.

 

PdA : Les pulsions nationalistes qui, de temps à autre, paraissent s’exprimer dans la Russie de Poutine sont sans doute, pour partie, la marque du sursaut d’orgueil d’un grand peuple qui, après avoir été une superpuissance mondiale incontestée, a connu le démembrement de son empire, vécu le chaos intérieur et subi, au-dehors, des humiliations souvent favorisées par l’inconséquence de certaines prises de position occidentales. Ceci dit, ne nourrissez-vous pas quelques préoccupations quant aux mouvements qui sous-tendent la rhétorique du Kremlin ? La Russie ne risque-t-elle pas de tendre à redevenir, à l’instar de Washington, une puissance potentiellement déstabilisatrice des équilibres régionaux ?

 

J.-V.B. : La Russie, c’est certain, aspire à redevenir une très grande puissance dans tous les domaines. En dehors de toute considération de déstabilisation, c’est déjà cette volonté qui inquiète. Ceux qui, aux États-Unis, font tout pour que ces aspirations n’aboutissent pas imaginent un vaste ensemble où une Russie forte pourrait s’appuyer à la fois sur une Europe forte et indépendante et sur ses partenaires des BRICS (le club des grandes puissances émergentes qui comprend, outre la Russie, le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, ndlr). Ce qui se traduirait bien sûr par un affaiblissement relatif de la position des États-Unis.

 

« L’OTAN verse au moins autant

dans la provocation que Moscou »

 

Pour en revenir à la déstabilisation, il est évident que l’exemple donné en Ukraine, dans le cadre du soutien aux rebelles du Donbass, plaide contre Moscou. Certains pays ayant autrefois appartenu au Pacte de Varsovie agitent régulièrement l’épouvantail, soutenus en cela par les plus bellicistes de l’OTAN. À ce jour, pourtant, les mouvements de troupes se font plutôt de l’Ouest vers l’Est que dans l’autre sens. Là aussi, Moscou balance entre le laisser-faire et la tentation de réagir. Les missions aériennes qui, régulièrement, s’enfoncent au cœur de pays de l’OTAN en écornant leurs espaces aériens sont avant tout des démonstrations assez impressionnantes d’une vraie capacité opérationnelle dont on disait, il y a encore peu, qu’elle avait disparu à la dissolution de l’armée soviétique. Cependant, en faire une provocation relève bien plus de la communication, laquelle oublie de signaler que les avions de l’OTAN effectuent tout aussi régulièrement des missions symétriques.

 

PdA : Interrogé en septembre 2014 par un journaliste d’Atlantico au sujet du groupuscule terroriste qu’on appelle désormais communément « Daesh », vous avez préféré à la notion d’« État islamique » celle, alors plus proche de la réalité de terrain, de « légion islamique ». Où en est-on, onze mois après ? L’organisation « État islamique » est-elle, de facto, en passe d’en devenir un (si tel n’est déjà le cas) ?

 

J.-V.B. : Comme je l’avais dit en 2014, le refus de considérer l’« État islamique » (ou d’utiliser la prononciation arabe de son acronyme) comme un État - au sens dÉtat-nation - vient de ce que cette dernière appellation répond à des critères assez universellement admis. L’organisation qui se baptise « État islamique » ne répond pas à ces critères. Pas de gouvernement identifiable, pas de base législative, pas de territoire… En quelques mois, l’E.I. n’a pas réussi à atteindre le but qu’il s’était fixé : mettre en place des institutions répondant à ces critères.

 

Les derniers développements des opérations semblent conduire vers une évolution assez caractéristique. Les territoires contrôlés il y a encore quelques mois sont de moins en moins contigus et les opérations militaires classiques et frontales sont de plus en plus remplacées par des attentats suicide. La volonté de s’exporter ou, plutôt, d’exporter d’abord le terrorisme et accessoirement un certain fondamentalisme, vers l’Afghanistan et encore plus loin en Asie et en Afrique, plaide en faveur de l’appellation de « mouvement » plus que de celle d’« État ».

 

PdA : L’accord qui a été conclu à la mi-juillet à propos du nucléaire iranien rendra à Téhéran de son poids et de sa capacité d’influence dans la région. N’est-il pas à craindre que, dans un contexte de tensions communautaires exacerbées, une part croissante des Sunnites de Syrie et d’Irak assistant au renforcement du « croissant chiite » soit tentée de se soumettre au règne et à la règle de Daesh ?

 

J.-V.B. : Cet accord comporte un volet sur le nucléaire, mais il a surtout pour conséquence de permettre à l’Iran de sortir de l’enfermement auquel une partie de la communauté internationale, sous la pression d’un intense lobbying, l’avait soumis. Entre la volonté prosélyte qui, il ne faut pas en douter, ne s’est pas éteinte et l’espoir de redevenir un pays fréquentable, respectable et ouvert au monde, les divisions perdurent certainement au sein même du pouvoir iranien. Pour le moment, les tenants d’une certaine ouverture sont aux commandes, mais ils doivent déjà faire des concessions. Ils seront soutenus par la classe dirigeante tant que celle-ci considérera que les concessions faites sont payantes et que les autres parties prenantes aux accords ne trahissent pas la confiance qu’elle leur a faite.

 

De leur côté, les adversaires de cet accord feront tout pour que la population iranienne soit persuadée qu’elle a été trompée. Pour cela, ils multiplieront les « révélations » et les provocations pour provoquer un retour, sinon de sanctions effectives, du moins de menaces. Si cela conduit à un retour de la radicalisation de Téhéran et à la reprise des vieux discours sans que la remontée en puissance de l’Iran ne soit remise en cause, les Sunnites de Syrie et d’Irak pourraient se sentir à nouveau menacés et se retourner vers un « bouclier » sunnite qui pourrait être l’État islamique, mais aussi bien certains mouvements à peine moins extrémistes.

 

PdA : Quelle évolution entrevoyez-vous à l’horizon de cinq années s’agissant d’une question que vous connaissez particulièrement bien, celle des relations entre les deux grandes puissances est-asiatiques rivales que sont la Chine et le Japon ?

 

J.-V.B. : Les rapports actuels entre la Chine et le Japon sont en grande partie gouvernés par deux faits. Le premier est, au niveau des opinions publiques et des inconscients, l’animosité entre Japonais et Chinois. Fruit de siècles de conflits et de rancœurs, elle perdure. Le gouvernement chinois ne fait rien pour l’apaiser et l’attise même parfois quand il est en difficulté, le « Japan bashing » étant l’une des choses qui marche le mieux pour ressouder l’opinion publique chinoise derrière ses dirigeants. De leur côté, les dirigeants japonais doivent composer avec une population qui regrette de plus en plus ouvertement que la défaite de 1945 ait condamné le pays à tenir une place de second rang sur la scène internationale. Le Premier Ministre actuel a été élu sur un programme de « renforcement » et peut donc se permettre à la fois des actions en profondeur sur le plan de la remise à niveau de l’outil militaire et des démonstrations symboliques, comme les traditionnels hommages rendus à d’anciens combattants dont certains ont été des criminels contre l’humanité. Mais, à côté de ces motifs de discorde, la Chine et le Japon sont condamnés à s’entendre parce que leurs économies sont fortement interdépendantes, de l’ordre de 300 milliards de dollars par an.

 

Les rivalités sur les Senkaku (des îles sous contrôle japonais revendiquées par le gouvernement de Pékin, ndlr) avaient dégradé les relations en 2013 et 2014. Les flux commerciaux, le tourisme les investissements avaient nettement baissé. La rencontre Xi-Abe de novembre 2014, longuement préparée des deux côtés, a fait baisser la tension pour quelques temps. Toutefois, le récent projet (juillet 2015) de modification des doctrines de défense du Japon provoque de nouvelles réactions violentes de Pékin. Alors que depuis 1945 la défense japonaise se limitait strictement à de l’autodéfense individuelle du territoire, Abe voudrait la faire passer à une auto défense collective, lui permettant d’intervenir au profit d’alliés ou des intérêts japonais hors du territoire national. Dans le même temps, les forces japonaises se dotent ou vont se doter de nouveaux matériels plus axés vers le combat loin de leurs bases. Les forces chinoises ne sont pas en reste, avec, chaque année depuis quinze ans, le plus fort, dans le monde, des taux d’accroissement annuel des budgets de défense.

 

« Une implosion de la Chine n’est pas à exclure »

 

À l’horizon de cinq années, il est difficile d’imaginer un conflit frontal et délibéré entre les deux puissances. Par contre, comme en Mer de Chine du Sud, un incident n’est jamais à exclure. Un incident qui pourrait dégénérer rapidement s’il provoquait un nombre relativement important de victimes ou si des moyens lourds étaient impliqués, directement ou indirectement. On peut aussi craindre, sans doute à un peu plus long terme, l’implosion d’une Chine dont l’économie trop dépendante du monde extérieur est terriblement fragile et inégalitaire. Outre les retombées économiques et sociologiques sur le reste du monde, une telle implosion pourrait donner aux dirigeants l’envie de ressouder le pays dans une aventure nationaliste (le « coup des Malouines ») qui pourrait prendre la forme d’une attaque du Japon et/ou d’une reconquête de Taïwan.

 

PdA : Vous « pratiquez » et « pensez », Jean-Vincent Brisset, les sujets de défense et de sécurité depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui vous inquiète réellement dans le monde d’aujourd’hui ; dans sa trajectoire telle qu’on peut l’envisager ?

 

J.-V.B. : Sur le plan de la défense et de la sécurité, le premier danger auquel on pense est celui lié au fondamentalisme islamique, mais aussi à tout ce qui lui est périphérique, c’est-à-dire une éventuelle confrontation de grande ampleur entre les tendances antagonistes à l’intérieur de l’Islam. On voit déjà l’État islamique tenter de s’exporter, alors que l’on sait qu’il y a des centaines de millions de musulmans en dehors du croissant qui s’étend du Maroc à l’Iran et que certaines communautés sont sensibles, tant en Afrique subsaharienne qu’en Asie.

 

Mais plus que les conflits directement liés à une certaine vision de l’Islam, je crains les « spin-off » des groupes terroristes « idéologico-religieux » et leurs dérives vers le très grand banditisme. Les frontières entre les mouvements prêchant une « foi » et les exactions telles que piraterie, culture et trafic de drogue, prises d’otages à but lucratif et autres contrebandes de pétrole sont de moins en moins nettes. Les réponses données actuellement sont essentiellement militaires, sans doute parce que, c’est ce qui demande le moins de courage aux politiques et qui gêne le moins les groupes de pression. Même si elles sont encore soutenues par les opinions publiques, ces réponses sont devenues totalement utopiques.

 

On ne contrôle pas trois millions de km² de Sahel avec quelques milliers d’hommes et quelques avions. Ceci est d’autant plus vrai que les combattants des démocraties, c’est leur honneur mais c’est surtout leur faiblesse, ont des possibilités d’action très limitées par rapport à des adversaires qui - eux - ont dans leur boîte à outils toute la panoplie de la terreur. Une bonne partie de la solution consisterait à détruire les circuits financiers qui alimentent et récompensent les adversaires. Contrairement à l’envoi de troupes, cela demande beaucoup de courage politique et provoquerait certainement des cataclysmes internes dans beaucoup de pays. Il faudrait aussi que cette mise à plat des circuits financiers soit imposée à tous les pays. On imagine la difficulté de l’affaire.

 

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Vous pouvez retrouver Jean-Vincent Brisset...

23 novembre 2014

Lionel Dutemple : "Je suis fier de faire partie de l'aventure des Guignols"

Lionel Dutemple fait partie de l'équipe d'auteurs des Guignols depuis 2000. En mars-avril 2013, il avait bien voulu répondre à mes questions, pour Paroles d'Actu. Un document que je vous invite à lire ou à relire, ici. Quelques jours après les "célébrations" qu'a organisées Canal autour de ses trente ans, il a accepté, avec la même gentillesse, de se prêter de nouveau au jeu. Moi, dans mon coin, je suis fan, toujours. Et je lui dis « merci ». ;) Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

LIONEL DUTEMPLE

 

« Je suis fier de faire partie

de l'aventure des Guignols »

 

Auteurs des Guignols

(Photo fournie par Lionel Dutemple, éditée par Paroles d'Actu.

De g. à d. : Lionel Dutemple, Julien Hervé, Philippe Mechelen, Benjamin Morgaine)

 

Q. : 10/11/14 ; R. : 23/11/14

 

Paroles d'Actu : Bonjour, Lionel Dutemple. Je suis heureux de vous retrouver pour cette nouvelle interview, un an et demi après notre premier échange...

Allez, la question est d'actu, commençons par là... Canal vient de fêter ses trente ans, je crois que tout le monde ou à peu près est au courant, maintenant. Parlez-nous de vos souvenirs forts de téléspectateur de la chaîne ?

 

Lionel Dutemple : Vous allez etre déçu ! J'avais pas Canal, dans le village où j'habitais. Et à la période soi-disant faste de Canal, dans les années 90-95, j'étais même pas en France. Donc, quand on m'a parlé des Nuls, des Guignols, etc, je savais même pas ce que c'était... J'ai quasiment commencé à regarder quand j'ai commencé à écrire pour la chaîne, sur la série H, en 97... et encore...

 

PdA : Est-ce que vous diriez, vous aussi, qu'avec les années quelques morceaux du fameux « esprit Canal » ont été perdus en route ?

 

L.D. : J'en sais rien, j'ai jamais su ce que c'était vraiment. L'« esprit Canal », c'est un vent de liberté qui a soufflé sur la télé quand la chaîne a débarqué, mais comme a dit Michel Denisot récemment, vu qu'il y avait trois chaînes à ce moment-là, c'était pas non plus si difficle que ça de se démarquer de la morosité de l'époque...

 

PdA : Il y a quelques jours était programmée la Boîte à musique des Guignols. Bon, je n'ai pu voir cette émission, Canal ayant choisi de convier uniquement ses abonnés payants à ses soirées d'anniversaire. Mais j'en ai vu quelques images, eu quelques échos... Que retiendrez-vous de cette émission exceptionnelle ?

 

L.D. : Je retiens surtout qu'après vingt-six ans, cette émission tient toujours la route, et que je suis fier de faire partie de cette aventure abracadabrantesque. Les Guignols est une des seules émissions au monde à avoir autant de liberté - avec le JT de 13 heures de Pernaut.

 

PdA : Permettez-moi, à présent, de vous faire part d'un avis : le mien, celui d'un téléspectateur fidèle. J'ai trouvé que, pour reprendre votre expression d'avril 2013, les Guignols, ça a « ronronné » un peu, quelques jours après la rentrée. Et que vous vous êtes bien redressés, ces dernières semaines : je pense aux sujets tournant autour des trente ans de Canal, à l'objet emblématique de Denisot, notamment. Sans oublier cette trouvaille qui, perso, me fait beaucoup rire - et je ne suis pas le seul : bébé Macron et ses deux papas. Bref... comme diraient les autres, j'en viens à ma question : quel premier bilan tirez-vous de ce début de saison 2014-15 ?

 

L.D. : C'est impossible à dire. On n'a aucun recul sur ce qu'on fait. On fait ce qui nous fait marrer et nous passe par la tête, du coup, certaines fois ça fait rire, d'autre moins. Chaque année a son lot de nouveautés... ou pas. On essaie d'être créatif pour ne pas se répéter, mais sur une quotidienne, c'est difficile. On doit écrire huit a neuf minutes nouvelles chaque jour. Un comique lui, écrit quarante-cinq minutes drôles et tient cinq ans avec, quand c'est pas plus... Du coup, les semaines où c'est « ronronnant », comme tu dis, c'est juste qu'on est pas inspiré par l'actualité, ou que c'est l'actualité qui ronronne... (une bonne excuse en tout cas :))

 

PdA : J'évoquais à l'instant le petit nouveau, comment ne pas le faire, il est irrésistible, votre bébé Macron, ses papas François (Hollande) et Pierre (Gattaz) ne s'y trompent pas d'ailleurs. Parlez-nous de ce personnage ? Vous en êtes contents ?

 

L.D. : On nous en parle beaucoup, mais on n'est pas non plus en extase, c'est pas la trouvaille du siècle. Macron, c'est un bébé, un peu par son jeune âge, mais surtout car c'est LE bébé du socialisme et du libéralisme. C'est ça qu'on trouve intéressant.

 

PdA : Quels sont ceux de vos personnages pour lesquels vous avez la plus grande tendresse ?

 

L.D. : Chirac peut-être, pour sa longévité. Il est de retour dans la guerre Sarkozy-Juppé à travers sa rivalité avec sa femme Bernadette. Moi, ça me fait plus rire, Chirac qui loue un nain à Bernadette - puisqu'elle est fan de Sarkozy -, que bébé Macron. Mais les deux me font rire, comme Bayrou fan de Juppé, Valls qui est obsédé par l'entreprise, Bielsa (manager de l'OM, ndlr) qui insulte sa traductrice, etc, etc...

 

PdA : Quelles révélations pourriez-vous nous livrer en exclu s'agissant des marionnettes dont l'introduction est prévue ou envisagée ; des évolutions que vous auriez envie d'apporter à l'émission ou à tel ou tel personnage ?

 

L.D. : Une mario pas très funky débarque, celle de Bolloré, qui est devenu le boss de Vivendi, donc de Canal, donc des Guignols. La façon dont marche le monde aujourd'hui à travers ce genre de personnage est assez fascinante. UN type rachète 4% d'une boîte et en devient le mentor, sans avoir d'autre talent que d'avoir du fric (même si Bolloré a réussi autrement, peu importe, c'est un exemple des forces qui nous gouvernent aujourd'hui et qui ont plus de pouvoir que les hommes politiques).

 

PdA : « J'aimerais qu'un film des Guignols voie le jour au cinéma. Et j'aimerais être de ceux qui vivront cette aventure. » Je vous cite, in Paroles d'Actu. ;-) L'idée a-t-elle fait un peu de chemin, depuis ? Vous aviez apprécié la Fiction qu'avaient conçue vos prédécesseurs il y a quinze ans ?

 

L.D. : Il y a beaucoup d'obstacles a un film des Guignols, des obstacles techniques notamment, mais pourquoi pas, on y pense toujours un peu, même si ça paraît lointain.

 

PdA : J'avais beaucoup aimé, en tant que gamer PC fan des Guignols, l'excellent Cauchemar de PPD (1996), jeu brillamment écrit qui nous mettait dans la peau d'un patron de chaîne prêt à tout pour remplir sa grille de programmes et dépasser ses adversaires. Peu avant, un premier jeu, Les Guignols de l'info (1995), nous invitait à incarner un journaliste en mal de scoop.

Est-ce que vous aviez joué à ces jeux ? L'idée d'en lancer un nouveau - qui nous ferait vivre la présidentielle de 2017 du côté de tel ou tel candidat par exemple - pourrait-elle vous séduire ? Dites « oui », please ! ;-)

 

L.D. : Notre petit nouveau, Benjamin Morgaine, en a créé beaucoup, et il aimerait bien en faire un des Guignols, donc qui sait...

 

PdA : « Je regarde les Guignols presque tous les soirs, et avec le même plaisir depuis le début. Même si je suis bien placé pour savoir qu’on n’est pas Molière tous les jours, je trouve les auteurs très pertinents. » C'est en ces termes qu'Alain de Greef, patriarche de la grande et belle famille des Guignols, avait évoqué votre travail pour Paroles d'Actu, en septembre 2012. Y'a-t-il un message que vous souhaiteriez lui adresser ?

 

L.D. : On est resté en contact, et il sait à quel point je l'admire, et notamment pour la ténacité qu'il a eue pour imposer les Guignols qui, pendant deux ans, n'ont pas été du goût de grand monde. Mais il y a toujours cru, et il a bien fait. Sans lui, cette émission culte n'aurait jamais existé.

 

PdA : Quels sont vos projets, vos envies, Lionel Dutemple ?

 

L.D. : J'écris pour le cinéma et les Guignols, c'est largement suffisant à mon bonheur.

 

PdA : Un dernier mot ?

 

L.D. : Merci de continuer à regarder les Guignols, malgré leur grand âge. Je vieillis sûrement, je me la raconte peut-être, mais quand je regarde le paysage audiovisuel d'aujourd'hui, ou ce qui passe sur internet ou les fameux réseaux sociaux, je ne vois rien d'aussi drôle, d'aussi pertinent et libre que les Guignols de l'info

 

PdA : Merci infiniment...

 

 

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21 août 2014

Daniel Pantchenko : "Aznavour a su conjuguer qualité et chanson populaire"

   Je caressais depuis longtemps l'idée de consacrer à Charles Aznavour, qui a eu quatre-vingt-dix ans le 22 mai dernier, un article qui me permette d'évoquer celles de ses chansons que j'aime, de donner à nos lecteurs une occasion de les (re)découvrir. Avec, à l'appui, du son et de l'image : l'inclusion au document de liens audiovisuels mis en ligne par des passionnés, bien loin de décourager l'éventuelle consommation tarifée d'un produit artistique aurait, au contraire, pour effet d'enrichir l'expérience de l'écrit, d'aiguiser la connaissance, l'appétit du public pour une œuvre remarquable. Ô combien...

   Daniel Pantchenko, qui a signé il y a quelques années Charles Aznavour ou le destin apprivoisé, une biographie de référence sur cet auteur-compositeur-interprète de génie, m'a fait l'honneur d'accepter l'invitation que je lui ai proposée. Il nous ouvre à des titres fort peu connus et revient pour Paroles d'Actu sur le parcours exceptionnel - mais non dénué d'embûches - de celui qu'un sondage CNN/Time avait consacré « artiste du siècle » en 1998 et qui, aujourd'hui encore, après si longtemps, demeure présent, en bonne position, dans le cœur des Français.

   Un hommage à quatre mains, donc, à un artiste dont l'empreinte dans la légende et la grande histoire de la belle chanson française est assurée depuis longtemps. Chapeau bas, Monsieur Aznavour. Merci, Monsieur Pantchenko, pour vos réponses, passionnantes et qui nous donnent envie d'aller plus loin. Pour votre gentillesse. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

DANIEL PANTCHENKO

Auteur de Charles Aznavour ou le destin apprivoisé

 

« Aznavour a su conjuguer

qualité et chanson populaire »

 

Charles Aznavour ou le destin apprivoisé

(Source des photos : D. Pantchenko.

Dont : trois photos provenant de documents de présentation édités par l'Alhambra, 1956.)

 

Q. : 09/06/14 ; R. : 20/08/14

 

Paroles d'Actu : Bonjour, Daniel Pantchenko. Vous êtes journaliste et l'auteur de plusieurs ouvrages, dont celui qui nous intéresse plus particulièrement aujourd'hui, Charles Aznavour ou le destin apprivoisé (Fayard), publié en 2006. Ce projet, c'est aussi une histoire d'amitié : vous avez souhaité terminer ce qu'avait entrepris votre ami Marc Robine, décédé en 2003...

 

Daniel Pantchenko : Effectivement. Marc et moi, nous étions journalistes à la revue Chorus, les cahiers de la chanson et nous nous retrouvions surtout à chaque réunion trimestrielle. Aussi passionné l’un que l’autre mais extrêmement différents, nous avions donc des discussions animées au sein de l’équipe dirigée par Fred et Mauricette Hidalgo. Marc m’avait parlé à plusieurs reprises du livre qu’il avait commencé sur Aznavour et il savait que j’avais beaucoup aimé certaines de ses chansons. Pas toujours des plus connues, d’ailleurs, que j’avais apprises par cœur (Sa jeunesse, Plus heureux que moi, Le Carillonneur…). Nous n’étions pas amis intimes avec Marc, mais nous avions une estime professionnelle réciproque. À son décès (l’été 2003), j’ai vu les documents précieux qu’il avait réunis et j’ai lu les quelque 150 feuillets qu’il avait écrits. C’était un travail non finalisé mais remarquable.

 

Dans un premier temps, j’ai pensé qu’il aurait été symbolique de poursuivre son travail avec plusieurs membres de l’équipe, mais cela ne s’est pas produit et j’ai donc décidé de m’atteler seul à la tâche. Je n’avais encore jamais écrit de livre et cela m’a mis en quelque sorte le pied à l’étrier. Comme je souhaitais pouvoir interroger Charles, j’ai fait parvenir le manuscrit de Marc Robine à Gérard Davoust (l’associé d’Aznavour aux éditions Raoul Breton), que j’avais déjà croisé au plan professionnel. Quelques mois plus tard, il m’a téléphoné, enthousiaste, pour me dire que Charles était d’accord pour me rencontrer. Je l’avais déjà interviewé en 1987, lorsque j’étais pigiste au quotidien L’Humanité, mais Charles n’avait plus accepté de participer à une biographie de ce type depuis quarante ans. J’ai alors signé le contrat en septembre 2004 avec les éditions Fayard, avec lesquelles la revue Chorus était partenaire. Et le livre est sorti en mai 2006.

 

PdA : Charles Aznavour naît d'une famille d'artistes le 22 mai 1924, à Paris, presque par hasard... Est-ce au hasard que l'on doit l'installation des Aznavourian en France et, par voie de conséquence, l'émergence d'un des futurs grands ambassadeurs de notre langue ?

 

D.P. : Les parents de Charles Aznavour ont été ballottés par l’Histoire, entre la Révolution russe côté paternel et le génocide arménien en Turquie côté maternel. S’ils se sont installés à Paris, c’est qu’après avoir été l’un des cuisiniers du Tsar, Missak Aznavourian (le grand-père de Charles) y avait émigré et ouvert un restaurant, Le Caucase, où se retrouvaient de nombreux Russes blancs. Mischa (le père de Charles) y travaillera et y jouera du Târ (un instrument à cordes pincées) en chantant pour distraire les clients. En 1980, Aznavour a enregistré une magnifique chanson où tout est dit, Autobiographie, et il avait créé en 1975 Ils sont tombés, sur le génocide arménien.

 

PdA : Le jeune Charles rêve d'abord de devenir acteur, il s'orientera un peu plus tard, plus clairement, vers le monde de la chanson, des cabarets... En 1941, il rencontre le jeune auteur-compositeur Pierre Roche. En 1946, leur chemin croise celui de Piaf. Le duo va bientôt découvrir l'Amérique...

 

D.P. : Beaucoup de chanteurs, tels Reggiani ou Bruel, ont débuté ainsi avant de conjuguer les différentes disciplines ou d’en choisir une. Charles a fréquenté dès l’âge de neuf ans une école du spectacle et débuté tout de suite au théâtre. Avec sa sœur aînée Aïda, ils ont été des « enfants de la balle » (ils ont grandi dans le milieu du spectacle) avant d’être ces Enfants de la guerre que Charles a enregistrés en 1966. Aïda a commencé à chanter avant lui, il a débuté au cinéma à quatorze ans dans Les Disparus de Saint-Agil, de Christian-Jaque, aux côtés de Mouloudji et Michel Simon. Et il va gagner de nombreux radio-crochets avant d’intégrer une troupe où officie déjà sa sœur.

 

De fait, c’est sa rencontre au Club de la Chanson avec le pianiste-compositeur Pierre Roche en 1941 qui se révèlera déterminante. Lors d’une soirée où ils doivent se succéder, la présentatrice se trompe et les annonce ensemble. Du coup, ils décident de monter un duo qui va durer huit ans, orientant définitivement Aznavour vers la chanson. Curieusement, il passera d’ailleurs aussi huit ans auprès de Piaf… qui interprètera huit de ses chansons. Mais si le duo Roche-Aznavour découvre l’Amérique en passant par le Québec, Piaf va pousser Aznavour à chanter en solo et à bâtir sa carrière en France, ce qu’il va faire. En se libérant ensuite de la tutelle de Piaf, dont il dira toujours deux choses essentielles : qu’elle a été très importante pour lui et pour sa carrière ; qu’il n’y a jamais eu d’histoire d’amour entre eux.

 

PdA : Au début des années 50, il écrit pour Bécaud, compose pour Patachou, Gréco... En solo, il peine à décoller...

 

D.P. : Aznavour rencontre Bécaud en 1952 et ils se mettent à écrire ensemble des chansons que l’un et l’autre enregistreront : Viens, Mé qué, mé quéGréco avait remporté un prix avec Je hais les dimanches (qu’avait d’abord refusé Piaf !) ; avant d’auditionner Aznavour dans son cabaret sur la Butte Montmartre, Patachou était secrétaire chez Raoul Breton, l’éditeur obstiné et décisif d’Aznavour (j’ai tenu à lui consacrer tout un chapitre). Bientôt l’auteur Aznavour est chanté par de nombreux interprètes tels Georges Ulmer, Philippe Clay, Les Compagnons de la chanson (on dit que la France est « Aznavourée »), mais le chanteur Aznavour va être l’objet de critiques violentes à la limite du racisme pour ses origines ou sa petite taille, et de façon soi-disant spirituelle pour sa voix au timbre singulier : « l’enroué vers l’or », « l’aphonie des grandeurs », « la petite Callas mitée »… Il lui aura fallu une détermination et un courage hors-norme (sans oublier le soutien sans faille de l’éditeur Raoul Breton) pour venir à bout de tous ces obstacles. D’où le titre du livre (Charles Aznavour ou le destin apprivoisé) qu’avait trouvé Marc Robine, et que j’ai bien entendu conservé.

 

PdA : La consécration vient autour des années 1956-57. Il crée Sur ma vie (1956), son premier grand succès populaire. Le public le fête à l'Alhambra, à l'Olympia; il va, dès lors, enchaîner les contrats. Une vedette est née...

 

D.P. : Aznavour connaît ses premiers vrais succès publics fin 1954 après une tournée en Afrique du Nord, où il a enthousiasmé le propriétaire du Casino de Marrakech, qui est alors également celui du Moulin-Rouge. Il y passe donc ensuite en tête d’affiche, et pendant trois mois. L’année suivante, il sera en « vedette anglaise » de l’Olympia où il créera Sur ma vie, son premier grand succès populaire… que reprendra Hallyday beaucoup plus tard (un article de la revue Music-Hall le qualifie alors de « Monsieur-Force-la-Chance »). Ce n’est pas encore la « consécration » et même si son succès est de plus en plus grand, ladite consécration viendra véritablement avec son arrivée chez Barclay et le choc scénique et médiatique lié à Je m’voyais déjà (entre-temps, le 31 août 1956, un autre choc s’est produit, terrible celui-là, où Charles a failli perdre la vie dans un accident de voiture).

 

Alhambra 1

 

PdA : J'aimerais, à ce stade de notre entretien, vous inviter à évoquer quelques chansons d'Aznavour, à nous livrer les anecdotes dont vous auriez connaissance, votre ressenti face à tel ou tel titre. La liste est totalement subjective, presque égoïste : une sélection, parmi mes préférées. De superbes mélodies. Des textes très riches et, à la fois, désarmants de simplicité, la mise en scène quasi-cinématographique de situations, de sentiments qui peuvent toucher tout le monde... Il y en a qui sont archi-connues, d'autres moins. Une belle occasion, à mon sens, de faire découvrir ou redécouvrir quelques perles de son répertoire...

 

D.P. : En 1954, certains titres, déjà, ont marqué comme Viens au creux de mon épaule et Je t’aime comme ça (cousine annonciatrice de Tu t’laisses aller) et il les a réunis dans un 25 cm. Côté un rien mélodramatique, il y a eu ensuite Le Palais de nos chimères et Une enfant ; côté swing, On ne sait jamais, J’aime Paris au mois de mai, Pour faire une Jam… et toujours lié à la musique, Ce sacré piano ; côté sensualité voire provocation, il y a eu Après l’amourQuand nos corps se détendent …/… Quand nos souffles sont courts »), et des titres que parfois Piaf et Bécaud ont un peu édulcorés. Le mieux, c’est quand même d’écouter tous ces titres qu’on trouve aisément sur le web.

 

PdA : Sa jeunesse (Année : 1956. Paroles et musique : C. Aznavour.)

 

D.P. : Bien sûr, Sa jeunesse est une pure merveille, dans l’œuvre d’un auteur-compositeur où la thématique du « temps » est omniprésente (« C’est normal pour quelqu’un qui a peur de la mort », me confiera-t-il). Il l’associera plus tard à Hier encore, autre merveille (la chanson préférée, je crois, de Marc Robine), et il ne faut jamais oublier chez Aznavour la dimension mélodique extraordinaire. La sienne propre d’abord, mais aussi, celle de son grand complice (et beau-frère) Georges Garvarentz, qui a signé – en outre - de nombreuses musiques de films. Pour revenir à Sa jeunesse, Charles a écrit le texte fin 1949 à l’époque de son passage québécois au Faisan Doré avec Pierre Roche, et il n’a composé la musique que sept ou huit ans plus tard…

 

PdA : Les deux guitares (Année : 1960. Paroles : C. Aznavour. Musique : Tzigane russe.)

 

D.P. : C’est l’une des toutes premières chansons d’Aznavour chez Barclay (après Tu t’laisses aller), adaptée d’un air traditionnel russe, et qui prend valeur de symbole en évoquant les racines et les années d’enfance à travers la musique et l’ambiance des restaurants ouverts par son père. L’arrangement est de Paul Mauriat et on retrouvera cette ambiance et cet esprit musical en 1980, dans Autobiographie, cette longue et incontournable chanson déjà évoquée.

 

PdA : Je m'voyais déjà (Année : 1960. Paroles et musique : C. Aznavour.)

 

D.P. : Le 12 décembre 1960, pour la première de presse du passage d’Aznavour à l’Alhambra, Barclay a fait tirer pour les VIP un 45 tours / 2 titres spécial avec Je m’voyais déjà et L’Enfant prodigue. Pour la première chanson, Charles a imaginé toute une mise en scène, de dos au public, qui va se révéler très efficace. Et susciter un triomphe et l’avènement d’une vedette, bientôt internationale (d’où le chapitre que j’ai intitulé « L’effet 'Je m’voyais déjà' »). Bien qu’elle paraisse très autobiographique, Charles a maintes fois répété que cette chanson lui a été inspirée par un artiste croisé dans un cabaret belge.

 

PdA : Bon anniversaire (Année : 1963. Paroles et musique : C. Aznavour.)

 

D.P. : C’est dans l’album qui s’ouvre sur For me… formidable (paroles de Jacques Plante, l’auteur de La Bohême). Ce titre doux-amer sur un anniversaire de mariage calamiteux, mais où l’amour reste le plus fort, s’inscrit dans l’esprit de Tu t’laisses aller, qu’on retrouve encore dans l’album à travers Dors et Tu exagères. L’homme y a quand même un peu trop le beau rôle, extrêmement compréhensif et patient à l’égard de cette femme qu’il aime « malgré tout ». Cette « abnégation » gentiment auto-célébrée aurait eu un peu de mal à passer dix ans plus tard avec l’essor du mouvement féministe.

 

PdA : La mamma (Année : 1963. Paroles : R. Gall. Musique : C. Aznavour.)

 

D.P. : Énorme tube sur un texte du père de France Gall, et encore sur une mélodie efficace de Charles. Il y a un côté cinématographique à l’Italienne, un récitatif, un refrain-cantique et une montée finale typiquement aznavourienne… Mais comme toujours, pour les chansons de Charles qui ont eu un tel succès et qu’on a – à mon goût – un peu trop entendues (c’était un peu le cas dans le même album avec Et pourtant), j’ai préféré ici Je t’attends (musique de Bécaud) ou Les Aventuriers (encore un texte de Jacques Plante).

 

PdA : À ma fille (Année : 1964. Paroles et musique : C. Aznavour.)

 

D.P. : Là, j’ai beaucoup aimé l’ensemble de l’album (à part son tube, Que c’est triste Venise) même si je trouve À ma fille un peu convenu. Cela étant, Charles (40 ans) sait les « dangers » qui guettent sa fille Patricia qui a alors 17 ans… l’âge de plusieurs de celles qu’il courtise dans ses chansons (Viens, Donne tes seize ans, Trousse-Chemise…). Et comme je l’ai dit plus haut, ici, c’est Hier encore que je préfère, l’une des plus belles de Charles à mon sens.

 

Alhambra 2

 

PdA : La Bohème (Année : 1965. Paroles : J. Plante. Musique : C. Aznavour.)

 

D.P. : Celle-ci aussi est évidemment superbe. Elle a permis à l’opérette Monsieur Carnaval (sur un livret de Frédéric Dard, alias San-Antonio) d’obtenir un grand succès. La chanson n’y était pas prévue au départ. Sentant immédiatement l’impact qu’elle pouvait avoir, Charles l’a enregistrée avant la vedette du spectacle, Georges Guétary, ce qui a provoqué un sérieux accrochage entre les deux artistes et leurs maisons de disques respectives. Tous ayant vendu beaucoup, la réconciliation eut lieu assez vite.

 

PdA : Et moi dans mon coin (Année : 1966. Paroles et musique : C. Aznavour.)

 

D.P. : Chantre inlassable du sentiment amoureux, Aznavour parle rupture d’une manière cinématographique et promène son œil-caméra sur la femme aimée et son rival, dont il saisit clairement et avec accablement le « manège ». Il y a souvent des saynètes de ce genre chez Charles, qui n’oublie jamais qu’il est comédien (il a enregistré Les Comédiens quelques années plus tôt). Il y a, dans ce même disque, Les Enfants de la guerre dont j’ai déjà parlé, et un exercice de style assez rare qui vaut le détour, éclairant d’intéressante façon la façon d’écrire du chanteur : Pour essayer de faire une chanson.

 

PdA : Emmenez-moi (Année : 1967. Paroles : C. Aznavour. Musique : G. Garvarentz.)

 

D.P. : Encore un titre-culte, et dont près d’un demi-siècle après, les deux dernières lignes du refrain gardent toute leur actualité : « Il me semble que la misère / Serait moins pénible au soleil ». Avec, une fois de plus cette touche cinéma, qui invite particulièrement bien au voyage.

 

PdA : Non, je n'ai rien oublié (Année : 1971. Paroles : C. Aznavour. Musique : G. Garvarentz.)

 

D.P. : Rebelote, et de façon magistrale, dans ce flash-back de plus de six minutes, avec la patte de Garvarentz, roi de la musique de film. Excellent en scène, of course, ce que plusieurs critiques ont souligné.

 

PdA : Comme ils disent (Année : 1972. Paroles et musique : C. Aznavour.)

 

D.P. : Inspirée à Charles par certains de ses amis (et déconseillée alors prudemment par des proches), cette chanson reste encore aujourd’hui la plus connue au plan symbolique sur le thème de l’homosexualité. Aucun chanteur de sa notoriété n’avait alors osé l’aborder ainsi et en finesse. Comme je l’ai noté dans le livre, des militants et autres artistes « engagés » ont déploré alors qu’Aznavour n’ait pas écrit cette chanson dix ans plus tôt. Quand on voit les débats pour le moins houleux qu’a provoqué « le mariage pour tous », on se dit qu’il y a encore du travail… À noter que cette chanson d’Aznavour sera la dernière à obtenir autant de succès (avec, à un degré moindre, Les Plaisirs démodés, sur ce même album).

 

PdA : Je t'aime A.I.M.E. (Année : 1994. Paroles et musique : C. Aznavour.)

 

D.P. : J’avoue que cette chanson en forme d’exercice de style ne m’a pas vraiment passionné, même si elle illustre parfaitement une des manières d’écrire de son auteur.

 

PdA : Une autre, de votre choix ?

 

D.P. : Là, c’est le genre de question à laquelle je ne répond jamais, parce que la chanson que je choisirai aujourd’hui sera différente demain, et encore différente après-demain. Mais la question suivante me permettra de résoudre plus ou moins ce dilemme.

 

PdA : Justement... Quelles sont, notamment parmi celles qui sont un peu moins connues, vos chansons préférées d'Aznavour, celles qui, de votre point de vue, mériteraient d'être connues davantage ?

 

D.P. : Il y en a beaucoup, et le bonheur que m’apporte chacune de mes biographies, où je mets en avant l’artiste et son œuvre, c’est lorsqu’une personne me dit que sa lecture lui a donné envie de découvrir d’autres chansons de l’artiste en question. J’ai découvert Aznavour lorsque j’étais adolescent, au début des années 60, et j’ai adoré sa voix et son premier disque Barclay, avec Les deux guitares, bien sûr (peut-être à cause de mes origines paternelles ukrainiennes : à Bordeaux, on allait sur des bateaux soviétiques de passage, on trinquait et des marins chantaient des variantes - façon corps de garde - de cette chanson d’origine traditionnelle qui les faisaient beaucoup rigoler, mais pas nous, malgré la traduction).

 

Dans ce même disque, j’adorais Fraternité, Rendez-vous à Brasilia et surtout J’ai perdu la tête et Plus heureux que moi, que j’avais apprises par cœur et que je me chantais souvent. Et plus encore même, Le Carillonneur, dans le disque suivant, avec Il faut savoir. Le Carillonneur, c’est sur un texte de Bernard Dimey, auquel j’ai consacré un chapitre (38), car c’est le seul auteur auquel Aznavour a lui-même consacré tout un album (en 1983).

 

Ensuite, j’ai découvert des chansons antérieures qui m’ont aussi beaucoup plu comme On ne sait jamais, J’aime Paris au mois de mai, Sa jeunesse, Il y avait, Sur la table, C’est merveilleux l’amour, Ce sacré piano… Et puis encore, dans les années 60, L’Amour c’est comme un jour, Les petits matins, Avec, Le Toréador

 

Alhambra 3

 

PdA : Quelle image vous êtes-vous forgée, pour l'avoir étudié, rencontré plusieurs fois, de l'homme Charles Aznavour ?

 

D.P. : D’abord, « forger », c’est vraiment un verbe qu’utilise beaucoup Aznavour et qui lui correspond très bien, en homme – j’y reviens - qui a su apprivoiser son destin. Je l’ai effectivement rencontré plusieurs fois, mais vous savez, c’était dans un contexte privilégié où le rapport était évidemment facilité, simple, préparé par Gérard Davoust et empreint de confiance réciproque. Pour autant, j’ai constaté son professionnalisme, son souci du détail, son souci primordial pour sa famille, et aussi son humour, jeux de mots à l’appui…

 

PdA : Avez-vous été étonné, surpris par certaines découvertes, certaines révélations lors de la préparation de votre ouvrage ?

 

D.P. : Pas vraiment. Marc Robine avait déjà réuni de nombreux documents et, comme j’avais déjà écrit sur Aznavour (interview comprise), je le connaissais pas mal. J’ai appris des choses, comme j’en apprends chaque fois sur les artistes, des choses importantes mais pas véritablement surprenantes.

 

PdA : En 1998, CNN et les internautes de Time le consacrent « artiste du siècle » devant Elvis Presley et Bob Dylan. C'est un choix que vous comprenez, que vous auriez pu faire vous-même ?

 

D.P. : Pour moi, ce type de classement n’a pas vraiment de sens en matière artistique et donc, ne m’intéresse pas (même si cela a été indiqué en quatrième de couverture de mon livre).

 

PdA : Quel est, au fond, l'apport de Charles Aznavour à la chanson française ? Que lui doit-elle ?

 

D.P. : Charles rappelle toujours que son nom n’est jamais cité parmi les « grands » de la chanson française. Sans doute son immense succès populaire est-il en partie responsable de cela, et sans doute y a-t-il contribué lui même en se prêtant à certaines opérations plus médiatiques qu’artistiques. Il reste qu’il a su conjuguer qualité et chanson populaire, un certain nombre de ses compositions n’ayant rien à envier à personne, personne n’ayant par ailleurs porté comme lui cette expression culturelle française à travers le monde, au fil d’une carrière d’une exceptionnelle longévité.

 

Daniel_Pantchenko

(Photo de Claudie Pantchenko.)

 

PdA : Nous ne conclurons pas cet entretien avant d'avoir évoqué, l'espace d'un instant, votre dernier ouvrage : Serge Reggiani, l'acteur de la chanson. Reggiani, grand interprète qui, c'est heureux, revient dans l'actualité et sur les ondes, dix ans après sa disparition... Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire cette nouvelle biographie ?

 

D.P. : Exceptée la biographie d’Aznavour, écrite après le décès de Marc Robine qui l’avait amorcée, les trois suivantes (Jean Ferrat, Anne Sylvestre et aujourd’hui Serge Reggiani) répondent toujours de ma part à un souci fondamental : combler un manque éditorial à propos d’une chanteuse ou d’un chanteur importants à mes yeux, dont j’ai suivi professionnellement la carrière. Il n’existait pas de biographie vraiment pointue de Reggiani, que j’ai interviewé cinq fois entre 1981 et 2003.

 

Tout en abordant l’ensemble de sa carrière et de sa vie, j’ai centré naturellement mon travail sur la chanson, sur son répertoire remarquable et sur sa dimension d’acteur, avec cette voix émouvante reconnaissable entre mille. Et je me suis rendu compte que, toutes générations confondues, la plupart des gens auxquels j’ai parlé de mon projet d’écrire sur Reggiani ont réagi spontanément en disant : « J’adore ! »

 

PdA : Quels sont vos projets pour la suite, cher Daniel Pantchenko ?

 

D.P. : J’ai quelques idées de nouvelles biographies, mais pour l’instant, rien n’est arrêté. Je réfléchis également à des choses plus personnelles et je commence à réunir du matériel divers sans savoir encore ce que cela donnera et à quelle échéance…

 

PdA : Quelque chose à ajouter ?

 

D.P. : Sans doute, mais j’ai déjà beaucoup répondu et le mieux et de chercher directement dans le livre la réponse à d’autres éventuelles questions…

 

PdA : Merci infiniment...

 

Ndlr : Il m'a fallu opérer quelques choix s'agissant des chansons évoquées lors de l'interview et qui ont été commentées par M. Pantchenko. J'aurais pu en citer d'autres, que j'apprécie beaucoup, dont Être, Je voyage ou encore Un Mort vivant. N.R.

 

Aznavour Pantchenko

(Photo de Francis Vernhet, datée de janvier 2006.)

 

Et vous, que vous inspire l'œuvre de Charles Aznavour ? Quelles sont, parmi ses chansons, celles que vous préférez ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Pour aller plus loin...

  

26 octobre 2013

Jules Sitruk : "Je rêve de travailler avec Lars von Trier..."

Son visage, vous le connaissez. Vous l'avez forcément vu au moins une fois, sur un écran, petit ou grand. Il n'avait pas neuf ans aux premières heures de son parcours de comédien, débuté un peu par hasard, en réponse à une petite annonce. Ses premiers gros succès publics, ceux que l'on associe naturellement à son nom, ont un peu plus de dix ans : Monsieur Batignole et Moi César, 10 ans ½, 1m39. Deux rôles mémorables, des rôles d'enfants. Jules Sitruk a vingt-trois ans, aujourd'hui. Quelques jolis films sont intervenus, entre temps. Méconnus, souvent. À découvrir, certainement. Il a accepté d'en citer quelques uns, d'évoquer deux ou trois souvenirs, pour Paroles d'Actu. Surtout, il nous parle de ses projets, de ses rêves. Rencontre avec un artiste de talent, un garçon très accessible. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer. EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JULES SITRUK

 

« Je rêve de travailler

avec Lars von Trier... »

 

Jules Sitruk

(Photo proposée à ma demande par Jules Sitruk)

 

Q : 17/09/13

R : 21/10/13

  

Paroles d'Actu : Bonjour Jules. À l'origine de ton parcours de comédien, il y a cette petite annonce, une annonce de casting placée chez ton coiffeur. Tu as huit ans, à l'époque... Ton état d'esprit, à ce moment-là, c'est plutôt « Pourquoi pas ? » ? « Enfin ! » ?

 

Jules Sitruk : Disons que ça se rapprochait plus du « Pourquoi pas ». L’annonce cherchait un « garçon de huit-dix ans, pâle et au cheveux noirs ». Et puis le titre du film, Le petit prince cannibale, me plaisait bien.

 

PdA : Ton premier grand rôle marquant, c'est sans aucun doute celui du petit Simon dans Monsieur Batignole (2002), de et avec Gérard Jugnot. Tu y interprètes un enfant juif hébergé et finalement sauvé par le personnage éponyme, un boucher-charcutier sans histoire, durant les heures noires de l'Occupation. Un film qui tient une place particulière dans ton cœur, j'imagine...

 

J.S. : Bien sûr. Me projeter à cette sombre époque est particulièrement intense, notamment de par mes origines. De plus, c’est un film que je trouve particulièrement bien écrit. Très fin, très subtil. C’est un de mes plus beaux souvenirs de tournage.

 

PdA : Le long métrage que l'on associe peut-être plus volontiers, plus naturellement à ton nom, c'est probablement Moi César, 10 ans ½, 1m39 (2003), réalisé par Richard Berry. Trois gamins, dont toi, César, qui se posent énormément de questions, comme tous les gamins. Et qui vont finalement décider de partir à l'aventure, une aventure riche de rencontres, de découvertes... Quels souvenirs gardes-tu de ce tournage ?

 

J.S. : De super souvenirs aussi. Je me souviens avoir été particulièrement stressé la veille du premier jour de tournage. Je me mettais pas mal de pression. Je voulais être le meilleur possible, le plus professionnel aussi. Montrer que j’étais un acteur avant d’être un enfant. Et puis je me suis finalement détendu très vite ! Nous rigolions beaucoup sur le plateau, ce qui, je trouve, se ressent à l’écran.

 

PdA : J'en citerai un troisième, plus récent : Le Fils de l'autre (2012), un très beau film signé Lorraine Lévy. Un jeune Israélien, un jeune Palestinien : deux destins qui vont se croiser, et quelques certitudes qui vont, au passage, voler en éclat, lors d'une révélation, celle d'un échange - bien involontaire - à la naissance. Que retiendras-tu de cette expérience ?

 

J.S. : Énormément de choses, sur les plans professionnel et personnel. Lorraine, la réalisatrice, avait à cœur de faire un film fort, poétique, mais avant tout vrai. Il s’agit d’une aventure dans laquelle chacun a donné énormément de lui même. Il fut question de partage, et d’écoute. L’équipe était composée de Français, d’Israéliens et de Palestiniens. Chaque membre de l’équipe avait au préalable lu et accepté le scénario avant d’accepter le film, techniciens et acteurs. C’est une histoire très forte, qui commence comme un drame, et se révèle être une "ouverture". Et j’ai eu la chance de travailler avec de fantastiques acteurs, Emmanuelle Devos, Mehdi Dehbi, Pascal Elbé, Khalifa Natour…

 

PdA : Le tour d'horizon que nous venons de réaliser est partial, forcément partiel. Quelles sont, parmi tes autres collaborations (y compris les courts-métrages et les éléments de ta voxo), celles que tu aimerais inviter nos lecteurs à (re)découvrir ?

 

J.S. : Un film que j’adore, mais qui est malheureusement très peu connu en France : Son of Rambow (Le Fils de Rambow en français, ndlr), de Garth Jennings. Il s’agit d’une comédie anglaise dans laquelle j’ai joué il y a cinq ans. L’histoire, dans les années 80, de trois jeunes voulant réaliser une suite au film Rambo, tout juste sorti dans les salles de cinéma. Ce film est très drôle et poétique, un univers un peu à la Gondry.

 

Sinon, Vipère au poing, de Philippe de Broca. Je ne dirai jamais assez combien je suis honoré et heureux d’avoir pu jouer avec Jacques Villeret avant qu’il ne nous quitte.

 

PdA : Tes plus belles rencontres, jusqu'ici ?

 

J.S. : Je vais en revenir à Villeret, et de Broca. Si je commence, je peux citer 4 872 personnes, mais ces deux-là, parce que je garde d’eux d’incroyables souvenirs : Villeret me parlant du tournage du Dîner de cons, ou de Broca, le réalisateur le plus vieux mais le plus rapide avec qui j’aie tourné !

 

PdA : Être acteur, pour toi... ?

 

J.S. : Pour moi, un acteur n’est pas un artiste, mais un artisan. Le réalisateur est un artiste.

 

PdA : Quelle importance cette activité d'acteur revêt-elle dans ton quotidien ? Dans ta vie ?

 

J.S. : Je passe mon temps à écrire et à regarder des films, quand je ne suis pas en tournage. Le cinéma est ma première et plus grande passion. Je vis cinéma.

 

PdA : Quels personnages, quels genres de rôles aimes-tu et aimerais-tu incarner ?

 

J.S. : Disons que j’aimerais bien explorer des types de rôles que je n’ai encore jamais approchés, des rôles plus matures. Je pense que pour m’épanouir, j’ai besoin de me divertir, agrandir ma palette de jeu. Sinon, j’aurais bien voulu être Harry Potter !

 

PdA : Avec qui rêverais-tu de travailler ?

 

J.S. : Lars von Trier, Michael Shannon, Ricky Gervais, Jim Carrey, Jacques Audiard, Agnès Jaoui, Olivier Gourmet, Jacques Gamblin, Karin Viard, Bryan Cranston, Pierre Schoeller, Darren Aranofski, Steve Buscemi, Thomas Vinterberg, Mads Mickelsen, Quvenzhané Wallis…

 

PdA : Passer derrière la caméra, c'est quelque chose dont tu as envie ?

 

J.S. : Énormément. Ce sera d’ailleurs bientôt le cas : je réalise mon premier court-métrage début 2014.

 

PdA : Petit décrochage... Ton père, musicien, tient aujourd'hui un rôle essentiel auprès du groupe BB Brunes. Un peu grâce à toi, je crois... ? La musique, c'est un monde qui t'attire ?

 

J.S. : Effectivement. Adrien (le chanteur) est un ami de lycée. Un jour, je lui ai proposé de filer un CD de ce qu’il faisait à mon père, musicien, et jeune producteur. Mon père a tout de suite accroché. Depuis, c’est une affaire qui roule… Personnellement, je ne suis pas attiré par la musique, bien que j’adore ça. D’ailleurs, j’ai déjà joué de l’accordéon, du piano, du violon, et de la guitare… Mais pour des films !

 

PdA : Quels sont, ton art mis à part, tes passions, tes fenêtres d'évasion ?

 

J.S. : Encore une fois, le cinéma est ma principale source d’intérêt. Je travaille sur différents projets en écriture, qui me prennent le plus gros de mon temps. Sinon je fais de l’escalade, trois fois par semaine, et je joue régulièrement au foot avec mes potes. Je lis aussi beaucoup.

 

PdA : Quels sont tes projets ?

 

J.S. : Tout d’abord, la réalisation de mon court-métrage, Windows, pour début 2014. Puis je tournerai Marianne, tiré du roman de George Sand, qui sera réalisé par Bruno François-Boucher. Enfin, comme je l’ai dit, je bosse sur d’autres scénarios, notamment un que j’adore, pour le cinéma.

 

PdA : Tes rêves ?

 

J.S. : Jouer des rôles tous plus surprenants et intéressants les uns que les autres. Avoir la chance de réaliser mes films.

 

PdA : Que peut-on te souhaiter pour la suite, cher Jules ?

 

J.S. : Bonne route !

 

PdA : Si tu devais adresser un message à quelqu'un... ?

 

J.S. : Une bande démo à Lars von Trier.

 

PdA : Quelque chose à ajouter ? Merci infiniment !

 

J.S. : Merci !

 

 

Merci encore Jules, merci pour tout ! Bonne route... ;-) Et vous, qu'est-ce qui vous a marqué(e) dans la filmographie de Jules Sitruk ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

Vous pouvez retrouver Jules Sitruk...

 

  • En visionnant ou revisionnant ses films, bien sûr. Via le site de la FNAC, par exemple.
     
     
  • Dans l'actu culturelle, bientôt...
     
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10 mars 2013

Roméo Bassi : The Distroy ? "Une histoire d'amitié"

En 2012, le groupe Pop-Rock The Distroy était des grands lauréats du festival Fallenfest, "défricheur d'épopées musicales", à la Cigale. Plus qu'une consécration, un encouragement pour l'avenir. The Distroy, c'est une belle aventure née d'une authentique histoire d'amitié. Quatre potes venus de Troyes et qui vivent ensemble leur passion pour la musique. Ils ont un talent certain, de l'inspiration à revendre... Un public de fidèles... un autre à séduire ! Ils seront bientôt en concert, près de chez vous... Roméo Bassi, le chanteur-guitariste du groupe, a accepté de répondre à mes questions. Je l'en remercie. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

ROMÉO BASSI

Chanteur-guitariste du groupe The Distroy

 

The Distroy ? "Une histoire d'amitié"

 

The Distroy

(Photos fournies par Roméo Bassi)

 

 

Q : 19/02/13

R : 06/03/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Roméo Bassi. Quel a été votre parcours jusqu'ici ? Qu'est-il intéressant de savoir à votre sujet avant d'aller plus loin ?

 

Roméo Bassi : J’ai commencé la musique à l’âge de 5 ans avec le piano, puis la batterie et enfin la guitare. J’ai suivi un cursus classique puis jazz au Conservatoire National Marcel Landowski à Troyes. Bercé depuis très jeune aux musiques des Beatles, Hendrix, Pink Floyd… J’ai décidé en 2005 de créer mon propre groupe pop/rock, The Distroy. J’ai continué les études en parallèle, et après avoir obtenu un Bac ES, je me suis tourné vers une prépa Hypokhâgne-Khâgne. J'ai par la suite intégré l’INSEEC Paris. Il me semblait intéressant d’avoir un « parachute » avec les diplômes et de ne pas foncer tête baissée dans la musique au regard de la difficulté des métiers artistiques.

 

 

PdA : Si vous êtes l'invité de Paroles d'Actu aujourd'hui, c'est d'abord pour nous faire partager votre passion pour la musique... Où trouve-t-elle son origine ? C'est quoi, la musique que vous aimez ?

 

R.B. : La musique a toujours fait partie intégrante de ma vie. Mes inspirations vont aussi bien des 60’s jusqu’aux groupes plus actuels comme Muse, Placebo, Coldplay, Kings of Leon… Mais j’ai aussi été inspiré par les standards du Rhythm and Blues par exemple. Je suis particulièrement sensible aux musiques dans lesquelles les mélodies ont une place importante, quand les parties instrumentales sont bien travaillées. Mais surtout, il faut avant tout qu’une musique me donne un frisson, qu’elle provoque quelque chose, je me souviens avoir été marqué à la première écoute d’un titre comme « Because » des Beatles ou bien « The Show Must Go On » de Queen.

 

 

PdA : Vous êtes le chanteur-guitariste de votre groupe Pop-Rock, The Distroy. Vous nous racontez son histoire ?

 

R.B. : The Distroy, c’est une histoire d’amour qui commence à dater (rires). Cela remonte au collège. J’avais proposé à mes acolytes de créer un groupe de rock, la décision s’est prise dans la cour de récréation, entre deux cours. C’est un groupe qui est né à Troyes, d’ailleurs le mot « Distroy » est un clin d’oeil puisqu’en fait le « Dis » = 10 soit le département de notre ville (l’Aube), et le « Troy » rappelle notre ville, Troyes. Tout cela avec une consonance anglaise. Après avoir beaucoup joué dans notre région, nous nous sommes confrontés à Paris et avons eu l’opportunité de jouer sur de belles scènes (Batofar, la Boule Noire, le Divan du Monde, le Glazart, La Machine du Moulin Rouge, le Gibus ou encore La Cigale…). Avant toute chose, ce groupe est une histoire d’amitié de longue date, avec ses hauts ses bas, mais une histoire qui dure, c’est pour cela que je parle souvent du groupe comme une histoire d’amour. Nous avons grandi ensemble, nous nous sommes construits ensemble.

 

 

PdA : Votre vie, comme tout groupe Pop-Rock qui se respecte (alerte cliché !), c'est sex, drugs and rock 'n' roll ou non, vous êtes sages ?

 

R.B. : Je ne pense pas pouvoir dire que nous sommes dans ce cliché bien connu du « sex, drugs and rock’n’roll ». Bien sûr, nous avons cette part de « folie » liée à notre musique mais, sans être sages, nous ne sommes pas non plus dans l’extrême opposé. Nous avons tendance à penser que c’est dans la musique qu’il faut être rock’n’roll, l’attitude qui est liée dépend juste de ce que l’on ressent au moment où l’on joue nos musiques. Nous avons d’ailleurs des titres avec des ambiances et couleurs différentes, et tout comme nos chansons, nous pouvons être déchaînés sur scène, ou alors calmes dans une atmosphère plus acoustique. De manière générale, nous n’aimons pas les clichés ou être rangés dans une case, nous évoluons avec nos musiques.

 

 

The Distroy 2

 

 

PdA : Quelle importance le groupe tient-il dans vos emplois du temps aujourd'hui ?

 

R.B. : Une grande partie de notre temps ! Finalement, il n’y a pas vraiment un jour qui ne soit lié au groupe d’une manière ou d’une autre. C’est une occupation très chronophage mais, en même temps, que nous trouvons particulièrement excitante car nous ne savons jamais ce qui arrivera d’un jour à l’autre. Il y a toujours du mouvement.

 

 

PdA : Sur votre compte Twitter, vous nous invitez à entrer dans "l'univers de The Distroy". Si vous deviez le dessiner, à quoi ressemblerait-il ? Qu'est-ce qui fait votre singularité sur la scène musicale ?

 

R.B. : Je pense que ce qui fait notre force, c’est d’avoir toujours essayé de diversifier nos ambiances musicales. Nous avons toujours lutté contre un quelconque formatage sur l’intégralité de nos morceaux. Nous pouvons proposer des musiques très rock, comme très pop, parfois des couleurs swing ou même un peu électro peuvent se glisser dans nos titres. Nous n’aimons pas nous limiter à une façon de faire, et, à chaque fois, nous sommes surpris nous-mêmes. C’est cette ouverture musicale qui peut faire notre force, je pense.

 

 

PdA : Quels sont, parmi votre répertoire ou vos reprises, les titres pour lesquels vous avez la plus grande tendresse ? Ceux que vous aimeriez que nos lecteurs découvrent ?

 

R.B. : À vrai dire, chacun de nos titres représentent une période, un moment pour lequel nous avons une affection particulière. Même si, aujourd’hui, notre maturité dans la composition a évolué, nous regardons nos anciens titres d’un oeil tendre. Un titre qui nous a beaucoup marqués a pu être « Sunday Pink Pillow » par exemple. Mais des titres comme « Broken Dreams » ou « Don’t Stop Me », plus récents, nous ont marqués aussi. Par ailleurs, de nouveaux titres à venir bientôt ont des significations bien spéciales et comptent beaucoup pour nous.

 

 

PdA : Comment vous y prenez-vous pour vous faire connaître, démarcher les médias... ? Quelle est votre stratégie com', si vous en avez une ?

 

R.B. : Question très intéressante car, finalement, l’aspect marketing/communication est lui aussi très chronophage. Nous démarchons directement auprès d’organisateurs de concerts, le communiqué de presse peut être aussi utile lorsque l’on veut obtenir une publication presse par exemple. Nous essayons de même d’être référencés un peu partout sur le web, sur diverses plateformes (Myspace, Reverbnation, NumberOneMusic…) ainsi que sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter…). Tenter de tenir une actualité assez régulière pour qu’il y ait un réel échange avec le public. Nous sommes en train de réfléchir pour notre tournée à plusieurs nouveaux moyens de communication mais, pour l’instant, cela n’est pas encore fait, même si de nombreuses idées originales ont afflué.

 

 

PdA : Faire tourner The Distroy, ça vous coûte cher ? Comment vous en sortez-vous financièrement ?

 

R.B. : Oui, cela coûte cher. Il y a beaucoup de frais logistiques, matériels. Nous essayons d’équilibrer cela avec les rentrées d’argent de nos concerts, sinon nous avançons sur fonds propres les dépenses. Nous avons démarché dernièrement des Business Angels pour qu’ils investissent sur notre groupe et de fait alléger nos dépenses, mais pour l’instant nous ne pouvons pas en dire plus.

 

 

PdA : Où pourra-t-on vous voir sur scène prochainement ?

 

R.B. : Nous serons en concert le 16 mars au gala du groupe INSEEC à Bordeaux, au Palais de la Bourse. Le 23 mars en concert à l’ESC Troyes et le 30 mars au Théâtre de la Reine Blanche, à Paris.

 

 

PdA : Un message pour nos lecteurs pour les convaincre que décidément, The Distroy, c'est un groupe à découvrir ?

 

R.B. : Pour les amateurs de pop/rock, vous pourrez découvrir un panel d’ambiances et d’atmosphères qui pourront, nous l’espérons, vous séduire. Pour ceux qui n’écoutent pas d’habitude ce genre de musique, je vais citer ce que m’a dit un membre du public à la sortie d’un de nos concerts : « Je n’aime pas la musique pop/rock mais vos titres m’ont fait changer d’avis ».

 

 

PdA : Quels sont vos projets pour demain... et après-demain ?

 

R.B. : Notre projet principal est l’enregistrement de notre premier album et par ailleurs la préparation d’une tournée en France qui débutera en septembre 2013. Deux projets d’ampleur qui vont animer nos vies pour les mois et années à venir.

 

 

PdA : Vos rêves... voire carrément vos fantasmes ? (c'est le moment de lancer un appel !)

 

R.B. : Vivre de notre musique au mieux, parcourir les routes de notre hexagone et, plus encore, jouer sur les plus belles scènes, les plus grands festivals dans les années à venir...

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter ?

 

R.B. : De rester soudés comme nous le sommes à l’heure actuelle, et de toujours prendre autant de plaisir à jouer ensemble. Et que nos rêves se réalisent...

 

 

PdA : Une espace d'expression totalement libre, pour vous permettre de conclure... comme vous le désirerez. Merci !

 

R.B. : Merci beaucoup à Paroles d’Actu pour cette interview, on espère tous vous retrouver à l’un de nos concerts, ou ailleurs, sur la route, à la croisée des chemins.

 

 

 

The Distroy 3

 

 

 

Merci encore, Roméo, pour vos réponses, votre enthousiasme. Bravo pour votre talent. Tous mes voeux pour la suite ! Et vous, appréciez-vous The Distroy... ? Postez vos réponses - et vos réactions - en commentaire ! Nicolas alias Phil Defer

 

 

 

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Vous pouvez retrouver The Distroy...

 

En concert... le 16 mars à Bordeaux (Palais de la Bourse), le 23 mars à Troyes, le 30 mars à Paris (Théâtre de la Reine Blanche) ;

 

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15 août 2012

Aurore Bergé : "Soyons audacieux !"

La rentrée, c'est bientôt. Cent un jours après l'élection de François Hollande, l'UMP est au travail. Elle prépare son avenir, avant d'espérer pouvoir assumer, de nouveau, celui de la France. À l'automne prochain, le parti élira son président. Avec lui, une ligne, un cap. Une ambition : convaincre pour reprendre le pays. Petit à petit. Après Benjamin Lancar et Camille Bedin, la parole à Aurore Bergé. À 25 ans, cette jeune Yvelinoise a déjà presque dix ans d'engagement politique derrière elle. Je la remercie pour le temps qu'elle a accepté de me consacrer en répondant à mes questions. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Phil Defer  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

AURORE BERGÉ

Chargée de mission à la fédération UMP des Yvelines

Ex-porte-parole des Jeunes UMP

 

"Soyons audacieux !"

 

Aurore Bergé

(Photo empruntée à Aurore Bergé sur son compte Facebook)

 

 

Q : 07/07/12

R : 15/08/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases ? Qu'est-il utile, intéressant de savoir vous concernant ? (ce que vous faites, aimez, vos références dans la vie, ce qui vous a conduit à vous engager...)

 

Aurore Bergé : Âgée de 25 ans, je suis engagée au sein de l’UMP depuis sa création et depuis que j’ai seize ans. Cet engagement était une évidence suite au 21 avril 2002, je ne pouvais alors pas voter et n’étais que spectatrice d’une situation qui me désolait et me révoltait. Cette période a correspondu à une nouvelle phase dans l’histoire de la droite française avec l’ambition de l’UMP de rassembler l’ensemble des sensibilités de la droite.

 

Responsable des Jeunes UMP des Yvelines de 2005 à 2008, puis porte parole nationale des Jeunes UMP de 2008 à 2010, chargée de mission auprès de Valérie Pécresse au sein de la fédération UMP des Yvelines depuis 2010, je travaille aujourd’hui à la reconquête de la ville au sein de laquelle j’habite, Magny-Les-Hameaux.

 

 

PdA : Quel bilan faites-vous de la présidence de Nicolas Sarkozy ?

 

A.B. : Une immense fierté. Fierté d’avoir participé aux campagnes de 2007 et 2012. Fierté d’avoir soutenu un homme qui a réformé comme jamais la France. Quand les Français et commentateurs auront pris un peu de recul sur la Présidence Sarkozy, quand ils arrêteront de la ramener aux premières heures de la soirée électorale du second tour de 2007 et regarderont les réformes réalisées et la manière dont la France a résisté par rapport à tous les autres pays comparables, ils sauront reconnaître le grand Président qu’il a été.

 

De la réforme des régimes spéciaux et généraux de retraite à l’autonomie des universités, du plan Cancer et Alzheimer au RSA pour protéger les plus fragiles, de l’augmentation de 25% de l’allocation adulte handicapé ou du minimum vieillesse aux internats d’excellence pour que l’égalité des chances soit une réalité, des peines planchers à la rétention de sureté pour protéger les Français, du Grenelle de l’Environnement au soutien aux agriculteurs …

 

 

PdA : Comment avez-vous vécu sa défaite du 6 mai, et comment l'expliquez-vous ? Quelles leçons tirez-vous de ces échecs électoraux de 2012 ?

 

A.B. : Cette défaite a été une grande douleur, un sentiment d’une grande injustice au regard de ce qui a été accompli.

 

Le principal enseignement est finalement que les Français demandent aux politiques une obligation de résultats et non une obligation de moyens. Or, quand vous traversez la crise financière et économique comme celle que nous connaissons depuis 2008, en dépit du plan de relance, en dépit du grand emprunt, vous sauvegardez le niveau de vie des Français et leur niveau de prestations sociales mais vous n’êtes pas en situation de l’améliorer. De la même manière, quand vous faites l’autonomie des universités, les résultats ne peuvent être perceptibles dans la seconde puisqu’il s’agit d’une politique de long terme.

 

Nous sommes dans une société du zapping, de l’instantané, or ce n’est pas le temps de la politique.

 

 

PdA : Quels sont pour la France les enjeux majeurs de cette décennie ? Êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste quant à notre avenir collectif ?

 

A.B. : Tout commence par l’éducation et c’est pour moi le principal défi auquel nous sommes confrontés. Quand on voit les pays les plus en crise de l’Union européenne, comme l’Espagne, l’Italie ou la Grèce, ce sont des générations de jeunes diplômés qui désertent leurs pays pour aller s’installer ailleurs en Europe. Comment créer de la croissance, comment reconstruire son économie et assurer son avenir si sa propre jeunesse préfère partir ?

 

En France, nous avons encore la chance d’avoir une jeunesse formée, diplômée, qui a envie de travailler, d’investir et de créer en France mais cela ne durera pas si nous ne leur offrons pas un cadre favorable pour le faire.

 

De même, quand on dit que « tout commence par l’éducation », il serait bon de s’interroger, non seulement sur le rôle de l’école, mais également – voire surtout – sur le rôle des parents dans l’éducation des enfants. L’école instruit, la famille éduque. Et cet équilibre est de plus en plus fragilisé, imposant dès lors aux enseignants de nouvelles contraintes auxquelles ils ne peuvent faire face. Il faut que les parents reprennent leur place, toute leur place !

 

 

PdA : Quel regard portez-vous sur les débuts du président Hollande, de l'assemblée rose et du gouvernement Ayrault ? J'imagine que votre réponse ne sera pas totalement favorable, mais y'a-t-il au moins des points sur lesquels vous considérez qu'"à la limite", de bonnes choses sont réalisées ou en passe de l'être ?

 

A.B. : En 3 mois, il y a eu beaucoup de paroles, beaucoup d’incantations, beaucoup d’affichage et de communication. Le principal objectif du gouvernement Ayrault semble de défaire tout ce qui a été fait par Nicolas Sarkozy, tout comme l’objectif de la Présidence Hollande semble être de prendre le contrepied de Nicolas Sarkozy autant que cela est possible.

 

Mais qu’est ce qui a été fait ? Arnaud Montebourg parle et se fait un nom sur la détresse sociale de salariés dont il sait pertinemment que les emplois sont condamnés. Au lieu d’accompagner le plan social, au lieu de mettre en place des plans de formation, il instrumentalise ce drame et montre du doigt les actionnaires.

 

Pendant ce temps là, on vote la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires, la suppression des peines planchers, la remise en cause des rétentions de sureté …

 

 

PdA : Après la défaite, et avant la reconquête... la réorganisation. Celle d'un appareil, et celle des idées. Qui aimeriez-vous voir élu(e) à la tête de l'UMP à l'automne prochain, et pourquoi ?

 

A.B. : Je fais aujourd’hui pleinement la campagne de François Fillon et je suis très fière d’être au sein de son équipe, aux cotés de Valérie Pécresse.

 

François Fillon me semble être le plus en capacité de rassembler l’ensemble des familles de la droite, ce qui est l’ambition première de l’UMP. Il a été pendant 5 ans le Premier Ministre de la France et a tenu sur toutes les réformes qui ont été réalisées.

 

 

PdA : Quelle doit être, de votre point de vue, la "ligne politique" de l'UMP des cinq années à venir ?

 

A.B. : Une droite décomplexée, une droite assumée, une droite impertinente, à l’image de celle que Nicolas Sarkozy avait installée quand il est devenu Président de l’UMP en 2004.

 

Une droite qui parle de tous les sujets car il n’y a aucun thème qui soit la propriété de tel ou tel parti. Nous sommes légitimes sur tous les sujets, prouvons le et soyons audacieux !

 

 

 

Merci encore à Aurore Bergé pour ses réponses ! Phil Defer

 

 

 

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Times New Roman > Georgia : 30/09/12

28 mai 2012

Philippe Meirieu : "L'énergie est là. Nous allons avancer."

En 1998, Alain Auffray de Libération disait de lui qu'il était "le pédagogue le plus écouté de nos gouvernants". S'il ne fait pas l'unanimité, Philippe Meirieu est en tout cas une voix qui compte aujourd'hui et depuis longtemps dans le domaine de l'éducation. Il lui a consacré toute sa vie. En tant qu'enseignant, mais également en tant qu'auteur, "théoricien" en matière de pédagogie (l'art d'éduquer). Il a occupé plusieurs positions d'influence sur les questions d'enseignement et a effectivement été consulté, écouté par plus d'un gouvernant. En 2010, conscient de la force de la politique pour faire bouger les lignes, il accepte de mener la liste d'Europe Écologie lors des régionales en Rhône-Alpes. Avec près de 18% des suffrages exprimés, il réalise un score exceptionnel comme l'ensemble de la formation au niveau national. Europe Écologie est en position favorable avant la fusion avec la liste socialiste de Jean-Jack Queyranne pour le second tour. La majorité sortante reconduite, Philippe Meirieu devient le deuxième vice-président du Conseil régional. Il est chargé de la "formation tout au long de la vie", une thématique qui lui tient évidemment à coeur.

 

En 2012, il soutient Eva Joly pour la présidentielle. Le "contrat de mandature" entre le Parti socialiste et Europe Écologie - Les Verts l'investit comme le candidat officiel de l'alliance dans la première circonscription du Rhône (Lyon), une alliance estampillée "majorité présidentielle" après l'élection de François Hollande. Les forces en présence : Michel Havard, le député U.M.P. sortant, mais également Thierry Braillard, le candidat du Parti radical de gauche. Comme d'autres ici ou là, il refuse l'accord entre E.E.-L.V. et le P.S., dont son parti est pourtant traditionnellement l'allié le plus fidèle. L'opposant à M. Havard en 2007 sera donc normalement bien candidat contre Philippe Meirieu lors du premier tour des législatives, le 10 juin prochain. Lorsque j'ai contacté M. Meirieu pour lui proposer le présent entretien, cette situation était déjà connue. Je n'ai pas souhaité consacrer d'espace à ce "duel fratricide", qui occupe déjà une grande partie de la couverture médiatique de la bataille pour cette circonscription. Un grand merci à Philippe Meirieu pour les réponses qu'il a bien voulu apporter à mes questions, et pour la gentillesse dont il a fait preuve durant nos échanges par internet. Le premier tour, dans deux semaines... Une exclusivité Paroles d'Actu, par Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

PHILIPPE MEIRIEU

Vice-Président du Conseil régional de Rhône-Alpes (depuis 2010)
Candidat dans la 1è circonscription du Rhône

 

"L'énergie est là. Nous allons avancer."

 

(Photo fournie par M. Philippe Meirieu)

 

 

Q : 10/05/12

R : 28/05/12

 

 

 

Paroles d'Actu : Le 6 mai, François Hollande est élu président de la République. Question toute bête, qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez appris la nouvelle ? Dans quel état d'esprit êtes-vous, aujourd'hui ?

 

Philippe Meirieu : J’ai été très heureux. Les derniers jours de la campagne de Nicolas Sarkozy m’avaient effrayé : il avait joué sur toutes les peurs possibles et déshonoré le débat politique. François Hollande a été non seulement digne et courageux, mais aussi rassembleur. Il a refusé toute démagogie et, même si j’estime que, dans certains domaines (comme la conversion énergétique ou la formation tout au long de la vie), il ne va pas assez loin, je dois dire qu’il force l’admiration... C’est un homme d’Etat résolument de gauche et qui permet d’espérer de vrais changements en profondeur. Je crois qu’il faut lui donner maintenant une majorité à l’Assemblée nationale et travailler inlassablement pour remettre la France sur les bons rails.

 

 

PdA : Élections européennes de 2009 : Europe Écologie réalise d'excellents scores et talonne, au niveau national, le score du Parti socialiste (16,3 contre 16,5% des suffrages exprimés).

2012... Votre candidate à l'élection présidentielle est Eva Joly, largement élue face à la star Nicolas Hulot lors de la Primaire de l'écologie. Pourtant, sa campagne ne décollera jamais vraiment, et son score sera finalement bien en deçà des espérances. (2,3% des exprimés) Mauvais choix de candidat ? Mauvaise campagne ? Mauvaise idée de participer à l'élection présidentielle ? Quel regard portez-vous sur cet échec ? Comment expliquez-vous ce score ? Ne risque-t-il pas de desservir votre cause, la cause de l'écologie, avec un "poids apparent" si faible ?

 

P.M. : Le score d’Eva Joly ne reflète en rien la force de l’électorat écologiste. Le rejet de Nicolas Sarkozy a poussé de nombreux électeurs à voter utile dès le premier tour. Et je peux les comprendre ! Quant à Eva Joly, elle a inspiré le respect et de très nombreux Français ont vu qu’elle osait poser des questions essentielles. Pendant l’entre deux tours, elle a été ovationnée chaque fois qu’elle apparaissait dans un meeting de François Hollande. Je crois que ce qu’elle a porté – les valeurs de l’écologie politique – va continuer à faire son chemin. Et je suis convaincu que les électeurs écologistes vont revenir à l’occasion des élections législatives.

 

 

PdA : Je laisse de côté la bataille que vous livre Thierry Braillard dans la première circonscription du Rhône, pour les législatives de cette année. Quel message souhaiteriez-vous adresser à ces électeurs lyonnais dont vous sollicitez les suffrages ? Pourquoi voter pour vous ? Plus généralement, pourquoi les Français doivent-ils, de votre point de vue, envoyer au Palais Bourbon un maximum de députés Europe Écologie - Les Verts ?

 

P.M. : J’ai l’honneur d’être investi, tout à la fois par le Parti socialiste et par Europe-Ecologie -  Les Verts. Je m’engage ainsi, tout d’abord, à me battre pour mettre en œuvre le contrat de mandature signé par nos deux formations... Mais je resterai un candidat écologiste, donc très attentif à la question des grands équilibres structurants : entre l’homme et la nature, entre les villes et les campagnes, entre les générations et entre les peuples. Je porterai les valeurs fondatrices de l’écologie politique : la solidarité plutôt que la concurrence, le modèle coopératif contre le modèle libéral, l’attention au long terme plutôt que la fuite en avant irresponsable, le souci des dynamiques locales et territoriales, la volonté d’une vraie décentralisation et d’un renouveau de la vie démocratique dans tout le pays à tous les niveaux. En matière d’éducation, je travaillerai à la reconstruction du service public et permettrai l’innovation pédagogique pour une vraie réussite de tous les élèves. Sur la formation qui me tient infiniment à cœur, je militerai pour une vraie “formation tout au long de la vie” qui ne bénéficie pas en priorité à ceux et celles qui ont déjà bénéficié de la formation initiale.

 

 

PdA : L'accord PS-EELV semble faire débat aujourd'hui. On ne sait plus vraiment qui il engage, et sur quels points. Vous serez sans doute, demain, si vous êtes élu député, un membre de la majorité parlementaire. Sur quels éléments vous baserez-vous pour juger, à la fin de la législature, le bilan du quinquennat ? Quels chantiers devront avoir été au moins entamés ?

 

P.M. : Cet accord est un accord de mandature entre deux formations politiques qui s’engagent à travailler ensemble dans plusieurs directions structurantes : dominer la finance et rendre le monde plus solidaire, mettre en place un nouveau mode de développement fondé sur la coopération plutôt que sur la concurrence, bâtir une République nouvelle et plus juste, restaurer les droits fondamentaux : droit à la dignité, au logement, à un environnement sain, à l’éducation et à la formation tout au long de la vie, à un emploi. L’égalité des droits doit remplacer la soi disant “égalité des chances” qui exonère la société de lutter contre les inégalités structurelles et pérennes au nom de la “chance” qu’elle donne à quelques “exclus” de s’en sortir ! Ce qu’il faudra avoir absolument entamé de mon point de vue : c’est la transition énergétique (engager la sortie du nucléaire, mettre en place une politique d’économies d’énergie et de développement des énergies renouvelables), la restructuration du service public de l’éducation et de la formation tout au long de la vie (avec une vraie politique pour donner, enfin, plus et mieux à ceux et celles qui ont moins), une réforme fiscale (qui taxe autant le capital que le travail, qui fasse payer les pollueurs...) et une réforme institutionnelle qui limite drastiquement les cumuls qui sont une plaie pour la République.

 

 

PdA : Vous avez été enseignant, chercheur. Vous avez occupé de nombreuses fonctions importantes en matière d'éducation, de formation, et avez beaucoup écrit à ce sujet. Vous êtes une voix qui porte sur ces questions. Quel bilan tirez-vous de ce qui a été fait depuis dix ans au niveau de l’État ? De la région Rhône-Alpes, pour prendre un exemple local que vous connaissez bien (en tant que vice-président en charge de la formation tout au long de la vie) ?

 

P.M. : Nous avons travaillé depuis dix ans en résistance et, souvent même, en affrontement avec un système qui ne croyait plus dans les hommes et les femmes de ce pays, qui sacrifiait sa jeunesse et plaçait la “théorie du marché” au centre de tout. Très concrètement, à la Région, j’ai voulu mettre en place des formations en direction des jeunes les plus éloignés de l’emploi (il y a 97 000 jeunes dans notre Région sans formation ni emploi, soit plus d’un sur dix). Et j’ai dû faire des acrobaties incroyables pour pouvoir intégrer un volet social dans ces formations. En réalité, tout le système pousse à sélectionner les personnes les plus adaptées et qui ne vont pas créer de problème plutôt que de prendre les gens qui en ont véritablement le plus besoin. C’est la conséquence de la pitoyable politique du “pilotage par les résultats” qu’on voit partout, y compris dans les établissements scolaires et les universités : on choisit les meilleurs pour avoir de bons résultats et plus de financement ! Il faut changer tout cela en profondeur, avec une loi d’orientation radicalement nouvelle sur l’éducation et une autre sur la formation tout au long de la vie...

 

 

PdA : François Hollande a lui clairement fait de la jeunesse, de l'éducation, sa priorité numéro 1. Son projet va-t-il dans le bon sens ? Quelles seraient pour vous, dans l'idéal (si vous aviez une majorité "acquise à vos idées"), les réformes à entreprendre ?

 

P.M. : Outre un changement radical de la politique scolaire (qui relance les aides en faveur des zones d’éducation prioritaire, remette en place une vraie formation initiale et continue des professeurs, favorise l’innovation pédagogique au service de la réussite de toutes et tous), je voudrais qu’on établisse une “allocation de formation” pour tous les jeunes de 16 à 25 ans qui fassent converger les statuts d’étudiants, d’apprentis, de stagiaire de la formation continue, du service civique avec les bourses. Une allocation avec une part fixe et une part qui varierait en fonctions de la situation sociale. Aujourd’hui, les jeunes de 17 ans que la Région accueillent en formation touchent une “rémunération” de 130 euros par mois ! Qui peut vivre avec cela ?

 

 

PdA : Qu'est-ce qui, dans notre pays, dans notre monde, vous interpelle, vous révolte aujourd'hui ? Une cause sur laquelle vous souhaiteriez peut-être attirer notre attention à l'occasion de cette interview ?

 

P.M. : Je suis très sensible à la question des droits de l’enfant sur laquelle j’ai écrit un livre (Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui, aux éditions Rue du Monde). Aujourd’hui, chaque jour, en moyenne, plus de 260 000 enfants meurent dans le monde de décès qui, pour la plupart, auraient pu être évités. Près de deux milliards d’enfants subsistent, tant bien que mal, avec moins de 30 euros par mois. Plus de cent millions vivent dans la rue. Quatre cent millions sont exploités au travail, le plus souvent dans des conditions indignes. La prostitution infantile se développe impunément dans plusieurs pays. En Afrique, plus de cent quatre-vingt millions d’enfants n’ont pas accès à la moindre forme de scolarisation, et ce chiffre est en constante augmentation ! Enfants soldats, enfants esclaves, enfants otages, enfants abandonnés, enfants anémiés et maltraités, enfants victimes des épidémies et des mines antipersonnel… la liste est longue de nos malfaisances. Régulièrement, les organisations internationales en font le terrible constat et appellent à un sursaut : « La survie des enfants doit être au centre des efforts nationaux et internationaux visant à faire progresser l’humanité », affirme l’UNICEF dans son rapport sur La situation de l’enfant dans le monde en 2008. En vain, semble-t-il. Notre espèce continue à s’apitoyer devant les visages émaciés, les membres amputés et les petits cercueils alignés, sans, pour autant, trouver là la moindre raison pour interrompre ses affaires, mettre un terme à ses folies guerrières et à ses emportements mortifères. Tout juste consent-on à quelques oboles de temps en temps ! C’est quelque chose qui me révolte profondément !

 

 

PdA : Dernière question qui n'en est pas une... Une tribune libre pour vous permettre de conclure cet entretien comme il vous plaira. En abordant un sujet totalement ignoré jusqu'ici, en allant un peu plus loin sur un thème... C'est à vous !

 

P.M. : Je ne peux pas conclure sur autre chose que le sujet qui oriente aujourd’hui tout mon combat : les rapports de l’éducation et de l’écologie. Je crois donc que l’éducation est, tout à la fois, une manière de redonner du sens à nos existences et de changer le monde. Je crois qu’elle peut faire exister une promesse nouvelle : celle d’un partage qui ne soit pas pillage et d’une société enfin apaisée, capable de penser son avenir. Je le crois d’autant plus que j’observe, ici et là, l’émergence d’une foule d’initiatives éducatives, à l’école et sur les territoires, dans les quartiers et les médias, dans le tissu associatif et culturel, au carrefour des générations. Certes, les choses partent un peu dans tous les sens et pèchent souvent par naïveté. Mais l’énergie est là. Et nous allons avancer. Je vais tout faire pour cela en tant que député de la première circonscription du Rhône.

 

 

 

Nouvelle séquence : "L'invité en images"


L'invité choisit une ou plusieurs photos et nous les raconte...

 

 

https://storage.canalblog.com/67/29/871067/76131174.png

 

"Une photo prise Place Bellecour à l’automne 2010 où l’on me voit m’interposer entre les forces de l’ordre et les jeunes : j’explique aux jeunes qu’il ne faut pas céder à la provocation et tente de leur faire comprendre les enjeux politiques du moment..."

 

 

 

https://storage.canalblog.com/00/47/871067/76131176.png

 

"Une photo prise par moi-même et que j’aime bien : une rencontre étrange, dans une ancienne centrale thermique, entre une statue grecque et une machine électrique, rencontre entre le passé et le présent, rencontre que j’aime bien car ce sont toujours des rencontres imprévues entre qui naissent l’invention, la nouveauté, l’imagination..."

 

 

 

Merci encore à Monsieur Meirieu pour sa sympathie et sa générosité à mon égard ! Bon courage à lui, ainsi qu'à tous les candidats aux législatives de ce mois de juin ! Phil Defer

 

 

 

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Modification de la présentation de l'article le 21 juin 2012

 

Times New Roman > Georgia : 01/10/12

21 janvier 2013

Jean-Marc Sylvestre : "J'ai parfois blessé des gens, je le regrette"

Jean-Marc Sylvestre a longtemps fait figure d'épouvantail, de "punching ball" commode pour les détracteurs d'un libéralisme économique dont les dérives ont pu, légitimement, choquer des hommes, des femmes de bonne foi. On a accolé à ce dernier, de plus en plus souvent, le préfixe "ultra", quitte à confondre, par facilité, des principes et leur caricature. Jean-Marc Sylvestre "était" le libéralisme en France, il l'incarnait au quotidien sur TF1. Ce professeur d'économie se voulait pédagogue avant tout, mais l'étiquette des excès de sa science a parasité le message. Elle lui colle toujours à la peau. Rencontre avec un homme bien plus complexe que son image publique. Un homme que la vie n'a pas épargné, pas sectaire ni avare en autocritiques. Je le remercie pour ses réponses, pour nos échanges. Une exclusivité Paroles d'Actu. Par Nicolas Roche, alias Phil Defer.  EXCLU

 

 

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D'ACTU

JEAN-MARC SYLVESTRE

Spécialiste de l'économie pour TF1, LCI puis i>Télé

Rédacteur en chef de Jean-Marc Sylvestre, le blog

 

"J'ai parfois blessé des gens, je le regrette"

 

Jean-Marc Sylvestre

(Photo fournie par M. Jean-Marc Sylvestre)

 

 

Q : 30/11/12

R : 21/01/13

 

 

 

Paroles d'Actu : Bonjour Jean-Marc Sylvestre. En 2003, le public, habitué à vous voir sur les plateaux de télévision, découvrait Une petite douleur à l'épaule gauche (Ramsay). Vous y narriez les gros pépins de santé vécus un an auparavant, votre redécouverte, en tant que patient cette fois, du système de santé français. De ses bienfaits, de ses failles, également... Une expérience qui vous avait fait beaucoup réfléchir... Comment allez-vous aujourd'hui ? Avec le recul d'une décennie, en quoi diriez-vous de cet épisode de votre vie qu'il vous a changé ?

 

Jean-Marc Sylvestre : Je me serais bien passé de cette "expérience", comme vous dites, mais je m'en suis tiré... Avec beaucoup de difficultés, certes, mais aussi avec un regard un peu différent sur la vie et le système hospitalier. J'ai d'ailleurs écrit tout cela dans Une petite douleur à l'épaule gauche, et comme le livre a marché, je crois qu'il a touché pas mal de monde...

 

Il ne se passe pas une journée de ma vie sans que je ne pense à cette histoire... Donc, je fais attention à un certain nombre de choses. J'essaie de ne pas perdre de temps. Je me sens plus proche de tous ceux qui sont malades... J'essaie d'être utile... plus juste... Enfin, ça a dû me faire grandir.

 

 

PdA : J'évoquais à l'instant votre notoriété auprès du public. Vous avez été durant une quinzaine d'années (1994-2010) le "Monsieur économie" de la Maison TF1 (LCI-TF1). Quel regard portez-vous sur cette collaboration ? Quels souvenirs forts en gardez-vous ? Êtes-vous restés en bons termes ? 

 

J.-M.S. : Je ne regrette pas du tout la notoriété, c'est très agréable... Vous savez, je connais des animateurs de télé ou des vedettes du show-biz qui se plaignent... Ils ont mis vingt ans à se faire connaître et, quand ils sont connus, ils se cachent et mettent des lunettes noires. C'est ridicule. Ça fait partie du métier, mais ça n'est pas le coeur du métier... Le coeur du métier, c'est de parcourir l'histoire qui se déroule sous vos yeux et d'en rapporter les faits et les chiffres en essayant de distinguer ce qui est accessoire de ce qui est important...

 

Mon histoire avec TF1 a duré près de vingt ans. Ses dirigeants m'ont donné les moyens d'exercer mon métier, c'est une grande chance. J'ai essayé d'être à la hauteur de cette confiance, c'est-à-dire de faire de la pédagogie de l'économie pour le plus grand nombre.

 

Les souvenirs, ce sont les amis que je m'y suis fait et les occasions de rencontrer les acteurs de l'actualité. C'est un lieu de pouvoir, et donc d'influence exceptionnel. TF1 m'a donné la chance de couvrir depuis vingt ans tous les grands événements économiques : le passage à l'euro, les crises, etc, etc... Je suis resté en excellent terme avec TF1, c'est une très belle entreprise moderne.

 

 

PdA : Durant cette période de forte médiatisation, vous avez été attaqué parfois en tant que "Monsieur libéral" de la télévision, endossant à titre personnel les griefs faits par ses détracteurs à l'économie de marché. Avez-vous ressenti les choses de cette façon ? D'ailleurs, qu'en est-il réellement ? Comment définiriez-vous en quelques mots l'idée que vous vous faites d'une économie qui fonctionne ?

 

J.-M.S. : J'ai été critiqué, mais c'est normal. Il y avait un peu de jalousie mais aussi de concurrence, sans parler de mes erreurs... Je n'ai parfois pas été assez clair, assez pédagogique, trop "presse". C'est normal d'être critiqué.

 

La lecture libérale de l'économie, je l'assume, totalement. Je suis professeur d'économie, mon métier, c'est d'expliquer le fonctionnement du système. Je crois profondément, parce que j'ai lu Marx, qu'il n'y a pas deux façons de créer de la richesse : il faut du travail, encore du travail, de l'intelligence et de l'épargne... Le système économique a pour objectif de créer de la richesse, des emplois, des investissements, du progrès, etc, etc... Il n'a pas à faire de la morale. La morale, c'est personnel. L'entreprise ne fabrique pas de la morale, elle fabrique de l'argent. Les acteurs de l'entreprise doivent en revanche avoir un comportement moral, éthique, exemplaire...

 

À titre personnel, je m'en suis tenu à cette définition. Alors, j'ai parfois blessé des gens, et je le regrette. J'ai parfois été arrogant, sans doute, et je le regrette... Mais je suis intimement convaincu que le système a besoin de liberté individuelle et de responsabilité personnelle. L'État ne peut pas tout faire. Son rôle n'est pas de créer de la richesse, son rôle est de mettre en place un code de la route et de le faire respecter. Le rôle de l'État est de créer les conditions les plus favorables pour que les hommes et les femmes puissent exercer leur liberté et leurs initiatives.

 

 

PdA : Cette image qui vous a collé à la peau était aussi liée à celle du média. On dit souvent de TF1 qu'elle est une chaîne de droite... C'est le cas ?

 

J.-M.S. : TF1 n'était ni de droite, ni de gauche... TF1 est une entreprise qui se doit d'avoir le maximum de téléspectateurs. TF1 ne peut pas être partisan.

 

 

PdA : Vous avez enseigné l'économie, vous l'avez commentée depuis le début des années 70. Quelles évolutions majeures de l'économie mondiale, quelles tendances lourdes notez-vous par rapport à vos débuts ?

 

J.-M.S. : Depuis les années 1970, l'économie s'est mondialisée. Les pays sous-développés sont devenus des émergents. L'économie s'est mise en concurrence, ce qui est un facteur de progrès. L'économie a été tractée par le progrès technique...

 

Le problème en France, c'est que les opinions publiques ont peur de la mondialisation. Elles ont peur de la concurrence. Elles ont peur du progrès technique... On ne leur a pas assez expliqué les bienfaits de cette évolution. Les hommes politiques n'ont pas fait leur métier de pédagogues et d'explicateurs des évolutions nécessaires.

 

 

PdA : Louis Gallois vient de remettre au Premier ministre Jean-Marc Ayrault son rapport sur la compétitivité des entreprises françaises. Imaginons maintenant qu'un gouvernement quelconque, sur la base de votre expérience et de votre expertise économique, décide de vous confier à votre tour une mission. Un rapport visant à redynamiser la croissance française et notamment à booster nos entreprises à l'international. Quelles seraient vos préconisations ?

 

J.-M.S. : J'ai accepté une fois une mission auprès du ministre de l'Agriculture pour préparer la loi d'orientation agricole. Ça a été une expérience passionnante, très difficile. Le métier politique est très difficile. Nous sommes en démocratie, un homme politique doit être élu pour gouverner. La logique du marché politique n'est pas forcément la même que celle du marché économique. L'homme politique doit faire des promesses pour être élu. Il a parfois du mal à les respecter et les réaliser.

 

Mes préconisations sont celles de tous les experts. Il faut réformer ce pays pour le mettre à niveau de la concurrence internationale. Tout le monde sait cela, mais l'homme politique doit l'appliquer, et c'est très difficile à faire passer. Louis Gallois a été formidablement habile, mais Louis Gallois n'est pas un élu...

 

 

PdA : Très franchement, que vous inspirent les débuts du quinquennat de François Hollande ?

 

J.-M.S. : Les débuts du quinquennat sont à la mesure de la campagne présidentielle... Beaucoup de promesses et d'ambitions mais des contraintes difficiles à surmonter. D'où les difficultés, les couacs et les déceptions. Mais c'est normal, tout cela...

 

 

PdA : Vous reconnaissez-vous dans l'offre politique française actuelle ? D'ailleurs... n'avez-vous jamais eu la tentation de vous lancer vous-même dans une aventure politique ?

 

J.-M.S. : L'offre politique est une chose, elle répond à la logique du marché politique. La réalité m'intéresse davantage, et tout le talent d'un homme politique, c'est de tenir compte de cette réalité sans pour autant décevoir son électorat. C'est un métier très difficile.

 

 

PdA : Êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste quant à l'avenir de l'union économique et monétaire européenne ? Quelle Europe appelez-vous de vos vœux pour relever les défis de demain ?

 

J.-M.S. : Je suis assez pessimiste, mais je sais qu'on ne peut pas faire machine arrière. Je sais aussi que, quand nous sommes au bord du ravin, au bord de la crise, on se redresse... Depuis 2007, on est passé à côté de la catastrophe mondiale, on l'a évitée à chaque fois... Ça a coûté cher, mais le système tient debout.

 

 

PdA : Le site Ebuzzing vient de classer votre blog à la tête des blogs éco, et à une dix-huitième place remarquable au classement général. Quelle est votre réaction ? Quid de votre rapport à internet ?

 

J.-M.S. : L'accueil est plutôt bon, ça veut dire qu'en disant la vérité, on doit gagner. Les lecteurs ne veulent plus qu'on leur raconte des histoires. On essaie d'être vrais.

 

 

PdA : Que peut-on vous souhaiter, Jean-Marc Sylvestre ?

 

J.-M.S. : De continuer le plus longtemps possible...

 

 

PdA : Quel message aimeriez-vous adresser à nos lecteurs ?

 

J.-M.S. : De ne pas céder à la résignation. Leur dire que quand on veut, on peut... Le bonheur n'est pas toujours dans le pré... mais on doit pouvoir s'en approcher.

 

 

PdA : Un dernier mot ? Merci infiniment...

 

J.-M.S. : Les faits sont têtus... ce n'est pas de moi, c'est de Lénine, un grand auteur libéral comme vous savez !

 

 

 

Merci encore, Jean-Marc Sylvestre, pour le temps que vous avez bien voulu me consacrer. Tous mes voeux pour une belle et heureuse année 2013 ! Phil Defer

 

 

 

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29 juillet 2016

« De Vigipirate à Sentinelle vers une Garde nationale ? », par Alain Coldefy

L’amiral (2S) Alain Coldefy, directeur de la prestigieuse Revue Défense Nationale, est de ces voix de militaires auxquelles on prête l’oreille dans un pays qui, pendant longtemps, s’est peut-être senti moins directement concerné par les questions de défense. La réalité froide du terrorisme de masse qui, depuis dix-huit mois, a frappé le territoire national à au moins trois reprises et causé plus de 230 morts violentes, ne pouvait pas ne pas remettre la sécurité, la défense, le policier et le militaire au cœur des préoccupations premières de nos concitoyens.

M. Coldefy, qui avait déjà répondu aux questions de Paroles d’Actu en décembre dernier, a fort aimablement accepté la proposition d’article que je lui ai soumise le 17 juillet - soit trois jours après l’attentat de Nice - autour de la thématique suivante : « Quels dispositifs sécuritaires face à la menace terroriste en France ? ». Son texte m’est parvenu ce jour, au lendemain de la confirmation par le président de la République de la constitution d’une « garde nationale ». Synthèse et point de vue d’un expert, précieux parce qu’éclairants - qu’il en soit, ici, remercié. Une exclusivité Paroles d’Actu. Par Nicolas Roche.

 

Sentinelle 2016

Patrouille de soldats à Paris dans le cadre de l’op. « Sentinelle », nov. 2015. Cr. photo : Charles Platiau/Reuters.

 

« De Vigipirate à Sentinelle

vers une Garde nationale ? »

par l’amiral Alain Coldefy, le 29 juillet 2016

Le président de la République a décidé le 28 juillet 2016 la constitution d’une « Garde nationale » à partir des éléments existants des réserves opérationnelles. Ce n’est pas la première fois que le chef de l’État en parle, mais il semble à de nombreux observateurs que le projet pourrait aller à son terme à la suite des récents attentats.

C’est le moment de s’interroger sur le dispositif sécuritaire qui se met en place dans notre pays, au fil tragique des attentats meurtriers qui frappent délibérément « à l’aveugle », les auteurs et leurs commanditaires le revendiquent haut et fort.

Quelques mots d’abord sur le terrorisme...

Le terrorisme est un mode d’action, comme l’espionnage, la piraterie, l’esclavage ou le brigandage. C’est un mode d’action quasi « éternel », et « qui le restera », pour paraphraser un grand homme de l’histoire de France. Mais le terrorisme, pour terrible qu’en soient les effets sur les populations, n’a jamais détruit aucun État digne de ce nom.

La guerre est également un mode d’action, mais ce qui fait la différence, c’est qu’elle est un affrontement temporaire et par les armes entre deux adversaires ou ennemis, et, dût-elle durer cent ans, elle s’achève un jour par nature. En revanche, la guerre peut détruire des États, nul besoin d’être historien pour le savoir.

La « guerre contre le terrorisme » ou « la France est en guerre » sont donc deux expressions qui pourraient apparaître comme pleines de sens « politique », dans les rapports entre l’État et les citoyens, et vides de sens « pratique » comme cela est expliqué plus haut.

« On a mis dix ans à comprendre Mein Kampf...

ne refaisons pas les mêmes erreurs ! »

En réalité, et c’est la mondialisation de l’information et des espaces qui entre autres le permet, nous sommes entrés dans un siècle où tout est lié, tout événement a des répercussions mondiales instantanées :

  • La France doit combattre loin de ses frontières des groupes armés de terroristes qui ont un objectif politique assumé  : construire un État nouveau sur un territoire qu’ils auront conquis par la lutte armée et détruire dans le même temps nos sociétés. Ils l’ont écrit il y a une dizaine d’années et Gilles Kepel rappelle souvent que c’est le délai qu’il a fallu en France pour traduire – trop tard – Mein Kampf et découvrir qu’Hitler avait lui aussi écrit et décrit sa volonté de détruire la France. La cécité niaise, stratégique et politique, qui avait prévalu entre les deux guerres n’a toujours pas servi de leçon aujourd’hui.
     
  • Et simultanément, elle doit prévenir sur son sol national des attentats de toutes sortes et revendiqués comme terroristes par leurs auteurs.

L’exercice est donc délicat et on ne peut que se louer de la maïeutique intellectuelle, soutenue certes par les « kalachnikov » des assassins, qui a fait prendre conscience aux Français et à leurs dirigeants qu’il s’agissait d’un même « combat ».

Ces préliminaires permettent peut-être d’éclairer la question lancinante des dispositifs sécuritaires à mettre en place pour faire face à la menace terroriste en France.

Car au vu de ces éléments, on voit mieux qu’il s’agit, pour prendre une image concrète, de « gripper » cette « vis sans fin » de la terreur qui s’enfonce dans les ventres mous des démocraties.

Des principes forts

Deux principes forts doivent ensuite être soulignés quand on aborde maintenant la question des moyens, au sens large, à mettre en œuvre.

Le premier principe est qu’ils doivent être pérennes car la menace est malheureusement pérenne. Un médecin, William Dab, s’interrogeait récemment avec pertinence dans cette optique sur ce que la lutte contre les pandémies peut nous apprendre face à la menace terroriste.

« Trois piliers essentiel : Renseignement, Police, Justice.

Si l’un d’eux flanche, tout l’ensemble est bancal. »

Ces moyens reposent sur un triptyque bien connu : le Renseignement, la Police et la Justice. Quand l’un des piliers flanche, l’ensemble est bancal.

Le renseignement fonctionne plutôt correctement au vu des informations connues du grand public. Les terroristes sont rapidement identifiés, et il est évident, même si c’est moins dit, que nombre d’actions ont pu être évitées de façon préventive grâce aux moyens mis en œuvre dans ce domaine.

On peut cependant se risquer à deux remarques.

La première est que nous avons hérité de la guerre froide un dispositif, une culture, des méthodes et une organisation du renseignement dédiés au contre-espionnage avec des caractéristiques propres – temps long, réseaux, désinformation, etc… Ce mode opératoire a bien fonctionné jusqu’à la guerre en Irak et l’on se souvient du « jeu de cartes » représentant les responsables de la mouvance de Saddam Hussein. Depuis, il s’agit d’intervenir « urbi et orbi » dans un contexte de contre-terrorisme qui présente d’autres caractéristiques : médiatisation, rôle des opinions publiques, mise en avant permanente des responsables politiques, etc…

La deuxième est que l’intégration du renseignement, en termes d’organisation, est encore inachevée. Les armées, dès la chute du Mur, ont créé ex nihilo une direction interarmées du renseignement militaire, qui n’était pas évidente a priori (fusionner les spécialistes de l’analyse spectrale des bruits rayonnés par un sous-marin soviétique en Atlantique nord et ceux de l’action humaine en profondeur sur les théâtres terrestres par exemple) mais a fait avec le temps preuve de son efficacité. Les sources du renseignement sont multiples, internationales et nationales, et cette intégration est impérative. Pour ce faire, les militaires ont une recette éprouvée : un seul chef pour une mission bien définie et des moyens correctement adaptés….

Les forces de sécurité font preuve au quotidien de leur professionnalisme et il y a peu de commentaires à faire. Elles disposent d’effectifs importants au plan national - la Police nationale comme la Gendarmerie nationale sont chacune plus importantes en personnel que l’armée de Terre – et sont complétées des polices municipales, de la sécurité civile, du système de santé, des pompiers civils et militaires, etc... Ces forces sont suremployées et doivent de plus en plus intervenir en faisant usage de leurs armes létales. L’appel aux forces armées, dans son principe, est donc cohérent.

« Le terrorisme doit être traité dans le cadre

des lois ordinaires de la République »

La justice enfin. La criminalité est pérenne, le terrorisme en fait partie, se traite en démocratie par les lois ordinaires de la République, c’est le second principe. L’exception, comme son nom l’indique, doit rester exceptionnelle car elle réduit temporairement le champ d’action de la justice au profit de l’administration. Ce n’est pas le sujet de cet article, donc nous ne développerons pas ce point. Il est évident que c’est à l’heure actuelle le point de faiblesse du dispositif pour des raisons qui tiennent essentiellement à un budget notoirement insuffisant depuis des années. Il est clair également que depuis l’épisode du « mur des cons » on peut s’interroger sur les motivations de certains - imagine-t-on dans une caserne ou un commissariat un tel spectacle ? L’absence assumée du renseignement dit « pénitentiaire » est également un point de faiblesse. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt.

Il est donc naturel de reconsidérer le rôle de l’armée dans le cadre ainsi brossé.

Et l’on s’apercevra immédiatement que l’armée n’est pas conçue pour cette mission. Les forces armées sont en effet faites pour protéger le territoire national contre des agressions extérieures et les Français de par le monde. Le militaire, soldat, marin, aviateur est formé pour le combat contre un ennemi et il est dépositaire dans ce cadre de la violence de l’État avec le devoir de détruire ceux qui, de l’étranger et à l’étranger, s’attaquent à la France. Ceci n’a rien à voir avec le mandat des forces de police, quel que soit leur statut, civil ou militaire. Ces dernières couvrent une palette extrêmement vaste d’interventions, qui concernent nos concitoyens (grève ou défilé par exemple) et n’autorisent l’ouverture du feu qu’en cas avéré de légitime défense (forces de police civiles).

En revanche, et parce que l’armée dispose parfois de moyens matériels qui font défaut à la sécurité publique (hôpitaux des armées pour le virus Ebola ou l’anthrax en 2001, engins de déminage sophistiqués, ou autres), elle a pour mission de porter son concours au ministère de l’Intérieur quand ce dernier la sollicite. Dans le cas extrême de catastrophes nationales, tout le monde est « sur le pont » évidemment.

Ce concours s’est progressivement étendu au renforcement des capacités de surveillance (Vigipirate) et des capacités de surveillance et d’intervention (Sentinelle) qui ont montré leurs limites légales et réglementaires.

« Les forces de police sont exténuées, l’armée de Terre

employée en soutien de leur mission est exsangue »

Depuis la recrudescence des attentats, il a fallu élever considérablement le niveau de protection si bien qu’aujourd’hui les forces de police sont exténuées et que l’armée de Terre, qui a apporté un soutien (les 10 000 hommes déployés depuis janvier 2015) qui n’était pas prévu par la loi, donc pas financé et désormais insoutenable en termes d’effectifs, est exsangue.

Pour réduire la contrainte sur les forces « régulières », de nombreuses voix se sont élevées pour faire appel aux « réserves », ce vivier de citoyens volontaires, vivier à la fois réel et fictif. Pour résumer, la réserve opérationnelle, qui est la seule concernée, est constituée de personnes (civiles sans expérience ou anciens militaires) qui contractent un engagement à servir, entre un et cinq ans, sur la base d’une durée limitée par an (environ deux mois) et avec l’assurance d’une formation et d’un entraînement d’un mois par an. Mais cette réserve, pour ce qui concerne les armées, a pour mission de compléter les capacités des armées d’active et elle est donc formée et entraînée dans ce but. Or nous avons vu que ce n’est pas le but des armées d’active d’assumer le rôle de force de police. Il y a donc un hiatus de base qu’il faut prendre en compte. Et il y a une deuxième difficulté, d’ordre budgétaire ; la sécurité des Français n’a pas de prix mais elle a un coût que l’État n’a jusqu’alors été capable d’assumer qu’en partie – il y a en effet 28 000 réservistes opérationnels sur un total qui devrait être de 40 000 après avoir été régulièrement revu à la baisse. Inadéquation de la formation et insuffisance budgétaire doivent donc être traitées sans attendre.

La France n’est pas un cas particulier. Dans tous les pays occidentaux, la réserve opérationnelle a pour but de compléter les capacités que les armées ne peuvent entretenir en permanence. Aux États-Unis par exemple, la Garde nationale (US National Guard) est le réservoir des armées de Terre et de l’Air qui ne peuvent se déployer à l’extérieur sans les réservistes qui la composent (par exemple en fournissant la moitié des effectifs de l’US Army en Irak). Elle intervient seule sur le sol américain car par tradition l’armée proprement dite n’intervient pas dans les pays de culture anglo-saxonne.

En France, la Gendarmerie nationale a un système de réserves efficace et cohérent avec ses activités et la Police peut disposer mais en nombre beaucoup plus réduit d’anciens policiers.

Alors quel avenir pour une Garde nationale ?

Puisque l’objectif est fixé, regardons comment l’atteindre. On a déjà signalé la contrainte budgétaire qu’il ne faut surtout pas minimiser. Le coût, pour la société comme pour le bon fonctionnement de l’économie - amputée par roulement de ces travailleurs - de 40 à 50 000 réservistes opérationnels est certainement voisin de près d’un demi-milliard d’euros par an en flux (équipement, formation, entraînement, dépliement, logement, nourriture, compensations, etc.) Elle ne peut être assumée que par un redéploiement de dépense publique en dehors des ministères de l’Intérieur, de la Défense et de la Justice, sinon ce serait une politique de Gribouille. Il faudra dans le même temps prévoir les effectifs indispensables aux armées dans le fonctionnement actuel (renforts en Opérations extérieures, en état-major, dans les forces, etc..) car sinon ce serait amputer les armées de leur efficacité opérationnelle.

Si ces deux conditions sont remplies, la République ouvre une nouvelle page de son Histoire, déjà entrouverte dans le passé et dans d’autres circonstances, mais qui n’a jamais vraiment correspondu dans la durée à la culture de notre société.

« La Garde nationale, une aventure qu’il faut tenter... »

Mais ne serait-ce que pour montrer à notre ennemi - de l’extérieur et de l’intérieur - que la France agit et réagit, c’est une aventure qu’il faut tenter. Nul doute que le sens civique de nombre de nos concitoyens trouvera un lieu privilégié d’expression au sein de la future Garde nationale.

 

Alain Coldefy

 

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